LE RENOUVEAU DU PARLEMENT BENINOIS
Maître-assistant de droit public à l'Université d'Abomey-Calavi (Bénin) ..... jours
de séance une communication du gouvernement avec débat sur le même sujet.
... permanente compétente pour examen et discussion en séance plénière.
part of the document
RADC-CRDA CONFÉRENCE ANNUELLE L'Internationalisation du droit Constitutionnel à Rabat, au Maroc, 20/01/2011
DOCUMENT DE TRAVAIL
S'il vous plaît ne pas utiliser ce papier sans contact avec l'auteur sur: aivojoel@yahoo.fr
LE PARLEMENT BÉNINOIS
SOUS LE RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE
RÉUSSITES ET ÉchecS
Par Frédéric Joël AIVO
Maître-assistant de droit public à lUniversité dAbomey-Calavi (Bénin)
Chercher Associé au CERDREDI. Université Montesquieu Bordeaux IV
Président de lAssociation Béninoise de Droit Constitutionnel
SOMMAIRE
INTRODUCTION
UN MODELE INSTITUTIONNEL
Une législature stabilisée
La routinisation des élections législatives
Le fonctionnement régulier de linstitution parlementaire
Une contribution incontestable
Une mission globalement assurée
Un positionnement institutionnel crédible
UNE UVRE PERFECTIBLE
Améliorer la qualité de la loi
Renforcer les capacités du parlementaire
Pallier les pathologies de la loi
Assainir les murs et pratiques parlementaires
Conjurer le mal transhumant
Proscrire la marchandisation et la monétarisation du vote
CONCLUSION
INTRODUCTION
Avec le renouveau du constitutionnalisme en Afrique noire francophone depuis 1990, la plupart des États se sont dotés de Parlements, monocaméraux pour certains, bicaméraux pour dautres. Ainsi, depuis le 11 décembre 1990, le Bénin fait l'expérience dune démocratie constitutionnelle, fondée sur la séparation des pouvoirs. Lobjectif est de séparer les fonctions essentielles de lÉtat afin de garantir dune part, le fonctionnement régulier des institutions républicaines, dautre part, la consolidation de l'État de droit.
20 ans après ladoption de la constitution du 11 décembre 1990, les institutions quelle prévoit ont été toutes installées de sorte quil est permis de soutenir que la démocratie béninoise nest ni une démocratie virtuelle, ni une démocratie sur papier, encore moins une démocratie de service. Elle nest pas seulement une idée, mais en vérité, une pratique, un vécu, un modèle qui tranche avec les démocraties de service en Afrique. Globalement, la constitution béninoise du 11 décembre 1990 sest attachée à affirmer un certain nombre de principes fondateurs et de règles fondamentales. Au-delà de laspect institutionnel sur lequel, cette étude sappesantira, le constituant de 1990 a consacré lexistence de droits et libertés et prévu les garanties de leur protection. Mais, loriginalité de la constitution réside également dans lorganisation institutionnelle de lÉtat, la répartition de ses charges et le contrôle de la constitutionnalité de leur fonctionnement.
Ainsi, lorganisation des pouvoirs publics repose sur la traditionnelle séparation des pouvoirs qui fait cohabiter les trois organes fondamentaux déjà décrits par Montesquieu dans lesprit des lois. Il sagit, bien évidemment, du pouvoir exécutif, du pouvoir législatif et enfin du pouvoir judiciaire. On retrouve donc, dans la constitution béninoise du 11 décembre 1990, ces trois pouvoirs classiques, auxquels le constituant béninois adjoint un quatrième, plutôt juridictionnel ou constitutionnel, selon lexpression du Doyen Louis Favoreu. Cest la Cour constitutionnelle dont les attributions et lemprise sur le fonctionnement du régime autorisent à soutenir quelle est bel et bien une des clés de voûte du régime politique du renouveau démocratique.
Comme le pouvoir exécutif dont le fonctionnement régulier doit participer à la stabilisation du nouveau régime, lAssemblée nationale, chambre unique du Parlement béninois, était également attendue pour plusieurs raisons historiques. De 1963 à 1972, le fonctionnement du pouvoir législatif est caractérisé par une instabilité chronique et la précarité des législatures. Aucun parlement, en dehors de ceux installés par le parti unique et soutenu par la pensée unique, na réussi a fini son mandat, ni a véritablement accompli sa mission. Pour toutes ces raisons, le renouveau du pouvoir législatif, mis en perspective par la conférence nationale et orchestré par le constituant de 1990, était un défi de lexpérience démocratique ouverte dès 1991.
Deux décennies après linstallation de la première législature de lAssemblée nationale, on peut déjà oser tirer quelques clichés sur le fonctionnement et lactivité du parlement de lère du renouveau démocratique. En effet, de façon générale, lAssemblée nationale est demeurée stable et démocratique. Cependant, la stabilité du parlement béninois nest pas seulement due à sa propre organisation et aux prérogatives qui lui sont reconnues par la loi fondamentale. Bien au-delà, elle résulte, quelque part, de la détermination des Députés à affranchir linstitution de la tutelle du pouvoir exécutif et à davantage mettre en uvre leur rôle de contre-pouvoir. Cette stabilité, marque caractéristique du fonctionnement de lAssemblée, est renforcée par lindépendance dont elle a fait montre pendant 20 ans en dépit de la nature du régime politique et de la place prépondérante quy tient le chef de lÉtat.
Mais lon devra également se rendre compte que le système politique béninois est articulé autour de la prépondérance politique et institutionnelle du président de la République. Le pouvoir législatif, en sort avec rôle, non moins important, mais limité. Cette répartition, observée intentionnellement par le constituant, explique le déséquilibre patent entre les deux pouvoirs. En dépit de ce déséquilibre structurel presque propre à ce type de régime, le Parlement béninois a su jouer son rôle de contre-pouvoir, législature après législature et ce, malgré les renouvellements partiels ou larges et les majorités fluctuantes.
Il est à noter que contrairement aux principes acquis des commissaires du peuple sous le Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB), les Députés de lère du renouveau démocratique ont quasiment changé de statut. Ils sont, sans équivoque, les représentants dûment élus du peuple. Ce sont les élus de la Nation, sélectionnés au moyen de procédés politiques pluralistes et de techniques juridiques parfaitement démocratiques. En effet, les Députés béninois, comme il sera largement développé infra, sont élus au scrutin de liste, à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne. Ces listes sont exclusivement présentées par des formations politiques, ce qui exclut complètement la possibilité de candidature indépendante aux élections législatives.
Au regard du mode de fonctionnement actuel de lAssemblée nationale, par rapport à celui des Parlements des précédentes Républiques, il est évident que de nombreuses réformes y ont été apportées. Elles ont contribué à aménager et assainir lenvironnement institutionnel du Parlement, mais aussi, à donner dans la pratique au législateur, les outils de son autonomie, de sa stabilité, voire, son efficacité relative. Le mode de constitution du corps des parlementaires a pour sa part changé, ainsi que la possibilité dinstaurer un véritable débat démocratique, devenue une réalité, obligeant désormais le gouvernement à tenir compte des observations et critiques du Parlement.
