Synthèse - HAL-SHS
Cet historique nous livre cinq grands enseignements : ...... mais non
exclusivement, des moyens non matériels : des compétences et du temps[74].
...... Enfin dans un quatrième temps, il s'agit de comprendre le rapport de ces
organisations ...... d'une myriade d'actionnaires (qui sont parfois eux-mêmes de
simples salariés?) ...
part of the document
Université Pierre Mendès France Grenoble II
Institut dEtudes Politiques de Grenoble
Equipe de Socio-Economie
Associative et Coopérative
Lentreprise collective :
Unité et diversité de léconomie sociale et solidaire
Damien Rousselière
Benoît Cassier
Jean-Marc Clerc
Sous la direction de Danièle Demoustier
Rapport final
juin 2003
Recherche réalisée pour la Préfecture de Région Rhône-Alpes
dans le cadre du programme de Recherche-Action DIES-MIRE
Sommaire
TOC \o "3-3" \t "Titre 1;1;Titre 2;2;titre2;2;titre3;3;titre1*;1" Introduction générale PAGEREF _Toc45454962 \h 44
Le débat historique sur les critères dappartenance PAGEREF _Toc45454963 \h 44
Les enseignements de lapproche historique PAGEREF _Toc45454964 \h 1616
La méthodologie de létude PAGEREF _Toc45454965 \h 1717
Méthodologie des associations dhabitants PAGEREF _Toc45454966 \h 1818
Méthodologie des organisations culturelles PAGEREF _Toc45454967 \h 1919
Méthodologie des SCOP PAGEREF _Toc45454968 \h 2020
Les associations dhabitants PAGEREF _Toc45454969 \h 2424
Présentation du rapport PAGEREF _Toc45454970 \h 2424
1. Les dimensions sociales des associations dhabitants PAGEREF _Toc45454971 \h 2525
1.1. Approche socio-politique des associations dhabitants PAGEREF _Toc45454972 \h 2625
1.2. Rapport à lenvironnement PAGEREF _Toc45454973 \h 3031
2. Lactivité économique des associations dhabitants PAGEREF _Toc45454974 \h 3333
2.1. Les différentes fonctions économiques non-productives des associations dhabitants PAGEREF _Toc45454975 \h 3434
2.2. Les fonctions productives des associations dhabitants PAGEREF _Toc45454976 \h 3536
2.3. La nature socio-économique de lorganisation productive des associations PAGEREF _Toc45454977 \h 3838
Conclusion PAGEREF _Toc45454978 \h 4040
Les organisations culturelles PAGEREF _Toc45454979 \h 4141
Introduction PAGEREF _Toc45454980 \h 4141
La constitution dun champ déconomie sociale et solidaire dans la culture PAGEREF _Toc45454981 \h 4141
Présentation du rapport PAGEREF _Toc45454982 \h 4141
1. Le rapport à lactivité PAGEREF _Toc45454983 \h 4242
1.1. La structuration entrepreneuriale PAGEREF _Toc45454984 \h 4242
1.2. Le mode dorganisation : le choix du statut associatif ou coopératif PAGEREF _Toc45454985 \h 4646
1.3. Organisations culturelles et marchandisation de la culture PAGEREF _Toc45454986 \h 4848
1.4. Les limites avec léconomie publique PAGEREF _Toc45454987 \h 4949
2. Le rapport au travail dans lorganisation culturelle PAGEREF _Toc45454988 \h 5454
2.1. Le passage de lartiste à lentrepreneur collectif PAGEREF _Toc45454989 \h 5454
2.2. Les formes de mutualisation interne et dorganisation du travail PAGEREF _Toc45454990 \h 5959
2.3. Le rapport au revenu dans les organisations culturelles PAGEREF _Toc45454991 \h 6060
3. Le rapport à lenvironnement et la structuration externe des organisations culturelles PAGEREF _Toc45454992 \h 6161
3.1. La structuration du champ par les politiques publiques PAGEREF _Toc45454993 \h 6262
3.2. Linscription dans les industries culturelles PAGEREF _Toc45454994 \h 6363
3.3. Le rapport au territoire des organisations culturelles PAGEREF _Toc45454995 \h 6464
3.4. Le fonctionnement en réseau PAGEREF _Toc45454996 \h 6565
Conclusion de la troisième partie :Quelles dynamiques de transformation des organisations culturelles ? PAGEREF _Toc45454997 \h 6666
Conclusion : Unité et diversité des organisations culturelles PAGEREF _Toc45454998 \h 6969
1. Les caractéristiques des organisations associatives et coopératives PAGEREF _Toc45454999 \h 6969
2. Des réglages aux profils des organisations associatives et coopératives dans le secteur culturel PAGEREF _Toc45455000 \h 6969
Les SCOP PAGEREF _Toc45455001 \h 7171
Introduction PAGEREF _Toc45455002 \h 7171
1. Spécificités du fonctionnement des Scop PAGEREF _Toc45455003 \h 7474
1.1. Le Groupement de Personnes : acteurs et règle de groupement PAGEREF _Toc45455004 \h 7474
1.2. Du Groupement de Personnes à l'Entreprise PAGEREF _Toc45455005 \h 7878
1.3. De l'Entreprise au Groupement de Personnes PAGEREF _Toc45455006 \h 8080
1.4. L'Entreprise : une structure faite pour pérenniser les emplois PAGEREF _Toc45455007 \h 8888
2. La spécificité des Scop : la souplesse fonctionnelle PAGEREF _Toc45455008 \h 9292
2.1. La souplesse face à la tertiarisation et à l'individualisation des rapports économiques PAGEREF _Toc45455009 \h 9292
2.2. La souplesse face aux difficultés économiques PAGEREF _Toc45455010 \h 9393
2.3. Vers des critères de classification des Scop PAGEREF _Toc45455011 \h 9494
Conclusion PAGEREF _Toc45455012 \h 9898
Synthèse générale PAGEREF _Toc45455013 \h 100100
1. Les bornages PAGEREF _Toc45455014 \h 100100
1.1. Lentrée en économie : consommation collective et production de service PAGEREF _Toc45455015 \h 101100
1.2. La différenciation de la logique artisanale PAGEREF _Toc45455016 \h 104103
1.3. La différenciation de la logique publique PAGEREF _Toc45455017 \h 105104
1.4. La différenciation de la logique financière PAGEREF _Toc45455018 \h 107106
2. Les spécificités : lunité du champ 110
2.1. Les objectifs propres : un projet socio-politique plus ou moins global et prégnant PAGEREF _Toc45455020 \h 111109
2.2. Des activités « socio-techniques » PAGEREF _Toc45455021 \h 113111
2.3. Lentrepreneuriat collectif ou la question de la démocratie et de lapprentissage collectif PAGEREF _Toc45455022 \h 114113
2.4. La mutualisation : réciprocité et solidarité PAGEREF _Toc45455023 \h 118116
2.5. Lutilité : critère dappartenance ou dévaluation publique ? PAGEREF _Toc45455024 \h 121117
Conclusion : : quels rôles pour léconomie sociale et solidaire ? PAGEREF _Toc45455025 \h 124121
3. Les profils : la diversité du champ PAGEREF _Toc45455026 \h 125122
3.1. Les associations dhabitants : la relation entre projet socio-politique et activité socio-économiques PAGEREF _Toc45455027 \h 125122
3.2. Les organisations culturelles : la relation entre enrichissement de lactivité artistique et développement technique PAGEREF _Toc45455028 \h 126123
3.3. Les SCOP : la relation entre objectifs et modalités de fonctionnement PAGEREF _Toc45455029 \h 127124
Conclusion : une diversité des réglages organisationnels PAGEREF _Toc45455030 \h 128124
Bibliographie PAGEREF _Toc45455031 \h 129126
Bibliographie générale PAGEREF _Toc45455032 \h 129126
Bibliographie sectorielle PAGEREF _Toc45455033 \h 131128
Associations dhabitants PAGEREF _Toc45455034 \h 131128
Organisations culturelles PAGEREF _Toc45455035 \h 132128
SCOP PAGEREF _Toc45455036 \h 133130
Etudes de lESEAC-IEPG PAGEREF _Toc45455037 \h 133130
Sites internet utilisés PAGEREF _Toc45455038 \h 134131
Introduction générale
Le débat historique sur les critères dappartenance
Notre étude vise à apporter un éclairage sur les critères dappartenance à léconomie sociale et solidaire. En effet, les chercheurs sont interpellés pour clarifier les enjeux et les débats sur lidentité des organisations qui se revendiquent (ou pourraient le faire) de léconomie sociale et solidaire. Les mutations sociales, économiques, politiques et culturelles en cours ont plusieurs effets : dune part elles affectent les organisations anciennes qui se reconnaissaient dans « léconomie sociale » par la conjonction de leur statut (coopératif, mutualiste et associatif) et de leur fonction gestionnaire (de production de biens ou de services, déquipements collectifs) et qui vivent des contradictions qui éloignent certaines dentre elles de la solidarité construite dans les années 70-80 et qui conduisent dautres à redéfinir leur projet ; dautre part, elles provoquent lémergence de nouvelles organisations, qui se revendiquent parfois de « léconomie solidaire » sans toujours préciser leur fonction économique et leur nature solidaire. Les acteurs eux-mêmes, les Pouvoirs Publics et lopinion publique dans son ensemble demandent ainsi plus de lisibilité, pour reconnaître la spécificité de formes de production économique qui saffirment de plus en plus dans une économie de services (relationnels, créatifs, financiers
).
Toutefois, il nous semble important, en introduction à ce rapport, de rappeler que les débats sur les critères dappartenance à léconomie sociale ne sont pas récents : dès lémergence du terme Economie Sociale (et de sa pratique) au XIXème siècle, il a fallu sinterroger sur la spécificité des organisations réunies sous cette appellation et des débats ont émergé sur leur nature et leur rôle, en lien avec les traditions libérale, chrétienne ou socialiste des économistes. Au début du XXème siècle, lassociation ouvrière ayant laissé la place à la coopération, des débats du même ordre ont opposé différentes conceptions de la coopération jusquau moment où G. Fauquet a conceptualisé lunité coopérative, ce qui a permis de promulguer la grande loi sur la coopération de 1947. De nouveau, depuis les années 1970, différentes terminologies sopposent, couvrant là aussi des enjeux politiques sur les spécificités de ces organisations, et donc sur leurs rapports aux politiques publiques et à léconomie lucrative, ainsi que sur le rôle que ces organisations sont amenées à jouer dans les transformations actuelles.
Comme « léconomie », le terme d « économie sociale » est polysémique : il est apparu à la fois comme concept et pour désigner un ensemble de pratiques et/ou dinstitutions, avec limplantation du capitalisme en France.
Comme concept, léconomie sociale a été appréhendée au XIXème siècle, soit comme enrichissement de léconomie politique (la production des moyens de transformation des hommes au-delà de la production matérielle) par des libéraux comme Charles Dunoyer, soit comme critique et substitut à léconomie politique (par les chrétiens et les socialistes comme A. Ott), soit comme englobant léconomie politique (la science sociale de Proudhon) soit comme complément à léconomie pure, sidentifiant à ou englobant lémergence de léconomie publique (Walras, Gide).
Au XXème siècle, le concept a disparu, remplacé par une économie de solidarité (inspirée par le solidarisme), puis par léconomie coopérative (théorisée dans la Revue des Etudes Coopératives depuis 1920 puis par G. Fauquet), voire léconomie nouvelle (apparue fugitivement en 1936 ), du fait de la montée en charge de léconomie publique
jusquà sa réapparition dans les années 1970 et sa mise en débat avec dautres concepts comme le tiers-secteur, léconomie alternative, léconomie solidaire, le secteur sans but lucratif
dans les années 1980-90.
Comme ensemble de pratiques et dinstitutions, léconomie sociale sest progressivement émancipée au XIXème siècle de léconomie domestique puis de léconomie patronale pour recouvrir principalement léconomie associationniste (plus large que léconomie associative daujourdhui) puis lémergence de lintervention publique. Sa redécouverte au XXème siècle marque, à linverse, lautonomisation des organisations privées collectives par rapport à leur intégration dans les interventions publiques (coopératives/marchés publics, associations/politiques publiques, mutuelles/Sécurité Sociale) tout en luttant contre la banalisation et la sélection imposées par la concurrence et la financiarisation.
Plusieurs étapes marquent donc cette réflexion :
Au XIXème siècle, le terme est utilisé dabord en élargissement ou en opposition à léconomie industrielle (Dunoyer, Ott) qui ne prend pas en compte les conditions de vie ouvrière ; mais ce sont les Expositions Universelles qui le popularisent et qui en révèlent les transformations : en mettant laccent dabord sur le patronage (1867), puis sur les associations ouvrières (1889) puis sur lensemble des « institutions du progrès social » (1900) ;
Dans les années 1930, cest autour de la coopération que sorganise la réflexion sur lunité et la diversité du mouvement, pour maintenir lindépendance des petites unités dapprovisionnement, de production et de consommation, face à lexpansion du capitalisme ;
A partir des années 1970, le retour du terme Economie Sociale, dans une acception plus restrictive quen 1900, fait lobjet de débats approfondis, alors quémergent de nouvelles structures avec des objectifs nouveaux : insertion dans le travail, le logement, la santé ; commerce équitable ; services de proximité, entreprises sociales souvent réunies sous lappellation déconomie solidaire. Cet essor a réinterrogé les fondements de l « ancienne économie sociale », avant ladoption en France de la formule plus ou moins consensuelle dEconomie sociale et solidaire à partir des consultations régionales organisées par la DIES en 2001.
1) Au début du XIXème siècle, le terme déconomie sociale est utilisé dans des sens très divers, que H. Desroche a analysé autour de trois traditions idéologiques : libérale, chrétienne, socialiste qui ont néanmoins des objectifs communs : « Léconomie sociale veut être, ni plus ni moins, une autre façon de faire de léconomie politique ». A la fin du siècle, ce terme simpose à travers les Expositions Universelles qui en consacrent et popularisent le terme, autour des moyens daméliorer la condition ouvrière.
Dans son histoire de léconomie sociale, André Gueslin rappelle que « certains économistes nhésitent pas à utiliser le concept déconomie sociale, très tôt, à une époque où il diffère encore assez peu du concept déconomie politique ». Ainsi, Charles Dunoyer publie en 1830 un Traité déconomie sociale dans lequel il entend compléter la définition des moyens producteurs de richesse par « les fonds de facultés personnelles », réfutant lanalyse restrictive de la production de la richesse par les économistes classiques : « M. Say a en commun avec A. Smith, le tort de ne pas comprendre parmi ces moyens toute la partie du fonds social qui est employée à satisfaire des besoins : on regarde en général comme improductifs tous les capitaux employés à lentretien des hommes, comme tous les arts qui agissent durablement sur eux ».
« Il faudrait donc traiter de ces arts alors même quon ne voudrait parler que de ceux qui concourent immédiatement à la production des richesses, à la production des valeurs échangeables ; et, à plus forte raison doit-on sen occuper lorsque, prenant les mots déconomie sociale dans une acception plus juste et plus complète, on veut déterminer, non pas seulement de quelle manière le corps social devient riche, mais suivant quelles lois il parvient à exécuter librement toutes ses fonctions, par quels moyens les hommes parviennent à user de leurs forces avec le plus de facilité, détendue et de plénitude ». « De toutes les professions qui entrent dans léconomie sociale, il nen est pas une qui nait lhomme pour objet, mais toutes nont pas lhomme pour sujet ».
Pour ces libéraux, ces « fonctions immatérielles » doivent renforcer la liberté et la morale ; en effet, Dunoyer y intègre les sources de santé, vigueur et de vie saine ; les stimulants de lintelligence et de linstruction ; et lapprentissage des murs et des « bonnes habitudes civiles ». Ce sont donc les normes morales et la liberté dexpression et déducation nécessaires au bon fonctionnement économique. Ses idées sont proches de celles de Malthus, « Les classes laborieuses doivent sélever par le travail, la prévoyance et la morale ». Il fait donc partie des libéraux qui privilégient les associations entre ouvriers et patrons, ou des « associations libres » (Bastiat).
Dans la tradition sociale-chrétienne des disciples de Saint-Simon, un courant réformateur parle, un peu plus tard, de léconomie sociale plutôt en décalage avec léconomie politique : ainsi Auguste Ott nous annonce « Nous avons préféré, dans le titre, lexpression dEconomie sociale, proposée déjà par divers économistes, à celle dEconomie politique employée ordinairement, dabord parce que la première a une valeur réformatrice qui manque à la seconde et que par conséquent elle indique mieux notre tendance et notre but, ensuite parce quelle est étymologiquement plus exacte depuis que la société a dépassé les limites des cités antiques ». Cette économie sociale laisse une grande place à lassociation « le grand mot du problème posé à la civilisation moderne » dont lidée « telle quelle se pratique actuellement, lassociation considérée comme moyen daffranchir les classes laborieuses et de leur donner la propriété de linstrument de travail, appartient à M. Buchez » ; P. Buchez qui a promu l« association du travail et non de capitaux », par « la constitution dun capital social commun, inaliénable et indivisible » (origine des réserves impartageables qui restent un des critères communs aux statuts associatifs, mutualistes et coopératifs), « moyen daméliorer la situation des ouvriers des villes ». « Lassociation, en effet, est lunique moyen deffacer la distinction du maître et de louvrier, du capitaliste et du travailleur. Seule, elle peut faire disparaître linfériorité des classes ouvrières et leur dépendance. Seule aussi, elle peut arrêter ces abus de la concurrence, qui naboutissent à une diminution du prix des produits quaux dépens de la vie du travailleur ».
Un débat oppose Marx et Proudhon sur le pouvoir démancipation de lassociation ouvrière ; pour le premier, seule lassociation politique (lAIT) alimentant la lutte politique peut parvenir à cette fin. La « coopération » sinscrit bien dans une économie politique du travail mais des expériences parsemées ne peuvent suffire et risquent de détourner la mobilisation ouvrière dun but plus général. Proudhon soppose à cette analyse et montre que lorganisation « mutuelliste » est seule à même de représenter les intérêts des producteurs et des consommateurs ; une fédération commune permettant darbitrer les divergences dintérêts.
Ces oppositions traversent le mouvement ouvrier français, qui dans ses congrès de 1876 à 1879, séloigne progressivement des thèses proudhonniennes pour adopter les thèses marxistes diffusées par J. Guesde. « La coopération est le plus grand diviseur de la classe ouvrière » proclame I. Finance en 1879, alors que les républicains en font « un rempart contre le socialisme » (C. Perrier).
A la fin du siècle, J. Jaurès tente de concilier laction politique, action syndicale et coopérative ; mais, malgré les expériences de la bourse des coopératives socialistes et de la Verrerie Ouvrière dAlbi (verrerie ouvrière et non aux verriers) la rupture est déjà consommée avec le mouvement syndical depuis 1879.
Cest donc plutôt le rôle réformateur de léconomie sociale, et des associations ouvrières, qui domine à la fin du siècle. Dès le milieu du XIXème siècle, les expositions universelles ont introduit des sections sur léconomie sociale dont la définition évolue à partir de léconomie domestique « science de la vie heureuse » au patronage puis à lassociation ouvrière et enfin à la réglementation publique. « Lidée de faire figurer lEconomie sociale aux expositions universelles revient à M. Le Play, qui, pour la première fois, la appliquée à lExposition de 1855 ».
Pour lexposition universelle de 1867, sous linfluence de F. Le Play et de la Société déconomie sociale, un 10è groupe doit « rechercher avec soin et mettre en vue tout ce qui contribue à améliorer la condition physique et morale des classes vouées au travail manuel », soit « les sociétés libres, laïques ou religieuses, les chefs dindustrie ou dexploitation rurale, ou les particuliers » privilégiant les initiatives dorigine patronale et négligeant le fait associatif .
En 1889, lexposition de léconomie sociale est organisée par des disciples de Le Play, comme Léon Say et Emile Cheysson, mais le rapport est écrit par un républicain Alfred Picard plus favorable aux associations ouvrières. « Il était notamment indispensable de signaler à lattention publique les institutions créées par les patrons, par les ouvriers, par lEtat, par les villes, ainsi que par les particuliers, dans un but de mutualité, dépargne, de bien-être physique et moral ». Etaient distingués « les efforts sociaux tendant à accroître la part du travail dans le produit brut ou net des industries, les efforts ayant pour objet daugmenter le bien-être des ouvriers par la prévoyance, les efforts basés sur la diminution des frais de la vie et sur la réduction des frais de production dans une petite industrie, les efforts mettant enjeu laction morale et préventive dun foyer domestique, ainsi que la pratique de lhygiène, les institutions patronales, enfin le socialisme dEtat, mis en regard de linitiative individuelle ».
2) En 1900, le rapport de la 6è division sur léconomie sociale est rédigé par Charles Gide. Théoriquement, C. Gide se réfère à la définition de L. Walras qui distingue léconomie pure (lois naturelles de la production de la richesse), léconomie appliquée et léconomie sociale (approche volontaire de la répartition de la richesse). Mais après cette définition normative, il développe une description très pragmatique qui correspond plutôt à « létude de tous les efforts tentés pour élever la condition du peuple ».
Après avoir suggéré, dans lédition de 1905, que trois classements des institutions de léconomie sociale étaient possibles : selon leurs caractéristiques, leurs origines et leurs buts, il ne retient que les deux derniers. Ainsi les institutions déconomie sociale se répartissent entre « toutes les formes de libre association qui tendent à lémancipation de la classe ouvrière par ses propres moyens
tous les modes dintervention de lEtat
toutes les formes dinstitutions patronales » qui participent à 4 grands objectifs : laugmentation des salaires, laugmentation du confort et du bien-être, la sécurité du lendemain, lindépendance.
Le terme dassociation utilisé par Ch. Gide couvre « des formes infiniment variées et qui sont loin dêtre toutes connues » (Lémancipation, citée par JF Draperi, RECMA, n° 268) Cest pourquoi, C. Gide, dans les différentes rééditions de son rapport, abandonne progressivement le terme déconomie sociale, renonçant à une expression « dont lindétermination pouvait dailleurs prêter à malentendu ». Il est republié à plusieurs reprises sous le titre : « les institutions du progrès social ».
De ces institutions, linstitution publique va alors connaître une reconnaissance croissante. Déjà en 1896, L. Walras définissait léconomie sociale, comme la répartition volontaire de la richesse, se distinguant de la production naturelle de la richesse par léconomie pure. Mais cest léconomie publique qui désigne alors cette intervention croissante de lEtat, les associations populaires (c'est-à-dire les coopératives) participant à la production de richesse figurent dans léconomie pure, avec la particularité de permettre aux apporteurs de travail ou les consommateurs ou épargnants de devenir également capitalistes par la constitution dune épargne individuelle et collective.
3) La crise des années 1930 réhabilite la coopération, qui bénéficie alors de laccès aux marchés publics et qui sétait fortement développée dans la consommation et dans lagriculture, mais qui est traversé de conflits notamment sur lappréciation du coopératisme développé par C. Gide et sur leur rôle dans les transformations socio-économiques.
Titulaire de la chaire de la coopération au BIT, G. Fauquet est plus pragmatique que doctrinaire ; il établit une distinction entre associations populaires (qui se sont multipliées après la loi de 1901) et coopératives ; affirme les caractères communs aux coopératives au-delà de leur diversité ; soppose à lidée de « coopératisme intégral » encore défendue par une partie du mouvement de consommation, en montrant lessor du capitalisme dans la phase centrale de transformation économique ; mais plaide pour un soutien public aux coopératives dans les phases initiale (approvisionnement) et finale (distribution).
G. Fauquet opère une distinction entre coopératives et associations populaires en mettant laccent sur lactivité économique plutôt que sur laction politique : « Par leurs origines, par les milieux, par les classes sociales où elles sont nées et sont développées, les institutions coopératives sont apparentées à toutes les formes dassociations populaires. Au profit des mêmes catégories, quoique par des méthodes qui leur sont propres, elles traduisent le même effort de défense, de relèvement et démancipation. Ce qui les différencie des autres formes daction et dassociations populaires, cest quelles poursuivent leur but au moyen dune activité économique organisée, au moyen dune entreprise ».
Malgré les divisions qui opposent les différentes formes de coopératives selon leurs secteurs dactivité et surtout la nature de leur sociétariat, G. Fauquet prône lunité de la coopération en montrant à partir des notions de service et de double qualité : la coopérative est une entreprise au service de ses membres et non une entreprise de rapport au profit de ses actionnaires ; lassocié est à la fois membre de lassociation coopérative et usager de lentreprise coopérative. De là découlent les règles des réserves impartageables, de légalité entre les membres (base du fonctionnement démocratique) et de la proportionnalité dans la répartition individuelle des excédents (ristourne au prorata de lactivité).
Se démarquant du coopératisme des pionniers de Rochdale, et du Gide coopérateur (les 3 étapes), G. Fauquet propose un raisonnement en terme de secteur : le secteur coopératif se partageant lactivité économique avec le secteur privé (de la petite entreprise agricole ou artisanale), le secteur capitaliste et le secteur public. Dans ce cadre, il ne peut prétendre quà un développement dans les phases initiale et finale de léconomie, pour protéger lindépendance des petites unités (exploitations agricoles, artisans, ménages) et non dans la phase centrale de transformation des biens, où sépanouit le capitalisme. Pour ce faire, il appelle de ses vux le soutien de lEtat quil ne juge pas très adapté à la gestion directe dactivités économiques, mais qui, seul, peut limiter lexpansion du capitalisme par une réglementation favorable aux coopératives.
Les thèses de Fauquet ont été largement confirmées dans laprès guerre : la loi de 1947 a marqué lunité de lentreprise coopérative, au-delà des statuts particuliers mais il a fallu attendre 1968 pour que les différents mouvements coopératifs sunissent dans le groupement national de la coopération. Les coopératives de consommation, les coopératives agricoles et les nouvelles coopératives de crédit se sont développées à la fois dans la défense des petites unités de production agricole, de consommation et dépargne (les ménages). Par contre, le nombre de coopératives de production a peu évolué (600 de 1910 à 1970) alors que leur taille croissait (la plus grande coopérative dEurope, lAOIP, a compté jusquà 4000 salariés, dans la téléphonie mécanique, en sous-traitance du ministère des PTT).
4) A partir des années 1970, les conditions socio-économiques changent : la concurrence internationale saccroît, les progrès technologiques nécessitent la mobilisation de capitaux importants ; après une phase de critique de la bureaucratie et de la hiérarchie (par les idées dautogestion puis dautonomie) les critiques de lintervention économique de lEtat se font de plus en plus fortes, ouvrant la voie à la libéralisation des prix, du marché du travail et du capital. Ces mutations, les contraintes croissantes pesant sur les organisations des champs devenant fortement concurrentiels (loisirs, consommation, banque, agriculture, puis services aux personnes, culture
), puis lémergence de nouvelles organisations et activités notamment dans laccompagnement des personnes face aux processus dexclusion qui ont touché une population croissante
ont conduit dune part au regroupement des grands acteurs traditionnels et dautre part à la diversification des approches cherchant à rendre compte de la nature et du rôle de ces organisations.
a) Dans les années 1970, organismes sans but lucratif, économie sociale, tiers-secteur
En 1970, pressentant les changements à venir, des responsables nationaux de la coopération (GNC) se regroupent avec ceux de la mutualité (FNMF) et des associations gestionnaires dans laction sociale et léducation (UNIOPSS et CCOMCEN) pour la création du CNLAMCA (Comité National de Liaison des Activités Mutualistes, Coopératives et Associatives). Lors dun colloque en 1977, ils font appel à Henri Desroche pour discuter la dénomination de leurs organisations quils regroupaient alors sous le terme d « organismes sans but lucratif ». Dans sa synthèse, Henri Desroche insiste sur les problèmes soulevés par une définition par la négative (non profit, non lucratif ou non marchand) et propose de reprendre le terme dentreprises déconomie sociale (utilisée en 1900 lors de lExposition Universelle de Paris) pour désigner « une économie associative, participative, de solidarité » :
- entreprises plutôt quorganismes (alors compris comme organisations et mouvements) pour ne pas nier la dimension gestionnaire, mais « des entreprises qui sont aussi des associations, des associations qui sont aussi des entreprises », « principalement des associations dusagers » ;
- déconomie sociale pour intégrer lactivité marchande des coopératives, et la distinction entre marchand et lucratif et pour désigner un couple entreprise-association « en tension » ;
- qui peut englober léconomie sociale « instituée » (dans les statuts coopératifs, mutualistes et associatifs) mais aussi léconomie sociale « instituante ». Son extension peut également se faire vers la composante syndicale (économie paritaire) et la composante communale (développement local).
Les « mutations » et « transits » que traverse léconomie sociale, ne se font pas sans écartèlement : « soit que léconomie sociale se comporte comme une force encore instituante face à des dispositions ou des dispositifs que lui propose ou lui oppose- lInstitué. Soit que cette même économie sociale se situe comme une organisation déjà instituée vis-à-vis des potentiels, aspirations, créativités qui postuleraient des alternatives ». H. Desroche redéfinit la pratique coopérative comme « une pratique volontaire de socialisations autogérées » proches du self-help (créativité), du mutual aid (solidarité) et de la self-reliance (subsidiarité).
Cette réflexion a conduit les acteurs à publier en 1980 une charte de léconomie sociale ; celle-ci affirme en préambule les ambitions économiques, sociales et politiques des mouvements coopératifs, mutualistes et associatifs « qui ont prouvé quil était possible de concilier efficacité et moindre coût, rentabilité et action démocratique, vérité économique, imagination et militantisme volontariste » ; elle les définit comme des entreprises démocratiques « constituées de sociétaires solidaires et égaux en devoirs et en droits », volontaires, dans un régime particulier dappropriation, de distribution ou de répartition des gains, encourageant la formation et linformation des membres ainsi que « le développement harmonieux de la société dans une perspective de promotion individuelle et collective ». Elle affirme globalement son projet humaniste : « léconomie sociale est au service de lhomme ».
En effet, les années 1970 sont riches en projets de transformation sociale, notamment autour de lidée dautogestion, qui soppose à la hiérarchie sociale (au travail, à lécole
).
Au même moment, au Centre de Recherche « Travail et société », Jacques Delors définit le troisième secteur qui « serait susceptible de couvrir aussi bien des activités économiques (production de biens et de services vendus sur le marché) dans des conditions proches de celles de lartisanat actuel ou des coopératives, que des activités sociales, entendues au sens large (les services non marchands) : éducation, culture, santé, aides sociales, entraide réciproque, aménagement du cadre de vie ». Ce nouveau « secteur » ne se distingue donc nettement ni par son profil juridique, ni par la nature des biens ou services produits, ni par ses finalités philosophiques ; « Il marque ses originalités par la petite taille de ses unités, son implantation dans un univers décentralisé et des objectifs qui tout en étant bien marqués, ne lui sont pas propres : répondre à des besoins non satisfaits et parfois même non exprimés ; combler les créneaux disponibles de la production et des biens et de services ; inventer de nouvelles formes de travail, mettant laccent sur lenrichissement du travail et la participation de tous à la décision.
b) Dans les années 1980-90 : léconomie sociale et léconomie alternative
Au sein du parti socialiste, à partir du congrès de 1977, il semble que ce soient davantage les idées de M. Rocard, que celles de J. Delors, qui prédominent au début des années 1980.
Ainsi, la création de la DIES en 1981 constitue une consécration de léconomie sociale instituée. Celle-ci est définie par le décret de création de la DIES (15 décembre 1981) comme regroupant « les coopératives, les mutuelles et celles des associations dont les activités de production les assimilent à ces organismes ».
Mais lappréhension de cette notion va évoluer avec les conceptions politiques et les contraintes extérieures. Ainsi, de 1981 à 1983, léconomie sociale sintègre dans une économie mixte dont lobjectif est la modernisation industrielle ; son support est la création ou la reprise dentreprises par la coopération de production, ainsi que larticulation des « grandes » coopératives avec les entreprises nouvellement nationalisées pour relancer les PME avec linvestissement public dans les grands secteurs industriels.
Dès 1984, dans le cadre de la politique de rigueur (« désinflation compétitive »), laccent est mis sur la concurrence et la décentralisation ; la DIES est alors mise sous la dépendance dun Secrétariat dEtat à léconomie sociale et au « développement local ». Sont alors prises toute une série de mesures ouvrant léconomie sociale à la concurrence (loi bancaire de 1984 sur la banque universelle ; réforme du code de la mutualité en 1985 ; création du titre associatif
) et portant lattention sur les associations locales.
Dans le même temps, linfluence française à Bruxelles (grâce à J. Delors) conduit à la création, en 1989, dune unité Economie sociale, au sein de la Commission européenne.
La formalisation juridico-économique est alors effectuée par C. Vienney (inspiré par G. Fauquet) dabord spécifiquement pour les coopératives. Pour C. Vienney, lunité du champ vient d« une correspondance entre les règles de certaines institutions, la place de leurs activités dans léconomie, et lidentité des acteurs qui en sont les associés participants » .
« Ce sont des combinaisons de critères juridiques, économiques et sociologiques qui permettent de délimiter et de structurer le champ des organisations de léconomie sociale en 1990. Les clauses contenues dans les statuts juridiques correspondent à des règles que lon peut regrouper autour de quatre grands principes : identification réciproque des personnes associées et de lactivité dune entreprise ; égalité des associés indépendamment de leur participation à lactivité ; propriété durablement collective des bénéfices réinvestis
Le repérage des places de leurs activités dans léconomie correspond assez directement à ces identifications juridiques puisque les statuts précisent pourquoi les personnes sassocient
Leurs compositions sociales sont donc également en correspondance avec ces statuts juridiques et ces activités économiques
Dans chaque cas, cest lanalyse de la fraction de ces participants qui accède à la qualité de membres qui indique donc en référence aux intérêts de quel groupe lentreprise est gérée ».
Toutefois, le modèle coopératif, et notamment la règle de la double qualité, peuvent être questionnés pour les associations dont « le statut légal ne suffit plus à identifier cette troisième composante de léconomie sociale. La loi de 1901 est ambivalente. Elle ne contient pas de règle permettant didentifier réciproquement les acteurs qui sassocient et les activités quelles entreprennent ni de dégager des modalités de fonctionnement typiques. Toutefois, « Si des associations peuvent développer des activités combinant des ressources marchandes et non marchandes, cest parce quelles font reconnaître par les pouvoirs publics, leur utilité et la légitimité des intérêts de leurs bénéficiaires. Réciproquement, les administrations qui leur apportent ces ressources sont amenées à faire dépendre leur agrément de statuts types. Sont donc introduites de ce fait des clauses analogues au double rapport dassociation et dactivité qui caractérise les coopératives et les mutuelles, identifiant les activités concernées et les acteurs bénéficiaires ». « Mais cet outil juridique nen sera pas moins utilisé aussi pour accéder à des financements publics, cest-à-dire pour combiner des subventions aux ressources provenant des cotisations, dons ou travail gratuit ». Ainsi, le modèle coopératif est transposé à lensemble de léconomie sociale, qui est traversée par un mouvement de transformation et démergence (le « retournement »). « Mais on observe quau cours de cette période, les rapports entre les associés et leurs entreprises se sont profondément modifiés dans cet ensemble dorganisations, entraînant disparitions, mutations et émergences de nouveaux champs dactivité
Lentreprise sélectionne alors les associés dont les caractères sont les plus compatibles avec son propre développement ».
« On voit aussi apparaître et se développer des organisations nouvelles. Leur vocation reste de prendre en charge des activités nécessaires et délaissées, mais sous de nouvelles formes, en relations avec les institutions anciennes soucieuses dactualiser la conjugaison de léconomique et du social qui leur avait donné naissance. Ces organisations, qui expérimentent à leur tour des règles donnant priorité à lutilité des activités sur la rentabilité des capitaux qui y sont engagés, concernent donc les nouveaux risques dexclusion sociale ».
Lanalyse des transformations des grandes coopératives le conduit à repérer trois phases :
la première est fondée sur lidentité sociale des membres qui mobilisent des moyens aux services des besoins ; le groupement de personnes domine alors lactivité ;
la seconde où lajustement réciproque de lactivité par les besoins régule le double rapport entre lassociation et lentreprise ;
la troisième où linstabilité de ces rapports sous la pression de lenvironnement conduit au retournement : lentreprise domine alors lassociation et modifie lidentité des membres.
« Ce sont donc les rapports entre leurs règles propres et celles du système socio-économique dont elles font partie qui expliquent la formation et les transformations des organisations coopératives, si bien que celles qui actualisent aujourdhui les mêmes principes peuvent être le résultat de véritables mutations lorsquon les compare à leurs origines historiques » (Socio-Economie des organisations coopératives, T. 1, p. 383).
Les organisations déconomie sociale (plus largement que les anciennes institutions) jouent donc un rôle dans la régulation de crise, en opérant un glissement de la double qualité (visant lintérêt des seuls membres) vers lutilité sociale (visant lintérêt de la collectivité).
Fin 1979, le débat entre autogestion et formes innovantes dune part, et démocratie économique dans les formes instituées de léconomie sociale dautre part, est posé dans deux articles de la revue Autrement par M. Rocard et J. Delors.
A côté de cette économie sociale formalisée, tente de saffirmer (avec moins de succès en France quen Allemagne) un courant porteur de transformation sociale, dune économie « alternative » (ALDEA) transformée en « économie alternative et solidaire » (REAS) au cours des années 1980. Ces courants sont portés successivement par les revues Autogestion puis Autrement. A partir de la critique des institutions (en se référant notamment aux travaux de Illich), de la hiérarchie dans et hors le travail, et dexpérimentations diverses, lobjet de lalternative est divers : produire autrement (réflexion sur lutilité des produits de lautomobile à larmement ; sur les technologies douces contre dures-, sur lorganisation du travail lautogestion) ; se soigner autrement (médecines parallèles) ; éduquer autrement (écoles parallèles, crèches parentales
)
Alors que la priorité sociale passe de la transformation sociale (autour du slogan « Halte à la croissance ») à la quête de la croissance créatrice demplois, ce mouvement ne trouve pas de mode de structuration durable, hormis dans les finances alternatives, devenues finances « solidaires » (clubs dépargnants CIGALES-, sociétés de capital-risque - La Nef, Autonomie-Solidarité-, puis caisses solidaires, réunies aujourdhui dans Finansol).
Aline Archimbault (une des fondatrices du REAS) caractérise cette économie alternative comme « une forme radicale de léconomie sociale » : « Léconomie alternative, cest lEconomie sociale de la période des crises concomitantes du productivisme et de la société salariale », du fait des externalités inacceptables du mode daccumulation sur lenvironnement et la société
. « Léconomie alternative est la manifestation idéologiquement formalisée des pratiques entrepreneuriales ou des activités au départ informelles à travers lesquelles, par choix ou par obligation, des groupes sociaux sensibles tentent de sadapter ou de résister à la nouvelle donne sociétale »
« Alimenté par les résistances et les ruptures qui se sont produites dans toutes les sociétés développées depuis le milieu des années 1960, le mouvement de lEconomie alternative... se définit donc comme un mouvement critique dans la société, porteur dune nouvelle culture du changement social » .
c) Dans les années 1995-2000 : services de proximité, entreprises sociales, économie solidaire, troisième système
A partir du début des années 1990, des actions et des politiques volontaristes tentent de lutter contre le chômage, en prônant le développement de nouveaux services susceptibles de répondre à la fois à des demandes demplois et des demandes de services ; trois pratiques doivent être relevées, marquant lélargissement des champs dactivité concernés :
a) la promotion des services de proximité dits services solidaires - pour créer à la fois des emplois et des services nécessaires, dans le cadre détudes européennes promouvant certains secteurs dactivité :
- accueil jeunes enfants, insertion par léconomique, aide à domicile, environnement (Les services de proximité, CRIDA, 1992)
- aide à domicile, restaurants de quartier, cafés-musique, environnement (Léconomie des services de proximité, CRIDA, 1995)
Cette promotion a été appuyée par la création dagences spécialisées telles lAgence de Développement des Services de Proximité proche du CRIDA et AIRES-SP soutenu par les Centres Sociaux et les organisations HLM.
Enrichi, à la fin des années 90, par lintégration du commerce équitable (pour reconstruire des liens de réciprocité entre consommateurs des pays du Nord avec les producteurs des pays du sud), cet ensemble a tenté de se structurer nationalement dans lInter-Réseaux de lEconomie Solidaire (qui a reçu une reconnaissance éphémère par le Secrétariat dEtat à léconomie solidaire).
b) les entreprises sociales. Comparant les entreprises primées par la Fondation du Crédit Coopératif pour leurs capacités dinitiatives et dinnovation, entre les années 1992-2001 et les années 1983-1991, J.F. Draperi conclue : « A ce titre, la vitalité de cette économie du social, moins égalitaire que solidaire ou caritative, moins alternative quintégrée dans la société civile, témoigne à la fois de la puissance dune économie dominante productrice dexclusions et dinégalités et de la marginalisation des valeurs prônées par léconomie. Hier intervenant surtout à la marge de la société, les innovateurs sociaux sappuient aujourdhui sur la société civile. Ils définissent des actions sociales, culturelles et économiques en marge de léconomie dominante, mais en harmonie avec les valeurs dominantes de la société. Leur modèle de référence est moins la coopérative quun projet à luvre, lentreprise sociale ». « Alors que la coopérative est une entreprise à finalité économique qui sappuie sur le statut de société et y introduit les principes de démocratie sociale, lentreprise sociale est une entreprise à finalité sociale qui sappuie sur le statut associatif et y introduit les principes de léconomie ». Cette « entreprise sociale » recherche plus la solidarité que la démocratie, plus lappui des collectivités que lindépendance ; le choix du statut associatif est alors moins exigeant financièrement (pas de capital social) et démocratiquement (grande liberté de choix de fonctionnement).
Létude de ces entreprises fait lobjet dun programme européen, au sein du réseau de chercheurs EMES.
c) les pôles déconomie solidaire : sous linfluence du REAS, certains élus locaux encouragent des stratégies d« alliances » territoriales pour soutenir des porteurs de projet (non exclusivement dans les services non marchands ou sous des statuts associatifs) et « solidariser » des acteurs économiques locaux. Ils sont rassemblés dans le Réseau des Territoires pour léconomie solidaire, et certains dentre eux ont signé avec le Secrétariat dEtat à léconomie solidaire (dont les fonctions ont été reprises par la DIES), des conventions territoriales pour promouvoir cette conception de léconomie solidaire.
d) En Europe, après la suppression de lunité Economie Sociale, un programme sur le tiers-système a été lancé par la DG V (emploi et solidarité) pour promouvoir lemploi et le développement local (en suivant les recommandations du sommet de Luxembourg de 1997).
Sil faut distinguer dans ces démarches, lapproche en terme dorganisations déconomie solidaire et celle en terme de dynamique solidaire des territoires, la première théorisation en revient principalement à léquipe du CRIDA sous la direction de J.L. Laville. Sociologues et politologues se référent à lapproche de K. Polanyi qui identifie quatre comportements économiques (marché, redistribution, réciprocité et administration domestique), pour revendiquer le ré-encastrement de léconomique dans le social, pour lutter contre les dysfonctionnements opérés par la crise actuelle.
De nouvelles formes dentreprises doivent donc être encouragées ; elles se caractérisent par « limpulsion réciprocitaire, lhybridation entre économies, la démocratisation par les usagers et par le changement institutionnel ».
Elles utilisent généralement la forme associative avec le danger dabsence de règles. Favoriser les services de proximité, permet alors de mettre de nouvelles formes de régulation au niveau local.
Face à la crise des solidarités abstraites, lémergence de nouvelles solidarités concrètes permet ainsi de ne pas revenir à des solidarités « héritées » (en référence à P.Leroux).
Par-là même, cette approche affirme la primauté du lien social sur lactivité, et survalorise lémergence (initiative, innovation) au détriment de la consolidation (car la pérennisation de lactivité peut nécessiter la distanciation des liens sociaux de proximité pour développer la productivité et linvestissement). La participation informelle et la solidarité locale sont privilégiées à la démocratie interne, ce qui peut fragiliser la vie collective et économique. Enfin, linstrumentalisation de telles structures peut être rapide dans la mesure où les besoins économiques et sociaux sont forts et lautonomie du projet collectif faible.
Ces nouvelles pratiques théorisées visent-elles le renouvellement dune économie sociale en train de se banaliser du fait de lutilitarisme des membres ou son élargissement au-delà de lentreprise employeur et marchande représentée par la coopérative? Dans les débats sur les relations entre économie sociale et économie solidaire, lidée de « banalisation » de léconomie sociale et la reprise de son projet politique du XIXème siècle, par léconomie solidaire, développé par J. L. Laville en 1994 (Léconomie solidaire, une perspective internationale) est largement discutée. La RECMA sen est faite largement lécho.
J.M. Collombo et M. Parodi montrent quune expérience à Fortaleza au Brésil révèle « une adéquation satisfaisante avec les caractéristiques principales du modèle », une bonne correspondance pour lémergence des activités, mais que ce modèle ne favorise pas laccès des populations les plus pauvres au marché (contrairement aux associations ouvrières du XIXème siècle). « Sans un minimum démergence et dorganisation formelles, il ne peut y avoir de relations avec le secteur de léconomie de marché. Or, cette articulation entre les formes de léconomie populaire qui se développent dans léconomie informelle et léconomie de marché instituée est vitale pour les groupes sociaux les plus pauvres » « Cest à ce point de croisement de léconomie sociale et de la solidarité organique que se créent des espaces déconomie solidaire » « Lexpérience
exige, dans une phase plus ou moins longue, lintermédiation dorganismes tiers
ainsi que le concours technique, financier ou relationnel de diverses structures de léconomie sociale ou proches de ses règles
». Ainsi « le modèle de léconomie sociale croise forcément celui de léconomie solidaire par ses valeurs communes de solidarité, de coopération, de gestion démocratique ou participative, par ses règles d« a-capitalisme » (activités à finalité en partie non lucrative, accumulation dun capital collectif, etc.) ».
Après une période dopposition (service aux tiers/membres, solidarité/égoïsme collectif, instrumentalisation/banalisation, segmentation sociale/mixité sociale, économie des pauvres/économie des classes moyennes
), les consultations régionales de léconomie sociale et solidaire, initiées par la DIES, ont largement permis détablir les points de convergence entre ces différentes dynamiques (ce qui a conduit notamment à louverture de certaines CRES aux acteurs émergents, même si dans certaines régions, des structurations distinctes continuent à saffronter).
Un autre courant, puissant au niveau européen, tend aujourdhui à valoriser et adapter lapproche anglo-saxonne du Secteur sans but lucratif (non profit sector, appelé tiers secteur dans certains pays européens comme lItalie), qui dune part considère que toutes les associations ont une activité économique (on agrège, dans les mesures, lensemble des associations en activité), et dautre part assimile la nonlucrativité à la non commercialité, selon les principes fiscaux anglo-saxons (largement repris depuis par linstruction fiscale française). Cette approche conduit à exclure (ou adjoindre artificiellement) la plus grande partie des coopératives et des mutuelles françaises. Par contre, ce secteur englobe les fondations (nombreuses outre-Atlantique) dont la particularité paradoxale est de poursuivre des buts sociaux avec les moyens les plus financiers (revenus du capital investis).
M. Garrabé relève lincertitude de la partition basée parfois sur le mode de fonctionnement (règles de distribution des excédents), parfois sur lobjet (aide scolaire, habitation
)
De nombreux théoriciens se sont appuyés sur lanalyse néo-classique pour expliquer le rôle croissant de ces organisations dans une économie mixant le rôle du marché et de lEtat. Pour B. Weisbrod par exemple, le secteur sans but lucratif est vu comme un ensemble dorganisations prenant en charge les activités productives caractérisées comme biens publics à audience restreinte non pris en compte ni par le marché du fait de leurs externalités et de leurs rendements intergénérationnels, ni par lEtat qui, selon en cela lanalyse des choix publics, sintéresse uniquement aux préoccupations de lélecteur médian. Pour H. Hansmann, la contrainte de non distribution de profit réduit lincitation quaurait une organisation à tirer profit de lasymétrie de linformation au profit des gestionnaires et au détriment des consommateurs. Lorganisation sans but lucratif va inspirer confiance au consommateur y compris dans les cas où la qualité est inobservable : à ce titre, elle possède un avantage comparatif vis-à-vis des organisations lucratives lorsque létablissement dune relation de confiance constitue une condition nécessaire à la réalisation de la transaction. Ces théories peuvent sans doute rendre compte partiellement de lémergence dune part et de la part du comportement consumériste dans ces organisations. Par contre, elles ne rendent compte ni de leur fonctionnement collectif (approché par la théorie des conventions et des logiques dacteurs), ni de leurs modes de transformation (éclairés au niveau macro-économique par la théorie de la régulation).
La mobilisation de ces différentes sources théoriques est donc nécessaire pour appréhender dune part lémergence de ces organisations, les comportements sociaux des acteurs qui y participent ainsi que leurs modalités de transformation dans une société en profondes mutations.
Ainsi, nous voyons que les différentes approches proposent différentes sources didentification qui ne se polarisent pas exclusivement sur la nature des publics et des activités, mais :
- sur des objectifs globaux : développement humain (santé, éducation
), indépendance et démocratie économique, solidarité volontaire, socialisation, mixage social, promotion, émancipation, création dactivités ou/et demplois, développement local
;
- sur des caractéristiques internes (entrepreneuriat collectif, double qualité, démocratie, mutualisation, réciprocité, hybridation des ressources, but non financier
) ;
- sur la nature du cadre institutionnel : statutaire (coopératives, mutuelles et associations, autres statuts) ou non (groupements informels, porteurs de projets, entreprises solidaires)
Les enseignements de lapproche historique
Cet historique nous livre cinq grands enseignements :
- quune vision dynamique est nécessaire pour comprendre les transformations du champ et de son appréhension ; léconomie solidaire a mis laccent sur des formes émergentes alors que léconomie sociale la plus ancienne est traversée de forces multiples qui conduisent à des redéfinitions de projets et à des sorties du champ ; il nous semble que nous sommes encore en phase de transformation et que le processus dentrées-sorties et de recomposition nest pas achevé ; il nous faut donc tenter dapprocher les contours de lESS qui se dessine pour les années à venir ;
- que les débats théoriques sont relativement récurrents : approche libérale (production immatérielle au XIXème siècle, production caritative ou non marchande au XXème siècle) ; approche réformiste (solidarité et/ou démocratie économique) ; approche transformatrice (alternative ou « radicale ») ; et quil peut y avoir de grands décalages entre la théorie (sur les nature, rôle et place) et la doctrine (le coopératisme au début du siècle, les valeurs affichées aujourdhui), ainsi quentre théorie et pratique : ainsi lassociation industrielle de St Simon a ouvert la voie à la fois à lassociation ouvrière et à lindustrialisme technocratique ; lassociation populaire de Walras sest décliné à la fois dans la coopération de production, consommation et crédit et dans lactionnariat populaire ; lentreprise coopérative de Fauquet a occulté la montée en économie des associations populaires ; léconomie sociale et solidaire daujourdhui peut se renfermer sur des égoïsmes collectifs
.
Cest donc par un aller et retour entre pratique et théorie, méthode inductive et déductive, que lon peut sans doute le mieux approcher la réalité présente ;
- que, selon les périodes, lESS est reconnue principalement soit par ses objectifs (la santé et léducation, le droit au travail, le progrès social au XIXème siècle ; linnovation et la modernisation, le développement local dans les années 1970-80 ; le lien social, la création dactivités et demplois dans les années 90
) ; soit par ses sources qui renvoient en fait à des cadres institutionnels (le patronage, lassociation, le droit social) puis statutaires (les coopératives, les mutuelles et les associations) ; soit par sa logique de fonctionnement c'est-à-dire ses caractéristiques (groupement de personnes et réserves impartageables, association-entreprise et double qualité, réciprocité et hybridation des ressources, non répartition des excédents
). En fait, ces trois approches se recoupent largement ;
- que les statuts sont appelés à évoluer, en fonction de linsertion de la coopérative dans son environnement. Déjà dans les années 1860, un débat avait agité les coopérateurs autour de la question dun statut spécifique (pour concilier la reconnaissance de lactivité économique et les aspirations démocratiques : compte tenu des difficultés de lutilisation de la société en commandite, le statut de société anonyme avait été préféré à un statut propre préparé par L. Walras) ; déjà en 1905, Charles Gide avait croisé les « sources » et les « buts » tout en montrant la part prépondérante des « associations ouvrières » ni politiques, ni religieuses. de la société en commandite à la SA coopérative à lunion déconomie sociale
Aujourdhui, le statut de la mutualité est réinterrogé par les différentes réformes (1985 2000) ; le statut associatif est complété par de multiples règles encadrant son activité économique ; le statut coopératif sest élargi dune part par laccès dinvestisseurs extérieurs (loi de 1992), par louverture à de nouvelles professions (médecins
), et par de nouvelles formes de sociétariat (telle la société coopérative dintérêt collectif).
Il apparaît donc que les statuts, sils ne sont pas magiques, ne sont pas neutres, mais une certaine inertie ralentit ladoption de nouveaux statuts ou la transformation des statuts anciens ; il nous faut donc adopter une démarche qui tienne compte des statuts sans nous laisser enfermer dans une vision trop statique.
- Laccent mis, ces dernières années, par lapproche de léconomie solidaire, sur la mobilisation sociale de nouveaux acteurs sociaux, insiste sur lémergence des activités plus que sur leur mode de structuration et de consolidation. Cependant, la priorité donnée à lencastrement de lactivité dans le lien social de proximité pour renforcer les relations et les solidarités interpersonnelles (contre lanomie sociale) valorise les rôles de la réciprocité et de la redistribution internes, plutôt que de la qualification des acteurs et de linvestissement de lorganisation, sources de développement des emplois, des activités et des structures. Il nous faut donc avoir le souci détudier à la fois les formes émergentes et les formes consolidées de lESS.
Ce sont ces cinq observations qui ont dicté le choix des bases de notre étude :
nous sommes en phase de mutation : de nouveaux acteurs apparaissent ; de nouvelles activités se structurent par les règles de léconomie sociale et solidaire ; danciennes formes sont interrogées dans leur logique de transformation ;
les statuts sont interrogés par laffirmation de groupes informels durables (associations de fait), par les tensions avec la logique artisanale (appropriation individuelle de forme collective quasi-familiale), la logique publique (associations parapubliques) et la logique financière (valorisation externe de lactivité, filialisation, valorisation du capital individuel
)
léconomie sociale et solidaire se renouvelle et se transforme, mais elle se consolide également, contrairement aux thèses qui la cantonnent dans un rôle strictement palliatif ou transitoire ; il convient donc den examiner les objectifs propres, les spécificités, la place et le rôle dans les rapports socio-économiques qui structurent notre société.
La méthodologie de létude
Nous avons donc choisi de traiter la question des critères dappartenance à léconomie sociale et solidaire à partir de trois entrées qui font lobjet de trois chapitres distincts : lentrée par des acteurs sociaux qui amorcent des activités économiques (les associations dhabitants) ; lentrée par une activité en (re)structuration (la culture) ; lentrée par un statut qui abrite des activités diverses (la coopération de production). Cette approche tripartite rejoint lanalyse de J.F. Draperi, qui relève trois dimensions dans léconomie sociale : une économie sociale de rencontre ; une économie sociale instituante ; une économie sociale instituée.
Ces rapports sont chacun basés sur une dizaine de monographies qui confrontent des approches sociologiques, économiques, juridiques, politiques, pour éclairer au mieux la photographie et la dynamique de ces organisations, autour de questions communes :
la mobilisation dacteurs
le fonctionnement collectif
lorganisation du travail
la mutualisation des ressources
les modes de financement
la répartition des revenus
la logique et lutilisation des surplus
linsertion sur un territoire
le rapport aux politiques publiques
la participation à des réseaux
Soit trois grandes questions transversales :
- le rapport à lactivité
- le rapport au travail et à lorganisation
- le rapport à lenvironnement
qui noccupent pas le même ordre de priorité dans les différents champs :
les associations dhabitants privilégient le rapport à lenvironnement au rapport à lactivité puis au rapport à lorganisation et au travail,
les organisations culturelles privilégient le rapport à lactivité au rapport au travail et à lorganisation, puis à lenvironnement,
les SCOP privilégient le rapport au travail et à lorganisation, au rapport à lactivité et à lenvironnement.
Méthodologie des associations dhabitants
Le choix des associations étudiées dépend de leur degré dentrée en économie, dans le but danalyser à partir de quel moment leur activité économique est une activité de production de service, plus ou moins dépendante de la taille de leur budget.
Les associations dhabitants gestionnaires déquipement de quartier ont déjà fait lobjet de nombreuses études. Par contre, les petites associations dhabitants, dont les objets sont très divers, sont souvent citées pour leur rôle de créateur de lien social, de solidarité de proximité
sans faire lobjet détudes intégrant toutes les dimensions de lESS. Ce nest en effet pas tant labsence détudes sociologiques sur ces associations qui pose problème que labsence dune analyse en termes dESS. Il semblait donc intéressant de limiter le nombre de structures gestionnaires déquipements de proximité dans ce panel dassociations, pour mettre en valeur des formes moins étudiées dassociations dhabitants. Nous avons également essayé de garder un échantillon relativement représentatif des champs dintervention de ces associations dhabitants. Ce qui donne léchantillon suivant :
A1 Groupe informel de femmes, créé en 1997
A2 Comité de gestion de groupes dhabitants, créé en 1971
A3 Association de parents délèves, créée depuis une dizaine dannées au moins
A4 Association du Sou de lécole, déclarée en 1993
A5 Association dhabitants de quartier, déclarée en 2000
A6 Association sportive de jeunes, créée en 1997
A7 Association communautaire espagnole, créée en 1976
A8 Association de sauvegarde du patrimoine et du cadre de vie, créée en 1946
A9 Association sur la santé, créée en 1981
A10 Régie de quartier, créée en 1989
Cette approche devait nous permettre dappréhender la façon dont les associations vivent et produisent :
- Produisent-elles seulement leurs conditions dexistence dune façon analogue à léconomie domestique, de façon informelle, peu organisée ?
