universite montesquieu bordeaux iv/institut d'etudes ... - TEL (thèses
L'ordre étatique postcolonial, marqué par l'apartheid et la gestion ..... A. Légitimité
élective et légitimité représentative : La norme démocratique classique, .....
Partant, il n'est pas sans intérêt d'analyser l'ensemble de dynamiques ayant ..... le
Cameroun représenterait ce qu'il a appelé l'« adhésion passive », le Burkina
Faso ...
part of the document
UNIVERSITE MONTESQUIEU BORDEAUX IV / INSTITUT DETUDES POLITIQUES DE BORDEAUX
ECOLE DOCTORALE DE SCIENCE POLITIQUE DE BORDEAUX (E.D.208)
CEAN Centre dEtude dAfrique Noire (UMR 5115 du CNRS)
LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
ACTEURS, CONTROVERSES ET DYNAMIQUES
Analyse comparée à partir des exemples sud-africain, burkinabé et camerounais
Thèse pour le Doctorat en science politique
Sous la direction de M. le Professeur Jean du BOIS de GAUDUSSON
Présentée et soutenue publiquement par
Edrich Nathanaël TSOTSA
- 11 septembre 2009 -
Membres du jury
M. Jean du BOIS de GAUDUSSON, Professeur,
Université Montesquieu Bordeaux IV, Directeur de thèse
M. Dominique DARBON, Professeur,
Institut dEtudes Politiques de Bordeaux
Mme Aurelia KAZADI wa KABWE-SEGATTI, Chercheur IRD,
University of Witwatersrand Johannesburg
M. Janvier ONANA, Professeur,
Université de Douala - Cameroun, Rapporteur
M. François RANGEON, Professeur,
Université de Picardie Jules Verne - Amiens, Rapporteur
LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
ACTEURS, CONTROVERSES ET DYNAMIQUES
Analyse comparée à partir des exemples sud-africain, burkinabé et camerounais
Depuis un peu plus de vingt cinq ans, les sciences humaines et sociales essaient de comprendre et dinterpréter les dynamiques de lépidémie de VIH/Sida. La science politique africaniste est cependant en marge de ce mouvement cognitif malgré le développement de nombreux paradigmes sur les politiques publiques. Cette méfiance de lafricanisme à légard du VIH/Sida manifeste vraisemblablement une sorte de souffrance épistémologique fortement liée à ce trop plein dinstitutionnalisme des politiques publiques, adoubé par le fort étatisme qui caractérise encore les études africaines en science politique. A tel point quelles ne sintéressent pas aux autres acteurs sociaux désormais présents dans la fabrication des objets politiques, au-delà de la rigidité de lEtat classique par ailleurs introuvable dans les mécanismes de gouvernance du VIH/Sida en Afrique. Pourtant, à bien y réfléchir, lépidémie de VIH/Sida produit des effets incontestablement politiques : elle génère et entretient des enjeux de pouvoir ; elle interroge les mécanismes de gouvernance des problématiques sociales ; elle révèle la désétatisation de lespace public par des formes dentrées non électives mais participatives, etc. A cet effet, elle renouvelle les paradigmes de lEtat en Afrique en les transposant sur les acteurs qui émergent à côté de lEtat dans la production de laction antisida. Cette thèse analyse les dynamiques de lépidémie de VIH/Sida à partir des théories et des concepts produits par la science politique, en ciblant dans une sorte de comparaison, le rôle et la place des acteurs politiques et associatifs, des controverses et des dynamiques de lépidémie, dans la construction politique du VIH/Sida en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun.
Mots clés : Action publique, ARV, Agenda gouvernemental, Afrique du Sud, Burkina Faso, Cameroun, Changements sociaux et politiques, Mobilisations collectives, ONG, Politiques daccès aux traitements, Politisation, Société civile, VIH/Sida.
------------------------------------
PUBLIC ACTION IN THE FIGHT AGAINST HIV/AIDS
ACTORS, CONTROVERSIES AND DYNAMICS
A comparative analysis of South African, Burkinabe and Cameroonian cases
For more than twenty-five years, human and social sciences have been trying to understand and to interpret the dynamics of the HIV/AIDS epidemic. However, African studies in political science are at the margins of this cognitive movement despite the development of paradigms on public policies. This mistrust of Africanist towards HIV/AIDS research expresses an epistemological limitation related to the dominance of institutional and statist approaches that still characterize African studies in political science. An outcome of this mistrust is a disinterest in non-state social actors that are active in the making of political objects, especially considering the absence of the state in the governance of HIV/AIDS in Africa. However, the HIV/AIDS epidemic incontestably produces political effects: it generates and maintains power struggles; it questions the mechanism of the governance of social problems; it reveals the withdrawal of the state from public space in favour of non-elected but participative forms of entry into public space. As a result the HIV/AIDS epidemic necessitates the renewal of research paradigms on the state in Africa and their transposition onto the civil actors that emerge alongside the state in the fight against HIV/AIDS. This thesis analyses the dynamics of the HIV/AIDS epidemic using political science theories and concepts and a comparative approach to the role and the place of political and associative actors, the controversies and the epidemic dynamics, in the political construction of HIV/AIDS in South Africa, Burkina Faso and Cameroon.
Key words: Public action, Government agendas, Access to treatment policies, ARV, HIV/AIDS, Civil society, collective mobilisations, Politicisation, Social and political change, NGOs, Burkina Faso, Cameroon, South Africa.
INCLUDEPICTURE "http://maps.mygeo.info/cont/ref_cartes/2007/africa.jpg" \* MERGEFORMATINET
DEDICACE
Au Père Michel Jarrot
A Monseigneur Ernest Kombo
Au Professeur Jean-François Médard.
Pour mavoir fortement aidé,
par la Science, lHumanisme et la Foi,
à puiser la force de votre présence et de vos paroles !
REMERCIEMENTS
Mes premiers mots de gratitude pour rendre un vibrant hommage au Professeur Jean du BOIS de GAUDUSSON qui, malgré le poids de la suspicion disciplinaire qui cloisonne fortement le droit public et la science politique et ses multiples occupations scientifiques et administratives, a accepté avec beaucoup de présence, de patience et de rigueur, dassurer la direction de cette thèse. Au-delà de ses conseils et de ses critiques constructifs, il a su trouver les mots justes pour mencourager à entreprendre ce travail après mon mémoire de DEA effectué déjà sous sa direction et à persévérer dans un chemin de recherche périlleux marqué par de nombreux séjours de terrain ;
A M. Dominique DARBON, Professeur de science politique à lIEP de Bordeaux, Mme Aurelia KAZADI Wa KABWE-SEGATTI, Chercheur IRD à lUniversité du Witwatersrand à Johannesburg, M. Janvier ONANA, Professeur de science politique à lUniversité de Douala et M. François RANGEON, Professeur de science politique à lUniversité de Picardie Jules Verne à Amiens, pour avoir accepté de prendre part à mon jury de thèse ;
A M. René OTAYEK, Directeur du CEAN et M. Dominique DARBON, Directeur de lEcole doctorale de science politique de Bordeaux, pour les conditions favorables dans lesquelles se sont déroulées mes recherches ainsi quà tous les membres du Centre pour le soutien quils nont cessé de mapporter au cours de mon séjour bordelais : M. Comi TOULABOR, Mme Maryse DUCOURNAU, M. David ANDRIEUX, Mme Christiane ANDREN et Mme Ourida GAUCHER. Cest aussi loccasion de me rappeler les bons souvenirs de Mme Françoise SIMONET, ancienne secrétaire du 3ème Cycle à lIEP de Bordeaux dont le bureau était un espace de réconfort pour différentes générations des néo-arrivants des terres lointaines des Afriques et dailleurs;
A Mme Viviane OLSAK, « cheville ouvrière » du CERDRADI à lUniversité Montesquieu Bordeaux IV, pour lequel elle ne ménage aucun effort, naviguant dun dossier à lautre, y compris ceux des doctorants ;
A lAUF pour la bourse qui ma été accordée pour effectuer les enquêtes de terrain au Cameroun. Je remercie le Professeur Olivier MASSAMBA-LOUBELO, Vice recteur de lUCAC, le Professeur Jean Didier BOUKONGOU, Directeur de lAPDHAC et M. Lucien TOULOU, Chargé de cours à la FSSG, qui mont accueilli à lUCAC et, avec eux, tous les enseignants de la FSSG ;
A lIFAS qui ma offert la bourse daide à la recherche pour réaliser mes enquêtes en Afrique du Sud. Ma gratitude à Mme Aurelia KAZADI Wa KABWE-SEGATTI, Directrice de lIFAS-Recherche et à M. Laurent CHAUVET, Traducteur, pour mavoir scientifiquement et humainement soutenu pendant mes difficiles enquêtes sud-africaines. Merci également au Professeur Christopher HEYNS, Doyen de la Faculté de Droit, au Professeur Frans VILJOEN, Directeur du Centre for Human Rights et à M. Norman TAKU pour leur accueil à lUniversité de Pretoria où ils mont gracieusement offert un bureau. Merci au Centre for the Study of AIDS de lUniversité de Pretoria, à la TAC et à la NAPWA, au personnel de lHôpital Chris Ani Baragwanath de Soweto et aux volontaires allemands et australiens rencontrés à pied duvre dans les townships de Kayelitsha, Langa et Guguletsu, dans la région du Cap ;
Aux membres de REV+, AAS et Sida Ka Taa au Burkina Faso pour les informations fournies. A Janine et Alain BABILLOT, mes amis de AAS France, qui ont assuré la relecture de ce travail : merci pour tout, au-delà de la thèse ;
Au Professeur Franklyn LISK, Directeur du programme « Le VIH/Sida et le monde du travail » au sein de lOIT et Mme Sarah HODGES, responsable du programme « Gouvernance des maladies infectieuses » à lUniversité de Warwick qui ont permis et organisé mon séjour au CSGR à lUniversité de Warwick au Royaume Uni, grâce à un financement de GARNET ;
A Mme Mallory SMUTS, Chargée de communication au sein de lONUSIDA à Genève, pour les échanges et la documentation fournie ;
Au Professeur Didier FASSIN, Directeur de recherche à lEHESS de Paris, ainsi quà M. Fred EBOKO, Chargé de recherche à lIRD et M. Frédéric LE MARCIS, Maitre de conférences à lUniversité Bordeaux II, qui mont ouvert les portes de leur bureau pour échanger sur les recherches sur le VIH/Sida en Afrique ;
Au Professeur Jean-Pierre OLIVIER de SARDAN, Directeur de recherche à lIRD à Niamey et à lEHESS de Marseille et M. Mahaman Alou TIDJANI, Maitre assistant à lUniversité de Niamey et Directeur du Lasdel dont linvitation au sein du Lasdel ma permis de participer à une enquête sur la santé au Niger, riche dun point de vue méthodologique et épistémologique. Merci également à Elise GUILLERMET, docteur en anthropologie et ATER à lUniversité Lyon II ;
Au Professeur Johanna SIMEANT de lUniversité Paris I et Mme Marie-Emmanuelle POMMEROLLE, Maitre de conférences à lUniversité des Antilles et de la Guyane, pour lexpérience quelles mont permise de vivre dans le projet collectif « ANR Causes Africaines ». Merci à toute léquipe qui a participé aux enquêtes collectives au Forum social mondial de Nairobi ;
A toutes les personnes rencontrées au cours de mes enquêtes, celles qui se sont prêtées au jeu comme celles qui ont refusé dy répondre. Vous mavez aidé à comprendre une partie du mystère qui entoure la maladie du VIH/Sida
Je lutte avec vous ! Merci à Melinda MOORE, doctorante en Anthropologie de la santé à lUniversité McGill de Montréal, pour avoir accepté lidée des enquêtes communes à Soweto ;
Enfin, à mon père, ma mère et mes frères qui trouveront ici, je lespère, les raisons de ma longue séparation à eux et à mes amis du Congo, du Gabon, du Cameroun, de France, de Suisse, dEgypte, du Maroc, du Canada, dAngleterre, du Burkina Faso, du Mali, du Niger et dAfrique du Sud, pour toutes les fois où, pendant mon pèlerinage estudiantin, jai trouvé du soutien et du réconfort auprès deux ;
Ma gratitude !
SIGLES ET ABREVIATIONS
AAS : Association African Solidarité
AASF : Association African Solidarité France
ABI : Association Burkinabé des Infirmières
ACP : Afrique, Caraïbe, Pacifique
ADPIC : Aspects des Droits de la Propriété Intellectuelle relatifs au Commerce
AFASO : Association des Femmes Actives et SOlidaires
AFSP : Association Française de Science Politique
AFSU : Association des Frères et Surs Unis
AIDS : Acquired Immuno Deficiency Syndrome
ANC : African National Congress
ANR : Agence Nationale de la Recherche
APAD : Association Pour lAnthropologie du Développement
APDHAC : Association pour la Promotion des Droits de lHomme en Afrique Centrale
ARV : Anti-Rétro Viraux
ATER : Attaché Temporaire de lEnseignement et de la Recherche
AUF : Agence Universitaire de la Francophonie
AZT : Azidothymidine
CADI : Centre Anonyme de Dépistage et dInformation
CDVA : Centre de Dépistage Volontaire et Anonyme
CEAN : Centre dEtude dAfrique Noire
CERAP : CEntre de Recherche et dAction pour la Paix
CERDRADI : Centre dEtudes et de Recherches sur les Droits Africains et sur le Développement Institutionnel des pays en développement
CERI : Centre dEtudes et de Recherches Internationales
CHP : Centre for Health Policy
CICDoc : Centre dInformation, de Conseils et de Documentation sur le VIH/Sida et la tuberculose
CNLAT : Centre National de Lutte Antituberculeux
CNLS : Comité / Conseil National de Lutte contre le Sida
COSATU : COngress of South African Trade Union
CPLS : Comité Provincial de Lutte contre le Sida
CSGR : Centre for the Study of Globalisation and Regionalisation
CTA : Centre de Traitement Agréé / Centre de Traitement Ambulatoire
CTAff : Centre de Traitement Affilié
CURAPP : Centre Universitaire de Recherches Administratives et Politiques de Picardie
DAL : Droit au Logement
DEA : Diplôme dEtudes Approfondies
Dir. : Sous la direction de
ECOSOC : Economic and Social Cuncil (organe des Nations Unies)
Ed. : Edited by
EDLS : Equipes Départementales de Lutte contre le Sida
EHESS : Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
EPLS : Equipes Provinciales de Lutte contre le Sida
EU : European Union
FCFA : Franc de la Communauté Financière dAfrique
FNUAP : Fonds des Nations Unies pour la Population
FSM : Forum Social Mondial
FSSG : Faculté de Sciences Sociales et de Gestion
GASA : Gay Association of South Africa
GLOW : Gay and Lesbian Organisation of the Witwatersrand
GPA : Global Program on HIV/AIDS
GTZ : Organisme de la Coopération Allemande au Développement
IAE : Institut dAdministration des Entreprises
IEC : Information, Education et Communication
IFAS : Institut Français dAfrique du Sud
IRD : Institut de Recherche pour le Développement
IST : Infections Sexuellement Transmissibles
IUED : Institut Universitaire dEtudes de Développement
LASDEL : Laboratoire dEtudes et de Recherches sur les Dynamiques Sociales et le Développement Local
LEM : Lille Economie et Management
MSF : Médecins Sans Frontière
MST : Maladies Sexuellement Transmissibles
NAPWA : National Association of People With AIDS
NGO : Non Governmental Organisation
OCDE : Organisation pour le Commerce et le Développement Economique
OEV : Orphelins et Enfants Vulnérables
OFCE : Observatoire Français des Conjonctures Economiques
OIT : Organisation International du Travail
OLGA : Organisation of Gay and Lesbian Activists
OMC : Organisation Mondiale du Commerce
OMS : Organisation Mondiale de la Santé
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONU : Organisation des Nations Unies
Op.cit. : Opus Citatum, cest-à-dire ouvrage (déjà) cité.
PNLS : Programme National de Lutte contre le Sida
PNUCID : Programme des Nations Unies pour le Contrôle International des Drogues
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PPLS : Projet Population et Lutte contre le VIH/Sida
PPTE : Programme des Pays Pauvres Très Endettés
PUCAC : Presses de lUniversité Catholique dAfrique Centrale
PUF : Presses Universitaires de France
PVVIH : Personne vivant avec le VIH/Sida
RDPC : Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais
RECAP+ : REseau Camerounais des Association des Personnes vivant avec le VIH/Sida
REDS : Réseau Ethique, Droit et Sida
REV+ : Responsabilité, Espoir, Vie
RGO : Rand Gay Organisation
SACP : South African Communists Party
SIDA : Syndrome de lImmuno-Déficience Acquise
SWAA : Society for Women Against AIDS in Africa
TAC : Treatment Action Campaign
UCAC : Université Catholique dAfrique Centrale
UNESCO : Organisation des Nations Unies pour lEducation, la Science et la Culture
UNICEF : Fonds des Nations Unies pour lEnfance
URBLS : Union des Routiers Burkinabé de Lutte contre le Sida
USA : United States of America
VIH : Virus de limmunodéficience Humaine
ZSP : Zone de Solidarité Prioritaire
TABLE DES MATIERES TOC \o "1-5" \h \z \u
HYPERLINK \l "_Toc235369953" DEDICACE PAGEREF _Toc235369953 \h iii
HYPERLINK \l "_Toc235369954" REMERCIEMENTS PAGEREF _Toc235369954 \h iv
HYPERLINK \l "_Toc235369955" SIGLES ET ABREVIATIONS PAGEREF _Toc235369955 \h vi
HYPERLINK \l "_Toc235369956" INTRODUCTION PAGEREF _Toc235369956 \h 1
HYPERLINK \l "_Toc235369957" 1. Le VIH/Sida : une épidémie à la quête de la société ? PAGEREF _Toc235369957 \h 4
HYPERLINK \l "_Toc235369958" 2. Les acteurs politiques et associatifs dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida PAGEREF _Toc235369958 \h 22
HYPERLINK \l "_Toc235369959" 3. LAfrique du Sud, le Burkina Faso et le Cameroun dans une perspective comparée PAGEREF _Toc235369959 \h 31
HYPERLINK \l "_Toc235369960" 4. La production des données : la méthode et les méthodes PAGEREF _Toc235369960 \h 35
HYPERLINK \l "_Toc235369961" 5. La structuration de la recherche PAGEREF _Toc235369961 \h 41
HYPERLINK \l "_Toc235369962" Première partie : HYPERLINK \l "_Toc235369963" LA LONGUE APPROPRIATION DE LA LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA PAGEREF _Toc235369963 \h 43
HYPERLINK \l "_Toc235369964" Chapitre 1 - HYPERLINK \l "_Toc235369965" LA CONSTRUCTION DU VIH/SIDA EN « PROBLEME PUBLIC » PAGEREF _Toc235369965 \h 49
HYPERLINK \l "_Toc235369966" Section 1 : HYPERLINK \l "_Toc235369967" Le VIH/Sida : dun phénomène social à un objet politique PAGEREF _Toc235369967 \h 53
HYPERLINK \l "_Toc235369968" 1. Le VIH/Sida comme phénomène social PAGEREF _Toc235369968 \h 57
HYPERLINK \l "_Toc235369969" 2. Le VIH/Sida comme phénomène politique PAGEREF _Toc235369969 \h 61
HYPERLINK \l "_Toc235369970" A. Un phénomène politique par nature ( ?) PAGEREF _Toc235369970 \h 63
HYPERLINK \l "_Toc235369971" B. Un phénomène politique par contingence (?) PAGEREF _Toc235369971 \h 65
HYPERLINK \l "_Toc235369972" Section 2 : HYPERLINK \l "_Toc235369973" Le VIH/Sida dans lagenda politique PAGEREF _Toc235369973 \h 68
HYPERLINK \l "_Toc235369974" 1. La non-décision et la non-action dans lagenda politique PAGEREF _Toc235369974 \h 71
HYPERLINK \l "_Toc235369975" 2. Les deux logiques dentrer dans lagenda politique PAGEREF _Toc235369975 \h 73
HYPERLINK \l "_Toc235369976" Section 3 : HYPERLINK \l "_Toc235369977" La politisation du VIH/Sida « à proprement parler » PAGEREF _Toc235369977 \h 76
HYPERLINK \l "_Toc235369978" 1. La publicisation comme canal de politisation du VIH/Sida PAGEREF _Toc235369978 \h 77
HYPERLINK \l "_Toc235369979" 2. Les limites de la théorie de la politisation PAGEREF _Toc235369979 \h 79
HYPERLINK \l "_Toc235369980" Chapitre 2 - HYPERLINK \l "_Toc235369981" LE « CONTEXTE » COMME OBSTACLE A LEMERGENCE DE LACTION PUBLIQUE PAGEREF _Toc235369981 \h 83
HYPERLINK \l "_Toc235369982" Section 1 : HYPERLINK \l "_Toc235369983" La négation du VIH/Sida en tant quépidémie africaine PAGEREF _Toc235369983 \h 87
HYPERLINK \l "_Toc235369984" 1. Les débats sur lorigine africaine du VIH/Sida PAGEREF _Toc235369984 \h 88
HYPERLINK \l "_Toc235369985" 2. La controverse comme réponse aux initiatives internationales PAGEREF _Toc235369985 \h 91
HYPERLINK \l "_Toc235369986" 3. Lalignement des intellectuels sur les postures politiques PAGEREF _Toc235369986 \h 95
HYPERLINK \l "_Toc235369987" Section 2 : HYPERLINK \l "_Toc235369988" Le recours aux « déterminants objectifs » de laction publique PAGEREF _Toc235369988 \h 100
HYPERLINK \l "_Toc235369989" 1. La faible institutionnalisation du système administratif PAGEREF _Toc235369989 \h 101
HYPERLINK \l "_Toc235369990" 2. Les rapports aux valeurs sociales dominantes PAGEREF _Toc235369990 \h 103
HYPERLINK \l "_Toc235369991" A. Le VIH/Sida : résultat dune mauvaise sexualité ? PAGEREF _Toc235369991 \h 105
HYPERLINK \l "_Toc235369992" B. Le VIH/Sida : retour à laltérité ? PAGEREF _Toc235369992 \h 111
HYPERLINK \l "_Toc235369993" Section 3 : HYPERLINK \l "_Toc235369994" Les réseaux transnationaux dans laction publique locale PAGEREF _Toc235369994 \h 115
HYPERLINK \l "_Toc235369995" 1. Les effets dune modélisation à linternational PAGEREF _Toc235369995 \h 116
HYPERLINK \l "_Toc235369996" 2. La marginalisation des entités locales PAGEREF _Toc235369996 \h 119
HYPERLINK \l "_Toc235369997" 3. Laction des agences de coopération internationale PAGEREF _Toc235369997 \h 122
HYPERLINK \l "_Toc235369998" Chapitre 3 - HYPERLINK \l "_Toc235369999" LEMERGENCE DE LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA PAGEREF _Toc235369999 \h 126
HYPERLINK \l "_Toc235370000" Section 1 : HYPERLINK \l "_Toc235370001" Laction publique de lutte contre le VIH/Sida : Une émergence circonstanciée ? PAGEREF _Toc235370001 \h 131
HYPERLINK \l "_Toc235370002" 1. Les translations associatives Nord/Sud et lautoprotection politique PAGEREF _Toc235370002 \h 132
HYPERLINK \l "_Toc235370003" 2. Le contrôle de la rente financière internationale PAGEREF _Toc235370003 \h 135
HYPERLINK \l "_Toc235370004" Section 2 : HYPERLINK \l "_Toc235370005" La formulation générale du VIH/Sida en tant que « problème public» PAGEREF _Toc235370005 \h 139
HYPERLINK \l "_Toc235370006" 1. La construction du VIH/Sida en « fait social » PAGEREF _Toc235370006 \h 140
HYPERLINK \l "_Toc235370007" 2. La mobilisation des approches par le droit PAGEREF _Toc235370007 \h 142
HYPERLINK \l "_Toc235370008" Section 3 : HYPERLINK \l "_Toc235370009" La spécification du VIH/Sida en problème de santé publique PAGEREF _Toc235370009 \h 145
HYPERLINK \l "_Toc235370010" 1. La multiplicité des acteurs et de points de vue PAGEREF _Toc235370010 \h 146
HYPERLINK \l "_Toc235370011" 2. La survivance des controverses pendant la spécification PAGEREF _Toc235370011 \h 150
HYPERLINK \l "_Toc235370012" Section 4 : HYPERLINK \l "_Toc235370013" La diffusion du « problème VIH/Sida » dans les publics PAGEREF _Toc235370013 \h 152
HYPERLINK \l "_Toc235370014" 1. Laction des catégories sociales concernées PAGEREF _Toc235370014 \h 154
HYPERLINK \l "_Toc235370015" 2. La fenêtre dopportunités culturelles et politiques PAGEREF _Toc235370015 \h 160
HYPERLINK \l "_Toc235370016" Conclusion de la première partie PAGEREF _Toc235370016 \h 163
HYPERLINK \l "_Toc235370017" Deuxième partie : HYPERLINK \l "_Toc235370018" LES DYNAMIQUES DE L ACTION PUBLIQUE : ADMINISTRATION ET ADMINISTRS PAGEREF _Toc235370018 \h 167
HYPERLINK \l "_Toc235370019" Chapitre 4 - HYPERLINK \l "_Toc235370020" L ADMINISTRATION DE L ACTION PUBLIQUE HYPERLINK \l "_Toc235370021" DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA PAGEREF _Toc235370021 \h 172
HYPERLINK \l "_Toc235370022" Section 1 : HYPERLINK \l "_Toc235370023" Lintrouvable modèle administratif de coordination (1987-2000) PAGEREF _Toc235370023 \h 176
HYPERLINK \l "_Toc235370024" 1. Les interférences politiques, versus instabilité de la coordination nationale PAGEREF _Toc235370024 \h 181
HYPERLINK \l "_Toc235370025" 2. Lancrage international des dispositifs nationaux PAGEREF _Toc235370025 \h 187
HYPERLINK \l "_Toc235370026" 3. Les chevauchements administratifs dans lorganisation de la coordination nationale PAGEREF _Toc235370026 \h 193
HYPERLINK \l "_Toc235370027" Section 2 : HYPERLINK \l "_Toc235370028" La stabilisation de la coordination nationale (2000-2006) PAGEREF _Toc235370028 \h 198
HYPERLINK \l "_Toc235370029" 1. Limplication des « sommets » de lEtat PAGEREF _Toc235370029 \h 199
HYPERLINK \l "_Toc235370030" 2. La pluralité dopinions et de profils au sein de la coordination nationale PAGEREF _Toc235370030 \h 207
HYPERLINK \l "_Toc235370031" 3. Limplosion des données épidémiologiques PAGEREF _Toc235370031 \h 214
HYPERLINK \l "_Toc235370032" Section 3 : HYPERLINK \l "_Toc235370033" Léclatement des référentiels de laction publique PAGEREF _Toc235370033 \h 216
HYPERLINK \l "_Toc235370034" 1. Les stratégies « genrées » et la diversification de compétences PAGEREF _Toc235370034 \h 217
HYPERLINK \l "_Toc235370035" 2. Laction publique du VIH/Sida à lépreuve de la décentralisation PAGEREF _Toc235370035 \h 226
HYPERLINK \l "_Toc235370036" Chapitre 5 - HYPERLINK \l "_Toc235370037" LES REPRESENTATIONS SOCIALES DE LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA PAGEREF _Toc235370037 \h 231
HYPERLINK \l "_Toc235370038" Section 1 : HYPERLINK \l "_Toc235370039" A lorigine, linformation, léducation et la communication PAGEREF _Toc235370039 \h 236
HYPERLINK \l "_Toc235370040" 1. La perception différenciée de la prévention de nouvelles infections PAGEREF _Toc235370040 \h 240
HYPERLINK \l "_Toc235370041" 2. Les représentations sociales de la campagne daccès au préservatif PAGEREF _Toc235370041 \h 248
HYPERLINK \l "_Toc235370042" 3. Les changements socioculturels : une étude de cas à Soweto PAGEREF _Toc235370042 \h 254
HYPERLINK \l "_Toc235370043" Section 2 : HYPERLINK \l "_Toc235370044" Les politiques daccès aux traitements antirétroviraux PAGEREF _Toc235370044 \h 259
HYPERLINK \l "_Toc235370045" 1. La déconstruction des idées culturalistes PAGEREF _Toc235370045 \h 261
HYPERLINK \l "_Toc235370046" A. La nécessaire complémentarité avec les politiques de prévention PAGEREF _Toc235370046 \h 263
HYPERLINK \l "_Toc235370047" B. Les progrès des sciences biomédicales PAGEREF _Toc235370047 \h 266
HYPERLINK \l "_Toc235370048" 2. La prévention de la transmission parentale PAGEREF _Toc235370048 \h 268
HYPERLINK \l "_Toc235370049" Chapitre 6 - HYPERLINK \l "_Toc235370050" LA DISTRIBUTION DES ANTIRETROVIRAUX PAGEREF _Toc235370050 \h 273
HYPERLINK \l "_Toc235370051" Section 1 : HYPERLINK \l "_Toc235370052" La généralisation des traitements antirétroviraux PAGEREF _Toc235370052 \h 277
HYPERLINK \l "_Toc235370053" 1. La perpétuation des inégalités dans les traitements du VIH/Sida PAGEREF _Toc235370053 \h 278
HYPERLINK \l "_Toc235370054" 2. Linadéquation des revenus des personnes sous traitement PAGEREF _Toc235370054 \h 284
HYPERLINK \l "_Toc235370055" 3. Le statut des individus « séro-ignorants » PAGEREF _Toc235370055 \h 288
HYPERLINK \l "_Toc235370056" Section 2 : HYPERLINK \l "_Toc235370057" La gestion des réseaux de distribution des antirétroviraux PAGEREF _Toc235370057 \h 290
HYPERLINK \l "_Toc235370058" 1. Le conflit dintérêts dans les réseaux de distribution du médicament antisida PAGEREF _Toc235370058 \h 293
HYPERLINK \l "_Toc235370059" 2. La résurgence de la contrefaçon des médicaments PAGEREF _Toc235370059 \h 297
HYPERLINK \l "_Toc235370060" Conclusion de la deuxième partie PAGEREF _Toc235370060 \h 304
HYPERLINK \l "_Toc235370061" Troisième partie : HYPERLINK \l "_Toc235370062" LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA ET LES CHANGEMENTS POLITIQUES PAGEREF _Toc235370062 \h 311
HYPERLINK \l "_Toc235370063" Chapitre 7 - HYPERLINK \l "_Toc235370064" LECLATEMENT DES ARENES POLITIQUES PAGEREF _Toc235370064 \h 315
HYPERLINK \l "_Toc235370065" Section 1 : HYPERLINK \l "_Toc235370066" Laffirmation du mouvement associatif dans le champ du VIH/Sida PAGEREF _Toc235370066 \h 321
HYPERLINK \l "_Toc235370067" 1. Le mouvement associatif : incertitude, filiation et rejet PAGEREF _Toc235370067 \h 322
HYPERLINK \l "_Toc235370068" 2. Le mouvement associatif : frontière et définition dun champ daction PAGEREF _Toc235370068 \h 328
HYPERLINK \l "_Toc235370069" 3. Le mouvement associatif : un acquis mais pas une panacée PAGEREF _Toc235370069 \h 337
HYPERLINK \l "_Toc235370070" 4. Laction des « séroconcernés » eux-mêmes PAGEREF _Toc235370070 \h 341
HYPERLINK \l "_Toc235370071" Section 2 : HYPERLINK \l "_Toc235370072" Lactivisme antisida et les mouvements de revendications de la fin des années 80 PAGEREF _Toc235370072 \h 346
HYPERLINK \l "_Toc235370073" 1. LAfrique du Sud : HYPERLINK \l "_Toc235370074" La mouvance des mouvements de revendication anti-apartheid PAGEREF _Toc235370074 \h 349
HYPERLINK \l "_Toc235370075" 2. Le Burkina Faso : HYPERLINK \l "_Toc235370076" La coexistence pacifique avec lEtat et lautonomisation des associations PAGEREF _Toc235370076 \h 353
HYPERLINK \l "_Toc235370077" 3. Le Cameroun : HYPERLINK \l "_Toc235370078" Le contrôle et la fragmentation du tissu associatif par lEtat PAGEREF _Toc235370078 \h 356
HYPERLINK \l "_Toc235370079" Section 3 : HYPERLINK \l "_Toc235370080" Le mouvement associatif dans les débats juridiques sur le VIH/Sida PAGEREF _Toc235370080 \h 360
HYPERLINK \l "_Toc235370081" 1. Les associations contre les discriminations fondées sur lépidémie et lorientation sexuelle PAGEREF _Toc235370081 \h 361
HYPERLINK \l "_Toc235370082" 2. Les associations contre la pénalisation de la transmission sexuelle du VIH/Sida PAGEREF _Toc235370082 \h 364
HYPERLINK \l "_Toc235370083" Chapitre 8 - HYPERLINK \l "_Toc235370084" LES LIEUX DAFFRONTEMENTS ET DE POUVOIR PAGEREF _Toc235370084 \h 369
HYPERLINK \l "_Toc235370085" Section 1 : HYPERLINK \l "_Toc235370086" Les militants associatifs contre les administrations publiques ? PAGEREF _Toc235370086 \h 372
HYPERLINK \l "_Toc235370087" 1. La mobilisation du discours sur les droits de lhomme PAGEREF _Toc235370087 \h 374
HYPERLINK \l "_Toc235370088" 2. La protection des catégories sociales stigmatisées PAGEREF _Toc235370088 \h 385
HYPERLINK \l "_Toc235370089" Section 2 : HYPERLINK \l "_Toc235370090" Les transformations internes du mouvement associatif de lutte contre le VIH/Sida PAGEREF _Toc235370090 \h 394
HYPERLINK \l "_Toc235370091" 1. Concurrence, exclusion et modes de légitimations PAGEREF _Toc235370091 \h 395
HYPERLINK \l "_Toc235370092" 2. Leadership, collusions et tensions inter-associations PAGEREF _Toc235370092 \h 401
HYPERLINK \l "_Toc235370093" Conclusion de la troisième partie PAGEREF _Toc235370093 \h 407
HYPERLINK \l "_Toc235370094" CONCLUSION GENERALE PAGEREF _Toc235370094 \h 411
HYPERLINK \l "_Toc235370095" BIBLIOGRAPHIE PAGEREF _Toc235370095 \h 421
HYPERLINK \l "_Toc235370096" I. OUVRAGES PAGEREF _Toc235370096 \h 421
HYPERLINK \l "_Toc235370097" II. ARTICLES ET CHAPITRES DOUVRAGES PAGEREF _Toc235370097 \h 429
HYPERLINK \l "_Toc235370098" III. THESES ET MEMOIRES PAGEREF _Toc235370098 \h 436
HYPERLINK \l "_Toc235370099" IV. RAPPORTS ET DOCUMENTS ADMINISTRATIFS PAGEREF _Toc235370099 \h 437
HYPERLINK \l "_Toc235370100" V. DOCUMENTS ELECTRONIQUES PAGEREF _Toc235370100 \h 438
HYPERLINK \l "_Toc235370101" VI. PRESSE PAGEREF _Toc235370101 \h 438
HYPERLINK \l "_Toc235370102" VII. AUTRES SOURCES ELECTRONIQUES PAGEREF _Toc235370102 \h 439
HYPERLINK \l "_Toc235370103" Annexe 1 HYPERLINK \l "_Toc235370104" CARTES ET PRESENTATION PAR PAYS PAGEREF _Toc235370104 \h 441
HYPERLINK \l "_Toc235370105" AFRIQUE DU SUD PAGEREF _Toc235370105 \h 443
HYPERLINK \l "_Toc235370106" BURKINA FASO PAGEREF _Toc235370106 \h 444
HYPERLINK \l "_Toc235370107" CAMEROUN PAGEREF _Toc235370107 \h 445
HYPERLINK \l "_Toc235370108" Annexe 2 HYPERLINK \l "_Toc235370109" MISSIONS ET CALENDRIER DES TRAVAUX DE THESE PAGEREF _Toc235370109 \h 446
HYPERLINK \l "_Toc235370110" 1ERE ANNEE : 2004 2005 PAGEREF _Toc235370110 \h 448
HYPERLINK \l "_Toc235370111" 2EME ANNEE : 2005 2006 PAGEREF _Toc235370111 \h 448
HYPERLINK \l "_Toc235370112" 3EME ANNEE : 2006 - 2007 PAGEREF _Toc235370112 \h 449
HYPERLINK \l "_Toc235370113" 4EME ANNEE : 2007 - 2008 PAGEREF _Toc235370113 \h 450
HYPERLINK \l "_Toc235370114" Annexe 3 HYPERLINK \l "_Toc235370115" LES AGENCES SPECIALISEES DES NATIONS UNIES COPARRAINANT L'ONUSIDA PAGEREF _Toc235370115 \h 451
HYPERLINK \l "_Toc235370116" I. L'UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l'Enfance) PAGEREF _Toc235370116 \h 454
HYPERLINK \l "_Toc235370117" II. Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) PAGEREF _Toc235370117 \h 455
HYPERLINK \l "_Toc235370118" III. Le FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population) PAGEREF _Toc235370118 \h 456
HYPERLINK \l "_Toc235370119" IV. Le PNUCID (Programme des Nations Unies pour le Contrôle international des Drogues) PAGEREF _Toc235370119 \h 458
HYPERLINK \l "_Toc235370120" V. L'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) PAGEREF _Toc235370120 \h 459
HYPERLINK \l "_Toc235370121" VI. L'OMS (Organisation mondiale de la Santé) PAGEREF _Toc235370121 \h 460
HYPERLINK \l "_Toc235370122" VII. La Banque Mondiale PAGEREF _Toc235370122 \h 462
HYPERLINK \l "_Toc235370123" Annexe 4 HYPERLINK \l "_Toc235370124" PRINCIPES ET VALEURS APPLIQUES PAR LONUSIDA DANS SES ACTIVITES AVEC LA SOCIETE CIVILE PAGEREF _Toc235370124 \h 464
HYPERLINK \l "_Toc235370125" Annexe 5 HYPERLINK \l "_Toc235370126" LISTE DES ASSOCIATIONS ET ORGANISMES DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA PAGEREF _Toc235370126 \h 468
HYPERLINK \l "_Toc235370127" I. AFRIQUE DU SUD PAGEREF _Toc235370127 \h 469
HYPERLINK \l "_Toc235370128" II. BURKINA FASO PAGEREF _Toc235370128 \h 493
HYPERLINK \l "_Toc235370129" III. CAMEROUN PAGEREF _Toc235370129 \h 517
INTRODUCTION
Cette thèse a pour objet danalyser les politiques publiques ou pour le dire avec un peu plus dexactitude, laction publique en ce quelle sattache à la fois à laction de lEtat et aux « bricolages associatifs » plus ou moins institués pour prendre en charge les effets induits par lépidémie de VIH/Sida. Dans ce registre, elle considère les controverses et les incertitudes auxquelles lépidémie a été soumise comme un ensemble de dynamiques liées à lémergence même de laction publique. Lanalyse seffectue, comme par un détour risqué, à travers un regard comparé des répertoires et des modes daction issus des expériences de lutte contre le VIH/Sida dans trois pays dAfrique subsaharienne, héritiers des cultures administratives francophone et anglophone : lAfrique du Sud en Afrique australe, le Burkina Faso en Afrique de lOuest et le Cameroun en Afrique centrale.
Lanalyse est dautant plus risquée quelle sexpose à deux types de défis. Il sagit, dun côté, de faire usage de théories et de concepts de lanalyse de laction publique produits sur des « terrains démocratiques » pour investir et interpréter des dynamiques daction secrétées dans des contextes lointains, au contraire, soupçonnés dun déficit démocratique, institutionnel et normatif qui rend cette perspective inopérante dans ces situations sociopolitiques par ailleurs mises sous tension par les avatars de lEtat inachevé, néo-patrimonial ou même introuvable. Dun autre côté, il sagit de sinscrire dans une démarche comparative sur des trajectoires et des dynamiques daction ayant fait lobjet de discours et dappropriations politiques différenciés selon les cas nationaux dans ces trois pays. On craint alors que vue sous cet angle lanalyse ou du moins ses résultats ne soient quun survol de la littérature existante sans conclusions spécifiques et percutantes. Pour anticiper ces déconvenues, notre étude tente de cerner, en les combinant, différents niveaux dinterprétation.
Au niveau institutionnel dabord, il sagit de voir limportance du contexte global dans la production locale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida : comment se structurent les administrations publiques locales à lheure du VIH/Sida ? Comment la configuration de ces administrations influence les discours et les pratiques dacteurs aussi éclatés qui agissent dans les systèmes de production de lordre politique local ? Comment sont-elles inversement modifiées par les pratiques plus ou moins instituées par lépidémie ?
Ensuite, au niveau intermédiaire, celui de linterface entre institutions, organisations et pratiques des acteurs, il sagit de voir comment les acteurs locaux de tout bord (politiques ou associatifs) semparent des objets relatifs au VIH/Sida : comment se représentent-ils lépidémie et ses conséquences ? Comment les systèmes de représentation qui se greffent sur lépidémie influencent les discours, les représentations et les pratiques des individus ? Comment les acteurs politiques et sociaux organisent la lutte contre les effets de lépidémie pour défendre lordre social ? Quel est le rôle et la place de différents acteurs dans cette lutte ?
Enfin, au niveau sociétal, celui reconfiguré par les pratiques réelles des acteurs tant politiques quassociatifs, il sagit de voir quels types dinteractions sont désormais nourris par laction publique de lutte contre le VIH/Sida ? Comment cette action se transforme et transforme progressivement le système de représentations sociales sur lépidémie ainsi que lespace politique local ? Quels enjeux de pouvoirs se greffent sur le champ du VIH/Sida.
1. Le VIH/Sida : une épidémie à la quête de la société ?
Les premiers cas assimilés à ce qui est devenu lépidémie de VIH/Sida ont été observés en Afrique du Sud en 1982. Au Cameroun, les premières révélations de cas de personnes contaminées remontent à 1984 et au Burkina Faso, à 1986. A chaque fois, les journaux locaux annonçaient successivement, de façon explosive, voire choquante et méprisante, larrivée de la maladie des homosexuels. Choc et mépris parce quau Cameroun et au Burkina Faso en particulier, lhomosexualité était encore peu connue ou du moins, elle était perçue comme un phénomène exogène, une sorte de « déviance » liée à une « anomalie sexuelle » ou à la « mauvaise sexualité » dexpatriés occidentaux. En Afrique du Sud, pays plutôt multiracial où le phénomène était déjà connu grâce en partie aux activités politiques dhomosexuels de la Gay Association of South Africa (GASA) au sein des réseaux de gauche anti-apartheid, 10 à 15 % dhomosexuels étaient déclarés infectés à Johannesburg en 1989. Mais, dans un cas comme dans lautre, la vie sexuelle des homosexuels était encore source de mépris.
Le lien entre le VIH/Sida et lhomosexualité bouleverse et interroge les rapports sociaux en Afrique tout en expliquant le choc collectif et limplosion sociale engendrés par la reconnaissance officielle de premiers cas nationaux de personnes contaminées par lépidémie. Pour parvenir précisément à comprendre lincidence de ces développements sur la production de laction publique, une synthèse plus récemment suggérée par Pierre Muller et Yves Surel donne une meilleure illustration. Attentive au constructivisme, celle-ci repose sur lidée de « valeurs dominantes » permettant ainsi de saisir limpact des convictions héritées ou développées et les modalités dentrées ou de sorties de laction publique. Reproduits dans les contextes africains de construction de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, leurs travaux ouvrent assurément la voie à lobtention dinformations inédites, en ce sens quils montrent quun « fait social » est construit en « objet politique » lorsquil est lié entre autres aux « valeurs dominantes ». Or, lhomosexualité à laquelle les médias liaient justement le fait dêtre contaminé par le virus du Sida représentait exactement une contre-valeur dans ces trois pays. On pouvait dès lors entrevoir les premières difficultés auxquelles linscription de VIH/Sida sur lagenda gouvernemental allait faire face au cours de la première moitié des années 80.
Mais, au cours de ces longues années, lépidémie de VIH/Sida sest considérablement développée. De 0.5% au début de lépidémie, ces trois pays présentent aujourdhui une carte épidémiologique riche et variée : 18% en Afrique du Sud, 12% au Cameroun et 4% au Burkina Faso. Plusieurs raisons peuvent expliquer, selon les pays, ce changement statistique. Mais, de façon générale, lépidémie se serait en grande partie répandue dans ces trois pays, au-delà des inflexions nationales probablement induites par limpact de laction publique réactive, avec le concours dautres facteurs sociaux : la structure déséquilibrée de la population généralement stratifiée en ruraux et urbains, lurbanisation non maîtrisée dans les grandes métropoles nationales et, pour le cas particulier de lAfrique du Sud, la création de townships peu équipés en services de santé publique.
Les mouvements migratoires internes et temporaires constituent également un des facteurs explicatifs de lexplosion de VIH/Sida en Afrique. Mais, cette perspective est souvent tenue en négligé dans les analyses ethnographiques sur les dynamiques de lépidémie dans le continent noir où la question migratoire est généralement traitée dans une perspective exclusivement orientée vers les rapports sociaux euro-africains. En Afrique du Sud, les mouvements migratoires locaux sont le fait des ouvriers de mines et dautres fournisseurs temporaires de la main duvre dans les entreprises métropolitaines. Comme le suggère Judith Hayem, les migrants internes sinstallent loin de leur terroir originel et de leurs foyers conjugaux pour se rapprocher des zones de production manuelle. Pendant lapartheid et ce jusquà la deuxième moitié des années 90, ces ouvriers navaient pas le droit daménager avec leur famille sur leurs nouveaux lieux de résidence pour le travail, alors quils y passaient plusieurs années voire toute leur vie.
Au Cameroun et au Burkina Faso, cette transhumance interne est souvent le fait des routiers. Ces derniers entretiendraient, dans chacun de villages parcourus, des relations sexuelles occasionnelles sans usage de préservatif pour se protéger du VIH/Sida, avec les autochtones. La pratique sexuelle est dans ce cadre obtenue contre une « rétribution » financière ou matérielle. En ce sens, les filles troquent leur sexe contre le pouvoir dachat détenu par les routiers. Cette situation les expose par ailleurs à cette sorte de violence symbolique analysée par Pierre Bourdieu mais ici liée à la domination du donateur qui en lespèce a la latitude dimposer son point de vue sur lusage ou non du préservatif. Dailleurs, plusieurs travaux ethnographiques réunis par Mary Crew montrent que les inégalités de genre contribuent à lexpansion du VIH/Sida dans les sociétés africaines, dans un contexte fortement marqué par laccès sexuellement différencié aux ressources. Edwin Cameron estime de ce fait que les inégalités de genre accentuent ainsi les rapports de domination et la dissymétrie lors de la négociation de pratiques sexuelles. Enfin, dans les townships sud-africains et les milieux défavorisés du Cameroun et du Burkina Faso, lépidémie de VIH/sida sest développée en surfant sur les carences sanitaires des campagnes de vaccination populaire des années 80 pendant lesquelles une seule seringue servait à transfuser plusieurs patients.
Dans ses travaux sur la production des politiques publiques, Lary Gerston estime que la conjugaison de « trois critères de portée, dintensité et de temps » suffit pour forcer linscription dun « fait social » dans le calendrier gouvernemental. Le VIH/Sida réunit ces trois critères : en 2007, lOnusida estimait à 14,8% le taux de séroprévalence en Afrique du Sud, 2% au Burkina Faso et 8,4% au Cameroun, auprès dadultes âgés de 15 à 49 ans. On en connaît par ailleurs les effets désastreux sur lordre socio-économique et les structures politico-administratives des pays en transition. Mais, sa politisation a pris une trajectoire détournée dont les justifications sont entre autres liées aux contextes endogène et exogène de son émergence avec dune part, la mobilisation des milieux associatifs au Nord, souvent constitués de personnes infectées et dont les translations ont suggéré des dynamiques associatives de lutte contre lépidémie au Sud et de lautre, la contamination progressive de lélite politique et militaire qui a conduit précisément lOuganda à simposer, de façon indirecte, comme modèle de « participation active ».
Lanalyse de VIH/Sida en tant quobjet daction publique impose une construction historiographique des dynamiques sociales et politiques qui structurent les espaces publics dans ces trois contextes détude tout en évitant de tomber paradoxalement dans une uvre historique plate qui éloignerait de préoccupations analytiques de départ. Ceci étant, lanalyse contextuelle na pour seul objectif que de mettre instantanément en évidence les pesanteurs et les déterminants autres que politiques capables déclairer lensemble de facteurs qui pouvaient noyauter les logiques en action au moment où le VIH/Sida tente démerger comme problème politique.
En effet, lhistoire politique qui préfigure linscription de VIH/Sida sur lagenda politique est antérieure à lépidémie elle-même. Elle remonte au début de la période postcoloniale. De fait, à partir des années 70, les Etats africains fraîchement indépendants vivent dans une relative prospérité économique avec entre autres un taux de croissance annuel moyen de 11,9% pour lAfrique du Sud, 7,8% pour le Cameroun et de 6,4% pour le Burkina Faso. Mais, la crise économique qui a frappé les pays africains à partir de la seconde moitié des années 80, a entraîné une chute drastique du revenu par habitant au Cameroun et au Burkina Faso où la dévaluation du franc CFA en janvier 1994 et linflation consécutive ont achevé de tempérer la demande sociale en santé publique.
Or, à partir de 1945, avec la fin de la deuxième guerre mondiale et le début de la bipolarisation Est-Ouest, lAfrique du Sud, le Cameroun et le Burkina Faso, comme lensemble de pays du Sud, sont devenus le théâtre de soubresauts sociaux, politiques et économiques qui obéissent souvent à un ensemble de politiques initiées et diffusées par les puissances du Nord, lorsquelles ne sont pas volontairement intégrées sous forme de « mimétisme ». De lendettement des pays en voie de développement, le Cameroun et le Burkina Faso passent, tour à tour, à ladhésion au programme dajustement structurel, la relance de la coopération Nord/Sud, la démocratisation des pays du Sud comme condition daccès à laide publique au développement et, plus récemment encore, à léligibilité à linitiative des pays pauvres très endettés.
La pression suscitée par ces politiques au niveau local sest radicalisée, à partir de la seconde moitié des années 80 au moment où le VIH/Sida émerge justement sur le plan international comme problème de santé publique, avec la crise économique et, par ricochet, la crise politique. Les répercussions de la crise devaient être assez désastreuses sur la production et la mise en uvre de laction publique de santé avec lirruption inattendue du VIH/Sida et ses nombreuses résistances. Si ces faits politiques sont liés à la vie publique camerounaise et burkinabé, lAfrique du Sud, quant à elle, connaît un ensemble de difficultés dune toute autre nature.
En effet, la radicalisation de deux sociétés raciales inégales avec dun côté, la population blanche et de lautre, limmense majorité noire constitue le nud de lecture de la société sud-africaine. Pendant les régimes successifs de lapartheid, la population blanche vivait dans une certaine prospérité socioéconomique grâce aux avantages de la politique de ségrégation raciale défendue par la constitution de 1967 qui leur garantissait entre autres un système daccès à la propriété et à la distribution des biens sociaux. De lautre côté, la population noire, fortement maintenue à la périphérie du bien être et installée dans les ghettos où se multiplient les facteurs de risque liés à la propagation du VIH/Sida : violence sociale, viols sur des mineurs, marchandisation du corps par un système de prostitution déguisé en relation multipartenaire, usage des drogues, etc.
A la faveur de limplosion sociale liée à cette sorte de saturation soutenue par les changements soudains de rapports de force internationaux et les exigences dune communauté internationale désormais résolue à lutter contre les inégalités sociales et la pauvreté, lAfrique du Sud, le Burkina Faso et le Cameroun sont obligés à se réconcilier avec les populations locales et ainsi à souvrir une nouvelle aire marquée par la fin de lapartheid et du monolithisme politique. Dans ce cadre, le rôle des acteurs périphériques comme nouveau mécanisme relais devient de plus en plus important pour la protection et la défense de droits des citoyens, ce dautant plus que la crise a limité les capacités rédistributives de lEtat qui doit désormais faire face à plusieurs défis longtemps étouffés par les politiques autoritaristes.
Lordre étatique postcolonial, marqué par lapartheid et la gestion néo-patrimoniale des administrations publiques y compris des structures de soins de santé, est remis en cause avec la libéralisation de la seconde moitié des années 90. Ce faisceau apparaît comme une fenêtre dopportunité pour les mouvements sociaux qui devaient sen saisir pour un double objectif : il sagit, dun côté, de briser la minoration du politique afin de permettre le renouvellement de lélite politique et de lautre, daffaiblir le monopole de lEtat sur la gestion des services publics, une sorte de machine téléologique. Au Cameroun et au Burkina Faso, la pression populaire conduit les pouvoirs publics à initier, au début des années 90, le projet de décentralisation administrative et la loi sur la liberté associative. A la même période, cest-à-dire le 2 février 1990, en Afrique du Sud, le président Frederik de Klerck tient le discours historique par lequel il aboli lapartheid. Il reconnaît à cet effet, lANC et lensemble de mouvements politiques sud-africains. Les changements politiques de cette période anticipent la fluidité des enjeux sociaux à travers la promotion de réformes multisectorielles dans des sociétés où les options politiques du parti unique au Cameroun et au Burkina Faso et de lapartheid en Afrique du Sud, ont profondément marqué, orienté et guidé les besoins et les valeurs dans plusieurs secteurs de la vie sociale et de laction publique.
Les contours de laction publique de lutte contre le VIH/Sida avec dans ce cadre, limportante participation des acteurs collectifs, sont liés à une profonde mutation de lenvironnement économique mondial avec la chute de prix des principaux produits dexportation et la création des grands marchés régionaux et internationaux. Ces phénomènes macroéconomiques affectent fortement les discours et les pratiques dacteurs locaux. En ce sens, ils réduisent largement la marge de manuvre des acteurs politiques locaux dont laction est justement liée à cette sorte de magnanimité qui voudrait que seules les ressources matérielles de lEtat puissent soutenir leurs capacités de redistribution des biens publics. La réduction de cette marge de manuvre a donc pour effet immédiat daffecter précisément leur discours et leurs pratiques.
Le Cameroun et le Burkina Faso sont deux pays aux économies extraverties et rentières. La ligne budgétaire de lEtat y est essentiellement constituée par les recettes issues de lexportation des matières premières minières et agricoles. Ainsi, la crise économique engendre de fait une crise politique, surtout dans un contexte politique local pour lequel les insuffisances institutionnelles sont adoubées par la tendance des entrepreneurs politiques locaux, comme le montre le club du Sahel à propos des Etats dAfrique de lOuest, « à investir et à orienter les fonds publics dans la productivité politique plutôt quéconomique : dépenses militaires exorbitantes, structures des salaires gouvernementaux déconnectées des réalités financières nationales ».
De nouvelles contraintes budgétaires simposent donc à lEtat qui ne peut plus accroître laide publique au même rythme que par le passé. Les investissements publics sont désormais réduits dans les secteurs sociaux alors que les besoins saccentuent non pas seulement avec lépidémie de VIH/Sida mais aussi et surtout pour deux raisons : dune part, on assiste à cette même période à une croissance démographique constante et non encadrée au moment où les populations actives sont touchées par une épidémie de la mort et de lautre côté, les politiques tarifaires préférentielles qui protégeaient les producteurs et les marchés du sud seffondrent.
Dans le secteur de la santé, cette situation sest traduite par linadaptation des infrastructures sanitaires et la dégradation de la qualité des soins de santé surtout face à la propagation quasi rapide de lépidémie de VIH/Sida : manque de politiques et de moyens adéquats pour accumuler au niveau national, les connaissances des dynamiques de lépidémie ou pour améliorer la prévention et la prise en charge sociale de personnes vivant avec le VIH/Sida, un accès aux soins très restreint voire inexistant, une stigmatisation sociale très violente à légard des malades, etc.
Dans ce contexte, lusager des services publics de santé est assimilé à un vulgaire mendiant, ce dautant plus que la nouvelle bourgeoisie africaine qui se dessine au voisinage des pouvoirs politiques locaux, de la fonction publique internationale et des milieux daffaires privés, sattache les services de quelques particuliers en matière de santé.
Ainsi donc, pour faire fonctionner ses structures socio-administratives, lEtat jusquici seul compétent pour satisfaire les attentes des collectivités publiques à cause de ses prérogatives très étendues sur la Cité, est de plus en plus obligé de recourir à laide extérieure. Malgré cette aide, le traitement de fonctionnaires ne saméliore pas, accumulant certaines frustrations dont lexpression demeure lusage des moyens illégaux denrichissement personnel telle la marchandisation de services de santé publique. Le recrutement des jeunes diplômés en médecine se trouve quant à lui gelé compte tenu du programme dajustement structurel ou dautres initiatives de réformes politico-administratives auxquelles sont soumis les pays du Sud par les institutions financières de Bretton Woods.
Sur le plan juridique, de multiples instruments internationaux et régionaux dont lAfrique du Sud, le Burkina Faso et le Cameroun sont parties ont, à partir de 1948, exprimé de façon explicite le droit à la santé comme droits fondamentaux et inaliénables de lindividu : la Déclaration Universelle des Droits de lHomme de 1948, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966, la Charte africaine des droits de lhomme et des peuples de 1981, la Convention relative aux droits de lenfant de 1989, etc. Avec la fluidité sociale entrainée par louverture du jeu politique postapartheid et post-autoritaire au début des années 90, les acteurs et les réseaux sociaux qui enrichissent le courant quil est désormais convenu de nommer par « la société civile locale », découvrent que lapplication de ces instruments a une incidence importante sur létat de la santé, surtout dans le contexte de nouveaux défis issus de la banalisation et de la stigmatisation sociale des victimes du VIH/Sida.
Le caractère éclaté de cet environnement et ses effets sur la gouvernance rendent le secteur de la santé publique particulièrement intéressant à étudier dans la perspective de lanalyse de laction publique qui reconsidère les dynamiques de contrôle de lépidémie de VIH/Sida. Ce dautant plus que les contours et les dynamiques de laction publique de lutte contre le VIH/Sida mettent en lumière une recomposition du jeu politique avec lémergence très remarquée dacteurs collectifs. Dans un propos introductif, Paul-Gérald Pougoué essaie de mettre en évidence cet état de chose en soulignant que lEtat contemporain ne parvient plus à protéger les citoyens et laisse ainsi un espace dans lequel les organisations de la société civile sengouffrent peu à peu. Cette nouvelle donne est le fait de plusieurs avatars qui, bien quayant quelques similitudes dun pays à lautre, reflètent les contextes particuliers de chacun des pays étudiés. Aussi, quels en sont les acteurs, les controverses et les dynamiques ? Telle est la question de départ de cette étude.
2. Les acteurs politiques et associatifs dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida
Il y a un peu plus de vingt cinq ans lorsque lépidémie du VIH/Sida apparaissait dans cette petite communauté dhomosexuels de Chicago, aux Etats-Unis, lhumanité était loin de penser à une crise épidémiologique aux conséquences aussi profondes sur les structures sociales et les dynamiques politico-administratives encore en construction dans les pays en développement. Comme le rappelle Didier Fassin, « lépidémie du VIH/Sida nest pas la première crise épidémiologique mondiale mais avec elle, on voit pour la première fois un ensemble de mobilisations se dessiner au Nord comme au Sud, à travers de vastes campagnes communes de prévention et daccès aux traitements, conduites par les organisations non gouvernementales, les institutions internationales et de nombreuses administrations publiques nationales » .
Sur le plan théorique et méthodologique, cette posture engendre incontestablement des interrogations à lanalyse politique ou plus exactement à lanalyse de laction publique. On y voit émerger un ensemble dacteurs non élus qui opèrent sur la scène de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Ces acteurs souvent considérés à linterface entre le pouvoir politique et la société globale sérigent de fait en acteurs de pouvoir sanitaire. Ils élaborent et mettent en uvre laction publique de lutte contre le VIH/Sida, tout en interprétant et en donnant sens à lépidémie, etc. En un sens, lEtat sanitaire en Afrique nest plus un Etat wébérien capable davoir le monopole de laction légitime sur la lutte contre le VIH/Sida.
A partir de ces types dentrées, le VIH/Sida rend incompréhensible les perspectives institutionnalistes et administrativistes statocentrées qui réduisent la production et la mise en uvre de laction publique à la seule action de lEtat. Ces dernières années, les dynamiques collectives et leurs répertoires daction ont investi lespace public, se substituant parfois aux politiques gouvernementales (quelquefois) controversées. De fait, la juxtaposition de ces deux niveaux d'action désormais légitimes constitue un prisme capable de renseigner sur les processus de désétatisation de lespace public antisida. Elle met, par ailleurs, en évidence la difficulté de la théorie classique de la puissance publique dans les sociétés africaines traversées par un paradoxe constitutionnel pour le moins inobservé ailleurs : on y assiste dun côté, à la forte étatisation des systèmes de santé hérités de la colonisation et de lautre, à lirruption des acteurs privés dans laction publique. Ceux-ci sont portés par les translations Nord-Sud et la conjoncture des débats politiques internationaux plutôt favorables à lémergence des pôles non politiques pour sortir des impasses du politique en Afrique. En Afrique du Sud, elles ont inondé et façonné lespace public de VIH/Sida de 1982 à 2003 alors que lEtat se distinguait au cours de cette période par cette sorte de « dissidence active » analysée par Fred Eboko.
Sur le plan local, ces acteurs négocient presque dégal à égal avec lEtat alors que sur le plan international, ils tentent parfois de lui faire ombrage en participant à toute sorte de négociations internationales. Sous ce rapport, le domaine de services publics, traditionnellement rattaché aux entreprises de domination légitimes et pour cela, réservé aux seuls entrepreneurs politiques qui se voyaient reconnaître lattribut dautorités publiques productrices de laction publique, souvre à la participation concurrentielle des « acteurs venus dailleurs ». Ces derniers, à lexemple de la TAC et de AAS, disposent désormais de marges de manuvre suffisantes et de ressources souvent exogènes pour produire et gérer laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Ainsi conçu, le VIH/Sida devient le lieu de convergence et parfois de concurrence des « capacités à résoudre les problèmes » de gouvernance quotidienne et autorise une théorie du politique inclusive de lanalyse de nouveaux pôles dexercice du pouvoir, par le biais des dynamiques collectives.
La configuration des réseaux dacteurs engagés dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun montre que le prisme électif classique sur lequel repose la domination légitime confronte aujourdhui un nouveau prisme avec lintervention croissante de nombreux acteurs non élus sur les objets politiques et les choix collectifs en se fondant sur les pratiques participatives plus ou moins instituées. Certes, les travaux socio-historiques de Pascale Laborier et Danny Trom sur la production des politiques publiques montrent que le constat de la participation dacteurs non gouvernementaux à laction publique nest pas un phénomène nouveau. Mais, dans les pays en transition démocratique et même en transition postapartheid, il a pris une ampleur justement à la faveur de ces transitions telle quil devient nécessaire dy réfléchir pour ne pas céder à la normativité dun discours qui renvoie souvent aux mythes du changement social en Afrique.
A côté de ces premières préoccupations sur la définition des acteurs engagés dans la production de laction publique, lanalyse sintéresse également à dautres écueils épistémologiques : comment définir laction publique dans ces contextes ? Comment émerge-t-elle ? Quelles sont ses origines ? En quoi cette approche peut-elle éclairer les réponses à lépidémie de VIH/Sida en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun ?
En général, lanalyse des politiques publiques non pas celle de laction publique se construit sur les crises successives de lEtat moderne : la crise de lEtat providence ou de la gouvernabilité des problématiques sociales. Bien que lépidémie de VIH/Sida constitue une crise majeure à la gouvernance et ladministration de laction publique en Afrique, ces approches y semblent encore peu pertinentes au regard du contexte peu démocratique du continent. Car, lanalyse des politiques publiques ne serait possible que dans les sociétés démocratiques, cest-à-dire dans un contexte où les réseaux et les statuts dacteurs sont constitutionnellement lisibles.
Cependant, cette perspective plutôt marquée par une certaine fiction de lEtat « achevé », oublie le contexte de transitions ou de recomposition des arènes politiques avec lémergence des conditions et des dynamiques du changement. Ces dernières constituent de fait, autant dopportunités pour lirruption de nouveaux acteurs et innovations que la conception classique de la puissance publique refuse dintégrer.
Cette attitude statocentrée manifeste par ailleurs une souffrance épistémologique fortement liée à un trop plein dinstitutionnalisme et détatisme qui ne prendre pas en compte les autres acteurs sociaux désormais présents dans la fabrication des objets politiques, au-delà de la rigidité de lEtat classique par ailleurs introuvable dans certains pans de la société en Afrique. Par ailleurs, si le fonctionnement de lEtat est peu démocratique, en serait-il autant pour les acteurs non institutionnels ? Ces acteurs, par ailleurs, très connectés aux flux de relations exogènes ne sont-ils pas porteurs dinnovations au point dinfluer sur les logiques institutionnelles statocentrées et induire des changements politiques ? Ces difficultés nous conduisent à préférer les développements proposés par le concept de « laction publique » plutôt que celui de « politiques publiques » :
« Lemploie du terme action publique marque un changement de perspective par rapport au domaine de savoir des sciences sociales consacré, dit des politiques publiques. Face à une vision inspirée par la primauté accordée à limpulsion gouvernementale, à laction de lEtat, et aux interventions des autorités publiques, on indique par ce renversement, le choix dune approche où sont prises en compte à la fois les actions des institutions publiques et celles dune pluralité dacteurs, publics et privés, issus de la société civile comme de la sphère étatique, agissant conjointement, dans des interdépendances multiples, au niveau national mais aussi local et éventuellement supranational, pour produire des formes de régulation des activités collectives, par exemple dans les domaines du développement économiques, de lemploi, de lenvironnement, de la santé, de léducation, de la culture, etc., mais également dans ceux qui relèvent de lexercice des fonctions régaliennes (justice, police, etc.) ».
Sous ce rapport, à côté de lanalyse des réseaux institutionnels de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, cette étude interroge également les nouveaux phénomènes associatifs de contournement et dévitement des gouvernants et de leur légitimation traditionnelle par diverses formes dentrée dacteurs intermédiaires observés dans différents contextes sociopolitiques. Elle sintéresse particulièrement aux possibilités danalyser les questions soulevées par lépidémie de VIH/Sida à la lumière de laction publique en montrant pourquoi elle devait interpeler ou non les acteurs politiques locaux ; quels sont les réseaux qui ont pu décoder et recoder les signaux de lépidémie ; comment sest opéré ce passage du biomédical au politique ; quels sont les intérêts mis à lavant dans le jeu configuré dacteurs de tout bord. La principale question quelle pose se situe aux confluences dune double articulation : « pourquoi et comment le VIH/Sida devait-il être (re) considéré comme un objet (de) politique ».
La première bretelle « pourquoi » est navigable à partir des eaux qui renvoient, comme par une certaine sociologie de laction publique, à lanalyse de la longue construction du VIH/Sida en tant que problème politique ; en ce sens, elle permet danalyser lensemble de dynamiques et de controverses ayant abouti à la prise en compte du fait social du VIH/Sida dans les mécanismes de décisions politiques. La seconde bretelle « comment » veut, quant à elle, à partir de la sociologie des acteurs et des institutions, rendre compte de mécanismes et répertoires mis en place par lensemble de logiques en action pour y répondre. Au regard à la fois de cette confluence et de travaux jusquici disponibles, une troisième bretelle a été ouverte pour tenter danalyser les changements politiques induits par les nouveaux rapports de force issus de laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
Ces questions sont analysées à partir dun travail comparatif pour le moins courageux et ambitieux mais dont les digues sont soutenues par le long monitoring du terrain, dobservations, de discussions et de rencontres avec les acteurs concernés, les chercheurs et les séropositifs en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun et aussi par la simple intuition du navigateur à sélectionner, dans ce tourbillon, les vagues les moins ombrageuses.
Quatre hypothèses rendent compte des orientations finalement définies en guise de digues de sécurité :
A. Légitimité élective et légitimité représentative : La norme démocratique classique, symbolisée par la légitimité élective et la séparation constitutionnelle des pouvoirs, est encore partagée dans ces trois pays, comme principal mode daccès au politique et à lexercice du pouvoir légitime de production de biens et services publics. Mais, elle est largement concurrencée par dautres formes dentrée plus participatives et revendicatives, fondées sur un ensemble de légitimations de types « communautaire » et/ou « experte ».
B. Autonomisation, médiation et interactions : Le niveau dautonomisation des acteurs de la société civile reste à tout point de vue tributaire de la nature de lEtat. Dans les Etats « mous » ou « fragiles » mais encore autoritaire sur le plan politique, tels que le Cameroun et le Burkina Faso, les dynamiques des organisations de la société civile se connectent très vite aux ressources exogènes qui leur permettent de contourner lEtat « local » ou de lignorer en conduisant des politiques de lutte contre le VIH/Sida qui échappent à son contrôle (Etat). Par contre, dans les Etats relativement interventionnistes mais relativement « démocratiques » comme lAfrique du Sud, les organisations de la société civile bénéficient des ressources endogènes dont le mode de redistribution est prévu par la loi et agissent à travers les réseaux de médiation plus ou moins institués pour accabler le gouvernement de demandes afin dobtenir linscription dune question liée au VIH/Sida sur lagenda politique.
C. Coopération sanitaire internationale et mobilisations locales : La maitrise de lépidémie du VIH/Sida au niveau national est en grande partie mathématiquement tributaire du niveau dadhésion ou dimplémentation des politiques internationales au lendemain de la découverte de lépidémie. Autrement dit, le tableau épidémiologique actuel des trois pays sur lesquels porte cette étude montre que le niveau de lépidémie reflète lensemble de mobilisations politiques qui ont accompagné la mise en uvre des politiques internationales de lutte contre le VIH/Sida en Afrique. Les politiques publiques formulées par les organisations internationales ont connu des appropriations très différenciées en Afrique entre une « participation active » du Burkina Faso, une « adhésion passive » du Cameroun et une « dissidence active » de lAfrique du sud.
D. Criminalisation, clientélisme et patrimonialisation : Les avantages symboliques (et mêmes matériels) engendrés par la lutte contre le VIH/Sida semblent avoir généré une réalité hybride : d'un côté, les pouvoirs publics veulent en contrôler les ressources ; de l'autre, les acteurs de la société civile semblent progressivement développer des entreprises paradoxales de « criminalisation » de ce champ daction en reproduisant exactement les attitudes des gouvernants : repositionnement individuel, usage de biais concurrentiels à lintérieur du mouvement associatif, redistribution « clientéliste » des avantages du militantisme associatif, émergence des inégalités dans laccès aux médicaments antisida, etc.
3. LAfrique du Sud, le Burkina Faso et le Cameroun dans une perspective comparée
Une comparaison sur trois pays parait largement ambitieuse pour une thèse, surtout lorsquil sagit de faire usage de méthodes participatives avec de séjours de terrain dans ces trois pays si éloignés les uns des autres et sur un objet peu fréquenté par la science politique africaniste. A mi-chemin entre létude de cas et des analyses croisées, la comparaison entre lAfrique du Sud, le Burkina Faso et le Cameroun offre lavantage de mettre en évidence ces trois pays en avivant lintérêt pour chacun deux et ainsi, dun point de vue épidémiologique, de préciser le statut des dynamiques structurelles et constitutives à luvre dans les processus de production de modèles nationaux de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Selon Mattei Dogan et Dominique Pelassy, ce type de comparaison « concerne de préférence des pays présentant des analogies fondamentales, même si lobjectif de lanalyse est de mettre en évidence des différences dans un ou plusieurs domaines ».
Aussi, loin dêtre fantaisiste et arbitraire dans le choix de situations à comparer, notre démarche sappuie sur une dynamique très sélective des objets à analyser et de leurs usages, en brassant précisément les indicateurs les plus significatifs et dont les résultats pourraient permettre dune part, de formuler des hypothèses sur les conditions déchec ou de réussite de politisation de VIH/Sida dans les contextes nationaux étudiés et de lautre, de mieux comprendre les systèmes de régulation de ces politiques et les jeux des acteurs engagés dans leur gouvernance. Ce qui permet principalement de dépasser deux modèles dinterprétation : le modèle de la tour de Babel défendu par les tenants de ce quon a coutume dappeler « les Afriques » et le modèle des frères siamois qui, en revanche, soutient lidée dune « mêmeté » de trajectoires dans les sociétés africaines. Pour les premiers, la comparaison nest envisageable que si elle insiste suffisamment sur les différences dun pays à lautre ou, au sein dun même pays, lorsquelle analyse les distinctions dune région à une autre, alors que les seconds comprennent la comparaison comme un modèle duniformisation qui met laccent sur les caractéristiques les plus communément partagées par les situations à étudier. Pourtant, ces différences comme ces ressemblances renferment à la fois des éléments de comparaison car, « comparer, cest à la fois assimiler et différencier par rapport à un critère ».
Dans ce contexte, comment avons-nous sélectionné les situations nationales et leurs facteurs discriminants pour ne pas laisser place à larbitraire ? Nous avons en effet choisi darticuler en les croisant, certains facteurs qui ne sont pas a priori liés à létude mais qui sont capables dêtre saisis comme autant déléments déclencheurs du système explicatif voulu pour notre analyse, de sorte quils soient suffisamment remarquables pour rendre compte individuellement de chaque cas de la comparaison et suffisamment complets pour transcender chacun de cas nationaux analysés.
Le Cameroun constitue, de ce point de vue, la charnière entre le Burkina Faso et lAfrique du Sud et ce, à plusieurs niveaux. Sur le plan économique, si lAfrique du Sud est aujourdhui le géant du continent africain, le Burkina Faso en est au contraire lun des pays les plus pauvres et le Cameroun, la médiane. Sur le plan épidémiologique, ces trois pays représentent la situation telle quelle apparaît sur la cartographie de lépidémie en Afrique : en Afrique du Sud la séroprévalence continue daugmenter ; au Burkina Faso, elle se stabilise alors quau Cameroun, elle recule considérablement à léchelle nationale. Sur le plan géographique, le Cameroun (en Afrique centrale) a une position stratégique dans le golf de Guinée qui le met à mi-chemin entre le Burkina Faso (en Afrique de lOuest) et lAfrique du Sud (en Afrique australe). Sur le plan culturel et linguistique, grâce à son histoire coloniale hybride, le Cameroun est un pays à double héritage francophone et anglophone. Comme tel, sur le plan institutionnel et politique, il se retrouve avec le Burkina Faso dans les instances de la Francophonie et avec lAfrique du Sud au sein du Commonwealth. Sur le plan de registres et de logiques daction, les dynamiques des organisations de la société civile du Cameroun oscillent entre les approches par le droit développées par les associations sud-africaines et celles plus anthropologiques des associations burkinabé.
4. La production des données : la méthode et les méthodes
Les problématiques de laction publique, aussi diverses et variées soient-elles, préoccupent les décideurs politiques, les entrepreneurs privés ainsi que les équipes de recherche et lensemble des citoyens. Les acteurs politiques et les entrepreneurs privés attendent delles des révélations techniques pour les décisions et les actions capables de répondre avec efficacité aux défis de lépidémie. Les équipes de recherche, quant à elles, sen saisissent pour induire des comportements et des pratiques politiques nouveaux. La question de lépidémie de VIH/Sida apparaît dans cette dynamique comme un phénomène social dont le traitement politique nécessite des ressources intellectuelles, financières, humaines et technologiques considérables : 90% de personnes vivant avec le VIH se trouvent dans les pays en développement ; 70% dentre elles vivent en Afrique subsaharienne alors que, cette région nabrite que 10% de la population du globe. Les données épidémiologiques tout aussi variées quincohérentes sur lAfrique du Sud, le Burkina Faso et le Cameroun reflètent non seulement lincohérence des discours et des pratiques face au désastre du VIH/Sida mais aussi lincapacité des administrations publiques à gérer cette épidémie, comme bien dautres questions sociales de plus en plus budgétivores, au moment où paradoxalement les ressources publiques se raréfient.
Lanalyse des réponses politico-administratives à lépidémie de VIH/Sida et des dynamiques associatives dans cette démarche, fondée sur des méthodes comparatives sur trois pays dAfrique aux contextes épidémiologiques et socioculturels ainsi quaux héritages linguistiques et politiques distincts, permet non seulement dappliquer les outils théoriques du comparatisme aux études africaines mais aussi de décloisonner les savoirs qui sont produits sur les sociétés africaines au fur et à mesure que lépidémie simpose et tente de se laisser appréhender par la recherche en sciences sociales. En ce sens, les sociétés africaines doivent être analysées non comme des monades isolées les unes des autres mais comme des entités sociales en interaction au-delà de leur disparité de toute sorte.
Cette perspective est consolidée dans le cadre de cette étude par les différences épidémiologiques et le caractère migratoire du VIH/Sida dans un continent à lintérieur duquel les mouvements successifs des populations nont jamais été évoqués dans la compréhension des dynamiques de lépidémie. Cest une dynamique qui permet en outre, de transcender les barrières linguistiques, géographiques, culturelles et politiques qui font parfois ombrage à la production des modèles de lutte contre le VIH/Sida partagés en Afrique subsaharienne. Aussi, cette recherche poursuit trois objectifs essentiels :
Sur le plan analytique, elle veut rendre compte, à partir dun usage non statique des concepts centre/périphérie, de la double appropriation publique et privée de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Dans les réponses à lépidémie, selon quon est en Afrique du Sud, au Cameroun ou au Burkina Faso, lEtat est parfois à la périphérie de laction publique et les mobilisations collectives, au centre. Doù la nécessité de sinterroger, à partir de ce schéma inversé par ce nouveau type de rapport à laction publique, sur les processus concomitants dinstitutionnalisation de ces dynamiques dans la recomposition de laction publique tout en analysant leurs interactions parallèles avec les pouvoirs publics.
Sur le plan épistémologique, elle veut contribuer, à partir des enquêtes et des observations de terrain, à une meilleure connaissance des processus institutionnels et sociaux à luvre dans la production de laction publique de lutte contre le VIH/Sida et des jeux concurrentiels des acteurs engagés dans cette dynamique. Lanalyse de laction publique montre que la phase de mobilisation des acteurs et des ressources est une séquence décisive et laction publique de lutte contre le VIH/Sida, sinstitutionnalise dans ces trois contextes, en même temps que les acteurs se dessinent, certes difficilement, dans le paysage recomposé de laction publique bien que le cadre normatif de leur expression leur préexiste.
Sur le plan méthodologique, il sagit de participer, à partir dun usage contrôlé des référentielles essentielles de la science politique, à la discussion pluridisciplinaire sur le VIH/Sida. Il paraît étonnant de constater que, malgré le développement des centres de recherche sur les politiques publiques et lintérêt de la science politique pour ce champ qui recèle des enjeux incontestables de pouvoir, le VIH/Sida figure encore très peu dans les répertoires danalyse du politique en Afrique et ailleurs. Les monographies récurrentes en sciences humaines et sociales, à lexception de quelques travaux universitaires, proviennent de disciplines corollaires : la géographie, léconomie, la démographie, sociologie, lanthropologie et lethnologie qui, très tôt, se sont déjà illustrées en investissant les enjeux de pouvoir liés à la santé publique, avec nombreuses études sur le cancer, la tuberculose, le tabagisme, etc.
Ainsi, à côté des analyses de type pyramidal, hiérarchique et institutionnaliste et dans la lignée des travaux interactionnistes entre les règles daccès et de maintien au gouvernement (politics) et les normes de production/redistribution des biens collectifs (policies), notre étude sintéresse à deux orientations méthodologiques fondées lune, sur deux tendances sociologiques complémentaires et lautre, sur les approches juridiques.
La première est une sociologie des organisations : elle sintéresse à la définition de lEtat. Chez Crozier, il est saisi comme un ensemble dorganisations, une construction sociale, formellement constituée dans le but datteindre des objectifs déterminés. Comment fonctionne ladministration de lintérieur ? Qui détient le pouvoir au sein de lEtat ? LEtat est un espace fragmenté, divisé entre différents ministères qui entrent en collusion sur la gestion du VIH/Sida car ils ont leurs propres représentations de lépidémie. Doù la nécessité des méthodes spécifiques : entretiens avec des fonctionnaires et des hommes politiques, nécessité de se rendre sur le terrain pour voir comment fonctionnent les administrations en charge de VIH/Sida, pour analyser les différentes formes dappropriation et dinvestissement du champ du VIH/Sida par lEtat et les acteurs associatifs en sattachant à la formulation, lorganisation, la mise en place et à la gestion des politiques du VIH/Sida, à travers les actions de prévention, de prise en charge et daccès aux traitements.
La seconde est une sociologie de laction collective : dans la sociologie des organisations, il manque cette vue de lintérieur pour analyser comment les communautés et les dynamiques collectives prennent part à la prise de décision. Dans son étude générale sur les groupes dintérêts, Michel Offerlé souligne la difficulté de pénétrer dans la « boite noire » que constitue une organisation. Il sagit donc de voir également, à partir des notions de corporatisme, comment les rapports réguliers sétablissent entre les dynamiques périphériques et les administrations centrales pour développer une décision sur le VIH/Sida. Elle analyse les jeux des acteurs politiques et associatifs, en ciblant notamment leurs stratégies individuelles et collectives, leur fonction et statut au sein des structures interrogées, les logiques internes et externes qui sous tendent leurs actions et leurs représentations tant de leurs actions que de la maladie et des défis qui y sont liés : telles les questions de « lhomosexualisation » de lépidémie, des dispositifs « genrés », ou des normes catégorielles dans la lutte contre lépidémie, etc.
Les approches juridiques sont essentiellement empruntées au droit constitutionnel et pénal. Si le premier corpus permet de savoir comment lEtat fonctionne et de connaître les structures de décisions antisida au sein de lappareillage étatique, le second éclaire les analyses sur les débats relatifs à la pénalisation ou non de la transmission sexuelle du VIH/Sida. Ces approches par le droit permettent en fin de compte déluder lensemble de questions juridiques que posent les mobilisations antisida. En Afrique du Sud, par exemple, les acteurs de la société civile ont régulièrement recours à la Constitution, au Parlement et au discours juridique basé sur les notions de droits de lhomme pour contraindre le gouvernement à agir.
5. La structuration de la recherche
Létude est construite autour de trois grandes parties. La première partie est intitulée la longue appropriation publique et collective du VIH/Sida. Elle porte sur lanalyse de laction publique de santé telle quelle a historiquement émergée en tant que « problème public », en ciblant davantage les discours et les pratiques des acteurs politiques locaux et lensemble de dynamiques exogènes ayant conduit à la politisation de lépidémie dans ces trois contextes nationaux. Les représentations sociales issues entre autres des conséquences de lépidémie constituent la base sur laquelle reposent les décisions dintervention publique et motivent la création des réseaux privés de lutte contre le VIH/Sida. Cette première partie est subdivisée en trois chapitres.
La deuxième partie est intitulée les dynamiques de laction publique de lutte contre le VIH/Sida : administration et administrés. Elle interroge larchitecture institutionnelle et non institutionnelle de réponse au VIH/Sida : sa structuration, son organisation et son fonctionnement, en insistant dune part sur la traçabilité des politiques élaborées et conduites et de lautre, sur leurs résultats et leur décentralisation progressive dans une ou deux provinces sélectionnées en fonction des données disponibles dans chacun des pays à travers les représentations sociales des individus concernés. Cette deuxième partie est subdivisée en trois chapitres.
La troisième partie est intitulée laction publique de lutte contre le VIH/Sida et le changement politique. Elle analyse les multiples interactions qui se nouent dans les politiques du VIH/Sida : contribution et rôle des acteurs du secteur privé dans les négociations que le gouvernement conduit à lextérieur ; enjeux respectifs et formes de réappropriation de lespace du VIH/Sida ; les conflits (latents et ouverts) et les discours (officiels et officieux) ; les inégalités sociales que peuvent entretenir ces dynamiques au niveau de la prise en charge. Elle insiste sur les changements politiques engendrés par les « bricolages associatifs » en explorant lensemble de mécanismes parallèlement élaborés par les organisations privées : la nature des ressources mobilisées, les idéologies véhiculées, la sectorisation de lespace collectif du VIH/Sida et son maillage avec dautres secteurs sociaux en rapport avec lépidémie. Cette troisième partie est subdivisée en deux chapitres.
Première partie
LA LONGUE APPROPRIATION DE LA LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
Lidée de la longue appropriation politique de la lutte contre le VIH/Sida implique une lecture linéaire des faits et des dynamiques constitutifs de cette mobilisation en assumant à la fois les controverses et le système dalliances sociales au cours de la construction mouvementée de lépidémie en problème politique. Il sagit précisément dune analyse fondée sur la longue durée et donc sur une certaine sociogenèse de laction publique quil faut saisir à partir dune perspective qui rende compte des perceptions sociales dominantes sur lépidémie et de lensemble de discours et de pratiques quelle a suscités, au cours de son histoire. La notion de la genèse permet ainsi danalyser les chemins sinueux par lesquels laction publique de lutte contre le VIH/Sida sest construite en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun, en examinant précisément le rôle et le statut des acteurs déterminants, les logiques et les dynamiques en action et même le sens et la signification des controverses qui ont marqué ce passage. Aujourdhui, le constat est simple : lépidémie de VIH/Sida simpose comme un fait majeur des relations sociales et même de la coopération internationale mais, on oublie très souvent dans de différentes analyses en science politique, la longue incertitude qui a caractérisé son inscription dans lagenda politique en tant que problème de gouvernement. Cest exactement cette quête de sens qui soutient lidée de sa longue appropriation publique.
Dun point de vue théorique, cette orientation est fortement encrée dans les travaux de Jean-Gustave Padioleau sur la genèse de laction publique auxquels nous assignons une double conséquence : la perspective de la genèse de laction publique permet tout dabord de dégager les caractéristiques et les obstacles de différents moments et acteurs déterminants dans lappropriation publique du VIH/Sida avant de mettre en lumière les spécificités et lensemble de laction publique de lutte contre le VIH/Sida dans ces trois contextes sociopolitiques nationaux avec leurs encrages aux niveaux global et local. Cette démarche permet également de mettre en perspective les concepts théoriques de lanalyse des politiques publiques susceptibles déclairer les interrogations qui jalonnent cette étude.
Il sagit donc ici à partir de la notion de la genèse, de sintéresser aux conditions structurelles et conjoncturelles de lémergence de laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun. De ce fait, elle analyse précisément les perceptions sur la maladie et ses représentations auprès de différents acteurs individuels et collectifs dont le rôle fut déterminant dans la construction politique de lépidémie. Cest en quelque sorte un retour à lhistoire immédiate de la maladie et de ses conditions de politisation qui finalement permettent de comprendre les résistances politiques et sociales au moment où justement, le VIH/Sida tente démerger, bon gré mal gré, comme « problème public ».
Partant, cette première partie est subdivisée en trois chapitres. Le premier analyse les dynamiques qui ont abouti à la relative politisation de lépidémie de VIH/Sida en revisitant les concepts et les théories dont lusage permet de saisir les transformations des points de vue politiques et sociaux à légard du VIH/Sida : dun « fait social » parmi tant dautres, à sa sélection puis sa construction en tant qu« objet politique », le VIH/Sida a connu différentes infortunes entretenues par une longue période de controverses quil faut analyser en toute lucidité pour ne pas tomber dans un moralisme déconnecté des exigences propres à la politisation des faits sociaux. Le second chapitre sintéresse aux obstacles structurels et mêmes conjoncturels de lémergence de laction publique de lutte contre le VIH/Sida car, il ne suffit pas de construire politiquement son objet pour quémerge de façon automatique, une action publique : il faut également un environnement social, institutionnel et politique capable daccueillir et de porter les décisions politiques relatives à laction publique construite comme telle. Le troisième chapitre analyse les conditions de lémergence de cette action publique à partir, entre autres, des fenêtres dopportunités conjoncturelles et de laction des publics concernés : les acteurs de la société civile, les leaders communautaires, les regroupements de personnes vivant avec le VIH/Sida, les confessions religieuses et les intellectuels de tout bord, ont eu un rôle et une place de premier plan dans lémergence du VIH/Sida en tant quobjet politique précisément identifié.
Positionnement panoramique de la première partie
LA LONGUE APPROPRIATION DE LA LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
SHAPE \* MERGEFORMAT SHAPE \* MERGEFORMAT
Chapitre 1 -
LA CONSTRUCTION DU VIH/SIDA EN « PROBLEME PUBLIC »
Dans ses travaux, Jacques Lagroye essaie de définir la politisation comme ce processus de requalification de phénomènes originellement sociaux en problèmes publics et donc dorénavant construits comme des objets politiques. En un sens, lépidémie de VIH/Sida, fait médical à lorigine, construit en « fait social » par sa résistance et son développement, quitte ce stade où elle faisait lobjet de simples interventions des organismes techniques biomédicaux et des organisations privées telles la TAC, la NAPWA, AAS ou AFASO, pour faire irruption dans les arènes politiques et ainsi devenir lobjet de décisions des pouvoirs publics.
Selon cette approche, le VIH/Sida ne serait plus un espace dintervention des seuls regroupements des catégories sociales intéressées (médecins, homosexuels, personnes infectées, etc.) mais, il deviendrait finalement un espace public où interviennent désormais les pouvoirs publics qui décident des politiques à conduire et des ressources à y allouer en vue de répondre aux défis quil pose au « corps social » dans son ensemble.
Partant, il nest pas sans intérêt danalyser lensemble de dynamiques ayant abouti à la construction du VIH/Sida comme problème public et donc comme un objet (de) politique en Afrique, en se fondant sur les cas nationaux en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso à partir dune comparaison qui connecte ces cas aux dynamiques globales et internationales. Cette analyse sappuie sur une perspective socio-historique confortée par les travaux qui analysent laction publique en terme démergence dun problème politique parce quils senracinent précisément sur les raisons et les conditions tant structurelles que conjoncturelles ayant conduit au processus de politisation et donc dinscription sur lagenda gouvernemental. Ce processus met en exergue une certaine requalification du fait social en objet politique qui voudrait que lépidémie de VIH/Sida soit construite de phénomène social à lobjet politique (section 1) afin quelle soit inscrite sur lagenda politique (section 2) et permette de comprendre le mécanisme de politisation lui-même (section 3).
Positionnement panoramique du premier chapitre
LA CONSTRUCTION DU VIH/SIDA EN « PROBLEME POLITIQUE »
SHAPE \* MERGEFORMAT
Section 1
Le VIH/Sida : dun phénomène social à un objet politique
Le processus de la politisation et de la mise sur agenda politique montre que les objets politiques sont aussi et avant tout des faits sociaux mais, cette évidence ne renvoie pas mécaniquement à une sorte de réciprocité qui voudrait que tous les faits sociaux deviennent inéluctablement des objets politiques. Il faut plutôt constater trois échelles complémentaires dans le processus qui a fait émerger ce qui nous ait apparu comme une action publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun : le fait social, lobjet politique et laction publique.
SHAPE \* MERGEFORMAT
Le « fait social » est considéré ici dans la perspective voulue par Fred Eboko. Reprenant en effet la définition quon donne Emile Durkheim, Fred Eboko, dans ses analyses sur la politisation du VIH/Sida dans le contexte camerounais, conseille de construire lépidémie en tant que tel pour favoriser sa politisation. En un sens, il considère que le défaut ou linsuffisance de politisation du VIH/Sida au Cameroun est lié au fait que lépidémie nait pas été suffisamment construite « comme un fait qui simpose à lensemble du corps social, voire à chaque conscience » . En Afrique du Sud, par contre, la construction du VIH/Sida en tant que fait social a été favorisée par la longue controverse de négation politique de lépidémie : cette controverse entretenue par des débats et des antagonismes politiques et sociaux a mis en exergue les déchirements que pouvaient occulter les luttes classiques anti-apartheid. Sur le plan politique, lANC a vigoureusement été critiqué et combattu par ses principales alliées sous lapartheid, notamment la COSATU et les militants de la TAC. En ce qui concerne essentiellement laction publique de lutte contre le VIH/Sida, la controverse dite Mbeki a permis léclosion et laffirmation dune opinion publique très avertie et en enquête de nouveaux savoirs sur lépidémie en vue de répondre à ce quon a appelé la pseudoscience du chef de lEtat. La société civile sest de fait donné les moyens de mieux comprendre les enjeux socio-économiques et les réponses adaptées au contexte sud-africain à travers les ripostes quelle formulait progressivement contre les discours politiques.
Par ailleurs, on a pu constater une relative construction du VIH/Sida en fait social à partir dautres grilles observations. Celle-ci est liée aux modes opératoires des premières campagnes de sensibilisation quelles soient principalement le fait des structures gouvernementales (Cameroun), des réseaux associatifs locaux (Afrique du Sud) ou à la fois des administrations publiques et des associations communautaires (Burkina Faso). Au cours de la seconde moitié des années 90, ces campagnes ont construit la maladie en fait social en présentant justement le VIH/Sida à partir des images de personnes séropositives avec un corps souffrant, dégradé et défiguré. Ces images de la maladie largement diffusées dans les médias et les spots publicitaires, ont généré une prise de conscience collective sur lépidémie.
Ainsi, lexistence du fait social précède nécessairement lémergence de lobjet politique qui, lui-même, précède lélaboration de laction publique sur le fait social, construit en objet politique. Nous pouvons, à partir de là, proposer une théorie de trois E, à savoir lExistence du fait social du VIH/Sida constaté comme problème et qui comme telle, favorise lEmergence du problème politique en tant quobjet construit à partir du découpage et de la distinction de ce fait social dautres faits sociaux non opératoires pour lespace public et lElaboration de laction publique du VIH/Sida à partir de ce fait social désormais construit en objet politique, grâce à la sélection et lintervention des pouvoirs publics qui décident de lui allouer des ressources matérielles et symboliques.
Lidée de lélaboration de laction publique à partir du fait social sélectionné et construit en tant quobjet politique ne signifie pas que lémergence de laction publique soit un processus mécanique qui procède exclusivement de cette démarche, comme si toutes les causes devaient nécessairement aboutir aux mêmes conséquences. Il y a bien dobjets sociaux qui ont été politisés sans quils ne soient nécessairement passés par ce réseau de mobilisations partisanes et sociales. En revanche, notre approche permet simplement en se fondant sur les incertitudes et même la rapidité de la prise en charge politique du VIH/Sida, de saisir le caractère non aléatoire de laction publique qui résulte dun processus rationnel et cognitif tout en mettant en exergue sa genèse à partir des mobilisations institutionnelles et associatives. Lidée ici est dinterpréter les controverses sud-africaines dans cette perspective de définition et délaboration de laction publique et non comme exclusivement un refus ou un frein à laction publique. Cest la conjugaison de tous ces faits qui a abouti à la requalification politique du VIH/Sida en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun.
Le découpage par séquence permet par ailleurs de mettre en lumière la difficulté quil y a dune part, à définir un problème politique du VIH/Sida en soi et de lautre, à saisir le passage du problème essentiellement social en objet politique, pour son traitement par une action publique du VIH/Sida élaborée comme telle. Il sagit donc pour notre part de bien préciser ce problème qui, selon Padioleau, apparaît « quand des acteurs aperçoivent des écarts entre ce qui est, ce qui pourrait être ou qui devrait être ». Finalement, à quel moment le VIH/Sida est considéré comme un problème essentiellement social (1) ? Quand et comment devient-il un problème politique (2) ?
1. Le VIH/Sida comme phénomène social
Lorsquil apparaît en 1981 en Afrique du Sud, en 1982 au Cameroun ou en 1984 au Burkina Faso, le VIH/Sida, par ailleurs encore innommable comme tel à cette période, est dabord un fait constaté comme relevant des phénomènes sociaux. En médecine, il y a plusieurs virus qui apparaissent et demeurent dans la sphère médicale sans quils nintéressent la conscience collective. En revanche, ces virus peuvent devenir des phénomènes sociaux lorsquils inondent le domaine strictement médical. Mais, à la différence avec les phénomènes politiques, les phénomènes sociaux sont des faits dont les décisions même si elles affectent lespace public sont le fait dusages privés. Autrement dit, ils résultent des décisions individuelles ou collectives considérées comme appartenant au domaine strictement social. Comme le précise Nassirou Ali Bako, un phénomène social se caractérise par le fait que « les décisions dont il peut faire lobjet découlent dune appréciation opérée par des acteurs privés à des fins principalement privées même si celles-ci peuvent conjoncturellement avoir un impact public ». En plus du type de décisions, il y a également la nature et la possibilité de choix qui sont essentielles pour déterminer la qualification des faits sur lesquels porte ce choix.
Cependant, les décisions privées, puisquelles concernent une partie de la collectivité sur laquelle le pouvoir public a autorité, peuvent également interférer avec le champ daction public et produire ou participer à la production dun effet politique. Ce cas despèce rend la limite entre le public et le privé très incertaine, dans la définition de laction publique eu égard non seulement à la nature dacteurs engagés dans sa production mais aussi à la finalité de cette action. Lhistoire immédiate de lépidémie de VIH/Sida et des luttes sociales quelle a générées en Afrique du Sud notamment, montre que lappropriation publique dun phénomène social comme le VIH/Sida est le résultat dun long processus de repérage, de découpage, de mobilisation des réseaux et des systèmes dalliance politique et sociale ainsi de ressources internes et internationales et de construction de ce fait social en objet dinvestissement politique et collectif. Elle ne concerne pas les seuls acteurs politiques locaux. Dans les contextes post-démocratiques, marqués par une sorte de fluidité des systèmes dalliance et de représentations politiques, lappropriation publique du VIH/Sida a largement été le fait des acteurs sociaux qui avaient encore une large marge de manuvre dans la mobilisation de lopinion publique locale et internationale et même dans la collecte de la rente financière internationale. Les associations de lutte contre le VIH/Sida au Cameroun ont pu être créées grâce à cette dynamique soutenue par la GTZ. Dans tous les cas, les décisions relatives à la lutte contre le VIH/Sida ont vu intervenir une pluralité dacteurs hétérogènes à partir dune longue construction de cette épidémie comme objet politique.
La construction du VIH/Sida en fait social permet finalement de saisir cette épidémie comme un phénomène à vocation politique, cest-à-dire comme un objet qui découle de faits sociaux particuliers étant donné leur sens et leur capacité à remettre en cause lordre public normal et qui requièrent précisément lintervention des pouvoirs publics. Lespace de délibération sanitaire constitue un sous système de lespace public qui intègre le système social. On peut mieux lobserver à partir de la place et du rôle du Président Blaise Compaoré dans le dispositif national de lutte contre le VIH/Sida au Burkina Faso ou celui des ministres successifs de la santé au Cameroun depuis que le Professeur Moneckosso sest personnellement engagé à la tête du CNLS en 1997. Longtemps avant lapparition du VIH/Sida, David Easton avait réfléchi sur ces questions en établissant un rapport entre le système politique et la société. Il a souligné que celui-là est un système en interaction avec son environnement. Dautres auteurs sintéressèrent aux dynamiques intrinsèques de larticulation entre le système politique et la société globale, à partir des échanges symboliques autour de pratiques étatiques et de lensemble de la population, pour analyser les enjeux de pouvoir dans la construction des phénomènes sociaux en objets politiques.
Construire politiquement le VIH/Sida revient donc dans ce cadre à imposer, par canaux et mécanismes quelquefois collusifs, voire violents comme ce fût le cas des premières mobilisations antisida en Afrique du Sud, lidée que celui-ci nest pas déjà résolu et que cet état de « non-résolu » pose problème mais, quil existe en même temps, une ou plusieurs alternatives qui pourraient permettre que ce fait ne soit pas laissé en létat. Le VIH/Sida a pu, par exemple, être politisé en Afrique du Sud tout comme au Cameroun et au Burkina Faso non pas seulement par la médiation de la communauté internationale mais aussi et surtout, au regard à la fois de ce qui lentourait et de ses conséquences factuelles sur léconomie, sur le milieu du travail, sur les rapports sociaux, sur les droits de lhomme, sur les relations interétatiques, etc.
On peut fort bien, en première instance, ne pas certes tenir le gouvernement pour responsable de lépidémie de VIH/Sida mais, linterpeller à propos de la gestion de ses conséquences sur les victimes. La responsabilité du gouvernement a pu ainsi être engagée, par exemple, pour quil établisse, comme dans le cas de lAfrique du Sud, que labsence ou même simplement linsuffisance de mesures réactives face au développement du VIH/Sida était directement ou indirectement la cause des taux de prévalence très élevés en 2003.
2. Le VIH/Sida comme phénomène politique
Dun point de vue strictement théorique, relèvent en principe du politique, outre les phénomènes qui revêtent ce caractère par nature, les faits qui impliquent non seulement la possibilité de choix mais surtout, un choix déterminé par lintervention des pouvoirs publics. La notion de choix a impliqué, dans le cas despèce, la possibilité dune marge de manuvre dont disposaient les acteurs de tout ordre dans la qualification du VIH/Sida comme fait politique. Comme le soulignait Jacques Ellul en son temps, un fait est politique lorsquil existe une marge de manuvre dans la manière de réagir ou de le traiter. Nous savons comment les Etats africains, notamment les gouvernements camerounais, burkinabé et sud-africain ont diversement saisi et interprété les premières recommandations politiques de la communauté internationale afin de faire face au développement très rapide de cas de contamination en Afrique. On se souvient ici des observations de Fred Eboko qui ont abouti à la typologie selon laquelle, le Cameroun représenterait ce quil a appelé l« adhésion passive », le Burkina Faso la « participation active » et lAfrique du Sud, la « dissidence active » face aux recommandations de la communauté internationale sur les mesures réactives aux cours des premiers développements de lépidémie de VIH/Sida.
Il faut toutefois distinguer deux ordres dans lappréciation des phénomènes politiques : les phénomènes politiques par nature et les phénomènes politiques par contingence.
A. Un phénomène politique par nature ( ?)
Il sagit ici, comme le suggèrent les mobilisations de la TAC en Afrique du Sud et du REDS au Cameroun, fondées sur les droits des malades, danalyser lépidémie de VIH/Sida comme un fait qui participe à la compréhension de la catégorie des phénomènes qui relèvent directement du pouvoir politique. De tels phénomènes sont dits politiques par nature par ce quils découlent directement de la décision des autorités politiques. Dans le cadre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, le concept dautorité publique est à saisir de façon large à partir des acteurs politiques locaux et des coalitions interétatiques régionales et internationales. Les analyses classiques sur les pouvoirs publics ne sont pas suffisamment adéquates pour montrer en quoi le VIH/Sida peut constituer un fait politique par nature. Pour sen convaincre, il suffit par exemple de se référer à la nomination dun ministre de la santé par le chef de lEtat. Pour saisir réellement ce que lon peut entendre par un fait politique par nature en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso puisque, il faut observer que la nomination dun Ministre au sein du gouvernement découle directement des compétences constitutionnelles du chef de lexécutif. En loccurrence, le chef de lEtat est le chef de lexécutif.