De lélection des commissaires du peuple sur la base du centralisme démocratique et la ligne de masse, lon est passé à une élection des élus de la nation à partir de listes présentées par des partis politiques. Mieux, linstitution na pas manqué, en dépit des goulots détranglement que lon peut noter, de rechercher une certaine sécurité juridique dans lélaboration des normes, qui, on peut le constater, sont de moins en moins sujettes à des décisions dinconstitutionnalité pour celles qui font lobjet de recours devant le juge constitutionnel.
Néanmoins, il demeure que face à la résolution des Députés de ne pas faire de lAssemblée une institution aux ordres du gouvernement, des positions des plus tranchées nhésitent pas à être prises, instaurant un climat dincompréhension et de crise institutionnelle latente. Le revers dune telle manifestation dindépendance est que, dun extrême à un autre, les rapports entre lexécutif et le législatif apparaissent de plus en plus malaisés, tendus, conflictuels au point que les activités parlementaires se sont quasiment réduites à un contrôle systématique de laction gouvernementale, au détriment de lactivité normative, de la création du droit dans un pays envahi par linformel et où lespace du « pays légal » se réduit, hélas, en peau de chagrin.
Alors quil est question de célébrer le cinquantenaire de lindépendance du Bénin, il apparaît nécessaire dinclure dans la réflexion générale sur létat de la démocratie béninoise, la question du bilan de lactivité du pouvoir législatif. Peut-on sans réserve parler de renouveau du Parlement béninois ? Ou doit-on, et sur quels fondements, nuancer lémergence fulgurante du législateur dont la stabilité, lindépendance et le dynamisme tranchent et contrastent fort remarquablement avec les ruptures de législature des parlements antérieurs ? Le renouveau démocratique a-t-il consacré la renaissance du Législatif ? Autrement, en 20 ans de pratique parlementaire, dans un environnement politique pluraliste, quelle est, dans laction du législateur béninois, la part de réussite et la part déchec ?
Pour appréhender ces questions dans toute leur complexité, il convient, dabord, de recenser les différents éléments qui constituent le cadre institutionnel de lAssemblée nationale. La stabilité dont se prévaut linstitution, sur ce fait, fait incontestablement delle un modèle institutionnel(I) à part entière. Mais, lon verra, à lanalyse quil sagit bien dun modèle qui demeure, à bien dégards, perfectible(II). Cest tout lintérêt de la présente étude qui sattellera à mettre en évidence les réussites et les échecs de 20 ans de pratique parlementaire dans un contexte de pluraliste politique.
Un modèle institutionnel
Une dissimilitude apparemment insignifiante marque la place accordée par le constituant béninois au pouvoir législatif par rapport à celui exécutif. Néanmoins, les caractéristiques de lAssemblée nationale béninoise, dune part, la Loi fondamentale, dautre part, lui aménagent les conditions de son indépendance et de sa stabilité : législateur et contrôleur de laction gouvernementale. Autant de prérogatives à mettre en uvre, dans un contexte où le pouvoir exécutif a prépondérance sur celui législatif, mais en même temps, suffisamment de possibilités de faire delle un contre-pouvoir véritablement actif.
À cet égard, ce qui retient lattention des observateurs, cest la stabilité de la législature(A) et la contribution du législateur à la consolidation de lÉtat de droit(B).
Une législature stabilisée
La stabilisation des législatures est la conséquence directe dune conjonction de facteurs. Au nombre de ceux-ci figurent, dabord, la tenue, à échéance régulière, délections concurrentielles permettant le renouvellement, à terme échu, de lAssemblée. Ensuite, lon peut noter un fonctionnement plus ou moins régulier de linstitution parlementaire dont les organes dirigeants se renouvellent désormais quasi systématiquement. En tenant compte de ces deux éléments, et pour apporter la preuve de la stabilité de la législature, il convient de mettre laccent successivement sur la routinisation des élections législatives (1)et le fonctionnement régulier de lAssemblée (2).
La routinisation des élections législatives
LAssemblée nationale, à travers sa structure souple, est demeurée, stable et démocratique. Mais cest la stabilité qui apparaît aux yeux de tous comme la caractéristique fondamentale de lAssemblée nationale sous le renouveau démocratique. À première vue, il na échappé à personne que depuis linstallation de la première législature en 1991, le Bénin na connu aucune rupture de législature. Ainsi, depuis lorganisation des premières élections législatives de l'ère du renouveau démocratique, le 2 février 1991, quatre élections ont été organisées régulièrement, pour permettre, non seulement, lalternance démocratique, mais aussi, la participation du peuple au pouvoir qui est le sien, à travers ses représentants dûment élus.
Au regard des différentes élections législatives organisées depuis le renouveau démocratique, il ressort clairement que le Bénin a le mérite de renouveler à terme échu les différentes législatures qui assurent le fonctionnement du pouvoir législatif. Au bout de quatre ans de législature, tous les postes de Députés sont remis en jeu et lAssemblée nationale pourrait donc se renouveler intégralement si le peuple en décide ainsi. Il en a été ainsi et les élections législatives qui ont été successivement organisées ont consacré non seulement la stabilité de la législature mais surtout la révocabilité du mandat parlementaire. Combien sont les Députés qui au bout de leur mandat nont pas été renouvelés ? Combien également sont ceux des parlementaires qui législature après législature, élection après élection sont systématiquement reconduits.
Cette précarité devient dès lors la manifestation même de la souveraineté du peuple qui a toujours fait preuve dune liberté totale dans la sélection de ses représentants. Certaines élections législatives ont ainsi pu consacrer le renouvellement partiel des effectifs dune législature à une autre. Dautres par contre ont très largement reconfiguré la composition de lhémicycle. Mais, au-delà de cette recomposition partielle ou totale des bancs de lAssemblée, cest en filigrane la régularité des scrutins législatifs qui est mise en exergue et soulignée par tous les commentateurs. Elle tranche avec la précarité du pouvoir législatif et les ruptures de législature devenues chroniques sous les précédentes Républiques.
Il nest donc pas infondé de faire remarquer que la stabilité retrouvée de lAssemblée nationale, sous le renouveau démocratique, est en grande partie, un des traits saillants qui ressort de lévaluation du fonctionnement du régime politique béninois. Tout comme la stabilité de la législature, il apparaît également indispensable dassocier le fonctionnement régulier des organes de lAssemblée nationale à la réussite du processus démocratique en cours au Bénin.