- Ont-elles des activités monétarisées (en tout ou partie) ? Et celles-ci sont-elles comptabilisées et/ou mobilisent-elles du travail salarié ?
- Ont-elles des activités monétarisées marchandes ?
Sur cette base, on peut établir une gradation entre ces associations :Lassociation de parents délèves produit ses conditions dexistence, au niveau local, de façon non-monétaire ; la quasi-totalité des ressources de lassociation proviennent du bénévolat.
Lassociation du cadre de vie a une production monétaire marginale et non-marchande. Son activité principale est la représentation des habitants auprès des Pouvoirs Publics.
Le Sou des écoles a une production monétaire destinée à financer un tiers.
Les autres associations (à objet sportif, sanitaire, culturelle
) ont des productions monétaires ; elles bénéficient de financements publics et mobilisent du bénévolat. Parmi celles-ci, deux (dans la protection du patrimoine et la promotion de la santé) ont des productions que lon peut qualifier de marchandes, puisque le prix de leurs produits est en partie défini par rapport à un prix de marché dans un cadre concurrentiel ; quatre (sportive, santé, patrimoine, insertion) mobilisent du travail salarié ; deux (groupes informels de femmes, dhabitants) bénéficient du soutien de travailleurs sociaux.
Les monographies présentent les associations en abordant quatre thèmes principaux : une présentation générale de lassociation et de ses activités ; les dimensions économiques ; la façon dont les associations font vivre la solidarité ; et leurs pratiques démocratiques. Dans ce dernier point est abordée la dimension sociologique des associations, cest-à-dire les catégories dacteurs qui se mobilisent dans ces groupements ou le public que touche lassociation.
La synthèse ne reprend pas tous les éléments mis en évidence dans ces quatre thématiques car, si ces axes de recherche ont servi de trame pour létude des associations, les résultats obtenus ne méritent pas tous dêtre présentés de la même façon. En effet, certains thèmes ont été relativement peu développés dans les monographies, les éléments nécessaires pour pouvoir les traiter correctement étant assez difficiles à recueillir (notamment les motifs dadhésion).
Les éléments qui ont le plus retenu notre attention sont donc : la dimension sociale des associations dhabitants, par elles-mêmes et par rapport à leur environnement ; la façon dont elles vivent leur économie (leur production collective, la redistribution
) ; et certains éléments de lorganisation de leur activité.
Méthodologie des organisations culturelles
Notre étude a pour objectif danalyser la structuration collective dun secteur dactivité très émietté et très diversifié. Elle doit donc couvrir la diversité des fonctions et des rôles joués par ces organisations du secteur culturel (compagnies de théâtre, cinémas associatifs, radios associatives, organismes de formation, lieux de diffusion du spectacle vivant, centre de ressources et de production musicales) ; il sagit aussi de refléter les origines de ces initiatives (création parapublique, dynamique dauto-emploi, organisation dusagers, regroupement dacteurs) ; et de discuter leur positionnement vis-à-vis du secteur culturel (lien avec lanimation et léducation populaire, proximité avec les industries culturelles ou le spectacle vivant, etc.). Certaines de ces organisations bénéficient dun label public (centre de musiques traditionnelles) ou privé (groupement demployeurs pour linsertion et la qualification), dautres entrent dans le cadre de politiques publiques daccompagnement (scènes de musiques traditionnelles, cinémathèques
).
Léchantillon sur lequel nous nous sommes basés pour réaliser létude est donc le suivant :
B1 Association artistique, création en 1980
B2 Association, conservation et diffusion du cinéma, création en 1962,
B3 Association, Radio associative non commerciale, création en 1988,
B4 Association, Lieu de diffusion musicale, création en 1995,
B5 Association, Centre de ressources sur les musiques traditionnelles, production de groupes musicaux, création en 1988,
B6 Association, Gestion dune salle de spectacles et de cinéma, création en 1962,
B7 Association, Compagnie de Théâtre, création en 1988,
B8 Association, Compagnie de Théâtre, création en 1986,
B9 Association, Groupement demployeurs pour linsertion et la qualification, Mise à disposition de comédiens en formation, création en 2000,
B10 Association, Valorisation du patrimoine, Association de Guides, création en 1989,
B11 SCOP, Lieu de diffusion et de création du spectacle vivant, création en 1999,
B12 SCOP, Centre dramatique national, création en 2001.
A ce titre, il regroupe douze organisations, dont dix associations et deux Scop ; six de ces organisations se trouvent dans le département de lIsère, quatre dans le département du Rhône, une dans le département de la Drôme et une dans le département de la Haute-Savoie. Lâge de ces organisations va de deux ans à quarante et un ans, la moyenne étant de dix-sept ans.
On peut toutefois relever quil manque à cet échantillon les organisations dartistes plasticiens et les squats dartistes. Une étude plus générale sur le thème des galeries dart a analysé lexistence de collectifs dartistes et de galeries associatives : « leur création semble résulter de la conjonction de deux facteurs : en premier lieu, la difficulté de trouver des galeries et de rendre visible un travail, mais aussi le développement de nouvelles pratiques artistiques (
) si tous ces groupes cherchent à pallier un manque de lieux dexposition et ont la volonté de toucher un nouveau public, ils sont loin de former un ensemble homogène ». Ces organisations ont été abondamment étudiées de manière spécifique.
Méthodologie des SCOP
L'étude du secteur des SCOP renvoie à l'analyse du rôle joué par "la règle" dans la structuration de l'Economie Sociale et Solidaire (ESS). "La règle" n'est pas ici réduite à une analyse statutaire. Le statut est bien sûr la "preuve" d'appartenance spontanément envisagée, ce qui est légitime car il cristallise et objective des choix et/ou revendications d'acteurs qui ne veulent pas ou ne peuvent pas s'inscrire dans l'économie lucrative.
En Rhône-Alpes, l'Union Régionale dénombre 200 Scop en 2002, qui emploient près de 3300 salariés.
Notre échantillon est composé de 12 SCOP. Elles appartiennent toutes à un secteur dactivité différent et fonctionnent dans les départements de l'Isère, de la Drôme et de la Haute-Savoie :
Nom
Activité
Sarl / Sa
C / T / R*
Année
EmploisFP/Sal(francs)**
CA
(francs)
CA/sal
(francs)
VA
(francs)C1formationSarlC1995825 0002 300 000287 5001 700 000C2architectureSarlC199110151 0223 592 532359 2532 850 632C3Bureau
détudesSarlT19831317 6906 470 000497 769C4informatiqueSaC19797033 06754 903 000784 42021 167 000C5paysagismeSaR19923588 46019 000 000542 857C6bâtimentSaC19782762 08617 861 000661 6715 089 898C7électricitéSaC197647C8photogravureSarlR19941058 5002 568 000C9textileSaR19978015 0003 500 00043 750C10tôlerieSaR198228149 800C11décolletageSaC19525015 171 000C12Electro-
ménagerSaR1981247109 300170 000 000688 259* Création / Transformation / Reprise
** Capital social + Primes d'émission
+ Réserves + Report + Résultat
La répartition sectorielle de l'échantillon est fidèle à la répartition des SCOP dans les secteurs d'activité en Rhône-Alpes : 39% dans les services et 61% dans l'industrie et le Bâtiment-Travaux Publics.
Nous avons aussi respecté la distribution rhônalpine par type d'origine des entreprises, bien qu'un léger biais soit apporté par les firmes de grande taille souvent issues d'une reprise : 55% proviennent d'une création, 37% d'une reprise et 8 % d'une transformation.
Notre échantillon n'est pas représentatif de la taille des Scop en France et en Rhône-Alpes ; 60% d'entre elles ont entre 10 et 49 salariés contre 34% en Rhône-Alpes et 36% en France. Mais cette non-représentativité est issue d'un choix explicite : balayer le plus exhaustivement possible les spécificités à décrire dans des entreprises qui sont principalement des PME de 50 salariés en moyenne (l'entreprise C12 emploie même 247 salariés) permet d'étudier l'originalité de la réponse qu'apportent les Scop à tous les problèmes de gestion participative et d'organisation auxquels elles s'avèrent confrontées lorsque leur taille dépasse les 15 salariés-associés ; cela rend plus évident le type d'organisation mis en oeuvre pour qu'existent par exemple une démocratie participative et un entrepreneuriat collectif. De plus, nombreuses sont les études à déjà porter sur les structures de très petite taille, alors qu'elles prennent une place minime en terme d'emplois (12% au niveau national).
Cela implique quelques biais dans certaines données, tel le taux de sociétariat passé deux années dans l'entreprise. Il est en effet inférieur à la moyenne nationale (82%). Le taux de sociétariat de l'échantillon est d'environ 75%. Le taux est négativement corrélé à la taille et, évidemment positivement corrélé à l'obligation d'adhérer après un an, comme c'est le cas pour plus de 60% de notre échantillon (chez C12 l'obligation d'adhésion est effective à partir de 6 mois de présence). Globalement, les entreprises de moins de 10 salariés ont un taux de sociétariat de plus de 90%, celles comprenant de 10 à 30 salariés 80%, et dans les Scop plus importantes le taux tourne autour de 70%.
Pour saisir le vécu au-delà du statut, nous avons dans un premier temps réinterrogé les 5 principes précédemment cités en les transformant en une série de variables. Ainsi, le principe démocratique aide-t-il à reconstruire une série de variables constituant la famille "niveau du vécu démocratique" ; les 4 autres principes ont permis de reconstruire une famille "force du projet social interne". D'autre part, nous avons ajouté une troisième famille intitulée "force du projet social externe" et visant à saisir le niveau d'appartenance à un "réseau" ou à un "mouvement", ainsi que sa lisibilité externe.
Chaque famille est donc constituée d'une série de variables qui sont tant quantitatives (discrètes et continues) que qualitatives :
Niveau du vécu démocratique
Lassociation
Proportion des associés
Modalité financière dassociation
Association libre ou obligatoire ?
Parts sociales détenues par des tiers
Parts sociales détenues par des tiers non coopérateurs
Concentration de la détention des parts sociales
Existence d'un système de blocage de la concentration de détention du Capital
La représentation
Nombre dAG / an
Autres réunions ou Consultation
Taux de participation AG (hors et dans le temps de travail ?)
Présence de syndicats, de CE, de DP
Financement CE (> 0.2% ?)
La direction (forme)
Forme de direction (Directoire + CS / PDG + CA) (Gérant (+ CS si > 20))
Composition et représentativité du CA, Directoire et CS
Présence de Directeurs, Secrétaire général ?
Rôle de la Direction
Taux de rotation
Rémunération spécifique ?
La communication
Modalités hors AG et CE (réunions, consultations, affichage, journal interne
)
Effort d'organisation des locaux pour la communication
Salaires sont rendus publics ?Force du projet social interne
La rémunération
Hiérarchie des salaires
Hiérarchie des qualifications
Principe de fixation des W (individualisé ou / marché
)
Compléments (primes, indemnités, intéressement
)
Masse salariale / Valeur ajoutée
Part du résultat aux Réserves impartageables (( 16%)
(légales 15% et fonds développement)
Part du résultat à la participation salariale (( 25%)
Principe de calcul de la participation (W ou L)
Application de laccord de participation (droit commun ou dérogatoire (PPI))
Part du Résultat en intérêts (( 33%)
Rendement
Hiérarchie des revenus
L'emploi
Publicité faite sur les compléments de rémunération liés aux excédents
Proportion des CDI
Procédure dembauche (par qui et comment)
Procédure de licenciement (par qui et comment)
Taux de rotation du personnel
Personnel + autonome que non Scop ?
Personnel + polyvalent que non Scop ?
Modalités de passage aux 35 H
Dépenses de formation dans le CA
Stages coopératifs (A, B, "Bien venu", Parcours de professionnalisation)Stabilité financièreRatios: FP, Résultat, CA et VA
/salarié
Modalité de hausse du capital (participation mise en parts sociales, prise sur salaire
)
Vie socialeEncadrement social (mutuelle, Union Sociale des Scop, aides familiales, formation culturelle, sportive
)
Vie sociale hors aidesForce du projet social externeNiveau de lessaimage non coopératif
Niveau de lessaimage coopératif
Relations avec des tiers coopérateurs et associations
Participations au "mouvement" (AG et CA à lUnion Régionale ou Confédération Générale
)
Participation au développement local autre que maintien de l'emploi local
- participation à un réseau aide à lemploi (cigale
.)
- clause dutilité sociale
- réunions locales sur développement et emploi
- actions humanitaires et mécénat
- prêt des locaux et équipement
En ce qui concerne les entretiens, nous avons interrogé des responsables et consulté des documents internes :
Les personnes interrogées (au moins deux personnes dans chaque structure) lont été par le biais dentretiens semi-directifs menés à laide dune grille dentretien indicative. Nous avons recontacté, dans certains cas, nos interlocuteurs pour leur demander des renseignements complémentaires.
Pour les associations nayant pas de salarié, nous avons interrogé des responsables faisant partie du bureau (la plupart du temps le président) et si possible une personne ayant la mémoire de lassociation. Pour les associations ayant des salariés, nous avons interrogé des responsables du bureau et des salariés.
Les documents que nous avons consultés sont ceux qui sont distribués lors des assemblées générales (rapport dactivités, bilan financier, compte résultat
), ainsi que des documents de présentation des activités et les statuts de lorganisation.
Il faut préciser que nous navons pas toujours pu avoir accès à lensemble de ces documents :
- soit parce quils nexistaient pas, car de nombreuses petites associations fonctionnent sur un mode informel.
- soit parce que nos interlocuteurs ont refusé (explicitement ou tacitement) de nous les fournir. Ce fut le cas dans trois petites associations et une SCOP. Les motivations de ces refus étaient parfois justifiées par rapport aux situations objectives, mais elles étaient parfois le fruit dune certaine méfiance, car les acteurs de ces structures étaient très étonnés que lon puisse sintéresser à leur fonctionnement interne et notamment à leurs comptes
(alors queux-mêmes ne sy intéressent pas).
Les associations dhabitants
Présentation du rapport
Létude des associations dhabitants présente un intérêt particulier pour délimiter le champ de léconomie sociale et solidaire et pour définir des critères socio-économiques susceptibles de distinguer ce qui appartient au secteur informel, proche de léconomie domestique, de ce qui relève de lESS. En effet, si ces associations ont une dimension économique, celle-ci est souvent la conséquence des objectifs quelles poursuivent, sans quelles soient pour autant des acteurs économiques à part entière. On pourrait même dire que certaines font de léconomie « malgré elles ».
Cependant ces associations ont, pour la plupart, des activités économiques monétaires. Celles-ci interrogent les distinctions classiques entre activités monétaires et non-monétaires, et activités marchandes et non-marchandes, parce que ces productions, même très marginales, sont destinées à réaliser des objectifs socio-politiques et non socio-économiques. En effet, toutes ces associations se caractérisent par une démarche principalement socio-politique, dans laquelle la dimension socio-économique est très secondaire et instrumentale.
Au vu de ces éléments, il est donc intéressant de se pencher sur le degré dentrée en économie de ces petites organisations pour analyser dans quelle mesure leurs actions sapparentent, ou non, aux activités « classiques » de léconomie sociale et solidaire. On peut rappeler ici quauparavant ces petites associations nétaient pas censées appartenir aurecensées dans le champ de léconomie sociale. En effet, lorsque ce champ a été défini en 1981, lors de la création de la DIES (Délégation interministérielle à léconomie sociale), seules les associations ayant une activité semblable à celle des coopératives et des mutuelles, cest-à-dire celles qui géraient des équipements et des services, étaient considérées appartenir à léconomie sociale. Depuis, les attributions du délégué ont été élargies à lensemble du champ associatif et de nombreuses associations qui ont développé des activités de services sont considérées entrées comme des acteurs de lESS. Quoi quil en soit, il nest pas évident de définir, dun point de vue scientifique, une frontière claire qui pourrait permettre daffirmer que ces petites associations sont, ou non, des acteurs de léconomie sociale et solidaire.
Cette dimension économique présente un intérêt particulier dans le cadre dune analyse en termes dESS, mais elle nest évidemment pas la seule à avoir retenu notre attention. Les autres thèmes abordés concernent toutes les dimensions de la vie associative qui peuvent spécifier le « social et solidaire » : la vie démocratique des associations, la façon dont elles font vivre la solidarité, les relations quelles ont avec leur environnement, la façon dont elles organisent leurs activités
.
En parlant « dassociations dhabitants », notre recherche se focalise sur les groupes sociaux qui se mobilisent collectivement sur un territoire. Cette étude a donc une dimension sociologique et nous avons cherché quels sont les publics qui sorganisent collectivement ou qui sont organisés par des tiers. A cet effet, nous avons étudié des groupes « informels », qui nont pas le statut associatif, pour aborder le temps de la transformation en personne morale autonome. Pour simplifier le propos, nous désignons par « associations dhabitants » toutes les entités étudiées.
De façon générale, on peut définir lassociation dhabitants comme un regroupement de personnes vivant sur un même territoire géographique (quartier, ville, village), dans le but daméliorer les conditions de vie ou de satisfaire un nouveau besoin social.
Différents types dassociations dhabitants se sont créés au fil du temps selon les besoins des habitants et/ou selon les évolutions législatives :
Les premières associations que lon peut qualifier « dhabitants » ont été des associations issues des mouvements déducation populaire (centres sociaux, associations Léo Lagrange, MJC
) ; elles sont apparues à partir des années cinquante.
Dans les années soixante-dix, de nombreusess associations du cadre de vie sont majoritairement créées. Celles-ci sinscrivent souvent dans le mouvement des luttes urbaines et des groupes daction municipale, qui avaient, à cette époque, une vocation politique affirmée. Actuellement, les associations de défense du cadre de vie et de lenvironnement ont acquis une certaine reconnaissance ; elles sont parfois consultées prioritairement par les Pouvoirs Publics pour des aménagements urbains, même si elles sont concurrencées, aujourdhui, par la consultation directe des citoyens.
Ces associations du cadre de vie entretiennent un lien particulier avec leur territoire, car celui-ci est à loriginelobjet même de leur création. Laccent est alors mis sur lenvironnement physique des habitants, plus que sur leurs relations sociales.
Dans les années quatre-vingt, des associations de jeunes et dimmigrés sont créées en grand nombre, du fait de modifications législatives permettant aux étrangers de créer des associations. Parmi celles-ci, un grand nombre a servi de relais aux opérations de la politique de la ville partenariale par définition et, aujourdhui 15 000 associations en France participent aux opérations de développement social urbain.
La figure marquante des associations dhabitants créées à cette époque est la régie de quartier, qui combine linsertion, la rénovation des quartiers et la participation des habitants à la vie de leur quartier.
Enfin, depuis les années quatre-vingt-dix, les associations culturelles deviennent majoritaires dans les créations dassociations territorialisées.
Cette étude portant sur dix associations dhabitants, faisant chacune lobjet dune monographie, est présentée de la manière suivante : après avoir abordé la dimension sociale qui prédétermine la création de ces associations dhabitants à partir de leur projet socio-politique et de leur relation à leur territoire, nous nous attacherons à analyser la façon dont elles appréhendent leur activité économique (de consommation, de redistribution, de production
) et lorganisation de ces leurs activités.
1. Les dimensions sociales des associations dhabitants
Ces associations ont principalement des activités socio-politiques qui visent à améliorer, à modifier létat social existant. Pour atteindre leurs objectifs, les acteurs sinscrivent dans et alimentent la dynamique de leur territoire, tout en interpellant les pouvoirs publics locaux.
1.1. Approche socio-politique des associations dhabitants
Les associations étudiées sinscrivent toutes, au moins à lorigine, dans une action socio-politique qui relève plus dun projet social ou de laction collective (dans le sens commun du terme) que dun projet économique, en terme de création demplois ou de services.
Dans tous les cas, ces associations sont lexpression collective dintérêts ou de besoins qui ne sont pas satisfaits localement et pour lesquels des habitants décident de se regrouper autour dun projet commun qui définit leur identité. Ces associations ont des objets très divers : la création de lien social par lintermédiaire dactivités « prétextes », le regroupement communautaire, des actions envers les jeunes, la défense du cadre de vie, la représentation des parents délèves, le financement dactivités pour les élèves ou des refus de dépendance institutionnelle comme dans la santé.
Cette diversité permet difficilement de regrouper ces associations en catégories. Cest donc à partir de leurs points communs que nous appréhenderons leurs projets et objets, les groupes sociaux concernés, mobilisés, le choix du statut associatif, leur fonctionnement collectif, leur insertion dans lespace public.
1.1.1. Projets et objets des associations dhabitants
On peut considérer que ces associations assurent différents types de fonctions socio-politiques :
Leur raison dêtre peut être lexpression, la revendication de besoins ou dintérêts. Dans ce cadre, les associations dhabitants jouent un rôle de représentationporte-parole. Cest le cas des associations du cadre de vie, ou de parents délèves.
Elles peuvent organiser et développer le lien social, la convivialité, la solidarité
Elles ont alors un rôle danimation. Cest le cas des groupes informels, des associations communautaires.
Elles peuvent avoir pour objectif lémergence dinitiatives, lorganisation dactions et dactivités
Elles remplissent alors une mission daccompagnement des habitants. Cest principalement le cas de laction des travailleurs sociaux auprès des groupes informels.
Toutes ces associations de proximité sont définies par le groupe social concerné par leur action, par les activités quelles organisent, ainsi que par leurs liens aux territoires. Mais lun ou lautre de ces objets a une fonction plus ou moins déterminante selon les associations.
Certaines associations sont plus marquées par une action sur un groupe social déterminé. Ces actions en direction dun public précis sont menées soit par des membres du groupe (cest le cas des associations communautaires), soit par des personnes proches sans en faire partie (ce qui est le cas dune association de jeunesse et dun groupe informel animé par des travailleurs sociaux).
Dautres associations se définissent davantage par rapport à leur activité. Cest le cas de lassociation sur la santé, ainsi que lassociative sportive.
Enfin, dautres associations sont davantage définies par leurs liens au territoire daction (donc à lensemble de ses habitants et de ses institutions). Cest notamment le cas dune association parapublique dans un quartier populaire (qui soutient des groupes informels dhabitants), des Associations du cadre de vie et de défense du patrimoine, et des associations concernées par linstitution scolaire.
De fait, ces trois dimensions sont fortement imbriquées dans les associations. Ainsi, les associations périscolaires sont à la fois liées à léducation et au territoire dimplantation des écoles : le Sou des écoles oeuvrant auprès dune école primaire est néanmoins plus impliqué dans le territoire que lassociation de parents délèves du secondaire, du fait de la plus grande étendue de la zone géographique concernée par le collège.
1.1.2. Groupes sociaux
Aborder laspect sociologique de ces associations dhabitants est assez logique dans cette étude, qui a pour optique « lentrée par le publicles acteurs ». Mais, pour traiter complètement cette question, il aurait fallu mener une enquête systématique auprès de tous les membres afin de pouvoir dresser des profils sociologiques exacts des acteurs mobilisés dans ces structures. Si nous avons obtenu facilement des renseignements sur les caractéristiques sociales des adhérents des petites associations, il a été plus difficile de cerner les profils sociologiques des membres des associations plus importantes. Pour ces dernières, nous avons pris en considération les membres des conseils dadministration, en sachant quils ne sont pas toujours sociologiquement représentatifs du public de lassociation.
Ainsi, nous avons pu constater que :
les associations dhabitants sont rarement socialement mixtes. En effet, chaque association touche un public particulier qui est relativement homogène. On peut dire quil y a une certaine homogénéité sociale parce que les participants ont quelques « caractères sociologiques » communs. Ces dénominateurs communs peuvent être : une même nationalité (association communautaire), un même âge dans un même quartier (association sportive), un même sexe (groupe de femmes), des catégories socioprofessionnelles proches (associations de cadre de vie, associations de parents délèves)
. On peut ainsi considérer que la participation à une activité dans un même territoire réunit des personnes socialement proches.
De plus, ces associations locales sont évidemment à limage de leurs territoires, qui sont de moins socialement mixtes.
il sinstaure une réelle mixité sociale lorsque les associations atteignent un nombre important dadhérents et/ou lorsquelles obtiennent des financements pour conduire une action avec certains publics. Cest le cas de lassociation sur la santé, qui était à lorigine composée de personnes soucieuses de leur santé, proches des professions médicales, et qui accueille maintenant un public en difficulté, en étant subventionnée pour cela.
le corollaire de cette absence, relative, de mixité sociale à lintérieur des associations est lexistence dassociations dhabitants spécifiques à la plupart des catégories socioprofessionnelles.
Sur les trois associations qui regroupent des personnes de milieux populaires, deux sont des groupes informels organisés par des travailleurs sociaux et la troisième est une association qui bénéficie daides importantes de la municipalité (aide obtenue après trois ans dexistence). On peut donc dire que les associations de notre échantillon appartenant aux catégories populaires sont organisées par dautres catégories sociales et sauto-organisent peu. On raisonne alors le plus souvent dans les terminologies des politiques sociales, en termes de publics et non de catégories socioprofessionnelles.
laction de lassociation peut avoir un impact sur la population de son territoire. Cest le cas dune association du cadre de vie se créant dans un quartier en « recomposition sociale ». Cette association privilégie une action sur lenvironnement « physique » pour améliorer les conditions de vie, selon la vision de ses membres. Si son action peut contribuer à rendre le quartier plus agréable pour certains habitants, cela peut rendre la vie plus difficile à dautres. Inversement, laction dune association ayant une optique sociale dans un quartier défavorisé incitera, peut-être, les catégories sociales intermédiaires à rester sur ce quartier car elles pourront bénéficier des services des associations. Cest le cas du groupe informel dhabitants, qui agit sur des quartiers dhabitat social.
La proximité spatiale renforce-t-elle une proximité sociale, à travers les associations ? Il est clair que la proximité spatiale induit la composition des associations créées sur le territoire ; mais les effets de ces associations ne sont pas évidents : si le territoire est déjà homogène, les associations reflètent cette homogénéité. Dans le cas contraire, les associations ne reproduisent pas forcément la mixité sociale : les associations de cadre de vie encouragent-elles « lembourgeoisement » des quartiers en rénovation ou bien permettent-elles de maintenir la diversité sociale ? Les associations daccompagnement des habitants renforcent-elles le « communautarisme » ou bien permettent-elles de maintenir la représentation des classes moyennes dans ces quartiers ?
Les activités conduites par les associations peuvent avoir différents types de destinataires. Elles visent un public particulier ou sont orientées en direction des seuls membres. La majorité des associations combinent ces deux dimensions :
- soit parce que le public cible est très proche des acteurs de lassociation, comme cest le cas pour les associations périscolaires ;
- soit parce que les associations ont un public cible par rapport à certaines de leurs activités, mais organisent aussi dautres actions pour leurs membres ; cest principalement le cas de lassociation sportive de jeunes ;
- soit parce que lactivité est clairement orientée en direction des membres, mais quil arrive fréquemment au groupe dagir en faveur ou en direction dun autre public ; cest principalement le cas des groupes informels dont certaines activités sont destinées à un public extérieur et, dans une moindre mesure, de lassociation communautaire.
De plus, le cas des associations du cadre de vie mélange une action altruiste, dont la collectivité bénéficie, avec les intérêts des membres de ces associations.
1.1.3. Le choix du statut associatif
Parmi les groupes que nous avons étudiés, certains ont le statut dassociation et dautres ne lont pas, tels les groupes informels que nous avons étudiés. Ceux-ci fonctionnent dans des conditions qui leur permettent de rester informels et de bénéficier des avantages de la vie associative sans en avoir les contraintes. En effet, ces groupes sont soutenus par des travailleurs sociaux et/ou par des structures qui prennent en charge les aspects administratifs et techniques. Ainsi, les participants nont que laction en tant que telle à prendre en charge. Il faut préciser que, sur lensemble des associations étudiées, deux groupes fonctionnent ainsi. Ils sont implantés dans des quartiers populaires et les structures sociales qui les soutiennent ont pour objectif de toucher des publics spécifiques (des femmes ou des personnes vivant dans des quartiers où il y a peu dactivité). Si le soutien extérieur est indispensable à la création de ces groupes, il peut devenir un frein à leur régularité puis à leur autonomie.
Les autres groupes étudiés ne bénéficient pas de soutien logistique et, sils veulent exister et être reconnus en tant que groupes, ils sont obligés davoir un statut juridique pour pouvoir agir. Le statut juridique permet la reconnaissance, principalement par les collectivités locales, et permet au groupe dêtre visible sur lespace public.
Les petites associationspetits groupements adoptent donc souvent le statut associatif dans une optique principalement utilitariste. Le statut associatif est alors utilisé pour la reconnaissance extérieure de lactivité, alors quil nest pas indispensable à la production de lactivité elle-même. Cela peut se percevoir dans la reproduction des statuts types distribués par les préfectures, ce qui peut signifier que la rédaction des statuts na pas été loccasion dune réflexion commune sur le projet associatif.
Toutefois, certaines associations, en général les plus anciennes, ont des statuts et des règlements intérieurs assez élaborés, ce qui montre que la personne morale quils ont créée a été loccasion de cristalliser le projet commun.
Ces associations sont conçues pour survivre à leurs fondateurs, elles supposent donc une structure qui soit à même de porter lactivité car, au-delà de ses membres, lassociation a une existence à part entière et on peut dire quelle agit par elle-même.
Ce constat ne signifie pas pour autant que les seules associations qui parviennent à durer soient sont celles qui ont une activité importante. Il arrive aussi que des petites associations atteignent une certaine longévité. Cest notamment le cas des associations dhabitants dont lactivité sappuie sur un élément extérieur (dans notre étude : lécole) qui leur permet davoir un renouvellement important des membres.
1.1.4. Le fonctionnement collectif
Ces associations respectent les principales valeurs démocratiques et leur fonctionnement montre que la mutualisation est leur moyen daction.
La vie démocratique dans ces associations
Toutes ces associations respectent les principes de base de la vie démocratique des organisations de lESS : elles organisent régulièrement des assemblées générales, des réunions de conseil dadministration (CA) et/ou de bureau
Les décisions courantes sont prises par les membres actifs (CA et/ou bureau) et les décisions plus importantes relèvent de lassemblée générale (AG). Dans ce dernier cas, les décisions ont fait lobjet, le plus souvent, dun travail préparatoire par les membres actifs. Ce travail semble être habituellement entériné par lAG. Cependant, si celle-ci se prononce dans un sens différent, les membres actifs en prennent acte et ne cherchent pas à faire passer leur projet en force.
Cette dernière remarque fait ressortir le fait que les acteurs de ces petites associations semblent être particulièrement attachés aux valeurs démocratiques et, même si ce nest quau niveau formelaux règles formelles de la démocratie, tous attachent une grande importance à cette dimension. . Nous navons en effet rencontré quune association (association sportive de jeunes) ne semblant pas attacher beaucoup dimportance à cette dimension.
Il semble que laffirmation de la vie démocratique de lassociation équivaut à laffirmation de sa valeur intrinsèque, et quelle sert à refonder régulièrement le « contrat associatif », comme si celui-ci avait une clause tacite qui oblige ces petites associations au respect des formes officielles. Cette clause tacite sapplique même aux associations qui semblent fonctionner principalement sur des pratiques informelles : les membres actifs de ces associations saffirment très attachés à cet aspect démocratique, comme sil en allait de la crédibilité de leur association. Laffirmation de cette dimension démocratique semble être une contrepartie qui légitime lintervention de lassociation sur lespace public. On peut avoir limpression que ces associations ont peur dêtre accusées de défendre des intérêts particuliers (alors que, lorsquelles défendent des intérêts, ceux-ci sont, par nature, collectifs) et quelles ne sont légitimes dans lespace public et vis-à-vis de leurs membres que si elles fonctionnent démocratiquement.
En ce qui concerne les procédures de décision « quotidienne », cCes associations pratiquent majoritairement la décision par consensus, que ce soit officiellement, en demandant lors de réunions officielles si tout le monde est daccordstatutaires, ou officieusement, par le « bouche à oreille », lors de lexercice des activités parce que lassociation a très peu de membres actifs, qui se côtoient dans les activités de lassociation lors desquelles ils ont le temps de discuter (association sportive de jeunes, association artistique) ou dans dautres occasionsà de moments de rassemblement (sortie de lécole par exemple pour le Sou et lassociation de parents délèves).
Les décisions peuvent aussi se prendre de manière tacite parce quil y a une bonne circulation de linformation entre les membres et quil ny a que peu dalternatives possibles.
Le vote est utilisé lors des AG ou pour trancher entre différentes alternatives. Il semble que ces associations lutilisent assez peu. Un seul groupe y recourt assez systématiquement.Son recours est relativement à lexception du Paradoxalement, il sagit du groupe informel de femmes, dans lequel le voteil sert à départager les participantes qui ne parviennent jamais à saccorder spontanément, notamment parce quelles nont pas de structure représentative..
La mutualisation
Ces petites associations mutualisent principalement, mais non exclusivement, des moyens non matériels : des compétences et du temps. Cette mise en commun a pour conséquence la création de deux catégories de membres : ceux qui sinvestissent « membres actifs » et les autres qui peuvent être qualifiés « dadhérents simples ».
Ainsi, on peut dire que la solidarité sinscrit au cur même de cette démarche associative, puisque tous les adhérents bénéficient de la même façon des résultats de laction collective, quel que soit leur niveau dengagement.
Cependant, si cette mutualisation de moyens en fonction dun objectif crée une solidarité entre les membres, celle-ci reste interne et conditionnée par les objectifs de lassociation. Elle ne devient pas une finalité de laction et, pour la plupart de ces associations, la solidarité nest quune conséquence de laction et non lobjectif recherché.
Cette question de la mutualisation est particulièrement sensible lorsque lassociation se trouve confrontée à un choix restreint, qui loblige à déterminer quels seront les participants à une activité. Dans notre échantillon, ce sont principalement les groupes qui fonctionnent de façon informelle qui sont confrontés à ce genre de problème, car ils sont en situation doffrir des services ou des prestations, souvent par lintermédiaire de politiques publiques, à un nombre limité de participants (les groupes informels et lassociation sportive de jeunes). Dans ces situations, ils ne peuvent pas pratiquer une mutualisation répartition « égalitaire », cest-à-dire une mutualisation qui bénéficie de la même manière à tous les membres, compte tenu de la situation de rareté.
Par exemple, lorsque les groupes informels (groupe informel dhabitants) sont confrontés à une situation de rareté, le choix de la mutualisation est assuré par les travailleurs sociaux, qui déterminent les participants en fonction de certains critères. Dans le Groupe informel de femmes, les travailleurs sociaux veulent avoir une action la plus minime possible et ne prennent donc pas position sur ce genre de questions, ce qui fait que les participantes les règlent seules. Du fait de labsence de critères précis pour définir le fonctionnement de la mutualisationmutualiste, cette question de base de toute organisation se transforme en problème insoluble, créateur de nombreux conflits. Le fonctionnement de la mutualisation dans lassociation sportive de jeunes nest pas explicite. Il na pas été possible dobtenir des renseignements pertinents sur les membres qui peuvent, ou non, bénéficier des activités lorsque le nombre de participants est limité.
, qui appelle larbitrage des travailleurs sociaux.
1.1.5. Le caractère publicLintervention des associations dhabitants, sur lespace public des associations dhabitants
Cette étude sur les associations dhabitants a été menée auprès dassociations visibles sur lespace public, elle nintègre donc pas les associations à caractère clairement « privé », voire domestique. Cependant, si toutes les associations étudiées peuvent être qualifiées de « publiques », leurs façons dintervenir sur lespace public diffèrent :
Certaines associations ont une bonne visibilité et une réelle bonne notoriété dans leur zone géographique. Cela se perçoit dans les demandes que leur font dautres acteurs locaux, qui leur demandent dorganiser un repas, une exposition, une intervention, de tenir un stand, de participer à une commission
. Même les groupes informels sont rendus visibles puisque les structures qui les supportent ont pour objectif quils soient le plus ouverts et le mieux connus possibles.
Une augmentation régulière du nombre dadhérents ou un taux de renouvellement important peut aussi signifier que lassociation nest pas vécue comme un espace privéfermé. Quatre associations ont un nombre important dadhérents (association sur la santé : 250, régie de quartier : 300, association communautaire : 400, association de patrimoine et cadre de vie : 800). Le taux de renouvellement témoigne aussi dune bonne visibilité du groupe sur lespace public, mais cela ne signifie pas que son objet et son fonctionnement correspondent toujours aux attentes des nouveaux participants. Deux groupes ont un taux de renouvellement important : le groupe informel de femmes, qui fonctionne sur la base dun noyau stable, auquel ont du mal à sintégrer durablement de nouvelles participantes ; et lassociation artistique, qui peut décevoir les nouveaux membres, par manque de professionnalisme. ;
Toutefois, quelques associations ne sont pas ouvertes à tous et fixent des critères dadhésion :
- soit le lieu de résidence (les associations périscolaires, une association du cadre de vie, les groupes informels dont lobjectif est dagir sur un territoire, la régie de quartier) ;
- soit dautres critères dappartenance : lassociation communautaire, qui avec 400 membres, pratique le parrainage et lassociation artistique sélectionne les nouveaux participants à la fois sur le critère de la qualité des uvres et sur le projet de la personne elle-même (cette dernière variable est la plus déterminante car les artistes un peu plus professionnels ne veulent pas intégrer de simples amateurs).
1.2. Rapport à lenvironnement
Par leur nature, ces associations locales entretiennent un rapport spécifique avec leur territoire et ont des liens particuliers avec les politiques publiques locales.
1.2.1. Le rapport au territoire
La plupart des actions et des dimensions de ces associations dhabitants ont forcément une déclinaison territoriale, et beaucoup des éléments analysés jusquici pourraient sinscrire dans ce thème. Il ne sera donc traité ici que de la dialectique qui existe entre la raison de leur création et limpact quelles ont sur le territoire, de leur façon dêtre en contact avec leur territoire et du rôle de celui-ci dans sur leur fonctionnement.
La proximité géographique est la condition de leur action. Ces associations entretiennent un rapport particulier avec leur territoire. Celui-ciCelle-ci doit être entendue dans ses différentes dimensions, cest-à-dire géographique, sociale et administrative, comme un ensemble de réseaux juxtaposés et coordonnés. Mais la délimitation du territoire associatif nest pas une donnée : elle est le fruit des interactions entre ces caractéristiques locales et celles du champ daction des associations.
Ce conditionnement est plus marqué pour certaines associations que pour dautres, par exemple, une association rurale (lAssociation artistique) est forcément limitée par le critère de la distance géographique, dune façon analogue aux associations du cadre de vie, mais dans le premier cas cette limitation est une contrainte « physique » objective, alors que dans le second cest une autolimitation de laction dans le but dêtre plus efficace sur un secteur.
Ces associations apportent également des éléments importants pour le territoire. Etant donné que ce sont des associationscar, à vocation socio-politique, elles lenrichissent qualitativement et socialement le territoire. Dans tous les cas, ces associations sont créatrices de liens sociaux de proximité : elles permettent de créer des espaces de rencontre, douvrir des horizons culturels nouveaux, délargir le champ des possibles pour des groupes sociaux enfermés dans des espaces limités (groupes informels), dexprimer et de faire reconnaître des identités culturelles (associations communautaires).
Elles sont aussi créatrices dactivités (sportives, culturelles
) sans pour autant être fortement créatrices demplois. Cependant, elles suscitent de nombreux engagements bénévoles qui dynamisent le territoire. Et bien sûr, elles contribuent à améliorer le cadre de vie.
Il est par contre plus difficile de mesurer leurs effets indirects sur le développement local : ont-elles des effets dentraînement socio-économique au-delà de leurs activités ? ou bien leur trop petite taille et leur logique plus socio-politique quéconomique les empêchent-elles de créer des dynamiques territoriales ?
On peut constater que certains territoires sont plus propices que dautres à la vie associative. Ainsi :
La tradition dun lieu peut être déterminante pour limplantation dassociations (par exemple, le quartier de la Croix Rousse à Lyon).
Un effet de seuil peut encourager la création dassociations, là où dautres associations sont déjà regroupées, de la même façon que des commerçants dune même spécialité simplantent dans un secteur particulier.
IEnfin, il semble que, pour les petites associations, la nature des politiques publiques locales soit est un facteur déterminant de leur consolidation.
On peut supposer que les différents facteurs favorables à la vie associative sadditionnent, et peut-être quà terme, lorsquun certain seuil est atteint, lensemble de ces éléments se démultiplie ; mais laLa réussite des petites associations locales dépend avant tout dune combinaison des facteurs humains et des politiques publiques locales, en labsence de construction de partenariats locaux durables.
Par exemple, une des associations étudiées (association sportive de jeunes) sest développée de façon importante (avec des locaux, une salariée
) parce quelle est implantée dans une banlieue et quelle a bénéficié de soutiens importants dans le cadre de la politique de la ville, avec le soutien des acteurs locaux (élus, MJC, Centre social
).Ayant perdu le soutien de ses partenaires initiaux, eElle est cependant amenée aujourdhui à réorienter ses activités, faute de financement suffisant, et du soutien de ses partenaires initiaux. par manque de financements.
Les groupes informels soutenus par des travailleurs sociaux sont dans une situation analogue, car le territoire est la condition de leur création, mais leur survie dépend des objectifs et de lattitude de leurs partenaires, principalement des collectivités locales.
Ainsi, dans le cadre de ces petites associations dhabitants, certains territoires conditionnent certains types de politiques publiques, et celles-ci déterminent la vie associative plus que le territoire par lui-même.
1.2.2. Le rapport aux politiques publiques locales
Les associations dhabitants, par leur action au niveau local, ont en général des contacts réguliers avec les pouvoirs publics politiques locaux, dont elles peuvent être des interlocuteurs privilégiés. Hormis linfluence que peuvent avoir les associations Ppar leur action de représentation « socio-politique », elle acquiert un pouvoir dinfluence ; par loctroi de financement, elles peuvent entrer dans dles relations entre les associations dhabitants et les pouvoirs publics locaux, portent essentiellement sur loctroi de financements.dinstrumentalisation.
Tout dabord, les interlocuteurs publics les plus directs de ces associations sont principalement les municipalités, et parfois les équipes de la politique de la ville. Ces dernières sont en contact avec les associations lorsquelles financent des projets, soit directement, soit dans le cadre des Fonds dInitiatives Habitants (ou Fonds dInitiatives Locales). Ceux-ci servent à financer les petits projets des associations (jusquà 1500 euros). Ils sont gérés ou organisés dans le cadre de montages partenariaux qui regroupent des acteurs publics (commune, agglomération EMOUS
) et des structures associatives, qui ont parfois la charge de leur gestion. Ces dispositifs sont adaptables par chaque commune : certaines incluent directement des habitants dans les membres des jurys (par exemple des membres des conseils de quartier). Les motivations qui président à loctroi de ces subventions dépendent des objectifs politiques et des réalités de la vie associative des quartiers.
Parmi les associations étudiées, quatre ont bénéficié ou bénéficient régulièrement de ces Fonds pour mener des opérations actions ponctuelles.
De façon plus générale, la plupart des associations étudiées bénéficient de subventions publiques locales, soit pour leur fonctionnement global, soit pour des actions précises (notamment par les Fonds dinitiatives habitants mentionnés ci-dessus).
Les subventions ont une action à double sens : elles permettent à lassociation de se financer, et aux pouvoirs publics dagir sur des thèmes ou des publics sur lesquels ils ne pourraient pas agir de la même façon que les associations. On peut même considérer que les associations sont des partenaires indispensables aux pouvoirs publics, qui peuvent ainsi agir sur : les jeunes dun quartier sensible par lintermédiaire de leur mères ; la responsabilisation dun public en difficulté par rapport à sa santé ; le tourisme ; une communauté
Au regard des associations étudiées, les subventions de fonctionnement orientent peu laction des associations. On peut donc penser que les pouvoirs publics considèrent que laction de lassociation sinscrit dans leur vision de lintérêt général.
Par contre, le subventionnement de projets (sans prendre en compte ceux du FIH) a un impact plus direct sur les actions de lassociation, notamment parce quil peut amener lassociation à transformer ces actions ponctuelles en activités régulières, ou bien à transformer les actions ou les publics. Ainsi, nous avons constaté que les subventions sur projets amènent parfois lassociation à élargir son action dans le sens de lintérêt général (par exemple, louverture de la table dhôtes de lassociation sur la santé à un public en difficulté, ou lorganisation dune fête de quartier ouverte à tous les habitants).
Enfin, pour analyser lindépendance dune association par rapport aux subventions quelle reçoit des pouvoirs publics, il est nécessaire de considérer limportance quont ces subventions en valeur absolue et non pas en valeur relative. En effet, les petites associations peuvent se passer des subventions car, même si elles représentent une part importante de leur budget, elles ne sont pas indispensables à leur action. Par exemple, une association du cadre de vie dont 50% du budget provient de la municipalité nest pas dépendante de celle-ci, car son action est avant tout conditionnée par lactivité de ses membres et non par ses dimensions économiques, qui sont très restreintes. Inversement, une association qui a un volume dactivités et un budget importants dépend davantage dune subvention représentant une petite part de son budget. Ainsi, lassociation sur la santé peut difficilement se passer des 16 000 euros de subvention de la Sécurité sociale, (qui ne représentent que 12% de son budget) car ils servent de levier à dautres subventions qui financent lactivité.
Si les associations dhabitants sont relativement indépendantes des pouvoirs publics par rapport aux subventions quils peuvent octroyer (parce que dans la plupart des cas leur activité socio-politique ne nécessite pas de financements importants), on peut mentionner dautres éléments qui conditionnent de façon plus primordiale la réussite associative. En effet, les résultats que peuvent obtenir les associations dhabitants dépendent, pour la moitié des associations étudiées, dautres rapports institutionnels qui échappent à la seule volonté des membres. La réussite de lactionCelle-ci est alors conditionnée par le positionnement dautres acteurs (institution scolaire, municipalité
) ; lassociation joue alors un rôle de proposition ou dintermédiaire entre linstitution et le public. Linfluence de certaines associations est confortée par lappartenance à une fédération (cas des associations de parents délèves), dont elles sont dépendantes économiquement.
2. Lactivité économique des associations dhabitants
Peut-on considérer que les activités des petites associations sont de nature économique ? En effet,T toutes ces associations se caractérisent par une faible conscience de leur activité économique. Elles ne se vivent pas en tant quacteurs économiques, car ce sont avant tout des acteurs sociaux, et léconomie nest pour elles quun moyen.
Par conséquentDe plus, les sources disponibles sur léconomie des associations sont relativement rares. Cette faible conscience de leur rôle dacteur économique se traduit par une quasi-absence de production écrite sur ces questions, une comptabilité minimale et une absence de stratégie économique.
Ainsi, lanalyse économique de ces associations dhabitants est assez délicate, car ces associations pensent leurs actions comme un tout, qui a, par la suite, des conséquences économiques.
De plusfait, il semble que les degrés dentrée en économie de ces associations forment un continuum, où les lignes de rupture et les catégories qui sont généralement utilisées pour distinguer les étapes de lactivité économique rendent difficilement compte de leur réalité. En effet, entre les associations nayant que quelques centaines deuros de budget et celles qui en ont plusieurs dizaines de milliers, la différence de nature des moyens de production de lactivité est relativement faible. Toutes ces associations ont une partie de leur activité qui est monétarisée, mais, comme cest le cas pour les subventions, cette part monétarisée est très secondaire par rapport à lobjet et à lensemble de leur activité. Lassociation la moins monétarisée est lassociation de parents délèves, qui produit seulement ses conditions dexistence avecalimente ses actions à partir dune consommation collective marginale, car lensemble de ses besoins monétaires sont assurés par sa fédération.
Du point de vue de lactivité, toutes les autres associations ont un niveau économique de même nature, cest-à-dire qui sétend jusquà la production monétaire non-marchande. Une seule association a une production économique que lon pourrait qualifier de marchande (vente de prestations touristiques). Même dans cette situation, lactivité de cette association reste principalement socio-politique, car la plupart de ses productions monétaires marchandes nont pas dobjectif de rentabilité financière mais servent à financer ses activités non-monétarisées.
Pour saisir les réalités économiques des associations dhabitants, il est donc nécessaire dadopter une définition large de léconomie et dobserver leurs fonctions économiques non-productives avant danalyser leurs fonctions productives de services.
2.1. Les différentes fonctions économiques non-productives des associations dhabitants
Les différentes fonctions économiques quassurent les associations dhabitants sont principalement le passage de lexpression des besoins à la structuration de la demande, une consommation collective et éventuellement une redistribution financière.
2.1.1. De lexpression des besoins à la structuration de la demande
Les associations dhabitants répondent à des besoins collectifs non satisfaits, qui sont en général des besoins sociaux, et rarement économiques. Cela a pour conséquence que ces petites associations vivent leur activité économique comme une conséquence de leur « activité sociale ». On peut se demander si elles nont pas « une activité économique malgré elles » ou, tout au moins, qui serait une conséquence nécessaire au maintien du reste de lactivitélassociation, cette « activité sociale » dorigine demeurant le cur et la raison dêtre de lassociation.
Parmi les associations étudiées, il est possible den identifier trois (association sportive de jeunes, groupe informel dhabitants, le Sou) dont la fonction de révélateur de besoin économique peut être importante. Ces associations se sont créées pour tisser des liens en dehors des réseaux familiaux ou de voisinage direct et organiser des activités pour maintenir ces liens. Ce type daction relève spécifiquement de lorganisation associative, seule à même de mobiliser suffisamment les personnes et les richesses non-monétaires nécessaires.
La plupart des associations tentent de répondre directement aux besoins sociaux exprimés ; seules les associations du cadre de vie assurent principalement une fonction de révélation dune demande sans tenter de la prendre en partie en charge. En retour, la réponse apportée par les associations structure la demande.
Lassociation assure parfois un rôle plus spécifique de la structuration de la demande, cest notamment le cas lorsquelle mène des enquêtes qui ont un rôle similaire à des études de marché ; telles une enquête auprès des parents délèves pour connaître lampleur dune question traitée ensuite par lécole ; une étude de lassociation du patrimoine et cadre de vie susceptible de modifier des décisions politiques ; ou bien encore une enquête auprès des riverains pour savoir sils veulent souscrire à un dispositif « anti-tags » proposé par la municipalité.
Nous avons également relevé un cas de réelle structuration économique de la demande. Cest le cas dune association organisant une activité sportive en ciblant son action sur les jeunes. Lassociation a révélé une demande en proposant un service qui nexistait pas sur le quartier ; elle a donc structuré cette demande et, ne pouvant plus assumer cette activité, la transmise à un acteur plus spécialisé.
2.1.2. La consommation collective
La notion de consommation finale collective désigne les achats de lassociation consommés directement par les membres par le biais dune activité. Les associations sont elles-mêmes consommatrices de biens intermédiaires dans la production de leurs activités.
Les associations ayant une consommation collective importante sont sensiblement les mêmes que celles qui jouent un rôle important dans la structuration de la demande (les groupes informels et lassociation sportive de jeunes). Cela est assez logique puisquelles organisent des activités communes pour créer de lanimation sur un quartier. Ces activités danimation nécessitent une importante consommation en commun. Même lassociation de parents délèves, qui a un budget de 75 euros par an, lutilise pour offrir des « pots » lors de manifestations, dans lobjectif de créer des moments de convivialité avec les autres « acteurs » intervenant dans le champ scolaire, et non uniquement pour ses membres.
Du point de vue de ses dépenses, le Sou des écoles assure aussi une fonction de consommation collective. En effet, il a vocation à offrir des activités pour les enfants. Ceux-ci sont les destinataires de laction ; les ressources de lassociation servent à acheter des biens et des services qui sont consommés immédiatement par eux et leurs familles.
La plupart des autres associations ont peu de consommation collective. Les plus importantes (association du patrimoine et cadre de vie, association sur la santé, association communautaire, régie de quartier) absorbent la majeure partie des recettes pour payer les biens intermédiaires qui servent à leurs activités. Par exemple, lassociation du cadre de vie utilise la majeure partie de ses ressources pour produire des « services », et presque jamais pour acheter des biens ou des services qui seront directement consommés par le groupe.
2.1.3. La redistribution financière
Les associations pratiquent une certaine redistribution financière, soit entre les membres eux-mêmes, soit à partir de financements de la collectivité.
La redistribution se fait entre les membres lorsque lassociation pratique différents tarifs dadhésion par catégorie de membre (quatre associations sont concernées : lassociation du patrimoine et cadre de vie, lassociation du cadre de vie, lassociation sur la santé et lassociation sportive de jeunes). Cette redistribution se fait en interne selon des règles établies collectivement.
Inversement, la redistribution peut être externe lorsquune association perçoit des subventions pour des projets ; lassociation joue alors un rôle dintermédiaire ; cest elle qui redistribue à la place de lacteur public. Le caractère externe de la redistribution peut aussi sappliquer dans lautre sens, cest-à-dire lorsque lassociation utilise ses ressources pour financer une action extérieure. Cest le cas du Sou des écoles, qui a exclusivement une fonction de redistribution monétaire au profit de linstitution scolaire.
De façon générale, la fonction de redistribution est conditionnée par la taille de la structure associative. Plus la redistribution externe est importante, plus les associations ont une structure légère, (par exemple le Sou des écoles qui redistribue lensemble des recettes quil perçoit) ; inversement, plus les frais de structure sont importants, plus ils absorbent la majeure partie des ressources, et plus la redistribution est essentiellement interne. Les financements structurels permettent à lassociation de se stabiliser et de se pérenniser. Ainsi, une des associations les plus importantes de léchantillon (association du patrimoine et cadre de vie) neffectue pratiquement aucune redistribution externe, car sa structure absorbe lessentiel de ses ressources, ce qui permet à lassociation dexister depuis plus de cinquante ans.
2.2. Les fonctions productives des associations dhabitants
Les associations dhabitants participent-elles à la production économique ? Pour répondre à cette question, il convient danalyser la nature de leur activité puis daborder les différents degrés de leur production selon les critères économiques classiques.
2.2.1. De laction à lactivité
Avant daborder les différents degrés de la production économique, il est nécessaire de faire un point sur la question de lactivité. En effet, on peut se demander si ces petites associations organisent des activités ou si elles mènent seulement des actions. On peut distinguer lactivité de laction par deux critères principaux : lobjectivation et la régularité.
Si laction suppose la mobilisation des membres, lactivité renvoie à une certaine distanciation entre lacteur et lacte. Lactivité est donc quelque chose de construit, qui devient un objet de lassociation parce quelle nest plus uniquement liée à laction subjective des membres, mais quelle est objectivement organisée par lassociation. Ce critère de lobjectivation de lactivité semble discriminant entre les associations étudiées. En effet, si toutes ces associations mènent des actions, toutes nont pas une structuration qui simpose aux membres. Celles qui ont une structure suffisante pour porter les activités de façon autonome par rapport aux membres sont celles qui sont le plus engagées dans une démarche qui tend vers le socio-économique (association patrimoine et cadre de vie, association sur la santé). Cest donc dans le mode dorganisation de lassociation que lon peut distinguer les actions menées par les membres, des activités produites par lassociation. Cette organisation se traduit, dans la vie de lassociation, par une dépersonnalisation de laction, qui peut alors être produite par des salariés de la structure (avec du matériel, des locaux
). Toutefois, dans toutes les associations, des actions sont portées par lengagement des membres et, des activités organisées par le travail bénévole. Ainsi, dans les plus petites associations, où les membres assurent lessentiel des pratiques, on peut se demander si la distinction entre action et activité est apparente.
Le critère de régularité paraît important pour définir une activité économique ; parmi les associations étudiées, la périodicité des activités est un trait discriminant. En effet, la plupart de ces petites associations organisent des actions reproduites annuellement. Quelques-unes ont une régularité beaucoup plus rapprochée. Seuls les groupes informels mènent principalement des actions ponctuelles.
2.2.2. De la production non-monétaire à la production marchande
Lactivité de production de service mobilise des moyens non monétaires, monétaires voire marchands.
Les productions non-monétaires
Les associations ayant une vocation principalement représentative sont les seules à navoir quune production non-monétaire importante, cest-à-dire quelles produisent un service en ne mobilisant que des apports en nature : du temps bénévole, de lexpertise militante, des moyens matériels apportés par les membres ou mis à disposition par une collectivité publique ou une autre association, des informations collectées dans les réseaux
A partir de ces moyens non monétaires, lassociation peut offrir un service gratuit à ses membres ou à des tiers : par exemple un lieu dexposition de peinture, un repas de quartier auquel les participants apportent leur nourriture, linformation gratuite des touristes, des conférences-débat, des rencontres, des loisirs
Les productions monétaires non-marchandes
Ces productions sont monétaires mais non-marchandes, dans le sens où les associations « fabriquent » une activité à laquelle les membres peuvent participer en apportant une contribution financière. Cette somme est considérée comme une participation aux frais dont le montant est calculé sans prendre en compte le critère classique dun prix de marché. Les prix contributions sont calculés davantage en tenant compte des possibilités financières des membres que des coûts de production, lassociation prenant en charge la différence. On peut donc dire que ces associations ont une conscience économique a contrario de léconomie classique, parce quelles renversent les critères et les priorités.