Mais, à plusieurs reprises et selon les cas nationaux, les partenaires sociaux et les mouvements collectifs qui participent à la production et à la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida ont influencé la décision du chef de lEtat de nommer tel individu plutôt que tel autre ou de maintenir tel autre individu à la tête du ministère de la santé.
En Afrique du Sud, par exemple, les médias et les associations de lutte contre le VIH/Sida ont régulièrement critiqué laction du gouvernement Mbeki à cause de lincompétence de Manto Tshabalala-Msimang sur les questions de VIH/Sida. Ils nont pourtant jamais réussi à amener le chef de lEtat, Thabo Mbeki, à se séparer de Manto Tshabalala-Msimang, au cours de ses deux mandats présidentiels. On connaît pourtant le caractère controversé voir pseudoscientifique de ses prises de position à légard du VIH/Sida et les griefs que les militants associatifs, les medias spécialisés, les praticiens hospitaliers et les scientifiques ont formulés à son égard. Le départ de cette controversée et contestée ministre de la santé sud-africaine na été aquise quavec la démission forcée de Thabo Mbeki, sanctionné par son propre parti politique, lANC. Cest dailleurs sans surprise que le successeur de Thabo Mbeki, Kgalema Motlante, élu le 25 septembre 2008, na pas reconduit le Docteur Tshabalala-Msimang dans ses fonctions de Ministre de la santé.
Au Cameroun, le mouvement collectif généré à lissue du scandale sur les essais de vaccin antisida auprès des prostituées de Douala a conduit le chef de lEtat, Paul Biya, à se séparer de son ministre de la santé, Urbain Olanguena Awono par ailleurs accusé de malversations financières par plusieurs associations de personnes vivant avec le VIH/Sida.
B. Un phénomène politique par contingence (?)
Nous entendons par phénomènes politiques par contingence, les phénomènes qui ne relèvent quindirectement ou conjoncturellement de lespace public. Ces phénomènes ne sont originellement pas politiques. Ils émanent de la déconstruction et reconstruction pour finalement êtres construits comme politiques. Ils découlent en effet de faits a priori non politiques. La prise en charge sociale des personnes vivant avec le VIH/Sida, par exemple, nest pas encore le fait du gouvernement en Afrique du Sud tout comme au Cameroun et au Burkina Faso, sauf précisément dans le cadre des politiques de traitements pour lesquelles laccès aux antirétroviraux est devenu depuis peu, systématique puisque rendus gratuits grâce aux subventions publiques.
Les politiques daccès gratuit aux médicaments pratiquées par le Cameroun depuis 2007, sont spécifiquement liées aux mobilisations internationales pour laccès pour tous aux traitements du VIH/Sida alors quen Afrique du Sud, elles interviennent dans le cadre des politiques de santé plus globales qui accompagnent laccès aux médicaments, à travers le dispositif public daide médicale « medical aid » antérieur aux réponses politiques nationales et internationales à lépidémie de VIH/Sida.
Les observations qui appuient la perspective du VIH/Sida comme phénomène politique par contingence se greffent sur le fait que, dans ces trois pays, lEtat ne conduit pas de politiques sociales qui le mettent au cur de laction sociale solidaire vis-à-vis des victimes de lépidémie. Au Cameroun et au Burkina Faso, laction des pouvoirs publics se limite à lassistance médicale sur les seuls médicaments liés aux soins des infections dues à lépidémie de VIH/Sida. Si au Cameroun, ces médicaments sont désormais gratuits, au Burkina Faso, en revanche, lEtat agit de sorte que leurs coûts soient moins prohibitifs pour les ménages les plus modestes. Dans un cas comme dans lautre, laction de lEtat est une profonde mise sous tutelle des financements internationaux dont dépend principalement laction publique locale de la lutte contre le VIH/Sida. Elle consiste exclusivement à favoriser laccès gratuit aux antirétroviraux dont les dépenses sont subventionnées par la reconversion des finances obtenues de la rente internationale via le Fonds Global de lutte contre le Sida, le Paludisme et la Tuberculose ou lOnusida et dautres agences intergouvernementales daide au développement.
Au Cameroun, on note une participation significative de la GTZ dans le financement de ces politiques. Les politiques daccès aux médicaments sont en grande partie soutenues par ces mécanismes de reconversion des financements collectés au Nord puis redistribués au Sud par le « Global Fund on HIV/AIDS » et dautres programmes dassistance technique et financière de la Fondation Bill Gates, de lONUSIDA, etc. En 2008, le Cameroun aurait obtenu 175 millions de dollars américains du Fonds mondial de lutte contre le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme. Ce qui représente la moitié de la participation de lEtat français aux recettes de ce fonds. Or, le Cameroun nest que lun des 78 pays fortement soutenus par le Fonds global.
En Afrique du Sud, par contre, laction de lEtat pour laccès gratuit aux médicaments du VIH/Sida nest quune action conjoncturelle qui intervient dans le cadre dune politique plus globale daide médicale. Celle-ci concerne la prise en charge des dépenses de santé de tous les malades aux revenus modestes quel que soit le type de pathologie. Il ny a pas de mécanismes politiques spécifiques qui rendraient explicitement gratuit laccès aux médicaments antirétroviraux mais, un dispositif global qui voudrait que lEtat assiste les populations aux revenus modestes, notamment celles qui habitent dans les townships. Laction des militants de la TAC a consisté exactement à faire admettre que les pouvoirs publics avaient le devoir de prendre en charge les coûts des soins de santé engendrés par lépidémie de VIH/Sida en inscrivant les traitements spécifiquement liés à cette épidémie dans ce dispositif social. En effet, jusquen 2003, les médicaments et les soins de santé de personnes séropositives nétaient pas pris en charge par le « medical aid » de lEtat sudafricain.
En conséquence, dans ces trois pays, le VIH/Sida nest devenu un objet politique que par contingence. Il napparaissait pas a priori être du ressort de lEtat de prendre en charge cette épidémie à propos de laquelle laction publique au profit des malades est plutôt nourrie dune part par les mécanismes de solidarité internationale et de lautre, par les formes traditionnelles de solidarité familiale et communautaire.
Section 2
Le VIH/Sida dans lagenda politique
Jean-Gustave Padioleau a développé le concept de lagenda politique pour saisir cette sorte de trilogie : fait social, problème politique et action publique. En dautres termes, ses travaux sur lagenda politique visent à montrer comment une question sociale, construite en problème politique devient lobjet dune action publique. Selon lui, lagenda politique « comprend lensemble de problèmes perçus comme appelant un débat public, voire lintervention des autorités légitimes ».
Dans la perspective de Padioleau, linscription du VIH/Sida comme problème sur lagenda politique a nécessité tout dabord quil soit politisé cest-à-dire quil soit construit en un objet capable de susciter le débat auprès des acteurs majeurs de la vie politique locale et de lopinion publique en vue de mettre en action des publics spécifiques qui saffrontent sur les moyens à mettre en uvre pour y répondre. Jean-Gustave Padioleau prévoit quatre étapes de cette politisation : lémergence du problème, cest-à-dire que celui-ci soit « reconnu en tant que tel mais (que) sa formulation demeure générale » ; la spécification du problème, cest-à-dire que le problème soit « défini et des modalités dintervention (soient) précisées » ; la diffusion du problème dans les publics ; et lentrée dans le système formel de décisions politiques.
Jean-Gustave Padioleau complète finalement les approches constructivistes développées autour du fait social. Dans ses analyses, on observe également le fait que tous les phénomènes sociaux ne soient pas comme des faits politiques ou nengendrent pas forcément une qualification politique. Il y a un besoin dopérer une transformation, une requalification ou une réappropriation pour quun phénomène mute de la sphère privée à la sphère politique. Cest exactement cela le processus de « mise sur agenda politique » chez Padioleau et que Jacques Lagroye définira plus tard comme un processus de « politisation ». Un phénomène social suit, dans une démarche cognitive bien entendu, ce processus pour intégrer les arènes du pouvoir et ainsi être pris en charge par les acteurs politiques. Comme le note Elizabeth Sheppard, « un problème public est loin dêtre un fait objectif, mais plutôt le produit dun processus de problématisation (
) : autrement dit, lexistence dun fait objectif nimplique pas sa qualification automatique en tant que problème public ».
La mise sur agenda est une étape indispensable dans la théorie de lémergence des problèmes publics même si, pour certains auteurs, elle ne suffit pas pour définir une action publique. Yves Mény et Jean-Claude Thoenig rappellent que « agir, cest prendre des décisions ». Mais, quen est-il de la non-décision ? Lanalyse de cette notion ne peut-elle pas éclairer les conséquences des controverses sud-africaines sur la production de laction publique de lutte contre le VIH/Sida ? Linsuffisance de politisation constatée au Cameroun et au Burkina Faso ne renseigne-t-elle pas paradoxalement sur le déficit de débats et de controverses internes sur la mise en uvre de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida au moment où la communauté internationale sempresse à élaborer les premières recommandations implémentées dans ces pays ?
1. La non-décision et la non-action dans lagenda politique
La théorie de lagenda politique semble ignorer que la « non décision » tout comme la non action peuvent alternativement conduire à laction publique ou mieux à enrichir ses dynamiques : elles seraient en fait une modalité de laction publique. En rapport avec les préoccupations de Yves Meny et Jean-Claude Thoenig, la non action sur le VIH/Sida ou, pour dire exactement comme Fred Eboko, la « dissidence active » du gouvernement sud-africain postapartheid de Thabo Mbeki face aux premières politiques internationales de lutte contre le VIH/Sida, a largement été dénoncée en Afrique du Sud et ailleurs. Cette littérature virulente vis-à-vis de Mbeki et Mshabalala-Msimang rendait en partie compte de lémotion et du choc collectifs face aux multiples visages de la maladie et de la souffrance de nombreux Sud-Africains pauvres, victimes des effets de longues années de lapartheid et désormais dune épidémie innommable. Didier Fassin parle de ces deux catastrophes, de lapartheid au sida, comme dune double tragédie.
En réalité, cette campagne se fondait principalement sur des considérations morales, ignorant de fait les conditions techniques et politiques de lémergence dune action publique. Peut-on élaborer une action publique quelle quelle soit sans se donner les moyens de comprendre son référentiel, cest-à-dire la représentation de sa réalité ? Comme le suggère Pierre Muller, laction publique nest pas seulement un espace où saffrontent des acteurs en fonction de leurs intérêts mais, elle est aussi le lieu où une société construit son rapport au monde et donc les représentations quelle se donne pour comprendre et agir sur le réel tel quil est perçu : « chaque politique passe donc par la définition dobjectifs qui vont eux-mêmes être définis à partir dune représentation du problème, de ses conséquences et des solutions envisageables pour le résoudre ».
De fait, il ne sagit pas de justifier les incapacités et les limites tout aussi nombreuses de ladministration Mbeki face à lhécatombe du VIH/Sida mais plutôt, à partir des observations récentes et des entretiens marqués par un certain recul et produits auprès des acteurs politiques de gauche et de droit et auprès des militants associatifs en Afrique du Sud et ailleurs, danalyser la non-décision et les controverses sud-africaines comme un moment particulièrement important dans la construction de laction publique. On ne peut pas aujourdhui ignorer les vertus politiques que révèlent la dynamique et les modes daction issus de cette controverse. Il y a dun côté, la posture de dissidence marquée par la négation de lépidémie et de lautre, les bénéfices politiques tirés des logiques et des dynamiques engendrées par les débats politiques et sociaux nourris au cours de cette période. Laction publique de lutte contre le VIH/Sida est née de cette controverse. Et, comme lexplique Elizabeth Sheppard, « pour être publicisé, un problème doit faire appel aux compétences des autorités publiques ainsi quà un débat public ».
2. Les deux logiques dentrer dans lagenda politique
Le fait est que le gouvernement sud-africain et lensemble de mobilisations politiques et associatives à luvre dans la lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud, ont profité de cette longue période de non-décision pour clarifier et saisir les enjeux locaux et les dynamiques locales de lépidémie de VIH/Sida. Aujourdhui, ce pays, en comparaison avec le Cameroun et le Burkina Faso, est de loin lun des symboles sinon le symbole dune politisation du VIH/Sida achevée. LAfrique du Sud est peut-être aussi, au vue des approches cognitives de laction publique, lunique cas où on peut réellement parler de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. LEtat sud-africain a la maitrise de tous les mécanismes de part en part, de lélaboration à la mobilisation des ressources de toute sorte pour sa mise en uvre. Cette action nest pas tributaire des ressources exogènes. Elle est élaborée et mise en uvre par les structures de lEtat qui la finance de part en part. Les ressources humaines sont essentiellement constituées dexperts nationaux qui régulièrement produisent des savoirs fondés sur une expertise médicale locale.
La période de la non-décision et de la non-action, soutenue par des débats publics et un ensemble de controverses politiques, scientifiques et sociales internes, a permis lémergence dacteurs et dinstitutions à partir des dynamiques locales et de la transformation progressive des mentalités et des représentations sociales de la santé et du corps.
A linverse, le Cameroun et le Burkina Faso ont été victimes dune politisation inachevée, très liée certainement à ce que Fred Eboko appelle pour celui-là une « adhésion passive » et pour celui-ci, une « participation active » aux politiques internationales de lutte contre le VIH/Sida.
Cette implication rapide et précoce de la communauté internationale pour obtenir des acteurs politiques locaux la mise en uvre de laction publique nationale conforme aux recommandations et à lexpertise internationale, a eu pour effet quelque peu pervers de ne pas favoriser lexpression des dynamiques locales fondées sur des déterminants sociopolitiques locaux. Les premières politiques de lutte contre le VIH/Sida apparaissent plutôt comme un ensemble de recommandations politiques issues des logiques dextraversion, avec un transfert des modèles qui ne trouvaient pas forcément de sens et de significations dans les habitudes et les représentations sociales locales. Au Cameroun, on évoque par exemple le triptyque « abstinence, fidélité, préservatif ». Or, la société camerounaise autorise le mariage polygame. Du coup, lidée de fidélité na plus de sens que considérée comme la souvent fait le CNLS dans une démarche de fidélité à « ses » partenaires. Aujourdhui encore, les mécanismes politiques de lutte contre le VIH/Sida semblent souffrir dun manque dinitiatives du fait de cette politisation inachevée parce que non accompagnée par des dynamiques sociales et partisanes locales et nationales.
Pourtant, on sait bien que les contours de laction publique se dessinent dès lors que le problème commence à émerger et non lorsque les gouvernements décident de le prendre en charge. Lémergence est le fait que les acteurs constatent une certaine « anomalie », il y a comme un dysfonctionnement ou une situation dont la survenance remet en cause lordre normal. Aussi, dans les politiques de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun, convient-il de bien cerner la phase démergence de laction publique au cours de laquelle les autorités sanitaires découvrent les premiers cas de personnes atteintes du VIH/Sida même si, pour des raisons que nous évoquerons plus loin, à cette époque, il est difficile de parler dune prise de conscience politique. Essayons danalyser cette émergence à partir de la notion de politisation empruntée à Jacques Lagroye pour compléter la mise sur lagenda politique.
Section 3
La politisation du VIH/Sida « à proprement parler »
Lanalyse que présente Jacques Lagroye sur la politisation complète la perspective de Jean-Gustave Padioleau et parait, à cet effet, utile pour notre démarche. Jacques Lagroye saisit la politisation comme un « processus de requalification des activités sociales les plus diverses, requalification qui résulte dun accord pratique entre des agents sociaux enclins, pour de multiples raisons, à transgresser ou à remettre en cause la différenciation des espaces dactivités ».
La politisation participe de fait à la construction politique du VIH/Sida en ce quelle implique un changement dans la manière de considérer lépidémie dun phénomène strictement social à lobjet politique. Elle désigne pour cela, laction qui consiste à donner un caractère politique ou à créer un enjeu de pouvoir sur une épidémie de VIH/Sida qui relevait à lorigine dun simple arbitrage biomédical. Dans sa théorie de requalification, Jacques Lagroye précise que la politisation peut résulter en pratique de deux facteurs. En premier lieu, elle peut être le fait de lintervention dacteurs socialement constitués comme politiques dans une activité qui ne létait pas a priori : cest le cas, précise-t-il, du « détournement de finalité », cest-à-dire de « lintrusion de préoccupations et dobjectifs relevant de la politique, cest-à-dire habituellement portées par des organisations et des acteurs politiques spécialisés ». Elle peut en second lieu, être le fait de lénonciation par des acteurs agissant hors du champ politique du caractère plutôt politique des objets sur lesquels porte leur action. Cest le cas du « dépassement des limites ». Mais, quest-ce qui détermine la politisation ?
1. La publicisation comme canal de politisation du VIH/Sida
Pour analyser le processus de publicisation du VIH/Sida, il est également possible de sintéresser aux différentes dimensions de la politisation. Selon Elizabeth Sheppard, un problème peut être politisé :
« 1) au sens où il mobilise différents publics (action sur la scène publique, mobilisation collective des différents acteurs impliqués, concernés par le problème ; 2) il devient public lorsquil pénètre dans larène publique, dans lespace public, et quil est lobjet dun débat public (il faut ici prendre en compte le rôle joué par les médias et linscription du problème sur lagenda médiatique) ; 3) le problème est public sil est pris en charge par des autorités publiques pas nécessairement politiques ou sil est fait appel à ces autorités pour le résoudre ; 4) il est public, enfin, lorsquil est inscrit sur lagenda politique et quil est objet de politisation ».
Partant des travaux de Jacques Lagroye, Camille Hamidi montre pour sa part que la politisation résulte de deux phénomènes. Dune part, elle est le fait dune requalification objective, « lorsquun enjeu ou un dossier qui se situe initialement hors du champ politique est saisi par des acteurs socialement définis comme politiques ». Dautre part, elle est liée à une requalification subjective, lorsque les acteurs sociaux impliqués dans les activités strictement sociales viennent à labelliser leur préoccupation comme relevant désormais du champ politique ou des acteurs publics. Cette différenciation permet dailleurs détudier les jeux et les rôles des militants politiques engagés dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
En Afrique du Sud, il y a une préoccupation qui se dégage régulièrement des entretiens et mêmes des observations sur les pratiques quotidiennes et les jeux dinfluence des acteurs en charge de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Elle est relative à leur positionnement politique dans les appareils partisans. Lanalyse consiste à interroger précisément la place et le rôle des hauts fonctionnaires, membres de lANC ou du puissant syndicat interprofessionnel de la COSATU, engagés dans les structures publiques de lutte contre le VIH/Sida. Cette double posture explique le conflit dintérêt constaté entre la ligne du parti politique dominant et les besoins réels des individus concernés par laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Souvent notables au sein de lANC et de la COSATU, ces acteurs administratifs sont en contact régulier avec les personnes vivant avec le VIH/Sida grâce entre autres à leur connexion avec les militants de la TAC et de nombreux réseaux personnels entretenus dans les Townships, leurs fiefs électoraux. A leur en droit, on peut également formuler linterrogation de Camille Hamidi pour voir comment ils « opèrent et produisent concrètement la différenciation entre champ politique et administratif dans la gestion des dossiers quils ont à traiter ». Tout comme les théories de lagenda politique et de la construction politique, la théorie de la politisation ne manque pas de limites.
2. Les limites de la théorie de la politisation
Dans leur analyse de la dynamique de politisation, Yves Mény et Jean-Claude Thoenig proposent que soient évités quelques obstacles. Nous en retiendrons trois principaux, à savoir la « description plate » des processus de politisation, la « fascination décisionnelle » qui voudrait que soit valorisée la seule décision comme moment-clé dune action publique et la « dérive macro-contextuelle mécaniste » qui présente une action publique comme surdéterminée par des causes relevant dun autre ordre de choses. Par contre, dans notre cas, il nous semble très difficile de ne pas tomber dans ces pièges.
Tout dabord, la compréhension du processus de politisation dune épidémie évolutive et insaisissable comme celle du VIH/Sida veut que soit présentée une lecture linéaire de différents moments ayant finalement conduit à la décision politique y compris le rôle de différents acteurs ou groupes dacteurs ayant influencé ce processus. Il est par exemple difficile danalyser les processus de politisation et de construction de laction publique en Afrique du Sud en méconnaissant les trajectoires socio-historiques du mouvement de contestation sud-africain à partir des luttes contre lapartheid ou de mettre dans loubli la place des mouvements politiques, des mouvements sociaux et dacteurs collectifs tels lANC, le COSATU, le GASA, la TAC et la place des militants significatifs dans ce mouvement.
Dans la plupart des cas, les travaux disponibles sur les processus de politisation et de structuration de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, soulignent précisément le rôle prépondérant de ces leaders associatifs et, dans lespace public, de la place particulière du chef de lEtat (ou de la Première dame, pour le cas du Cameroun). Ces acteurs ont un rôle déterminant dans la prise de décisions publiques sur le VIH/Sida soit en conduisant des mobilisations sociales internes par la reconversion des ressources dextraversions, soit en infléchissant limpact de ces dynamiques sur les politiques publiques locales.
Au Burkina Faso, jusquà ce jour, le Comité National de Lutte contre le VIH/Sida est statutairement placé sous la responsabilité du Président de la République. Cest un organe qui dépend directement de la Présidence de la République et non du Ministère de la santé comme cest le cas au Cameroun. En revanche, au Cameroun, les décisions politiques sur les réponses à lépidémie du VIH/Sida sont largement influencées par un dispositif parallèle organisé autour de la Première dame, Chantal Biya. La Fondation Chantal Biya est en quelque sorte le doublement du CNLS et même des services du VIH/Sida du Ministère de la santé, sur les questions relatives à la lutte contre cette épidémie notamment sur la prise en charge des femmes séropositives et sur la prévention de la transmission périnatale. La Fondation Chantal Biya est dailleurs installée à côté du siège du CNLS à Yaoundé. Son centre de prise en charge thérapeutique est animé par les experts du CNLS associés à dautres praticiens en service au prestigieux laboratoire Louis Pasteur de Yaoundé. En fait, ce dédoublement dacteurs et de structures dans la lutte contre le VIH/Sida est constaté à plusieurs niveaux. Il semble pour cela fondamental dans la construction du VIH/Sida comme objet politique ou non et comme tel, il mérite une place qui lui sied dans notre analyse. Il y a comme une pluralité dinstitutions qui font pourtant travailler les mêmes experts mais dans différentes équipes, autour du CNLS, du centre Louis Pasteur, de lhôpital de jour et de la Fondation Chantal Biya. Comme un symbole de cette transhumance, toutes ces structures sont installées dans le même périmètre au tour de lhôpital central de Yaoundé.
Par ailleurs, les entretiens conduits auprès dacteurs engagés dans la lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso, indiquent dautres facteurs objectifs de son inscription dans lagenda politique : dans les trois pays, on souligne les mobilisations politiques et associatives exogènes et leur translation sur les scènes locales ; en Afrique du Sud et au Burkina Faso, on évoque également les capacités des acteurs associatifs à influer sur les représentations et les décisions politiques ou même à conduire des mobilisations collectives autonome sur le champ daction publique ; au Cameroun, on insiste sur les capacités de lélite politique et intellectuelle locale à mobiliser les bailleurs de fond et les partenaires internationaux pour le financement des politiques publiques locales ; en Afrique du Sud, on souligne également la propagation du VIH/Sida dans lélite politique, intellectuelle et associative locale ; au Cameroun et au Burkina Faso, on note également les effets des nouvelles conditionnalités de lOMS et du PNUD dont la production des statistiques issues de la surveillance épidémiologique constituait un élément fondamental pour accéder au programme de financement des politiques locales de lutte contre le VIH/Sida. Tous ces facteurs expliquent à divers degrés linscription du VIH/Sida dans lagenda politique en Afrique du sud, au Burkina Faso et au Cameroun.
Mais, avant de développer ces éléments, nous pouvons dabord nous demander pourquoi la lutte contre le VIH/Sida a connu des infortunes diverses en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun alors même que ces victimes avaient un visage.
Chapitre 2 -
LE « CONTEXTE » COMME OBSTACLE A LEMERGENCE DE LACTION PUBLIQUE
Lidée de contexte renvoie à lanalyse de la notion de temporalité. Celle-ci permet de montrer comment le contexte ou le moment conjoncturel a pu être défavorable à lémergence de laction publique de la lutte contre le VIH/Sida en Afrique. La perspective de la temporalité est soutenue par deux raisons dont la première, est dordre phénoménologique et la seconde relève de lépistémologie.
Du point de vue phénoménologique, il sagit de sattacher aux arguments selon lesquels les principes fondateurs et les dynamiques à luvre dans une action publique quelle quelle soit prennent souvent forme au cours de la fabrication et/ou de lappropriation publique de son objet. Ainsi, appréhender laction publique de lutte contre le VIH/Sida dans ces trois contextes nationaux si diversifiés et complexifiés par lensemble dintérêts partisans et exogènes en conflits, exige deux présupposés majeurs. Dun côté, il faut tenter dapprécier cette action publique non seulement à partir de son propre référentiel mais aussi en tant que processus dans la longue durée et mécanisme constitué dacteurs, de normes, de valeurs et dinstitutions ; et de lautre, il faut essayer dadmettre que cette action publique ne puisse pas être saisie à partir des seuls problèmes contemporains et de ses effets, ceux-ci étant parfois conjoncturels.
Du point de vue épistémologique, la relecture voulue de la genèse de laction publique de la lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso, pourrait saccommoder du cadre méthodologique et conceptuel de deux théories complémentaires en analyse des politiques publiques, même si celles-ci sont issues dautres terrains et dautres expériences épistémologiques : il sagit des théories de la politisation et de lagenda politique que nous avons exposées dans le chapitre précédent. Les travaux de Jean-Gustave Padioleau et ceux de Jacques Lagroye permettent daborder ici la question du pourquoi et du comment une question comme le VIH/Sida pouvait devenir ou non lobjet dune action publique. Ici, on ne sintéresse pas encore aux infortunes plutôt différenciées selon les contextes nationaux de réponses à cette épidémie mais plutôt aux différentes formes de mobilisations contre le VIH/Sida.
Sous ce rapport, les obstacles conjoncturels à lémergence de laction publique de lutte contre le VIH/Sida sont analysés à partir de la rhétorique de la négation de lépidémie (section 1), des « déterminants objectifs » (section 2) et de la bureaucratisation internationale des mécanismes de gestion de lépidémie (section 3).
Positionnement panoramique du deuxième chapitre
LE « CONTEXTE » COMME OBSTACLE A LEMERGENCE DE LACTION PUBLIQUE DU VIH/SIDA
SHAPE \* MERGEFORMAT
Section 1
La négation du VIH/Sida en tant quépidémie africaine
Dans ses travaux primaires sur les aspects politiques de lépidémie du VIH/Sida, Didier Fassin tentait déjà de sinterroger sur cette mutation du fait social à lobjet politique en avançant le postulat de « lordre social ». En ce sens, pour Didier Fassin, le VIH/Sida devient un objet politique dès lors que les entrepreneurs politiques commencent à le percevoir et à le construire comme un facteur de remise en cause de lordre social. Il semble cependant que le principe dordre social nait pas été suffisant construit en tant que tel pour que le VIH/Sida soit politisé en Afrique du Sud où, malgré le niveau de débat et les conséquences de la maladie sur les rapports sociaux et les structures économiques, on a attendu un peu plus de 20 ans pour que les décisions politiques commencent à émerger.
En effet, les débats sur le VIH/Sida au moment où lépidémie commence à émerger comme problème social en Afrique se sont très tôt focalisés sur lidentité et le statut du malade. La principale question était de coller un visage, dattribuer une identité ou de nommer la catégorie sociale de la victime. On ne sintéressait pas aux conditions qui pouvaient entrainer son inscription sur lagenda politique. Ces débats-là étaient source de la culpabilisation : on parlait de lhomosexuel, du blanc et peu à peu, on a glissé sur la recherche très « racialisée » de lorigine du virus. Ce glissement vers lorigine dite africaine de lépidémie mettait au grenier, comme un à côté négligeable, ses effets éventuels sur les populations et la nécessité de la construire comme objet politique.
1. Les débats sur lorigine africaine du VIH/Sida
Dès le début des années 80, alors que les premiers cas de personnes contaminées en Afrique commencent à inquiéter la communauté internationale et les sociétés africaines fortement menacées par le délabrement des structures de santé publique, lAfrique devient rapidement lépicentre de lépidémie du VIH/Sida.
Certains travaux commandés par lOMS via les enquêtes du Global Program on HIV/AIDS postulent très vite, sur fond danalyses anthropologiques de qualité, que les cultures africaines favoriseraient la propagation de lépidémie. Paradoxalement, la problématique de lorigine spatio-temporelle du virus du Sida surinvestit les premières analyses des chercheurs et des acteurs politiques de tout bord, autour des années 1980. Cette origine semble remonter à lAfrique précoloniale.
Sous cet élan, certains médias et chercheurs proposent un ensemble de discours et de travaux scientifiques à caractère ethnocentrique qui lient inéluctablement lorigine du virus du VIH/Sida au continent africain alors que les premiers cas étaient identifiés loin de lAfrique, dans une communauté dhomosexuels américains.
Ce discours sème le trouble dans un contexte dangoisse et de craintes face à une maladie largement insaisissable aussi bien par les chercheurs que par les politiques qui, par ailleurs, éprouvent quelques difficultés à se mobiliser. Ces postures, bien que scientifiquement soutenables, savèrent très vite contre-productives pour la politisation attendue de lépidémie. En effet, ces incriminations provoquèrent un repli identitaire et culturel, cette sorte de nationalisme fondamental par lequel les acteurs politiques de tout bord, voulaient se protéger, à défaut davoir les moyens de répondre aux défis de lépidémie.
Partout en Afrique, on a noté le développement dun sentiment de frustration collective dans les milieux universitaires et politiques. Cest ce sentiment qui peu à peu glisse vers la négation de lépidémie du VIH/Sida par les pouvoirs publics en Afrique. Dans ce cadre, « prendre des décisions pour la traiter constituait à leurs yeux, une reconnaissance de lépidémie du VIH/Sida comme réalité africaine ».
En fait, les élites africaines ont très rapidement reproduit les théories de Sontag, argumentant que le VIH/Sida était la maladie de lautre, de lEtranger et de lhomosexuel avec en toile de fond les débats sur les catégories raciales.
2. La controverse comme réponse aux initiatives internationales
Lidée de controverse est ici très forte. Elle apparaît dans tous les entretiens non pas seulement en Afrique du Sud où elle a été stigmatisée comme facteur de développement de lépidémie pendant toute la période de transition postapartheid mais aussi dans des pays qui se sont soumis très tôt aux politiques internationales de lutte contre le VIH/Sida. Chez Pierre Lascoumes, les controverses sont considérées « comme des temps dexploration et de stabilisation des enjeux durant lesquels la diversité des dimensions, la pluralité des acteurs engagés et des voies daction possibles sont envisagées avant la clôture politique ». Mais, dans laffrontement entre les points de vue divergents sur la politisation du VIH/Sida, les controverses ont été construites comme un rempart. Elles renvoient en effet à un déficit politique dans la mise sur agenda de ce qui, dans dautres espaces, est très rapidement devenu un problème public.
La controverse sur lorigine africaine du virus du Sida a eu pour effet de déclencher une campagne africaine non de riposte pour prévenir les nouvelles contaminations et contrôler la maladie mais de refus des effets de lépidémie ou même de sa présence réelle en Afrique. Cest donc dune politisation à effets inversés quil sagit ici, à défaut dinscription sur lagenda politique.
Dautres développements peuvent permettre de bien cerner cette rhétorique de la négation en Afrique, au-delà de lAfrique du Sud, du Cameroun et du Burkina Faso. En fait, il y a eu une quasi-unanimité africaine sur le refus des conclusions de travaux qui sattachaient à montrer que le virus du Sida serait parti de lAfrique. Lydié se réfère, par exemple, à la controverse dite de la « télévision publique zaïroise ». A partir de 1982, grâce aux statistiques réunies par lOMS par le biais des enquêtes du Global Program on HIV/AIDS, le Zaïre est de plus en plus reconnu comme le pays le plus touché dAfrique. En même temps, ce pays est, dans plusieurs publications scientifiques concordantes, identifié comme le berceau du sous type de virus du Sida, le VIH1.
Par leffet de la controverse et du repli nationaliste, la télévision publique zaïroise recommande à la population locale « déviter de manger des conserves de létranger pour ne pas attraper le Sida ». De leur côté, les autorités du Zaïre interdissent de publier, à Kinshasa, les chiffres dune nouvelle enquête qui confirment que le Zaïre est réellement affecté par cette épidémie. A la même période, le gouvernement du Kenya fait interdire de publications et dinterviews les chercheurs belges et français admis à y travailler sur la séropositivité des prostituées de Nairobi. On sait bien que, partout en Afrique, les prostitués et les homosexuels étaient, aux premières heures de lépidémie, définis comme les groupes de population à risque.
A cette époque, cest-à-dire autour de 1984, les débats politiques tels quils étaient rapportés par les médias occidentaux et les élites politiques africaines, ne consistaient pas à penser des politiques publiques réactives face aux effets socio-économiques du VIH/Sida. Cette attitude, nourrie par la controverse de lorigine africaine du virus du Sida, peut aussi, à notre sens, justifier en partie le constat que Fred Eboko dégage. Dans ses enquêtes sur les attitudes de différents gouvernements africains face aux politiques internationales de lutte contre le VIH/Sida, il analyse entre autres, les postures de « ladhésion passive » du Cameroun, de la « participation active » du Burkina Faso et de « la dissidence active » de lAfrique du Sud à ces politiques.
Cette rhétorique de la négation du VIH/Sida et, par ricochet, les contrevérités quelle annonce, révèle le malaise partagé par les gouvernements et les intellectuels africains désarmés et en même temps, politiquement en perte de légitimité au moment où le Sida apparaît comme problème. Cette situation nest donc pas due à « labsence de sérieux » de « la classe politique », comme la pensé une certaine littérature militante sur lAfrique du Sud, ni même pas toujours à des malformations ou des insuffisances institutionnelles que certaines recherches associent très souvent aux cas camerounais et burkinabé « mais dabord aux contraintes propres à laction publique » à savoir, lémergence dun débat politique grâce à la mobilisation de lopinion et des relais sociaux autorisés, lidentification de mesures à prendre pour gérer les décisions politiques, etc.
3. Lalignement des intellectuels sur les postures politiques
En 1985, les intellectuels africains, parmi lesquels des scientifiques et des médecins, se déclarent choqués par la « nouvelle campagne de dénigrement lancée contre lAfrique noire » en présentant le continent africain comme le berceau du VIH/Sida alors même que les statistiques de lOMS montrent à cette époque que le continent africain commence à être touché par cette épidémie dont les conséquences y sont plutôt à craindre pour deux raisons : dune part, le continent souffre dune déficience de structures sanitaires de qualité, capables dassurer la surveillance épidémiologique et de lautre, il est miné par dautres endémies au rang desquelles la malaria et la tuberculose qui continuent à y faire des ravages. Mais tout y est fait de sorte que le VIH/Sida, son développement et ses conséquences soient encore banalisés.
A la première conférence internationale sur le VIH/Sida, lOMS peu informée sur ce qui était en cours de devenir la vraie catastrophe épidémiologique de lAfrique, minimise à 700 le nombre de personnes séropositives en Afrique. Ces estimations étaient faites sur la base des seuls cas déclarés à cette époque par le Malawi, le Botswana et la Zambie. Les gouvernements et médecins africains, se considérant toujours au banc des accusés, boycottèrent les travaux de cette conférence alors que, les médecins belges et français ne parvinrent pas à y faire admettre la nécessité dune importante intervention de la communauté internationale en Afrique, compte tenu des pronostics épidémiologiques quils pouvaient formuler à cette époque. Ainsi, pour les acteurs politiques et les intellectuels africains tout comme pour les experts internationaux, le VIH/Sida apparaissait encore comme une cause mineure au moment où lépidémie se développait réellement sous silence, sans susciter des vraies réponses politiques locales et internationales.
Ce double paradoxe, lhypocrisie quil a suscitée et la « dissidence active » se sont très rapidement incarnés dans les prises de positions publiques du nouveau régime politique post-apartheid en Afrique du Sud, plutôt animé par les ambitions de la consolidation de lANC et dune société sud-africaine multiraciale exorcisée des démons et de la hantise de limplosion sociale et de conflits interethniques. A partir de 1992, avec la libéralisation politique pour le multipartisme et la fin de la ségrégation raciale, lAfrique du Sud se trouvait au bord de limplosion sociale. Des tensions postapartheid étaient perceptibles dune part, entre la minorité blanche et la majorité noire et de lautre, à lintérieur de la population noire, entre les nationalistes Zulu de lInkatha dont le leader était Buthelezi et les Xosa et Zulu, rangés au sein de lANC derrière Nelson Mandela et son successeur, Thabo Mbeki. Aujourdhui encore, diverses formes de tensions restent vivaces au sein de lANC où les Zulu et les Xosa continuent à nourrir une sorte de haine mutuelle. En effet, les Zulu ont aujourdhui pris fait et cause pour le très controversé chef de lANC, Jacob Zuma alors que les Xosa, derrière Thabo Mbeki, essaient de sorganiser autour de Mosuioa Lekota, lex-Ministre de la défense dans le gouvernement de Thabo Mbeki.
On connaît bien la place que la nouvelle Afrique du Sud post-apartheid, principale puissance économique, médicale et pharmaceutique africaine, occupe dans les relations internationales africaines et les espoirs que sa renaissance suscite auprès des populations du continent noir. A cet égard, le discours négationniste des leaders politiques sud-africains par ailleurs soutenu par des démonstrations scientifiques, consolidait les prises de position encore moins affirmées dautres leaders politiques africains et réconfortait les populations qui ne croyaient pas aux effets et même à lexistence du VIH/Sida comme réalité sanitaire contre laquelle il fallait conduire des politiques réactives. Les campagnes de sensibilisation et les appels aux pratiques sexuelles responsables ne suffirent pas pour contrôler et maintenir les taux de séroprévalence à un niveau bas. A cela sajoutaient des appréhensions fondées sur les valeurs sociales dominantes, fortement mises à luvre par lépidémie du VIH/Sida.
Section 2
Le recours aux « déterminants objectifs » de laction publique
Dans ses travaux sur les politiques publiques, Yves Surel analyse « trois types de facteurs » que nous empruntons pour expliquer les obstacles à lémergence de laction politique du VIH/Sida en Afrique. Il sagit des déterminants objectifs, des histoires causales et des publics des problèmes. Les histoires causales seront analysées à travers les images et les représentations sociales qui ont abouti à la diffusion de la perception du VIH/Sida comme problème public alors que les publics des problèmes concerneront le chapitre sur laction des publics concernés. Nous nous intéressons ici aux déterminants objectifs qui englobent, selon Yves Surel lui-même, les structures socio-économiques, les caractéristiques du système politico-administratif et les valeurs dominantes.
Au-delà de la critique contre les perceptions et lincapacité des acteurs politiques africains à penser une action publique réactive aux effets de lépidémie du VIH/Sida, lanalyse souhaite en fait interroger la place des Etats africains eux-mêmes. Ils sont singulièrement dépendants de laction publique internationale et leur immobilisme, dans le cas précis de la lutte contre le VIH/Sida, rend inopérante lidée que lEtat a pour mission de mener une action publique au profit du plus grand nombre. Le déploiement massif dacteurs internationaux dans laction publique locale de lutte contre le VIH/Sida met en effet en lumière les lignes dinégalités qui sont autant de frontières entre une Afrique surinvestie par laction publique internationale et la majorité dacteurs politiques africains « déclassés », voire désintéressés par laction publique locale en Afrique : « Peu dépreuves historiques ont mis en lumière de manière aussi abrupte le caractère exigu de laction publique en Afrique depuis les années 1980, et la place quasi anecdotique de lAfrique dans le nouvel ordre mondial ». Lidée de déterminants objectifs permet en fait danalyser dune part, les structures socioéconomiques et les caractéristiques du système administratifs et de lautre, les rapports aux valeurs sociales dominantes en Afrique à lheure du VIH/Sida.
1. La faible institutionnalisation du système administratif
Les structures socio-économiques et les caractéristiques du système politico-administratif désignent en quelque sorte lidée selon laquelle les sociétés suivent les mêmes étapes de développement et, à chaque étape, sont confrontées à des problèmes spécifiques. Sous cet angle, lAfrique du Sud confrontée aux défis de la démocratisation et de la construction de lunité nationale ne pouvait pas en même temps avec les mêmes moyens que dautres Etats, répondre avec détermination aux enjeux de lépidémie du VIH/Sida. Selon cette théorie, les sociétés les plus avancées développent des politiques sociales avec plus de détermination que les sociétés les moins avancées. Or, historiquement le Cameroun et le Burkina Faso ont systématisé des politiques daccès aux traitements du VIH/Sida longtemps avant lAfrique du Sud alors que celle-ci est technologiquement et économiquement plus avancée que ceux-là.
En second lieu, Yves Surel souligne que la mise sur agenda est tributaire des structures administratives. En dautres termes, le VIH/Sida ne peut pas être inscrit sur lagenda politique comme problème public sil ny a pas de structures administratives adéquates capables de le gérer. Il est vrai que, comme le note Fred Eboko, linsuffisance dinstitutionnalisation des Etats africains na pas favorisé la politisation du VIH/Sida mais, lier forcément linscription sur lagenda politique à lappareillage politico-administratif peut soulever quelques soucis dordre pratique : on peut par exemple se demander si, au contraire, la structure administrative nest pas une émanation de linscription sur agenda politique pour gérer les problèmes ainsi politisés. Comment comprendre la nécessité dune structure administrative pour gérer la question du VIH/Sida avant que celle-ci napparaisse comme affaire publique ?
2. Les rapports aux valeurs sociales dominantes
Lidée de valeurs sociales dominantes dans lanalyse de laction publique de lutte contre le VIH/Sida est empruntée aux travaux de Yves Surel sur les politiques publiques. Selon Yves Surel, les valeurs dominantes sont un élément majeur dans le processus de politisation et donc de mise sur agenda gouvernemental dun phénomène a priori social.
Dans cette perspective, lépidémie du VIH/Sida pouvait être politisée et donc inscrite sur lagenda gouvernemental si son existence remettait précisément en question les valeurs sociales dominantes en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso. Or, tel que présenté dans les débats issus des premiers cas du VIH/Sida, cette épidémie ne remettait justement pas en cause les valeurs sociales dominantes dans ces trois pays. Au contraire, lépidémie du VIH/Sida était présentée comme étant exclusivement la maladie des homosexuels et des prostituées, dans des sociétés où lhomosexualité et la prostitution constituaient précisément une contre valeur. Son apparition a donc sociologiquement été perçue et interpelée comme une invitation, pour lhomme africain, à effectuer un retour aux prétendues valeurs traditionnelles africaines. A partir de ce moment, il apparaît vite un dilemme contre lequel les malades et les progressistes devaient se lever. Car, pour les acteurs politiques, il nétait pas question de prendre des décisions politiques pour lutter contre une épidémie du VIH/Sida qui décimait, selon la littérature et les déclarations de cette époque, les « communautés des damnés » (homosexuels, prostituées, etc.).
En Afrique du Sud, lactuel Président de lANC, alors Vice-président de Thabo Mbeki, ne sempêchait pas de voir en cela une certaine légitimation de ce qui, selon lui, était perçu par tous comme une « punition divine » pour des actes sexuels qui transgressaient précisément les valeurs sociales. Posée dans ce contexte et sous ce rapport, lépidémie du VIH/Sida ninterpellait pas les acteurs politiques en Afrique du Sud, surtout quils devaient faire face à dautres défis et au coût élevé de laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
A. Le VIH/Sida : résultat dune mauvaise sexualité ?
Les premières images du VIH/Sida liaient cette épidémie à la vie sexuelle des individus contaminés ou plutôt à une « mauvaise sexualité » dans un contexte adoubé par les préjugés sociaux sur les formes non-hétérosexuelles de la relation sexuelle et les représentations morales des pratiques sexuelles hors mariage. Cette mauvaise sexualité était précisément, dans le contexte sud-africain, camerounais et burkinabé, le fait de quelques marginaux : homosexuels et prostituées, notamment. Au Cameroun tout comme au Burkina Faso, lhomosexualité était encore un phénomène inconnu à cette époque si bien quil est jusquà ce jour, sanctionné par la loi pénale. En Afrique du Sud où le phénomène, bien que légalement prohibé sous lapartheid, était en cours de développement, 10 à 15 % dhomosexuels étaient déclarés infectés à Johannesburg au milieu des années 1980.
Ce qui explique, comme un « tsunami », la crise que lépidémie du VIH/Sida a représentée non pas pour les pouvoirs publics mais pour les homosexuels et les prostituées construits en populations à risque dès les premières heures de lépidémie en Afrique. Plusieurs témoignages font apparaître lhomophobie et la haine suscitées par la propagation de VIH/Sida dans les sociétés africaines. Il y avait comme une responsabilité de lépidémie portée et partagée par les personnes ayant les rapports sexuelles avec leurs pairs et par les femmes en situation de prostitution. Ces catégories sociales étaient construites en vecteur de lépidémie en Afrique.
Ce discours populaire était dailleurs relayé sinon légitimé par les prises de positions officielles des acteurs politiques locaux. En Afrique du Sud, il justifiait le silence du régime de lapartheid face au développement de lépidémie. Le regard politique sur le VIH/Sida na pas changé avec la fin de lapartheid. Thabo Mbeki alors chef dEtat sud-africain et de ses amis de lANC parmi lesquels Jacob Zuma, alors vice-président et actuellement, président de lANC, ne manquaient pas doccasions pour affirmer que le VIH/Sida était une invention et navait aucun lien avec ce virus qui touchait les homosexuels. Le désir de lier le VIH/Sida et lhomosexualité peut donc apparaître comme une fuite en avant ou comme un élément de réponse à lOccident tout en affaiblissant le besoin dune politisation de lépidémie. Comme le montre Mbali, les représentations du VIH/Sida comme « un fléau homosexuel » provenant naturellement dune sexualité homosexuelle na pas permis danticiper la propagation de la maladie en Afrique du sud.
En 2006 encore, au Cameroun et même au Burkina Faso, on estime dans une large majorité que lhomosexualité est une « affaire de blancs » et donc des étrangers et la prostitution, une pratique de filles bannies qui symbolisent la « honte sociale ». A linverse, en Afrique du Sud, nos enquêtes de 2007 montrent que la majorité de sud-africains considèrent que lhomosexualité est « une sexualité comme une autre ». Les homosexuels y sont un peu plus acceptés même si, dans certains townships comme Soweto et Kayelitsha, on considère encore que cette pratique concerne en majorité les sud-africains blancs. En ce qui concerne la prostitution, elle semble y être perçue comme une pratique de filles « faciles ». Un fait exceptionnel, en Afrique du Sud, de nombreuses personnes blanches sud-africaines révèlent quil y a de nombreux sud-africains noirs homosexuels. Les homosexuels blancs et noirs se rencontrent dans les lieux de drague et les espaces associatifs homosexuels. En ce qui concerne la prostitution, elle est en Afrique du Sud, présentée comme le fait de jeunes filles des townships qui passent dun « boy-friend » à un autre pour sentretenir et non, comme cest le cas au Burkina Faso et au Cameroun, où elle est symbolisée par la pratique de la marchandisation du corps par les « filles de trottoirs ». Toutefois, en Afrique du Sud, plus quau Cameroun et au Burkina Faso, on observe des grands réseaux de prostitution et de proxénètes russes, afro-caribéens et latino-américains. On en trouve quelques uns, entre autres, à Wood stock, Camps Bay et sur Long street à Cap Town.
En réalité, lhomosexualité et la prostitution sont davantage acceptées en Afrique du Sud quau Cameroun et au Burkina Faso où survivent un certain nombre de résistances. En Afrique du Sud, lacceptation est plus marquée en milieu urbain, chez les universitaires et les cadres et, sur le plan racial, chez les blancs nés après le milieu des années 60 et ceux qui sont venus dailleurs. Les personnes de générations plus anciennes, blanches et noires, rejoignent la majorité dindividus de toute génération rencontrés au Cameroun et au Burkina Faso. Celles-ci pensent particulièrement à la vision pathologique et immorale de lhomosexualité et de la prostitution. Elles sont par exemple, environ 85% de 50-59 ans à considérer lhomosexualité comme une pratique sexuelle « contre nature ». Cette attitude très marquée auprès de camerounais de tout âge est également présente chez certains sud-africains plus jeunes : 58% des noirs de 18-29 ans, bien plus que chez les blancs du même âge qui représentent 20%. Cette analyse quantitativiste liminaire illustre les décalages quil y aurait dans la construction des représentations sociales des individus appartenant pourtant à la même société mais dont les réseaux de socialisation sont tributaires de lenvironnement éducatif.
En Afrique du Sud, quelques observations de la « Gay Pride » de mars 2007 à Johannesburg permettent de mettre en lumière les relents dhomophobie qui caractérisent encore les sociétés africaines. Quelques spectateurs en majorité des noirs accompagnés de quelques « coloured » tentés, en effet, par ce qui est couramment dénoncé comme le fait de lhomophobie, ont à cur joyeux et sans se cacher, lancé des bouteilles et de projectiles sur le char du Forum. Certains dentre eux ont justifié leur attitude de mépris vis-à-vis des manifestants homosexuels par le fait que leur char présentait précisément lhomosexualité comme faisant partie de la culture africaine. Cette conception est par ailleurs réaffirmée par Donna Smith, lun des animateurs de la « Gay Pride », qui plaide pour une autre vision de lhomosexualité en Afrique. Selon cette activiste des droits des personnes ayant les rapports sexuels avec des personnes du même sexe quelles, « certains pensent que lhomosexualité a été importée par lhomme blanc. Mais, cela a toujours existé en Afrique. Ce que le blanc a apporté, cest lhomophobie, drapée dans des doctrines religieuses avant-gardistes que nous ne connaissions pas avant son arrivée même sil est clair que cest également au sein de lEglise, surtout catholique que lhomosexualité a trouvé un terreau important en Afrique ». Certains anthropologues attestent que lhomosexualité était tolérée dans lAfrique précoloniale.
Et même, lors de lapparition des premiers cas nationaux, cest-à-dire de séropositifs au niveau local, les journaux locaux annonçaient, de façon explosive, que la maladie des homosexuels ou le fléau homosexuel était arrivé dans le pays.
Dès lors quon lie lépidémie du VIH/Sida aux pratiques sexuelles dont les représentations sont négatives voir condamnées, parce que « contre nature », lEtat qui na par ailleurs pas la possibilité de comprendre ce qui se joue autour de cette épidémie, ni dallouer des ressources aux politiques de réponses à lépidémie, sen accommode. Il a donc saisi cette brèche pour se dédouaner et ne pas consentir des efforts pour comprendre, prévenir de nouvelles contaminations et soigner ceux qui souffraient de lépidémie du VIH/Sida :
« La facture semblait lourde à porter, surtout quon ne savait pas que faire réellement (
) on avait peur de sembourber, surtout que la communauté internationale tâtonnait encore, avec des déclarations très contradictoires des Américains, premières victimes et des Européens, très touchés également à cette époque ».
LEtat était donc partagé sur les décisions à prendre pour la lutte contre le VIH/Sida.
« Car, sil prend des décisions, ce quil ne peut déjà pas faire puisque qui dit décisions dans ce domaine pense à largent quil faut dépenser, on va laccuser de déviance, de complicité avec les forces du mal, avec des agents destructeurs qui violent nos enfants, etc. du coup, lEtat se conforte dans la non-décision, qui larrange au fond ».
Au Cameroun, les sommets de lEtat se sont rendus muets et peu loquaces sur la question du VIH/Sida jusquà ce que les financements soient progressivement disponibles à linternational via le PNUD et plus tard, lONUSIDA ; alors quau Burkina Faso, lEtat très enclin à combattre les organisations de la société civile, a laissé se développer une pluralité dacteurs associatifs dans le domaine du VIH/Sida.
B. Le VIH/Sida : retour à laltérité ?
A bien des égards, le VIH/Sida comme expérience quotidienne du corps face à la maladie, interroge le rapport de soi à autrui. Les images du corps souffrant, les difficultés quotidiennes des personnes vivant avec le VIH/Sida, les discriminations et les stigmatisations liées à la vie des malades et même les représentations sociales qui associent forcément le séropositif à « lautre », à celui quon nest pas, nest pas sans rappeler « Soi-même comme un autre ». Dans cet ouvrage plutôt philosophique, Paul Ricur montre que le sujet « soi » se construit par un retour à soi en passant par lintermédiation dautrui. Cette intermédiation de lautre par lequel le malade prend conscience de sa situation entant quêtre souffrant constitue une démarche qui se trouve aujourdhui au centre de lexpérience de la maladie et du vécu quotidien avec le VIH/Sida. A Kayelitsha, dans la banlieue de Cap Town, certains témoignages de personnes vivant avec le VIH/Sida traduisent cette relation intersubjective. En effet, le regard parfois innocent de lautre interroge le malade et lui donne de comprendre quà partir de cette situation, il devient un être différent.
Dans ses travaux, Paul Ricur tente de saisir léthique de la communication intersubjective dans ce rapport ambigu à autrui : le sujet nest pas dabord une substance mais avant tout un choix moral. Se penser et se projeter soi-même en tant quautrui signifie que lautre est constitutif de ma propre identité et que ses souffrances, doù quelles viennent et quels que soient le sens et la signification de cette souffrance, me contraignent à agir. En ce sens, le corps souffrant nest pas exclusivement celui du sujet rejeté parce que différent par ses pratiques sexuelles et ses origines raciales mais plutôt, celui du sujet tout court. Si luniversalité de cette morale tout comme celle daccès aux traitements et à lensemble de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, ne peut être fondée par le sujet, elle le sera dans le souci de la pluralité : se mettre à la place dautrui, voilà la nouvelle source de la norme morale.
Ainsi, Ricur dépasse la confrontation et la tension qui marquent cette éthique individuelle axée sur la pratique concrète et une morale fondée sur des principes rigides. Cest aussi dans le bien-vivre qui sétend à la société et à son exigence dégalité que peuvent être dépassés ces conflits. En dautres termes, le séropositif ne reviendrait à son statut de séropositif quen passant par un autre séropositif différent de lui. Le VIH/Sida semble ainsi se construire non seulement sur un jeu dimages de la maladie et du corps-souffrant mais aussi sur une trajectoire mettant en scène le corps du séropositif en prise avec une pluralité dacteurs, dinstitutions et de représentations. En même temps, il renvoie encore à limage de la maladie de lautre, celui que lon ne veut pas être même au moment où on lest. Les messages de prévention ont dailleurs très tôt ciblés des catégories particulières dindividus définies comme groupes « à risque » : il sagit de prostituées, de jeunes, de migrants, de militaires, de transporteurs, de routiers, etc.
La lecture et linterprétation des moyens de contagion de la maladie en termes de « risque » ont eu pour effets de stigmatiser tout en les exposant à la discrimination, certains groupes sociaux et donc de faire du VIH/Sida la maladie de lautre, de lhomosexuel, de la prostituée ou de limmigré. Pour certains individus, ne pas faire partie de ces catégories constitue en soi un vaccin contre lépidémie. Les messages de prévention ont également sensibilisé sur le VIH/Sida à partir dimages diarrhéiques tout en présentant un état de défiguration avancée du corps. La mobilisation de ces figures de « morts en sursis » a eu pour conséquences directes de contribuer à la marginalisation de personnes vivant avec le VIH/Sida. Elle alimentait également une certaine peur de la maladie et du malade.
Pour lélite politique sud-africaine, par exemple, pendant les régimes successifs de lapartheid, lépidémie de VIH/Sida ne concernait que les catégories sociales qui navaient pas de droits sociaux. Le VIH/Sida y était la maladie des populations noires des townships alors quau Cameroun et au Burkina Faso, deux pays dAfrique noire et donc au contexte racial très homogène, lélite politique soulignait que le VIH/Sida était la maladie des Blancs. Tout comme « lhomosexualisation », la « racialisation » du VIH/Sida est apparue comme un élément majeur dans la compréhension de la non-politisation de cette épidémie en Afrique. Seuls les réseaux transnationaux pouvaient transcender cette catégorisation même sils se sont également illustrés à partir des déterminants qui nont pas favorisé la politisation de lépidémie.
Section 3
Les réseaux transnationaux dans laction publique locale
La configuration des dynamiques issues de la communauté internationale en vue de contrôler et de gérer les conséquences du choc épidémiologique de VIH/Sida adoubé par la crise des instituions publiques, incite à repenser la place de lAfrique dans les relations internationales contemporaines. Lincapacité des gouvernements africains ou du moins les faiblesses des administrations africaines à générer des mécanismes locaux de lutte contre le VIH/Sida a suscité une sorte de mise en tutelle de lAfrique par des dynamiques supranationales. Dans cette perspective, les premières tentatives visant à élaborer et à mettre en uvre laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique peuvent être considérées comme des initiatives issues de lextraversion. Elles ont été le fait de la mobilisation de la communauté internationale ou plutôt de réseaux transnationaux, appuyé au niveau local par les Programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida (PNLS).
Mais, sur le plan du contenu et même de la forme, ces programmes ont souffert, entre autres, dun diffusionnisme déconnecté des dynamiques et des représentations sociales de différentes cultures nationales. Il y avait une sorte dimportation de modèles de lutte contre le VIH/Sida dun pays à lautre, compte tenu du fait que les politiques qui les soutenaient étaient dictées et conçues par des experts internationaux, représentants de lOMS et, dans certains cas, des agences de surveillance épidémiologique européennes et américaines.
1. Les effets dune modélisation à linternational
LAfrique a eu des difficultés de toute sorte pour comprendre lépidémie du VIH/Sida, moins que pour élaborer et mettre en uvre des politiques de lutte contre la maladie ou du moins, pour accueillir les premières réponses à lépidémie. Nous parlons de laccueil car, les premières actions ont été conçues par une sorte dexpertise lointaine ou hors-murs, conduite par des chercheurs et des administrateurs venus dailleurs. Le mérite des Etats comme le Cameroun et le Burkina Faso ont été daccepter que cette action publique internationale soit mise en uvre sur le territoire national en vue de contrôler lépidémie de VIH/Sida et ainsi de prévenir les nouvelles contaminations. Tout le contraire de ce qui a été reproché à lAfrique du Sud pendant près dune décennie, au cours de laquelle les pouvoirs publics ont manifesté une « dissidence », sous forme de rébellion vis-à-vis des politiques de lutte contre le VIH/Sida élaborées et proposées par lOMS via le Global Program on AIDS. Cette action publique ou, pour dire vrai, ces programmes nationaux mis en uvre en Afrique bénéficiaient également de financements collectés ailleurs, en Europe, en Asie et en Amérique du Nord ; une certaine internationalisation financière soutenait en quelque sorte lensemble des politiques conduites en Afrique.
En plus, aux niveaux local, national et régional en Afrique, lensemble de programmes de lutte contre le VIH/Sida était confié aux experts internationaux dont la majorité venait des pays donateurs. Ces experts géraient cette action publique à partir dune boite à outil, soutenue par les « paradigmes incrémentalistes » qui voudraient que les mêmes modèles daction soit transférés dun pays à lautre en Afrique et ce, jusque dans les moindres détails administratifs si bien quil était difficile de penser quils puissent générer des dynamiques sociales locales.
On sest vite retrouvé face à un dilemme : autant les acteurs politiques locaux ne parvenaient pas à interpréter les « inputs » issus des politiques internationales de lutte contre lépidémie, autant les experts internationaux ne parvenaient pas à faire émerger des « outputs » locaux. Si les premiers sont, pendant longtemps, restés sourds et muets, se situant à la périphérie de laction publique du VIH/Sida, les seconds avaient tellement de pouvoir compte tenu de leur qualité dexperts et du prestige des organisations quils représentaient que le dialogue était difficile à nouer sur le plan social. Comme le faisait finalement remarquer Claude Raynaut, « à cette époque, en Afrique, la lutte contre le sida a été conçue et lancée concrètement dans le cadre dune véritable mise en tutelle internationale des politiques de santé nationales ».
La solution était dintégrer quelques experts nationaux dans les comités nationaux de lutte contre le VIH/Sida. Ce qui a été fait au Cameroun dès 1985 et au Burkina Faso, en 1986. Mais, plusieurs témoignages concordants soulignent finalement que ces experts nationaux, tout comme les acteurs politiques locaux et les fonctionnaires de ladministration publique locale, ont très vite été transformés en simple « courroie de transmission à qui les initiatives étaient interdites » . Le PNLS burkinabé aurait en 1988 mis de côté ses propres stratégies nationales pour appliquer manu militari les recommandations de lOMS, sous peine de sanctions financières.
Dans plusieurs cas, lOMS a autoritairement gelé les budgets des PNLS qui passaient outre ses instructions :
« Sous prétexte de discipline et dorganisation, il semblerait donc que lOMS ait parfois fait preuve dune forme de tutelle aliénante, voire carrément néocoloniale, lisible par lenvoi systématique déquipes de trois ou quatre « experts » (en gestion, épidémiologie et Information Education Communication) qui avaient tout pouvoir sur la direction et la gestion du programme national ».
2. La marginalisation des entités locales
En 1986, lorsque les premières politiques de lutte contre le VIH/Sida sont mises en place aussi bien au Cameroun quau Burkina Faso, celles-ci apparaissent dans un contexte de contournement, voir de dé-légitimation des institutions publiques nationales. Lévitement et le contournement des institutions étatiques dans lélaboration et la mise en uvre des premiers programmes de lutte contre le VIH/Sida étaient également liés au contexte même dans lequel est apparue lépidémie elle-même et non à une volonté de remise en cause de lEtat africain. Il y a une certaine désétatisation de lespace public qui a précédé la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, ce dautant plus que lEtat africain semblait sêtre délégitimé.
En plus, laction publique de lutte contre le VIH/Sida intervient dans le contexte dune forte internationalisation ou même dune forte « ONGisation » des politiques sociales en Afrique à cause de la crise économique des années 80. Une autre raison semblait en être la faible institutionnalisation des administrations publiques locales.
Les experts internationaux mettaient laccent, dans un premier temps et puis tout au long de laction internationale pour la lutte contre le VIH/Sida, sur l'organisation bureaucratique des mécanismes de gestion de lépidémie. Au lieu de politiques internationales, il sagit en fait dune expertise très largement affectée par la « bureaucratisation » du dispositif administratif de gestion de lépidémie au détriment du contrôle effectif de son développement. Limplication de la communauté internationale dans la gestion de laction publique locale de lutte contre le VIH/Sida manifeste, par ailleurs, la crainte d'une personnalisation à la tête des comités nationaux de lutte contre le VIH/Sida.
Cette désétatisation permet de mettre en lumière deux phénomènes qui expliquent la faible intrusion de la lutte contre le VIH/Sida dans lagenda politique au Cameroun et au Burkina Faso : dune part, les référentiels normatifs, les représentations de la maladie et du corps, de même que les comportements, les attitudes et les codes des bénéficiaires nétaient forcement pas en adéquation avec les réponses proposées par les équipes expertes souvent animées par des expatriés déconnectés des réalités sociopolitiques locales.
« Tout était fait pour que les spécialistes locaux soient subordonnés et infériorisés par les experts internationaux mais, il faut reconnaître que ces derniers, équipés des programmes « passe-partout » étaient voués à léchec puisquignorant tout des aspects socio-anthropologiques des populations locales pour une maladie fortement corrélée à la vie culturelle des populations concernées ».
Certes, les premières politiques de lutte contre le VIH/Sida étaient fondées sur les spots et les campagnes de sensibilisation montés en Afrique mais la transmission des savoirs était très importante pour communiquer et dire lépidémie dans les contextes locaux. Au Cameroun, par exemple, la plus part de campagnes était fondée sur lidée de la « flottille de lespoir » importée dune démonstration faite dans les campagnes de sensibilisation au Kenya mais qui ne renvoyait presque à rien dans le contexte camerounais ce dautant plus que les exemples de la « flottille » étaient empruntés aux sociétés Maasai plutôt polygames. Dun autre côté, ces dispositifs ont souffert dune grande instabilité.
En fait, les experts internationaux ne restaient pas longtemps sur un même projet. Ils étaient soumis à un mouvement daffectation tel que les programmes nationaux étaient réduits à une suite duvre inachevée et en perpétuelle recommencement. En revanche, linstabilité de la coordination des programmes nationaux na pas été contenue avec le départ définitif des experts internationaux. En effet, larrivé dexperts nationaux a été marquée par les habitus clientélistes des administrations publiques en Afrique. En ce sens, les modalités daccès aux dispositifs nationaux de lutte contre le VIH/Sida en tant quexpert étaient désormais liées au statut de leurs animateurs au sein de ladministration publique, voir au sein de lappareil partisan. En un sens, les dispositifs nationaux de lutte contre le VIH/Sida ont été plus vite politisés que lépidémie elle-même.
3. Laction des agences de coopération internationale
Multiples rapports de lOnusida, du PNUD et de lOMS montrent que le continent africain est indéniablement la région du monde la plus durement éprouvée non pas seulement par lépidémie mais aussi et surtout par ses effets, ce dautant plus que le choc épidémiologique interroge doublement le continent avec dun côté lémergence dune action publique conduite par les agences de coopération internationale et de lautre, le tâtonnement des politiques de la décentralisation.
Laction internationale de lutte contre le VIH/Sida a vu apparaître plus dacteurs que laction nationale. Cependant, la pluralité dacteurs internationaux suggérait également une pluralité dopinions et de points de vue sur les décisions à mettre en uvre sur le plan local en matière de lutte contre le VIH/Sida. Limplosion de la lutte contre le VIH/Sida était donc accompagnée dune possibilité de rivalités qui ne peut pas non plus faire léconomie de lanalyse dans laction publique. En ce sens, cette perspective permet de saisir les rivalités entre les agences de coopération bilatérale et internationale, dont chacune sassurait précisément de la collaboration de « clients » locaux spécifiques, sans craindre les effets de la désétatisation de laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
Le contrôle et la gestion de lépidémie du VIH/Sida se construisent dans des contextes où la marge de manuvre des Etats sest considérablement réduite et leurs pouvoirs régaliens nexistent que dans la mesure où ils acceptent à lévidence lintervention de nombreux réseaux acteurs transnationaux. Au Cameroun, par exemple, la GTZ a contrôlé, sur lensemble du territoire national, la formation des associations locales de personnes vivant avec le VIH/Sida. Les premières associations communautaires étaient en quelque sorte fédérées autour de la GTZ qui, en revanche, assurait le financement de leurs activités. Or, dans laction de ces acteurs, les victoires tout comme les échecs sont appréhendés non pas exclusivement par les résultats qui se lisent sur la longue durée mais, comme le précise Fred Eboko, « à laune de lintérêt des acteurs impliqués pour lesquels les bénéfices collectifs passent par des valorisations individuelles, des profits symboliques, des gains en matière de reconnaissance professionnelle ».
Les rivalités entre les agences de coopération internationales glissent parfois vers un contentieux qui pèse sur la production et la mise en uvre de politiques de décentralisation dans le domaine de la santé. A côté de la mise sous tutelle internationale, lirruption soudaine des politiques de « décentralisation », particulièrement conseillées et soutenues par les institutions de Bretton Woods a plutôt, dans le cadre de la lutte contre le VIH/Sida, entraîné des déséquilibres internes dans la gestion de lépidémie avec, au sein dun même pays, des régions mieux équipées que dautres. Vu les modalités de mise en uvre de ces politiques (actions et projets fortement concentrés dans les grandes villes), les résultats collectifs nont pas entrainé les gains escomptés pour le plus grand nombre de personnes concernées par laction publique de lutte contre le VIH/Sida, cest-à-dire celui pour lequel lEtat devait remplir la mission protectrice compte tenu de lampleur de la maladie. En exemple, la région de lExtrême Nord Cameroun avec un taux de séroprévalence estimé à 4% na quun seul centre de traitement agréé alors que celle du Centre avec 6.7% du taux de séroprévalence est équipée de 7 centres de traitements agréés, à côté de nombreux centres hospitaliers et universitaires installés à Yaoundé.
Fred Eboko souligne un autre type de rivalités. Il sagit des rivalités entre les associations locales, souvent instrumentalisées en amont par la concurrence des organismes de financements et les conflits du contrôle local par les organisations globales, représentés par leurs partenaires du Nord. La disponibilité croissante des antirétroviraux et des programmes de financement du Fond Global, combinée à la mauvaise gestion des stocks des médicaments, ont par ailleurs transformé le secteur privé en alternative peu efficace d'un secteur public lui-même déficient et appuyé par les coopérations bilatérales. Tout ceci aboutit à un dispositif national contraint d'assurer un « service minimal » face à ses partenaires étrangers qui en même temps contrarient son action. Finalement, comment sest alors effectué en pratique le passage du VIH/Sida de la sphère sociale à la sphère politique ?
Chapitre 3 -
LEMERGENCE DE LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
Quels sont les conditions et les contextes qui ont rendu les changements de politiques possibles vis-à-vis de lépidémie de VIH/Sida ? Comment, dans un environnement marqué par des controverses et des déterminants peu favorables à laction publique, les décisions ont finalement été possibles ? Cest à ce type de questions que John Kingdon essaie de répondre avec son célèbre paradigme de la fenêtre dopportunité « policy window ». Il y a plusieurs façons danalyser les perspectives ainsi inaugurées par John Kingdon. Certains, à lexemple de Pierre Favre qui analyse précisément les mobilisations politiques et sociales contre le VIH/Sida, mettent laccent sur le rôle et la place spécifiques des acteurs eux-mêmes à travers des recompositions et de retournement des systèmes dalliances. Dautres insistent sur les processus démergence des problèmes ou sur le rôle des récits.
Notre préférence porte sur les travaux qui présentent laction publique en termes démergence. Cette émergence concerne le processus de construction du problème politique et, comme telle, elle a le mérite de sappuyer justement sur les raisons et les conditions conjoncturelles, tout en prenant en compte les hasards et les incertitudes qui pèsent finalement sur les processus de politisation et donc dinscription du VIH/Sida sur lagenda gouvernemental. Le point de départ de cette réflexion est le modèle de la poubelle développé par Michael Cohen, James March et Johan Olsen. Elle est enrichie par les travaux de Michel Crozier et Herald Friedberg sur le fonctionnement des organisations. Pour ces auteurs, les décisions des acteurs sont aléatoires et chaotiques et leurs préférences, souvent incertaines. Les organisations représentent une sorte de boite à outils ou poubelle dans lesquelles sont jetés pêle-mêle des problèmes, des solutions, des acteurs et des possibilités de choix.
Sous ce rapport, les solutions ne sont pas forcément créées pour résoudre des problèmes spécifiques. Elles nont pas non plus besoin de ces problèmes pour exister. Pour saisir le moment de la décision malgré le désordre de la poubelle et de la boite à outils, ces auteurs proposent donc la notion de moment, dopportunité en lanalysant à partir de lémergence. Ce moment est lié, dans le cas de laction publique de lutte contre le VIH/Sida en lAfrique du sud, au Cameroun et au Burkina Faso, à quelques raisons dordre interne et international. Comment sest effectuée lémergence du VIH/Sida comme problème politique ? Quels sont les acteurs et les institutions qui ont participé à cette émergence ? Quelles sont les normes et les valeurs mises en avant pour finalement inverser les tendances qui présentaient les modalités de la maladie comme le résultat des antivaleurs ?
Partant, ce chapitre essaie de saisir les raisons circonstancielles de lémergence de laction publique de la lutte contre le VIH/Sida dans ces contextes marqués par multiples incertitudes structurelles (section 1). Il analyse ensuite les conditions de la « formulation générale » du VIH/Sida en tant que problème (section 2) et de sa spécification comme problème particulier pour la santé publique (section 3). Mais, il serait à notre sens inachevé sil ne sintéresse pas aux réseaux de diffusion du problème de VIH/Sida dans les publics concernés (section 4).
Positionnement panoramique du troisième chapitre
LEMERGENCE DE LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
SHAPE \* MERGEFORMAT
Section 1
Laction publique de lutte contre le VIH/Sida : Une émergence circonstanciée ?
Les travaux de Pierre Favre et ceux de Paul Benkimoun sur lémergence du VIH/Sida comme problème public sont souvent évoqués pour montrer comment lépidémie a fait progressivement inonder le domaine biomédical et la sphère sociale pour faire irruption sur la scène publique. Ces deux auteurs et lensemble de documents quils ont recueillis insistent sur les translations associatives Nord-Sud (1) des années 80 au cours desquelles, le mouvement associatif du Nord a harcelé les pouvoirs politiques occidentaux tout en soutenant les réseaux associatifs des pays du Sud afin de générer une sorte de plaidoirie interne et internationale portée par les malades du Sud de plus en plus touchés par lépidémie. Ces mobilisations ont conduit la communauté internationale à collecter des fonds pour soutenir laction publique internationale de lutte contre le VIH/Sida grâce à leur redistribution auprès des pays les moins avancés. Ce qui peut expliquer, comme un second facteur de lémergence de laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique, la volonté politique des acteurs locaux, associatifs et publics, à contrôler la rente financière internationale et lensemble de pouvoirs symboliques et réels générés par les programmes internationaux de lutte contre le VIH/Sida (2).
1. Les translations associatives Nord/Sud et lautoprotection politique
La mobilisation des milieux associatifs au Nord, souvent constitués par les personnes infectées qui assènent les pouvoirs publics de revendications antisida a rapidement généré des dynamiques collectives au Sud plus ou moins analogues, selon les contextes nationaux. Cest essentiellement le cas de lAfrique du Sud. Les premières mobilisations associatives y ont été renforcées par les translations de lexpertise exogène issue notamment de laction de lassociation Act-Up aux Etats-Unis et au Canada. La première association des malades, la GASA, était très connectée à Act-Up bien avant les préoccupations strictement engendrées par laction antisida. Tout comme Act-Up, GASA était une association de personnes ayant de relations sexuelles avec leurs pairs. Et, le NAPWA puis la TAC ont été créés par les anciens militants de GASA.
Cest à partir de cette expertise issue de ces mobilisations quémergèrent les premiers réseaux associatifs en Afrique. Très tôt, lexpertise militante de la TAC a essayé de générer une sorte dexpertise africaine dans les mobilisations pour laccès aux traitements dans les pays du Sud. La TAC a eu un rôle très prépondérant pour façonner et consolider le paysage africain de lutte pour les médicaments. Les militants de la TAC et ceux dautres associations africaines comme AAS au Burkina Faso, soutenus par les milieux associatifs du Nord, ont harcelé et contraint les pouvoirs politiques locaux à agir.
Ainsi, en 1996, les premières mobilisations politiques en Afrique étaient perçues comme un ensemble de réponses publiques induites par la mobilisation de la société civile locale mais impulsée par des dynamiques collectives exogènes. Il y a eu comme un mouvement social de lutte contre le VIH/Sida qui au Nord et au Sud était résolu à afficher sa grande volonté de lutter à la fois contre le VIH/Sida et limmobilisme des pouvoirs publics africains.
Mais, les militants de la TAC ne manquent pas de mentionner le cas ougandais pour souligner lidée selon laquelle dautres événements extérieurs rendaient ce mouvement possible. Marc Eywood parle ainsi de la théorie de la protection de lélite politique et intellectuelle elle-même de plus en plus concernée par le VIH/Sida en Afrique. En Ouganda, par exemple, la contamination progressive de lélite politique et militaire a conduit précisément lEtat à simposer comme modèle auprès des tenants de la théorie de la « participation active » et du « modèle unique » de laction publique ougandaise.
Yoweri Museveni est arrivé au pouvoir en Ouganda, en pleine crise épidémiologique du VIH/Sida, en 1986 grâce à un coup de force militaire. En 1987, il apprendrait de ses services de renseignement que 30% de lélite militaire en stage commando à Cuba serait séropositive. Or, sa survie et son maintien au pouvoir de lEtat dépendent essentiellement de laction des forces armées auxquelles il est profondément lié. Ce qui lamène à prendre une position rigoureuse dans la gestion de lépidémie en soutenant, dès le début, la campagne nationale de lutte contre le VIH/Sida, faisant de lui lun des premiers chefs dEtat africains à sengager personnellement. Son action aura une forte influence sur les politiques qui vont être mises en place ailleurs en Afrique grâce à la modélisation de lOnusida.
Dès 1992, lOnusida, par ailleurs dirigée par Peter Piot, qui a conduit une grande partie de ses recherches sur le VIH/Sida en Ouganda, décide de proposer le type daction publique ougandaise dans les pays africains qui commencent à accepter les recommandations politiques standardisées par la communauté internationale.
2. Le contrôle de la rente financière internationale
A partir de 1996, la généralisation des déclarations officielles à lOMS de cas de personnes atteintes est érigée en nouvelle conditionnalité sine qua non daccès au programme mondial de lutte contre le VIH/Sida, financé par le PNUD et la Banque Mondiale.
A cette période, le Cameroun et le Burkina Faso sont sévèrement touchés par un double choc qui ne manque pas davoir des effets sur léconomie locale. Dun côté, ladministration publique locale fait les frais des conséquences de plus en plus tangibles dun « autoritarisme mou » sans issue à court et à moyen terme sur la vie des institutions publiques et de lautre, ces deux pays sont encore très marqués par la crise économique et financière de la fin des années 80 qui fragilisent les structures administratives publiques y compris le système de santé.
Aussi, les fonds alloués à la lutte contre le VIH/Sida constitueraient, dans ce contexte, une rente capable dapaiser la tension qui caractérise les finances publiques locales et serviraient ainsi à financer dautres politiques publiques corollaires à lépidémie du VIH/Sida, tout en générant ou en maintenant des emplois dans le service public de la santé. Ainsi, différents projets politiques seront présentés comme conduisant à laction publique en vue de répondre aux nombreux défis du VIH/Sida. Cest dans ce cadre quapparaissent les premiers dispositifs, parmi lesquels les Programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida.
Au Cameroun, laction publique de lutte contre le VIH/Sida est conduite sous la responsabilité du Professeur Lazare Kaptué alors quau Burkina Faso, elle est sous la tutelle directe des services du chef de lEtat. Cette phase saccompagne de la « diffusion du problème dans les publics », grâce aux multiples campagnes publiques de sensibilisation soutenues par les médias et relayées par lensemble dacteurs sociaux dans les milieux traditionnels de socialisation quotidienne : les entreprises publiques et privées, les écoles, les universités, les églises, etc. Au cours de cette phase, la perception du VIH/Sida comme problème public commence à se répandre au sein de la population mais sa conscience politique fera lobjet dappropriations différenciées. Au Cameroun, cette appropriation est liée au rôle et au statut du Professeur Kaptué dont la personnalité se confond très vite avec lépidémie alors quau Burkina Faso, elle est tributaire de deux déterminants en conflit.
Dun côté, cette conscience politique du VIH/Sida est liée à la capacité du milieu international à mobiliser des relais politiques locaux en vue dinfléchir les choix et les décisions politiques locaux au moment où se développent en Afrique des dynamiques contraires aux politiques publiques internationales de lutte contre le VIH/Sida. Elle affronte en effet la résistance des Etats fragilisés par la crise économique et, pour le cas du Burkina Faso, le mouvement de contestation politique issue de lassassinat du Président Thomas Sankara, le 15 octobre 1987. Les Etats africains sont encore très soucieux de leur relative souveraineté dans la gestion et la mise en uvre de laction publique. Le Cameroun et le Burkina Faso fléchissent à cause, entre autres, des promesses financières qui accompagnent les recommandations internationales, alors que lAfrique du Sud soppose avec détermination aux multiples pressions de la communauté internationale sous laction de lOMS, lONUSIDA et lUNICEF.
De lautre côté, la conscience politique est mise à lépreuve par lincapacité de lélite politique et administrative locale à absorber les fonds mis à leur disposition par la communauté internationale pour soutenir laction publique du VIH/Sida tout en affirmant encore une certaine autonomie vis-à-vis des programmes politiques initiés par les institutions internationales. Il y a comme une certaine tension interne dans ladministration publique pour gérer les financements destinés à la lutte contre le VIH/Sida si bien quau Burkina Faso, le PNLS sera mis sous la tutelle directe du Président de la République et au Cameroun, bien quétant une structure administrative indépendante, le CNLS dépendra organiquement de la Présidence de la République et non du Ministère de la Santé.
En fin de compte, laffrontement de ces deux postures engendre deux modèles : dun côté, le Cameroun et le Burkina Faso adhèrent finalement aux recommandations internationales sur la nécessité de conduire des politiques de lutte contre le VIH/Sida avec la définition de leurs contenus et les mécanismes à mettre en place. Mais, la captation de la rente internationale prend le dessus sur lélaboration et la mise en uvre de politiques pouvant absorber ces financements.
De fait, il ny aura pas de débat politique local quel quil soit sur le VIH/Sida et les capacités des administrations locales à appliquer les orientations pratiques issues des recommandations politiques internationales ; de son côté, lAfrique du Sud se distingue à linverse par son opposition à ces politiques. En plus, elle réunit des moyens scientifiques plutôt impressionnants pour se donner une bonne conscience et réconforter sa « dissidence active » vis-à-vis des politiques internationales de lutte contre le VIH/Sida. Le Président Thabo Mbéki et son ministre de la Santé, le Docteur Manto Tshabalala-Msinmang organisent plusieurs consultations scientifiques dont les conclusions démontrent que le VIH/Sida nest pas une épidémie qui devait préoccuper la communauté internationale au point den faire la priorité dans le cadre des politiques de développement.
Section 2
La formulation générale du VIH/Sida en tant que « problème public»
Pour Jean-Gustave Padioleau, la phase qui correspond à la première étape dans le processus de mise sur agenda est celle au cours de laquelle le problème « est reconnu en tant que tel mais sa formulation demeure générale ». Dans le cadre du VIH/Sida, cette phase correspond exactement à la période où, après de nombreux conflits dinterprétation et le refus des Etats à reconnaître lépidémie, plusieurs mythes commencent à enrichir le discours et la perception que les individus se font de la maladie. Ces représentations rendent progressivement le processus de politisation plus ou moins incertain, selon les contextes nationaux. Fred Eboko reconnaît ce stade de formulation générale du problème lorsquil note que « lexpansion de lépidémie elle-même produit un tel travail de sape que la confrontation à la maladie directement ou indirectement stimule la prise de conscience ».
1. La construction du VIH/Sida en « fait social »
En Afrique du Sud tout comme au Cameroun et au Burkina Faso, le VIH/Sida sest progressivement imposé comme fait social à cause, entre autres, de la découverte de nouveaux cas de personnes infectées, des effets de lépidémie sur la vie sociale et les activités économiques, des images très choquantes de personnes infectées et de la mobilisation de ressources sur le plan international.
De nombreuses personnes commencent à en être victimes et les projets politiques sy intéressent progressivement. Mais, à ce stade, en Afrique du Sud, les autorités publiques trouvent un nouvel élément en tentant détablir une distinction entre ce nouveau fléau innommable qui terrifie les homosexuels et simpose à lensemble du corps social comme réalité sanitaire et le VIH/Sida dont lexistence est encore officiellement niée. Pourtant, en 2001, Nelson Mandela reconnaît lors des obsèques de son fils que celui-ci aurait été « une victime de plus de lépidémie du VIH/Sida dans (son) pays ». Mais, la situation névolue pas malgré les rapports de lOMS prévoyant des scénarii catastrophes sur la maladie en Afrique et la fin de lapartheid, avec lémergence dune élite politique noire, issue des Townships profondément affectés et infectés par le virus du VIH/Sida. Si lampleur de lépidémie est aujourdhui visiblement un facteur de la forte mobilisation des ressources financières et humaines en Afrique du sud, elle na pas été suffisamment déterminante pour politiser le problème du VIH/Sida. Il faut plutôt reconnaître le rôle des chercheurs en médecine, des associations de personnes vivant avec le VIH/Sida, des organisations des personnes homosexuelles et des juristes dans la prise de conscience du « problème du VIH/Sida » par les populations et les autorités publiques.
Tous ces acteurs périphériques sont considérés comme des acteurs essentiels de lémergence du VIH/Sida comme problème public.
2. La mobilisation des approches par le droit
Au Cameroun comme en Afrique du Sud, les débats glissent progressivement vers les questions de droit et déthique pour conduire lEtat à agir. Cet état de fait est expliqué non seulement par la mouvance des droits de lhomme mais surtout par le fait quen Afrique du Sud tout particulièrement, les réseaux militants de la gauche anti-apartheid et même du mouvement pour les droits des homosexuels, réunissaient déjà plusieurs juristes. Les mobilisations antisida ont simplement mis côte à côte les militants anti-apartheid et ceux pour les droits des homosexuels, soucieux de la juridisation des droits sociaux, économiques et culturels dans la nouvelle constitution sud-africaine post-apartheid. Ils se saisissent ainsi des débats sur le VIH/Sida, en particulier sur la reconnaissance et le respect des droits des personnes infectées et les droits daccès aux traitements du VIH/Sida pour obtenir linscription de la lutte contre les discriminations de toute sorte dans la Constitution de 1992 y compris les discriminations basées sur lorientation sexuelle. Leur engagement se fonde sur la mobilisation des outils cognitifs et des mécanismes institutionnels des droits de lhomme.
A partir de là, les questions du VIH/Sida émergent définitivement dans les arènes politiques et occupent une place importante dans les répertoires daction des militants sud-africains qui reprochent au gouvernement de violer les droits à la santé et à laccès aux soins, par son inaction en faveur de nombreuses personnes vivant avec le VIH/Sida. Selon certains spécialistes de la TAC, ce mouvement aurait été créé le 10 décembre 1998, date anniversaire de la déclaration universelle des droits de lhomme : « Le vendredi des obsèques de Simon Nkoli, jai demandé à dix personnes vivant avec le VIH/Sida, à leurs familles et amis de commencer un jeûne symbolique pour avoir accès au traitement le 10 décembre 1998
Louverture et le traitement sont les deux questions capitales
Une campagne d« ouverture »est en réalité un appel à lactivisme et une affirmation de lidentité. Les personnes vivant avec le VIH/sida sont toutes seules (quelles soient enfermées ou au grand jour) - alors que nous recherchons lamour, la compassion et lattention - nous réclamons également le traitement ».
Ce jour-là, les manifestants, pour la plupart des personnes infectées et leurs proches ont marché dans les rues du Cap avant dentamer une grève de la faim. En fin de journée, ils ont obtenu plus dun millier de signatures.
On peut également évoquer, dans ce cadre, le rôle du Juge Edwin Cameron et de ses amis militants de la TAC dans la modification par lAfrique du Sud de la loi sur les brevets, dans le but dimposer à très bas coût les traitements du VIH/Sida, en copiant et en produisant les médicaments déjà disponibles. En plus, lors du procès de Pretoria en 2001, par lequel 32 firmes pharmaceutiques ont attaqué le gouvernement sud-africain en justice dans laffaire des génériques, la TAC grâce à son expertise juridique a proposé ses services en tant qu « amicus curiae » aux côtés du gouvernement. Mais, à cette période, le VIH/Sida commence simplement à émerger en tant que problème public grâce à une formulation générale. Il fallait encore le spécifier comme problème de santé publique avant denvisager les modes dorganisation pour lutter contre ses effets.
Section 3
La spécification du VIH/Sida en problème de santé publique
Jean-Gustave Padioleau définit la spécification comme la phase au cours de laquelle « des projets plus ou moins concurrents, précis ou elliptiques définissent (
) et précisent les modalités de lintervention publique ». Comment dans ce contexte éclaté et fluide à la fois, reconnaître un pouvoir politique détenteur de la légitimité et du monopole de laction publique et le distinguer dun pouvoir qui ne le serait pas ? Il faut peut-être rappeler que selon les théoriciens de la légitimité politique, pour quun pouvoir soit politique, il faudrait quil remplisse trois conditions : tout dabord, que la compétence que lui confère son pouvoir sétende à lensemble de la collectivité humaine considérée ou à une portion décisive de celle-ci ; ensuite, que ce pouvoir lui confère la capacité de produire des injonctions sociales considérées comme légitimes dans le cadre de la collectivité concernée ; enfin, que le détenteur de ce pouvoir bénéficie dans cette collectivité du monopole de la contrainte légitime et quaucun sous groupe de cette collectivité ne puisse le supplanter au plan de la violence.
1. La multiplicité des acteurs et de points de vue
La phase de spécification du VIH/Sida comme problème de santé publique sorganise de différente manière selon les pays mais avec une multiplicité de réseaux dacteurs locaux et transnationaux soutenus par une diversité de points de vue et dopinions sur le VIH/Sida et ses représentations. Au Cameroun, elle renvoie à la période pendant laquelle les premières mobilisations politiques locales commencent à sorganiser autour et même sous le contrôle du Professeur Lazare Kaptué. Ce personnage issu du milieu scientifique biomédical, très en vue dans les premières mobilisations antisida au Cameroun, contrôle les productions scientifiques nationales et internationales sur le VIH/Sida. Ce qui lui permet de simposer au sein de la communauté qui se dessine dans laction publique locale contre le VIH/Sida et structurée autour dun ensemble dacteurs, dinstitutions et de pratiques par ailleurs éclatés, composés de spécialistes de santé publique, de juristes, de spécialistes de sciences sociales, de sans-emplois, de leaders syndicaux, dacteurs politico-administratifs, dassociations de personnes infectées et affectées, de milieux confessionnels, etc.
Compte tenu de son rôle très prépondérant dans lensemble de mécanismes nationaux de lutte contre le VIH/Sida, le Professeur Kaptué devient finalement une sorte se dinterface entre le local et linternational, entre le public et le privé, entre lélite politique et les professionnels de la santé, etc. Il symbolise une certaine personnalisation à la tête de laction publique du VIH/Sida au Cameroun. Il est en cela adoubé par linfluence progressive de ses collaborateurs en majorité issus des professions de la santé et qui, comme lui, semblent mettre en lumière ce que Fred Eboko évoque en termes de « biopouvoir » pour désigner une légitimité essentiellement fondée sur lexpertise biomédicale.
Au Burkina Faso, les premières mobilisations sont le fait de plusieurs acteurs associatifs et politiques locaux, très largement connectés aux flux dinformations et de ressources financières exogènes, notamment des milieux publics et privés français, canadiens et américains. En Afrique du Sud par contre, plus quau Cameroun et au Burkina Faso, cette phase sorganise autour dune période politique trouble : Frederick de Klerk cède à la pression des mouvements de gauche anti-apartheid et de la communauté internationale, profondément choquée par les dernières répressions violentes des manifestants anti-apartheid et les déclarations du Ministre de la justice qui disait que la mort de lactiviste Steve Biko dans les geôles, suite à la torture de ses bourreaux, navait aucun effet puisque cela le laissait « ni chaud, ni froid ». Frederik de Klerk autorise alors la libération de Nelson Mandela.
Avant cet épisode, tout portait à croire que le dernier régime dapartheid ne se préoccupait pas des questions du VIH/Sida étant donné que cette maladie touchait deux catégories sociales marginalisées sous lapartheid : les homosexuels et les noirs.
De son côté, lANC de Nelson Mandela qui arrive au pouvoir en 1994, est animé par deux objectifs très éloignés de laction publique contre le VIH/Sida : la consolidation des institutions démocratiques postapartheid et la pacification des relations interculturelles en Afrique du Sud. Dans ce projet politique, la question du VIH/Sida semble être reléguée au second plan. Il semble que Nelson Mandela nait jamais prononcé le terme « Sida » au cours de ses cinq années de mandat en tant que Président de lAfrique du Sud, de 1994 à 1999 :
« Cétait un tabou que ses conseillers lui avaient fermement interdit de transgresser au risque de plonger lANC dans une guerre interne et danéantir les espoirs de démocratisation naissants. Il fallait donc faire des choix. La question du Sida pensions-nous à cette époque nétait pas prioritaire par rapport à lhistoire de notre pays et aux défis qui nous attendaient ».
2. La survivance des controverses pendant la spécification
Le période de spécification du VIH/Sida comme problème de santé publique est caractérisée, en Afrique du Sud et ailleurs en Afrique, par les vues très controversées du président Thabo Mbeki, successeur de Nelson Mandela, à partir de 1999. Thabo Mbeki refuse encore les théories en cours sur les causes et la nécessité des traitements du VIH/Sida. Dès avril 2000, il demande à son Ministre de la santé de constituer un groupe de recherche sur le VIH/Sida. Ce groupe comprend à la fois des scientifiques orthodoxes ainsi que des scientifiques sceptiques. Ces derniers sinterrogent sur le lien de causalité entre le VIH et le Sida.
Thabo Mbeki et Manto Tshabalala-Msimang font publier, en 2001, le document qui retrace les discussions de cette équipe dont les conclusions font apparaître des désaccords sur les liens entre le VIH et le Sida. A la suite dune autre étude assez circonstanciée confiée à lavocat sud-africain Anthony Brink, Thabo Mbeki et son gouvernement, sintéressent essentiellement au rapport entre le bénéfice et la toxicité de lAZT et de la Névirapine. Ces deux molécules sont proposées à cette époque pour diminuer la transmission de virus du VIH/Sida de la mère à lenfant pendant la gestation et/ou laccouchement. Nous y reviendrons dans le prochain chapitre.
En septembre 2003, le gouvernement de Thabo Mbeki cède finalement à la pression interne et internationale. Thabo Mbeki charge le ministère de la santé de mettre en uvre un vaste plan de traitement et de prévention du VIH/Sida en Afrique du Sud. Aujourdhui, lAfrique du Sud jouit dune action publique de lutte contre le VIH/Sida plus orthodoxe et compréhensive pour combattre les effets du VIH/Sida. Il est directement coordonné et organisé par le ministère de la santé, sous la responsabilité du docteur Manto Tshabalala-Msimang, Ministre de la santé de décembre 2000 à Septembre 2008.
Section 4
La diffusion du « problème VIH/Sida » dans les publics
Limpact des médias occidentaux et africains dans la gestion de lépidémie de VIH/Sida ne peut pas se limiter aux seuls aspects négatifs tels quanalysés dans le deuxième chapitre. En effet, cest également grâce à laction de la presse que le VIH/Sida a été diffusé auprès des publics et ainsi construit en problème par lopinion publique. Jean-Gustave Padioleau montre dailleurs que « lopinion publique existe sous la forme dune pyramide de publics : spécifiques et généraux ». Ces deux catégories de public nont pas les mêmes regards sur le problème à inscrire sur lagenda politique.
Le public « spécifique » est constitué de « publics dindentification », directement concernés par le problème : cest le cas, au début de lépidémie, des populations originellement construites comme faisant partie des catégories sociales les plus touchées, à savoir les prostituées, les homosexuels, les Noirs en Afrique du Sud, les Blancs au Cameroun et au Burkina Faso ou les étrangers, dans tous les cas. Les publics spécifiques sont de fait constitués de catégories sociales concernées.
Les publics généraux par contre, sont les « publics attentifs » souvent constitués de personnes affectées (et non infectées) parce que très liées aux publics spécifiques. Il peut sagir comme nous lavons montré dans nos précédents développements, de professionnels de la santé, de chercheurs ou de juristes praticiens, des familles au sens large, etc. Pour Jean-Gustave Padioleau, les publics généraux sont constitués de publics « informés mais peu enclin à laction » et du grand public, souvent indifférent. Ce qui nous amène à analyser laction des catégories sociales concernées et quelques fenêtres dopportunités culturelles pour inverser les discours courants sur le VIH/Sida. Nous lanalyserons ici à travers laction des catégories sociales concernées (1), linversion du discours des médias sur lhomosexualité (2) et lémergence progressive des fenêtres dopportunités politiques et culturelles (3).
1. Laction des catégories sociales concernées
Au Cameroun et au Burkina Faso, les publics spécifiques, constitués de personnes vivant avec le VIH/Sida, victimes de la stigmatisation et de la discrimination qui les contraignent au silence au début de lépidémie, nont pas joué un rôle particulièrement déterminant dans la diffusion du VIH/Sida. Celle-ci a été le fait de publics attentifs, revendiquant deux types de légitimité : la légitimité experte et la légitimité communautaire. En Afrique du sud, les représentations du VIH/Sida ont par contre été diffusées grâce à la détermination des victimes elles-mêmes. Elles se sont engagées dans des réseaux nationaux de dénonciation de linertie du gouvernement et dinformation sur les effets de la maladie. Cest donc ici le résultat de laction des publics spécifiques, composés des groupes sociaux intéressés.
Dans un cas comme dans lautre, la diffusion des représentations du VIH/Sida découle du fait que celui-ci soit considéré comme « anormal » par les acteurs sociaux, par les spécialistes de la santé publique et les malades, eux-mêmes. En règle générale, la diffusion des problèmes dans les publics découle de la perception de la collectivité. En ce sens, lorsquun phénomène social apparait dans la collectivité, celle-ci considère celui-là comme pouvant être un facteur de trouble à son ordre interne et que, comme tel, un contrôle réfléchi doit désormais être exercé sur ce phénomène par les autorités de la collectivité, cest-à-dire les pouvoirs publics. Or, la collectivité nest pas en tout temps animée par dautorités réactives face à tous les phénomènes sociaux.
En plus, les acteurs politiques essayent souvent de mettre en balance les bénéfices quils pourraient tirer de la situation de tel ou tel phénomène. Pour dépasser ce calcul politique et anticiper lappropriation politique du phénomène social, laffrontement des différents groupes sociaux à travers leurs intermédiaires autorisés (partis politiques, médias, intellectuels, mouvements sociaux, etc.) savère quelquefois nécessaire. Ce sont ces groupes intéressés et leurs relais autorisés que Yves Surel désigne par les « publiques des problèmes ».
Les représentations sociales du VIH/Sida comme fléau homosexuel a engendré, chez les homosexuels, la conscience dappartenir à une catégorie à part. Cette tendance à la communautarisation de lépidémie a provoqué une certaine résistance active dans les milieux homosexuels en Afrique du Sud et au Cameroun, avec un usage particulier de tous les relais de communication sous leur contrôle : médias, intellectuels de gauche, mouvements anti-apartheid, réseaux politiques, etc.
En Afrique du Sud, les activistes homosexuels déjà organisés au sein de GASA, et dont certains sont morts du VIH/Sida, ont pris conscience des débats homophobes et de lattitude moralement critiquable des acteurs politiques à légard de lépidémie et des homosexuels. Ils ont donc commencé à mobiliser diverses ressources pour auto-répondre aux défis du VIH/Sida et ainsi protéger leur communauté. Certains ont progressivement lu et rassemblé les coupures de presse qui liaient le VIH/Sida à leurs pratiques homosexuelles. Certains activistes homosexuels ont également réagi, bien que de façon relativement tempérée et non militante, à la représentation discriminatoire du VIH/Sida en tant que pathologie naturelle des « homosexuels ». Certains titres rassemblés dans ces coupures de presse représentent les séropositifs comme des prédateurs sexuels qui auraient menti sur leur statut sérologique et auraient délibérément contaminé leurs partenaires.
Dautres discriminations à légard des séropositifs en Afrique du Sud et au Cameroun étaient liées au fait quils soient présentés comme une menace à la santé publique. Ils étaient par exemple considérés comme inaptes à servir en tant que personnel de navigation à bord des compagnies aériennes nationales : la Cameroon Airlines, au Cameroun et la South African Airways, en Afrique du Sud. En Afrique du Sud, par exemple, lun des articles sur les premiers cas du VIH/Sida, signé du Sunday Times, soulignait avec émotion que « Sept mois avant dêtre le premier Sud-Africain à mourir de cette nouvelle maladie, Ralph Kretzen, qui avait avoué être homosexuel, servait encore sur les vols vers létranger ».
Les homosexuels ont été confrontés aux premières formes de discriminations institutionnalisées liées au VIH/Sida. Mais, limpact de lactivisme homosexuel sur la politisation ou linscription du VIH/Sida dans lagenda politique en Afrique na pas suffisamment été discuté dans les travaux historiques en général ou dans lhistoire du VIH/Sida en particulier. Nous y reviendrons dans le cinquième chapitre.
Des affiches officiellement utilisées par les services de santé publique dans la province du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, interdisaient les « homosexuels » et les « moffies » ou les personnes ayant des rapports sexuels avec les « homosexuels » et les « moffies » de participer aux campagnes provinciales de don de sang afin déviter de transmettre le VIH/Sida. Le South African Medical Journal et les rapports annuels du directeur de la santé publique de Durban faisaient régulièrement état des discriminations à légard des homosexuels, de prostituées noires et des étrangers. Ils étaient considérés comme des « populations à risque » ou même comme des êtres anormaux, des cas pathologiques. A cet effet, ils ne pouvaient pas être perçus comme des individus ayant simplement des vies compliquées dans des contextes socio-culturels complexes.
Au Cameroun et au Burkina Faso, nous avons été interpelé par un ensemble de mythes construits et diffusés autour de la représentation de lépidémie. Ces mythes largement diffusés que nous avons à mainte reprise discuté sont liés au fait quau début de lépidémie, le VIH/Sida était souvent associé à « une création sans fondement pour décourager les amoureux et les vagabonds sexuels ». Le Sida était perçu comme un syndrome inventé pour décourager les amoureux et non, comme lenseignaient les scientifiques, un syndrome dimmunodéficience acquise. Il était souvent représenté comme « le prix à payer pour le péché de lhomosexualité » et de la « marchandisation du corps », en rapport avec la perception conservatrice et fondamentaliste qui voudrait que lhomosexualité soit une « pratique contre nature » et la prostitution, un « mal suprême ». A cette époque, la discrimination contre les personnes vivant avec le VIH/Sida incluait certains hôpitaux privés qui refusaient de recevoir des malades du Sida.
Comme nous lavons montré en évoquant les travaux de Sontag, nombreuses épidémies ont mis à jour les discriminations liées au VIH/Sida et la relative apathie des gouvernements. Au Burkina Faso et au Cameroun, la diffusion des perceptions de lopinion sest faite grâce à la mobilisation des agences de coopération internationales qui ont réuni des images de personnes vivant avec le VIH/Sida dans les campagnes de sensibilisation tout en soutenant financièrement et techniquement les décisions politiques quelles ont par ailleurs suscitées. En Afrique du Sud, en revanche, cette diffusion a été opérée par linversion du discours et des discriminations liés au VIH/Sida, et particulièrement le refus du gouvernement dengager des dépenses suffisantes pour mettre en uvre les traitements. Cette diffusion a été soutenue par des actions violentes et radicales, à partir de 1996 et dont certaines eurent une influence importante sur lactivisme de la TAC.
2. La fenêtre dopportunités culturelles et politiques
La réflexion sur les modalités de diffusion du VIH/Sida en tant que problème public et donc objet dinvestissement public nous conduit également à interroger la notion de fenêtre dopportunité à partir des possibilités culturelles et politiques conjoncturelles.
« La fenêtre constitue une métaphore comparant la mise sur agenda au lancement dune mission spatiale qui ne peut partir quau moment, fort limité dans le temps, où les planètes sont alignées. Si la mission nest pas lancée durant cette fenêtre de tir, les astronautes et les ingénieurs doivent attendre la prochaine occasion. Dans le cas de la fenêtre politique, il ne sagit plus de planète qui salignent mais de courants qui se rejoignent ».