Le fonctionnement régulier de linstitution parlementaire
Les travers de la pratique parlementaire abondamment relevés par les commentateurs, nont pas réussi à éclipser la constance du fonctionnement régulier des organes de lAssemblée. Le caractère démocratique du fonctionnement de linstitution parlementaire ne souffre daucune ambigüité encore moins de travers majeurs. Quelques écarts à légard des commodités démocratiques ont néanmoins été signalés. Ce sont à titre illustratif, sans être exhaustif, la gestion non concertée de lAssemblée, le refus de prendre en compte la minorité parlementaire dans la composition des organes centraux de linstitution etc.
Néanmoins, la composition et le fonctionnement de linstitution semblent avoir obéit aux prescriptions des textes fondamentaux appropriés. Ce fonctionnement plus ou moins régulier des organes du Parlement cadre avec la volonté du constituant dimprimer ce caractère démocratique à linstitution. Le résultat permet aujourdhui de prendre acte du renouvellement constant des organes de lAssemblée nationale. Ce sont dabord les bureaux de lAssemblée qui attestent du bon fonctionnement de linstitution. Quatre présidents se sont succédé à la tête des cinq législatures, autant de présidents à la tête de chaque commission ou de groupe parlementaire que de législatures. Ensuite, lon évoquera les commissions permanentes et les groupes parlementaires. Tous ces organes, constamment renouvelés ont toujours fonctionné conformément aux textes qui les instituent.
Il reste simplement à signaler que si lon peut se satisfaire de ce que les organes de lAssemblée nationale se sont acquittés de leurs différentes charges structurelles, laccent devra également mis sur la nécessité dinclure dans le fonctionnement de lAssemblée lobligation dinstaurer une véritable culture de gestion concertée. Car, il ne suffira pas seulement pour les organes de fonctionner et de faire tourner le Parlement tout au long dune législature, pour quon en conclue à son bon fonctionnement.
Mais, il apparaîtra difficile, à cet égard seulement, de soutenir que ce fonctionnement est de bonne qualité et respecte les paramètres intégrant, de nos jours, la gouvernance concertée ainsi que lobligation de la prise en compte dans ladministration de linstitution parlementaire, des droits de la minorité. Cest, semble-t-il à cette condition que lAssemblée nationale béninoise sinscrira sur la liste des Parlements modernes et démocratiques.
En somme, il importe de souligner que la Constitution du 11 décembre 1990 a installé les fondations dun cycle constitutionnel crédible. Ces poutres maîtresses autorisent, non seulement, une banalisation des élections, législatives, mais également, un fonctionnement régulier des organes de lAssemblée nationale. De la même manière que le peuple peut user de la souveraineté qui est la sienne pour renouveler intégralement les parlementaires au terme de chaque législature, les dirigeants des divers organes du Parlement sont de même soumis à cette alternance, en fonction des tendances politiques et de la configuration politique de lAssemblée nationale. Cest fondamentalement ce qui explique les configurations diverses et multiples des organes dirigeants de lAssemblée depuis 1991.
Mais, au fond, la stabilisation de la législature na pas suffit à établir à elle seule le modèle institutionnel quest devenu le Parlement béninois. Elle est renforcée par la contribution incontestable de linstitution parlementaire à la construction et à la consolidation de lÉtat de droit.
Une contribution incontestable
Traditionnellement, le Parlement dispose de deux fonctions principales. La première est relative à lélaboration et au vote de la loi. La seconde concerne le contrôle effectué par linstitution sur les activités du gouvernement. Dans ce registre, le constituant béninois énonce : « Il (le Parlement) exerce le pouvoir législatif et contrôle laction du gouvernement ». Dès lors, la mission du parlement consiste en un double rôle normatif et de contrôle de laction gouvernementale(1). À ce rôle désormais classique, il faut ajouter les vertus du positionnement politique du Parlement sur léchiquier institutionnel(2) institué par le constituant de 1990.
Une mission globalement assurée
Le rôle normatif du Parlement consiste à produire les lois dont le pays a besoin pour asseoir davantage les appuis essentiels de la démocratie et de lÉtat de droit. Il vise dabord, la consolidation de lÉtat, ensuite, lapprofondissement des droits fondamentaux. Pour donner une idée du travail législatif au cours des différentes législatures, il faut retenir que la toute première législature a ainsi voté entre 1991 et 1994, quelques 88 lois, dont 35 pour la seule année 1992. Et au nombre de ces lois, 18 en tout auraient été préparées par la 5ème commission, soit celle soccupant des relations extérieures et de la coopération.
Pour le compte de lannée suivante, sur 23 lois votées, 14 sont relatives à des autorisations de ratification de conventions, de traités ou daccords de prêt. Du reste, certaines sont relatives aux finances, aux principes régissant la police, et deux autres portent organisation des conditions dexercice de la chasse et du tourisme de vision en République du Bénin. Ceci est quasiment pareil pour la trentaine de lois votées en 1995.
La première année de la deuxième législature a été, quant à elle, davantage respectueuse des conventions internationales, beaucoup plus que des besoins sociaux des béninois. Dailleurs, en examinant de près les trois autres années de cette législature, le constat de la première année pourrait très bien y être élargi. Lannée 1999 marquant les douze premiers mois dexercice de la troisième législature, sera elle aussi marquée en majorité, sinon bien plus, par des lois portant ratification de conventions internationales.
Néanmoins, dautres lois sont votées réglementant plus la vie sociale, à savoir des lois portant réglementation de la production, de la commercialisation et de la consommation des cigarettes et autres produits du tabac, des lois portant répression de la traite des enfants ou encore des normes portant répression du harcèlement sexuel et protection des victimes.
Il faut ajouter à cette longue liste, les lois visant le renforcement des institutions de la République ou organisant le fonctionnement des institutions de la République. De nombreuses lois peuvent être répertoriées dans la présente matière, depuis lexistence du Haut Conseil de la République jusquaux dernières législatures. Il sagit entre autres de la Loi n°91 - 001 du 16/01/91 portant additif à la Loi Organique n° 90-27 du 21 Septembre 1990 portant organisation du Haut Conseil de la République, de celle n° 91 - 009 du 28/01/91 portant Loi Organique sur la Cour Constitutionnelle votées de mai 1990 - 30 mars 1991. En 2006, une autre a été votée, dans le but dune mise en conformité avec la Constitution de la loi n° 2004-07 portant composition, organisation, fonctionnement et attributions de la Cour Suprême. Il sagit en général de normes portant ou création, ou composition et fonctionnement, ou attributions dinstitutions de la République telles que la Cour Constitutionnelle, la Cour suprême, dont la promulgation dépend en prime abord du contrôle de constitutionnalité de la Cour constitutionnelle. Enfin, il y a les différentes lois électorales : Loi n°91 - 010 du 15/ 03/ 91 complétant la Loi Electorale n° 90-034 du 31/ 12/ 90 portant règles générales pour les élections du Président et les membres de lAssemblée nationale, votée par le Haut Conseil de la Magistrature de mai 1990 - 30 mars 1991. Depuis, ces lois ont considérablement évolué.