Dans tous les cas étudiés, ces productions non-marchandes constituent au maximum la moitié des recettes de lassociation.
Les productions monétaires marchandes
Parmi les différentes catégories de productions des associations, les activités monétaires marchandes retiennent plus lattention, puisquelles pourraient être, de par leur nature marchande, assimilées à des produits commercialisables sur un marché. Ce sont les productions économiques les plus reconnues dans le sens commun du terme.
Plusieurs critères peuvent servir pour déterminer le passage à la production marchande : le prix, la concurrence et le financement de lactivité. En effet, lorsque les prix sont déterminés par rapport à dautres acteurs, ils sont fixés en fonction dun marché. Cependant, même dans ce cas, le comportement de ces associations nest pas forcément celui dun acteur économique classique. En effet, une seule association (association de patrimoine et cadre de vie) a une production monétaire qui tient compte des prix du marché. A partir de là, soit elle cherche à éviter daccroître la concurrence (en allant vers un office du tourisme), soit elle cherche à accroître son intervention en baissant ses prix et en augmentant la concurrence (même envers dautres associations).
Si la production marchande de cette association est excédentaire, elle ne contribue quà la moitié des recettes de lassociation qui doit équilibrer son activité globale par des cotisations et des subventions. Donc, même lassociation qui est la plus « commerciale » de toutes, ne conçoit ses productions économiques marchandes ni comme les moyens uniques de faire vivre lassociation, ni sur les bases des critères de léconomie classique.
2.2.3. Les spécificités de la production associative
Comment adapter les critères économiques classiques (monétaire/non-monétaire, marchand/non-marchand) à la production économique des associations ?
Il semble que deux éléments sont à même de préciser la notion de production économique : lintégration du bénévolat comme créateur de richesse et la dépendance des apports monétaires par rapport à la production non-monétaire.
Le bénévolat
Le bénévolat est, pour la plupart de ces associations, une ressource majeure. Il ny a peut-être quune seule association (association sur la santé) qui, grâce à ses cinq salariés, na plus un besoin vital de bénévoles.
Il est relativement tentant de considérer le bénévolat comme un facteur économique puisque, dans les cas où il est très organisé, le seul élément qui le distingue de lactivité salariée est sa nature gratuite. De plus, le fait quil constitue un des apports majeurs des ressources de lassociation le met sur le même plan que les autres apports dont celle-ci bénéficie.
Le considérer comme un élément central de la production économique permet également dexpliquer comment les associations peuvent pratiquer des prix inférieurs à ceux du marché (quand il existe des productions marchandes dans le même domaine), car le bénévolat réduit les coûts de production. Cest donc bien un facteur de production créateur de richesse.
Ce raisonnement présente toutefois au moins deux inconvénients majeurs :
- Il met laccent sur la ressource collective et non sur lengagement individuel volontaire. De ce fait, il peut transformer en démarche utilitariste pour lassociation une démarche altruiste. Les associations et les Pouvoirs Publics peuvent alors être tentés de « gérer » le bénévolat de la même manière que le salariat, en tarissant les sources de lengagement volontaire désintéressé.
- Ce raisonnement est tellement large que toute forme dengagement risque dêtre considérée comme une source de production économique : le militantisme dans un parti politique, lentraide entre parents
Ladhésion à une cause comme les échanges de voisinage ne peut toutefois pas être assimilée au travail organisé qui caractérise le bénévolat.
Lintégration dun apport monétaire dans une production non-monétaire
A linverse, lorsquune association incorpore un apport monétaire à sa production, cet apport financier ne modifie pas obligatoirement la logique non monétaire de lessentiel de sa production. De même une seule activité marchande ne transforme pas toute lactivité économique non marchande. Cela se traduit dans la comptabilité des associations qui reflète soit des flux de trésorerie (très proche de la comptabilité des ménages), soit une présentation des résultats qui détaille relativement peu les ressources financières activité par activité du fait de lapproche globale de lactivité.
Lintégration de facteurs non monétaires et du travail non rémunéré pour définir la production économique des associations pose la question de la définition de la richesse comme donnée sociale et construction collective.
Si lon veut discuter la pertinence de léchange monétaire pour définir la richesse, il faut imposer socialement dautres dimensions. Ce constat renvoie donc lanalyse économique à sa nature de science humaine dont les bases conceptuelles sont interrogées par lévolution de la société.
2.3. La nature socio-économique de lorganisation productive des associations
Lorganisation socio-économique de ces associations est conditionnée par plusieurs éléments : le niveau dautonomie et dactivité ; la présence de bénévoles et de salariés et les relations entre eux ; les ressources financières de lassociation.
2.3.1. Le degré de structuration, fonction du niveau dautonomie et du montant dactivité
Toutes ces associations ont un niveau dorganisation qui dépend de leur autonomie structurelle, cest-à-dire de lindépendance statutaire du groupe. En effet, dans les groupes informels, une grande partie de lorganisation est portée par les travailleurs sociaux, ce qui permet aux participants de ne pas avoir à lassumer. Lindépendance statutaire des autres associations a pour corollaire lentière responsabilité de lorganisation de leurs activités.
Hormis le niveau dautonomie, le degré dorganisation dépend prioritairement du niveau dactivité des associations. Dans la plupart des cas, une structure importante (en locaux, salariés
) et un fonctionnement bien organisé, cest-à-dire une structuration du travail entre les salariés et les bénévoles, des procédures claires, des principes de fonctionnement politico-administratifs bien établis
conditionnent le développement de lactivité.
Cependant, il ny a pas de modèle de structuration associative : dans notre échantillon, lassociation sportive de jeunes mobilise des moyens assez importants : une salariée en emploi-jeune, des locaux et du matériel, avec un fonctionnement assez formel, pour une activité relativement faible. Cette situation est possible car lassociation est pratiquement entièrement financée par la municipalité. Inversement, lassociation du cadre de vie a une structure très légère (un petit budget, pas de locaux) mais un niveau dactivité très important, ce qui loblige à avoir une organisation relativement élaborée (commissions, réunions régulières
).
2.3.2. Le bénévolat
Ces associations demandent différents types de mobilisation à leurs membres. Dans toutes les associations (sauf les groupes informels), les membres doivent assurer un bénévolat « dadministration » pour faire vivre administrativement le groupe. Dans les associations les plus importantes (Association patrimoine et cadre de vie, Association sur la santé, Association communautaire, Régie de quartier), ce type de bénévolat est celui qui est le plus demandé aux membres, car un niveau dactivité important est source de nombreuses tâches administratives à accomplir. Mais, sil semble que lAssociation communautaire et la Régie de quartier demandent à leurs membres daccomplir uniquement ce genre de tâche, les deux autres associations sollicitent aussi les bénévoles pour animer lassociation.
Le bénévolat peut aussi avoir pour objet principal une activité de représentation (Association cadre de vie, Association de parents délèves, Association patrimoine et cadre de vie, et, dans une moindre mesure, Association communautaire). Les membres seront amenés à assumer un rôle de porte-parole de lorganisation.
Dautres associations mobilisent essentiellement leurs membres pour des tâches danimation et dexécution. Cest notamment le cas des groupes informels, mais aussi de lassociation artistique (permanence pour les expositions) et de lassociation sportive de jeunes (animation du foot).
La caractéristique principale de lorganisation du bénévolat dans ces associations est quelle est sensiblement la même quelle que soit la taille de la structure. Il y a un continuum, dans les modes de gestion du bénévolat, entre les tâches dexécution, danimation et dadministration ; partout, son organisation est relativement souple et peu codifiée. Les responsabilités sont assumées dans la confiance réciproque.
2.3.3. Le salariat
Le salariat est peu fréquent dans ces associations ; trois dentre elles seulement emploient des salariés : lune sur des emplois qualifiés par des postes Fonjep et des emplois aidés ; une autre sur un emploi aidé, et la troisième un salarié en emploi normal (emploi qui constitue la dépense principale de lassociation). Une autre association bénéficie de la mise à disposition dun travailleur social qui assure la plupart des tâches administratives, cest le cas du groupe informel dhabitants. Son rôle est à peu près équivalent à celui dun permanent dassociation, mais, statutairement et pour lorganisation de son travail, il dépend de lassociation qui lemploie et qui est financée par la municipalité.
2.3.4. Les relations entre les salariés et les bénévoles
Différents cas de figure se présentent. Ainsi, dans lassociation sur la santé, certains bénévoles agissent en complément des salariés qui sont chacun responsables dune activité. Ces salariés ont en effet été recrutés en fonction de leurs compétences. Dautres activités sont portées par des bénévoles autonomes qui regrettent le manque de coordination avec les salariés, faute de temps.
Dans le cas de lassociation du patrimoine et cadre de vie, lunique salariée gère les affaires courantes, et ce sont les 50 (dont 25 réguliers) bénévoles qui possèdent des spécialités à même daider la salariée sur les activités et sur certains dossiers. Lassociation est attentive à former ses bénévoles, motivés et déjà initiés à son domaine, pour transmettre son savoir collectif ; puis elle leur laisse une certaine autonomie dans la gestion des activités.
Dans le cas de lassociation sportive de jeunes, lembauche dune salariée a permis dimpulser de nouvelles activités mais elle a partiellement démotivé les 8 10 membres les plus actifs, qui ne se renouvellent pas, mais qui continuent néanmoins à encadrer une partie des activités.
2.3.5. La mobilisation des ressources financières
Lanalyse des différentes catégories de revenus nous montre les points suivants :
Si laLa plupart des associations ont pratiquement toutes les mêmes origines de financement, mais la part de chacune varie selon lassociationvarie. Mais, comme nous lavons déjà indiqué en traitant la question des financements publics, le pourcentage de financement public nest pas un indicateur suffisant pour apprécier le degré dinstrumentalisation de lassociation : ainsi une association subventionnée à 50% peut être instrumentalisée (comme le fut un temps lassociation sur la santé) ou rester totalement indépendante (telles lassociation sportive de jeunes, et lassociation cadre de vie).
A linverse, limportance du produit des ventes nest pas un gage dindépendance vis-à-vis de partenaires extérieurs. En effet, sur onze associations, cinq ont des productions qui leur rapportent plus de 50% de leurs revenus, mais trois seulement sont vraiment indépendantes dans la réalisation de leurs objectifs. Les autres (Groupe informel de femmes, Sou des écoles, Association patrimoine et cadre de vie) dépendent de leurs partenaires pour réaliser leur objectif parce que la décision ne leur appartient pas.
Le montant des cotisations est important, en valeur relative, pour trois associations (Association artistique, Association de parents délèves, Association cadre de vie) dont elles représentent au moins 40% des recettes. Mais une fois de plus, on peut constater que cette « relativisation » nest pas très significative. En effet, lAssociation de parents délèves pourrait exercer son activité sans budget, et une association comme lassociation du patrimoine et cadre de vie, pour laquelle les cotisations représentent 20% des ressources, pourrait difficilement se passer de cette somme (13 000 euros par an) car celle-ci exerce un effet levier sur les autres financements.
Conclusion
Pour conclure, il est nécessaire dinsister sur la similitude et la diversité de ces associations. Les différences entre elles sont relativement infimes si lon sen tient à leur projet socio-politique. Par contre, les modalités dintégration de lactivité économique font apparaître trois modèles principaux.
Bien que diverses par leur objet, elles ont des caractéristiques communes sur de nombreux points : une zone géographique qui détermine leur action, des moyens principalement militants, des sources de revenus similaires
Cette similitude sincarne aussi dans les actions que mènent ces associations. Celles-ci sont, la plupart du temps, déterminées par des opportunités. Leurs actions ne sont pas calculées et planifiées de façon rationnelle et la raison de cette irrationalité relative réside dans le fait que ces groupements sont avant tout déterminés par lengagement des individus qui les composent. Lexistence de lassociation en tant que personne morale se stabilise progressivement ou à partir dun certain nombre dadhérents. Avant linstitutionnalisation, cest un ensemble déléments convergents qui fait exister la personne morale qui ne permet dappliquer la typologie classique (association de représentation, de défense dintérêts, gestionnaire, parapublique
).
Par contre, malgré des volumes dactivités sont assez faibles, on peut distinguer trois logiques économiques à luvre dans ces petites associations : lune est polarisée sur des activités économiques non productives (consommation collective, redistribution) directement intégrées au projet socio-politique ; lautre subordonne lactivité économique au projet socio-politique quelle alimente, la troisième autonomise lactivité économique qui devient le vecteur du projet socio-politique.
Compte-tenu de limportance du projet socio-politique, la taille du réseau militant comme la réussite et le volume des activités économiques ne peuvent être les seuls critères par lesquels on peut juger leur efficacité. Assurant le passage de la sphère collective privée à la sphère publique, lassociation doit acquérir une bonne visibilité sur lespace public pour garantir la pertinence de son projet.
Les organisations culturelles
Introduction
La constitution dun champ déconomie sociale et solidaire dans la culture
Lhypothèse que lon peut formuler en étudiant le secteur culturel est dy voir un « secteur déconomie sociale » en constitution, à la fois par la privatisation de certaines activités assurées préalablement par des acteurs publics, par la marchandisation de certaines activités, et comme réaction à lindustrialisation dautres activités. Ce secteur se conçoit ainsi entre trois bornes extrêmes, dont linclusion même sera discutée dans ce rapport, soit :
- à côté des associations « artisanales » portées par un ou plusieurs artistes qui gèrent de cette manière leurs cachets et leur activité de façon autonome,
- à côté des associations parapubliques qui gèrent par délégation de service public de grands équipements (éventuellement avec une association dusagers),
- à côté des industries culturelles développant lactivité artistique dans le cadre dun renversement de logique (recherche de la valeur déchange dun produit culturel).
Cette économie sociale culturelle semble émerger en outre de deux dynamiques de transformation des acteurs du secteur :
( Dune part, de la volonté de gestion collective dartistes (amateurs / professionnels) qui veulent maîtriser non seulement la création mais aussi la diffusion de leur production artistique. On peut penser que lon passe alors dune relation des artistes aux pouvoirs publics et aux politiques publiques médiatisée par lexistence dune organisation associative, longtemps apparue comme le type de statut permettant dans un cadre de gestion privée la mise en place dune politique de lintérêt général et la garantie dune non-lucrativité de lart, à une véritable structuration collective autour dune activité artistique maîtrisée de manière plus autonome.
( Dautre part, de linscription de ces acteurs ou dautres structures dans un projet plus global qui croise dautres champs de léconomie sociale, comme lanimation et léducation populaire, la solidarité internationale, linsertion, le développement local..., affirmant à ce titre la dimension nécessairement socio-technique de lart et de la culture (activité indissociablement à la fois relationnelle et de production).
En portant notre réflexion sur les entreprises de léconomie sociale culturelle, quel que soit leur statut, nous avons donc pour objectif dapprécier les dynamiques propres à un secteur dactivité spécifique. A ce titre, lintérêt du travail est donc de voir de quelle manière un « système de règles » (au sens de Claude Vienney) dun secteur interagit avec les organisations qui en sont constitutives et implique un type de structuration de léconomie sociale.
Présentation du rapport
Même si lon intégrera pour partie certains enseignements dautres études portant sur le secteur culturel, ce rapport de synthèse est basé essentiellement sur le matériel monographique réuni. Il est présenté en trois grandes étapes successives :
( Dans un premier temps, il sagit détudier le rapport de ces organisations à lactivité : comment est choisi le statut dorganisation ; quelles sont les limites avec léconomie privée lucrative, léconomie publique et léconomie domestique ; quel est le mode dorganisation retenu (coopératives ou associations) ; comment ces organisations sinscrivent dans les deux principales dynamiques du secteur (industries culturelles et politiques publiques).
( Dans une deuxième partie, il convient de voir comme se pose la question du rapport au travail dans ces organisations culturelles (rapport collectif / individuel, mutualisation, revenu, professionnalisation).
( Dans une troisième partie, il sagit de voir comment ces organisations sinscrivent dans leur environnement (régulation publique, modalités de fonctionnement en réseau et rapport au territoire) et de comprendre à ce titre leurs dynamiques de transformation.
( En conclusion, nous reviendrons sur les principaux enseignements du rapport en ce qui concerne les caractéristiques de léconomie sociale et solidaire dans le secteur culturel (lunité des organisations) et les profils dorganisations (la diversité que lon peut y trouver).
1. Le rapport à lactivité
Dans cette partie, nous avons pour objectif de mettre en évidence la nature de lactivité et des segments pris en charge par les organisations associatives et coopératives dans le secteur culturel et leur évolution :
( Dans un premier temps, il sagit danalyser la structuration entrepreneuriale de ces organisations à partir des premiers enseignements de certaines études empiriques et des résultats de notre observation (1.1.).
( Dans un deuxième temps, il convient de comprendre les logiques qui président au choix du mode dorganisation (notamment entre associations et coopératives) (1.2.).
Par la suite, comme indiqué dans lintroduction, si le « secteur déconomie sociale dans la culture » se constitue du fait dune double dynamique (marchandisation de la culture, privatisation de certaines activités auparavant prises en charge par les politiques publiques),
( Dans un troisième temps, il sagit de voir comment se structurent ces organisations dans leur rapport à lindustrialisation et la marchandisation de la culture (1.3.).
( Enfin dans un quatrième temps, il sagit de comprendre le rapport de ces organisations à léconomie publique et de regarder comment elles sen différencient (1.4.).
1.1. La structuration entrepreneuriale
1.1.1. Les résultats empiriques
En sappuyant sur différentes études préalables, il semble, de manière générale, quil soit possible de mettre en évidence une place caractéristique des entreprises associatives et coopératives dans le secteur culturel. Ainsi les organisations culturelles peuvent être classées selon deux grands critères :
( une logique de différenciation des genres artistiques et culturels, genres et modes dexpression différents, mais aussi porteurs de savoir-faire et de techniques artistiques spécifiques, voire possédant leur dynamique économique propre, comme les industries culturelles (cinéma, édition
), les arts plastiques (peinture, sculpture
), le patrimoine, le spectacle vivant (au sein duquel on trouve la musique, le théâtre, la danse, le cirque...), voire la communication (radios associatives par exemple...) ;
( une logique dactivité et de fonction occupée dans la filière de production qui conduit de la production (compagnies de théâtre conçues pour la défense de lautonomie de certains professionnels), à la diffusion comme les lieux de diffusion du spectacle vivant (salles de spectacles) ou les salles de cinéma associatives.
Par le croisement de ces deux critères (auxquels on peut adjoindre celui de grandeur de lactivité), on peut mettre en évidence les segments dactivités où lon trouve principalement les entreprises associatives et coopératives :
( Pour les structures de création artistique et culturelle (compagnies de théâtre, groupes musicaux
), les acteurs ont essentiellement recours au statut associatif.
( Les structures gérant des lieux de diffusion du spectacle vivant (petits ou grands, permanents ou saisonniers comme les festivals) peuvent travailler sous des statuts assez différents : si le statut associatif est nettement majoritaire, on trouve également des établissements publics, des régies municipales et des SARL, et parmi ces dernières de nombreuses coopératives de travailleurs ; on relève également la présence importante de cinémas associatifs pour ce qui concerne la diffusion du spectacle cinématographique (que ce soient les ciné-clubs, les cinémathèques ou les salles permanentes issues des réseaux de léducation populaire).
( Ce sont les organisations qui sont, dune part, à linterface entre le spectacle vivant et les industries culturelles (sociétés de production musicale par exemple) et, dautre part, au sein de ces mêmes industries culturelles (majors du disque, du cinéma) qui relèvent de manière marginale des statuts de léconomie sociale.
Une étude sur les emplois-jeunes dans le domaine culturel sest particulièrement intéressée aux frontières entre les organisations associatives et publiques (les collectivités territoriales) dans certains secteurs. Elle met en évidence des répartitions particulières des activités entre associations et collectivités territoriales en ce qui concerne les métiers du livre et du multimédia (assez rares dans les projets des associations mais très largement présents dans les projets des collectivités territoriales), les activités de valorisation du patrimoine (à la fois présentes au sein des collectivités territoriales et des associations) et le spectacle vivant (très bien représenté dans le secteur associatif).
1.1.2. Les logiques dactivités des organisations associatives et coopératives
En ce qui concerne notre matériel monographique, les organisations rencontrées prennent en charge quatre types principaux dactivités :
( La création artistique et culturelle : elle se trouve plus spécifiquement dans le secteur du spectacle vivant, qui peut par ailleurs être la première étape des industries culturelles, comme cela est le cas de la musique.
( La production : lorganisation assure alors des prestations de services culturels [visites guidées ou la reproduction des biens immatériels, comme la production de disques].
( La diffusion se comprend comme la diffusion dun produit de lactivité de création déjà existant : spectacle vivant pour la diffusion des spectacles des compagnies de théâtre, cinéma
Certains organismes sont sur ces deux dimensions, ce qui suppose des compromis internes sur la part accordée à chacun : ainsi, au sein dun cinéma associatif, la partie de diffusion de spectacle a pris une part plus importante mais se heurte à des difficultés pour un véritable développement (impossibilité par exemple davoir des compagnies en résidence pour plusieurs soirées, puisque ces dernières empêcheraient la continuité de lactivité de programmation de films). Lassociation a demandé alors la création dune deuxième salle spécifiquement dédiée aux spectacles vivants.
( La formation ou, de manière plus large, la « sensibilisation » et léducation à la culture. Pour certaines associations issues de léducation populaire ou fortement professionnalisées, cela est même revendiqué comme un élément identitaire qui les différencient du secteur lucratif (lactivité a sa justification parce quelle rentre dans un projet social plus général).
On peut noter une dimension socio-technique des activités mises en place au sein des organisations culturelles rencontrées : cette dimension sinscrit dans un cadre de processus denrichissements des activités et non pas seulement dune multi-activité (cest-à-dire la simple juxtaposition dactivités). Elle est enfin reconnue par les Pouvoirs Publics eux-mêmes dans le cadre de leur labellisation dassociations culturelles comme les SMAC (scènes de musiques actuelles) en ce qui concerne leur activité déducation à la musique, les Radios associatives non commerciales pour laccomplissement « dune mission de communication sociale de proximité », ou les cinémas dart et dessai pour la qualité de leur politique danimation.
Les organisations associatives et coopératives sont à ce titre sur certaines logiques dactivités.
Lentrée en économie
Cette entrée en économie se concrétise dans le passage de certains acteurs sur lespace public. Les lieux de diffusion de musiques actuelles sinscrivent dans cette perspective en assurant laccès à des lieux de répétition et denregistrement puis à des salles de concerts. De même certains centres de ressources sur les musiques traditionnelles assurent la gestion de groupes en voie de constitution et de professionnalisation. Ce passage dans lespace public est aussi le moment de la reconnaissance des compétences de ces acteurs et de leur accès à des réseaux de promotion.
Cette entrée en économie sinscrit également dans le passage de lamateur au professionnel : ainsi lassociation de guides a selon ses animateurs permis la professionnalisation véritable des personnes qui en sont devenues par la suite salariées.
La création / diffusion / sensibilisation à la culture
Les organisations qui assurent une activité de diffusion mettent en évidence ce processus denrichissement des activités, qui éventuellement peuvent se décliner entre une dimension sociale (diffusion, sensibilisation, éducation
) et une dimension productive (création, loisirs).
On voit ainsi que lactivité de diffusion est associée avec et prolonge une activité de création pour des compagnies de comédiens qui en viennent à gérer un lieu de diffusion dans le cadre de politiques publiques locales et nationales.
Elle est pensée en association avec une activité de formation et déducation à la culture notamment pour les associations dusagers ou les associations de professionnels qui tentent dinscrire leur activité dans une mission plus générale de promotion de la culture. Notamment cela démarque fortement les cinémas associatifs du circuit lucratif du fait de leur activité importante daccompagnement des films et déducation à limage. Les coopératives et les associations sont aussi présentes pour gérer les lieux de diffusion du spectacle vivant qui ont une activité de création (avec une troupe « permanente » (en réalité un metteur en scène, un ou plusieurs comédiens principaux) et une activité de diffusion et de production de spectacles venant de lextérieur).
Une dynamique de diversification technique des activités
On peut noter également que lévolution de nombreuses organisations se fait par une diversification technique de lactivité à partir « dun cur de métier ». Ainsi une association gérant une salle de cinéma va développer une activité de diffusion du spectacle vivant. Une association de conservation du patrimoine cinématographique va développer une activité non seulement de prêt de films mais aussi de mises à disposition de personnels et de matériels techniques. Un groupement demployeurs va être le lieu dune plus forte dynamique autour de lemploi et de la formation.
Dune certaine manière, ces deux dernières dynamiques ne sont pas contradictoires lune avec lautre : la dynamique de diversification technique sinscrit bien dans le projet social de lorganisation (soit comme un enrichissement direct, soit comme un moyen de financement au service de ce projet social). On peut noter en effet que si elle sen éloigne trop, lorganisation peut la développer par essaimage.
Si lon sintéresse de manière plus spécifique aux collectifs dartistes et de professionnels dans le secteur culturel, on peut noter que les objectifs poursuivis sont :
( Dune part, la nécessité : certains de ces collectifs se constituent et se formalisent pour faire face à la précarité des conditions de leurs membres. Certaines organisations culturelles interviennent également dans laide à la structuration de ce type dinitiatives. Cest le cas par exemple dun centre de ressources sur les musiques traditionnelles qui a développé, avec la transformation de son projet associatif, une activité en direction des groupes de musiciens amateurs et professionnels (aide à la gestion, comptabilité
).
On peut penser que les réformes actuelles sur le régime de lintermittence, risquant daccentuer les disparités entre artistes (renforçant les positions établies, précarisant les autres) sont un facteur potentiellement important pour la constitution de telles organisations (notamment les associations et les coopératives dartistes et de techniciens du spectacle vivant).
( Dautre part, la maîtrise et lautonomie : la constitution dune compagnie est aussi le moment de laffirmation dun projet artistique par un groupe de créateurs qui le rendent autonome en construisant une structure « ad hoc ». Cest le cas par exemple dune compagnie rencontrée qui a été constituée pour le projet porté par le binôme de créateurs ou dune autre compagnie regroupant des artistes, metteurs en scènes et auteurs autour dun projet plus collectif.
Se posent alors deux types de question pour lévolution de ce type de structure :
( La difficulté de lassociation de nouveaux membres : si cela a été réussi au sein dun collectif qui est la transformation dune compagnie portant le nom de la directrice artistique, larrivée de nouveaux permanents pose problème ensuite : par exemple la promotion interne dun comédien régulièrement appelé pour des réalisations de spectacles de la compagnie à un rôle permanent de metteur en scène na pas été possible et a été source de conflits au sein de la compagnie (il est parti créer sa structure « ad hoc » en dehors du collectif).
( Le caractère de « coquille vide » de la structure se manifeste également au moment où les personnes ayant créé lassociation ont des possibilités de travail par ailleurs. Par exemple se pose la question de lavenir dune compagnie à partir du moment où le directeur artistique a accepté dêtre metteur en scène associé dans une scène nationale (relativement éloignée du siège social de la compagnie). Ce problème se pose de manière générale pour lensemble des organisations dartistes du fait de la forte personnalisation de lactivité de création (cest le cas également dun lieu de diffusion).
On voit donc quune double dynamique démergence des entreprises déconomie sociale dans le secteur culturel peut être mise en évidence :
( Pour une part, elle correspond à la défense de lautonomie de certains travailleurs : les artistes dans le domaine du spectacle vivant comme cela est le cas de la plupart des compagnies de théâtre ou de musique rencontrées ou des guides pour certaines associations de valorisation du patrimoine ; seuls deux cas rencontrés (un collectif de théâtre et un lieu de diffusion et de création) sont basés sur une relative hétérogénéité des professionnels à lorigine de la création de lorganisation (metteur en scène, auteur et comédiens pour le premier, personnels administratifs et personnels artistiques pour le second). La logique poursuivie peut être considérée soit comme palliative ou gestionnaire (répondre à la précarité de certains professionnels) soit pour une part transformatrice (réconcilier travail artistique et conception militante de la culture). Dans lensemble des cas, les statuts déconomie sociale existant (surtout ceux associatifs mais aussi coopératifs) sont aménagés dans loptique dune maîtrise collective de lemploi ;
( Pour une autre part, elle correspond directement à une réponse à certaines demandes sociales (création de lieux culturels, radios associatives, cinémas associatifs) par lorganisation dassociations dusagers. Cette réponse est plus territorialisée et sinscrit dans une volonté dun développement culturel local : manque de lieux de diffusion pour une scène de musiques actuelles et un cinéma, création de médias de proximité pour une radio ;
( Sil sagit des deux grandes catégories principales dorganisations culturelles, on peut toutefois relever lexistence dorganisations aux logiques composites, notamment pour « léconomie sociale dusagers » où certains projets ont été fortement impulsés par des professionnels. On peut citer lexemple dun centre de musique traditionnelle créé dans un premier temps pour le propre emploi de ses fondateurs. Par ailleurs, on peut remarquer que la dynamique inverse est également vraie : cest le cas dune association de cinéma conçue statutairement comme une association de professionnels du cinéma qui lui confient leurs dépôts (bobines, matériels), elle a toutefois été fortement impulsée par des cinéphiles comme le Président-fondateur (avec une forte personnalisation de la structure).
1.2. Le mode dorganisation : le choix du statut associatif ou coopératif
Si plusieurs éléments semblent présider aux choix entre des formes alternatives déconomie sociale (associations, coopératives), toutefois de manière préalable il est important de relever que, dans le secteur culturel, lessentiel du régime applicable aux associations est lié à la nature de leur activité et non pas à celle de leur forme juridique. Ainsi lordonnance du 13 octobre 1945 permet le subventionnement des entreprises de spectacles quel que soit leur statut juridique, il en est de même pour les taux de 2,1% et 5,5% de TVA institués par le code général des impôts pour certaines manifestations culturelles et pour lexonération de taxe professionnelle que les collectivités territoriales peuvent décider pour les entreprises de spectacle vivant. Comme le note un coordinateur dune association-compagnie de théâtre rencontrée, sur de simples critères financiers, le statut commercial devrait simposer plus facilement (notamment du fait de la facilité daccès à des prêts auprès de banques, la formalisation de certains partenariats extérieurs
). Il est donc nécessaire pour comprendre la situation des organisations associatives et coopératives dans ce secteur daller au-delà de cette simple analyse financière.
1.2.1. Le choix du statut associatif
Ainsi, parmi les éléments relevés pour déterminer le choix entre la coopérative ou lassociation, on peut relever les enseignements suivants en ce qui concerne le choix du statut associatif :
Laffirmation du caractère non commercial de la culture
On relève en effet souvent une réticence à lutilisation du statut de coopérative par les organisations dartistes : le statut associatif apparaît comme le garant du caractère « non lucratif » de lactivité. Ainsi une compagnie de théâtre rencontrée avait dans un premier temps réfléchi au statut de SCOP (notamment sous limpulsion du coordinateur-administrateur) : le statut de société commerciale de la SCOP est vu « comme non compatible avec lidée politique de lart que nous défendons au sein du collectif », selon un comédien. Cela rejoint la remarque sur le recours aux associations pour la constitution de compagnies du fait de « la sensibilité du milieu artistique à laspect libertaire du statut 1901 » formulé par le rapport du CNIS (Conseil national de linformation statistique) sur les associations. Le statut associatif permet en outre de ne pas remettre en cause, surtout pour les petites structures, le caractère indissociablement social et professionnel des relations internes entre les membres de la compagnie, et de garder une part dinformel dans les rapports au sein de ce collectif de travail.
Un moyen dassocier des membres extérieurs à la dynamique de lorganisation
On voit aussi que lassociation est mobilisée car elle permet dutiliser un conseil dadministration comme outil / relais politique (par rapport à la coopérative dès lors que le fonctionnement de lorganisation repose exclusivement sur les salariés), renvoyant alors ladministration formelle de lassociation à certaines catégories de membres (responsables dadministrations déconcentrées, représentants de collectivités locales)
Cela est le cas par exemple dune compagnie où les administrateurs sont vus comme des relais dans les institutions publiques et politiques (la Présidente par exemple travaille au Haut commissariat à la Francophonie). Dans dautres compagnies, le conseil dadministration nest pas mobilisé de manière stratégique mais est vue comme le garant contre des « dérives lucratives » de lactivité artistique (ce qui explique pourquoi « on ne saute pas le pas » en créant une SCOP sous statut de société commerciale). Cest le cas également dune association de guides dont les administrateurs sont danciens guides professionnels et sont vus comme les garants de la mission plus large de protection et de valorisation du patrimoine de lassociation. Enfin dans dautres associations [une scène de musiques actuelles et une MJC gérant une salle de cinéma et de spectacle vivant] cest un moyen de se doter de nouvelles compétences non présentes au sein de lorganisme [par exemple en ce qui concerne lart contemporain pour la MJC].
Un moyen de la révélation des besoins et de la co-construction dun service culturel
Dans le cas dassociations gérant des lieux culturels [comme pour la MJC], le conseil dadministration peut être le lieu dune confrontation entre membres individuels (personnes habitant le territoire), associations locales et représentants de collectivités locales. La présence importante de représentants des usagers (musiciens amateurs) au sein de lassociation fait que la scène de musiques actuelles tend à adapter certains de ses services (mise à disposition de lieux de répétition) et à faire du « sur mesure ». On peut y voir également un moyen dassocier de manière souple des bénévoles qui vont participer à cette co-construction de la production finale de lorganisation : cest le cas des radios associatives ou des cinémathèques.
1.2.2. Pour le choix du statut coopératif, deux dynamiques principales peuvent être relevées
Un moyen dassurer la coordination dun lieu de diffusion et de création
Le statut de coopérative peut être choisi lorsque lorganisation est multi-activité et doit notamment assurer la coordination création / diffusion. Cest lévolution quont connue certains lieux de diffusion [deux dans notre échantillon] dès lors quil a fallu élargir le type de professionnels associés (notamment par louverture à une part importante de personnels ayant une fonction de gestion). Cette transformation sinscrit dans un type de relation particulier avec les Pouvoirs Publics dans la mesure où la délégation de service public quont ces organismes se fait essentiellement par la pratique dappel doffres de marché public. Cest ainsi un moyen dentériner la responsabilité du directeur artistique qui est souvent le gérant de la coopérative.
Un moyen de responsabiliser les salariés
Ce statut rentre également dans le cadre plus large de la responsabilisation des salariés, dès lors que cest sur eux que repose essentiellement la dynamique de lorganisation : cest ce qui sest mis en place au sein du lieu de diffusion et de création rencontré où à la fois des gestionnaires (quatre personnes sur six) et des intermittents (les quatre qui ont le plus de temps au sein de la coopérative sur un total dune quinzaine dintermittents) sont associés.
1.3. Organisations culturelles et marchandisation de la culture
Comme nous lavons précédemment souligné, ces organisations culturelles sinscrivent dans un contexte plus général de marchandisation et dindustrialisation de la culture souvent mis en évidence. Il sagit donc de voir ici comment les organisations associatives et coopératives se différencient du secteur lucratif.
Plusieurs points de différenciation peuvent être relevés :
Une activité de création et dinnovation et non de reproduction
On peut relever en effet que les organisations rencontrées sont souvent sur une activité dinnovation (théâtre de création, valorisation de la musique traditionnelle ou de groupes locaux, spectacles non diffusés par ailleurs
).
A ce titre, elles assurent une fonction de laboratoire qui, si elle nest pas maîtrisée, peut fragiliser la structure : des animateurs qui avaient mis en place des émissions au sein dune radio associative peuvent en partir pour la proposer dans des radios locales lucratives, des groupes produits par le centre de musiques traditionnelles vont produire leurs disques suivants sur des labels commerciaux. La tentation peut être alors pour la structure de minorer la création. En effet un des points importants des lieux de diffusion rencontrés est de sinscrire dans un processus de création contre la diffusion commerciale : le risque est alors de diminuer la partie de création théâtrale, de diffusion de spectacles locaux, de production de groupes amateurs ou en voie de professionnalisation. On voit toutefois que ce risque peut être réduit du fait même de la nature associative ou coopérative de lorganisation. En effet, il peut être contrebalancé suivant les organisations par la présence importante de certains acteurs : les artistes associés au sein du conseil dadministration qui décide de la programmation annuelle, les militants investis dans les commissions internes, ou la présence forte damateurs au sein des instances de lassociation.
Une tentative de maîtriser la production et la diffusion
Ces organisations culturelles apparaissent comme une tentative de maîtriser la production.
Ainsi lassociation maîtrise la diffusion quand le produit est non reproductible (cest le cas du spectacle vivant pour les compagnies de théâtre) ou sinscrit dans des « niches » dès lors que son activité prend place dans le cadre des industries culturelles : cest le cas du cinéma ou de la musique.
Ainsi les cinémas associatifs diffusent des films art et essai. Sur ce secteur du cinéma, quatre types dacteurs associatifs différents interviennent : le réseau des ciné-clubs, regroupement de passionnés et possédant une sphère restreinte dinfluence (étudiante pour la plupart) ; le réseau des cinémathèques, visant la conservation, la diffusion et la formation aux films de cinéma, le réseau de cinémas itinérants en zone rurale, impulsé notamment par les FOL (Fédérations des uvres laïques), assurant la pérennité dune animation cinématographique dans une grande partie du territoire national ; le réseau des salles permanentes associatives, reliées à des fédérations déducation populaire ou très liées à des municipalités.
On peut remarquer par ailleurs quau sein des cinémas art et dessai, les cinémas de recherche, ce qui correspond au label le plus exigeant en terme de programmation et danimation, sont essentiellement de statut associatif.
En ce qui concerne la musique, les associations se placent également sur certaines « niches » de production. Le centre de musiques traditionnelles rencontré assure ainsi la production de disques dans une optique ethnomusicologique. Cest le cas également des labels associatifs dans le secteur musical (classique, musiques du monde, jazz, rock) comme le met en évidence différentes études statistiques. On peut citer enfin le cas dune coopérative de travailleurs créée dans lagglomération grenobloise par des musiciens pour produire leurs disques.
1.4. Les limites avec léconomie publique
On peut noter quune évolution qui semble majeure dans lorganisation du secteur culturel est lattention plus importante qui est portée aux associations vues comme « para-administratives ».
La Cour des Comptes a ainsi rédigé en 1999 un rapport sur les associations culturelles et leur rapport à lEtat. Elle les a définis de la manière suivante comme des associations « qui peuvent constituer des démembrements de l'administration, et dont la dépendance à l'égard de celle-ci se manifeste par les trois critères suivants :
- sur le plan administratif, les organes dirigeants de lassociation sont composés en majorité, voire de façon exclusive, délus ou de fonctionnaires ;
- sur le plan matériel, ces associations dépendent, pour la quasi-totalité de leurs ressources, des subventions ou des concours en nature de la collectivité, quil sagisse dimmeubles, déquipement ou de personnel ; la part des cotisations dans leur financement est nulle ou très faible ;
- sur le plan fonctionnel, ces associations exercent généralement des activités ayant le caractère de service public marqué ».
La Cour des comptes donne ainsi trois critères de fonctionnement interne, de financement et dactivité mise en place. Elle définit à ce titre un secteur public de la culture qui se met en place avec lEPCC (Etablissement public de coopération culturelle). Ainsi la loi du 4 janvier 2002 institue cette nouvelle catégorie d'établissements concernant les institutions gérées en partenariat entre l'Etat et les différentes collectivités territoriales. Le choix est laissé aux collectivités aussi bien de la forme juridique adaptée (établissement public administratif ou à caractère industriel et commercial) que du mode de financement (les ressources pourront provenir de différentes sources : Etat, collectivités territoriales ou leurs groupements, et de toute personne publique).
Il est intéressant de voir quelle manière léchantillon dorganisations rencontrées se distingue de ce secteur public ainsi défini. La question des limites avec léconomie publique sest en effet posée pour plusieurs organisations rencontrées, rentrant dans le cadre dun label public [Centre de Musiques Traditionnelles] ou assurant la gestion de bâtiments publics par délégation de service public.
( Ainsi, en ce qui concerne un cinéma associatif, avec le choix actuel de la Mairie de cession de léquipement à lintercommunalité, selon le Directeur, lassociation est prise dans un « piège historique en développant une activité cinéma qui devient un centre de diffusion intercommunal ». Pour éviter que lactivité soit reprise par un établissement public intercommunal, lassociation a mis laccent sur deux de ses spécificités : la présence forte de bénévoles au sein de ses commissions (ce qui permet de démultiplier lactivité de lassociation et entraînerait a contrario un surcoût important pour une organisation publique à ce titre lassociation a réfléchi sur une valorisation du bénévolat dans ses comptes) ; la facilité de mobiliser des associations ou des partenaires locaux pour lanimation autour des films et des spectacles diffusés donnée par un cadre associatif.
( En ce qui concerne le centre de musiques traditionnelles, dont les statuts prévoyaient la présence de représentants de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) et de la Région, on a assisté à une forme de « re-mutualisation » de lassociation. Ce départ des tutelles correspond pour une part à une peur dune reconnaissance de gestion de fait de la part de la Cour régionale des Comptes et pour une autre part à un infléchissement des activités de lassociation qui développe fortement une activité de soutien de ses membres (groupes de musiques actuelles).
( Pour la scène de musiques actuelles qui assure la gestion dun lieu public, cest lassociation qui a suscité le lieu et a participé à son cahier des charges : à ce titre la situation actuelle (gestion privée non lucrative dun lieu public) ne fait que souligner son aspect de laboratoire et dinnovation. De même que pour le cinéma associatif, lassociation a mis en avant son aspect de forte mobilisation locale. 200 membres sont revendiqués dont beaucoup sont des usagers : ce qui justifie a priori le discours de lassociation sur sa capacité à adapter ses services aux besoins des groupes de musiciens.
Dans le rapport aux politiques publiques, se posent donc plusieurs séries de questions si on veut tester les trois conditions proposées par la Cour des Comptes (fonctionnement interne, financement, activité).
( Dans la manière dont elles prennent en charge les activités, les organisations associatives sont relativement différentes : elles ont à la fois une capacité dinnovation (argumentaire de la scène de musiques actuelles) et une activité danimation autour de lactivité artistique stricto sensu, puisquelles permettent la mobilisation forte dacteurs qui ne se retrouveraient pas dans une structure publique (argumentaire dun cinéma associatif ou de la scène musicale).
( Si lautonomie est un critère reconnu (et revendiqué par léconomie sociale elle-même), on peut se demander quelles marges de manuvre ont les organisations culturelles par rapport aux politiques publiques ? Les financements publics offrent suivant la manière dont ils sont fournis de plus ou moins importantes marges de manuvre pour ces organisations, puisquil peut sagir soit de subventions de fonctionnement, soit de conventions annuelles ou pluriannuelles, soit encore de délégations de service public. Cela se concrétise également dans la manière dont sont prises les décisions de gestion, avec une relative autonomie dans les organisations de notre échantillon.
( De manière formelle, de nombreuses associations admettent des membres de droit représentant les Pouvoirs Publics. Cest le cas dun lieu de diffusion du spectacle vivant qui gère par conventionnement un établissement public et qui accueille dans son conseil dadministration un représentant de la collectivité locale.
( Si les modalités de financement des organisations rencontrées montrent quelles dépendent fortement de financements dorigine publique, il apparaît donc nécessaire daller au-delà de la simple origine des financements pour sintéresser véritablement à la relation de financement entre les Pouvoirs Publics et lorganisation culturelle. Comme le montre le tableau suivant, cest lassociation qui compte la plus grande proportion de financements publics qui est « la moins suspecte » dêtre considérée comme « parapublique », puisquil sagit dappels doffres de marchés publics.
( Enfin, il semble que certains exemples mettent en évidence la frontière poreuse entre léconomie sociale (autonome) et léconomie publique. Ainsi lassociation de diffusion et de promotion des musiques traditionnelles montre lévolution dune organisation para-administrative à une entreprise déconomie sociale délégataire de service public et géré par des usagers (en loccurrence des groupes de musiques traditionnelles). Ce label « Centre de musiques traditionnelles » est décerné à partir dun cahier des charges (lobjectif de telles organisations est la promotion au sens le plus large des cultures musicales orales, la collecte des patrimoines musicaux à partir dune démarche ethnomusicologique et la documentation sur le sujet). Suivant les territoires, le label a été octroyé à des organisations existantes (des associations essentiellement) ou a contribué à la création dorganisations ad hoc (dont des régies directes des régions). En région Rhône-Alpes, le centre de musiques traditionnelles a été créé en 1988 à partir du regroupement au sein du conseil dadministration de représentants des collectivités locales et territoriales et du Ministère de la Culture. On a assisté aux évolutions suivantes de lassociation en interaction étroite (car se nourrissant lune lautre) :
- son activité est passée relativement dune mission de service public de promotion et de documentation sur le secteur à des services à destination des associations locales de musiques traditionnelles : soutien à la structuration administrative de ces petites associations, gestion financière des projets artistiques, formation
cette transformation des missions sest accompagnée dun accroissement du nombre de personnes salariées et compétentes sur ces nouveaux domaines ;
- la composition du conseil dadministration a évolué puisquon ne trouve actuellement plus que des représentants des associations locales si i le désengagement des tutelles publiques a certes été impulsé en partie par les recommandations de la Cour des Comptes sur le risque de « gestion de fait », il sinscrit bien dans lévolution des référentiels des politiques publiques (lEtat conventionnant et non plus produisant des activités quil considère comme remplissant une mission de service public).
A partir de là se pose la question de lautonomie de lorganisme et donc de son rapport à la régulation publique. Les organisations pouvant relever dun secteur déconomie sociale se positionnent ainsi par rapport à la gestion directe de salles (sous forme détablissement public, de régie directe ou autonome) qui sinscrit plus dans un cadre de recherche dinvestissement et de notoriété de la part des pouvoirs publics locaux.
Les relations économie sociale / secteur public / secteur lucratif / secteur domestique
En résumé, on voit donc que par rapport aux secteurs domestique, public et lucratif :
( Les associations et coopératives organisent des activités qui se caractérisent par leur caractère socio-technique : soit diffusion et création, soit loisirs / éducation (notamment pour les cinémas ou les lieux de diffusion du spectacle vivant). Cest ce caractère dinscription dans lespace public qui spécifie la différence entre ces organisations et la logique domestique (amateurs). Lorganisation passe en effet dune logique de consommation collective (pratique culturelle en commun) à une logique de diffusion extérieure du produit culturel (sinscrivant dans un projet social déducation à la culture [comme pour la scène de musiques actuelles ou un cinéma associatif] ou de diffusion de la création [pour les deux compagnies de théâtre]).
( Alors que les institutions relevant du secteur public nassurent pas la dimension de création ou danimation : on peut mettre en évidence à ce titre non seulement la spécificité des compagnies résidentes et gestionnaires de lieu de diffusion, mais aussi les objectifs des autres lieux de diffusion.
( Le secteur lucratif, quant à lui, se base essentiellement sur la dimension audience du spectacle vivant ou de lindustrie culturelle (cinéma), ou sur un mode dorganisation individuel de lactivité (structures para-artisanales). Par rapport à cette logique artisanale de travailleur indépendant, pour lequel lobjectif de lactivité est lacquisition dun revenu plutôt que la rentabilité dun placement pour la logique capitaliste, les formes de mutualisation interne entre acteurs apparaissent comme déterminantes (voir partie suivante).
Tableau I : Récapitulatif des organisations rencontrées
OrganisationStatutSecteurActivitéPart desfinancements publicsRapport auxpolitiques publiquesB1AssociationArt (peinture)Amateurs (création, initiation)Mise à disposition de locaux municipauxB2AssociationIndustries Culturelles (Cinéma)Diffusion / FormationEnviron 80%Subvention
Pas de représentation des pouvoirs publicsB3AssociationCommunication (Radiodiffusion)Diffusion / Formation73%Conventionnement(label public)
Représentants des pouvoirs publics locauxB4AssociationSpectacle vivant (Musique)Diffusion / Formation75%Conventionnement et gestion dunétablissement public
Collectivités localesB5AssociationSpectacle vivant (Musique)Production / FormationEnviron 85%Label public Statutairement : représentation despouvoirs publics(en pratique : départ)B6AssociationSpectacle vivant (Théâtre-Musique) / Industries Culturelles (cinéma)Diffusion / Formation30%Conventionnement triennal
Représentants des pouvoirs publics locauxB7AssociationSpectacle vivant (Théâtre)Création / Formation55%Subvention
Pas de représentantsB8AssociationSpectacle vivant (Théâtre)Actuellement : création / formation
Prochainement : création / diffusion47%Actuellement : conventionnement triennal
Prochainement : délégation de service public (réflexion sur représentants des pouvoirs publics locaux et nationaux)B9AssociationSpectacle vivant (Théâtre)Formation35%Conventionnement
Pas de représentantsB10AssociationPatrimoineProduction90%(dont 20% subventions Appels doffres
Pas de représentantsB11SCOPSpectacle vivant (Théâtre)Création /Diffusion70%Délégation service public
Pas de représentation des pouvoirs publicsB12SCOPSpectacle vivant (Théâtre)Création / Diffusion80%Délégation service public
Pas de représentation des pouvoirs publics2. Le rapport au travail dans lorganisation culturelle
Le rapport au travail dans lorganisation culturelle se pose à trois niveaux distincts :
- le passage de lartiste à lentrepreneur collectif et donc le rapport individuel collectif au sein de lorganisation (2.1.),
- du point de vue des formes de mutualisation interne (2.2.),
- et des modalités de répartition et daccès aux revenus (2.3.).
Ces deux derniers points pouvant être vus comme des moyens de garder la cohérence de lorganisation dans un cadre de forte personnalisation de lactivité artistique.
2.1. Le passage de lartiste à lentrepreneur collectif
En ce qui concerne le rapport au travail des organisations déconomie sociale, il peut être étudié à un double niveau :
- du point de vue de limbrication entre les différentes formes de travail au sein de lorganisation (2.1.1),
- du point de vue du rapport entre individuel et collectif (2.1.2.).
2.1.1. Bénévolat et salariat au sein des organisations culturelles
En sintéressant à la structuration interne de lorganisation culturelle, il sagit de prendre en compte non seulement le « continuum » entre les différentes formes du travail gratuit et rémunéré avec le salariat et le bénévolat mais aussi et surtout leur imbrication.
On peut relever en effet que les formes que prend le statut du travail dans le secteur culturel se caractérisent par une imbrication entre quatre formes « idéal-typiques » :
- la relation sociale demploi de lentrepreneur individuel (artistes),
- celle calquée sur la fonction publique (même si juridiquement lorganisation nest pas nécessairement de droit public),
- une forme « hybride » des salariés de léducation populaire,
- le travail gratuit par les militants et bénévoles ou les artistes et salariés
Le statut « dentrepreneur individuel »
Essentiellement présent au sein des compagnies de théâtre, ce statut est en même temps particulier au secteur culturel et se trouve dans dautres organisations (techniciens pour les lieux de diffusion ou les radios associatives (même si ce nest pas le cas de celle rencontrée) ou comédiens dans les lieux de diffusion et de création). Comme le souligne Pierre Michel Menger : le système de protection sociale est adapté à une situation où le chômage napparaît pas comme un accident de parcours mais comme une caractéristique de ces professions. De par sa nature dautonomie, il se rapproche du statut dentrepreneur individuel de lartiste (plasticien ou auteur) qui possède son propre système dassurance sociale.
Le régime de lintermittence correspond toutefois à des situations très variées : de « lintermittent permanent » dans le cas des directeurs artistiques de compagnies ou de lieux de création à « lintermittent occasionnel » (appelé une ou plusieurs fois par an, faisant ou non partie du réseau de comédiens régulièrement appelés), il existe une multiplicité de cas intermédiaires. Dans le cas du lieu de diffusion et de création, on a ainsi quatre intermittents sociétaires de la SCOP qui ont une activité de deux à quatre mois chaque année avec cette organisation.
Ce dernier type dintermittent quasi-permanent (que lon pourrait appeler « intermittent associé ») conçoit son activité dans le cadre du collectif dont il fait partie (il lui donne la priorité et adapte les autres sollicitations en fonction de sa part de travail).
Dans sa logique même, le régime dintermittence renvoie donc à des rapports au travail différents :
- « lintermittent permanent » correspond à une situation dimbrication entre salariat (juridiquement la personne est en situation de subordination par rapport à lorganisation) et entrepreneuriat individuel ou collectif (la relation est de fait retournée : lorganisation est le lieu de la réalisation du projet artistique du directeur artistique ou du collectif dartistes) ;
- « lintermittent occasionnel » renvoie à une situation dimbrication entre salariat (lien de subordination au projet mis en place par la direction artistique de lorganisation) et chômage (le temps de travail manquant est renvoyé à la responsabilité de lartiste qui doit en assumer la recherche ou le cas échéant être indemnisé) ;
- « lintermittent associé » est une situation hybride entre ces deux pôles : suivant les situations la personne peut en effet avoir plus ou moins dinfluence sur la mise en place du projet artistique, le temps de travail ou de chômage à lextérieur de lorganisation pouvant être vu alors comme une variable dajustement ou relever pour partie de la responsabilité de la structure [comme pour une compagnie de théâtre].
Le statut de salarié dans la fonction publique
On peut dire que cest le type de rapport au travail (stabilité du cadre de travail, déconnexion de la rémunération par rapport à la productivité du travail) qui est utilisé comme référence dans les organisations sinscrivant dans le cadre des politiques publiques : pour un lieu de diffusion, léchelle des salaires et les profils de postes sont alignés sur léquivalent dans le secteur public. Cest également lobjectif affiché (non encore atteint) pour la scène de musiques actuelles en terme de relations internes de travail. Cet alignement est mis en place sous limpulsion des salariés dès lors que le fonctionnement de lorganisation sest stabilisé puis structuré.
Le statut de salarié dans léducation populaire
Les organisations issues de léducation populaire sont dans une sorte « dentre deux » car le statut de salarié (clairement défini à la différence des compagnies) saccompagne dune dimension dengagement (qui peut être absente des organisations dont la référence de structuration interne est le secteur public). Les salariés gèrent alors leur temps de travail en fonction dune mission générale de lorganisation et non en fonction strictement de leur poste de travail.
Les modalités du travail gratuit
Les modalités du travail gratuit au sein des organisations culturelles se répartissent entre les activités du bénévole et du militant (associé et engagé dans le projet associatif).
Ces activités vont :
- du bénévolat formel dadministration : cest le cas des compagnies de théâtre rencontrées où le nombre dadhérents (allant de trois à six) est égal au nombre de personnes présentes au sein du conseil dadministration,
- à du bénévolat dactivité : ce dernier se trouve par exemple dans les radios associatives où la majorité des émissions est produite par les animateurs bénévoles, mais aussi dans des associations de professionnels comme celles de guides.
Dans le cas de certaines organisations [notamment pour la radio associative], on peut mettre également en évidence certaines trajectoires de militants qui arrivent par lactivité (comme animateurs démission) puis deviennent administrateurs (abandonnant alors cette précédente activité).
Ce bénévolat est aussi présent pour les salariés de léducation populaire mais également pour les artistes, étant à la fois du surtravail non rémunéré (comme variable dajustement pour lémergence ou en cas de problème dactivité) mais aussi le signe de leur engagement (cas par exemple du collectif dartistes où cet engagement est valable à la fois pour les comédiens mais aussi le coordinateur).
Entre ces différents statuts, on peut mettre en évidence plusieurs dynamiques :
Les passages dun statut à un autre
Dans les associations déducation populaire, on peut notamment relever le passage dun statut de bénévoles à celui de travailleur temporaire (objecteurs) puis à celui de salarié (cest le cas de la Radio Associative où les personnes employées sur des postes conventionnés « emploi-jeunes » ou « contrat emploi consolidé » étaient auparavant impliquées comme militants au sein de lassociation).
On peut également relever des passages dintermittents associés à permanents (cas dune compagnie-collectif dartistes) ou inversement des personnes qui « prennent du recul » par rapport à lorganisation (cas prochain de lautre compagnie rencontrée).
La possibilité dune confrontation entre ces statuts
La gestion de statuts différents peut être un problème dans un certain nombre dorganisations, notamment les organisations collectives dartistes entre des modalités de mobilisation au travail fort différentes : ainsi dans une compagnie de théâtre cela peut conduire à des conflits et à un fort turnover des coordinateurs. Comme le remarque le coordinateur de lautre compagnie rencontrée si le choix de travailler dans une association culturelle vient dune préoccupation militante, il nest pas de la même nature que celui des personnes voulant devenir artistes (avec la difficulté à séparer vie privée et vie professionnelle).
Cette relation conflictuelle, mise en évidence dans différentes études, entre « artistes » et « gestionnaires » se concrétise souvent par des oppositions entre les personnels administratifs et artistiques : on peut citer lexemple de compagnies de théâtre caractérisées par un fort turn-over de leurs coordinateurs salariés ou de certains lieux de diffusion qui ont également une fonction de création. Dans dautres associations dusagers qui nont pas une fonction de création, les rapports de pouvoirs renvoient à des schémas plus classiques mis en évidence dans le quadrilatère de Henri Desroche. Ce qui se traduit par exemple par des alliances entre dirigeant salarié et certains administrateurs [par exemple pour la MJC en ce qui concerne lappartenance revendiquée à léducation populaire]. La place prépondérante du directeur est renforcée par des pratiques de certaines fédérations comme les MJC pour lesquelles le directeur est mis à disposition par la fédération (atténuant ainsi le rapport de subordination entre dirigeants bénévoles et dirigeant salarié et conférant ainsi à ce dernier une plus grande autonomie) et est membre de droit du conseil dadministration (avec voix délibérative).