Cette perspective permet de voir comment une réalité sociale comme le VIH/Sida, surinvesti de discours, de représentations, dimages et de pratiques qui appelait exactement laction des acteurs politiques, a pu faire lobjet dinfortunes diverses dans lespace et le temps. En ce sens, on saperçoit très bien que ce qui au Burkina Faso conduisit dune simple préoccupation dhomosexuels ou de « publics spécifiques » à une affaire publique prise en charge par lEtat, na pas constitué davantage quun fait divers dans dautres contextes culturels. Ces constats dappropriation différenciée et dintervention de fenêtres dopportunités dans le diffusionnisme de laction publique du VIH/Sida peuvent être prolongés à travers « laffaire Viread » au Cameroun, du nom de ce laboratoire américain qui a contaminé des prostituées lors des essais thérapeutiques à Douala. Alors quelle fit couler beaucoup dencre et de salive en Afrique du Sud, cette affaire na même pas suscité démotion particulière, ni de réaction énergique du gouvernement camerounais.
La diffusion des représentations de lépidémie peut de fait être liée à contexte social et bénéficier de la contingente politique pour avoir un effet sur la construction de laction publique. Comme le montre Yves Surel, la dimension spatio-temporelle est très déterminante dans la construction de lobjet politique. Elle permet ici de comprendre le retournement définitif de la situation en Afrique du Sud en 2003. En effet, à la veille des élections de 2004 pour lesquelles, Thabo Mbeki sollicite un second mandat présidentiel au nom de lANC, le mouvement de contestation pour la lutte contre le VIH/Sida est tel que lépidémie se trouve au centre de la campagne présidentielle. Au sein de lANC, dont la base est constituée des réseaux militants des Townships, les voix sélèvent.
Les militants de la TAC et dautres associations comme le NAPWA mettent la pression dans les Townships sur les élus locaux de lANC qui craignent finalement de perdre leurs sièges au sein du Parlement. En même temps, le puissant mouvement syndical de la COSATU, allié traditionnel de lANC au sein de la tripartite, marqué par la propagation du VIH/Sida en milieu ouvrier et les effets sur la vie de nombreuses entreprises, commencent à exprimer son mécontentement vis-à-vis du gouvernement sur le manque daction en matière de lutte contre le VIH/Sida. Du coup, Thabo Mbeki cède à la pression de lANC et de ses alliés en demandant expressément au Ministre de la santé de réunir un comité de lutte contre le VIH/Sida.
Les mobilisations électorales apparaissent ici comme lélément contingent immédiat qui ouvre à une action publique du VIH/Sida en Afrique du Sud. La contingence apparaît ici comme le « moment propice » pendant lequel, les acteurs sociaux saisissent la fenêtre dopportunité ouverte par lévénement politique. La diffusion des représentations politiques ainsi que de laction gouvernementale pour contrôler lépidémie du VIH/Sida résulte dune opération de décodage par les acteurs sociaux concernés ou non dun moment propice au cours duquel le gouvernement ne peut pas ne pas répondre à leur demande. Cette diffusion est de fait larticulation réussie dune signification donnée à un système de normes et de valeurs culturelles partagées par tout ou partie de la société au moment où les exigences sociales rencontrent les limites des acteurs politiques en quête précisément de la société. Cest ce décodage qui confère finalement un caractère politique au fait social du VIH/Sida.
Conclusion de la première partie
Le VIH/Sida a été construit comme « problème public » après une longue période de déni au cours de laquelle il a été associé aux pratiques sexuelles et aux catégories sociales marginales, allant de 1984 à 1987, pour le Burkina Faso et le Cameroun et de 1982 à 2003, pour lAfrique du sud. Il est devenu un problème politique à part entière dès 1988 au Burkina Faso et au Cameroun et autour de 2003 en Afrique du sud. Cest au cours de ces années-là que les premières actions publiques ont été mises en place, avec des institutions administratives chargées de conduire des politiques nationales de lutte contre lépidémie. Aujourdhui, les ministères de la santé de ces trois pays peuvent être considérés comme des ministères du VIH/Sida : lépidémie de VIH/Sida semble désormais éclipser la lutte contre la tuberculose, le paludisme et les autres endémies.
Deux variables ont certainement entravé linscription du VIH/Sida sur lagenda politique en Afrique du sud : dun côté, le contexte politique de lapartheid enraciné dans un ensemble de pratiques politiques ségrégationnistes couplées aux différentes formes légales de discriminations catégorielles qui pesaient sur les populations noires et les homosexuels. Or, dans ce pays, ces deux catégories constituaient exactement les couches sociales les plus exposées à lépidémie de VIH/Sida ; de lautre, le caractère très populaire et exhibitionniste des mobilisations collectives qui, à plusieurs reprises, forgeaient leur légitimité sur la dénonciation de lANC alors que celui-ci, tenant sa légitimité de la première élection démocratique en Afrique du Sud, voulait se rendre seul référent des débats politiques nationaux.
Le VIH/Sida est très rapidement devenu un espace daffrontements entre les nouveaux leaders politiques issus du militantisme de lANC et les dissidents convertis à la lutte sociale contre le VIH/Sida parce que concernés par la maladie ou par le rejet de lhomosexualité. Jean-Gustave Padioleau parle « du caractère plus ou moins saillant du problème » comme dune variable capable de faciliter ou dentraver la mise sur lagenda politique :
« Le gouvernement refusait daccéder aux demandes de la société civile sud-africaine interprétées comme des injonctions à agir et aux politiques antisida formulées par la communauté internationale, complice à ses yeux du régime dapartheid, responsable du développement de lépidémie de VIH/Sida dans les communautés noires des Townships et auprès des homosexuels ».
Au Cameroun et au Burkina Faso, la politisation du VIH/Sida a largement été déterminée par lengagement financier de la communauté internationale et les politiques proposées par elle. LAfrique du Sud a par contre pris tout le temps nécessaire pour se saisir par sa propre initiative de la question de VIH/Sida, minimisant la légitimité des controverses. Ainsi, à côté dune politisation déterminée par les recommandations internationales non accompagnées par des dynamiques politiques et sociales locales (Cameroun et Burkina Faso), les logiques et les dynamiques à luvre en Afrique du Sud dégagent aujourdhui une sorte de politisation engendrée par la légitimité des controverses internes et accompagnées par des dynamiques politiques et sociales locales issues de toutes ces controverses.
Sous ce rapport et au-delà lémotion que pouvait entrainer lattitude négationniste du gouvernement de Thabo Mbeki, lAfrique du Sud apparaît comme le théâtre où surgit finalement une sorte de politisation de lépidémie de VIH/Sida. On peut y parler dune réelle action publique de lutte contre le VIH/Sida en se fondant sur lensemble de dynamiques sociales locales dont lémergence a été le fait de la longue période de confrontation, de controverse et de tensions multiformes entre les acteurs gouvernementaux et les militants associatifs. A linverse, on a quelques difficultés à percevoir le modèle cognitif et élaboré de la politisation du VIH/Sida dans les contextes camerounais et burkinabé plutôt mus par des logiques dextraversion de laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
Il reste que plusieurs contraintes politiques, sociales, culturelles, économiques et structurelles limitent encore laction publique issue de la politisation progressive du VIH/Sida dans ces trois contextes nationaux. On assiste aujourdhui à une multiplication et à une diversification des unités politico-administratives intra-ministérielles et interministérielles destinées à la lutte contre le VIH/Sida dont les différentes statistiques informent également sur les usages des stratégies de lutte contre le VIH/Sida et les modalités dinstrumentalisation de cette cause.
Deuxième partie
LES DYNAMIQUES DE LACTION PUBLIQUE : ADMINISTRATION ET ADMINISTRS
Dans ses travaux, Philippe Bezes définit l administration comme le résultat d un processus historique de division du travail. Selon cette perspective, l administration renvoie à deux types d organisations autonomes et différenciées issues des dynamiques historiques de construction de lEtat : il y a dun côté, les instances de gouvernement dites « politiques », « habilités à revendiquer les décisions au nom dune légitimité démocratique souvent tirée de lélection » et de lautre, les organisations dites « administratives », « en charge des procédures et des règles dexécution de programmes publics et dont la légitimité repose sur des compétences, des expertises et un mode de recrutement sur la base de qualifications scolaires et/ou professionnelles ».
La construction idéale-typique de Max Weber présente ladministration comme une institution différenciée et spécialisée chargée, au de lEtat et des institutions politiques, de faire appliquer des règles pour orienter les conduites au sein dune communauté donnée. Instrument de la domination politique, elle exerce son activité à travers lusage de la contrainte légitime sous son double aspect matériel et juridique et donne corps à la revendication du monopole de la violence physique pour que la règle soit appliquée de manière continue sur un territoire géographique. La bureaucratie est la forme achevée de ladministration dont lidéal type est composé, selon Max Weber, de cinq principes généraux : la structure hiérarchique et impersonnelle de lautorité, le recrutement par concours et sur la base dun diplôme pour mettre un terme au patronage et favoriser la compétence, des garanties de carrière contre larbitraire politique, la séparation des fonctionnaires et des moyens dadministration, la subordination de ladministration aux organes politiques élus.
« Dans le champ de lanalyse des politiques publiques, la notion dadministration ne doit pas être considérée comme un concept mais dabord comme une notion descriptive qui renvoie à des réalités incontournables de laction publique. (
) Des activités politiques aussi distinctes que la taxation, la défense, lenfermement, la santé des populations, le contrôle des marchés économiques et financiers, lassistance aux pauvres, la protection de lenvironnement, etc., nexisteraient pas sans les institutions administratives qui leur confèrent leur réalité matérielle et juridique. Sans administration, lactivité de gouvernement na quune réalité incertaine et fragile ».
Ces interrogations rendent compte dune routinisation de laction publique et permettent ainsi de considérer les problèmes liés à lépidémie et leurs solutions autrement que comme des questions essentiellement biomédicales ou techniques. Sous ce rapport, lanalyse des configurations de dynamiques et de logiques de laction publique de lutte contre le VIH/Sida met en perspective les dimensions historiques, culturelles, économiques, politiques, réglementaires des différents dispositifs nationaux de lutte contre le VIH/Sida. Elle permet de construire des interrogations sur les stratégies de lutte contre le VIH/Sida, en pensant aux interventions du point de vue non plus seulement de leur légitimité et de leur pertinence mais aussi de la manière dont elles sont reçues, perçues, détournées et réappropriées tant par lélite politico-administrative locale et les milieux associatifs que par les séropositifs eux-mêmes. Selon lhistoire des Etats, les systèmes administratifs nationaux en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun, ont pris des formes institutionnelles spécifiques qui influencent fortement lorganisation et la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Dun pays à lautre, elle structure différemment les compétences, lautonomie et les capacités rationnelles des acteurs administratifs (chapitre 4) avec une forte incidence sur les représentations sociales des administrés et sur les résultats obtenus (chapitre 5). Cette deuxième partie est complétée par lanalyse des réseaux de distribution des antirétroviraux (chapitre 6).
Positionnement panoramique de la deuxième partie
LES DYNAMIQUES DE LACTION PUBLIQUE : ADMINISTRATION ET ADMINISTRES
SHAPE \* MERGEFORMAT SHAPE \* MERGEFORMAT
Chapitre 4 -
LADMINISTRATION DE LACTION PUBLIQUE
DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
Dans la plupart de pays africains, les contours de laction publique de lutte contre le VIH/Sida se sont dessinés suivant deux facteurs : lun est lié aux recommandations méthodologiques et épistémologiques de la communauté internationale via lOnusida et le Fonds global de lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose et lautre est tributaire du leadership et des capacités des acteurs administratifs locaux à sapproprier les enjeux de lépidémie. Au Cameroun et au Burkina Faso, cette double modalité de laction publique de lutte contre le VIH/Sida sinscrit en continuité avec le contexte même de lémergence des premières stratégies nationales de lutte contre lépidémie qui, à bien voir, correspondaient exactement à une posture politique de réponse aux décisions du Global Program on AIDS mis en place par lOMS. En ce sens, les programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida y ont progressivement été institués par lOMS. Les experts de lOMS ont en effet obtenu des pouvoirs publics locaux que les orientations stratégiques globales négociées et élaborées par elle, soient mises en uvre sur le plan local par un mécanisme national. Cependant, ce mécanisme a été mis en place, financé et contrôlé par lOMS.
A partir de 1986, ces dispositifs ont été marqués par un dédoublement. Tout en se présentant comme un ensemble dinitiatives extérieures du fait de la forte implication de lOMS, ils ont progressivement été perçus, reçus et appropriés comme un mécanisme local grâce à lémergence dune élite locale capables de les porter. Jusquà ce jour, les dispositifs nationaux de lutte contre le VIH/Sida saccommodent de ce caractère binaire qui leur accorde le double statut dintermédiaire et de partenaire à la fois des unités ministérielles locales et des agences de coopération internationale. Cette double connexion au local et à linternational est confortée par la double dimension douverture qui caractérise encore les mécanismes nationaux de lutte contre le VIH/Sida : dune part, ils sont fortement arrimés aux deux « international » que sont les agences de coopération internationales et les organisations non gouvernementales internationales tout en étant dautre part, ancrés aux deux « local », cest-à-dire au flou des unités publiques nationales et à la société civile locale.
Mais, les dispositifs nationaux sont très largement marqués par les effets de lintrouvable modèle administratif de coordination nationale de la lutte contre le VIH/Sida (section 1) bien quon note une relative stabilisation de cette coordination à partir des années 2000 (section 2), soutenue par léclatement des référentiels de laction publique de lutte contre lépidémie (section 3).
Positionnement panoramique du quatrième chapitre
LADMINISTRATION DE LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
SHAPE \* MERGEFORMAT
Section 1
Lintrouvable modèle administratif de coordination (1987-2000)
Dès le début des premières tentatives délaboration et de mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, vers la fin des années 80, les dispositifs publics ou du moins la coordination de laction publique ainsi mise en place sest trouvée face à un premier défi : il fallait dépasser le caractère essentiellement « inachevé » de ladministration publique nationale en Afrique. Ce défi était de fait complexifié par lenvironnement politique local marqué par des impasses politiques néocoloniales qui progressivement glissaient vers les transitions de la fin des années 90. Le Cameroun, le Burkina Faso et lAfrique du Sud furent les théâtres de ces dynamiques.
La coordination nationale de la lutte contre le VIH/Sida au Cameroun et au Burkina Faso devait de fait transcender ces difficultés qui voulaient que les mécanismes administratifs soient perpétuellement à la recherche de modèles et de modes daction capables dinduire et de mettre en uvre les décisions politiques. Les premières leçons issues des configurations des dynamiques administratives de lutte contre le VIH/Sida mettent exactement à nu un ensemble de tensions dans les mécanismes institutionnels de lutte contre le VIH/Sida ; ces tensions sont pour la plupart de cas, cristallisées entre autres, autour des compétences et de la coordination des programmes nationaux, avec sur fond un certain amateurisme des acteurs en jeu. Dans ce cadre, Dominique Kerouedan et Fred Eboko soulignent le caractère asymétrique ou vertical des mécanismes nationaux de lutte contre le VIH/Sida. Au Cameroun, la verticalité est historiquement liée à la pratique dun Etat fortement centralisateur dont les politiques dadministration publiques sont fondées sur une sorte de suspicion vis-à-vis des velléités sécessionnistes des provinces anglophones si bien que sa rigidité inonde lensemble de mécanismes de laction publique et de la gestion administrative. Cette tendance a une profonde influence sur lorganisation du dispositif national de lutte contre le VIH/Sida. La verticalité se manifeste ici par la subordination des dispositifs provinciaux aux décisions prises par les autorités centrales du CNLS à Yaoundé.
En ce sens, la décentralisation y est conçue de sorte que les décisions stratégiques découlent nécessairement de la tutelle quand bien même celle-ci ignorerait les conditions locales de production et de mise en uvre des politiques déconcentrées. Dans le discours de différents acteurs, on peut constater quà Yaoundé, siège de la structure administrative centrale du CNLS, on ne connaît que très peu ce qui se joue et se construit autour de lépidémie au niveau provincial. Les acteurs provinciaux ont très peu doccasions de réunions avec ceux de la tutelle. Au cours de lannée 2006, le CPLS de lAdamaoua et le CPLS de lEst nont été conviés à aucune réunion sur les discussions stratégiques. Ils nont donc pas participé à lélaboration de la stratégie triennale de lutte contre le VIH/Sida pour lannée 2006-2009. Les rares entretiens entrepris entre les acteurs de ces deux structures décentralisées et ceux de la tutelle à Yaoundé ont été motivés par des raisons dordre budgétaire. Sous ce rapport, les administrations provinciales apparaissent simplement comme des relais ou des niveaux subalternes de déclinaison et dexécution des décisions centrales. Elles nont visiblement aucune marge de manuvre ni aucune compétence dans la prise de décisions. Elles se réfèrent plutôt au Secrétariat Permanent du Groupe Technique Central du CNLS.
Dans un autre registre, Fred Eboko note un type de tensions dues à la verticalité entre linternational et le national. Ce type de tensions remonte précisément aux premières mobilisations issues du Global Programme on AIDS de lOMS. La coordination nationale de la lutte contre le VIH/Sida conserve encore lhéritage de la rigidité organique empruntée au Global Programme on AIDS, surtout dans un contexte où laction publique de lutte contre le VIH/Sida est largement tributaire des financements collectés grâce à la solidarité internationale. Dans les modalités de transfert de la gouvernance du VIH/Sida de linternational au national, ces tensions sont précisément liées à la soumission des Programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida à lOMS : « les principes de laction ont découlé peu ou prou, à partir de 1987, de la création et de la mise sous tutelle des Programmes nationaux de lutte contre le sida (PNLS) par le Global programme on AIDS (GPA) de lOrganisation mondiale de la santé (OMS) ». En 2007, le Cameroun a consommé environ 175 millions de dollars versés par le Fond mondial de lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose. Ce qui représente la moitié de la participation du gouvernement français au financement des programmes daide du Fond.
Par contre, en Afrique du Sud, les Programmes nationaux ne souffrent pas de ces luttes intestines de compétence entre le niveau central et les niveaux provinciaux ou entre linternational et le national. Ceci pour plusieurs raisons. Dabord, les programmes nationaux sont simplement placés sous la coordination du directeur de la santé au Ministère de la santé. Mais, cette coordination est souple ou quasiment nulle puisquelle ne lui donne pas de pouvoirs de décisions ni dautorité sur les dispositifs provinciaux de lutte contre le VIH/Sida. Elle repose sur lidée de la décentralisation fortement présente dans le système administratif sud-africain. En plus, sur le plan de lextraversion internationale, lAfrique du Sud ne porte pas lhéritage du Global Programme on AIDS. Laction publique de lutte contre le VIH/Sida y a été précédée par un long débat interne au cours des controverses politiques et associatives ayant abouti à la politisation du VIH/Sida.
En plus, la production et la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida a hérité de la décentralisation effective des services de santé publique si bien que les Programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida se sont simplement convertis et déclinés en différents programmes décentralisés dans les provinces administratives. En un sens, chaque province jouit dune autonomie de décision et de gestion dans la gouvernance locale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Le Kwazulu Natal conçoit et met en uvre ses propres politiques de lutte contre le VIH/Sida tout comme le Gauteng ou le Cap. Ils sont structurés différemment même si dans chaque province sud-africaine, on note lorganisation du dispositif de lutte contre le VIH/Sida autour des « AIDS Training and Information Centre ».
A linverse, au Cameroun et au Burkina Faso, la décentralisation du système de santé publique intervient au même moment que laction publique de lutte contre le VIH/Sida sinstitutionnalise au sein de ladministration publique. Doù un certain chevauchement entre les nécessités de la décentralisation de la coordination nationale de la lutte contre le VIH/Sida et les soucis de la cohésion nationale autour des mécanismes de lEtat centralisateur.
Sous ce rapport, tout le mécanisme national de lutte contre le VIH/Sida repose directement sur laction du Comité Technique Central qui le contrôle de bout en bout y compris laffectation budgétaire. De ce fait, linstabilité de la coordination nationale du CNLS influence considérablement les résultats et laction des dispositifs provinciaux subordonnés à son fonctionnement. Ces soubresauts sont analysés à partir des interférences politiques qui engendrent une relative instabilité dans la coordination nationale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida (1), lancrage international des dispositifs nationaux (2) et des chevauchements administratifs dans lorganisation de cette coordination (3).
1. Les interférences politiques, versus instabilité de la coordination nationale
De 1987 à 2000, les Programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida se sont trouvés dans la plupart de pays en développement, au cur dune instabilité administrative très importante. Au Burkina Faso, par exemple, cette période est marquée par deux phases successives dans la coordination nationale de la lutte contre le VIH/Sida, avec des résultats plus ou moins tangibles. La première phase, pour le moins transitoire, a été consacrée à partir de 1987 à la « nationalisation » de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, grâce à linstallation du Comité technique national qui a pris le relais du Global Program on AIDS. Le Comité technique national, composé pour lessentiel dexperts et de consultants nationaux, est de ce fait chargé de coordonner lélaboration et la mise en uvre du Programme national de lutte contre le VIH/Sida.
Au cours de cette première phase, les nouvelles autorités nationales produisent laction publique en mettant en uvre trois plans successifs dintervention. Ils sont construits en suivant les recommandations de lOMS autour de la prévention, de lépidémiologie et de la surveillance, avec une enveloppe denviron 10 millions de dollars. Il faut noter quon ne parle pas encore de la prise en charge thérapeutique de personnes vivant avec le VIH/Sida dans les plans élaborés au cours de cette première phase. Ceci sexplique comme nous le verrons plus loin par les coûts prohibitifs des premières trithérapies antirétrovirales et la nécessité de prévenir plutôt que de donner lespoir des traitements qui serait contre-productif par rapport aux politiques de prévention.
La deuxième phase en continuité de la précédente, est consacrée à la consolidation de laction publique de lutte contre le VIH/Sida au niveau national et provincial. Elle est marquée à partir de 1996 par le lancement du Projet Population et lutte contre le VIH/Sida (PPLS). Cette deuxième phase a bénéficié dun engagement technique et financier plus important que la précédente, avec un budget multiplié par deux, soit environ 23 millions de dollars. Les conséquences sont plutôt positives sur la gestion et la maitrise de lépidémie puisquà lissue de ces deux phases accompagnées par plusieurs initiatives ayant fortement mobilisé les acteurs politiques, les milieux religieux, les organisations collectives et les représentants des communautés de base au Burkina Faso, le taux de séroprévalence est passé de 7,17% en 1996 à 2% en 2005.
Au Cameroun, cette période est marquée par la réorganisation de la structure administration de coordination de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida. Dès 1987, les autorités publiques créent et installent le CNLS comme mécanisme public de coordination nationale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Mais, à linstar dautres structures administratives du pays, la coordination de laction publique de lutte contre le VIH/Sida sest rapidement retrouvée au cur de nombreuses modifications significatives, avec sur fond des tensions liées à la gestion de limportante rente financière internationale destinée à la lutte contre le VIH/Sida. En 1997, la coordination du CNLS revisite ses orientations stratégiques avec un triple changement aussi bien dans son animation que dans la gestion administrative de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida.
Tout dabord, dans son système de gestion, la coordination du CNLS camerounais sorganise très vite autour dun Secrétariat permanent. Celui-ci est animé par un praticien ou un chercheur en médecine, coresponsable de laction publique de lutte contre le VIH/Sida avec une équipe dexperts nationaux quil réunit au sein du Groupe technique central. Le Secrétaire permanent est de ce fait une sorte de responsable exécutif. Il personnifie et symbolise la lutte contre le VIH/Sida dans un pays où les institutions sont quasiment associées au statut des individus qui les dirigent. Si Gervais Mendo Ze symbolisait la télévision publique camerounaise, Obou Fegue lénergie hydraulique et Ema Basile, la communauté urbaine de Yaoundé, Lazard Kaptué puis Koula Shiro ont à leur tour symbolisé la lutte contre le VIH/Sida.
Ensuite, laction publique camerounaise de lutte contre le VIH/Sida change substantiellement dans son approche. La coordination du CNLS soriente clairement vers une conception multisectorielle des réponses nationales à lépidémie de VIH/Sida. A partir de 1990, les autorités publiques camerounaises sont alertées par dautres défis sociaux greffés sur lépidémie de VIH/Sida et estiment de ce fait quil ne sagit plus de la seule épidémie mais aussi et surtout de considérer le VIH/Sida comme problème et non comme seule réalité épidémiologique. Cette conception ouvre la voie à une stratégie qui considère la situation globale de la maladie en tenant compte des aspects de communication et des effets sociétaux du VIH/Sida souvent cristallisés autour des notions de stigmatisation et de discrimination. Il faut donc prévenir et combattre la stigmatisation et la discrimination à légard des personnes vivant avec le VIH/Sida.
En un sens, laction publique de lutte contre le VIH/Sida prend désormais lallure dune sorte dentreprise de communication et dun espace de luttes sociales organisées autour des droits des personnes vivant avec le VIH/Sida. Elle tente tant bien que mal dintégrer au sein de ses mécanismes de décisions et délaboration de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida un certain nombre de référentiels, en sintéressant à la fois aux représentants des communautés concernées par le VIH/Sida, aux professionnels de la santé et des affaires sociales, aux spécialistes de la communication de masse et aux représentants des organisations internationales dont les services participent à quelque niveau que ce soit aux politiques de lutte contre le VIH/Sida.
Enfin, le dernier changement intervient dans le rattachement institutionnel de la coordination de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida. Le CNLS nest plus rattaché au secrétariat de la présidence de la République. Il est désormais rattaché au Ministère de la Santé. Le secrétaire permanent dépend de ce fait du Ministre de la santé, devant lequel il devient directement responsable de la mise en uvre de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida. Cette nouvelle perspective résout la question des doublons observés lorsque le CNLS dépendait du secrétariat de la présidence de la République et que le ministère de la santé avait en son sein un service « VIH/Sida et MST ».
Ce système de coordination autour du Ministre de la santé rejoint un tout petit peu le fonctionnement du dispositif sud-africain de lutte contre le VIH/Sida. En ceci que, en Afrique du Sud, le Directeur de la santé qui participe au conseil permanent du Ministre de la santé, coordonne au niveau national, laction des directeurs provinciaux dans la lutte contre le VIH/Sida. Tout comme le Ministre de la santé au Cameroun supervise désormais laction du Groupe technique central, le Ministre de la santé en Afrique du Sud organise par le biais de son directeur général de la santé, laction publique de la lutte contre le VIH/Sida. En fait, le directeur général de la santé dépend directement, du point de vue organique, du Ministre lui-même. Et, comme pour symboliser le rôle conjointement joué par ces deux personnages dans laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida, ils ont aménagé dans deux bureaux voisins depuis 2003, année au cours de laquelle lAfrique du Sud a officiellement engagé laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
De cette manière, au Cameroun tout comme au Burkina Faso et en Afrique du Sud, les autorités publiques espèrent quun changement éventuel, comme cest souvent le cas dans des pays fortement clientélistes, à la direction du dispositif national de lutte contre le VIH/Sida naurait pas pour conséquence den réduire ou den anéantir les activités jusquà la nomination dun autre comité de coordination. Ce dautant plus que le directeur de cabinet du ministre de la santé est fortement impliqué dans la coordination du dispositif national de lutte contre le VIH/Sida et comme tel, il est une sorte de courroie de transmission entre le Secrétaire permanent du CNLS ou le directeur général de la santé et le ministre de la santé. Car, un des effets attendus de cette nouvelle politique de coordination par le Ministre ou par le Président de la république, selon le cas, est justement de sassurer une certaine continuité politique et administrative de laction publique de lutte contre le VIH/Sida et son encrage dans lensemble de laction publique nationale de la santé. Dailleurs, pour le cas du Cameroun, Fred Eboko note que cette coordination « implosait littéralement à chaque changement » de président à la tête du CNLS. En Afrique du Sud, on parle précisément du directeur de la santé et non du directeur de la lutte contre le VIH/Sida.
Cependant, dans les deux cas du Burkina Faso et du Cameroun, la centralité de la coordination de laction publique de lutte contre le VIH/Sida a eu une forte répercussion dans la conduite et les résultats de son action. Cette centralité renforce profondément la domination et lhégémonie dun corporatisme très présent dans le contrôle de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, à savoir lélite biomédicale tout en exposant la coordination du CNLS aux multiples instrumentalismes politiques qui interfèrent souvent dans la nomination de son personnel.
2. Lancrage international des dispositifs nationaux
Au cours de cette période de consolidation, linstabilité de la coordination des dispositifs nationaux de lutte contre le VIH/Sida est renforcée par le double changement de registre au niveau international. En 1996 en effet, le Conseil économique et social (ECOSOC) de lOrganisation des nations unies recommande la création dune mission internationale spécialisée dont lobjectif est précisément de coordonner les initiatives de différentes agences spécialisées de lONU engagées dans laction internationale de lutte contre le VIH/Sida. Cest ainsi que la conférence des Chefs dEtat et de gouvernements de lONU réunit à Paris en juin 1996, crée lOnusida. Elle est de ce fait composée de représentants des principales agences de lONU dont la Banque Mondiale. Elle remobilise tous les réseaux onusiens, se fondant sur les acquis des agences spécialisées des Nations unies qui la portent et impulse ainsi dès sa création, un changement de paradigme dans lanimation internationale et nationale de la lutte contre le VIH/Sida.
En ce sens, léchec constaté de la forte expertise biomédicale du Global Program on AIDS sert dexpérience à la communauté internationale qui prend précisément conscience du fait que laction internationale et nationale à lépidémie exige un décloisonnement sectoriel fondé dune part, sur lidée dune diversité dans sa coordination et de lautre, dune multisectorialité de ses politiques en considérant ses inflexions sur les aspects sociaux et les approches médicales.
Au Burkina Faso, le changement à linternational sest manifesté au niveau de la coordination nationale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida par le rattachement des Programmes nationaux et du CNLS à la Présidence de la république. En effet, en 2000, le Chef de lEtat se met finalement lui-même en avant-garde de laction publique de lutte contre le VIH/Sida en prenant souverainement la direction du CNLS désormais définitivement rattaché à la Présidence de la république.
Au Cameroun, les sommets de lEtat se mobilisent également pour la lutte contre le VIH/Sida. A la faveur du remaniement gouvernemental du 7 décembre 1997, le Chef de lEtat nomme le Professeur Monékosso, à la tête du Ministère de la santé. Or, ce dernier nest autre que lancien Directeur régional de lOMS Afrique qui vient de finir son mandat au bureau régional de lOMS Afrique à Brazzaville où il a exactement été au premier plan dans la production et la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique. Le but du gouvernement camerounais est de profiter de lexpertise de ce diplomate de haut niveau pour impulser une nouvelle dynamique à lorganisation structurelle de laction publique de lutte contre le VIH/Sida au niveau national tout en sassurant dune certaine visibilité auprès de la communauté internationale grâce aux capacités et aux connexions du Professeur Monékosso.
En effet, de part sa posture entant quancien Directeur régional du bureau de lOMS Afrique, le Professeur Monékosso symbolise pour le Cameroun et pour le reste du continent, une réelle passerelle entre « linternational » très présent dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique et le « local » en quête des figures scientifiques compétentes capables de se situer à mi-chemin entre une expertise scientifique et une reconnaissance populaire pour induire des dynamiques sociales et politiques pouvant soutenir les messages de prévention et entrainer un changement de comportements vis-à-vis de lépidémie et de ses effets sociaux.
Ces deux formes de réappropriation gouvernementale des discours et des politiques de lutte contre le VIH/Sida sont finalement portées par le profil du professeur Monéckosso. Elles marquent par ailleurs non seulement la présence réelle de lélite intellectuelle et technocrate locale dans la lutte contre le VIH/Sida mais aussi le souci des pouvoirs publics locaux de remodeler laction publique de lépidémie en lharmonisant avec dune part, les problématiques sociales de lépidémie et de lautre, les nouvelles orientations politiques globales et nationales qui structurellement devaient sarticuler autour des objectifs de la coordination et la décentralisation des services publics.
Comme au Burkina Faso, la volonté du Chef de lEtat camerounais et de son nouveau ministre de la santé se traduit très vite par lambition de réorganiser la coordination locale de la direction du CNLS autour dun dispositif stable et solide, exorcisé des démons de la personnalisation.
« Ils rejoignent ainsi le regard critique, scientifique ou profane, de plus en plus porté sur diverses infortunes des Programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida, en particulier celui du Cameroun marqué par une profonde instabilité suite aux changements successifs de présidents et de politiques ».
En effet, de 1987 à 1997, la direction du CNLS au Cameroun a changé huit fois. Et, à chaque changement correspondait exactement un nouveau départ surtout dans un contexte national marqué par de fortes tensions politiques souvent liées à dimplications et de nominations clientélistes au sein de ladministration publique en générale. Le dispositif national de lutte contre le VIH/Sida est de ce fait devenu un théâtre de jeu dinfluence partisan dans lequel les nominations découlent quelquefois dune rentabilité politique au sein du RDPC. Aussi, la coordination du CNLS par le Ministre lui-même ne semble pas définitivement résoudre, dans le cas précis du Cameroun, les risques dimplosion quil y aurait au sein du mécanisme de coordination et de gestion de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. En plus, les changements de personnalité politique ou technocratique à la tête du ministère de la santé sont aussi impressionnants que les changements de présidents à la tête du CNLS. De 2000 à 2008, le Cameroun a en effet connu quatre personnalités différentes à la tête du ministère de la santé. Et, les changements de celles-là nont jamais été étrangers à la succession de ceux-ci.
En un sens, les changements à la tête du ministère de la santé ont automatiquement entrainé des changements à la tête du CNLS. Ce nest peut-être pas par hasard que lancien ministre de la santé, Urbain Olanguena partage aujourdhui encore les couloirs de la prison centrale de Yaoundé avec lancien secrétaire permanent du CNLS, Maurice Feuzeu et son adjoint. Il nest donc pas excessif de penser que les avantages de la coordination du CNLS par le Ministre qui, par ailleurs, comme le note Fred Eboko peut-être en soi une marque de personnalisation, dureraient le temps de laction du professeur Monékosso à la tête du Ministère de la santé. Au-delà de la volonté politique de cette figure scientifique et même au-delà de la pertinence des perspectives quil pouvait impulser dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida, le phénomène de personnalisation de laction publique en générale est une constante de la vie publique en Afrique. Par ailleurs, les remaniements ministériels et les nominations de telle personnalité plutôt que telle autre à la tête du ministère de la santé ne dépendent pas forcément de besoins conjoncturels mais plutôt dune rentabilité politique souvent lié au souci déquilibres géopolitiques et ethno-régionaux.
En Afrique du Sud, Manto Tshabalala-Nsimang est aujourdhui encore, bien quelle ait été renvoyée du gouvernement en novembre 2008, le symbole qui personnalise les infortunes de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Elle est à côté de son mentor, le Président Thabo Mbeki, à la fois le symbole des controverses sur le VIH/Sida entre 1999 et 2003 et légérie de laction publique de lutte contre la transmission du virus de la mère à lenfant entre 2004 et 2008. En 2003, les taux de séroprévalence frôlaient les 18% en Afrique du Sud parmi les personnes actives alors quils se sont stabilisés autour des 14% suite à laction publique conduite depuis cette année-là. Denis Matwa le note ainsi :
« A partir de maintenant, le gouvernement sud-africain accepte dapprovisionner tous les hôpitaux en antirétroviraux. La très grande majorité des personnes vivant avec le VIH/Sida dépendent désormais des structures publiques pour se procurer les traitements. A lheure où je vous parle, 153 000 personnes dans la région du Cap ont un besoin vital de ces médicaments. Notre pays compte environ 6 millions de séropositifs, soit 14% de sa population ».
Au Cameroun, Urbain Olanguéna a acquis une renommée dans lespace public de lutte contre le VIH/Sida grâce à sa longévité à la tête du ministère de la santé (2001-2007) et lénergie quil a déployée au niveau international. A tel point quil faisait déjà ombrage à ses collègues au sein du parti politique dominant, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) et du gouvernement de Paul Biya. En 2005, il a dailleurs été propulsé à la tête du Conseil dadministration du Fonds Global de lutte contre le VIH/Sida, le Paludisme et la Tuberculose, avant dêtre renvoyé du gouvernement camerounais deux ans plus tard.
3. Les chevauchements administratifs dans lorganisation de la coordination nationale
Lidée de doublons est évoquée pour expliquer les chevauchements entre les mécanismes de lutte contre le VIH/Sida et dautres services plus généraux de santé publique. Elle sillustre de manière très remarquable dans les organismes des ministères de la santé publique lorsquon sintéresse aux positions réelles des individus et des services dans lesquels ceux-ci sont affectés. On y observe très vite des structures qui manifestement apparaissent comme des doublons vis-à-vis du CNLS, dans la mesure où, tout comme le CNLS, ces services sont compétents sur les objets médicaux très proches de lépidémie de VIH/Sida.
Limplication du Ministre de la santé au sein du CNLS, évoquée dans nos précédentes analyses, ne contredit nullement le sentiment de concurrence entre les personnels du ministère de la santé et ceux du CNLS. Dailleurs, le CNLS est lui-même perçu comme un « presque » ministère du VIH/Sida. Cette concurrence sur les objets de lépidémie justifie en partie la présence dautres formes de doublons entre le ministère et le CNLS. Par exemple, Fred Eboko fait constater quau sein du ministère de la santé au Cameroun, se trouvent à côté de nombreux services, le service « VIH/Sida/IST » qui regroupe en son sein, deux sous services dont lun est destiné au « VIH/Sida » et lautre, aux « IST », tout en sachant que le VIH/Sida est également et avant tout une infection sexuellement transmissible.
Nous avons-nous-même constaté un autre chevauchement entre la « direction de la lutte contre la maladie » et la « direction de la promotion de la santé ». Ces deux directions se font parfois concurrence sur la question de VIH/Sida lorsquelles naffrontent pas ensemble les orientations du CNLS. En plus, au sein de la direction de la lutte contre la maladie se trouvent entre autres, la « sous-direction de la lutte contre le VIH/Sida et les IST » et la « sous-direction des autres maladies endémiques » alors que la direction de la promotion de la santé contrôle entre autres, la « sous-direction de la prévention et de laction communautaire ». On retrouve quasiment tous les services du CNLS au sein de la sous-direction de la lutte contre le VIH/Sida et les IST du ministère de la santé : le service de la prise en charge des cas, le service de la sécurité transfusionnelle, le service de la prévention de la transmission Mère-Enfant et le service des IST.
Au Burkina Faso, on constate également cette sorte de doublon au sein du Ministère de la santé avec le service « VIH/Sida » logé au sein du département des maladies sexuellement transmissibles.
Au Cameroun, le service « VIH/Sida/IST » est sous la responsabilité dun médecin dont laction et les compétences en matière de prévention des IST et de VIH/Sida construisirent justement la renommée auprès de ses collègues, des jeunes et des magazines destinés à la jeunesse pour lesquels elle anime plusieurs émissions radio et télévisées. Au Burkina Faso, il était par contre sous la responsabilité dun médecin, spécialiste en Gynécologie dont lactivité au sein des organisations de la société civile engagées dans la lutte contre le VIH/Sida faisait delle une personnalité reconnue et respectée des acteurs locaux et des agences de coopération internationales engagées dans la lutte contre lépidémie au Burkina Faso. Dans un cas comme dans lautre, leur nomination à la tête du service « VIH/Sida/IST » ressemble à cette sorte de doublon par rapport aux CNLS.
En Afrique du Sud, le système de déconcentration est par contre conçu de sorte quil ny ait pas de doublon. En fait, laction publique de lutte contre le VIH/Sida est directement confiée depuis 2003 au directeur général de la santé dont le bureau se trouve au Ministère de la santé publique, à Pretoria. Thami Mseleku définit lui-même ses fonctions comme celles dun « référent en matière de santé publique » qui a pour mission de coordonner au niveau national, laction publique définie par le gouvernement et mise en uvre par le ministère de la santé. Il ne sagit pas dans ce cadre de la seule lutte contre le VIH/Sida mais de lensemble de laction sanitaire. Ces derniers temps, on la dailleurs entendu sexprimer sur la crise de la grippe mexicaine.
Lidée dans lorganisation de laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud est dinsister sur le maillage des politiques publiques en matière de santé. Dans cette dynamique, la lutte contre le VIH/Sida est une composante de laction publique sanitaire qui intègre lensemble des politiques publiques de santé afin déviter le cloisonnement constaté ailleurs. Pour cela, Thami Mseleku, directeur général de la santé, coordonne laction des délégations provinciales qui sont donc sous sa responsabilité hiérarchique. Il est également une sorte de « courroie » ou de « liaison » entre différentes structures provinciales de la santé. Chaque province décline son action de santé en autant de services capables de produire et de mettre en uvre une action publique conséquente sur lensemble de problématiques qui couvrent les besoins de santé. La lutte contre le VIH/Sida est un des éléments de lorganigramme provincial de la santé.
Cette dynamique de décentralisation de laction publique de la santé est également affichée, au moins sur le papier, par les ministères de la santé publique du Cameroun et du Burkina Faso comme objectifs de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Mais, elle y rencontre encore de difficultés structurelles dues entre autres, aux nombreux déséquilibres sociaux, régionaux et départementaux qui caractérisent encore la gestion de lespace public et les services de ladministration publique en général dans ces deux pays.
Comme éléments matériels majeurs pour illustrer précisément les difficultés structurelles de la décentralisation et de la déconcentration au Cameroun et au Burkina Faso, on peut citer le fait que dans ces deux pays, les districts de santé soulignent sans cesse linsuffisance de moyens matériels à leur disposition. Par contre, au niveau central, celui des personnels du Groupe technique central du CNLS à Yaoundé au Cameroun ou à Ouagadougou au Burkina Faso, ces préoccupations ne reviennent dans aucun discours. Il y a un déséquilibre qui renforce les inégalités structurelles entre les niveaux centraux et les niveaux provinciaux dans les systèmes de centralité.
Les CNLS camerounais et burkinabé semblent sincruster dans les dérives de la centralité et de lurbanité qui caractérisent les administrations publiques avec un déséquilibre entre les niveaux centraux hyper-équipés et les niveaux décentralisés sous-équipés. Comme conséquence immédiate de cet état de fait, les structures provinciales sont désertées ou abandonnées par les personnels administratifs. Tout se fait de sorte quon soit amené à croire que lélite se trouve au niveau central, « en ville » et les « moins bons », les simples exécutants, au niveau de la campagne, si bien que les populations ont tendance à considérer que les CNLS accordent très peu dattention aux activités des districts de santé auxquels ils confient dailleurs très peu de moyens daction et de missions.
En un sens, les missions essentielles sont organisées par et sous le contrôle dexperts venus, sinon recrutés au niveau central. Il y a comme une transposition à léchelle nationale des inégalités constatées dans les premières mobilisations internationales du GPA lorsque les mécanismes de contrôle et de gestion de lépidémie étaient confiés aux experts internationaux. Ici, la domination de linternational sur le national est désormais remplacée par la domination du national sur le local ou le départemental. On a limpression que tout, y compris la gestion financière et la distribution des médicaments, se fait depuis la métropole.
Toutefois, ces difficultés ne sont pas non plus exclusives aux systèmes déconcentrés mais qui dans les faits sont fortement centralisés comme on a pu le constater au Cameroun et au Burkina Faso. En Afrique du Sud, une image revient toujours pour en quelque sorte caricaturer les difficultés de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Alors que tous les services provinciaux de la santé bénéficient des moyens humains et matériels très importants, les services expressément destinés à la lutte contre le VIH/Sida sombrent dans une sorte de désespoir structurel. Par exemple, le responsable du service « VIH/Sida » de lHôpital Chris Ani Baragwanath de Soweto est comme un « clandestin » dans ce centre hospitalier. Son service se trouve en effet confiné sous les escaliers du bâtiment de pédiatrie. Il na pas de véhicule de service, pas de ligne de téléphone dans son bureau, ni aucun autre moyen efficace de communication. Heureusement quil a le chauffage et des cartons de préservatifs à distribuer.
Section 2
La stabilisation de la coordination nationale (2000-2006)
Les premières années de la lutte contre le VIH/Sida furent inéluctablement marquées par un éclatement des référentiels et de logiques daction manifesté par la pluralité dopinions sur les priorités de laction publique et limplosion de cas de nouvelles contaminations. Au Cameroun et au Burkina Faso, cette période est également marquée par lélaboration et la mise en uvre des premières actions de lutte contre le VIH/Sida conduites par une structure administrative soutenue à la fois par les acteurs politiques locaux et la communauté internationale. Mais, en Afrique du Sud, les actions antisida continuent pendant cette période être conduites par les milieux associatifs malgré la pression de plus en plus importante sur les acteurs politiques locaux qui de leur part refusent de reconnaître le VIH/Sida comme un problème de santé publique.
On a donc à partir de 2000, plusieurs cas de figures dont les plus intéressants révèlent une implication grandissante au Cameroun et au Burkina Faso des pouvoirs publiques dans la gestion et la coordination des réponses officielles au VIH/Sida et une dissidence sud-africaine qui sessouffle face à la demande locale soutenue au niveau interne par les associations de personnes vivant avec le VIH/Sida, les milieux universitaires et les acteurs politiques de lopposition et au niveau international par les associations occidentales souvent constituées de personnes homosexuelles et lOnusida et les agences spécialisées quil fédère. Cette section sintéresse à lanalyse de limplication des « sommets » de lEtat dans la stabilisation de la coordination de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida (1), à la pluralité dopinions et de profils réunit au sein de cette coordination (2) et à limplosion paradoxale de lépidémie à lheure de la stabilisation de laction publique (3).
1. Limplication des « sommets » de lEtat
A partir de 1997, on a commencé à noter une profonde implication des sommets de lEtat dans la gestion de la coordination nationale de la lutte contre le VIH/Sida. Cette situation sest matérialisée au Cameroun par la place du Ministre de la santé dans lorganigramme du CNLS alors quau Burkina Faso, cest le Chef de lEtat lui-même qui en prenait la commande. Il nest pas trop tôt aujourdhui danalyser limpact de cette implication sur la stabilisation et la visibilité des Programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida tant au Cameroun quau Burkina Faso.
Au Cameroun, le Professeur Maurice Feuzeu, Secrétaire permanent du Groupe technique central du CNLS, dans lintervalle de nos observations, faisait remarquer à cet effet quaucun des trois ministres successivement nommés au ministère de la santé publique, depuis le départ du Professeur Monékosso, na changé lorganisation du CNLS. Ils ont tous maintenu le système de coordination de laction publique de lutte contre le VIH/Sida recomposé à partir de 1997 par le ministre Monékosso. Jusquà ce jour, cet organe exécutif, dirigé par le Secrétaire permanent conduit et coordonne laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida en sappuyant sensiblement sur le travail de la même équipe composée de huit (8) experts nationaux. Cest également cette équipe qui a organisé à partir de 1998, une large campagne de sensibilisation en « milieu habituel de vie et de travail des individus ». Cette campagne a consisté en de nombreuses sessions de formation des « relais sociaux », communément appelés « pairs éducateurs » en milieu de travail, dans des établissements scolaires et universitaires, dans des regroupements communautaires et religieux, etc. Elle a couvert lensemble du territoire camerounais. Lobjectif était de former des leaders dans tous les groupes dont laction devait servir de relais dans la lutte contre le VIH/Sida en obtenant de leurs pairs sociaux des changements de comportements et dattitude dans leurs rapports au corps, au sexe, à la santé et à la maladie.
La coordination de cet organe exécutif, responsable de la mise en uvre de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida, par les sommets de lEtat, a pour conséquence directe de dispenser les élites politiques dune volonté de contrôle et de fragmentation des champs symboliques et matériels du VIH/Sida. Il y a au contraire une certaine stabilité qui garantie la continuité et lefficacité de laction publique grâce aux différents savoirs progressivement accumulés par léquipe permanente du CNLS.
De fait, sur le plan politique, lunique instrumentalisme est que les autorités publiques contrôlent précisément le champ de la lutte contre le VIH/Sida devenu prioritaire dans laction gouvernementale. Laction publique de lutte contre le VIH/Sida assure une certaine visibilité de laction gouvernementale. En un sens, au Cameroun, au Burkina Faso et en Afrique du Sud, le VIH/Sida est progressivement devenu le miroir de laction de lEtat eu égard aux enjeux de pouvoir quil recèle et aux relais quil mobilise sur les scènes nationales et internationales. Ce qui conduit les sommets de lEtat à sassurer une visibilité en sengageant bon gré, mal gré comme principaux interlocuteurs des institutions internationales et des agences de coopérations multilatérales sur les objets de VIH/Sida. A la conférence internationale sur le VIH/Sida à Toronto en août 2006 tout comme à la conférence francophone sur le VIH/Sida à Paris en avril 2007, on a été impressionné par le nombre de fonctionnaires du ministère camerounais des relations extérieures ayant effectué le déplacement de Yaoundé pour assister aux travaux alors que le ministre de la santé y était également présent avec une forte délégation.
Par la présence du Ministre de la santé ou du Chef de lEtat à la tête de la coordination de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida, le gouvernement marque son implication directe et donne des garanties suffisantes tant à lopinion publique nationale quaux agences spécialisées des Nations Unies, très critiques vis-à-vis des Etats africains. Au Cameroun, par exemple, les représentants de lOnusida ont à plusieurs reprises insistés sur la participation réelle du Ministre de la santé ou même de la Première Dame à défaut dobtenir celle du Chef de lEtat, aux manifestations officiellement organisées en faveur de la lutte contre le VIH/Sida. Le gouvernement est lui-même en quelque sorte le patron, parfois malgré lui, de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Son seul désir et sa seule ambition sont de ce point de vue de faire en sorte que ce dispositif fonctionne avec efficacité afin dobtenir des résultats qui servent très rapidement sa visibilité sur le champ politique national et international. Cette perspective léloigne comme le note Fred Eboko dune quelconque volonté clientéliste et néo-patrimoniale qui a très souvent été constatée dans les nominations à la tête du CNLS.
En effet, jusquà cette période, chaque nouvelle nomination à la tête du ministère de la santé était indiscutablement accompagnée de changements à la coordination du CNLS.
Depuis que le Ministre de la santé est lui-même Président du CNLS et donc directement coresponsable de laction publique et de la coordination de la lutte contre le VIH/Sida, une certaine rationalité sest imposée à chaque nouveau ministre. Celle-ci voudrait quau nom de lefficacité et de la stabilité du dispositif national, que le nouveau ministre poursuive son action avec léquipe du CNLS quil trouve en place. Cette hypothèse justifie la prise de position du Professeur Maurice Feuzeu. Elle est renforcée par le fait que laction publique de lutte contre le VIH/Sida constitue désormais « lépine dorsale » du ministère de la santé, voir de laction gouvernementale, un peu comme la lutte contre le paludisme au début des années 70 ou la mise en place des commissions nationales de la promotion et de la protection des droits de lhomme au début des années 90.
Partant, laction du ministre de la santé est lisible au niveau national et même international en fonction de ses capacités à être présent et à contrôler laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Fred Eboko le notait déjà en soulignant :
« Le défi de la constance au sein de la direction administrative du CNLS a donc été relevé grâce à la création du Groupe Technique Central qui est relativement vidé du contenu, des pressions, des nuisances ou des avantages politiques éventuels qui reviennent de facto au ministre. Celui-ci sait en outre pouvoir compter sur l'expérience et la connaissance du milieu acquises par le GTC qu'il chapeaute ».
Cependant, la course à linstrumentalisme de laction publique de lutte contre le VIH/Sida inonde parfois les champs daction politique. On a par exemple noté en 2003 une grosse polémique sur la production et lintérêt des statistiques sur la séroprévalence au Cameroun. En fait, en 2000, le taux de séroprévalence y était estimé à 12% auprès de la population active. Ce qui a permis au Cameroun de faire prévaloir la nécessité des financements extérieurs pour élaborer et mettre en uvre son action publique de lutte contre le VIH/Sida. Or, lefficacité et les finalités des programmes de financements sont évaluées à laune des résultats obtenus à moyen terme. Et, ceux-ci sont lisibles à partir des capacités des programmes conduits à infléchir les courbes épidémiologiques. Ainsi, trois années plus tard, lorsque le CNLS produit son rapport qui estime à 8% le taux de séroprévalence auprès de la population active au Cameroun, certains critiques se lèvent et analysent en cela une stratégie politique destinée à justifier lusage des fonds engagés par la communauté internationale dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida dans ce pays. On sait quentretemps, le Cameroun a consommé environ 175 millions de dollars qui représentaient un peu plus de la moitié de la participation du gouvernement français aux programmes de financement du Fond global de lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose.
Au Burkina Faso, en revanche, la question de la stabilisation de la coordination de laction publique de lutte contre le VIH/Sida se pose moins en termes de renouvellement ou de la continuité que de composition du dispositif lui-même. En effet, larrivée du Président de la république à la tête de la coordination de laction publique de lutte contre le VIH/Sida a été accompagnée par le renforcement du CNLS dans deux secteurs.
Dune part, ces changements ont permis lémergence de dynamiques daction qui contribuent au renforcement du caractère multisectoriel de laction nationale de lutte contre le VIH/Sida, avec en corollaire lapproche de la déconcentration des décisions et des politiques relatives à lépidémie. Le Comité national de lutte contre le VIH/Sida est de ce fait devenu le Conseil national de lutte contre le VIH/Sida.
En un sens, pour lopinion nationale burkinabé, la notion de Conseil est un peu plus légitime que celle de Comité : elle est plus ouverte à la pluralité dopinions, de trajectoires et de profils de ceux qui composent cet organe de délibération et de suivi de la mise en uvre des décisions politiques sur la lutte contre le VIH/Sida. A la différence du comité national de lutte contre le VIH/Sida qui était un organe très technique et élitiste, le conseil national de lutte contre le VIH/Sida est un peu plus pratique et, sociologiquement, plus légitime que celui-là. En fait, il est composé des représentants de différents ministères concernés par laction publique de lutte contre le VIH/Sida, des partenaires locaux et internationaux, des communautés religieuses et coutumières et des associations des personnes vivant avec le VIH/Sida.
Depuis, le 5 juin 2002, il y a eu une sorte dinflation de mécanismes publiques de lutte contre le VIH/Sida avec la création des comités à tous les niveaux sociaux : comités ministériels de lutte contre le sida et les IST, comités dentreprises de lutte contre le sida et les IST, comités provinciaux de lutte contre le sida et les IST, comités départementaux de lutte contre le sida et les IST, comités villageois de lutte contre le sida et les IST, comités communaux de lutte contre le sida et les IST, comités des secteurs de commune de lutte contre le sida et les IST, etc.
Dautre part, et ce peut-être le fait de limplication personnelle du Chef de lEtat dans cet organe, laction publique de lutte contre le VIH/Sida bénéficie de moyens plus considérables que ceux antérieurement affectés au comité national de lutte contre le VIH/Sida. Le budget du conseil burkinabé de lutte contre le VIH/Sida est passé de 23 millions de dollars en 2000 à environ 55 millions de dollars en 2007.
Cependant, dans un cas comme dans lautre, la nouvelle orientation politique voudrait que laction publique de lutte contre le VIH/Sida soit dotée dune structure administrative souple et stable, avec des orientations stratégiques contextuellement identifiées, en fonction de besoins des populations les plus vulnérables : les femmes enceintes, les orphelins, les prostituées et lensemble de personnes vivant avec le VIH/Sida. Ces dispositifs requièrent ainsi une sorte de représentativité des situations épidémiologiques et des besoins non seulement des personnes vivant avec le VIH/Sida mais aussi de ceux qui détiennent des savoirs scientifiques autour de la maladie et ceux qui possèdent les moyens techniques de véhiculer ses savoirs et de comprendre les attentes et les besoins des populations.
2. La pluralité dopinions et de profils au sein de la coordination nationale
Lidée de pluralité dopinions et de profils au sein de la coordination nationale de laction publique est soutenue par la nécessité dintégrer les personnes concernées dans les dispositifs nationaux de lutte contre le VIH/Sida. Il sagit de fait dune certaine identification des populations. Celle-ci est différente de la stigmatisation et de la discrimination. Elle est un fait essentiel dans la coordination nationale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Au Burkina Faso, par exemple, en fonction de cette identification et des préoccupations catégorielles qui lui sont associées, le CNLS intègre tel ou tel profil dans le large panel qui forme la structure de coordination et danimation de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida. Cest ainsi quon y trouve entre autres les représentants des associations de personnes vivant avec le VIH/Sida, des chercheurs et praticiens ainsi que les représentants des confessions religieuses et des organisations coutumières.
Au Cameroun, les dispositions du ministre Monekosso ont consisté à créer une autre dynamique douverture. Le Groupe technique central, comité collégial de huit conseillers qui anime le CNLS est composé de profils variés, duniversitaires aux médecins de renom en passant par les acteurs sociaux qui influent sur dautres objets liés à lopinion publique. Un parallèle de toute autre nature avec le Burkina Faso est la place du politique au sein de la structure. Au Burkina Faso, le CNLS échappe dun point de vue structurel au contrôle du ministère de la santé publique même si dans ces deux cas, lobjectif affiché par les acteurs gouvernementaux est de sassurer un réel contrôle par les plates formes gouvernementales de la lutte contre le VIH/Sida.
Comme le note Fred Eboko dans le cas du Cameroun, « la nouvelle ossature du CNLS ambitionnait de pallier les carences majeures que laissait constater l'historique de la lutte institutionnelle contre le sida au Cameroun. L'objectif portait, entre autres, sur la coordination et l'amélioration des activités relatives au sida, puis sur la décentralisation de la lutte en faveur des 10 provinces que compte le Cameroun. La tâche s'annonçait ardue dans un contexte de changement social et de crise économique. De ce fait, la nouvelle structure projetait de participer à la connexion de ses activités avec la réalité des dynamiques et des pratiques sociales sur lesquelles l'expansion de la pandémie se greffe depuis son apparition au Cameroun en 1985 ».
Cependant, le nombre pléthorique de conseillers, la pluralité de valeurs auxquelles ils se réfèrent et la diversité dintérêts thérapeutiques, sociaux et politiques dont ils sont porteurs ont certainement constitué le principal obstacle aux ambitions des pouvoirs publiques. Le Professeur Koula Shiro, lun des conseillers de lépoque, également reconnue par ses travaux scientifiques sur lépidémiologie au Cameroun, souligne souvent le conflit entre les médecins et les représentants des associations de personnes vivant avec le VIH/Sida sur ladaptabilité des politiques daccès aux traitements. Les premiers très techniques tiennent compte du rapport coût et efficacité au regard des effets indésirables alors que les seconds, soutenus par les mobilisations des associations du Nord, se limitaient à la seule intervention des pouvoirs publiques afin que les médicaments soient disponibles au Cameroun.
Ainsi, face au discours des professionnels de la santé qui, au sein du CNLS, soulignent la nécessité de continuer la prévention en létendant aux catégories sociales moins touchées par les campagnes précédentes, les acteurs associatifs opposent la nécessité des traitements pour les personnes déjà contaminées par le VIH/Sida. Ces propos trouvent de lécho dans lanalyse de Denis Matwa de la TAC dont lassociation a été précisément créée pour conduire la campagne daction en faveur des traitements du VIH/Sida en Afrique du Sud :
« La TAC na jamais faibli dans sa lutte pour les antirétroviraux. Nous avons trainé le gouvernement devant les juges ; nous avons organisé des marches de protestation ; nous avons occupé des ministères et des locaux publics ; nous avons même importé illégalement des médicaments génériques pour montrer lécart scandaleux sur les prix entre les médicaments génériques que le gouvernement refusait de fournir aux malades et les médicaments achetés par lEtat aux grands groupes pharmaceutiques et qui coûtaient très chers sur le marché pharmaceutique sud-africain. Les autorités publiques navancent jamais volontairement, il faut les pousser grâce à la pression et à la manifestation des rues. La TAC le faire toujours chaque fois que cela sera nécessaire. Cest son rôle en tant quorganisation de la société civile ».
Certaines tensions sont le fait dune collusion entre la volonté de lélite religieuse et coutumière dun côté et de lautre, le désir de personnes affectées et infectées par le VIH/Sida à contrôler le champ de lépidémie. Pour le représentant de celles-ci, les personnes atteintes doivent être au cur de laction publique de lutte contre le VIH/Sida alors que pour les représentants de celle-là, on ne saurait substituer au monopole des experts biomédicaux qui ont longtemps dominé le champ du VIH/Sida un autre monopole : celui de personnes vivant avec le VIH/Sida. Sous cette dialectique se cache paradoxalement un espoir que ces deux catégories vont sans doute renouveler les débats et les orientations dans la coordination nationale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, ce dautant plus que leur antinomie illustre une véritable nouveauté. On est en effet loin des clivages primaires qui faisaient apparaître une opposition entre ces deux catégories au motif que les victimes du VIH/Sida souffraient de la maladie de linfidélité et de la marchandisation du corps. Ce puritanisme est dépassé au profit dune lutte commune contre la maladie et les inégalités quelle engendre.
De fait, leurs débats comme ceux qui sont en train dêtre conduits au sein des agences de coopération internationales sur les dynamiques de lépidémie illustrent la nécessité dun changement de référentiels afin que lexpertise biomédicale senrichisse également de lexpertise communautaire et sociale. Sous ce rapport, les deux positions convergent incontestablement vers une prise de conscience collective accrue sur les enjeux de la maladie.
Certes, les méthodes divergent selon les groupes sociaux concernés par ces débats mais le but semble être le même, à savoir il faut renégocier un ordre social soutenu par des discours et des pratiques qui dune part démystifient la maladie par la sensibilisation et la défense des droits des personnes vivant avec le VIH/Sida et de lautre, démocratisent les savoirs et les mécanismes de lutte contre lépidémie en intégrant toutes les catégories sociales concernées de près ou de loin par le VIH/Sida. En un mot, ces deux groupes ne souhaitent plus que laction publique de lutte contre le VIH/Sida soit portée par les seuls médecins.
Ensuite, limaginaire social associe une certaine probité morale aux autorités religieuses perçues comme des exemples dans des sociétés qui subissent encore de plein fouet les effets de la corruption qui gangrène ladministration publique. La participation des autorités religieuses pourrait sans nul doute conduire à la déconstruction de la rapacité et de la cupidité largement associées aux mécanismes nationaux de lutte contre le VIH/Sida, en particulier au Cameroun où au cours de cette année 2008, le ministre de la santé, le secrétaire permanent du Groupe technique central du CNLS et son adjoint ont été écroués, justement pour malversations financières.
Les tensions sont également remarquées en Afrique du Sud où laction publique de lutte contre le VIH/Sida a été victime du conflit dintérêts entre acteurs en jeux, souvent représentés par une diversité de profils de conseillers qui entouraient le Président Thabo Mbeki et son ministre de la santé, le docteur Manto Tshabalala-Msinmang. Les compétences techniques de Thabo Mbeki et lexpérience sur la maladie de Manto Tshabalala-Msinmang qui a, pendant lapartheid, travaillé dans les services épidémiologiques du Botswana et de Mozambique, semblaient manifestement ne pas tenir compte des intérêts des malades sud-africains mais plutôt des recompositions et des bénéfices politiques. LANC na jamais fait de mystère sur son opposition à engager les fonds publics dans la lutte contre le VIH/Sida.
Denis Matwa le note en soulignant que « Derrière le président Thabo Mbeki, le gouvernement a longtemps défendu une position négationniste sur le VIH/Sida. M. Mbeki lui-même a toujours exprimé des doutes sur les liens entre le fait dêtre séropositif et linfection du Sida. Jusquà ce jour, il nest toujours pas revenu sur ses propos. Il préfère plutôt éviter le sujet. Dans les commissions gouvernementales, les thèses mettant en garde contre la toxicité et les effets secondaires de certains antirétroviraux étaient systématiquement mises en avant. Mme Mantho Tshabalala, Ministre de la santé, vantait régulièrement les mérites des guérisseurs traditionnels et les vertus de lail, du citron ou des oignons pour soigner le VIH/Sida ».
Au Cameroun, par contre, les représentations des conseillers techniques sur lépidémie et leurs capacités à mobiliser des relais locaux affrontaient leurs propres perceptions de ladministration et du politique. Si bien quà côté des questions sanitaires, ils devaient également faire face aux pesanteurs de ladministration publique et de la tutelle plutôt étouffante du Ministère de la santé publique.
Dans tous les cas, au Cameroun, en Afrique du Sud tout comme au Burkina Faso, lorganisation administrative esquivait dans ces débuts les questions liées à l'intégration de l'expérience quotidienne de personnes atteintes du VIH/sida, la recherche fondamentale, la formation permanente des acteurs sanitaires et leur harmonisation avec les politiques de décentralisation et de déconcentration administrative. Toutefois, ces changements stratégiques nentrainent pas illico la maitrise de lépidémie. Les individus continuent à sexposer à la maladie.
3. Limplosion des données épidémiologiques
Malgré limplication des politiques et des organisations des sociétés civiles locales desquelles on attendait des réponses appropriées compte tenu du fait que laction publique de lutte contre le VIH/Sida était précisément portée par des communautés et des personnes concernées, lépidémie continue à se développer. En effet, mise à part linversion des statistiques épidémiologiques au Burkina Faso qui passe de 7.3% en 1994 à 4.2% en 2004, le Cameroun et lAfrique du Sud en revanche, perdent tous les deux, le contrôle de lépidémiologie. En Afrique du Sud, les taux de séroprévalence sont passés de 7.6% en 1994 à 18% en 2007 et au Cameroun, de 6.8% en 1994 à 12% en 2007.
De multiples raisons expliquent cette implosion de statistiques sur lépidémie au moment où, à linverse, des moyens financiers et politiques considérables continuent à être investis tant par les gouvernements que par la communauté internationale pour la contrôler. Certes, comme nous lavons montré dans les chapitres qui précèdent, laction publique de lutte contre le VIH/Sida a fait lobjet de diverses infortunes et de multiples obstacles dans ces trois pays, mais cela ne permet pas non plus déluder les efforts consentis tant par de multiples acteurs locaux que par la communauté internationale en vue de contrôler la progression de lépidémie.
Le problème est que le VIH/Sida se développe progressivement au même moment que les administrations publiques sont soumises à dautres types de pressions et de défis. Ces défis sont entre autres liés aux changements sociaux et politiques qui sopèrent sur les scènes politiques locales au début des années 80, aux effets de la crise économique du milieu des années 80 et des réformes structurelles subséquentes à cette crise, etc.
Laction publique de lutte contre le VIH/Sida se structure dans ce contexte tendu pendant lequel tous les indicateurs sociaux et économiques révèlent une situation très préoccupante pour ces Etats. Le Cameroun connaît un fait majeur au cours de cette période : dès la fin des années 90, la fonction publique est obligée de procéder à la baisse, sans préavis ni débats politiques, de salaires des agents de lEtat et de la fonction publique en général. Les fonctionnaires perdent autour des 2/3 de leur rémunération habituelle et ne bénéficient daucun mécanisme daccompagnement. Ce qui, dans le domaine de la santé, entraine une hémorragie de nombreux médecins et personnels soignants de la fonction publique vers les structures locales privées ou dans des missions moins valorisantes à linternational. Au Burkina Faso, avec lassassinat en 1987 du Président Thomas Sankara, son successeur autoproclamé tente de contrôler lémoi qui sen est suivi. Lépidémie du VIH/Sida trouve, dans ce contexte très tendu, marqué par ailleurs par la crise économique et la recherche dun nouvel ordre politique local, un terreau fertile pour son développement.
Les scènes politiques locales sont fortement influencées par le discours de démocratisation venant dune part, de lancienne puissance coloniale pour les cas du Cameroun et du Burkina Faso et de lautre, des pressions de la communauté internationale sur le régime de lapartheid en Afrique du Sud. Ces exigences extérieures sur fond de démocratisation et douverture du champ politique au pluralisme idéologique et politique, engendrent de profondes mutations qui perturbent les équilibres sociopolitiques locaux. Nombreux changements sont à cette période soutenus par les velléités de la libéralisation des arènes politiques si bien que le VIH/Sida semble être laissé aux ornières et donnent lieu à limplosion de mouvements de revendications de tout genre : opposition politique ; émergence des acteurs de la société civile en opposition à lélite politique, etc.
Section 3
Léclatement des référentiels de laction publique
Léclatement des référentiels renvoie précisément à lidée de la « multisectorialisation » interne et internationale de la coordination de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Cette multisectorialisation ressort en effet de nouvelles orientations prises par les Programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida à la fin des années 90, souvent manifestées par des stratégies de type « genré » qui font participer la gente féminine dans les mécanismes officiels de lutte contre le VIH/Sida et par la diversification globale de compétences et de profils au sein des CNLS. Sur le plan administratif, cette multisectorialisation est également soutenue pour une certaine affirmation des politiques de décentralisation des systèmes de santé en général et en particulier des mécanismes de coordination de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Ainsi, cette section analyse les stratégies « genrées » et la diversification de compétences au sein de la coordination nationale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida (1) et les effets de la décentralisation sur la construction et la mise en uvre de cette action publique (2).
1. Les stratégies « genrées » et la diversification de compétences
A partir de 1997, les programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida prennent de nouvelles orientations soutenues par les premières leçons épidémiologiques. Celles-ci mettent en effet en lumière une certaine féminisation de lépidémie de VIH/Sida avec un nombre important de femmes désormais contaminées par le virus. En Afrique du Sud, lanalyse des cohortes les plus atteintes montrent que les femmes de 25-29 ans ont un taux de séroprévalence de 32,5% alors que les hommes de 30-34 ans ont un taux de séroprévalence de 26,5%. Au Cameroun, le ratio est de 3 femmes infectées pour 1 homme alors quil est de 3 femmes pour 2 hommes au Burkina Faso.
Cette féminisation de lépidémie a engendré une relative féminisation des mécanismes publics de coordination de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Au Cameroun, Madame Sinata Koula Shiro est nommée conseillère technique au Ministère de la santé dès 1997. A ce titre, elle a en charge le dispositif public de lutte contre le VIH/Sida en tant que Secrétaire Permanent du GTC du CNLS. Si on se fonde sur son profil, on peut croire que sa nomination révèle deux éléments essentiels : la confirmation de la légitimité experte liée aux compétences techniques et scientifiques du Professeur Koula Shiro et une stratégie presque « genrée » de la coordination du dispositif national de lutte contre lépidémie. Professeur des universités à la Faculté de la médecine de Yaoundé, Madame Sinata Koula Shiro est en effet très connue dans les milieux nationaux et internationaux de recherche et daction sur le VIH/Sida. Elle a participé à plusieurs compagnes politiques en Afrique et en Europe tout en conduisant un nombre important de recherches sur lévolution du virus de VIH/Sida.
Ce double aspect, de féminisation et de compétences, est également perceptible dans la nomination de Madame Mantho Tshabala à la tête du Ministère de la santé en Afrique du Sud en 1999. Il y restera jusquà la démission de Thabo Mbeki en décembre 2008. Certes, le docteur Mantho Tshabalala na pas spécialement travaillé dans les structures de santé liées à lépidémie du VIH/Sida : ses prises de positions révèlent dailleurs une méconnaissance assez flagrante des moyens daction et de protection contre le VIH/Sida. Elle conseille par exemple une importante consommation dail et doignons pour atténuer les effets du virus dans lorganisme. Cette hypothèse thérapeutique na jamais été confirmée par aucun laboratoire de recherche virologique. En revanche, le docteur Mantho Tshabalala est une praticienne respectée dont la réputation et les compétences ont été construites pendant des longues années en tant médecin-praticienne dans les hôpitaux publics au Botswana et au Mozambique.
Le Burkina Faso résiste par contre à cette tendance de féminisation. Le Médecin-colonel Joseph André Tiendrebeogo anime le Conseil national de lutte contre le Sida et les IST depuis sa création en 2001. Il en est le Secrétaire Permanent et dépend directement du Président de la République.
Cependant, la féminisation et le recours à la notabilité liée aux compétences de ces deux personnalités phares dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida népuisent pas les constats sur les nouvelles orientations politiques des réponses à lépidémie. A côté du symbole féminin et de la compétence, la lutte institutionnelle contre le VIH/Sida connaît un autre signe douverture. Ce mécanisme public longtemps porté par une expertise biomédicale souvre à la participation dune élite venue dailleurs. Pour la première fois, on note larrivée dans cet organe exécutif de non-médecins. Ils sont choisis en fonction à la fois de leurs expériences personnelles de lépidémie et de limpact sur lopinion publique des mobilisations quils conduisent soit en tant que professionnels soit en tant que militants ou activistes.
Ces facteurs sont très perceptibles au Cameroun avec larrivée de trois non-médecins issus des services sociaux et de la communication : le cas de Madame Epanya, assistante sociale et animatrice du réseau national « déducation à la vie et à lamour » et de Paul Mougnoutou, animateur de télévision. Ces acteurs venus du secteur non-médical prennent désormais une place importante dans lanimation de laction publique de lutte contre le VIH/Sida au sein du Groupe technique central du CNLS.
Au Burkina Faso, le conseil national de lutte contre le VIH/Sida souvre également à la participation plus large dacteurs non-médicaux avec larrivée des représentants des communautés religieuses et coutumières et des associations de personnes vivant avec le VIH/Sida. Issoufou Tiendrebeogo, Président fondateur de « lAssociation African Solidarité » et membre du conseil dadministration de Sidaction intègre ainsi le conseil national de lutte contre le VIH/Sida, en tant que représentant de la société civile.
En Afrique du Sud, la nécessité de diversifier les profils dacteurs phares dans la coordination nationale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida conduit à la mobilisation des personnes vivant avec lépidémie au sein des dispositifs nationaux. Plusieurs acteurs associatifs, désormais symboles de la lutte contre le VIH/Sida par les personnes concernées elles-mêmes sont donc appelés à jouer un rôle de premier plan dans ces dispositifs : les cas de Zachie Hachmat, dEdwin Cameron et de Marc Heywood qui participent à toutes les réunions publiques et les lieux de réflexions et de décisions sur laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud avec, entre autres, les discussions sur le « Law project », le « Human rights and AIDS in South Africa », etc.
Dans un cas comme dans lautre, la tendance à la diversification de référentiels de laction publique de lutte contre le VIH/Sida est justifiée par léclatement et la diversification de situations sociales désormais associées à lépidémie. Sous ce rapport, le recours aux profils variés dacteurs sociaux est perçu et même reçu comme un mode opératoire capable denrichir la problématique sociopolitique de la lutte contre le VIH/Sida.
Lidée centrale est en effet dobtenir des relais sociaux capables dinduire une double intermédiation : dabord, les animateurs de laction publique de lutte contre le VIH/Sida doivent être en mesure de comprendre et dinterpréter les problématiques médicales de lépidémie afin de mobiliser à la fois les acteurs politiques locaux et les partenaires internationaux en se fondant sur une réelle expertise locale tant de la maladie que du vécu quotidien avec la maladie ; ensuite, ils doivent être en mesure de comprendre et dinterpréter les problématiques sociales et politiques de lépidémie au niveau local afin dinfluer sur les perceptions et les représentations sociales du corps et ainsi dinduire des changements dans le regard sur lépidémie et sur les personnes vivant avec le VIH/Sida. Doù la volonté de médecins et acteurs politiques douvrir les programmes nationaux de lutte contre le VIH/Sida aux spécialistes de sciences sociales, aux acteurs influents auprès de lopinion publique (journalistes, élites religieuses, chefs coutumiers) et aux personnes affectées et infectées par lépidémie.
Cest dailleurs dans ce cadre que se comprend, au sein du Groupe technique central du CNLS camerounais, lémergence de nouveaux jeux de rôle de quelques acteurs de premier plan. Il sagit, dans ce cadre, du nouveau rôle dun journaliste, désormais conseiller au sein du Groupe technique central, chargé de lapproche Pertinence basée sur léducation, linformation et la communication ; dun agent du bureau local du PNUD à Yaoundé, nommé conseiller chargé des relations avec les partenaires et dun représentant des associations de personnes vivant avec le VIH/Sida, nommé conseiller chargé des aspects éthiques. Le journaliste Paul Mougnoutou a dans cette nouvelle configuration la tâche de renforcer le secteur de communication. Lobjectif est de conduire des campagnes de sensibilisation au grand public en investissant les médias et les moyens de communication les mieux adaptés en vue datteindre les populations cibles avec efficacité. Léquipe conduite par Paul Mougnoutou élabore dans ce cadre, les outils de léducation, dinformation et de communication (EIC).
Fred Eboko lavait perçu en notant que « Pour induire ce type de changements, un souci de pertinence s'impose en matière de communication. L'entrée d'un journaliste, dont les compétences professionnelles et le charisme télévisuel sont reconnus, illustre cette volonté de rénovation et, surtout, le souci d'assainir une image institutionnelle que le grand public assimilait jusque-là à la politique du ventre et au sida business ».
La nomination dun agent du bureau local du PNUD à Yaoundé comme conseiller chargé des partenariats appelle un constat pour le moins paradoxal. En effet, tout en affirmant une autonomie daction et de décisions, les animateurs nationaux de laction publique de lutte contre le VIH/Sida intensifient les sollicitations vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux. Ils se montrent donc en situation perpétuelle dattente. En même temps, la nomination de cet agent semble être le gage dune orthodoxie et dune transparence dans la gestion des fonds quils pourraient recueillir de la communauté internationale. Il est clair que, dans les nouvelles configurations de laction publique nationale de lutte contre le VIH/Sida, les bailleurs de fonds internationaux ne sont plus les déclencheurs des initiatives mais leurs seuls financeurs. Du coup, la présence dun agent du PNUD leur apparaît comme une garantie en termes de suivi et de passation de marchés sur le VIH/Sida. On voit dailleurs apparaître plus de technicité et davantage doccasions de réunions de travail, de séminaires et autres rencontres publiques à linitiative des CNLS. Pendant longtemps, de telles initiatives relevaient de lOMS ou de lOnusida qui réunissaient les partenaires locaux mais, avec la nouvelle dynamique des CNLS, cette logique se renverse et les CNLS invitent désormais leurs partenaires à la discussion au cours de séances de travail et de séminaires tout en assurant un rôle dinterface avec les communautés de personnes vivant avec le VIH/Sida.
Enfin, la nomination exceptionnelle du président de lemblématique association de personnes vivant avec le VIH/Sida marque la rupture dans la coordination nationale de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Pendant longtemps y compris au moment du Global program on AIDS de lOMS, les mécanismes de lutte contre le VIH/Sida nont cessé de présenter un caractère plutôt élitiste et autrement technique, fortement noyauté par les médecins et les spécialistes en santé publique. Les personnes atteintes ont toujours été tenues en marge de grandes réunions et, partant, des décisions sur leurs pratiques et leurs souffrances. Elles étaient considérées comme des individus qui devaient attendre que les spécialistes prennent des décisions pour leur santé sans que leur expertise soit reconnue.
« Cette nouvelle image est susceptible dêtre fécondée par lénergie combative reconnue dans lunivers du sida au représentant des personnes atteintes. Les deux collègues sont donc impliqués dans une action et une relation porteuses d'un changement potentiel. En matière de communication, la nouvelle équipe intègre de facto une réalité essentielle de la communication sociale : limage du locuteur peut être aussi importante que le message qu'il édicte ».
Plusieurs études insistaient déjà sur leur expérience propre capable dorienter et dinduire des décisions politiques fondées sur leurs vécus, leurs angoisses, leurs itinéraires thérapeutiques et leurs situations cliniques. En plus, dans un contexte social marqué par lignorance de façon générale des droits fondamentaux, rien ne sérige en mécanisme de protection des droits essentiellement des personnes vivant avec le VIH/Sida, largement victimes de discriminations de tous ordres : stigmatisation et exclusion sociales, transgression du secret médical, inégalités daccès aux soins et autres motifs de rejet, étaient devenus leur quotidien. Lidée dun conseiller éthique est daider à combattre ces violations des droits fondamentaux par la connaissance dabord des expériences des personnes concernées. Les résultats de cette initiative semblent être satisfaisants aujourdhui.
En 2007, on répertoriait un ensemble important de dispositifs juridiques destinés à protéger les personnes vivant avec le VIH/Sida dans les milieux professionnels, dans les écoles et dans la vie sociale. Ces dispositifs ont été luvre des équipes qui entouraient le conseiller chargé des questions éthiques. 94% des personnes rencontrées à Yaoundé estimaient intéressante cette ouverture du CNLS contre 5% sans opinion. En Afrique du Sud, cela représente 98% dans lensemble. Il faut dire quauprès des acteurs politiques, 78% toute tendance partisane confondue, reconnaissent les mérites des personnes vivant avec le VIH/Sida sur la connaissance et la reconnaissance de lépidémie ; 96% de chercheurs tant en médecine quen sciences sociales estiment également important leur participation dans les mécanismes de délibérations politiques et aussi au sein des équipes de recherches. Leur vécu a servi à mieux sensibiliser les milieux encore réfractaires et à démystifier les clichés entretenus sur le vécu du séropositif, dans un contexte où les représentations sociales associaient une sentence de mort immédiate à la séropositivité.
Cette image nécessairement morbide est presque morte avant celui à qui on lassignait. Néanmoins, certaines résistances continuent à être perceptibles. 23% des lycéens rencontrés à Soweto estiment quil faut isoler les personnes vivant avec le VIH/Sida contre 16% à Cape Town. Ils sont 11% à y penser à Yaoundé et 7% à Ouagadougou. 31% dentre ceux de Soweto estiment même quon devait les éliminer physiquement contre 5% à Cape Town, 4% à Yaoundé et 1% à Ouagadougou.
2. Laction publique du VIH/Sida à lépreuve de la décentralisation
Les faiblesses structurelles des administrations publiques en Afrique ont largement été mises en avant dans plusieurs études économiques, anthropologiques et sociologiques sur la dynamique mais aussi les conséquences du VIH/Sida. Or, la décentralisation et la déconcentration permettent de dépasser ces impasses en donnant plus de pouvoir aux structures administratives de proximité. Laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud se fonde sur les structures administratives déconcentrées pour fléchir les effets de la centralisation des décisions sanitaires, en donnant plus de moyens daction aux acteurs et institutions provinciaux.
Au Cameroun, la déconcentration a été envisagée dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida à partir de 2001 avec la mise en place des programmes pilotes dans les districts de santé. Elle prévoit le renforcement des provinces et des districts de santé déjà existants mais appelés à devenir des structures décentralisées de la lutte contre lépidémie, avec la création de 23 CTA et de 2 CTAff. Le GTC sappuie donc sur ces structures pour résoudre également les inquiétudes suscitées par la décentralisation budgétaire. En ce sens, ces unités décentralisées du CNLS gèrent un ensemble de programmes de financement de façon autonome avec lappuie des EPLS et des EDLS.
Lobjectif affiché par le GTC est de rapprocher les politiques de prévention et de traitement des personnes vivant avec le VIH/Sida en assurant une certaine équité dans laccès à linformation, aux examens médicaux et aux traitements. Jusque là, le constat était que les milieux urbains semblaient être largement favorisés. Les malades des milieux ruraux étaient laissés pour compte dans la politique antérieure de centralité du CNLS. Mais, en Afrique du Sud, la décentralisation veut également répondre à la question de genre et des droits catégoriels en prenant en compte les besoins des femmes enceintes et des enfants orphelins ou porteurs du VIH/Sida.
Enfin, il y a sur fond au Cameroun, au Burkina Faso comme en Afrique du Sud, lidée de faire participer les communautés à la nouvelle politique de lutte contre lépidémie. Au Burkina Faso, AAS accompagne ces politiques de déconcentration à partir dun mécanisme de prise en charge et de prévention en milieu rural, soutenu par les Unités mobiles de dépistage du VIH/Sida. De son côté, le PNLS burkinabé a procédé en 2004 à la création des unités décentralisées regroupant les chefs traditionnels et religieux, les leaders sociaux et les professionnels locaux de santé, pour accélérer un accès différentiel des personnes vivant avec le VIH/Sida aux soins de santé, en mettant à leur disposition un personnel médical et non médical spécialement formé pour répondre aux besoins suscités par lépidémie. Cest un peu comme le programme de tutorat sanitaire, initié dans plusieurs Townships en Afrique du Sud. Des volontaires australiens et allemands, notamment, accompagnent ces dispositifs dans plusieurs Townships dont Kayelitsha, Langa et Guguletshu dans la région du Cap. Le but de ces dispositifs est de faire côtoyer diverses expériences de personnes sous traitements avec les médecins et volontaires des champs sociaux interagissant dans le domaine de la santé.
Lexpérience de la maladie impose aujourdhui, plus quavant, une variété de techniques dappropriation et de réappropriation tant des traitements que de la maladie elle-même. Elle ne saurait faire léconomie du discours et du vécu des malades eux-mêmes, à la fois témoins des changements sociaux engendrés par la maladie et victimes de contraintes socio-économiques locales et internationales qui affaiblissent les politiques jusquici imaginées pour combattre lépidémie. Lexpérience des malades dans différents contextes de vie illustrent les difficultés auxquelles se heurtent les politiques de décentralisation et de déconcentration. Elles sont conduites dans un contexte de profondes inégalités structurelles, marquées par de nombreux décalages matériels et symboliques, entre la ville et la campagne, entre le milieu de vie « normal » et lhéritage des politiques de peuplement en townships, entre la médecine moderne et le retour quelque peu occulté à la médecine traditionnelle ou même au charlatanisme, faute de trouver une issue favorable à la longue période de médication. Malgré les efforts des médecins et de politiques, cette action bute sur les représentations des individus qui ne croient plus aux traitements à vie, à une maladie quasi chronique, rapidement assimilée à laction maléfique dun tiers et donc dont le remède viendrait non pas du médecin mais plutôt du guérisseur.
Au Cameroun, la question de la décentralisation et de la déconcentration émerge de temps à autre dans les débats et les textes administratifs, depuis les indépendances. Mais, cette volonté sest toujours heurtée dune part à la volonté de lEtat daffirmer son caractère unitaire face aux irrédentismes anglophones et de lautre par le désir des ministères de contrôler à partir de la métropole toutes les ressources politiques et symboliques. Toutes ces raisons conduisent finalement les acteurs politiques camerounais à saccommoder de la très forte centralisation de l'État.
« Cette dynamique historique est elle-même liée au fait que le régime d'Ahidjo (19581982) s'est construit sur une volonté de centralité dans ce pays qui était une république fédérale (depuis 1961) devenue une république unitaire en 1972 en réduisant au maximum toutes les velléités d'autonomie, même relatives, au profit du volet unitaire qui a toujours contrarié la nécessité de décentraliser l'action étatique ».
Fred Eboko note dailleurs un paradoxe qui semble être justifié par une longue tradition administrative dont les habitus confortent implicitement la centralité de lEtat. En ce sens, selon lui, les responsables des délégations provinciales se réfèrent habituellement aux autorités centrales de Yaoundé pour « conduire ou avaliser des projets qui leur sont soumis au niveau local ». Ils attendent donc lautorisation ou laccord de Yaoundé en même temps quils formulent des plaintes contre les « autorités verticalement hiérarchiques » de la métropole qui, selon eux, nencouragent pas la déconcentration des décisions administratives. « Sur le papier, le maître mot est toujours la décentralisation qui se décline sur le terrain d'une manière très variable, entre délégation, déconcentration et dévolution ».
Ces tensions sont également envisageables dans les dynamiques de lépidémie au Burkina Faso où on note également des contradictions entre la volonté officiellement orientée vers la déconcentration de laction publique du VIH/Sida et les dynamiques réelles de cette action dans la gestion quotidienne des décisions et des trajectoires de lépidémie par les délégations provinciales. Ces dernières nont aucune marge de manuvre dans la gestion de lépidémie sinon relayer, au niveau provincial, les décisions de ladministration centrale sans aucune possibilité de les décliner en fonction des besoins et des attentes réels des personnes sous leur compétence. En définitive, la « division sociale du travail », dans le champ de la lutte contre le VIH/Sida est largement éprouvée par les tensions qui caractérisent les politiques de décentralisation en Afrique mais moins en Afrique du Sud quau Cameroun et au Burkina Faso.
Chapitre 5 -
LES REPRESENTATIONS SOCIALES DE LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
Lanalyse de laction publique de lutte contre le VIH/Sida sintéresse également aux dynamiques socioculturelles et aux points de vue sociopolitiques qui permettent dappréhender les changements sociaux, les logiques de recours aux politiques de prévention, les principes dadministration des traitements et les soutiens apportés aux malades.
Comme le souligne Didier Fassin, « il ne suffit pas de manifester une volonté aussi généreuse soit-elle, il faut aussi se donner les moyens dappréhender les réalités des pays les plus dramatiquement confrontés au sida, les programmes de prévention et de traitement qui y sont développés ».
Ces connaissances semblent encore, dans le cadre de lanalyse de laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique, très fragmentaires et surtout marquées par une singulière difficulté à dépasser la seule évocation des faiblesses administratives et des difficultés structurelles de lEtat africain et des adjectifs qui lui sont pour cela associés.
De fait, laction publique de lutte contre le VIH/Sida met à nu non seulement les faiblesses des institutions publiques africaines mais aussi la difficulté didentifier les capacités propres aux acteurs africains de prendre des décisions significatives sur des objets politiques, surtout lorsque ceux-ci échappent essentiellement aux niveaux locaux et recouvrent un sens fortement global. Le sens global du VIH/sida découle de ses premières origines internationales et de la mobilisation de la communauté internationale qui a marqué ses premières politiques.
En ce sens, les mécanismes locaux semblaient de fait se réduire à la seule action de décodage et dinterprétation, au niveau national, de différentes politiques issues des logiques daction internationales, souvent le fait des agences spécialisées des Nationales Unies, des organisations non gouvernementales occidentales et dautres agences de coopération internationale. Ils essayaient de formaliser et de relayer les recommandations internationales qui, à cette période, étaient pensées pour prévenir les nouvelles contaminations tout en assurant une prise en charge de personnes déjà contaminées par le virus. Sous ce rapport, la communication sur lépidémie a été articulée autour de la prévention et la prise en charge exclusivement psychosociale. La théorie en cette période était de montrer que lune sans lautre affaiblissait la dynamique de réponse à lépidémie en vue de protéger lordre public.
En même temps, les pouvoirs publics étaient face à un dilemme : dun côté, les populations non encore infectées attendaient des informations de toute sorte sur les moyens les plus efficaces de se protéger contre le virus et de lautre, celles déjà en contact avec le virus, réclamaient une prise en charge spécifique. Or, ladministration, en loccurrence les structures de santé publique, semblait financièrement incapable de fournir les services exigés par les uns et les autres. Aussi, la prévention de nouvelles contaminations sest imposée comme premier modèle routinier de laction publique de lutte contre le VIH/Sida (section 1). Elle sest traduite par la mise en place doutils dinformation, déducation et de communication de masse. Mais, au fur et à mesure que la maladie faisait des victimes, on sest vite aperçu quil devenait intenable, voir inapproprié, de continuer à prioriser la prévention sans envisager une action daccès aux soins et aux médicaments pour ces nombreuses personnes déjà en contact avec le virus (section 2).
Positionnement panoramique du cinquième chapitre
LES REPRESENTATIONS SOCIALES DE LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
SHAPE \* MERGEFORMAT
Section 1
A lorigine, linformation, léducation et la communication
Linformation, léducation et la communication (IEC) reposent sur les conseils de prévention, laccompagnement psychologique vers les tests de dépistage et le suivi psychosocial de personnes dont les résultats de tests de dépistage montrent quelles ont été en contact avec le virus. Ces actions de soutien constituent pour ainsi dire la priorité des pouvoirs publics dans la lutte contre le VIH/Sida. Aujourdhui encore, ces stratégies de contrôle et de prise en charge de la maladie se trouvent, malgré laccès aux médicaments, à la base de laction publique de lutte contre le VIH/Sida et en constituent exactement lossature dans la plupart de pays africains.
Mais, en termes de dépenses, lIEC représente 39% du budget de laction publique de lutte contre le VIH/Sida au Burkina Faso, contre 35% pour les soins cliniques et les traitements, 19,4% pour atténuer limpact social de lépidémie et 6,6% pour lappui institutionnel et la coordination du CNLS. Ces dépenses sont respectivement de 27,9%, 64,4%, 4,1% et 3,6% pour le Cameroun alors quelles représentent 19,7%, 70,2%, 7,4% et 2,6% pour lAfrique du Sud.
Dans ce cadre, les associations diffusent régulièrement des informations médicales, culturelles et sociales sur lépidémiologie à partir doutils pédagogiques dIEC. Elles ont été rejointes par les points focaux de différentes administrations publiques engagées dans la lutte contre le VIH/Sida. Au Cameroun, cette orientation justifie le rôle et la place de Paul Moungnoutou justement recruté par le Groupe technique central du CNLS pour ses compétences et sa notoriété dans le domaine de lIEC compte tenu de ses activités antérieures dans les médias en tant que journaliste. En un sens, la coordination du CNLS camerounais recherchait ce type de profil en vue dinduire des changements sociaux à travers les méthodes et les outils de communication de masse. Il sagissait donc avec larrivée de ce journaliste dont les compétences audiovisuelles et le charisme auprès du grand public étaient largement reconnus, dapporter des innovations dans les campagnes de sensibilisation populaires, en se basant sur les nouvelles approches de communication. En Afrique du Sud, le gouvernement a créé des centres provinciaux dinformation sur le VIH/Sida « AIDS Training and Information Centre (ATIC) » qui centralisent et diffusent linformation utile sur les différents aspects de lépidémie. Ces centres appuient laction des délégations provinciales de lutte contre le VIH/Sida.
Le besoin dIEC est également justifié par le caractère insaisissable dune épidémie du VIH/Sida dont les connaissances et les savoirs sont produits en même temps quon découvre ses effets sur le vécu de ceux qui en sont victimes. Au Cameroun et au Burkina Faso, les campagnes de sensibilisation sont largement soutenues par les agences de lONU, spécialement celles fédérées au sein de lOnusida, et le Fonds mondial. Entre 2002 et 2007, les budgets nationaux destinés à la prévention ont été multipliés par 3.7. LIEC vise en effet la sensibilisation du grand public sur les modes opératoires du virus : moyens de contamination et de transmission, modes de reproduction dans lorganisme humain, symptômes cliniques, etc.
LIEC sappuie sur le test de dépistage suivant deux logiques : tout dabord, sur le plan individuel, elle aide les personnes qui sy soumettent à connaître leur statut sérologique afin de se protéger davantage ; ensuite, sur le plan collectif, les services de surveillance épidémiologique sen servent comme principal outil scientifique qui permet dobtenir les statistiques sur la séroprévalence et les groupes sociaux les plus exposés à la maladie, afin de mieux orienter les campagnes de sensibilisation vers les publics les plus vulnérables dun point de vue sociologique.
Laction publique dIEC ne résulte pas dun choix politique au sens de Larry Gerston, puisque les acteurs politiques navaient pas dautres possibilités que de mener une action publique de prévention. Cette tendance a été justifiée par un fait majeur : les couts financiers, sociaux et médicaux des premières trithérapies étaient prohibitifs pour les économies et les systèmes de santé africains, avec notamment une quasi-inexistence de mécanismes publics de sécurité sociale.
Denis Matwa le note à propos de lAfrique du Sud : « le gouvernement refusait dacheter les trois antirétroviraux au motif que la facture totale aurait été beaucoup trop lourde. Les malades devaient se débrouiller pour se procurer les médicaments pouvant les sauver. Le revenu mensuel moyen dun ménage sud-africain ne dépassait pas 1500 rands, si deux membres dune même famille étaient infectés, il devenait impossible de soigner les deux ».
Aujourdhui, les politiques de sensibilisation et les stratégies de communication engloutissent environ 39% du budget des opérations du CNLS pour la lutte contre le VIH/Sida au Cameroun et 35% au Burkina Faso.
En Afrique du Sud, cette tendance sinverse au profit des politiques daccès aux traitements qui depuis 2004 sont la priorité de laction publique avec environ 70% du budget national consacré à laction publique de lutte contre VIH/Sida. LEtat sud-africain prend en charge lensemble de dépenses liées aux traitements du VIH/Sida y compris les examens biologiques, pour lesquels les patients sous traitement sont gratuitement traités.
Quatre dimensions essentielles structurent laction publique dans le domaine de lIEC : la prévention de nouvelles contaminations, la fourniture publique des préservatifs, les campagnes publiques pour les changements de comportement et le soutien aux acteurs sociaux construits comme des relais de laction publique.
1. La perception différenciée de la prévention de nouvelles infections
De façon générale, la prévention de nouvelles contaminations est une constance de laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique. Elle a, à maintes reprises, été expliquée à partir de divers déterminants qui tiennent compte de la vie politique, des réalités économiques et des pratiques culturelles locales. Il y avait également les difficultés dexperts nationaux et internationaux à comprendre et à interpréter lépidémie au cours de ses premières heures si bien que la communauté internationale a dès le début recommandé la prévention comme politique prioritaire face au développement de lépidémie dans les pays du Sud.
De fait, comme le souligne le docteur Kouafack, la prévention vise à « aider les populations à apprendre comment se transmet le virus du VIH/Sida, à pratiquer une sexualité à moindre risque, à effectuer un dépistage du VIH et, selon les résultats, à prendre des mesures pour éviter dêtre infecté ou dinfecter les autres ».
En ce qui concerne lAfrique, cette orientation politique sest rapidement imposée compte tenu également du contexte sociopolitique dun continent par ailleurs sous tutelle économique et financière dont il a vraisemblablement du mal à saffranchir.
En effet, le VIH/Sida entraine une crise épidémiologique qui nécessite un investissement financier très considérable. En 2006, le montant des fonds gouvernementaux dépensés pour lépidémie était denviron 11 millions deuros pour le Burkina Faso et de 17 millions deuros pour le Cameroun. Dans ce contexte, seuls les mécanismes traditionnels de solidarité internationale pouvaient en soutenir le coût afin datténuer ses effets sur les dépenses publiques nationales.
Cependant, un peu plus de vingt cinq ans après, quelques zones dombre subsistent encore sur la manière dont la prévention a réellement été perçue et reçue par les populations locales, compte tenu des statistiques actuelles sur lépidémiologie. A-t-elle réellement influé sur les représentations sociales de la maladie et du corps ? A-t-elle induit des changements sociaux en termes de responsabilité pour quon soit désormais capable didentifier une attitude responsable vis-à-vis de la maladie et des personnes malades ?
167 des 500 personnes rencontrées en Afrique du Sud et au Cameroun, dans différents points daccès à linformation et interrogées à cette fin, estiment « être encore prêtes à contaminer dautres individus au cas où leur test révélerait quelles sont elles-mêmes atteintes du virus de VIH/Sida ». Ce qui représente environ 30% des enquêtés dont 62% de Sud-africains et 38% de Camerounais. Cette attitude est liée à la perception et même à la réception du discours couramment véhiculé dans les campagnes de prévention. Celui-ci construit lépidémie de VIH/Sida en une maladie fatale. Cette perception est dailleurs soutenue et entretenue par les images que les campagnes de prévention véhiculent sur le corps du malade, souvent représenté en phase de défiguration. En Afrique du Sud, par exemple, on découvre souvent quon a été en contact avec le virus lorsquon se trouve au stade de la maladie, cest-à-dire au stade où lorganisme manifeste les lignes cliniques du Sida. Environ 2 millions des 6 millions de personnes infectées par le VIH en Afrique du Sud, vivent en état de Sida. Comme pour sen convaincre, on peut également se référer aux discours des enquêtés eux-mêmes. Un peu plus de 60% dentre eux, laissent sous-entendre que le fait dêtre séropositif condamne inéluctablement à la mort. Le VIH/Sida est sous ce rapport perçu comme une « maladie de la mort ».
Par ailleurs, la plupart des enquêtés pensent quils ne peuvent avoir été contaminés que par leurs partenaires sexuels. Cette attitude révèle ce sentiment de vengeance qui les conduirait à transmettre volontairement le virus à autrui. En même temps, la plupart dentre eux reconnaissent les « souffrances sociales » liées au fait dêtre victime de la maladie. Ces souffrances sont selon eux occasionnées par le « rejet familial », les difficultés à « mener une vie sexuelle et sentimentale normale », les difficultés à se « maintenir dans le monde du travail », etc. Ils craignent la discrimination dont sont encore victimes les personnes vivant avec le VIH/Sida et redoutent lensemble de clichés qui les stigmatise. Comme le souligne Edwin Cameron, « tout comme lépidémie elle-même, la stigmatisation tue aussi. Elle est un interdit qui empêche les Sud-africains de se faire dépister, de parler de leur séropositivité ou de demander de lassistance à un tiers ».
Cependant, les perceptions, les représentations et même les effets de laction de prévention chez les individus varient selon trois principaux facteurs : leur condition de vie, leur milieu de résidence et leur niveau dinstruction. En effet, la plupart de ceux qui ont répondu « être en mesure de protéger autrui », dans une démarche de responsabilité, quels que soient les résultats de leur test de dépistage, sont des étudiants ou des cadres moyens et habitent les quartiers sûrs.
En un sens, les messages de prévention sont favorablement perçus, reçus et interprétés par les habitants des quartiers sûrs ou plutôt des « quartiers modernes » pour reprendre lexpression de nombreux Camerounais. En Afrique du Sud, on parle plutôt de zones « safe ». Il sagit des quartiers de Denver et de Bonapriso, à Douala ou de Green Point et de Rosebank, à Cape Town. A linverse, se trouvent ceux qui habitent les quartiers populaires de Daido, à Douala et de Brooklyn, à Cape Town. Les représentations et les perceptions de la maladie, dans ces deux derniers sites, reflètent à peu près celles recueillies dans une autre enquête à Soweto : 160 des 250 personnes rencontrées à différents moments à lHôpital Chris Ani Baragwanath disaient « ressentir de la haine en pensant à une éventuelle contamination par le virus du VIH/Sida ». Pour ces personnes, lexposition au VIH/Sida viendrait « inévitablement de leurs partenaires sexuels ». Elles utilisent différentes expressions pour noter la responsabilité de leurs partenaires. Ces derniers se seraient en effet rendus responsables de ne les avoir « pas protégés », ou davoir « été infidèles » ou « dêtre parti chercher la bête dehors pour lamener à la maison ». Pour justifier cette attitude, Edwin Cameron observe qu« on est dans des sociétés et dans des contextes de sensibilisation où la communication a été orientée de sorte quil devienne difficile de penser à une transmission accidentelle du VIH/Sida. Celle-ci est quasiment impossible en Afrique du Sud ».