Au plan du contrôle de laction gouvernementale, des questions orales peuvent être posées par un Député au gouvernement, soit sur sa politique générale, soit sur les dossiers ou affaires relevant dun département ministériel donné. Elles peuvent être posées sous la forme de questions orales avec débat ou de questions orales sans débat, conformément aux dispositions de larticle 113 de la Constitution. Une forme de contrôle plutôt modeste certes, mais non moins dépourvue defficacité.
En séance plénière, la question orale avec débat est engagée par le Président qui fixe le temps de parole imparti à son auteur, avant daccorder la parole au ministre compétent pour y répondre. Ce dernier a la possibilité alors de différer sa réponse en annonçant pour lun des deux prochains jours de séance une communication du gouvernement avec débat sur le même sujet.
Par ailleurs, conformément aux dispositions des articles 71 et 113 de la Constitution, le Président de la République ou tout membre de son gouvernement peut, dans lexercice de ses fonctions gouvernementales, être interpellé par lAssemblée nationale. Toute question écrite ou orale à laquelle il na pas été répondu dans le délai dun mois peut dès lors faire lobjet dune interpellation dans les conditions prévues par la Constitution.
En effet, la décision dinterpellation prise à la majorité simple des Députés présents, le Président de lAssemblée nationale transmet, sil y a lieu, linterpellation au Président de la République dans les huit jours. Le Président de la République doit y répondre dans un délai de trente jours par lui-même, ou par lun de ses ministres quil délègue spécialement devant lAssemblée nationale. Sur le fait, lAssemblée nationale peut prendre une résolution pour faire des recommandations au gouvernement sur la question à lordre du jour.
Conformément à larticle 113 de la Constitution, lAssemblée nationale a la possibilité de créer une commission parlementaire dinformation, denquête ou de contrôle, suite au vote dune proposition de résolution déposée, puis affectée à la commission permanente compétente pour examen et discussion en séance plénière.
Le Parlement exerce aussi un contrôle budgétaire dans des conditions fixées par la loi fondamentale. Les documents et informations destinés à faciliter lexercice du contrôle du budget général de lÉtat et des budgets autonomes ou la vérification des comptes des entreprises publiques et des sociétés déconomie mixte sont communiqués par les autorités compétentes au Président de lAssemblée nationale, à lattention du Président de la commission des finances et du rapporteur spécial désigné.
Il faut croire que les parlementaires usent de manière impressionnante de leur droit de contrôle de laction gouvernementale, au point docculter à maintes reprises la fonction législative qui leur incombe. En outre, il savère, de plus en plus, important de prévoir que les rapporteurs dun texte de lois puissent en aval être chargés den contrôler lexécution, den évaluer les effets, puis den faire publiquement rapport aux autres parlementaires.
Un positionnement institutionnel crédible
Depuis 1991, le Parlement béninois a conquis sa place au sein des institutions. Non seulement, il simpose comme un législateur modèle, mais son indépendance et sa liberté daction appellent lattention. Ce positionnement politique prééminent, empreint « dinsoumission » et « dinsubordination » sillustre particulièrement à légard notamment du Gouvernement et de la Cour constitutionnelle.
Primo, le Parlement béninois peut se prévaloir, à tout point de vue, de son indépendance par rapport au gouvernement. Dabord, le législateur béninois a la maîtrise de son ordre du jour, de ses sessions, et a juste le devoir dinformer le président de la République, de lordre du jour de ses séances et de celui de ses commissions. Ainsi, lAssemblée nationale na pas manqué depuis lindépendance, mais particulièrement depuis louverture du processus démocratique en cours, dafficher ouvertement son insubordination au pouvoir exécutif.
Il en est souvent résulté que les rapports entre lexécutif et le législatif sont de plus en plus malaisés, au point que les activités parlementaires se sont quasiment réduites à un contrôle systématique de laction gouvernementale, au détriment de lélaboration de lois de réformes économiques et sociales. Il est cependant opportun de préciser que cette insubordination du législateur nest flagrante que par cycle, ou du moins au cours des périodes pendant lesquelles le président de la République ne dispose pas de majorité au Parlement. Linsoumission dont le Parlement, toutes législatures confondues, sest illustré depuis 1991, se traduit particulièrement par la liberté de ton qui caractérise individuellement les Députés et collectivement certains des organes politiques et techniques qui animent linstitution.
Secundo, à légard de la Cour constitutionnelle, le Parlement semble ne pas admettre le contrôle répressif de constitutionnalité quexerce le juge constitutionnel sur la loi votée et qui réduit considérablement sa marge de manuvre aussi bien au plan législatif que purement politique. On sait depuis quelques années déjà, notamment depuis le succès du contrôle de constitutionnalité, que le Parlement est « sous bonne garde » voire sous haute surveillance de constitutionnalité. Son activité normative essuie le contrôle de la haute juridiction et son action semble connaître de plus en plus de restriction. Il est ainsi souvent donné de constater que dans le silence des textes, et sur une affaire relevant de sa propre compétence, le Parlement na pas toujours jouit de toute létendue des pouvoirs qui lui sont pourtant reconnus.
La levée de bouclier des parlementaires contre lérection de facto, dune seconde chambre parlementaire dappel semble trouver sa justification dans la tendance de la Cour à surveiller de très près, voire à fortement encadrer lexercice des pouvoirs législatifs et constituants de lAssemblée nationale. Au soutient de cette posture cavalière, la haute juridiction pourfend clairement le risque dun usage abusif du pouvoir législatif, le risque de la dictature de la majorité parlementaire ou de labsolutisme de cette majorité, contraire à lidée de la démocratie pluraliste fondée essentiellement sur la philosophie politique de la dialectique constructive affublée dans la doctrine juridique contemporaine.
Pour ce qui est de lévaluation des politiques publiques, il faut faire observer que cette fonction nest pas encore correctement ancrée dans les murs parlementaires au Bénin. Dabord, la fonction de lévaluation des politiques publiques est confiée à un ministère, comme si le Gouvernement devait être le juge de ses propres actions. Il sagit du ministère du développement, de la coordination de laction gouvernementale et de lévaluation des politiques publiques. Ensuite, on le sait, deux aveugles ne peuvent se conduire, ils finiront par tomber dans un trou. Mieux, en confiant la fonction dévaluation à un ministre du Gouvernement qui est censé mettre en uvre les politiques définies par son chef qui nest rien dautre que le président de la République, apparaît une certaine confusion des pouvoirs que récusaient déjà les théoriciens de la séparation des pouvoirs.