En outre, au sein des organisations venant de léducation populaire, lengagement demandé aux salariés (notamment ceux qui ont été recrutés précédemment dans le cadre du programme « nouveaux services emplois jeunes ») peut rentrer en contradiction avec la subordination du contrat de travail, ce qui expliquent certaines difficultés de positionnement [comme pour la MJC].
Des complémentarités en terme dactivité prises en charge
Une répartition harmonieuse des activités peut toutefois se produire : la présence importante de bénévoles spécifiquement sur les activités danimation autour des spectacles et des films est pensée comme une particularité pour les cinémas associatifs rencontrés. Ce sont eux également qui sont fortement présents dans les commissions de programmation [pour une scène de musiques actuelles et un cinéma associatif] et qui défendent la dimension dinnovation de lorganisation. Lintervention bénévole danimation peut être fortement encadrée et rentrer dans une division interne des tâches (choix des programmations, billetterie pour les structures de diffusion, intervention saisonnière pour les festivals associatifs
).
Les organisations culturelles semblent ainsi pouvoir sappréhender sur un continuum entre des organisations où le salariat est dominant (et le bénévolat quasiment inexistant comme pour certains collectifs de théâtre) et des organisations où le bénévolat est dominant (groupes damateurs et radios associatives par exemple, même si celles-ci ont fortement développé lemploi au cours des dernières années). Chacune des organisations dans le cadre de son développement sinscrivant entre deux grandes logiques de recrutement et de gestion des nouveaux salariés accueillis : une logique « affinitaire » [pour le centre de musiques traditionnelles] et une logique de « compétences » [cest le cas de la scène de musiques actuelles ou dun cinéma associatif].
2.1.2. Le rapport individuel / collectif au sein des organisations culturelles
Ce rapport individuel / collectif au sein des organisations culturelles peut sétudier à un double niveau : la question de la personnalisation de lactivité artistique, les modalités internes de prise de décision avec lémergence dune « technostructure » (au sens de Desroche : des gestionnaires permanents salariés).
Au sein du secteur culturel, se pose de manière plus cruciale quailleurs la question du rapport entre lindividuel et le collectif. La figure contemporaine de lartiste sest en effet construite sur la vision dun professionnel autonome et responsable de son activité. Cet état de fait est renforcé par différentes obligations administratives comme la licence dentrepreneur du spectacle nécessaire pour la production et la diffusion du spectacle vivant. Cette licence dentrepreneur du spectacle est donnée nominativement à une personne physique et non une personne morale : si, en théorie, il peut sagir de nimporte quelle personne de lorganisation, en pratique, elle est souvent détenue par le directeur artistique, dans un cas elle est détenue par le président [cas du collectif dartistes] (qui a occupé une place centrale comme professionnel au sein de lorganisme même sil a diminué récemment son activité). Les délégations de service public le sont également la plupart du temps (intuitu personae). Cest le cas également pour les compagnies dans le cadre de leur conventionnement triennal. Ainsi dans le texte de la convention dune compagnie rencontrée, il est bien précisé que « le contrat est conclu sous la condition expresse que la responsabilité de lexploitation artistique soit assurée [par la directrice artistique] ».
Dès lors peut se poser la question du renouvellement du directeur artistique porteur du projet et donc de la survie de lorganisation notamment pour une compagnie de théâtre avec laccroissement de la part de travail à lextérieur de lorganisation assuré par le directeur artistique ou une SCOP avec le départ prévu du directeur à la fin de la convention triennale.
Deux possibilités sont en effet ouvertes :
- on prononce la dissolution de lorganisation et une autre structure reprend lactivité par délégation de service public suite à un appel doffre après proposition dun projet de création et de diffusion spécifique. Il semble quil sagisse du scénario pour une SCOP rencontrée,
- ou lorganisation est maintenue et se dote dun nouveau directeur artistique. Il semble quil sagisse du scénario pour une compagnie avec une montée en puissance de lactivité du codirecteur.
Cette identification de la compagnie à ses membres fondateurs conduit également à une certaine difficulté pour son élargissement à de nouveaux artistes en ce qui concerne leur égal accès au pouvoir de décision.
Par ailleurs, le caractère par nature transitoire du « statut dintermittent », comme nous avons pu précédemment le souligner, pose question par rapport à lappartenance à lorganisation et laccès au pouvoir de décision. Cela est remarquable notamment pour les SCOP pour lesquelles la relation à la coopérative est différente pour les sociétaires-travailleurs selon la nature du contrat de travail (entre intermittents et permanents) puisque les intermittents ont un lien avec la SCOP qui nest pas celui dun contrat de travail unique. Suivant la partie de lactivité quil assure avec la SCOP mais aussi le rapport avec son « projet artistique », un intermittent peut donner ou non la priorité à sa relation avec cette dernière.
Dans ce cas, se pose la question de la possibilité de lappropriation du projet collectif par ces artistes intermittentes et donc du renouvellement du noyau dur de certaines organisations (ce qui est comme nous lavons précédemment souligné un problème récurrent).
Le caractère transitoire de leur statut du travail (contrat de qualification à durée déterminée de 24 mois) conduit également à une hiérarchie au sein dun GEIQ rencontré entre personnel permanent et personnel mis à disposition.
Lautorité dans les organisations culturelles peut se comprendre également dans la capacité à influencer, voire avoir le dernier mot sur certaines décisions. Deux grands types de décisions existent :
Les décisions de gestion
Pour les organisations ayant un poste de direction salarié, celui-ci comporte suivent ce type de responsabilité. Elles peuvent toutefois être assumées par le Président comme pour la cinémathèque rencontrée dont le Président se présente par ailleurs indifféremment à lextérieur comme président et directeur : dans ce cas de figure, les personnels employés nont pas une fonction de direction mais dadministration et de gestion (une coordinatrice administrative). On voit également que dans les lieux de création et les compagnies de théâtre, ces décisions de gestion relèvent souvent de la responsabilité du directeur artistique : le coordinateur (cest le terme le plus fréquemment utilisé pour désigner le poste de travail des salariés permanents de ces compagnies) peut toutefois avoir une marge de manuvre importante. Cest le cas dune compagnie où la personne fait partie du « collectif » au même titre que les artistes, on peut même penser que son rôle ira en saccroissant avec la responsabilité et la gestion prochaines dun lieu de diffusion.
Dans ce dernier exemple, le développement dune technostructure (coordinateurs + directeurs) apparaît comme nécessaire pour stabiliser les organisations ayant une double mission de diffusion et de création.
Les décisions stratégiques
On peut voir par exemple un traitement différencié de la manière dont on gère la fonction employeur suivant les organisations. Le choix de nouveaux intermittents [comédiens ou metteurs en scène] est de la responsabilité des directeurs artistiques. La forte personnalisation de certaines compagnies se traduit dans le fait que les assemblées générales entérinent a posteriori lembauche dun nouveau coordinateur [cest le cas notamment dune compagnie de théâtre].
Le mode de répartition entre ces deux grands types évolue toutefois au cours du temps. Suite à un conflit avec un salarié gestionnaire et son départ, son successeur peut se voir confier des responsabilités plus restreintes : par exemple pour une compagnie la remplaçante na pas eu, pendant une période, de compétences sur la fonction dagent artistique (quelle a acquises au bout dun an dactivité).
2.2. Les formes de mutualisation interne et dorganisation du travail
Plusieurs formes de mutualisation peuvent être relevées :
- la mutualisation de moyens,
- la mutualisation de revenu,
- la mutualisation de compétences,
- la mutualisation dun réseau de diffusion.
La mutualisation de moyens
Cette mutualisation de moyens concerne ainsi la mise en commun de matériel : une association de valorisation du patrimoine cinématographique a fortement bénéficié de lapport de ses fondateurs qui sont des professionnels du cinéma, les compagnies de théâtre vont dabord sappuyer sur des moyens fournis par leurs membres (prêts doutils informatiques, siège social au domicile du président
).
La création de lorganisation apparaît alors comme un moyen de maîtriser lactivité. On se dote ainsi dune infrastructure permettant de mettre en place une activité que lon ne pourrait faire dans les mêmes conditions si lon était seul [cest le cas de lassociation de guides].
La mutualisation de revenus
La nature de la mutualisation est différente selon quelle concerne dabord les professionnels ou les usagers :
Dans le cas des organisations culturelles ayant un objectif majoritairement à destination de professionnels, cette mutualisation peut concerner les salaires : soit équivalent pour tous les intervenants salariés (par exemple pour tous les intermittents salariés), soit modulé même par rapport aux grilles conventionnelles (entreprises du spectacle, radios associatives
).
Le recrutement des nouveaux salariés peut ici se faire de manière affinitaire et non nécessairement sur les diplômes. Cest le cas dun centre de musique où les nouvelles personnes embauchées lont été sur un profil damateurs et de passionnés des musiques traditionnelles, plutôt que directement sur leurs compétences techniques affichées.
Le tarif daccès au service peut être modulé suivant la catégorie de lusager (individuel ou collectif). Cela est une pratique courante pour un certain nombre de lieux de diffusion. Dans dautres cas, le choix est fait dune tarification unique au coût le plus bas possible qui est vue comme rendue nécessaire selon les responsables (même sils déplorent la faible part dautofinancement qui en découle et donc la forte dépendance de financements publics) de ces organisations par leur rôle de diffusion de la culture au grand public. Le centre de musique facture ainsi ses prestations de gestion et de comptabilité à destination des groupes musicaux suivant le volume dactivité généré.
On peut donc souligner le caractère hybride de certaines organisations, consécutif à des compromis autour de lobjet social (accessibilité des services à destination des membres adhérents, caractère militant et engagé des professionnels).
La mutualisation dun réseau de diffusion
Lorganisation peut être aussi un moyen de mutualiser un réseau pour permettre la diffusion : cest la stratégie poursuivie par une compagnie, où les deux cofondateurs avaient des réseaux distincts mais complémentaires (réseau des scènes de spectacles pour le metteur en scène, réseau de comédiens pour lautre).
De la mutualisation des compétences à la professionnalisation
Lorganisation peut être également le lieu dun partage des compétences entre les différents acteurs : à ce titre elle peut permettre une forme de mutualisation des productivités au travail [cest le cas de lassociation de guides]. Cette mutualisation des compétences peut se baser sur la mutualisation du temps de travail entre bénévolat et salariat comme le montre lexemple de la radio associative où désormais on procède à une valorisation du temps de travail des bénévoles. Elle permet également de former de nombreux animateurs à loutil radiophonique, ce qui peut se traduire par le départ de ces personnes dans dautres radios (locales publiques ou commerciales).
Les Scènes de Musiques Actuelles ont une activité également de formation et daide à la professionnalisation des groupes de musiciens qui ont accès à leurs services. Cette volonté se concrétise par lexistence des lieux de répétition et laccès à des salles de diffusion. Ainsi de nombreuses organisations rencontrées sinscrivent dans un rapport particulier à la professionnalisation. Certaines prennent en charge la question de la gestion des activités périphériques à la création, dautres se développent plus particulièrement sur la diffusion et laccès au revenu.
Notamment dans les associations de comédiens et de musiciens, cette mutualisation des compétences permet une forme dapprentissage collectif (formation des nouveaux comédiens pour les professionnaliser et les rendre autonomes) : la compétence nest pas fonction du diplôme mais de linsertion dans la dynamique dun collectif de travail.
On peut citer à ce titre le cas du GEIQ. A la différence dautres secteurs où il est utilisé (notamment le BTP ou lagriculture), le GEIQ na pas ici pour fonction de proposer une formation diplômante aux personnes recrutées. Il est avant tout axé sur une formation qualifiante et laccès à des réseaux, puisquil semble que le secteur culturel fonctionne avant tout sur une économie de la notoriété et des relations interpersonnelles.
Dune certaine manière, le GEIQ peut être vu comme une forme dexternalisation dune formation auparavant interne à la dynamique dapprentissage collectif dune compagnie.
On voit donc bien que ce rapport à la professionnalisation ne se concrétise pas comme dans dautres secteurs par laccès à des processus de formation diplômante mais avant tout par laccès à des réseaux de relations, laccès à la possibilité de répéter ou de diffuser son uvre et linscription dans une dynamique dapprentissage collectif.
2.3. Le rapport au revenu dans les organisations culturelles
Plus spécifiquement au sein des organisations culturelles, le rapport au revenu se comprend à trois niveaux différents (accès au revenu, mutualisation, progressivité).
( En ce qui concerne laccès au revenu, comme précédemment souligné, la création de compagnies de théâtre ou de musiciens, ainsi que les galeries coopératives sont un moyen de lutter contre la précarité des situations. Certaines compagnies par la pratique tolérée du « rachat de cachets » permettent à leurs comédiens par ce moyen daccéder au régime dindemnisation de lintermittence.
( La mutualisation se concrétise par un partage des revenus dans une organisation pour faire face aux risques et à la flexibilité éventuelle des revenus. On peut souligner ainsi le cas des vacataires du Conseil Général assurant la visite des musées locaux qui créant leur association crée par la même occasion une structure au sein de laquelle ils établissent des règles de répartition de lactivité générée (on va décider collectivement de privilégier telle ou telle autre personne et mutualiser ce qui personnellement pourrait être vécu comme de la précarité). Dans dautres compagnies caractérisées par la multiplicité des projets artistiques défendus, des péréquations peuvent être effectuées entre des projets dont certains peuvent être moins rentables que les autres. Il est notable que dans de nombreuses organisations assurant une activité forte de création ou de production, les modes de rémunération soient relativement égalitaires.
( La progressivité mise en place au sein de certaines organisations est un moyen dassurer le passage dune source de revenus à lautre.
Ainsi par exemple le GEIQ est un moyen dassurer le passage de revenus de la formation professionnelle aux revenus issus du salariat et notamment de lintermittence. Dautres organisations par leurs activités de consolidation des activités amateurs devenant professionnelles sont un moyen également daide à la progressivité des revenus.
Conclusion de la deuxième partie :Collectif de travail et structuration associative
La question importante soulevée par le rapport au travail des organisations associatives et coopératives tourne autour de la notion de collectif de travail. On voit ici quelle se pose dune manière différente des autres secteurs, alors même que la plupart des études nont pas tenté de prendre en compte lensemble des organisations déconomie sociale du secteur culturel et notamment en rejetant par exemple les compagnies de comédiens ou les groupes de musiciens professionnels à une économie para-lucrative, le choix associatif est analysé comme étant un choix par défaut et non sinscrivant dans un réel esprit associatif.
A ce titre, il convient donc de spécifier la forme associative ou coopérative dans ce secteur pour assurer la stabilisation des collectifs dacteurs comme entreprises déconomie sociale.
En effet, si les activités que ces organisations prennent en charge sont spécifiques, leurs modalités dorganisation le sont également :
- il ne suffit pas de sintéresser à la distribution de lautorité (puisquon note une forte personnalisation de lactivité artistique et culturelle) ou au simple mode dassociation des personnes aux décisions,
- mais aussi aux formes internes de mutualisation qui permettent de garder une cohérence interne et font que lorganisation ne devient pas unipersonnelle (à la différence de certaines dynamiques à luvre dans les Centres Dramatiques Nationaux), ainsi quaux dynamiques de professionnalisation (qui se rapportent à la dimension socio-technique de la culture).
3. Le rapport à lenvironnement et la structuration externe des organisations culturelles
On peut souligner la grande fragilité des configurations dorganisations que nous avons pu mettre en évidence :
- le rapport interne entre lindividuel et le collectif nest en effet pas stabilisé,
- le rapport à lactivité en terme de rentabilité ou de positionnement dactivité peut poser question (du fait de lindustrialisation notamment),
- surtout, le rapport au travail est, de fait, rendu très dépendant des dispositifs publics.
Lhypothèse que lon peut donc formuler est donc que ces organisations ne tendent à perdurer que dans le cadre de relations extérieures structurantes (la solidarisation volontaire au sens de Vienney).
Ce rapport à lenvironnement externe se comprend à plusieurs niveaux.
- dans les rapports que tissent les organisations culturelles avec les instances publiques qui régulent fortement ce secteur (3.1.),
- dans la manière dont elles sinsèrent dans les industries culturelles lucratives (3.2.),
- dans leur rapport au territoire (3.3.),
- et enfin dans la manière dont elles sinscrivent dans un fonctionnement en réseau, ce qui semble constituer une forme de structuration autonome par les acteurs eux-mêmes (3.4.).
3.1. La structuration du champ par les politiques publiques
Dans le secteur culturel, on constate un rôle déterminant des Pouvoirs Publics (Etat et Collectivités locales) à tous les niveaux à travers leurs interventions directes et indirectes.
Les principaux lieux de diffusion (scènes nationales, centres dramatiques nationaux....) sont lobjet dune délégation de service public de la part de lEtat (CDN par exemple) ou de la part des Collectivités locales (Région pour les Centres Dramatiques Régionaux...). Ce conventionnement rentre dans le cadre dune mission de service public précisément décrite.
LEtat intervient également en finançant la création et / ou la diffusion par la subvention ou par le biais des fonds de soutien (Centre national du cinéma pour les cinémas associatifs dart et dessai ou fonds de soutien aux radios associatives par exemple).
On peut noter que les organisations associatives et coopératives interviennent à différents niveaux de ces politiques culturelles. : elles sont force dinnovation et dinfluence sur les politiques publiques, mais sont à la fois en retour structurées par ces dernières.
Linnovation et linfluence sur les politiques publiques
Ainsi de nombreuses organisations sont forces de proposition en terme de réglementation : à ce titre on peut dire quelles remplissent un rôle de lobbying auprès des pouvoirs publics. Ainsi par exemple, une cinémathèque rencontrée, qui est une association de professionnels, joue un rôle actif de promotion dun rôle actif public pour la conservation du patrimoine cinématographique.
Les organisations culturelles interviennent également comme gestionnaires dactivité culturelle sinscrivant directement dans le service public par délégation de service public. Le CNC (centre national de la cinématographie) a par exemple des représentants des différentes organisations déconomie sociale (Groupement national des cinémas de recherche). De la même manière, létablissement public chargé de la promotion des musiques traditionnelles compte des représentants des CMTR (Centres de musiques traditionnelles).
Les organisations culturelles sinscrivent en outre dans le cadre dune activité danimation : on peut ainsi souligner la place de ces organisations dans la co-construction de politiques publiques, ainsi que dans des instances de coordination au niveau du territoire.
La structuration par les politiques publiques
Différentes organisations rencontrées menaient leur action dans le cadre dun label public (scène nationale, centre régional de musiques traditionnelles, compagnies de théâtre conventionné, radios associatives non commerciales...).
Il semble que lon peut dans certains cas mettre en évidence une trajectoire de lorganisation où fur et à mesure de sa reconnaissance, et ceci en particulier au sein du spectacle vivant (qui semble relever véritablement dune économie de la notoriété) : ainsi une association de théâtre rencontrée a commencé comme compagnie subventionnée annuellement, puis conventionnée (subvention Etat / Région / Ville triennale), puis reconnue comme scène nationale et prenant à ce titre la gestion dun lieu de diffusion et de création.
Les organisations associatives et coopératives peuvent donc impulser un type de structure qui va être utilisé par la suite dans le cadre dune politique publique On peut citer ainsi le cas des SMAC (Scènes des musiques actuelles), dont les acteurs associatifs ont été les principaux initiateurs voire dun label public : cest le cas des CMTR (Centres de musiques traditionnelles en région). Il peut se passer une forme de retournement : initiés par le mouvement associatif, le label public est utilisé comme levier pour la création dune nouvelle structure associative : cest ce qui cest passé pour lorganisation rencontrée.
Le label peut enfermer les organisations dans une certaine logique de développement comme le montre le cas dune radio associative qui du fait de la part déterminante du FSER (Fonds de soutien à lédition radiophonique) et de son barème est contrainte de développer une activité radio bus par lintermédiaire dune structure séparée, puisquelle conduirait sinon la radio à une baisse de ses subventions publiques.
Sil existe toujours, comme nous lavons mis en évidence, des formes de trajectoires traditionnelles dorganisation (consécutivement à leur institutionnalisation et leur reconnaissance progressives), on voit une forme dautonomisation par rapport aux politiques publiques qui tendent à passer du financement de la structure au financement de lactivité. A ce titre le fonctionnement des organisations associatives et coopératives nécessite de nouvelles formes dencadrement volontaire par des structures fédératives et confédératives : il semble quil sagisse dune des fortes évolutions actuelles.
3.2. Linscription dans les industries culturelles
Léconomie lucrative (logique financière) se place pour une part plutôt sur les activités reproductibles et que lon peut dissocier des activités relationnelles : elle se situe donc prioritairement sur lactivité de reproduction que sur la création, déléguant cette fonction dinnovation aux petites organisations, notamment celles relevant de léconomie sociale. A ce titre, lindustrialisation du secteur culturel se comprend de manière différente selon que les acteurs sinscrivent dans le spectacle vivant ou dans les industries culturelles (cinéma, production de disques
).
En effet, pour les acteurs du spectacle vivant, le principal problème vient comme nous lavons souligné dune part de la déstructuration du champ par la remise en cause des politiques publiques initiales (discussion du statut de lintermittence qui déstabilise le fonctionnement actuel des petites compagnies de théâtre) et par la mise en concurrence des acteurs entre eux (par la pratique des appels doffres).
Pour les organisations sinscrivant dans les industries culturelles, différentes dynamiques peuvent être soulignées :
Le positionnement sur des niches dactivités
Par rapport à lindustrialisation de la culture, les acteurs se placent dune part sur des niches dactivités : le cinéma art et essai ou le développement dun cinéma de proximité dans certaines zones géographiques pour les salles associatives de cinéma, certains types de musiques pour les labels associatifs
Ces acteurs valorisent aussi de manière spécifique ce « produit culturel » : démarche ethnomusicologique, animation et activités déducation.
Dune fonction transitoire à des stratégies dintégration de la filière
Ce positionnement particulier sur certains segments dactivités, sil nest pas maîtrisé par lorganisation, peut dans un contexte dindustrialisation de la culture la déstabiliser. En effet on peut constater que ces organisations jouent une fonction de laboratoire pour le secteur lucratif des industries culturelles :
- en révélant et structurant une nouvelle demande (secteur de musiques traditionnelles ou musiques du monde, demande de cinéma dans certaines zones géographiques
),
- en révélant et professionnalisant de nouveaux acteurs (« révélations » musicales, qui vont être produites par des maisons de disques lucratives ; films « art et essai » basculant dans le « grand public », auxquels les salles en dehors des grands circuits de distribution nont plus accès
).
Cest pourquoi ces organisations tentent de mettre en place également une forme dintégration de la filière de production :
- en ne dissociant pas lactivité de production de disques des autres activités à destination des groupes de musiques ou de promotion du secteur,
- mais aussi en se mettant en place des nouvelles formes de solidarités volontaires : ainsi les fédérations de salles associatives permettent une négociation avec les producteurs de films à un point de vue régional (recettes, dates et nombre de copies) dans les salles adhérentes ; les adhérents ayant ainsi accès à des films à des conditions auxquelles ils nauraient pas droit de manière isolée.
3.3. Le rapport au territoire des organisations culturelles
Si on remarque que le développement de lactivité entre souvent en contradiction avec la logique initiale de proximité, il sagit de définir plus précisément cette notion de proximité :
La localisation de lorganisation peut provenir dune proximité dhabitation
Lorganisation localise ses activités en fonction du lieu dhabitation de ses créateurs : ainsi les compagnies de théâtre peuvent avoir dans un premier temps pour siège social le domicile du Président puis un lieu choisi en fonction de sa facilité daccès.
Les associations dusagers comme la radio associative ou le cinéma associatif sinscrivent dans ce cas de figure puisquil sagit dans les deux cas dassociations initialement ouvertes à des personnes provenant dune zone géographique précise.
La localisation peut provenir dune proximité entre terme dengagement ou de volonté de développement culturel
Certaines organisations choisissent aussi leur localisation en fonction de leur projet associatif. La localisation de compagnies de théâtre investissant des friches industrielles ou des quartiers populaires rentre dans ce cas de figure (on est donc bien en cas de figure dun arbitrage entre proximité géographique et engagement culturel).
Pour apprécier cette dynamique de localisation, deux éléments principaux entrent en compte : la relation à lusager, la localisation dans une logique dactivité.
La relation à lusager
Pour certaines organisations, la dynamique dactivité peut correspondre un « élargissement du territoire » comme le montre lexemple du cinéma associatif dont le service sadresse désormais plus largement aux habitants de lagglomération grenobloise.
Les conséquences en sont alors un compromis qui se noue entre un positionnement territorial (saffirmer comme un cinéma de proximité) et la revendication dun cinéma déducation populaire : positionnement dactivité, programmation « différente » à objectif éducatif. Le positionnement est le même pour la radio associative : radio « de Pays », radio « militante », radio « musicale ».
On voit donc dans le cas de plusieurs organisations [cinéma et radio] que la logique de spécialisation sur lactivité de ces organisations tend à sopposer à la logique initiale de proximité sur laquelle elles se sont créées. Pour les associations dusagers on peut remarquer que lhomogénéité sociale qui se retrouve à lorigine de la création évolue souvent avec la trajectoire de lorganisation. On peut citer par exemple le cas de la même MJC gérant une salle de cinéma dont les fondateurs sont majoritairement issus des organisations locales de léducation populaire et dont les nouveaux adhérents sont recrutés sur une logique dactivité (intérêt de ces personnes à lactivité de cinéma) : les personnes peuvent venir alors dune zone géographique plus étendue. Le cas dune radio associative, pourtant fortement marquée par son image de « radio locale » est similaire.
Logique dactivité et localisation
Les compagnies de théâtre rencontrées ont ainsi été amenées à se délocaliser pour une question dactivité : pour une compagnie, il sagit de prendre en charge par délégation de service public un lieu de diffusion (ce qui est le cas également de la troupe résidente et gestionnaire dun lieu de diffusion puisque cette troupe était résidente auparavant en région lyonnaise) et pour une autre, ceci correspond à une extension de ses activités (atelier théâtre et théâtre forum sur un quartier de la politique de la ville).
Pour ces deux compagnies, cette logique de déplacement, consécutive à une reconnaissance plus importante de lactivité, sopère ainsi dun quartier populaire à un quartier plus centralisé. De même lassociation de guides sest localisée dans un centre daffaires, afin de professionnaliser sa gestion et son administration, en instaurant notamment une présence permanente.
3.4. Le fonctionnement en réseau
Deux types de fonctionnement en réseau peuvent être mis en évidence :
- le réseau affinitaire : réseau de léducation populaire (par exemple Fédération des MJC pour un cinéma associatif),
- le réseau professionnel (Réseau rhônalpin de petites salles de spectacle pour cette même association).
On relève ainsi dans le secteur culturel deux grands types de réseaux professionnels : ceux transversaux à lensemble du secteur, comme le Syndeac (syndicat des entreprises du spectacle), et ceux spécifiques au secteur associatif, comme la Fédurok (Fédération des scènes associatives de musiques actuelles) ou encore le Conseil national des radios associatives. On remarque toutefois de nombreux cas de double affiliation (notamment pour les structures de diffusion du spectacle vivant).
Ce rapport des organisations aux fédérations peut se comprendre à plusieurs niveaux.
Un pôle de gestion ou de professionnalisation de lactivité
Une des fonctions majeures des fédérations va être daider au développement et à la structuration des organisations adhérentes. Dans le cadre du programme « Nouveaux services emplois jeunes », on peut noter lapport important en terme de professionnalisation des personnes (formation) et des structures (aide à lélaboration de postes, recherche prospective). Des postes ont ainsi été créés dans le cadre des accords cadre signés par les fédérations [scène de musiques actuelles et MJC].
Dans ce cas de figure, la relation à la fédération passe souvent essentiellement par les dirigeants salariés [MJC, GEIQ], en partenariat avec les dirigeants bénévoles [scène de musiques actuelles].
Les fédérations peuvent intervenir et aider à structurer et développer le projet : cest le cas du groupement demployeur rencontré qui a bénéficié du soutien de sa fédération lors de son émergence (mise en relation avec des partenaires potentiels, aide à la mise en place de létude de faisabilité
) puis de son développement (aide à une ligne budgétaire spécifique pour le financement de laccompagnement social et professionnel des stagiaires, etc.).
Un pôle de défense du projet social de lorganisation
Actuellement, on assiste également à lémergence de nouvelles structures syndicales (exemples du Regroupement des compagnies en région Rhône-Alpes ou de la Fédurok) qui se constituent en réaction à la révision des règles fiscales applicables aux associations et à la remise en cause du statut dintermittent, deux éléments potentiellement déstructurants de ce secteur. La constitution de ces nouveaux mouvements associatifs se fait ainsi principalement sur la défense de la spécificité des organisations associatives au sein du secteur culturel et artistique.
Comme le montre lexemple dun cinéma associatif, lévolution de lorganisation peut conduire à des arbitrages (parfois conflictuels) entre les membres partisans de garder une affiliation à des réseaux affinitaires afin de continuer à affirmer le « projet déducation populaire » de lassociation et les autres poussant à une adhésion uniquement à des réseaux professionnels (cinémas et lieux de diffusion du spectacle vivant).
Limportance de la fédération est soulevée également par lassociation de guides professionnels puisquelle est vue comme inscrivant lorganisation dans un mouvement associatif plus large et soucieux de lintérêt général (et non du simple intérêt collectif des membres)
Il existe également un début de regroupement de type confédéral. Ainsi, la Fédercies (Fédération des regroupements de compagnies en région), la Fédurok, le Chaînon Manquant (regroupement auquel appartient le maillon) et la FAMDT (Fédération des associations de danses et de musiques traditionnelles, dont les CMTR) sont adhérentes de lUFISC (Union fédérale dintervention des structures culturelles). Outre ces organisations, lUFISC regroupe notamment la Fédération (association professionnelle des arts de la rue), le SNFAC (Syndicat des nouvelles formes des arts du cirque), la Fédération des scènes de jazz et de musiques improvisées. Elle est le produit dun regroupement initialement informel en 1999, réagissant à la mise en place commune par le Ministère de la Culture, Bercy et le Syndeac de linstruction fiscale du 15 septembre 1998 relative à la fiscalisation des associations :
« LUFISC sest dans le même temps structuré sous forme juridique dune association de fédérations et de syndicats, certes, en réaction à une interpellation fiscale mais également avec lidée rapidement de développer une plate-forme commune de production et de réflexion collective entre différents secteurs du spectacle vivant ».
Il est à noter que le regroupement UFISC sinterroge actuellement sur son statut propre et sur sa constitution en tant que syndicat employeur ou fédération de syndicats employeur.
Conclusion de la troisième partie :Quelles dynamiques de transformation des organisations culturelles ?
Lévolution des organisations déconomie sociale dans ce secteur culturel semble suivre plusieurs dynamiques internes et externes :
Du rapport aux politiques publiques à la solidarisation volontaire
Dans certains cas, il semble que lon peut mettre en évidence une trajectoire de lorganisation où fur et à mesure de sa reconnaissance, et ceci en particulier au sein du spectacle vivant (qui semble relever véritablement dune économie de la notoriété). Sil existe toujours ce type de trajectoire pour les compagnies de théâtre, il est à noter que du fait de lémergence de nouveaux éléments potentiellement déstructurants du secteur (remise en cause du statut de lintermittence, procédure de mise en concurrence, industrialisation de certaines activités), on remarque que lon passe dune structuration du champ et des acteurs par les Pouvoirs Publics à une tentative de structuration autonome par les acteurs eux-mêmes (en atteste lémergence forte de réseaux et de regroupements fédératifs autour du projet culturel mené dans un cadre déconomie sociale).
De la logique dactivité au développement dun projet artistique et culturel.
On a pu mettre en évidence les contradictions entre développement de lactivité, inscription territoriale et poursuite de lobjet social de lorganisation.
Ainsi pour la gestion de lieu on a pu remarquer des dynamiques de passage dassociation à SCOP, pour responsabiliser les acteurs internes et coordonner à ce titre différentes activités techniques (de gestion et de diffusion) et artistiques (de création).
Des organisations gèrent toutefois leur évolution par lessaimage : une structure ad hoc va être créée pour prendre en charge une activité soit jugée temporaire [par exemple une compagnie de théâtre avec la création dune association gérant un spectacle à durée limitée] ou jugée éloignée du projet initial de lassociation même sil en est le prolongement [pour une association de valorisation du patrimoine cinématographique avec la création de lassociation gérant un festival annuel de court métrage, pour un lieu de diffusion avec la création dateliers dinsertion ayant pour objet la fabrication de costumes, pour une radio avec un Bus dinitiation à loutil radiophonique]. Dans tous les cas, cette dynamique est accentuée par la nécessité de séparer les fonds (dont certains sont dédiés comme le Fonds de soutien à lédition radiophonique pour les radios associatives) ou de mobiliser de nouveaux acteurs (au sein du conseil dadministration de la nouvelle structure).
A ce titre, on peut donc mettre en évidence lorganisation culturelle comme fragile et non stabilisée si elle nest pas inscrite dans un environnement fortement structurant.
Tableau II : Récapitulatif des modalités dinscriptions dans lenvironnement
OrganisationAdhésion à des fédérations regroupant uniquement des organisations déconomie socialeAutres adhésionsPartenairesprésents au CAB1SansSansSansB2SansFédération des cinémathèques et archives de films de FranceSansB3FRANC-RA(Fédération des radios associatives non commerciales Rhône-Alpes)
FERAROCK(Fédération des radios associatives Rock)SansCollectivités locales
Associations (MJC)B4Fédurok(Fédération des scènesde musiques amplifiées)SansVilleB5FAMDT(Fédération des associationsde danses et musiques traditionnelles)Regroupement des CMT(Centres de musiques traditionnelles)Associations locales de musiques traditionnellesB6Fédération des MJCen Rhône-AlpesACRIRA(Association des cinémasde recherche indépendantsde la région alpine)
Le Maillon(réseau rhônalpin de petites salles de spectacles)Fédération des MJC
Ville
Communauté de communes
Centre socialB7Non fédéréeSansSansB8Regroupement des Compagnies Rhône-AlpesSansSansB9CNCE-GEIQ(Comité national de coordination et dévaluation des GEIQ)SansCompagnies de théâtre adhérentesB10FAPI(Fédération des associations de patrimoine de lIsère)
Patrimoine Rhônalpin(Fédération régionaledes associations de patrimoine)SansSansB11Union régionale des SCOPGroupe des 20
Réseau de Théâtre de Ville en Rhône-AlpesComités dentreprises
MJCB12Union régionale des SCOPSansSans
Conclusion : Unité et diversité des organisations culturelles
1. Les caractéristiques des organisations associatives et coopératives
Lunité des organisations associatives et coopératives rencontrées dans le secteur culturel se fait à plusieurs niveaux :
Dans les activités prises en charge par léconomie sociale
Les activités du secteur culturel que les entreprises associatives et coopératives coordonnent et organisent sont spécifiques car elles se comprennent essentiellement par rapport à une double finalité :
- une finalité en termes de création / diffusion (lieux de diffusion, compagnies de théâtres, groupes de musiques
),
- une finalité en termes de loisirs / éducation qui en est une déclinaison pour les associations dusagers (cinémas associatifs, groupes damateurs, éducation populaire
).
A ce titre, ces organisations sinscrivent dans une dimension nécessairement socio-technique de la culture.
Dans les modalités mêmes de cette prise en charge
Ces organisations sont basées à la différence dautres organisations sur une mutualisation durable
- une mutualisation interne entre amateurs et professionnels, entre intermittents / salariés / chômeurs, autour de la question des revenus, de la professionnalisation et de la reconnaissance des compétences,
- une structuration externe (même si cette dernière est en construction) avec la solidarisation par la fédération et la confédération, alors même que ces organisations sautonomisent par rapport aux politiques publiques.
2. Des réglages aux profils des organisations associatives et coopératives dans le secteur culturel
Derrière cette unité, les entreprises associatives et coopératives ont des réglages différents entre leur rapport à lactivité et leurs modalités de fonctionnement.
Développement technique et enrichissement socio-technique de lactivité
En ce qui concerne leur rapport à lactivité, les stratégies de ces organisations vont dun développement technique à des modalités denrichissement socio-technique. Dune certaine manière ces deux éléments ne sont pas nécessairement contradictoires : la dynamique de diversification technique sinscrit bien dans le projet social de lorganisation, que ce soit comme un enrichissement direct ou comme un moyen de financement au service de ce projet social. On note en effet que, si lactivité sen éloigne trop, lorganisation peut la développer par essaimage.
Collectif de travail et pratiques de mutualisation interne
En ce qui concerne leurs modalités de fonctionnement, les organisations culturelles vont du projet artistique porté par un metteur en scène à un projet de développement culturel plus global porté par un collectif dusagers A ce titre se pose la question de lappropriation et de la maîtrise individuelle ou collective. Dun noyau dur de permanents, ce collectif de travail mobilise également de nombreux acteurs à sa périphérie (intermittents occasionnels ou associés, bénévoles ponctuels
).
Pour faire pendant à cette forte personnalisation de lactivité, le compromis organisationnel se base alors sur la nécessité dune cohésion interne par les différentes formes de mutualisation.
Les profils de ces organisations culturelles, reflétant cette diversité des réglages ou des compromis internes/externes, vont ainsi :
- de la structure qui organise les amateurs et les fait sortir de lautoproduction ou de la consommation collective de loisirs (par la professionnalisation et par leur entrée dans lespace public), cette même structure peut bénéficier du soutien dautres organisations dans le cadre de leur mission plus large de soutien aux initiatives culturelles ;
- à lassociation ou la coopérative de création, danimation et déducation (de lassociation dusagers à la coopérative dartistes) : lorganisation prend en charge ce segment dactivité dont la dimension est à la fois non seulement sociale et relationnelle, mais aussi productive ;
- puis de celle qui assure également la maîtrise de la diffusion, ce qui correspond essentiellement à la transformation de ces organisations en lieux assurant la coordination et lorganisation de la diffusion et de la création, se différenciant ainsi des institutions du secteur public ;
- à celle, enfin, qui intègre la question de la commercialisation, ayant développé de manière technique son activité et tentant dintégrer la filière de production culturelle. Pour ce dernier type dorganisation se pose alors la question de la différenciation avec les entreprises lucratives (par lenrichissement de lactivité et son développement socio-technique) et/ou artisanales (par des pratiques de mutualisation interne assurant la cohérence sociale de lorganisation).
Les SCOP
Introduction
La construction de critères d'appartenance au regard du vécu des acteurs des Scop n'est pas une recherche débutant dans l'inconnu. Le statut et le vécu actuels des sociétés coopératives de production (Scop) plongent en effet leurs racines dans les nombreux débats et réalisations qui eurent lieu tout au long des 19ème et 20ème siècles.
Ces sociétés ont une existence juridique qui commence spécifiquement en 1867, lorsqu'un titre III sur les sociétés à capital variable leur est attribué, sans les citer explicitement, au sein de la loi du 24 juillet sur les sociétés commerciales.
Avant cette date, les associations d'ouvriers utilisaient le statut de "commandite simple" prévu par le Code du Commerce Napoléonien. Ce sont des sociétés qui réunissent deux catégories d'associés : d'une part les commandités (qui ont le statut d'associés en nom collectif et qui, ainsi, ont tous la qualité de commerçants et répondent indéfiniment et solidairement des dettes sociales), d'autre part les commanditaires (qui répondent des dettes sociales à concurrence de leur apport en parts sociales). La gérance est réservée aux commandités et les commanditaires ne peuvent faire aucun acte de gestion. Enfin, ils ne peuvent céder leurs parts sans l'accord des autres associés.
Ces statuts présentaient trois défauts principaux aux yeux des coopérateurs. Tout d'abord ils ne préservaient pas forcément de la répression instaurée par le décret d'Allarde et la loi Le Chapelier ; en effet, les préfectures y recherchaient constamment des comportements d'association de type SA (Conseil de Surveillance, limitation des risques pour les commandités
) pour les éliminer, sachant que, depuis 1807, l'existence d'une SA nécessite l'autorisation préalable des pouvoirs publics. Ensuite, un véritable patronage des gérants pouvait exister, poussés en cela par leur responsabilité illimitée. Enfin, les commanditaires pouvaient eux-mêmes exercer un patronage dans le cas où, généralement, un artisan donnait sa société aux travailleurs sans en céder effectivement la gestion sociale et financière.
Il faudra attendre que Napoléon cherche à s'attirer le soutien de la classe ouvrière aux élections de 1864 sans froisser la petite bourgeoisie pour qu'apparaissent des projets de lois sur un statut coopératif. De nombreux projets furent ainsi rédigés en 1865, et l'un d'entre eux fut présenté le 26 mars 1865 au corps législatif. Cependant, avant même cette présentation, "les représentants des associations parisiennes qui avaient quelques raisons de se défier du libéralisme des hauts fonctionnaires impériaux signaient, au nombre de 48, une protestation contre l'idée d'une loi spéciale aux associations d'ouvriers et réclamaient le droit commun".
Malgré leur critique du pouvoir trop important des gérants et leur désir d'appliquer une responsabilité de type mandataire (i.e. limitée par l'apport en capital), ce sont ainsi les associations ouvrières elles-mêmes qui ont voulu un statut aussi peu dérogatoire que possible au droit commercial ; elles disaient qu'une loi peut être facilement abrogée, ce qui facilite ainsi l'élimination de la coopération si elle est rassemblée sous un seul statut. Une enquête a alors été menée par Rouher (ministre d'Etat) auprès de 43 personnes, dont plus de la moitié étaient membres dirigeants d'associations coopératives ; il en sortit une majorité prônant en effet l'adoption du droit commun, c'est-à-dire l'amélioration du cadre législatif existant par un assouplissement permettant tout d'abord de créer librement une entreprise (valable aussi pour la SA), de limiter les risques du gérant et de prendre en considération le caractère variable du capital (ne nécessitant pas une inscription à la Chambre du Commerce lors de chaque changement dans le montant du capital social).
La loi du 24 juillet 1867 modifia les statuts de la commandite par action et de la SA en éliminant notamment l'autorisation préalable obligatoire. De plus, elle introduisait un Titre III sur les sociétés à capital variable qui s'appliquait donc, sans les nommer, aux coopératives. La loi fut pourtant accueillie assez froidement, car elle ne déliait pas la Loi le Chapelier et son délit de coalition. De plus elle rendait les associés détenteurs d'actions négociables et non de parts sociales seulement cessibles ; il fallait donc toujours organiser statutairement les limites de l'appropriation pour établir notamment l'égalité des droits de vote, la Ristourne et l'impartageabilité des réserves inspirés des réalisations de Buchez.
La mise en place d'un statut juridique coopératif satisfaisant pour les coopératives se posa à nouveau après la guerre franco-allemande. En 1883, une deuxième enquête fut décidée par le gouvernement et un nouveau projet de loi fut présenté à la chambre des députés le 16 juillet 1888. Néanmoins la navette se bloqua car le Sénat voyait toujours les coopératives "comme des foyers révolutionnaires".
Il faudra attendre la loi de 1917 sur les coopératives de consommation et les Banques populaires visant à prêter aux coopératives de consommation et, finalement, la loi du 10 sept 1947 sur le statut de la coopération et la loi du 19 juillet 1978 sur le statut des Scop (modifiées par la loi du 13 juillet 1992) pour que soient établis précisément les statuts actuels.
Ce rapide historique sur un siècle et demi nous permet de bien comprendre que les statuts des sociétés coopératives n'ont cessé d'être évolutifs, s'adaptant d'une part aux rapports des forces sociales et d'autre part aux transformations des activités économiques. Aujourd'hui encore, ce caractère adaptatif a fait ses preuves, en permettant par exemple d'ouvrir une porte plus grande aux capitaux extérieurs (loi du 13 juillet 1992) ou encore d'associer une multiplicité de partenaires (loi du 17 juillet 2001 sur les SCIC).
Les lois (et les statuts) marquent l'organisation formelle que doivent adopter les membres de la Scop. Ainsi, l'article 1er de la loi de 1978 stipule que "les sociétés ouvrières de production sont formées par des travailleurs de toutes catégories ou qualifications professionnelles, associés pour exercer en commun leurs professions dans une entreprise qu'ils gèrent directement ou par l'intermédiaire de mandataires désignés par eux en leur sein". On peut aussi retrouver dans les lois précédemment citées une partie des points clés spécifiant les Scop par rapport aux entreprises "classiques", aux dires des travaux qui les ont jusqu'ici étudiées (la démocratie, la lucrativité limitée, l'entrepreneuriat collectif, la mutualisation des productivités et la priorité à l'emploi). En effet, la lucrativité est par exemple limitée par la loi de 1978 : d'une part la rémunération des parts sociales ne peut dépasser ni le montant octroyé à la Ristourne, ni le montant octroyé aux réserves (art. 33) ; d'autre part il n'est pas possible d'incorporer les réserves (impartageables) au Capital (partageable) et ainsi d'accroître la valeur ou le nombre des parts détenues par les propriétaires (art. 3bis). Quant à la démocratie, si la loi de 1992 a abrogé le principe "un homme = une voix" en faisant intervenir des associés extérieurs qui ont un nombre de voix proportionnel au nombre de leurs parts sociales, ils ne peuvent tout de même pas disposer de plus de 35% des voix, et le capital doit être majoritairement détenu par les travailleurs.
Par contre, les statuts et les lois ne disent rien, par nature, sur les modalités de "mise en acte" de la coopération, sur l'organisation socioprofessionnelle de la Scop. Pour analyser les rouages, notamment, de l'entrepreneuriat collectif ou de la mutualisation, une étude de terrain est donc nécessaire.
Ce terrain, au niveau national, est constitué de 1562 Scop recensées en 2002 par la Confédération Générale des Scop. Elles emploient plus de 34 200 salariés, avec un taux de croissance de l'emploi sur 2001/2002 de 7.3% alors que la moyenne nationale est de 2.3%. Le nombre de Scop a lui-même augmenté de 3.2% en un an, résultant essentiellement de créations ex nihilo (72%).
Presque tous les métiers profitent de la dynamique des Scop, même si c'est le secteur des services qui connaît depuis 5 ans la hausse la plus importante en termes d'emplois créés (+ 63%). Comme le remarque P. Liret, on pourrait penser que cette progression dans un secteur peu intensif en capital résulterait d'une dynamique réductrice liée au statut Scop. En fait, d'autres secteurs nécessitant des investissements importants ont aussi bénéficié d'une forte croissance : l'emploi dans le secteur de la fonderie et du travail des métaux augmente de 12.4% sur 5 ans, et de 3.1% cette dernière année ; dans le secteur du BTP la variation est de 2.3% en 2001/2002.
Alors que 93% des entreprises françaises sont des TPE (0 à 9 salariés) qui emploient 30.7% des travailleurs, seulement 55.1% des Scop sont des TPE qui emploient juste 12% des travailleurs. Le gros des emplois se trouve dans les PME (taille de 36.2% des Scop contre seulement 5.8% en moyenne nationale) et dans les entreprises de plus de 51 salariés (taille de 8.6% des Scop contre 1.1% tous statuts confondus) : les premières embauchent 35 % des salariés (contre 19%) les secondes 53% des salariés (contre 50 %).
Enfin, "au fil des ans, la santé économique des Scop ne cesse de s'améliorer". Le chiffre d'affaires progresse constamment en volume et le résultat net par salarié a plus que doublé en 5 ans ; ainsi, 81% des Scop ont été bénéficiaires en 2001 et elles ont pu encore renforcer leurs fonds propres et autofinancer une partie de leurs investissements. Leur taux de pérennité de 70% après 3 ans est légèrement supérieur à la moyenne nationale des entreprises (67.9%)
Ce rapport fait la synthèse d'une analyse réalisée à partir de 12 monographies de Sociétés Coopératives Ouvrières de Production de la Région Rhône-Alpes.
Nous avons repris à l'un des meilleurs connaisseurs des coopératives, C. Vienney, la structure générale de sa méthode d'analyse. Pour cet auteur, une coopérative est "la combinaison d'un groupement de personnes [GP] et d'une entreprise [E] liés par un rapport d'activité et un rapport de sociétariat" ; il ajoute : "cette représentation systématique fonde en effet l'unité de la forme et de la règle, prise comme axiome de leur identification institutionnelle". A ce point, C. Vienney structure son travail autour de quatre thèmes dont seule la combinaison permet de particulariser les coopératives :
1. Caractéristiques du Groupement de Personnes
2. Caractéristiques de la relation GP (E
3. Caractéristiques de la relation E ( GP
4. Caractéristiques de l'Entreprise.
Les résultats obtenus sont tout d'abord organisés selon les 4 thèmes de C. Vienney, avec comme premier souci de faire apparaître, d'un point de vue assez général et assez théorique, la différence dans les rapports de forces présents au sein des Scop et des "entreprises patronales" (§ 2). Nous en déduisons des "types purs" de gestion de ces rapports de forces ; ce sont des outils de lecture qui seront ensuite réorganisés afin de produire des profils retranscrivant l'organisation des Scop de l'échantillon. Car aucune Scop, ni aucune entreprise patronale d'ailleurs, n'est composée par l'ensemble de ces "types purs" ; ce qui caractérise les Scop est plutôt leur capacité à articuler plusieurs "types" (plus ou moins purs) dans le but de pérenniser les emplois et/ou d'améliorer la qualité du travail effectué (§ 4).
1. Spécificités du fonctionnement des Scop
Chacune des 4 relations de C. Vienney est analysée en 2 étapes : tout d'abord nous décrivons et définissons les termes employés ainsi que leurs interrelations (a). Des indicateurs de spécificités coopératives sont ensuite relevés et discutés ; ils forment une "dialectique coopérative", qui se distingue d'une "dialectique patronale" en ce qu'elle rapproche ses composantes plutôt que de les opposer (b).
1.1. Le Groupement de Personnes : acteurs et règle de groupement
(a1) Les acteurs du groupement de personnes forment 3 sous-groupes : les associés (salariés ou non), les dirigeants et éventuellement les salariés non associés.
Le statut dassocié couvre un champ très vaste de PCS, hormis les ouvriers non qualifiés. Cependant le vécu associatif et limplication des associés ne sont pas homogènes. Une règle générale semble se dégager : cette implication est positivement corrélée avec le niveau de qualification et lexpérience, négativement corrélée avec lautonomie inhérente au métier. Les monographies révèlent trois types de populations qui semblent se faire plus difficilement à une démarche dengagement collectif :
- Ceux qui prônent une culture individualiste, perceptible dans la volonté dinstaurer une étanche scission entre leur vie privée et leur vie professionnelle (l'homme n'est plus un être social global mais un être parcellisé proche de la schizophrénie sociale) ainsi que dans un comportement de "compteur de temps" (le temps pour lequel "on a signé"). De ce point de vue, aucune PCS en particulier ne se distingue ; c'est plutôt une évolution marquée ces dix dernières années reconnue par les coopérateurs les plus anciens relativement à l'embauche de jeunes travailleurs qui s'avèrent souvent plus individualistes ; c'est un constat quasi général dans l'échantillon.
- L'ouvrier non qualifié, n'ayant pas à sa disposition une culture politique ni une assurance suffisante pour s'engager dans la gestion d'un collectif ; il se soumet ou il refuse, mais considère avec suspicion le statut d'employé-patron. Nous avons ainsi rencontré des ouvriers non qualifiés qui ne s'associeront pas, et ont au contraire préféré se syndiquer. Cette non-culture, voire cette contre-culture dirigeante chez les moins qualifiés s'est révélée sous un autre jour : la reprise s'est déroulée sans cadre dirigeant ni cadres susceptibles d'être dirigeants ; ainsi l'essai d'un ouvrier à la direction s'est soldé par un échec du fait de compétences qu'il ne parvenait pas à acquérir et du fait de tensions avec ses collègues de l'atelier qui ne le considéraient pas comme leur supérieur doté de responsabilités plus étendues que les leurs.
- Les salariés hautement qualifiés ont souvent une profession qui les amène à prendre seuls des responsabilités sur des projets qu'ils ont élaborés et finalisés de façon autonome ; là, l'autonomie peut signifier indépendance et la coopérative peut se réduire par certains aspects à une mise à disposition en commun de matériel ou de services administratifs. Les catégories socioprofessionnelles rencontrées et ayant tendance à glisser vers l'indépendance sont les ingénieurs maîtres d'uvre, les architectes et les metteurs en scène ; cette tendance est principalement valable pour les jeunes embauchés, mais il existe un certain fatalisme des plus anciens vis-à-vis de ce comportement qui semble en "contaminer" quelques-uns. Notons bien que cette tendance à l'indépendance touche en priorité les plus qualifiés ; des ouvriers présents sur un chantier pendant plusieurs mois, donc très autonomes, sont au contraire les plus militants dans leur vécu coopératif du fait d'une ouverture d'esprit gagnée lors de la rencontre, notamment, d'autres équipes et d'autres cultures.
Ajoutons que le glissement vers l'indépendance est encore à croiser avec le domaine d'activité ou le public visé. En effet, des accompagnateurs de porteurs de projets travaillent de façon très autonome, mais leur secteur d'activité (aider autrui à construire son parcours professionnel) resserre les liens dans la structure. Dans le domaine de l'industrie, ce sont les plus qualifiés qui portent souvent l'inspiration coopérative, du fait de leur passé contestataire en mai 68 ou de leur culture des mouvements sociaux. Au contraire, dans le domaine du spectacle, bien que les metteurs en scène créent pour qu'une équipe d'acteurs partage avec le public, le fait qu'ils travaillent avec leur propre équipe pour retranscrire un bienune inspiration éminemment personnellel accentue leur indépendance.
Les dirigeants peuvent être assemblés en quatre catégories : les créateurs, les repreneurs, les transformateurs et les successeurs.
- Les créateurs des Scop rencontrées sont à 80% des militants du mouvement coopératif et/ou des contestataires soixante-huitards. Par ailleurs, ils sont tous de catégories socioprofessionnelles de type "cadre" ou diplômés à bac+2 minimum. Ce sont'est par exemple les cas de C1, C2, C4 et C6. Les 20% restants expliquent la création en Scop soit par une ambiance amicale préexistante entre créateurs (qui se connaissaient par ailleurs), soit par lactivité elle-même, qui rend "naturel" le statut Scop (culture pour le partage avec le public ou accompagnement pour le soutien d'autrui).
- Les repreneurs ont deux profils. Il y a : dune part, les repreneurs-relanceurs, spécialisés dans cette activité en relation généralement avec lUR ; ils managent souvent eux-mêmes une Scop et sont chargés de transmettre quelques mois leur expérience à la nouvelle équipe dirigeante en gestation ;. Lautre profil est celui des dautre part, les repreneurs issus de lentreprise elle-même (comme à C8), pas forcément militants mais généralement proches, au sens des PCS, de lancien encadrement ; ceci apparaît d'ailleurs assez incontournable, les expériences de reprises par les ouvriers faisant généralement vite face à un problème dautorité et de compétence, comme nous le verrons dans quelques instants lors de l'étude de l'entrepreneuriat collectif.
- La transformation dunee Sarl SA en Sarl Scop (de C3) est issue dune triple justification : lambiance conviviale et transparente, limplication politique dun transformateur et les économies fiscales en période de réduction dactivité.
- Les successeurs sont les dirigeants qui nont pas participé à la création, à la reprise ou à la transformation car ils ont été élus à une période ultérieure. Ils sont dans une très grande majorité issus de lentreprise, disposant dune qualification et dune expérience en son sein relativement importantes. Un seul dirigeant rencontré provient dune autre entreprise (lucrative en sus), mais le faible vécu coopératif dans cette structure nentre pas en contradiction avec son profil.
Les salariés non-associés ne participent pas aux processus de décision. Lorsque des réunions ont lieu sur la stratégie globale de lentreprise, sur la répartition des résultats, sur lembauche ou le licenciement, les salariés non-associés ne sont pas conviés. Les portes des bureaux se ferment souvent à leur égard quand des associés discutent entre eux. Toutefois les Scop les plus militantes ont compris que ce type de cloisonnement risque daccentuer encore la coupure intergénérationnelle décrite précédemment, et proposent souvent aux salariés non-associés d'assister aux discussions comme auditeurs, notamment pour leur donner envie de pouvoir y prendre activement part en sassociant.
On remarque finalement que l'étude de la mobilisation des usagers dans le cadre de la coproduction de service n'est pas ici abordée, et cela pour deux raisons :
- d'une part, la majorité des Scop s'adressent à des "clients" ; aussi, lorsqu'il y a une coproduction de service, elle ne se distingue pas avec force d'évidence de la coproduction du secteur lucratif. Néanmoins, bien qu'elles s'adressent à des "clients" dans l'organisation même des structures et dans leurs stratégies, les Scop n'ont pas pour vocation de produire ce qui se vend ; il s'agit d'abord de l'association de travailleurs cherchant en priorité à valoriser sur le long terme leurs qualifications et leurs compétences ;
- d'autre part, pour des raisons d'homogénéité et de sens de la comparaison, nous n'avons pas voulu analyser les Scop ayant pour objet l'intégration et l'accompagnement de porteurs de projets (une seule parmi les 12 a cet objectif).
L'évolution vers la coproduction de service est davantage prise en compte dans le statut des SCIC, puisque l'association d'usagers est l'un des critères obligatoires, avec l'association de salariés, pour que la coopérative puisse exister.