Paradoxalement, comme à Daido et à Brooklyn, la plupart de personnes habitant à Soweto qui associent « le risque dêtre le plus contaminé par le virus de Sida à linfidélité », ont déclaré êtres eux-mêmes engagés « dans une situation de multipartenariat ». Elles représentent de ce fait 89% à Daido, 72% à Brooklyn et 87% à Soweto. La distinction selon le genre est quasi inexistante dans la pratique du multipartenariat dans les townships : les femmes comme les hommes se trouvent dans ce type de relation sexuelle avec plusieurs partenaires dans le même espace de temps. Cependant, toutes les manifestations de la stigmatisation ne viennent pas uniquement de sources externes. Edwin Cameron décrit sa propre expérience de lannonce pour lillustrer. Dans ses mémoires, on peut lire que lorsquon lui a annoncé quil était séropositif, il sest « senti contaminé et honteux ». Au début, il imaginait que ses sentiments dêtre contaminé et davoir honte venaient du fait quil avait contracté le VIH à partir des relations homosexuelles. Cependant, au cours de ses années de lutte dans les réseaux militants antisida, il sest aperçu que ces sentiments de honte et de contamination étaient particulièrement présents chez nombreux autres personnes infectées, quels que soit leur orientation sexuelle, leur sexe, leur race ou leur niveau de culture.
Dans ces enquêtes, seules les différences nationales semblent moduler les résultats obtenus sur les postures adoptées par les individus à légard de la contamination. Au Cameroun, 39% des enquêtés affirment « ne pas avoir de responsabilité quelconque qui les obligerait à protéger leur partenaire au cas où ils viendraient eux-mêmes à être dépistés séropositifs » ; ils sont 23% au Burkina Faso et 41% en Afrique du Sud à avoir le même sentiment.
Les différences entre les quartiers modernes et les quartiers populaires se précisent encore mieux sur un autre type de variable : la connaissance de personnes séropositives proches ou pas de leur famille. Les personnes rencontrées à Denver, Bonapriso, Green Point et Rosebank connaissent moins dindividus séropositifs que celles rencontrées à Daido, Soweto et Brooklyn. En effet, 14.1% dindividus du premier groupe déclarent « connaître personnellement une ou plusieurs personnes séropositives ». Elles sont 56% dans le second groupe. Cette différence peut être expliquée à la fois par le niveau de visibilité sociale de la maladie dun environnement à lautre et par le type de liens sociaux qui unissent les populations dans ces lieux de résidence. En loccurrence, la maladie est socialement plus visible dans les milieux populaires plutôt que dans les quartiers où résident les classes bourgeoises et moyennes. A Daido, Soweto et Brooklyn, on observe encore une sorte de cohabitation qui maintient certaines formes de solidarité traditionnelle alors quà Denver, Bonapriso, Green Point et Rosebank, on constate une sorte dindividualisme qui fait de sorte que les voisins ne se rencontrent pas du tout.
Ceci expliquant cela, alors que les personnes interrogées dans le premier groupe déclarent dans 23% de cas quil « sagit dune connaissance proche », cest-à-dire un parent, un ami, un collègue de travail, un partenaire sexuel ou un ancien partenaire, dans le second groupe elles sont 67% à apporter cette précision. Ces données confirment des enquêtes sociologiques et anthropologiques qui concluent sur le taux très élevé de prévalence de VIH/Sida dans les milieux défavorisés et la moindre visibilité sociale de la maladie, dans les milieux moins pauvres.
Cette proximité subjective à légard de la maladie et la réception de laction de prévention sont fortement corrélées à cette sorte de perception que les individus se forge du risque personnel dêtre contaminé par le virus de VIH/Sida. Les personnes qui déclarent connaître un individu séropositif sont en effet plus nombreuses dans la catégorie de celles qui craignent dêtre infectées ou même qui déclarent être en mesure de transmettre volontairement le virus au cas où elles découvriraient quelles ont, elles-mêmes, été contaminées : celles qui habitent les quartiers modernes qui, en plus, ont un niveau de vie et un niveau de culture plus élevés, moins nombreuses à déclarer connaître une personne contaminée, sont aussi moins nombreuses à déclarer être capables de transmettre lépidémie en cas de leur propre contamination par le virus de VIH/Sida.
Cette idée peut aussi expliquer le constat dune diffusion différenciée de lépidémie au niveau national entre la ville et les zones périphériques ou, pour rester dans notre enquête, entre les quartiers modernes et les quartiers populaires. On considère que les individus sont, dans leurs choix de partenaires, très marqués par les notions de « territorialité » qui façonnent leurs habitudes et leur sociabilité si bien quils ne passent pas ou que très rarement dune catégorie résidentielle à une autre. De fait, nous ne nous intéressons pas nécessairement aux différences des tendances épidémiologiques entre les milieux urbains et les milieux ruraux mais plutôt dans les milieux urbains, entre la ville et sa périphérie populaire. Il y a comme une certaine territorialisation de la vie sexuelle dont la cartographie dessine une frontière très forte entre les niveaux de vie et dinstruction et les milieux de résidence.
En effet, les rencontres sentimentales suivent cette cartographie qui voudrait que la mobilité soit très réduite dans la conquête sexuelle. En un sens, les individus du premier groupe resteraient, dans leurs relations sexuelles, largement liés à dautres individus de ce groupe alors que ceux du second groupe seraient avec leurs pairs. Autrement dit, les individus habitant à Green Point et Rosebank pourraient avoir des rapports sexuels soit avec dautres individus de Green Point soit avec ceux de Robebank mais ils auront moins de possibilités de rencontre avec les individus qui viendraient de Brooklyn ou de Soweto. Cette hypothèse de la territorialisation des pratiques sexuelles saccommode également des théories de la reproduction sociale de Pierre Bourdieu.
2. Les représentations sociales de la campagne daccès au préservatif
Laction de prévention du VIH/Sida est également portée par les politiques dencouragement et dincitation à lusage du préservatif. Le marketing social du préservatif a été soutenu par les gouvernements, même dans un environnement politique souvent soumis aux pressions des autorités religieuses très opposées à cette pratique perçue comme un moyen dencourager linfidélité et la dépravation de murs. Aujourdhui, on constate que les jeunes utilisent largement le préservatif à lentrée de la vie sexuelle. Au Cameroun, 69% des jeunes entre 18 et 24 ans ont utilisé un préservatif au premier rapport. Ils représentent 64% au Burkina Faso et 59% en Afrique du Sud. Ils ne sont que 7.9% à en utiliser dans la tranche de 30 à 49, au Cameroun, 8.2% au Burkina Faso et 5.7% en Afrique du Sud.
Ces écarts sexpliquent en partie par trois variables de cible, dhabitudes et de stabilité. Dabord, laction de prévention est largement orientée vers les plus jeunes qui ont perçu et interprété ce message comme une injonction morale à faire usage du préservatif au moins au cours de leurs premiers rapports sexuels. La catégorie de 16-24 est largement stigmatisée comme la population à risque, fortement concernée par le développement de nouveaux cas de contamination par le VIH/Sida. Elle fait exploser les statistiques de la surveillance épidémiologique partout en Afrique. Au Burkina Faso, cette catégorie représente à elle seule 50% de nouvelles contaminations annuelles au virus du Sida.
En plus, et cest la conséquence de linterprétation minimaliste de linjonction précédente, les jeunes prennent progressivement plus de risque au fur et à mesure quils sinstallent dans la vie sexuelle. Il y a ici comme une accoutumance à la vie sexuelle qui produit ce sentiment de confiance selon lequel, ils abandonnent progressivement le préservatif. On observe dailleurs que les jeunes ont tendance à se débarrasser très vite du préservatif lorsquils sinstallent dans la vie sexuelle, même avec un nouveau partenaire sexuel. Enfin, ceux qui entrent dans la vie sexuelle à 30-49 ans et ceux qui atteignent cet âge dans la vie sexuelle, sont plus nombreux à être engagés dans une relation sexuelle plutôt stable que les plus jeunes. Du coup, ils consomment moins de préservatifs à lentrée dans la vie sexuelle que ces derniers. Cette tendance est représentée par des jeunes « catho » ou dautres églises chrétiennes marquées par les discours qui véhiculent les valeurs de labstinence avant le mariage et de la fidélité dans le mariage.
Toutefois, le préservatif est un consommable dont lusage néchappe pas à laccès différentiel qui caractérise laccès général et les mécanismes de distribution des biens, dans des sociétés soumises à la rareté et à la rupture de stocks. En loccurrence, laccès différentiel est lié à deux variables : le niveau de vie et le niveau déducation. Limpact de laction de diffusion du préservatif, en termes de santé publique, souffre précisément de cette différentiation sociale. Les associations de lutte contre le VIH/Sida et les services de santé publique semblent encore très éloignés de la vie des individus si bien quon constate encore un accès sélectif aux mécanismes de diffusion massive de préservatifs dans ces trois pays. Jusquà ce jour, le préservatif est encore dans un état dobjet à caractère essentiellement commercial et dont le prix le rend largement inaccessible à tous ceux qui en ont le plus besoin.
De fait, au-delà de la classification catégorielle précédente par tranches dâge, lutilisation du préservatif au premier rapport sexuel est plus faible chez les personnes sans diplôme, donc sans revenu ni moyen daccès à lIEC en matière de santé publique. Or, ces individus représentent dans ces trois pays, la masse populaire la plus importante. Au Cameroun, les jeunes entre 18 et 30 ans sans diplôme sont 17% à rapporter avoir utilisé un préservatif contre, dans la même tranche dâge, 68% des diplômés du supérieur. Ces chiffres représentent respectivement 11% et 59% au Burkina Faso et 9% et 61% en Afrique du Sud.
En plus, un autre décalage entre laction de prévention et les réalités sociales intervient au niveau des idées qui soutiennent les campagnes dinformation auprès des publics concernés. En effet, contrairement à lidée très répandue dans plusieurs rapports dévaluation des CNLS et selon laquelle, les individus qui entrent très jeunes dans la vie sexuelle adoptent moins fréquemment des pratiques de prévention que ceux qui retardent cette entrée, lusage du préservatif varie très peu avec lâge dentrée dans la vie sexuelle. Les personnes qui entrent très tard dans la vie sexuelle déclarent moins fréquemment avoir utilisé un préservatif lors de leurs premiers rapports sexuels. Les jeunes camerounais de moins de 30 ans sont 52% à avoir déclaré lusage dun préservatif lorsque ce premier rapport sexuel est intervenu avant 16 ans, 57% lorsquil a eu lieu entre 16 et 20 ans alors que ceux qui sont entrés dans la vie sexuelle à partir de 21 ans sont 41% à avoir utilisé un préservatif. Ces chiffres représentent respectivement 49%, 56% et 42% au Burkina Faso et 43%, 53% et 39% en Afrique du Sud.
Par contre, dans les trois cas nationaux, lusage du préservatif est en augmentation chez les personnes qui ont eu leurs premiers rapports sexuels au début des années 2000 quelque soit lâge avec lequel ils y ont accédé. Cette tendance atteste sans nul doute dune réception positive de laction de prévention à partir de la seconde moitié des années 1996 pendant laquelle lOnusida a mis la priorité sur la prévention de nouvelles contaminations grâce à la distribution massive du préservatif. Cest dailleurs au cours de cette période que les prix du préservatif ont fortement baissé et que les services publics ont entrepris de mettre les préservatifs à la disposition des usagers dans les lieux particulièrement fréquentés par les populations à risque : hôtels, campus universitaires, hôpitaux, etc. Dans plusieurs situations, ils ont commencé à être gratuitement distribués, surtout quil ny avait pas de médicaments à cette période. Laction publique de prévention était alors portée par une trilogie : labstinence des rapports sexuels pour les jeunes et les adolescents ; la fidélité pour les couples sexuellement actifs et lusage du préservatif pour les individus appartenant aux groupes à risque (prostituées, homosexuels et usagés de drogue). Au Cameroun, 72% de personnes qui ont eu leurs premiers rapports sexuels après 2000 déclarent avoir utilisé un préservatif. Elles sont 69% au Burkina Faso et 57% en Afrique du Sud.
Toutefois, lusage du préservatif parait plus systématique chez les personnes qui commencent une relation sexuelle avec un nouveau partenaire au Burkina Faso quau Cameroun ou en Afrique du Sud. Elle représente en effet respectivement 66%, 48% et 41%. Le même constat se dégage chez les personnes qui ont eu au moins deux partenaires au cours des douze derniers mois précédent la période de notre enquête. Les personnes qui ont eu plus de deux partenaires au cours de cette même période se protègent davantage que celles qui nen ont déclaré que deux. Cette attitude sexplique certainement par la prise de conscience du niveau de risque au fur et à mesure que lon entre dans une instabilité sexuelle. Il y a ici lidée dune accoutumance de type pavlovien qui influe systématiquement sur le désir des personnes à utiliser le préservatif. Le changement de partenaires ou la multiplication de partenaires entraine la conscience que lindividu sexpose davantage au virus. Ce constat est contraire au discours qui voudrait que la stabilité dans la relation sexuelle avec un même partenaire entraine la confiance et aboutit à labandon du préservatif. Certaines personnes précisent par exemple avoir recours au préservatif lorsquelles franchissent une barre que la majorité met à deux partenaires. A tel point que, même revenu à un seul partenaire, elles continuent à utiliser le préservatif. En outre, même ceux qui estiment ne pas se protéger dans une relation avec un ou deux partenaires, commencent à envisager dutiliser le préservatif avec le troisième partenaire jusquà létendre sur les deux premiers partenaires.
Lhomosexualité et lhétérosexualité apparaissent également comme des indicateurs qui renseignent sur les modes de représentation et de réception de laction publique du préservatif. En effet, les hommes ayant des pratiques homosexuelles sont plus nombreux à déclarer avoir utilisé le préservatif que ceux qui ont des pratiques hétérosexuelles. Cette donnée confirme le caractère homosexuel des premières campagnes de sensibilisation tout en attestant certainement de limpact positif de ces premières campagnes en milieu gays quand bien même, dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique, on sintéresse peu ou pas à ce public que les politiques feignent dignorer. Les homosexuels africains accèdent à linformation sur le VIH/Sida par Internet et les médias gays quils se partagent dans des réseaux discrets, fermés et opaques pour se protéger de la stigmatisation et des discriminations homophobes encore nombreuses dans ces trois pays.
3. Les changements socioculturels : une étude de cas à Soweto
Une autre enquête, cette fois-ci grâce à un essaie randomisé portant sur des individus et des couples rencontrés à lhôpital Chris Ani Baragwanath de Soweto, permet de mettre en lumière quelques changements sociaux et comportementaux induits par laction publique dinformation, déducation et de communication sur le VIH/Sida. Au cours de cette enquête, nous avons constitué deux groupes, observés selon une méthode longitudinale pendant dix-huit mois : lessai à été monté lors dun premier séjour denquêtes en mars 2006 et les conclusions produites au cours dune autre enquête en septembre 2007. Nous ne connaissions pas le statut sérologique des enquêtés qui constituaient notre échantillon bien que nous les ayons tous rencontrés sur des lieux daccès à linformation et à léducation sur le VIH/Sida, à lhôpital Chris Ani Baragwanath. Les médecins nous avaient en effet expressément recommandé de ne pas particulièrement nous intéresser au statut sérologique des individus qui faisaient partis de ces deux cohortes mais plutôt à leur discours et leur vécu en tant que personnes participant habituellement aux activités de prévention. Le premier groupe était composé de personnes qui participaient aux activités de conseils avant de se soumettre au test volontaire de dépistage du VIH/Sida alors que le second était composé dindividus issus de ce quon y appelle les « cellules déducation sanitaire de base », sans aucun lien avec le test de dépistage du VIH/Sida.
Au terme de dix-huit mois dobservation et de suivi, les premiers constats faisaient ressortir quelques disparitions dans lun et lautre groupe mais, les individus, du moins ceux qui étaient encore-là, nétaient jamais passés dun groupe à lautre. Les disparitions pouvaient-être expliquées soit par la mobilité occasionnelle essentiellement liée à la recherche du travail ou à la vie familiale des individus souvent appelés à retourner dans leur giron dorigine ; soit par la mobilité naturelle liée au décès des patients séropositifs qui, à Soweto, inondent le cimetière installé en face de lhôpital Chris Ani Baragwanath. Ces disparitions nont toutefois pas affecté les observations globales.
Les premières leçons de ces observations révèlent que, pour les personnes du premier groupe (conseils avant le dépistage), lusage du préservatif dans les rapports sexuels avec leurs partenaires réguliers et occasionnels au cours de la période suivant le test de dépistage du VIH/Sida a augmenté. Certes, leur statut sérologique avant et à lissue de leur test de dépistage était inconnu mais, il nest pas incongru de conclure que le test de dépistage du VIH/Sida peut, quelque soit son résultat, induire une réelle modification de comportement et de représentation de lépidémie et du corps. Les individus prennent finalement conscience du fait que lusage du préservatif lors dun rapport sexuel soit lun sinon le moyen le plus efficace de se protéger et de protéger autrui.
Au cours de la même période, le second groupe, celui de ceux qui ont bénéficié de « léducation sanitaire de base », rapporte une augmentation de la consommation du préservatif. Mais, elle demeure en moyenne, mathématiquement inférieure à celle du premier groupe. En dautres termes, si on observe enfin de compte une augmentation de lusage du préservatif dans les deux groupes, celle-ci est mathématiquement supérieure dans le premier groupe que dans le second. Autrement dit, les individus du premier groupe soumis au counselling avant le dépistage utiliseraient en moyenne plus de préservatifs que ceux du second groupe, participant aux activités régulières de léducation sanitaire de base. Le counselling ou le résultat du dépistage qui sen suit engendre une prise de conscience soudaine du niveau de risque auquel les individus se seraient exposés dans leurs choix de pratiques sexuelles alors que léducation sanitaire de base forge les comportements et les habitudes à légard de la maladie et du corps, au-delà de lépidémie de VIH/Sida. Cette distinction éclaire une autre hypothèse.
En effet, contrairement aux individus sélectionnés au hasard, dans la première enquête sur la perception du virus du VIH/Sida et les représentations de la maladie, qui soulignaient être prêts à transmettre le VIH/Sida si leur résultat se révélait positif, les enquêtés de ces deux groupes de Soweto, insistent sur leur responsabilité à protéger leur partenaire quelque soit leur statut sérologique à lissue du test de dépistage. On constate ici que les mécanismes permanents de léducation à la santé en général induisent plus de changements socioculturels dans la perception et les représentations de la maladie et du corps que les campagnes ponctuelles de sensibilisation. Ces dernières sont dailleurs victimes de la mobilité et de linstabilité de leurs publics alors que dans le second cas, les animateurs sassurent une certaine régularité du public accompagné.
Par ailleurs, ce qui semble également confirmer lhypothèse précédente, les individus appartenant au premier groupe, qui avaient accepté le conseil et le test de dépistage du VIH/Sida ont ensuite fait état dune réduction du nombre de rapports sexuels avec des partenaires occasionnels. Cependant, cette réduction de rapports sexuels, rapportée par le premier groupe, rejoint le niveau initial de rapports sexuels avec des partenaires occasionnels par ailleurs signalé par les individus du second groupe, bénéficiaires de léducation sanitaire de base. Ce qui revient à dire que « léducation sanitaire de base » qui nest forcément pas intervenue avec laction publique de lutte contre le VIH/sida, est un facteur déterminant dans les représentations de la santé en générale. Elle détermine les choix sexuels, la connaissance du risque et la prise de conscience des conséquences des maladies sexuellement transmissibles.
Enfin, il faut noter que les résultats de cette enquête permettent dobserver les effets réels des conseils et des tests volontaires de dépistage dans les dispositifs de lutte contre le VIH/Sida. En Afrique du Sud comme au Cameroun et au Burkina Faso, laccès aux conseils est jusquà ce jour encore considéré comme la stratégie principale de laction publique de lutte contre lépidémie. Dautres résultats peuvent confirmer les bénéfices de laction publique dans le domaine de linformation, léducation et la communication. Par exemple, une personne sur trois déclare avoir déjà fait un test de dépistage en Afrique du Sud, contre une personne sur cinq au Cameroun. Au total, 35% de personnes habitant les quartiers modernes et 29% de ceux qui habitent les quartiers populaires déclarent avoir effectué au moins un test de dépistage du virus du VIH/Sida au cours des cinq dernières années. Au Cameroun, elles sont 23% dans le premier groupe et 19% dans le second. Dans tous les cas, les personnes qui ont eu plusieurs partenaires au cours de ces cinq dernières années sont plus nombreuses à avoir effectué un test que celles qui ont eu un seul partenaire.
Section 2
Les politiques daccès aux traitements antirétroviraux
Les politiques daccès aux traitements, longtemps reléguées au second plan dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique subsaharienne, ont désormais une place considérable dans les dispositifs nationaux de lutte contre lépidémie. On est aujourdhui très loin de lépoque où les experts internationaux, dans une rhétorique très en phase avec les avancées scientifiques dalors mais aussi avec parfois un fonds de pensée culturaliste, déconseillaient la mise sous traitement des malades africains.
En fait, pendant cette longue période, les résultats du dépistage de VIH/Sida permettaient simplement de collecter les statistiques sur les taux de séroprévalence et de construire sociologiquement les groupes de populations les plus vulnérables : leur catégorie sociale, leur classe dâge et leur revenu, etc. En plus, ces données permettaient de mieux coordonner les réponses à lépidémie, notamment les campagnes de sensibilisation, dans la mesure où elles favorisaient lidentification des besoins spécifiques des populations concernées. Mais, dans cette perspective qui a longtemps été soutenue par la communauté internationale, laction publique de lutte contre le VIH/Sida ne prenait pas en compte les souffrances et les besoins thérapeutiques déjà contaminées par le virus. On leur refusait de fait laccès aux médicaments et donc aux soins de santé. Cette posture était particulièrement justifiée par deux facteurs : le coût plutôt élevé des ARV pour les économies et les malades africains et les complications physiologiques liées à ces premières trithérapies.
Aujourdhui, les résultats des tests de dépistage servent à orienter enfin les usagers vers les services de soins de santé adéquats :
« Les conseils après le test, lorsque celui-ci est positif, visent à orienter les séropositifs vers les services adéquats pour un traitement éventuel de la tuberculose ou des infections sexuellement transmissibles, la planification familiale et, le cas échéant, pour le traitement des infections opportunistes, la trithérapie antirétrovirale et la prévention de la transmission mère-enfant ».
Nous nous intéressons dans cette section aux logiques qui ont abouti à la déconstruction des idées culturalistes (1) et à la prévention de la transmission parentale (2).
1. La déconstruction des idées culturalistes
La dissuasion des acteurs politiques africains et des agences de coopération internationales nétait pas uniquement le fait darguments économiques et financiers. Il y avait également une justification soutenue par une sorte de pensée culturaliste plus ou moins manifeste selon les cas et les auteurs. Cest pour montrer ce quil a pu constater comme dérive de la communauté internationale que German Velasquez a entrepris par exemple de critiquer les arguments selon lesquels les pratiques sanitaires en Afrique constituaient un risque pour les malades africains eux-mêmes : ces derniers ne pouvaient pas respecter les exigences des trithérapies, exigences dautant plus lourdes quelles devaient être le fait de médecins spécialisés sur les traitements du VIH/Sida, avec en corollaire une attention particulière aux effets secondaires très nuisibles.
Sur la scène internationale, des arguments culturalistes étaient largement véhiculés autour de la perception et de la représentation du médicament en Afrique. En 2001, Andrew Natsios, alors nommé Administrateur de lOnusida, na pas hésité à en faire usage. Il déclarait en effet que « La lutte antisida devait être presque totalement destinée à la prévention et ne prévoir que très peu, sinon pas dargent, pour fournir des médicaments antirétroviraux aux personnes atteintes du Sida », avant dajouter à propos de personnes vivant avec le VIH/Sida en Afrique :
« Beaucoup dAfricains ne savent pas ce que signifie le temps comme nous, Occidentaux, le concevons. Il faut prendre ces médicaments à certaines heures chaque jour, sinon ils ne sont pas efficaces. Nombre dentre eux nont jamais vu une pendule ou une montre. Et si vous dites une heure de laprès-midi, ils ne comprennent pas de quoi vous parlez. Ils savent ce que cest que le matin, le midi ou le soir, ils reconnaissent quil fait noir la nuit ».
Ces arguments nétaient pas exclusivement le fait dobservateurs non-africains. Ils ont été repris et consolider dans la rhétorique de lélite politique sud-africaine.
En Afrique du Sud, Thabo Mbeki a, sur fond de ce type danalyses, mis en balance les effets secondaires des trithérapies et le bénéfice éventuellement escompté des traitements en termes de santé pour les malades sud-africains, compte tenu non seulement de la toxicité de certaines molécules mais aussi et surtout, des coûts économiques, des cultures locales et des représentations sociales du médicament et du corps. Selon Thabo Mbeki, il y avait un déséquilibre fondamentalement décourageant entre le profit réellement attendu des trithérapies et les conséquences très néfastes sur la santé des personnes vivant avec le VIH/Sida. En un sens, la « dissidence active » du gouvernement sud-africain sous Thabo Mbeki, face aux recommandations de lOMS sur les politiques daccès aux médicaments, était fondée sur cette analyse du risque qui, selon lui, semblait plus élevé que le profit.
Aujourdhui, laction publique daccès aux traitements est justifiée par deux types darguments : le développement de lépidémie au cours des longues années de la prévention et la disponibilité des antirétroviraux grâce aux progrès des sciences biomédicales.
A. La nécessaire complémentarité avec les politiques de prévention
On évoque souvent un ensemble de déterminants sociaux liés au temps, à la durée et à la souffrance des malades pour montrer la nécessité de compléter par les politiques de prévention par celles daccès aux antirétroviraux. En effet, après un peu plus de vingt cinq ans de politiques de lutte contre le VIH/Sida centrées sur la prévention et la sensibilisation, les courbes épidémiologiques continuent à croître. LAfrique du Sud présentait cette évolution catastrophique des données épidémiologiques avec 18% de personnes séropositives en 2003, au moment où le gouvernement a décidé de produire et de mettre finalement en uvre laction publique daccès aux traitements antirétroviraux. Aujourdhui, ce pays gère environ 6 millions de personnes vivant avec le VIH/Sida. A cet effet, laction publique daccès aux médicaments en Afrique du Sud est apparu comme une modalité politique dadmettre que les traitements et les examens médicaux de lépidémie de VIH/Sida pouvaient être inclus dans la catégorie des soins pris en charge par le « medical aid » de lEtat :
« En conséquence de laccord de décembre 2003 entre le gouvernement sud-africain et les big-pharma GlaxoSmithKline et Boehringer Ingelheim, lEtat sud-africain a accepté dapprovisionner tous les hôpitaux publics en traitements antirétroviraux. La très grande majorité des malades dépendent désormais des structures publiques pour se procurer les traitements antisida ».
Au Cameroun, le gouvernement sengage à subventionner tous les traitements du VIH/Sida à partir de 2007. Le pays présente alors un taux de séroprévalence estimé à 12%. Par décision du chef de lEtat, dans son discours à la Nation le 21 mai 2007, à loccasion de la fête nationale, les antirétroviraux devenaient gratuits pour tous les malades camerounais. En Afrique du Sud et au Cameroun, comme un peu partout en Afrique, le constat était simple : de plus en plus de personnes étaient victimes de lépidémie. Elles en mourraient très vite ou en étaient devenues handicapées alors quailleurs, en Occident notamment, les traitements antirétroviraux permettaient à de nombreux malades de se maintenir en relatif état de santé et ainsi de continuer à mener une vie sociale normale.
En Afrique, les personnes vivant avec le VIH/Sida étaient obligées de devenir des patients à charge pour leurs familles. LAfrique du Sud comptait déjà 6 millions de personnes infectées par le VIH dont un peu plus de 2 millions se trouvaient à létat de la maladie du Sida. De ce fait, ces malades qui ne pouvaient pas accéder aux traitements et soumis à de nombreuses contraintes sociales et familiales étaient exposés à la discrimination et à la stigmatisation en tant que personnes vivant avec le VIH/Sida ; de plus en plus de salariés étaient obligés de prendre de longs congés ou de quitter définitivement leur emploi parce que fatigués par les effets de la maladie ; de plus en plus de gens mouraient très vite par manque de traitements et de suivi médical ; de plus en plus de personnes devaient quotidiennement combattre les effets du virus : déformation physique, diarrhée, etc. ; ces malades ne pouvaient pas bénéficier des traitements alors que ceux-ci étaient disponibles dans les pays développés et permettaient dapaiser la souffrance physique, de se maintenir en relative santé, de continuer à vivre avec le virus sans mettre fin à leur activité professionnelle, etc.
Les traitements de VIH/Sida permettent aujourdhui aux personnes malades de bénéficier de quelques années de vie, de continuer de se rendre utile et ainsi de ne pas être des personnes à charge. A AAS au Burkina Faso, elles bénéficient dun fond destiné aux activités génératrices de revenus lorsquelles ne peuvent pas accéder à lemploi. De telles activités soutiennent et encouragent également la réinsertion socio-économique des personnes vivant avec le VIH/Sida à travers loctroie de microcrédits. Sur le plan collectif, AAS mènent également des activités créatrices demploi et de revenus pour les personnes vivant avec le VIH/Sida. Cest le cas de Cybercafé « K@pote.com », des « café santé » ou des ateliers de couture.
Ce premier type darguments pour laccès aux soins et aux traitements estime en fin de compte que, face à laugmentation rapide de cas de personnes vivant avec le VIH/Sida, « les politiques de prévention ne sauraient suffire puisquelles constituent un échec au regard des taux de contamination quelles nont pas permis de maîtriser ».
B. Les progrès des sciences biomédicales
Comme une conséquence de cette première argumentation, un autre type darguments critique la tendance qui consiste à exclusivement promouvoir laction de prévention à lheure où les malades sont de plus en plus nombreux et où les progrès des recherches biomédicales permettent datténuer leur souffrance par des traitements. Il semble donc injustifié aux tenants de cette expertise de continuer d« oublier les malades en continuant à croire aux seules vertus de la prévention et du préservatif ».
Aujourdhui, et au prix dun combat politique et idéologique en Afrique du Sud notamment, laction publique de lutte contre le VIH/Sida est en grande partie orientée vers la mise sous traitement des personnes vivant avec le VIH/Sida. Depuis 2003, tous les malades sud-africains ont accès aux traitements grâce à laide médicale de lEtat. Cest également le cas au Burkina Faso où les médicaments sont plutôt distribués à moindre coût par les réseaux associatifs. En 2005, AAS a enregistré 414 nouveaux cas de personnes vivant avec le VIH/Sida en besoin de traitements. Ce qui ramène sa file active à environ 1900 personnes vivant avec le VIH/Sida bénéficiaires des traitements offerts par AAS. 95% de ces personnes ont été dépistées par le Centre Oasis géré par AAS.
En 2002 déjà, le Burkina Faso a consacré 64% de son budget de la santé aux traitements du VIH/Sida. Aujourdhui, cette enveloppe représente seulement 35% mais, elle est largement complétée par de nombreux soutiens financiers extérieurs : initiative PPTE, Esther, MAP, TAP, Projet dappui à la lutte contre le VIH/Sida du FAD, Croix Rouge Française, Fonds mondial, Médecins Sans Frontière, Projet de Renforcement des Services de Santé, Société TAN ALIZ, etc. En fin 2007, le gouvernement camerounais a également lancé le programme daccès gratuit aux traitements du VIH/Sida pour tous. Tous ces programmes devaient améliorer la prévention de la transmission parentale du virus du Sida.
2. La prévention de la transmission parentale
Les orphelins du fait de VIH/Sida et les enfants victimes de VIH/Sida constituent aujourdhui une problématique sociale au cur de laction publique de lutte contre lépidémie. Au Burkina Faso, 26% de nourrissons nés de mère séropositive héritaient de VIH/Sida à la naissance. Ils étaient 38% en Afrique du Sud. Les politiques de prévention de la transmission parentale tentent de répondre à cette problématique. Elles concernent essentiellement le rapport de la mère à lenfant. En loccurrence, il sagit de la prévention de la transmission périnatale, cest-à-dire de la transmission du virus au nouveau-né par la mère. Linfection périnatale par le virus de VIH/Sida survient à trois moments : durant la grossesse, pendant laccouchement ou au moment de lallaitement.
Cependant, laction de prévention de la transmission parentale semble exclusivement stigmatiser le rôle et la place de la femme dans cette transmission. Sous ce rapport, elle lexpose à tous les types de rejet social qui entourent déjà la maternité en Afrique. Dans les discours qui accompagnent cette action, on observe que la transmission au nouveau-né est essentiellement rattachée à la maternité quand bien même la femme aurait été infectée par le rapport sexuel qui a engendré la grossesse. En réaction à cette posture de culpabilisation et pour tenir compte du rôle éventuel du père dans cette transmission, on évoque parfois la notion de la « transmission parentale ». Selon le Professeur Sinata Koula Shiro, ancien secrétaire permanent du Groupe technique central du CNLS camerounais, le concept englobant de transmission parentale par lequel peut être désignée « la responsabilité partagée » des deux géniteurs, représente un thème majeur dans le cadre du « counselling » pour laccompagnement de nombreux couples victimes de VIH/Sida.
Sarah de Haro souligne pour sa part que « limplication du conjoint évite lisolement de la future maman, aide à la bonne observance du traitement et à lacceptation familiale de lallaitement artificiel (
) Cela permet enfin une continuité de la prise en charge de lenfant, de la mère et du père (
) et renforce le statut de la femme au sein de sa famille ».
Laction publique en matière daccès aux traitements ne peut faire léconomie de ces débats. Dautres praticiens, au rang desquels le Docteur Mutashe Malongo, ont dailleurs estimé que la discussion sur les stratégies et laction publique de traitements en faveur des femmes séropositives enceintes, nécessitent lusage sans masque de lexpression « prévention de la transmission de la mère à lenfant ». De fait, selon cette perspective, il sagit moins de protéger la femme séropositive que de prévenir la contamination de lenfant quelle porte. En plus, cette expression est celle qui tient le mieux compte de déterminants biologiques du fait que lenfant soit réellement en communion avec sa mère au cours de sa gestation. Laction publique de lutte contre le VIH/Sida est en lespèce envisagée pour prévenir la contamination de lenfant par le virus de VIH/Sida contracté par la femme enceinte. La règle est donc, grâce à un dépistage et un suivi médical approprié, déviter la transmission du virus à lenfant lorsquune femme séropositive est enceinte.
Au Cameroun, linfection périnatale par le virus de VIH/Sida survient chez plus de 40% de bébés nés de mères séropositives. Environ 33% à 50% de ces infections surviennent durant lallaitement : « Ces transmissions peuvent être prévenues par la prescription en fin de grossesse dun seul antirétroviral à base de lAZT ou de la Névirapine, suivi dun allaitement artificiel. Ces médicaments sont dun emploi simplifié et donc facile ». En plus, leur coût était très dérisoire, 1200 FCFA soit un peu moins de 2 euros avant quils ne deviennent gratuits. Laccès à ces programmes sest considérablement généralisé grâce à la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Au Cameroun, la Fondation Chantal Biya, du nom de lépouse du Chef de lEtat qui en est la fondatrice, sassure essentiellement de lapprovisionnement des centres de santé en antirétroviraux. Elle finance également des programmes spécifiques pour les femmes enceintes dépistées séropositives.
Par contre, diverses stigmatisations freinent encore les dynamiques médicales progressivement construites autour des stratégies et des politiques destinées à la prévention périnatale. Au Cameroun et au Burkina Faso, lallaitement maternel, souvent pratiqué devant les visiteurs, relève des habitudes sociales et des méthodes traditionnelles daccompagnement du nouveau-né. Les familles, mais aussi, la société dans son ensemble, prennent pour « anomalie » le fait quune femme décide finalement de ne pas allaiter avec son lait maternel. Les visiteurs qui ne parviennent pas à se représenter un autre mode dallaitement que le lait maternel, trouvent injustifié voir inacceptable quune femme refuse son lait à son bébé. Du coup, pour se lexpliquer, « les oreilles souvrent » à une éventuelle contamination de la mère par le virus du VIH/Sida.
Pourtant, au cours de ces dernières années, laction publique de lutte contre le VIH/Sida a considérablement été tournée vers la prise en charge des femmes enceintes, entrainant du même fait, une réelle amélioration globale des services de santé maternelle. Dans la plupart de centres de santé maternelle en Afrique du Sud mais aussi au Cameroun et au Burkina Faso, les autorités sanitaires ont procédé au recrutement du personnel formé à cet effet, à la rénovation des infrastructures sanitaires et la coordination des services de soins. On note dans la plupart des centres hospitaliers, au Cameroun comme au Burkina Faso et en Afrique du Sud, la création de mécanismes spécifiques daccompagnement de femmes séropositives avant, pendant et après laccouchement.
Ces avancées nexcluent pas pour autant la nécessité ressentie daméliorer certaines politiques, notamment celles dévolues à la protection des orphelins victimes de la disparition précoce de lun ou des deux parents du fait du VIH/Sida afin quils nen subissent pas les conséquences négatives.
A ce sujet, Sarah de Haro constate que « les enfants paient un lourd tribut à lépidémie de Sida en Afrique. En 2001, ils étaient 12 millions à avoir perdu un ou deux parents. A ce chiffre, il faut ajouter près de 3 millions denfants de moins de 15 ans vivant avec le VIH, presque tous en bas âge, contaminés à leur naissance ».
Chapitre 6 -
LA DISTRIBUTION DES ANTIRETROVIRAUX
Les avancés politiques au cours de ces dernières années, encouragées par une certaine économie morale de la santé, néludent pas un certain nombre dinterrogations quil convient sociologiquement de formuler sur laction publique en matière des traitements de VIH/Sida. De telles interrogations peuvent en partie porter sur le fait que les traitements de VIH/Sida reposent jusquà ce jour sur des « prescriptions médicale à vie » et donc sur une action publique dans la longue durée capable par ailleurs dintégrer dautres préoccupations des victimes.
Le choix du médecin de mettre un séropositif sous traitement entraîne une prescription quotidienne dau moins deux molécules dans le but fondamental de supprimer la réplication virale. Lorsquils sont « correctement » suivis, ces traitements réduisent la charge virale et favorisent ainsi la récupération du système immunitaire mis à rude épreuve par la présence du virus dans lorganisme. Le but est daméliorer létat général de la santé des personnes infectées par le VIH/Sida.
Chez certains individus, la « pratique à vie » de ce régime médical permet un état de santé « normal » même si le virus de VIH/Sida reste encore présent dans lorganisme. Cest effectivement là le nud des préoccupations en termes politiques. La prescription de certains antirétroviraux se révèle ontologiquement éprouvante à cause non seulement du fait quil faut les consommer quotidiennement mais aussi en suivant strictement la posologie médicale. Ce chapitre tente danalyser les défis socio-anthropologiques de la généralisation des traitements antirétroviraux (section 1) et quelques difficultés à générer les réseaux de distribution de ses antirétroviraux (section 2).
Positionnement panoramique du sixième chapitre
LACTION PUBLIQUE DU MEDICAMENT A LEPREUVE DES FAITS SOCIAUX
SHAPE \* MERGEFORMAT
Section 1
La généralisation des traitements antirétroviraux
Nombreuses préoccupations résultent de la gestion et de la distribution des médicaments. Dans certains pays comme le Cameroun, pour éviter la contrebande et lemprise des réseaux informels voire illicites sur la distribution de médicaments, le gouvernement a choisi de sélectionner quelques centres agréés pour la distribution spécifique des antirétroviraux. Or, cette démarche fait que finalement laccès aux médicaments de VIH/Sida ne soit pas garanti à toutes les catégories sociales concernées. Il y a par exemple les pensionnaires séropositifs des milieux carcéraux qui rencontrent des difficultés de toute sorte pour accéder aux points agréés de distribution des antirétroviraux.
A côté de ces préoccupations spécifiques, cette section sattache aux difficultés liées à ladéquation avec les revenus des personnes vivant avec le VIH/Sida (2) et au statut des individus « séro-ignorants » (3) dans lorganisation et la gestion des réseaux nationaux de distribution des traitements antirétroviraux.
1. La perpétuation des inégalités dans les traitements du VIH/Sida
De fait, la population carcérale et la population paysanne de localités enclavées sont aujourdhui parmi les catégories sociales les plus discriminées par laction publique du médicament. Il nest pas bon dans ce contexte dêtre séropositif et de se retrouver en prison ou de vivre en milieu rural. En milieu carcéral, le statut de séropositif est un châtiment de plus, à côté de la déshumanisation de la prison. Lun des responsables de la prison centrale de Yaoundé, à Kondengui, avoue nêtre « jamais préoccupé par ces choses-là ». Pour lui, un séropositif « na quà bien se tenir ». On sait bien ce que cela peut signifier dans un contexte où être prisonnier est déjà un acte de renoncement à ses droits individuels. En milieu carcéral, on peut également sinterroger sur la confidentialité qui seule protège de la stigmatisation et de la discrimination.
Les inégalités sont également remarquables dans la couverture nationale des réseaux de distribution des traitements. A lEst du Cameroun, par exemple, il nest pas bon dhabiter à Doumé ou à Lomié lorsquon est séropositif. Car, il faut parcourir plusieurs kilomètres pour se rendre à Bertoua où se trouve lunique centre de traitement agréé pour la province de lEst.
Sous ce rapport, il semble très accommandant pour le gouvernement daffirmer une politique daccès aux traitements pour toutes les personnes vivant avec le VIH/Sida. En réalité, laction publique nentraîne pas de grosses dépenses publiques, puisque seule une faible proportion de personnes concernées pourra réellement revendiquer et accéder à ce nouveau droit. Jusquà ce jour, les débats se focalisent sur les moyens à mettre en uvre pour baisser les coûts des médicaments, éludant toutes ces questions corollaires qui ne semblent pas interpeller les bailleurs de fonds et les partenaires des programmes multilatéraux daccès aux traitements. Les préoccupations sont plutôt orientées vers les coûts car, ils sont « persuadés que le coût prohibitif des traitements les rendrait inaccessibles à lAfrique ».
Au début de la campagne pour laccès aux soins, les militants du Nord et même ceux du Sud, dénonçaient les inégalités sociales Nord-Sud en matière de traitements. Pour eux, les politiques daccès aux médicaments du VIH/Sida étaient devenues le révélateur de ces inégalités dans la mesure où les médicaments étaient disponibles au Nord sans frais pour les patients, puisque ils étaient remboursés par le traditionnel système de sécurité sociale alors quau Sud, à défaut de mécanismes publics de couverture sociale collective, les médicaments nétaient pas disponibles.
Aujourdhui, les médicaments sont également disponibles et gratuitement distribués en Afrique du Sud et au Cameroun et, à moindre coût, au Burkina Faso. Mais, les dynamiques de laction publique du médicament y font apparaît une nouvelle cartographie de distribution qui met en lumière un autre type dinégalités. A partir de là, on constate que laction publique du médicament rend désormais compte dun nouveau type de violence ou de rapports sociaux, dont la domination est fondée sur les critères plus ou moins objectifs dappartenance sociale. En ce sens, il y a plus de possibilités dêtre traité à moindre coût lorsquon est en milieu urbain plutôt quen zone rurale.
Laction publique de lutte contre le VIH/Sida repose ainsi sur une sorte de violence rampante dans les Etats africains. Elle cristallise et nourrit les inégalités structurelles entre la métropole et les villes secondaires qui lui font organiquement concurrence. La métropole, symbole de la centralité du pouvoir et des institutions, concentre aujourdhui non seulement les centres de soins de santé mais aussi, les points daccès à linformation sur le VIH/Sida et les centres de traitements agréés. En 2007, au Cameroun, 16 des 23 CTA se retrouvaient essentiellement dans 3 provinces : le Centre (Yaoundé), le Littoral (Douala) et le Sud (Ebolowa). Les 7 autres provinces devaient se discuter 7 CTA soit un CTA par province. Pourtant, la carte épidémiologique montre que la différence en termes de surveillance épidémiologique et en besoin de traitement ne justifie pas cet écart. Le milieu urbain représente 6% des taux de séroprévalence et le milieu rural, 4%. Les mêmes constats se font au Burkina Faso où les Centres daccès aux traitements sont en majorité installés à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso.
En Afrique du Sud, malgré les avancées de la décentralisation et le renversement des statistiques qui montrent que lépidémie est encore en progression dans les Townships, les centres daccès aux soins de santé et à linformation sur lépidémie de VIH/Sida sont concentrés dans les principales villes métropolitaines : Johannesburg, Pretoria, Cape Town et Durban. Paradoxalement, les personnes concernées ou du moins les plus exposées au virus de VIH/Sida vivent dans les zones périphériques, girons familiaux, moins agressifs du point de vue de la destruction des liens sociaux mais beaucoup plus exposés à la stigmatisation et à la discrimination qui caractérisent les townships et les milieux ruraux. Ces zones périphériques plutôt violentes sont désertées par les agents publics. Ce qui revient à dire, comme cest dailleurs très manifeste à Soweto, à Alexandra ou à Khayelitsha, que la grande majorité de la population susceptible de bénéficier des stratégies de conseil et des médicaments ny accède que très difficilement. Pour le cas de Soweto, on pourra évoquer le caractère délétère et en négligé du service public de VIH/Sida à lHôpital Chris Ani Baragwanath où le bureau du spécial en conseils sur lépidémie est logé dans une petite salle sous les escaliers alors que ce centre hospitalier est, selon les agents du ministère de la santé, « le plus important dAfrique du sud » et, même au-delà, dAfrique « si on se réfère à ses capacités daccueil et à ses infrastructures ».
En même temps, et ce nest pas exclusif à lépidémie, les services publics de VIH/Sida en milieu rural souffrent encore dune insuffisance très marquée de personnels techniques et de conseillers qualifiés. Il y a peu ou presque pas de psychologues capables dassurer le suivi et laccompagnement psychosocial de personnes vivant avec le VIH/Sida, qui sévaporent dailleurs dans la nature après la découverte de leur statut sérologique.
Dans la rétribution des leaders associatifs, ce critère despace glisse vers un autre critère relatif au statut et au rôle des individus au sein du mouvement de lutte contre le VIH/Sida. En effet, les administrateurs de programmes publics daccès aux soins connaissent généralement les « vrais militants, ceux là qui attendent depuis des années et qui ont poussé les pouvoirs publics à agir pour que les traitements soient disponibles dans le pays ».
Aux inégalités classiques Nord-Sud, laction publique du médicament substitue progressivement dautres types dinégalités internes au Sud, tributaires de positions et de capacités individuelles à capter les ressources médicales de plus en plus disponibles dans les espaces de lutte contre le VIH/Sida. Cest une sorte de « brimade » qui, à court terme, peut déboucher sur des difficultés de gestion de stocks de médicaments ou sur un trafic dinfluence « clientéliste » au sein des structures publiques et associatives de distribution des traitements.
Dun point de vue anthropologique, laction publique du médicament pose quelques problèmes à la représentation sociale de la maladie. Linaction sur les politiques du médicament se fondait notamment sur les questions sociales corollaires à lépidémie : « alors quil y a lieu de se demander si les populations africaines déjà tourmentées par les incertitudes quotidiennes du bien-être social, seraient en mesure de suivre rigoureusement les prescriptions médicales des antirétroviraux ». Dautres sinterrogeraient sur le profil et les qualifications des personnels soignants locaux qui nauraient pas la formation adéquate « pour prescrire les médicaments, ou que les centre de soins ne pouvaient pas effectuer tous les examens nécessaires pour surveiller la réponse de lorganisme ». Les politiques conduites ces dernières années ont essayé dexporter lexpertise des partenaires du Nord non pas pour la transposer aux réalités africaines mais plutôt pour la réinterpréter en fonction du contexte et des outils empiriques disponibles dans un environnement social précis, partout en Afrique.
Les premières victoires et peut-être aussi les plus connues, ont été obtenues grâce au militantisme de la TAC en Afrique du Sud et de lAAS au Burkina Faso. Ces deux associations ont eu une grosse influence sur les décisions politiques de leurs pays respectifs. La TAC a par exemple conduit le gouvernement de Thabo Mbeki à affirmer sa politique dimportation des génériques et leur distribution à un prix très modeste à lensemble de malades en Afrique du Sud : « il est possible de créer de véritables filières de soin qui fonctionnent, en alliant malades et personnel médical, hôpitaux et centres associatifs ».
2. Linadéquation des revenus des personnes sous traitement
Laction publique daccès aux traitements souffre également de linadéquation entre les revenus de personnes vivant avec le VIH/Sida et les besoins réels de tous les individus en termes de santé. Leurs revenus plutôt faibles ne leur permettent pas daccéder aux dispositifs nationaux de soins. Il faut dire que les soins de santé relatifs à lépidémie de VIH/Sida ne sauraient, comme on le croit très souvent, se limiter aux seuls traitements antirétroviraux. Dans cette optique, on noublie souvent de prendre en compte un ensemble très complexe et varié dexamens biologiques mais aussi de soins annexes des infections opportunistes qui se développent à côté des préoccupations de VIH/Sida. Ces infections engendrent encore des consultations médicales payantes, avec de multiples analyses médicales et radiologiques très onéreuses.
Les préoccupations sanitaires les plus onéreuses sont encore traitées, dans plusieurs cas, comme des actes médicaux ordinaires et ne sont donc pas intégrées dans les dispositifs exceptionnels de prise en charge de médicaments de VIH/Sida. Si en Afrique du Sud, la gratuité sétend sur les actes médicaux et les traitements, au Cameroun elle concerne exclusivement les traitements antirétroviraux alors quau Burkina Faso, elle nexiste que dans les réseaux associatifs. Dans une circulaire du 8 janvier 2008, dont la copie a été publiée sur le site dAct-Up à Paris, le CNLS du Cameroun demande par exemple aux centres de santé de multiplier par 7 le prix des examens biologiques effectués par les personnes vivant avec le VIH/Sida afin déquilibrer son déficit budgétaire pour lannée précédente.
En plus, les antirétroviraux sont très souvent accompagnés deffets secondaires ainsi que de nombreuses complications biomédicales, parfois difficiles à traiter.
Comme le souligne le docteur Tardy, « après une période de quelques années où effectivement la qualité de vie redevient progressivement normale, on arrive souvent à un carrefour marqué par une saturation : soit les patients interrompent volontairement le traitement ; soit par habituation, ils développent une résistance aux traitements. On constate alors une augmentation de leur charge virale. Il y a également la situation de ceux qui sont presque obligés darrêter leurs traitements à cause des effets secondaires qui deviennent très difficiles à vivre. A ce moment réapparaissent les infections opportunistes et les risques de résistance thérapeutique ».
A ce sujet, les outils daccompagnement développés par les unités publiques de lutte contre le VIH/Sida avec lappui des milieux associatifs autour de la surveillance thérapeutique et de léducation aux médicaments, essaient non pas déradiquer les contraintes des traitements mais de renforcer les réussites médicales.
Enfin, on ne le méconnait que très souvent, le VIH/Sida apparaît dans un contexte de modernité qui déstructure les liens sociaux en Afrique. En dautres termes, on observe quà lheure du VIH/Sida, les sociétés africaines vacillent profondément entre le désir de la modernité quelles ne conquièrent pas et la perte de la tradition sociale africaine quelles ne retrouvent plus. La jonction entre ces deux pôles crée une situation de désordre dans lordre social habituel si bien quen septembre 2007 auprès de personnes sous traitements à lhôpital Chris Ani Baragwanath de Soweto que le contexte de précarité collective, la déstructuration des mécanismes traditionnels de solidarité et linsuffisance voire linexistence des mécanismes institutionnels (ou mieux modernes) de solidarité, influaient négativement sur les perceptions du médicament et les bénéfices à escompter des politiques de gratuité des médicaments. Ladministration correcte des médicaments gratuitement obtenus en dépend. Car, même sous les effets de la gratuité, laccès aux traitements se limite à une classe moyenne largement inférieure à la moyenne de personnes vivant avec le VIH/Sida. Les individus doivent dabord avoir un certain niveau déducation afin quils connaissent les droits dont ils sont désormais détenteurs, compte tenu des nouveaux engagements des gouvernements à rendre gratuits les médicaments du VIH/Sida.
Or, il est aujourdhui établi que le VIH/Sida, en Afrique du Sud et même au Cameroun et au Burkina Faso, est une maladie des pauvres ou du moins des classes sociales les plus défavorisées. En Afrique du Sud, nous les avons rencontrés dans les townships et les bidonvilles insalubres où ils se tassent et regardent les grandes villes avec mépris. Il est presque difficile de mettre tous les séropositifs sous traitement dans la mesure où la grande majorité dentre eux reste innommable ou inaccessible par défaut de communication. Il y a dautres aspects que laction publique de lutte contre le VIH/Sida ne perçoit pas encore comme, par exemple, les besoins nutritionnels exceptionnellement engendrés par ladministration des traitements et la méconnaissance des statuts sérologiques des individus.
3. Le statut des individus « séro-ignorants »
Selon les estimations du ministère de la santé sud-africain, la plupart de personnes séropositives en Afrique du Sud sont encore non seulement « séro-ignorants », cest-à-dire quelles ne connaissent pas encore leur statut sérologique mais aussi elles sont sans éducation de base et souffrent dune faiblesse de revenu qui les éloigne des préoccupations primaires en matière de santé. Ces individus découvrent souvent leur statut sérologique au stade de développement critique de la maladie.
Dans ce contexte, les Centres de veille sanitaire ont fait de la communication et de lincitation au dépistage lélément fondamental de leur plan stratégique daccès aux traitements antirétroviraux. Le but est dencourager les populations à effectuer le dépistage pour connaître tôt leur statut épidémiologique et le cas échéant, bénéficier des traitements à un moment où lévolution du virus peut encore être contrôlée. Ces préoccupations sont prises en compte dans les stratégies de lutte contre le VIH/Sida au Cameroun où le docteur Kouafack souligne :
« lobjectif est daugmenter le nombre des dispensateurs de services offrant systématiquement le conseil aux dépistages volontaires dans les structures sanitaires ainsi que dans les lieux non médicalisés comme les regroupements villageois, les associations, les écoles, les Eglises, les entreprises et autres lieux plus ou moins communautaires de socialisation quotidienne ».
Au Burkina Faso, les politiques nationales sappuient sur le conseil systématique aux femmes enceintes dans le processus daccompagnement prénatal. Cest également le cas au Cameroun où les rapports du Comité national de lutte contre le VIH/Sida, confirmés par les pratiques du Centre Chantal Biya, notent que le conseil sest révélé plus efficace que le dépistage obligatoire du VIH pour promouvoir les comportements sexuels responsables et réduire les autres risques associés à la transmission de lépidémie. Mais, en Afrique du Sud, on note que la pénalisation progressive de la transmission de VIH/Sida ralentit les demandes individuelles daccès au dépistage.
Pour la plupart de praticiens et dusagers, les politiques de conseil constituent la principale modalité individuelle et collective daccès aux services publics destinés au VIH/Sida, surtout dans un contexte épidémiologique marqué par de nouvelles politiques nationales daccès aux médicaments antisida qui accroissent le besoin en conseils pour le test de dépistage et le suivi médical.
En effet, comme le note le docteur Kouafack : « Les antirétroviraux ne sont pas utiles si les individus continuent dignorer leur statut sérologiques. Les conseils accompagnent les politiques daccès aux médicaments de sorte que les individus soient soutenus, suivent correctement leur traitement sans interruption volontaire et puissent être entendus pour surmonter les effets secondaires indésirables. On doit envisager avec précision les bénéfices ou les inconvénients des conseils dans le cadre de la vie familiale et de couples pour lobservance des traitements dans un contexte de stigmatisation et de discrimination des personnes vivant avec le VIH ».
En effet, les praticiens concernés par ces politiques envisagent un scénario qui encouragerait les individus à connaître leur statut épidémiologique grâce au dépistage volontaire. Pour cela, il faut renforcer les conseils des leaders dopinion convenablement formés et dans des lieux conviviaux capables de garantir la confidentialité et le respect de lintimité des séropositifs.
Section 2
La gestion des réseaux de distribution des antirétroviraux
Les estimations récentes de lOMS montrent que le marché mondial de la santé et du médicament brasse environ plus de trois mille milliards de dollars chaque année. A cet effet, il intéresse et entretient non seulement la grande criminalité internationale mais aussi, les fraudeurs de petite taille qui quotidiennement tentent de senrichir dans les réseaux transnationaux et nationaux de soins et de distribution des médicaments. Laccès aux antirétroviraux apparaît dans cet environnement profondément déréglementé ou du moins dans lequel les individus ont construit des mécanismes dévitement de la règle. Comme le montre Jean-Pierre Olivier de Sardan, toutes les corporations sont aujourdhui concernées par la tendance de corruption qui mine le secteur de la santé : infirmiers, médecins, administrateurs et personnel associatif. Tous détournent parfois des fonds, du matériel ou même le médicament à des fins denrichissement personnel.
Au Cameroun, par exemple, dans certains centres de soins publics, les personnels soignants font parfois payer des services officiellement gratuits ou distribuent des contrefaçons de médicaments obtenues sur des marchés parallèles, au mépris des malades et des contribuables. En Afrique du Sud, les cliniques privées pratiquent parfois des tarifs à la « tête du client » alors que les assureurs sont lents à procéder aux remboursements, proposant parfois des formulaires de demande de remboursement ayant plutôt vocation à décourager les assurés. A linverse, il y a aussi des situations non moins négligeables dans lesquelles les patients prennent eux-mêmes linitiative de corrompre les personnels soignants par la rétribution financière directe. Dans une enquête réalisée sous la direction de Jean-François Médard dans les services de santé au Cameroun, nous avons décrit ces pratiques des « petits cadeaux ». Selon les praticiens, médecins et infirmiers, rencontrés à cette occasion, il est socialement difficile pour le personnel soignant de refuser ces cadeaux. Lorsquun médecin ou un infirmier refuse le cadeau, le patient peut en déduire une situation sanitaire grave pour laquelle il naurait quune chance minimale den guérir. Cette représentation de la relation soignant-soigné peut de fait avoir une répercussion sur lissue de la démarche de soin.
Par ailleurs, dautres contraintes altèrent le rapport aux antirétroviraux dans les contextes de rareté de ressources. En effet, si pour les malades, la santé est toujours une question de vie ou de mort, pour les administrations publiques comme on la observé avec le circulaire du CNLS camerounais, elle est une nécessité déquilibre budgétaire et pour certains praticiens, peut-être aussi, un moyen de compléter leurs revenus mensuels jamais revalorisés depuis la dévaluation de 1996. Il y a donc un certain nombre de conflits dintérêt qui marquent la distribution des antirétroviraux (1) avec sur fond, une relative résurgence de la contrefaçon des médicaments (2).
1. Le conflit dintérêts dans les réseaux de distribution du médicament antisida
La problématique de laccès aux médicaments antirétroviraux a considérablement gagné en importance dans les pays du Sud au cours de ces dernières années non seulement à cause du développement de lépidémie elle-même mais aussi et surtout dans le cadre de laccord sur les aspects du droit de la propriété intellectuelle relatifs au commerce. Cette question a mis en lumière un ensemble de dynamiques en conflit dans la production et de distribution des médicaments : dans quelle mesure la protection par les brevets a-t-elle des effets sur lapprovisionnement et la distribution des antirétroviraux dans les pays en développement ?
La Conférence de lOMC à Doha a adopté le 14 novembre 2001 la déclaration de lAccord sur les aspects de droit de la propriété intellectuelle relatifs au commerce et à la santé publique. Elle se fonde sur lidée de la flexibilité quoffre cet accord pour accompagner les politiques de lutte contre les grandes pandémies tels que le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme. Lobjectif de cette flexibilité est en fait de permettre aux pays les moins avancés de sassurer lapprovisionnement en médicaments à moindre coût. Or, cet approvisionnement est limité, dans le cas de la lutte contre le VIH/Sida, par les contraintes imposées par les lois qui protègent les brevets.
En se fondant sur cette déclaration, les pays membres de lOMC peuvent désormais contourner ces contraintes et prévoir dans leurs législations la possibilité daccorder des licences volontaires pour la fabrication sous forme de génériques de médicaments protégés par des brevets. En Afrique du Sud, ce conflit a donné lieu à une plainte qui visait le monopole de GlaxoSmithKline et Boehringer Ingelheim.
« En septembre 2002, quatre personnes infectées par le VIH/Sida, quatre professionnels de la santé, deux associations et deux syndicats ont déposé une plainte commune auprès de la commission sud-africaine de la concurrence. Cette plainte vise les groupes pharmaceutiques GlaxoSmithKline et Boehringer Ingelheim auxquels elle reproche de vendre leurs médicaments antisida à des prix excessifs pour les personnes vivant avec le VIH/Sida en Afrique du Sud. Le but des plaignants est de rendre ces prix élevés directement responsables du décès précoce, prévisible et évitable de personnes vivant avec le VIH/Sida. En réaction à cette plainte, les deux multinationales pharmaceutiques décident daccorder chacune une licence volontaire au producteur sud-africain de générique Aspen. Elles autorisent donc Aspen à produire les médicaments protégés par les brevets à condition quils ne soient destinés quau secteur public ».
En effet, les licences volontaires excluaient que les médicaments génériques soient produits pour la vente dans le secteur privé ou à lexportation. En ceci, elles entretenaient un autre paradoxe : les pays en développement, les plus touchés par lépidémie de VIH/Sida nont pas les capacités pharmaceutiques suffisantes pour produire des médicaments génériques au niveau local. De fait, malgré ces licences, le Cameroun et le Burkina Faso ne pouvaient par exemple pas produire des génériques. Cest pour contourner cette nouvelle limitation que le Conseil général de lOMC a décidé en 2003 de simplifier laccès à des médicaments brevetés aux pays nayant pas de capacités de production pharmaceutiques propres. En plus, en Afrique du Sud, le 16 octobre 2003, après un an denquête, la commission de la concurrence a rendu un rapport sur laffaire GlaxoSmithKline et Boehringer Ingelheim constant que ces deux multinationales pharmaceutiques avaient abusé de leur position dominante. Elles avaient selon ce rapport pratiqué des prix excessifs et mené des politiques anticoncurrentielles même avec ces licences volontaires.
Pour éviter les condamnations damendes et de dommages et intérêts qui résulteraient de la décision du tribunal de la concurrence référé par la commission de la concurrence, les deux multinationales pharmaceutiques signent des nouveaux accords avec les plaignants. Le 9 décembre 2003, en échange du retrait de la plainte, elles revoient en les élargissant les conditions de leurs licences volontaires : les licences sont désormais ouvertes à plusieurs fabricants de génériques qui ont la possibilité non seulement dexporter leurs génériques dans 47 pays dAfrique subsaharienne mais aussi et surtout de les vendre au secteur privé.
De même, à la veille de la VIème Conférence ministérielle, les membres de lOMC ont approuvé le 6 décembre 2005, une modification à laccord sur les ADPIC qui touchent au commerce afin daméliorer laccès aux médicaments antirétroviraux pour les pays en développement. Cette modification permet daccorder des licences obligatoires pour la fabrication et lexportation de médicaments protégés par les brevets dans les pays qui nont pas la capacité de les produire et qui font face à des crises de santé publique. Cette décision met formellement en uvre une décision du Conseil général de lOMC du 30 août 2003 qui avait introduit des licences obligatoires pour lexportation des génériques, celles-ci étant jusque là en principe réservées principalement pour lapprovisionnement du territoire national. LAfrique du Sud et le Brésil sont en train de mettre en uvre ces nouvelles flexibilités afin de mettre à la disposition des sud-africains les capacités de production de lindustrie pharmaceutique brésilienne. En 2007, le Brésil a obtenu dinstaller un premier laboratoire de production des génériques en Afrique du Sud.
Toutefois, les questions encore dactualité sont posées par les réalités sociologiques des pays en développement. En effet, lépidémie de VIH/Sida montre également que le médicament nest finalement plus à considérer comme un simple objet pharmacologique qui aurait pour seule finalité la thérapie du corps. Il est désormais également un objet social, porteur dun profond symbolisme. Cette perspective est renforcée par les images et les idéologies greffées sur le VIH/Sida dans limaginaire collectif. La seule consommation régulière du médicament peut exposer celui qui le détient à la stigmatisation et au rejet. Car la maladie de longue durée renvoie inévitablement à la contamination par le VIH/Sida et ce dernier expose encore à la stigmatisation et au rejet. Au Cameroun et au Burkina Faso, le médicament a particulièrement acquis multiples dimensions encore insoupçonnées il y a peu, qui le rattachent à des enjeux non seulement économiques mais aussi culturels, sociaux, politiques voire cultuels. Il sinsère ainsi dans des dynamiques sociales très complexes tout en restant étroitement lié à lunivers symbolique des malades et de leurs groupes sociaux.
La représentation du médicament ne peut donc être détachée du contexte social qui le produit et dans lequel il sinsère. Ce qui augure de nombreux conflits dintérêts dans les réseaux de distribution du médicament, surtout dans le contexte du VIH/Sida qui limite laccès aux ressources médicales tout en générant des nouvelles perceptions du médicament et de ses usages sociaux. Le VIH/Sida renouvelle en fait le champ de significations du médicament suite aux mutations sociales et à limaginaire collectif qui orientent les groupes humains confrontés à la maladie. Il ne résiste pas à lhégémonie de la médecine hospitalière et des prières de guérison dans le contexte de pluralisme thérapeutique qui caractérise les sociétés africaines tout en exposant à la contrefaçon de quelques véreux.
2. La résurgence de la contrefaçon des médicaments
La distribution des médicaments et dautres produits pharmaceutiques dans un réseau marchand informel est une réalité dont le constat relève de lambiance quotidienne des conditions globales déchanges marchands des biens et services en Afrique. Ramené à léchelle internationale, ce marché informel des médicaments et dautres produits pharmaceutiques, entraine une perte énorme. Les fabricants des produits pharmaceutiques et leurs clients subissent ainsi, chaque année, une perte qui engloutit près de 7% du commerce mondial soit environ 280 milliards de dollars. Cette perte due à la contrefaçon éclipse souvent les conséquences humaines tragiques qui y sont associées.
Dans les trois cas étudiés dans notre recherche, la contrefaçon concerne précisément les médicaments régulièrement administrés pour traiter les infections opportunistes liées au VIH/Sida et dautres effets secondaires de la maladie. Elle nest pas directement liée à la distribution des antirétroviraux. Sur le plan géographique, cette contrefaçon est le fait de lindustrie pharmaceutique du Nigéria qui inonde ses voisins camerounais et burkinabé. Elle atteint également lAfrique du Sud. Le Burkina Faso et le Cameroun ont en effet une frontière avec le Nigéria, le plus grand marché pharmaceutique de la région et où les autorités sanitaires sapprovisionnent à moindre coût.
Aussi, étant donné lampleur prise par le commerce intensif des médicaments entre le Nigéria et ses voisins, un grand réseau parallèle de distribution sest développé autour des réseaux informels de médicaments et des produits pharmaceutiques qui approvisionnent désormais le « petit » marché camerounais et burkinabé. Celui-ci est constitué par les vendeurs de médicaments à la « sauvette ». Ces derniers tiennent des officines en plein air, sur la place du marché, à lentrée des hôpitaux ou même, vendent des médicaments de façon ambulante dans les gares routières et ferroviaires et même dans les trains et les hôpitaux. On y trouve parfois des médicaments aussi importants que la Zidovudine (AZT), Lamivudine et la Névirapine qui font partie des antirétroviraux essentiels les plus prescrits. Au Cameroun, ce réseau sorganise autour dune chaine dapprovisionnement qui prend sa source au Nigéria. En effet, les vendeurs à la sauvette de Yaoundé, la capitale du Cameroun, sapprovisionnent à Douala, la ville économique du pays ; ceux de Douala sapprovisionnent à Bamenda et ses environs ; ceux de Bamenda trouvent des relais dapprovisionnement venant du marché nigérian. Les vendeurs des médicaments à la sauvette sont pour cela appelés des « Bamenda Boy », comme pour marquer laffiliation des « Big Men » de ces réseaux anglophones du Cameroun au Nigéria. Ils controlent à la fois le marché informel camerounais et les réseaux de distribution du Nigéria. En plus, la ville de Bamenda, giron des Anglophones camerounais, est en quelque sorte la tour de contrôle de ces trafics. Elle est le point de passage du Cameroun francophone au Nigéria.
Certains vendeurs à la sauvette sont directement approvisionnés par les réseaux officiels de gestion des stocks de médicaments : médecins, laborantins, délégués médicaux, etc. qui senrichissent dans ces réseaux illicites. En même temps, ces vendeurs ont également les possibilités dapprovisionner les structures publiques et privées soit en revendant les médicaments obtenus de leurs intermédiaires officiels soit en livrant simplement à bas prix ceux ramenés des réseaux nigérians via les « Bamenda Boy ». Ces marchés pratiquent des prix hors concurrence. En 2004, alors que la trithérapie issue de ces trois médicaments revenait à environ 75 000 FCFA (environ 115 euros) sur le marché officiel local du médicament, on pouvait la trouver auprès de ces vendeurs à moins de 30 000 FCFA (environ 45 euros).
En mai 2006, Monique Mas évoquait la plainte déposée par un laboratoire français qui a découvert quun laboratoire nigérian non-identifié avait repris ses anciennes boites et son ancien label pour conditionner des vaccins anticholérique vendus au Cameroun. La situation de lapprovisionnement en médicaments du Nigéria se répercute dans une certaine mesure dans ces pays, en termes de qualité et de sécurité. Il est aujourdhui très difficile dévaluer létendue des effets et même simplement du commerce de médicaments contrefaits sur la santé des individus mais, le risque est plus élevé que ne le révèle le silence des autorités publiques à ce sujet. A léchelle nationale en Afrique, il existe une sournoise pratique de contrebande et dimportation illicite des produits pharmaceutiques qui échappent aux services sanitaires officiels lorsque ces derniers ne sont pas vraisemblablement animés par des individus qui entretiennent et même tolèrent simplement ces pratiques. Les organismes de réglementation des médicaments sont presque impuissants sinon inactifs face à ce fléau qui mine la vie des populations.
Il ny a vraisemblablement pas dobstacles à ce mouvement de circulation et de redistribution des médicaments contrefaits ou importés et administrés sans aucun contrôle des autorités sanitaires, dans une région où la contrebande en général nest plus à démontrer. Les communications nationales sont mauvaises entre Yaoundé, la capitale du Cameroun et Bamenda, le chef-lieu de la région anglophone du Cameroun. En plus, les ressortissants de Bamenda se sentent culturellement plus proches du Nigéria voisin que du Cameroun dont ils réclament dailleurs la sécession depuis 1972.
En outre, comme le montre la situation du Cameroun, les insuffisances de ladministration publique ont favorisé depuis plusieurs décennies, les mauvaises pratiques dapprovisionnements en médicaments par les responsables de la santé publique qui ont recours aux marchés les moins coûteux et pour lesquels, ils reçoivent, en contrepartie, des pourboires. Cest dailleurs aussi cela la gangrène sud-africaine. En effet, en Afrique du Sud, il ny a pas de pharmacies ambulantes ni de vendeurs à la sauvette dans la mesure où les dépenses en médicaments sont prises en charge par le « Medical Aid ».
La société sud-africaine sapprovisionne également au Nigéria en médicaments et en bien dautres produits pharmaceutiques. Aujourdhui, le Nigéria est le premier partenaire économique de lAfrique du Sud en Afrique. En plus, tout comme au Cameroun et au Burkina Faso, en Afrique du Sud, ce sont les pauvres qui souffrent des effets de la contrefaçon et de lapprovisionnement douteux des médicaments. Ils représentent les milieux de vie dont le taux danalphabétisme est très élevé si bien quils sont peu réceptifs à la sensibilisation sur lexistence de médicaments contrefaits dans les réseaux de distribution des produits pharmaceutiques. Mais, à lexception de lAfrique du Sud où les dépenses individuelles de santé sont prises en charge par laction publique sanitaire grâce à la politique gouvernementale du « médical aid », au Cameroun et au Burkina Faso, les personnes pauvres en mauvaise santé nont pas le choix sauf se procurer les médicaments moins chers, dorigine douteuse et illicite.
Les médicaments authentiques dans les pharmacies leur paraissent hors de prix, surtout lorsquil faut dabord payer une consultation médicale auprès du médecin afin quil fasse le diagnostic et prescrive une ordonnance. La plupart de personnes vivant avec le VIH/Sida savent de quoi elles souffrent lorsquelles ont un malaise. Elles se font leur propre diagnostic et sauto-médicamentent en prenant des cachets dans les pharmacies ambulantes ou de rues.
« Leur maladie, ce nest pas le VIH/Sida mais le paludisme, les maux de tête, la diarrhée et le mal de ventre. Lorsquon connaît son corps, on sait rapidement soi-même de quoi on souffre. Il ny a donc aucune raison daller donner son argent pour une consultation chez le médecin. Vous-mêmes vous voyez ça comment ? Vous donner de largent pour quon vous dise ce que vous savez déjà. On ne vous donne pas de médicament. Il vous renvoie ici pour acheter les médicaments alors que vous lui avez payé gratuitement pour la consultation puisquil ne vous a pas traité. Vous-mêmes vous voyez ça comment ? Mieux, ils viennent directement ici pour acheter des médicaments et attendre. Si la situation se dégrade, à ce moment là, on peut chercher à voir le médecin. Sinon, cest gagné à moindre coût. Bref, je ne fais pas la publicité. Je dis seulement la situation».
Ces personnes ne sont pas souvent conscientes du danger de cette alternative apparemment moins coûteuse. Elles représentent un marché cible idéal pour les stratégies de marketing de ceux qui profitent des faiblesses de la régulation du marché des médicaments et en nourrissent les réseaux illicites.
« Certains faux médicaments sont fabriqués et mis en boites ou en flacons sous des appellations fantaisistes ou effectivement répertoriées par les services pharmacologiques habilités. Cest dire quil existe des chaines de fabrication clandestines qui font métier de copier lhabillage des produits pharmaceutiques au mépris du contenu moléculaire des produits. Des corrompus locaux se chargent de les injecter dans les circuits de distribution locaux mal surveillés. Faux antipaludéens au Cameroun, faux antibiotiques en République démocratique du Congo, ces contrefaçons ne sont pas seulement en vente libre dans des boutiques de marabouts. Elles entrent aussi dans les pharmacies et les hôpitaux, contribuant par leur inefficacité à la propagation des maladies quelles sont censées traiter ».
Comme le suggère Jean-Pierre Olivier de Sardan, ladministration est parfois responsable du fait du manque chronique de médicaments, de lapprovisionnement irrégulier ou de la rupture de stock souvent dus au détournement de médicaments à des fins privées. Parfois, la qualité des médicaments disponibles dans les centres de santé pose problèmes : certains médicaments sont périmés ; dautres sont parfois conservés dans des conditions inadaptées ; dautres encore, sont conseillés à défaut du médicament prescrit par le médecin.
Conclusion de la deuxième partie
Les dynamiques publiques sexpriment suivant plusieurs répertoires daction dont les plus usuels sont le conseil et le test volontaire, la prévention de la transmission parentale et les dispositifs daccès aux traitements. La configuration et la taille de ces répertoires changent dun pays à lautre ou à lintérieur dun même pays, dune collectivité territoriale à lautre, victimes parfois des politiques de décentralisation mal accompagnées qui institutionnalisent les inégalités locales. Avec la constitution des grands réseaux déchanges sur les expériences de lépidémie et des conditions de sa reproduction sociale, de grandes stratégiques modélisables semblent se dégager sur le champ de VIH/Sida avec en perspective lensemble des politiques daccès aux traitements. Ces modes dintervention expriment par ailleurs une appropriation remarquable mais aux effets différentiels des politiques publiques de santé par des acteurs locaux qui, il y a encore peu de décennies, navaient pas intégré ces prismes daction publique.
Au Cameroun et au Burkina Faso ces mécanismes dappropriation ont été le fait de logiques dextraversion qui très tôt ont conditionné lassistance de la communauté internationale à lacceptation des politiques publiques de lutte contre le VIH/Sida élaborées, financées et conduites par les experts internationaux. En Afrique du Sud, elles ont été le fait des longues controverses ayant finalement abouti à une appropriation interne des mécanismes et des enjeux de la lutte contre le VIH/Sida.
Les répertoires de laction publique de lutte contre le VIH/Sida se fondent quelque peu sur des registres corruptifs et informels sur lesquels « surfent » les acteurs politico-administratifs engagés dans cette action, plutôt soucieux de capter la rente financière internationale, désormais contrôlée par les professionnels du champ de la lutte contre le VIH/Sida. On peut se référer dune part, à linstabilité du dispositif national de lutte contre le VIH/Sida au Cameroun et aux démêlés judiciaires de lancien ministre camerounais de la santé, de lex-secrétaire permanent du CNLS camerounais et de son adjoint. Le Cameroun est aujourdhui reconnu pour ses capacités à capter les subventions et dautres avantages symboliques liés au VIH/Sida à linternational et à convertir des cadres administratifs locaux en spécialistes du VIH/Sida y compris des médecins. On le constate dans la composition de la coordination du CNLS dont les animateurs sont précisément des reconvertis de la communication, de la vie associative, de clinique dentaire, etc. De lautre côté, on note une certaine « sidatisation » des ministères de la santé en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso.
Dans le contexte actuel dasphyxie financière interne des pays du Sud et de lexplosion du chômage, les projets de lutte contre le VIH/Sida, qui par ailleurs trouvent des relais très importants à linternational, pourraient être convertis en mécanisme soit denrichissement individuel des acteurs politico-administratifs soit de réduction légale de la pauvreté, en générant des emplois avantageusement rémunérés dans les filières administratives de la santé. Il suffit de se référer au train de vie des agents publics engagés dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida pour sen convaincre : à Yaoundé, par exemple, il y a désormais deux niveaux administratifs au ministère de la santé avec dun côté, les services exceptionnellement liés à la lutte contre le VIH/Sida et de lautre, les autres services de santé. Les services de VIH/Sida sont très bien équipés en matériel informatique et en véhicules de fonction puisque bénéficiant des financements exceptionnels de lOnusida, de lOMS, du PNUD, du Fonds global, etc. alors que les autres services de santé publique ont hérité du matériel vétuste.
La disponibilité croissante des financements à linternational semble par ailleurs déboucher, au niveau local, sur deux phénomènes inédits : le débauchage des acteurs politico-administratifs désormais attirés par la fonction publique internationale et lélaboration des « projets mallettes », cest-à-dire des projets qui bénéficient des financements malgré le caractère douteux de leur existence et des objectifs qui leur sont assignés. En dautres termes, il y aurait progressivement, dans le champ administratif de VIH/Sida, des projets qui nauraient dexistence que dans les archives des ministères de la santé et les porte-documents des acteurs qui en ont la responsabilité. Ces politiques nauraient en réalité aucune assise sociale et pratique. Car, au niveau de ladministration centrale, on parle des projets réalisés au profit de tel ou tel public mais, la traçabilité de ces projets se heurte souvent à leur non connaissance par les prétendus bénéficiaires pourtant nommément désignés dans les rapports y afférents.
Lhypothèse des administrations publiques de VIH/Sida comme créneau de captation de la rente financière internationale est confortée par la remarquable concentration des activités de lutte contre le VIH/Sida dans les grands centres urbains où se côtoient désormais, sous la forme dune « multinationale sanitaire », lexpertise biomédicale locale et importée, la communauté des financeurs en quête de projets viables pouvant assurer leur visibilité dans le champ de VIH/Sida et les fonctionnaires locaux et internationaux parfois peu informés sur la question de VIH/Sida. Il nest pas surprenant comme nous lavons montré avec Fred Eboko que cette logique engendre une collusion entre acteurs du champ au détriment des personnes vivant avec le VIH/Sida plutôt mis à lécart dans la négociation, lélaboration et la mise en uvre des politiques qui leur sont destinées.
Dans plusieurs localités rurales au Cameroun, à Mbalmayo, Bafut, Bertoua, Batouri et Yokadouma, par exemple, nous avons constaté limplantation des panneaux publicitaires destinés à la sensibilisation sur le VIH/Sida alors que certaines personnes concernées rencontrées dans ces lieux affirmaient navoir jamais été en contact avec les équipes mobilisées dans le cadre des campagnes de sensibilisation. Ces populations ne peuvent pas non plus interpréter les informations diffusées sur ces panneaux dont la langue de communication, empruntée aux discours des citadins, ne leur est pas accessible : « Nous les avons vu creuser le sol puis implanter les tableaux que vous voyez-là. Ils sont ensuite partis sans nous dire de quoi il sagissait. Ils nont pas eu le temps de nous parler de ça. Cétait il y a 3 ans. Ils ne sont plus jamais revenus ».
Dautres enquêtés évoquent parfois la pression que les financeurs et les administrateurs expatriés exercent sur les fonctionnaires locaux pour quils produisent « des projets à réaliser alors que le terrain nen demande pas à cet instant ». Les fonctionnaires descendent alors auprès des leaders associatifs pour collecter des projets à faire financer :
« Montez les projets, il y a de largent pour ça, nous dit-on parfois au CNLS. On leur sort parfois des vieux projets déjà financés et réalisés. Ils les prennent mais pour avoir largent, il faut attendre longtemps, courir derrière eux. Ils connaissent le chemin pour venir chercher les projets mais ils ne le reconnaissent plus pour venir donner la suite, surtout pour venir donner largent lorsque les projets sont acceptés. Parfois, largent vient mais coupé en cinq par rapport au budget prévu. Si vous demandez 100 000 FCFA, ils vous donnent 20 000 FCFA. Que faire ? Vous faites avec ce quils vous donnent. Parfois, ils reçoivent bien les 100 000 FCFA demandés mais, ils ne peuvent pas tout vous donner puisquils ont fait les négociations pour vous, ils coupent aussi leur part ».
Ces paroles dune militante antisida au Cameroun montrent quà plusieurs égards, les résultats ne sont pas plus importants que les projets qui devaient les induire. Dans les milieux délaboration et de mise en uvre des politiques de lutte contre le VIH/Sida, les paradigmes « incrémentalistes » sont très souvent utilisés. Car, on y trouve dun côté, des projets réalisés mais (ré) ajustés à volonté pour (ré)-capter le financement et de lautre, des rapports élaborés avant la mise en uvre des politiques à faire financer.
Par ailleurs, les décisions administratives et financières du centre daffaire de la lutte contre le VIH/Sida sont prises par quelques agents, souvent les mêmes dans tous les coups, dans ces grandes métropoles où siègent ordinairement les représentants des organismes internationaux, les principaux bailleurs de fonds de la filière de VIH/Sida et les unités ministérielles concernées par la question de VIH/Sida. Ces agents publics tournent comme sur les chaises musicales dans différents services publics de VIH/Sida si bien que les bénéficiaires devenus eux aussi des « clients attitrés » les identifient avec facilité.
Tous ces changements sociaux saccompagnent inéluctablement de changements politiques, eu égard à la nature et à la pluralité dacteurs engagés dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida mais aussi dopinions véhiculées par lépidémie. En Afrique du Sud, ces influences diversement interprétées sont lisibles dans la dynamique actuelle des politiques de traitements. Il y a comme une certaine sociologie de la responsabilité partagée, acceptée ou refusée, selon les cas et qui entraine par ailleurs une possibilité de comprendre diverses logiques sécrétées par les institutions publiques et non gouvernementales locales comme tentative de formalisation de laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
Troisième partie
LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA ET LES CHANGEMENTS POLITIQUES
Les leçons des observations et des entretiens conduits en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun montrent également que le VIH/Sida qui nest certes pas la première crise épidémiologique mondiale semble très précisément se distinguer non pas seulement par diverses formes de solidarités et de mobilisations sur lesquelles se fonde son action publique tant au niveau national quinternational mais aussi et surtout par les changements politiques quil entraine. A partir de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, on observe pour la première fois, et donc dans le cadre dune crise épidémiologique, un ensemble de mobilisations se dessiner au Nord comme au Sud, au sein des institutions publiques et du milieu associatif, à travers de vastes campagnes communes conduites par les associations, les agences de coopération internationale et de nombreuses administrations publiques nationales au point où, pour emprunter un raccourci, certaines administrations publiques et leurs relais à linternational se convertissent à la lutte contre le VIH/Sida. Cet état de fait engendre nécessaire des changements sociaux et politiques vu la pluralité dacteurs et dopinions mobilisés.
Cette partie veut pour cela analyser ces changements à partir des différents répertoires publics et associatifs de lutte contre le VIH/Sida. Les mobilisations issues de lensemble de logiques en action au Burkina Faso, au Cameroun ou en Afrique du Sud engagent pour ainsi dire, sur le plan interne, les mécanismes institutionnels et associatifs de laction antisida et, sur le plan international, les milieux politiques et les organisations privées. Ces deux niveaux avec des acteurs et des logiques daction qui ne sauraient faire léconomie dune sociologie des conflits, en situation de concurrence dans un élan de relative rivalité pour contrôler les enjeux de lépidémie, se voient, chacun selon ses propres dynamiques daction, obligés dintervenir soit pour soutenir ces changements nationaux soit pour conduire les pouvoirs publics locaux à les susciter. Lanalyse sattache pour cela au décryptage des arènes politiques éclatées par des différentes formes, publique et associative, dentrer sur la scène de laction publique (chapitre 7). Ce qui engendre forcément quelques conflits dont il convient in fine dinterroger les lieux daffrontements et de pouvoir (chapitre 8).
Positionnement panoramique de la troisième partie
LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA ET LES CHANGEMENTS POLITIQUES
SHAPE \* MERGEFORMAT
Chapitre 7 -
LECLATEMENT DES ARENES POLITIQUES
Plusieurs acteurs nationaux et internationaux participent depuis le début de lépidémie à la production et à la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Nous avons répertorié un peu plus dune centaine dorganismes publics et privés réellement engagés dans cette action dans chacun des trois pays dans lesquels nous avons conduit nos enquêtes. Linteraction entre ces acteurs porteurs de valeurs diverses et soumis aux intérêts quelquefois conflictuels, supposent une logique daction flouée et complexifiée par leurs propres représentations de la maladie, du corps mais aussi des enjeux symboliques et matériels secrétés par leur mobilisation. Par contre, certaines spécificités très souvent communes à ce genre de mobilisation de laction publique reposent sur la nature même de lEtat au sein duquel cette pluralité dacteurs agit. En un sens, le rôle et la place dacteurs engagés dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida dépendent de la nature de lEtat.
De fait, le Cameroun et le Burkina Faso, peuvent être assimilés et décrits comme deux situations politiques qui rendent compte de la structure dun Etat « mou » et « fragile ». Cette nature de lEtat est précisément liée à la rareté de ressources mais aussi, en conséquence de cette rareté, à lincapacité de ladministration publique dassurer un certain monopole des acteurs gouvernementaux sur laction publique quelle quelle soit. En même temps, la rareté de ressources étatiques est également une ressource importante pour les acteurs associatifs. En ce sens, cette rareté conduit exactement lEtat à ouvrir son champ daction publique et ainsi à laisser émerger des acteurs endogènes et exogènes. Dans les cas du Cameroun et du Burkina Faso, ces acteurs profitent de cette brèche comme dune fenêtre dopportunité pour se saisir en toute autonomie des objets sociaux liés à laction publique de lutte contre le VIH/Sida, sous forme de « cuisine à part ».
Sous ce rapport, les acteurs associatifs génèrent des dynamiques et des réponses autonomes, voire concurrentielles par rapport à ladministration publique. Compte tenu dune autre variable liée aux faiblesses structurelles et institutionnelles de lEtat local, les acteurs associatifs engagés dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida ont développé une forte capacité à se connecter et à se maintenir à linternational pour y capter les ressources financières de plus en plus disponibles quils reversent dans laction publique locale. On a pu les rencontrer et observer le positionnement de plusieurs associations africaines sur la scène internationale lorsque des conférences sur le VIH/Sida à Toronto (2005), à Bangkok (2006), à Paris (2007), à Mexico (2009), à Dakar (2008) ou à Nairobi (2007) au cours des ces quatre dernières années, souvent se déplaçant grâce à la solidarité des organisations du Nord. Cet état de fait leur permet dailleurs de revendiquer désormais une « place centrale » dans laction publique locale de lutte contre le VIH/Sida et déchapper à la critique institutionnaliste qui les maintenait à la périphérie de laction publique.
Partout, on constate une sorte démergence de mécanismes associatifs de lutte contre le VIH/Sida comme une nouvelle forme de contournement et dévitement de lEtat, grâce à une expertise qui engage les personnes vivant avec le VIH/Sida et à une complicité dagences de coopération et dONG internationales. Leurs logiques daction et leurs modalités dinsertion à linternational échappent souvent au contrôle de lEtat local.
Cependant, en Afrique du Sud, le schéma sinverse considérablement ou du moins, celui-ci repose exactement sur les logiques classiques de laction publique. En effet, les capacités propres aux réseaux de lANC qui fédèrent la puissante organisation syndicale la COSATU et la mouvance politique communiste, à se maintenir au cur de laction publique et à tout contrôler y compris les sphères privées, associatives ou syndicales, donnent à lEtat les possibilités inespérées ailleurs, dexercer un réel contrôle sur laction des acteurs collectifs engagés dans la lutte contre le VIH/Sida. Ces derniers agissent, comme dans une logique de tour de passe-passe, à travers les structures gouvernementales. En ce sens, ils accablent le gouvernement de revendications afin dobtenir linscription dune question liée au VIH/Sida sur lagenda gouvernemental alors quau Cameroun et au Burkina Faso, ils ignorent justement lEtat et ses institutions.
En plus, à la différence du Cameroun et du Burkina Faso, en Afrique du Sud, il y a une sorte de va-et-vient entre les milieux politiques et les milieux associatifs ou syndicaux. A tel point quun nombre important dacteurs engagés dans la vie publique sud-africaine sont danciens militants des organisations syndicales et associatives de jeunesse qui se sont illustrées pendant les luttes sociales qui ont marqué les années de lapartheid. Cest dailleurs le cas de Motlanthe, successeur de Thabo Mbeki comme président de lAfrique du Sud. Ce vice-président de lANC est également un ancien secrétaire général de la COSATU. Inversement, les militants qui tiennent les rôles éminents dans le mouvement associatif sont danciens camarades membres de lANC sous lapartheid, reconvertis dans le milieu associatif de lutte contre le VIH/Sida. Cest le cas de Zachie Achmat, le Président fondateur de la TAC. Ainsi, on peut supposer quaujourdhui, en Afrique du Sud comme au Cameroun et au Burkina Faso, il y a une forte affirmation du mouvement associatif dans la production et la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida (section 1). Ce mouvement est dans une certaine mesure le prolongement du mouvement de revendication sociale et politique de la fin des années 80 (section 2). Dans le domaine du VIH/Sida, il a inspiré et influencé les débats juridiques sur la protection des malades (section 3).
Positionnement panoramique du septième chapitre
LECLATEMENT DES ARENES POLITIQUES
SHAPE \* MERGEFORMAT
Section 1
Laffirmation du mouvement associatif dans le champ du VIH/Sida
Laction publique de lutte contre le VIH/Sida sinscrit fortement dans un cadre institutionnel défini et contrôlé par ladministration publique, à travers laction du ministère de la santé publique et des services de la présidence de la république, selon les pays en Afrique. Mais, cette action gouvernementale laisse également un ensemble de registres et de répertoires souvent oubliés par les administrations publiques et dans lesquels sengouffrent peu à peu des dynamiques associatives. Les associations simposent dans plusieurs domaines sociaux liés à lépidémie du VIH/Sida comme les relais privilégiés des administrations publiques locales et des agences de coopération internationales. Plusieurs associations généralistes de développement se sont également converties à la lutte contre le VIH/Sida et bénéficient ainsi de formations spécifiques dans le cadre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida et des politiques conduites en matière de santé reproductive. Dautres ont été créés certains depuis 1987 par des personnes vivant avec le VIH/Sida.
Mais, ce mouvement présente des fissures et des figures diversifiées en fonction des interlocuteurs et des enjeux pour lesquels ses militants se mobilisent. Il peut pour cela être analysé soit à partir des incertitudes, de la filiation et du rejet dont il est lobjet dans ses rapports avec ladministration publique (1) ; soit à partir des difficultés quil y aurait à maintenir ses frontières et la définition de son champ daction (2) ; soit enfin en sintéressant à ses limites dans sa contribution à laction publique de lutte contre le VIH/Sida (3).
1. Le mouvement associatif : incertitude, filiation et rejet
Différents modes dentrée permettent de définir et de saisir les mouvements collectifs engagés dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Le terme daction publique a dailleurs été préféré à celui de politiques publiques pour expressément travailler la dialectique induite par ce genre dacteurs. Laction publique sattache à lanalyse des entreprises conduites en vue de répondre à lépidémie et à ses effets alors que les politiques publiques, tout en désignant cette entreprise, lui associent le caractère élaboré voir institutionnel et officiel des acteurs qui la conduisent. En un sens, le terme politiques publiques saccommodent exclusivement à laction publique telle quélaborée et mise en uvre par les institutions gouvernementales alors que le terme daction publique peut aussi renvoyer à laction des entités non étatiques dont le but est de satisfaire lutilité publique. Il en va des activités de lutte contre le VIH/Sida conduites par les acteurs périphériques désignés par la société civile et de façon factuelle se distinguent des acteurs politiques tout en concourant au bien-être public. Ici, ces mobilisations sont cernées à travers les associations, les ONG et de façon globale la société civile.
Le cadre juridique de plusieurs pays africains distingue les associations des ONG. Les premières sont librement créées et fonctionnent avec une relative autonomie alors que les secondes, tout dabord acceptées comme associations du moins dans le cas du Cameroun, obéissent en plus au régime soit de la déclaration soit de lautorisation. Ainsi, pour échapper au contrôle juridique et à certains égards, politique, les promoteurs des activités communautaires de lutte contre le VIH/Sida préfèrent dans la plupart des cas, adopter le statut dassociation plutôt que celui dONG. Mais paradoxalement, le terme ONG paraît socialement et même politiquement plus correct et plus prestigieux que celui dassociation tant aux yeux des partenaires politiques que des donateurs extérieurs. Le terme ONG est utilisé pour désigner toutes les organisations de taille importante qui enrichissent la logique de la société civile alors que celui dassociation renvoie aux structures de petite taille et de moindre visibilité.
Partant de cette distinction, limaginaire collectif dans les milieux de la société civile et le prestige quacquièrent les acteurs communautaires font émerger au sein de la société civile, une certaine hiérarchie positionnelle avec, en sens croissant, les associations, les ONG et les fondations, etc. Selon cette logique, une association est une structure élémentaire qui, au Burkina Faso et dans les milieux francophones du Cameroun, est désignée par club, amical, mutuelle ou mouvement. En revanche, une ONG y paraît comme une structure organisationnelle socialement stable, de grande taille en ressources humaines et financièrement viable et autonome. En Afrique du Sud, nous navons pas perçu une telle distinction sinon que dans les capacités dactions associatives à mobiliser lopinion publique nationale et internationale et à se maintenir dans lespace publique de lutte contre le VIH/Sida.
En réalité, une association tout comme une ONG représente lun des acteurs structurels de la société civile qui, à son tour, renferme des institutions diverses et même éparses qui uvrent de quelque façon que ce soit, sinon au côté, du moins à côté de lEtat. Pour éviter la confusion terminologique qui allait nécessairement sensuivre et écarter définitivement ce débat complexifié par les contextes sociolinguistiques et sociopolitiques plutôt que par la pratique des acteurs, nous avons préféré lemploi du terme « mobilisations collectives » pour évoquer à la fois les associations, les ONG et même la société civile, laquelle intégrerait toutes ces dynamiques.
Par mobilisations collectives nous entendons donc dans le cadre de cette étude, lensemble des acteurs structurels ou non qui, à côté de lEtat, uvrent indistinctement dans les associations ou les ONG dutilité publique. Elles sont par nature juridiquement indépendantes de lEtat. Nous nallons pas non plus nous attacher à la définition stricto sensu de la notion dutilité publique, étant entendu que cette utilité publique conférée par les institutions publiques peut également souffrir des logiques instrumentales. Jean Gatsi distingue à ce propos les associations des ONG en soulignant que celles-là font partie de léconomie sociale avec les coopératives, les mutuelles et les syndicats alors que celles-ci constituent une catégorie à part entière à côté des acteurs économiques. Autrement dit, pour Jean Gatsi, au sein de la société civile, il y a entre autres structures les acteurs économiques et les acteurs des ONG. Les acteurs économiques représentent léconomie de marché et léconomie sociale. Les associations, les coopératives et les syndicats se retrouvent dans cette dernière. Autant la distinction quopère le législateur entre les associations et les ONG est ambiguë, autant le terme de société civile est vague, puisque essentiellement englobant : on y retrouve tout un ensemble de structures éparses et nayant en commun que les seuls critères de bénévolat tout aussi relatifs selon les structures dans la mesure où certaines dentre elles disposent de salariés parfois plus nombreux que des bénévoles. Dautres insistent sur le critère dindépendance à légard de lEtat et de leur intervention dans la sphère publique. Nous y reviendrons nécessairement dans le septième et dernier chapitre consacré aux instrumentalismes des mobilisations collectives engagées dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
Pour revenir aux travaux de Jean Gatsi, sept grandes catégories dinstitutions sociales de solidarité ( cest aussi là la définition anglo-saxonne de la société civile) constituent la société civile en Afrique en général et au Cameroun en particulier : les acteurs économiques (économies de marché et économie sociale dans laquelle se trouvent les associations), les ONG, les ordres religieux, les chefferies traditionnelles, les vendeurs à la sauvette et autres mouvements spontanés et les acteurs identifiables par leur corporation comme les artistes, les sportifs et les avocats. On voit ici que les analyses de Gatsi ont de spécial le fait de se distancier des développements marxistes.
En effet, reprenant les idées de Marx, Antonio Gramsci distingue dans la superstructure, la société politique et la société civile. La société politique est selon lui, un appareil de coercition « destiné à conformer les masses au type de production » voulue par la classe dominante. Elle comprend à cet effet, larmée, la police et le droit répressif. Par contre, la société civile est dans la perspective de Gramsci un magma qui renferme « lensemble des organismes vulgairement dits privés » mais inféodés à lidéologie dominante quils diffusent à travers « lEglise, lorganisation scolaire et les organisations de presse ». Sous ce rapport, les analyses de Gramsci pensent une société civile policée car, la frontière entre elle et le politique reste matériellement flou.
En définitive, il nous revient de constater que si nous restons dans la logique de Gatsi et même dans celle de Gramsci, la société civile représenterait, pour sinspirer de la philosophie de Kant, un introuvable noumène dans la mesure où elle permettrait de tout y représenter en même temps quelle ne désigne rien de spécifique. Notre hésitation à utiliser ce concept en traitant des acteurs de léconomie sociale est due à toutes ces instabilités sémantiques que révèle lanalyse de la société civile devenue un fourre-tout. Elle est davantage une construction conceptuelle plutôt quune réalité structurelle bien que lélite politique camerounaise et burkinabé en particulier la présente comme un ensemble dorganisations autonomes en vue de faire admettre lidée dune libéralisation ou dun pluralisme politique.
Ces instrumentalismes politiques auxquels se prête parfois la société civile constituent aujourdhui une stratégie de légitimation politique à légard de la communauté internationale qui, comme le montrent les travaux de Michel Doucin et Bertrand Badie, est devenue de plus en plus exigeante sur louverture politique et la consolidation des pôles de contre pouvoir, échappant au contrôle politique et monolithique, comme lune des conditionnalités de lémergence dune société de droit. En réalité, ce qui est palpable et opérant, cest lexistence des associations et des ONG qui uvrent quotidiennement aux côtés des personnes vivant avec le VIH/Sida et de leurs familles afin de fléchir les effets de cette épidémie sur leur vécu quotidien mais, la société civile dans ce domaine est presque une utopie. Cest pour cette raison que dans nos développement nous avons clairement pris position pour les termes « associations », « ONG » ou encore « mouvement collectif ».
2. Le mouvement associatif : frontière et définition dun champ daction
Dans les premiers temps de lépidémie, les actions des associations ont été très déterminantes en Afrique du Sud et au Burkina Faso, notamment. Au Burkina Faso, elles se sont essentiellement articulées autour de la prévention et la sensibilisation dès 1987 avant de sorienter, à partir de 1991, vers la prise en charge et le soutien des personnes infectées ou affectées. AAS fut créée dans cette mouvance par des personnes concernées.
En Afrique du Sud, les premières associations ont conduit des mobilisations communautaires dans les townships pour conscientiser et éduquer les citoyens à la prévention et au traitement. La TAC a été la première organisation à avoir lancé des programmes de traitements de VIH/Sida longtemps avant le gouvernement. Elle sapprovisionnait illégalement sur le marché extérieur des antirétroviraux. En 2000, cest-à-dire deux ans après sa création, la TAC a en effet réussi à importer des versions génériques du fluconazole de Pfizer de Thaïlande. En violant délibérément les brevets, elle entendait dénoncer le monopole de Pfizer dont les prix étaient considérés abusifs. Le fluconazole coûtait 40 rands pour le secteur public et 80 rands pour le secteur privé alors que les génériques thaïlandais de ce produit revenaient à 2 rands.
Les premiers projets officiels de traitement du VIH/Sida y ont été élaborés à partir de mai 2003, après la signature des accords impulsés par la TAC entre le gouvernement sud-africain et les multinationales pharmaceutiques GlaxoSmithKline et Boehninger Ingelheim. Au début et peut-être encore jusqua ce jour, la moitié des personnes bénéficiant de ce projet étaient des membres actifs ou affiliés de la TAC. Pendant de longues années, la TAC a fait pression sur le gouvernement, en organisant des manifestations de rues, afin quil mette en uvre une action publique en faveur de personnes vivant avec le VIH/Sida. La TAC souhaitait que les personnes vivant avec le VIH/Sida bénéficient des traitements antirétroviraux dans le cadre du dispositif public du « Medical Aid », avec en corolaire la lutte contre les discriminations et la stigmatisation dont elles devenaient de plus en plus victimes.
Lorsquon considère lensemble de répertoires mobilisés par les associations en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso, on se rend bien compte que les activités associatives bénéficiaient à deux types de populations. La première catégorie regroupait les personnes stigmatisées comme faisant parties des groupes à risque : les homosexuels en Afrique du Sud et les prostituées au Cameroun alors que la seconde était composée, en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso, dautres catégories sociales concernées par lépidémie : les femmes, les enfants et orphelins du VIH/Sida, etc. Cette distinction est très importante, même si elle est moins opérante au Cameroun et au Burkina Faso quen Afrique du Sud à cause notamment du traitement réservé à la notion de lhomosexualité dans ces deux premiers contextes. Elle permet tout au moins de voir lincidence de laction associative à la fois sur la vie des malades et sur les autorités publiques locales. En Afrique du Sud, par exemple, les premières campagnes associatives de lutte contre le VIH/Sida étaient une sorte de sensibilisation à destination des personnes homosexuelles, membres de GASA. Cette association existait déjà pendant le régime de lapartheid mais était essentiellement tournée vers lautoprotection des Gays et Lesbiennes. GASA menaient des activités clandestines car, le régime de lapartheid réprimait les homosexuels au même titre que les noirs. Au Burkina Faso, AAS sest formée dès 1987 autour de personnes infectées non homosexuelles et a ensuite été officiellement déclarée en 1991.