Cest, sans doute, ce qua compris le constituant français de 2008 qui a densifié les compétences du Parlement en lui confiant, au-delà de ses fonctions traditionnelles, celle plus délicate de lévaluation des politiques publiques. Il apparaît évident et utile, désormais que lévaluation des politiques publiques puisse relever de la fonction parlementaire de contrôle de laction gouvernementale. Dans le même ordre didées, il semble nécessaire de pointer les aspects de lactivité parlementaire dont lamélioration contribuerait à coup sûr à son rayonnement.
Une uvre perfectible
Depuis environs 20 ans, la pratique parlementaire a montré que lAssemblée nationale a fonctionné, malgré quelques problèmes politiques, conformément aux textes. Et même si les insuffisances auxquelles lAssemblée fait face ont tout de même permis à la Cour Constitutionnelle, fort heureusement dailleurs, de procéder à un contrôle rigoureux, ce qui a, entre autres, contribué à rationaliser la procédure législative au fil du temps, linstitution continue de faire face à de nombreuses difficultés qui ralentissent ses activités ou compliquent ses rapports avec lExécutif.
Lorsquon sinscrit dans cette optique, deux défis semblent simposer au pouvoir législatif. Cest dabord le chantier de laction législative à proprement parler et ensuite celui des murs politiques au sein de lAssemblée. Il urge donc, dans un premier temps, de mettre un accent sur la loi dont la perfection doit être recherchée(A). Dans un second temps, en tant quil participe du meilleur rayonnement du Parlement, lassainissement des murs politiques(B), devra davantage préoccuper. À cet égard, les réformes institutionnelles à venir gagneraient à intégrer la nécessaire moralisation des murs et pratiques parlementaires.
Améliorer la qualité de la loi
Améliorer la qualité de la loi peut consister en un ensemble dactes ou dopérations dont lenchaînement garantirait que la loi votée au Parlement soit une loi répondant à la fois aux exigences de constitutionnalité, mais surtout quelle soit attendue, quelle réponde à un besoin déterminé et surtout quelle ait un effet. Pour y parvenir, deux pistes peuvent être privilégiées. Dabord, le législateur lui-même. Son encadrement technique et administratif peut contribuer à assurer la qualité de son action. Ensuite, le circuit de fabrication de la loi. Il mérite dêtre lubrifié pour permettre de produire des lois dune qualité imparable.
En effet, à lobservation, linitiative des lois pose problème. De même, le domaine de la loi paraît excessivement institutionnel et politique. La loi, elle-même, est globalement peu effective et ne mord pas toujours sur le réel. Cest pourquoi, il apparaît nécessaire dorienter lattention du réformateur, législateur ou constituant, vers le double défi de lamélioration de la qualité et du législateur lui-même(1) et de la loi(2).
Renforcer les capacités du parlementaire
En vingt ans de gouvernance sous le renouveau démocratique, le Parlement a eu des difficultés à jouer de façon pleine et effective son rôle législatif et son rôle de contrôle de lexécutif. De profonds déséquilibres techniques et politiques au profit de lexécutif expliquent en partie cette faiblesse. Malgré la légitimité et le prestige dont elle jouit, il faut croire que lAssemblée nationale souffre encore de nombreuses faiblesses qui lempêchent dexercer pleinement ses trois principales fonctions que sont la représentation, la législation et le contrôle de laction gouvernementale. Lune des difficultés qui continue dentraver la performance du Parlement béninois est bien entendu La qualité problématique du Député lui-même.
À ce niveau, la difficulté pourrait être située au plan individuel et collectif. Les instances dirigeantes du Parlement évoquent souvent le sous effectif de lhémicycle pour faire face aux nombreuses taches qui lui incombent. Les commissions techniques sont les lieux dexpression de cette insuffisance de ressources humaines. Mais, ce qui fera lobjet de cette étude est précisément la qualité du Député, pris isolément.
En raison des critères déligibilité moins exigeants sur le niveau dinstruction encore moins sur les qualités éthiques et morales des candidats, nombre des parlementaires élus se voient projeter au devant de la scène sans avoir la prédisposition à faire face aux exigences dune telle fonction. Il en résulte, pour certains, que faute de formation sur le travail parlementaire, faute dencadrement adéquat, un relâchement, une assiduité défectueuse, une faible participation au travail législatif et au pire, pour dautres, un décrochage de lessentiel au profit de questions purement politiques et partisanes. Ainsi, les compétences et capacités des Députés paraissent déterminées la qualité ou non de lactivité du Parlement.
Cest la raison pour laquelle une mention spéciale doit être faite sur le nécessaire renforcement des capacités des Députés élus. Il semble admis quon ne peut filtrer davantage la sélection des Députés, sur la base de leur niveau dinstruction, de culture, dappartenance politique, voire dexpérience professionnelle et de conditions sociales sans remettre en cause certaines libertés et droits consacrés par la constitution. Néanmoins, lon peut, dans cette optique, envisager par exemple quun niveau dinstruction soit requis pour être candidat aux élections législatives. Par exemple lobtention préalable du Baccalauréat. Il sagit dans tous les cas, dune option fondamentale au regard des insuffisances que ce nivellement par le haut tend à corriger. Pour cette raison, un débat mérite de lui être consacré.
Ensuite, il peut être envisagé la mise en place dun encadrement pragmatique autour du Député. Par exemple, que chaque Député élu, quel que soit son niveau détudes ou dinstruction, bénéficie automatiquement dun staff administratif et technique dont le personnel et la qualification pourront être étudiés. Plutôt que de laisser laménagement de cette équipe de soutien à la discrétion du parlementaire, il conviendrait den faire un dispositif incontournable, incompressible et indissociable de lexercice du mandat. La sélection et le recrutement des membres de ce staff seront laissés à la discrétion du parlementaire, conformément aux qualifications requises. Cependant, élément nouveau, ils devront être pris en compte dans ladministration parlementaire, conformément à la législation du travail en vigueur. Un contrat de travail, une fiche de paix, une sécurité sociale, la cotisation pour la retraite devront leur être assurés pendant toute la durée de la législature, par la questure de lAssemblée.
La mise en place de ce dispositif administratif et technique poursuit deux objectifs : celui de relever le niveau du parlementaire, daccroitre sa capacité à faire face à sa charge et enfin de mieux loutiller contre la complexité, le rythme du travail parlementaire. Mais, ce dispositif devra aussi être interprété comme une des réponses à lamélioration de la qualité de la loi.
Pallier les pathologies de la loi
Au Bénin, larticle 57 de la constitution dispose que lAssemblée nationale vote la loi. La question en cause ici concerne moins lexercice de cette compétence, que le résultat auquel on parvient. Cest donc la qualité de la loi votée qui est ici en débat. La présente réflexion sinscrit dans la préoccupation exprimée par nombre de juristes, de politiques voire de simples citoyens daccroitre davantage les appuis normatifs et institutionnels de lÉtat de doit en construction.