(a2) La règle de groupement : l'association d'un homme disposant d'une voix
Le statut dassocié, lorsquil est demandé par un salarié, est généralement rapidement acquis, souvent au cours de la deuxième année de présence. La loi propose de laisser libre le choix d'association mais elle ne l'impose pas : elle reconnaît en effet que les statuts peuvent l'envisager autrement.
Deux raisons expliquent, dans notre échantillon, des statuts qui n'obligent pas à l'association avant une date butoir. La première est simplement la présence d'une faible vie coopérative : pourquoi obliger d'associer les salariés alors que la Scop est « mise en sommeil » ou qu'elle fait partie d'une stratégie de différenciation concurrentielle pour attirer les salariés par le statut fiscal des revenus ? La seconde est mise en avant par les associés grâce à une phrase qui est souvent revenue lors des entretiens : "un coopérateur, ça ne se décrète pas". Pour eux, l'association d'un coopérateur est la résultante d'un processus de réflexion personnelle, processus qui peut prendre plus ou moins de temps et qui doit laisser place à l'échec. Cette primauté à la "spontanéité coopérative" est souvent perceptible dans les modalités d'embauche du travailleur : les employeurs n'insistent généralement pas sur les statuts Scop lors de l'embauche car, disent-ils, leurs enjeux ne sont pas forcément compris avant d'être vécus. Le problème de l'association obligatoire est, pour eux, que le niveau de conscience n'augmente pas forcément du fait de l'association, qui peut simplement être perçue comme un "actionnariat financier".
Imposer au contraire aux salariés recrutés en CDI de présenter obligatoirement leur association entre, dans la majorité des cas, la première et la seconde année d'embauche, est une modalité d'association qui peut être retenue par des Scop très militantes. Comment les acteurs le justifient-ils, alors qu'il s'agit d'une infirmation partielle du principe de la "porte ouverte" remontant aux pionniers de Rochdale (1844) et aujourd'hui prôné par l'Alliance Coopérative Internationale ?
La raison le plus souvent évoquée est la suivante : forcer le "passage à l'acte" vers le statut d'associé s'avère nécessaire pour rompre les carcans d'une culture laissant de plus en plus la part belle à l'individualisme et à la fuite devant les responsabilités. Une fois le cap passé, les associés sont alors rassérénés en constatant que le seul changement opéré, au moins dans le premier mois, a lieu dans leur propre conscience, c'est-à-dire dans la nouvelle représentation qu'ils se font d'eux-mêmes au travail. Ce n'est que peu à peu, dans le cadre de la première AG ou des premières réunions entre associés, qu'on leur demandera de mettre en oeuvre leur statut en s'investissant dans de nouvelles responsabilités collectives.
Le salarié est d'ailleurs très tôt averti de ce "passage à l'acte forcé" puisque, lors de l'embauche, l'obligation d'association est anticipée par une présentation assez précise du statut coopératif et de la philosophie sociale liant participation, responsabilité collective, autonomie et démocratie.
Au-delà des modalités d'association, c'est le statut même d'associé qui structure le groupe de façon à le particulariser vis-à-vis d'autres groupes d'associés dans les entreprises lucratives par le fait que le poids démocratique de chacun ne se calcule pas au prorata des parts sociales détenues dans les Scop ; c'est l'expression du principe bien connu "un homme = une voix". Un associé n'est pas un actionnaire ; d'ailleurs la part sociale n'a pas les caractéristiques d'une action (et le terme d'action comme celui de dividende ne convient pas juridiquement à la part sociale) : elle est nominale et ne peut être valorisée. Bien sûr, le principe "un homme = une voix" ne se traduit pas concrètement par un égalitarisme strict au niveau de la décision ; certaines voix pèsent plus que d'autres, mais ce poids ne renvoie pas à la propriété ni (donc) à l'argent et au pouvoir mais plutôt à la compétence, à l'expérience et à l'autorité. Lorsque des associés (les créateurs et les plus anciens) disposent d'un capital social bien supérieur aux autres, c'est souvent l'expression du fait qu'ils feront les premiers les efforts pour éponger les pertes temporaires, et non l'expression d'une volonté de prise de pouvoir ; à C6 par exemple, les pertes sont ainsi imputées sur le capital et non sur les réserves. La détention d'un capital supérieur n'est donc pas forcément l'expression d'un désir d'enrichissement ; cela peut au contraire relater une réduction de revenu disponible dans un premier temps (par transformation en parts sociales sans qu'il y ait distribution d'intérêts) et dans un second temps une prise de risque de réduction du patrimoine ; même dans le cas d'une répartition inégalitaire du capital social, on peut donc être à l'opposé de la logique lucrative ! D'ailleurs, pour éviter tout excès de pouvoir, même inconscient, relatif à la proportion des parts sociales détenues par certains, des Scop mettent sur pied un système de blocage du montant de capital détenu ou une marge maximale entre le montant le plus faible et le montant le plus élevé. A C1, des paliers de 25 000 F sont respectés ; à C2, un délai de 3 ans de rattrapage pour les associés disposant d'un moindre montant de propriété est instauré.
(b) La règle de groupement des Scop est le siège d'une "dialectique coopérative" qui unit démocratiquement ses composantes "travailleurs-associés" plutôt que de les opposer ou de les disposer dans une relation hiérarchique déterminée par la détention du capital. Il s'agit d'une dialectique car la liaison repose sur un principe centrifuge de propriété privée ; mais cette dynamique est coopérative car l'appropriation privée est régulée par l'égalité unifiante des voix. Cette dialectique se démarque ainsi d'une autre dialectique, à consonance patronale, au sein de laquelle le principe unificateur est estompé, ou même éliminé, par l'exercice d'un véritable pouvoir de la part de la direction ou par une appropriation réglée selon la seule norme de l'enrichissement personnel.
Ces deux dialectiques sont des figures de "l'économie pure", si l'on reprend les termes de L. Walras ; ce sont des idéaux types issus d'un effort d'abstraction et servant à l'analyse comme points de repère. Ainsi, le fonctionnement d'une entreprise est représenté sur un schéma mettant en présence les deux dialectiques ; simplement, les Scop étudiées tendent plus ou moins vers l'un ou l'autre des types dialectiques, sans généralement se situer à l'extrémité gauche de l'abscisse.
( Le rapport entre les associés, propriétaires de l'entreprise
Dialectique coopérativeDialectique patronale
Associé
(1 homme = 1 voix((((((((1 action = 1 voix(Associé
Les variables qui permettent de repérer l'une et l'autre des dialectiques sont les suivantes :
1. la proportion des associés informe sur l'ampleur avec laquelle la règle coopérative peut potentiellement s'appliquer au sein des salariés
2. l'association obligatoire ou non renseigne notamment sur la force avec laquelle s'applique cette même règle si la proportion est élevée sans que l'association ne soit obligatoire - notons que l'évolution de l'emploi doit être considérée : une forte proportion d'associés peut provenir du licenciement des salariés non associés plutôt que de leur association
3. l'exhaustivité du principe "un homme = une voix" par l'absence ou la présence d'associé extérieur ayant des droits de vote proportionnels au capital social détenu, comme le permet la loi de 92
4. la proportion du capital détenu par les associés extérieurs, n'ayant pas forcément les mêmes objectifs que les associés salariés
5. le précédent indicateur est renseigné par la proportion d'associés extérieurs coopérateurs ou ex-coopérateurs, qui peuvent avoir la même stratégie que les associés-salariés
6. la concentration des parts sociales détenues, à enrichir d'une information sur l'historique de la concentration quand elle existe (les associés historiques peuvent soutenir à bout de bras la structure par leurs capitaux et non rechercher le pouvoir financier)
7. enfin, l'existence d'un système de blocage de la concentration de détention du Capital semble être l'un des indicateurs les plus pertinents de l'effectivité de la Règle de groupement coopératif.
L'application de ces critères à notre échantillon nous permet de dégager deux types de comportements ; le schéma précédent peut ainsi être utilisé avec une interprétation sous forme d'un curseur se rapprochant d'une dialectique coopérative ou d'une dialectique patronale :
( 1er type :
Curseur
Associé / Associé
(1 homme = 1 voix((((((((1 action = 1 voix
Parmi les variables de la Règle de groupement, les critères partagés de façon dominante par les entreprises de ce premier type ont les niveaux et les qualités suivants :
1. proportion des associés dans les CDI après un an : > 90% quelle que soit la taille
2. association libre
5. forte proportion d'associés extérieurs anciens coopérateurs : > 80%
6. faible concentration des parts sociales
La proportion d'associés est forte malgré une association libre, et la concentration des parts sociale est faible malgré l'absence d'un système de blocage de l'accumulation privée. Enfin, les anciens associés n'ont pas quitté l'entreprise en voulant se faire rembourser l'ensemble de leurs parts sociales, conservant ainsi une attache avec elle et aidant le renforcement de ses fonds propres.
( 2ème type :
Curseur
Associé / Associé
(1 homme = 1 voix(((((((1 action = 1 voix
Les critères partagés de façon dominante par les entreprises de ce second type ont les niveaux et les qualités suivants :
2. association obligatoire ; lorsque le taux de sociétariat est faible, cela retranscrit un turnover important des salariés (CDD et intérimaires par exemple)
4. inexistence d'associés extérieurs, les associés quittant l'entreprise voulant se faire rembourser toutes leurs parts sociales
6. forte concentration des parts sociales
1.2. Du Groupement de Personnes à l'Entreprise
(a) Selon C. Vienney, "les rapports entre les personnes et l'entreprise sont donc déterminés par la partie de leurs activités qu'elles organisent en commun sous cette forme : elles fournissent pour la constituer une quote-part équitable du capital nécessaire, et participent activement à son fonctionnement". La relation du GP vers l'entreprise est une relation causale qui fonde l'existence de l'entreprise sur une démarche particulière du groupe qui l'anime dans un projet socio-économique. Cette relation peut être qualifiée de "démocratie participative". Sa mise en uvre dans les Scop nous offre un support de définition particulièrement précis pour une notion faisant actuellement couler beaucoup d'encre.
La démocratie participative est la force ascendante qui légitime la capacité qu'ont quelques-uns (la "Direction") d'orienter le destin de la structure. Elle existe de par la Règle de groupement précédemment étudiée "un homme = une voix". Ce principe suppose, pour être appliqué, non seulement la présence d'Assemblées générales, mais aussi la communication bilatérale d'une information transparente. Pour cela, des modalités "physiques" sont mises en oeuvre (affichage, réunion, intranet, journal interne, mais aussi agencement de locaux ouverts), ainsi qu'une formation des salariés permettant la compréhension de ces informations (socio-économiques et financières principalement). Enfin, la démocratie participative suppose que les débats ne soient pas accaparés par quelque représentant de PCS "élevée", mais qu'un médiateur (DRH ?) sache activer la prise de parole par tous lors des réunions et, plus facilement parfois, lors des communications écrites.
La démocratie participative en acte tend à supprimer les rapports de pouvoir en légitimant les organes de direction au regard de la confiance que les associés leur attestent en connaissance de cause d'une information riche et transparente ; par ailleurs, elle réduit aussi l'étendue du domaine uniquement dévolu à la direction car certaines décisions sont prises en collectifs compétents ou en collectif général (AG).
Mais si les associés participent tous à plus de décisions qu'au sein d'une entreprise lucrative, cela ne veut pas dire pour autant, comme nous le verrons dans quelques lignes, qu'ils participent à toutes les décisions. De plus, il est aussi connu que la démocratie participative peut être source d'inertie, et notamment dans les Scop qui ont explicitement un objectif de transformation sociale ou au moins d'alternance sociale dans la structure. Ainsi, aux débats et réactions techniques viennent se greffer, voire s'entremêler, les arguments de philosophie sociale et de politique. Si "l'ennemi" (la firme lucrative et individualisante) n'est pas dénué de philosophie sociale, au moins une certaine instabilité continue, journalière, est-elle réduite soit par l'absence de débats (car le pouvoir impose son "point de vue"), soit par une extériorisation des débats entre les dits "partenaires sociaux".
(b) La démocratie participative est donc l'ascendant collectif donnant force et stabilité à la direction, c'est-à-dire permettant qu'un entrepreneuriat collectif se substitue au pouvoir patronal. C'est en cela qu'elle constitue effectivement la relation de GP vers E.
( La relation employeur
Dialectique coopérativeDialectique patronale
Employé
(Démocratie participative((((((((Subordination(Employeur
Les variables permettant de l'appréhender sont les suivantes :
8. le taux participation aux Assemblées Générales, à lier avec un déroulement hors ou dans le temps de travail
9. la représentativité des prises de parole au regard des PCS et compétences professionnelles
10. l'organisation de réunions hors réunions de production
11. le nombre de supports de communication interne
12. la fréquence d'utilisation de ces supports
13. l'effort ou non d'organisation des locaux pour la communication, comme l'abattement de cloisons, l'organisation sur un seul niveau ou la direction qui ne se situe pas en haut de l'entreprise
14. les salaires rendus publics manifestent un effort démocratique évident
15. la formation ou non des associés à la compréhension des infos économiques et financières de l'AG notamment
Deux comportements se dégagent :
( 1er type :
Curseur
Employeur / Employé
(Démocratie participative((((((((Subordination
8. le taux de participation aux AG, qu'elles soient normales ou extraordinaires, est de plus de 95%, même lorsqu'elles sont organisées en dehors du temps de travail
9. la représentativité des prises de parole est respectée, voire sollicitée
10. il existe plus de 12 réunions par ans hors production et AG
11. des supports de communication existent en proportions suivantes : 2 pour plus de 20 salariés, 3 pour plus de 30 salariés
15. les associés sont explicitement formés aux informations divulguées aux AG, notamment lors des réunions précédemment citées
( 2ème type :
Curseur
Employeur / Employé
(Démocratie participative((((((((Subordination
9. la représentativité des prises de parole n'est pas respectée
10. il n'existe aucune réunion hors production et AG
11. il n'existe aucun support de communication collective
13. il n'y a pas d'effort d'organisation des locaux facilitant la communication
14. les salaires ne sont jamais publics
15. les associés ne sont pas formés pour comprendre les informations divulguées aux AG
1.3. De l'Entreprise au Groupement de Personnes
La règle de groupement et la relation du groupement à l'entreprise que nous venons d'étudier font naître une structure aux fondements sociaux qui la distingue d'une entreprise lucrative nourrissant hiérarchie statutaire et propriétaire, ainsi qu'opacité de l'information.
La relation de E à GP est constituée quant à elle des modalités d'organisation du travail. Dans une entreprise lucrative caricaturée (vers le négatif), hiérarchie et opacité donnent lieu à un travail aux contenus et contenants imposés par la direction ; le salarié est hyper-responsabilisé vis-à-vis de l'exécution des directives mais déresponsabilisé au regard de possibles suggestions ou initiatives personnelles. Ce type de relation de E à GP émane explicitement de modalités de rémunération fortement hiérarchisées et privilégiant la rémunération de la propriété du capital sur le travail.
Dans une Scop elle-même caricaturée (vers l'idyllique), la relation d'Entreprise à Groupement est une forme particulière d'organisation (ou de management) du groupement de sociétaires en structure productive : l'entrepreneuriat collectif (a1). Ensuite le travail lui-même est tout autant la production d'une marchandise à vendre que la production sociale de l'homme qui l'effectue : le salarié-associé est autonome, polyvalent et acteur politique (a2). Il en découle enfin une forme particulière de rémunération du travail et du capital, ainsi qu'une action de prévoyance de l'Entreprise pour le Groupement (a3).
Voyons plus concrètement comment se définissent ces termes et quels types peuvent être extraits de notre échantillon.
(a1) L'entrepreneur collectif est une modalité de co-responsabilisation des associés vis-à-vis des décisions prises par la Direction, étant donné que ces décisions sont le fruit, en amont et en aval, de leur participation démocratique à la vie quotidienne de l'entreprise. Cette co-responsabilisation est un "subtil équilibre" de composantes, ce qui implique qu'il s'avère plus facile à définir qu'à mettre en oeuvre, alors que sa visibilité interne comme externe (notamment vis-à-vis des bailleurs de fonds) est tout à fait primordiale à la cohérence de son projet social.
L'entrepreneur collectif est constitué d'une Direction qui n'exerce pas un véritable pouvoir mais qui fait plutôt autorité parce que les associés légitiment cette direction dans le cadre d'une expression qui se veut la plus directe possible (et non uniquement représentative) :
La présence d'un pouvoir dans une entreprise est une marque de "l'ennemi" à laquelle s'opposent unanimement les coopérateurs rencontrés ; néanmoins, cette lutte ne doit pas conduire à la simple absence de pouvoir ou de toute autre forme de direction car cette absence est un facteur de désordre et d'inertie ; cela peut être le cas lors d'une reprise par des salariés de type ouvriers qualifiés du secteur industriel (nous avons déjà parlé de C10).
Au pouvoir, capacité à influencer autrui même contre son gré, se substitue donc l'autorité, ascendant permettant de prendre les décisions ayant des retombées directes sur l'ensemble du collectif. La présence d'une Direction (au sens large du terme) faisant autorité est l'un des facteurs-clés de la cohérence ou de la réussite de la démarche coopérative ; car cette autorité est le lieu d'expression d'un équilibre de forces (salariés/dirigeants) qui, plutôt que de s'épuiser dans une opposition infinie, dépassent l'opposition pour constituer l'entrepreneur collectif.
La Direction regroupe une minorité de personnes qui ont la capacité de prendre les décisions de "forte intensité collective" : licenciements, embauches, rachat, essaimage notamment. Ces décisions impliquent toute la collectivité, bien que celle-ci ne participe pas forcément à son entière production ni à sa mise en actes. Légitimée par l'ensemble des associés-salariés (soit car elle en émane, soit car il s'agit d'un dirigeant "lanceur" de Scop pour des reprises, ou même des créations), la Direction s'en démarque moins que dans une entreprise lucrative. Cela se constate sur la réduction du champ de décisions qui lui sont propres (par rapport à une entreprise lucrative) : comme on l'a déjà remarqué, la Direction est, par certains aspects qui peuvent cependant réduire sa visibilité externe, plus diluée que dans une entreprise patronale ; les embauches, les décisions d'investissement, les répartitions budgétaires par exemple se font plus collectives.
On pourrait alors penser que la réduction de la hiérarchie des salaires n'est qu'une conséquence légitime de ce partage de responsabilités. En fait, deux constats peuvent être effectués : d'une part le fait que les décisions soient plus collectives n'ôte pas forcément du travail au dirigeant ; c'est plutôt son contenu qui change, puisque apparaît le besoin d'une véritable compétence de management participatif notamment. D'autre part, nombre de dirigeants affirment simplement ne pas être rémunérés en tant que tels, mais seulement au regard de leurs qualifications professionnelles et de leur ancienneté ; ils se dégagent un temps de Direction sur leur temps de travail (ce qui semble plus facile à faire lorsque la Direction est plurielle : Directoire) ou disent faire à ce titre du bénévolat.
Ce type d'organisation de la direction n'a pas que des points forts. Nous avons déjà parlé du problème de visibilité externe, qui peut être réduite et gêner l'octroi de crédits, de la part notamment des banquiers, qui aiment savoir "qui décide" dans une entreprise, donc sur qui ils pourront influer le cas échéant. Le manque de professionnalisme des salariés-repreneurs est aussi souvent cité comme source d'inertie du projet coopératif, notamment dans le secteur industriel. On peut aussi ajouter, dans ce même ordre d'idées, les conflits ou incompréhensions potentiels de la nécessaire schizophrénie du nouveau travailleur-dirigeant, nouveau "supérieur" comme gérant mais toujours "égal" comme travailleur. Enfin, force est de constater, dans les entretiens monographiques, l'affirmation assez unanime d'une corrélation forte entre la taille de la structure et la difficulté de mettre en place la coopération ; le nombre de personnes au-delà duquel un déficit de communication et de coopération apparaît tourne, selon les acteurs, autour du chiffre 15. L'expérience de C4 est doublement intéressante à ce sujet : c'est en effet dans les 2 "scopettes" de faible taille que le vécu coopératif apparaît le plus évident. Par ailleurs, la taille croissante de l'entreprise amène les dirigeants à constamment repenser son organisation, la divisant en structures autonomes pour faire perdurer la démocratie en leur sein ; néanmoins, c'est la démocratie de la firme elle-même qui est touchée (encore plus aujourd'hui, mais peut être seulement momentanément, du fait du rachat d'une autre firme) : un certain regard critique entre scopettes est tout à fait palpable dans les entretiens.
(b1) L'entrepreneuriat collectif est donc l'une des formes prises par la relation travailleur-associé/dirigeant ; l'autre forme, son pendant lucratif, est la direction patronale :
( Le partage des pouvoirs
Dialectique coopérativeDialectique patronale
Travailleur associé
Entrepreneur collectif
(autorité +co-responsabilité)
(
Entrepreneur patronal
(pouvoir +responsabilités individualisées)(((((((((Dirigeant
Les indicateurs permettant de l'appréhender sont les suivants :
16. présence d'une ou plusieurs subdivision(s) statutaire(s) de la direction, telle que des directeurs ou des responsables d'équipes. Ces subdivisions permettent d'éviter une monopolisation de la direction
17. la représentativité des CA / CS / Directoires par rapport aux PCS associées
18. un "bénévolat" de la Direction
19. des modalités d'embauches collectives (faisant participer l'ensemble de l'atelier ou de l'équipe qui sera intégrée par exemple)
A nouveau, deux types de comportements sont repérables :
( 1er type :
Curseur
Travailleur associé / Dirigeant
(Entrepreneur collectif((((((((Entrepreneur patronal
16. les subdivisions de la Direction sont de 1 pour 10 salariés (généralement un Directeur de production), 2 pour 20 et 3 pour 30 et plus : à C4 par exemple, figure type d'une organisation décentralisée, existent des responsables de départements, une secrétaire générale et une administratrice en plus du Directoire et de son président
17. un effort de représentativité des organes collectifs de Direction est explicite dans les grandes entreprises : près de 80% des PCS sont représentants au sein du CA ou du Directoire
19. les embauches sont in fine (après un premier tri opéré à deux par le gérant ou le président et le responsable d'équipe) effectuées par l'ensemble de l'équipe d'accueil
( 2ème type :
Curseur
Travailleur associé / Dirigeant
(Entrepreneur collectif((((((((Entrepreneur patronal
16. la direction est contrôlée par un, deux individus au plus
18. la direction ne dit jamais faire du bénévolat
19. l'avis de l'équipe d'accueil n'est pas sollicité lors des embauches
(a2) L'autonomie, la polyvalence des salariés et leur éveil politique
L'autonomie n'est pas synonyme d'indépendance. Les projets professionnels des associés gagnent du sens, dans une Scop, parce qu'ils peuvent être parties constituantes d'un projet collectif. L'autonomie du salarié est étroitement liée à l'exercice de ses responsabilités d'associé, c'est-à-dire de partie prenante de l'entrepreneuriat (même s'il ne participe pas directement à la direction). Etre autonome signifie ne pas subir l'imposition des directives dans sa pratique professionnelle, sans pour autant que cela ne conduise au détachement ou à l'indépendance. Responsable de l'entreprise dans laquelle il exerce, à qualifications identiques le salarié associé est responsable plus en amont et en aval de sa production que le salarié non associé. Cela est d'autant plus visible pour les coopérateurs du secteur industriel et du BTP. A C8 par exemple, le photograveur participe à la conception et à la distribution (rencontre du client) ; cela l'amène à accroître son champ de compétences tout en restant dans le cadre de sa qualification (savoir parler à un client, être sûre de soi, personnaliser le produit
). Par ailleurs, la confiance collective gagne en puissance lorsque, par exemple, les associés se trouvent sur des chantiers loin de la Direction ; celle-ci ne peut plus exercer une pression psychologique de vérification, et la responsabilisation de l'associé implique ainsi que cette pression n'est pas nécessaire.
Mais l'associé peut aussi développer son champ de compétences au-delà de sa qualification et de son poste. Il devient polyvalent.
La polyvalence d'un salarié lui permet d'acquérir un savoir-faire plus diversifié, de sorte que son travail gagne en intérêt, notamment dans les métiers les moins qualifiés. Afin que la polyvalence ne soit pas perçue comme une mesure de pure flexibilité, afin que le salarié ne se considère pas comme un "bouche-trou", comme cela a pu se produire à C9 lorsque la direction a pris le parti de flexibiliser le processus de production, une démarche explicite de présentation des atouts de la polyvalence pour le travailleur et la structure est mise en place à C8 et C4.
Nombreux sont les salariés à avoir mis l'accent aussi sur le fait que la polyvalence leur apporte une prise de conscience du fonctionnement de l'entreprise comme système complexe, conscience sans laquelle les discussions d'orientation économique et financière impliquant les associés risquent de tourner vers des propositions à visée partielle et des oppositions à teneur partiale. C'est l'une des causes (déplorée par les coopérateurs ou mise en exergue par ses détracteurs) de l'inertie des Scop dans le domaine de la décision stratégique qui peut ainsi être réduite par le développement de la polyvalence lorsqu'elle induit la conscience que les contraintes sont collectives, et non subies par quelques-uns seulement.
Plusieurs responsables de coopératives estiment que la Scop est un lieu d'éveil politique. Le terme politique, lorsqu'il est utilisé par les coopérateurs, ne renvoie pas, de prime abord, aux "partis politiques" ou à la "politique politicienne". Le politique, cest pour eux, plus généralement, un mode de gouvernance d'une société impliquant les acteurs gouvernés dans le cadre d'une démocratie représentative ou participative ; c'est la prise de conscience des responsabilités collectives, que l'on soit à l'origine de l'élection des gouvernants ou que l'on soit gouvernant soi-même. Ainsi, dans une Scop, l'éveil politique est avant tout une sollicitation, voire une éducation aux responsabilités collectives par le biais de l'activation d'une démocratie participative et d'un entrepreneuriat collectif. Y sont aussi inclus une simple motivation à la prise de parole, aux débats régulés, à l'écoute de l'autre, à la défense et à la communication de ses idées ou de ses propositions.
Les variables relatant ces spécificités :
20. le degré d'autonomie des salariés relativement à une entreprise lucrative du même secteur et de même taille
21. le degré de polyvalence des salariés relativement à une entreprise lucrative du même secteur et de même taille
22. l'inscription ou non d'associés dans un réseau Scop
23. la collaboration ou non avec d'autres producteurs de l'ESS
24. la réalisation de stages coopératifs
25. enfin, l'éveil politique prôné dans certaines coopératives apparaît dès l'embauche car militance et conséquence politique des statuts sont présentés explicitement
(b2) Les types de comportements relevés :
L'autonomie, la polyvalence et l'éveil politique du travailleur sont des qualités qui relatent une compétence socioprofessionnelle spécifique. Cette compétence est un atout des Scop, car elle leur apporte une faculté adaptative dont ne disposent peut-être pas les firmes classiques.
Face à cette compétence humaine se trouve la logique technique de l'entreprise et son objectif d'efficacité productive.
La relation entre compétence humaine et efficacité productive forme la structure dialectique de l'entreprise que nous représentons dans le schéma relatif à ce paragraphe. Cette relation peut conduire à une dialectique patronale lorsque la compétence est une préoccupation de second ordre derrière l'efficacité productive : c'est la firme taylorienne ou néo-taylorienne (dans les services) qui met laccent sur une aseptisation technico-productive de l'homme au travail.
( L'organisation du travail
Dialectique coopérativeDialectique patronale
Efficacité de la firme
Souplesse socio-productive
(
Rigidité productive(((((((((Compétence socioprofessionnelle
La "souplesse socio-productive" est une importante qualité des coopératives. Il s'agit de pallier un certain manque de réactivité liée à la démocratie participative par une capacité d'adaptation de la Scop venant de la diversité des suggestions ainsi que de la polyvalence des travailleurs. A cette souplesse socio-productive s'ajoute une "souplesse financière" (cf. le paragraphe suivant sur la rémunération et la distribution du résultat net) permettant d'aplanir tant les creux d'activités que les périodes de forte croissance grâce à une gestion favorisant la pérennité de la structure sur la recherche du profit ou l'acceptation rapide de l'échec. Ces deux aspects de la souplesse des Scop (socio-productive et financière) seront analysés plus en détails dans le § 3.
( 1er type :
Curseur
Efficacité / Compétence
Souplesse socio-productive
(
Taylorisme ou néo-taylorisme((((((((
Les deux types sont assez bien marqués : soit l'ensemble des critères sont positifs, soit ils sont à 90% négatifs. Dans le cadre du premier type, seule l'inscription de membres de la coopérative dans le "réseau Scop", tel qu'être membre du CA de l'UR, fait parfois défaut ; cela n'est pas dû à un problème de crédibilité des instances mais, aux dires des coopérateurs, à un manque de temps.
( 2ème type :
Curseur
Efficacité / Compétence
Souplesse socio-productive
(
Taylorisme ou néo-taylorisme((((((((
Ce type apparaît de façon assez évidente : aucun des 6 critères précédemment cités n'est généralement présent ; au mieux, un seul critère est positif, à savoir bien souvent la réalisation du stage coopératif (B) par l'encadrement uniquement.
(a3) La rémunération du travail, de la propriété du capital social et la prévoyance
Il est bien connu que l'une des caractéristiques des Scop (comme toute entreprise d'ESS) est la présence d'une hiérarchie des salaires relativement écrasée par rapport aux entreprises lucratives. Les monographies confirment cela, mais elles nous apprennent aussi qu'il est opportun de croiser la hiérarchie des salaires avec la hiérarchie des qualifications, notamment parce que les PCS sont parfois très homogènes dans les Scop du tertiaire. C'est le cas par exemple à C3, où une hiérarchie des salaires de 1 à 1,6 ne retranscrit en fait que la présence de PCS homogènes. A C4 par contre, les qualifications vont du manutentionnaire à l'ingénieur, avec une hiérarchie des salaires de 1 à 3.
Cet écrasement des salaires peut être décomposé en trois modalités :
- Faiblesse notable des salaires des dirigeants par rapport à ce qu'ils toucheraient dans un cadre lucratif. Ceci conduit à un problème connu de recrutement de cadres dirigeants et à une motivation parfois uniquement liée au statut de salarié (cotisant au chômage et à la retraite) du gérant pour les Sarl.
- Relèvement notable des salaires pour la main d'oeuvre la moins qualifiée.
- Equivalence ou léger retrait des salaires des travailleurs qualifiés et non-cadres par rapport au marché.
Cet écrasement de la hiérarchie des salaires se justifie par la présence de l'entrepreneur collectif, attribuant aux salariés un certain nombre de décisions qui sont de la sorte une responsabilité de moins pour le ou les dirigeants statutaires. Mais l'esprit de militance vient aussi justifier cet écrasement, au regard de ses perversions relatives au pouvoir et au lucre dans certaines entreprises non coopératives.
Néanmoins, au-delà du salaire, il s'agit de considérer l'ensemble de la rémunération des salariés et associés pour se faire une idée de la portée de la militance dans les Scop. Or, là encore, sous les mêmes apparences, une réalité peu homogène liée à des contraintes diverses implique de rester prudent avant de tirer des conclusions trop radicales.
Prenons ainsi les critères retranscrivant la part variable de la rémunération. On sait que, dans les entreprises lucratives, le capital variable étant souvent, comme son nom l'indique trop, la variable d'ajustement, l'EBE est accru en utilisant des modes de rémunération liés à la distribution du Résultat net. Or dans les Scop, la part variable peut atteindre 30% de la rémunération, un niveau équivalent aux firmes lucratives qui procèdent ainsi. Néanmoins, deux attitudes sont à relever : la première est soit une pratique comptable permettant de réduire les cotisations patronales par l'intéressement et la rémunération des parts sociales (comme cela a lieu à C5 qui vient de passer d'un système de prime à un système d'intéressement pour cette seule raison), soit un moyen d'attirer le salarié en cas de pénurie de main d'oeuvre (C11 l'utilise ainsi dans un secteur très concurrentiel) ; la seconde est vécue négativement, comme à C2, justifiant cette part variable importante comme un manque de prise de risque du fait de la faible réactivité et de la fragilité financière de la structure en cas de retournement du marché ; l'augmentation du salaire (fixe) est dans ce cas explicitement l'un des premiers objectifs des dirigeants, dès lors que les comptes seront assainis.
Si l'on regarde plus en détail les composantes de cette partie variable, on constate que les Scop qui participent des premiers profils précédents (que nous appellerons "Scop militantes") utilisent souvent conjointement les primes et l'intéressement ; les premières sont chargées, le second ne lest pas et procure des avantages fiscaux. Il est à ce sujet notable que les firmes créées par des acteurs militants favorisent le système de primes, tandis que les successeurs moins militants transforment systématiquement les primes en intéressement.
Enfin, la ristourne est généralement fixée à son minimum légal pour les Scop les moins militantes, et à plus de 40% pour les autres ; par ailleurs, dans les premières elle est calculée en tout ou partie par rapport au salaire, dans les secondes en totalité par rapport au travail effectué.
La rémunération des parts sociales forme l'un des points névralgiques des Scop, tout du moins de leur démarcation vis-à-vis du lucratif. En effet, si l'on retient la définition non critique du lucre et du lucratif (profit, rémunération de la propriété du capital), alors les Scop (comme les autres coopératives) s'avèrent "moins lucratives" et pas "non lucratives". Ce point névralgique est plus manifeste depuis que la loi de 1992 (modifiant dans son titre IV la loi de 78) ôte la limite de rendement des parts sociales pour les Scop. Les intérêts dévolus aux parts sociales sont limités en masse (impossibilité légale de dépasser la part du résultat net distribué en ristourne et la part conservée en réserves, soit 33,3%), non plus en taux. Lorsque les coopérateurs critiquent le lucratif, ils le font en faisant référence à la recherche avide de gain ; les Scop seraient ainsi non lucratives car elles ne participent pas à cette recherche. Or, ici encore, diverses pratiques ressortent des monographies. Cette fois, ce ne sont pas deux, mais trois profils qui se démarquent : aux extrêmes, nous retrouvons d'une part les Scop qui, volontairement, ne distribuent pas d'intérêt ou qui limitent leur rendement au taux des obligations privées, comme les autres coopératives ; à l'autre extrême sont présentes certaines structures qui utilisent un rendement de près de 40% (niveau validé lors des révisions coopératives) pour former un complément appréciable de rémunération et même attirer les salariés par ce biais ; entre les deux se trouvent finalement la majorité des Scop de notre échantillon, avec un rendement proche des 15% fustigés par les critiques des dérives capitalistes. Le plus important est qu'il apparaît dans le cadre des Scop que ce rendement de 15% n'est pas forcément incompatible avec une gestion démocratique et assez égalitaire de l'entreprise.
Disons enfin quelques mots sur une forme de rémunération en nature : la prévoyance.
Du point de vue des considérations financières, la prévoyance peut prendre 3 formes. Il s'agit soit, classiquement, de la souscription ou de l'abondement à une mutuelle de santé pour les salariés, soit de la présence d'une caisse de solidarité, dotée par la distribution d'une partie du Résultat net, soit enfin de l'octroi de prêts à taux nul sur la trésorerie de l'entreprise.
L'effort de prévoyance réalisé par les Scop envers leurs salariés est souvent plébiscité par les associés ; ceux qui connaissent l'histoire de l'ESS font même référence à l'existence des sociétés de secours mutuel pour insister sur le fait que la prévoyance est à la racine de l'économie sociale. Bien sûr, la présence de la prévoyance n'est pas, en elle-même, une spécificité des Scop ; ce qui les caractérise c'est l'objectif de son existence : elle est présentée non comme un souci "d'entretien de la force de travail" mais plutôt comme une démarche humaniste et mutualiste d'aide à l'égard d'un coup dur subi par les plus démunis dans l'entreprise.
(b3) L'interaction et le risque de glissement qui existent entre rémunération du travail et du capital peuvent à nouveau être représentés par un schéma des dialectiques :
( Répartition des revenus
Dialectique coopérativeDialectique patronale
Rémunération du travail
Logique complémentaire
(
Logique lucrative(((((((((Rémunération du capital
La logique lucrative privilégie la rémunération de la propriété au détriment de la rémunération du travail. La logique complémentaire peut prendre 3 formes en fonction de la dynamique conjoncturelle de l'entreprise : en temps de croissance, la hausse concomitante des deux types de rémunération dans la VA démontre financièrement que la pratique de l'entrepreneuriat collectif est une association cohérente du capital et du travail ; en temps de crise, le salaire est conservé et c'est la rémunération du capital qui est annulée pour faire perdurer la structure ; en temps de fragilité, la rémunération fixe est réduite et la rémunération variable permet d'accuser les soubresauts des ventes.
La cohérence qui existe entre ces trois formes, qui plus est utilisables par une seule et même Scop dans certaines périodes de son existence, renforce la notion de "souplesse collective" que nous avons déjà abordée.
Les variables sont les suivantes :
26. la hiérarchie des salaires à comparer à la hiérarchie des qualifications
27. la part de la rémunération variable dans l'ensemble du revenu
28. le rendement de la part sociale
29. la proportion de la ristourne dans le Résultat net
30. la proportion de la rémunération des parts sociales dans le Résultat net
31. le mode de calcul de la participation salariale (temps de travail/salaire)
32. la présence ou non d'une caisse (interne) de prévoyance, de retraite
33. la participation à une mutuelle pour les salariés
34. la participation à l'Union Sociale des Scop
Les deux types ont déjà été brossés au cours des développements précédents :
( 1er type :
Dialectique coopérativeDialectique patronale
Rémunération du travail / du capital
Logique complémentaire
(
Logique lucrative(((((((((((Rémunération du capital
Les spécificités apparaissent à 4 niveaux :
26. la hiérarchie des salaires est volontairement écrasée, inférieure à 1-3 pour une Scop disposant de PCS allant du niveau CAP-BEP à Bac+4
28. le rendement des parts sociales est volontairement égal à celui des obligations privées, comme il en est dans les autres coopératives
29. la ristourne compose près de 40% du Résultat net, avec au minimum une partie pondérée au temps de travail (31)
30. la rémunération des parts sociales compose moins de 20% de ce même Résultat
32. l'entreprise cotise entièrement à une mutuelle pour les salariés
Si la variable 27 est importante, son origine doit être précisée ; dans ce type de comportement, elle relève généralement d'une modalité rendue aussi temporaire que possible de lutte contre une baisse d'activité.
( 2ème type :
Dialectique coopérativeDialectique patronale
Rémunération du travail / du capital
Logique complémentaire
(
Logique lucrative(((((((((((Rémunération du capital
26. la hiérarchie n'est pas volontairement écrasée, les associés le reconnaissent d'ailleurs clairement
27. la part variable du revenu est depuis toujours importante
28. le rendement des parts sociales dépasse 30%, et une publicité est faite à ce sujet lors de l'embauche
30. la rémunération des parts sociale dépasse 30% du Résultat net
31. la ristourne est pondérée au salaire
32. la prévoyance est inexistante ou, au mieux, constituée d'un abondement à une mutuelle, ce qui n'est pas une spécificité coopérative
1.4. L'Entreprise : une structure faite pour pérenniser les emplois
(a) La règle propre à l'entreprise que relève C. Vienney est celle "qui garantit que la partie des résultats qui n'est pas répartie entre les membres donc qui est réinvestie dans l'activité de l'entreprise elle-même ne pourra plus faire ultérieurement l'objet d'un partage". Ce principe "d'impartageabilité des réserves" est, selon le Guide Juridique des Scop, "aussi célèbre dans le milieu coopératif que mal interprété". Il affirme qu'en cas de liquidation ou en cas de départ (démission ou exclusion), l'associé ne peut avoir droit qu'au remboursement de ses parts. Cette règle incite les associés à ne pas revendre, liquider ou quitter leur entreprise dans le but de valoriser son actif net ; ils ne peuvent non plus subir une OPA. Cette règle, de plus, conduit à interdire l'incorporation des réserves (impartageables) au capital (re-partageable), procédure courante dans les sociétés classiques.
Il nous semble nécessaire, afin de bien saisir la dynamique impulsée par l'impartageabilité des réserves, de la coupler avec les obligations légales régissant la répartition des excédents. Si, d'un côté, l'associé n'est pas incité à valoriser son actif, d'un autre côté (renforçant par là même ce qui précède) la coopérative est obligée, chaque année, d'une part de verser une fraction au moins égale à 15% des excédents nets de gestion à la réserve légale, et d'autre part de doter le fonds de développement : le statut même des Scop privilégie ainsi la pérennité de la structure employeuse de travail plutôt que la structure génératrice de rémunération du capital. Ce dernier point est encore renforcé pour deux raisons : d'une part il n'est pas obligatoire de prévoir une rémunération des parts sociales, d'autre part la loi restreint doublement la rémunération des parts sociales : le total des intérêts ne peut excéder, chaque année, ni le total des dotations aux réserves, ni les sommes allouées aux salariés en ristourne.
Ces deux types de règles juridiques apparaissent dans les entretiens comme étant les règles écrites qui parviennent le plus à normaliser l'espace de coopération. Impartageabilité des excédents et répartition des excédents forment donc les règles propres à "l'Entreprise Scop", tandis que les autres règles précédemment décrites, hormis peut-être le principe "un homme = une voix", participent plutôt de l'oralité, de la coutume, de l'éthique ou de la politique quant à leur existence même ou à une formulation laissant place à l'interprétation. Les règles propres à l'Entreprise normalisent l'espace d'expression du groupe des acteurs qui l'animent en l'incitant de façon assez directive à privilégier la pérennité de leur action dans cette structure, du fait même qu'ils privilégient la pérennité de celle-ci sur le rendement du capital investi. Cela revient, en d'autres termes, à prôner une pérennité des emplois.
La volonté de stabiliser les salariés dans leur emploi n'est pas, et ne peut pas être réduite à un souci de pérenniser le poste d'un individu. La non-valorisation de l'actif net, sa dévolution désintéressée en cas de liquidation produisent explicitement un comportement de gestion des ressources humaines à visée plus longue : comment pérenniser un poste et la structure qui l'abrite ? Bien sûr, tout chef d'entreprise "classique" se pose la même question. Mais dans les Scop on rencontre cette interrogation comme premier souci (et non comme premier souci comment satisfaire les actionnaires, la demande
), et sans priorité de la structure sur l'emploi : les deux sont interdépendants, la structure n'existerait pas sans les hommes qui l'ont construite et qui l'animent selon un objectif d'intérêt collectif. De plus, dans les Scop, cette priorité à l'emploi liée aux règles d'impartageabilité et de répartition des excédents est exprimée explicitement sous différentes formes, dont la plupart ont déjà été repérées et mises en exergue par C. Vienney :
Priorité intragénérationnelle à l'emploi
C'est l'embauche effectuée en CDI, avec utilisation des CDD pour la période d'essai ou pour des remplacements de congé maternité par exemple. C'est aussi la formation d'une personne non qualifiée ou non compétente, alors qu'une structure classique l'aurait licenciée ; la conviction est ici que l'on forme un coopérateur autant qu'un travailleur, un bon coopérateur mais piètre travailleur étant mis à égalité avec un bon travailleur mais piètre collaborateur.
Priorité intergénérationnelle à l'emploi
Cette priorité comporte deux volets : d'abord former des héritiers coopérateurs (en plus des héritiers professionnels) pouvant faire perdurer le management coopératif composé par les points précédents. C'est ensuite mettre l'accent sur la stabilité financière de l'entreprise ; développer les réserves impartageables avant le capital social en forme un exemple (imputation des pertes sur le capital et non sur les réserves). C'est à ce titre que s'exprime la mutualisation des risques encourus ; les plus anciens acceptent par exemple (donnent l'exemple) une réduction de salaire, un renflouement des fonds propres sur leurs deniers ou préconisent l'imputation des pertes au capital social plutôt qu'aux réserves.
Priorité à l'emploi local
La pérennité des Scop et leur appartenance majoritaire aux mains des travailleurs en font des structures qui ne se délocalisent pas loin : changements de siège ou datelier au sein dune même agglomération. Elles dynamisent ainsi sur le long terme l'emploi local et sont de ce fait des acteurs du développement local. Cela est une caractéristique que n'oublient pas de rappeler les coopérateurs établis dans des zones plutôt rurales.
Bien que de moins en moins positionnées sur les secteurs de l'industrie et du BTP, les Scop rencontrées, qu'elles appartiennent au secteur du BTP, de l'industrie ou des services, conservent trois priorités de gestion et de management, relevées par C. Vienney durant les années 70, qui sont 3 formes spécifiques de régulation de l'emploi dans les Scop :
" Priorité à la production sur la distribution"
Les Scop du tertiaire se font aussi bien à l'adage "bien produire et vendre, et non produire ce qui se vend". Les associés sont réunis en fonction de compétences partagées et/ou complémentaires, compétences qu'ils ne peuvent mettre "adéquatement" en oeuvre dans le secteur lucratif pour des raisons qu'il nous faudra éclaircir. La réunion se fait en priorité autour de ces compétences, et non autour d'un produit à vendre et qui nécessite ensuite la recherche ou l'acquisition de compétences pour fabriquer.
Cette priorité peut être appréhendée à plusieurs occasions. Dans les entreprises ayant divisé le secteur distribution et le secteur production, le dénigrement du premier secteur par les agents de la production est manifeste. D'autre part, aucun gérant ou dirigeant rencontré n'est issu du domaine commercial ; lorsque le dirigeant adosse la responsabilité commerciale, c'est parce qu'il est la figure de proue de l'entreprise au regard des clients, non parce que le côté commercial est valorisant. On peut ainsi assister au renouvellement de la "mise à distance" (plus qu'une véritable scission) col-blanc/col-bleu dans les Scop. Cet éloignement prend un autre aspect lorsque l'entreprise est formée de professions autonomes, ex-libérales : chacun (architecte, ingénieur) étant producteur et commercialement responsable de son projet, la priorité de la production sur la commercialisation est perceptible dans les discours : la vente intéresse peu (sujet de tracasseries humaines et juridiques), ce qui corrobore dans le tertiaire l'idée de Vienney selon laquelle les acteurs se réunissent avant tout autour d'un métier, et non d'un produit à vendre. Notons enfin que la "mise à distance" entre groupes sociaux, lorsqu'elle existe dans ces mêmes types d'entreprise, porte non sur les commerciaux mais sur les administratifs.
" Priorité à la qualification professionnelle sur le capital"
Le capital est ici à entendre non comme poste du Passif du Bilan, mais au sens des immobilisations. Nombre de dirigeants présents depuis plus de 15 ans dans l'entreprise ont dû s'adapter et adapter leur structure à l'augmentation de la concurrence et à l'internationalisation des marchés. Ils font alors part de ce qu'ils vivent l'augmentation des immobilisations par investissement ou rachat d'autres firmes comme une contrainte pour survivre et non comme un but en soi. L'accent est d'abord mis sur le savoir-faire des associés, sur leur formation professionnelle mais aussi coopérative, avant l'achat de machines innovantes ou augmentant les capacités de production pour couvrir de nouvelles parts de marché.
" Priorité à l'investissement favorisant le métier sur l'industrialisation"
En corollaire avec le point précédent et dans le cadre de la volonté de pérenniser les emplois, les Scop privilégient l'amélioration des outils de travail et non la réduction du capital variable par robotisation. Cet investissement est cependant réalisé après avoir mis l'accent sur un effort de formation ; la qualité du travail est considérée comme étant supérieure aux concurrents lucratifs, mais les coopérateurs ne cachent pas le revers de la médaille : ils ont parfois été pris de vitesse par des concurrents qui ont investi avant eux dans un matériel réduisant les coûts unitaires ou augmentant leur champ de compétence (les imprimeurs font aujourd'hui de la conception). Néanmoins, sachant cela, les Scop investissent très peu dans ce même objectif d'accroissement du champ de compétence ou de diversification ; les achats de matériels visent toujours à accentuer la qualité du travail effectué, tout du moins à conserver un rapport qualité/prix compétitif.
(b) Au final, la relation de lhomme à loutil de travail peut prendre deux formes. Une forme lucrative au sein de laquelle le travail est au service du capital, ce qui conduit notamment à flexibiliser le temps de travail pour produire en continu, ou encore à substituer du capital au travail par la robotisation. L'autre forme consiste à associer l'homme et loutil de travail dans un objectif d'amélioration de l'outil de travail, profitant autant au travailleur (hausse de ses compétences et amélioration des conditions de travail) quà l'entreprise (amélioration de la productivité).
( L'homme et loutil de travail
Dialectique coopérativeDialectique patronale
Lhomme
Défense de lemploi et
amélioration de loutil de travail
(
Flexibilité du travail et
substitution du capital au travail(((((((((La machine
Les variables :
35. proportion des emplois typiques et atypiques
36. importance des dépenses de formation dans la valeur ajoutée
37. fonds propres par salarié, à comparer avec la VA par salarié
38. imputation des pertes au Capital Social plutôt qu'aux Réserves
39. proportion du résultat mis en Réserves
40. effort passé ou présent sur les rémunérations pour maintenir les emplois
Deux types de comportements apparaissent dans l'échantillon :
( 1er type :
Curseur
Homme / Machine
Défense de lemploi et
amélioration de loutil de travail
(
Flexibilité du travail et
substitution du capital au travail((((((((
Ce premier type se caractérise par la validation de l'ensemble des critères, avec :
une proportion de CDI dépassant les 85% des salariés
des fonds propres par salarié supérieurs à 10 000 Euros
une imputation prioritaire des pertes au capital
une proportion du résultat net mis en réserve approchant les 40%
( 2ème type :
Curseur
Homme / Machine
Défense de lemploi et
amélioration de loutil de travail
(
Flexibilité du travail et
substitution du capital au travail((((((((
Le second type renvoie à des entreprises qui, en cas de pertes durables, recherchent à conserver intact leur capital social plutôt que leurs réserves. Les Scop excédentaires qui font partie de ce profil disposent de fonds propres par salarié importants (le critère 37 est donc validé) ; mais ce ne sont pas les réserves qui sont favorisées (ni, par ailleurs, la ristourne) mais le capital social (avec possibilité de transformer la ristourne en parts sociales) et la part du résultat allant à la rémunération des parts sociales.
2. La spécificité des Scop : la souplesse fonctionnelle
La "souplesse" (de l'organisation) des Scop, que l'on peut opposer à la "flexibilité" (du travail) promue par les entreprises patronales, se constate d'une part dans leur capacité à assumer, sans rien perdre de leurs spécificités, la tertiarisation de l'économie (§ 3.1) et d'autre par dans leur faculté à gérer les "difficultés économiques" tout en gardant comme priorité de faire perdurer les emplois et la structure (§ 3.2). Cette souplesse consiste à articuler les variables statutaires, financières et d'organisation du travail notamment ; il en résulte qu'elle ne donne pas lieu à un seul profil d'entreprise ; dans notre échantillon, 4 profils se distinguent en fonction des objectifs adoptés et des moyens mis en uvre pour les atteindre (§ 3.3).
2.1. La souplesse face à la tertiarisation et à l'individualisation des rapports économiques
C. Vienney, reprenant en cela G. Fauquet, estime que la formation d'une coopérative ne provient pas d'une volonté de défendre des positions acquises (c'est l'objet du syndicalisme) ; une coopérative est un groupement de producteurs-travailleurs qui a besoin (et qui en a les compétences professionnelles) de réorganiser son accès au marché déstructuré (bloqué ou dominé) par les producteurs et distributeurs capitalistes agissant comme des intermédiaires nocifs tant pour le salarié que pour le consommateur.
Lessor du secteur coopératif dans le tertiaire (service aux entreprises, culture, architecture, agencement, services aux particuliers
), déjà perçu par l'auteur au début des années 1980, nous amène à réinterroger cette affirmation basée sur la régulation économique valant jusqu'à la fin des années 60. Il semble en effet que les monographies fassent apparaître qu'il n'est plus possible de percevoir la formation de ces entreprises comme étant seulement une réponse à la contradiction mise en avant par C. Vienney entre socialisation des forces de production et appropriation privée (plus-value et profit). Tout du moins, force est de constater qu'il s'agit là de métiers qui n'ont pas forcément vécu la séparation de la propriété de leurs moyens de travail ; l'explication de la réorganisation sous forme coopérative ne peut plus faire appel au seul principe d'aliénation du travailleur.
Que nous apprennent les monographies sur les motifs de création ou de transformation donnant naissance à une Scop dans le tertiaire ?
Dans le tertiaire, les cinq spécificités précédemment citées jouent encore dans un objectif de permettre ainsi l'émancipation (réduire l'aliénation) vis-à-vis de l'outil de production, pour les travailleurs issus de cabinets (conseils, consultants, architectes
) comme pour les travailleurs indépendants dont l'exercice est bloqué par l'existence de ces gros cabinets ; néanmoins, certains n'ont pas vécu cette aliénation (dans les coopérateurs rencontrés, nous faisons référence à certains architectes, consultants, formateurs, artistes et ingénieurs) ; l'aliénation n'est pas existante, puisque l'outil de travail leur est grandement consubstantiel. Ils se réunissent pourtant sous forme coopérative, mais il s'agit de moins en moins d'une réorganisation pour se réaccaparer la structure productive. Ce qu'ils prônent, c'est plutôt une réorganisation pour produire et vendre "autrement". Autrement ?
L'ennemi désigné par les Scop du tertiaire que nous avons pu rencontrer est en effet désormais autant le lucre et ses travers que l'individualisme au travail. En cela, on constate fort bien que l'étude des Scop ne peut se contenter d'une analyse purement intérieure de l'organisation du travail car, en tant qu'acteurs marchands, elles évoluent au gré ou en considération de l'évolution de l'économie marchande dominée par la gestion capitaliste ; l'évolution récente de cet environnement, qui elle-même fait évoluer les Scop, peut être brossée à grands traits.
Le développement du capitalisme actionnarial et la flexibilisation du travail ont fait voler en éclats le processus de socialisation au travail par appartenance à une classe sociale. La dissolution de ce principe de socialisation, accompagnée de la quasi-disparition des familles souches et communautaires en Occident, a laissé la place libre à la montée des individualismes domestique et professionnel. Dans ce dernier cas, la structuration d'une classe laborieuse est rendue difficile pour deux raisons : l'une est physique, liée par exemple à l'annualisation du temps de travail ou à l'utilisation d'intérimaires (et non l'embauche, car c'est l'agence d'intérim qui les emploie) limitant les rencontres durables des salariés (n'est-ce pas moins totalitaire mais aussi efficace que la loi Le Chapelier ?) ; l'autre raison tient à la dépersonnalisation du "patron", envers lequel il s'avère désormais difficile d'exprimer en commun ses doléances, puisqu'il est constitué d'une myriade d'actionnaires (qui sont parfois eux-mêmes de simples salariés
). Atomisés et constituant parfois la variable d'ajustement des firmes, les salariés se replient sur eux-mêmes et cautionnent dans un "sauve-qui-peut" les nouvelles inventions de défense individuelle vendues par les assureurs. Ainsi, rien d'étonnant qu'un élément rassemble un accord quasi unanime pour les plus anciens associés des Scop : depuis dix ans environ, la nouvelle génération de travailleurs leur semble vivre lassociation dun point de vue actionnarial plus que coopératif ; lancienne génération déplore la montée de lindividualisme et la coupure nette qui se fait jour entre la vie privée et la vie professionnelle, ainsi quentre les caractères exécutif du salarié-associé et gestionnaire de lassocié-salarié. Cest ainsi lune des marques-clés de la coopération qui en fait les frais : lentrepreneuriat collectif.
Ce n'est plus forcément le patron ou le grand distributeur, qualifiés de parasites (Buchez), qu'il faut faire disparaître pour se réaccaparer l'entière activité de production-distribution. Les composantes qui reviennent le plus souvent pour désigner cet "ennemi" (qui ressort sous des appellations variées : "marchand pur et dur", "capitaliste", "classique", "machine à profit" par exemple) de la fin du 20ème siècle font bien sûr toujours référence à l'exercice d'un pouvoir et, donc, à la présence d'une forte hiérarchie des statuts et des rémunérations ainsi qu'à l'opacité de l'information. Mais de nouvelles pathologies sont relevées, comme l'anti-mutualisation des risques par la présence d'un noyau d'emplois stables autour duquel gravitent les précaires, la déresponsabilisation collective (ayant pour pendant une hyper-responsabilisation relative aux objectifs imposés sur le poste de travail), la formation professionnelle ayant pour objectif la rentabilité du poste, l'asepsie politique (le travail n'est qu'une mécanique permettant d'accéder à un pouvoir d'achat satisfaisant les besoins physiologiques de la vie privée) ou encore l'entreprise vécue comme un ensemble de droits individuels et non de devoirs collectifs. L'homme au travail n'est plus un être social total.
Ainsi, un nouveau motif de réorganisation du travail sous un statut Scop semble prendre de plus en plus de place dans les justifications entendues sur l'origine du statut coopératif de la structure : se regrouper selon certaines modalités coopératives autour d'un même métier, dont l'exercice dans les firmes lucratives ou même dans un cadre libéral n'est pas rendu impossible du fait de l'aliénation, mais paraît plutôt insatisfaisant, créateur d'inhibitions et de frustrations. Aujourd'hui, l'objet du regroupement en Scop s'avère encore moins qu'auparavant motivé par une conscience de classe, et encore plus qu'auparavant par la recherche d'une qualité sociale de l'acte de produire (et vendre).
2.2. La souplesse face aux difficultés économiques
L'échantillon étudié nous a mis en présence de structures issues d'une reprise d'entreprise ayant fait faillite, d'une transformation de société en Scop et dune création ex nihilo. Les difficultés économiques auxquelles sont confrontés ces trois types de structures sont différentes.