Mais, GASA na pas survécu aux nombreuses fractures identitaires et idéologiques qui la minaient. Elle a implosé au cours des premières années de VIH/Sida, suite aux désaccords politiques et stratégiques entre les activistes de la gauche anti-apartheid tels que Simon Nkoli, Edwin Cameron et Peter Busse et les conservateurs de droite revendiquant plutôt la ligne apolitique du mouvement homosexuel. Ces derniers ne souhaitaient pas faire lamalgame entre les luttes homosexuelles et les mobilisations anti-apartheid quand bien même plusieurs membres Noirs influents du mouvement étaient également exposés aux discriminations raciales et que le régime de lapartheid était par ailleurs fondés sur des politiques homophobes.
Sur les cendres de GASA, plusieurs associations furent créées à partir de 1987. Elles revendiquaient à une sorte de militantisme fondé à la fois sur les luttes politiques, homosexuelles, anti-apartheid et contre le VIH/Sida. Lépidémie de VIH/Sida est dailleurs très vite apparue comme le nouveau socle des ces organisations. Il sagit de la Rand Gay Organisation (RGO), la Gay and Lesbian Organisation of the Witwatersrand (GLOW) et lOrganisation of Gay and Lesbian Activists (OLGA). Ces nouvelles associations avaient en commun le fait de réunir désormais des « camarades anti-apartheid » et homosexuels, concernés par le VIH/Sida pour avoir été infectés ou affectés. Elles ont à la fois combattu contre lhomophobie de la maladie, lapartheid et la maladie elle-même.
Pour des raisons politiques liées précisément aux mobilisations anti-apartheid, nombreux de ces camarades engagés dans les associations homosexuelles de lutte contre le VIH/Sida, étaient également membres influents au sein de lANC. Ils représentaient lélite intellectuelle de gauche, souvent juristes, médecins, militaires ou universitaires. En revanche, lANC bannissait également lhomosexualité. On se souvient quau sein de lANC la majorité de partisans avait parfois publiquement affirmé une certaine homophobie, déclarant à linstar de Jacob Zuma que lhomosexualité était une antivaleur. Progressivement, ils ont obtenu, à la fin des années 80, la mise hors la loi de la discrimination basée sur lorientation sexuelle, inscrite dans la déclaration des droits de lhomme de lANC. Le but des activistes homosexuels et victimes de VIH/sida était en fait, en apportant leur soutien aux mobilisations politiques de lANC dans le combat contre lapartheid, de négocier, en contre partie, un nouveau pacte social qui inclurait les droits des homosexuels et des personnes vivant avec le VIH/Sida. Pour eux, il ne fallait pas superposer des nouvelles formes de discriminations fondées sur lorientation sexuelle et le statut sérologique sur les discriminations raciales. Ils préconisaient plutôt la lutte contre lhomophobie et le VIH/sida comme une reconversion des outils construits et mobilisés par lANC contre lapartheid : notamment, les droits de lhomme considérés ici comme à la fois les droits des homosexuels à la liberté de pratiques sexuelles et les droits des noirs de vivre libres dans lAfrique du Sud postapartheid.
En ce qui concerne la deuxième catégorie, elle est constituée de groupes particulièrement construits en population à « risque » mais ne faisant pas partie de la communauté des homosexuels. Il sagit, selon les cas nationaux, de prostituées, de jeunes, de migrants, de militaires, de transporteurs, etc. Ces groupes sont largement exposés à la maladie et les premières enquêtes du Global Program on AIDS sur les dynamiques de lépidémie, les identifiaient comme faisant partie des communautés les plus touchées. Mais, cette classification catégorielle a également ses travers puisquaucun individu ne peut, en principe, être figé dans un seul groupe à la fois.
En revanche, et la cartographie de lépidémie la confirmé, les militants associatifs voulaient casser ces cloisons en faisant cohabiter non seulement plusieurs causes à lintérieur de la lutte contre le VIH/Sida mais aussi, plusieurs catégories sociales, dans ce même mouvement. Il sagit donc pour ces mobilisations dappréhender les malades quels quils soient à travers les dynamiques de lépidémie, les histoires sociales et culturelles des groupes qui les composent et non pas uniquement à partir de leur « individuation » enfermée dans des catégories définies comme potentiellement touchées, puisquapparemment à la population « à risque ».
Les activités des associations consistent ainsi à les soutenir en leur offrant des informations utiles sur la maladie, ses modes de transmission, ses moyens de prévention et les évolutions sur les moyens pouvant atténuer leurs souffrances. Ces activités sont essentiellement articulées autour de la prévention, avec des supports pédagogiques variés selon les publics. Le contenu des messages de sensibilisation saccommode de la culture locale et des déterminants sociologiques selon les pays. En Afrique du Sud, par exemple, ces messages font encore une place importante à la transmission de la mère à lenfant alors quau Cameroun et au Burkina Faso, à côté de cette prévention périnatale, ils insistent également sur limpact des pratiques socioculturelles traditionnelles telles que lexcision et le lévirat dans la propagation de lépidémie.
Dans tous les cas, les associations mobilisent plusieurs supports de communication : la vidéo, les causeries-débats, les jeux concours, les animations théâtrales et les supports graphiques tels les livrets, les bandes dessinées, les journaux, etc. Au Burkina Faso, AAS y associe ses unités mobiles de dépistage et de prévention qui animent des campagnes itinérantes à Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso et à lintérieur du pays. Ces activités sont régulièrement soutenues par les kiosques implantés dans plusieurs localités du Burkina Faso. Cest en partie le rôle assigné à la Maison de lObservance de AAS à Ouagadougou. Les personnes vivant avec le VIH/Sida viennent y partager des moments de convivialité autour des repas qui tiennent précisément compte de leurs modes alimentaires, en accord avec les traitements et leurs besoins nutritionnels spécifiques.
A côté de la prévention, plusieurs associations ont conduit longtemps avant les pouvoirs publics, les premières activités dans le domaine du dépistage. Laction publique a, pendant de nombreuses années, oublié cet aspect dans la lutte contre le VIH/Sida. Au Burkina Faso comme au Cameroun, par exemple, une certaine démocratisation du dépistage a permis aux associations de sinvestir dans cette activité dès les débuts de la moitié des années 90. Elles sont aujourdhui techniquement et financièrement appuyées par les organisations de la société civile du Nord et les agences de coopération internationales. Ces dépistages se font sous la tutelle des structures institutionnelles locales comme le ministère de la santé et les CNLS. Au Burkina Faso, le premier centre de dépistage volontaire et anonyme (CDVA) a été crée en 1994 à Ouagadougou par lassociation burkinabé des infirmières (ABI). Mais, après une année et environ 300 tests de dépistage, ce centre a été obligé de fermer à cause du coût très élevé des charges auxquelles ses promoteurs ne pouvaient plus faire face.
Vers la fin des années 90, avec larrivée de nouveaux tests moins couteux, deux autres centres associatifs de dépistages ont été créés au Burkina Faso : lun, créé en 1997 à Bobo Dioulasso, est le centre anonyme de dépistage et dinformation (CADI), luvre de lassociation APRODEC sous la tutelle institutionnelle de la Direction régionale de la santé et lautre, créé en 1998 à Ouagadougou est le Centre dinformation, de conseils et de documentation sur le VIH/Sida et la tuberculose (CICDoc). Le CICDoc est un collectif de sept (7) associations communautaires dont le but est justement de promouvoir la collaboration entre le monde médical et le monde associatif. Ce collectif est également un moyen de favoriser la disponibilité et laccessibilité du conseil-dépistage. Il propose une documentation sur le VIH/Sida tout en développant au niveau national et local, le plaidoyer et lassistance juridique des personnes vivant avec le VIH/Sida. Aujourdhui, ce collectif soriente progressivement vers un autre type daction : en effet, grâce aux compétences accumulées au cours de cette dernière décennie, il se propose dapporter un appui technique aux associations de prise en charge communautaire. Le CICDoc travaille en partenariat avec des laboratoires privés, le centre national de lutte antituberculeux (CNLAT) et le CNLS. Dans cette perspective, AAS sest doté dun centre de traitement « le centre Oasis », appuyé par ses unités mobiles de dépistage et de prévention.
Au Cameroun, les premiers dépistages à partir de 1996 sont en grande partie le fait de lhôpital Jamot, soutenu par une fondation privée du même nom. Le Dr Ghislaine Affana a ouvert également un service de dépistage anonyme à la Clinique Antivénérienne dElig Essono avant de quitter son emploie en 1998 pour un poste de conseiller au sein du Groupe technique central du CNLS camerounais. Les campagnes de publicité effectuées à loccasion de la journée mondiale de lutte contre le VIH/Sida célébrée chaque année le 1er décembre et qui, depuis la fin des années 80, mobilisent au niveau national, lensemble des associations communautaires et des agences de coopération internationales, pendant quelques semaines autour de nombreuses manifestations de visibilité, ont accru la demande en matière de dépistage volontaire du VIH/Sida. Au cours de cette période, marquée par une vaste campagne nationale de lutte contre lépidémie, diverses émissions radiodiffusées et télévisées sont animées par lensemble des catégories dacteurs engagés dans la lutte contre le VIH/Sida. A cette occasion, le mouvement associatif de lutte contre le VIH/Sida essaie dimpliquer les personnes vivant avec lépidémie dont les témoignages sont bien accueillis par les publics aussi bien en Afrique du Sud quau Cameroun et au Burkina Faso.
Cest ainsi quen Afrique du Sud, par exemple, la TAC a obtenu en 2005 de lancien président Nelson Mandela quil reconnaisse publiquement que son dernier fils encore en vie, Makgatho Mandela, décédé en janvier 2005, était mort du VIH/Sida. « Jespère quavec le temps nous réaliserons quil est important de parler ouvertement de ceux qui sont morts du Sida », avait-il ajouté. Mandla, le fils du défunt, a de son côté révélé que sa mère était également décédée du VIH/Sida un an plus tôt : « Il nest pas le premier tué par le Sida. Notre mère est aussi morte des suites du Sida. Mais nous ne sommes toujours pas habitués à la mort ». On sait que Mandela, retiré de la vie politique depuis 1999, a fait de la lutte contre lépidémie du VIH/Sida sa priorité. Il soutient laction des associations en ce sens et a lancé une vaste campagne baptisée 46664, son ancien numéro de détenu à la prison de Roben Island, afin de recueillir des fonds et dattirer lattention des sud-africains sur lépidémie. Lors de la conférence de presse donnée le jour du décès de son fils à Johannesburg, il concluait son propos en ces termes : « Je navais aucune idée, lorsque jai lancé cette campagne, que cela toucherait aussi un membre de ma famille ».
Le succès rencontré par les associations dans leurs dispositifs de dépistage a largement contribué à la décentralisation de cette activité ainsi quà la connaissance par les citoyens de leur statut sérologique. Aujourdhui, plusieurs associations proposent gratuitement le dépistage grâce aux financements désormais nombreux de Sidaction, Esther, du Fonds mondial, de la Fondation Bill Cliton et dautres agences de coopérations internationales.
3. Le mouvement associatif : un acquis mais pas une panacée
Lenthousiasme suscité par les mobilisations collectives dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida ne doit pas non plus donner limpression que tous les individus y accèdent et occulter les insuffisances très nombreuses encore de politiques daccès au dépistage. En Afrique du Sud, ce dépistage est encore très limité en raison dabord dune très faible accessibilité en milieu rural et dans les townships où les individus ne se sentent pas encore concernés par la nécessité de connaître leur statut sérologique.
Ensuite, la connaissance du statut sérologique est encore un motif dangoisse et de désespoir même en période dune action publique du médicament très affirmée, compte tenu de la persistance du rejet social des malades et du phénomène de la stigmatisation. Doù les fortes réticences pour les individus qui, par ailleurs, sont encore marqués par les stigmates des erreurs des campagnes de sensibilisation de se soumettre volontairement aux tests de dépistage.
Les associations de la société civile se substituent également à lEtat sur la prise en charge des malades et de leurs familles, notamment des enfants dont les parents vivent avec le VIH/Sida ou même des enfants, orphelins du fait du VIH/Sida. En 2005, la section OEV de AAS à Ouagadougou a accueilli 296 nouveaux cas composés de 135 garçons et de 161 filles. La prise en charge des OEV est constituée de trois éléments essentiels : les conseils dorientation pour la reprise scolaire, les soins médicaux et psychosociaux et le soutien alimentaire. Cest une activité qui se construit sociologiquement à côté des structures publiques dont laction présente, au-delà de la lutte contre le VIH/Sida, de nombreuses carences en matière de santé publique et de politiques sociales.
Au Burkina Faso, plusieurs associations disposent aujourdhui de moyens et de services très compétitifs en matière de prise en charge thérapeutique de personnes vivant avec le VIH/Sida. Cest le cas par exemple de AAS, ALAVI et URBLS à Ouagadougou et Bobo Dioulasso. Quelques initiatives sont également conduites dans dautres provinces comme à Yatenga, Sanmatenga, Passoré et Mouhoun. Des associations font travailler, bénévolement ou avec une modeste rétribution, du personnel de santé qualifié, médecins et infirmiers. Plusieurs dentre elles disposent déquipements et de centres spécialisés qui proposent des consultations médicales, des examens radiologiques et biologiques et des soins de santé. Les associations ont également lavantage de coordonner de mécanismes de soins de santé à domicile pour les malades qui ne peuvent pas se déplacer à cause de leur état de la maladie très avancé.
A Yaoundé, AFASO organise également des visites à domicile. Mais celles-ci se limitent à différentes formes de soutien sans précisément déboucher sur des formes de soins à domicile. En fait, à la différence de plusieurs associations du Burkina Faso spécialisées dans la prise en charge globale, cest-à-dire de la vie sociale aux traitements en passant par les tests de dépistage, les associations du Cameroun font exclusivement de laccompagnent psychosocial. Cette situation est liée non seulement aux capacités et à lexpertise accumulée par les associations mais aussi aux pesanteurs de ladministration publique qui peut ou ne pas déléguer ses prérogatives aux acteurs associatifs. Elle renseigne de fait sur le niveau de responsabilisation et les capacités des acteurs associatifs à négocier, voire à se substituer aux services publiques. En clair, les associations de lutte contre le VIH/Sida au Cameroun ne disposent daucune compétence en matière médicale, champ encore réservé aux seules structures de santé publique. En Afrique du Sud, les visites à domicile sont également proposées, dans les townships, aux malades et à toute autre personne qui le souhaite.
Au Burkina Faso, la plupart des associations dont les centres de santé ne peuvent pas réaliser les examens biologiques par manque de matériel, se réfèrent soit aux autres centres associatifs soit aux services de santé publique avec lesquels, elles établissent des accords pour que ces actes médicaux bénéficient des rabais. Plusieurs associations disposent également de pharmacies qui fournissent des traitements à très faible coût pour les maladies infectieuses opportunistes. Si en Afrique du Sud, les malades y compris les personnes vivant avec le VIH/Sida peuvent gratuitement obtenir les médicaments auprès des pharmacies grâce à laction médicale de lEtat, au Cameroun et au Burkina Faso, en revanche, les malades doivent payer leurs traitements. Les associations tiennent ainsi des officines pour fournir les médicaments à titre gratuit ou contre une modeste facturation. Elles sont souvent approvisionnées par des dons des hôpitaux et des laboratoires pharmaceutiques du Nord, avec lesquels elles sont liées par des accords de partenariat.
Plusieurs associations proposent enfin des activités de soutien socio-économiques spécifiques aux personnes vivant avec le VIH/Sida eu égard aux difficultés quelles rencontrent à accéder au crédit et au fonds destiné au projet de micro-finance. Les associations leur apportent également une aide alimentaire pour faire face aux besoins nutritionnels exceptionnels suite aux traitements. Au Burkina Faso, AAS assiste également les familles qui acceptent dhéberger les enfants victimes du VIH/Sida ou orphelins du fait du VIH/Sida. Cependant, dans ces trois pays, les luttes militantes contre le VIH/Sida sont portées par une dynamique collective qui laisse apparaître un développement très important dacteurs associatifs et de mouvements activistes dont les logiques de configuration sont issues de lhéritage des mouvements de libéralisation politique de la fin des années 80.
4. Laction des « séroconcernés » eux-mêmes
Malgré la forte participation des organisations structurées privées et publiques, il subsiste un vide dans laction antisida, surtout dans les zones rurales enclavées et désertées par ladministration publique. Cest exactement pour faire face à la désertion des centres de soins en milieu rural que les conseils sont habituellement organisés en groupe villageois ou dans les dispensaires de petite taille. A Bertoua comme à Bafoussam, à Bobo-Dioulasso ou à Guguletsu, à Langa et à Soweto, on observe le développement de plusieurs groupes spontanés au sein desquels se rencontrent les personnes séropositives. Ces regroupements sont à juste titre nommés par groupes de parole. Ils se servent généralement de la vidéo comme support de communication et de parole, se donnant ainsi lillusion ou mieux la satisfaction dinteragir avec des spécialistes qui prodiguent des conseils derrière le petit écran de la télévision à défaut dinteragir directement avec eux. A Kayelitsha et à Guguletsu, dans la région du Cap en Afrique du Sud, certaines associations locales ont recours aux conseillers volontaires, des non-professionnels issus des communautés locales ou dautres associations partenaires, au rang desquels de nombreux volontaires allemands et australiens.
Cette approche, par la responsabilisation des leaders issus des communautés locales ou des dynamiques de personnes concernées elles-mêmes, ressemble à linitiative de la GTZ au Cameroun. En effet, vers la fin des années 90, la GTZ a pensé une action envers les malades en encourageant et en accompagnant les personnes vivant avec le VIH/Sida, en vue de créer des associations locales des personnes concernées. Aujourdhui, il y a un peu plus dune centaine dassociations communautaires au sein desquelles les personnes vivant avec le VIH/Sida se soutiennent mutuellement et échangent sur leurs expériences de la maladie, du corps, des traitements et même des interactions sociales. En fait, dans un contexte où la stigmatisation et la discrimination sont encore très considérables, laction publique en matière dIEC se focalise sur des programmes profondément ciblés, utilisant des relais locaux indépendants souvent issus de lensemble de légitimités en action dans ces sites. Mais, les relais associatifs natteignent pas toutes les classes sociales.
Au Cameroun et au Burkina Faso, par exemple, les jeunes adolescents sont moins attirés par les conseils directement proposés par les structures associatives. Les 12-16 représentent en fait la catégorie sociale la moins réceptive aux messages de prévention véhiculés par les structures de masse organisées comme mécanismes de conseils. Cette catégorie sintéresse plutôt aux messages diffusés par les médias de jeunes avec le langage de jeunes. Ils sont 96% au Cameroun à avoir un regard interrogateur sur les associations de lutte contre le VIH/Sida, contre 73% au Burkina Faso. Ils déclarent tous navoir jamais été en contact avec une association de lutte contre le VIH/Sida et même ny avoir jamais pensé. En revanche, ils semblent apprécier les conseils sur le VIH/Sida qui proviennent des médias de jeunes : bandes dessinées, dessins animés, émissions radiodiffusées ou télédiffusées à destination de jeunes avec la parole aux jeunes, etc.
Au Cameroun, tous les jeunes affirment connaître et suivre régulièrement lémission « entre nous jeunes » qui traite de la sexualité et du VIH/Sida sur la chaine de télévision publique. Ils affirment dailleurs quils connaissent et apprécient positivement les interventions dAnnette Epanya, Conseiller au sein du Groupe technique central du CNLS camerounais. Cette femme qui a longtemps travaillé dans le social intervient régulièrement dans les médias de jeunes sur les questions de la sexualité et du corps. Au Burkina Faso, les adolescents sont très « branchés » sur la station Radio de AAS.
Par contre, en Afrique du Sud, laction de groupes organisés comme les mouvements des pairs éducateurs, permet aux adolescents de discuter des questions liées à lépidémie du VIH/Sida et de prendre conscience du niveau de risque auquel ils peuvent sexposer. A lécole publique de Guguletshu, grâce au travail des pairs éducateurs, de nombreux jeunes se sont volontairement soumis aux tests de dépistage. La plupart dentre eux, 68%, ont fait connaître les résultats de leur test à une tierce personne et avaient, à partir de ce moment, lintention de pratiquer une sexualité à moindre risque. Ceux qui navaient pas encore subi le test envisageaient sérieusement de le faire. Des conseillers sont de plus en plus formés soit dans un contexte intra-générationnel (les pairs éducateurs) soit dans le cadre des « aînés sociaux », pour être en mesure de communiquer avec les plus jeunes et de saisir leurs préoccupations spécifiques dans le cadre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
Cependant, la prise en charge et le soutien des « professionnelles du sexe » couramment appelées « prostituées », ne sont pas encore intégrés dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida au Cameroun où ces individus sont encore considérés comme « les produits de la honte ». Au Burkina Faso, quelques associations comme AAS mènent des activités de sensibilisation et de conseil auprès de ces personnes à travers le programme de « Lucioles ». En Afrique du Sud, plusieurs programmes leur offrent également les conseils, les possibilités de dépistage et le traitement des infections sexuellement transmissibles, des discussions de groupes sur la prévention et des préservatifs gratuits.
En un sens, à Pretoria on affirme que les services publics ne peuvent pas continuer à ignorer ces professionnelles dont le niveau de responsabilisation et dinformation peut induire un effet considérable sur les résultats de différentes politiques de lutte contre le VIH/Sida : « Grâce à ces programmes spécifiques, on a constaté un usage de préservatifs en nette augmentation chez les prostituées de Johannesburg ». Ce qui pourrait très certainement réduire lincidence du VIH/Sida et dautres infections sexuellement transmissibles parmi les professionnelles du sexe largement sollicitées dans les grandes villes sud-africaines par de nombreux travailleurs migrants. A Alexandra et à Khayelitsha, les milieux de professionnelles du sexe ont également bénéficié de programmes de formation des pairs éducateurs.
La connaissance du statut sérologique, surtout lorsque les résultats sont positifs, ne participe pas exclusivement à la prévention des nouveaux cas. Au cours de ses dernières années, les taux de séroprévalence ont été multipliés par deux ou trois, au Cameroun et au Burkina Faso alors que plusieurs milliers de dollars y ont été investis pour financer laction publique de lutte contre le VIH/Sida. En 2007, le taux de séroprévalence est de 12% chez les populations actives au Cameroun alors quil est de 4% dans la même catégorie sociale au Burkina Faso. En Afrique du Sud où jusquen 2002, on ne parlait pas daction publique de lutte contre le VIH/Sida, du moins conduite par les autorités publiques nationales, le taux de séroprévalence pour cette même catégorie sociale, est estimé à 28% en 2007. Il fallait donc à côté de la prévention commencer à penser aux personnes qui étaient déjà affectées par le virus pour essayer de contenir les effets socioculturels et socioéconomiques de la maladie.
Section 2
Lactivisme antisida et les mouvements de revendications de la fin des années 80
Le courant de démocratisation des pays du Sud qui a suivi la chute du mur de Berlin et donc la fin de la bipolarisation Est-Ouest, a constitué un tournant important dans léclatement des arènes politiques en Afrique. Ce phénomène a eu des répercussions considérables et significatives dans la configuration des mouvements sociaux, avec lirruption quasi inattendue sinon inespérée de nombreux acteurs sociaux. René Otayek analyse lémergence de ces acteurs comme une fenêtre dopportunité en Afrique pour sortir des impasses du politique. Ce constat est plus quintéressant dans lanalyse de dynamiques associatives dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
Ces mouvements sont à ce titre portés par deux types dacteurs : dabord, les activistes issus des mouvements de jeunesse. Jeunes militants, ils ont été formés dans les réseaux syndicaux et associatifs scolaires par lesquels les partis politiques monolithiques répandaient lidéologie dominante auprès de la jeunesse. Ces jeunes militants sont de fait des notables sur la scène politique locale, dans la mesure où ils jouissent dune longue expérience des mouvements de revendications et dactions collectives même sils servaient uniquement de relais idéologiques du Parti-Etat ; à côté de ces militants construits dans les réseaux de jeunesse, on note la participation dune autre catégorie de militants issue plutôt dune sorte de reconversion. Il sagit des activistes qui appartiennent en fait à la classe de « vieux » militants ayant une longue expérience de mobilisations sociales et syndicales au sein des appareils partisans affiliés au Parti-Etat.
A la différence de la première catégorie de militants issus de mouvements de jeunesse, la seconde catégorie danciens syndiqués et politiques, souvent en exil, reste influente sur les partis politiques de la mouvance présidentielle et de lopposition. Ces militants ont en effet été très actifs au sein des partis politiques qui composent le champ public national si bien quils conservent encore une marge dinfluence liée à la nature des connexions politiques quils continuent à entretenir avec leurs « anciens camarades » devenus notables sur la scène politique locale.
En Afrique du Sud, plus quau Cameroun et au Burkina Faso, les réseaux militants de « lélite civile » sont, dans le cadre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, adoubés par une autre catégorie dacteurs et même de cause militante : les militants homosexuels et ceux de la gauche blanche anti-apartheid. Ces militants ont un rôle et une place très importants dans le développement de réseaux associatifs de lutte contre le VIH/Sida. Les associations locales de lutte contre le VIH/Sida se trouvent ainsi au croisement dune double tradition militante, entre les mouvements de revendication politiques contre le monolithisme de lEtat et la longue expérience des mouvements activistes homosexuels. Laction associative de lutte contre le VIH/Sida se nourrit intellectuellement et idéologiquement de la superposition de ces deux types de militantisme et de revendication qui, au début des années 90, ont abouti aux débats de démocratisation en Afrique subsaharienne.
La double tradition, revendications politiques et mobilisations catégorielles, explique par ailleurs limpact local du mouvement associatif de lutte contre le VIH/Sida et le type de réseaux que ce mouvement est capable de mobiliser en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso. Sil faut, à partir de cette situation sociopolitique, établir une échelle en fonction de lépaisseur et de la capacité des mobilisations collectives à se maintenir et à contrôler un ensemble de ressources militantes dans les espaces locaux et internationaux du VIH/Sida, les associations sud-africaines viendraient en première position, suivies de celles du Burkina Faso puis du Cameroun. Léchelle ainsi établie est déterminée par le niveau de visibilité et de lisibilité de cette double tradition militante. LAfrique du Sud est lexemple parfait du constat selon lequel les mobilisations collectives contre le VIH/Sida ont été nourries par les dynamiques accouchées par les mouvements de revendication politique (1). Par contre, le milieu associatif burkinabé se fait remarquer par une certaine coexistence pacifique avec lEtat (2) alors quau Cameroun, celui-ci tente de contrôler et de fragmenter le tissu associatif (3).
1. LAfrique du Sud :
La mouvance des mouvements de revendication anti-apartheid
En Afrique du Sud, lhistoire et les méthodes de longues luttes anti-apartheid ont eu un impact considérable dans la construction et la configuration des réseaux dacteurs ayant incarné un rôle majeur dans les mobilisations collectives contre le VIH/Sida. En un sens, dès le début des années 80, les trajectoires militantes de la lutte anti-apartheid ont inspiré les militants et les activistes antisida. Ceux-ci ont précisément procédé à une sorte de reconversion de ressources militantes et doutils politiques générés par cette période, tout en exportant sur la scène africaine et internationale ce qui est en quelque sorte devenu « un savoir-faire militant » sud-africain.
En un sens, les constats de Marie-Emmanuelle Pommerolle sur le Kenya valent également pour le cas sud-africain :
« Dans le prolongement des revendications contre les abus du régime des années 1980 et pour le multipartisme, les catégories sociales, professionnelles et politiques actives sont les juristes, certaines Eglises et, fait nouveau, des hommes politiques de lopposition et des groupes populaires (représentants dhabitants de bidonvilles par exemple). Cette continuité est le fait de réseaux préalablement constitués et facilement mobilisables en cas de besoin ».
En même temps, pour qui ne connaît pas exactement les trajectoires historiques de lAfrique du Sud, à travers les péripéties sociopolitiques imposées par les longues luttes anti-apartheid, le professionnalisme militant et lexpérience des associations sud-africaines de lutte contre le VIH/Sida peuvent finalement aider à comprendre en retour cette histoire politique de la lutte sociale contre lapartheid. Cest précisément cette histoire essentiellement sud-africaine qui a forgée les outils et les référentiels idéologiques aujourdhui mobilisés par les associations locales de lutte contre le VIH/Sida pour accabler le gouvernement de demandes, mobiliser la communauté internationale sur limmobilisme de lEtat sud-africain et combattre les résistances des laboratoires pharmaceutiques internationaux face à la nécessité dadmettre des inflexions aux accords de lOMC sur la protection de la propriété intellectuelle relative à la santé. Lhistoire et le rôle du mouvement militant sud-africain permet enfin de compte de comprendre la place particulièrement occupée par les associations sud-africaines, plus que tout autre association africaine, dans les débats sur les génériques et laccès aux médicaments pour les malades africains. La TAC sest montrée à lavant-garde de tous ces débats en Afrique et ailleurs.
Cependant, lhégémonie des associations sud-africaines sur les objets sociaux relatifs au VIH/Sida en Afrique est très contestée par dautres associations africaines. Celles-ci reprochent à celles-là le fait quelles ignorent paradoxalement les dynamiques de lépidémie et les mobilisations associatives ailleurs en Afrique quen Afrique du Sud. En ce sens, bien quétant présentes au nom de lAfrique dans les logiques cumulatives de revendications et de négociations sur les scènes locales africaines et internationales, les associations sud-africaines méconnaissent les réalités africaines quelles ont pourtant la prétention de défendre. Elles nont dailleurs aucun partenariat associatif avec aucune association africaine.
Quà cela ne tienne, les associations sud-africaines de lutte contre le VIH/Sida ont la particularité de sinsérer avec la même ferveur et efficacité dans les deux doubles espaces délaboration et de mise en uvre de laction de lutte contre le VIH/Sida : il sagit dune part, des deux « local », cest-à-dire lEtat ou ses structures daction publique et les interactions entre les mouvements associatifs locaux, et de lautre, des deux « international », cest-à-dire la dynamique des agences de coopération internationales ou interétatiques et les logiques de réseautage avec les associations et les ONG internationales. A ce titre, elles revendiquent le rôle de leadership sur les mobilisations de lutte contre le VIH/Sida en Afrique.
Dans lAfrique du Sud postapartheid, les associations de la société civile ont finalement réussi à simposer comme acteurs singuliers dans lespace des mouvements sociaux et interlocuteurs majeurs des pouvoirs publics, grâce entre autres à leur capacité managériale, leur sens du lobbying et de la mobilisation des relais politiques et leur parfaite expertise technique et intellectuelle sur les objets qui touchent à lépidémie de VIH/Sida. Elles mobilisent tout le bagage dont elles disposent dans les négociations bilatérales quelles conduisent avec le gouvernement de lANC, les syndicats professionnels et les grands groupes pharmaceutiques mondiaux. Avec ces mêmes outils quelles convertissent finalement en une sorte de mécanisme dimport-export, la TAC et la NAPAW saffirment désormais comme les leaders africains du champ du VIH/Sida. Ces deux associations ont remarquablement participé et animé des débats lors de la dernière conférence mondiale sur le VIH/Sida à Toronto en aout 2006 et au sein du groupe de consultation internationale, constitué autour du Fonds mondial à Genève. La TAC est dailleurs la seule association africaine de lutte contre le VIH/Sida qui participe et propose des ateliers thématiques autogérés sur les dynamiques de lépidémie lors des Forums sociaux mondiaux.
En un sens, limpact de laction collective sud-africaine est précisément dû au fait davoir fédéré plusieurs types de revendications autour du VIH/Sida : les préoccupations des malades dabord, mais aussi et surtout lactivisme homosexuel et les luttes contre le monolithisme politique. Plusieurs récits lient lactivisme militant de lutte contre le VIH/Sida à un certain activisme de malades. Mais, ceux-ci oublient la place des mouvements activistes homosexuels. En ce sens, même les homosexuels non infectés participent à ce mouvement. Ils connaissent forcement dautres homosexuels infectés à travers les réseaux dentraide homosexuels qui réunissent à la fois les homosexuels infectés et les homosexuels non infectés mais affectés par les terribles clichés dune maladie largement associée à leurs pratiques homosexuelles.
2. Le Burkina Faso :
La coexistence pacifique avec lEtat et lautonomisation des associations
Dans cette échelle, les associations du Burkina Faso viennent juste après celles de lAfrique du Sud et avant celles du Cameroun. En fait, tout comme les associations sud-africaines, les associations burkinabé héritent dune longue tradition militante qui a forgé leur savoir-faire et leur capacité à donner une signification extravertie à la lutte locale contre le VIH/Sida. Ce qui leur offre une grande visibilité à lextérieur du Burkina Faso et leur permet de se connecter aux ressources de lextraversion pour saffranchir du contrôle plutôt pesant de ladministration publique locale. Les associations du Burkina Faso agissent généralement en concertation et bénéficient de relations privilégiées avec de nombreux partenaires nationaux et internationaux. La diversification de stratégies daction, de partenaires mobilisés et de ressources locales disponibles est sans nul doute latout principal du mouvement associatif burkinabé dont les échos se font entendre à lextérieur. Cette posture permet daccéder à davantage de ressources matérielles (expertise, fond daide, forum internationaux, etc.) et symboliques (légitimation auprès de différents réseaux sociaux, influence sur les administrations publiques, etc.).
Au-delà de la lutte associative contre le VIH/Sida, le Burkina Faso est connu pour la densité et la variété de son tissu associatif. La Haute-Volta coloniale connaissait la participation des premières associations dans les champs de développement et de la lutte contre la sécheresse autour des années 1940.
En 1990, la nouvelle législation sur la liberté associative adoubée par linfluence de la pratique des agences de coopération internationales favorables à lémergence et à la reconnaissance de la société civile pour sortir des impasses du politique, le Burkina Faso a connu une sorte dexplosion associative. En 2001, le PNUD recensait environ 150 associations uvrant directement dans le domaine de la lutte contre le VIH/Sida dont 80% furent créées entre 1991 et 2000 alors que les 20% étaient issues de la reconversion dassociations déjà existantes et travaillant sur dautres objets sociaux.
La diversité et lhétérogénéité des trajectoires militantes enrichissent ce paysage associatif. Ces deux postures sont liées aux différents moments de lengagement individuel, à la distance prise par rapport aux instrumentalismes politiques et aux parcours militants plutôt marqués par des événements singuliers : la pauvreté, la rareté de ressources matérielles, les connexions aux sociétés occidentales et leur tutelle sur les scènes associatives et politiques locales et le dynamisme des populations du Sahel. De façon collective, ces trajectoires militantes renvoient à lémergence de cohortes successives dindividus engagés à partir dun événement générateur ou révélateur. Cette perspective permet danalyser le savoir-faire militant burkinabé à partir de lidentification de générations de militants issues dun moment politique marquant.
Selon Cécile Péchu, « les déterminants de lengagement dans une même organisation ou lors dune même action sont divers, non seulement pour ce qui est des causes (objectives) mais également des raisons (subjectives) de lengagement ». De fait, les individus se réfèrent comme par habitus à ce moment. Ils se mobilisent en référence à lui et y ont participé dans la plupart de cas. Convaincu de cette approche diachronique qui démystifie finalement la création des groupes, Olivier Filleul souligne :
« Ladoption dune perspective diachronique doit permettre de montrer comment les modifications de limage publique dun mouvement et de ses stratégies peuvent contribuer au cours du temps à bouleverser lidentité du collectif par la superposition de générations de militants dont les propriétés et les raisons dagir peuvent avoir varié ».
3. Le Cameroun :
Le contrôle et la fragmentation du tissu associatif par lEtat
On peut enfin classer en troisième position les associations du Cameroun. Elles occupent une place dautant plus difficile quelles tentent de se forger un espace sur une scène locale fortement conquise et contrôlée par lEtat, voir par lancien parti-Etat, le RDPC et ses structures administratives qui tentent encore de visser et de maintenir leur hégémonie sur lespace associatif. Dans un contexte politique difficile, le gouvernement de Paul Biya nhésite pas à recourir aux forces de lordre pour réprimer les associations, de façon violente et les mettre aux ordres. Aussi, la moindre percée publique dune association est sanctionnée par une répression virulente, car les rapports de forces locaux sont tels que le gouvernement influence considérablement les actions policières et administratives envers les organisations de la société civile.
Les associations sont très largement associées aux mouvements de lopposition dès lors quelles mobilisent les répertoires de la revendication et de la contestation. Or, lhistoire de lopposition camerounaise met en évidence le « noyautage » de lespace public par le RDPC qui continue dagir comme dans un régime de parti-unique et la faiblesse des liens entre générations et, à lintérieur dune même génération, le caractère lâche voire hétérogène des interactions entre les individus.
Cette hypothèse est confortée par les stratégies scissipares encouragées par les pratiques de cooptation des élites de la société civile au sein du RDPC et la suspicion qui gangrène les relations inter-associatives dans un contexte de rareté de ressources associatives. Dans ses travaux sur les organisations de droits de lhomme au Cameroun, Marie-Emmanuelle Pommerolle note quelques éléments qui consolident cette hypothèse.
Selon elle, la « moindre cohésion des générations de militants peut être interprétée comme la continuité de la rupture qua connue lopposition politique au tournant de lindépendance et de la faiblesse des mouvements des années 1980. Si les mouvements clandestins sont parfois évoqués comme source dinspiration, ils ne sont pas invoqués spontanément et ne sont pas utilisés comme référence dans la défense des droits de lHomme. Dans un contexte où la succession entre générations militantes est interrompue, où certaines ne souhaitent pas transmettre ou déléguer leur statut et leur savoir, où aucune cohérence ne vient lier les nouvelles générations, la solidité du mouvement de défense des droits de lHomme est fragilisée ».
Les pouvoirs publics utilisent parfois les artifices du droit pour contrôler et limiter laction des mouvements militants. Dans ses recherches sur les usages politiques du droit au Cameroun, Pierre-Fabien Nkot dégage quelques lignes de clivage et de continuité entre le politique et le droit, en montrant précisément comment les acteurs politiques mobilisent les juristes, magistrats, consultants ou enseignants pour protéger leurs intérêts et légitimer un projet politique par le droit. Selon lui en effet, les dépositaires du pouvoir de lEtat imaginent et produisent un ensemble de techniques juridiques, quils convoquent progressivement et systématiquement de façon à faire un usage détourné du droit pour répondre aux finalités idéologiques et politiques. Transposée à notre champ détude, la proposition de Pierre-Fabien Nkot permet danalyser les mécanismes de contrôle politique des mouvements associatifs camerounais par les instruments juridiques en vigueur.
Larticle 71 de la Charte des Nations Unies consacre explicitement le terme ONG comme représentant les acteurs qui participent au développement, en dehors des Etats, acteurs majeurs classiques des relations internationales. Mais, au Cameroun, la vie associative est régie par deux lois qui distinguent précisément la liberté associative des activités des entités non gouvernementales : il sagit de la loi n°90/053 du 19 décembre 1990 sur les libertés associatives et de la loi n°99/014 du 22 décembre 1999 régissant les organisations non gouvernementales.
A vrai dire, la loi de 1999 postérieure à celle de 1990, apparaît plutôt comme un mécanisme politique qui limite et visse les effets des droits engendrés par les instruments juridiques qui paradoxalement garantissent la liberté dassociation. Fred Eboko note que « cette double terminologie, utilisée pour nommer un statut qui était encore commun jusqu'à une loi de 1999, informe surtout de la présence et de limplication de catégories sociales différentes dans le champ du Sida au Cameroun ».
Le hiatus entre la liberté dassociation et lorganisation des activités associatives met également en lumière la désorganisation, voir la complexité et la fragmentation du champ daction des associations de lutte contre le VIH/Sida au Cameroun tout en révélant la volonté de lélite politique de contrôler lespace associatif en général. De ce fait, les associations de lutte contre le VIH/Sida sont, dans ce contexte tendu et fortement contrôlé par le parti politique au pouvoir, réduites au strict minimum comme des petites cellules dont laction est circonscrite dans lespace et le temps. Elles sont de fait des annexes des mécanismes publics de lutte contre le VIH/Sida et comme tels, agissent en sous-traitance sur des espaces et des objets qui intéressent peu ou pas les services publics.
Les acteurs politiques craignent entre autres le fait que, profitant de la liberté dassociation, les promoteurs des initiatives associatives saffirment en concurrence avec les institutions publiques qui ne sauraient contrôler leurs activités. LEtat et ses représentants sen servent pour refuser de collaborer avec des acteurs plutôt concurrentiels, voire ombrageux sur la scène internationale.
Section 3
Le mouvement associatif dans les débats juridiques sur le VIH/Sida
Depuis son avènement et surtout son expansion rapide sur le continent africain, lépidémie du VIH/Sida a toujours été associée à la morale sexuelle, véhiculant des clichés dune maladie liée soit à la mauvaise sexualité soit à la marchandisation du corps. On en parle encore aujourdhui comme dune maladie « honteuse ». De ce fait, la réaction sociale et le regard dautrui sur les malades obligent ces derniers et leurs familles, à ne pas accepter le fait dêtre malade, à le dissimuler ou à ne jamais révéler leur statut de séropositif. Les malades sont encore victimes non seulement de lépidémie mais aussi de la stigmatisation et de la discrimination.
En raison de la persistance de ces stigmatisations et de multiples discriminations qui les accompagnent, les militants associatifs se sont mobilisés pour quun cadre juridique nouveau soit construit afin de les protéger et de faire reconnaître la nécessité de les percevoir comme des êtres sociaux à part entière, détenteurs des mêmes droits que les autres individus : « la force et loriginalité dune association comme la TAC en Afrique du Sud est davoir réussi une combinaison parfaite entre les mobilisations publiques, les actes de désobéissance civile et les actions en justice ». Les débats juridiques les plus importants en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso ont dans ce contexte porté sur la lutte contre les discriminations fondées sur lépidémie et les orientations sexuelles (1) et sur la lutte contre la pénalisation de la transmission sexuelle du VIH/Sida (2). Mais, ces débats concernent pour lessentiel, lAfrique du Sud. En effet, tandis que les associations sud-africaines ont réussi à conduire les tribunaux a joué un rôle essentiel dans la réduction de la stigmatisation et lélargissement des droits de personnes vivant avec le VIH/Sida, les associations camerounaises et burkinabés sont restées très muettes sur ces questions. Aujourdhui encore, les tribunaux camerounais et burkinabés ne se pressent pas, dans la plupart des cas, de connaître les affaires liées à la discrimination à légard de personnes vivant avec le VIH/Sida.
1. Les associations contre les discriminations fondées sur lépidémie et lorientation sexuelle
La lutte contre les discriminations repose sur des instruments juridiques donc très techniques si bien que les associations sont elles-mêmes parfois démunies lorsquelles ne subissent pas simplement la lourdeur et la pesanteur des institutions judiciaires qui les découragent. Au Burkina Faso, plusieurs associations sessaient à lappui juridique. Au sein de AAS, on trouve une juriste recrutée pour être à lécoute des personnes en détresse et qui peuvent avoir des griefs à faire connaître à la justice mais ignorent les procédures. Pour la plupart de temps, ces personnes ont besoin dune aide en matière procédurale et de suivi du dossier jusquau résultat. En 2005, la juriste de AAS a traité un peu plus de 10 dossiers portant sur le divorce, les menaces de licenciement, la succession, etc. Après ces consultations, il est parfois difficile à la juriste de AAS de convaincre les personnes quelle accompagne de saisir la justice à cause de la peur de représailles, dinsuffisance des moyens ou même de la lourdeur des mécanismes judiciaires. Jusquà ce jour, aucun des dossiers présentés devant la justice a connu un dénouement.
En Afrique du Sud, la situation est toute autre. Elle est très lisible à partir de la posture dun individu qui symbolise lexpertise et le militantisme articulé autour de la lutte contre le VIH/Sida. Il sagit dEdwin Cameron dont la position dans les luttes contre les discriminations en Afrique du Sud illustre parfaitement ce qui se joue autour de lépidémie en termes de revendications collectives. Il y a comme une sorte de chevauchements entre lactivisme antisida et les capacités des militants associatifs à influencer les débats politiques et juridiques sur les perceptions de lépidémie. Edwin Cameron est un activiste important dont lexpérience, comme bien dautres militants célèbres de la cause antisida, remonte à lépoque des mouvements homosexuels et des mobilisations politiques anti-apartheid en Afrique du Sud ou pour le multipartisme au Cameroun et au Burkina Faso. Ces mobilisations de la fin des années 80 façonnent le paysage de revendications qui se greffent sur les luttes collectives contre le VIH/Sida.
Avocat défenseur des droits des homosexuels et des prisonniers politiques pendant lapartheid puis des droits de personnes vivant avec le VIH/Sida à la fin de lapartheid, Edwin Cameron est aujourdhui Juge à la Cour Suprême sud-africaine. Vers la fin des années 80, il était à lavant-garde de toutes les mobilisations en faveur de la réforme de la loi pour combattre la discrimination basée sur lorientation sexuelle et défendre les activistes anti-apartheid emprisonnés pour des raisons politiques. En 1986, il invitait les homosexuels blancs à se mobiliser non seulement contre les discriminations et les oppressions auxquelles ils étaient confrontés mais aussi contre les politiques racistes qui opprimaient les sud-africains noirs, homosexuels ou non. Au sein du mouvement homosexuel, il incarnait laile qui combattait les discriminations raciales aux côtés de Simon Nkoli, noir et homosexuel, et de Peter Busse.
On se souvient également du rôle du Juge Edwin Cameron et de ses amis militants de la TAC dans la modification par lAfrique du Sud de la loi sur les brevets dans le but dimporter à très bas coût les traitements du Sida, en copiant et en produisant les médicaments déjà disponibles. En plus, lors du procès de Pretoria, la TAC grâce à son expertise juridique a proposé ses services en tant qu « amicus curiae » aux côtés du gouvernement de lANC pour faire face aux 32 firmes pharmaceutiques ayant attaqué le gouvernement sud-africain en justice dans laffaire des génériques. A coté de ces questions, surgissent aujourdhui encore dautres types de préoccupations judiciaires à savoir la pénalisation de la transmission du VIH/Sida. Cette question qui revêt une actualité soutenue en raison dune série daffaires pendante devant les juridictions pénales en Afrique du Sud et au Cameroun, notamment est essentiellement centrée sur la transmission sexuelle du virus.
2. Les associations contre la pénalisation de la transmission sexuelle du VIH/Sida
Les colonnes des journaux sud-africains et camerounais ont donné un écho particulier à des faits et à des prises de position dune toute autre nature en droit, concernant la vie des victimes du VIH/Sida poursuivis par un autre type de victimes : les victimes de la transmission sexuelle du VIH/Sida par dautres victimes de la maladie. Ce scenario semble sceller une boucle autour de lépidémie si bien quailleurs on a même parlé de « victimes contre victimes » puisquil sagit en lespèce dune victime du VIH/Sida poursuivit par une autre victime du VIH/Sida sauf quici le plaignant croit connaître lauteur de sa contamination alors que ce dernier ne connaissait pas celui par qui il a été lui-même contaminé. On saperçoit bien que les débats se sont articulés autour de la pénalisation ou non de la transmission sexuelle du VIH/Sida et non pas par les autres mécanismes de transmission. Cette question pose évidemment une série de problèmes aux militants engagés dans une dynamique de prévention.
Tout dabord, ces associations reconnaissent le droit inhérent à toute personne de saisir un juge si elle sestime victime dune violation de ses droits par un tiers. Ce principe fonde lappui juridique que AAS porte à ses usagers. Il justifie également la forte consommation du droit par la TAC à la fois contre lEtat, les multinationales pharmaceutiques ou les particuliers pour lutter contre les stigmatisations et les discriminations liées à lépidémie de VIH/Sida. Pour les acteurs associatifs engagés dans la lutte contre le VIH/Sida, le problème ne se pose pas par le fait de porter plainte, ni de se positionner comme victime : il ny aurait pas de raison de prendre cette orientation idéologique dans le cadre de la lutte contre le VIH/Sida. Au contraire, il faut reconnaître et sanctionner la responsabilité des individus qui emploient des vices pour obtenir une relation sexuelle non protégée alors que les messages de prévention jusquici diffusés par les associations ont insisté sur le caractère sexuel de la contamination au VIH et incitent les individus sexuellement actifs à réduire les risques par lusage de préservatifs.
De fait, la plupart de plaintes reposent précisément sur le fait que des contaminations soient intervenues lors de relations sexuelles non protégées, au cours desquelles, lun au moins des deux partenaires sexuels connaissait son statut sérologique mais naurait volontairement pas pris des dispositions adéquates en vue de protéger son partenaire de la contamination. Certes, linformation sur le statut sérologique du conjoint ou du partenaire ne peut pas être retenue comme facteur de tromperie : elle nest pas obligatoire compte tenu du caractère confidentiel de la santé dautrui. Mais, la non-protection dont est victime le conjoint ou le partenaire est en lespèce perçue comme un élément qui engage la responsabilité de la personne séropositive.
On peut par ailleurs penser quà défaut dêtre obligé de communiquer son statut sérologique à autrui, lusage du préservatif lors de la relation sexuelle éviterait la contamination massive dans un environnement où les contaminations par voie sexuelle sont largement la raison de nouveaux cas de personnes séropositives. On se souvient ici dEdwin Cameron qui disait que « la transmission accidentelle du VIH/Sida est pratiquement impossible ». On sait quen Afrique du Sud, environ 6 millions de personnes sexuellement actives vivent avec le VIH/Sida. Elles sont un peu plus dun million au Cameroun.
Cependant, comme nous lavons vu dans la deuxième partie, dès le début de lépidémie, les politiques de prévention ont insisté sur laltérité, cest-à-dire le double sens de la responsabilité de soi pour la protection de soi et dautrui. Elle renvoie précisément à la notion de la responsabilité partagée. En un sens, les deux partenaires engagés dans léchange sexuel ont pour cela la responsabilité réciproque de protection. A cause de la stigmatisation, les individus refusent de se faire dépister ni de parler de leur séropositivité et rien ne les y contraint. En revanche, il leur revient dès lors quils entrent dans une relation à deux, de se poser ensemble ou individuellement la question de la nécessité de lusage du préservatif à partir de lanalyse des risques auxquels ils se seraient chacun antérieurement exposés ou même à partir du moment où lon ne connaît pas encore mieux son partenaire. Car, la prévention voudrait que la protection engage la responsabilité individuelle et collective des deux partenaires : en ce sens, en protégeant lautre, on se protège finalement soi-même aussi ou encore, on se protégeant, on protège également autrui. Nombreuses statistiques montrent quil y a plus de séro-ignorants que de séropositifs connus.
Laction publique de lutte contre le VIH/Sida repose jusquà ce jour sur la prévention présentée comme est un processus dynamique qui, comme telle, concerne tous les individus engagés dans une relation sexuelle. Elle ne sadresse pas uniquement aux personnes informée sur leur statut sérologique au terme dune démarche personnelle et responsable de dépistage volontaire. Elle permet, dans un contexte de stigmatisation et de souffrance mentale du malade, non seulement dencourager les personnes à connaître leur statut sérologique après le dépistage mais aussi de permettre aux séropositifs de continuer à avoir une vie sexuelle normale dans la protection dautrui.
Le risque est de croire que la pénalisation de la transmission sexuelle du VIH/Sida résolve le problème de la contamination. Il faut plutôt remettre la question du dépistage autant que celle du port du préservatif au centre de la prévention. Les individus doivent comprendre et saisir les enjeux de la connaissance de leur statut sérologique comme une opportunité de préserver leur possibilité de bonne prise en charge, avant que la maladie nait déjà accompli des ravages incontrôlables. Plus tôt on connaît son statut sérologique, mieux sest dans laccès aux traitements. Cest cette responsabilisation de soi qui pousse tout sujet à finalement exiger de son partenaire lusage du préservatif et non simplement la responsabilité de soi vis-à-vis de lautre.
Certains ont en fin de compte considéré le recours à un juge civil et non au juge pénal. Celui-là peut également être saisi pour accomplir un travail de réparation en reconnaissant la responsabilité et en décidant une indemnisation de la victime. Les associations dénoncent en fait les sanctions demprisonnement des individus qui ont, un jour, été également contaminés mais nont pas pensé à ce moment-là à se constituer en victimes. Le risque de la pénalisation est aussi de voir une demande judiciaire à chaque diagnostic de contamination à lépidémie et donc de conduire les autorités publiques à ouvrir plusieurs établissements pénitentiaires vu le nombre de nouvelles contaminations chaque année par voie sexuelle. Le VIH/Sida serait à cet effet devenu une maladie qui met les victimes contre les victimes. Mais, dautres lieux plus rigides peuvent être analysés pour rendre compte des affrontements entre acteurs engagés dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
Chapitre 8 -
LES LIEUX DAFFRONTEMENTS ET DE POUVOIR
Certaines problématiques révèlent des tensions sinon des oppositions entre les modes daction associatifs et les discours politiques sur laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Ces lieux daffrontements sont autant de révélateurs des ambiguïtés sur les interactions nourries par les acteurs politiques et les militants associatifs. Les répertoires et les logiques daction de ces deux types dacteurs préfigurent cette sorte de tension ; ce dautant plus que les acteurs associatifs nopèrent pas seulement aux côtés de lEtat mais aussi et surtout, à côté de ladministration publique avec des logiques de contournement et dévitement de son contrôle. En ce sens, ils conduisent des actions de lutte contre le VIH/Sida dans une logique dà-côté, dans une sorte de « mise à part », voire dopposition par rapport aux dynamiques politiques qui soutiennent la mise en uvre de « laction officielle » des institutions de lEtat.
Sous ce rapport, il sagit dans ce chapitre de revenir en même temps sur la nature conflictuelle de la relation entre ladministration publique et lintrusion des acteurs privés, cest-à-dire entre les mécanismes officiels de décisions publiques et les initiatives des catégories sociales concernées, dans la production et la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Ces lieux daffrontements sont entre autres révélés par les logiques dharcèlement de lEtat par les acteurs associatifs (section 1) et les transformations internes du mouvement associatif (section 2).
Positionnement panoramique du huitième chapitre
LES LIEUX DAFFRONTEMENTS ET DE POUVOIR
SHAPE \* MERGEFORMAT
Section 1
Les militants associatifs contre les administrations publiques ?
Des affinités entre les militants de lutte contre le VIH/Sida et lEtat peuvent être perçues et analysées sous plusieurs angles dont les plus représentatives sinscrivent en deux pôles. Le premier pôle est lié aux représentations sociales des plus anciens militants, ceux qui ont été actifs dans les réseaux affiliés aux mouvements de revendication et de contestation politiques au début des années 80. Ils sont souvent porteurs dun héritage nationaliste et marxiste qui saisissait et présentait lEtat comme acteur central. Le second pôle est celui de la formation intellectuelle et des trajectoires professionnelles des militants qui de ce fait sont mis dans une posture dagents proches des institutions publiques et donc de lintérêt général. Cette double situation permet dentrevoir les liens très forts entre lengagement antérieur qui a pendant plusieurs années façonné les militants associatifs et leur activisme dans le domaine de la lutte contre le VIH/Sida.
Dans son étude comparative sur lEtat colonial, Crawford Young tente danalyser la continuité entre le discours et les pratiques de lEtat et les revendications des élites sociales. En un sens, en utilisant le langage de la construction nationale, les élites africaines ont accepté les institutions de lEtat, son langage, ses limites, ses pratiques et ont développé alors un discours dintégration nationale et de développement social qui a reproduit la domination politique : « La reprise du langage, même dans sa forme subversive, est constitutive de la reproduction de lEtat qui est originellement autoritaire ». La construction des mouvements de lutte contre le VIH/Sida sest précisément fondée sur ce schéma idéologique. Les activistes antisida continuent de valoriser cet héritage politique en construisant la mobilisation et la revendication pour la lutte contre le VIH/Sida comme un ensemble de problèmes politiques par lesquels ils sopposent finalement à lEtat et aux acteurs politiques.
Cette vision radicale sest engagée, au moment des revendications multipartites, sur la base des droits de lhomme qui ciblaient lEtat et ses institutions.
Marie-Emmanuelle Pommerolle montre que « LEtat est ainsi vu comme le lieu dune activité valorisée ou, plutôt, à valoriser car ses manquements seraient le fondement des dysfonctionnements sociaux. Côtoyant les institutions administratives et politiques au cours de leur carrière, parfois écourtée, ces professionnels ne peuvent quen valoriser les dimensions face à dautres secteurs occultés de leur champ de vision. Si la forme de lEtat est visée, la question des détenteurs du pouvoir, de leur responsabilité et du rôle des droits de lHomme dans le domaine politique est énoncée de façon plus ambiguë. Les droits de lHomme se définissent en effet comme une cause universelle, flottant au-dessus des contingences politiques ».
Les associations sopposent généralement à lEtat sur le sens et la signification du discours des droits de lhomme mobilisé par ces dernières (1) et la protection des catégories sociales stigmatisées (2).
1. La mobilisation du discours sur les droits de lhomme
Tout en empruntant les chemins désormais routiniers de laction publique de lutte contre le VIH/Sida sur la prévention et laccès aux traitements antisida, les militants associatifs alimentent dautres répertoires daction habituellement négligés par les acteurs politiques. Ces types de répertoires dissocient les militants associatifs des acteurs politiques auxquels cet outil fait de revendication et de dénonciation les opposent plus quils ne les rapprochent. Doutil, la mobilisation des droits de lhomme constitue davantage un discours sur la nécessité pour lEtat de produire et de prendre en charge laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Aussi bien au sein des associations que face aux institutions et acteurs publics, ce discours fait souvent recours aux notions fondamentales de droits de lhomme et de libertés publiques. Il est en quelque sorte un exemple patent dextraversion sinon de translation Nord-Sud, dont lélan a dailleurs été donné par les premières mobilisations internationales contre le VIH/Sida.
En Afrique du Sud, le discours sur les droits de lhomme dans la lutte contre le VIH/Sida a eu ses premiers échos dans les mobilisations menées par les militants de la NAPWA puis ceux de la TAC contre le gouvernement de Thabo Mbeki en vue de le conduire à reconnaître le VIH/Sida comme « objet politique » et ainsi à conduire une action publique en faveur de laccès aux médicaments pour les femmes enceintes séropositives et les personnes vivant avec le VIH/Sida. Les militants sud-africains, notamment ceux de la TAC ont, dès le début, inscrit leurs revendications dans les registres des droits fondamentaux. Le contexte postapartheid était précisément favorable au développement et à la mobilisation du discours sur les droits fondamentaux et les libertés fondamentales qui a justement permis de sortir du monolithisme politique. LAfrique du Sud postapartheid découvrait les libertés publiques et était de ce fait en quête des droits individuels et collectifs.
Les militants de la TAC manipulaient à la fois les droits de la deuxième génération, à savoir les droits économiques, sociaux et culturels et ceux de la première génération, à savoir les droits civiques et politiques. En inscrivant ainsi les droits de lhomme au cur des préoccupations sociales sur lépidémie du VIH/Sida, les activistes de la TAC ne voulaient pas seulement rappeler aux militants de lANC les trajectoires douloureuses de leurs activismes communs et donc aussi de leur propres histoires militantes dans les mobilisations collectives qui ont abouti à la démocratisation et la reconnaissance des libertés individuelles en Afrique du Sud. Ils envisageaient aussi et surtout, pour la plupart dentre eux et à différents niveaux dintervention, dutiliser les droits de lhomme comme un ensemble de « droits absolus, réels et universels » opposables aux institutions publiques.
En fait, comme le révèle la rhétorique générale des mouvements sociaux, les luttes sociales sadressent principalement aux institutions publiques quils combattent. Sous ce rapport, laction associative de lutte contre lépidémie de VIH/Sida, dans son aspect revendicatif et contestataire, se révèle comme un mécanisme de condamnation dont les accusés sont principalement les Etats et les firmes pharmaceutiques. Les premiers sont perçus et construits comme des criminels compte tenu de leur inertie au cours des premières années de lépidémie. Cette situation serait responsable des tendances croissantes de lépidémie en Afrique. En revanche, les seconds sont accusés davoir maintenu des politiques de distribution des médicaments plutôt défavorables aux malades africains, même si les protocoles de lOMC pouvaient justifier leur refus dautoriser la production ou du moins le recours aux génériques par les Etats africains.
Plusieurs activistes évoquent pour sen féliciter voire se lapproprier le rôle et les victoires successives du militantisme de la TAC justement fondés sur la mobilisation des outils et des mécanismes internes et internationaux de droits de lhomme. De telles mobilisations ont eu pour avantage de sêtre accrochées aux valeurs normatives dominantes et aux postures idéologiques politiquement acceptées. Toutes ces prétentions universalistes sont à la mode au moment où il parait difficile pour les militants associatifs de mobiliser les gouvernements africains sur les seuls objets du VIH/Sida plutôt soupçonnés dêtre le fait dantivaleurs de la prostitution, de lhomosexualité, etc.
Selon les militants du REDS par exemple, les approches militantes par les droits de lhomme constituent lun des meilleurs moyens de défendre lensemble de revendications politiques et sociales liées à lépidémie du VIH/Sida, compte tenu des pesanteurs politiques et de limbrication des intérêts financiers défendus par des lobbies pharmaceutiques internationaux. En loccurrence, ces derniers ont fait pression sur les gouvernements africains afin quils renoncent aux revendications de produire des médicaments génériques antisida.
Les principaux leaders associatifs qui abordent la question dans ce sens insistent sur le fait que, selon eux, les valeurs normatives et les idéaux de la bonne gouvernance et de la démocratisation apparaissent désormais comme les « faux jumeaux » de léthique politique internationale. Cest dailleurs la raison pour laquelle, aux yeux de plusieurs activistes et même de plusieurs acteurs politiques (au-delà de laffrontement devenu classique entre les mouvements sociaux et les institutions gouvernementales), la constitution de lAfrique du Sud, qui protège explicitement les droits socio-économiques comme le droit aux soins de santé, le droit à légalité des sexes et à la non discrimination fondée sur lorientation sexuelle, est considérée comme lune des plus progressistes du monde.
Cependant, ce discours des militants associatifs par lequel ils tentent dobtenir des concessions des pouvoirs publics et qui est construit sur les bases conceptuelles et méthodologiques de la promotion des droits de lhomme, nest pas à labri de critiques. Loin sen faut. Et, les plus virulentes critiques résultent comme un paradoxe des théories marxistes. En effet, les critiques marxistes mobilisées par certains militants pour dénoncer le capitalisme et lordre néolibéral associé aux mécanismes daccès aux médicaments, présentent paradoxalement la société civile et donc les mouvements militants, comme une agrégation dintérêts personnels hétérogènes. A ce titre, les mouvements militants apparaissent comme le prolongement de la société bourgeoise. De fait, dans la perspective de Gramsci, les mouvements militants sont définis comme un magma qui renferme « lensemble des organismes vulgairement dits privés » mais inféodés à lidéologie dominante quils diffusent à travers « lEglise, lorganisation scolaire et les organisations de presse ».
Les critiques de Gramsci sur les militants associatifs peuvent aujourdhui expliquer les intérêts explicites ou implicites souvent manifestés par limplication, le positionnement, le leadership et le type de légitimités mobilisées par les acteurs influents au sein du mouvement collectif de lutte contre le VIH/Sida.
Les tensions suscitées par les logiques associatives de gestion et de distribution des stocks de médicaments disponibles confortent ces critiques. En cela, certains acteurs associatifs sembleraient progressivement développer des entreprises paradoxales de « criminalisation » du champ daction associatif de lutte contre le VIH/Sida en reproduisant précisément les attitudes des gouvernants africains : repositionnement individuel, usage des biais concurrentiels à lintérieur du mouvement associatif, redistribution « clientéliste » des avantages du militantisme associatif, émergence des inégalités dans laccès aux médicaments antisida, etc.
Enfin, les critiques marxistes montrent également que la tendance des militants associatifs à vouloir limiter le pouvoir de lÉtat en affirmant la primauté de la protection et la promotion des droits individuels fondamentale aux discours sur les droits de lhomme remonterait aux revendications moyenâgeuses sur le droit à la propriété privée. Cette tendance révèle finalement une certaine « logique dabonnement » qui voudrait que lon partage les privilèges et bénéfices du militantisme au sein dun cercle restreint damis et de clients.
Toutefois, plusieurs associations essaient dans leur pratique tout autant que dans leur discours de se mettre à labri du retournement des critiques marxistes contre les mouvements militants. En ce sens, elles simpliquent dans une logique dhumanisation de lexpérience de la maladie, en soutenant les personnes vivant avec le VIH/Sida et leurs familles. Cest le cas de la plupart dentre elles en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso où laction associative se transforme exactement en une sorte daction domestique.
En outre, elles dénoncent la logique du profit et le capitalisme qui, selon elles, influent négativement sur les politiques de distribution et daccès aux médicaments dans les pays du Sud. Elles revendiquent par contre un monde équitable qui passe par la construction dune « économie durable et centrée sur les peuples » et sopposent aux calculs politiques qui exposent laction publique de lutte contre le VIH/Sida à une certaine rentabilité politique. Rappelons quen 2003, le revirement du gouvernement de Thabo Mbeki, voire de lANC à conduire des politiques daccès populaire aux traitements du VIH/Sida aurait été le fait de la mobilisation pré-électorale pour le second mandat du successeur de Nelson Mandela.
Les exemples de la TAC et de la NAPWA en Afrique du Sud, de la SWAA et du REDS au Cameroun ou de AAS au Burkina Faso, sur lesquels plusieurs militants fondent leurs démonstrations contredisent la critique individualiste des droits de lhomme en affirmant une mobilisation pour laccès universel aux médicaments. Ces militants tiennent précisément un discours basé sur les droits socio-économiques pour deux raisons. Dun côté, ils revendiquent des mécanismes de redistribution différenciée des médicaments antisida par les industries pharmaceutiques multinationales tout en contestant limmobilisme des gouvernements des pays en développement. Ils surinvestissent ainsi le registre des droits de lhomme dont lefficacité a été confirmée dans les mobilisations ayant abouti à la fin des régimes politiques autoritaires à parti-unique, en Afrique et en Amérique Latine. De lautre côté, ils entendent représenter les communautés de victimes du VIH/Sida dont la défense exige de faire valoir un discours humanisant justement fondé sur les droits fondamentaux.
Dans cette perspective, les droits à la santé et les droits à la liberté de parole apparaissent en première ligne, pour affirmer de manière forte la douleur de ceux qui portent la maladie et leurs droits à la non-discrimination et à la non-stigmatisation en tant que personnes vivant avec le VIH/Sida. Ce discours continue à être mobilisé par les activistes de tout bord sur les scènes locale, nationale, régionale et internationale pour obtenir la distribution universelle des traitements et militer pour leur disponibilité en Afrique.
On peut également trouver ailleurs la dynamique qui associe les revendications des droits de lhomme aux mobilisations associatives sur le VIH/Sida pour expliquer entre autres les approches par le droit développées par plusieurs acteurs associatifs en Afrique du Sud. Dans les travaux de Jürgen Habermas, par exemple, apparaît une tentative non négligeable dexplication de la mobilisation de répertoires des droits de lhomme par les mouvements sociaux bien quil leur préfère le concept plus englobant de société civile. Habermas tente en effet de concilier les tensions entre dune part, les institutions gouvernementales qui organisent et protègent précisément le domaine public y compris les droits individuels et collectifs et de lautre, les mouvements sociaux qui mobilisent précisément le discours sur la promotion et la protection des droits de lhomme pour dénoncer les injustices résultant paradoxalement de laction ou de linaction de ces mêmes institutions publiques.
Le milieu associatif de lutte contre le VIH/Sida comme espace de contestation, de dénonciation et de revendication, composé dacteurs très hétérogènes, est en réalité un bel exemple de la conception de Jürgen Habermas sur les droits fondamentaux et les libertés publiques. Selon lui, le système de communication et de mobilisation dans la société civile entretiendrait le domaine public. Crawford Young montre la continuité entre la construction de lEtat, le marxisme et la mobilisation des droits de lhomme. Quand lEtat démocratisé parle des droits de lHomme, les élites le prennent au mot, et révèlent les écarts entre le discours et la réalité. LEtat se consolide dans cet échange élitiste, il change de formes et de discours, de justifications langagières et doppositions idéologiques.
Autrement dit, dans la conception de Crawford Young et même dans cette de Jürgen Habermas des interactions entre les institutions publiques et les initiatives de la société civile, le maintien du domaine public garanti par celles-là suppose (paradoxalement ?) la promotion et la protection par celles-ci, des droits et libertés individuels et collectifs, notamment ceux liés à la liberté de parole, dexpression et dopinion. En effet, ce sont ces droits que les acteurs associatifs mobilisent pour revendiquer et faire respecter le droit à la santé et la protection des malades contre les discriminations et les stigmatisations de toute sorte.
Sous ce rapport, la mobilisation du discours sur les droits de lhomme fonctionne sur le modèle du vase communicant, mettant ainsi les uns à côté des autres, les institutions de lEtat et les réseaux associatifs, les droits de la première génération et ceux de la deuxième génération. En un sens, en luttant principalement pour les droits de la deuxième génération, cest-à-dire les droits économiques, sociaux et culturels en loccurrence, les droits à laccès aux traitements du VIH/Sida, les mouvements sociaux défendent et promeuvent finalement les droits de la première génération. Ces derniers sont constitués des droits politiques et civils comme les droits à la liberté de parole et dopinion. Ils se manifestent dans le cas despèce dans la liberté des individus de révéler ou non leur statut sérologique et de lautre, dans les discours de dénonciation, de constatation et de revendication comme dans la véhémence des mobilisations populaires qui accompagnent les marches non violentes organisées à plusieurs occasions en Afrique du Sud et au Burkina Faso mais très peu ou presque pas au Cameroun.
Étant donné lambivalence du discours sur les droits de lhomme, les mouvements militants y ont largement recours en le diluant dans plusieurs autres problématiques sociales et politiques de la lutte contre le VIH/Sida. Cest le cas entre autres, des connexions quils établissent régulièrement entre les mouvements de lutte contre le VIH/Sida et laffirmation de lactivisme homosexuel. Il faut par ailleurs rappeler que, sur le plan historique, les mobilisations associatives contre le VIH/Sida sapparentent souvent à un mouvement qui, à bien des égards, serait le produit de lactivisme homosexuel de la fin des années 1980 au Nord dont les translations ont généré des dynamiques associatives au Sud. Dans cette perspective, on cite souvent lexemple de linfluence dAct-Up Canada et Etats-Unis dans la consolidation dune branche très militante au sein de la NAPWA pour finalement déboucher sur la création de la TAC en 1990. Il y a également le soutien des associations françaises comme Act-Up Paris, Aides et Ensemble contre le Sida pour la création des premières associations militantes en Afrique francophone, notamment au Cameroun et au Burkina Faso.
2. La protection des catégories sociales stigmatisées
La place de lactivisme homosexuel a très souvent été négligée dans les scénarii de lutte contre le VIH/Sida en Afrique alors que lépidémie y a été largement homosexualisée. En fait, au début de lépidémie, on parlait du VIH/Sida comme dune maladie des personnes homosexuelles, en rapport avec la première communauté homosexuelle touchée aux Etats-Unis. Partout en Afrique, on a repris cette même représentation de lépidémie, à laquelle on associait la catégorie raciale « blanche » car, pour de nombreuses personnes en Afrique, lhomosexualité était une pratique sexuelle des « Blancs ».
Sous ce rapport, il peut paraître étrange aux observateurs et activistes africains de voir les rapports à lhomosexualité traités dans cette étude sur laction publique de lutte contre le VIH/Sida, dans la mesure où, au sein des associations et des structures publiques, on est peu ou pas habitué de voir cette cause saffirmer publiquement dans un continent où lhomosexualité continue à être perçue comme un phénomène exogène. Pourtant, dun autre point de vue, lactivisme homosexuel dans les mobilisations associatives de lutte contre le VIH/Sida, avec la progressive apparition publique des premières associations de Gays et Lesbiennes, renforce les perspectives historiques qui rendent compte de la formation des espaces militants antisida et ceci sur deux faits.
Dun côté, les espaces militants de lutte contre le VIH/Sida sont constitués par des mouvements sociaux dont lactivisme est basé sur les droits des malades y compris le respect et la reconnaissance de leur statut particulier. De ce premier constat découle lidée très partagée de la protection par les associations des catégories sociales les plus vulnérables, à savoir les femmes, les enfants infectés par le VIH/Sida ou ceux affectés, parce quorphelins du fait de VIH/Sida. Leur protection se fonde également sur les instruments internationaux de droits de lhomme relatifs à la mise en uvre de normes catégorielles. En Afrique du Sud, la TAC a développé plusieurs outils dans ce sens. Elle distingue dans ses actions, les initiatives destinées aux enfants et aux femmes. Au Cameroun, plusieurs associations telles que AFASO mènent des actions de lutte contre le VIH/Sida dans un dynamique « genrée » au profit de la femme séropositive.
De lautre côté, les manifestations de lutte contre le VIH/Sida les plus virulentes et lorganisation de la contestation et de la dénonciation dans lespace associatif la plus aboutie, ont été le fait de personnes homosexuelles ou de réseaux qui leur ont été très proches. En effet, lincompréhension liée à leur choix sexuel et le rejet subséquent les ont précisément conduites à sorganiser très tôt en associations communautaires. Ceci expliquant cela, les premières analyses associaient le virus du VIH/Sida aux milieux homosexuels. Inversement, laffirmation des revendications et de la contestation homosexuelles en Afrique trouve un terreau fertile dans laction publique de lutte contre le VIH/Sida. En un sens, les mobilisations pour les droits des homosexuels à exister en Afrique tentent progressivement de saccrocher sur laction de lutte contre le VIH/Sida, en soutenant avec force les mobilisations associatives antisida.
Ainsi, les mobilisations associatives dans la lutte contre le VIH/Sida prennent en compte, comme par effet de vases communicants, lensemble de stratégies capables de protéger les personnes homosexuelles et ainsi datténuer les effets de la stigmatisation et de la discrimination pour des raisons sexuelles, en luttant contre une maladie encore associée à la vie sexuelle des individus. Les leçons apprises de multiples observations auprès des associations africaines de lutte contre le VIH/Sida confirment la proximité entre la lutte contre lépidémie et la lutte contre lhomophobie.
Sous ce rapport, les homosexuels infectés ou affectés par le VIH/Sida sont devenus très actifs dans la lutte contre le VIH/Sida. Ils semparent de cet espace de contestation et de revendication pour se donner une visibilité dans la lutte parallèle contre lhomophobie tout en mobilisant dautres militants au-delà des inconditionnels militants de la lutte à la fois contre le VIH/Sida et lhomophobie.
On sait bien quen Afrique, les mobilisations contre le VIH/Sida nont toujours pas été accompagnées de revendications homosexuelles même si lensemble de récits épidémiologiques saccorde à souligner que dans ses premières années, lépidémie de VIH/Sida ne concernait quune poignée dhomosexuels. En effet, partout en Afrique, les gros titres des journaux annonçant la découverte des premières victimes du VIH/Sida, présentaient cette épidémie comme une maladie des homosexuels. Lapparition de cette nouvelle maladie insaisissable et originairement rattachée à la pratique sexuelle des hommes ayant des rapports sexuels avec leurs semblables, a semé la panique chez les homosexuels, organisés longtemps avant, en réseaux dentraide et de soutien pour faire face aux préjugés homophobes. En Afrique du Sud où lhomosexualité était connue, on pouvait les rencontrer au sein de la Gay Association of South Africa (GASA). Mais, au Cameroun comme au Burkina Faso, ils étaient sociologiquement invisibles et nexistaient que dans des réseaux très fermés pour se mettre à labri des sanctions pénales prévues par la loi.
Comme le montre Paul Benkimoun, la place du mouvement homosexuel dans le mouvement activiste du VIH/Sida a eu dimportantes conséquences sur la formation des espaces militants très actifs dans la lutte contre le VIH/Sida. Ce que confirment dailleurs les militants sud-africains et camerounais « non homosexuels » rencontrés au FSM de Nairobi, en France, au Cameroun et en Afrique du Sud. Si au Cameroun tout comme au Burkina Faso, les premières associations étaient le fait de médecins et des travailleurs socio-sanitaires, en Afrique du Sud, les premiers mouvements activistes de lutte contre le VIH/Sida étaient conçus et perçus, selon eux, comme un mouvement dhomosexuels puisquun nombre considérable et croissant de malades était reconnu comme infecté par le VIH/Sida à partir des pratiques sexuelles homosexuelles. Ces mobilisations ont été le fait de personnes infectées et non infectées qui se sentaient concernées du simple fait quelles étaient homosexuelles.
En intégrant les réseaux de lutte contre le VIH/Sida dans lesquels ils se mobilisaient, les personnes homosexuelles voulaient non seulement comprendre ce qui se jouait autour de cette nouvelle maladie mal comprise, objet de diverses interprétations homophobes mais aussi contenir lhomophobie déclenchée par les media dont les représentations associaient généralement lépidémie à une « pathologie naturelle » résultant de la sexualité des homosexuels. Doù lidée du VIH/Sida perçu et construit comme un « fléau homosexuel », rapportée par les médias et les acteurs politiques africains.
Ces préoccupations continuent de jouer un rôle important dans les configurations de lespace militant antisida en Afrique, en associant les homosexuels et les hétérosexuels quils soient infectés ou non dans la lutte contre les discriminations fondées sur la pratique sexuelle et le statut sérologique.
Un militant camerounais rencontré au FSM de Nairobi expliquait avoir été contacté par des activistes homosexuels américains qui lui suggéraient de conduire des actions en faveur des homosexuels dans son pays en contrepartie dun programme de financement. Ce qui la « naturellement effrayé », pour reprendre ses propres mots, compte tenu du contexte camerounais où lhomosexualité nest pas encore socialement admise. En Afrique, nous lavons vérifié avec le Kenya pays hôte de cette édition du FSM, les principales organisations homosexuelles ne se servent pas de manifestations publiques, jugées trop visibles. Elles sabstiennent de recourir au militantisme affirmé dans un contexte où la sexualité des homosexuels et des lesbiennes est encore considérée comme une infraction à lordre social.
Evelyne Ankumah cite le Président du Zimbabwe et son ministre de lintérieur qui encourageraient la discrimination quopère la législation du Zimbabwe à propos des homosexuels. Saisie pour cette affaire par un citoyen Zimbabwéen qui a finalement retiré sa plainte, la Commission Africaine des Droits de lHomme et des Peuples a tenu ultérieurement à déclarer, à travers lun des commissaires qui en était le rapporteur :
« En raison de la nature délétère de lhomosexualité, la commission saisit cette occasion pour faire une déclaration sur la question. Bien que lhomosexualité et le lesbianisme aient acquis droit de cité dans certaines parties du monde, il nen est pas de même en Afrique. Lhomosexualité est une offense à la dignité et à la moralité en Afrique ; elle est incompatible avec les valeurs africaines positives ».
Les fondamentalistes religieux de tout bord ont de leur côté, insisté au début de lépidémie sur une explication eschatologique du VIH/Sida. En ce sens, les courants fondamentalistes religieux perçoivent et interprètent la virulence du VIH/Sida comme « le prix » à payer pour le « péché de lhomosexualité », conformément à la conception conservatrice de lhomosexualité en tant que « mal » ou trouble à « lordre sexuel normal ». Pour ce faire, les espaces de mobilisations et de revendications contre le VIH/Sida sont considérés comme de hauts lieux de luttes multiformes dont linvestissement militant peut tout aussi bien servir la cause de la reconnaissance et du respect dautres formes dorientation sexuelle. On commence dailleurs à assister aux premières manifestations publiques de réseaux associatifs de personnes homosexuelles en Afrique y compris la mobilisation des associations de lutte contre le VIH/Sida pendant la « Gay pride ».
Ladoubement du mouvement homosexuel par lactivisme antisida explique en partie laffirmation des groupes homosexuels dans les ateliers sur le VIH/Sida lors des forums sociaux mondiaux. Ce quon ne perçoit pas forcément dans dautres lieux de prise de parole. En Afrique du Sud, la superposition entre les revendications homosexuelles et les mobilisations contre le VIH/Sida peut aussi permettre danalyser deux profils très présents dans ce champ daction. Dune part, il sagit de fait dinterroger le rôle, le statut et le leadership de Zackie Achmat, le militant des droits des homosexuels, au plan national et international et de lautre, pourquoi le juge Edwin Cameron a été lun des plus fervents partisans dun accès plus large aux traitements du VIH/Sida en Afrique du Sud. Le Juge Cameron a aussi été linitiateur du chantier constitutionnel qui a abouti à la non-discrimination basée sur le statut VIH/Sida et lorientation sexuelle. Cette double posture est aujourdhui une certaine garantie à une sorte de passerelle entre les légitimités expertes et communautaires que nous discuterons dans les lignes qui suivront.
Enfin, le chevauchement constaté sur les revendications et les mobilisations associatives autour de la lutte contre le VIH/Sida sétend également à dautres types de problématiques et dobjets. En Afrique du Sud, on note par exemple une logique de triangulation dans les dynamiques associatives de lhomosexualité, lépidémie et lapartheid. En un sens, les mouvements activistes homosexuels y ont combinés plusieurs objets au tout début des années 80 dont la cause contestataire et revendicative pouvait enrichir les dynamiques sociales et collectives de revendication et de contestation plus large. Cette stratégie de compilation de causes à vocation mobilisatrice basée sur les droits de lhomme et les libertés fondamentales a permis à ces activistes de former de larges alliances et ainsi de mettre en mouvement, au-delà de lactivisme homosexuel, les espaces politiques, les cercles intellectuels, les mouvements syndicaux, les milieux daffaires, les forums sociaux, les réseaux du showbiz, etc.
Au Cameroun et au Burkina Faso, en revanche, le caractère en négligé voire tenu en suspicion des revendications et de la constatation des droits de lhomme na pas permis de lui associer la cause homosexuelle dont ladoubement serait certainement contreproductif à la fois pour les droits de lhomme, la lutte contre le VIH/Sida et les droits des homosexuels à y exister.
Section 2
Les transformations internes du mouvement associatif de lutte contre le VIH/Sida
Dans ses travaux sur les interactions militantes, Frédérick Sawicki montre que « par les règles de fonctionnement dont il se dote, par les buts quil sassigne, le groupement va renforcer la position de certains, en exclure et en attirer dautres, doù la coexistence pas toujours pacifique de plusieurs générations militantes ». Cette perspective consolide les analyses de Michel Crozier et Erarld Friedberg qui posent que les organisations créent des types de pouvoirs qui correspondent précisément aux compétences et aux transformations quelles souhaitent. Les mutations de ces pouvoirs engendrent des changements de caractéristiques de leurs détenteurs tout en induisant des formes de mécanismes dinstitutionnalisation de pouvoirs pourtant non-institutionnels. Transposée à notre champ détude, cette analyse peut nous servir à identifier les dynamiques internes de changement au sein même des associations de lutte contre le VIH/Sida, enclenchées par des mécanismes de frottement et daffrontement entre des groupes et des individus aux intérêts et aux aspirations plutôt différents.
En un sens, les avantages symboliques (et mêmes matériels) engendrés par la lutte contre le VIH/Sida semblent avoir généré une réalité hybride : d'un côté, les pouvoirs publics veulent en contrôler les ressources ; de l'autre, les acteurs de la société civile semblent progressivement développer des entreprises paradoxales de reproduction des attitudes des gouvernants. Cette section tente danalyser les nouvelles formes qui se dessinent dans le champ daction associatif de lutte contre le VIH/Sida tout en interrogeant les tensions qui freinent finalement la portée de laction associative en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun. Les transformations internes du mouvement associatif se manifestent dune part, par la concurrence, lexclusion et les modes de légitimations (1) et de lautre, par le leadership, les collusions et les tensions entre associations (2).
1. Concurrence, exclusion et modes de légitimations
Deux types de positionnements en conflit ont pu être observés au sein des associations de lutte contre le VIH/Sida. Cette zone de conflit est liée aux nombreux affrontements entre les professionnels de la santé et les activistes, souvent concernés eux-mêmes par la maladie. Il sagit plus concrètement des militants des années 80 marqués par les luttes politiques anti-apartheid en Afrique du Sud et pour la démocratisation au Cameroun et au Burkina Faso. Ils sont de ce fait particulièrement attentifs aux méthodes percutantes, visibles, éclatantes et violentes de la revendication et de la contestation. Ils multiplient ainsi les plaidoyers, inondent le gouvernement et les parlementaires de revendications et de sollicitations.
En Afrique du Sud, les militants antisida sont régulièrement présents à la commission « VIH/Sida » du Parlement à Cape Town. Ils travaillent quotidiennement en fonction de demandes des victimes, allant dun bureau à lautre, dune corporation à lautre. Ils multiplient les actions de rue, les interventions dans les medias, les dénonciations radicales du gouvernement et du ministre de la santé, Mantho Tshabalala-Nsinmang. Ce conflit ressemble, à quelques traits prêts, aux tensions perçues et analysées par Cécile Péchu au sein du DAL, entre « les professionnels et les militants purs ». Les professionnels exorcisent lassociation de « son caractère radical » et se trouvent de fait en contradiction avec les militants purs, cest-à-dire les malades et leurs proches. Ceux-ci sont mobilisés par le côté symbolique, affectif et sacré du militantisme, une sorte danamnèse ou dacte « gratuit » au sens économique.
En fait, les militants des années 80 et les activistes séropositifs estiment que linvestissement dans la lutte contre le VIH/Sida se justifie par son côté radical comme lont été les luttes politiques pour la fin de lapartheid et des régimes à parti-unique : « le politique ne se meut que face à laction radicale, il nentend que le langage de la violence (
). Le langage plat et plein de caresses le touche peu. Pour nous, cest clair, nous devons dire qui est lennemi, qui est lami ». Or, la posture des professionnels de la santé engagés dans les associations brouillent les frontières entre la cible et les victimes, en ce quelle ne correspond plus ni à cette radicalité, ni à la violence des revendications et de la contestation, souvent conduites sous les phares des médias.
De ce fait, les mobilisations associatives de lutte contre lépidémie de VIH/Sida font progressivement émerger deux types de légitimités sur lesquelles repose lexpertise proposée par les militants associatifs. La première est fondée sur une expertise militante soutenue par un ensemble de connaissances scientifiques sur lépidémie et les problématiques qui lui sont associées alors que la seconde repose sur une expertise communautaire, cest-à-dire sur un ensemble de considérations qui prend en compte la proximité et lexpérience des individus avec la maladie : cest une sorte dexpertise des malades eux-mêmes. En dautres termes, les mécanismes dintervention des acteurs associatifs reposent désormais concomitamment sur la légitimité experte et la légitimité communautaire.
Lidée de « légitimité experte » est justifiée par le fait que les militants revendiquent et mobilisent souvent un ensemble de connaissances scientifiques qui leur donne finalement le droit dintervenir sur les champs médicaux et sociaux de la lutte contre le VIH/Sida. Certains sen prévalent dailleurs pour consolider leur insertion sur ce champ et leur légitimité à parler au nom des malades dans les débats sur les réponses à lépidémie de VIH/Sida au double niveau national et international. Cette légitimité est très significative au niveau interne dans les rôles et les fonctions que certains individus sattribuent au sein des associations. Elle permet également de dégager quelques profils types de dirigeants associatifs suivant deux déterminants essentiels. En un sens, les médecins et les personnes de santé sont généralement présents dans les associations de lutte contre le VIH/Sida alors quune autre catégorie délites, les juristes contrôlent les espaces associatifs de promotion et de défense des droits de lhomme, vers la fin des années 90. Ces deux catégories interagissent régulièrement dans le champ collectif de lutte contre le VIH/Sida en insistant chacune sur un pan de revendication et de contestation relatif à leur domaine respectif de compétence intellectuelle.
En ce sens, dans les répertoires et les logiques associatifs de lutte contre le VIH/Sida, il faut aussi être attentif aux chevauchements de ces deux déterminants scientifiques et intellectuels, surtout à cause de la complexité des enjeux et des problématiques désormais liés à lépidémie et à ses conséquences. De fait, les médecins interpellés par les enjeux médicaux de lépidémie de VIH/Sida formulent et accompagnent la mise en uvre de réponses médicales et thérapeutiques. Ils créent et dirigent de ce fait des associations tournées vers la prise en charge médicale, la prévention de nouvelles contaminations et le suivi thérapeutiques des individus sous traitements. En revanche, les juristes impliqués dans les associations de lutte contre le VIH/Sida sintéressent, quant à eux, à la protection et à la défense des droits individuels et collectifs de personnes vivant avec le VIH/Sida et de leurs ayants droits. Ils essaient donc de contrôler les associations de lutte contre le VIH/Sida dont lobjet essentiel est la protection des victimes dans leur vie ordinaire, en milieu de travail, etc. Ils se mobilisent ainsi pour la lutte contre les discriminations liées au statut sérologique et revendiquent les droits daccès pour tous aux soins de santé et aux traitements de VIH/Sida.
En Afrique du Sud, les juristes, les universitaires et dautres intellectuels de gauche soutiennent fortement le développement des associations communautaires qui promeuvent les approches par le droit. Ils se sont dailleurs saisi des débats sur les Accords sur les aspects du droit de la propriété intellectuelle sur le commerce, portant essentiellement sur le droit à la santé et daccès aux médicaments. Ils critiquent fortement les dispositifs nationaux de protection des droits individuels mis en cause par les effets sociaux de lépidémie de VIH/Sida.
Au Cameroun, le REDS sintéresse également à ces problématiques juridiques dans le cadre de ses campagnes et de ses consultations. On peut également se référer au discours dune juriste camerounaise, activiste et animatrice dune association de lutte contre le VIH/Sida, dont les préoccupations sont fortement tournées vers les accords de lOMC qui limitent la production des médicaments génériques en vue de baisser les coûts de médicaments antisida.
Fred Eboko perçoit également cette sorte de légitimité scientifique en évoquant la notion de « biopouvoir » comme pour parler précisément de la place des médecins dans les premières mobilisations associatives contre le VIH/Sida au Cameroun. Mais, le fait est que cette expertise dépasse désormais le seul cadre biomédical et sintéresse à dautres corporations intellectuelles très influentes sur les débats et les enjeux contemporains de lépidémie de VIH/Sida.
Théoriquement, la légitimité experte renvoie au portrait souvent associé aux activistes de la TAC en Afrique du Sud. En ce sens, au niveau international, ils symbolisent une certaine exportation de lexpertise militante sud-africaine dont le noyau dur est formé par une élite intellectuelle, des anciens militants de lANC et des mouvements homosexuels, reconvertie des longues années de la lutte anti-apartheid. Dailleurs, la rhétorique de la TAC sarticule très souvent autour de ce que ses militants appellent « apartheid sanitaire » avec le recours au cri de ralliement de lANC « Amandla ! », pour désigner limmense population sud-africaine exclue des traitements du VIH/Sida pour des raisons de revenus.
Le second type de légitimité est une légitimité dite communautaire, celles des militants associatifs qui sintéressent précisément à la prise en charge psychosociale de personnes vivant avec le VIH/Sida, dorphelins et denfants victimes du VIH/Sida. On y associe également dune part, lensemble de connaissances générées par une certaine expérience de la maladie et des complications de traitements antisida et de lautre, les systèmes dentraide collectifs construits autour du suivi, de conseils et dappui multiforme aux personnes vivant avec le VIH/Sida. Il sagit donc à partir de ce type dexpertise communautaire, de voir comment les personnes concernées, séropositives ou liées à la vie dune personne reconnue comme telle, investissent le champ de la lutte contre le VIH/Sida en créant des dynamiques propres aux personnes infectées ou affectées, à linstar du slogan « soyons tous séro-concernés ». Cest le cas des représentants de la NAPWA qui critiquent vigoureusement « le caractère trop technique des débats sur les traitements alors que les malades eux, sous informés des protocoles thérapeutiques, sont en train de crever ».
2. Leadership, collusions et tensions inter-associations
Les tensions au sein du mouvement militant de réponse à lépidémie du VIH/Sida ne viendraient pas exclusivement de laffrontement entre ces deux types de légitimités. Elles viendraient également de tentatives individuelles, voire collectives de certaines associations au leadership interne et continental en vue de capter et de contrôler les ressources symboliques et matérielles issues de lactivisme antisida, à léchelle nationale et continentale ou mondiale.
Ces tensions moins perceptibles dans les discours de militants que dans les pratiques des associations sont mises à jour par des logiques de regroupements régionaux et les jeux dalliances liés à la participation dans tel ou tel réseau au niveau national et international. Elles mettent en évidence une recomposition militante en termes de régions (Afrique centrale, Afrique de lOuest, Afrique australe, etc.), dhéritages linguistiques (Afrique francophone et Afrique anglophone, notamment), dorganisations phares et partenaires (TAC, NAPWA, AAS, GTZ, etc.), de personnalités plus ou moins charismatiques, etc.
En Afrique du Sud, par exemple, il y a un clivage entre la TAC et la NAPWA. La TAC jouit incontestablement dune légitimité experte avec une capacité remarquable à mobiliser les intellectuels et les acteurs politiques locaux alors que la NAPWA dont elle est dailleurs issue, revendique une légitimité communautaire, précisément fondée sur un activisme des malades eux-mêmes, exorcisé des causes corollaires.
En outre, hors de lAfrique du Sud, on peut également percevoir le poids de lhégémonie plutôt envahissante de la TAC ou plus large des associations sud-africaines en Afrique. Il y a dun côté, la tendance à lexpertise militante et intellectuelle reconnue aux activistes sud-africains quels quils soient et de lautre, une orientation plus communautaire à travers le recours aux formes traditionnelles de solidarités africaines, observée au Cameroun et au Burkina Faso. Le cas par exemple des activités créatrices de revenus développées au sein des associations camerounaises et burkinabé de lutte contre le VIH/Sida pour permettre aux personnes vivant avec la maladie de supporter les coûts de traitements, dans un contexte de déficit de mécanismes institutionnels de solidarité collective : pas de système de sécurité sociale, ni de mécanisme public de redistribution pour aider les personnes à revenu modeste, etc.
Une autre catégorie qui distingue, dans les revendications et les mobilisations associatives de lutte contre lépidémie de VIH/Sida, lactivisme des militants sud-africains à celui dautres associations africaines, notamment celles du Cameroun et du Burkina Faso, se greffe sur lexpérience, le professionnalisme et le radicalisme face aux institutions de lEtat. En plus, à la différence des associations militantes camerounaises et burkinabés confrontées à un régime politique encore sous leffet dun autoritarisme plus ou moins mou et sans issue à terme sur les politiques sociales, les associations sud-africaines jouissent dun contexte politique et social favorable à la manifestation de rue et à lexpression de foule.
En plus, comme nous lavons souligné plus haut, le savoir-faire militant des activistes sud-africains est également le fait dune longue construction historique, résultant dune combinaison douloureuse et controversée entre les revendications homosexuelles des années 80 et les longues luttes politiques anti-apartheid. Les sud-africains ne manquent pas doccasions pour démontrer leurs capacités dactions militantes comme dans le cas des luttes ayant abouti à la considération par lAfrique du Sud de lépidémie du VIH/Sida comme objet politique, déployées contre le gouvernement de Thabo Mbeki.
Au-delà de la vie associative elle-même enracinée dans une tradition sociale globale de revendication, de contestation et de mobilisation collectives, cette tentation hégémonique des activistes sud-africains peut-être assimilée au (re)positionnement politique de lEtat sud-africain sur le continent. LAfrique du Sud a plus que jamais une certaine conscience du rôle politique, économique et intellectuel qui est le sien sur le continent africain même si elle se donne peu ou pas les moyens de lassumer convenablement. Elle participe certes dans de grands cercles politiques internationaux au sein desquels elle porte la « parole » africaine mais, il lui manque encore entre autres, une réelle connaissance du continent au-delà de la lecture quelle sen fait à partir de lAfrique du Sud.
Toutefois, pour le cas des associations, il ne sagit pas comme le reconnaissent certains militants non africains dune hégémonie active, résultant dune volonté manifeste dimposer leurs pratiques et leurs analyses des situations épidémiologiques africaines plutôt hétérogènes dont la réalité échappe par ailleurs aux leaders sud-africains. De fait, ni la TAC, ni la NAPWA, ni aucune autre association sud-africaine nentretient de rapports affirmés avec aucune autre association africaine. Si nombreux militants camerounais et burkinabés connaissent la TAC, rares sont en revanche, les militants sud-africains qui connaissent au moins une association camerounaise ou burkinabé. Les associations sud-africaines perçoivent leurs pairs africains comme des succursales de lOccident et elles préfèrent directement discuter et négocier avec les associations occidentales, notamment américaines, canadiennes et britanniques et allemandes, devant lesquelles elles portent paradoxalement une plaidoirie africaine.
Lhégémonie sud-africaine dans le domaine du VIH/Sida, dénoncée par certaines associations africaines est certainement liée au leadership de la TAC et à son rôle de porte-parole de lAfrique ou plus largement encore des pays en développement, aux côtés des associations latino-américaines et asiatiques. Cette hégémonie nest cependant pas le fait dune volonté délibérée de la TAC de simposer mais plutôt le résultat du militantisme de cette association dont lexpérience remonte aux longues années de luttes sociales en Afrique du Sud et le fait de la reconnaissance de son expertise par le milieu associatif africain. Cette hégémonie, si on peut encore parler dhégémonie dans ce contexte et au regard des faits, doit être nuancée : à linternational, de nombreux militants africains, francophones notamment, semblent navoir jamais interagi avec la TAC dont les activités sont ignorées deux à lexception des luttes nationales pour laccès aux traitements, très médiatisées au Nord en vue de relayer les appels de la société civile sud-africaine.
Les associations sud-africaines ne sont pas très présentes dans les mobilisations associatives en Afrique. Elles nont par exemple proposé aucune activité au Forum social mondial de 2007 qui sest tenu à Nairobi et donc pour la première fois en Afrique. Certes, la TAC et la NAPWA ont été représentées au Forum social mondial de 2007 à Nairobi par trois activistes dont la responsable des campagnes internationales de la TAC. Mais, le leader de la TAC, Zachie Achmat, très connecté aux réseaux internationaux de défense de la cause de VIH/Sida, na pas fait le déplacement de Nairobi. On a limpression que, du point de vue structurel, les mobilisations africaines sont « banalisées » par les associations sud-africaines qui se disent pourtant « parler au nom de et pour lAfrique ». Cette situation expose les militants sud-africains à la critique car, aux yeux de certains observateurs, lAfrique dont et pour laquelle ils parlent se limite à lAfrique du Sud.
Toutefois, il ne sagit pas, du moins dans le domaine du VIH/Sida, dune opposition de nature à mettre dos-à-dos les associations sud-africaines et les associations camerounaises et burkinabés. Car, les tensions sont inhérentes à la multiplicité dacteurs opérant sur un même objet, ce dautant plus quau sein même de lespace associatif sud-africain, des tensions se font jour entre les associations de lutte contre le VIH/Sida. Ce constat est également plausible pour qui veut analyser la structure de conflits au sein des associations camerounaises et burkinabé. Aujourdhui, le clivage est de fait très marquant entre les mouvements qui revendiquent une expertise communautaire, mobilisés pour les droits et le soutien de personnes vivant avec le VIH/Sida et les mouvements issus de lexpertise scientifique menant des campagnes internationales pour laccès aux traitements.
Les premiers représentés par des structures communautaires telles que AAS, REV+ ou AFASO et le COLIBRI, tentent dinstaller une certaine hégémonie symbolique sur la scène locale et nationale se satisfaisant de laccompagnement de malades alors que les seconds sont plus tournés vers linternational en adoptant une position experte basée sur le lobbying et la mobilisation des instruments juridiques. En Afrique du Sud, par exemple, on peut également évoquer les oppositions construites autour du gouvernement de lANC pour montrer les clivages liés à laction militante dont le succès a, par ailleurs, confirmé la réputation sud-africaine en matière de mobilisation.
Il nous semble cependant difficile de soutenir que la TAC est plus proche de lANC que ne le serait une autre organisation sud-africaine. A Toronto, par exemple, lors de la conférence mondiale sur le VIH/Sida, le NAPWA a vigoureusement dénoncé le vandalisme des militants de la TAC qui ont saccagé le stand du Ministère sud-africain de la santé. Les militants de la TAC contestaient la légitimité du Ministère de la santé à participer à cette conférence au regard de son inertie dans la gestion des réponses à lépidémie du VIH/Sida.
Mais, certains observateurs marqués par lidée générale dune exceptionnalité sud-africaine tentent de légitimer au sein du mouvement militant antisida, un conflit pour le moins irréel entre les sud-africains et le reste des africains. On oublie très souvent deux autres zones de tensions très importantes qui sont dune part, la bataille entre les donateurs pour leur visibilité et de lautre, les conflits entre les bénéficiaires pour capter les ressources financières de plus en plus disponibles à linternational. Les rivalités entre les agences de coopération bilatérale ou les grosses organisations non gouvernementales occidentales, dont chacune veut s'assurer la collaboration de « clients » locaux spécifiques, renforcent la suspicion et les tensions entre les associations du Sud qui de leur côté veulent se fidéliser aux programmes de financement induits par leur coopération avec les organisations étrangères. Fred Eboko le souligne en montrant que les rivalités entre les associations locales, souvent instrumentalisées par les financeurs et leurs partenaires du Nord, face à la disponibilité croissante des antirétroviraux et des programmes de financement du Fond Global, combinées à la mauvaise gestion des stocks des médicaments, transforment le secteur associatif africain en alternative peu efficace du secteur public.
Conclusion de la troisième partie
La participation du mouvement associatif dans la production de réponses adaptées et ciblées à lépidémie du VIH/Sida ne fait aucun doute. Elle se constate partout en Afrique avec des résultats plus ou moins mitigés selon les contextes sociopolitiques nationaux et les déterminants socioculturels propres à ces pays. A la différence des institutions publiques nationales de réponses à lépidémie du VIH/Sida, les dynamiques associatives simprègnent des réalités sociales des individus et de leur rapport au corps et à la santé pour induire des réponses adéquates. Elles interrogent les systèmes sociaux de base, en articulant avec les préoccupations de santé, un certain nombre dautres aspects de la vie sociale. Dans ce cadre, elles inventent les mécanismes de prévention et de prise en charge individuelle et collective des personnes vivant avec le VIH/Sida ; elles combattent les injustices des administrations publiques et le capitalisme des firmes pharmaceutiques en mobilisant les outils des droits de lhomme ; elles se préoccupent des discriminations liées aux catégories sociales les plus exposées à la maladie : les orphelins du VIH/Sida, les enfants victimes du VIH/Sida, les femmes et les homosexuels, etc.