La présente étude intervient également au moment où lon évoque plus spécifiquement, mais avec insistance, à tort ou à raison, le problème de la qualité de la loi au Bénin. La loi, dit-on, au Bénin est en déclin. Elle est parfois mal conçue, mal étudiée et adoptée dans des termes équivoques, confus et problématiques. Cette malfaçon de la loi, sexplique autant par les limites du législateur, déjà évoquées plus haut, que par la défectuosité des mécanismes de fabrication et dapplication de la loi. Se pose donc à la fois un problème de production législative et dapplication de la loi. Cest la raison pour laquelle il devenait urgent douvrir une réflexion de fond sur lactivité législative de lAssemblée nationale.
Premièrement, alors que linitiative des lois appartient concurremment au président de la République et aux Députés, il se dégage, de plus en plus, quune très grande majorité de lois adoptées par le Parlement est dorigine gouvernementale. Peu de lois sont proposées par les Députés. Et lorsquelles le sont, elles ont trait aux questions purement politiques, électorales ou plus largement institutionnelles. Il convient donc dencourager que la prérogative dinitiative des lois conférée aux Députés soit plus souvent exercée, non plus restrictivement sur des questions politiques, mais lato sensu, sur lensemble des questions essentielles touchant à lÉtat, à la Nation et surtout à la société.
Deuxièmement, la qualité de la loi est également en cause en raison de son ineffectivité totale ou partielle. Plusieurs sont les lois régulièrement votées par le Parlement mais qui nencadrent pas du tout ou insuffisamment le domaine et les matières pour lesquels elles ont été initiées et adoptées.
Troisièmement, la condition ou le sort dautres lois, permet dattirer lattention des juristes et des politiques sur les normes législatives mal étudiées, mal appréciées et donc votées, certes en connaissance de son objet et de sa finalité, mais surtout en méconnaissance de ses modalités et de son économie spécifique. La loi 2009-10 relative à la Liste Electorale Permanente Informatisée synthétise à elle seule, les pathologies de la loi auxquelles il convient de trouver des palliatifs. En effet, comment une loi, dorigine parlementaire, votée à une large majorité, pour ne pas dire dans un contexte politique quasi-consensuel peut-il être aussi immédiatement décriée par législateur lui-même ? Comment peut-elle être contestée dans ses équilibres même au point de subir lhostilité de ses géniteurs qui menacent en si peu de temps de labroger purement et simplement ? Cette Loi dont lactualité est brulante, relance la question de la qualité du législateur, celle de la qualité de la Loi et enfin celle des conditions garantissant son application effective.
Cest lensemble de ces questions encore vivaces menaçant les fondements du système juridiques du Bénin qui justifient à notre sens que lon recherche avec ténacité les éléments de facilitation du perfectionnement de luvre législative du Parlement béninois. Une fois les conditions pour lamélioration de la qualité de la loi créées, il faudra, de suite, ouvrir le chantier de lassainissement des murs et pratiques parlementaires dont le développement exponentiel érode la crédibilité de linstitution.
Assainir les murs et pratiques parlementaires
La rationalisation des pratiques parlementaires suppose dabord la lutte contre le nomadisme politique ou la transhumance du personnel politique à lAssemblée nationale(1). Ensuite, le développement de la culture du consensus et de la gestion concertée entre les différentes composantes de lAssemblée, semble participer de la mise en uvre du statut de lopposition. Mais, immanquablement, lassainissement des murs politiques devra pendre en compte, directement ou incidemment, la tendance à la marchandisation et à la monétarisation du vote(2). Observée depuis la troisième législature, elle semble sinstaller durablement et sincruster dans les pratiques parlementaires.
Conjurer le mal transhumant
Les observateurs sont désormais unanimes pour reconnaitre que lune des causes du dysfonctionnement de lAssemblée nationale est bien le nomadisme politique auquel ses membres se livrent. Dans le langage courant, la transhumance désigne la facilité avec laquelle, certains parlementaires renoncent à leur discours et changent de parti ou de camp au gré de leurs humeurs ou de leurs intérêts. Lexpression consacrée est bien celle de transhumance politique. Dautres parlent de nomadisme politique pour caractériser cette liberté des acteurs politiques à légard de leur conviction, de leur position et de leur discours.
En tout état de cause, transhumance et nomadisme renvoient à la même pratique politique. Au Bénin, la transhumance éprouve tous les partis quel que soit leur bord politique. Mais, elle assèche davantage les partis politiques de lopposition et fait constater le transfert, dune vague plus ou moins importante des ressources humaines, du personnel politique de premier plan dun parti donné vers un autre. Ainsi, à loccasion de ces mouvements, et sur des fondements plus ou moins convaincants, cadres de ladministration, bailleurs de fonds, notables, dignitaires ou simples militants à la base remettent en cause leur appartenance à un parti ou leur dévotion à une cause donnée, au profit dune nouvelle famille politique, dès fois dun homme politique.
À lAssemblée nationale, la transhumance prend particulièrement un relief institutionnel. Le déplacement dun parlementaire dun camp à un autre a vraisemblablement une incidence sur le fonctionnement et léquilibre de lAssemblée. Lorsque ce nomadisme fait mouvoir plusieurs Députés les risques dinstabilité voire de faiblesse de productivité de la législature peuvent alors devenir très grands. Cest notamment le cas de lAssemblée nationale où le durcissement de la transhumance des Députés a nettement induit linstabilité des différents groupes parlementaires et parfois compromis la productivité et lefficacité de linstitution. Au-delà des groupes parlementaires, le défaut de sédentarisation du personnel politique à lAssemblée nationale a également souvent fait bouger les lignes entre la majorité et lopposition. La lisibilité des composantes devient dès lors improbable, rendant ainsi très hypothétique la mise en perspective dune action législative cohérente.
Cela dit, le mal nest pas une spécialité béninoise. Elle affecte presque tous les systèmes politiques, occidentaux ou africains. On cite généralement en exemple, aux États unis, le cas de Ronald Reagan qui a quitté en 1962 le parti démocrate pour le parti républicain. En Grande Bretagne, la démission de Winston Churchill qui a également quitté le parti conservateur en 1904 avant dy revenir, est également prototypique du phénomène. Les systèmes politiques africains post guère froide illustrent parfaitement ce phénomène de fragilité des positions politiques et dinstabilité au sein des formations politiques. Les pays comme le Togo, le Sénégal, la Côte dIvoire, le Gabon, pour ne citer que ces pays, sont présentés comme des pays de tradition politique « nomade ».
Mais, la transhumance parlementaire, combattue dans les discours politiques et reprouvée par lopinion publique est en fait devenue simplement répréhensible du point de vue de la morale en raison des dérives auxquelles elle conduit. Les motivations sont devenues insoutenables et les conduites quelle prescrit de facto expliquent bien limpopularité de ce phénomène et la stigmatisation populaire des législatures qui tolèrent son expansion.