Les Scop issues de reprises sont, par nature, nées dans un environnement nécessitant aux coopérateurs d'exclure au moins temporairement tout alignement de leurs salaires et de leur temps de travail sur ce qui se fait dans les entreprises concurrentes. Néanmoins, cet effort est d'emblée volontairement consenti, puisqu'il découle de l'engagement collectif visant à pérenniser des emplois qui auraient sans cela disparu. Ainsi, la mutualisation des risques encourus (le chômage) par la mise en commun des indemnités de licenciement et des Accre afin de fournir une partie des capitaux propres de la structure est-elle une première expression de la souplesse inhérente au statut coopératif.
Il s'ajoute ensuite la mutualisation des productivités par acceptation d'une hiérarchie des salaires très écrasée, permettant de dégager un EBE prévisionnel susceptible d'attirer les bailleurs de fonds. Mais le statut Scop, par les exonérations qu'il permet, s'avère aussi instigateur de la redistribution des richesses nationales au profit, notamment, de ces firmes ayant comme utilité sociale la plus évidente d'éviter le chômage à un certain nombre de travailleurs. En effet, d'une part les coopérateurs disposent d'un abattement fiscal sur 50% des intérêts des parts sociales (et d'une réduction d'impôts pour souscription au capital) et les salariés d'une exonération d'impôts sur le revenu pour les sommes perçues au titre d'un accord de participation ; d'autre part, dans un accord de participation, la Ristourne (et non les intérêts aux parts sociales) ainsi que la provision pour investissement (Réserve et Fonds de développement) sont exonérées de l'IS (et des cotisations sociales pour la Ristourne). Ces avantages fiscaux permettent à l'entreprise en difficulté de corriger la rémunération salariale mais aussi de se doter de fonds propres en réinvestissant en réserve les montants économisés.
Ce type d'utilisation des exonérations fiscales peut aussi justifier la transformation de l'entreprise en Scop, permettant déviter la liquation. Lorsque "l'ambiance démocratique" est forte au moment de la transformation, elle permet l'affirmation d'une volonté collective propice au choix coopératif.
Les statuts et la priorité collectivement assumée donnée à la pérennité de l'outil de travail et aux emplois qui l'animent permettent aussi une certaine souplesse, nécessaire pour surmonter les phases de déclin de l'activité. Plusieurs solutions ont été mises en place, au-delà de l'utilisation des modalités fiscales précédemment exposées.
L'effort effectué sur la formation des salariés a ainsi favorisé une adaptation de la structure aux changements de technologies, compensant en partie les difficultés auxquelles doivent faire face de nombreuses Scop relativement à un octroi de fonds important à moyen terme ; l'inertie liée au financement lorsque les fonds propres, les réserves notamment, sont insuffisants pour ne pas pouvoir se passer d'un apport externe est donc compensée par la présence d'une main d'oeuvre formée et polyvalente.
Cette polyvalence des travailleurs, liée à une certaine autonomie, permet de plus de réaliser de façon assez réactive des changements de segment de marché en réorientant rapidement les compétences et les objectifs des uns et des autres.
D'autre part, un jeu sur l'utilisation des fonds propres peut apparaître dans les Scop, alors qu'il serait plus délicat au sein d'une structure classique : en cas de déficit, les coopérateurs n'hésitent pas à réduire le capital de l'entreprise plutôt que de toucher aux réserves impartageables. Ils préfèrent ainsi perdre, de façon plus ou moins durable, une partie de leurs droits de propriété (et donc une partie de leur assiette de rémunération) plutôt que d'amputer sur le capital commun permettant l'autofinancement de l'activité.
Maintenant que nous avons mieux cerné en quoi consiste, dans ses grands traits, la souplesse coopérative, disons au final quelques mots sur le choix du terme employé. Si d'un côté la "souplesse" s'oppose à la "rigidité", d'un autre côté elle diffère de la flexibilité. Cela veut dire qu'une entreprise souple (la Scop) est moins fluide ou moins réactive dans le court terme qu'une entreprise "flexible". Mais cela n'est finalement pas une carence, comme on le laisse souvent entendre en stigmatisant le manque de réactivité de la Scop du fait d'une décision plus longue à prendre et de financements plus longs à trouver ; c'est au contraire une capacité à gérer dans le moyen et le long termes des difficultés conjoncturelles par le moyen d'une organisation socio-technique originale. Les statuts des Scop ne sont pas neutres dans ce jeu ; s'ils agissent comme une contrainte dans le court terme, une fois ce laps de temps dépassé ils offrent un horizon de liberté organisationnelle dans le moyen et le long termes. Et c'est dans cet horizon que des projets visant la stabilité de l'emploi et l'amélioration des compétences des travailleurs peuvent porter leurs fruits. La "souplesse" exprime donc ce mélange de contrainte à court terme et de liberté à long terme ; la flexibilité est, à l'inverse, une liberté à court terme et une contrainte (pour l'emploi et la qualité du travail) à long terme.
2.3. Vers des critères de classification des Scop
Cette étude nous a jusqu'ici permis de spécifier deux types socio-productifs dans l'analyse de familles d'indicateurs retranscrivant la Règle de groupement, la démocratie participative, l'entrepreneuriat collectif, l'autonomie et la polyvalence du travailleur, la rémunération des facteurs de production, la pérennisation de l'emploi. De plus, l'étude a fait valoir que l'organisation socio-productive des Scop se caractérise par une souplesse permettant notamment d'amortir les baisses d'activité et de lutter contre la montée de l'individualisme au travail.
Ces enseignements forment un préalable nécessaire aboutissant à mieux cerner les modalités d'organisation socio-techniques des Scop. Cest sur leur base que nous allons désormais construire des "profils de Scop" en fonction des cohérences qu'elles ont mises en oeuvre en combinant des ensembles de variables appartenant aux 1er et 2ème types. Ainsi, ce qui nous intéresse, ce n'est pas tant la validation de chacune des variables (aucune Scop, même celles qui sont reconnues au niveau national comme étant parmi les plus militantes, ne les valident toutes) que la combinaison, a posteriori cohérente car durable, de séries de variables appartenant à différents types.
( 1er profil : une logique coopérative
Les entreprises qui composent ce profil mettant en cohérence des ensembles de variables appartenant uniquement au "1er type". Elles sont plus proches de la PME que de la TPE et ont en commun la particularité de disposer à leur tête des leaders militants (au CA de l'UR par exemple), de faire collaborer des PCS qui ne sont pas très hétérogènes, et enfin de porter sur des métiers qui ne cultivent pas, a priori, l'autonomie dans le travail.
Leur profil socio-technique se caractérise par la présence d'une démocratie participative cultivée par une sollicitation constante visant à la nourrir ; les moyens de communication sont nombreux, les réunions et débats hors production courants. L'association est libre, et pourtant les taux de sociétariat sont parmi les plus hauts (sauf pour C6 du fait des difficultés liées au recrutement dans un secteur qui attire de moins en moins les jeunes). La représentation des associés est assurée de façon homogène sur l'ensemble des paliers de la direction.
L'entrepreneuriat est véritablement collectif, tout du moins dans la gestion qui n'engage pas de décisions touchant en un seul tenant la Scop ; c'est en effet le gérant ou le PDG qui assurent les orientations stratégiques ou qui sont en relation avec les "gros clients". Par contre, la direction décentralise tout de même des décisions qui peuvent avoir des conséquences à long terme sur une partie de l'entreprise, comme l'embauche de nouveaux employés ou la responsabilité d'un chantier sur plusieurs mois.
La décentralisation implique une forte exigence d'autonomie mais l'entrepreneuriat collectif ainsi que la démocratie participative évitent que cette autonomie au travail ne se transforme en indépendance du travailleur. De plus, la co-responsabilité et les multiples occasions de prises (organisées) de parole sont perçues comme un apport éducatif de la vie en Scop.
Ces interrelations entre la démocratie, l'entrepreneuriat collectif et l'enrichissement des compétences durant le travail induisent ou légitiment, aux dires des coopérateurs, une redistribution de la valeur ajoutée en direction de l'outil de travail, et ce dans un souci explicite de réduction des hiérarchies. Et si une rémunération des parts sociales apparaît à un taux élevé, c'est pour rémunérer et motiver l'entrepreneuriat collectif plus que pour enrichir (la Scop et le bénéficiaire sont imposés dessus).
Ainsi, la cohérence coopérative de ces entreprises peut être représentée par une interrelation équilibrée entre ces 4 pôles :
1 homme = 1 voix(
(
Entrepreneuriat
collectif
(((
Logique coopérative
(((
Autonomie,
polyvalence(
(Répartition au travail et
hausse des fonds propres
( 2ème profil : une logique d'autonomie professionnelle
Cette fois, cest dentreprises de petite taille quil s'agit. Les métiers réalisés tendent à former des travailleurs autonomes, et ce en dehors de l'impulsion de la Scop. Enfin, ce sont des entreprises qui ont récemment vécu ou qui vont vivre des difficultés financières (lune delle va bientôt devoir sortir de la zone franche dans laquelle elle s'est établie).
Le profil se caractérise par l'articulation d'une volonté militante relative au vécu coopératif, à l'entrepreneuriat collectif, à l'écrasement de la hiérarchie des salaires d'une part, et d'autre part de modalités financières permettant de maintenir l'activité en faisant preuve d'une certaine souplesse : la partie variable des salaires peut être importante, notamment grâce à une rémunération des parts sociales disposant d'un (récent) bon rendement. Mais cette articulation est vécue de façon transitoire par les coopérateurs, qui ont pour objectif de tendre vers le premier profil dès que le volume d'activité le permettra.
On notera tout de même une certaine inertie ou un manque de prise de risque pour passer vers le premier profil, du fait d'un engagement collectif quelque peu biaisé par la forte autonomie des travailleurs qui sont habitués à réaliser un dossier de bout en bout ou qui sont personnellement responsables de leur travail devant la loi.
1 homme = 1 voix(
(
Entrepreneuriat
collectif
(((
Logique dautonomie professionnelle
(((
Autonomie,
polyvalence(
(Rémunération variable
importante
( 3ème profil : une logique d'emploi industriel
Les Scop qui forment ce profil sont issues d'une reprise d'entreprise. Elles sont majoritairement de taille assez importante pour le secteur et s'avèrent confrontées à des difficultés financières ou sortent depuis peu de telles difficultés. Elles participent du secteur industriel pour des emplois ne nécessitant pas une formation très diplômante.
Ces Scop valident encore le "1er type" de la règle de groupement ; c'est d'ailleurs la spécificité qui est la plus communément appliquée par les Scop de l'échantillon. Plus de 80% des associés assistent aux Assemblées Générales Ordinaires, même lorsqu'elles n'ont pas lieu durant le travail.
Cette démocratie exprime généralement un accord unanime sur l'objectif général de l'entreprise : pérenniser des emplois menacés de disparaître si les statuts n'étaient pas ceux d'une coopérative, assurant notamment une hausse des fonds propres par l'association et une exonération de l'IS.
En ce qui concerne les autres spécificités, ces Scop participent plutôt du "2ème profil". Les parts sociales sont détenues de façon assez concentrée et la hiérarchie des salaires rapportée à la distribution des PCS n'exprime pas une volonté d'écrasement manifeste. La direction est elle-même organisée autour d'un pôle disposant de pouvoirs étendus et laissant peu de place à l'entrepreneuriat collectif. Le travail n'est pas particulièrement axé sur une prise d'autonomie des salariés et la polyvalence, lorsqu'elle existe, est plutôt subie par les salariés, qui se qualifient de "bouche-trous".
1 homme = 1 voix(
(
Entrepreneuriat
hiérarchisé
(((
Logique demploi industriel
(((
Peu dautonomie
et de polyvalence(
(Rémunération variable
importante
( 4ème profil : une logique financière
Les Scop appartenant à ce 4ème profil ne sont pas des entreprises qui mettent en cohérence toutes ou une partie des 6 spécificités précédemment étudiées ; elles ont plutôt un fonctionnement socio-technique étranger à ces 6 spécificités. En effet, elles n'ont pas pour objectif premier de "bien produire" et de financer cette production par le moyen de la vente, mais elles subordonnent au contraire la production soit à une logique commerciale artisanale, soit à une logique lucrative, d'enrichissement (pécuniaire) personnel à court terme. Elles visent donc la hausse du chiffre d'affaires et des revenus (notamment du capital) ; il ne semble pas que le statut coopératif leur soit nécessaire pour les atteindre.
Une coopérative est passée d'un statut associatif à un statut coopératif afin de disposer d'une visibilité entrepreneuriale allant de pair avec ses changements successifs de taille d'activité. En passant de "troupe" à Centre Dramatique Régional, puis à National, les metteurs en scène ont choisi de mettre l'accent sur une répétition de spectacles urbains centralisés sur un théâtre principalement. L'activité de proximité, ambulatoire et rurale, est délaissée. L'augmentation du volume de spectacles et des subventions nécessaires pour le mettre en uvre s'est accompagnée d'un accent mis sur leur commercialisation urbaine. Cela s'est fait sans réajuster l'organisation coopérative, sans par exemple accroître la division et la décentralisation de la direction, ni chercher à augmenter le nombre de sociétaires pouvant participer de façon démocratique à la mise en place d'un entrepreneuriat collectif (la récente démarche d'augmentation du nombre d'associés vise explicitement une hausse des fonds propres). Au contraire, au fur et à mesure de l'augmentation de la taille d'activité, l'ensemble des décisions sont restées entre les mains des co-gérants ; qui plus est, cest à deux metteurs en scène que sont nominativement attribuées les subventions. Aussi, aux dires de certains associés, "la coopérative est en sommeil".
Une autre coopérative est dirigée par un cadre issu du secteur lucratif, ne voyant dans la formule Scop qu'une possibilité d'instaurer une "bonne ambiance de travail". La Scop utilise la rémunération des parts sociales et surtout la Ristourne (exonérée d'impôt sur le revenu en cas d'accord de participation) pour attirer les salariés sur un secteur d'activité géographiquement très concentré et donc économiquement très concurrentiel. Cette source de revenu issu de la propriété est d'ailleurs explicitement présenté lors de l'embauche comme un "avantage comparatif" de la Scop.
1 homme (1 voix(
(
Entrepreneuriat
hiérarchisé
(((
Logique financière
(((
Peu dautonomie
et de polyvalence(
(Rémunération variable
importante
Disons enfin quelques mots de l'usage des filiales au sein des Scop. Deux entreprises de notre échantillon disposent de filiales. Trois logiques peuvent apparaître, même si une étude plus poussée en ce domaine serait nécessaire pour compléter et affiner notre point de vue.
La première entrerait dans le champ de la logique que nous avons appelée "coopérative" ; la filiale sert la cohérence du groupe parce que, par exemple, le rachat a pour objectif de faire perdurer les emplois et de transformer les salariés en coopérateurs avant, parfois, l'absorption totale.
La seconde logique entre dans le champ de la défense de lemploi : ainsi se trouve la filiale commerciale établie à l'étranger (qui n'a pas une forme coopérative), qui a pour objet de distribuer les produits fabriqués par la Scop, qui est obligée de le faire afin de maintenir son niveau d'activité et d'emploi salarié.
La troisième logique est celle de la valorisation financière ; des filiales financières de production ou de distribution qui n'ont pas de forme coopérative ont pour but premier de faire remonter le résultat à la maison mère afin qu'il soit distribué aux associés.
Conclusion
Ce travail d'analyse sur l'appartenance à l'Economie Sociale et Solidaire a été mené auprès des Scop avec la problématique suivante : quels sont le rôle et l'influence dun système de règles (loi, statut et coutume) dans l'organisation de la production et de la vente de biens et services, que ce soit sur le plan social, sur le plan technique et finalement sur le mixage de ces deux plans ?
Notre recherche a commencé en utilisant d'emblée des connaissances accumulées et organisées tout au long des 19ème et 20ème siècles ; ces connaissances mettent en avant au moins 5 spécificités coopératives, qui sont souvent reprises dans les publications, les chartes et les déclarations des acteurs eux-mêmes : la démocratie, la lucrativité limitée, l'entrepreneuriat collectif, la mutualisation des productivités et la priorité à l'emploi.
Les enseignements que nous avons tirés de la rencontre de coopérateurs agissant dans des secteurs différents, au sein d'entreprises de tailles différentes, sur des marchés d'intensité concurrentielle différente et selon des PCS distinctes, nous ont amené à discuter de la composition de chacune de ces 5 spécificités. Elles nous sont apparues comme la résultante d'une dialectique particulière, appelée "dialectique coopérative", qui unit ses pôles plutôt quelle ne les oppose. Cela étant, comme tout processus dynamique, elles ne peuvent être acquises une fois pour toutes, ni acquises comme des "types purs" ; ce sont plutôt des organismes complexes qu'il faut constamment nourrir pour éviter de voir glisser leurs articulations vers les résultantes d'une "dialectique patronale". De plus, il est possible de les "doser" afin de conserver une cohérence d'ensemble jouant pour absorber toute difficulté économique et financière.
C'est justement sur la question du "dosage" et du maintien d'une cohérence que nous avons abouti à une classification des Scop en "profils de cohérence". Car la spécificité des Scop c'est in fine leur capacité à articuler des ensembles de variables juridiques, financières, techniques et organisationnelles afin d'acquérir une "souplesse" permettant de répondre à un double objectif : la défense de l'emploi et l'amélioration de la qualité du travail.
Ainsi, plutôt que de désigner un type pur de Scop appartenant à l'Economie Sociale et Solidaire, plutôt que de définir une limite théorique d'appartenance, nous avons synthétisé des profils de cohérence qui se présentaient à nous au travers des monographies. 4 logiques ont été repérées : une logique coopérative, une logique d'autonomie professionnelle, une logique d'emploi industriel et une logique financière. Les 3 premières logiques ont bien pour objectif de pérenniser les emplois et d'accroître la qualité technique et sociale du travail ; elles font des aspects commerciaux et financiers des moyens et non des fins ; dès lors, les variables d'ajustement utilisées par leurs "profils de souplesse" sont le temps de travail, les salaires, la répartition des excédents nets de gestion et la structure des fonds propres. La croissance interne est un moyen, ou même un mal nécessaire, pour perdurer et améliorer durablement, quantitativement et qualitativement l'emploi. De même, l'usage d'ensembles de variables appartenant plutôt au "type patronal" peut être retrouvé dans ces profils, mais cela est une solution qui est d'une part adoptée après avoir fait des efforts sur la rémunération et le capital, et d'autre part vécu négativement et comme expédient temporaire par les coopérateurs.
Les modes d'articulation d'un panel d'outils socio-techniques leur permettant de pérenniser les emplois tout en étant suffisamment compétitives pour perdurer plus longtemps que des structures similaires dans l'économie "classique" forment la véritable richesse des Scop. Or, les savoir-faire liés à ces "profils de cohérence" devraient être mutualisés, afin qu'ils puissent profiter non seulement aux dirigeants qui rencontrent des difficultés, mais aussi aux futurs entrepreneurs qui décident de créer ou de reprendre une entreprise sous forme coopérative.
Synthèse générale
A partir de ces trois rapports, nous allons tenter de répondre aux questions relatives aux bornages de léconomie sociale et solidaire (dans ses rapports aux autres logiques économiques), aux spécificités (unité) et à la diversité (profils) de ces organisations.
1. Les bornages
Il ne sagit pas détablir des frontières étanches qui délimiteraient un « secteur » déconomie sociale et solidaire replié sur lui-même, alors quil est soumis à de fortes transformations (ce qui conduit certains à préférer le terme de système. Comme toutes les organisations économiques, les organisations déconomie sociale et solidaire, sont des organisations complexes qui se laissent difficilement enfermées dans des cadres trop rigides.
Mais il sagit dexaminer ce qui différencie lapproche économique de léconomie sociale et solidaire des autres approches économiques et ce qui peut permettre aux acteurs eux-mêmes (notamment les Chambres régionales déconomie sociale, voire solidaire) mais aussi aux Pouvoirs Publics et à lopinion publique (à travers les médias notamment) de mieux les identifier.
Il est clair que, faisant partie dun même ensemble économique, ces logiques économiques sont sous tension et entretiennent des relations de dépendance et dinterdépendance dans un système économique, qui nest pas seulement pluriel par nature mais est surtout largement dominé, actuellement, par la logique de valorisation du capital. Léconomie sociale et solidaire est également soumise à une forte pression historique de la tutelle publique.
Nous avons néanmoins cherché à identifier des critères dentrée en économie pour différencier lactivité économique de laction socio-politique pure, puis des critères de différenciation, dans lactivité économique, avec les logiques domestique, artisanale, publique et lucrative, en nous inspirant et en actualisant le schéma proposé, en 1983, par Henri Desroche :
Economie publique
Economie Economie
artisanale lucrative
Economie domestique
1.1. Lentrée en économie : consommation collective et production de service
La première question qui se pose à la définition de lappartenance à léconomie sociale et solidaire est la question relative à léconomie. A partir de quand une organisation peut elle être considérée comme ayant une activité économique, ou une activité de production économique ? Ceci nous renvoie à la question plus large de la définition de lactivité économique.
Les définitions habituelles de léconomie sont plus ou moins satisfaisantes : la production du bien-être (très extensive), la gestion des ressources rares (très restrictive), ou bien la production marchande (de plus en plus contestée), et enfin lexercice de choix rationnels (qui explique lextension des concepts économiques aux autres sciences sociales). Aucune de ces définitions ne permet, à elle seule, de rendre compte des débats actuels portant à la fois sur la finalité et la nature de lactivité économique.
Si lon retient la définition de léconomie comme « la production sociale des conditions dexistence », les contours concrets de lactivité économique sont également questionnés par lessor des services, par définition immatériels, et notamment des services relationnels quil faut distinguer de la simple relation sociale : une relation devient-elle un service, donc une production économique, dès quelle est monnayable (ce qui exclut la production bénévole) ou bien dautres critères sont-ils nécessaires en amont ?(son degré dorganisation, sa régularité et son inscription dans certains rapports sociaux par exemple) ?
Létude des associations dhabitants et des associations culturelles (notamment des associations damateurs) nous a donné quelques indications sur cette « entrée en économie ».
La plupart des associations ont une activité économique, mais celle-ci nest pas forcément une activité productive (elle peut être de consommation ou de redistribution) dune part, et cette activité productive est largement dépendante dune action sociale, culturelle, ou politique dautre part. Laction nécessite des moyens économiques (on parle alors de consommation collective) ou bien passe par une production de services (dactivités) qui sen autonomise plus ou moins.
A ce titre, nous avons retenu trois étapes différentes qui peuvent renvoyer à une forme de gradation de lentrée en économie.
( consommation et redistribution : lassociation « ménage élargi »
Toute association qui gère le moindre budget a une relation avec léconomie, au même titre quun ménage (on pourrait alors parler de ménage élargi à des membres non liés par des liens familiaux, au même titre quun couvent ou une prison) : en effet il y existe alors un minimum de consommation collective ou/et de redistribution.
La consommation collective consiste à disposer de (par apports en nature) ou à acheter des biens en commun pour laction de lassociation envers ses membres : organisation de repas ou de fêtes
pour tisser du lien social ; organisation de visites, de sorties
pour louverture culturelle ; diffusion dinformations pour lexpression dintérêts communs, la représentation politique
De ce point de vue, les groupes informels ainsi que lassociation de parents délèves et lassociation du cadre de vie semblent navoir, comme activité économique, que des consommations collectives partagées par les membres.
La redistribution est un transfert en monnaie ou en nature (en temps) au sein de lassociation ou à des tiers. Comme elles existent entre les générations dune même famille, elle peut exister au sein de lassociation ; cest manifestement le cas du Sou des Ecoles qui a pour fonction principale la collecte dargent pour financer des activités qui profitent collectivement aux enfants, par lorganisation de manifestations auxquelles participent les familles.
Au-delà de ces deux fonctions économiques de base, les associations socialisent lexpression dune demande : en sollicitant leurs membres (habitants, parents
) ; elles transforment des besoins latents en besoins exprimés et éventuellement en demande. Cette demande soit sadresse à un partenaire extérieur (tel lEducation Nationale, la municipalité, les bailleurs sociaux
qui doivent la transformer en nouveaux services) soit conduit à structurer directement une offre au sein même de lorganisation associative, ce qui passe par la production associative de services qui la différencie à la fois de la dynamique dun mouvement socio-politique (dont la finalité nest pas la production, mais la défense ou la promotion dune « cause ») et de la production domestique ménagère (issue du travail domestique).
( la production dun service « objectivable » : lentreprise associative
Consommation collective et redistribution sont bien deux activités économiques mais elles ne suffisent pas à définir une activité productive associative qui différencie léconomie sociale et solidaire dune action ou dun mouvement social ; pour cela nous devons utiliser dautres critères qui permettent de rendre compte des productions lorsquelles ne sont pas monétarisées.
Le passage à lactivité socio-économique de production, basé sur la prise de conscience dune nécessité et dun besoin , nécessite la mise en uvre de linnovation socio-économique et la structuration de loffre, qui différencie la production associative à la fois de lorganisation socio-politique et de la production domestique, dans son objet comme dans la nature des liens sociaux construits.
Ainsi, lobjectivation dun service marque le passage de la consommation à la production, de laction à lactivité, du mouvement à lorganisation productive. Trois éléments peuvent définir cette objectivation dune production de service : sa structuration, sa régularité et sa reconnaissance dans lespace public, ce qui rejoint la notion de « bénévolat organisé » énoncée dans le rapport du CNIS.
Lobjectivation du service suppose de distinguer le but - la « cause », la relation - du moyen (le support), et de définir une activité reconnue par tous comme moyen dy parvenir (alors que laction confond le but et le moyen). :ce qui peut apparaître comme une certaine dépolitisation peut aussi être une objectivation de laction politique dans des activités organisées et durables..
La structuration suppose de dépasser le simple engagement individuel des membres pour construire une organisation qui simpose à tous, redéfinit la place de chacun et donc produit de nouveaux rapports sociaux (alors que dans la famille cest la répartition sexuelle et générationnelle des tâches qui domine, et que dans un mouvement politique cest le leadership charismatique qui entraîne ladhésion). La gestion associative de services, tend à intégrer les engagements personnels et les relations inter-personnelles dans un cadre plus formel (comme quasi facteurs de production), avec une certaine redéfinition des relations sociales dans de nouveaux rapports sociaux (entre usagers, bénévoles, salariés et partenaires extérieurs).
La régularité des activités implique ainsi un certain nombre de contraintes de participation, de division du travail, voire de professionnalisation et de salarisation.. qui peuvent aller à lencontre des notions dadhésion volontaire, et des attributs du bénévolat : bonne volonté, gratuité
.
Léchelle économique, sur laquelle se positionnent les différentes organisations permet de distinguer trois types de relations à lactivité économique : la relation non productive (consommation, redistribution, construction dune demande), la relation de production collective (non monétaire, monétaire non marchande, marchande non lucrative), et la relation financière (marchande lucrative) :
Le passage dun espace privé (fermé) à lespace public donne de la visibilité à cette production associative et permet son accessibilité à des tiers. Très souvent, cest linscription dans les bulletins municipaux qui traduit ce passage de lassociation « privée », proche du ménage, à lespace public.
Se distinguant alors de la production domestique ménagère , fortement personnalisée les associations structurent alors une comptabilité qui ne relèvent plus simplement du cahier recettes / dépenses du ménage, elles organisent la mobilisation régulière des personnes qui construisent des relations nouvelles entre elles et vis-à-vis de lorganisation ; elles formalisent leur fonctionnement et laccessibilité à leur service ; elles négocient lentrée de personnes extérieures
Se distinguant dune organisation de mouvement social, elles produisent des services et non seulement du sens et des revendications, même si cette activité nest pas totalement autonomisée du projet socio-politique.
( activité économique et projet socio-politique : volonté et aspiration
En effet lautonomie de ces activités par rapport au projet politique nest pas évidente, toutes ces activités sont largement contraintes par le projet qui nest pas socio-économique mais socio-politique (ce qui semble être un élément distinctif de léconomie sociale et solidaire par rapport aux entreprises capitalistes dont les objectifs sont la production de biens et de services pour des consommateurs et la production de valeur pour les actionnaires).
Dans de telles organisations, il apparaît toujours délicat dobjectiver une activité économique au sein du projet socio-politique. Ainsi dans les associations dhabitants, on assiste au passage de lexpression individuelle et de la relation interpersonnelle de voisinage à un lien entre animation collective, expression collective et production collective. Ce passage renvoie à une progressivité de structuration dorganisation allant des groupes informels aux associations déclarées ; des associations non productives aux associations productives. Ces associations jouent un rôle important dans la structuration dune demande, surtout dans les groupes informels, souvent organisés par des travailleurs sociaux, qui suscitent une demande collective qui ne leur préexistaient pas, lobjet du regroupement étant initialement la création de liens sociaux.
Dans la culture, lassociation est le lieu du passage de lamateurisme individuel à la reconnaissance publique grâce au collectif ; puisque par exemple elle permet dorganiser des expositions en commun ou de bénéficier de lieux de répétition ou de représentation.
Lactivité repose alors principalement sur lengagement des membres ; elle souffre souvent de son irrégularité et de la personnalisation des relations dans le groupe. Il existe en effet des tensions vers une logique communautaire ou domestique : les membres mobilisent leurs « proches » pour organiser lactivité ; le réseau relationnel est déterminant pour élargir laction. La comptabilité elle-même reste proche de la comptabilité familiale (entrées dépenses).
Lentrée en économie marque donc le passage dune logique de « rencontre », de « mobilisation »
à une logique de production de service, même sans salariat, lorsque le bénévolat est organisé et que lactivité, régularisée, pénètre lespace public. En structurant une activité socio-économique en liaison avec son objet socio-politique, lassociation passe ainsi dune logique « contestataire » à une logique « attestataire », pour reprendre les termes de Henri Desroche.
A partir de cette spécification de cette entrée en économie, il est nécessaire de distinguer la logique déconomie sociale des autres logiques de production : artisanale, publique et lucrative, qui exercent néanmoins de forts attraits sur ces organisations.
1.2. La différenciation de la logique artisanale
Différente de la logique économique capitaliste, la logique artisanale se définit par la mobilisation dune propriété et dune solidarité familiales ; elle sappuie sur la qualification personnelle de lartisan ; lartisan élabore une comptabilité en famille, reçoit des revenus mixtes (ce qui pose souvent le problème du statut professionnel de lépouse) ; plutôt quune logique de valorisation du capital au bénéfice dactionnaires extérieurs, le développement de lentreprise artisanale se fait dans le cadre dune logique de revenu et de patrimoine familiaux et dune décision et représentation individuelles.
A ce titre, le groupement volontaire de personnes à la base des organisations déconomie sociale, se différencie aisément de lorganisation individuelle, voire familiale, de lartisanat. Toutefois, on peut observer des processus de rapprochement dans les formes de décision ou dappropriation individuelles. En effet, dans certaines associations, les relations familiales peuvent perdurer et donner leur empreinte à lorganisation collective ; dans certaines activités (théâtre associatif, SCOP darchitectes
), la personnalisation de la fonction du responsable est forte et encouragée par la réglementation publique (licence dentrepreneur du spectacle nominative, responsabilité personnelle engagée lors de la passation dun marché public
) ; elle peut conduire à des situations de dépendance des autres membres. De même, des formes dautonomisation extrêmes des différents professionnels peuvent atténuer lentrepreneuriat collectif et rapprocher les coopératives de salariés des coopératives dentrepreneurs individuels.
La solidarité collective se construit différemment suivant les organisations observées :
( dans les associations dhabitants, la solidarité territoriale élargit la solidarité familiale en créant des liens indépendants de la parenté ;
( dans la culture, les artistes passent ainsi du travail indépendant au travail collectif (par la mutualisation rendue encore plus nécessaire du fait de la fragilisation des statuts dintermittent et dartiste indépendant) ;
( dans les SCOP, lentrepreneuriat collectif sinscrit dans un continuum entre les coopératives dartisans et les coopératives de salariés ; on peut, dans de nombreux cas, mettre en évidence la performance des SCOP par rapport au travail indépendant.
Mais on voit surgir des tensions vers lappropriation individuelle, en même temps quun questionnement de lorganisation vers une entreprise artisanale : on assiste ainsi à des phénomènes de notabilisation des présidents dans les associations dhabitants qui sont alors tentés de gérer de manière plus personnalisée leur association ; à une individualisation de la coordination par le metteur en scène dans la culture puisque lactivité renvoie de plus en plus à sa responsabilité personnelle ; à une appropriation gestionnaire (par le gérant) dans les SCOP puisque les formes de la concurrence incitent au développement dune structure technocratique. Enfin, il est reconnu que les apprentissages collectifs développés au sein de ces structures associatives ou coopératives favorisent des promotions individuelles ; parfois il sagit plus précisément dappropriation pour des valorisations individuelles externes des résultats de lactivité collective. Des musiciens ayant par exemple bénéficié de lapprentissage ou de la reconnaissance permise par une organisation culturelles peuvent être tentés de valoriser leur « talent » à lextérieur, remettant en cause léquilibre financier dune association ou coopérative fonctionnant sur la mutualisation entre des groupes à différents niveaux de professionnalisation. Cela peut être également le cas dans des SCOP regroupant des travailleurs autonomes ou fortement qualifiés qui « perdent » lun de leurs membres les plus productifs.
La différenciation de la logique artisanale renvoie donc les entreprises déconomie sociale et solidaire à un questionnement sur la propriété et lappropriation, léquité et la solidarité, lintégration et lapprentissage, la promotion individuelle et collective.
La comparaison avec la logique artisanale met en évidence limportance dun leadership dont la légitimité est basé sur le projet et non sur la propriété, de même que limportance dun lien au territoire basé non sur la simple exploitation de ressources mais sur un développement partagé.
1.3. La différenciation de la logique publique
La logique publique se caractérise, dans ses principes, par la recherche de la continuité, de laccessibilité, de légalité du service public, qui induisent une certaine universalité et, par là même, une certaine normalisation du service. Ainsi la reconnaissance dutilité publique des associations impose des critères de plusieurs natures :
( relativement à lactivité, le domaine dactivité devant correspondre à un intérêt public ou un intérêt moral collectif éminent ;
( relativement au fonctionnement : les dirigeants doivent être élus ou désignés de manière transparente ;
( relativement au nombre dadhérents : lassociation doit compter au minimum 200 adhérents pour justifier une action dampleur supra-locale;
( relativement au mode de décision : lassociation doit pourvoir bénéficier dune autonomie par rapport à la puissance publique, cette autonomie est appréciée en fonction de lorigine des financements.
Cette reconnaissance est peu utilisée aujourdhui. En 2000, on comptait 1960 associations reconnues dutilité publique, dont 200 nauraient plus dactivité. Si elle confère la possibilité de recevoir des dons et des legs, la reconnaissance est avant tout un label.
En jouant sur la différenciation, les associations apportent la marge dinnovation et dadaptabilité qui permet de prendre en compte les caractères particuliers de certaines activités, certaines populations et certains territoires.
Ainsi dans les associations dhabitants, les élus mobilisent des associations pour animer lexpression et les initiatives dhabitants non actifs sur la place publique : si ce nest quune injonction de participation, lassociation reste instrumentalisée par les pouvoirs publics et de ce fait nest quun « faux nez » dun service municipal ; si lassociation permet une mise en mouvement collective des habitants et donc dispose dune certaine autonomie (en terme de distance critique par exemple), elle ne peut être assimilée à un service public. Deux cas de figure émergent des monographies : les groupements informels ne paraissent pas libérés de linjonction publique de participation mais leurs membres décident seuls de leurs activités ; par contre les associations de cadre de vie ont acquis une liberté de parole et peuvent négocier avec leurs partenaires publics. Il ne paraît donc pas pertinent de juger lindépendance de telles associations sur des critères avant tout matériels et financiers (subventions ou locaux) mais plutôt sur lautonomie du projet socio-politique.
Dans le domaine culturel, la Cour des comptes a porté une attention particulière aux associations vues comme « para-administratives ». Dans un rapport de 1999, elle a défini de telles associations comme celles « qui peuvent constituer des démembrements de l'administration, et dont la dépendance à l'égard de celle-ci se manifeste par les trois critères suivants :
( sur le plan administratif, les organes dirigeants de lassociation sont composés en majorité, voire de façon exclusive, délus ou de fonctionnaires ;
( sur le plan matériel, ces associations dépendent, pour la quasi-totalité de leurs ressources, des subventions ou des concours en nature de la collectivité, quil sagisse dimmeubles, déquipement ou de personnel ; la part des cotisations dans leur financement est nulle ou très faible ;
( sur le plan fonctionnel, ces associations exercent généralement des activités ayant le caractère de service public marqué ».
Elle définit à ce titre un secteur public de la culture. Ainsi la loi du 4 janvier 2002 met en place lEPCC (Etablissement Public de Coopération Culturelle), institution de gestion partenariale entre l'Etat et les différentes collectivités territoriales. Aucune institution de ce type ne figure dans notre échantillon ; par contre, la question des limites avec léconomie publique sest posée pour plusieurs organisations rencontrées, couvertes par un label public ou assurant la gestion de bâtiments publics.
Dans un cas, cest le désengagement de lEtat (notamment au sein du conseil dadministration) qui a contraint lassociation à infléchir ses activités, notamment en sorientant vers des services plus tournés vers ses membres (en minorant la partie de « service public »). Dans un autre cas (de gestion de bâtiment public), cest le risque dune municipalisation qui a conduit à mobiliser ses usagers : le bénévolat et lengagement des usagers sont vus alors comme un « plus » apporté par la forme déconomie sociale. Enfin, certaines insistent sur la capacité dadaptation permise par la forme associative, pour répondre à la variété des besoins des usagers contrairement à la normalisation du service public.
Dans le secteur culturel, en reprenant les critères de la Cour des Comptes, on voit bien que les associations et les coopératives ne peuvent être jugées seulement en fonction de lorigine publique de leur financement. Il faut tenir compte également de lindépendance des projets artistiques, de la mobilisation des producteurs et des usagers, et des formes de solidarisation volontaire, ce qui nécessite une forme de responsabilisation sociale des artistes pour éviter la simple autolégitimation de leur utilité collective justifiant des financements publics.
La théorie économique « standard » conçoit les biens culturels comme des biens ne pouvant être forcément produits dans une logique publique ou lucrative. A ce titre elle explique la présence des associations sur des produits relevant dune audience restreinte, où il existe une incertitude sur la qualité (obligation de moyens), ou une discrimination volontaire des prix pour lusager (au coût moyen et non au coût marginal). Les entreprises déconomie sociale auraient alors un rôle et une fonction particulière dans léconomie. Elles interviendraient dans la production de biens collectifs impurs (pas immédiatement accessibles à tous), sinscrivant dans une production jointe de notoriété, faisant lobjet de rendements intergénérationnels (rôle éducatif), dans une économie de prototype (pas de gain de productivité, exigence esthétique), ou relevant de biens tutélaires.
Dans les SCOP, en labsence dun fort taux de subvention public, les relations dinstrumentalisation publique passent le plus souvent par les marchés publics. La dépendance aux Pouvoirs Publics vient alors dune situation de monopsone public, ce qui peut mettre en péril la pérennisation de la structure. On peut ainsi citer lexemple de lAOIP (Association des ouvriers en industrie de précision) créée en 1895, qui a disparu au début des années 80 quand le Ministère des PTT qui absorbait 90% de la production, a changé de processus technologique.
Mais il semble bien que la différenciation avec la logique publique relève à la fois dune question déchelle et de nature : dun coté lexpression de la puissance publique dicte lintérêt général en arbitrant des intérêts collectifs ; de lautre lexpression de collectifs organisés expriment des besoins, expérimentent des réponses, et structurent des offres de services qui allient lintérêt individuel et lintérêt collectif (sans parfois éviter de défendre des « égoïsmes collectifs »). Ce faisant, le passage de linnovation à la structuration durable nécessite le plus souvent le soutien de la puissance publique. Les Québécois ont coutume de qualifier de « coopération conflictuelle » ce rapport entre économie sociale et politique publique, ce qui marque à la fois la complémentarité des deux logiques mais aussi la difficulté de les articuler dans de réels partenariats qui évitent dune part linstrumentalisation ou labandon par les Pouvoirs Publics, dautre part la logique de guichet par les organisations collectives.
Lexemple de la culture mais aussi de lenvironnement ou de la solidarité internationale -, montre que le développement des organisations déconomie sociale basées sur lintercoopération ou la fédération est fragile sil ne sadosse pas à des politiques publiques structurantes. De même, sur les territoires les plus paupérisés, des associations parapubliques sont créées pour la mobilisation et lorganisation des groupes sociaux qui ne sorganisent pas spontanément ; des financements publics interviennent pour soutenir des fonctions collectives dautant plus nécessaires quand les solidarités familiales et les ressources financières manquent.
1.4. La différenciation de la logique financière
Une confusion très fréquente assimile logique financière et logique commerciale, selon la pratique anglo-saxonne, qui, faute de statuts appropriés, délègue à ladministration fiscale le soin de décider de la non lucrativité dune organisation ou dune activité. Les monographies nous montrent quil convient de distinguer les deux logiques et les deux niveaux (activité et organisation) puisque la plupart des organisations soumettent leurs activités commerciales à dautres logiques.
En effet, toute production monétarisée ninduit pas une logique marchande : cest à dire sinscrivant dans un espace concurrentiel grâce à une comparabilité possible des produits, tendant à être évalués de manière indépendante de la nature de la structure. Lutilisation de tarification particulière (tarif modulé suivant le revenu de lusager, tarif identique quelle que soit la fréquence dutilisation
) est un exemple de logique non marchande dans la prestation de service mise en place par les organisations déconomie sociale et solidaire. De plus, comme lavait mis déjà en évidence C. Vienney, toute production marchande ninduit pas une logique lucrative (de valorisation du capital plus que de lactivité).
A ce titre, on ne peut pas dire que léconomie sociale et solidaire se situe « entre le marché et lEtat », pour deux raisons :
( dune part parce que le marché nest pas en soi un acteur économique mais un lieu abstrait déchange et donc de régulation alors que lEtat est en même temps acteur de régulation et producteur de services (par ses administrations et les entreprises publiques) ;
( dautre part, parce que lopposition entre activités marchandes et non-marchandes nest pas pertinente malgré laccent mis sur cet aspect par les politiques publiques (y compris de lemploi): il y a des rapports non marchands dans la production dactivités marchandes (particulièrement dans les SCOP) ; les activités marchandes servent à financer donc à produire des activités non marchandes
(dans certaines associations dhabitants, et dans les associations culturelles où la diffusion ou lanimation finance la création). Enfin, certaines organisations déconomie sociale et solidaire par leur combinaison particulière - donnent un accès au marché à des individus qui ne le pourraient pas individuellement (comme le montrent historiquement les exemples des coopératives dentrepreneurs individuels, de travailleurs ou dusagers, et aujourdhui de multiples associations visant laccès au marché financier telle lADIE-, laccès au marché des biens, laccès au marché du travail telles les structures dinsertion).
Mais qui dit marché dit concurrence et risque de sélection, voire de financiarisation de lactivité qui nest alors plus orientée vers la satisfaction des membres ou de la collectivité (en terme de lien social, dinsertion, déducation, de qualification, demploi
) mais vers la seule acquisition de revenus pour les individus et pour lorganisation. Doù laccent mis sur les tensions vers la logique financière plus que vers la logique marchande.
Les principes de la logique financière sincarnent dans la recherche dune demande solvable pour la rentabilité (retour sur placement financier) qui passe par la standardisation pour effectuer des économies déchelle, par la concentration (fusions / acquisitions) pour effectuer des économies de variété (proposant ainsi des produits joints), et par la compétitivité (commercialisation) pour effectuer des gains de productivité.
Des organisations déconomie sociale et solidaire néchappent pas à ces tensions vers la financiarisation de lactivité, ainsi :
( concernant les revenus du travail : une forte hiérarchie des salaires peut être assimilée à une répartition de bénéfices déguisée, une valorisation individuelle de linnovation à lextérieur de lorganisation peut être recherchée pour de simples gains financiers (exemple dans la culture où les organisations doivent faire face à une tension forte vers une segmentation sociale du marché du travail due à une véritable « économie de la notoriété ») ;
( concernant les revenus des parts sociales dans les SCOP, quand la souplesse dans la gestion du revenu (qui peut être un moyen de faire face à la concurrence dans certains secteurs dactivités) fait place à la croissance des inégalités dans la répartition du patrimoine accroissant en retour celle des revenus, et creusant ainsi lécart entre associés et salariés et entre associés ;
( concernant les revenus de lorganisation : quand la logique financière tend à prendre le pas sur la logique de lactivité et de lemploi : avec une gestion purement financière des excédents ; la création de filiales non plus conçues comme prolongement ou support à lactivité mais comme moyen de valoriser le capital ; avec la dépendance dinvestisseurs extérieurs dont lobjectif est davantage le retour sur investissement que lobjet même de lorganisation
( et concernant lutilisation de ces entreprises déconomie sociale comme laboratoires ou comme réservoirs (externalisation) par les entreprises lucratives qui sélectionnent les activités solvables et reproductibles ou mettent en sous-traitance des départements externalisés (ces entreprises « indépendantes dépendantes » dont parle le rapport Supiot).
Pour limiter le rôle de largent à celui de moyen et non de fin, soit échapper à cette logique financière, on trouve au sein des organisations déconomie sociale et solidaire plusieurs modalités :
( dans la gestion des activités : par la promotion des activités bénévoles, non monétarisées ; par larticulation des activités non solvables ou non rentables avec des activités plus solvables et rentables, (mutualisation rendue plus difficile par la segmentation comptable et fiscale des activités) ; par la prise en charge de linnovation et de lexpérimentation grâce au bénévolat des membres, voire des salariés, qui peut même fragiliser la structure si elle nest pas maîtrisée.
( dans la gestion des revenus : par lécrasement de la hiérarchie des salaires ; lalimentation des réserves impartageables ; larbitrage entre prix et salaires dans les associations, entre revenus du travail et du capital dans les SCOP
.
( dans la gestion des organisations : par la solidarisation autour du même projet, dans un « ensemblier », des acteurs segmentés par des fonctions différentes : par exemple, une association de formation et une SCOP de production, une association de création et une SARL de diffusion, une SCOP et une filiale SA dont les salariés sont aussi associés à la coopérative mère
Mais léconomie sociale et solidaire sinscrit aussi dans le refus dune régulation purement marchande qui devient régulation financière et détruit des objectifs, des activités, des emplois, des qualifications. Ainsi, dans certaines associations dhabitants, quand les activités économiques empiètent trop sur le projet associatif, les adhérents préfèrent arrêter ces activités plutôt que transformer le projet associatif. En effet, ce sont les bénévoles qui déterminent les activités et ils entendent rester maîtres de leur association. Les associations culturelles et certaines SCOP se créent dans le refus de lindustrialisation et de la marchandisation de certaines activités professionnelles, pour garder la maîtrise de la création (artistes) ou de lexercice de la profession (architectes, ingénieurs, formateurs
). Ainsi, le refus de la dépendance de la commercialisation pour certaines activités artistiques conduit des collectifs, auparavant centrées sur la création, à prendre en charge également la diffusion.
On voit ainsi que, par leur fonction dinnovation et de laboratoire, les organisations déconomie sociale et solidaire donnent naissance à des services ou produits qui peuvent être valorisés à lextérieur de façon lucrative ; on voit également quelles néchappent pas aux tensions de leur insertion dans un environnement où plusieurs logiques socio-économiques saffrontent ; mais, au-delà de ce rôle transitoire qui leur est facilement reconnu, elles peuvent être durables ; au-delà de ces tensions qui doivent être analysées, elles développent leur logique propre, par lintégration de relations non monétaires dans les relations monétaires, de relations non marchandes dans des relations marchandes, et par la maîtrise de la logique financière au service du projet, même si le projet initial doit être réinterprété pour tenir compte des évolutions de lenvironnement. Dans certains secteurs dactivité, elles participent ainsi à la régulation (ou parfois à la dérégulation) densemble, du fait de leur influence ou de leur poids socio-économique.
2. Les spécificités : lunité du champ
Notre étude tente didentifier les critères dappartenance à léconomie sociale et solidaire dun certain nombre dorganisations, qui en ferait un champ à part entière (cf. réaction F Espagne à mon livre) ;rapport au statut
Les statuts (coopératif, mutualiste puis associatif) ont, pendant le XXème siècle, été une référence incontournable par la détermination des finalités et des relations entre les membres. .Aujourdhui, loin dêtre neutres, ils ne suffisent plus à garantir, aux yeux des Pouvoirs Publics la poursuite des finalités, alors que les exigences defficacité (notamment dans lutilisation des fonds publics) se sont accrues, et que dautres formes dorganisation revendiquent leur pertinence autour de ces mêmes finalités (ouverture de marchés, responsabilité sociale de lentreprise
). De plus les injonctions de la Commission Européenne privilégient la prise en compte de la nature de lopération au détriment de la nature de lopérateur en faisant lhypothèse que cette dernière serait neutre au regard du service rendu (de fait lhypothèse sous-jacente est que lentreprise lucrative est a priori plus efficace que lentreprise collective).
Il sagit donc, après avoir présenté séparément les différents types dorganisations choisies (chap1 à 3) den dégager et den analyser les caractéristiques internes qui identifieraient, au-delà des (ou grâce aux) statuts, ces organisations les unes avec les autres. Toutefois, il paraît impossible de regarder ces caractéristiques sans les mettre en perspective avec les objectifs poursuivis, et avec le rôle et la place occupée par ces organisations dans le champ socio-économique.
Un débat oppose les économistes, les sociologues et les politologues sur la hiérarchie à effectuer entre les deux finalités qui justifient lexistence de ces organisations : la « nécessité » et la « volonté . Les économistes tendent à privilégier la nécessité, cest-à-dire les besoins non satisfaits à lorigine de la création ou de la gestion dactivités ; par contre les sociologues insistent sur leur capacité de mobilisation des acteurs sociaux et leurs formes de participation alors que les politologues interrogent leur volonté politique de transformation sociale.
Mais lorigine disciplinaire des chercheurs ne suffit pas à expliquer leurs priorités ; il est nécessaire de la croiser avec les préoccupations conjoncturelles de la période : ainsi dans les années 70 les mouvements sociaux ont diffusé les aspirations à lautogestion et à lalternative (priorité politique), alors que les années 80 ont pointé les coopératives comme créatrices demploi et les associations comme gestionnaires dactivité (priorité économique); les années 90, quant à elles, ont vu pointer la nécessité de créer de nouveaux emplois dans de nouveaux services pour lutter dans le même temps contre lanomie sociale (priorité sociologique).
Ce sont donc ces trois dimensions quil convient danalyser à travers les caractéristiques des organisations déconomie sociale et solidaire, en les recentrant autour de leurs finalités.
2.1. Les objectifs propres : un projet socio-politique plus ou moins global et prégnant
Le projet des organisations étudiées se décline néanmoins de façon très diversifiée, il ninduit pas automatiquement quelles appartiennent à léconomie sociale et solidaire. Ainsi, certaines associations se polarisent sur un objectif social ou politique sans que ces objectifs ne passent par la production de services économiques. On peut ainsi supposer que les groupes informels de femmes ou dhabitants comme les associations locales de parents délèves ne relèvent pas dune analyse en terme déconomie sociale et solidaire. A linverse, quand le projet devient purement financier et quil conduit, comme dans certaines filiales de SCOP ou dautres externalisations dentreprises lucratives, à valoriser le capital investi sans que cela soit subordonné à la défense de lemploi et de la qualification des salariés et à la démocratie économique, on peut penser que le projet socio-politique sefface derrière le projet financier.
Le projet socio-politique dorganisations socio-économiques est complexe à étudier ; en effet il est plus ou moins affiché et lisible, plus ou moins global, plus ou moins ouvert sur la société, plus ou moins ambitieux. Ce nest généralement ni un projet purement social ou politique (qui ne sappuyerait pas sur une activité économique) ni un projet purement économique qui se détacherait de ses objectifs sociaux et politiques, même sil peut connaître des dérives politiques (instrumentalisation) et économicistes (banalisation).
Dans les associations dhabitants, le projet social ou politique précède nettement lactivité économique :
( comme moyen de socialisation (groupe de femmes), de lutte contre lisolement (associations en milieu rural) ;
( comme moyen de loisirs en commun (groupe de jeunes, groupe de peintres), de solidarisation pour faciliter laccès à la culture, au sport
;
( comme moyen éducatif et culturel (apprentissages collectifs, affirmation dune identité dans lassociation communautaire, échanges culturels et intergénérationnels, valorisation dun patrimoine) ;
( comme moyen démancipation des membres (autonomie des femmes, des jeunes, prise dinitiatives, construction de projets, maîtrise de la santé) ;
( comme moyen dexpression dintérêts communs (parents délèves, habitants dun quartier) ;
( comme moyen dintervention sur lespace public, de la démocratie locale (association de cadre de vie) ;
( comme moyen dinfléchir une politique publique (jeunesse, politique de la ville, urbanisme, rénovation, santé, projets locaux
).
A partir de ces rôles sociaux et politiques, sexprime un ou des besoins non satisfaits que lassociation tente de formuler de manière à permettre une réponse quelle offre, le plus souvent, elle-même. Sans étude de marché, mais par tâtonnement entre expression des besoins et constitution dune offre, se structure une demande qui est parfois renvoyée sur dautres structures plus spécialisées. De même, lengagement des membres dans une action socio-politique demande rarement des compétences professionnelles précises qui sont alors recherchées soit à lextérieur, soit parmi les adhérents-spécialistes. Néanmoins, lactivité économique peut échapper à la maîtrise des membres quand, pour des raisons diverses, elle est imposée de lextérieur : accueil de publics nouveaux
Dans les deux autres catégories dorganisations, le projet socio-politique irrigue, plutôt quil ne précède, lactivité socio-économique :
Dans les collectifs dartistes, le projet est principalement dassurer lautonomie de la création et den atténuer la précarité, ainsi que douvrir des possibilités de diffusion, en dehors des grands circuits de commercialisation, plus ou moins en liaison avec les collectivités publiques. Mais ce projet appelle le plus souvent une insertion dans une action socio-éducative plus globale : animation, éducation, insertion, solidarité internationale
. Dans les associations dusagers de la culture, il sagit daccéder à des uvres non « commerciales » ou de permettre une offre sur des territoires peu pourvus (arbitrant alors entre une offre culturelle « différente » ou de « proximité »). Quant aux radios associatives, elles visent à utiliser autrement notamment dans un lien de proximité un moyen de communication banalisé. Le projet socio-politique des organisations culturelles rencontrées reprend quatre thématiques générales :
La diversification et lautonomie de la création artistique ;
Le développement de laccès à la création, par lélargissement du public (par les tarifs ou limplantation) ;
Le développement des moyens dexpression ;
Le développement des échanges culturels (notamment pour les organisations issues de léducation populaire, mais aussi pour les compagnies en lien avec des artistes étrangers).
Dans les SCOP, le projet est dabord dassurer la défense de lemploi, projet peu ambitieux en lui-même en période de plein-emploi, mais qui devient très risqué lorsque la concurrence sexacerbe et que lemploi devient la variable dajustement de la valorisation du capital (par le travail précaire jusquau tâcheronnage dans le bâtiment par exemple). Il sagit très souvent du projet de salariés transformant en SCOP leurs entreprises en faillite, ou de jeunes diplômés ne trouvant pas de débouchés correspondant à leurs qualifications sur le marché du travail. Mais, quand on observe le panel de SCOP, ce projet est largement enrichi par :
La volonté de défendre et maîtriser lévolution des qualifications ;
Le souci de transmettre un apprentissage professionnel, voire de participer à linsertion de jeunes peu qualifiés et en difficultés sociales ;
La volonté de consolider un sentiment dappartenance à un collectif de travail ;
Le projet de partager les décisions stratégiques de lentreprise par lapprentissage de la coopération ;
La perspective duvrer à une transformation sociale plus globale grâce à lexpérimentation de la démocratie économique.
On voit donc que le projet socio-politique peut être conçu comme plus ou moins global par rapport à la maîtrise de lusage (association dhabitants/quartier, école, santé, culture
), du travail (amateurisme, bénévolat, salariat, travail associé), du surplus (réserves impartageables, salaires, participation des salariés aux excédents, rémunération des parts des associés). Si ceci est très net dans les associations dhabitants qui font primer laction sociale et/ou politique sur lactivité économique, il se retrouve également dans la culture et les SCOP où les artistes et travailleurs veulent garder la maîtrise de leur travail et lintégrer dans une conception plus large de la création et de la production.
Le projet de transformation de la situation des membres vise alors plus ou moins à transformer les conditions de la collectivité, notamment par la diffusion des innovations et les capacités dinterpellation permises par lappartenance à des réseaux plus larges. Ainsi des associations construisant la participation dhabitants en se démarquant des injonctions paradoxales des élus locaux; des associations du cadre de vie diffusant la préoccupation de lenvironnement ; des collectifs dartistes sopposant à la marchandisation de la culture et politiques culturelles ; des SCOP se démarquant de la financiarisation des entreprises destructrice demplois, des relations de travail et de qualifications. Au-delà de la médiatisation de certaines expériences isolées, lappartenance à des réseaux horizontaux et verticaux peut leur donner la capacité de capitaliser et de témoigner sur lespace public, et dainsi avoir une certaine influence sur lopinion publique, ce qui se traduit par le rôle plus clairement politique attribué à certaines fédérations..