Mais, les réponses associatives sont encore limitées par plusieurs phénomènes. Il y a par exemple, les tensions et les légitimités qui fondent laction des leaders associatifs. La régulation autoritaire de lespace associatif dans les pays du Sud, partagés entre les exigences de lémergence dun Etat de droit et la nostalgie politique des pratiques autoritaires, constitue également une des limites majeures à la mobilisation associative dans les réponses à lépidémie du VIH/Sida.
Pour sa part, le législateur camerounais définit une ONG comme « une association déclarée ou une association étrangère autorisée conformément à la législation en vigueur, et agréée par ladministration en vue de participer à lexécution des missions dintérêt général ». Ainsi, lacquisition dune personnalité juridique par une association est subordonnée à lagrément que lui délivre ladministration publique. Dans la plupart de cas, cet agrément anéantit la possibilité pourtant reconnue comme essentielle pour une association de mener des initiatives privées, hors de la sphère publique. Le législateur camerounais ouvre volontairement une brèche à la possibilité de politisation des mécanismes de création et des décisions des ONG qui, pour être reconnues, doivent satisfaire entre autres, les intérêts de ladministration publique.
La définition associée aux ONG leur déni par ailleurs la volonté dindépendance vis-à-vis de ladministration publique qui fait delles des auxiliaires. Les articles 2 et 3 combines de la loi de 1999 stipulent quelles sont tenues « de participer à lexécution des missions dintérêt général (
) en fonction des priorités fixées par les pouvoirs publics, notamment dans les domaines juridique, économique, social, culturel, sanitaire, éducatif, humanitaire, en matière de protection de lenvironnement ou de promotion des droits de lhomme ». En revanche, ce texte ne mentionne nulle part les caractères pourtant fondamentaux des ONG qui sont des associations apolitiques et à but non lucratif. La production du législateur est en inadéquation avec la pratique de lexécutif dans la mesure où le Ministère de lAménagement du territoire, en conformité avec le PNUD, définit lONG comme une organisation ou une association à but non lucratif ayant des objectifs de développement bien précis, servant les intérêts dune communauté, dune collectivité ou dune couche particulière de la population avec sa participation consentante. Cette définition a lavantage dêtre novatrice en ce quelle introduit la variable « participation consentante » qui est devenue le nud du développement des réponses locales à lépidémie du VIH/Sida.
CONCLUSION GENERALE
Au cours de ces vingt-cinq dernières années marquées par lépidémie de VIH/Sida, les sciences sociales en général ont connu un développement significatif en vue dinterroger et daccompagner les mutations sociales et les mobilisations suscitées par cette épidémie. Cependant, lanalyse politique ou du moins les recherches africanistes en science politique, très présentes dans de nombreux domaines de la vie politique africaine, ont paradoxalement été très timide sur le champ du VIH/Sida alors quil recèle incontestablement quelques enjeux de pouvoir.
En Afrique subsaharienne, lépidémie de VIH/Sida apparaît à une période où lEtat est asphyxié par la crise économique des années 80 et les effets du clientélisme et de la redistribution néo-patrimoniale des ressources publiques qui criminalisent les systèmes politiques postcoloniaux. Cest à partir de là que se comprennent les insuffisances des administrations publiques et des systèmes de santé hérités de la colonisation qui se montrent finalement incapables de formuler et de mettre en uvre laction publique de lutte contre le VIH/Sida adaptée aux situations de personnes vivant avec lépidémie. Dans ce cadre, en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun, les organisations de la société civile se substituent à lEtat en développant des stratégies communautaires fondées sur les besoins réels des populations à risque : les homosexuels, les prostituées, etc. Elles ont été pendant de longues années les principales pourvoyeuses et bénéficiaires des services de prévention, de traitements, de prise en charge et de soutien. Ce dautant plus que les mécanismes publics et les structures administratives publiques étaient déjà symboliquement et matériellement en perte de légitimité sur la gestion des problématiques sociales.
Si au Cameroun et au Burkina Faso, dans une certaine mesure, les organisations de la société civile sorganisent aujourdhui à la marge de lEtat en conduisant des actions soutenues par des dynamiques associatives et publiques internationales, en Afrique du Sud, elles continuent daccabler le gouvernement et ainsi de forcer les décisions de lEtat sur les objets de VIH/Sida, principalement sur la lutte contre les discriminations fondées sur le statut sérologique et la lutte pour laccès aux traitements de VIH/Sida. Ainsi, laction publique qui de façon classique relève de la puissance publique et donc de la mission régalienne de lEtat, échappe progressivement à son contrôle en faisant apparaître une nouvelle forme de désétatisation de ladministration publique. Il y a comme une mise sous tutelle de laction publique de lutte contre le VIH/Sida, à la fois par des acteurs collectifs locaux et par la communauté internationale. LAfrique du Sud répond essentiellement à ce premier schéma alors que le Burkina Faso et le Cameroun présentent un modèle hybride où interviennent à la fois les acteurs communautaires de petites tailles et la grande influence de la communauté internationale. Celle-ci soutient à la fois les mécanismes publics et les dynamiques des associations communautaires. Lémergence de ces nouveaux acteurs-relais sur la scène publique est en fait renforcée par trois facteurs : les translations associatives Nord-Sud, les dynamiques de réseautage au Sud et la conjoncture des débats politiques internationaux sur les droits de lhomme et lEtat de droit en Afrique.
Cest dans ce contexte que ces nouveaux acteurs privés simposent comme des interlocuteurs incontournables des bénéficiaires de laction publique de santé et partant, participent à lélaboration et à la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida aux niveaux national et international. Ce statut leur est également conféré du fait quils interviennent souvent dans les domaines et les zones désertés par les structures étatiques. En Afrique du Sud, on les retrouve dans les townships en proie à de nombreux faits de violence, à linsalubrité et des conditions matérielles répugnantes. Au Cameroun, les associations soccupent des services quotidiens à la personne malade : aide volontaire à domicile, accompagnement quotidien, conseils nutritionnel et thérapeutique, prise en charge de la progéniture, etc. Au Burkina Faso, les associations rivalisent didées et dinitiatives pour que la vie des personnes vivant avec le VIH/Sida soit moins pénible possible : elles soccupent des politiques daccès aux traitements, de la prise en charge des orphelins du VIH/Sida et des enfants vivant avec le VIH/Sida, etc.
Sous ce rapport, les associations de lutte contre le VIH/Sida simposent comme des intermédiaires privilégiées entre la communauté des donateurs internationaux et les populations locales. Ce privilège acquis au fur et à mesure que ces acteurs sexpriment sur les questions de VIH/Sida au niveau local, national et international, renforce leur prestige vis-à-vis de lEtat et les met au cur de laction publique. En ce sens, laction publique nest plus finalement la seule entreprise des pouvoirs publics mais aussi celle de ces acteurs souvent dits périphériques mais qui, dans les technologies de lutte contre le VIH/Sida, expriment toute sorte de capacité à se situer au centre de laction publique. Cette idée renvoie de laction publique le fait quon la situe au niveau de ses destinataires et non pas seulement des ordonnateurs. Car, dans le contexte de rareté de ressources, les acteurs associatifs disposent encore de quelques moyens et de marges de manuvre suffisantes pour orienter et influencer les décisions internationales et les choix politiques des gouvernements locaux. On peut ici se rappeler le rôle et la place de la TAC au sein du groupe de consultation internationale animé par lOnusida sur le financement des politiques de distribution des traitements du VIH/Sida en Afrique et dans les pays en développement.
Laction publique de lutte contre le VIH/Sida apparaît dès lors comme un prisme majeur capable de renseigner sur les capacités et lexpertise acquises par les organisations de la société civile en Afrique. Elles sapproprient progressivement laction publique de santé, assignent à lEtat la place et le rôle quil peut y jouer tout en donnant quotidiennement un sens et un visage à la maladie. Leurs actions se fondent sur un ensemble de stratégies et de modes dinterventions qui sadaptent aux contextes socio-sanitaires locaux et aux publics concernés par les effets de lépidémie. Au Cameroun, par exemple, lEtat ne connaît pas la catégorie sociale « homosexuelle » alors que celle-ci est largement intégrée dans les campagnes de sensibilisation et de prise en charge menées par certaines associations locales. Les répertoires daction mobilisés par ces acteurs changent considérablement dune association à lautre et même dun pays à lautre même si, avec la constitution des grands réseaux déchanges inter-associatifs, certaines stratégies se formalisent progressivement et simposent désormais à tout le champ associatif de lutte contre le VIH/Sida. En revanche, au niveau des appareils étatiques, les administrations publiques semblent mobiliser les mêmes techniques de lutte contre lépidémie à cause en partie de lhéritage commun des CNLS issus du Global Program on AIDS.
Cependant, laction publique de lutte contre le VIH/Sida appelle également une analyse politique qui renouvelle les grilles classiques dobservation des relations au pouvoir en Afrique. En ce sens, elle entretient incontestablement des enjeux de pouvoir. Doù la nécessité de porter un regard quelquefois critique sur les nouvelles formes de pouvoir mises en lumière par les normes, les pratiques et les statuts des acteurs sociaux émergeant sur les scènes locales et africaines de lutte contre le VIH/Sida. De fait, la forte mobilisation sur la cause de VIH/Sida semble cloisonner les administrations publiques et les ministères de la santé en une sorte de structures bicéphales avec dun côté les politiques liées à cette épidémie et de lautre, toutes les autres causes de la santé. Ce phénomène est constaté dans la plupart de projets officiels et associatifs qui traitent désormais du seul VIH/Sida oubliant que lépidémie soulève des difficultés corollaires et, comme telle, sa lutte nécessite un traitement global en lintégrant précisément dans lensemble de laction publique de santé.
En outre, quelques questions se posent sur la gestion de linformation tant dans les mécanismes publics que dans les organisations collectives. En fait, laction publique de lutte contre le VIH/Sida glisse progressivement vers de nombreuses préoccupations techniques liées à la disponibilité croissante de nouvelles molécules, à la perpétuelle mutation du virus et aux nombreux effets de la maladie sur les individus et les relations sociales. Sous ce rapport, la gestion de linformation médicale et les capacités des acteurs engagés dans cette action à y accéder et à en faire usage sont autant de facteurs déterminants dans lélaboration et la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida. Ces constats sont renforcés par les contraintes conjoncturelles dune épidémie dont les connaissances sont produites en même temps que les acteurs politiques et sociaux élaborent ses mécanismes de réponses. Alice Desclaux et Claude Raynaut le notent en soulignant que « Face à lépidémie, la connaissance est le premier pas vers laction ». Elle est dautant plus indispensable quelle permet de mieux connaître les médicaments disponibles, leurs posologies et leurs effets secondaires.
Les connaissances permettent également de définir les politiques daccès aux traitements dans un contexte de rareté de ressources et de développer des pratiques socio-sanitaires adaptées aux besoins et aux réalités des personnes vivant avec le VIH/Sida. Il ne sagit pas seulement comme on a pu le constater à Bertoua et à Mbalmayo, au Cameroun, de diffuser les spots et les messages de prévention mais aussi et surtout de générer des dynamiques relais capables de susciter une prise de conscience chez les éducateurs associatifs engagés dans les campagnes de santé publique. Des exemples de ce type existent dans ces trois pays avec les mécanismes des pairs éducateurs, selon les milieux de vie, les contextes professionnels ou les réseaux scolaires. On retrouve ces structures déducation et daccompagnement, organisées par les formateurs des CNLS, dans certaines entreprises, au sein des écoles et des universités, dans les regroupements villageois, etc.
Par ailleurs, les associations communautaires africaines, isolées les unes des autres, trouveraient avantage à partager leurs expériences grâce à la création des forums et des réseaux. Elles compléteraient et consolideraient ainsi leur savoir-faire à partir du transfert des modèles générés quotidiennement par les unes et les autres en vue de renforcer laction de lEtat par les savoirs associatifs innovants. On note dailleurs lexistence de plusieurs réseaux associatifs qui engagent les acteurs du Sud et du Nord dans la lutte contre le VIH/Sida. Mais, au niveau africain, ces réseaux sont tellement cloisonnés quils ne favorisent pas la mobilisation des passerelles entre régions à lintérieur du continent. A ces frontières régionales, sajoutent dautres barrières de type linguistiques. Par exemple, le réseau Afrique 2000 fondé autour de lassociation Aides en France, réunissait les associations communautaires africaines issues des pays francophones de lAfrique de lOuest avant de souvrir aux associations des pays francophones de lAfrique centrale. On voit bien ce que peut postuler un tel regroupement basé sur une certaine légitimation des segmentations géolinguistiques héritées de la colonisation. En Afrique de lOuest, on ignore précisément les pays anglophones et lusophones comme le Ghana, la Sierra Léone, le Libéria, le Nigeria et la Guinée Bissau alors quen Afrique centrale, on refuse de sintéresser à la Guinée Equatoriale plutôt hispanophone. Les autres pays dAfrique y sont de fait exclus parce que non francophones.
De fait, en matière de réseaux de lutte contre le VIH/Sida, les informations disponibles circulent en Afrique sous forme de cloisons construits sur cet héritage linguistique colonial avec dun côté, le regroupement des associations issues de lAfrique de lOuest, de lAfrique centrale et de lAfrique australe et de lautre, les mobilisations associatives fondées sur les regroupements linguistiques notamment francophones et anglophones. Il ny a pas sinon que très peu de passerelles entre ces dynamiques régionales et linguistiques. Notre analyse ne remet pas en cause ces dynamiques de réseautage. Elle veut plutôt montrer la nécessité dun système qui permette le « branchement » entre ces différents réseaux régionaux et linguistiques de sorte quil y ait plus de fluidité dans le partage dexpériences de terrain et la gestion des informations biomédicales. Autant les associations sud-africaines ont une certaine expérience des mobilisations collectives à partir du droit et des droits de lhomme à partager avec leurs paires africaines, autant celles-là ont à apprendre des associations burkinabé et camerounais sur la prise en charge communautaire des personnes vivant avec le VIH/Sida. En matière de santé publique, a fortiori en ce qui concerne les effets et les modes de contamination du VIH/Sida, les difficultés qui se posent dans les différents pays africains, au Sud du Sahara, sont en grande partie similaires et, de ce fait, appellent des réponses communes et concertées. Les seules mobilisations extra-institutionnelles et régionales sur fond médiatique des « premières dames » ne suffisent pas à susciter des réponses adéquates et à partager les informations disponibles dans telle région plutôt que dans telle autre.
Par ailleurs, souvent laissés en marge des grands débats internationaux ou tout au moins peu représentés, les militants associatifs du Sud nont pas accès aux informations sur les stratégies et les mobilisations internationales de lutte contre le VIH/Sida. La participation plus active des acteurs associatifs du Sud aux débats internationaux constituerait un atout majeur pour la mise en uvre des technologies locales réalistes et constructives fondées dun côté sur la connaissance du contexte local et de lautre, sur les tendances scientifiques et médicales globales en perpétuelle mutation. Cest aussi le sens, par analogie bien entendu, de lidée de « triangulation », cest-à-dire de « recours à un élément tiers pour fonder sa propre identité » que Christian Coulon emprunte à Jean-Loup Amselle pour expliquer la dialectique « local » et « global ». En ce qui concerne les essais thérapeutiques par exemple, on sait bien que les vaccins sont conçus au Nord alors que les essaies se déroulent souvent dans les pays en développement largement touchés par le VIH/Sida. Cependant, les populations locales et les militants locaux qui relayent les informations diffusées par les agences internationales et les firmes pharmaceutiques concernées par ces essais, ne maitrisent pas les contours des accords négociés avec les Etats qui acceptent les essais thérapeutiques. Les associations de personnes vivant avec le VIH/Sida ont découvert que les essais de viread étaient conduits au Cameroun au moment où éclatait le scandale sur la contamination par le VIH/Sida des individus enrôlés dans ces essais. En Afrique du Sud, la TAC et la NAPWA ont été informées sur les essais de vaccin antisida en lisant les coupures de presse sélectionnées et réussies par leurs membres. Cependant, ces difficultés ne doivent pas occulter non plus les efforts réalisés au cours de ces dernières années par lensemble de partenaires concernés par laction publique de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud, au Cameroun et au Burkina Faso.
BIBLIOGRAPHIE
I. OUVRAGES
Ahwireng-Obeng F. and Akussah G., The impact of HIV/AIDS on African economics, Pretoria, Africa Institute of South Africa, 2003.
Albo G. & alii, A different Kind of State? Popular Power and Democratic Administration, Oxford, Oxford University Press, 1993.
Ashenden S. et Owen D., (dirs), Foucault contra Habermas: Recasting the Dialogue between Genealogy and Critical Theory, London, Sage, 1999.
Avritzer L., Democracy and the Public Space in Latin America, Princeton, Princeton University Press, 2002.
Badie B. et Smouts M.-C., Le retournement du monde : sociologie de la scène internationale, Paris, Dalloz, 1999.
Badie B., LEtat importé, Paris, Karthala, 1992
Badie B., La fin des territoires : essai sur le désordre international et sur lutilité sociale du respect, Paris, Fayard, 1995.
Badie B., Un monde sans souveraineté : les Etats entre ruse et responsabilité, Paris, Fayard, 1999.
Bayart J.-F., Ellis S. et Hibou B., La criminalisation de lEtat en Afrique, Paris, Editions Complexe, 1997.
Bayart J.-F., LEtat en Afrique. La politique du ventre, Paris, Fayart, 1989.
Bayart J.-F., Lhistoricité de lEtat importé, Paris, Les Cahiers du CERI, n°15, 1996.
Bayer R. and G. M. Oppenheimer, AIDS Doctors: Voices from the Epidemic, Oxford and New York, Oxford University Press, 2000.
Benkimoun P., Mort sans ordonnance, Hachette Littérature, Paris, 2002.
Bierschenk T., Chauveau J.P. & Olivier de Sardan J.P. (dir.), Les courtiers locaux du développement, Paris, Karthala, 1999.
Bierschenk T., Chauveau J.-P. et Olivier de Sardan J.-P. (dir.), Courtiers en développement, Les villages africains en quête de projets, Paris, Karthala, 2000.
Bourdieu P., La domination masculine, Paris, Seuil, 1998.
Bourdieu P., Raisons pratiques. Sur la théorie de laction, Paris, Seuil, 1994.
Bourmaud D., La politique en Afrique, Paris, Montchrestien, 1997.
Boute J. et DSouza S., Population et pauvreté aujourdhui : les enjeux dun développement intégral, Bruxelles, Lumen Vitae, 2004.
Brandt A. M., No Magic Bullet : A Social History of Venereal Disease in the United States Since 1880, New York and Oxford, Oxford University Press, 1987.
Bratton M. and Van de Walle N., Democratic Experiments in Africa: Regime Transitions in Comparative Perspective, Londres, Cambridge University Press, 1997.
Breytenbach W., Democratisation in Sub-Saharan Africa: transitions, elections and prospects for consolidation, Pretoria, Africa institute of South Africa, 1996.
Buijtenhuijs R. and Thiriot C., Démocratisation en Afrique au Sud du Sahara, 1992-1995 : un bilan de la littérature, Leiden, Centre détudes africaines ; Pessac, Centre détude dAfrique noire, 1995.
Buthelezi G., Policy speech, first session of the fifth Kwazulu Legislative Asssembly, inédit, 1989.
Buthelezi S. et Bujra A., Leadership, civil society and democratisation in Africa: case studies from Southern Africa, Addis Ababa, Development policy management forum, 2002.
Buthelezi S., South Africa: the dynamics and prospects of transformation, Harare, SAPES Books, 1995.
Cameron E. and Gevisser M., Defiant desire, New York, Routledge, 1995.
Cameron E., Witness to AIDS, Cape Town, Tafelberg, 2005.
Cefaï D. et Trom D. (dir.), Les formes de laction collective. Mobilisations dans les arènes judiciaires, Paris, Editions de lEHESS, 2001.
Chole E. et Ibrahim J., Processus de démocratisation en Afrique : problèmes et perspectives, Paris, Karthala, 1995.
Cobb R. et Elder C., Participation in American Politics : The Dynamics of Agenda-Building, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1972.
Colonomos A., Sociologie des réseaux transnationaux : communauté, entreprise et individus : lien social et système international, Paris, LHarmattan, 1995.
Conte B., Eléments danalyse de lefficacité de la dévaluation du franc CFA, Pessac, Centre déconomie du développement, 1995.
Cot J.-P. et Mounier J.-P., Pour une sociologie politique, Tome II, Paris, Seuil, 1974, p.58.
Crozier M. et Friedberg E., Lacteur et le système : les contraintes de laction collective, Paris, Seuil, 1977.
Daloz J.-P. (dir.), Le (non-) renouvellement des élites en Afrique subsaharienne, Paris, Karthala, 1999.
Dembour B., Inside and Outside the Law: Anthropological Studies of Authority Ambiguity, London, Routledge, 1996.
Desclaux A. et Raynaut C. (dir.), Le dépistage VIH et le conseil en Afrique au sud du Sahara. Aspects médicaux et sociaux, Paris, Karthala, 1997.
Dirks J., The socio-economic impact of HIV/AIDS in South Africa, Bremen, Universität Bremen, Afrika Studiengruppe, 1995.
Dogan M. et Pelassy D., Sociologie politique comparative : problèmes et perspectives, Paris, Economica, 1988, p.129.
Dorrington R. and al., The Demographic Impact of HIV/AIDS in South Africa. National and Provincial Indicators for 2006, Cape Town, Centre for Actuarial Research, 2006.
Doucin M. et Badie B., Les ONG : le contre-pouvoir ?, Paris, Toogezer, 2007.
Downing R., As They See It: The Development of the African AIDS Discourse, London, Adonis & Abbey Publishers, 2005.
Du Bois de Gaudusson J. et Darbon D. (dir.), La création du droit en Afrique, Paris, Karthala, 1997.
Durkheim E., Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, 1999.
Dye T. R., Understanding Public Policy, Prentice Hall, Englewood Cliffs, New Jersey, 1972.
Easton D., A System Analysis of Political Life, New York, John Wiley, 1965.
Edwards M. and Hulme D. (eds), Non-Governmental Organizations: Performance and Accountability Beyond the Magic Bullet, London, Earthscan, 1996.
Ela J.-M. et Zoa A.-S., Fécondité et migrations africaines, les nouveaux enjeux, Paris, lHarmattan, 2006.
Ela J.-M., Quand lEtat pénètre en brousse : les ripostes paysannes à la crise, Paris, Karthala, 1990.
Ellis L. and Terwin J., The impact of HIV/AIDS on selected business sectors in South Africa, 2004, Stellenbosch, Bureau for economic research, Stellenbosch University, 2004.
Ellis S. and Sechaba T., Comrades against apartheid: the ANC and the South African Communist Party in exile, London, James Currey, 1992.
Ellul J., Lillusion politique, Paris, La Table ronde, 2004.
Epprecht M., Hungochani : the history of a dissident sexuality in Southern Africa, Montréal, McGill University Press, 2004.
Evans-Pritchard E., Les Anthropologues face à lhistoire et à la religion, Paris, Presses universitaires de France, 1974.
Evans-Pritchard E., Parenté et mariage chez les Nuers, Paris, Payot, 1973.
Farmer P., Sida en Haïti : la victime accusée, Paris, Karthala, 1996.
Fass S. et alii, Démocratie et participation politique au Sahel : la place de léducation, Paris, OCDE-Club du Sahel-CILSS, 1995.
Fassin D., (dir.), Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Paris, Karthala, 2004.
Fassin D., Les enjeux politiques de la santé, Paris, Karthala, 2000.
Favre P. (dir.), Sida et Politique. Les premiers affrontements (1981-1987), Paris, LHarmattan, 1992.
Feinstein A., After the party: a personnal and political journey inside the ANC, Johannesburg, Jonathan Ball, 2007.
Ferry B., LAfrique face à ses défis démographiques : un avenir incertain, Paris, Karthala, 2007.
Fonteneau B., Les associations de lutte contre le Sida au Burkina Faso. Analyse descriptive de leurs identités, de leurs pratiques et de leur environnement institutionnel, Louvain-La-Neuve, Université Catholique de Louvain/Hoger institut voor de arbeid/Vlaamse Interne Universitaire Raad (VLIR)/Direction Générale de la Coopération Internationale, Septembre 2002.
Gatsi J., La société civile au Cameroun, Yaoundé, Presses Universitaires dAfrique, 2000.
Gazibo M. et al., Les paradoxes de la démocratisation en Afrique : analyse institutionnelle et stratégique, Montréal, Presses de luniversité de Montréal, 2005.
Gerston L. N., Public Policy Making: Process and Principles, M.E. Sharpe, New York, 1997.
Golan D., Inventing Shaka : using history in the construction of Zulu nationalism, Boulder, Lynne Rienner, 1994.
Grmek M.D., Histoire du sida, Paris, Payot, 1990.
Gruénais M.-E. (dir.), « Un système de santé en mutation : le cas du Cameroun », Bulletin de lAPAD, 2001.
Gruénais M.-E. et al., « Le sida en Afrique : un objet politique ? », Bulletin de lAPAD, Anthropologie de la santé, 1999.
Gueboguo C., La question homosexuelle en Afrique : le cas du Cameroun, Paris, lHarmattan, 2006.
Habermas J., Droit et démocratie. Entre faits et normes, Paris, Gallimard, 1997.
Hampâté Bâ A., Amkoullel, lenfant peul, Paris, Actes Sud, 1991.
Haro S. de, Le sida en Afrique. Des réponses associatives, Toulouse, Les Essentielles Milan, 2003.
Harrison G., Issues in the Contemporary Politics of Sub-Saharan Africa. The Dynamics of Struggle and Resistance, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2002.
Hills A., Policing Africa, Internal Security and the Limits of Liberalization, London, Lynne Rienner Publishers, 2000.
Hobbes T., Léviathan : traité de la matière, de la forme et du pouvoir de la république ecclésiastique et civile, Paris, Sirey, 1971.
Hours B., LEtat sorcier. Santé publique et société au Cameroun, Paris, Lharmattan, 1985.
Isaksen J., Spissøy A. and Songstad N. G., Socio-economic effects of HIV/AIDS in African countries, Bergen, Michelsen Institute, 2002.
Jaffrelot C. (dir.), Démocraties dailleurs : démocraties et démocratisations hors Occident, Paris, Karthala, 2000.
Jouve B. et Booth P. (dir.), Démocraties métropolitaines. Transformation de lEtat et politiques urbaines au Canada, en France et en Grande Bretagne, Montréal, Presses de lUniversité du Québec, 2004.
Kant E., Critique de la raison pure, Paris, Flammarion, 2006.
Kingdon J., Agendas, Alternatives and Public Policies, Boston, Little, Brown and Co, 1984.
Kue E., Ajustement monétaire et économies africaines : les causes et les effets de la dévaluation du FCFA de 1994, Ivry-sur-Seine, Nouvelles du Sud, 1997.
Laborier P. et Trom D., Historicités de laction publique, Paris, PUF, 2003.
Lagroye J. (dir.), La politisation, Paris, Belin, 2003.
Le Roux E. et Buthelezi S., South Africa since 1994: lessons and prospects, Pretoria, Africa Institute of South Africa, 2002.
Leca J. et Grawitz M., Traité de science politique. T.4 : Les politiques publiques, Paris, PUF, 1985.
Lieury A., Introduction à la psychologie, Paris, Dunod, 2000.
Lisk F., AIDS and Governance: the Development Dimension, Warwick, 2006.
Lisk F., Global Governance and HIV/AIDS, New York, WhatWorks Inc, 2005.
Majone G., Evidence, Argument and Persuasion in the Policy Process, New Haven, Yale University Press, 1989.
Mappa S., Le savoir occidental au défi des cultures africaines : former pour changer ?, Paris, Karthala, 2005.
Maré G. et Hamilton G., An appetite for power: Buthelezis Inkatha and South Africa, Johannesburg, Ravan Press, 1987.
Martin D.-C. et Coulon C. (dir.), Les Afriques politiques, Paris, La Découverte, 1991.
Masangana Diamako R., Le Guide de laction politique : comment orienter laction politique en Afrique, Bruxelles, Girah Asbl, 2000.
Mbembe A., De la postcolonie. Essai sur limagination politique dans lAfrique contemporaine, Paris, Karthala, 2000.
Médard J.-F. (dir.), Etats dAfrique Noire : formation, mécanismes et crise, Paris, Karthala, 1991
Mény Y. et Thoenig J.-C., Politiques publiques, Paris, PUF, Coll. Thémis, 1989.
Mitra S.K., Power, Protest and Participation. Local Elites and the Politics of Development in India, London, Routledge, 1992.
Msellati P., Vidal L. et Moatti J.-P. (dir.), Laccès aux traitements du VIH/Sida en Côte dIvoire. Evaluation de linitiative Onusida/ministère ivoirien de la santé publique. Aspects économiques, sociaux et comportementaux, Paris, ANRS coll. Sciences sociales et sida, 2001.
Muller P. et Surel Y., Lanalyse des politiques publiques, Paris, Montchrestien, 1998.
Mzala et Bouillon A., Buthelezi et lInkatha : le double jeu, Paris, LHarmattan, 1993.
Mzala, Gatsha Buthelezi: chief with a double agenda, London, Zed Books, 1988.
NKot P.-F., Usages politiques du droit en Afrique. Le cas du Cameroun, Bruxelles, Bruylant, 2006.
OManique C., Neoliberalism and AIDS crisis in Sub-Saharan Africa: globalizations pandemic, Houndmills, Palgrave Macmillan, 2004.
Otayek R. et al., Les sociétés civiles du Sud. Un état des lieux dans trois pays de la ZSP : Cameroun, Ghana, Maroc, Paris, Direction générale de la coopération internationale et du développement, Ministère des Affaires étrangères, 2004
Padioleau J.-G., LEtat au concret, Paris, PUF, 1982.
Péron X., Loccidentalisation des Maasaï du Kenya : privatisation foncière et destruction sociale chez les Maasaï du Kenya, Paris, lHarmattan, 1995.
Perrot D., Les relations ACP/UE après le modèle de Lomé : quel partenariat ? Bruxelles, Bruyant, 2007.
Portelli H., Gramsci et le Bloc historique, Paris, PUF, 1972.
Ricur P., Lectures 1 : autour du politique, Paris, Seuil, 1999.
Ricur P., Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1997.
Rocher G., Introduction à la sociologie, Tome I : laction sociale, Paris, Seuil, 1968.
Rose R. and Davies P., Inheritance before Choice in Public Policy, New haven, Yale University Press, 1994.
Rotchild D. and Chazan N. (eds.), The Precarious Balance: State and Society in Africa, Boulder, Westview Press, 1988.
Rutten M., Selling wealth to buy poverty : the process of the individualization of landownership among the Maasaï pastoralists of kajiado District, Kenya, 1890-1990, Saarbrücken, Breitenbach Verlag, 1992.
Sabourin L., Perspectives de démocratisation en Afrique : obstacles et possibilités, Montréal, Ecole nationale dadministration publique, 1995.
Scharpf F., Gouverner lEurope, Paris, Presses de Sciences Po, 2000.
Sébline C., Dévaluation du franc CFA : bibliographie, références et résumés, Orsay, Centre dobservation des économies africaines, 1995.
Setbon M., Pouvoirs contre SIDA. De la transfusion sanguine au dépistage : décisions pratiques en France, Grande Bretagne et Suède, Paris, Seuil, 1993.
Smith B.L., Politiques publiques et participation publique : engagement des citoyens et des collectivités dans lélaboration des politiques publiques, Direction de la santé de la population et de la santé publique, Bureau région de lAtlantique, Santé Canada, 2003.
Sontag S., La maladie comme métaphore. Le sida et ses métaphores, Paris, Christian Bourgeois, 1989.
Treichler P., How to Have a Theory in an Epidemic: Cultural chronicles of AIDS, Durham and London, Duke University Press, 1999.
Tshikendwa Matadi G., De labsurdité de la souffrance à lespérance : une lecture du livre de Job en temps du VIH/Sida, Kinshasa, MédiasPaul, 2005.
Tshiyembe M., Etat multinational et démocratie africaine : sociologie de la renaissance politique, Paris, lHarmattan, 2001.
Unesco, Apartheid : chronique dune fin annoncée, Paris, Unesco, 1992.
Van der Stappen X., Les Maasaï : pays, histoire, économie, environnement, croyances, culture matérielle, Tournai, Renaissance du livre, 2002.
Villieu P., La dévaluation du franc CFA : une perspective macro-économique, Orléans, Institut orléanais de finance, 1996.
Watney S., Policing Desire: Pornography, AIDS and the Media, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1987.
Weber M., Economie et société, Paris, Pocket, 1995.
Whiteside A. W. and al., The impact of HIV/AIDS on planning issues in Kwazulu-Natal, Pietermaritzburg, Town and regional planning commission, 1995.
Whiteside A. W. and Poku N., The political economy of AIDS in Africa, Aldershot, Ashgate, 2004.
Young C., African Colonial State in Comparative Perspective, New Haven, Yale University Press, 1994.
II. ARTICLES ET CHAPITRES DOUVRAGES
Achilli L. et Hejoaka F., « Les associations dans la réponse à lépidémie VIH/Sida au Burkina Faso », Face à Face, Revue électronique, Université Victor Segalen Bordeaux II, juin 2005.
Allen C., « Who Needs Civil Society? » in Review of African Political Economy, vol.24, n°73, Sept.1997, pp.329-337.
Banégas R., « Les transitions démocratiques : mobilisations collectives et fluidité politique », Cultures et conflits, n°12, 1993, pp.105-140.
Bayart J.-F., « Civil Society in Africa » in Chabal P. (ed.), Political Domination in Africa, Cambridge, Cambridge University Press, 1986, pp.109-125.
Bayart J.-F., « LAfrique dans le monde : une histoire dextraversion », Critique internationale, n°5, 1999, pp.97-120.
Bezes P., « Administration », in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, p.31-40.
Birnbaum P., « Mouvements sociaux et types dEtats », in Chazel F. (dir.), Action collective et mouvements sociaux, Paris, PUF, 1993, pp.163-175.
Blundo G. et Olivier de Sardan J.P., « La corruption comme terrain: pour une approche socio-anthropologique » in G. Blundo (dir.), Monnayer les pouvoirs. Espaces, mécanismes et représentations de la corruption, Genève, Nouveaux Cahiers de l'IUED n° 9, 2000.
Blundo G. et Olivier de Sardan J.-P., « La corruption quotidienne en Afrique de lOuest » in Politique Africaine, n°83, Paris, Karthala, 2001, pp.8-37.
Boukongou J. D., « The appeal of the African system for protecting human rights », in African Human Rights Law journal, Volume 6, n°2/2006, Pretoria, University of Pretoria Press.
Bourmaud D. et Quantin P., « Le modèle et ses doubles : les conférences nationales en Afrique noire (1990-1991) », in Mény Y. (dir.), Les politiques du mimétisme institutionnel. La greffe et le rejet, Paris, lHarmattan, 1993, pp.165-184.
Bratton M., « NGOs in Africa: Can They Influence Public Policy? », Development and Change, vol.21, n°1, Jan. 1990, pp.87-118.
Bujo B. « Quelle morale pour le problème du Sida en Afrique ? », in Czerny M. (dir.) Sida en Afrique : que pense lEglise ?, Abidjan, Les Editions du CERAP, 2006.
Cameron E. in Walker L. et al., Waiting to Happen HIV/AIDS in South Africa, London, Rienner Publishers, 2004.
Chabrol F., « Le sida en Afrique subsaharienne : perceptions dun enjeu de sécurité internationale », La revue internationale et stratégique, n°46, 2002, pp.129-136.
Chalmers D.A. « Corporatism and Comparative Politics », in Wiarda H. J. (ed.), New Directions in Comparative Politics, Boulder, Colorado, Westview Press, 1985.
Clark J., « The State, Popular Participation, and the Voluntary Sector », World Development, vol.23, n°4, 1995, pp.593-601.
Cohen M., March J. et Olsen J., A Garbage Can Model of Organizations Choices, Administrative Science Quaterly, n°17, 1972, pp.1-25.
Commaille J., « Sociologie de laction publique », in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, pp.413-420.
Coulon C., « Introduction », in Coulon C. (dir.), Islams dAfrique : entre le local et le global, Paris, Karthala, 2003.
Darbon D., « LEtat prédateur », Politique africaine, n°39, Paris, Karthala, 1990, pp.37-45.
Demange E. « Genèse de laction publique de lutte contre le Sida en Ouganda» in Terroirs, Revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Yaoundé, Les Grandes Editions, 2005, pp.107-134.
Denis P., « La croisade du président Mbeki contre lorthodoxie du sida », Esprit, janv.2001, pp.81-97.
Eboko F., « Chantal Biya : fille du peuple et égérie internationale », Politique Africaine, n°95, oct.2003, pp.93-101.
Eboko F., « Introduction à la question du sida en Afrique : politique publique et dynamiques sociales », in Kerouedan D. et Eboko F., Politiques publiques du sida en Afrique, Bordeaux, Travaux et documents n°61-62, CEAN, 1999.
Eboko F., « Les sociétés africaines face au sida : périls sanitaires, enjeux internationaux et réponses politiques », in Terroirs, Revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Yaoundé, Les Grandes Editions, 2005, pp.59-65.
Eboko F., « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
Eksteen L. and Erasmus Ch., « Concealment by AIDS victims », vol. 8.5, « Gays angry over blood transfusion poster » The Citizen, 29 January 1986.
Eksteen L. and Harris S. « Row brew over moffie posters », vol. 8.5, « Gays angry over blood transfusion poster » The Citizen, 29 January 1986.
Farmer P., « La violence structurelle et la matérialité du social », Leçon inaugurale du 9 novembre 2001 au Collège de France, Paris, Collège de France, 2002.
Fassin D., « Anatomie politique dune controverse. La démocratie sud-africaine à lépreuve du sida », Critique Internationale, n°20, juil.2003, pp.92-112
Fassin D., « Lincorporation de linégalité. Le sida comme condition sociale et expérience historique » in Fassin D. (dir.), Inégalités, Violences et migrations, les structures historiques du sida en Afrique du Sud et en Namibie, rapport définitif, Paris, déc. 2003, pp.5-21.
Fassin D., « Le sida comme cause politique. Une controverse sud-africaine sur la scène globale », Les temps modernes, aout-septembre 2002, n°620-621, pp.312-331.
Fatton R., « Africa in the Age of Democratization: the Civic Limitations of Civil Society », African Studies Review, vol.38, n°2, Sept.1995, pp.67-99.
Favre P. « De la question sociologique des générations et de la difficulté à la résoudre dans le cas de la France », in Favre P. et Crête J. (dir.), Générations en politique, Paris, Economica, 1988, pp.283-323.
Filleule O. et Mayer N. (dir.), « Devenirs militants », Revue française de science politique, vol. 15, n°1-2, février-avril 2001.
Gazibo M., « La démarche comparative binaire : éléments méthodologiques à partir dune analyse des trajectoires contrastées de démocratisation », Revue Internationale de Politique Comparée, vol.9, n°3, 2002, pp. 427-449.
Gevisser M., « Another fight for freedom », in Cameron E. and Gevisser M. (eds.), Defiant Desire: gay and lesbian lives in South Africa, Johannesburg, Raven Press, 1994.
Gruénais M.-E., «« Pouvoirs, jeunesses et sida au Cameroun. Politique publique, dynamiques sociales et constructions des sujets » par Fred A.C. Eboko, thèse pour le Doctorat en Science politique, sous la direction de JeanFrançois Médard», Le bulletin de l'APAD, n° 22, Gouvernance foncière au quotidien en Afrique, mis en ligne le : 14 avril 2006. URL : http://apad.revues.org/document269.html. Consulté le 22 novembre 2006.
Grundlingh L., « Government responses to HIV/AIDS in South Africa as Reported in the Media », South African Historical Journal, n°41, 2001.
Hamidi C., « Eléments pour une approche interactionniste de la politisation », in Revue Française de Science Politique, Volume 56, n°1, Paris, Presses de Sciences Po, février 2006.
Hayem J. « Histoire collective et responsabilité individuelle. Conditions de mobilisation contre le sida dans les mines » in Fassin D. (dir.), Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Paris, Karthala, 2004.
Kamto M., « Les rapports Etats-société civile en Afrique », Afrique 2000, nov.1999, pp.47-52.
Kometsi K. in Crewe M., (Un) Real, Aids Review 2004, Centre for the Study of AIDS, University of Pretoria Press, 2004.
Lagroye J., « Les processus de politisation », in Lagroye J. (dir.), La politisation, Paris, Belin, 2003, pp.359-372.
Lascoumes P. « Controverse », in in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, pp.123-130
Laville J.-L., « Les raisons dêtre des associations », Revue du Mauss « Association, démocratie et société civile », Paris, La découverte, 2001.
Le Marcis F., « Lempire de la violence. Un récit de vie aux marges dun township » in Fassin D. (dir.), Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Paris, Karthala, 2004.
Leca J., « Sur le rôle de la connaissance dans la modernisation de lEtat et le statut de lévaluation », Revue française dadministration publique, Paris, Institut International dAdministration Publique, n°66, avril-juin 1993.
Mbali M., « HIV/AIDS policy-making in post-apartheid South Africa », in Habib A., Daniel J. and Southall R. (eds.), State of the Nation: South Africa 2003-2004, Cape Town, Human Sciences Research Council Press, 2003.
Médard J.-F., « Décentralisation du système de santé publique et ressources humaines au Cameroun », Le bulletin de lAPAD, n°21, Un système de santé en mutation : le cas du Cameroun, [en ligne], mise en ligne le 27 mars 2006. URL : http//apad.revue.org/documents35.html. Consulté le 18 mai 2006.
Médard J.-F., « LEtat clientéliste transcendé », in Politique africaine, n°1, Paris Karthala, 1981, pp.120-124.
Médard J.-F., « LEtat néo-patrimonial en Afrique noire », in J.-F. Médard (dir.), Etats dAfrique noire : formation, mécanismes et crise, Paris, Karthala, 1991.
Médard J.-F., « LEtat patrimonial », in Politique africaine, n°39, Paris, Karthala, 1990, pp.25-36.
Monga C., « Civil Society and Democratisation in Francophone Africa », Journal of Modern African Studies, vol. 33, n°3, 1995, pp.359-379.
Msellati P., Vidal L. et Moatti J.-P. (dir.) », Le bulletin de lAPAD, n°21, Un système de santé en mutation : le cas du Cameroun, [en ligne], mise en ligne le 6 mars 2006. URL: HYPERLINK "http://apad.revues.org/documents195.html" http://apad.revues.org/documents195.html.
Muller P., « Référentiel », in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, pp.370-376.
Nédélec S., « Repères chronologiques » in Le Journal du sida, n°86-87 spécial Afrique, 1996.
Nubuasah F., « La stigmatisation et la discrimination », in Czerny M. (dir.), Sida en Afrique : que pense lEglise ?, Abidjan, Les Editions du CERAP, 2006.
Offerlé M. (dir.), « La société civile en question », Problèmes économiques et sociaux, n°888, mai 2003.
Olivier de Sardan J. P., « La sage-femme et le douanier. Cultures professionnelles locales et culture bureaucratique privatisée en Afrique de lOuest », in Autrepart, n°20, Paris, IRD/Armand Colin, 2001, pp. 61-73.
Olivier de Sardan J.-P., « Etat, bureaucratie et gouvernance en Afrique de lOuest francophone. Un diagnostic empirique, une perspective historique », in Politique Africaine, n°96, Paris, Karthala, déc.2004, pp.139-162.
Otayek R., « Vu dAfrique. Société civile et démocratie. De lutilité du regard décentré », Revue internationale de politique comparée, vol.9, n°2, 2002, pp.193-212.
Péchu C., « Les générations militantes à Droit au Logement », Revue Française de Science Politique, vol.51, n°1-2, février-avril 2001, pp.74-75.
Philips H., « AIDS in the Context of Sout Africas Epidemic History », South African History Journal, n°45, 2001.
Pougoué P.-G., in Maugenest D. et Boukongou J. D. (dir.), Vers une société de droit en Afrique centrale, Yaoundé, Presses de lUniversité Catholique dAfrique Centrale, 2001.
Radaelli C., Logiques de pouvoirs et récits dans les politiques publiques de lUnion européenne, Revue française de science politique, numéro spécial, « Les approches cognitives des politiques publiques », avril 2000, pp.255-275.
Ravinet P., « Fenêtre dopportunité », in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, pp.217-225.
Raynaut C., « comment évaluer les politiques publiques de lutte contre le sida en Afrique ? », in Barré J.-F. (dir.), Lévaluation des politiques de développement. Approches pluridisciplinaires, Paris, LHarmattan, 2001.
Rémy J.-P., « Léviction de Thabo Mbeki crée des turbulences en Afrique du Sud », Le Monde, le 26 septembre 2008.
Sarpong P., « Linfluence des pratiques culturelles sur la propagation du VIH/Sida », in Czerny M. (dir.), Sida en Afrique : que pense lEglise ?, Abidjan, Les Editions du CERAP, 2006.
Sartori G., « Bien comparer, mal comparer », Revue Internationale de Politique Comparée, vol.1, n°1, avril 1994, p.23.
Sawicki F., « Les temps de lengagement : à propos de linstitutionnalisation dune association de défense de lenvironnement », in Lagroye J. (dir.), La Politisation, Paris, Belin, 2003, p.123-146.
Shaw T. M., « Popular Participation in Non-Governmental Structures in Africa: Implications for Democratic Development », Africa Today, vol.37, n°3, 1990, pp.5-22.
Sheppard E., « Problème public », in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, pp.347-354.
Sher R., « HIV infection in South Africa, 1982-1989, A-review », in South African Medical Journal, n°76, 1989, pp.314-318.
Soares C., « Zuma: it was painful but Mbeki had to go », Independent, 23 September 2008.
Stone D., « Casual Stories and the Formation of Policy Agendas, Political Science Quaterly, n°104, 1989, pp.281-300.
Surel Y., « Idées, intérêts, institutions dans lanalyse des politiques publiques », Pouvoirs, n°87, 1998, pp.161-178.
Surel Y., « The Role of Cognitive and Normative Frames in Policy-Making », Journal of European Public Policy, n°7, 2000, pp.495-512.
Thoenig J.-C., « Politiques publiques et action publique », Revue Internationale de Politique Comparée, vol.5, n°2, pp.295-314.
Touzé V. et Ventelou B., « Sida et développement : un enjeu mondial », Revue de lOFCE, Hors série, mars 2002, pp.154-173.
Trebilcock A. M., « Le Sida et le lieu de travail. Les orientations que suggèrent les normes de lOIT », Revue internationale du travail, vol.128, n°1, 1989, pp.33-51.
Viens P., « Le GPA attendait des PNLS une soumission totale
», in Le journal du sida, n°86-87, numéro spécial Afrique, pp.106-108.
Waal S. de, « Etymological note: On moffie», in E. Cameron and M. Gevisser (eds.), Defiant Desire: gay and lesbian lives in South Africa, Johannesburg, Raven Press, 1994.
Zuern E., « La pauvreté en débat. Marginalité et démocratie constitutionnelle en Afrique du Sud », Politique africaine, N°103, décembre 2006.
III. THESES ET MEMOIRES
Delalieux G., Responsabilité Sociale des Entreprises et ONG : une approche critique des dimensions politiques de la gestion des ONG, Thèse pour lobtention du doctorat en Sciences de gestion, Université de Lille I IAE de Lille, Lille Economie et Management (LEM), déc. 2007.
Eboko F., Pouvoir, jeunesse et sida au Cameroun : politiques publiques, dynamiques sociales et constructions des sujets, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Institut dEtudes Politiques de Bordeaux, Ecole doctorale de science politique de Bordeaux, Centre dEtude dAfrique Noire (CEAN), Bordeaux, 2002.
Gauvrit E., Etat, crises et sida, Mémoire de DEA en science politique, IEP de Bordeaux, 1993.
Lydié N., Les chemins du sida : migrations, mouvements de population et infection à VIH au Cameroun, Thèse de doctorat en géographie, Université de Paris I Panthéon Sorbonne, mai 2001.
Pommerolle M.-E., A quoi servent les droits de lhomme ? Action collective et changement politique au Cameroun et au Kenya, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Institut dEtudes Politiques de Bordeaux, Ecole doctorale de science politique de Bordeaux, Centre dEtude dAfrique Noire (CEAN), Bordeaux, oct. 2005.
Séverin M., Les réseaux ANC (1910-2004): histoire politique de la constitution du leadership de la nouvelle Afrique du Sud, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Institut dEtudes Politiques de Bordeaux, Ecole doctorale de science politique, Centre dEtude dAfrique Noire (CEAN), Bordeaux, oct. 2007.
Toulou L., Des usages du multipartisme. Transitions post-autoritaires et reproduction des élites au Cameroun et au Kenya, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Institut dEtudes Politiques de Bordeaux, Ecole doctorale de science politique de Bordeaux, Centre dEtude dAfrique Noire (CEAN), Bordeaux, Déc. 2005.
IV. RAPPORTS ET DOCUMENTS ADMINISTRATIFS
Décret n°2001-510/PRES/PM/MS portant organisation du Conseil national de lutte contre le VIH/Sida au Burkina Faso.
Onusida : Rapport 2004 sur lépidémie mondiale de sida, Genève, juillet 2004.
Onusida, Burkina Faso: Country Progress Report 2006, Ouagadougou, déc. 2006.
Onusida, Rapport mondial sur la santé, Genève, 2007.
Onusida, Rapport sur lépidémie mondiale du sida en 2004, Genève, Juillet 2004.
Onusida, Tableau récapitulatif de la pandémie de VIH/Sida dans le Monde, Genève, décembre 2006.
PNUD, Rapport sur le développement humain. Burkina Faso 2001. La lutte contre le VIH/Sida, Ouagadougou, PNUD, 2001.
PNUD, Rapport sur le développement humain. Burkina Faso, 2001. La lutte contre le VIH-SIDA, Ouagadougou, PNUD, 2001.
Rapport 2005 du Programme PPTE, Ouagadougou, décembre 2005
Rapport du Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS, Cameroun), 2000.
Rapport du Conseil national de lutte contre le VIH/Sida.
Rapport du Ministère de la Santé en 2005.
UNAIDS, AIDS Epidemic Update, Geneva, December 2007.
V. DOCUMENTS ELECTRONIQUES
« Presidential AIDS Advisory Panel Report: A synthesis report of the deliberations by the panel of experts invited by the President of the Republic of South Africa, the Honourable Mr Thabo Mbeki », mars 2001, 134p. Voir, HYPERLINK "http://www.info.gov.za/otherdocs/2001/aidspanelpdf.pdf" http://www.info.gov.za/otherdocs/2001/aidspanelpdf.pdf, consulté le 25 mars 2007.
Act-Up Paris, http://www.actupparis.org/article3297.html
J. Foundation, The Clinton Foundation in Partnership with UNITAID annouce « Next Generation » HIV/AIDS Treatment Now Less Than $1 A Day, Newsroom, New York, May 8, 2007, HYPERLINK "http://www.clintonfoundation.org/" www.clintonfoundation.org, consulté le 10 mai 2007.
Monique Mas, « Santé : la corruption qui tue », Paris, RFI, 11 mai 2006.
Plaidoirie Maitre A. Mola, http://www.humanite.fr/journal/1997-10-06/1997-10-06-788834.
VI. PRESSE
Africa Today, 1990.
Independent, 23 September 2008.
Le Monde, 26 juin 2001.
Le Messager, 16 janvier 2008.
Le Monde, 26 septembre 2008.
Le Monde, 4 novembre 2008.
Sunday Times, 9 January 1983.
Sunday Times Metro, 6 July 1986.
The Citizen, 29 January 1986.
VII. AUTRES SOURCES ELECTRONIQUES
AAS France : HYPERLINK "http://www.aasfrance.org/" http://www.aasfrance.org/
AAS : HYPERLINK "http://www.aasbf.org/" http://www.aasbf.org/
Act-Up Paris : HYPERLINK "http://www.actupparis.org/" http://www.actupparis.org/
Aides France : HYPERLINK "http://www.aides.org" http://www.aides.org
ANRS : HYPERLINK "http://www.anrs.fr" http://www.anrs.fr
Banque Mondiale : HYPERLINK "http://www.worldbank.org/" http://www.worldbank.org/
Centre for Human Rights: HYPERLINK "http://www.chr.up.ac.za" http://www.chr.up.ac.za
Centre for the Study of AIDS: HYPERLINK "http://www.csa.za.org/" http://www.csa.za.org/
CNLS du Burkina Faso : HYPERLINK "http://www.cnls.bf/" http://www.cnls.bf/
COSATU : HYPERLINK "http://www.cosatu.org.za/hiv.htm" http://www.cosatu.org.za/hiv.htm
Esther : HYPERLINK "http://www.esther.fr/home.php" http://www.esther.fr/home.php
FNUAP : HYPERLINK "http://www.unfpa.org" http://www.unfpa.org
Fonds mondial de lutte contre le Sida : HYPERLINK "http://www.theglobalfund.org/fr/" http://www.theglobalfund.org/fr/
HCR : HYPERLINK "http://www.unhcr.org/protect/401915744.html" http://www.unhcr.org/protect/401915744.html
Ministère de la santé dAfrique du Sud : HYPERLINK "http://www.doh.gov.za/" http://www.doh.gov.za/
Ministère de la santé du Burkina Faso : HYPERLINK "http://www.sante.gov.bf/SiteSante/index.jsp" http://www.sante.gov.bf/SiteSante/index.jsp
Ministère de la santé du Cameroun : HYPERLINK "http://minsante.cawad.net/" http://minsante.cawad.net/
NAPWA : HYPERLINK "http://www.napwa.org.za/" http://www.napwa.org.za/
OIT : HYPERLINK "http://www.ilo.org/public/english/protection/trav/aids/" http://www.ilo.org/public/english/protection/trav/aids/
OMS : HYPERLINK "http://www.who.int/asd/index.html" http://www.who.int/asd/index.html
Onusida : HYPERLINK "http://www.onusida.org" www.onusida.org
PNUCID : HYPERLINK "http://www.undcp.org" http://www.undcp.org
PNUD : HYPERLINK "http://www.undp.org/hiv/" http://www.undp.org/hiv/
Réseau Afrique 2000 : HYPERLINK "http://www.reseauafrique2000.org" http://www.reseauafrique2000.org
Sidaction : HYPERLINK "http://www.sidaction.org" http://www.sidaction.org
Statistiques sur le VIH/Sida en Afrique du Sud : HYPERLINK "http://www.avert.org/safricastats.htm" http://www.avert.org/safricastats.htm
SWAA : HYPERLINK "http://www.swaainternational.org/" http://www.swaainternational.org/
TAC : HYPERLINK "http://www.tac.org.za/community/" http://www.tac.org.za/community/
Unesco : HYPERLINK "http://www.unesco.org/culture/aids/" http://www.unesco.org/culture/aids/
Unicef : HYPERLINK "http://www.unicef.org/programme/health/index.htm" http://www.unicef.org/programme/health/index.htm
Annexe 1
CARTES ET PRESENTATION PAR PAYS
AFRIQUE
INCLUDEPICTURE "http://maps.mygeo.info/cont/ref_cartes/2007/africa.jpg" \* MERGEFORMATINET
AFRIQUE DU SUD
INCLUDEPICTURE "http://maps.mygeo.info/cont/cartes/2007/Carte_Afrique_du_Sud_2007.gif" \* MERGEFORMATINET
Située à la pointe sud du continent, entre les Océans Indien et Atlantique, lAfrique du Sud a été au centre de plusieurs débats sur le VIH/Sida. Ce pays abrite lun des taux de séroprévalence les plus élevés en Afrique alors quil en est incontestablement le géant par son histoire politique marquée par des longues années de lutte contre lapartheid, sa force économique soutenue par diverses ressources minières (or, platine, chrome, diamant) et son dynamisme dans la consolidation des transitions démocratiques en Afrique où il déploie une forte activité diplomatique. Sa superficie est de 1.213.312 km². Sa population est denviron 43.647.658 habitants, essentiellement repartie le long de la côte sud et dans la région nord du Gauteng (Johannesburg et Pretoria). Elle est composée de 75% de Noirs, 13% de Blancs, 10% de Métis et de 2% dAsiatiques. LAfrique du sud abrite plus de 200 réserves et parcs naturels accueillant une faune et une végétation très variées. Ses voisins sont la Namibie, Botswana, Zimbabwe, Mozambique, Swaziland et le Lesotho.
BURKINA FASO
INCLUDEPICTURE "http://maps.mygeo.info/cont/cartes/2007/Carte_Burkina_Faso_2007.gif" \* MERGEFORMATINET
Situé en plein cur de lAfrique de lOuest, le Burkina Faso est un pays du Sahel avec, au nord, des zones arides et désolées. A ces zones typiquement sahéliennes succèdent, lorsquon parcourt ce pays au relief plat, du nord au sud, une végétation éparse qui se poursuit au sud-ouest par des paysages plus verdoyants avec des forets et des savanes. Sa superficie est de 275.000 km² pour une population denviron 11 millions dhabitants dont les Mossis constituent la moitié et le reste partagé par les Touaregs et les Peuls. En terme religieux, trois grandes confessions marquent la vie des burkinabé : Animisme (50%), Islam (40%) et Christianisme (10%). En ce qui concerne les principales ressources, outre limportante aide internationale dont bénéficient les pouvoirs publics et les acteurs de la société civile locaux, léconomie du Burkina Faso repose essentiellement sur la production du sous-sol (cuivre et fer), de lagriculture (sorgho, mil, coton et arachide) et des activités pastorales. Selon les indices du PNUD, le Burkina Faso est lun des pays les plus pauvres du monde à cause des nombreuses années de sécheresse et déforestation.
CAMEROUN
INCLUDEPICTURE "http://maps.mygeo.info/cont/cartes/2007/Carte_Cameroun_2007.gif" \* MERGEFORMATINET
Avec une superficie de 475.442 km², le Cameroun jouit dun littoral sur le golf de Guinée. Cet ancien protectorat allemand sétait éclaté en deux colonies au lendemain de la seconde guerre mondiale dont lune, française, est devenue indépendante en 1960 et lautre, britannique, a acquis sa souveraineté en 1961. Le Cameroun, constitué ainsi en deux fédérations francophone et anglophone, sest réunifié en mai 1972. Mais, le français et langlais continuent dêtre utilisés comme les deux langues officielles de ce pays qui compte 16 millions dhabitants et une grande diversité culturelle, religieuse, linguistique et géographique faisant de lui, une Afrique en miniature. Ses voisins sont le Nigeria, le Tchad, la RCA, la République du Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale.
Annexe 2
MISSIONS ET CALENDRIER DES TRAVAUX DE THESE
INCLUDEPICTURE "http://maps.mygeo.info/cont/ref_cartes/2007/africa.jpg" \* MERGEFORMATINET
1ERE ANNEE : 2004 2005
Octobre 2004/janvier 2005 : Université Catholique dAfrique Centrale, Cameroun (04 mois) : études exploratoires de quatre mois grâce à une bourse de lAUF en mobilité entre lUCAC et lIEP de Bordeaux. Enquêtes et entretiens sommaires auprès du Ministère de la santé, Centre Pasteur, CNLS, GTZ, SWAA et AFSU.
Février/mai 2005 : CEAN/IEP de Bordeaux (04 mois) : retour au CEAN pour lanalyse des premières données produites au Cameroun, en prise avec les orientations théoriques. Cette période a permis de dégager les premières interrogations pour lélaboration de la problématique et la consolidation de la bibliographie.
Juin 2005 : Université de Ouagadougou, Burkina Faso (01 mois) : enquêtes de terrain au Ministère de la santé, CNLS, AAS et REV+. Au cours de ce séjour nous avons eu des entretiens et avons procédé aux observations au sein de ces structures.
Résultats : ajustement de la problématique et des hypothèses grâce à la confrontation des premières données empiriques aux analyses théoriques empruntées à la sociologie, lanthropologie et la science politique.
2EME ANNEE : 2005 2006
Octobre 2005/décembre 2006 : CEAN/IEP de Bordeaux (03 mois) : premières discussions avec le directeur de thèse en vue de la consolidation des choix théoriques et de la structuration liminaire de la thèse.
Janvier/mars 2006 : Centre for the Study of AIDS et le Centre for Human Rights, Université de Pretoria, Afrique du Sud (03 mois) : trois mois de recherches exploratoires en Afrique du Sud où nous avons été accueilli par le « AIDS Law Project » à lUniversité de Pretoria grâce à une bourse de terrain de lInstitut Français dAfrique du Sud. Ce premier séjour en Afrique du Sud nous a aussi permis de faire un grand ménage sur les conclusions de nos premiers terrains au Cameroun et au Burkina Faso. Nous avons également effectué une première enquête auprès de personnes concernées à lHôpital Chris Ani Baragwanath de Soweto.
Avril/juin 2006 : Observatoire du politique en Afrique centrale et Institut de recherches socio-anthropologiques, UCAC, Cameroun (03 mois) : 2ème séjour de terrain au Cameroun en vue de lapprofondissement des enquêtes à partir dun guide et en se fondant sur les interrogations croisées entre le Cameroun, le Burkina Faso et lAfrique du Sud de sorte à sortir des pièges de « loreillette ».
Juillet/août 2006 : Bordeaux (03 mois) : approfondissement des lectures théoriques et élaboration du cadre de rédaction de la thèse.
Résultats : premières discussions du plan de lensemble de la thèse avec le directeur. Cette étape est également marquée par une série de valorisation des premiers résultats de la recherche
- « Les acteurs non étatiques dans la fabrication des politiques publiques en Afrique », Politiques publiques, services publics et biens publics, Université dété du Lasdel, Niamey (Niger), du 25 octobre au 7 novembre 2006.
- « Droits humains et protection des citoyens : le cas du militantisme antisida en Afrique du Sud postapartheid », Les droits humains en Action : des outils pour la promotion et la protection des droits fondamentaux dans laction militante, Cap St Jacques - Montréal (Canada), du 6 au 9 octobre 2006.
- « Les alternatives populaires dans la lutte contre le Sida en Afrique du Sud et au Burkina Faso », Africa Europe group for interdisciplinary studies (AEGIS), PhD Candidates workshop, Cortona (Italie), du 18 au 23 septembre 2006.
- « Les bricolages associatifs dans la lutte contre le sida en Afrique du sud et au Cameroun : moment de lisibilité des politiques (dites) publiques (?) », communication prévue au colloque international : LAfrique des politiques publiques : banalité de terrain ou illusions méthodologiques ? CEAN/IEP de Bordeaux (France), 3 et 4 mars 2006.
3EME ANNEE : 2006 - 2007
Octobre/décembre 2006 : Cameroun (3 mois) : ultime occasion de production des données au sein des institutions publiques et des associations de lutte contre le VIH/Sida. Ce dernier séjour nous a permis de bien cerner les zones dombre mises en évidence par les interrogations qui ont émergées lors la présentation de nos travaux aux universités dété de Cortona et de Niamey.
Janvier/octobre 2007 : Afrique du sud (10 mois) : évaluation de lenquête de Soweto et production des données auprès des institutions publiques et des associations de lutte contre le VIH/Sida (TAC et NAPWA). Ce long séjour nous a permis de séjourner dans les townships de Langa, de Guguletsu et de Kayelitsha dans la région du Cap avec des volontaires allemands et autrichiens. Nous y avons conduit des enquêtes sur les aspects comportementaux dans la réception et la perception de laction publique de lutte contre le VIH/Sida.
Résultats : participation à lanimation dun séminaire sur les politiques de santé en Afrique destiné aux étudiants de 3ème année de licence en sciences sociales à lUniversité catholique dAfrique centrale.
- Avec Marame N'dour « Des causes (in)solubles dans laltermondialisme ? Retour sur les mobilisations antisida et en faveur de laccès aux médicaments au Forum social mondial de Nairobi en 2007 », Journée détudes "Un FSM en Afrique. Nairobi 2007", Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne (France), 5 octobre 2007.
- « The fight against AIDS mobilisations during the World Social Forum of Nairobi: innovations, alternatives and (re)-positioning of AIDS issues », Panel 69 « The World Social Forum in Nairobi: exploring the making of African causes » (Prof. J. Siméant & Dr M.-E. Pommerolle), 2nd European Conference on African Studies, Leiden (Pays-Bas), 11 to 14 July 2007.
4EME ANNEE : 2007 - 2008
Octobre/décembre 2007 : Bordeaux (3 mois) : ultimes discussions avec le directeur de thèse sur les orientations finales de la thèse.
Février/juin 2008 : Coventry (5 mois) : cinq mois de résidence de rédaction définitive de la thèse au Centre for the Study of Globalisation and Regionalisation de lUniversité de Warwick où nous avons été accueilli grâce au programme de mobilité Junior Research Fellow du réseau européen dexcellence (GARNET).
Juillet/décembre 2008 : Bordeaux : retour au CEAN pour les dernières lectures, les remarques et la correction finale du directeur de recherche.
Résultat : dépôt de la thèse
- «NGOs in the HIV/AIDS Responses in Africa: a Comparison from the Cameroonian and South African experiences», CSGR/UNDP Group on HIV/AIDS Responses, University of Warwick (England), 4-6 November 2007.
Annexe 3
LES AGENCES SPECIALISEES DES NATIONS UNIES COPARRAINANT L'ONUSIDA
INCLUDEPICTURE "http://www.un.org/french/ga/sida/images/fr_sm_logo.jpg" \* MERGEFORMATINET
Le système des Nations Unies est depuis près de deux décennies au premier rang de tous ceux qui combattent le SIDA. En 1986, l'une de ses institutions spécialisées, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), a été la première à apporter son aide aux pays pour qu'ils puissent mettre sur pied des programmes nationaux de lutte contre l'épidémie. Depuis lors, le système des Nations Unies multiplie ses activités dans ce domaine.
Ces activités sont très variées, allant du travail quotidien réalisé par le personnel de l'ONU dans le monde entier aux débats sur le VIH/SIDA organisés par le Conseil de Sécurité des Nations Unies ou encore à l'imminente session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA. En incitant les chefs de gouvernement de tous les pays à réaffirmer leur engagement en faveur de la lutte contre le VIH/SIDA, la session extraordinaire, qui se tiendra du 25 au 27 juin, vingt ans après la notification des premiers cas cliniques de SIDA, marquera un tournant décisif dans les efforts pour contrer l'épidémie.
L'ONUSIDA entre en lice
Un pas qui fera date dans la lutte contre l'épidémie a été fait en 1996 avec le lancement de la riposte coordonnée des principales institutions des Nations Unies uvrant contre le VIH/SIDA. Avec la création du Programme des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) les connaissances collectives, les ressources et le champ d'action de sept organismes coparrainants - l'UNICEF, le PNUD, le FNUAP, le PNUCID, l'UNESCO, l'OMS et la Banque mondiale - ont pu être mises en commun et gagner en efficacité.
Les Coparrainants avancent rapidement dans le sens de l'intégration du VIH/SIDA dans les programmes qu'ils mènent au niveau des pays partout dans le monde, s'alliant aux gouvernements ainsi qu'à d'autres partenaires en vue de soutenir les efforts réalisés localement pour freiner l'épidémie.
En collaboration avec l'ONUSIDA, ils mettent actuellement au point un plan stratégique commun à tout le système des Nations Unies pour combattre le VIH/SIDA et le front commun ainsi créé permet de démultiplier les efforts des Nations Unies. Un nombre croissant d'autres institutions des Nations Unies entreprennent des activités contre le VIH/SIDA. Citons notamment l'Organisation internationale du Travail (OIT), le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés et le Fonds de Développement des Nations Unies pour la Femme (UNIFEM).
La création de partenariats est devenue le signe distinctif de la contribution du système des Nations Unie à la lutte contre le VIH/SIDA. Deux exemples récents en sont le Partenariat international contre le SIDA en Afrique (créé pour élargir les mesures prises à l'encontre de l'épidémie tout en les intensifiant) et l'initiative en vue d'accélérer l'accès aux soins et au traitement du VIH/SIDA (visant à aider les pays à mettre sur pied des plans nationaux d'action).
Chacune des institutions des Nations Unies mène également partout dans le monde ses propres activités afin d'aider les pays et les communautés qui luttent pour contrecarrer l'épidémie et faire face à ses conséquences. Les sept Coparrainants de l'ONUSIDA sont les plus actifs à cet égard. Voir HYPERLINK "http://www.onusida.org" www.onusida.org
I. L'UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l'Enfance)
L'UNICEF a pour mandat de promouvoir la protection des droits des enfants, de contribuer à la satisfaction de leurs besoins ainsi qu'à l'élargissement de leurs choix de vie. Cet organisme, qui agit en conformité avec la Convention relative aux droits de l'enfant, est leur principal défenseur. L'UNICEF, ses comités nationaux et ses alliés mobilisent le soutien moral et matériel des gouvernements, des organisations et des individus dans le monde entier au sein d'un partenariat qui s'est engagé à donner aux enfants la priorité sur les ressources dont dispose la société dans les périodes fastes comme dans les périodes difficiles.
En tant qu'institution d'intervention décentralisée, l'UNICEF travaille aux côtés des gouvernements et des ONG dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l'éducation de base, de l'approvisionnement en eau saine et en moyens d'assainissement afin de créer de meilleures conditions de vie pour les enfants, les jeunes et les femmes. L'UNICEF contribue aussi au renforcement des capacités nationales et locales devant permettre de fournir, de maintenir en fonction et de développer les services de première nécessité, et de donner aux familles et aux communautés des connaissances et des moyens susceptibles de les mener à l'autosuffisance.
La propagation rapide du VIH/SIDA menace directement les progrès qui ont été faits au cours des 20 dernières années pour améliorer la santé des enfants. L'épidémie revêt une importance particulière pour les adolescents, car ils sont à la fois enclins à prendre des risques et prompts à développer des aptitudes, des attitudes et des comportements qui leur permettront d'éviter de contracter l'infection à VIH à l'âge adulte. L'épidémie affecte les enfants et les familles, les privant souvent de la protection, des soins et des revenus les plus élémentaires.
L'UNICEF apporte à l'ONUSIDA sa capacité à mener des opérations sur le terrain dans plus de 160 pays, son efficacité avérée dans le domaine de la communication et du plaidoyer ainsi que son réseau de comités nationaux. Ses domaines prioritaires sont notamment la santé des jeunes, l'éducation sur le SIDA dans les écoles, la communication entre programmes, les enfants et les familles affectés par le SIDA, et la transmission du VIH de la mère à l'enfant. L'énergie que l'UNICEF déploie pour faire face aux besoins de familles et d'enfants particulièrement vulnérables acquerra une importance accrue dans les années à venir.
On trouvera le site web du programme VIH/SIDA de l'UNICEF à l'adresse suivante :
HYPERLINK "http://www.unicef.org/programme/health/index.htm" http://www.unicef.org/programme/health/index.htm
II. Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement)
Un des principaux objectifs des activités du PNUD en matière de VIH/SIDA consiste à apporter un soutien aux pays pour leur permettre de renforcer et d'élargir leur capacité à faire face aux retombées de l'épidémie sur leur développement. Ces activités tendent principalement à définir, au niveau des politiques comme des programmes, des ripostes efficaces et durables à l'encontre des retombées sociales et économiques de l'épidémie. Le but est de renforcer les capacités au sein des gouvernements, de la société civile et du PNUD lui-même, afin de susciter une riposte efficace.
En partenariat avec de nombreuses autres organisations, le PNUD soutien de préférence des initiatives qui accélèrent la mobilisation communautaire et nationale, fournissent un cadre permettant de trouver des réponses aux questions d'ordre éthique, juridique et de droit humanitaire qui se posent, reconnaissent l'importance des questions de sexospécificité, donnent aux gens la possibilité de prendre en main leur propre bien-être en s'appuyant sur les ressources, les connaissances et les valeurs locales, et s'attachent à créer un environnement politique, économique et social qui soit de nature à encourager les efforts individuels.
Grâce à son réseau de plus de 130 bureaux desservant plus de 150 pays, le PNUD joue un rôle important et complémentaire à celui d'autres organisations du système des Nations Unies au sein des activités opérationnelles de coopération pour le développement menées de front par des institutions des Nations Unies ou nationales et d'autres institutions d'intervention. Il apporte un soutien technique dans le domaine intersectoriel et pluridisciplinaire de l'assistance technique indispensable au développement durable et assume la responsabilité d'ensemble de l'assistance apportée au Secrétaire général en vue de l'amélioration de la coordination des opérations de développement, notamment grâce au renforcement du système des Coordonnateurs résidents.
Les programmes régionaux du PNUD fournissent un excellent mécanisme de développement de la collaboration entre les pays et aident les institutions et les réseaux régionaux à accroître leur capacité à riposter efficacement à l'épidémie.
On trouvera des informations sur le programme VIH et développement du PNUD sur : HYPERLINK "http://www.undp.org/hiv/" http://www.undp.org/hiv/.
III. Le FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population)
Le mandat du FNUAP est notamment de renforcer les connaissances et les capacités des pays afin de leur permettre de faire face aux besoins en matière de population.
Le soutien du FNUAP aux pays s'exerce tout particulièrement dans le domaine de la santé reproductive, y compris la planification familiale et la santé sexuelle. Il tient pour acquis que la prévention et le traitement des infections sexuellement transmissibles (IST) et du VIH/SIDA font partie intégrante de la santé reproductive. Dans cette optique, la prévention comprend des activités appropriées et efficaces d'information, d'éducation et de communication (IEH) visant à soutenir les comportements sexuels sans risques ainsi que les conseils interpersonnels, concernant tant la transmission du VIH par voie sexuelle que la transmission mère-enfant, l'amélioration de l'accès aux préservatifs et de leur diffusion, enfin, l'instauration de bonnes pratiques cliniques permettant la prévention des risques liés au sang infecté par le VIH.
Le FNUAP valorise le travail de l'ONUSIDA en ouvrant l'accès à son réseau de bureaux nationaux qui soutiennent les programmes de santé reproductive dans les pays. Il apporte aussi sa vaste expérience de la promotion et des soins en matière de santé reproductive en donnant un éclairage particulier aux besoins des femmes et des adolescents, ainsi qu'à la responsabilité masculine dans ce qui touche à la santé de la reproduction. Son savoir-faire en matière de gestion logistique des biens nécessaires en santé reproductive (notamment des préservatifs) est également précieux, tout comme son expérience des relations de travail avec les organisations non gouvernementales, de l'organisation de l'assistance technique et du renforcement des capacités nationales par le biais de ses équipes de soutien aux pays.
On trouvera tous les détails concernant l'action du FNUAP à l'adresse suivante : HYPERLINK "http://www.unfpa.org%20" http://www.unfpa.org
IV. Le PNUCID (Programme des Nations Unies pour le Contrôle international des Drogues)
Le PNUCID détient la responsabilité exclusive de la coordination et des initiatives en ce qui concerne l'ensemble des activités de contrôle des drogues du système des Nations Unies. Il se penche sur tous les aspects de la consommation de drogues et mène des activités sur un large éventail de domaines, tels que la réduction de la demande, laquelle comprend la prévention, le traitement et la réadaptation ; la réduction des approvisionnements, comprenant l'encouragement à la création d'autres alternatives de développement et la mise en vigueur des lois, ainsi que des services de conseils au niveau de la législation et des institutions afin de renforcer la capacité des gouvernements à appliquer les conventions internationales relatives au contrôle des drogues. Le PNUCID aide les gouvernements à mettre en uvre les plans d'action, notamment la Déclaration sur les principes fondamentaux de la réduction de la demande de drogues adoptée en juin 1998 par l'Assemblée générale des Nations Unies lors de sa session extraordinaire sur la lutte mondiale contre la consommation de drogues.
La consommation de substances psychoactives facilite la propagation du VIH de différentes manières. La plus directe est la transmission du virus par le biais des aiguilles que se partagent les consommateurs de drogues injectables. La disparition des inhibitions consécutive à l'utilisation de ces substances incite les individus à adopter divers comportements à hauts risques, notamment sexuels, qu'ils éviteraient s'ils étaient dans leur état normal. C'est par la sexualité que la communauté des consommateurs de drogues transmet le VIH à d'autres groupes de population. Le contrôle international des drogues est donc un instrument essentiel de la prévention du VIH. C'est pourquoi le PNUCID introduit la prévention du VIH/SIDA dans les programmes visant à réduire la demande de drogues illicites. Ces activités visent principalement les jeunes et les groupes présentant une vulnérabilité particulière. La coordination avec le système des Nations Unies a permis de programmer de façon plus efficace la riposte à la consommation abusive de drogues et à l'épidémie de SIDA dans un certain nombre de pays.
Le PNUCID travaille à partir de son siège de Vienne, en Autriche, mais aussi de son réseau sur le terrain qui se compose de dix bureaux sous-régionaux et neuf bureaux de pays. Le PNUCID a également des bureaux de liaison à New York et Bruxelles.
Le site web du PNUCID peut être consulté à l'adresse suivante : HYPERLINK "http://www.undcp.org" http://www.undcp.org
V. L'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture)
L'UNESCO a pour mandat de stimuler la coopération internationale des activités intellectuelles visant à promouvoir les droits humanitaires, de contribuer à l'instauration d'une paix équitable et durable, et d'accroître le bien-être général de l'humanité. Elle doit donc s'inspirer de considérations éthiques dans l'exercice de sa tâche, qui consiste à faire en sorte que tous les desseins intellectuels tendent au développement de l'être humain et à la construction d'une culture de paix fondée sur le respect des droits humanitaires, la tolérance et les principes démocratiques. Dans son domaine de compétence - l'éducation, la science, la culture et la communication - l'UNESCO a des responsabilités d'ordre technique en ce qui concerne les programmes et les projets, mais aussi d'ordre « politique », dans le sens qu'elle se doit de suivre une morale publique et sociale dans son approche d'ensemble comme dans les grands principes qui président à ses efforts.
Le partenariat de l'UNESCO avec l'ONUSIDA est fondé sur la conviction que toute action menée isolément, sans être intégrée dans un effort pluridisciplinaire, pourrait bien être vouée à l'échec.
Bien qu'elle ne soit pas un organisme de financement, l'UNESCO peut apporter une contribution à l'ONUSIDA grâce à l'étendue de ses domaines de compétence, de ses approches reposant sur les échanges entre disciplines, connaissances techniques et impératifs éthiques, ainsi qu'à l'expérience de la coopération intellectuelle acquise au cours de plus de 50 ans d'activité. L'UNESCO peut engager son vaste réseau d'institutions collaboratrices dans la lutte contre le SIDA, afin de faire face dans le court terme aux besoins les plus urgents de la prévention et du traitement, et, dans le moyen terme, d'alléger, voire d'empêcher, les conséquences prévisibles de l'épidémie.
Le site culturel de l'UNESCO peut être consulté à l'adresse suivante : HYPERLINK "http://www.unesco.org/culture/aids/" http://www.unesco.org/culture/aids/
VI. L'OMS (Organisation mondiale de la Santé)
L'OMS a été un Coparrainant actif dès le début de l'ONUSIDA. En tant que première autorité en matière de santé publique internationale, elle donne des orientations sur les interventions les plus efficaces de lutte contre la pandémie et apporte son soutien technique au renforcement de la riposte des secteurs nationaux de la santé au VIH/SIDA. L'OMS met au point et diffuse des normes et des standards, des instruments, des technologies et des directives fondés sur des preuves scientifiques, formule des opinions en matière de politiques et de plaidoyer, définit les programmes de recherche et de développement en matière de santé publique, et contribue à renforcer les capacités en apportant un soutien sur le plan des techniques et des politiques d'action.
La contribution que l'OMS exerce dans le domaine des normes et de l'appui technique se traduit principalement par la mise au point et la diffusion de connaissances, la prévention de l'infection et la fourniture de soins et de soutien aux personnes infectées. La mise au point des connaissances s'exerce dans les domaines de la surveillance du VIH/SIDA, ainsi que de la prise en charge et de l'orientation des efforts de recherche et de développement, notamment en ce qui concerne l'accès aux composés antirétroviraux, les méthodes de protection contrôlées par les femmes, les microbicides, la mise au point de vaccins ainsi que la recherche sociale et épidémiologique.
Les efforts de prévention touchent principalement les domaines suivants : promotion d'une sexualité sans risques, information et services en matière de santé reproductive à l'intention des jeunes, infections sexuellement transmissibles, transmission du VIH parmi les mères et les nouveau-nés, infections transmises par l'injection de drogues, promotion de pratiques d'injection plus sûres et réduction des risques de transmission parmi les agents de santé, enfin sécurité des approvisionnements en sang et produits sanguins. Les soins et le soutien comprennent les services de conseil et test volontaires, l'amélioration de l'accès aux traitements antirétroviraux, la prise en charge des infections opportunistes et des affections associées, telles que la tuberculose, les soins palliatifs, et le soutien psychologique et social.
Le plus grand obstacle à une mise en uvre à grande échelle d'interventions efficaces est un fonctionnement médiocre et une pénurie de crédits que l'on observe dans la plupart des systèmes de santé. L'OMS intensifie donc le soutien qu'elle apporte aux efforts que font les pays pour renforcer leur secteur de santé et met au point une stratégie mondiale visant à adapter l'action de santé aux besoins, capacités et circonstances spécifiques des divers Etats Membres.
Voir : HYPERLINK "http://www.who.int/asd/index.html" http://www.who.int/asd/index.html
VII. La Banque Mondiale
La Banque mondiale a pour mandat de soulager la pauvreté et d'améliorer la qualité de la vie. Le VIH/SIDA entraîne des pertes humaines et économiques énormes et fait peser une menace substantielle sur la croissance économique et sociale de nombreuses nations du monde en développement. Le VIH/SIDA nécessite des soins de santé coûteux qui se prolongent sur une longue durée ; il affecte principalement les adultes vivant leurs années les plus productives ; il soulève des questions juridiques et éthiques complexes ; il touche tous les segments de la société ; enfin, il est en croissance rapide.
Entre 1986 et le début de 1999, la Banque mondiale a engagé plus de US $ 750 millions en faveur de plus de 75 projets touchant le VIH/SIDA de par le monde. La plupart de ces ressources ont été fournies selon des termes très préférentiels par l'intermédiaire de l'Association internationale de Développement. Afin d'agir plus efficacement contre les effets dévastateurs du VIH/SIDA sur le développement, la Banque met en uvre une nouvelle stratégie face à l'épidémie, ainsi qu'un partenariat efficace avec l'ONUSIDA, les institutions de financement et les gouvernements. Le plan stratégique de l'Action intensifiée contre le SIDA s'appuie sur les importants avantages comparatifs que les partenaires peuvent développer en faveur d'une élévation rapide du niveau d'action et d'un accroissement des ressources disponibles, tous deux nécessaires à une mise en uvre efficace des interventions visant à prévenir la propagation de l'épidémie et à diminuer son impact.
Dans son dialogue avec les pays débiteurs, la Banque souligne que le VIH/SIDA constitue une priorité du développement et met en lumière la nécessité d'un engagement politique au plus haut niveau, de réformes des soins de santé, de la protection des droits humanitaires et d'un éventail de réformes au sein de tous les secteurs afin de combattre les facteurs qui contribuent à la propagation du VIH. Chaque fois que possible, les activités soutenues par la Banque bénéficient des conseils techniques des autres Coparrainants et du Secrétariat de l'ONUSIDA et sont planifiées puis exécutées par les gouvernements eux-mêmes, en collaboration avec les partenaires nationaux et internationaux. Une section du site web de la Banque mondiale est consacrée au SIDA, à l'adresse suivante : HYPERLINK "http://www.worldbank.org/%20" http://www.worldbank.org/
Annexe 4
PRINCIPES ET VALEURS APPLIQUES PAR LONUSIDA DANS SES ACTIVITES AVEC LA SOCIETE CIVILE
Les valeurs et principes suivants ont été adoptés pour orienter la collaboration avec la société civile autour de laccès universel.
Le Secrétariat et les Coparrainants de lONUSIDA appliquent les valeurs suivantes:
Cohérence, clarté, accessibilité, transparence, redevabilité et communication multidirectionnelle;
Planification et action stratégiques;
Investissement dans des partenariats fondés sur des objectifs communs;
Accepter de mettre en question et dêtre mis en question de manière constructive;
Reconnaissance des points forts et du potentiel de tous les partenaires;
Passion, audace, engagement, activisme et responsabilité;
Partage, apprentissage et leadership;
Respect de la diversité, indépendamment du sexe, de lâge, de la religion, de lappartenance ethnique, des opinions, du statut social ou économique, de lorientation sexuelle ou de la sérologie VIH et respect dune approche fondée sur les droits de la personne;
Conviction que chaque interaction est une occasion dapprendre quelque chose de nouveau et de faire avancer la riposte;
Des ripostes au sida viables à long terme et la garantie que les compétences et lexpérience de la société civile sont mises à profit.
Principes appliqués par lONUSIDA et les Coparrainants pour collaborer avec la société civile:
Participation totale et engagement concret des personnes vivant avec le VIH et de leurs organisations, toutes les activités sefforçant dappliquer pleinement le principe GIPA;
Une approche fondée sur les droits et sensible aux questions sexospécifiques;
Participation de tous les groupes clés aux activités de planification susceptibles davoir un effet sur eux;
Actions de partenariat orientées vers les résultats;
Encouragement, soutien et ressources à des actions susceptibles de modifier le cours de lépidémie;
Engagement à long terme en faveur du développement des points forts et des capacités de tous les partenaires;
Priorité donnée aux partenariats stratégiques ayant un impact à léchelon pays;
Promotion du concept Connaître son épidémie afin de provoquer une action efficace;
Le rôle fondamental de la société civile est reconnu à chaque étape de la riposte au sida.
Les organisations de la société civile travaillant dans le domaine du sida pourront également observer les valeurs fondamentales formulées dans le Code de bonnes pratiques des ONG intervenant dans la lutte contre le VIH/sida, publié par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en 2005. Ces valeurs fondamentales sont les suivantes:
Valoriser la vie humaine;
Respecter la dignité de tous;
Respecter la diversité et promouvoir légalité de tous sans distinctions daucune sorte, telles que lappartenance ethnique, la couleur, le sexe, la langue, la religion, lopinion politique ou autre;
Prévenir et éliminer la souffrance humaine;
Soutenir les valeurs communautaires qui encouragent le respect de lautre et manifester une volonté de travailler en commun à la recherche de solutions, dans un esprit de compassion et de soutien mutuel;
Sattaquer aux inégalités sociales et économiques et favoriser la justice sociale.
Une bonne part des efforts dintégration réelle des groupes les plus vulnérables et les plus touchés dans les ripostes au sida émanent de la société civile. Il est particulièrement important découter la voix et les opinions de groupes tels que les femmes, les enfants, les jeunes, les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, les personnes transsexuelles, les personnes qui consomment des drogues, les professionnel(le)s du sexe, les populations mobiles, les détenus et les peuples autochtones.
Les organisations de la société civile qui ont contribué à ce cadre conceptuel insistent sur limportance de ladhésion des groupes de la société civile participants à des principes de bonne gouvernance, notamment:
Lobservance et la pratique de processus démocratiques pour permettre la participation totale et lintégration réelle de tous les membres des communautés concernées dans le processus politique;
La redevabilité et la transparence dans les méthodes de gouvernance pratiquées;
Des structures institutionnelles offrant des formes légitimes de représentation communautaire.
Annexe 5
LISTE DES ASSOCIATIONS ET ORGANISMES DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
I. AFRIQUE DU SUD
BELLVILLE
1.
AIDS Action Group Northern AreaContacts7 Meath Street
Bellville
Téléphone: +27 21 948 76 99
Personne ressource:
2.
Metropolitan AIDS ResearchContactsPO Box 2212
Bellville
Téléphone: +27 21 940 58 83
Personne ressource:
BLOEMFONTEIN
3.
AIDS Training and Information Centre (ATIC)ContactsGround Floor, Chris de Wet building
83 Charks Street
PO Box: 3704
9300 Bloemfontein
Tél. +27 51 405 85 44
Fax +27 51 405 88 18
Personne ressource:
4.
Bloemfontein AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC)ContactsChris de Wet Building
83 Charks Street
9300 Bloemfontein
Tél. +27 51 405 85 44
Personne ressource:
BRONKHORSTSPRUIT
5.
St Josephs Care CentreContactsSizanani Village,
Kungwini district Province of Gauteng
Tél. +27 13 932 19 04
Fax +27 13 932 43 77
HYPERLINK "mailto:sizanani@gmx.net" sizanani@gmx.netPersonne ressource:
CAPE TOWN
6.
AIDS Foundation of South AfricaContacts114 Hout Street
Cape Town
Tél. +27 21 264 19 80
Fax +27 21 264 19 89
Personne ressource:
7.
Day Zero Film & Video Film A miners taleContacts808 Kloof Street
PO Box 21545
Cape Town
Tél. +27 21 424 29 70
HYPERLINK "mailto:don@dayzero.co.za" don@dayzero.co.zaPersonne ressource:
8.
Ministry of HealthContactsPrivate Bag X9070
Cape Town
Tél. +27 21 451 74 07
Fax +27 21 451 15 75Personne ressource:
9.
The South African Red Cross SocietyContacts1st Floor, Helen Bowden Residence Beach Road Granger Bay
PO Box 50696
8002 Waterfront
Tél. +27 21 418 66 40
Fax +27 21 418 66 44
HYPERLINK "mailto:sarcs@redcross.org.za" sarcs@redcross.org.za
HYPERLINK "http://www.ifrc.org/adress/za.asp" www.ifrc.org/adress/za.aspPersonne ressource:
10.
Triangle ProjectContactsLesbian and Gay Organisation, Community House
PO Box 43282 - 7915 Woodstock
Tél. +27 21 448 38 12
Fax +27 21 448 40 89
HYPERLINK "mailto:triangle@icon.co.za" triangle@icon.co.zaPersonne ressource:
11.
Sex Workers Education and Advocacy Project (SWEAT)ContactsSex workers organisation
Community House
41 Salt River Road, Salt River
PO Box 373
7915 Woodstock
Tél. +27 21 448 78 75
Fax +27 21 448 78 57
HYPERLINK "mailto:sweat@iafrica.com" sweat@iafrica.com
Personne ressource:
12.
Training and Information Centre (ATIC Western Cape)ContactsGround Floor, Cape Town Civic Centre
13 Hertzog Boulevard
PO Box 2815
8000 Foreshore
Tél. +27 21 400 34 00 / +27 21 400 26 82
Fax +27 21 419 52 48
Personne ressource:
13.
Vukani AIDS & Youth Development ProjectContactsPO Box 54
7455 Lancia
Tél. +27 21 694 36 03
Fax +27 21 694 27 75
Personne ressource:
14.
Joy For LifeContacts1 Molteno Road
8002 Oranjezicht
Tél. +27 21 423 74 52
HYPERLINK "mailto:Joy4life@wn.apc.org" Joy4life@wn.apc.org
Personne ressource:
15.
Treatment Action Campaign (TAC) National OfficeContacts34 Main Road
7945 Muizenberg
Tél. +27 21 788 35 07
Fax +27 21 788 37 26
HYPERLINK "mailto:info@tac.org.za" info@tac.org.zaPersonne ressource:
16.
Western Cape AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC)ContactsLady Michaelis Day Hospital Centre
Timour Hall Road
7801 Plumstead
Tél. +27 21 797 33 27
Personne ressource:
17.
Wola NaniContacts76 Long Street
8001 Cape Town
Tél. +27 21 423 73 85
Fax +27 21 423 73 87
HYPERLINK "mailto:wolanani@wolanani.co.za" wolanani@wolanani.co.zaPersonne ressource:
18.
Médecins Sans FrontièresContactsTown One Properties / Sulani Drive
7784 Khayelitsha
Tél. +27 21 364 54 90Personne ressource:
19.
Treatment Action Campaign (TAC)ContactsTown One Properties/Sulani Drive Site B
7784 Khayelitsha
Tél. +27 21 364 54 89
Fax +27 21 361 70 51
HYPERLINK "mailto:info@tac.org.za" info@tac.org.zaPersonne ressource:
20.
Medical Research CouncilContactsThe Corporate Communication Division
PO Box 19070
7505 Tygeberg
Tél. +27 21 938 02 05
Fax +27 21 938 03 95
Personne ressource:
21.
The Health TeamContacts202 Maynardville Court
23 Wellington Avenue
7800 Wynberg
Tél. +27 21 762 65 15
Fax +27 21 797 33 56
HYPERLINK "mailto:piko@yebo.co.za" piko@yebo.co.zaPersonne ressource:
DURBAN
22.
AIDS Training and Information Centre (ATIC-Durban)ContactsPO Box 2443
4000 Durban
Tél. +27 31 300 31 04
Fax +27 31 300 30 30 / 306 92 94
Personne ressource:
23.
Health Economics and HIV/AIDS Research DivisionContactsUniversity of Natal
PO Box 2443
4041 Durban
Tél. +27 31 260 25 92
Fax +27 31 260 25 87
HYPERLINK "mailto:freeman@shep.und.ac.za" freeman@shep.und.ac.zaPersonne ressource:
24.
AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC Durban)ContactsCity Health Building, 2nd Floor
9 Old Fort Place
4001 Durban
Tél. +27 31 300 31 04
Personne ressource:
25.
Treatment Action Campaign (TAC)ContactsICL House, Portion of Suit 202 2nd Floor
480 Smith Street
4001 Durban
Tél. +27 31 304 36 73
Fax +27 31 361 70 51
Personne ressource:
EAST LONDON
26.
Treatment Action Campaign (TAC)Contacts208 Edcourt Square
256 Oxford Street
5200 East London
Tél. +27 43 722 26 45 / +27 43 722 26 46
Fax +27 43 722 26 42
Personne ressource:
ELIM
27.
Treatment Action Campaign (TAC)ContactsElim Bakery Road
0960 Elim
Tél. +27 15 556 33 41
Fax +27 15 556 34 20
Personne ressource:
JOHANNESBURG
28.
Gauteng Department of Health OfficesContactsBank of Lisbon Building
37 Sauer Street corner Market Street
Gauteng
Tel. +27 11 355 35 03
HYPERLINK "mailto:Zanele.zungu@gauteng.gov.za" Zanele.zungu@gauteng.gov.za
Personne ressource:
29.
National Association of People Living With HIV/AIDS (NAPWA SA)ContactsNAPWA House, PO Box 66
Corner Knox Street and Simpson Street
1400 Germiston
Tél. +27 11 872 09 75
Fax +27 11 872 13 43
HYPERLINK "mailto:napwadir@sn.apc.org" napwadir@sn.apc.org
Personne ressource:
30.
Institute for Health and Development CommunicationContactsSoul City
PO Box 1290
2041 Houghton
Tél. +27 11 643 58 52
Fax +27 11 643 62 53
HYPERLINK "mailto:soulcity@soulcity.org.za" soulcity@soulcity.org.za
HYPERLINK "http://www.soulcity.org.za" www.soulcity.org.za
Personne ressource:
31.
Jacana Media LtdContactsPO Box 2004
2141 Houghton
Tél. +27 11 274 66 00
Fax +27 11 648 55 16
HYPERLINK "mailto:marketing@jacana.co.za" marketing@jacana.co.za
Personne ressource:
32.
AIDS Law Project (ALP)ContactsCentre for Applied Legal Studies (CALS)
University of the Witwatersrand
Private Bag 3 Wits
2050 Johannesburg
Tél. +27 11 717 86 00
Fax +27 11 403 23 41
HYPERLINK "mailto:alpadm@law.wits.ac.za" alpadm@law.wits.ac.za
Personne ressource:
33.
Treatment Action Campaign (TAC)ContactsAuckland House, West Wing
Corner Smith Street and Biccard Street
PO Box 31160
2017 Braamfontein
Tél. +27 11 339 84 21
Fax +27 11 403 19 32
Personne ressource:
34.
The AIDS ConsortiumContactsPO Box 31104
2017 Braamfontein
Tél. +27 11 403 02 65 / +27 11 403 03 90/91/95
Fax +27 11 403 21 06
Email : HYPERLINK "mailto:info@aidsconsortium.org.za" info@aidsconsortium.org.za
Personne ressource:
35.
Theatre for LifeContactsPO Box 51022
2124 Raedene
Tél. +27 11 485 47 71
Fax +27 11 485 47 71
HYPERLINK "mailto:admin@arepp.org.za" admin@arepp.org.za
Personne ressource:
36.
Community AIDS Information and Support CentreContacts17 Esselen Street
2001 Hillbrow
Tél. +27 11 725 67 10
Personne ressource:
37.
CotlandsContactsPO Box 74042
2042 Turffontein
Fax +27 11 683 26 09 / +27 11 683 66 88
HYPERLINK "mailto:jolene@cotlands.org" jolene@cotlands.org
Personne ressource:
38.
Planned Parenthood Association of South Africa (PPASA)Contacts31 Plantation Road
2006 Auckland Park
Tél. +27 11 482 46 01
Personne ressource:
39.
PSI/South Africa PSI/Southern Africa Regional ProjectContactsMenton Building
1 Park Road
2092 Richmond Auckland Park
Tél. +27 11 482 14 27
Fax +27 11 482 33 33
HYPERLINK "mailto:scott@sfh.co.za" scott@sfh.co.za
Personne ressource:
40.
Society for Family HealthContactsPO Box 408
2006 Auckland Park
Tél. +27 11 482 14 27
Personne ressource:
41.
Southern Africa AIDS Training Programme (SAT) SAT Regional OfficeContactsPO Box 411919
2024 Craighall Park
Tél. +27 11 341 06 10 / +27 11 341 06 60
Fax +27 11 341 06 61
HYPERLINK "mailto:info@satregional.org" info@satregional.orgPersonne ressource:42.
SWAA South AfricaContactsManagement House
PO Box 31652
38 Melle Street
Braamfontein
Tél. +27 11 403 63 90
Fax +27 11 339 63 89
HYPERLINK "mailto:thestrays@telkomsa.net" thestrays@telkomsa.netPersonne ressource:
43.
The Lesbian and Gay Equality ProjectContactsPO Box 2781
2143 Yeoville
Tél. +27 11 487 38 10 / +27 11 487 38 11
Fax +27 11 648 42 04
HYPERLINK "mailto:info@equality.org.za" info@equality.org.zaPersonne ressource:
44.
Voluntary Services Overseas (VSO) South AfricaContactsPO Box 2963
2121 Parklands
Tél. +27 11 880 17 88
HYPERLINK "mailto:vsosouthafrica@vsoint.org" vsosouthafrica@vsoint.orgPersonne ressource:
45.
Johannesburg City Health Department
The Community AIDS Information and Support CentreContactsPO Box 1477
2000 Johannesburg
Tél. +27 11 725 67 10
Fax +27 11 403 10 69Personne ressource:
46.
Township AIDS Project (TAP)ContactsPO Box 4168
2000 Johannesburg
Tél. +27 11 982 10 16
Fax +27 11 982 56 21
Personne ressource:
47.
Churches AIDS Programme (CAP)ContactsPrivate Bag X3062
2125 Randburg
Tél. +27 11 792 38 00
Fax +27 11 793 69 63
Personne ressource:
48.
Heinemann International Southern AfricaContactsHeinemann House
Grayston Office Park, Building n°3
PO Box 2004
128 Peter Road
2146 Sandton
Tél. +27 11 322 86 00
Fax +27 11 322 87 12 / 18
HYPERLINK "mailto:customerliaison@heinemann.co.za" customerliaison@heinemann.co.za
Personne ressource:
KOKSTAD
49.
The Bambisanani ProjectContactsTEBA Office
Scots Street
Tél. +27 39 727 29 88
Fax +27 39 727 29 64
Personne ressource:
LUSIKISIKI
50.
Treatment Action Campaign (TAC)ContactsPrivate Bag X1028 Suite n°120
4820 Lusikisiki
Tél. +27 39 253 19 51/2
Fax +27 39 253 13 08
Personne ressource:
NELSPRUIT
51.
Nelspruit AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC)Contacts7 Bell Street
1200 Nelsprtuit
Tél. +27 13 751 11 76
Personne ressource:
52.
Treatment Action CampaignContactsKamkholo Building Room 305
Corner Brown Street and Voortrekkers Street
1200 Nelspruit
Tél. +27 13 755 22 98
Fax +27 13 752 71 13
Personne ressource:
PIETERMARITZBURG
53.
Pietermaritzburg AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC)Contacts42 Havelock Road
3201 Pietermaritzburg
Tél. +27 33 395 16 12 / 13
Personne ressource:
54.
Treatment Action Campaign (TAC)ContactsPerks Acade Building Room 28
197 Long Market Street
3201 Pietermaritzburg
Tél. +27 33 394 08 45
Fax +27 33 342 33 21
Personne ressource:
PLETTENBERG
55.
Plettenberg HIV/AIDS ForumContactsSimunya Centre
Corner Khathula Street and Plettenberg Bay
Plettenberg
Tél. +27 44 533 56 16
Personne ressource:
POLOKWANE
56.
Polokwane AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC)ContactsCorner Potgieter Street and Diaz Street
0966 Polokwane
Tél. +27 15 290 23 63
Personne ressource:
PORT ELIZABETH
57.
Port Elizabeth AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC)ContactsBrister House
PO Box 293
191 Govan Mbeki Street
6001 Port Elizabeth
Tél. +27 41 506 14 14 / 15
Fax +27 41 506 14 86
HYPERLINK "mailto:aticcpem@iafrica.com" aticcpem@iafrica.comPersonne ressource:
PRETORIA
58.
AIDS and Human Rights Research UnitContactsCentre for Human Rights
Faculty of Law
University of Pretoria
0002 Pretoria
Tél. +27 12 420 3034 / 3810
Fax +27 12 362 5125
HYPERLINK "mailto:chr@postino.up.ac.za" chr@postino.up.ac.za
HYPERLINK "http://www.chr.up.ac.za" www.chr.up.ac.za
Personne ressource:
59.
Centre for the Study of AIDSContactsUniversity of Pretoria
0002 Pretoria
Tél. +27 12 420 4391
Fax +27 12 420 5884
HYPERLINK "mailto:csa@up.ac.za" csa@up.ac.za
HYPERLINK "http://www.csa.za.org" www.csa.za.org
Personne ressource:
60.
COMPRESSContactsHallmark Building
372 Jan Smuts Avenue
HYPERLINK "mailto:alan@compress.co.za" alan@compress.co.za
Personne ressource:
61.
UNAIDS Intercountry Team for Eastern & Southern AfricaContactsPO Box 6541
0001 Pretoria
Tél. +27 12 338 53 08
Fax +27 12 338 53 10
HYPERLINK "mailto:assy@un.org.za" assy@un.org.za
Personne ressource:
62.
Department of Health
HIV/AIDS and TB Chief DirectorateContactsHallmark Building
325 Proes Street
Private Bag X828
0001 Pretoria
Tél. +27 12 312 01 21
Fax +27 12 326 28 91
HYPERLINK "mailto:agenbr@hltrsa.pwv.gov.za" agenbr@hltrsa.pwv.gov.za
Personne ressource:
63.
Ministry of HealthContactsPrivate Bag X399
0001 Pretoria
Tél. +27 12 328 47 73
Fax +27 12 325 55 26
Personne ressource:
64.