Proscrire la marchandisation et la monétarisation du vote
On comprend pourquoi la transhumance est si impopulaire dans lopinion lorsque ces conséquences sont exposées. Il a été fait mention de ses conséquences politiques sur le fonctionnement de lAssemblée nationale. Tour à tour, on sait désormais quelle désorganise les groupes parlementaires, quelle est source de fragilité de la géométrie de lAssemblée et népargne pas non plus la stabilité du bureau de lAssemblée nationale.
Cependant, ce qui fait plus débat, notamment depuis ces deux dernières législatures, cest la motivation des infidélités parlementaires et la conduite qui est celle des députés transhumants. Une revue des arguments du discours servant de prétexte aux démissions et aux mutations dun camp à un autre permet disoler la formule de « convenance personnelle » comme étant la motivation dominante des ruptures dadhésion ou dalliances politiques.
Sous cette formule « fourre tout », plusieurs justifications peuvent être captées. Sans doute, les divergences liées à lorientation politique du parti, une contestation des méthodes de gestion du président du Parti, une mauvaise redistribution des postes et avantages liés à lactivité du parti, ou encore, lattrait quexerce le pouvoir sur des Députés de lopposition. Mais, à lanalyse, on voit bien que les transhumants sont plus motivés par des intérêts politiques individuels et immédiats que par la défense dun idéal, lattachement à des valeurs politiques ou à une conviction.
Cette motivation fondamentale des dissidences que ne parviennent à occulter les efforts de persuasion des Députés en cause, est dailleurs bien confirmée par la dégradation des murs politiques sur les bancs de lhémicycle. Pour preuve, sans quon ne puisse lattester et létayer par des faits probants, il est souvent avancé que les démissions font lobjet de marchandage. Un Député qui mute, aurait un prix fixé en fonction de son poids électoral, de la formation politique quil quitte et surtout des fonctions quil y exerce. Outre la valeur marchande des élus, lon évoque également la monétisation du vote pour mieux illustrer la dégradation des murs parlementaires au Bénin. Chaque Député, du moins certains, qui vote une loi serait rétribué ou exigerait au moins dêtre intéressé avant dapporter sa voix à ladoption de cette loi.
La période du vote du Budget général de lÉtat ainsi que celle de lois jugées importantes et sensibles pour la mise en uvre de la politique de la Nation serait les périodes de prospérité de ce marché étrange. La réunion à tout prix dune majorité circonstancielle, conjoncturelle mais nécessaire à ladoption desdites lois autoriserait le recours à tous les moyens y compris les plus moralement insoutenables et politiquement répréhensibles pour parvenir à cette fin. Pour certains, ce sont des enveloppes de plusieurs millions de francs qui déterminent enfin lengagement de certains Députés, tandis que pour dautres, des promesses soit de repositionnement aux élections législatives, soit de portefeuilles ministériels ou encore de marchés publics permettent de mobiliser le nombre de Députés requis.
Ce sont autant de pratiques qui ont considérablement contribué à affadir léclat de lAssemblée nationale. Evidemment, il faudra se garder de généralisation hâtive, damalgame imprudent et faire preuve de parcimonie pour séparer de ces mauvais exemples, ceux des députés qui auront contribué, par leur conduite, leur conviction, leur dévotion « désintéressée », à honorer la fonction. Seulement, on en dénombre très peu et malgré toute la prédisposition à positiver, la recherche reste infructueuse. Il est vrai, le phénomène nest pas général et tous les Députés ne sont pas concernés. Dans cet espace, figurent encore des parlementaires mus par un idéal et attachés à des valeurs citoyennes et républicaines. Seulement, sils ne sont pas une espèce en voie de disparition, il nest pas exagéré de soutenir que les rapports de force ne sont pas en leur faveur.
Et pourtant la stabilité de la législature et le bon fonctionnement de linstitution parlementaire ont véritablement confirmé le Parlement de lère du renouveau démocratique comme un modèle. Un modèle en Afrique, mais également un modèle au regard de lhistoire constitutionnelle du Bénin. Sans équivoque, en matière de production normative, en dehors de quelques imperfections, lAssemblée nationale sest illustrée comme un législateur modèle. Dans le domaine du contrôle de laction du gouvernement, lactivisme de linstitution a également été fort remarqué. Pour sen convaincre, il suffit simplement dexplorer, dune part, le nombre de lois adoptées jugées capitales pour la construction et la consolidation de lÉtat de droit, dautre part, les moyens souvent sollicités par les parlementaires pour contrôler les gouvernements successifs depuis 1990.
Il reste enfin, que lAssemblée sillustre également comme un modèle de citoyenneté sur lequel devra saligner lopinion. Le fait que lAssemblée soit considérée comme le haut lieu de la politique ne peut être interprétée de façon extensive et permissive. Elle ne signifie pas que lhémicycle bénéficie dune franchise morale lautorisant à parvenir à ses fins, par tous les moyens y compris ceux qui font entorse à la morale et surtout aux règles élémentaires de citoyenneté. Probablement, en plus de la recherche de la qualité de loi, la moralisation des murs et pratiques parlementaires, est lun des défis majeurs des législatures à venir, et plus particulièrement de la 6ème législature.
CONCLUSION
Au sortir de cette étude, un constat simpose : le fonctionnement du Parlement béninois a consacré lérection dun vrai modèle institutionnel. Mais, deux décennies de pratique parlementaire ont surtout révélé les lacunes, les limites et les déviances de lactivité parlementaire. Les différentes mandatures qui se sont succédé depuis 1991 ont contribué à asseoir au Bénin, un Parlement démocratique, stable et indépendant.
Mais, il reste que la production normative, les murs politiques et les pratiques qui ont cours dans lenceinte de lhémicycle suscitent un double de sentiment de déception et de regret. Il importe, pour la survie de la démocratie, la consolidation de lEtat et la crédibilité du Parlement lui-même, quon y remédie par une batterie de réformes esquissées au travers des lignes précédentes.
Pour en avoir une idée, voir Gaudusson (J. du Bois de), Conac (G.) et Duesouches (Ch.), Les constitutions africaines publiées en langue française (Tome I), Paris et Bruxelles, La Documentation Française et Emile Bruylant, Coll. "Retour aux textes", 1997, 452 p.
Voir dans ce sens, AfriMAP et Open Society Initiative for West Africa, Bénin. Démocratie et participation à la vie politique : Une évaluation de 20 ans de « Renouveau démocratique », COMPRESS.dsl, 2010, 195 p.
Cf. Ahouanka (E.), « Le juge constitutionnel béninois et la protection des droits fondamentaux de la personne humaine », in Revue Béninoise des Sciences Juridiques et Administratives (RBSJA), n° 15, Année 2005, pp. 93-120.