Mais la présence dun projet socio-politique ne suffit pas à caractériser léconomie sociale et solidaire : il ne faut en effet pas confondre développement du lien social (socialisation), mouvement social (politisation) et économie sociale (dans sa dimension gestionnaire) ; toutes les associations à but social ou politique nont pas dactivité économique (cf. associations locales de parents délèves, groupes informels de femmes
). Par contre, il semble artificiel de trancher entre les organisations dont lactivité économique est affichée comme moyen pour diffuser leur projet social et politique et celles qui traduisent ce dernier dans leur activité économique, la production de services apparaissant comme lobjet premier. En effet, toutes les activités économiques ne sont pas « banalisées » par une visée strictement et étroitement utilitariste et individualiste, car le projet socio-politique peut être internalisé dans les activités quil convient alors de caractériser comme socio-économiques ou socio-techniques.
2.2. Des activités « socio-techniques » ou larticulation entre projet et activité
La traduction du projet dans lactivité vise soit à donner une dimension économique à des actions sociales et politiques, soit à refuser de purement « techniciser » les activités (soit les spécialiser en fonction de la division du travail et de normes abstraites), en leur conservant une dimension socio-politique. Ainsi les organisations déconomie sociale et solidaire interviennent principalement dans des services (notamment relationnels, créatifs et financiers) dans lesquels les questions dengagement, de confiance et de proximité sont déterminantes. Notre étude ne prend pas en compte les services financiers ; par contre la dimension relationnelle et éducative est clairement prégnante dans les associations dhabitants, dans les organisations culturelles, comme dans la plupart des SCOP.
Ainsi, dans les associations dhabitants, les deux buts premiers et principaux sont dune part la socialisation entre les habitants (lien social), dautre part lexpression publique de leurs intérêts et de leurs besoins (représentation, revendication), soit linter-connaissance et la reconnaissance. Les activités sont dabord totalement soumises à cette action socio-politique : informations, rencontres, échanges culturels, réunions-débats.... Quand elles développent leur propre logique (visites touristiques) ou sont imposées par lextérieur (accès à la santé), elles provoquent des résistances ; de même lassimilation à léconomie sociale et solidaire choque par laccent mis sur lactivité économique et la fonction dentreprise. Pourtant de plus en plus le projet socio-politique passe par une gestion de services dans des activités plus autonomes : sport, culture, éducation (soutien scolaire, santé), loisirs, services de proximité, accompagnement, montage de projets, insertion,
Mais ces activités se laissent mal référencées de façon sectorielle car elles sont étroitement imbriquées les unes avec les autres (sport-insertion, éducation-culture, nettoyage-médiation).
Dans les organismes culturels, la maîtrise de la création artistique et de sa diffusion est lobjectif premier avec toutes ses dimensions dimplication personnelle et dapprentissage collectif ; mais elle alimente souvent des processus danimation et déducation (tels les ateliers dexpression et de création, les séances dinitiation
) ; la diffusion étant considérée comme un prolongement de la création et non comme une simple commercialisation , ce qui provoque des tensions entre les différentes logiques portées par les artistes, les techniciens et les administrateurs.
Dans les SCOP, Claude Vienney avait déjà mis en évidence trois grandes priorités : production avant commercialisation, qualification avant valorisation du capital, investissement favorisant le métier avant lindustrialisation. Nos monographies confirment que les compétences de producteurs et de coopérateurssr sont préférées aux compétences de vendeurs et de financiers (ce qui détermine le choix des dirigeants) ; la logique de métier lemporte sur celle de lindustrialisation ; la formation des hommes est privilégiée à celle du capital (fonds propres, immobilisations) vécue comme contrainte ; la qualité du travail est prise en compte dans le choix des investissements de productivité ; le rapport au territoire (surtout au bassin de vie des salariés) est privilégié à limplantation dopportunité (attrait financier).
A linverse, une approche purement technique de lactivité (par la professionnalisation, lorganisation du travail et linvestissement) ou commerciale (prestation de service) ouvre la porte à la banalisation et à la concurrence ; ce que suppose linstruction fiscale sur les associations, en considérant le « produit » indépendamment du « projet ».
La conception dactivité socio-technique questionne ainsi la séparation entre le projet et lactivité, et plus généralement entre les fonctions politiques et techniques, généralement à la base de la répartition des tâches entre bénévoles dadministration et salariés. Or les exemples montrent que si les bénévoles définissent le projet alors que les salariés le mettent en uvre, les premiers doivent avoir les compétences suffisantes pour maîtriser la mise en uvre, alors que les seconds doivent y adhérer suffisamment pour intégrer les finalités dans le processus même de production des activités.
En cela, se pose également lenjeu de la professionnalité des bénévoles et de la professionnalisation des salariés qui risquent de se réduire à une forte technicisation et renvoyer le projet à la simple référence parfois incantatoire- aux valeurs et au rituel des AG. Or si la professionnalisation est gage de lamélioration du service rendu, la pure technicisation, à laide de normes standard pour améliorer la productivité, risque de dépolitiser le projet, et de déshumaniser les relations sociales.
2.3. Lentrepreneuriat collectif ou la question de la démocratie et de lapprentissage collectif
Traditionnellement, les organisations déconomie sociale et solidaire sont définies comme des groupements de personnes qui semparent de la forme de lentreprise pour atteindre leurs objectifs. En cela, elles sont des organisations privées (et ne peuvent donc pas sinsérer dans un clivage qui opposerait des acteurs privés et des acteurs publics).
La mobilisation dacteurs sociaux : segmentation ou mixité sociale ?
Cela suppose au démarrage une mobilisation dacteurs sociaux, autour de laffirmation ou de la construction didentités collectives. Cet entrepreneuriat sexprime également à travers les apprentissages de la gestion et du travail collectifs.
Les monographies dassociations dhabitants nous confirment les conclusions des analyses antérieures selon lesquelles ce sont plutôt les catégories sociales intermédiaires (cadres moyens, enseignants, travailleurs sociaux, étudiants
) qui sont à linitiative de la structuration associative. Par contre, nous voyons deux effets dentraînement au-delà de ces milieux sociaux sur des territoires : dune part autour dun équipement de quartier ou village, dans lanimation d activités et festivités périscolaires, ou des activités sportives
; dautre part à partir dassociations parapubliques dans la création de groupes de femmes et dhabitants. Dans ces associations, deux termes qualifient les individus participant au groupement : les « participants » dans les groupes informels ; les « membres » dans les associations formalisées, avec éventuellement la distinction entre membres, membres actifs et membres de droit. Ladhésion formelle et financière nest pas une barrière aux bénéfices des activités.
Dans les SCOP se confirme la prédominance des ouvriers qualifiés et des cadres dans la gestion, mais, quand le sociétariat est ouvert, des mécanismes de promotion interne facilitent laccession à des postes de responsabilité et à la participation aux décisions (dans les CA) à des personnes dont la promotion professionnelle permet la promotion coopérative. La distinction passe donc principalement entre les salariés associés et les salariés non associés (jadis appelés auxiliaires).
Dans la culture, le rôle moteur dartistes « intellectuels » nest plus à prouver, mais là aussi ils exercent des effets dentraînement sur des groupes de jeunes, notamment, moins qualifiés. La distinction entre amateurs et professionnels tend de plus en plus à sestomper au fur et à mesure où un nombre croissant damateurs cherchent à vendre une partie de leur production, dautre part où une part importante de professionnels ne vit pas uniquement de son art.
La question du rapport entre identité et proximité est ainsi posée : en effet si lidentité professionnelle est constitutive des SCOP, lidentité artistique constitutive de nombreuses associations culturelles, dautres identités se forgent sur la base du territoire de proximité géographique (actuel ou passé) : associations dhabitants, associations interculturelles ou de développement culturel, association de jeunes, associations communautaires
. Notre étude révèle néanmoins deux paradoxes : la segmentation sociale et la segmentation spatiale tendent à se recouvrir de plus en plus en milieu urbain (ex RVL), voire périurbain (Le Sou des Ecoles) ; limplantation sur un territoire trop étroit peut savérer un frein au développement de lactivité culturelle (Les Inachevés) ; alors que les SCOP apparaissent relativement attachées à leur territoire compte tenu des caractéristiques des bassins demploi (ex du décolletage), mais leur activité le dépasse largement.
Formalisation et choix statutaires
De ce fait, la question de la formalisation de statuts qui définissent les relations durables entre les membres et avec les tiers nest pas indifférente ; mais la nature des statuts nest « ni neutre ni magique » : la non neutralité apparaît à la fois dans la formalisation ou non et dans le choix des statuts (en loccurrence associatif ou coopératif) ; leur caractère formel apparaît dans la nécessité de dynamiser lorganisation par dautres processus.
Lexemple des groupes informels de femmes ou dhabitants nous montre les limites de la non-formalisation des statuts, marque de la fragilité et de linstabilité de lengagement et facteur de tensions interpersonnelles ; le choix entre lassociation et la coopérative ; lintroduction dassociés extérieurs à la SCOP et la constitution de filiale strictement commerciale (avec question du contrôle dune part, de lexploitation dautre part)
La difficulté du passage des groupements informels dhabitants à lautonomie associative traduit lirrégularité et la personnalisation de lengagement des membres ; le passage du statut associatif au statut coopératif pour les collectifs dartistes nécessite le positionnement des artistes comme travailleurs et la responsabilisation individuelle et collective des salariés ; sagissant de la gestion dun lieu public, cette transformation marque de plus limportance accordée à la diffusion par rapport à la simple création. Dans une des SCOP étudiées, la filialisation sous forme non coopérative est conçue soit comme un prolongement de la production de la coopérative-mère dont les salariés de la filiale deviennent associés, soit comme une simple valorisation commerciale de la production, et les salariés ne sont pas associés. A linverse, des groupes informels se dotent de règles de fonctionnement qui leur assurent une certaine pérennité.
Au-delà des statuts, coproduction, participation, appropriation, autoritédes caractéristiques de fonctionnement
Traditionnellement lexercice de lentrepreneuriat collectif obéit aux principes définis dans les statuts : les statuts associatifs, coopératifs et mutualistes sont basés sur quelques principes simples : la double qualité (dassocié et dusager), la démocratie (un(e) associé(e) = une voix), la propriété collective (les réserves impartageables). Mais le respect formel des statuts, sil est un garde-fou en cas de conflit ou de crise, sil permet de garantir la non appropriation individuelle des résultats et la non délocalisation de lentreprise collective, ne saurait dynamiser lorganisation ni mobiliser lensemble des « parties prenantes ».
Ainsi la notion de double qualité (qui suppose le mono-sociétariat)doit être élargie par la notion plus informelle de coproduction collective associant un nombre plus large dacteurs (usagers ou salariés non associés, bénéficiaires, partenaires
) et plus adaptée à des services relationnels. En effet, si ladhésion formelle est peu revendiquée par les associations dhabitants, ils sont nombreux à participer au moins ponctuellement ; si le nombre de membres est relativement limité dans les associations culturelles, ils sont entourés dun cercle plus large dintervenants et de sympathisants (ex centre de musiques traditionnelles : adhérents de lassociation en m^me temps usagers de certains services ; des usagers non adhérents du service documentation gratuit par ex ; clients de services payants (édition musicales
); si tous les salariés ne sont pas associés dans les SCOP, il est nécessaire de reconnaître leur participation à la création de richesse collective.
Si on passe de la notion de double qualité à la production collective, comment se redéfinissent les relations entre acteurs : peut-on durablement considérer des groupes de bénéficiaires sans les associer dune manière ou dune autre, peut on durablement employer des salariés non associés
sans remettre en cause le projet collectif ?
Aussi la notion de démocratie représentative doit-elle être enrichie par celle de participation : sil est cohérent que les décisions les plus stratégiques soient prises par ceux qui ont engagé leur responsabilité (voire leur capital dans les SCOP), linscription de la gestion collective dans des relations démocratiques formelles nécessite la mise en place de relations et de moyens dinformations beaucoup plus réguliers et diffus.
Pour les décisions quotidiennes, les petites associations semblent utiliser largement les relations informelles (rencontres à la sortie de lécole, communications téléphoniques
) mais, hormis lassociation sportive de jeunes, toutes les associations rencontrées affirment (contrairement aux conclusions de létude de JF Draperi sur les « entreprises sociales ») leur attachement aux règles formelles de la démocratie représentative : elles organisent régulièrement des assemblées générales, des réunions de conseil dadministration et/ou de bureau. Les décisions courantes sont prises par les membres actifs et les décisions stratégiques relèvent de lassemblée générale, préparée par les membres actifs. La dimension démocratique peut remplir une double fonction : dans les petites associations, elle les fait vivre en tant quorganisation du fait de la faiblesse de lactivité ; dans les associations plus importantes, qui gèrent davantage dactivités, elles servent à recentrer lobjet socio-politique.
Dans les associations culturelles, le fort turn over des artistes rend difficile lexercice généralisé de la démocratie représentative, alors réservé aux permanents et à leur cercle de sympathisants. Plus quà la structure, les artistes montrent leur adhésion au projet artistique mis en uvre, ce qui est sans doute un élément de la fragilisation des organisations.
Dans les SCOP, où lorganisation est la plus stable, de nombreux moyens dinformation, de consultation et de participation sont mis en place pour sadapter à lévolution des besoins des salariés non associés et les intégrer dans une dynamique collective.
Mais cest le plus souvent à travers le travail collectif et les apprentissages collectifs que se fait lappropriation du projet.
En effet le travail collectif est particulièrement valorisé, de diverses manières : dans les associations dhabitants dabord par le groupe des membres puis par lorganisation du bénévolat ; lapparition du salariat dans ces associations ne supprime pas le travail collectif mais le transforme. Quatre types de fonctions sont demandées : la participation directe des membres (par définition quand lobjet est le lien social), lanimation dactivités, ladministration et la représentation extérieure (quand lobjet appelle une participation dans des manifestations publiques, ou quand lobjet comporte une dimension revendicative). Son organisation est partout souple et peu codifiée, basée sur la confiance réciproque. Le salariat, traditionnellement issu du bénévolat dans les associations, intervient souvent grâce à des emplois aidés (deux associations employeurs sur trois dans notre échantillon) ou par mise à disposition de personnel municipal. Peu nombreux, les salariés ont de fortes responsabilités et doivent travailler en confiance avec les bénévoles.
Dans les associations culturelles étudiées, le travail collectif est à la base de la création (ce qui ne serait pas le cas dans les arts plastiques) mais aussi de la diffusion et de lanimation. Le recrutement de techniciens et dadministrateurs modifie la relation de travail hors création ; elle peut conduire à des tensions quand les statuts et lengagement diffèrent trop fortement.
Dans les SCOP, le travail coopératif nest pas toujours collectif, en fonction de la division des tâches, mais la polyvalence conduit à donner de lautonomie aux salariés, ce qui nest pas forcément synonyme dindépendance (même si, comme nous lavons vu, certaines SCOP dérivent vers la coopérative dentrepreneurs individuels) ou dindividualisme (même si, pour les nouvelles générations notamment, le projet coopératif semble se réduire à un actionnariat salarié). Elle permet en effet une prise de conscience de la complexité de lentreprise, donc de linterdépendance des différentes fonctions ; elle est, par là même, source de la souplesse socio-productive de lentreprise.
Ce travail collectif est source dapprentissage collectif : la plupart des organisations montrent une forte dimension éducative. A ce titre, on peut parler dorganisations « apprenantes » ou bien dentreprises « qualifiantes », à la fois par des apprentissages « sur le tas », par des accompagnements plus individualisés et par des stages de formation spécifiques. Ceci se joue à plusieurs niveaux ; dabord dans lorganisation de la vie collective (socialisation, animation) ; puis dans lacquisition de compétences et de responsabilités « professionnelles » dans la production de services (organisation dactivités, acquisition de métiers) ; enfin, par laccès à des responsabilités globales internes et externes (gestion et représentation de lorganisation). Cette dernière démarche paraît la plus inaccessible, à travers la difficulté de remplacer des administrateurs, présidents et gérants, mais elles est également la plus exposée à la personnalisation du pouvoir.
En effet, après la phase démergence, après la période « fusionnelle » du démarrage, des tensions ne manquent pas dapparaître, alimentant soit la démobilisation, soit des conflits, propices à lappropriation individuelle ou à la vacance du pouvoir.
Labsence de pouvoir (étudiée dans la SCOP C10) est un facteur de désordre et dinertie : les décisions sont prises trop lentement pour assurer la pérennité de lorganisation. A linverse, la transformation de lautorité des dirigeants en pouvoir personnel est facteur de démobilisation. La présence d'une Direction (au sens large du terme) faisant autorité , dont la légitimité nest pas contestée, est l'un des facteurs-clés de la cohérence ou de la réussite de la démarche collective ; car cette autorité est le lieu d'expression d'un équilibre de forces qui, plutôt que de s'épuiser dans une opposition infinie, dépassent l'opposition pour renforcer et représenter l'entrepreneuriat collectif : plus partagée et disposant de moins de prérogatives quune direction patronale, lautorité associative et coopérative a, par contre, plus de responsabilités dans la coordination et la régulation des tensions propres à tout collectif de travail.
Ainsi, pour dynamiser ces organisations, pour élargir leur audience au-delà du cercle, souvent restreint en nombre comme en diversité, des membres associés, pour les inscrire durablement dans le champ des services relationnels, la réalité de lentrepreneuriat collectif dépasse largement les seules règles instituées dans les statuts. Nombre dassociations et coopératives cherchent non sans tension ni résistance- à passer de la simple association dassociés à la coproduction de services (entre usagers, bénévoles, salariés, partenaires extérieurs) ; à enrichir les règles de la démocratie représentative par des moyens dinformation, de formation alimentant la participation directe (pour faire de toutes les « parties prenantes » de réels acteurs) ; à accompagner la propriété collective (à la fois limitée à certains et ouverte à tous) de formes dappropriation collective dans le travail et lapprentissage ; à concevoir la délégation de pouvoir comme lexercice dune autorité légitime plutôt que dune direction toute puissante
De même le principe de non lucrativité ou de lucrativité limitée (conçu uniquement négativement) ne prend tout son sens que complété par des formes de mutualisation. Ces caractéristiques de fonctionnement peuvent être représentées dans le tableau suivant :
Principes statutairesCaractéristiques de fonctionnementDouble qualitéCoproductionPropriété collective
(réserves impartageables)Appropriation par le travail et lapprentissageDémocratie représentativeInformation, formation, ParticipationDélégation de pouvoirAutorité légitime
Non lucrativité ou lucrativité limitéeMutualisation des risques, des temps, des compétences, des ressources, des revenus
2.4. La mutualisation : réciprocité et solidarité
Le terme de mutualisation est souvent entendu selon deux significations distinctes : léchange mutuel qui suppose la réciprocité entre les co-échangistes ; la redistribution qui suppose une solidarité du plus fort au plus faible ; en sachant que le terme dentraide pourrait être un intermédiaire entre les deux fonctions.
Limportance de la mutualisation dépend du degré de linterdépendance et de la construction de la relation entre intérêts individuels et intérêt collectif :
Les associations dhabitants opèrent un certain passage entre intérêts individuels et intérêt collectif tout en répondant à des intérêts individuels : la régie de quartier a pour objet lintérêt du quartier, mais cela passe aussi par linsertion individuelle dhabitants - salariés ; le groupe de femmes répond dabord à des besoins individuels de rencontre, de sortie
mais contribue à constituer un collectif qui a sa propre dynamique.
Dans les organisations culturelles, lintérêt individuel de lartiste ne peut être satisfait que par lengagement dans le travail collectif : lassociation de peintres amateurs a pour but de satisfaire les intérêts individuels des peintres qui cherchent à exposer leurs uvres, mais elles présentent aussi un intérêt pour la collectivité locale, qui explique la mise à disposition gratuite dune salle dexposition ; les collectifs de création artistique utilisent lanimation et la diffusion pour exprimer et produire luvre collective.
Dans les SCOP, lintérêt professionnel des salariés ne sexprime que dans lentreprise collective, qui non seulement valorise le travail individuel mais se reproduit grâce à la « force collective du travail ».
La mutualisation sopère donc à plusieurs niveaux : entre membres sur une base territoriale et/ou professionnelle ; avec et par des tiers Elle concerne à la fois la prise de risques partagés pour faire accéder à la fonction dentrepreneur collectif ; le partage des ressources, des compétences, du temps et des productivités, ainsi que des revenus.
La mutualisation des risques
Lassociation et la coopération sont principalement choisies pour leur fonction dintermédiaire collectif (en remplacement des intermédiaires « parasites » que serait lentrepreneur capitaliste ou le marchand) face à la difficulté de la prise de risque individuel et la précarité croissante, et à la volonté de conserver la maîtrise de ses implications.
En effet, alors que laffaiblissement des solidarités antérieures (familiales comme étatiques) tend à reporter le risque directement sur les individus, ces organisations collectives prennent en charge le risque, en assumant une certaine flexibilité à la place de lindividu tout en cherchant à le responsabiliser. Ainsi celui-ci peut accéder au partage de la fonction dentrepreneur, là où il naurait jamais pu se constituer en entrepreneur individuel.
Dans les associations dhabitants, il sagit de prendre le risque du passage de lespace privé à lespace public : pour le groupe de femmes, cest la sortie du cercle familial et lorganisation dactivités extérieures ; pour lassociation du cadre de vie, cest la conception collective du quartier au-delà de lhabitat individuel pour améliorer les conditions de vie; pour le réseau santé, cest lapproche « communautaire » de la santé individuelle pour ne pas se laisser déposséder par le système de soins ; lintégration demplois aidés permet de mutualiser le risque chômage en sadossant à la solidarité nationale
Dans les associations culturelles ; il sagit du risque de la valorisation des talents individuels : que ce soit la production damateurs ou la création par des professionnels, afin dune part de ne pas laisser des talents en jachère, dautre part de ne pas être dépossédé par lindustrie culturelle. La création de lorganisation apparaît alors comme un moyen de maîtriser lactivité. Il sagit également du risque de lactivité professionnelle, qui est mutualisé dans lassociation tout en sadossant sur la solidarité des salariés (statut dintermittent).
Dans les SCOP, la mise en commun concerne également le risque professionnel, auquel sajoute le risque financier de lapport en capital : la mise en commun des outils de travail et des marchés permet non seulement des les élargir mais aussi de conserver la maîtrise de son métier.
Les individus transfèrent alors à lorganisation leurs rapports aux instances publiques et aux marchés : les associations dhabitants les représentent auprès des autorités locales et les font accèder à des ressources innacessiblesinaccessibles individuellement ; les collectifs dartistes négocient avec les administrations culturelles ; les SCOP construisent les réseaux de clientèle au-delà dune clientèle artisanale. Toutefois, la question de cette mutualisation est particulièrement sensible lorsque lassociation ou la coopérative se trouve confrontée à un choix restreint, dans une situation de rareté, qui loblige à déterminer quels seront les participants à une activité, quels seront les artistes mobilisés sur un spectacle, ou bien quels seront les salariés qui échapperont aux licenciements.
La mutualisation des ressources
Les premières ressources mises en commun sont dabord non monétaires ; ce sont des apports en nature par les membres eux-mêmes ; progressivement lorganisation produit ses propres ressources qui deviennent collectives. Ainsi, une association de valorisation du patrimoine cinématographique a fortement bénéficié de lapport de ses fondateurs qui sont des professionnels du cinéma, les compagnies de théâtre vont dabord sappuyer sur des moyens fournis par leurs membres (prêts doutils informatiques, siège social au domicile du président
).
Lorganisation peut être aussi un moyen de mutualiser un réseau pour permettre la diffusion : cest la stratégie poursuivie par une compagnie, où les deux cofondateurs avaient des réseaux distincts mais complémentaires (réseau des scènes de spectacles pour le metteur en scène, réseau de comédiens pour lautre).
La mutualisation des compétences et des temps
Les petites associations mutualisent principalement, mais non exclusivement, des moyens non matériels : des compétences et du temps,, le plus souvent bénévole. Cette mise en commun a pour conséquence la création de deux catégories de membres : ceux qui sinvestissent « membres actifs » et les autres qui peuvent être qualifiés « dadhérents simples ». Ainsi, on peut dire que la solidarité sinscrit au cur même de cette démarche associative, mais elle ne devient pas une finalité de laction et, pour la plupart de ces associations, la solidarité nest quune conséquence de laction et non lobjectif recherché (contrairement aux associations dentraide ou déchange et aux associations caritatives).
Lorganisation culturelle est également le lieu dun partage des compétences entre les différents acteurs : Cette mutualisation des compétences peut se baser sur la mutualisation du temps de travail entre bénévoles et salariés Elle permet également la formation de nouveaux professionnels, dautant plus que ce champ manque fortement de lieu de formation (la mutualisation de la formation qualifiante au sein du GEIQ est un exemple dexternalisation de ce processus de formation mutuelle).
La SCOP est également le lieu dexpression et de mutualisation dexpériences professionnelles et gestionnaires diverses ; non seulement les fonctions de direction sont la plupart du temps bénévoles, mais il existe en leur sein une forte tradition de « compagnonnage » professionnelle, complétée par une transmission de savoirs en gestion.
Les conseils dadministration, plus rarement les assemblées générales, sont en effet des lieux privilégiés de transmission et dacquisition de compétences gestionnaires et stratégiques.
La mutualisation des productivités et des revenus
s
Dans les associations dhabitants, la faible part du salariat (et leur financement principalement sur ffonds publics) réduit la mutualisation à lades productivités à celles des bénévoles. Par contre, une certaine mutualisation peut sopérer entre usagers lorsque les tarifs daccès au service peut être sont modulés suivant la catégorie de lusager (individuel ou collectif). Cela est une pratique courante pour un certain nombre de lieux de diffusion. Dans dautres cas, le choix est fait dune tarification unique au coût le plus bas possible qui est vue comme rendue nécessaire selon les responsables (même sils déplorent la faible part dautofinancement qui en découle et donc la forte dépendance de financements publics) de ces organisations par leur rôle de diffusion de la culture au grand public. Le centre de musique facture ainsi ses prestations de gestion et de comptabilité à destination des groupes musicaux suivant le volume dactivité généré.
lusager ou selon son revenu.
Dans les associations et coopératives faisant appel aux salariés, la mutualisation des productivités se traduit dans lécrasement de la hiérarchie des salaires (parfois allant jusquà la stricte égalité) qui ne reflète plus les différences de qualifications reconnues sur le marché du travail. Dans les coopératives, cette mutualisation existe également dans le partage des excédents, quand il ne dépend pas uniquement de la quantité de travail et surtout du montant des rémunérations.
La nature de la mutualisation est différente selon quelle concerne dabord les professionnels ou les usagers :
Dans le cas des organisations culturelles ayant un objectif majoritairement à destination de professionnels, cette mutualisation peut concerner les salaires : soit équivalent pour tous les intervenants salariés (par exemple pour tous les intermittents salariés), soit modulé même par rapport aux grilles conventionnelles (entreprises du spectacle, radios associatives
).
Le recrutement des nouveaux salariés peut ici se faire de manière affinitaire et non nécessairement sur les diplômes. Cest le cas dun centre de musique où les nouvelles personnes embauchées lont été sur un profil damateurs et de passionnés des musiques traditionnelles, plutôt que directement sur leurs compétences techniques affichées.La solidarité externe
On peut donc souligner le caractère hybride de certaines organisations, consécutif à des compromis autour de lobjet social (accessibilité des services à destination des membres adhérents, caractère militant et engagé des professionnels).
La mutualisation des risques
La mutualisation se concrétise par un partage des revenus dans une organisation pour faire face aux risques et à la flexibilité éventuelle des revenus. On peut souligner ainsi le cas des vacataires assurant la visite des musées locaux qui, par lassociation, crée une structure de répartition de lactivité (on va décider collectivement de privilégier telle ou telle autre personne et mutualiser ce qui personnellement pourrait être vécu comme de la précarité). Dans dautres compagnies caractérisées par la multiplicité des projets artistiques défendus, des péréquations peuvent être effectuées entre des projets dont certains peuvent être moins rentables que les autres. Il est notable que dans de nombreuses organisations assurant une activité forte de création ou de production, les modes de rémunération soient relativement égalitaires .
Des ressources, monétaires et en nature
Les petites associations mutualisent principalement des moyens non matériels : des compétences et du temps. De même les moyens matériels peuvent être mis à la disposition de lassociation par les membres qui consacrent le plus de temps à lassociation. Les moyens ne sont pas également répartis, ce qui justifie parfois la distinction entre membres actifs et les autres. Ainsi on peut dire que la solidarité sinscrit au cur même de la démarche associative puisque tous les adhérents bénéficient de la même façon des résultats de laction collective, quel que soit leur niveau dengagement. Mais la solidarité nest pas la fin de laction (hormis dans le groupe de femmes organisé par des travailleurs sociaux), pour la plupart de ces associations, elle nest quun moyen ou la conséquence de laction et non pas la finalité recherchée.
Toutefois, lorsque lassociation se trouve confrontée à choisir des participants à une activité donnée, la question de la mutualisation devient particulièrement sensible et source de tensions, notamment dans les groupes informels qui nont pas structuré laccès aux activités.
La progressivité mise en place au sein de certaines organisations est un moyen dassurer le passage dune source de revenus à lautre.
Ainsi par exemple le GEIQ est un moyen dassurer le passage de revenus de la formation professionnelle aux revenus issus du salariat et notamment de lintermittence. Dautres organisations culturelles par leurs activités de consolidation des activités amateurs devenant professionnelles sont un moyen également daide à la progressivité des revenus.
Des compétences
Des temps et des productivités : la hiérarchie des salaires
Des revenus
Lassociation dusagers peut opérer une redistribution monétaire en pratiquant des tarifs dadhésion ou dactivité différenciés selon le revenu des membres. Inversement, la redistribution est externe lorsque lassociation reçoit des subventions pour des projets ou subventionne des projets extérieurs (le Sou des Ecoles) ; lassociation joue alors le rôle dintermédiaire à partir ou au profit dun tiers. De façon générale, dans léchantillon étudié, la redistribution est inversement proportionnelle à la taille de lassociation : plus elle est petite, plus la redistribution envers lextérieur est importante ; plus la structure saccroît, plus les frais de structure absorbe la majeure partie des ressources monétaires et demande une aide extérieure qui naméliore pas la situation individuelle des membres mais permet à lassociation de pérenniser son action.
Solidarité externe au groupe
Les associations sont également prises dans des circuits de solidarisation externe : nous lavons vu avec lemploi des contrats aidés et laccès à des subventions publiques.A partir de lextérieur : financement public, engagement collectif (ex autre assocation sur le territoire Elles participent également à dautres formes de solidarité sur un territoire, comme le montre le Sou des Ecoles, mais aussi les différentes relations associatives ; par contre elles sont peu associées dans des réseaux nationaux (hormis les parents délèves et le cadre de vie).
A linverse, les associations culturelles et les SCOP participent plus particulièrement à des réseaux de solidarité professionnelle : union coopérative ou union professionnelle, réseaux fédératifs ou syndicaux dans la culture
Dans associations dhabitants Par contre, les formes de solidarité, hors territoire dune part, hors secteur dactivité dautre part, sont relativement rares : généralement ponctuelles en fonction dun événement extérieur dramatique (solidarité avec lAlgérie par exemple).:Un peu de solidarité externe (sur le territoire ou pour une cause ponctuellement), peu de solidarité dans réseaux nationaux (parents délèves, cadre de vie ?)
Dans associations culturelles, Mutualisation dans des réseaux
2.5. Lutilité : critère dappartenance ou dévaluation publique ?
La notion dutilité dans léconomie sociale et solidaire ne peut se réduire ni à lutilité économique (ce qui se vend et sachète) ni à lutilité publique (reconnue par un arrêt en Conseil dEtat, mais qui concerne un nombre très limité et parfois des cas « historiques » peu actuels), ni à lexistant (« je suis utile car jexiste »). Comme le statut (et notamment la gestion désintéressée) ne suffit plus à définir le rôle dorganisations qui peuvent prétendre à des exonérations fiscales ou à des financements publics, dautres notions sont donc apparues depuis les années 70 et 80 (projet de loi Henry) pour mieux définir lapport social, collectif, sociétal de certaines organisations ; certains appelant de leurs vux un label dutilité sociale, accordé indépendamment des statuts, en fonction de certaines caractéristiques. Cela montre que lutilité sociale est une construction sociale ; le « compromis institutionnel » entre lEtat, lopinion publique et les acteurs de léconomie sociale (pas seulement associatif mais principalement associatif, cf. introduction) selon lequel leur rôle « allait de soi » est en crise ; il faut construire un nouveau compromis entre la société et ses entreprises (comme le montre également la question de la responsabilité sociale des entreprises lucratives).
Pour notre étude, la question se pose de savoir si lutilité sociale doit être un critère discriminant pour lappartenance à léconomie sociale et solidaire ou si cest seulement un élément dévaluation des engagements publics (agréments, financements, contrats aidés
) ; il convient alors de la définir, ce qui parait impossible dans labsolu ; mais il est possible den dégager néanmoins certaines dimensions que nous pouvons regrouper autour de 3 approches :
( lutilité sociale identifiable dans les résultats obtenus par lorganisation en fonction de ses objectifs « sociaux », généralement en terme de publics et/ou dactivités ; ainsi les groupes de femmes qui font sortir celles-ci de leur isolement ; ainsi les associations damateurs ou dartistes qui leur permettent de valoriser leurs uvres ; ainsi les SCOP qui permettent le maintien dentreprises et la défense ou la création demplois ; cette utilité peut sévaluer par rapport aux objectifs que se fixe lorganisation, ou que des partenaires publics, financiers lui assignent ;
( lutilité collective induite par le mode de fonctionnement collectif de ses organisations, notamment leur participation à une « citoyenneté » active : mobilisation, bénévolat, apprentissage de la responsabilité, de la démocratie, d »entrepreneuriat collectif » (transformation des attentes et aspirations en besoins, demandes et créations, expérimentation et structuration dune offre) et de « solidarité » volontaire (entre membres dun groupe restreint, entre habitants sur un territoire, entre travailleurs dune même profession ou dune même entreprise) ; (la non lucrativité, la démocratie, la solidarité, sont elles des données de lutilité collective : causes ou objets, moyens ou fins ?)
( lutilité « sociétale » plus large, mesurable mais difficilement- par limpact de laction et des activités de lorganisation sur son environnement externe : coûts dopportunité, externalités, effets dentraînement, sur le territoire (développement local), sur la population (développement social), sur les secteurs dactivité (rôle structurant, régulateur ou dérégulateur sur les prix, la qualité, la nature)
.
La notion dactivité socio-économique est au croisement de ces trois dimensions de lutilité. Ainsi, si nous appliquons cette grille danalyse à nos trois champs dinvestigation, il ny a pas de doute que les activités des organisations ont une utilité pour leurs membres (réponse à des besoins de liens sociaux et de services ; réponse à des besoins de maîtrise de laction culturelle ; réponse à des besoins demplois et de qualification) en sachant que cest dans la confrontation entre usagers -ou clients- et salariés que se fonde cette utilité ; que cette utilité de lactivité se double dune utilité sur la transformation des membres par les apprentissages collectifs. Quant à lutilité sociétale, cest dans la nature socio-économique des activités des organisations (le rapport dusage) mais aussi dans le rapport au travail et à largent que lon peut le mieux déceler leur utilité ou désutilité, en fonction des objectifs sociétaux :
- Pour les associations dhabitants, cest largement par la transformation des habitants passifs en citoyens actifs (il faut alors regarder, à moyen terme, les comportements actifs ou de consommateurs passifs au sein de ces organisations et en dehors) et donc la transformation de la vie sociale induite ; par rapport au travail, la mobilisation du bénévolat, lutilisation de contrats aidés, et lintroduction du salariat posent question : ainsi le bénévolat est il un engagement volontaire qui enrichit la personne, la structure et la société ou bien un substitut au salariat ? les contrats aidés participent-ils à la qualification des personnes ou bien à alimenter un marché secondaire du travail ? le salariat, avec ses éventuelles dérogations au droit du travail comme dans la régie de quartier (travail en tranches, travail le dimanche) est il un progrès pour des femmes qui sortent ainsi du travail domestique, et acquièrent des droits sociaux propres et une reconnaissance, et pour la collectivité qui bénéficient dun service pertinent, ou participe-t-il à une plus grande dérégulation du travail source de précarisation ? Il est clair que des garde-fous sont nécessaires pour contenir cette évolution dans des limites profitables à tous et pour en contrôler la diffusion hors de ce contexte.
- Pour les organisations culturelles, dans le cadre de la création et de la diffusion culturelles, plus ou moins reconnues comme relevant de lutilité publique (critère dactivité même si labsence de normes objectives sur le rôle de lart est ici particulièrement prégnant), on voit quelles apportent leur contribution à deux niveaux : à la socialisation et à léducation du public, par des animations, ateliers dexpression, voire des formes dinsertion, dune part (mais elles sont également productrices de loisirs donc peuvent favoriser la consommation culturelle comme simple divertissement, ce qui les met alors en concurrence avec toute lindustrie du spectacle) ; à la formation, la structuration et la valorisation des artistes eux-mêmes, par la mutualisation des compétences et des revenus, dautre part (même sil peut y avoir une appropriation individuelle par le directeur artistique, une segmentation entre permanents et intermittents, des comportements opportunistes par une valorisation externe des productions internes). Ainsi, ces organisations culturelles collectives participent à la (re)structuration dun secteur particulièrement menacé par la transformation du statut dintermittent ; elles peuvent préfigurer de nouvelles formes de régulation du champ.
- Pour les SCOP, cette utilité sociétale renvoie moins à la nature des activités développées (bien quil serait intéressant den étudier le rôle) mais tout d'abord à leur capacité de créer et de pérenniser des emplois, éventuellement de maintenir des entreprises en activité. Leur souplesse leur permet d'organiser et de réorganiser les équilibres existants entre la rémunération du travail, la rémunération du capital et l'organisation du travail de sorte à ce que l'emploi soit le paramètre fixe de leur politique de gestion et non leur variable d'ajustement.
L'utilité sociétale des SCOP tient aussi dans le fait quelles expérimentent la démocratie économique. Lautonomie professionnelle, lorsqu'elle est maîtrisée par le salarié, lui permet d'ouvrir son champ de responsabilités et d'améliorer ses compétences professionnelles et collectives. Elle lui donne non seulement l'opportunité de personnaliser son travail en s'adressant par exemple lui-même aux clients, mais aussi de s'inscrire de façon responsable dans une action collective (dans le cadre par exemple d'une incitation à la prise de parole durant les nombreuses réunions) et d'en tirer des enseignements touchant la citoyenneté. De plus, laccès au sociétariat et son exercice (lorsquils sont ouverts et dynamiques) donnent aux travailleurs la capacité dintervenir dans les décisions stratégiques de lentreprise.
Cette utilité sociale est de plus territorialisée, puisque les SCOP font preuve d'un faible degré de délocalisation, du fait des réserves impartageables qui ne permettent pas les OPA ; elles changent rarement de lieu d'implantation et quand elles le font c'est pour rester dans la même agglomération, avec les mêmes associés. Elles sont donc, sans parfois même que les coopérateurs en aient conscience, des acteurs à part entière du développement local. Cela nexclut pas des comportements opportunistes (utilisation de zones franches, dexonérations fiscales, mise en place de filiales de valorisation, licenciement des nouveaux ou des non-associés en cas de difficulté financière
).
On comprend alors, avec ces deux caractéristiques induisant finalement à pérenniser un emploi local, que certaines SCOP puissent intervenir dans le domaine de l'insertion par l'économique, telle la coopérative de formation issue dune transformation dassociation. Mais lorsqu'elles le font, c'est en s'engageant totalement dans ce métier ; en effet, les SCOP intervenant sur d'autres secteurs n'ont pas ou n'ont plus pour vocation de faire de l'insertion du fait notamment de la forte autonomie qu'elles imposent à leurs salariés.
Trois niveaux dappréciation de lutilité des organisations déconomie sociale et solidaire peuvent être mobilisés.
Sur les personnes, on voit donc assez clairement limpact en terme de :
- émergence dun potentiel dinitiative et de créativité ;
- entretien et adaptation de qualifications professionnelles contre leur destruction ;
- transformation de membres passifs à membres actifs ;
- apprentissage de nouvelles connaissances et compétences ;
- intégration et socialisation, nécessaires à la cohésion sociale ;
mais il y peut y avoir sélection des membres, éviction et hiérarchisation, plutôt que mixité et promotion sociales.
Sur lactivité :
- émergence de nouveaux besoins, et de nouveaux services
- maintien dactivités et demplois face à des restructurations
- enrichissement de lactivité, par les dimensions éducatives, relationnelles
- diffusion et effets multiplicateurs notamment grâce aux fédérations
mais il peut y avoir choix (les financements et les compétences ne sont pas extensibles), repli (et éventuellement concurrence inter-associative) et technicisation (pour des gains de productivité au détriment du relationnel)
Alors quelle est reconnue dans son rôle dinnovation et de laboratoire ou dans celui de palliatif, léconomie sociale et solidaire est moins souvent appréhendée par rapport à son rôle régulateur. Lexemple de la culture, en montre limportance dans la structuration dun secteur en pleine transformation.
Sur le territoire :
- limpact au niveau local, est plus ou moins fort, plus ou moins direct (comme ressource, ou comme source de dynamisation) : assez évident pour une association de cadre de vie sur les conditions dhabitat ; une SCOP industrielle sur lemploi local, ou un complexe culturel sur lanimation et linsertion ; mais plus diffus pour une association de parents délèves ou de santé, une petite association culturelle, une coopérative darchitectes
- Les effets dentraînement au niveau local sont difficilement identifiables dans notre échantillon ; sans doute du fait dune part de la petite taille des associations dhabitants ou culturelles, du rôle très indirect joué par la culture, et de la polarisation des SCOP sur leur secteur dactivité plus que sur leur territoire.
Toutefois ces organisations ne sont pas à labri des fonctions de désutilité ; quelques scandales les ont montrées sous forme exacerbée et de nombreux détracteurs se sont empressés de les relever, (de Kaltenbach au Medef mais aussi à lextrême gauche) dans une version libérale ou dans une version anti-libérale : déresponsabilisation individuelle/collective ; nouveaux intermédiaires / écrans sur le marché ; égoïsme collectif / intérêt général ; dérégulation du travail / acquis sociaux ; désengagement de lEtat / Protection nationale
Mais il ny a jamais de « modèle pur » comme il ny a pas actuellement consensus social sur lutilité elle-même.
Par ailleurs, la question de leur efficacité est une autre question car elle renvoie à la comparaison des moyens mis en uvre par rapport aux objectifs internes poursuivis, et dans une comparaison avec les autres modalités de production possibles dautre part (ce qui nest pas forcément permis par la nature même du produit proposé par les organisations déconomie sociale et solidaire).
En conséquence, il semble difficile de considérer lutilité sociétale des organisations déconomie sociale parmi les critères dappartenance à lESS, car elle na pas de définition objective et commune, et elle ne peut donc pas sexprimer dans des indicateurs simples et consensuels. De même quon nappartient pas au MEDEF en fonction de son degré dutilité, mais en fonction de caractéristiques propres aux entreprises marchandes lucratives (buts et modes de fonctionnement), on appartient à léconomie sociale en fonction de ses projets et spécificités. Lutilité pour les membres est une évidence ; pour des tiers également si cest lobjet de lorganisation ; pour lensemble de la société, cela réside dans le passage entre intérêt collectif et intérêt général, qui échappe en partie aux organisations elles-mêmes.
Cest pourquoi lutilité sociétale relève davantage de lappréhension des Pouvoirs publics qui peuvent lier leurs propres engagements à des critères relevant des impacts externes des organisations (eux-mêmes non indépendants des objets et modes de fonctionnement internes), critères que les chercheurs peuvent aider à mettre en lumière. Souvent en effet, les pouvoirs publics privilégient les fonctions dinnovation (laboratoire) et de substitut daction sociale (palliatif) au rôle structurant et régulateur que peuvent jouer ces organisations dans leur secteur dactivité et sur leur territoire (cest probant pour un secteur hors échantillon quest la finance coopérative et solidaire, à travers les banques coopératives et mutualistes et les mutuelles dassurance et de prévoyance). La priorité à lentreprise lucrative, comme la régulation par la simple concurrence, ont un effet destructeur, et plus coûteux à long terme, que les organisations sans doute moins performantes en période de reprise- qui intègrent les préoccupations sociales et politiques au sein même de leurs activités économiques.
Toutefois la diffusion du bilan sociétal, à partir du modèle élaboré par le CJDES, peut conduire progressivement les organisations à adopter dles critères dutilité sociétale.
Conclusion : : quels rôles pour léconomie sociale et solidaire ? à mettre dans utilité sociétale
Cette interrogation sur les différents niveaux dutilité de léconomie sociale et solidaire pose la question de son rôle économique et social :
Alors quelle est reconnue dans son rôle dinnovation et de laboratoire ou dans celui de palliatif, léconomie sociale et solidaire est moins souvent appréhendée par rapport à son rôle régulateur. Lexemple de la culture, en montre limportance dans la structuration dun secteur en pleine transformation.
Quels rôles ? linnovation : rôle de laboratoire ? rôle palliatif ? éducatif ?rôle régulateur ?
question relative/périodisation
toutes les associations ont été innovantes à leur création mais seules 2 associations sur 10 ont produit récemment de linnovation : la régie de quartier par de nouveaux services et un mode dorganisation du travail innovants (ex gestion dun parking) ; le groupe de femmes qui crée de lanimation et du lien social sur le quartier, tout en assurant la promotion individuelle des femmes.
Question décisive pour la recherche développement dans le champ
Une économie sociale sans rivage (Moreau) ? une segmentation dacteurs et dactivités (Fauquet) ?
Quels choix dactivité ?
A priori une multitude dactivités (120 catégories de la nomenclature dactivités de lINSEE), ce qui laisserait penser que « ni champ réservé, ni champ interdit » (président de la CRESS RA) mais lexamen de lentrée en économie des associations dune part, de lévolution des SCOP dautre part, nous apprend quil y a des conditions culturelles, sociales, économiques et politiques à lémergence et à la durabilité de telles organisations :
celles qui ont un fort contenu identitaire (professionnel, culturel, ou territorial), que lon peut sapproprier ; relationnel (rapport entre les membres, rapport au travail) ; rapport à linvestissement, à la commercialisation, (prolongement du projet et de la production)
Car la nécessité-le besoin ne suffit pas >>> fatalisme
« esprit dassociation » aujourdhui revendication de maîtrise (de son cadre de vie, de son travail, de sa création)
Quelle mobilisation dacteurs ?
- les usagers (habitants, mais difficulté dautonomie et daccession à la gestion) ; au XIXème siècle pas de distinction entre lusager et louvrier ; puis à la fin du XIXè, le magasin coop devint le lieu de socialisation, dentraide et de création dactivités sur un territoire, aujourdhui sur les territoires en déclin ? cest lassociation parapublique ? (centre social, MJC, FJT,
) ou para caritative (épicerie sociale) ?
- les salariés (choix entre entrepreneur individuel, salariat typique ?) ; au XIXème revendication de lindépendance / »indigne salariat » mais depuis la fin du XIXème siècle, affirmation du salariat/travail indépendant et distinction entre associés et auxiliaires, aujourdhui diffusion du modèle dentrepreneur-salarié ? coop dactivité et demploi ?
- à la fois salariés, usagers et partenaires (culture mais usagers peu présents ?) retour aux formes de Rochdale ? préfiguration de la SCIC ?
Quest ce quon finance ? quelles activités économiques ou socio-économiques, du fonctionnement (main duvre) ou de léquipement (secteurs capitalistiques) ?
exemple : du café ou des producteurs ? des loisirs ou de la culture ? de la productivité ou de la formation Ce sont ces deux observations qui ont dicté le choix des bases de notre étude.
Qui finance ? les membres, les usagers, les salariés, la collectivité ?
Comment on finance ? niveau des prix et des salaires, dons ou subvention, subvention ou convention, vente ou cotisation ?
3. Les profils : la diversité du champ
Nos trois champs détude, sils ne nous ont pas permis de couvrir lensemble du champ de lESS, nous ont cependant permis dapprocher une certaine diversité du champ, c'est-à-dire la diversité des modalités darticulation entre les logiques dactivité, dentrepreneuriat et de mutualisation (comme la logique lucrative couvre des modèles dentreprise très différentes). La question est de voir où sont les priorités et quelles sont les variables dajustement par rapport à ces priorités.
Des associations dhabitants aux filiales de coopératives, en passant par les organismes culturels, nous avons couvert les trois grandes dynamiques proposées par JF Draperi , que nous lisons davantage dans le lien entre projet socio-politique et activité économique :
( des organisations dont lobjet principal est la rencontre (le lien social) puis lexpression de besoins sur lespace public (la revendication), dans lesquelles le projet social et/ou politique est principal, lactivité économique nétant quun moyen à lappui de ce projet ;
( des organisations dans lesquelles la maîtrise politique de lactivité passe par la structuration économique, « léconomie sociale instituante » ;
( des organisations dans lesquelles lactivité et la structure économiques portent le projet politique de défense de lemploi et de maîtrise du travail, se rapprochant de « léconomie sociale instituée ». Même si les contraintes de la concurrence marchande affaiblissent la dynamique solidaire et démocratique, il semble que ces organisations conservent une forte spécificité dans un contexte de financiarisation de léconomie et de lutilisation du travail comme simple variable dajustement.
Nous pouvons alors dégager, au sein de chaque dynamique, un certain nombre de profils dorganisations qui combinent action socio-politique et activité économique, création-animation et diffusion-commercialisation, activité professionnelle et activité financière.
3.1. Les associations dhabitants : la relation entre projet socio-politique et activité socio-économique
Les profils des associations dhabitants expriment bien la relation entre le projet socio-politique et lactivité socio-économique ; si lon renvoie les associations non productives à laction sociale (ménage élargi) ou politique (mouvement social) et les associations strictement gestionnaires à la logique technicienne, la relation entre action et activité partage les associations entre celles dont lactivité économique est totalement subordonnée au projet (bulletin dinformation, organisation de sorties, de débats
) et les associations dont lactivité économique traduit le projet (formations, animations, insertion
.). Quand, sous la pression de la collectivité publique ou de la concurrence, lactivité se substitue au projet au point de le faire disparaître, la logique de gestion professionnelle change la nature de lassociation (voir alors les profils de SCOP).
Les associations dhabitants se positionnent sur une ligne allant de lassociation éminemment socio-politique (que lon pourrait exclure du champ car non économique) à lassociation dans laquelle lactivité économique est au service du projet socio-politique, puis tend à sautonomiser du projet socio-politique, soit par injonction publique, soit par marchandisation ; pour les premières, la socialisation entre les membres, et la notoriété sur lespace public sont les premiers critères defficacité, ce qui tend à minimiser le rôle économique de lassociation (ex. association de parents délèves, groupes de femmes et dhabitants); pour les secondes (telles lassociation damateurs, lassociation communautaire, lassociation du cadre de vie), la production économique est un simple support de laction sociale, artistique ou politique ; enfin dans les troisièmes (comme le réseau santé, lassociation de défense du patrimoine ou la régie de quartier), le projet social ou politique passe essentiellement à travers la nature de lactivité socio-économique.
SHAPE \* MERGEFORMAT
3.2. Les organisations culturelles : la relation entre enrichissement de lactivité artistique et développement techniquenature de lentrepreneuriat collectif
Les profils des organisations culturelles nous montrent différentes logiques : la valorisation damateurs qui restent dans un cadre de loisirs ; la maîtrise professionnelle de la création par la construction dun collectif dartistes ; lenrichissement de lactivité artistique par des activités daccompagnement et de transmission (animation, formation) ; et les processus axés principalement sur la diffusion et la commercialisation. La commercialisation de lactivité culturelle (par la reproduction dun bien ou service clairement identifié) se distingue de la simple diffusion (accompagnement par une relation nouée autour de lobjet culturel) par une tendance à la segmentation et à la spécialisation des activités (on passe alors dun enrichissement socio-technique de lactivité par la création, lanimation, voire léducation, à un développement strictement technique) ; cette évolution peut conduire à une logique artisanale (individualisation du projet tel quil nimplique plus la participation et ladhésion dun collectif) encouragée par les Pouvoirs Publics (PP) qui font des délégations personnalisées, et/ou bien à une logique financière (qui pourrait se caractériser alors par un retournement : lobjet artistique comme moyen et non plus comme fin).
3.3. Les SCOP : la relation entre défense mutualisation de lemploi et démocratie économique
Notre échantillon, et les variables étudiées, nous conduisent à différencier des profils de SCOP selon les objectifs et les modalités de fonctionnement ; ces profils sont caractérisés soit par la logique coopérative qui tente de concilier défense de lemploi, qualification et démocratie interne ; soit par la logique professionnelle qui se polarise principalement sur lautonomie et la qualification professionnelles ; soit par la logique industrielle dans laquelle la défense de lemploi salarié prédomine sur les autres objectifs ; enfin par la logique de financiarisation quand le poids et linfluence des financeurs risquent dorienter lentreprise vers linstrumentalisation de lemploi ou que les salariés des filiales sont utilisés pour valoriser le travail et le revenu des associés.
Conclusion : laune diversité des réglages organisationnels
Ces divers profils nous montrent quil nexiste pas de modèle « pur » dESS, contrairement à ce que tend à montrer la théorie, qui procède par simplification et abstraction, mais une grande diversité de formes dentrepreneuriat collectif et de « réglages » entre action socio-politique et activité économique, entre la conception de lactivité et celle de lentrepreunariat collectif, entre les degrés de mutualisation et de démocratie économique. e et Eentre les exigences du développement des services pour les usagers et des emplois pour les salariés, les nécessités etet les ambitions de la démocratie et de la solidarité, les modalités darbitrage et de combinaison sont multiples. Les organisations déconomie sociale et solidaire sont encore des objets et des acteurs des transformations socio-économiques en cours ; on peut penser que les processus ne sont pas encore totalement stabilisés pour donner la photographie et les outils danalyse définitifs du champ ; néanmoins, cette étude montre que les mêmes questions se redéfinissent : celle de la nature des acteurs qui semparent des formes de mutualisation économique pour répondre à leurs besoins et à leurs aspirations, celle des activités qui peuvent être recomposées par lentrepreneuriat collectif, celle des règles structurant les relations entre les acteurs,les activités et leur environnement.
Comme lESS du XXème siècle a été sensiblement différente de celle du XIXème siècle, on peut présager que celle du XXIème siècle sera sensiblement distincte de celle du XXème siècle ; au XIXème siècle, dans une quête de reconnaissance, les « institutions du progrès social » ont été classées selon leurs « sources » et leurs « buts » ; au XXème siècle, dans un processus dinstitutionnalisation et de différenciation, la référence principale sest concentrée sur les rapports formels entre les associés et avec les tiers codifiés dans les statuts et ; au début du XXIème siècle, quand les repères habituels sont bousculés (notamment la distinction public-privé), et que les pratiques sont interrogées, de nouveaux « référentiels » ne peuvent se construire selon un schéma purement négatif (ni marché ni Etat, ni privé ni public) ou statutaire (doù la profusion de « chartes » et plus généralement le questionnement de la responsabilité sociale de lentreprise). Il sagit donc de regrouper les organisations autour de dynamiques communes (qui croisent les finalités et les caractéristiques) : dynamique dentrée en économie, dynamique de constitution de lentrepreneur collectif autour du projet, de solidarisation des membres
Certaines associations et coopératives sont tirées vers les logiques artisanale et lucrative, alors que la Cour des Comptes est vigilante sur les associations parapubliques. ? Lappartenance à léconomie sociale et solidaire dépend donc largement du consensus sur les valeurs de la société dune part pour définir le bornage de léconomie (entre logique domestique et logique financière) et dautre part pour définir les attentes en terme de démocratie et de solidarité.
autre schéma ou bien superposition des schémas avec lhypothèse que les modes de fonctionnement sont reliés à larticulation socio-pol/socio-éco ?)
Bibliographie
Bibliographie générale
HE. Anheire, Pour une révision des théories économique Ledu secteur sans but lucratif, RECMA, n° 257
Annales de la recherche urbaine, n° 89 : « Le foisonnement associatif », juin 2001.
E. Archambault, Le secteur sans but lucratif, Economica, 1996.
A. Archimbault, « Léconomie alternative, forme radicale de léconomie sociale, RECMA, n° 256, 1995.
M. Barthélémy, Associations : un nouvel âge de la participation, Presses de Sciences-Po, 2000.
E. Bidet, Léconomie sociale, Le Monde éditions, 1997.
F. Bloch-Lainé (dir.), Faire société. Les associations au cur du social, Syros, 1999.
F. Boitard, « LEtat et les associations, entre méfiance et allégeance », Hommes et Migrations, n°1229 : « Vie associative, action citoyenne », janvier-février 2001.
R. Boyer, Y Saillard (dir.), La Théorie de la régulation, La Découverte, Nouvelle édition, 2002.
M-T. Cheroutre, « Les associations dans la dynamique sociale », RECMA, n° 270, 1998.
J-M. Collombo, M. Parodi, « Léconomie solidaire a-t-elle besoin de léconomie sociale ? », RECMA, n°264, 1997.
Conseil dEtat, Les associations reconnues dutilité publique, La Documentation Française, 2000.
Conseil National de la Vie Associative, Bilan de la vie associative 2000-02, La Documentation Française, 2003.
Conseil Supérieur de la Coopération, Rapport 2002, DIES, Délégation Interministérielle à lInnovation Sociale et à lEconomie Sociale, 2003.