Southern African Catholic Bishops Conference (SACBC)
AIDS OfficeContactsPO Box 941
0001 Pretoria
Tél. +27 12 323 64 58
Fax +27 12 326 43 09
amunro@sacbc.org.za
Personne ressource:
65.
UNAIDSContactsMetropark Building
PO Box 6541
351 Schoeman Street
0001 Pretoria
Tél. +27 12 338 51 82
Fax +27 12 338 51 93
HYPERLINK "mailto:unaids@un.org.za" unaids@un.org.za
Personne ressource:
66.
UNDPContactsThe Group on HIV/AIDS
Metropark Building
PO Box 6541
351 Schoeman Street
0001 Pretoria
Tél. +27 12 338 50 06
Fax +27 12 320 43 53
HYPERLINK "mailto:John.ohiorhenuan@undp.org" John.ohiorhenuan@undp.org
Personne ressource:
67.
VSO RAISA Regional OfficeContactsThe Tramshed
PO Box 11084
0126 Pretoria
Tél. +27 12 320 38 85
HYPERLINK "mailto:vso-raisa@idasa.org.za" vso-raisa@idasa.org.za
Personne ressource:
68.
Positive Womens Network
Association of People Living with HIV/AIDSContactsSuite 159, Postnet X21
0132 Sunnyside
Tél. +27 12 343 09 53
Fax +27 12 341 97 89
HYPERLINK "mailto:pmabele@mweb.co.za" pmabele@mweb.co.zaPersonne ressource:
69.
Pretoria AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC)ContactsCity Core
Corner Vermeulen Street and Prinsloo Street
0002 Pretoria
Tél. +27 12 308 87 43 / 44 / 46 / 48
Personne ressource:
70.
National AIDS Convention of South Africa (NACOSA)ContactsPO Box 29356
Sunnyside
Tél. +27 12 324 16 80
Fax +27 12 323 50 45Personne ressource:QUEENSTOWN
71.
Treatment Action Campaign (TAC)ContactsSnoek and Wingle
6 Robbinson Road
5319 Queenstown
Tél. +27 45 838 13 64
Fax +27 45 838 13 54
Personne ressource:
SALTVILLE
72.
The House of Resurrection HavenContactsPO Box 17143
6033 Saltville
Tél. +27 41 811 515
Fax +27 41 813 115
HYPERLINK "mailto:thehavenpe@hotmail.com" thehavenpe@hotmail.com
Personne ressource:
UMTATA
73.
Umtata AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC)ContactsBotha Sigcau Building 8th Floor
Corner Leeds Street and Owen Street
5100 Umtata
Tél. +27 47 531 27 63
Personne ressource:VINCENT
74.
The ABBA Trust (Aid Babies Battling AIDS)ContactsPO Box 13287
5217 Vincent
Tél. +27 43 726 14 06 / +27 43 760 00 21
Fax +27 43 726 14 06
HYPERLINK "mailto:gazi@iafrica.com" gazi@iafrica.com
Personne ressource:
WELKOM
75.
Leratong AIDS CentreContactsKopano Complex
Long Road
9460 Welkom
Tél. +27 57 353 30 29
Personne ressource:
WITBANK
76.
Witbank AIDS Training, Information and Counselling Centre (ATICC)ContactsCity Health Services
Witbank City Council
Corner Swartbos Road and Louise Road
1035 Witbank
Tél. +27 13 690 62 04
Personne ressource:
WORCESTER
77.
AIDS Action CommitteeContactsPO Box 5279
6851 Worcester
Tél. +27 23 170 945
Fax +27 23 173 668
Personne ressource:
II. BURKINA FASO
BOBO DIOULASSO
1.
APRODEC / CADIContactsCentre Muraz
01 BP 153 Bobo Dioulasso
Tél. +226 20 97 08 55
Fax +226 20 98 23 14Personne ressource: Mme Madina TRAORE
2.
Association Espoir pour Demain (AED)ContactsB.P. 658 Bobo Dioulasso
Tél. +226 20 97 75 70
HYPERLINK "mailto:aed@como2.com" aed@como2.comPersonne ressource: Mme Christine KAFANDO
3.
Association Promotion Développement Economique et Social (APDES)ContactsC/O Mme Micheline Sanou
Maternité G. Ouattara
Bobo Dioulasso
Tél. +226 97 15 33 / +226 97 03 19
Personne ressource: M. Edouard SANOU
4.
Association SinikeneyaContactsC/O M. Seydou Traoré
Direction Régionale de la Santé
B.P. 1508 Bobo Dioulasso
Tél. +226 98 13 62 / +226 97 04 74Personne ressource: M. Seydou TRAORE
5.
Centre Culturel Henri MatisseContactsAvenue du Général de Gaulle
B.P. 293 Bobo Dioulasso
Tél. +226 97 02 18
Fax +226 97 06 60
Personne ressource:
6.
Centre de Services Conseils pour JeunesContactsQuartier Bolomakoré
Tél. +226 98 00 50
Personne ressource: Mme Nicole KABORE
7.
Club dEducation Actuelle (CLEDUCA)ContactsB.P. 1465 Bobo Dioulasso
Tél. +226 97 17 75
Personne ressource: M. Nouhoun COULIBALY
8.
Compagnie Traces ThéâtreContacts01 B.P. 3716 Bobo Dioulasso
Tél. +226 97 39 79 / +226 97 02 18
Fax +226 97 02 18
Personne ressource: M. Moussa SANOU
9.
Femme et Développement du HouetContactsB.P. 822 Bobo Dioulasso
Tél. +226 97 03 99
Fax +226 97 19 25Personne ressource: Mme Dianné NABA
10.
National Community of Women Living with HIV/AIDSContactsC/O CRLAT
B.P. 382 Bobo Dioulasso
Tél. +226 98 10 20
Fax +226 98 23 14
HYPERLINK "mailto:hck@fasonet.bf" hck@fasonet.bf
Personne ressource: Mme Martine SOMDA
11.
OMEN PromotionContactsC/O M. Mamadou Sawadogo
B.P. 2720 Bobo Dioulasso
Tél. +226 98 00 84
Fax +226 98 23 14
HYPERLINK "mailto:omen@fasonet.bf" omen@fasonet.bf
Personne ressource: M. Mamadou SAWADOGO
12.
Projet HCKContactsB.P. 2720 Bobo Dioulasso
Tél. +226 97 00 93
Fax +226 98 23 14
HYPERLINK "mailto:hck@fasonet.bf" hck@fasonet.bf
Personne ressource: M. Robert CAZAL GAMELSY
13.
Sida Ka TaaContactsB.P. 533 Bobo Dioulasso
Tél. +226 97 74 35
HYPERLINK "mailto:sidakataa@hotmail.com" sidakataa@hotmail.com
Personne ressource: M. Yves TRAORE
14.
Association Responsabilité, Espoir, Vie, Solidarité (REV+)Contacts01 B.P. 382 Bobo Dioulasso 01
Tél. +226 20 97 05 17
Fax +226 20 98 23 14
HYPERLINK "mailto:revs@fasonet.bf" revs@fasonet.bf
Personne ressource: Mme Martine SOMDA
15.
Centre Muraz / OCCGEContacts01 B.P. 153 Bobo Dioulasso
Tél. +226 97 41 00
Fax +226 97 04 57
Personne ressource: M. Nicolas NAGOT
16.
Centre Solidarité Action Sociale (SAS)ContactsCentre Muraz
01 B.P. 1396 Bobo Dioulasso 01
Tél. +226 97 25 37 / +226 97 25 38
Fax +226 97 04 57
HYPERLINK "mailto:rm-meda@hotmail.com" rm-meda@hotmail.com
Personne ressource: Mme Rose-Marie MEDA
17.
Espoir et Vie (EV)ContactsC/O SAS Centre Muraz
01 B.P. 1396 Bobo Dioulasso 01
Tél. +226 20 98 14 49
Fax +226 20 97 25 38
HYPERLINK "mailto:espoirvie@fasonet.bf" espoirvie@fasonet.bf
Personne ressource: Mme Colette KOALA
18.
Groupe de Recherche et dAppui à lAuto-Promotion (GRAAP)Contacts01 B.P. 785 Bobo Dioulasso 01
Tél. +226 97 25 03
Fax +226 98 29 58
Personne ressource:
19.
Réseau Africain de personnes Positives (RAP+)Contacts01 B.P. 382 Bobo Dioulasso 01
Tél. +226 97 05 17
Fax +226 97 05 17
HYPERLINK "mailto:rev@fasonet.bf" rev@fasonet.bf
Personne ressource: Mme Martine SOMDA
20.
Union des Routiers Burkinabé en Lutte contre le Sida (URBLS)Contacts01 B.P. 1437 Bobo Dioulasso 01
Tél. +226 97 06 26
Fax +226 97 06 27
HYPERLINK "mailto:urbls.b@fasonet.bf" urbls.b@fasonet.bf
Personne ressource: Mme Tisa DEMBELE
21.
Wuro-Yéré pour le Développement de BoboContacts01 B.P. 441 Bobo Dioulasso 01
Tél. +226 97 09 43 / +226 34 00 60
Personne ressource: M. Serge MILLOGO
22.
Centre Faire Face (CADI)Contacts02 B.P. 1855 Bobo Dioulasso 02
Tél. +226 20 97 08 55
Personne ressource:
23.
Association Jeunesse Loisirs de DéveloppementContactsB.P. 54 Bobo Dioulasso 01
Tél. +226 98 20 79
Fax +226 97 14 45
Personne ressource: M. Joseph Philippe SOME
BOGANDE
24.
Cuo Fi Ke Tori A BaContactsC/O Aimé César Beogo
B.P. 2372 Bogande
Tél. +226 63 80 59
Fax +226 77 95 36
Personne ressource: M. Aimé César BEOGO
KOUDOUGOU
25.
Association pour le Développement des Initiatives Paysannes / Solidarité (ADIP/S)ContactsB.P. 78 Koudougou
Tél. +226 50 44 07 58
HYPERLINK "mailto:aadips@caramail.com" aadips@caramail.com
Personne ressource: M. Edouard YAMEOGO
26.
YérélonContactsC/O Service dhygiène
B.P. 3215 Koudougou
Tél. +226 97 41 00 / +226 20 97 54 15
HYPERLINK "mailto:Association.yerelon@caramail.com" Association.yerelon@caramail.com
Personne ressource: M. Obi KAM
OUAGADOUGOU
27.
Alliance Missionnaire Internationale (AMI)ContactsB.P. 640 Ouagadougou
Tél. +226 34 13 89 / +226 34 07 24
Fax +226 34 07 24
Personne ressource: M. Levy BOUKOUNGOU
28.
Amicale Burkinabé des Infirmières (ABI)Contacts03 B.P. 7002 Ouagadougou
Tél. +226 31 76 23
Personne ressource: Mme Blanche TOE
29.
Association Burkinabé pour la Promotion des Personnes Défavorisées (ABPESPD)ContactsOuagadougou
Tél. +226 34 16 42
Personne ressource: Mme Alima OUATTARA
30.
Association Conservation et Mise en Valeur de Gabio (ACMVG)Contacts09 B.P. 377 Ouagadougou
Tél. +226 36 23 81
Personne ressource: M. Bastien BENAO
31.
Association pour le Promotion des Activités de la Jeune Fille (APAJF/BF)Contacts01 B.P. 4747 Ouagadougou
Tél. +226 32 40 16
Personne ressource: Mme Adélaïde ABALEM
32.
Centre Culturel Georges MeliesContactsB.P. 561 Ouagadougou
Tél. +226 30 60 97 / +226 30 60 98
Fax +226 30 60 99Personne ressource: M. Thierry KLOCKENBRING
33.
Centre de Coopération Internationale en santé et en développement (CCISD)ContactsProjet Sida 3 Burkina Faso
B.P. 6643 Ouagadougou
Tél. +226 31 35 73
Fax +226 31 59 45
HYPERLINK "mailto:frederic.kintin@ccisd.bf" frederic.kintin@ccisd.bf
Personne ressource: M. Pierre CHAMPAGNE
34.
CNLPEContactsB.P. 515 Ouagadougou 01
Tél. +226 30 79 15 / +226 31 85 30
Fax +226 30 79 15
Personne ressource: Mme Félicité BASSOLE
35.
Comité de Santé (CST secteur 22)ContactsB.P. 209901 Ouagadougou
Tél. +226 35 06 63 / +226 35 04 27
Personne ressource: Mme Claudine YANOGO
36.
Frame Burkina / Vidéo Adra BFContacts01 B.P. 2527 Ouagadougou
Tél. +226 70 24 70 22
HYPERLINK "mailto:africaframe@wanadoo.fr" africaframe@wanadoo.fr
Personne ressource: M. Patrick MARTINET
37.
Mwangaza ActionContacts06 B.P. 9277 Ouagadougou
Tél. +226 36 33 85
Fax +226 36 33 85
HYPERLINK "mailto:mwangaz@fasonet.bf" mwangaz@fasonet.bf
Personne ressource:
38.
Promo-Femmes / Développement SolidaritéContactsOuagadougou
Tél. +226 31 30 52
Fax +226 31 30 52
HYPERLINK "mailto:Promo-femmes@fasonet.bf" Promo-femmes@fasonet.bf
Personne ressource: Mme Clémentine Rosalie OUEDRAOGO
39.
The Global DialoguesContacts06 B.P. 9342 Ouagadougou
Tél. +226 36 33 07
HYPERLINK "mailto:info@globaldialogues.org" info@globaldialogues.org
Personne ressource: M. Daniel ENGER
40.
Actions / Femmes Mineurs en milieu carcéral (Act/FEMIC)Contacts01 B.P. 5488 Ouagadougou 01
Tél. +226 43 63 10
Personne ressource:
41.
AFRICAREContacts01 B.P. 608 Ouagadougou 01
Tél. +226 36 58 44
Personne ressource: M. Ali DANAYE
42.
Association African Solidarité (AAS)Contacts01 B.P. 2831 Ouagadougou 01
Tél. +226 50 31 01 47
Fax +226 50 30 48 22
HYPERLINK "mailto:aas@fasonet.bf" aas@fasonet.bf
HYPERLINK "http://www.aasbf.org" www.aasbf.org
Personne ressource: M. Issoufou TIENDREBEOGO
43.
Association ALAVI (Laafi la viim)Contacts01 B.P. 4664 Ouagadougou 01
Tél. +226 50 36 91 16
Fax +226 50 31 68 02
HYPERLINK "mailto:Alvi95@hotmail.com" Alvi95@hotmail.com
Personne ressource: Mme Laure SALAMBERE
44.
Association Burkinabé dAssistance aux Malades du Sida (ABAMS)Contacts01 B.P. 2017 Ouagadougou 01
Tél. +226 31 62 74
Personne ressource: M. Alexandre KOAMA
45.
Association Burkinabé pour le Bien Etre Familial (ABBEF)Contacts01 B.P. 535 Ouagadougou 01
Tél. +226 50 31 05 98 / +226 50 31 75 10
Fax +226 50 31 75 11
HYPERLINK "mailto:abbef@fasonet.bf" abbef@fasonet.bf
Personne ressource: M. Jean-Marie GUENGANI
46.
Association des Femmes Africaines face au Sida (AFAFSI)Contacts832 Avenue NKwamé Nkrumah
01 B.P. 05 Ouagadougou 01
Tél. +226 50 31 23 94
Fax +226 50 30 73 03
HYPERLINK "mailto:afafsi@fasonet.bf" afafsi@fasonet.bf
Personne ressource: Mme Boyarm MOMINATA
47.
Association des Jeunes de Saint Léon (AJSL)Contacts01 B.P. 2936 Ouagadougou 01
Tél. +226 31 58 27
Personne ressource: M. Rufin SOME
48.
Association des Jeunes en Croisade contre le Sida (AJCS)ContactsC/O Mme Suzanne Somda
01 B.P. 10088 Ouagadougou 01
Tél. +226 36 37 30Personne ressource: Mme Suzanne SOMDA
49.
Association des Jeunes pour la Promotion des Orphelins (AJPO)Contacts01 B.P. 1154 Ouagadougou 01
Tél. +226 36 13 77 / +226 36 20 83
Fax +226 31 79 79
HYPERLINK "mailto:ajpo@caramail.com" ajpo@caramail.com
Personne ressource: Mme Nathalie SAWADOGO
50.
Association des Pairs Educateurs du Projet PSAMAOContactsC/O Africaire
01 B.P. 608 Ouagadougou 01
Tél. +226 36 58 44
Personne ressource: M. Ali DAYANE
51.
Association des Veuves et Orphelins du Burkina Faso (AVOB)Contacts01 B.P. 2226 Ouagadougou 01
Tél. +226 30 78 95
Personne ressource: Mme Lucie KABORE
52.
Association Paix et Solidarité (APS)Contacts01 B.P. 1940 Ouagadougou 01
Tél. +226 34 21 96
Fax +226 34 21 96
HYPERLINK "mailto:aps@fasonet.bf" aps@fasonet.bf
Personne ressource: M. Kevin OUEDRAOGO
53.
Association pour la Promotion Economique et Sociale des Femmes (APES Femmes/BF)Contacts01 B.P. 5165 Ouagadougou 01
Tél. +226 70 25 41 94 / +226 76 65 65 92
Personne ressource: Mme Fati OUEDRAOGO
54.
Association Sahel Jeunesse (ASJ)Contacts01 B.P. 3251 Ouagadougou 01
Tél. +226 35 00 16
Fax +226 30 86 73
HYPERLINK "mailto:mogo@cenatrin.bf" mogo@cenatrin.bf
Personne ressource: Mme Mogoyalma OUEDRAOGO
55.
Centre dInformation de Conseil et de documentation sur le Sida et la Tuberculose (CICdoc)ContactsRoute de lHôpital
01 B.P. 1788 Ouagadougou 01
Tél. +226 50 36 96 90
Fax +226 50 42 07 07
HYPERLINK "mailto:cicdoc.doc@cenatrin.bf" cicdoc.doc@cenatrin.bf
Personne ressource: M. Pascal NIAMBA
56.
Centre National dEducation pour la Santé (CNES)Contacts01 B.P. 2519 Ouagadougou 01
Tél. +226 33 62 52
Personne ressource:
57.
Centre Syfed du Burkina FasoContacts01 B.P. 4416 Ouagadougou 01
Tél. +226 31 61 90
Fax +226 31 61 90Personne ressource:
58.
Club dAmitié de Solidarité et de Tourisme (CAST)Contacts01 B.P. 1219 Ouagadougou 01
Tél. +226 33 43 90 / +226 30 67 77Personne ressource: M. Malick SAWADOGO
59.
Croix Rouge BurkinabéContacts01 B.P. 4404 Ouagadougou 01
Tél. +226 50 36 13 40
Fax +226 50 36 31 21
HYPERLINK "http://www.ifrc.org/adress/bf.asp" www.ifrc.org/adress/bf.aspPersonne ressource: Mme Bana OUANDAOGO
60.
Institut de Recherche pour le Développement (IRD)Contacts01 B.P. 182 Ouagadougou 01
Tél. +226 50 30 67 37 / 39
Fax +226 50 31 03 85Personne ressource: Mme Fatoumata OUATTARA
61.
Jeunesse Africaine pour le Développement et lIntégration (OJADI)Contacts01 B.P. 5508 Ouagadougou 01
Tél. +226 25 87 70 / +226 25 66 69
Fax +226 31 30 14
HYPERLINK "mailto:ojadi@caramail.com" ojadi@caramail.comPersonne ressource: M. Lassana KABORE
62.
La Maison du CurContacts01 B.P. 1661 Ouagadougou 01
Tél. +226 38 22 92Personne ressource: Mme Josette BOEGLI
63.
La Mission Action Sida des Assemblées de Dieu (MASAD)Contacts01 B.P. 458 Ouagadougou 01
Personne ressource:
64.
Office Développement des Eglises Evangéliques (ODE)Contacts01 B.P. 108 Ouagadougou 01
Tél. +226 36 34 60 / +226 36 34 61
Fax +226 36 34 66Personne ressource: M. Samuel YAMEOGO
65.
Oxfam / UKContacts01 B.P. 48901 Ouagadougou 01
Tél. +226 36 28 60
Fax +226 36 18 07
HYPERLINK "mailto:koalaga@oxfam.org.uk" koalaga@oxfam.org.ukPersonne ressource: M. Oscar KOALAGA
66.
Planète JeunesContactsEts Le Messager
B.P. 584 Ouagadougou 01
Tél. +226 25 87 92
HYPERLINK "mailto:burkina@planete-jeunes.org" burkina@planete-jeunes.orgPersonne ressource: M. Munir KY
67.
Promotion Aveugles et Mal Voyants (ABPAMV)Contacts01 B.P. 5588 Ouagadougou 01
Tél. +226 34 33 86 / +226 20 36 99
Fax +226 34 33 86
Personne ressource: M. Siaka DIARRA
68.
PSI / BurkinaContactsCité SOCOGIB Dassagho
Villa n°15 Rue 28
B.P. 636 Ouagadougou 01
Tél. +226 36 45 48
Fax +226 36 45 51
Personne ressource:
69.
Sahels Film ProductionsContacts01 B.P. 150 CMS Ouagadougou 01
Tél. +226 50 33 12 86
HYPERLINK "mailto:isakcomp@yahoo.fr" isakcomp@yahoo.fr
Personne ressource: M. Issaka COMPAORE
70.
Santé pour TousContacts01 B.P. 2320 Ouagadougou 01
Tél. +226 32 41 88 / +226 37 16 38
Fax +226 31 40 01
HYPERLINK "mailto:spcmes@fasonet.bf" spcmes@fasonet.bf
Personne ressource: M. Zongo ROCH
71.
SOS Sida / Jeunesse mobiliséeContacts01 B.P. 2162 Ouagadougou 01
Tél. +226 31 48 20 / +226 31 84 69
Fax +226 31 40 01
Personne ressource: M. Emmanuel ROUAMBA
72.
Torim MamiContactsC/O PAPRI
B.P. 2320 Ouagadougou 01
Tél. +226 30 31 14 / +226 30 73 06
Fax +226 31 25 14
HYPERLINK "mailto:batta@fasonet.bf" batta@fasonet.bf
Personne ressource: Mme Fatoumata BATTA
73.
UNICEF
Groupe thématique sur le VIH/SidaContacts01 B.P. 3420 Ouagadougou 01
Tél. +226 30 02 35 / +226 30 06 66
Fax +226 30 09 68
Personne ressource:
74.
Union des Associations pour le Développement à la Base (UABDB)Contacts01 B.P. 6435 Ouagadougou 01
Tél. +226 34 21 96
Fax +226 34 21 96
HYPERLINK "mailto:aps@fasonet.bf" aps@fasonet.bf
Personne ressource: M. Adama OUEDRAOGO
75.
Vie PositiveContacts01 B.P. 1788 Ouagadougou 01
Tél. +226 31 10 26 / +226 31 41 59
Fax +226 31 79 79
Personne ressource:
76.
Villages sans FrontièresContacts01 B.P. 1097 Ouagadougou 01
Tél. +226 31 41 20Personne ressource: M. Henri Placide NIKIEMA
77.
Wend BenedoContacts01 B.P. 5592 Ouagadougou 01
Tél. +226 33 63 53
Personne ressource: Mme Blanche OUEDRAOGO
78.
Conseil National de Lutte contre le Sida et les MST (CNLS)Contacts03 B.P. 7030 Ouagadougou 03
Tél. +226 50 32 41 88
Fax +226 50 31 40 01Personne ressource: M. Issaka Pierre KOMPAORE
79.
Ministère de la SantéContacts03 B.P. 7009 Ouagadougou 03
Tél. +226 32 41 88
HYPERLINK "mailto:spcnls@fasonet.bf" spcnls@fasonet.bf
HYPERLINK "http://www.primaline.gov.bf" www.primaline.gov.bfPersonne ressource:
80.
Projet de Marketing Social des Condoms (PROMACO)Contacts03 B.P. 7109 Ouagadougou 03
Tél. +226 36 40 04 / +226 36 57 22
Fax +226 36 50 54
HYPERLINK "mailto:promaco@cenatrin.bf" promaco@cenatrin.bf
Personne ressource:
81.
Réseau dAccès aux Médicaments Essentiels (RAME)Contacts03 B.P. 2520 Ouagadougou 03
Fax +226 34 43 94
Personne ressource:
82.
Association pour le Développement de Delwendé (ADD)Contacts04 B.P. 8735 Ouagadougou 04
Tél. +226 43 52 31 / +226 31 42 48
Personne ressource: Mme Lucie KABORE
83.
La Bergerie / FUCContacts04 B.P. 8346 Ouagadougou 04
Tél. +226 50 34 41 51
Fax +226 50 38 27 98
HYPERLINK "mailto:fucompassion@liptinfor.bf" fucompassion@liptinfor.bf
Personne ressource: M. Wendtoin OUEDRAOGO
84.
Union des Routiers Burkinabé de Lutte contre le Sida (URBLS)Contacts04 B.P. 8103 Ouagadougou 04
Tél. +226 34 71 49
Fax +226 34 71 49
HYPERLINK "mailto:urbls@hotmail.com" urbls@hotmail.com
Personne ressource:
85.
Association Vive le Paysan (AVLP/Saponé)Contacts05 B.P. 6274 Ouagadougou 05
Tél. +226 31 16 36 / +226 40 56 21
Fax +226 38 52 80
HYPERLINK "mailto:aeugene@fasonet.bf" aeugene@fasonet.bf
Personne ressource: M. André Eugène ILBOUDO
86.
Jeunesse Active du BurkinaContacts05 B.P. 6051 Ouagadougou 05
Tél. +226 83 72 67 / +226 42 14 06
Personne ressource: M. Harouna SANDWIDI
87.
Association Savoir être Solidaire en Situation de Sida au Sahel (A5S)Contacts06 B.P. 10094 Ouagadougou 06
Tél. +226 81 50 01
HYPERLINK "mailto:A5s_bf@yahoo.fr" A5s_bf@yahoo.fr
Personne ressource: M. Joseph BESSON
88.
Family Care International (FCI/Burkina Faso)Contacts06 B.P. 9455 Ouagadougou 06
Tél. +226 36 93 58
Fax +226 36 94 12
HYPERLINK "mailto:fci.burkina@fasonet.bf" fci.burkina@fasonet.bf ; HYPERLINK "mailto:fcipubs@familycareintl.org" fcipubs@familycareintl.org
Personne ressource:
89.
Initiative Privée Communautaire contre le VIH/Sida (IPC/BF)Contacts06 B.P. 10220 Ouagadougou 06
Tél. +226 50 38 03 64
Fax +226 50 38 03 66
HYPERLINK "mailto:ipcsida@cenatrin.bf" ipcsida@cenatrin.bfPersonne ressource: M. Brice MILLOGO
90.
Association Burkinabé de Soutien aux Victimes du Sida (ABSVS)Contacts09 B.P. 703 Ouagadougou 09
Tél. +226 31 07 07 / +226 38 33 87
Fax +226 38 33 87
Personne ressource: M. François de Sales BADO
91.
Association pour la Promotion de la Jeunesse Africaine et le Développement (APJAD)Contacts09 B.P. 324 Ouagadougou 09
Tél. +226 36 11 05
Fax +226 32 12 46
HYPERLINK "mailto:apjad@usa.net" apjad@usa.net
Personne ressource: M. Bagnomboé BAKIANO
92.
Centre de Production et de Formation (CEPROFET)Contacts09 B.P. 826 Ouagadougou 09
Tél. +226 70 25 04 41 / +226 76 53 77 95
HYPERLINK "mailto:uicnbf@fasonet.bf" uicnbf@fasonet.bf
Personne ressource: M. Romuald SAWADOGO
93.
Kaleido CultureContacts09 B.P. 588 Ouagadougou 09Personne ressource: M. Kously LAMKO
94.
Réseau Africain des Jeunes contre le Sida (RAJS/BF)Contacts09 B.P. 324 Ouagadougou 09
Tél. +226 50 38 66 15 / +226 50 42 11 80
Fax +226 50 42 11 80
HYPERLINK "mailto:rajs@findology.com" rajs@findology.comPersonne ressource: M. Bagnomboé BAKIANO
95.
Réseau Africa VolontaireContacts10 B.P. 571 Ouagadougou 10
Tél. +226 70 72 16 21 / +226 50 42 11 80
Fax +226 50 42 11 80
HYPERLINK "mailto:rajs@findology.com" rajs@findology.comPersonne ressource: M. François BENAO
96.
ONG ACAD BFContacts11 B.P. 1278 Ouagadougou 11
Tél. +226 67 64 30
HYPERLINK "mailto:acad.bf@laposte.net" acad.bf@laposte.netPersonne ressource: M. Yao Antoine ADJASSOU
OUAHIGOUYA
97.
Association Appui Moral, Matériel et Intellectuel à lEnfant (AMMIE)ContactsB.P. 320 Ouahigouya
Tél. +226 55 09 24
Fax +226 55 01 99
HYPERLINK "mailto:ammie@fasonet.bf" ammie@fasonet.bf
Personne ressource: Mme Cécile BELOUM
98.
APGASContacts02 B.P. 29 Ouahigouya 02
Tél. +226 55 01 93Personne ressource: M. Joseph NIKIEMA
99.
Jumelage et Rencontre pour lEntraide Médicale Internationale (JEREMI)ContactsB.P. 24 Ouahigouya 02
Tél. +226 55 40 20
HYPERLINK "mailto:Jeremi.ptme@fasonet.bf" Jeremi.ptme@fasonet.bfPersonne ressource: M. Joseph NIKIEMA
REO PROVINCE DU SANGUIE
100.
Association Jeunesse Initiatives Développement (AJID)ContactsB.P. 76 Réo Province du Sanguié
HYPERLINK "mailto:batioange@yahoo.fr" batioange@yahoo.frPersonne ressource: M. Ange-Marie BATIONO
III. CAMEROUN
BAFOUSSAM
1.
APICAMContactsB.P. 980 Bafoussam
Tél. +237 77 93 11 80
HYPERLINK "mailto:Apicam.bafoussam@caramail.com" Apicam.bafoussam@caramail.com
Personne ressource: M. Jean Calvin WATO
2.
Association des Femmes Actives et Solidaires dans lEspoir (ASFASE)ContactsBafoussam
Tél. +237 344 30 94 / +237 77 95 01 40
HYPERLINK "mailto:asfasebf@yahoo.fr" asfasebf@yahoo.fr
Personne ressource: Mme Hélène MEUGANG
3.
COLIBRIContactsB.P. 1346 Bafoussam
Tél. +237 344 13 14 / +237 99 74 90 12
Fax +237 344 13 14
HYPERLINK "mailto:colibri_002@yahoo.com" colibri_002@yahoo.com
Personne ressource: M. Jean Jules KAMGUE
BAFUT
4.
Faith and SolidarityContactsPO Box 2059 Bafut
Tél. +237 99 76 64 91
Personne ressource: Mme Linda BIH TAKU
BAMENDA
5.
Project HopeContactsC/O Dr Valentine Ngwa
PO Box 281 Bamenda
Tél. +237 77 74 58 75
Fax +237 336 35 55
HYPERLINK "mailto:gvngwa@yahoo.com" gvngwa@yahoo.com
Personne ressource: Mme Breda SHIGYAN
BANKIM
6.
Association des personnes concernées par linfection à VIH/SidaContactsC/O Dr Heitzman
B.P. 31 Bankim
Tél. +237 99 82 14 64 / +237 99 72 52 61
Personne ressource: Mme Marie Florence GUIWAT
BATOURI
7.
Association pour la Solidarité P+ (APSP+)ContactsB.P. 50 Batouri
Tél. +237 226 25 54
Personne ressource: M. Alphonse BIWELE
BELABO
8.
Association des Amis Solidaires de Bélabo (AASBEL)ContactsC/O Communauté rurale de Bélabo
B.P. 118 BélaboPersonne ressource: M. Alain SELEMA
BERTOUA
9.
Association Grandir EnsembleContactsB.P. 40 Bertoua
Tél. 237 224 13 43
Personne ressource: Mme Justine NANGA
10.
Espoir+ContactsC/O GTP Est
B.P. 08 Bertoua
Tél. +237 99 65 11 66Personne ressource:
BUEA
11.
Hope is Rising Association (HIRASSO)ContactsBuea
Tél. +237 77 45 47 12
HYPERLINK "mailto:hirasso@yahoo.fr" hirasso@yahoo.fr
Personne ressource: M. James Clovis KAYO
DOUALA
12.
Agence de Coopération Technique pour lEducation Sanitaire et Sociale (ACTESS)ContactsB.P. 4428 Douala
Tél. +237 340 85 98
HYPERLINK "mailto:madeleineactess@hotmail.com" madeleineactess@hotmail.com
Personne ressource: Mme Madeleine BALEBA
13.
Association des Amis Solidaires Mero (AASM)ContactsB.P. 11169 Douala
Tél. +237 99 89 93 05
HYPERLINK "mailto:aasm@counsellor.com" aasm@counsellor.com
Personne ressource: Mme Rose MENGUE
14.
Association des Frères et Surs Unis pour lEspoir et la Solidarité (AFSUPES)ContactsB.P. 17744 New Belle Douala
Tél. +237 99 85 99 06
Fax +237 343 33 60
HYPERLINK "mailto:Ubsa-afsu-dla@yahoo.fr" Ubsa-afsu-dla@yahoo.fr
Personne ressource: Mme Solange EVODO
15.
Association des Personnes Affectées par le Sida (APAS)ContactsB.P. 15078 Douala
Tél. +237 99 63 13 84 / +237 99 72 37 05
Fax +237 340 44 17
HYPERLINK "mailto:Apasaa2002@hotmail.com" Apasaa2002@hotmail.com
Personne ressource: Mme Maryse BITO
16.
Association Jeunesse et SolidaritéContactsB.P. 8313 Douala
Tél. +237 77 51 27 51
Personne ressource: M. Pierre NGOLLONG PENDA
17.
Solidarity and AIDS Research Association (SAARA)Contacts971 Av. de lIndépendance
B.P. 4091 Douala
Tél. +237 99 57 97 17
HYPERLINK "mailto:carokend@netscape.net" carokend@netscape.net
Personne ressource: Mme Caroline KENDEM
18.
Cameroon Link Human Association ProgrammeContactsB.P. 1460 Douala
Tél. +237 339 13 56
Fax +237 339 13 56
HYPERLINK "mailto:camlink2001@yahoo.com" camlink2001@yahoo.com
Personne ressource: M. James ACHANYI FONTEM
19.
Centre Culturel FrançaisContactsB.P. 01 Douala
Tél. +237 342 45 72
Fax +237 342 05 79
HYPERLINK "mailto:ccfdouala@cyberkoki.net" ccfdouala@cyberkoki.net
Personne ressource:
20.
Conseil de jeunes mobilisés contre le VIH/SidaContactsPavillon Aides Hôpital Laquintinie
B.P. 5607 Douala
Tél. +237 342 32 46
Fax +237 342 49 17
HYPERLINK "mailto:hautech@camnet.cm" hautech@camnet.cm
Personne ressource:
21.
Espoir+ContactsB.P. 18347 Douala
Tél. +237 342 32 46 / +237 77 63 02 74
HYPERLINK "mailto:as_espoir@yahoo.fr" as_espoir@yahoo.fr
Personne ressource: Mme Joséphine BATOUM
22.
Hôpital LaquintinieContactsB.P. 4035 Douala
Personne ressource:
23.
Institut de Recherche et des Etudes Sur les Comportements (IRESCO)ContactsB.P. 2825 Douala
Tél. +237 23 41 33
Personne ressource:
24.
Jeune s@ns SidaContactsC/O M. Hervé Totoum
B.P. 8203 Douala
HYPERLINK "mailto:herve_totoum@yahoo.fr" herve_totoum@yahoo.frPersonne ressource: M. Hervé TOTOUM
25.
Le Cordon UniversitaireContactsB.P. 5252 Douala
Tél. +237 99 88 28 44
HYPERLINK "mailto:cordonu@yahoo.fr" cordonu@yahoo.frPersonne ressource: M. Carlos YIMELI DJEUTIO
26.
Maléo Global Marketing (MGM)ContactsImmeuble MPES
B.P. 4408 Douala
Tél. +237 343 85 27 / +237 77 69 50 18
Fax +237 343 76 84
HYPERLINK "mailto:maleo_global_marketing@yahoo.fr" maleo_global_marketing@yahoo.frPersonne ressource:
27.
Mères et Enfants Solidaires (MERENSO)ContactsB.P. 17079 Douala
Tél. +237 99 53 32 52 / +237 99 76 64 72
Personne ressource: Mme Jacqueline EBENE
28.
Programme de Marketing Social au Cameroun (PMSC)ContactsB.P. 4989 Douala
Tél. +237 343 29 26
Fax +237 343 29 26
Personne ressource:
29.
SunAidsContactsB.P. 11746 New Bell Douala
Tél. +237 343 92 99 / +237 99 85 99 05
Fax +237 342 92 99
HYPERLINK "mailto:sunaids@nomade.fr" sunaids@nomade.fr
Personne ressource: Mme Lucie TSAMO
30.
SWAA LittoralContactsPavillon Aides Hôpital de Laquintinie
B.P. 5607 Douala
Tél. +237 342 32 46
Fax +237 342 32 46
HYPERLINK "mailto:swaalittoral@yahoo.fr" swaalittoral@yahoo.fr
Personne ressource: Mme Margaret SANGA
DOUME
31.
La Vie+ContactsDoumé
Tél. +237 99 58 05 41 / +237 224 22 34
HYPERLINK "mailto:Lavieplus2000@yahoo.fr" Lavieplus2000@yahoo.fr
Personne ressource: M. Ambroise EKANGA
DSCHANG
32.
Orphelinat Notre Dame du Perpétuel Secours de ForekeContactsB.P. 176 Dschang
Tél. +237 77 74 24 24
HYPERLINK "mailto:zatcham@yahoo.fr" zatcham@yahoo.fr
HYPERLINK "http://www.ondps.org" www.ondps.org
Personne ressource: Mme Marthe Madeleine ZATCHA
EBOLOWA
33.
Association des Volontaires pour lEncadrementContactsC/O GTP
B.P. 14 Ebolowa
Tél. +237 228 30 14 / +237 99 74 89 98
Personne ressource: Mme Anastasie MOKWE
34.
Groupe dInitiative Commune La GraceContactsCentre de santé de Mekalat
B.P. 956 Ebolowa
Tél. +237 624 21 57
Personne ressource: M. Alain BERTRAND
GAROUA
35.
Association de Lutte contre le Sida (ALS)ContactsGaroua
Tél. +237 99 62 17 49
Personne ressource: Mme Bintou KOULANGA
36.
Association de Personnes vivant avec le VIH/Sida (APV+)ContactsGaroua
Tél. +237 77 55 74 00
Personne ressource: M. Abdoulaye SALI
37.
Groupe Technique Provincial de Lutte contre le Sida du Nord (GTP N)ContactsB.P. 186 Garoua
Tél. +237 99 50 59 90
Personne ressource: Mme GORSE
38.
Le Cercle des Amis Solidaires (CERASO)ContactsB.P. 0690 Garoua
Tél. +237 99 29 38 48
Fax +237 227 21 22
HYPERLINK "mailto:cerasogacam@yahoo.fr" cerasogacam@yahoo.fr
Personne ressource: M. Abdoulaye SALI
GAROUA BOULAÏ
39.
Association des Familles Sans Soucis (AFSS)ContactsB.P. 6 Garoua Boulaï
Personne ressource: M. Pascal PASSI
KUMBA
40.
Obenofong FoundationContactsKumba
Tél. +237 77 68 06 24 / +237 335 42 70
Personne ressource: M. Emmanuel OBEN OBEN
KUMBO
41.
Hope GroupContactsKumbo
Tél. +237 348 14 90 / +237 348 12 62
Personne ressource: Mme Gladys NDJONBEN
LIBONGO
42.
AnonymeContactsB.P. 943 Douala (Libongo)
Personne ressource: Mme Delphine MOABOUONG
LIMBE
43.
AIDSIDAContactsB.P. 913 Limbé
Tél. +237 333 28 60 / +237 99 97 13 76
Fax +237 333 23 76
HYPERLINK "mailto:aidsida@caramail.com" aidsida@caramail.comPersonne ressource: Mme Kentouma NJIFONJOU
44.
GicepaContactsB.P. 786 Limbé
HYPERLINK "mailto:gicepa2003@yahoo.com" gicepa2003@yahoo.comPersonne ressource: M. Théodore MOUCHINGAN
45.
Ministry of Environment
Community Forest ProjectContactsDivisional Delegation Fako
PO Box 414 Limbe
Tél. +237 99 99 79 72
HYPERLINK "mailto:williamsmakaka@yahoo.com" williamsmakaka@yahoo.com
Personne ressource: M. Williams MAKAKA
46.
Unique Sisters / Jolly FriendsContactsInfectious Disease Clinic
PO Box 823 Limbé S.W.
Tél. +237 77 60 54 20
Fax +237 343 20 20
Personne ressource: Mme Elizebet NKETY
MAROUA
47.
Association des Frères et Surs Unis (AFSU)ContactsB.P. 240 Maroua
Tél. +237 99 66 91 16
Personne ressource: Mme Pauline NDONGO
48.
Réseau des Organisations et Associations des Droits Humains (ROADH)ContactsB.P. 515 Maroua
Tél. +237 229 24 07Personne ressource: M. Semdi SOULAYEMBANGA
49.
Association Camerounaise dInformation Sanitaire et de Réinsertion Sociale (ACISARS)ContactsB.P. 27 Mbanga
Tél. +237 99 64 67 76Personne ressource: M. René TCHUALIEU
50.
GIC SISC (Santé et Intégration Sociale au Cameroun)ContactsAntenne du Moungo
B.P. 27 Mbanga
Tél. +237 99 64 67 76Personne ressource: M. René TCHUALIEU
MFOU
51.
Young Girls New InitiativeContactsB.P. 25 Mfou
Tél. +237 99 44 02 77
HYPERLINK "mailto:Ygni01@yahoo.fr" Ygni01@yahoo.frPersonne ressource: Mme Marie Chantal MBONE BAKER
NGAOUNDERE
52.
Délégation Provinciale de la Santé Publique de lAdamaouaContactsB.P. 137 Ngaoundéré
Tél. +237 225 15 87
Fax +237 225 12 73Personne ressource: M. Jean-Claude NANDJO
53.
Cercle des Femmes et Hommes Solidaires (CFHS)ContactsNgaoundéré
Tél. +237 99 71 21 46
Personne ressource: Mme Nana ABOUBAKAR
NIETE
54.
Association des Amis Unis de Niété (ASSAUNI)ContactsBureau Encadrement Village
Evecam Niété
Tél. +237 99 56 63 88 / +237 99 83 28 21
Personne ressource: M. Roger ENGOUMOU
NJINIKOM
55.
Project HopeContactsPO Box 16 Njinikom Boyo Division
Tél. +237 77 29 74 10
Fax +237 336 34 87
HYPERLINK "mailto:Stmporres2000@yahoo.com" Stmporres2000@yahoo.com
Personne ressource:
NKONGSAMBA
56.
Association New Life (ANELI)ContactsB.P. 14 Nkongsamba
Tél. +237 77 88 85 37
HYPERLINK "mailto:anelisamba@yahoo.fr" anelisamba@yahoo.fr
Personne ressource: Mme Syveline DJOFANG
57.
Cercle des Amis Séropositifs (CASP)ContactsB.P. 754 Nkongsamba
Tél. +237 349 40 24 / +237 77 74 56 05
HYPERLINK "mailto:cercleamiseropositif@yahoo.fr" cercleamiseropositif@yahoo.fr
Personne ressource: M. Tafo NANKO
58.
GROUPELMA CamerounContactsRue de lEssoua
B.P. 705 Nkongsamba
Tél. +237 77 93 13 03
Fax +237 349 31 45
HYPERLINK "mailto:groupel@yahoo.fr" groupel@yahoo.frPersonne ressource:
NYAMI
59.
AnonymeContactsB.P. 50 Batouri Nyami
Personne ressource: M. Ibrahima LAMINE
SANGMELIMA
60.
Association des Curs Unis (ACU)ContactsSangmelima
Tél. +237 99 74 32 31
Personne ressource: Mme Clémentine BIDIAS
TIKO
61.
Unique SistersContactsTiko
Tél. +237 77 91 13 05
Personne ressource: Mme Deborah ELANGWE
YAOUNDE
62.
Action Solidarité Sida Emploi (ASSE)ContactsB.P. 4118 Yaoundé
Tél. +237 222 68 36 / +237 99 52 67 64
Fax +237 222 05 39
HYPERLINK "mailto:j_yamo@yahoo.fr" j_yamo@yahoo.fr
Personne ressource: M. Anicet Jaurès YAMO
63.
African Womens Association (AWA)ContactsB.P. 911 Yaoundé
Tél. +237 20 44 30
Fax +237 23 31 90
Personne ressource: Mme Mathilde MANGO MAUP
64.
Association Camerounaise dAide aux Personnes et Familles Atteintes du Sida (ACAPFAS)ContactsB.P. 5777 Nlongkak Yaoundé
Tél. +237 220 27 26
Personne ressource: Mme Chantal SAME EKOBO
65.
Association Camerounaise des femmes Juristes (ACAFEJ)ContactsB.P. 14057 Yaoundé
Tél. +237 21 79 51
Fax +237 21 79 51
HYPERLINK "mailto:acafej@camnet.com" acafej@camnet.com
Personne ressource:
66.
Association des Femmes Actives et Solidaires (AFASO)ContactsB.P. 30645 Yaoundé
Tél. +237 99 86 72 56 / +237 231 15 01
Fax +237 221 91 18
HYPERLINK "mailto:afasocm@yahoo.fr" afasocm@yahoo.fr
Personne ressource: Mme Pauline MOUNTON
67.
Association des Frères et Surs Unis (AFSU)ContactsImmeuble Fe Tchuente
Porte EA13
B.P. 25057 Yaoundé
Tél. +237 99 55 00 94 / +237 223 40 20
Fax +237 222 62 48
Personne ressource: M. Michel NDJIALEU
68.
Association des Jeunes AntisidaContactsB.P. 5877 Yaoundé
Tél. +237 220 68 59
Fax +237 220 91 18
HYPERLINK "mailto:association_desjeunes_anti_sida@yahoo.fr" association_desjeunes_anti_sida@yahoo.fr
Personne ressource: M. Michel MOUAFO
69.
Association pour la Santé, lInformation et la Vie au Cameroun (ASIVIC)ContactsB.P. 4136 Yaoundé
Tél. +237 99 60 86 29
HYPERLINK "mailto:asivicpositifs@yahoo.fr" asivicpositifs@yahoo.fr
Personne ressource: M. Roger DJIHEMINE
70.
Association Pour la Vie (APV)ContactsB.P. 5269 Yaoundé
Tél. +237 20 84 87 / +237 64 19 43
HYPERLINK "mailto:assopourlavie@yahoo.fr" assopourlavie@yahoo.fr
Personne ressource: M. Simon AGBEMBE
71.
Association pour lAssistance aux Enfants Démunis et Orphelins du Sida au Cameroun (ASEDOSCA)ContactsB.P. 1599 Yaoundé
Tél. +237 223 22 95 / +237 99 95 20 38
HYPERLINK "mailto:asedosca@yahoo.fr" asedosca@yahoo.frPersonne ressource: Mme Gertrude NGELMHE NJOH
72.
Association Sida-Action-AfriqueContactsB.P. 2219 Yaoundé
Personne ressource: M. Robinson NGAH ESSOH
73.
Bien-être et Santé des Familles au Cameroun (BESAFCA)ContactsB.P. 14816 Yaoundé
Tél. +237 231 68 11
Fax +237 231 99 20
HYPERLINK "mailto:besafca@cm.refer.org" besafca@cm.refer.org ; HYPERLINK "mailto:besafca@yahoo.fr" besafca@yahoo.frPersonne ressource:
74.
Centre Culturel FrançaisContactsB.P. 513 Yaoundé
Tél. +237 322 09 44
Fax +237 322 43 43
HYPERLINK "mailto:ccf.yaounde@camnet.cm" ccf.yaounde@camnet.cmPersonne ressource:
75.
Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS)ContactsB.P. 13810 Yaoundé
Tél. +237 222 57 58Personne ressource : M. Elat Nfetam
76.
Cercle des Jeunes Engagés dans la Lutte contre le Sida (CEJES)ContactsB.P. 8336 Yaoundé
Tél. +237 99 87 19 27
HYPERLINK "mailto:cejes2002@yahoo.fr" cejes2002@yahoo.fr
Personne ressource: Mme Marie-Gisèle TIENTCHEU
77.
Club des Volontaires luttant contre le VIH/Sida et les MST au Cameroun
(CVL-VIH/SIDA/MST/Cam)ContactsB.P. 385 Yaoundé
Tél. +237 77 91 48 85 / +237 77 66 44 66
Fax +237 222 12 56
HYPERLINK "mailto:club_sida@yahoo.fr" club_sida@yahoo.fr
Personne ressource: M. John William OLINGA
78.
Collectif des Etudiants de Yaoundé (CEY)ContactsB.P. 6327 Yaoundé
HYPERLINK "mailto:universite_cey@yahoo.fr" universite_cey@yahoo.frPersonne ressource: M. Placide EBANDA
79.
Comité camerounais de coordination des ONG féminines (CADEF)ContactsB.P. 1984 Yaoundé
Tél. +237 20 66 75 / +237 20 45 02
Personne ressource:
81.
Comité International de la Croix Rouge (CICR)Contacts2005 Rue Henri Dunant
B.P. 631 Yaoundé
Tél. +237 222 41 77
Fax +237 222 41 77
HYPERLINK "mailto:yaounde.yao@icrc.org" yaounde.yao@icrc.org
www.croix-rougecamerounaise.org
Personne ressource:
81.
Dispensaire Antivénérien Elig-EssonoContactsB.P. 155 Yaoundé
Tél. +237 222 67 19
Personne ressource: Mme Gislaine AFFANA NGASKA ( ?)
82.
Emmaus Cameroun Afrique Solidarité (ECAS)ContactsCPSS / GAEM
B.P. 7599 Yaoundé
HYPERLINK "mailto:emmauscameroun@yahoo.fr" emmauscameroun@yahoo.fr
Personne ressource: M. Martin HOTH GUECHOT
83.
Femmes-Santé-Développement en Afrique Subsaharienne (FESADE)ContactsB.P. 724 Yaoundé
Tél. +237 23 42 32
Fax +237 23 42 32
HYPERLINK "mailto:fesade@dncmr.undp.org" fesade@dncmr.undp.org
Personne ressource: Mme Damaris MOUNLOM
84.
Fondation Chantal BiyaContactsB.P. 1936 Yaoundé
Tél. +237 21 43 37
Personne ressource:
85.
GTZ Cameroun Coopération allemande au développementContactsB.P. 7815 Yaoundé
Tél. +237 221 91 18 / +237 221 18 16
Fax +237 221 91 18
HYPERLINK "mailto:srjacameroun@yahoo.fr" srjacameroun@yahoo.fr
Personne ressource: M. Flavien NDONKO
86.
Hôpital de JourContactsHôpital Central
Yaoundé
Tél. +237 223 01 28 / +237 221 38 88
Fax +237 230 67 78
Personne ressource:
87.
Institut de Psychologie de Développement Humain et Ecologique (IPSYDHE)ContactsB.P. 3334 Yaoundé
Tél. +237 221 75 23
HYPERLINK "mailto:drpendamel_psy@yahoo.fr" drpendamel_psy@yahoo.fr
Personne ressource: M. Joseph PENDA MELONE
88.
Institut de Recherche et des Etudes sur les Comportements (IRESCO)ContactsB.P. 13888 Yaoundé
Tél. +237 21 41 33
Fax +237 21 41 33
HYPERLINK "mailto:irescoyaounde@camnet.cm" irescoyaounde@camnet.cmPersonne ressource:
89.
Jeunesse Active de Polytechnique (JAP)ContactsB.P. 6327 Yaoundé
HYPERLINK "mailto:jap_melen@yahoo.fr" jap_melen@yahoo.fr
Personne ressource: M. Placide EBANDA
90.
Kids & AIDS CamerounContactsB.P. 6110 Yaoundé
Tél. +237 77 88 57 44 / +237 77 76 65 37
HYPERLINK "mailto:kidaids.cameroun@laposte.net" kidaids.cameroun@laposte.netPersonne ressource: Mme Marie Joseph NDZIE ATANGANA
91.
Médecins Sans Frontiers SuisseContactsB.P. 30139 Yaoundé
Personne ressource: Mme Arièle BRAYE
92.
Ministère de lAdministration Territoriale et de la Décentralisation (MINATD)ContactsYaoundé
Tél. +237 222 45 59 / +237 223 10 56
Fax +237 222 63 36Personne ressource:
93.
No Limit for Women ProjectContactsB.P. 1904 Yaoundé
Tél. +237 99 94 46 59
Fax +237 343 87 24
HYPERLINK "mailto:nolfowop@justice.com" nolfowop@justice.com
Personne ressource: Mme Odette NGO ETAME
94.
Organisation Mondiale de la Santé (OMS)ContactsBureau pour le Cameroun
B.P. 155 Yaoundé
Tél. +237 221 02 58 / +237 221 10 03
Fax +237 221 02 59
HYPERLINK "mailto:oms@un.cm" oms@un.cm
Personne ressource:
95.
Organisation, Santé, Education de la Famille (OSEF)ContactsB.P. 2436 Messa Yaoundé
Tél. +237 221 11 78 / +237 20 59 32
Fax +237 221 11 78
Personne ressource: Mme Annie TAMOKOUE
96.
Orphelinat Notre Dame du Perpétuel SecoursContactsB.P. 992 Yaoundé
Tél. +237 77 74 24 24
HYPERLINK "mailto:zatcham@yahoo.fr" zatcham@yahoo.fr
HYPERLINK "http://www.ondps.org" www.ondps.org
Personne ressource: Mme Marthe Madeleine ZATCHA
97.
Planète JeunesContactsB.P. 20220 Yaoundé
Tél. +237 77 73 75 50
HYPERLINK "mailto:cameroun@planete-jeune.org" cameroun@planete-jeune.org
Personne ressource:
98.
Presse Jeune Magazine RebondirContacts17 Place de lEcole de Police
B.P. 12147 Yaoundé
Tél. +237 221 02 62
Fax +237 220 97 88
HYPERLINK "mailto:pressejeune@hotmail.com" pressejeune@hotmail.com
Personne ressource: Mme Sinata KOULLA SHIRO (?)
99.
PSI PMSCContactsB.P. 14025 Yaoundé
Tél. +237 221 94 19
Fax +237 220 92 24
Personne ressource:
100.
Réseau sur lEthique, le Droit et le Sida (REDS)ContactsB.P. 5877 Yaoundé
Tél. +237 220 68 59 / +237 99 95 96 13
Fax +237 220 53 65
HYPERLINK "mailto:redscm@yahoo.fr" redscm@yahoo.fr
Personne ressource: M. Jean-Marie TALOM
101.
Restore Hope AssociationContactsPO Box 6627 Yaoundé
Tél. +237 99 99 13 36
HYPERLINK "mailto:restorehope@iccnet.cm" restorehope@iccnet.cm
Personne ressource: M. Théophile ELOMBO
102.
Santé et Développement Cameroun (SADEC)ContactsB.P. 13162 Yaoundé
Tél. +237 230 67 78
Fax +237 230 67 78
Personne ressource:
103.
Santé Familiale et Prévention du Sida (SFPS)ContactsB.P. 13410 Yaoundé
Tél. +237 21 59 21
Fax +237 21 59 22
HYPERLINK "mailto:sfps@camnet.cm" sfps@camnet.cm
Personne ressource: M. Peter FONKWO
104.
Solidarité CamerounContactsB.P. 3062 Messa Yaoundé
Tél. +237 220 94 55
Fax +237 222 18 73
HYPERLINK "mailto:yapjahamed@yahoo.fr" yapjahamed@yahoo.fr
Personne ressource: M. Hamed YAPJA
105.
SWAA CamerounContactsB.P. 14050 Yaoundé
Tél. +237 231 52 35
Fax +237 231 10 39
HYPERLINK "mailto:swaacameroon@yahoo.fr" swaacameroon@yahoo.fr
Personne ressource: Mme Dora MBAYA
106.
Synergies CampusContactsB.P. 640 Yaoundé
Tél. +237 77 66 75 11 / +237 77 03 32 85
Fax +237 231 95 84
HYPERLINK "mailto:synergiescampus@yahoo.fr" synergiescampus@yahoo.fr
Personne ressource: M. Hilarion Fortuné MANGA
LACTION PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LE VIH/SIDA
ACTEURS, CONTROVERSES ET DYNAMIQUES
Analyse comparée à partir des exemples sud-africain, burkinabé et camerounais
Depuis un peu plus de vingt cinq ans, les sciences humaines et sociales essaient de comprendre et dinterpréter les dynamiques de lépidémie de VIH/Sida. La science politique africaniste est cependant en marge de ce mouvement cognitif malgré le développement de nombreux paradigmes sur les politiques publiques. Cette méfiance de lafricanisme à légard du VIH/Sida manifeste vraisemblablement une sorte de souffrance épistémologique fortement liée à ce trop plein dinstitutionnalisme des politiques publiques, adoubé par le fort étatisme qui caractérise encore les études africaines en science politique. A tel point quelles ne sintéressent pas aux autres acteurs sociaux désormais présents dans la fabrication des objets politiques, au-delà de la rigidité de lEtat classique par ailleurs introuvable dans les mécanismes de gouvernance du VIH/Sida en Afrique. Pourtant, à bien y réfléchir, lépidémie de VIH/Sida produit des effets incontestablement politiques : elle génère et entretient des enjeux de pouvoir ; elle interroge les mécanismes de gouvernance des problématiques sociales ; elle révèle la désétatisation de lespace public par des formes dentrées non électives mais participatives, etc. A cet effet, elle renouvelle les paradigmes de lEtat en Afrique en les transposant sur les acteurs qui émergent à côté de lEtat dans la production de laction antisida. Cette thèse analyse les dynamiques de lépidémie de VIH/Sida à partir des théories et des concepts produits par la science politique, en ciblant dans une sorte de comparaison, le rôle et la place des acteurs politiques et associatifs, des controverses et des dynamiques de lépidémie, dans la construction politique du VIH/Sida en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun.
Mots clés : Action publique, ARV, Agenda gouvernemental, Afrique du Sud, Burkina Faso, Cameroun, Changements sociaux et politiques, Mobilisations collectives, ONG, Politiques daccès aux traitements, Politisation, Société civile, VIH/Sida.
------------------------------------
PUBLIC ACTION IN THE FIGHT AGAINST HIV/AIDS
ACTORS, CONTROVERSIES AND DYNAMICS
A comparative analysis of South African, Burkinabe and Cameroonian cases
For more than twenty-five years, human and social sciences have been trying to understand and to interpret the dynamics of the HIV/AIDS epidemic. However, African studies in political science are at the margins of this cognitive movement despite the development of paradigms on public policies. This mistrust of Africanist towards HIV/AIDS research expresses an epistemological limitation related to the dominance of institutional and statist approaches that still characterize African studies in political science. An outcome of this mistrust is a disinterest in non-state social actors that are active in the making of political objects, especially considering the absence of the state in the governance of HIV/AIDS in Africa. However, the HIV/AIDS epidemic incontestably produces political effects: it generates and maintains power struggles; it questions the mechanism of the governance of social problems; it reveals the withdrawal of the state from public space in favour of non-elected but participative forms of entry into public space. As a result the HIV/AIDS epidemic necessitates the renewal of research paradigms on the state in Africa and their transposition onto the civil actors that emerge alongside the state in the fight against HIV/AIDS. This thesis analyses the dynamics of the HIV/AIDS epidemic using political science theories and concepts and a comparative approach to the role and the place of political and associative actors, the controversies and the epidemic dynamics, in the political construction of HIV/AIDS in South Africa, Burkina Faso and Cameroon.
Key words: Public action, Government agendas, Access to treatment policies, ARV, HIV/AIDS, Civil society, collective mobilisations, Politicisation, Social and political change, NGOs, Burkina Faso, Cameroon, South Africa.
Pour une discussion sur les politiques publiques et laction publique, on pourra se référer aux analyses de Jean-Claude Thoenig. Ses perspectives nous intéressent particulièrement dans la mesure où nous faisons intervenir les outils et les dynamiques daction dacteurs non gouvernementaux dans la production et la mise en uvre des politiques de lutte contre le VIH/Sida. En effet, Thoenig conseille justement le terme daction publique plutôt que celui de politiques publiques pour éviter les travers statocentrés et ultra-institutionnels de ces dernières. Voir, J.-C. Thoenig, « Politiques publiques et action publique », Revue Internationale de Politique Comparée, vol.5, n°2, pp.295-314.
On lira C. Jaffrelot (dir.), Démocraties dailleurs : démocraties et démocratisations hors Occident, Paris, Karthala, 2000.
J.-F. Médard, « LEtat néo-patrimonial en Afrique noire », in J.-F. Médard (dir.), Etats dAfrique noire : formation, mécanismes et crise, Paris, Karthala, 1991.
Nous nous référons ici aux choix méthodologiques effectués par Guillaume Delalieux dans ses travaux en sciences de gestion sur les organisations non gouvernementales. Voir, G. Delalieux, Responsabilité Sociale des Entreprises et ONG : une approche critique des dimensions politiques de la gestion des ONG, Thèse pour lobtention du doctorat en Sciences de gestion, Université de Lille I IAE de Lille, Lille Economie et Management (LEM), déc. 2007.
Un an après que le Rapport hebdomadaire sur la morbidité et la mortalité des Centres américains de lutte contre la maladie ait annoncé lémergence de cette nouvelle maladie chez les jeunes homosexuels de New York et de San Francisco : P. Treichler, How to Have a Theory in an Epidemic : Cultural chronicles of AIDS, Durham and London, Duke University Press, 1999, pp.29-36.
On lira les travaux très nombreux de Fred Eboko sur le Cameroun et plus spécialement sa contribution dans René Otayek et alii, Les sociétés civiles du Sud : un état des lieux dans trois pays de la ZSP. Cameroun, Ghana, Maroc, Etudes du Ministère des Affaires Etrangères, Paris, 2004.
L. Achilli et F. Hejoaka, « Les associations dans la réponse à lépidémie VIH/Sida au Burkina Faso », Face à Face, Revue électronique, Université Victor Segalen Bordeaux II, 2006.
Paula Treichler présente une excellente étude sur la panique homophobe provoquée par lapparition du VIH/Sida et soutient que le VIH/Sida, épidémie lourde de sens, met le corps de lhomosexuel au centre de nombreux récits et interrogations.
GASA, Gay Association of South Africa est lune des premières associations connues de personnes homosexuelles en Afrique. Cette association na pas survécu aux transformations engendrées par limplosion des mouvements de revendication à la fin de lapartheid.
R. Sher, « HIV infection in South Africa, 1982-1989 », South African Medical Journal, n°76, Johannesburg 1989.
P. Muller et Y. Surel, Lanalyse des politiques publiques, Paris, Montchrestien, 1998.
Sil y a besoin de le confirmer, on peut se référer à la jurisprudence flagrante du Cameroun. Le 9 janvier 2008, le Tribunal de Grande Instance du Wouri à Douala a condamné trois Camerounais soupçonnés dhomosexualité à six mois de prison ferme : « Lazare Baeeg, Emmanuel Balep et Tony Dikonguè, trois homosexuels présumés placés sous mandat de dépôt à la prison centrale de Douala depuis le 30 août 2007, sont fixés sur leur sort. Le verdict du tribunal de grande instance du Wouri est tombé mercredi 9 janvier 2008. Ils écopent de six mois de prison ferme et 50 000 fcfa damende chacun », écrivait Honoré Foimoukom à La Une du quotidien camerounais, Le Messager, 16 janvier 2008.
Dans ces nouvelles agglomérations, les difficultés daccès à lemploi ont généré une certaine paupérisation, avec le développement des groupes des tsotsi (gangs en Afrique du sud) et de prostituées ayant pour seuls recours, pour ceux-là, lusage des drogues et autres stupéfiants et pour celles-ci, la marchandisation de leur corps. Ces deux catégories constituent aujourdhui encore, au Cameroun comme en Afrique du Sud, une partie non négligeable de la population définie à risque. Pour une discussion socio-historiographique du vécu quotidien avec la maladie dans les townships, on pourra lire F. Le Marcis, « Lempire de la violence. Un récit de vie aux marges dun township » in D. Fassin (dir.), Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Paris, Karthala, 2004.
La mise en cause de létranger illustrée dans le débat sur lorigine du sida nest pas propre à cette épidémie. Les noms que portait la syphilis au moment où elle semait le désastre en Europe au XVème siècle montrent à suffisance le besoin dattribuer une origine étrangère à une maladie redoutée : à cette époque, la syphilis était nommée variole française en Angleterre, morbus germanicus à Paris, maladie de Naples à Florence, mal chinois au Japon. Voir, S. Sontag, La maladie comme métaphore. Le sida et ses métaphores, Paris, Christian Bourgeois, 1989.
Pour une discussion sur la sociologie de la main duvre dans les mines à lheure du VIH/Sida en Afrique du Sud, on lira les travaux de Judith Hayem. Voir, J. Hayem « Histoire collective et responsabilité individuelle. Conditions de mobilisation contre le sida dans les mines » in D. Fassin (dir.), Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Op.cit.
Judith Hayem tente de faire un lien entre dune part les conditions de vie et les pratiques sexuelles occasionnelles des ouvriers de mine et de lautre, ce vagabondage sexuel dû à linstabilité de la relation avec des partenaires occasionnels et limplosion du VIH/Sida dans les townships sud-africains, ce dautant plus que les femmes qui sont restées dans les foyers conjugaux se livrent également de leur côté à une pratique sexuelle occasionnelle avec des nouveaux « boy-friends ». Voir, J.Hayem, ibid.
Rapport du Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS, Cameroun), 2000.
Pierre Bourdieu, La domination masculine, Paris, Seuil, 1998.
K. Kometsi in M. Crewe, (Un) Real, Aids Review 2004, Centre for the Study of AIDS, University of Pretoria Press, 2004.
E. Cameron in L. Walker et al., Waiting to Happen HIV/AIDS in South Africa, London, Rienner Publishers, 2004.
L. N. Gerston, Public Policy Making: Process and Principles, New York, M. E. Sharpe, 1997.
UNAIDS, AIDS Epidemic Update, Geneva, December 2007.
Il est peut-être utile de rappeler que lorsque nous avons entamé nos recherches doctorales en 2004, les statistiques de lOnusida que nous avons progressivement vérifiées auprès dautorités nationales compétentes, estimaient à 18% le taux de séroprévalence pour cette même tranche dâge en Afrique du Sud, 12% au Cameroun et 3% au Burkina Faso. Nous essayons dexpliquer les raisons de ces changements dans le corps de notre thèse.
Beaucoup de travaux insistent sur les rapports VIH/Sida et structures économiques en Afrique du Sud. On pourra par exemple lire les textes de Judith Hayem ; lire également, Franklyn Lisk sur la gouvernance politique des réponses à lépidémie du VIH/Sida. Voir, F. Lisk, AIDS and Governance: the Development Dimension, Warwick, 2006; Global Governance and HIV/AIDS, New York, WhatWorks Inc, 2005. De façon plus générale, on peut également se référer aux travaux de Philippe Msellati et de Jean-Paul Moatti : voir par exemple, P. Msellati, L. Vidal et J.-P. Moatti (dir.), Laccès aux traitements du VIH/Sida en Côte dIvoire. Evaluation de linitiative Onusida/ministère ivoirien de la santé publique. Aspects économiques, sociaux et comportementaux, Paris, ANRS coll. Sciences sociales et sida, 2001 ; Marc-Eric Gruénais en fait aussi une restitution, « Laccès aux traitements du VIH/Sida en Côte dIvoire. Evaluation de linitiative Onusida/ministère ivoirien de la santé publique. Aspects économiques, sociaux et comportementaux. Philippe Msellati, Laurent Vidal et Jean-Paul Moatti (dir.) », Le bulletin de lAPAD, n°21, Un système de santé en mutation : le cas du Cameroun, [en ligne], mise en ligne le 6 mars 2006. URL : HYPERLINK "http://apad.revues.org/documents195.html" http://apad.revues.org/documents195.html.
Sur les transitions démocratiques en Afrique, on lira J.-F. Bayart, Lhistoricité de lEtat importé, Paris, Les Cahiers du CERI, n°15, 1996 ; J.-F. Bayart, « LAfrique dans la monde : une histoire dextraversion », Critique internationale, n°5, 1999, pp.97-120 ; D. Bourmaud et P. Quantin, « Le modèle et ses doubles : les conférences nationales en Afrique noire (1990-1991) », in Y. Mény (dir.), Les politiques du mimétisme institutionnel. La greffe et le rejet, Paris, lHarmattan, 1993, pp.165-184 ; D. Bourmaud, La politique en Afrique, Paris, Montchrestien, 1997 ; M. Bratton and N. Van de Walle, Democratic Experiments in Africa : Regime Transitions in Comparative Perspective, Londres, Cambridge University Press, 1997 ; R. Buijtenhuijs and C. Thiriot, Démocratisation en Afrique au Sud du Sahara, 1992-1995 : un bilan de la littérature, Leiden, Centre détudes africaines ; Pessac, Centre détude dAfrique noire, 1995 ; J.-P. Daloz (dir.), Le (non-) renouvellement des élites en Afrique subsaharienne, Paris, Karthala, 1999 ; G. Harrison, Issues in the Contemporary Politics of Sub-Saharan Africa. The Dynamics of Struggle and Resistance, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2002; A. Hills, Policing Africa, Internal Security and the Limits of Liberalization, London, Lynne Rienner Publishers, 2000.
Pour une discussion sur la sociologie de premières translations associatives Nord/Sud, on lira P. Benkimoun, Mort sans ordonnance, Hachette Littérature, Paris, 2002.
Sur les modèles africains de réponses aux recommandations internationales, on lira Fred Eboko. Ce dernier présente quatre grands modèles pour rendre compte des mobilisations nationales ayant accompagné la mise en uvre des politiques internationales de lutte contre le sida : la « participation active », l « adhésion passive », la « dissidence active » et l « implosion ». Notre étude saccommode avec les trois premiers modèles respectivement portés par le Burkina Faso, le Cameroun et lAfrique du Sud : F. Eboko, « Les sociétés africaines face au sida : périls sanitaires, enjeux internationaux et réponses politiques », in Terroirs, revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Yaoundé, Les Grandes Editions, 2005.
Pour une discussion sur la construction des identités politiques postcoloniales, on lira A. Mbembe, De la postcolonie. Essai sur limagination politique dans lAfrique contemporaine, Paris, Karthala, 2000. Lauteur parle de cette période comme de la postcolonie, pour analyser les « sociétés récemment sortie de lexpérience que fut la colonisation, celle-ci devant être considérée comme une relation de violence par excellence », de domination et de servitude (pp. 139-140).
Le milieu des années 80 est marqué par la forte étatisation des entreprises et des structures socio-sanitaires au sud. Cest lEtat qui pourvoit tout y compris les soins de santé. En même temps, au Nord, on assiste à lébullition des milieux civils et associations pour conduire les Etats à inscrire la question du sida dans leurs agendas. En France, la mort du philosophe Michel Foucault des suites du sida entraîne la mobilisation des milieux gays désormais associés à la maladie et la création des premières associations de lutte contre le sida apparaît dans ce contexte en France, aux USA et au Canada et un peu plus tard, intervient la translation de ces contextes chauds en Afrique.
Pour une discussion sur les effets de la dévaluation du FCFA dans les économies des pays dAfrique francophone, on lira E. Kue, Ajustement monétaire et économies africaines : les causes et les effets de la dévaluation du FCFA de 1994, Ivry-sur-Seine, Nouvelles du Sud, 1997 ; P. Villieu, La dévaluation du franc CFA : une perspective macro-économique, Orléans, Institut orléanais de finance, 1996 ; B. Conte, Eléments danalyse de lefficacité de la dévaluation du franc CFA, Pessac, Centre déconomie du développement, 1995 ; C. Sébline, Dévaluation du franc CFA : bibliographie, références et résumés, Orsay, Centre dobservation des économies africaines, 1995.
Nous nous référons ici à une expression employée par Jean du Bois de Gaudusson et Dominique Dardon sur la création du droit en Afrique et les administrations publiques projetées. Ce concept de mimétisme tente de rende compte dun certain « diffusionnisme » juridique dont lemprunt par les sociétés africaines des normes et pratiques administratives et constitutionnelles des anciennes métropoles, népouse pas forcément les contextes sociaux auxquels on soblige de les adapter. Le mimétisme génère des effets plutôt contre-productifs pour les sociétés débitrices. Voir J. du Bois de Gaudusson et D. Darbon (dir.), La création du droit en Afrique, Paris, Karthala, 1997.
Pour une discussion sur les métaphores qui décrivent lambivalence de la société sud-africaine et les dynamiques du VIH/Sida en Afrique du Sud, on lira les travaux dirigés par Didier Fassin. Voir, D. Fassin, (dir.), Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Op.cit.
On lira lanalyse que Fréderic Le Marcis présente autour de la notion de « boy-friend » dans les rapports sociaux dans les townships sud-africains. Voir, F. Le Marcis, « Lempire de la violence. Un récit de vie aux marges dun township » in Fassin D. (dir.), Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Op.cit.
Sur les conséquences de la fin de la bipolarité Est-Ouest dans les sociétés africaines, on lira M. Gazibo et al., Les paradoxes de la démocratisation en Afrique : analyse institutionnelle et stratégique, Montréal, Presses de luniversité de Montréal, 2005 ; M. Tshiyembe, Etat multinational et démocratie africaine : sociologie de la renaissance politique, Paris, lHarmattan, 2001 ; W. Breytenbach, Democratisation in Sub-Saharan Africa : transitions, elections and prospects for consolidation, Pretoria, Africa institute of South Africa, 1996 ; E. Chole et J. Ibrahim, Processus de démocratisation en Afrique : problèmes et perspectives, Paris, Karthala, 1995 ; L. Sabourin, Perspectives de démocratisation en Afrique : obstacles et possibilités, Montréal, Ecole nationale dadministration publique, 1995.
Voir les débats sur les transitions démocratiques en Afrique ; on lira également L. Toulou, Des usages du multipartisme. Transitions post-autoritaires et reproduction des élites au Cameroun et au Kenya, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Institut dEtudes Politiques de Bordeaux, Ecole doctorale de science politique de Bordeaux, Centre dEtude dAfrique Noire (CEAN), Bordeaux, Déc. 2005.
On lira M.-E. Pommerolle, A quoi servent les droits de lhomme ? Action collective et changement politique au Cameroun et au Kenya, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Institut dEtudes Politiques de Bordeaux, Ecole doctorale de science politique de Bordeaux, Centre dEtude dAfrique Noire (CEAN), Bordeaux, oct. 2005.
Nous empruntons ce néologisme aux travaux bien connus de Jean-François Médard qui montrent quen Afrique, les élites au pouvoir utilisent la position dominante et gèrent lespace public comme un patrimoine personnel. Ils sentourent ainsi des clients auxquels ils redistribuent certains avantages au gré des circonstances et des ressources attendues : lire J.-F. Médard, « LEtat néo-patrimonial en Afrique noire », in J.-F. Médard (dir.), Etats dAfrique noire : formation, mécanismes et crise, Paris, Karthala, 1991.
Thomas Hobbes confère à la réalité « Etat », limage dun géant ou dune machine colossale. Cette perspective téléologique rejoint par ailleurs la conception interventionniste de lEtat tout puissant. En plus, elle présente le jeu politique comme un espace de violence, de terreur et de répression. On lira T. Hobbes, Léviathan : traité de la matière, de la forme et du pouvoir de la république ecclésiastique et civile, Paris, Sirey, 1971.
Voir R. Otayek et al., Les sociétés civiles du Sud. Un état des lieux dans trois pays de la ZSP : Cameroun, Ghana, Maroc, Paris, Direction générale de la coopération internationale et du développement, Ministère des Affaires étrangères, 2004.
Au Cameroun, ce fut le rôle de la rencontre tripartite convoquée par le Président Paul Biya sous la direction du Premier Ministre Sadou Ayatou. La rencontre tripartite a signé lacte de naissance de la société civile au Cameroun. Voir, J. Gatsi, La société civile au Cameroun, Yaoundé, Presses Universitaires dAfrique, 2000.
Frederik de Klerck, Président de lAfrique du sud de 1987 à 1994, est présenté comme celui qui a aboli la politique de lapartheid fondée sur un ensemble de régimes successifs raciaux, à la faveur de son discours du 02 février 1990 et la libération de Nelson Mandela, le 11 février 1990. A partir de là, lANC et les autres mouvements politiques ont été autorisés en Afrique du sud. Nous reviendrons sur les aspects politiques et juridiques du nouveau cadre dexercice du pouvoir créé par la fin de lapartheid. On lira le dossier de lUnesco à cet effet. Voir, Apartheid : chronique dune fin annoncée, Paris, Unesco, 1992.
Aujourdhui, lANC (African National Congress) gouverne lAfrique du Sud dans une sorte dalliance tripartite qui, malgré de très fortes dissensions, réunit également le SACP (South African Communist Party) et la COSATU (Congress of South African Trade Union). A ce sujet, on lira A. Feinstein, After the party : a personnal and political journey inside the ANC, Johannesburg, Jonathan Ball, 2007; M. Séverin, Les réseaux ANC (1910-2004): histoire politique de la constitution du leadership de la nouvelle Afrique du Sud, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Institut dEtudes Politiques de Bordeaux, Ecole doctorale de science politique, Centre dEtude dAfrique Noire (CEAN), Bordeaux, oct. 2007 ; S. Ellis and T. Sechaba, Comrades against apartheid : the ANC and the South African Communist Party in exile, London, James Currey, 1992.
J.-P. Olivier de Sardan, « La sage-femme et le douanier. Cultures professionnelles locales et culture bureaucratique privatisée en Afrique de lOuest », in Autrepart, n°20, Paris, IRD/Armand Colin, 2001, pp. 61-73.
S. Fass et alii, Démocratie et participation politique au Sahel : la place de léducation, Paris, OCDE-Club du Sahel-CILSS, 1995, p.1.
On lira, B. Ferry, LAfrique face à ses défis démographiques : un avenir incertain, Paris, Karthala, 2007 ; J.-M. Ela et A.-S. Zoa, Fécondité et migrations africaines, les nouveaux enjeux, Paris, lHarmattan, 2006 ; J. Boute et S. DSouza, Population et pauvreté aujourdhui : les enjeux dun développement intégral, Bruxelles, Lumen Vitae, 2004.
On lira, J. Hayem, Op. cit.; F. Lisk, Op. cit.
D. Perrot, Les relations ACP/UE après le modèle de Lomé : quel partenariat ? Bruxelles, Bruyant, 2007.
Nous nous référons aux travaux de Marc-Eric Gruénais et de Alice Desclaux (revoir les notes de lecture).
On lira les travaux de J.-P. Olivier de Sardan, « La Sage femme et le douanier. Cultures professionnelles locales et culture bureaucratique privatisée en Afrique de lOuest », in Autrepart, n°20, Paris, IRD/Armand Colin, 2001, pp.61-73.
Voir, G. Blundo et J.-P. Olivier de Sardan, « La corruption quotidienne en Afrique de lOuest » in Politique Africaine, n°83, Paris, Karthala, 2001, pp.8-37.
A ce sujet, on peut se référer à lopération de titrisation des fonctionnaires initiée par le gouvernement camerounais pour faire face aux arriérés de salaires accumulés dans la fonction publique.
Pour consolider la théorie de la marchandisation des services publics, nous pouvons citer le Cameroun et y évoquer limportance prise ces dernières années par le phénomène de corruption au sein de ladministration publique en général et des services de santé en particulier. Il relève actuellement dun miracle de se faire servir dans un délai requis, dans les services hospitaliers, sans verser de largent, en contre partie directe, au personnel de santé qui est censé soccuper de votre dossier. Cette manuvre financière est un préalable à laccès aux soins et au paiement des honoraires officiels. Ces conclusions ont été confirmées par dautres enquêtes que nous avons réalisées dans les services hospitaliers sous la direction de Jean-Pierre Olivier de Sardan à Niamey et de Jean-François Médard à Yaoundé.
Pour une discussion sur la société civile en Afrique, on lira C. Allen, « Who Needs Civil Society ? » in Review of African Political Economy, vol.24, n°73, Sept.1997, pp.329-337 ; Jean-François Bayart, « Civil Society in Africa » in P. Chabal (ed.), Political Domination in Africa, Cambridge, Cambridge University Press, 1986, pp.109-125 ; T. Bierschenk, J.-P. Chauveau et J.-P. Olivier de Sardan (dir.), Courtiers en développement, Les villages africains en quête de projets, Paris, Karthala, 2000 ; M. Bratton, « NGOs in Africa : Can They Influence Public Policy ? », Development and Change, vol.21, n°1, Jan. 1990, pp.87-118 ; R. Fatton, « Africa in the Age of Democratization : the Civic Limitations of Civil Society », African Studies Review, vol.38, n°2, Sept.1995, pp.67-99 ; M. Kamto, « Les rapports Etats-société civile en Afrique », Afrique 2000, nov.1999, pp.47-52 ; C. Monga, « Civil Society and Democratisation in Francophone Africa », Journal of Modern African Studies, vol. 33, n°3, 1995, pp.359-379 ; R. Otayek, « Vu dAfrique. Société civile et démocratie. De lutilité du regard décentré », Revue internationale de politique comparée, vol.9, n°2, 2002, pp.193-212 ; R. Otayek et al., Les sociétés civiles du Sud. Un état des lieux dans trois pays de la ZSP : Cameroun, Ghana, Maroc, Op.cit. ; D. Rotchild and N. Chazan (eds.), The Precarious Balance : State and Society in Africa, Boulder, Westview Press, 1988 ; T. M. Shaw, « Popular Participation in Non-Governmental Structures in Africa : Implications for Democratic Development », Africa Today, vol.37, n°3, 1990, pp.5-22; J. Gatsi, La société civile au Cameroun, Yaoundé, Presses Universitaires dAfrique, 2000.
P.-G. Pougoué, in D. Maugenest et J. D. Boukongou (dir.), Vers une société de droit en Afrique centrale, Yaoundé, Presses de lUniversité Catholique dAfrique Centrale, 2001.
Dans sa communication à la 4ème Conférence Francophone sur le VIH/Sida (Paris, du 29 au 31 mars 2007), Didier Fassin soulignait que lhistoire ne manque pas dexemples de pandémies ayant marqué son cours depuis la crise de la peste au Moyen-âge à lurgence du choléra au 19ème siècle.
R. Masangana Diamako, Le Guide de laction politique : comment orienter laction politique en Afrique, Bruxelles, Girah Asbl, 2000.
Lire E. Gauvrit, Etat, crises et sida, Mémoire de DEA en science politique, IEP de Bordeaux, 1993.
Revoir les notes de lecture sur les analyses de Jean-Claude Thoenig sur la différenciation action publique et politiques publiques et sa préférence sur celle-là plutôt que sur celles-ci.
Il faut ici rappeler le caractère controversé de politiques antisida en Afrique du Sud et les effets de cette controverse sur les rapports de force à lintérieur des mobilisations partisanes et entre les acteurs politiques et les réseaux de la société civile sud-africaine.
Sur les dysfonctionnements de lEtat et de son appareillage administratif en général et les stratégies populaires de contournement de lEtat, il nest pas inutile de lire les travaux de J.-M. Ela, Quand lEtat pénètre en brousse : les ripostes paysannes à la crise, Paris, Karthala, 1990.
A ce sujet, on pourra lire les travaux de Bertrand Badie sur les nouvelles configurations des relations internationales avec lémergence dautres acteurs à côté de lEtat, acteur majeur et classique des relations internationales : voir B. Badie, La fin des territoires : essai sur le désordre international et sur lutilité sociale du respect, Paris, Fayard, 1995 ; Un monde sans souveraineté : les Etats entre ruse et responsabilité, Paris, Fayard, 1999 ; avec M.-C. Smouts, Le retournement du monde : sociologie de la scène internationale, Paris, Dalloz, 1999 ; voir également A. Colonomos, Sociologie des réseaux transnationaux : communauté, entreprise et individus : lien social et système international, Paris, LHarmattan, 1995.
F. Eboko, « Les sociétés africaines face au sida : périls sanitaires, enjeux internationaux et réponses politiques », in Terroirs, Revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Yaoundé, Les Grandes Editions, 2005, pp.59-65.
La TAC, Treatment Action Campaign est, à côté de la National Association of People With AIDS (NAPWA), lune des principales associations de lutte contre le Sida en Afrique du Sud intéressée par nos enquêtes de terrain. Nous y avons séjournés pendant plusieurs mois.
AAS, Association African Solidarité est lune des grosses figures sociales de lutte contre le Sida au Burkina Faso. Nous y reviendrons dans nos prochains développements.
F. Scharpf, Gouverner lEurope, Presses de Sciences Po, 2000.
P. Laborier et D. Trom, Historicités de laction publique, Paris, PUF, CURAPP, 2003.
Revenir sur les hypothèses de B. L. Smith.
Lire S.K. Mitra, Power, Protest and Participation. Local Elites and the Politics of Development in India,London, Routledge, 1992; G. Albo & alii, A different Kind of State? Popular Power and Democratic Administration, Oxford, Oxford University Press, 1993; L. Avritzer, Democracy and the Public Space in Latin America, Princeton, Princeton University Press, 2002.
B. Jouve et P. Booth (dir.), Démocraties métropolitaines. Transformation de lEtat et politiques urbaines au Canada, en France et en Grande Bretagne, Montréal, Presses de lUniversité du Québec, 2004.
G. Rocher, Introduction à la sociologie, Tome I : laction sociale, Paris, Seuil, 1968.
M. Bratton, « NGOs in Africa: Can They Influence Public Policy? », Development and Change, vol.21, n°1, Jan. 1990, pp.87-118.
Voir J. Clark, « The State, Popular Participation, and the Voluntary Sector », World Development, vol.23, n°4, 1995, pp.593-601; M. Edwards and D. Hulme (eds), Non-Governmental Organizations: Performance and Accountability Beyond the Magic Bullet, London, Earthscan, 1996.
On lira la critique de Jean-Pierre Olivier de Sardan sur lessayisme qui caractérise à ses yeux les études africanistes sur lEtat africain. Voir J.-P. Olivier de Sardan, « Etat, bureaucratie et gouvernance en Afrique de lOuest francophone. Un diagnostic empirique, une perspective historique », in Politique Africaine, n°96, Paris, Karthala, déc.2004, pp.139-162.
Jaques Commaille, « Sociologie de laction publique », in Laurie Boussaguet, Sophie Jacquot et Pauline Ravinet (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, p.413.
Cette logique renseigne sur les nouveaux paradigmes des mobilisations collectives avec en corollaire lentrisme des « publics » et non plus des « cibles » dune action publique.
Cette légitimation se fonde sur la logique des ressortissants, analysée par Jean Claude Toening et sur laquelle nous reviendrons. Il sagit en loccurrence de voir comment les personnes concernées, à linstar du slogan « soyons tous séroconcernés », investissent le champ du sida en créant des dynamiques propres aux personnes infectées ou affectées.
Cest une légitimation qui se fonde sur les connaissances acquises dans un domaine précis. Il en va dun médecin qui crée une association de lutte contre le sida ou dun juriste qui crée celle de défense des droits de lhomme, etc.
Pour commenter ces notions, nous reviendrons sur les travaux de Fred Eboko qui ont exposé ces classifications.
Voir en annexe les cartes et les notes de présentation de ces trois pays.
Olivier Giraud & Monika Steffen (Animateurs), Introduction de lAtelier 30 : « Les méthodes de la comparaison internationale en matière de politiques publiques et daction publique », 8ème Congrès de lAssociation Française de Sciences Politiques. Voir : HYPERLINK "http://sites.univ-lyon2.fr/congres-afsp/article.php3?id_article=79" http://sites.univ-lyon2.fr/congres-afsp/article.php3?id_article=79
M. Dogan et D. Pelassy, Sociologie politique comparative : problèmes et perspectives, Paris, Economica, 1988, p.129.
D.-C. Martin et C. Coulon (dir.), Les Afriques politiques, Paris, La Découverte, 1991.
G. Sartori, « Bien comparer, mal comparer », Revue Internationale de Politique Comparée, vol.1, n°1, avril 1994, p.23.
La diversité de tendances de linfection à VIH est considérable sur le continent africain à trois niveaux : au niveau de la couche sociale infectée : dans six pays, la prévalence du VIH chez ladulte est inférieure à 2%, alors que dans six autres, elle dépasse 20%. Les femmes sont plus exposées au risque et linfection survient chez elles à un âge plus jeune que chez les hommes : en 2003, on compte en moyenne 13 femmes infectées pour 10 hommes infectés. La différence est encore beaucoup plus marquée chez les jeunes de 15 à 24 ans : le ratio sétablit entre 20 femmes pour 10 hommes en Afrique du Sud et 45 femmes pour 10 hommes au Kenya et au Mali ; au niveau des configurations régionales : les sept pays dAfrique australe connaissent tous des taux de prévalence supérieurs à 17%, le Botswana et le Swaziland atteignant une prévalence dépassant 35%. En Afrique de lOuest, la prévalence du VI est beaucoup plus faible : aucun pays ne connaît une prévalence supérieure à 10% et la plupart dentre eux se situent entre un et cinq pour cent. La prévalence dans les pays dAfrique centrale et orientale se situe entre ces deux groupes, de 4% à 13% ; au niveau national, elle varie dune ville à lautre. Voir : Onusida, Rapport sur lépidémie mondiale du sida en 2004, Genève, Juillet 2004 ; voir également, F. Eboko, Pouvoir, jeunesse et sida au Cameroun : politiques publiques, dynamiques sociales et constructions des sujets, Thèse de doctorat en science politique, IEP de Bordeaux, 2002.
On lira S. de Haro, Le sida en Afrique. Des réponses associatives, Toulouse, Les Essentielles Milan, 2003.
Pour ces chiffres, voir E. Cameron in Walker et al. (dir.), Waiting to Happen-Hiv/Aids in South Africa, London, Lynne Rienner Publishers, 2004.
Le VIH comme virus de limmunodéficitaire humain responsable de lépidémie du sida.
Estimation de lOnusida : Rapport 2004 sur lépidémie mondiale de sida, Genève, juillet 2004.
Cette étude concerne lAfrique du sud, le Burkina Faso et le Cameroun. Mais, compte tenu de la similitude des situations en matière des politiques publiques de santé en Afrique et des trajectoires épidémiologiques de ces dernières années, nous décloisonnerons tant mieux se peut cette limite géographique en essayant de croiser nos hypothèses, à travers quelques incursions, sur un ensemble aussi large que possible de pays et de stratégies liées à la lutte contre le sida en Afrique.
Notre étude fait une part importante à lanalyse des effets politiques de lensemble de controverses nourries en Afrique du Sud par les politiques publiques du VIH/Sida en faisant une comparaison dépassionnée avec les modalités de la politisation de lépidémie au Cameroun et au Burkina Faso où le manque de controverses de ce type explique visiblement le défaut de politisation qui résulterait des dynamiques politiques et sociales locales.
Fred Eboko montre que lavènement du Sida comme réalité épidémiologique et épreuve de santé publique rencontre des Etats africains fragilisés par une marginalisation économique et une déliquescence des ressources matérielles et politiques. Voir : F. Eboko, Pouvoir, jeunesse et sida au Cameroun : politiques publiques, dynamiques sociales et constructions des sujets, Thèse de doctorat en science politique, IEP de Bordeaux, 2002.
Dans les travaux de Didier Fassin, tout comme dans ceux de Marc-Eric Gruénais dans une certaine mesure, on note ce type de croisement nourri par une expérience de recherches en Afrique de lOuest, en Afrique centrale et en Afrique du Sud. Le comparatisme permet à lévidence de comprendre les réalités sociopolitiques qui ne lauraient été, prises de façon isolée. Les controverses sud-africaines permettent non seulement danalyser les capacités propres aux acteurs locaux de maintenir le débat sur ces objets à partir des dynamiques locales mais aussi de saisir les effets dune politisation dont les enjeux sont issus des logiques extérieures pour les cas du Cameroun et du Burkina Faso.
Voir le calendrier de recherches joint en annexe.
M. Setbon, Pouvoirs contre SIDA. De la transfusion sanguine au dépistage : décisions pratiques en France, Grande Bretagne et Suède, Paris, Seuil, 1993.
J.-L. Laville, « Les raisons dêtre des associations », Revue du Mauss « Association, démocratie et société civile », Paris, La découverte, 2001.
Les données empiriques mobilisées dans le cadre de cette étude ont été principalement produites à partir de multiples séjours dobservation et de participation au sein des groupes de recherche, des institutions publiques et des organisations non gouvernementales de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud (TAC et NAPWA), au Burkina Faso (ALAVI, AAS et REVS+) et au Cameroun (SWAA, RECAP+, AFASO et AFSU). Dans ce cadre, une enquête de terrain a été nécessaire au Burkina Faso en 2006 et deux en Afrique du Sud : la première y fut effectuée de janvier à mars 2006 grâce à une subvention de lIFAS qui a permis notre accueil au sein du Centre for the Study of AIDS et du Centre for Human Rights de lUniversité de Pretoria et la seconde, de janvier à octobre 2007 au sein de lIFAS. Il a été possible déviter ainsi la « tentation de lillère », relative à la trop grande familiarité avec le terrain camerounais où nous avons effectué trois séjours entre 2004 et 2006 avec le soutien de lAUF. Sur les tentations qui découlent de la familiarité du chercheur avec lun des terrains détude et qui conduisent à vouloir combler ce décalage en superposant simplement les hypothèses issues du terrain connu sur le second, on lira M. Gazibo, « La démarche comparative binaire : éléments méthodologiques à partir dune analyse des trajectoires contrastées de démocratisation », Revue Internationale de Politique Comparée, vol.9, n°3, 2002, pp. 427-449.
M. Crozier et E. Friedberg, Lacteur et le système : les contraintes de laction collective, Paris, Seuil, 1977.
M. Offerlé (dir.), « La société civile en question », Problèmes économiques et sociaux, n°888, mai 2003.
On lira P. Farmer, Sida en Haïti : la victime accusée, Paris, Karthala, 1996 ; P. Farmer, « La violence structurelle et la matérialité du social », Leçon inaugurale du 9 novembre 2001 au Collège de France, Paris, Collège de France, 2002 ; D. Fassin (dir.), Afflictions : Afrique du Sud, de lapartheid au sida, Op. cit. ; D. Fassin, « Lincorporation de linégalité. Le sida comme condition sociale et expérience historique » in D. Fassin (dir.), Inégalités, Violences et migrations, les structures historiques du sida en Afrique du Sud et en Namibie, rapport définitif, Paris, déc. 2003, pp.5-21.
On lira D. Fassin, « Le sida comme cause politique. Une controverse sud-africaine sur la scène globale », Les temps modernes, aout-septembre 2002, n°620-621, pp.312-331 ; A. M. Trebilcock, « Le Sida et le lieu de travail. Les orientations que suggèrent les normes de lOIT », Revue internationale du travail, vol.128, n°1, 1989, pp.33-51 ; V. Touzé et B. Ventelou, « Sida et développement : un enjeu mondial », Revue de lOFCE, Hors série, mars 2002, pp.154-173 ; F. Eboko, « Chantal Biya : fille du peuple et égérie internationale », Politique Africaine, n°95, oct.2003, pp.93-101 ; F. Chabrol, « Le sida en Afrique subsaharienne : perceptions dun enjeu de sécurité internationale », La revue internationale et stratégique, n°46, 2002, pp.129-136.
P. Denis, « La croisade du président Mbeki contre lorthodoxie du sida », Esprit, janv.2001, pp.81-97 ; D. Fassin, « Anatomie politique dune controverse. La démocratie sud-africaine à lépreuve du sida », Critique Internationale, n°20, juil.2003, pp.92-112
A côté des travaux de Jean-Gustave Padioleau, on pourra également sintéresser aux analyses de Pierre Muller, Jean-Claude Thoenig, Yves Surel, Larry Gerston et bien dautres dune part, sur les théories de lémergence et de la construction processuelle de laction publique et de lautre, sur le défaut dinstitutionnalisation des préoccupations sociales dans laction publique. Le VIH/Sida se trouve en fait à la croisée de ces deux tendances.
Nous nous référons aux analyses de Jean-Claude Thoenig qui conseille le terme daction publique pour éviter les travers statocentrés et ultra-institutionnalistes des politiques publiques. Voir, J.-C. Thoenig, « Politiques publiques et action publique », Revue Internationale de Politique Comparée, vol.5, n°2, pp.295-314.
A ce sujet, on lira E. Demange « Genèse de laction publique de lutte contre le Sida en Ouganda » in Terroirs, Revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Yaoundé, Les Grandes Editions, 2005, pp.107-134.
J. Lagroye, « Les processus de politisation », in J. Lagroye (dir.), La politisation, Op. cit.
Voir, F. Eboko, « Introduction à la question du sida en Afrique : politique publique et dynamiques sociales », in D. Kerouedan et F. Eboko, Politiques publiques du sida en Afrique, Bordeaux, Travaux et documents n°61-62, CEAN, 1999, p.38.
J. Lagroye, « Les processus de politisation », in J. Lagroye (dir.), La politisation, Op. cit.
On rappelle ici que les premières mobilisations antisida en Afrique, notamment dans les pays observés pendant nos enquêtes, ont été le fait des catégories sociales concernées, très tôt organisées en associations et autres regroupements afin de comprendre la maladie et de répondre à ces défis. Nous y reviendrons un peu plus tard.
Pour comprendre la charge conceptuelle que nous faisons reposer sur la notion despace public, il faut lanalyser à la fois comme espace de communication et de délibération publique (Jürgen Habermas) et lieu dintervention et de lisibilité de laction publique (Jean-Pierre Olivier de Sardan).
F. Lisk, AIDS and Governance: the Development Dimension, Warwick, 2006; F. Lisk, Global Governance and HIV/AIDS, New York, WhatWorks Inc, 2005.
Voir E. Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, 1999.
Voir, F. Eboko, « Introduction à la question du sida en Afrique : politique publique et dynamiques sociales », in D. Kerouedan et F. Eboko, Politiques publiques du sida en Afrique, Bordeaux, Travaux et documents n°61-62, CEAN, 1999, p.38.
La plus impressionnante image reste celle de Nkosi. Séropositif issu de la communauté Noir, Nkosi a marqué par son témoignage, les participants du Forum mondial de lutte contre le Sida à Durban en 1994.
Nous reviendrons sur cette notion démergence que nous empruntons à Jean-Gustave Padioleau. Voir, J.-G. Padioleau, LEtat au concret, Op. cit.
On se réfère ici aux travaux de Bruno Smith. Voir, B.L. Smith, Politiques publiques et participation publique : engagement des citoyens et des collectivités dans lélaboration des politiques publiques, Direction de la santé de la population et de la santé publique, Bureau région de lAtlantique, Santé Canada, 2003.
J.-G. Padioleau, LEtat au concret, Op. cit., p.25.
Voir Nassirou Ali Bako, communication orale à lUniversité dété du Lasdel, Niamey, 2006, inédit.
Ibid.
D. Easton, A System Analysis of Political Life, New York, John Wiley, 1965.
G. Majone, Evidence, Argument and Persuasion in the Policy Process, New Haven, Yale University Press, 1989; R. Rose et P. Davies, Inheritance before Choice in Public Policy, New haven, Yale University Press, 1994.
Nous y reviendrons à travers une étude concrète des acteurs et institutions qui sont intervenus dans le cadre de la construction du sida en tant quobjet politique en Afrique du sud, au Burkina Faso et au Cameroun. Cette perspective permet également de sortir des pièges de la théorie de lagenda politique dont la tendance statocentrée conduirait à croire quune action publique nexiste que par lEtat. Notre étude consiste à analyser les acteurs étatiques et les mobilisations collectives dans les politiques publiques ou pour parler exactement comme Jean-Claude Thoenig, dans laction publique du sida. Voir, J.-C. Thoenig, « Politiques publiques et action publique », Revue Internationale de Politique Comparée, vol.5, n°2, juillet 1998, pp.295-314.
B. L. Smith, Politiques publiques et participation publique : engagement des citoyens et des collectivités dans lélaboration des politiques publiques, Direction de la santé de la population et de la santé publique, Bureau région de lAtlantique, Santé Canada, 2003.
Ibid.
On peut se référer à lactivisme sud-africain sur lequel nous reviendrons grâce à nos enquêtes et nos observations à la TAC. De façon théorique, il y a également les hypothèses de lhistoire causale de Yves Surel qui peuvent aider à appréhender les effets des images des séropositifs sur la politisation du sida en Afrique du sud.
On se réfère ici à la conférence de Maître Alain Molla, avocat au Barreau de Marseille et activiste antisida au sein de lassociation Aides dont il a été le président départemental de la délégation de Marseille. Voir, http://www.humanite.fr/journal/1997-10-06/1997-10-06-788834.
On se réfère ici à la notion de politiques publiques réactives développées par Bruno Smith. Voir, B.L. Smith, Politiques publiques et participation publique : engagement des citoyens et des collectivités dans lélaboration des politiques publiques, Op. cit.
Voir la littérature générale sur lEtat en Afrique. On lira J.-F. Médard, « LEtat clientéliste transcendé », in Politique africaine, n°1, Paris Karthala, 1981, pp.120-124 ; B. Hours, LEtat sorcier. Santé publique et société au Cameroun, Paris, Lharmattan, 1985 ; J.-F. Bayart, LEtat en Afrique. La politique du ventre, Paris, Fayart, 1989 ; D. Darbon, « LEtat prédateur », Politique africaine, n°39, Paris, Karthala, 1990, pp.37-45 ; J.-F. Médard, « LEtat patrimonial », in Politique africaine, n°39, Paris, Karthala, 1990, pp.25-36 ; J.-F. Médard (dir.), Etats dAfrique Noire : formation, mécanismes et crise, Paris, Karthala, 1991 ; B. Badie, LEtat importé, Paris, Karthala, 1992 ; J.-F. Bayart, S. Ellis et B. Hibou, La criminalisation de lEtat en Afrique, Paris, Editions Complexe, 1997 ; J.-P. Olivier de Sardan, « Etat, bureaucratie et gouvernance en Afrique de lOuest francophone. Un diagnostic empirique, une perspective historique », in Politique Africaine, n°96, Paris, Karthala, déc. 2004, pp.139-162.
On se réfère aux travaux de Pascale Laborier sur les acteurs et les institutions de mise en uvre des politiques publiques. Voir, P. Laborier et D. Trom, Historicités de laction publique, PUF, CURAPP, 2003.
J. Ellul, Lillusion politique, Paris, La Table ronde, 2004.
On se réfère ici aux travaux qui rendent compte des développements théoriques sur le corporatisme en politiques publiques. Voir, D.A. Chalmers « Corporatism and Comparative Politics », in H. J. Wiarda (ed.), New Directions in Comparative Politics, Boulder, Colorado, Westview Press, 1985.