Pour Norton (Ph.), un Parlement constitue, non seulement, « un organisme qui fait la loi », mais aussi, se caractérise par le pouvoir de donner son accord aux politiques publiques, sans occulter sa fonction de contrôle. Cf. Norton (Ph.), « La nature du contrôle parlementaire », in Pouvoirs, n° 134, septembre 2010, p. 7.
Sous la IIIème République « rénovée », les Députés sont désignés suivant deux modalités : lélection et la nomination. 90% des parlementaires sont élus au suffrage universel direct sur lexclusive présentation du « Parti ». 10% étaient ensuite nommés par le Chef de lÉtat, à raison dun député par province.
Aux termes de larticle 4 de la constitution béninoise du 11 décembre 1990, « le peuple exerce sa souveraineté par ses représentants élus
». V. Aïvo (F. J.), Constitution de la République du Bénin. La constitution de tous les records en Afrique, Cotonou, CACI, 2010, p. 73. Fondation Konrad Adenauer, Commentaire de la constitution béninoise du 11 décembre 1990. Esprit, lettre, interprétation et pratique de la Constitution par le Bénin et ses institutions, Cotonou, juillet 2009, p. 22.
Selon larticle 80 de la constitution béninoise du 11 décembre 1990, « (
). Chaque député est le représentant de la Nation toute entière
». V. Aïvo (F. J.), Constitution de la République du Bénin. La constitution de tous les records en Afrique, op. cit., p. 122. - Fondation Konrad Adenauer, Commentaire de la constitution béninoise du 11 décembre 1990. Esprit, lettre, interprétation et pratique de la Constitution par le Bénin et ses institutions, op. cit., p. 116.
Tous les corps constitués de la nation en commençant par les élèves, les paysans et même les hauts cadres de la nation y étaient représentés.
Sur les rapports entre lexécutif et le législatif, notamment leur nature, leur fondement, leur persistance, cf. Norton (Ph.), « La nature du contrôle parlementaire », ibid., pp. 7-18.
Voir AfriMAP et Open Society Initiative for West Africa, Bénin. Démocratie et participation à la vie politique : Une évaluation de 20 ans de « Renouveau démocratique », op. cit., p. 139.
Ainsi, le 17 février 1991, les premières élections législatives libres sont organisées. La coalition soutenant le premier ministre dalors, Nicéphore Soglo arrive en tête (17 sièges obtenus sur 64 disponibles à lorigine). Le 28 mars 1995 se tiennent les deuxièmes élections législatives. La Renaissance du Bénin (RB), parti du Président Soglo, remporte cette fois-ci 21 sièges sur 83 à pourvoir; le Parti du renouveau démocratique (PRD) d'Adrien Houngbédji obtient lui, 19 sièges. Le 30 mars 1999, troisièmes élections législatives. La Renaissance du Bénin obtient de nouveau le plus grand nombre de députés (27 sur un total de 83). Le 30 mars 2003, quatrième législature. La mouvance présidentielle obtient 53 élus à l'Assemblée nationale contre 15 pour la RB et 11 pour le PRD. Puis en 2007 a lieu de nouveau le renouvellement du Parlement béninois, consacrant de fait louverture du mandat de la Vème législature.
Entre autres auteurs, on lira avec intérêt sur le sujet, Awoudo (F.), Le mal transhumant. Les infidélités politiques dans le Bénin démocratique, Cotonou, éd. Tunde, 2004, 207 p. ; Kpatindé (F.), « Nomadisme politique », in Jeune Afrique, n° 1779, du 09 au 15 février 1995.
Maître Adrien Houngbédji pour les législatures de 1991-1995 et 1999-2003, M. Bruno Amoussou, entre 1995 et 1999, M. Antoine Kolawolé Idji entre 2003 et 2007, le Professeur Mathurin Nago, depuis 2007.
V. Avril (P.), Gicquel (J.), Droit parlementaire, op. cit., p. 160.
V. Aïvo (F. J.), Constitution de la République du Bénin. La constitution de tous les records en Afrique, op. cit., p. 121. - Fondation Konrad Adenauer, Commentaire de la constitution béninoise du 11 décembre 1990. Esprit, lettre, interprétation et pratique de la Constitution par le Bénin et ses institutions, op. cit., p. 114.
V. Aïvo (F. J.), Constitution de la République du Bénin. La constitution de tous les records en Afrique, op. cit., pp. 148-149. - Fondation Konrad Adenauer, Commentaire de la constitution béninoise du 11 décembre 1990. Esprit, lettre, interprétation et pratique de la Constitution par le Bénin et ses institutions, op. cit., p. 194.
Pour le cas de la France, v. notamment Avril (P.), Gicquel (J.), Droit parlementaire, op. cit., pp. 110 et 303.
Article 94 de la Constitution du 11 décembre 1990.
« En novembre 1960, lUnion Démocratique Dahoméenne de Justin T. Ahomadégbé qui était alors lune des trois grandes composantes du PDU, parti dominant unifié au pouvoir, tente de mettre en jeu la responsabilité du gouvernement Maga avec la complicité tacite de Sourou Migan Apithy, Vice-Président de la République. Cette initiative tout à fait légale et constitutionnelle fut interprétée comme une forfaiture (
) la motion de censure était considérée comme une attaque personnelle contre le Chef de lÉtat dont la volonté dinstrumentaliser le parlement était déjà bien perceptible. La liberté des parlementaires de lUDD coûta au parti la perte de tous ses portefeuilles ministériels et plus tard, sa dissolution le 11 avril 1961. Mais lexemple le plus instructif est celui de 1965. Opposés sur la nomination du président de la Cour suprême, le président de la République et son Vice-président, chef du gouvernement se sont livrés durant tout le mois de novembre, une vraie bataille juridico-politique qui a finalement connu un aboutissement peu courant en Afrique. Mis en difficulté devant lAssemblée nationale par son Vice-président, le chef de lÉtat a dabord été démis de ses fonctions par les parlementaires, puis contraint à remettre son mandat aux instances du parti par la perte de la confiance des militants du Parti Démocratique Dahoméen. », in Aïvo (F. J.), Le président de la République en Afrique noire francophone. Genèse, mutations, et avenir de la fonction, Paris, lHarmattan, 2007, p.183.
« La loi votée
.nexprime la volonté générale que dans le respect de la constitution ». Voir CC 85-197 Dc 23 août 1985, Nouvelle Calédonie. Article 3 de la Constitution du 11 décembre 1990 : «
La souveraineté sexerce conformément à la présente constitution qui est la Loi Suprême de lÉtat ».
V. Avril (P.), Gicquel (J.), Droit parlementaire, op. cit., p. 111.
Article 57 de la Constitution du 11 décembre 1990.
Lire sur le sujet, Awoudo (F.), Le mal transhumant. Les infidélités politiques dans le Bénin démocratique, Cotonou, éd. Tunde, 2004, 207 p.
PAGE
PAGE \* MERGEFORMAT 1