DARES, « La micro-association : un compromis entre travail indépendant et salariat, le cas des professeurs de danse », Travail et Emploi, n° 75, 1998.
D. Demoustier, ELéconomie sociale face à la concurrenceet construction européenne, RECMAn° 261, 3è trimestre 1996.
D. Demoustier, Le rôle des organisations privées dléconomie sociale dans la régulation de loffre de services et du marché du travail, Actes desu XIXè journées decolloque lAES, LHarmattan, 1999.8 ?
D. Demoustier, Lemploi dans léconomie socialeLéconomie sociale et les transformations de lemploi, RECMA, n° 274, 4è trimestre 1999.
D. Demoustier, Léconomie sociale et solidaire, sassocier pour entreprendre autrement, Syros, 2001.
D. Demoustier, « Le bénévolat, entre militantisme et volontariat », Revue Française des Affaires Sociales, 4è trimestren°4, octobre-décembre 2002.
D. Demoustier, M-L. Ramisse, « Essai de construction de profils socio-économiques dassociations », RECMA, n° 272, vol. 78.
2è trimestre 1999.
D. Demoustier, D. Rousselière, « Lapport des organisations déconomie sociale et solidaire au débat sur la recomposition du travail et de lactivité », colloque AES, Grenoble, à paraître septembre 2003.
D. Demoustier, D. Rousselière, « « , colloque AES, Grenoble, à paraître septembre 2003
M. Delattre, « Professionnalisme et bénévolat : alibi de l'amateurisme ou crise des discours ? », RECMA, n° 283, février 2002.
H. Desroche, Le projet coopératif, Editions Ouvrières, 1976.
H. Desroche, Sociétaires et compagnons, Editions Ouvrières, 1981.
H. Desroche, Pour un traité déconomie sociale, CIEM, 1983.
DIES, Délégation Interministérielle à lInnovation Sociale et à lEconomie Sociale, Les actes des Assises nationales de la vie associative, 2000.
J-F. Draperi, « Léconomie sociale, un ensemble dentreprises aux formes infiniment variées », RECMA, n° 268, 2è trimestre 1998.
J-F. Draperi, L-M. Jan « Lémergence de lentreprise sociale, les initiatives et les innovations dans léconomie sociale », Fondation Crédit Coopératif, 2002.
C. Dunoyer, Traité déconomie sociale, Paris, 1830.
B. Eme,
G. Fauquet, Le secteur coopératif, Institut des études coopératives 1935.
J. Gadrey, « Le tiers secteur comme objet détude : quel objet, quelles études ? », Sociologie du travail, Vol 42, n°4, octobre-décembre 2000.
M. Garrabé, L. Bastide, C. Fas, « Identité de léconomie sociale et de léconomie solidaire », RECMA, n° 280, 2001.
C. Gide, Les institutions du progrès social, 1905
C. Gide, cours au collège de France, 1927-28.
Gins, Actes du colloque Le Mans 1979.
A. Gueslin, Linvention de léconomie sociale, Economica, 1998.
H. Hansmann, The ownership of enterprise, Harvard University Press, 1996.
INSEE, Tableaux de l'économie française 2002-2003.
P. Kaminski, « Lemploi au service du projet associatif ? », La Tribune Fonda, n° 118, mai 1996.
J-L. Laville (dir.), Les Services de Proximité en Europe, Syros, 1992.
J-L. Laville (dir.), Léconomie solidaire, une perspective internationale, Desclée de Brouwer, 1994.
J.L. Laville, « Vers une économie sociale et solidaire ? », RECMA, n° 281, 2001.
J.L. Laville, R. Sainsaulieu, Sociologie de lassociation. Des organisations à lépreuve du changement social, Desclée de Brouwer, 1997
MAUSS, Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales, « Une seule solution, lassociation ? Socio-économie du fait associatif », La Revue du MAUSS, n° 11, 1998.
A. Meister, Pour une sociologie des associations, Editions Ouvrières, 1972.
A. Meister, La participation dans les associations, Editions Ouvrières, 1974
J. Mengin, J-P. Worms, M-O. Baruch., « Associations : à nouveaux défis, nouvelles pratiques », La Tribune Fonda, n° 148, 2001.
G. Neyret, J-M. Nivlet, D. Rault, Associations régies par la loi de 1901, Rapport de la Mission du CNIS, n°44, novembre 1998.
A. Ott, Traité déconomie sociale ou léconomie politique au point de vue du progrès, 1851.
M. Parodi, Une fonction de préférence coopérative entre utilité individuelle et utilité collective ? RECMA, n° 275-76, avril 2000.
K. Polanyi, « La fallace de l'économisme », Bulletin du MAUSS, n°18, Mai 1986.
G. Procacci, Gouverner la misère, la question sociale en France, 1789-1848, Le Seuil, 1993.
Revue Autrement, Et si chacun créait son emploi ?, sept. 1979.
Revue de léconomie sociale, n°XIX, Les expositions universelles.
Revue internationale du travail, octobre 1948.
RECMA, Revue des études coopératives, mutualistes et associatives : de nombreux articles sur les associations. Voir également le site internet.
A. Supiot (dir.), Au-delà de lemploi, Flammarion, 1999.
Tribune Fonda, « Les Assises nationales de la vie associative », n° 136, 1999.
C. Vienney, Economie du secteur coopératif, Cujas, 1966.
C. Vienney, Initiation à léconomie politique par lanalyse de texte, La force des forts de Jack London, Intermédia, 1977.
C. Vienney, Socio-économie des organisations coopératives, CIEM, 1980 (2 tomes)
C. Vienney, Les institutions déconomie sociale, document ronéoté, DESUP Economie Sociale, Paris I, 1986
C. Vienney, Léconomie sociale, Repères, La Découverte, 1994.
L. Walras, Etudes déconomie sociale, 1896.
B. Weisbrod, The non profit economy, Harvard University Press, 1988.
Bibliographie sectorielle
Associations dhabitants
M. Amzert, « Les comités dintérêts locaux de lagglomération lyonnaise », Les Annales de la recherche urbaine, n° 89 : « Le foisonnement associatif », juin 2001, pp. 70-78.
R. Balme, « La participation aux associations et le pouvoir municipal », Revue française de sociologie, XXVIII, 1987.
R. Balme, « Des maires sous quelles influences ? L'impact des groupes d'intérêts sur les politiques municipales dans les grandes villes », Politix, n° 7-8 : « Lespace du local », 1989, pp. 109-115.
R. Benattig, C. Kretzschmar, Recherche action sur lémergence de la vie associative dans les quartiers (rapport pour la DDJS, DDASS, Préfecture de la Loire, FAS Rhône-Alpes), Economie et Humanisme, juillet 2000.
CRDSU, Centre de Ressources pour le Développement Social Urbain, « Participation des habitants ou capacitation ? », Les Cahiers du DSU, n° 26, mars 2000.
C. Demassieux, Les jeunes et le monde associatif dans les quartiers en difficulté (rapport officiel au Premier ministre), 1996.
M. Do Ceu Cunha, Famille et association chez les Portugais de France : des espaces dacculturation intergénérationnels, LHarmattan, 1996.
FONDA Rhône-Alpes, Etat des lieux. Diagnostic des groupes dhabitants et associations dhabitants impliqués dans lamélioration de leur environnement social (rapport pour la Communauté urbaine de Lyon, la Préfecture du Rhône et le FAS), document provisoire, janvier 2002.
C. Foret, A. Mollet, Mouvements associatifs nationaux dhabitants et dusagers et aménagement urbain, (rapport pour le Plan urbain, Ministère de léquipement), CERFISE, Centre dEtudes, de Recherches et de Formation Institutionnelle du Sud-Est, octobre 1996.
J. Ion (dir.), Lengagement au pluriel, Publications de lUniversité de Saint-Etienne, 2001.
J. Ion, La fin des militants ?, Editions de lAtelier, 1997.
A. Mabileau (dir.), A la recherche du local, L'Harmattan, 1993.
C. Neveu (dir.), Espace public et engagement politique, L'Harmattan, 1999.
P. Norynberg, Faire la ville autrement. La démocratie et la parole des habitants, Editions Yves Michel, collection Acteurs sociaux, 2001.
B. Roudet, D. Bechmann, L. Baugnet, J. Ion, Des jeunes et des associations, LHarmattan, 1996.
J-C. Sandrier, Associations et Politique de la ville (rapport au Premier ministre), juin 2001.
C. Withol de Wenden, Les associations de limmigration maghrébine : diversité de la mouvance et émergence de jeunes leaders, LHarmattan, 1996.
Organisations culturelles
L. Anselme, M. Sanier, Les salles de cinéma traditionnelles face aux multiplexes en Rhône-Alpes, ARSEC, note de synthèse, septembre 2001.
F. Benhamou, Léconomie de la culture, La Découverte, 2001.
F. Benhamou, Léconomie du star-system, Odile Jacob, 2002.
F. Benhamou, N. Moureau, D. Sagot-Duvauroux, Les galeries dart contemporain en France, Portrait et enjeux dans un marché mondialisé, La Documentation Française, Ministère de la Culture, Département des études et de la Prospective, Questions de Culture, 2001.
J-L. Bernard (dir.), Création artistique et dynamique dinsertion, LHarmattan, 2001.
M-C. Bureau, B. Gomel, C. Iehl, E. Le Dantec, V. Lemaître, C. Leymarie, N. Schmidt, B. Simonin, Les emplois-jeunes dans la culture, Usages et enjeux dune politique de lemploi, La Documentation Française, Ministère de la Culture, Département des Etudes et de la Prospective, 2001.
E. Chiapello, Artistes versus managers, Le management culturel face à la critique artiste, Métailié, 1998.
Cour des comptes, LEtat et les associations dans le secteur culturel, Rapport 1999, pp. 547-608.
CPNEF-SV (Commission nationale paritaire de lemploi et de la formation du spectacle vivant), Le spectacle vivant, La Documentation Française, Collection Prospective Emploi Formation, 1997.
O. Donnat, « Politique culturelle et débat sur la culture », Esprit, novembre 1988.
J. Farchy, D. Sagot-Duvauroux, Economie des politiques culturelles, PUF, Economie, 1994.
H. Glevarec, G. Saez, Le patrimoine saisi par les associations, Ministère de la Culture, Questions de Culture, La Documentation Française, 2002.
G. Guibert, X. Migeot, Les dépenses des musiciens de musiques actuelles en Poitou-Charentes et en Pays de la Loire, Trempolino Pôle de Ressources sur les Musiques Actuelles Poitou-Charentes, 2000.
F. Lextrait, Les nouveaux territoires de lart, une nouvelle époque de laction culturelle, Rapport à Michel Duffour, Secrétariat dEtat au Patrimoine et à la Décentralisation Culturelle, mai 2001.
P-M. Menger, Portrait de lartiste en travailleur, Métamorphoses du capitalisme, Le Seuil, La République des Idées, 2002.
Ministère de la Culture ?
P. Moulinier (dir.), Les associations dans la vie et la politique culturelles, Département des Etudes et de la Prospectives, Collection Les Travaux du DEP, 2001.
SCOP
J. Defourny, Démocratie coopérative et efficacité économique, Bruxelles, Ed. De Boeck Université, 1990.
J. Defourny, « Le rapport au capital, noyau dur de la coopération de production », Economie et Humanisme, n° 341 : « La République des salariés », pp. 28-33, 1997.
D. Demoustier, Entre l'efficacité et la démocratie. Les coopératives de production, Editions Entente, 1981.
D. Demoustier, Les coopératives de production, Repères, La Découverte, 1984.
F. Espagne, « Les coopératives à but social et le multisociétariat », RECMA, n°274, 1999.
F. Espagne, « Travail associé et emploi, le travail associé : un troisième modèle de travail pour lemploi, description et évolution des différents modèle de travail associé en Europe », Texte présenté au 20ème anniversaire du CECOP, 25-27 octobre 1999.
J. Gaumont, Histoire de la coopération en France, FNCC, 1924 (2 tomes).
A. Hirschfeld., Le secteur coopératif en France, La Documentation Française, 1984.
F. Huntzinger, « Les facteurs de cohésion d'un mouvement », Economie et Humanisme, n° 341, 1997, pp. 42-49.
F. Huntzinger, Les dirigeants de SCOP, RECMA
P. Lambert, La doctrine coopérative, Bruxelles, Les Propagateurs de la Coopération, 1964.
A. Lefebvre-Teillard, La société anonyme au XIXè siècle, PUF, 1985.
Participer, n° 591, 2002.- n° 593, 2002.- n° 597, 2003.
Scopedit, Guide Juridique des Scop, 1997.
H Sibille, Les coopératives ouvrières de production dans la CEE, La Documentation Française, 1983.
S. Zaidman., Histoire des SCOP depuis 1954, Thèse Université de Paris VII, 1989.
Etudes de lESEAC-IEPG
ESEAC, Profils socio-économiques dassociations, Rapport pour la DIES, en collaboration avec lassociation AIRES, 1997. RECMA, n°
ESEAC, Les dynamiques demploi dans léconomie sociale, Rapport pour la DIES, en collaboration avec le CIRIEC France, 1998.
ESEAC, La mesure du bénévolat organisé, Rapport pour la DIES, en collaboration avec le CLERSE-CNRS et le LEN-CEBS, février 2001.
ESEAC, Les formes collectives dauto-emploi en France et en Europe du Nord (Allemagne, Danemark, Finlande, Suède), Rapport pour le Centre dEtudes de lEmploi, juin 2001.
ESEAC, La structuration de la fonction employeur dans les associations, Rapport pour la DIES, en collaboration avec lassociation AIRES, février 2002.
ESEAC, Le Tiers Secteur en France, Rapport pour la Communauté Européenne, en collaboration avec le CIRIEC Espagne, mars 2003
ESEAC, Le Tiers Secteur à Malte, Rapport pour la Communauté Européenne, en collaboration avec le CIRIEC Espagne, juillet 2003
Sites internet utilisés
www.ceges.org : Conseil des entreprises et groupements de léconomie sociale.
www.cnc.fr : Centre national de la cinématographie.
www.cnis.fr : Conseil national de linformation statistique.
www.cnra.asso.fr : Conseil national des radios associatives (documents législatifs, accords cadre
).
HYPERLINK "http://www.cnva" www.cnva ?
HYPERLINK "http://www.cpca" www.cpca
www.culture.fr/dep : Département des études et de la prospective (Ministère de la Culture et Communication).
www.culture.fr/rhone-alpes : Direction régionale des affaires culturelles Rhône-Alpes.
http://gallica.bnf.fr : Site des ouvrages numérisés de la Bibliothèque nationale de France (nombreux textes dauteurs du XIXème siècle).
www.fonda.asso.fr : La Fonda, vie associative et rôle des associations.
HYPERLINK "http://www.gnc" www.gnc
www.la-fedurok.org : Fédurok, Fédération des scènes de musiques actuelles.
www.lefourneau.com/lafederation : Fédération des arts de la rue.
www.pole-musiques.com/prma : Pôle de ressources sur les musiques actuelles Poitou Charentes.
http://r.compagnies.free.fr : Regroupement des compagnies Rhône-Alpes.
www.recma.org : RECMA, Revue des études coopératives, mutualistes et associatives.
www.resoscope.org : Réseau des acteurs SCOP.
www.scop.coop : Confédération générale des SCOP.
www.scop.org : Union régionale des SCOP Rhône-Alpes.
www.travail.gouv.fr : Ministère du Travail, des Affaires Sociales et de la Solidarité.
www.vie-associative.gouv.fr : DIES, Délégation interministérielle à léconomie sociale.
Projet socio-politique : dans les fondements, dans les activités, dans les finalités
Commentaires généraux sur les associations dhabitants
projet socio-politique : social (rencontre, ouverture, sorties, accès à , initiatives)
culturel (échange, débats, connaissances, création
politique (expression dintérêts, représentation, revendication, organisation, participation, émancipation)
activité socio-économique : ponctuelles, irrégulières (groupes informels)
faible mais régulière
activité au service du projet
expression de besoins
production de services
entrepreneuriat collectif : groupe informel, question de lengagement, participation, animation extérieure
adhésion, participation, bénévolat
AG, CA = Bureau et bouche à oreille
Ag, Ca, Bureau, Commissions
Mutualisation transmission et apprentissage collectif (échanges)
Du temps
Monétaire (faible)
Un peu de solidarité externe (une cause ponctuellement)
Utilité sociale sur le public
Sur laction et les activités
Sur le territoire
Sur les institutions
Commentaires généraux sur les organisations culturelles
Projet socio-politique soit sur la valeur dusage (économie de service) soit sur la qualification (économie du travail) mais forte imbrication de léconomie du travail sur léconomie du service jusquà lassociation professionnelle ou artisanale
Culture non élitiste, liberté de création (B1) innovation et échanges, développement culturel et artistique (B2), conservation, valorisation du patrimoine et sensibilisation-éducation (B3), mise en réseau (B4) sensibilisation jeune public, accès au plus grand nombre (B5, p. 89) formation et consolidation de la profession, accès aux scolaires, visites + culturelles ? (B6) compagnonnage, formation-création, expérimentation et mise en réseau (B7) auto-emploi, recherche action, socialisation des revenus (B8) non-commercialisation, media populaire (B9) création artistique politique ? (B10)
Dérives : projet professionnel vers commercial (réflexion sur réencastrement)
Projet de service de plus en plus instrumentalisé (création association dusagers)
Auto définition de la culture non élitiste ? (en partenariat avec PP)
Activité socio-économique
Gestion dun lieu, création de spectacles
Centre de ressources, salles de concert, studios répétition, formation accueil information
Conservation, documentation, programmation, formation
Centre de ressources, formation, recherche, aide à la diffusion
Délégation gestion SP, gestion salle spectacles, ateliers, expositions
Visites guidées, formation, prestation concurrentielle
« nécessité de réencastrer lassociation dans une logique associative » p. 96
Formation, mise à disposition, fêtes ?
Création de spectacles de théâtre, ateliers, expositions
Radiodiffusion, manifestations conviviales, ateliers dinitiation
Création, ateliers, fêtes, formation
Entrepreneuriat collectif
Convention établie au nom du directeur artistique (+ licence dentrepreneur), CA coquille vide, séparation entre administrateurs et intermittents
CA avec ville, usagers et participants , question du renouvellement
CA et AG confondus, personnalisation du directeur, cooptation
AG-CA, bénévoles dadministration,
150 adhérents dont 50 actifs (administration, commissions)
22 adhérents, association professionnelle, cooptation, AG = CA
3 cies adhérentes, parrainage des adhérents, confusion salariat administration, CA coquille vide (rôle de la salariée)
cooptation entre amis, AG=CA, bénévolat dadministration et dexpertise, vote double pour les fondateurs
Ag + CA, 50 membres actifs, bénévolat valorisé, pf renouvellement du CA, commissions
AG = bureau (3 membres), création dune association de spectateurs (p. 115)
Mutualisation : réciprocité et solidarité
Mutualisation des risques de la création artistique (jusquoù ?)
Echanges et transfert de savoirs : entre artistes, insertion, formation (jusquau compagnonnage) diffusion
Mutualisation des productivités et des revenus (dans quelle limite ?) ou report sur la collectivité des salariés (statut dintermittent)
Mutualisation des réseaux
Utilité sociale : critère dappartenance ou dévaluation ?
innovation culturelle (création) et pédagogique, lien social, débats
Diffusion des expérimentations
Développement culturel, accès à la culture
Auto-emploi, insertion, formation
Structuration du secteur (collectif dartistes, socialisation et régularisation du revenu, construction de réseaux et de partenariats)
Mais forte dépendance du statut dintermittent et des fonds publics, notamment des contrats aidés dont la disparition peut menacer la structuration du secteur
Mais imposition par les financeurs publics dun fonctionnement artisanal : forte personnalisation du pouvoir
Processus de solidarisation décrit par C. Vienney dans LEconomie sociale, Repères, La Découverte, 1994.
Ainsi, lemploi a augmenté de 15% entre 1998 et 2002 dans les SCOP et de 62% dans les SCOP de services, et entre 1997 et 2002 dans les associations.
C. Dunoyer, Traité déconomie sociale, Paris, 1830.
A. Ott, Traité déconomie sociale ou léconomie politique au point de vue du progrès 1851.
Voir G. Procacci, Gouverner la misère, la question sociale en France, 1789-1848, Le Seuil, 1993.
L. Walras, Etudes déconomie sociale, 1896.
C. Gide, Léconomie sociale, les institutions du progrès social, 1905.
C. Gide, cours au collège de France, 1927-28.
G. Fauquet, Le secteur coopératif, Institut des études coopératives 1935.
H. Desroche, Pour un traité déconomie sociale, CIEM, 1983.
A. Gueslin, Linvention de léconomie sociale, Economica, 1998, p. 1.
Ibid. p.115.
C. Dunoyer, Traité déconomie sociale, t. 1, p. 551.
Ibid. p. 405.
Ibid. t. 2, p. 41.
A. Ott, Traité déconomie sociale ou léconomie politique au point de vue du progrès 1851, p. IX.
Ibid. p. 132.
Ibid. note p. 133.
Programme de P. Buchez 1831, cité par H. Desroche, Sociétaires et compagnons, Editions ouvrières, 1981.
A. Ott, ibid., p.191.
Le terme anglais de coopération a été utilisé en France à partir de 1860 pour différencier lentreprise associative de lassociation politique. Ainsi la revue Association, disparue en 1860, reparaît deux ans plus tard sous le titre La coopération.
Lexposition de 1855 contient une galerie déconomie domestique à partir des réalisations de la Société industrielle (patronale) de Mulhouse.
Cité par H. Desroche, Pour un Traité dEconomie Sociale, p.71.
Revue de lEconomie Sociale, XIX, Les expositions universelles à Paris.
C. Gide avait participé à un cycle de conférences en 1890 organisé par la société suisse déconomie sociale qui distinguait « quatre écoles déconomie sociale » : lécole chrétienne de Le Play, lécole collectiviste, lécole nouvelle de C. Gide et lécole libérale.
Il dénombre plus de 45 000 associations en activité.
L. Walras, Etudes déconomie sociale, 1896.
De nombreuses entreprises en faillite sont alors transformées en SCOP ; une des plus grandes SCOP encore en activité, lACOME, a été créée à cette époque.
La Fédération Nationale des Coopératives de Consommation participe activement au Rassemblement du Front Populaire.
Revue internationale du travail, octobre 1948.
Dune part entre coopératives de production et de consommation pour lémancipation de la classe ouvrière, dautre part entre coopératives de consommation et coopératives agricoles pour lapprovisionnement.
C. Vienney y voit le pressentiment à la fois des destructurations dactivités et du désengagement de lEtat, renvoyant aux acteurs la prise en charge de leurs propres activités non suffisamment rentables et non prioritaires pour la puissance publique qui peut préférer investir dans les nouveaux secteurs davenir (« Les acteurs, les activités et les règles des organisations de léconomie sociale en France », polycopié DESUP, Paris I, 1986).
H. Desroche, Pour un Traité dEconomie Sociale, p. 230.
H. Desroche, Sociétaires et compagnons p. 3.
Ibid. p. 9.
Cité par Gins, Actes du colloque Le Mans 1979, p. 22, ainsi que J. Delors, Revue Autrement, sept. 79.
C. Vienney, Socio-économie des organisations coopératives, (CIEM, 1981), puis étendue à lensemble de léconomie sociale (Repères, La Découverte, 1994)
C. Vienney, Léconomie sociale, p. 71.
Ibid. p. 10.
Ibid. p. 42.
Ibid. p. 48.
Ibid. p.96.
Ibid., p.114
Ibid., pp. 116-117.
Et si chacun créait son emploi ? Revue autrement, sept. 1979
A. Archimbault, « Léconomie alternative, forme radicale de léconomie sociale, RECMA, n° 256, 1995.
J.F. Draperi, L.M. Jan « Lémergence de lentreprise sociale, les initiatives et les innovations dans léconomie sociale », Fondation Crédit Coopératif, 2002.
J.L. Laville (dir.), Léconomie solidaire, une perspective internationale, Desclée de Brouwer, 1994, introduction.
Ibid. p. 168.
Les services de proximité en Europe, Syros, 1992, pp. 207-208.
J.L. Laville (dir.), op. cit. 1995
J.F. Draperi, « Léconomie sociale, un ensemble dentreprises aux formes infiniment variées », RECMA, n° 268, 1998, et J.L. Laville, « Vers une économie sociale et solidaire ? », RECMA, n° 281, 2001.
« Léconomie solidaire a-t-elle besoin de léconomie sociale ? », RECMA, n°264, 1997, p. 60.
E. Archambault, Le secteur sans but lucratif, Economica, 1996.
M. Garrabé, L. Bastide, C. Fas, Identité de léconomie sociale et de léconomie solidaire, RECMA, n° 280, p.30-31.
B. Weisbrod, The non profit economy, Harvard University Press, 1988.
H. Hansmann, The ownership of enterprise, Harvard University Press, 1996.
Cf. chapitre sur les SCOP.
J.F. Draperi, « Léconomie sociale, un ensemble dentreprises aux formes infiniment variées », RECMA, n° 268, 2è trimestre 1998. Cette distinction parait plus pertinente,même si on peut discuter laspect économique de léconomie sociale de rencontre, que lapproche québécoise qui distingue léconomie sociale concurrentielle, marchande et non marchande (communautaire). Voir M. DAmours, « Economie sociale au Québec, vers un clivage entre entreprise collective et action communautaire », RECMA, n° 284, mai 2002.
Ces associations ont un budget compris entre 75 euros et 1 300 000 euros. Ce dernier chiffre correspond au budget de la régie de quartier et est largement au-dessus de la moyenne des budgets des autres associations étudiées. Six dentre elles ont un budget inférieur à 10 000 euros et les autres budgets ne dépassent pas 120 000 euros.
Notamment les Centres sociaux, les MJC, les Amicales laïques
On peut notamment, citer : J.L. Laville, R. Sainsaulieu, Sociologie de lassociation. Des organisations à lépreuve du changement social, Desclée de Brouwer, 1997 ; M. Barthélémy, Associations : un nouvel âge de la participation, Presses de Sciences-Po, 2000.
F. Benhamou, N. Moureau, D. Sagot-Duvauroux, Les galeries dart contemporain en France, Portrait et enjeux dans un marché mondialisé, La Documentation Française, Ministère de la Culture, Département des études et de la Prospective, Questions de Culture, 2001.
Ibid., p. 114.
On peut par exemple penser au rapport de Fabrice Lextrait sur les nouveaux territoires de lart qui étudiait les squats et friches industrielles dartistes. Cf. F. Lextrait, Les nouveaux territoires de lart, une nouvelle époque de laction culturelle, Rapport à Michel Duffour, Secrétariat dEtat au Patrimoine et à la Décentralisation Culturelle, mai 2001.
Les informations sur Rhône-Alpes proviennent d'une note du service communication de l'UR Rhône-Alpes.
La dimension socio-économique de ces petites associations est secondaire, soit parce quelle recouvre un faible volume dactivité, soit parce que ces activités ne sont pas gérées comme des activités économiques pour elles-mêmes.
Principalement hors travail compte tenu du fait que les lieux de vie ne sont pas supposés être des lieux de production/distinction entre bassin de vie et bassin demploi (à lexception des régies de quartier).
Cf. chapitre sur les organisations culturelles.
Représentant environ un tiers des nouvelles associations. Voir à ce propos létude de AIRES sur les créations dassociations publiée dans le bilan de la vie associative : CNVA, Bilan de la vie associative 2000-02, La Documentation Française, 2003.
Il faut préciser ici que le lien social est au cur de lactivité de certaines associations (Association sportive de jeunes, Groupe informel de femmes, Groupe informel dhabitants, Association sur la santé, Association communautaire) ; pour les autres, on peut dire quil est plus secondaire, et souvent la conséquence de laction.
Pour illustrer ce fait, on peut notamment citer lexemple du stationnement. En effet, lassociation milite contre le stationnement « sauvage » ; mais les catégories sociales défavorisées subissent la diminution des places de stationnement « en surface » comme une contrainte supplémentaire, parce quelles ne peuvent pas se payer de places de parking privé, alors que les membres de lassociation semblent avoir les moyens de les financer.
Cela peut aussi signifier que les membres ont reproduit les statuts types en considérant que cétait un modèle obligatoire. Mais lorsquon leur demande si la création officielle de lassociation a été loccasion dune discussion approfondie sur le projet collectif, la réponse est le plus souvent négative.
La mutualisation dans ces petites associations concerne aussi des éléments matériels : les cotisations, lutilisation dapport en nature (matériel informatique, photocopie
).
Mais nous navons pas interrogé lensemble des habitants de leur territoire daction.
Ce sont principalement les associations du cadre de vie qui mènent ce type daction. Et parmi toutes les associations étudiées, une seule fait partie dune commission municipale.
La moitié des associations étudiées bénéficient de subventions de fonctionnement. Leurs montants varient de 75 euros, pour les petites associations subventionnées par des petites communes, à plusieurs dizaines de milliers deuros pour des associations entièrement financées par les pouvoirs publics (principalement municipalités et politique de la ville). Ces dernières sont au nombre de deux dans notre échantillon (association sportive de jeunes et groupe informel dhabitants).
On peut établir un lien entre le type de comptabilité et la façon dont lactivité économique est vécue par lassociation. Ce lien est particulièrement visible entre les associations ayant une comptabilité de « trésorerie » et celles tenant un compte de résultat :- Les associations ayant une comptabilité minimale (cest-à-dire qui tiennent un compte de trésorerie, type entrée/sortie tels le groupe informel de femmes et lassociation de parents délèves) sont celles qui ont le moins conscience de leurs dimensions économiques. Ce type de comptabilité na pas forcément pour corollaire une activité économique faible. Cest ce que montre lexemple du groupe informel, qui a un budget denviron 7500 euros et qui utilise ce type de comptabilité. - La plupart des associations étudiées tiennent un compte de résultat, de type débit/crédit. Ce type de comptabilité ne signifie pas que ces associations aient une conception très développée de leurs activités économiques. Il semble que ce type de comptabilité révèle simplement une volonté de clarification par rapport à une comptabilité de trésorerie. De plus, nous avons même constaté quune des associations, ayant un des budgets les plus importants et une activité économique à part entière, tient un compte de résultat qui ne prend pas en considération les entrées non encaissées au moment de lassemblée générale.
- Une association de léchantillon tient une comptabilité analytique. Elle fait partie des associations ayant une activité économique importante, mais sa « conscience économique » nest pas très développée. Ce type de comptabilité est exigé par les financeurs qui lui demandent de rendre compte de ses activités.
Elles mobilisent toutes les mêmes types de ressources, à lexception du salariat, qui ne concerne que trois associations.
Par exemple, la façon dont fonctionne le Groupe informel dhabitants permet à des activités associatives dexister en ayant un minimum dactivité économique, ce qui semble convenir aux participants.
Lassociation qui porte le Groupe informel dhabitants joue en partie ce rôle, du fait de la variété des actions qui sont proposées, notamment autour du soutien scolaire.
Doù la critique de certains travailleurs sociaux qui considèrent parfois certains participants comme de simples consommateurs.
Cest-à-dire la Régie de quartier, lAssociation artistique et le Groupe informel de femmes, qui, sans être structurellement autonome de ses partenaires, sont très indépendants dans la gestion de ses actions.
C. Vienney, Léconomie sociale, La Découverte, Repères, 1994.
Comme le met en évidence notamment le Contrat dEtudes Prospectives du Spectacle Vivant : CPNEF-SV (Commission nationale paritaire de lemploi et de la formation du spectacle vivant), Le spectacle vivant, La Documentation Française, Collection Prospective Emploi Formation, 1997.
De lordre de 90% comme le relève létude citée à la note précédente.
Ainsi par exemple selon lannuaire 2000 des SCOP, 45 SCOP relève du domaine culturel, dont 29 gèrent des lieux de diffusion conventionnés.
Notons toutefois que lon assiste actuellement à lémergence de ces sociétés de production gérées directement par les musiciens (filiale commerciale de la structure mère ou coopérative de travailleurs).
M-C. Bureau, B. Gomel, C. Iehl, E. Le Dantec, V. Lemaître, C. Leymarie, N. Schmidt, B. Simonin, Les emplois-jeunes dans la culture, Usages et enjeux dune politique de lemploi, La Documentation Française, Ministère de la Culture, Département des Etudes et de la Prospective, 2001.
Voir tableau en fin de ce chapitre.
Même si les dynamiques propres à lorganisation peuvent conduire à une gestion conflictuelle dactivités qui tendent alors à se séparer (voir partie 3).
Entendue comme : « comme le fait de favoriser les échanges entre les groupes sociaux et culturels, lexpression des différents courants socioculturels, le soutien au développement local, la protection de lenvironnement ou la lutte contre lexclusion ». (Loi du 1er août 2000 sur le Fonds de soutien à lexpression radiophonique).
Voir partie 3 du rapport.
Cela est la position par exemple défendue par Pierre Michel Menger, même sil note quil sagit moins dun bouleversement que dun prolongement de la situation actuelle puisque lévolution sur les vingt dernières années entérine le fait suivant : « le travail intermittent a connu une fragmentation grandissante et la concurrence sest faite plus vive entre un nombre croissant dartistes obtenant des parts moins importantes de travail (
) la rémunération médiane par journée de travail a augmenté comme pour compenser partiellement la brièveté accrue des contrats et lintensification de la concurrence interindividuelle dont cette brièveté est lune des conséquences. Pourtant la valeur médiane du revenu annuel total dun artiste baisse, ce qui montre que les employeurs ne procurent pas à ceux quils emploient de manière intermittente une assurance compensatrice contre les conséquences dune croissance déséquilibrée de ce marché du travail » (P-M. Menger, Portrait de lartiste en travailleur, Métamorphoses du capitalisme, Le Seuil, La République des Idées, 2002, p. 94).
Tout en développant des partenariats dactivités avec la compagnie quil a quittée.
Notons que si dans notre échantillon nous navons quun type de coopérative (société coopérative de travailleurs), dautres coopératives existent dans le secteur culturel notamment les coopératives de commerçants détaillants (disquaires ou libraires). Il existe par ailleurs un système mutualiste spécifique au secteur. Si elles sont des sociétés civiles ne relevant pas du statut coopératif mutualiste ou associatif, les SPRD (sociétés de perception et de redistribution des droits), comme la SACEM ou la SACD, sen rapprochent de par leurs statuts et leurs règles internes de fonctionnement. Une seule règle notable différente est à relever : cest la possibilité de redistribution entre les sociétaires des réserves de la société en cas de dissolution de cette dernière.
Voir E. Baron, « Lassociation comme mode de gestion des activités culturelles » in P. Moulinier (dir.), Les associations dans la vie et la politique culturelles, Regards croisés, Ministère de la Culture, Département des études et de la prospective, Travaux du DEP, 2001.
G. Neyret, J-M. Nivlet, D. Rault, Associations régies par la loi de 1901, Rapport de la Mission du CNIS, n°44, novembre 1998, p. 31.
Par exemple dans le livre de F. Benhamou : Léconomie de la culture, Repères, La Découverte, 2001.
Notons par ailleurs que lon a assisté de manière récente à la création de sociétés de production de films sous forme coopérative : cest le cas par exemple de la coopérative « Grain de sable », qui produit notamment les films de Jean-Michel Carré (Charbons ardents). Cf. HYPERLINK "http://www.films-graindesable.com" www.films-graindesable.com.
Voir à cet effet les documents dactivité du GNCR (Groupement national des cinémas de recherche) (cf. HYPERLINK http://www.cinemas-de-recherche.org www.cinemas-de-recherche.org ) et du CNC (cf. HYPERLINK http://www.cnc.fr www.cnc.fr).
Ainsi, dans le secteur des musiques actuelles, près de la moitié des groupes ont comme pratiques lautoproduction ou le label associatif : G. Guibert, X. Migeot, Les dépenses des musiciens de musiques actuelles en Poitou-Charentes et en Pays de la Loire, Trempolino Pôle de Ressources sur les Musiques Actuelles Poitou-Charentes, 2000, p. 7. cf. HYPERLINK "http://www.pole-musiques.com/prma" www.pole-musiques.com/prma.
Il sagit dune SCOP créée dans le secteur des musiques actuelles. Dans ce cadre, le producteur, la SCOP, signe deux contrats avec les musiciens : un contrat de salarié, contrat de tournée sous le régime de lintermittence, renouvelable chaque année - il ny a pas dexclusivité avec la structure, puisque certains musiciens ont dautres activités professionnelles par ailleurs (toutefois vues essentiellement comme complémentaires) ; un contrat de distribution et de production, se basant sur le reversement de la moitié des sommes perçues - à la différence des précédents contrats de distribution signés par les musiciens et qui étaient à durée indéterminée, celui-ci a une durée dinvestissement, les termes en sont remis en cause régulièrement.
Cour des comptes, LEtat et les associations dans le secteur culturel, Rapport 1999, pp. 547-608.
Qui devrait (aux dernières nouvelles) garder la gestion du lieu.
Cétait dailleurs la position de Henri Desroche dans le cadre de son « tableau des entreprises éventuellement composantes dun secteur déconomie sociale » Cf. H. Desroche, Pour un traité déconomie sociale, CIEM, 1983, p. 205.
Voir point 3.
Ainsi, institué en 1967 dans le secteur du spectacle, le régime dindemnisation des intermittents du spectacle relève de lannexe 8 (ouvriers et techniciens de la production cinématographique et audiovisuelle) et 10 (artistes interprètes, cadres, techniciens et ouvriers du spectacle vivant) du régime dassurance chômage de lUNEDIC. Le contrat demploi dintermittent à durée déterminée est autorisé dans les secteurs dactivité où il est « dusage courant » de ne pas recourir au CDI, « en raison de lactivité exercée et du caractère par nature temporaire des emplois » (article L. 122.1.1. 3è du Code du Travail (Loi n°90-614 du 12 juillet 1990) car « la nature de lactivité ne permet pas de fixer avec précision les périodes de travail et la répartition des heures de travail au sein de ces périodes » (article L. 212-4-3), lintermittent est un salarié présumé ayant la faculté de passer contrat successivement et parfois simultanément avec une multiplicité demployeurs. La relation demploi cesse aussitôt accomplie la prestation ou la série de prestation. Ce type de contrat répartit la charge du risque individuel et entrepreneurial, ainsi que les coûts de la flexibilité sur quatre catégories dacteurs : le travailleur, sur qui reposent le poids de la recherche permanente dun travail et, tout particulièrement dans les emplois artistiques, le soin de la préparation de lactivité, lentreprise, qui paie des salaires dont le taux horaire est plus élevé que dans dautres secteurs à qualification donnée afin de compenser la discontinuité de lemploi, la collectivité des cotisants sociaux, du fait du caractère fortement déficitaire du régime et lEtat qui subventionne la production et garantit la viabilité des régimes sociaux. Lorsquun intermittent a atteint ou dépassé un seuil dactivité cumulée de 507 heures sur les douze derniers mois et quil connaît une période dinactivité, il entre pour un an, dans une période dindemnisation pouvant être suspendue à tout moment pour reprendre une activité de courte durée, puis dès la fin de celle-ci, retrouver son état de chômeur indemnisé.
Le secteur culturel se caractérise également par un statut particulier des travailleurs indépendants que sont les artistes. Depuis le 1er janvier 1977, les artistes-auteurs bénéficient d'un régime d'assurance sociale spécifique (articles L.382-1 et suivants et R.382-1 et suivants du code de la sécurité sociale) et à ce titre des prestations des assurances sociales dans les mêmes conditions que les travailleurs salariés, bien qu'étant travailleurs indépendants. Laffiliation à la sécurité sociale se fait par lintermédiaire de la Maison des Artistes. Laccès à ce régime est semblable à celui des intermittents puisque pour la première année dexercice la personne doit justifier dun certain niveau dactivité (en loccurrence un bénéfice commercial égal à 1200 fois le SMIC horaire).
Par exemple E. Chiapello, Artistes versus managers, Le management culturel face à la critique artiste, Métailié, 1998, qui insiste sur une relation entre « artistes » et « managers » ayant plus le caractère dune relation dialectique (pouvant donc être surmontée) que dune simple opposition terme à terme.
Il s'agit du « quadrilatère des acteurs », basé sur une double différenciation entre hiérarchie fonctionnelle et hiérarchie sociale entre la base et le sommet de lorganisation, qui permet de distinguer quatre types d'acteurs ayant des intérêts spécifiques : les membres et les bénévoles à la base ; les administrateurs élus, les dirigeants salariés, les autres salariés. Des relations de coopération et de concurrence entre ces divers acteurs rendent l'organisation d'économie sociale à la fois plus complexe et plus conflictuelle que les autres formes d'organisation mais en même temps plus riche en termes de dynamique sociale et de mobilisation de ressources. Voir H. Desroche, Le projet coopératif, Editions Economie et Humanisme/ Editions Ouvrières, 1976.
H. Desroche, Pour un traité déconomie sociale, CIEM, 1983, p. 165.
Loi du 31 décembre 1992 relative à l'emploi, au développement du travail à temps partiel et à l'assurance chômage.
La formation qualifiante quil met en place est une sensibilisation à la situation institutionnelle et juridique du secteur du spectacle vivant.
Cest le cas également dans les coopératives demploi dans le secteur culturel. Cf. ESEAC, Les formes collectives dauto-emploi en France et en Europe du Nord, Les dynamiques françaises, Rapport pour le Centre dEtudes de lEmploi, juin 2001.
Quon serait toutefois bien en peine de préciser davantage
Et notamment le régime de lintermittence, qui pourrait prochainement être aligné sur celui du travail temporaire.
Ou « la structuration dun ensemble de « contraintes mutuelles » » (C. Vienney, Socio-économie des organisations coopératives, Formation et transformation des institutions du secteur coopératif français, Tome I, CIEM, 1980, p. 393).
Depuis la création fort ancienne des Théâtres nationaux à l'élaboration des premiers CDN, des maisons de la culture, aujourd'hui scènes nationales, des théâtres missionnées aux compagnies subventionnées et aux futures scènes conventionnées, la scène française sest assez tôt dotée de structures solides pour assurer une vie théâtrale à l'ensemble du territoire national. Le service public du théâtre est aujourd'hui constitué de 5 Théâtres Nationaux, 44 CDN, 10 CDR (Centres dramatiques régionaux), 64 Scènes nationales, 30 Théâtres missionnés, 624 Compagnies subventionnées (dont deux tiers à Paris). Chiffres disponibles sur HYPERLINK "http://www.culture.fr/dep" www.culture.fr/dep.
Etablissement public dépendant du Ministère de la Culture.
La subvention chute fortement quand on passe de la tranche où le budget est compris entre 76 225 euros et 198 184 euros (avec 40 000 euros de subvention) à la tranche supérieure à 198 184 euros (seuil à partir duquel la subvention est dégressive linéairement jusquà 10 000 euros de subventions). Cf. HYPERLINK "http://cnra.free.fr/dossier_fser.htm" http://cnra.free.fr/dossier_fser.htm.
Voir tableau II sur les modalités dinscription des différentes organisations rencontrées dans leur environnement (situé en fin de ce chapitre).
Rencontre UFISC des acteurs de la création artistique à La Villette, Paris, 26 février 2002. Disponible sur HYPERLINK "http://www.lefourneau.com/lafederation/article.php3?id_article=155" http://www.lefourneau.com/lafederation/article.php3?id_article=155
Cf. HYPERLINK "http://www.lefourneau.com/lafederation/article.php3?id_article=166" http://www.lefourneau.com/lafederation/article.php3?id_article=166.
L 10, a. 1.
L 23, L 24.
La SA était en effet considérée dangereuse juridiquement et économiquement : juridiquement car il n'existe plus de responsabilité personnelle, considérée comme "garde-fou" au regard des tiers créanciers notamment ; économiquement du fait du fait de la spéculation que favorise la négociabilité des titres, en l'absence d'un système bancaire suffisamment protecteur d'épargne. Cf. A. Lefebvre-Teillard, La société anonyme au XIXè siècle, PUF, 1985, pp 22-24.
Ceci est encore plus évident quand l'association est un mélange de société en nom personnel (un seul gérant) et en commandite pour les "actionnaires".
J. Gaumont, Histoire de la coopération en France, FNCC, 1924, p 324.
Il présente notamment la définition de 3 champs d'actions coopératifs, l'impossibilité de vendre aux tiers non coopérateurs, la variabilité du capital, le capital minimal
Ibid., p 502. Après sa présentation, de nombreuses contre-propositions furent publiées, notamment celle de L. Walras sur les sociétés à responsabilité proportionnelle intégrale, opposant d'un participant au projet de loi, L. Say.
C. Vienney, Socio-économie des organisations coopératives, Tome I, CIEM, 1980, p 123.
J. Gaumont, op. cit., p. 504.
A. Hirschfeld., Le secteur coopératif en France, La Documentation Française, 1984, p. 18.
Mesures en partie abrogées par la loi de 1992 réformant le statut coopératif.
Notons que le capital social des Scop françaises n'est détenu qu'à hauteur de 8% par des associés externes ; Participer, n° 597-2003, p 18.
Cet état des lieux national provient des données publiées dans Participer, n° 591 (2002) et n° 597 (2003).
Participer n° 597 p. 13.
Insee, Tableaux de l'économie française 2002-2003, p 135.
Ibid., p 17.
Ce terme désigne l'entreprise capitaliste ; il est utilisé par les coopérateurs qui ne parlent pas de "patron" mais de "dirigeant" au sein de leur entreprise.
Buchez, en 1831, faisait déjà la distinction entre les ouvriers qualifiés susceptibles de s'associer et les ouvriers non qualifiés, "attachés à des manufactures, à des machines, incorporés au sol" qui doivent s'organiser en syndicats de défense ; in P. Lambert, La doctrine coopérative, Bruxelles, 1964, p. 298.
C., Vienney, Socio-économie des organisations coopératives, Tome 2, CIEM 1980, p 11.
Buchez écrivait déjà en 1831, de façon ironique : « On vous dira : l'ouvrier est incapable de se conduire, comment pourrait-il diriger une affaire ? » cité in P. Lambert, op. cit., pp. 299-300.
La participation est incluse dans le contrat de travail et est donc chargée.
C. Vienney, Socio-économie
, op. cit., Tome 1, 1980, p 14.
Scopedit, Guide Juridique des Scop, 1997, p 371.
C'est ainsi que la part sociale est plus proche d'une obligation que d'une action, et donc que sa rémunération doit bien s'appeler intérêt et non dividende.
Art 26 ter de la loi de 78 ; depuis la loi du 13 juillet 92, ceci est possible pour les autres types de coopératives que les Scop : "les statuts de la coopérative peuvent autoriser l'AG à incorporer au capital des sommes prélevées sur les réserves et à relever en conséquence la valeur des parts sociales ou à procéder à des distributions de parts gratuites". L. n°92-643, 13 juill. 1992, art. 11-II.
Cette double limitation implique que la part du résultat qui va aux parts sociales ne peut dépasser 33.33%.
C. Vienney, Socio-économie
, op. cit., Tome 1, 1980, pp 232-236.
Ibid., p 234.
« Ces entrepreneurs sont de purs parasites » disait Buchez, cité in P. Lambert, op. cit., p. 298.
La base des monographies ne me permet évidemment pas d'analyser en détails statistiques l'évolution sectorielle des Scop, ni les transformations qui s'opèrent au sein de chaque secteur (passage du gros oeuvre au second oeuvre dans le BTP, du livre à la chaîne graphique dans l'imprimerie par exemples) ; cf. notamment Participer, n° 593, 2002.
Pour mettre laccent sur les interactions avec lenvironnement, comme la choisi le programme européen « Troisième système et emploi »
en effet depuis la fin du XIXème siècle, les Pouvoirs Publics ont reconnu mais fortement instrumentalisé ces organisations. Cf D. Demoustier, Léconomie sociale et solidaire, Syros, La Découverte, 2001, 1er chap.
« Tableau des entreprises éventuellement composantes dun secteur déconomie sociale » dans Pour un traité déconomie sociale, CIEM, 1983, p. 285.
qui renvoie à la définition « canonique » de la théorie néoclassique proposée par L. Robbins
comme lattestent les réflexions portées par le Programme des Nations Unies pour le Développement autour de lIndice de développement humain (IDH) ou le questionnement sur la mesure de la richesse développé par le rapport Viveret
mais qui semble plus être une tentative de légitimation a posteriori des choix sociaux quune analyse rigoureuse de la manière dont ils sont pris, comme le met en évidence Claude Vienney dans son analyse de « La force des forts » de Jack London sur la construction de la rationalité « économique ». Claude Vienney, Initiation à léconomie politique par lanalyse de texte, La force des forts de Jack London, Intermédia, 1977.
Renvoyant à ce que Karl Polanyi désigne comme registre de socialisation de nature économique, cest-à-dire celui relatif à la mise en rapport des hommes entre eux à propos de la production, de la circulation et de la consommation des ressources tirées de la nature et dont ils ont besoin pour vivre. Karl Polanyi, « La fallace de l'économisme », Bulletin du MAUSS, n°18, Mai 1986.
La monétarisation dun service apparaît en effet couramment comme le gage de son caractère « productif » c'est-à-dire de la reconnaissance par la société de son « utilité économique », de sa participation à la création de « richesse économique »
Cf G . Fauquet (citation infra p. 8)
Voir G. Neyret, J-M. Nivlet, D. Rault, Associations régies par la loi de 1901, Rapport de la Mission du CNIS, n°44, novembre 1998.
Cf D. Demoustier, « Le bénévolat, du militantisme au volontariat », Revue Française des Affaires Sociales, oct-déc. 2002
Lintérêt du statut coopératif est également mis souvent en avant pour dautres professions artisanales souffrant dun fort émiettement (transporteurs, pêcheurs
) vecteur de concurrence et de dérégulation.
Voir G. Poujol, Des élites pour demain, Eres, 1996
Voir Conseil dEtat, Les associations reconnues dutilité publique, La Documentation Française, 2000.
Cour des comptes, LEtat et les associations dans le secteur culturel, op. cit.
. Voir Joëlle Farchy, Dominique Sagot-Duvauroux, Economie des politiques culturelles, PUF, Economie, 1994. Toutefois ce type de théorie ne permet pas de comprendre les dynamiques du secteur et notamment de savoir pourquoi sur certaines activités on constate la diversité des organisations existantes (cinéma par exemple)
Ce qui na pas toujours été le cas, notamment à la fin des années 70 début des années 80 lorsque les collectivités territoriales ont cherché à soutenir lemploi local en subventionnant la reprise dentreprises en faillite. Les politiques de lemploi nont pas pris le relais, les SCOP étant assimilées par les Pouvoirs Publics à lensemble des entreprises commerciales.
Pratique importée en France par linstruction fiscale de 1998 qui redéfinit les conditions de « gestion désintéressée » des associations.
Voir C. Vienney, Socio-économie des organisations coopératives, op. cit.
Cest pourquoi les régulationnistes analysent non pas un marché abstrait et intangible mais sintéressent aux formes de la concurrence entre acteurs économiques, sinscrivant dans des institutions particulières suivant les pays ou les époques (on parle à ce titre de « construction sociale du marché ») Voir R. Boyer, Y Saillard (dir.), La Théorie de la régulation, La Découverte, Nouvelle édition, 2002. En reprenant lanalyse conventionnaliste, J. Gadrey développe une analyse similaire : « on ne sait pas ce quest le « marché » : les logiques marchandes capitalistes dun secteur doligopoles contrôlés par les fonds de pensions ne sont pas celles dun secteur (marchand) de services daide au maintien à domicile de personnes âgées, ou celles des marchés locaux de la petite restauration indépendante. Les marchés sont divers, ils sont tous régulés, ils ont les qualités et les défauts de leurs normes et ces normes intègrent souvent du social dans les obligations des échangistes » (J. Gadrey, « Le tiers secteur comme objet détude : quel objet, quelles études ? », Sociologie du travail, Vol 42, n°4, octobre-décembre 2000, p. 603).
Comme lavait mise en évidence Françoise Benhamou dans Léconomie du star-system, Odile Jacob, 2002.
Voir Alain Supiot (dir.), Au-delà de lemploi, Flammarion, 1999.
De façon générale, la spécificité de léconomie sociale dans la gestion des activités (mutualisation, innovation) et des organisations (ensemblier) est largement méconnue par les instances administratives. Ainsi, dans la culture, les associations prennent en charge des activités suivant les mêmes modalités fiscales que les entreprises lucratives ; et de plus en plus, les mêmes financements publics sont attribués quel que soit le statut.
Ce qui conduit à inverser lidée selon laquelle les organisations déconomie sociale et solidaire pénétreraient de façon déloyale-, sur les marchés des entreprises lucratives ; hormis quelques cas dans linsertion, le processus inverse conduit des entreprises lucratives à sinvestir dans des activités structurées et solvabilisées grâce à léconomie sociale : tourisme populaire, services aux personnes, environnement
.
Et qui parfois conduisent à leur transformation totale et à leur sortie du champ : transformation dassociations en SARL, de coopératives en sociétés lucratives
.
Voir infra : lutilité sociétale p.12119
ce qui nétait pas le cas au XIXème siècle où, du fait de linterdiction des groupements intermédiaires, les statuts utilisés étaient soit banalisés (cf le débat juridique sur la reconnaissance des SCOP) soit excessivement contrôlés (cf lévolution du droit mutualiste), montrant limportance politique plus quéconomique- du statut.
les débats sont particulièrement virulents dans le commerce « équitable » par exemple
ainsi Claude Vienney parle des activités « délaissées et destructurées » par les évolutions économiques, que les acteurs doivent prendre eux-mêmes en charge ; M. Parodi, quant à lui, montre comment les organisations déconomie sociale font accéder certains groupes sociaux au marché ; les théoriciens néo-classiques (E. Anheier , B. Weisbrod,
) font appel à la défaillance « du marché et de lEtat ».
tels A. Meister, H. Desroche, J.L. Laville, J.F. Draperi
tels B. Eme, M. Barthélémy
Par contre, il peut être intéressant de distinguer, par des fédérations distinctes, les associations dont le rôle est strictement social et politique et celles qui se rattachent à léconomie sociale par la production de services, comme les Québécois distinguent le chantier de léconomie sociale et laction communautaire autonome.
Léconomie sociale était présente dans la production de biens nécessaires mais organisée de façon artisanale : ainsi dans la construction, dans les travaux publics, dans les télécommunications
lindustrialisation de ces productions et leur mise en concurrence ont diminué considérablement la part de lES dans ces secteurs ; par contre dans dautres pays, les coopératives sont très présentes dans la production dénergie par exemple.
Une étude complémentaire serait nécessaire pour déterminer les facteurs de confiance, de proximité et de démocratie qui interviennent dans la gestion des banques coopératives et mutualistes et qui expliqueraient leur part importante (près de 50%) dans la collecte des dépôts.
Doù la difficulté de les recenser à travers la nomenclature des activités de lINSEE, ce qui explique limportance de la catégorie : autres activités associatives.
Socio-Economie des organisations coopératives, t. 1, op.cit.
cf. Assises vie Associative, études INSEE et CREDOC
Contrairement aux associations sportives, réputées pour mobiliser fortement les catégories plus populaires, léconomie sociale était présente dans la production de biens nécessaires mais organisée de façon artisanale : ainsi dans la construction, dans les travaux publics, dans les télécommunications
lindustrialisation de ces productions et leur mise en concurrence ont diminué considérablement la part de léconomie sociale et solidaire dans ces secteurs ; par contre dans dautres pays, les coopératives sont très présentes dans la production dénergie par exemple.
Principe issu de la coopération et de la mutualité, et remis en cause dans les Sociétés Coopératives dIntérêt Collectif, qui suppose au contraire la multiplicité des groupes de sociétaires.
La mutualisation dans ces petites associations concerne aussi des éléments matériels : les cotisations, lutilisation dapport en nature (matériel informatique, photocopie
).
Ce qui une réduction de la tradition de réflexion sur ce sujet dans la pensée économique. De A. Smith, D. Ricardo à K. Marx, les auteurs voient bien la différence entre la valeur déchange dun bien (sa valeur donnée par la confrontation entre une offre et une demande) et sa valeur dusage (sa valeur donnée par sa capacité de répondre à des besoins sociaux).
La nature du bien ou plus généralement du service ne peut être alors dissociée de la nature de son destinataire dont les caractéristiques déterminent les conditions de loffre.
Le processus de production du service induit lui aussi en lui-même une utilité sur les destinataires, du fait de limportance dans les services relationnels de la « coproduction ».
cf D. Demoustier, Le rôle régulateur des organisations privées de léconomie sociale dans loffre de services et le marché du travail, Actes colloque XIXè Journées AES, LHarmattan, 1999.
J.F. Draperi, Léconomie sociale, un ensemble dentreprises aux formes infiniment variées, RECMA, n° 268, 2è trimestre 1998.
PAGE 121
ESEAC ( Lentreprise collective : unité et diversité de léconomie sociale ( Rapport DIES-MIRE 2003 - PAGE 5 -
Consommation collective, participation des membres
Redistribution en nature et monétaire
Structuration et expression dune demande
------------------------------------------------------------------
Production non monétarisée
par du bénévolat organisé
Production non marchande :
par du bénévolat organisé
par du bénévolat dadministration et danimation et du salariat
par du bénévolat dadministration et du salariat
Production marchande non lucrative
par du bénévolat dadministration et danimation et du salariat
par du bénévolat dadministration et du salariat
-----------------------------------------------------------------
Production marchande lucrative
Economie
sociale
et
solidaire
PP
EMBED Word.Picture.8
EMBED Word.Picture.8
EMBED Word.Picture.8