« Depuis le mois de Septembre 2004, un laboratoire américain du nom de GEDEAD s'est implanté à Douala pour officiellement tester un médicament préventif contre le VIH/Sida. Ce médicament appelé Viread est proposé aux jeunes filles séronégatives. A raison de 4 euros par mois, des examens médicaux gratuits et une promesse de prise en charge en cas de contamination, ces jeunes filles sont encouragées à n'avoir que des rapports sexuels non protégés avec plusieurs partenaires : une sorte de prostitution déguisée. Les promoteurs de cette opération leur font savoir que ce fameux Viread les protège contre le virus, une sorte de vaccin préventif et, comme tel, elles ne pourront plus jamais être contaminées. En plus, dun point de vue humain, elles contribueraient au progrès de la science et de la médecine dans la lutte contre le VIH/Sida. Donc après avoir absorbé cette pilule sans du tout savoir ce qu'elle contient, les filles sont livrées à la nature et reçoivent 4 euros lorsqu'elles viennent mensuellement se faire tester pour le VIH/Sida mais pas pour dautres MST tout aussi graves comme les hépatites et autres maladies virales, surtout pour des sujets à qui on conseille davoir beaucoup de rapports sexuels multipartenaires sans se protéger. Selon les médias, 400 filles volontaires et pas du tout informées sur les conséquences de leur engagement ont ainsi été recrutées par un Camerounais qui aurait reçu une somme de 800$ de GEDEAD. Nombreuses filles contaminées au cours de cet essai ont purement et simplement été abandonnées dans la nature », entretien du 19 décembre 2006 à Yaoundé.
Rapport annuel du Fonds global de lutte contre le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme, 2008.
J.-G. Padioleau, LEtat au concret, op. cit., p.25.
Ibid.
Ibid.
On peut approfondir la question avec Didier Fassin pour voir que les acteurs politiques aperçoivent lépidémie du sida comme un facteur de désordre et de remise en cause de lordre social. Voir, D. Fassin, Les enjeux politiques de la santé, Paris, Karthala, 2000.
L. N. Gerston, Public Policy Making: Process and Principles, M.E. Sharpe, New York, 1997.
E. Sheppard, « Problème public », in L.
Th. R. Dye, Understanding Public Policy, Prentice Hall, Englewood Cliffs, New Jersey, 1972.
D. Fassin, (dir.), Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Paris, Karthala, 2004.
P. Muller, « Référentiel », in L. Boussaguet, S. Jacquot et P. Ravinet (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, pp.370-371.
E. Sheppard, « Problème public », Op. cit., p.351.
Emile Durkheim disait quun fait social est « normal » - au sens statistique et non moral lorsquon le retrouve dans toutes les sociétés avec une certaine régularité. Le fait social devient, sous ce rapport, « pathologique », cest-à-dire quil présente le signe dune anomalie, lorsquon enregistre statistiquement un changement soudain de régularité. On lira E. Durkeim, Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, 1999.
Lire D. Fassin, Les enjeux politiques de la santé, Paris, Karthala, 2000.
On se réfère aux diverses infortunes dont le traitement politique du sida a fait lobjet dans ces trois pays.
J. Lagroye, « Les processus de politisation », in J. Lagroye (dir.), La politisation, Op. cit.
Dans cette perspective, les acteurs reconnus comme appartenant aux champs politiques se saisissent des questions qui, au départ, relèvent plutôt dun arbitrage privé et donc du champ social. Voir, J. Lagroye, Ibid., p.365.
Il sagit ici des enjeux strictement politiques dont se saisissent en revanche les acteurs non politiques, cest-à-dire, ceux qui agissent habituellement sur des registres strictement sociaux. Voir, J. Lagroye, « Les processus de politisation », in J. Lagroye (dir.), La politisation, Op. cit.
E. Sheppard, « Problème public », Op. cit., p.352.
C. Hamidi, « Eléments pour une approche interactionniste de la politisation », in Revue Française de Science Politique, Volume 56, n°1, Paris, Presses de Sciences Po, février 2006.
C. Hamidi, Ibid., p.9.
Ibid.
Y. Mény et J.-C. Thoenig, Politiques publiques, Paris, PUF, Coll. Thémis, 1989, pp.159-160.
L. N. Gerston, Public Policy Making: Process and Principles, M.E. Sharpe, New York, 1997.
Voir en introduction, la justification du choix de terrain et des méthodes comparatives appliquées à cette étude.
Jacques Lagroye a dirigé une publication consacrée à la politisation dans laquelle les différents auteurs tentent danalyser, à partir de prismes très variés, les usages des mobilisations sociales dans les arènes politiques et inversement, les intrusions des acteurs dont les dynamiques relèvent plutôt du champ politique traditionnel, dans les enjeux sociaux. Voir, J. Lagroye (dir.), La politisation, Paris, Belin, 2003.
La théorie de lagenda politique a été développée par Jean-Gustave Padioleau. Voir, J.-G. Padioleau, LEtat au concret, Paris, PUF, 1982.
On se réfère précisément à son article dans cette uvre collective quil a dirigée. Voir, J. Lagroye, « Les processus de politisation », in J. Lagroye (dir.), La politisation, Paris, Belin, 2003, pp.359-372.
D. Fassin, Les enjeux politiques de la santé, Paris, Karthala, 2000.
N. Lydié, Les chemins du sida : migrations, mouvements de population et infection à VIH au Cameroun, Thèse de doctorat en géographie, Université de Paris I Panthéon Sorbonne, mai 2001.
Plusieurs études insistent sur les conséquences du VIH/Sida sur le développement économique des pays africains sévèrement touchés par lépidémie et, la plupart se sont intéressées au cas sud-africain pour illustrer ce désastre. A côté des travaux de J. Hayem déjà évoqués, on peut lire C. OManique, Neoliberalism and AIDS crisis in Sub-Saharan Africa : globalizations pandemic, Houndmills, Palgrave Macmillan, 2004 ; A. W. Whiteside and N. Poku, The political economy of AIDS in Africa, Aldershot, Ashgate, 2004; A. W. Whiteside and alii, The impact of HIV/AIDS on planning issues in Kwazulu-Natal, Pietermaritzburg, Town and regional planning commission, 1995; J. Dirks, The socio-economic impact of HIV/AIDS in South Africa, Bremen, Universität Bremen, Afrika Studiengruppe, 1995; F. Ahwireng-Obeng and G. Akussah, The impact of HIV/AIDS on African economics, Pretoria, Africa Institute of South Africa, 2003; J. Isaksen, Arild Spissøy and Nils Gunnar Songstad, Socio-economic effects of HIV/AIDS in African countries, Bergen, Michelsen Institute, 2002; L. Ellis and J. Terwin, The impact of HIV/AIDS on selected business sectors in South Africa, 2004, Stellenbosch, Bureau for economic research, Stellenbosch university, 2004; D. Fassin (dir.), Afflictions : Afrique du Sud, de lapartheid au sida, Op. cit.
On se réfère à la communication de Fred Eboko à latelier de Yaoundé sur « Normes, Sociétés et politiques publiques en Afrique », octobre 2006.
Pour une discussion sur les travaux qui expliquent limplosion du VIH/Sida en se fondant sur le fait que les cultures africaines favorisent le développement de la maladie, on lira Peter Sarpong, « Linfluence des pratiques culturelles sur la propagation du VIH/Sida », in M. Czerny (dir.), Sida en Afrique : que pense lEglise ?, Abidjan, Les Editions du CERAP, 2006 ; F. Nubuasah, « La stigmatisation et la discrimination », in Michael Czerny (dir.), Sida en Afrique : que pense lEglise ?, Op. cit. ; B. Bujo « Quelle morale pour le problème du Sida en Afrique ? », in M. Czerny (dir.), Ibid. ; G. Tshikendwa Matadi, De labsurdité de la souffrance à lespérance : une lecture du livre de Job en temps du VIH/Sida, Kinshasa, MédiasPaul, 2005 ; R. Downing, As They See It : The Development of the African AIDS Discourse, London, Adonis & Abbey Publishers, 2005 ; S. Mappa, Le savoir occidental au défi des cultures africaines : former pour changer ?, Paris, Karthala, 2005.
S. Sontag, La maladie comme métaphore. Le sida et ses métaphores, Paris, Christian Bourgeois, 1989.
Fred Eboko le note lorsquil souligne que lAfrique du sud est lexemple de la dissidence active face aux politiques publiques du sida proposées par lOMS au milieu des années 80. Voir F. Eboko, « Les sociétés africaines face au sida : périls sanitaires, enjeux internationaux et réponses politiques », in Terroirs, Revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Yaoundé, Les Grandes Editions, 2005, pp.59-65
Flavien Ndoko, entretiens des 11 et 17 novembre 2004 à Yaoundé (Cameroun).
Donna Smith, entretien du 23 février 2006 à Soweto, Johannesburg (Afrique du Sud).
La mise en cause de létranger illustrée également dans le débat sur lorigine du sida nest pas propre à cette épidémie. Les noms que portait la syphilis au moment où elle semait le désastre en Europe au XVème siècle montrent à suffisance le besoin dattribuer une origine étrangère à une maladie redoutée : à cette époque, la syphilis était nommée variole française en Angleterre, morbus germanicus à Paris, maladie de Naples à Florence, mal chinois au Japon. Lire S. Sontag, La maladie comme métaphore. Le sida et ses métaphores, Op. cit.
Jusquà une date très récente, lhomosexualité était considérée comme un délit sanctionné par la loi pénale. Si au Cameroun et au Burkina Faso la loi na pas changé, en Afrique du Sud, la Constitution postapartheid de 1996, interdisant expressément la discrimination fondée sur les pratiques sexuelles a ouvert quelques droits aux homosexuels, si bien que la Cour Constitutionnelle a récemment ordonné au gouvernement de légaliser le mariage homosexuel. En novembre 2006, le Parlement sud-africain a émis un vote favorable pour le mariage des personnes homosexuelles dans ce pays. Au Cameroun, on se souviendra encore de ce qui est devenu le scandale public de la fin de lannée 2005 suite à la publication par un Journal local de la liste des prétendus « homosexuels de la Nation ». Dans tous les cas, la réalité na pas changé car les mentalités évoluent moins vite que le droit.
En Afrique du Sud, pendant les régimes dapartheid le Sida était la maladie des Noirs alors quau Cameroun et au Burkina Faso, elle était la maladie des Blancs.
P. Lascoumes « Controverse », in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, pp.123-130.
P. Laborier et D. Trom, Historicités de laction publique, Paris, PUF, CURAPP, 2003.
N. Lydié, Les chemins du sida : migrations, mouvements de population et infection à VIH au Cameroun, Op. cit.
Actuelle République Démocratique du Congo.
En 1986, The Times présentait Kinshasa comme la « capitale mondiale du sida », suite aux premiers résultats denquêtes sociologiques publiés aux Etats Unis estimant à environ 3500 le nombre de Kinois (habitants de Kinshasa) atteints du sida.
M.D. Grmek, Histoire du sida, Paris, Payot, 1990.
S. Nédélec, « Repères chronologiques » in Le Journal du sida, n°86-87 spécial Afrique, 1996.
Nous reviendrons sur les perspectives théoriques de Bruce Smith qui présentent les politiques publiques réactives comme celles pour lesquelles les référentiels sont élaborés en réaction aux sollicitations parfois imprévisibles qui surviennent en résolvant dautres questions sociales. Voir : B. Smith, Politiques publiques et participation publique : engagement des citoyens et des collectivités dans lélaboration des politiques publiques, Direction de la santé de la population et de la santé publique, Bureau de la Région de lAtlantique, Santé Canada, 2003.
F. Eboko, « Les sociétés africaines face au sida : périls sanitaires, enjeux internationaux et réponses politiques », in Terroirs, revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Yaoundé, Les Grandes Editions, 2005, pp.59-65.
Limaginaire populaire aidé par le refus des pouvoirs publics de sintéresser à la question du Sida, a forgé diverses représentations fausses du malade et de lépidémie du Sida. On a longtemps enseigné plusieurs équations en lien avec le Sida : pour Thabo Mbeki, nouveau président sud-africain à partir de 1999, le Sida=maladie des Blancs ; pour Pascal Lissouba, alors président du Congo, le Sida + la drogue=Rwanda ; pour les jeunes des milieux populaires de Yaoundé, le Sida signifie Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux ; pour Jacob Zuma, ancien Vice président sud-africain et récemment élu président de lANC, après une relation sexuelle à risque, cest-à-dire, après une relation sexuelle avec un individu supposé séropositif, on peut se mettre à labri de la contamination en prenant rapidement une douche.
Fred Eboko montre que lavènement du sida comme réalité épidémiologique et épreuve de santé publique rencontre des Etats africains fragilisés par une marginalisation économique et une déliquescence des ressources matérielles et politiques. Voir, F. Eboko, Pouvoir, jeunesse et sida au Cameroun : politiques publiques, dynamiques sociales et constructions des sujets, Thèse de doctorat en science politique, IEP de Bordeaux, 2002 ; on lira également M.-E. Gruénais et al., « Le sida en Afrique, un objet politique ? », in Bulletin de lAPAD.
J. Leca, « Sur le rôle de la connaissance dans la modernisation de lEtat et le statut de lévaluation », Revue française dadministration publique, Paris, Institut International dAdministration Publique, n°66, avril-juin 1993.
S. Nédélec, « Repères chronologiques » in Le Journal du sida, n°86-87 spécial Afrique, Op. cit., pp.4-8.
Le VIH/Sida est aujourdhui lun des révélateurs de linexistence du système de sécurité sociale en Afrique où divers travaux anthropologiques ont clamé la soi-disant solidarité sociale. Il ne suffit pas dadopter des politiques daccès gratuit aux antirétroviraux mais il faut également penser aux problèmes très larges que soulève lépidémie à légard du système de sécurité sociale. Ce dautant plus que le VIH/Sida se développe au sein des couches sociales les plus pauvres et les plus vulnérables qui nont pas de revenu sûr ou qui ont des revenus si faibles quelles ne peuvent pas se loger, ne peuvent pas accéder au système de santé et ne peuvent pas se nourrir alors que les antirétroviraux exigent une bonne alimentation. Certains malades rencontrés à Soweto se retrouvent avec des antirétroviraux mais sans avoir la possibilité de se nourrir pendant plusieurs journées entières. La mise sous traitement nécessite une restructuration du système de santé publique, notamment dans le cadre des mécanismes hospitaliers de la surveillance épidémiologique et de la prise en charge thérapeutique des personnes sous antirétroviraux. Voir A. Desclaux et C. Raynaut (dir.), Le dépistage VIH et le conseil en Afrique au sud du Sahara. Aspects médicaux et sociaux, Paris, Karthala, 1997.
Il sagit ici de la Conférence internationale sur le sida qui sétait tenue à Bruxelles en octobre 1985.
De 700 cas en 1985, lAfrique subsaharienne se retrouve en fin 2006, soit un peu plus de 20 ans après, avec environ 25 millions de personnes atteintes par le VIH/Sida, soit environ 70% des personnes infectées par lépidémie sur la planète vivent en Afrique alors que ce sous continent nabrite que 10% de la population mondiale.
Fondé par David Tambo au moment de lapartheid, lANC a soutenu la candidature de Nelson Mandela au cours des premières élections démocratiques multiraciales de 1994. Elu à cet effet, comme premier président Noir dAfrique du sud, Mandela sévertuera, tout au long de son mandat, à faire de lAfrique du Sud un pays où Blancs et Noirs cohabitent en paix, malgré le poids du passé. Le 27 mars 1999, devant le Parlement, il prononce son dernier discours après cinq années à la présidence. Celui qui déclarait : « Nous sommes perçus comme le seul pays qui ait donné au monde un moyen de résoudre ce qui était considéré comme dinsolubles problèmes » quittera volontairement le pouvoir à 80 ans, après les secondes élections du 2 juin 1999.
Sur le nationalisme Zoulou, on lira D. Golan, Inventing Shaka : using history in the construction of Zulu nationalism, Boulder, Lynne Rienner, 1994.
Voir S. Buthelezi et A. Bujra, Leadership, civil society and democratisation in Africa : case studies from Southern Africa, Addis Ababa, Development policy management forum, 2002; E. Le Roux et S. Buthelezi, South Africa since 1994: lessons and prospects, Pretoria, Africa Institute of South Africa, 2002; S. Buthelezi, South Africa: the dynamics and prospects of transformation, Harare, SAPES Books, 1995.
On lira le texte de Buthelezi lui-même, voir G. Buthelezi, Policy speech, first session of the fifth Kwazulu Legislative Asssembly, inédit, 1989; on lira également Mzala et A. Bouillon, Buthelezi et lInkatha : le double jeu, Paris, LHarmattan, 1993 ; Mzala, Gatsha Buthelezi : chief with a double agenda, London, Zed Books, 1988 ; G. Maré et G. Hamilton, An appetite for power : Buthelezis Inkatha and South Africa, Johannesburg, Ravan Press, 1987.
« En Afrique du Sud, les dissidents de lANC lancent leur propre parti », Le Monde, le 4 novembre 2008.
C. Soares, « Zuma : it was painful but Mbeki had to go », Independent, le 23 septembre 2008; J.-P. Rémy, Léviction de Thabo Mbeki crée des turbulences en Afrique du Sud, Le Monde, le 26 septembre 2008.
Y. Surel, « Idées, intérêts, institutions dans lanalyse des politiques publiques », Pouvoirs, n°87, 1998, pp.161-178.
Fred Eboko, ibid.
Y. Surel, « Idées, intérêts, institutions dans lanalyse des politiques publiques », Pouvoirs, n°87, 1998, pp.161-178.
Voir, M.-E. Gruénais, «« Pouvoirs, jeunesses et sida au Cameroun. Politique publique, dynamiques sociales et constructions des sujets » par Fred A.C. Eboko, thèse pour le Doctorat en Science politique, sous la direction de JeanFrançois Médard», in Le bulletin de l'APAD, n° 22, Gouvernance foncière au quotidien en Afrique, Op. cit.
Y. Surel, « Idées, intérêts, institutions dans lanalyse des politiques publiques », Pouvoirs, n°87, 1998, pp.161-178.
On peut se référer à la polémique sur la publication en janvier 2006 des listes dhomosexuels présumés parmi lélite politique et intellectuelle camerounaise. Cette question a rapidement été politisée parce que semble-t-il, elle remettait en cause des valeurs sociales camerounaises qui voudraient que lacte sexuel soit exclusivement le fait dun homme et dune femme. Au Burundi, le nouveau code pénal adopté ce 21 novembre 2008 proscrit expressément lhomosexualité. Cette pratique sexuelle est désormais passible de 2 ans de prison alors quelle était encore tolérée dans lancien code pénal.
Dans la plupart des pays dAfrique lhostilité et lagressivité sont très fréquentes vis-à-vis des homosexuels. Elles sont parfois alimentées par des propos homophobes des hommes politiques, explique Jean-Michel Mbarga lors dun entretien à Yaoundé en décembre 2004. Au Cameroun, le président Biya a renvoyé la question de lhomosexualité dans le domaine du privé. En Afrique du sud, Jacob Zuma, ancien vice-président et possible candidat à la présidentielle de 2009, déclarait en septembre 2006 que le mariage homosexuel était une disgrâce « pour la nation et pour Dieu », avant dajouter : « Quand jétais jeune homme, je naurais jamais laissé un homosexuel mapprocher : je lui aurais cassé la gueule ». Au Zimbabwe, le président Robert Mugabe a déclaré que les homosexuels étaient « pires que des porcs ou des chiens ». En Ouganda, le président Yoweri Museveni a demandé à la police de faire des rafles dans les milieux homosexuels.
Expressions utilisées par le Chef du village de Nkolmessen, dans la banlieue ouest de Yaoundé, pour désigner le côté immoral des canaux de transmission du virus du Sida.
Au début des années 80.
Le 9 janvier 2008, le Tribunal de Grande Instance du Wouri à Douala a condamné trois Camerounais soupçonnés dhomosexualité à six mois de prison ferme : « Lazare Baeeg, Emmanuel Balep et Tony Dikonguè, trois homosexuels présumés placés sous mandat de dépôt à la prison centrale de Douala depuis le 30 août 2007, sont fixés sur leur sort. Le verdict du tribunal de grande instance du Wouri est tombé mercredi 9 janvier 2008. Ils écopent de six mois de prison ferme et 50 000 FCFA damende chacun », écrivait H. Foimoukom à La Une du quotidien camerounais, Le Messager, 16 janvier 2008.
M. Mbali, « HIV/AIDS policy-making in post-apartheid South Africa », in A. Habib, J. Daniel and R. Southall (eds.), State of the Nation: South Africa 2003-2004, Cape Town, Human Sciences Research Council Press, 2003.
R. Sher, « HIV infection in South Africa, 1982-1989, A-review », in South African Medical Journal, n°76, 1989, pp.314-318.
M. Mbali, « HIV/AIDS policy-making in post-apartheid South Africa », in A. Habib, J. Daniel and R. Southall (eds.), State of the Nation: South Africa 2003-2004,Op. cit.
Dun seul cas de séropositif identifié en 1981, lAfrique du Sud abrite en 2007 environ 5 millions de personnes séropositives faisant de la Nation arc-en-ciel le pays le plus touché de la Planète en nombre de personnes vivant avec le VIH/Sida.
F. Le Marcis, « Lempire de la violence. Un récit de vie aux marges dun township » in D. Fassin (dir.), Afflictions : LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Op. cit.
Propos de Donna Smith, présidente du Forum for Emplowerment of Women. Cest une organisation non gouvernementale qui travaille avec des lesbiennes noires dans les townships. Elle est membre de la Coalition des lesbiennes africaines qui fédère des associations de 14 pays parmi lesquels le Cameroun.
On peut se référer aux travaux du Britannique Edward Evans-Pritchard qui a découvert par exemple que les guerriers azandés du Nord du Congo avaient lhabitude de se marier avec de jeunes hommes qui faisaient office dépouses temporaires. Mais, cette pratique aurait disparu au début du XXème siècle. Voir E. Evans-Pritchard, Les Anthropologues face à lhistoire et à la religion, Paris, Presses universitaires de France, 1974 ; E. Evans-Pritchard, Parenté et mariage chez les Nuers, Paris, Payot, 1973. On pourra également se référer aux études sociologiques plus récentes encore sur les lieux et les moments de « visibilités » de lhomosexualité africaine. Voir C. Gueboguo, La question homosexuelle en Afrique : le cas du Cameroun, Paris, lHarmattan, 2006 ; M. Epprecht, Hungochani : the history of a dissident sexuality in Southern Africa, Montréal, McGill University Press, 2004 ; E. Cameron and M. Gevisser, Defiant desire, New York, Routledge, 1995.
Pour le cas sud-africain, on peut se référer à L. Eksteen, « Gay plague : More Victims ? », Sunday Times, 9 janvier 1983.
Propos dun médecin, ancien Conseiller technique dans un Ministère de la santé dun des pays sur lesquels nous avons travaillé et qui a insisté sur son anonymat.
Entretien avec un activiste camerounais rencontré à Nairobi pendant le Forum Social Mondial et qui a voulu être anonyme. Nairobi, 24 janvier 2007.
P. Ricur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1997.
On peut ici revenir aux hypothèses de Sontag sur le besoin dassocier un visage détranger à une épidémie. Voir, S. Sontag, La maladie comme métaphore. Le sida et ses métaphores, Op. cit.
On lira J. Leca et M. Grawitz, Traité de science politique. T.4 : les politiques publiques, Paris, PUF, 1985
C. Raynaut, « comment évaluer les politiques publiques de lutte contre le sida en Afrique ? », in Barré J.-F. (dir.), Lévaluation des politiques de développement. Approches pluridisciplinaires, Paris, LHarmattan, 2001, p.333.
N. Lydié, Les chemins du sida : migrations, mouvements de population et infection à VIH au Cameroun, Op. cit., p.21.
Adamou Ouedraogo, entretien du 24 juin 2004 à Nice.
On lira P. Viens, « Le GPA attendait des PNLS une soumission totale
», in Le journal du sida, n°86-87, numéro spécial Afrique, pp.106-108.
N. Lydié, Les chemins du sida : migrations, mouvements de population et infection à VIH au Cameroun, Op. cit., p.21.
F. Eboko, « Les sociétés africaines face au sida : périls sanitaires, enjeux internationaux et réponses politiques », in Terroirs, revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Op. cit.
On lira la restitution de la thèse de Fred Eboko par Marc-Eric Gruénais. Voir, M.-E. Gruénais, «« Pouvoirs, jeunesses et sida au Cameroun. Politique publique, dynamiques sociales et constructions des sujets » par Fred A.C. Eboko, thèse pour le Doctorat en Science politique, sous la direction de JeanFrançois Médard», Le bulletin de l'APAD, n° 22, Gouvernance foncière au quotidien en Afrique, mis en ligne le : 14 avril 2006. URL : http://apad.revues.org/document269.html. Consulté le 22 novembre 2006.
Entretien avec Peter Olushibe, expert à la Banque Mondiale.
Pour une discussion sur la culture Maasai, on lira X. Van der Stappen, Les Maasaï : pays, histoire, économie, environnement, croyances, culture matérielle, Tournai, Renaissance du livre, 2002 ; X. Péron, Loccidentalisation des Maasaï du Kenya : privatisation foncière et destruction sociale chez les Maasaï du Kenya, Paris, lHarmattan, 1995 ; M. Rutten, Selling wealth to buy poverty : the process of the individualization of landownership among the Maasaï pastoralists of kajiado District, Kenya, 1890-1990, Saarbrücken, Breitenbach Verlag, 1992.
F. Lisk, AIDS and Governance: the Development Dimension, Warwick, 2006.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005, p.24.
Frédéric Le Marcis le note au sujet des ghettos et des Townships qui représentent un terreau fertile où prospère le sida en Afrique du sud. La séroprévalence y atteindrait 35% alors que la moyenne nationale est de 20%. Voir, F. Le Marcis, « Lempire de la violence. Un récit de vie aux marges dun township » in D. Fassin (dir.), Afflictions : LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Op. cit.
F. Eboko, Pouvoir, jeunesse et sida au Cameroun : politiques publiques, dynamiques sociales et constructions des sujets, Op. cit.
J. Kingdon, Agendas, Alternatives and Public Policies, Boston, Little, Brown and Co, 1984.
P. Favre (dir.), Sida et Politique. Les premiers affrontements (1981-1987), Paris, LHarmattan, 1992 ; on lira également de façon un peu plus générale sur les politiques publiques, R. Cobb et C. Elder, Participation in American Politics : The Dynamics of Agenda-Building, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1972.
D. Stone, « Casual Stories and the Formation of Policy Agendas, Political Science Quaterly, n°104, 1989, pp.281-300; C. Radaelli, Logiques de pouvoirs et récits dans les politiques publiques de lUnion européenne, Revue française de science politique, numéro spécial, « Les approches cognitives des politiques publiques », avril 2000, pp.255-275.
M. Cohen, J. March et J. Olsen, A Garbage Can Model of Organizations Choices, Administrative Science Quaterly, n°17, 1972, pp.1-25.
Crozier M. et Friedberg E., Lacteur et le système : les contraintes de laction collective, Paris, Seuil, 1977.
P. Favre (dir.), Sida et Politique. Les premiers affrontements (1981-1987), Paris, LHarmattan, 1992.
P. Benkimoun, Mort sans ordonnance, Hachette Littérature, Paris, 2002.
Cfr. Le cas des premières mobilisations, autour de Michel de Foucault, de ce qui allait devenir Aides en France.
On lira P. Benkimoun, Mort sans ordonnance, Hachette Littérature, Paris, 2002.
Il faut reconnaître que les militants antisida ont profité dun contexte politique favorable à lémergence des acteurs privés, avec les élans et les contraintes de la démocratisation en Afrique. Voir, P.-G. Pougoué, in D. Maugenest et J.D. Boukongou (dir.), Vers une société de droit en Afrique centrale, Yaoundé, PUCAC, 2001.
Quinze associations africaines de lutte contre le sida, issues de huit pays, se sont réunies pour mettre en place le Réseau Afrique 2000 avec lappui logistique et méthodologique de lassociation française Aides. Voir, S. de Haro, Le sida en Afrique. Des réponses associatives, Paris, Les Essentiels Milan, 2003.
Voir F. Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
Pour bien suivre cet épisode du déclenchement de la politique de lutte contre le sida en Ouganda, on peut aussi se référer à la thèse de Nathalie Lydié. Voir, N. Lydié, Les chemins du sida : migrations, mouvements de population et infection à VIH au Cameroun, Op. cit.
Fred Eboko se demande pourquoi, alors que le sida fait lobjet dune forte appropriation du chef de lexécutif dans dautres pays, au Cameroun, le chef de lEtat est quasi absent du débat. Voir, F. Eboko, Pouvoir, jeunesse et sida au Cameroun : politiques publiques, dynamiques sociales et constructions des sujets, Op. cit.
Y. Surel, in P. Muller et Y. Surel, Lanalyse des politiques publiques, Paris, Montchrestien, 1998.
En Afrique du Sud, les entreprises privées sont à lavant-garde des grandes campagnes de lutte contre le VIH/Sida ce dautant plus que dans ce pays, les premières victimes sont les employés dans grandes sociétés minières. Lire J. Hayem, « Histoire collective et responsabilité individuelle. Conditions de mobilisation contre le sida dans les mines » in Fassin D. (dir.), Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Paris, Karthala, 2004.
On se réfère ici aux campagnes nationales de formation des « pairs éducateurs » au Cameroun et au Burkina Faso. Selon ce concept de « pair éducateur », chaque milieu social devait avoir une équipe déducateurs spécialement formés pour la sensibilisation, issus de ce milieu et choisis parmi les leaders capables dinfluer sur les comportements et les choix sexuels de leurs pairs ou semblables. Dans ce cadre, il y a eu plusieurs sessions de formation des pairs éducateurs dans les entreprises privées et publiques, dans les écoles, les universités et les milieux dapostolat religieux, financées par lOnusida.
J.-G. Padioleau, LEtat au concret, Op. cit.
Ibid., p.26.
F. Eboko, Pouvoir, jeunesse et sida au Cameroun : politiques publiques, dynamiques sociales et constructions des sujets, Op. cit., p.220.
Paradoxalement, lAfrique du sud a été en 1996 le premier pays au monde à se doter dune Constitution qui protège explicitement ses citoyens contre toutes les formes de discrimination liées à lorientation sexuelle. Cest dailleurs en se fondant sur la Constitution que la Cour Constitutionnelle a récemment ordonné au gouvernement de légaliser le mariage homosexuel. Et, depuis le 30 novembre 2006, deux personnes de même sexe peuvent sunir devant un Officier dEtat civil en Afrique du sud. En conséquence, lAfrique du sud abrite aujourdhui encore la communauté gay et lesbienne la plus visible du Continent africain où lhomosexualité est souvent clandestine, présentée comme un héritage du colonialisme et de la culture blanche, contraire à la tradition africaine.
On peut se référer ici aux travaux commandés par le Président Thabo Mbéki. Voir, « Presidential AIDS Advisory Panel Report: A synthesis report of the deliberations by the panel of experts invited by the President of the Republic of South Africa, the Honourable Mr Thabo Mbeki », mars 2001, 134p. Voir, HYPERLINK "http://www.info.gov.za/otherdocs/2001/aidspanelpdf.pdf" http://www.info.gov.za/otherdocs/2001/aidspanelpdf.pdf, consulté le 25 mars 2007.
Nous pensons ici aux nombreux entretiens que nous avons eus pendant notre séjour de terrain à Soweto avec différentes enquêtes à lhôpital Chris Hani Baragwanath de Soweto, qui serait le plus grand centre hospitalier dAfrique.
Le procès de Pretoria en 2001 a mis en lumière les nouvelles orientations politiques du gouvernement sud-africain en matière de la lutte contre le Sida même si, au lendemain de ce procès, les mouvements militants ont été obligés de reprendre larme de la lutte pour contraindre le gouvernement à honorer ses engagements vis-à-vis des personnes vivant avec le VIH/Sida en Afrique du sud. Voir, M. Mbali, « HIV/AIDS policy-making in post-apartheid South Africa », in Habib A., Daniel J. and Southall R. (eds), State of the Nation: South Africa 2003-2004, Op. cit.
Les témoignages convergent dans les trois pays de notre étude pour affirmer le rôle pionnier des chercheurs en médecine dans les premières mobilisations antisida au niveau national et international en participant à des forums et conférences sur le Sida.
En Afrique du Sud, on évoque souvent le cas de la NAPWA dont est issue la TAC et au Burkina Faso, AAS. Au Cameroun, AFSU semble jouer le rôle davant-garde dans le cadre de la mobilisation des personnes vivant avec le VIH/Sida même si son impact au niveau local a été victime de la discrétion de ses membres compte tenu de la stigmatisation des séropositives dans ce pays.
Cest une réalité propre à lAfrique du Sud où les homosexuels se sont affirmés dans les mouvements de lutte contre le Sida tel que les activistes de GASA.
Ici, nous pensons au rôle du Juge Edwin Cameron et ses collègues dans le chantier de la constitution sud-africaine de 1996 y incluant expressément la lutte contre les discriminations fondées sur les orientations sexuelles.
On lira M. Mbali, « HIV/AIDS policy-making in post-apartheid South Africa », in Habib A., Daniel J. and Southall R. (eds.), State of the Nation: South Africa 2003-2004, Op. cit.
A ce sujet, lAfrique du sud est considérée comme à lavant garde du combat contre toutes les formes de discriminations : elle a été en 1996 le premier pays au monde à se doter dune Constitution protégeant ses citoyens contre toute discrimination liée à lorientation sexuelle et vient depuis le 30 novembre 2006 de légitimer des couples de même sexe.
Lettre de Zachie Achmat aux activistes du VIH/Sida, Centre for Health Policy (CHP), University of Witwatersrand, Resource Room, A Letter from Zackie Achmat, Zackie Achmat, TAC : HIV & AIDS Treatment Action Campaign : A Reading Package for Treatment Action Campaign Volunteers : HIV/AIDS : An Activists Guide to Treatment Rights and Literacy : Building a movement to secure the rights and dignity and access to treatment for people with HIV and AIDS ». Zackie Achmat « A Letter from Zackie Achmat ».
Cet événement marque le début de la Treatment Action Campaign en Afrique du sud.
Cette notion dérivée du latin dont elle garde tout son sens désigne la personnalité quune juridiction civile peut entendre, sans autres formalités, dans le but de rechercher des éléments propres à faciliter son information sur la question en conflit. Car, malgré la critique selon laquelle le gouvernement n'a uvré ni assez ni suffisamment vite pour combattre la HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Pand%C3%A9mie" \o "Pandémie" pandémie qui afflige peut-être 18% de la population du pays, les militants luttant contre le Sida ont accompagné ce gouvernement lorsqu'il a défendu la production de médicaments génériques moins coûteux par les pays les moins avancés, et remporté le procès entrepris par des sociétés pharmaceutiques multinationales en HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Avril" \o "Avril" avril HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/2001" \o "2001" 2001.
Il faut dire quà cette période, le Cameroun et le Burkina Faso sont déjà à un peu plus de 10 ans de relative politisation ou de lémergence du sida comme problème politique, si on se limite au simple fait que les instances politiques se soient saisies de la question malgré le fait quinversement, les ressources allouées à la lutte contre cette épidémie y soient de loin moins significatives que celles que le gouvernement sud-africain y affectera dès les premières instances de lémergence du sida comme affaire publique en Afrique du sud.
J.-G. Padioleau, LEtat au concret, Op. cit.
On peut approfondir cette question grâce aux travaux synthétiques de Paul Ricur. Voir, P. Ricur, Lectures 1 : autour du politique, Paris, Seuil, 1999.
F. Eboko, in R. Otayek et alii, Les sociétés civiles du sud : un état des lieux dans trois pays de la ZSP : Cameroun, Ghana, Maroc, Paris, Etudes du Ministère des Affaires Etrangères, 2004.
Ibid.
L. Achilli et Fabienne Hejoaka, Les associations dans la réponse à lépidémie VIH/Sida au Burkina Faso, Face à Face, Revue électronique, Université Victor Segalen Bordeaux II, juin 2005.
Né le 18 mars 1936 à Johannesburg, Frederik Willem de Klerk est issu dune famille installée dans le pays depuis trois siècles et pro-apartheid. Il entre en politique et devient ministre dans le gouvernement du Premier ministre Voster en 1978. À la tête du Parti National de Transvaal en 1982, il succède à Peter Botha en février 1989. Il engage alors à partir de 1990, une réforme politique et institutionnelle en faveur des Noirs. En juin 1991, il abolit les lois fondant lapartheid et sort Nelson Mandela de prison. Son gouvernement élabore une nouvelle constitution destinée à écarter plus de trois siècles de racisme institutionnalisé. Celle-ci entrera en vigueur en 1994, après les premières élections multiraciales qui portent Nelson Mandela au pouvoir face à son adversaire sortant. Frederik de Klerk reste cependant associé aux affaires de lÉtat, à la demande de Nelson Mandela, de 1994 à 1996, puis se retire de la vie politique. En décembre 1993, il partage le prix Nobel de la paix avec Nelson Mandela. Depuis, il voyage à travers le monde pour donner des conférences.
Rolihlahla Nelson Mandela est né le 18 juillet 1918 à Qunu (près de Umtato, Transkei). Il est membre fondateur des ANCYL en 1944. En 1967, il succède, en captivité, au défunt Lutuli au poste suprême de président général de lANC. Le combat de Mandela visait une société égalitaire entre tous les citoyens sud-africains. Lorsquil est arrêté, jugé et condamné à une peine demprisonnement à perpétuité, il dira quaprès avoir mené des actions pacifiques, il avait abouti à la conclusion que seule la violence pouvait changer la situation en Afrique du Sud. A cet effet, il ne sera jamais considéré comme un prisonnier politique par Amnesty International, qui déclarait dailleurs dans un quotidien finlandais Helsinger Sanomat du 13 septembre 1985 : « Amnesty International a constaté la participation de Mandela dans lélaboration dactes de sabotage et dans la fomentation de la violence. Il ne remplit donc pas les conditions pour être classé dans la catégorie des prisonniers politiques ». Mandela est finalement libéré en 1990 par le gouvernement du Parti National dirigé par Frederick de Klerk, lequel sengagera par la suite sur la voie de légalité des droits et de labolition de lapartheid.
De par son histoire, lAfrique du Sud se veut désormais à lavant-garde du combat pour lélimination de toutes les formes de discrimination. Elle vient pour cela de légitimer les couples de même sexe. Mais, protection juridique ne signifie pas acceptation sociale car, les mentalités évoluent moins vite que le droit. En février 2007, Zoliswa Nkonyama est morte, victime de lhomophobie, dans un township de la banlieue du Cap. Le seul reproche fait à cette jeune fille de 19 ans est dêtre lesbienne. Elle est morte après avoir été poursuivie par la foule, frappée à coups de clubs de golf, de briques et de poignard. Jusquà ce jour, personne na été inquiété par la justice suite à ce meurtre, souligne Donna Smith.
Cest une retranscription dun entretien obtenu auprès dun haut fonctionnaire à la Commission parlementaire sur le VIH/Sida et très influent à lANC.
Il sagit de « Presidential AIDS Advisory Panel Report: A synthesis report of the deliberations by the panel of experts invited by the President of the Republic of South Africa, the Honourable Mr Thabo Mbeki », mars 2001, Op. cit.
LAZT nest pas un nouveau médicament. Il na pas été créé pour le traitement du sida et nest pas un produit antiviral. LAZT est un composé chimique qui a été développé comme agent de chimiothérapie contre le cancer il y a plus de 30 ans. Nous savons que la chimiothérapie travaille en éliminant les cellules. Lapprobation de ce produit extrêmement toxique comme traitement du sida a été faite sur des informations qui suggéraient que lAZT pouvait permettre une augmentation du nombre des cellules T et par conséquent permettre de retarder un des éléments qui était considéré comme faisant partie du sida, à savoir la baisse des cellules T.
La névirapine est un type de médicament anti-VIH qui est pris deux fois par jour, avec ou sans nourriture, dans le cadre de certaines multithérapies administrées aux personnes vivant avec le VIH/sida. Pour expliquer son mécanisme daction, il faut dabord expliquer certaines caractéristiques du VIH. Lorsque le VIH pénètre dans une cellule, il finit par en prendre le contrôle. Ensuite, il force la cellule à fabriquer dautres copies de VIH. Pour ce faire, les cellules ont recours à des protéines appelées enzymes. Lorsque laction de ces enzymes est affaiblie ou bloquée, la production de VIH ralentit ou sarrête. La névirapine appartient à un groupe de médicaments, appelés inhibiteurs non nucléotidiques de la transcriptase inverse, qui ciblent une enzyme appelée transcriptase inverse. Les cellules infectées par le VIH utilisent cette enzyme pour faire de nouvelles copies virales. Puisque la névirapine a la faculté daffaiblir lactivité de cette enzyme, elle fait en sorte que les cellules infectées par le VIH produisent moins de nouveaux virus. La névirapine est utilisée en association avec plusieurs autres médicaments appartenant à des catégories différentes, notamment les inhibiteurs nucléotidiques de la transcriptase inverse et les inhibiteurs de la protéase. Ce genre de combinaison sappelle une multithérapie antirétrovirale fortement active. Pour être efficace, la névirapine doit se prendre en combinaison avec au moins deux autres médicaments anti-VIH.
Sur ces questions, on pourra lire Mbali, « HIV/AIDS policy-making in post-apartheid South Africa », in Habib A., Daniel J. and Southall R. (eds.), State of the Nation: South Africa 2003-2004, Op. cit.
J.-G. Padioleau, LEtat au concret, Op. cit., p.41.
On se réfère ici aux débats sur les populations dites à risque et sur la place des mouvements migratoires dans la diffusion des épidémies. Voir S. Sontag, La maladie comme métaphore. Le sida et ses métaphores, Paris, Christian Bourgeois, 1989.
Cette légitimité qui se fonde sur les connaissances acquises dans un domaine précis, rend compte dans le cas despèce de ce que Fred Eboko appelle le « biopouvoir ». En règle générale, elle est associée aux cas de nombreux médecins qui créent des associations de lutte contre le sida ou des juristes qui créent celles de défense des droits de lhomme, etc.
Cette légitimité se fonde sur la logique « du ressortissant », analysée par Jean Claude Thoening. Il sagit en loccurrence de voir comment les personnes concernées, à linstar du slogan « soyons tous séro-concernés », investissent le champ du sida en créant des dynamiques associatives propres aux personnes infectées ou affectées.
Y. Surel, « Idées, intérêts, institutions dans lanalyse des politiques publiques », Pouvoirs, n°87, 1998, pp.161-178.
Gay Association of South Africa (GASA) fut créée en 1982 à Johannesburg par la fusion de trois organisations homosexuelles. Peu de temps après sa création, elle devint une organisation nationale avec un peu plus dun millier dadhérents en 1983. Elle était essentiellement composée dhomosexuels blancs, de classe moyenne et se consacrait au développement daide sociale aux homosexuels dans un contexte de discrimination et de stigmatisation fondées sur lorientation sexuelle. Voir, M. Gevisser, « Another fight for freedom », in E. Cameron and M. Gevisser, (eds.) Defiant Desire: gay and lesbian lives in South Africa, Johannesburg, Raven Press, 1994.
Ces coupures sont encore disponibles au Gay and Lesbian Archive, à la South African History Archive, à luniversité du Witwatersrand à Johannesburg.
L. Eksteen and Ch. Erasmus, « Concealment by AIDS victims », vol. 8.5, « Gays angry over blood transfusion poster » The Citizen, 29 January 1986, p. 15.
On peut se référer à H. Philips, « AIDS in the Context of Sout Africas Epidemic History », South African History Journal, n°45, 2001. Sur le même sujet, on pourra également lire, M. Gevisser, « Another fight for freedom », in E. Cameron and M. Gevisser, (dirs.) Defiant Desire: gay and lesbian lives in South Africa, Op. cit.; L. Grundlingh, « Government responses to HIV/AIDS in South Africa as Reported in the Media », South African Historical Journal, n°41, 2001.
Nous retrouvons ce terme dans les archives Gay et Lesbiennes, au Centre for Health Policies de lUniversité de Wits. Dans les commentaires des activistes rencontrés, ce terme semble très gênant et désobligeant. Il renvoie aux pratiques homosexuelles en Afrique du Sud. Pour en savoir davantage sur les origines historiques et généalogiques de ce terme, on peut se référer aux travaux de Shaun de Waal. Voir S. de Waal, « Etymological note: On moffie», in E. Cameron and M. Gevisser (eds.) Defiant Desire: gay and lesbian lives in South Africa, Op. cit.
On peut se référer à L. Eksteen and S. Harris « Row brew over moffie posters », vol. 8.5, « Gays angry over blood transfusion poster » The Citizen, 29 January 1986, p. 15. Cest une pratique discriminatoire qui semble se poursuivre aujourdhui, à en croire les propos de nos interlocuteurs au cours de nombreux entretiens que nous avons eus dans différentes villes sud-africaines et avec des acteurs institutionnels et associatifs.
Il semble que dans les premières années du sida, même la médecine traditionnelle véhiculait les convictions selon lesquelles le sida était une maladie naturelle de la pratique homosexuelle. Pour elle, il y avait quelque chose de naturel dans la vie des homosexuels qui les rendait vulnérable à lépidémie du sida. Ce nétait donc pas, comme Watney laurait soutenu sans succès en Afrique du sud post-apartheid, le défaut daccès aux informations concernant la prévention du sida. A ce propos, on lira P. Triechler, « AIDS, Homophobia and Biomedical Discourse », p. 21-23; S. Watney, Policing Desire: Pornography, AIDS and the Media, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1987.
Cap St Leger, « AIDS patients turned away », Sunday Times Metro, 6 July 1986.
Alan M. Brandt montre que ce fut déjà le cas en Europe et en Amérique du Nord au début des années 1980. Voir, A. M. Brandt, No Magic Bullet : A Social History of Venereal Disease in the United States Since 1880, New York and Oxford, Oxford University Press, 1987.
La TAC sest inspirée du groupe radical Act-Up formé aux Etats-Unis à la fin des années 1980 pour mettre en cause le gouvernement américain, les sociétés pharmaceutiques et les chercheurs du sida qui navaient pas réussi à mettre en uvre un traitement efficace du VIH dans la première décennie de lépidémie. Voir R. Bayer and G. M. Oppenheimer, AIDS Doctors: Voices from the Epidemic, Oxford and New York, Oxford University Press, 2000, p. 138-140.
P. Ravinet « Fenêtre dopportunité », in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, pp.217-225.
Il sagit de la controverse suscitée par lessai clinique du ténofovir au cours duquel le laboratoire pharmaceutique Viread naurait pas fourni suffisamment dinformations aux 400 volontaires sélectionnées parmi les professionnelles du sexe, sur les risques encourus. On a par ailleurs noté une absence de prise en charge des prostituées infectées par le VIH au cours de cet essai.
Y. Surel, « Idées, intérêts, institutions dans lanalyse des politiques publiques », Pouvoirs, n°87, 1998, pp.161-178.
J.-G. Padioleau, LEtat au concret, Op. cit.
J.-G. Padioleau, LEtat au concret, Op. cit. p.36.
Propos dun député de lANC, membre de la commission parlementaire de lutte contre le VIH/Sida, rencontré à Cape Town, le 18 mai 2007.
P. Bezes, « Administration », in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, p.31.
M. Weber, Economie et société, Paris, Pocket, 1995.
P. Bezes, « Administration », in Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P. (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, pp.30-31.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
M.-E. Gruénais et al., « Le sida en Afrique : un objet politique ? » Bulletin de lAPAD, Anthropologie de la santé, 1999, pp.19-36.
D. Kerouedan et F. Eboko, Politiques publiques du sida en Afrique, Bordeaux, Travaux et documents n°61-62, CEAN, 1999.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
Cette période marque le passage de la coordination nationale de laction antisida par le Global Programme on AIDS de lOMS, une sorte de structure internationale, à la gestion de cette action par les mécanismes nationaux.
PNUD, Rapport sur le développement humain. Burkina Faso 2001. La lutte contre le VIH/Sida, Ouagadougou, PNUD, 2001.
Onusida, Burkina Faso: Country Progress Report 2006, Ouagadougou, déc. 2006.
Voir en annexe, la présentation des agences de lONU co-parrainants de lOnusida.
La création du Programme des Nations Unies sur le VIH/Sida (ONUSIDA) était un moyen de mettre en commun les connaissances collectives, les ressources et le champ daction de sept agences spécialisées des Nations Unies déjà engagées dans diverses activités de lutte contre le VIH/Sida. Il sagit de lUNICEF, du PNUD, du FNUAP, du PNUCID, de lUNESCO, de lOMS et de la Banque Mondiale. On pourra se reporter à lannexe consacré aux co-parrains de lONUSIDA.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
Denis Matwa, chargé de campagne au sein de la délégation provinciale de la TAC dans le Western Cape. Entretien du 14 mai 2007 à Cape Town.
Urbain Olanguena a été renvoyé du gouvernement à loccasion du remaniement du 7 septembre 2007. Il serait aujourdhui en disgrâce dans une cellule de prison à Yaoundé. On lui reprocherait de malversations financières autour des fonds destinés à la lutte contre le VIH/Sida et son implication personnelle dans les négociations qui ont abouti à laffaire de contamination des prostituées de Douala, à la suite des essaies de Viread.
Entretien du 17 avril 2007 à Pretoria.
Entretien de Novembre 2006 avec le Professeur Maurice Feuzeu au CNLS à Yaoundé.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
Ministère des Affaires sociales, Ministère de lEconomie et des Finances, Ministère de la santé publique, Ministère de lEducation, Ministère de lEnseignement Supérieur et de la Recherche, Ministère de lEmploi, etc.
Article 8 du Décret n°2001-510/PRES/PM/MS portant organisation du Conseil national de lutte contre le VIH/Sida au Burkina Faso.
Rapport du Conseil national de lutte contre le VIH/Sida.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
Entretien du 30 mars 2007 au Palais de lIndustrie de la Villette à Paris.
Entretien du 17 mai 2007 à Cape Town.
Entretien du 17 mai 2007 à Cape Town.
Jean Gatsi, La société civile au Cameroun, Yaoundé, Presses Universitaires dAfrique, 2000.
R. Dorrington and al., The Demographic Impact of HIV/AIDS in South Africa. National and Provincial Indicators for 2006, Cape Town, Centre for Actuarial Research, 2006.
Onusida, Tableau récapitulatif de la pandémie de VIH/Sida dans le Monde, Genève, décembre 2006.
On peut se référer ici à la maison de lobservance tenue par AAS à Ouagadougou.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005.
Fred Eboko, « Politique publique et sida en Afrique », in Cahiers détudes africaines, n°178, 2005
Ibid.
D. Fassin, Ibid.
On lira J.-P. Olivier de Sardan, « Etat, bureaucratie et gouvernance en Afrique de lOuest francophone. Un diagnostic empirique, une perspective historique », in Politique Africaine, n°96, Paris, Karthala, déc. 2004, pp.139-162.
Onusida, Rapport mondial sur la santé, Genève, 2007.
L. N. Gerston, Public Policy Making: Process and Principles, M.E. Sharpe, New York, 1997
Il sagit de lAZT, la Lamivudine et la Névirapine qui composaient les premières trithérapies.
Léquivalent de 150 euros.
Entretien du 14 mai 2007 à Cape Town.
Données du Comité National de Lutte contre le Sida, CNLS.
Chiffres du Ministère de la santé à Pretoria.
Entretiens avec le Docteur Kouafack, du « Service de lHôpital de Jour » destiné aux personnes séropositives. Le terme « Hôpital de Jour » a été choisi pour éviter la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH/Sida que pouvait entrainer la dénomination « Service de VIH/Sida ».
Cette enquête a été menée, dans différents points daccès à lIEC sur le VIH/Sida, à la fois à Douala en octobre et novembre 2006 et à Cape Town et ses environs de mai à juillet 2007.
R. Dorrington and al., Op. cit.
On lira ici les rapports très nombreux du Programme « VIH/Sida et le monde du travail » publiés par lOIT. Voir A. M. Trebilcock, « Le Sida et le lieu de travail. Les orientations que suggèrent les normes de lOIT », Revue internationale du travail, vol.128, n°1, 1989, pp.33-51 ; on lira également J. Isaksen, A. Spissøy and N. G. Songstad, Socio-economic effects of HIV/AIDS in African countries, Bergen, Michelsen Institute, 2002.
Entretien du 14 juin 2007 à Cape Town.
Les enquêtes de Soweto ont été réalisées avec Melinda Moore, doctorante en Anthropologie de la santé, à lUniversité McGill de Montréal. Ces enquêtes communes ont été effectuées en deux étapes, en mars 2006 et daoût à octobre 2007.
Entretien du 14 juin 2007 à Cape Town.
Le multipartenariat sentend ici dune situation dans laquelle un individu aurait eu de façon occasionnelle ou permanente une relation sexuelle avec deux ou plusieurs partenaires au cours des douze derniers mois.
On lira Frederic Le Marcis,
E. Cameron, Witness to AIDS, Cape Town, Tafelberg, 2005.
Sur les solidarités sociales africaines, on lira A. Hampâté Bâ, Amkoullel, lenfant peul, Paris, Actes Sud, 1991.
On lira D. Fassin, Afflictions. LAfrique du Sud, de lapartheid au Sida, Op. cit.
On lira P. Bourdieu, Raisons pratiques. Sur la théorie de laction, Paris, Seuil, 1994.
On peut à ce sujet se référer à la polémique engendrée par les propos du Pape Benoit XVI sur le préservatif, lors de son voyage en Afrique du 17 au 23 mars 2009. On a oublié le message de paix et de réconciliation dont il était porteur, figeant les esprits sur la seule question du préservatif.
Rapport du PNUD, Op. cit.
Sans diplôme sentend ici, des personnes déscolarisées et celles qui ont quitté lécole avant le BEP.
On pourra se référer aux théories de conditionnement de Pavlov, lire A. Lieurry, Introduction à la psychologie, Paris, Dunod, 2000.
Nous avons pratiqué cet essai à lhôpital Chris Ani Baragwanath de Soweto, avec Melinda Moore, doctorante en anthropologie à lUniversité McGill de Montréal.
Il faut peut-être préciser que les membres du premier groupe interagissent avec nous et avec leur environnement sexuel sous le choc des résultats du test quils viennent deffectuer et qui sont négatifs.
Compte tenu de notre calendrier de thèse, la période dobservation a été limitée à 12 mois. Lenquête a été réalisée en mars 2006 et les résultats ont été recueillis en avril 2007.
A Soweto, cette pratique déducation sanitaire de base est bien antérieure à la mise en uvre de laction publique de lutte contre le VIH/Sida à lhôpital Chris Ani Baragwanath.
Lhésitation à encourager des politiques daccès aux traitements en Afrique na toujours pas été comme le soulignent plusieurs auteurs le seul fait des orientations internationales en matière du Sida. En Afrique du Sud par exemple, alors que la communauté internationale est convaincue que la lutte contre le sida ne peut plus faire léconomie dune politique daccès aux traitements, le gouvernement de Thabo Mbeki sest longtemps opposé à cette option.
Dans nos enquêtes nous navons pas encore perçu nulle part, les services destinés aux personnes qui après le test de dépistage sont déclarées séronégatives. Nous nous sommes soumis au test dans différents centres en Afrique du sud, au Burkina Faso et au Cameroun sans passer par un conseil ni avant ni après le test. Si au Cameroun et au Burkina Faso nous avons accédé nous même à nos résultats, en Afrique du sud ceux-ci ont été envoyé auprès du médecin ayant prescrit le test de dépistage.
Entretiens avec le Dr Charles Kouafack à Paris, le 31 mars 2007.
Le Monde, 26 juin 2001, cité par L. Achilli et F. Hejoaka, « Les associations dans la réponse à lépidémie VIH/Sida au Burkina Faso », Face à Face, Revue électronique, Université Victor Segalen Bordeaux II, juin 2005.
Entretien avec Denis Matwa à Cape Town, le 17 mai 2007.
Lexpression est de Fred Eboko. Voir F. Eboko, « Les sociétés africaines face au sida : périls sanitaires, enjeux internationaux et réponses politiques », in Terroirs, Revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Yaoundé, Les Grandes Editions, 2005, pp.59-65.
Propos de Denis Matwa, Cape Town, le 17 mai 2007.
F. Lisk, Global Governance and HIV/AIDS, New York, WhatWorks Inc, 2005.
S. de Haro, Le sida en Afrique. Des réponses associatives, Toulouse, Les Essentielles Milan, 2003.
P. Benkimoun, Mort sans ordonnance, Hachette Littérature, Paris, 2002. p.78.
On se souviendra de lorthodoxie des déclarations du gouvernement américain de G. Bush insistant sur la prévention et de ce fait, refusant dapporter un soutien financier au Fonds mondial de lutte contre le Sida dont les priorités semblaient être le financement des programmes daccès aux traitements dans les pays pauvres.
P. Benkimoun, idem, p.80.
Rapport 2005 du Programme PPTE, Ouagadougou, décembre 2005.
Dorrington R. and al., The Demographic Impact of HIV/AIDS in South Africa. National and Provincial Indicators for 2006, Cape Town, Centre for Actuarial Research, 2006.
On se réfère à la Communication du Professeur Sinata Koula Shiro à la 4ème Conférence Francophone sur le Sida, Cité des Sciences et de lIndustrie de la Villette, Paris, du 29 au 31 mars 2007.
On peut également se référer au récit de Ntombi rapporté par Frédéric Le Marcis. Voir, F. Le Marcis « Lempire de la violence. Un récit de vie aux marges dun Township » in D. Fassin (dir.), Afflictions : lAfrique du Sud, de lapartheid au Sida, Paris, Kathala, 2004.
Sarah de Haro, Le sida en Afrique. Des réponses associatives, Les essentiels Milan, Toulouse, 2003, p.44.
Entretiens de mars 2006 à lHôpital Chris Ani Baragwanath de Soweto.
Rapport du Ministère de la Santé en 2005.
Entretien avec le Dr Charles Kouakack à Yaoundé, le 16 janvier 2005.
On se réfère ici au témoignage de la Présidente du Programme National de lutte contre le Sida au Burundi, elle-même séropositive et mère dun enfant.
S. de Haro, Le sida en Afrique. Des réponses associatives, Op. cit., p.46.
Les traitements disponibles jusquen 2008 ne guérissent pas du VIH/Sida mais ils contraignent les séropositifs à une rigueur thérapeutique qui affrontent les habitudes sociales.
Développements du Dr Charles Kouafack, lors de lentretien du 16 janvier 2005 à Yaoundé.
On peut ici se référer au bulletin de lAPAD, numéro 17 consacré au système de santé du Cameroun. Voir, M.-E. Gruénais (dir.), « Un système de santé en mutation : le cas du Cameroun », Bulletin de lAPAD, 2001.
Entretiens de février 2005.
On se réfère au texte des accords que la Fondation William J. Clinton vient de signer avec UNITAID pour obtenir la réduction des prix des traitements de seconde ligne des antirétroviraux dans 66 pays en développement. Voir, William J. Foundation, The Clinton Foundation in Partnership with UNITAID annouce « Next Generation » HIV/AIDS Treatment Now Less Than $1 A Day, Newsroom, New York, May 8, 2007, HYPERLINK "http://www.clintonfoundation.org" www.clintonfoundation.org, consulté le 10 mai 2007.
On lira Paul Benkimoun, Op. cit.
Commentaire de Mudishe Tsepo, Médecin en poste au Ministère de la santé à Pretoria.
Témoignage dun militant camerounais rencontré à Paris à loccasion de la 4ème Conférence Francophone sur le Sida, Cité des Sciences et de lIndustrie de la Villette, du 29 au 31 mars 2007.
Docteur Mutashe Malongo, entretiens de mars 2006 à Soweto.
S. de Haro, Le sida en Afrique. Des réponses associatives, Les essentiels Milan, Toulouse, 2003.
Ibid.
Voir le site Internet de Act-Up Paris, http://www.actupparis.org/article3297.html
Entretiens de décembre 2004 avec le Docteur Tardy. Spécialiste du VIH/Sida au Cameroun, le Docteur Tardy est en poste à « lhôpital de jour », service du VIH/Sida de lHôpital central de Yaoundé et au Centre Chantal Biya à Yaoundé. Elle collabore également à plusieurs programmes du CNLS.
On lira le texte de F. Le Marcis, « Lempire de la violence. Un récit de vie aux marges dun township » in D. Fassin (dir.), Afflictions : LAfrique du Sud, de lapartheid au sida, Op. cit.
Ces éléments sont issus des entretiens que nous avons conduits au Ministère de la Santé à Pretoria, du 17 au 24 avril 2007. Mais, les agents interrogés à cette occasion ont fortement insisté sur leur souhait dêtre des sources anonymes.
Docteur Kouafack est épidémiologiste en service à lHôpital de jour de Yaoundé.
Entretien du 30 mars 2006 à Paris, à loccasion de la 4ème Conférence Francophone sur le Sida qui sest tenue du 29 au 31 mars 2007 à La Cité des Sciences et de lIndustrie de la Villette.
OMS, Rapport 2007.
Sur les dysfonctionnements de services de santé en Afrique, on lira Jean-Pierre Olivier de Sardan. Voir J.-P. Olivier de Sardan, « La sage-femme et le douanier. Cultures professionnelles locales et culture bureaucratique privatisée en Afrique de lOuest », in Autrepart, n°20, Paris, IRD/Armand Colin, 2001, pp. 61-73.
Voir les enquêtes de Jean-François Medard au Cameroun sur les pratiques de dons dans les centres de santé.
En 2003, nous avons conduit des enquêtes dans des centres de soins de santé publics à Yaoundé sous la direction de Jean-François Médard au cours desquelles nous avons observé ces pratiques dites de « corruption passive ».
La TAC et la NAPWA.
Entretien avec Denis Matwa, le 17 mai 2007 à Cape Town.
Décision du Conseil général de lOMC du 30 août 2003.
Hong Kong, 13-18 décembre 2005.
On lira le reportage de Monique Mas sur les réseaux de distribution des médicaments. Voir, Monique Mas, « Santé : la corruption qui tue », RFI, Paris, 11 mai 2006.
Témoignage de Michel Kengne dit le doc, vendeur de médicament au marché central de Yaoundé.
Monique Mas, « Santé : la corruption qui tue », Paris, RFI, 11 mai 2006.
Entretien avec Michel Kengne dit le doc, le 12 décembre 2006 à Yaoundé.
Monique Mas, « Santé : la corruption qui tue », RFI, Paris, 11 mai 2006.
On peut se référer aux travaux de Jean-François Médard. Voir, J.-F. Médard, « Décentralisation du système de santé publique et ressources humaines au Cameroun », Le bulletin de lAPAD, n°21, Un système de santé en mutation : le cas du Cameroun, [en ligne], mise en ligne le 27 mars 2006. URL : http//apad.revue.org/documents35.html. Consulté le 18 mai 2006.
J. P. Olivier de Sardan, « La sage-femme et le douanier. Cultures professionnelles locales et culture bureaucratique privatisée en Afrique de lOuest », in Autrepart, n°20, 2001, pp. 61-73.
Voir en annexe la présentation des sites web officiels des ministères de la santé de ces trois pays.
On peut penser aux logiques des per diem exceptionnels accordés dans les différentes réunions liées au VIH/Sida et qui ne sont pas par ailleurs alignés à la pratique légale des institutions politico-administratives locales mais souvent calqués sur le modèle très onéreux des consultations des institutions internationales.
G. Blundo et J.P. Olivier de Sardan, « La corruption comme terrain: pour une approche socio-anthropologique » in G. Blundo (dir.), Monnayer les pouvoirs. Espaces, mécanismes et représentations de la corruption, Genève, Nouveaux Cahiers de l'IUED n° 9, 2000.
Les enquêtes menées auprès des usagers et séropositifs à Yaoundé et à Douala ont permis de mettre en lumière cette pratique.
Selon certains auteurs, ce constat nest pas exclusif au domaine du sida ni à ladministration des projets liés à la lutte contre le sida. Plusieurs autres domaines dont les financements viennent de linternational ont fait lobjet de tels mécanismes de réappropriation par les intermédiaires et les relais locaux des agences de coopération internationale. Pour approfondir la réflexion sur cette question, voir T. Bierschenk, J.P. Chauveau & J.P. Olivier de Sardan (dir.), Les courtiers locaux du développement, Paris, Karthala, 1999.
F. Eboko, « Les sociétés africaines face au sida : périls sanitaires, enjeux internationaux et réponses politiques », in Terroirs, Revue africaine de sciences sociales et de culture, n°1-2/2005, Op. cit.
Propos de Ntemph Taku, Chef de village Bafut, à lOuest du Cameroun, rencontré le 5 février 2005.
Témoignage dun haut fonctionnaire au Ministère de lenseignement supérieur à Yaoundé.
Propos dun responsable dONG à Yaoundé, rencontré en avril 2006.
Comme la souligné Didier Fassin dans sa communication à la 4ème Conférence Francophone sur le VIH/Sida (Paris, du 29 au 31 mars 2007), lhistoire ne manque pas dexemples de pandémies ayant marqué son cours depuis la crise de la peste au Moyen-âge à lurgence du choléra au 19ème siècle.
Voir en annexe lannuaire des organismes de lutte contre le VIH/Sida en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Cameroun.
Ces observations nous ramènent vers la sociologie du voyage que tentait desquisser Johanna Siméant après ses enquêtes auprès des militants africains invités aux forums sociaux mondiaux.
On lira J. Leca, « Sur le rôle de la connaissance dans la modernisation de lEtat et le statut de lévaluation », Revue française dadministration publique, Paris, Institut International dAdministration Publique, n°66, avril-juin 1993
On en trouvera une parfaite illustration dans les analyses de R. Otayek et al., Les sociétés civiles du sud : un état des lieux dans trois pays de la ZSP Cameroun, Ghana, Maroc, Etudes du Ministère des Affaires Etrangères, Paris, 2004.
M. Doucin et B. Badie, Les ONG : le contre-pouvoir ?, Paris, Toogezer, 2007.
J. Gatsi, La société civile au Cameroun, Yaoundé, Presses Universitaires dAfrique, 2000.
Pour le cas du Cameroun par exemple, larticle 2 de la Loi n°090/053 du 19 décembre 1990 définit lassociation comme « la convention par laquelle des personnes mettent en commun leurs connaissances ou leurs activités dans un but autre que de partager des bénéfices », alors quau sujet des ONG, larticle 2 de la Loi n°99/014 du 22 décembre 1999 régissant les organisations non gouvernementales dispose : « au sens de la présente loi, une ONG est une association déclarée ou une association étrangère autorisée conformément à la législation en vigueur, et agréée par ladministration en vue de participer à lexécution des missions dintérêt général ».
On lira ici les travaux dHugues Portelli sur Gramsci. H. Portelli, Gramsci et le Bloc historique, Paris, PUF, 1972.
Jean-Pierre Cot et Jean-Pierre Mounier, Pour une sociologie politique, Tome II, Paris, Seuil, 1974, p.58.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
E. Kant, Critique de la raison pure, Paris, Flammarion, 2006.
Voir M. Doucin et B. Badie, Les ONG : le contre-pouvoir ?, Paris, Toogezer, 2007.
On lira Mandisa Mbali « La TAC dans lhistoire de lactivisme du VIH/Sida basé sur les droits des malades en Afrique du Sud », Face à Face, Revue électronique, Université Victor Segalen Bordeaux II, juin 2005.
Entretien avec Edwin Cameron, à Cape Town, le 14 mai 2007.
Cest le cas à Yaoundé du Centre Chantal Biya qui fait également recours aux services de conseil communautaires pour tenter de réduire la durée des sessions individuelles avant le test.
On trouvera en annexe la liste des associations membres du RECAP+ mis en place par la GTZ au Cameroun.
Le cas des pairs éducateurs, des groupes de jeunes pour les jeunes, entre couples ou des groupes sociaux plus vulnérables comme les consommateurs de drogues et les professionnelles du sexe.
Expression empruntée à Fred Eboko qui lemploi pour souligner le rôle de parrain que jouent les ainés dans la socialisation urbaine des plus jeunes à Yaoundé. Voir, F. Ebko, Pouvoir, jeunesse et sida au Cameroun : politiques publiques, dynamiques sociales et constructions des sujets, Op. cit.
Pour reprendre lexpression dun haut fonctionnaire au Ministère de la santé du Cameroun.
Laction de Luciole consiste à veiller la nuit aux côtés des prostituées sur les lieux de prostitution, en leur apportant du soutien psychosocial et des informations sur le VIH/Sida.
On se réfère au constat dun sociologue chargé détudes au Ministère de la Santé à Pretoria.
Pour une discussion sur les acteurs sociaux, on lira les travaux de Marie-Emmanuelle Pommerolle. Dans sa thèse de doctorat en science politique, elle analyse les ONG, notamment celles qui se consacrent aux droits de lhomme, à la fois comme acteurs collectifs et lieux dengagements individuels. Elle analyse ainsi les temporalités historiques dont sont redevables les promoteurs de laction collective. Voir, M.-E. Pommerolle, A quoi servent les droits de lhomme ? Action collective et changement politique au Cameroun et au Kenya, Thèse pour le doctorat en science politique, Bordeaux, CEAN/IEP de Bordeaux, oct. 2005 ; on lira également R. Banégas, « Les transitions démocratiques : mobilisations collectives et fluidité politique », Cultures et conflits, n°12, 1993, pp.105-140; P. Birnbaum, « Mouvements sociaux et types dEtats », in F. Chazel (dir.), Action collective et mouvements sociaux, Paris, PUF, 1993, pp.163-175. ; D. Cefaï et D. Trom (dir.), Les formes de laction collective. Mobilisations dans les arènes judiciaires, Paris, Editions de lEHESS, 2001. ; O. Filleule et N. Mayer (dir.), « Devenirs militants », Revue française de science politique, vol. 15, n°1-2, février-avril 2001.
R. Otayek (dir.), Otayek R. et al., Les sociétés civiles du Sud. Un état des lieux dans trois pays de la ZSP : Cameroun, Ghana, Maroc, Op. cit.
H. Portelli, Gramsci et le Bloc historique, Paris, PUF, 1972
M.-E. Pommerolle, A quoi servent les droits de lhomme ? Action collective et changement politique au Cameroun et au Kenya, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Op. cit., p.93.
R. Otayek, Les sociétés civiles du Sud. Un état des lieux dans trois pays de la ZSP : Cameroun, Ghana, Maroc, Op. cit.
B. Fonteneau, Les associations de lutte contre le Sida au Burkina Faso. Analyse descriptive de leurs identités, de leurs pratiques et de leur environnement institutionnel, Louvain-La-Neuve, Université Catholique de Louvain/Hoger institut voor de arbeid/Vlaamse Interne Universitaire Raad (VLIR)/Direction Générale de la Coopération Internationale, Septembre 2002.
PNUD, Rapport sur le développement humain. Burkina Faso, 2001. La lutte contre le VIH-SIDA, Ouagadougou, PNUD, 2001.
On se réfère ici à la synthèse présentée par Pierre Favre entre lapproche événementielle et lapproche sociologique pour définir la notion de génération en politique. Il sagit précisément de voir comment les groupes successifs dindividus construisent à travers lhistoire commune des dynamiques collectives avec plus ou moins la transmission dun savoir désormais collectif. Voir P. Favre « De la question sociologique des générations et de la difficulté à la résoudre dans le cas de la France », in P. Favre et J. Crête (dir.), Générations en politique, Paris, Economica, 1988, pp.283-323.
C. Péchu, « Les générations militantes à Droit au Logement », Revue Française de Science Politique, vol.51, n°1-2, février-avril 2001, pp.74-75.
O. Filleul et N. Mayer (dir.), « Devenirs militants », Revue française de science politique, vol. 15, n°1-2, février-avril 2001, p.211.
M.-E. Pommerolle, A quoi servent les droits de lhomme ? Action collective et changement politique au Cameroun et au Kenya, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Op. cit., p.204.
Pierre-Fabien NKot, Usages politiques du droit en Afrique. Le cas du Cameroun, Bruxelles, Bruylant, 2006.
F. Eboko, in Otayek R. et al., Les sociétés civiles du Sud. Un état des lieux dans trois pays de la ZSP : Cameroun, Ghana, Maroc, Op. cit.
Flavien Ndonko, entretiens de Yaoundé, novembre 2004.
Extrait de lentretien du 24 juin 2007 avec Edwin Cameron, à Cape Town.
Cette notion dérivée du latin dont elle garde tout son sens désigne la personnalité quune juridiction civile peut entendre, sans autres formalités, dans le but de rechercher des éléments propres à faciliter son information sur la question en conflit. Car, malgré la critique selon laquelle le gouvernement n'a uvré ni assez ni suffisamment vite pour combattre lépidémie qui afflige peut-être 18% de la population du pays, les militants luttant contre le Sida ont accompagné ce gouvernement lorsqu'il a défendu la production de médicaments génériques moins coûteux par les pays les moins avancés, et remporté le procès entrepris par des sociétés pharmaceutiques multinationales en avril 2001.
On lira avec intérêt larticle de Christian Saout, Ancien Président de lassociation Aides : voir, C. Saout « Sida, victimes contre victimes », Le Monde, 10 mars 2005.
Entretien du 14 juin 2007 à Cape Town.
C. Young, African Colonial State in Comparative Perspective, New Haven, Yale University Press, 1994.
M.-E. Pommerolle, A quoi servent les droits de lhomme ? Action collective et changement politique au Cameroun et au Kenya, Thèse pour lobtention de doctorat en Science politique, Op. cit., p.193.
Idid., p.194.
Le parallèle vaut la peine compte tenu de sa place de plus en plus importante dans les réseaux internationaux de négociation et de prise de décisions sur les politiques de distribution des médicaments.
REDS, Réseau éthique, droit et Sida au Cameroun.
Propos dune juriste camerounaise, membre dune association locale de lutte contre le Sida, également notés dans la communication de Didier Fassin à la Conférence Francophone sur le VIH/Sida, réunie à Paris, deux mois après le Forum Social Mondial de Nairobi, en fin janvier 2007.
H. Portelli, Gramsci et le Bloc historique, Paris, PUF, 1972.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
On pourra lire le texte de Benedicte Dembour. Voir, B. Dembour, Inside and Outside the Law: Anthropological Studies of Authority Ambiguity, London, Routledge, 1996.
Confère lintitulé du huitième terrain du Forum Social Mondial 2007 de Nairobi.
On se réfère ici à limplication personnelle de Zachie Achmat, Président de la TAC, dans plusieurs forums internationaux de négociation des stratégies daccès aux traitements du Sida.
J. Habermas, Droit et démocratie. Entre faits et normes, Paris, Gallimard, 1997 ; on pourra également lire S. Ashenden et D. Owen, (dirs), Foucault contra Habermas: Recasting the Dialogue between Genealogy and Critical Theory, London, Sage, 1999.
C. Young, African Colonial State in Comparative Perspective, New Haven, Yale University Press, 1994.
On peut se référer au contexte dans lequel les premiers cas du Sida ont été découverts aux Etats-Unis et lémotion qui sen est suivie dans les communautés homosexuelles.
P. Benkimoun, Morts sans ordonnance, Paris, Hachette Littérature, 2002.
Par exemple, comme le suggèrent en France, les premières mobilisations autour de Michel Foucault ayant abouti à la création de lassociation Aides, certains homosexuels non infectés qui ont participé à des mouvements homosexuels étaient susceptibles davoir interagi avec dautres homosexuels infectés par le VIH. Dailleurs, à cette période les mobilisations homosexuelles prenaient la forme de réseaux dentraide pour soutenir et informer les homosexuels séropositifs. Ce fut notamment le cas des premières permanences téléphoniques organisées dans lappartement dEtienne Deffert, le compagnon de Michel Foucault, qui portaient les germes de ce qui deviendrait « Aides ». Ailleurs, ce furent également les cas dAct-Up (aux Etats-Unis) et de GASA (en Afrique du Sud).
On peut se référer à la polémique sur la publication des listes dhomosexuels présumés parmi lélite politique et intellectuelle camerounaise. Cette question a rapidement été politisée parce que semple-t-il, elle remettait en cause des valeurs sociales camerounaises qui voudraient que lacte sexuel soit exclusivement le fait dun homme et dune femme. Dans la plupart des pays dAfrique lhostilité et lagressivité sont très fréquentes vis-à-vis des homosexuels. Elles sont parfois alimentées par des propos homophobes des hommes politiques, explique un homosexuel camerounais, rencontré à Nairobi. Au Cameroun, le président Paul Biya ne voulant pas prendre position sur la question alors quelle agitait les acteurs politiques en tension avec les média, la renvoyée dans le domaine du privé. En Afrique du sud, Jacob Zuma, ancien vice-président et possible candidat à la présidentielle de 2009, déclarait en septembre 2006 au cours des débats politiques ayant conduit à la reconnaissance du mariage homosexuel que lunion entre deux personnes de même sexe était une disgrâce « pour la nation et pour Dieu », avant dajouter : « Quand jétais jeune homme, je naurais jamais laissé un homosexuel mapprocher : je lui aurais cassé la gueule ». Au Zimbabwe, le président Robert Mugabe a déclaré que les homosexuels étaient « pires que des porcs ou des chiens ». En Ouganda, le président Yoweri Museveni a demandé à la police de faire des rafles dans les milieux homosexuels ».
On pense ici en Occident, notamment aux Etats-Unis où la discrimination liée au sida et particulièrement le refus dengager des dépenses publiques suffisantes pour mettre en uvre le traitement du VIH ont déclenché des actions plus radicales de la part des mouvements homosexuels. Cest le cas du groupe ACT-Up qui sest formé à la fin des années 80 et qui mettait en cause le gouvernement américain, les grands laboratoires pharmaceutiques et les chercheurs engagés dans les programmes du Sida qui ne parvenaient pas à mettre en place un traitement efficace. Cet activisme a eu un impact considérable sur lactivisme des organisations africaines. Comme le souligne Paul Benkimoun, lors de la conférence de Montréal sur le Sida, ACT-Up a bruyamment perturbé les discours en organisant des grands silences au cours desquels ses activistes faisaient le mort. Il a mis au point des slogans politiques tels que « Silence = Mort ».
J. D. Boukongou, « The appeal of the African system for protecting human rights », in African Human Rights Law journal, Volume 6, n°2/2006, Pretoria, University of Pretoria Press.
F. Sawicki, « Les temps de lengagement : à propos de linstitutionnalisation dune association de défense de lenvironnement », in Jacques Lagroye (dir.), La Politisation, Paris, Belin, 2003, p.123-146.
M. Crozier et E. Friedberg, Lacteur et le système, Paris, Seuil, 1972.
Entretiens avec Zachie Achmat, à Muisenberg, dans la région du Cape en juin 2007.
Dans ce cadre, les profils types sont entre autres, ceux de Mark Heywood et dEdwin Cameron. Le premier est anthropologue, professeur duniversité et dirige la TAC depuis sa création alors que le second est éminent juriste, activiste et avocat puis juge à la cours constitutionnelle sud-africaine.
Le cas de Geneviève Spaak, venue de Niamey où elle accompagne des personnes séropositives.
E. Zuern, « La pauvreté en débat. Marginalité et démocratie constitutionnelle en Afrique du Sud », Politique africaine, N°103, décembre 2006.
F. Eboko, Pouvoir, jeunesse et sida au Cameroun : politiques publiques, dynamiques sociales et constructions des sujets, Thèse de doctorat en science politique, CEAN/IEP de Bordeaux, 2001.
Fred Eboko, Ibid.
A. Desclaux et C. Raynaut (dir.), Le dépistage VIH et le conseil en Afrique au sud du Sahara. Aspects médicaux et sociaux, Paris, Karthala, 1997
Métaphore électrique et informatique que Christian Coulon emprunte à Jean-Loup Amselle pour expliquer la dialectique du local et du global, cest-à-dire, selon Christian Coulon « des signifiés particuliers pouvant avoir des signifiants planétaires et vice-versa ». Voir C. Coulon, « Introduction », in C. Coulon (dir.), Islams dAfrique : entre le local et le global, Paris, Karthala, 2003.
Jean-Loup Amselle, cité par C. Coulon, Op. cit., p.20.
Source : http://www.un.org/french/ga/sida/fscosponsors_fr.htm
http://www.unaids.org/fr/Partnerships/Civil+society/principles_values.asp
PAGE
PAGE
PAGE iv
Bordeaux
Burkina Faso
Cameroun
Afrique du Sud
Chapitre 1
La construction du VIH/Sida en « problème public »
Chapitre 2
Le « contexte » comme obstacle à lémergence de laction publique du VIH/Sida
Chapitre 3
Lémergence de laction publique de lutte contre le VIH/Sida
Section 1
Le VIH/Sida : dun phénomène social à un objet politique
Section 3
La politisation du VIH/Sida « à proprement parler »
Section 2
Le VIH/Sida dans lagenda politique
Le fait social
Laction publique
Lobjet politique
Intermédiation
Allocation des ressources
Section 1
La négation du VIH/Sida en tant quépidémie africaine
Section 3
Les réseaux transnationaux dans laction publique locale
Section 2
Le recours aux « déterminants objectifs » de laction publique
Section 1
Laction publique de lutte contre le VIH/Sida : une émergence circonstanciée ?
Section 2
La formulation générale du VIH/Sida en tant que « problème public »
Section 4
La diffusion du « problème VIH/Sida » dans les publics
Section 3
La spécification du VIH/Sida en problème de santé publique
Chapitre 4
Ladministration de laction publique de lutte contre le VIH/Sida
Chapitre 5
Les représentations sociales de laction publique de lutte contre le VIH/Sida
Chapitre 6
La distribution des antirétroviraux à lépreuve des faits sociaux
Section 1
Lintrouvable modèle administratif de coordination (1987-20000)
Section 3
Léclatement des référentiels
Section 2
La stabilisation de la coordination nationale (2000-2006)
Section 1
A lorigine, linformation, léducation et la communication
Section 2
Les politiques daccès aux traitements antirétroviraux
Section 1
La généralisation des traitements antirétroviraux
Section 2
La gestion des réseaux de distribution des antirétroviraux
Chapitre 7
Léclatement des arènes politiques
Chapitre 8
Les lieux daffrontements et de pouvoir
Section 1
Laffirmation du mouvement associatif dans le champ du VIH/Sida
Section 3
L "#$%&0178EFNOTUabijvw¡¢©ªÂÆÇîÞîÞîÞζ©îÞîÞîÞîÞ¶¶¶¶¶¶¶¶¶¶}k"hP|&h¬5CJOJQJ]aJhP|&h¬5OJQJ]hr0h¬5OJQJ]hr0h¬CJOJQJ]aJhr0CJOJQJ]aJhr0h¬OJQJ]hr0hr0OJQJ]hP|&h¬CJOJQJ]aJhP|&h¬CJOJQJ]aJ"hP|&h¬5CJOJQJ]aJ'NÂÃÄÅÆÇõ g h Ô Õ ü
*
ïççççççççççÓÓÓ¿¯¯Ó$ `ú^ ``úa$gd63E$ `ú¤ð¤x^ ``úa$gd¬$ `ú¤ð¤x^ ``úa$gd¬$a$gd¬$ÿLÿ]ÿ`Lÿa$gd¬^úù-ú½þþþþÇ g © Ô Õ ß û ü
)
*
+
;
W
±
è
îÜÎÀ´Î´«¢
z
l`Q>´À´>´%h63Eh¬5CJOJQJ\]aJhrh¬56OJQJ]hG56OJQJ]h»-nh»-n5OJQJ]h63E5OJQJ]hG5OJQJ]"h»-nh¬5CJOJQJ]aJh»-nOJQJ]h63EOJQJ]hP|&h¬OJQJ]hP|&h¬6OJQJ]hP|&h¬5OJQJ]"h63Eh¬6CJOJQJ]aJ"hP|&h¬5CJOJQJ]aJ*
+
;
f
À
é
ê
JKi·ïBóóëëëëëëëëëëããÛÛÓÓó$$dð¤*$a$gdMræ$$dð¤*$a$gdMræ$a$gdMræ$a$gdG$a$gd»-n$a$gd¬$¤ð¤xa$gd»-nè
é
ê
;<=K[i©äöêÓ֍§{wojeRB9hGOJQJ]hG5CJOJQJ\]aJ%h63EhG5CJOJQJ\]aJ hG5 h»-n6hÒWh¬6h¬h¬h¬OJQJ]%h63Eh¬5CJOJQJ\]aJh¬OJQJ]mH sH hP|&h¬OJQJ]mH sH hGh¬OJQJ]h¬h¬OJQJ]mH sH -h63Eh¬5CJOJQJ\]aJmH sH hP|&h¬OJQJ]h¬OJQJ]äîïðBnw^ÓMòæáϼ¬|iU?)i*hÿo¢hMræ56CJOJQJaJmH sH *hÿo¢hMræ56CJOJQJaJmH sH 'hÿo¢hMræ5CJOJQJaJmH sH $hÿo¢hMræCJOJQJaJmH sH "hÿo¢hMræ5>*CJOJQJaJhÿo¢hMræCJOJQJaJhÿo¢hMræCJOJQJaJhÿo¢hMræ5CJOJQJaJ%hÿo¢hMræ56CJOJQJ]aJ"hÿo¢hMræ5CJOJQJ]aJ hMræ5hP|&hGOJQJ]hÒWhG6OJQJ]n^°ÓM*, ¡¢£¤ïïçâççÖÖκµ°¨££¨¨gd¬$a$gd¬gd¬gdïg$a$gd»-n$
Æ a$gdMræ$a$gdMræ$
Æ a$gdMrægdMræ$a$gdMræ$$dð¤*$a$gdMræMV*+,45§ª¼¿ÀÅÆÉ×ê×Ë»¦vgYGYG5G5G#hòuh63E6CJOJQJ^JaJ#hòuh¬6CJOJQJ^JaJhòuh¬6OJQJ^JhP|&h¬CJ$OJQJaJ$hP|&h¬OJQJh¬5OJQJ]hP|&hïgOJQJjhP|&hïgOJQJU(jhP|&hïgOJQJUmHnHuhMræhïgOJQJ]mH sH hMræhïg5mH sH $hÿo¢hMræCJOJQJaJmH sH *hÿo¢hMræ5>*CJOJQJaJmH sH ¤¥¦§½ØüýAyz{|}~- É!$X%¼&'*÷÷÷ïïïïïïç××ïïÒÍÃÃÃÃÃà $¤xa$gd¬gd¬gd¬$&dPÆÿa$gd¬$a$gd63E$a$gd¬$a$gd¬×ÛúýRSyz{|}~¬ÊáæéóùX¤¯å),zñßñßÍßñ»©xmxbxbWxLxLxmxmxh¼^h.OJQJh¼^hÃIÊOJQJh¼^h¼^OJQJh¼^hþ³OJQJh¼^h¬OJQJhP|&h¬OJQJ]hP|&h¬OJQJhP|&h¬CJ$OJQJaJ$"hP|&h¬56CJ$OJQJaJ$#hgkÁh¬6CJOJQJ^JaJ#hòuh63E6CJOJQJ^JaJ#hòuh¬6CJOJQJ^JaJhòuh¬6OJQJ^JzÐ% * , - / O d x y
Á Ú Û Ü ù !!&!'!)!*!!§!È!É!Ê!Ó!Ù!Ü!æ!ì!í!"¼"
### #-#6#A#I#Z#a#o#v#Â#É#ã#õêßÔêßÉÁÉÁê¶ê¶êßÁßÉÁÉÁÉßêÁê«êß ¶ ê êÁêê¶ê¶ê¶ê¶ê¶ê¶êh¼^hßOJQJh¼^h=!OJQJh¼^hA)OJQJh¼^h+¿OJQJh¼^h¼^OJQJhGOJQJh¼^hGOJQJh¼^hÕ:ÁOJQJh¼^h.OJQJh¼^h¬OJQJh¼^hþ³OJQJ5ã#æ#$$$M$n$~$$$$$$$¡$A%F%U%W%X%Y%[%n%«%Ñ%Ú%ê%&&'&>&L&R&&»&¼&½&='D'G'T'
''ó'()(.(/([(b(i((¤(ç(óèÝèÕèʿտè´è©è´¿è´èÊè´è©´è©´èè¿è´èèèè´èè´èèèh¼^hòuOJQJh¼^h=!OJQJh¼^h¼^OJQJh¼^hA)OJQJh¼^h+¿OJQJh¼^hÃIÊOJQJhWu¢OJQJh¼^hßOJQJh¼^h¬OJQJh¼^h¬H*OJQJ5ç(ü(Þ)**&*'***i****¶*¿*à*å*+++++!++
+É+è+ó+,=,^,_,`,m,r,º,Û,Ü,ñ,÷,ÿ,-.-7-I?I@IAIBICIDIEIúðã×ͶÄtetTeIeÄ9Ķhf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu j1¸hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2j´·hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf 5OJQJ\]jhlÉhf 0JUjhf U h{^åEIaIbIcIdI¿IÀIÁIÛIÜIÝIßIàIáIâIãIäIJJJJTJUJVJpJöèλ©~s»c»èöèI»©2j¨¹hf hf >*B*UmHnHphÿuhf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu j+¹hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j®¸hf hf >*B*UmHnHphÿuhlÉhf 0JmHnHuhf mHnHupJqJrJtJuJvJwJxJyJJJJJÑJÒJÓJíJîJïJñJòJóJôJõJöJKKïàÕತ¤ÂodàdSàÕತ¤ j»hf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2j¢ºhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu j%ºhf UmHnHuKKK8K9K:KTKUKVKXKYKZK[K]K^K_K{K|K}K~KKæÓÁ¶§¶§§Ó{uh_[_Gh*B*Uphÿhf hlÉhf 0JhSthSt0J>*jhlÉhf 0JU hSthSt0JPJ+L,L-L9L:L;L*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhSthSt0J>*mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j
¾hf hf >*B*UmHnHphÿu±L²L³LÏLÐLÑLÒLÛLÜLÝLÞLßLàLáLýLþLÿLM8M9M:MTMUMVMXMYMZM[M\M]MyMzMòéåéÑòéËÆò¼òéåé®òé©©òtf]fhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åj~Àhf Ujhf U hf jÀhf hf UhSthSt0J>* hSt
hSt0J'j¿hf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUzM{M|M¡M¢M£M½M¾M¿MÁMÂMÃMÄMÅMÆMâMãMäMåM
NNN)NæÓ¿´¥´¥¥Ó|ÓnenKÓ¿´¥´2jõÁhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jxÁhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jûÀhf hf >*B*UmHnHphÿu)N*N+N-N.N/N0N1N2NNNONPNQNzN{N|NNNNNNNNNN»N¼NïàÕ൧§ÂpeàeTàÕ൧§ jlÃhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jïÂhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu jrÂhf UmHnHu0NNO£O"PP@Q¿Q2R3RçRSTTU¸U8V¬V%WW;X²X YYYKZùùôîîôîîååàîîîàîîùùàîîî××!
ÆI
gdf "gdf !
ÆI
gdSt#
ÆI
"gdSt$
ÆI
¼N½N¾NëNìNíNOO OOO
OOOO,O-O.O/O8O9O:O;OæÓ¿´¥´¥¥Ó|ofbfNofHCo hSt
hSt0J'jãÄhf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jfÄhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jéÃhf hf >*B*UmHnHphÿu;OOZO[O\O]OOOOOOO O¡O¢O£O¤O¥OÁOÂOÃOÄOÿOõèßÛßÇè߸¸¨¸è v\H'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jZÆhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åjÝÅhf Ujhf U hf 'j`Åhf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhSthSt0J>*ÿOPPPPPP P!P"P#P$P@PAPBPCPxPyPzPPPPPPPPPõæõÕæÊæ·ª·y·eõæõTæÊæ·ªGjhlÉhf 0JU jÑÇhf UmHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jTÇhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHu jׯhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHuPP¹PºP»P¼PÅPÆPÇPÈPÉPÊPËPçPèPéPêPQQQ9Q:Q;Q=Q>Q?Q@QAQBQ^Q_Q÷ó÷ßÒ÷ÌÇÒ½Ò÷ó÷©Ò÷¤¤ÒoaXahf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åjHÉhf Ujhf U hf 'jËÈhf hf >*B*UphÿhSthSt0J>* hSt
hSt0JjhlÉhf 0JU'jNÈhf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0J_Q`QaQQQQ¸Q¹QºQ¼Q½Q¾Q¿QÀQÁQÝQÞQßQàQRRR+RæÓ¿´¥´¥¥Ó|ÓnenKÓ¿´¥´2j¿Êhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jBÊhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jÅÉhf hf >*B*UmHnHphÿu+R,R-R/R0R1R2R3R4R5RQRRRSRTR`RaRbRcRdRRRRRïàÕ൪ÂyÂeÂUÂ;Â2j6Ìhf hf >*B*UmHnHphÿuhSthSt0J>*mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2j¹Ëhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhSt0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu j*jhf hf 0J>*Uhf 5CJ\aJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHu j³Ìhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu3S4S5S6SkSlSmSSSSSSSSSS¬SS®S¯SàSáSâSüS÷ãÖ÷ÑÇѼǷÇÖ¯
kWL=Ljhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2j§Îhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åj*Îhf Ujhf U hf jhlÉhf 0JU'jÍhf hf >*B*UphÿhlÉhf 0JüSýSþSTTTTTT!T"T#T$TcTdTeTTTTTT
TTTT¤T¥TïàÕ൧§ÂpeàeTàÕ൧§ jÐhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2j¡Ïhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu j$Ïhf UmHnHu¥T¦T§TäTåTæTUUUUUUUU U%U&U'U(U2U3U4U5UæÓ¿´¥´¥¥Ó|mc\cImcAmchf hf $jÑhf hf B*Uphÿhf hf hf hf 0J>*jhf hf 0J>*Uhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jÑhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jÐhf hf >*B*UmHnHphÿu5U6U7USUTUUUVUUUU°U±U²UµU¶U·U¸U¹UºUÖU×UØUÙUVVòéåéÑòéÌÂ̷²ÂòªfRGhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jÓhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åjÒhf Ujhf U hf 'jÒhf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUVV0V1V2V5V6V7V8V9V:VVVWVXVYVVVV¤V¥V¦V©VªV«V¬VV®VÊVËVðåÔðÉð¶©¶x¶dåðåSðÉð¶©¶ jÔhf UmHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jÔhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHu jÓhf UmHnHuhf mHnHujhf UmHnHuËVÌVÍVWWWWWW"W#W$W%W&W'WCWDWEWFWlWmWnWWæÓ¿´¥´¥¥Ó|ÓnenKÓ¿´¥´2júÕhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu j}Õhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jÕhf hf >*B*UmHnHphÿuWWWWWWWWW®W¯W°W±W»W¼W½W¾W¿WÀWÜWÝWÞWßWXXïàÕ൦¦z¦md`dLmdG hf 'jq×hf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf hf $jôÖhf hf B*Uphÿhf hf hf hf 0J>*jhf hf 0J>*Uhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu jwÖhf UmHnHuXX3X4X5X8X9X:X;XZ¹h{^åmHnHu jèØhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jkØhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJjhlÉhf 0JU h{^åjî×hf U hf jhf U±X²X³X´XÐXÑXÒXÓXüXýXþXYYYYYY Y!Y"Y>Y?Y@YAYvYwYxYYòßÑÈÑ®ßodßòßÑÈÑJß2j_Úhf hf >*B*UmHnHphÿuh{^åmHnHu jâÙhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jeÙhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJmHnHuYYYYYYYYYY¹YºY»Y¼YÈYÉYÊYËYÌYèYïàÕ൨x`JÂ*OJPJQJmHnHu/jYÛhf hf B*UmHnHphÿuhf hf mHnHuhf hf 0J>*mHnHu'jhf hf 0J>*UmHnHuhSt0J>*mHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu jÜÚhf UmHnHuèYéYêYëY'Z(Z)ZCZDZEZHZIZJZKZLZMZiZjZkZlZvZñ×İ¥¥
zÄj[QJQ*jhf hf 0J>*Uhf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu jSÜhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jÖÛhf hf >*B*UmHnHphÿuhlÉhf 0JmHnHuvZwZxZyZzZ{ZZZZZèZéZêZ[[[ [
[[[
[[*[+[,[-[÷èÞÑÈÄÈ´Ñȯ¥¯¥¥ÑzlclIz2jGÞhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åjÊÝhf Ujhf U hf jMÝhf hf >*Uhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf hf 0J>*jhf hf 0J>*Uhf hf KZ[[\Æ\*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åj@ôhf Ujhf U hf jÃóhf hf Uhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf hf 0J>*gg«g¬gg°g±g²g³g´gµgÑgÒgÓgÔg!h"h#h=h>h?hBhChDhEhFhGhchdhðåÔðÉð¶©¶x¶fåðåUðÉð¶©¶ j4öhf UmHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2j·õhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHu j:õhf UmHnHuhf mHnHujhf UmHnHudhehfhhhhh®h¯h²h³h´hµh¶h·hÓhÔhÕhÖhàháhâhãhæÓÁ¶§¶§§Ó~oe^eKoeCoehf hf $j«÷hf hf B*Uphÿhf hf hf hf 0J>*jhf hf 0J>*Uhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu j.÷hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j±öhf hf >*B*UmHnHphÿuãhähåhiiii6i7i8iRiSiTiWiXiYiZi[i\ixiyizi{i½i¾iòéåéÑòéÌÂ̷²ÂòªfTIhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2j"ùhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åj¥øhf Ujhf U hf 'j(øhf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JU¾i¿iÙiÚiÛiÞißiàiáiâiãiÿijjjEjFjGjajbjcjfjgjhjijjjkjjjðåÔðÉð¶©¶x¶fåðåUðÉð¶©¶ júhf UmHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2júhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHu jùhf UmHnHuhf mHnHujhf UmHnHuZiáiij*kØkclílomnno}oïoðop+q²q2r¤rQsæs]tÂtÃtÄtuuùùðëùùùëùååùððëùùùëùùããããð $
ÆI
"gdf !
ÆI
gdf #
ÆI
jjjjjjjj¶j·j¸j¹jkkk"k#k$k'k(k)k*kæÓ¿Ó¯Ó¡¡~Ó¿sdsSdHdÓ8hf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu jühf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu2jûhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf hf 0J>*mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jûhf hf >*B*UmHnHphÿu*k+k,kHkIkJkKkTkUkVkWkXkYkZkvkwkxkyk´kµk¶kÐkÑkÒkÕkÖk×kØkÙkÚkök÷kòéåéÑòéËÆò¼òéåé®òéÆ¤Æ¤¤òykbkhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åjýhf Ujhf Uj
ýhf hf Uhf hf 0J>* hf
hf 0J'jühf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JU÷køkùk?l@lAl[l\l]l`lalblcldlelllllÉlÊlËlålæÓ¿´¥´¥¥Ó|ÓnenKÓ¿´¥´2jþþhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jþhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jþhf hf >*B*UmHnHphÿuålælçlêlëlìlílîlïlmm
mmKmLmMmgmhmimlmmmnmompmïàÕ൧§ÂpeàeTàÕàµEjhf hf 0J>*U juhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jøÿhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu j{ÿhf UmHnHupmqmmmmmmmmmmm»m¼m½m¾mômõmömnnnnnnnnnõîõÛÌõÄÌõ·®ª®·®|w·o\NhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åjìhf Ujhf U hf 'johf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf hf jhf hf 0J>*U$jòhf hf B*Uphÿhf hf hf hf 0J>*n6n7n8n9nenfngnnnnnnnnnn§n¨n©nªnìnínînoöèλ§|q»d»èöèJ»§2jchf hf >*B*UmHnHphÿuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jæhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jihf hf >*B*UmHnHphÿuhlÉhf 0JmHnHuhf mHnHuo o
o
oooooo.o/o0o1oYoZo[ouovowozo{o|o}o~ooooïàÕ൧§ÂpeàeTàÕ൧§ jÚhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2j]hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu jàhf UmHnHuoooËoÌoÍoçoèoéoìoíoîoïoðoñoòoppppppæÓ¿´¥´¥¥Ó|qÓcZc@Ó¿Ó2jQhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhSt0JmHnHuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jÔhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jWhf hf >*B*UmHnHphÿupp p!p=p>p?p@pcpdpeppppp
ppppp¥p¦pðÝÏÆÏ¬Ý~m~b~ÝRE*B*Uphÿhf hf hf 0J>* hf
hf 0JhlÉhf 0JjhlÉhf 0JU'jÈhf hf >*B*UphÿJqKqLqqqqªq«q¬q¯q°q±q²q³q´qÐqÑqÒqÓqrrr*ræÓ¿´¥´¥¥Ó|ÓnenKÓ¿´¥´2j9
hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu j¼ hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j? hf hf >*B*UmHnHphÿu*r+r,r/r0r1r2r3r4rPrQrRrSrrrrrrr¡r¢r£r¤r¥r¦rïàÕ൧§ÂpeàeTàÕàµG>hlÉhf 0JjhlÉhf 0JU j°hf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2j3hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu j¶
hf UmHnHu¦rÂrÃrÄrÅrÎrÏrÐrÑrÒrÓrÔrðrñròrór-s.s/sIsJsKsNsOsPsQsRsSsospsüóßÒóÌÇÒ½Òóüó¯Òóǥǥ¥Òzlclhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åj'
hf Ujhf Ujªhf hf Uhf hf 0J>* hf
hf 0JjhlÉhf 0JU'j-hf hf >*B*UphÿhlÉhf 0Jhf psqsrsÂsÃsÄsÞsßsàsãsäsåsæsçsèstttt9t:t;tUtæÓ¿´¥´¥¥Ó|ÓnenKÓ¿´¥´2jhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu j!hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j¤
hf hf >*B*UmHnHphÿuUtVtWtZt[t\t]t^t_t{t|t}t~ttt tºt»t¼t¿tÀtÁtÂtÄtÅtÆtâtãtïàÕ൨¨xmxhx¨\V¨
hf 0Jhf 5OJQJ\] h{^åjhf Ujhf U hf 'jhf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu jhf UmHnHuãtätåtõtöt÷tøtùtútûtuuuueufuguuuuuuuuuuuëÞÓËÆÞ¼Þ³¯³ÞÓÆÆÞujWIhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhSt0JmHnHuhf 5OJQJ\] h{^åjhf Ujhf U'jhf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0Jhf hf 0J>* hf hf 0JPJhlÉhf 0JPJjhlÉhf 0JU'jhf hf >*B*Uphÿu¨u©uªu«u·u¸u¹uºu»u×uØuÙuÚuüuýuþuvvvvvvöèλ§»»èöè}»§rcrRcGc»h{^åmHnHu jhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu2jhf hf >*B*UmHnHphÿuhf hf 0J>*mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j hf hf >*B*UmHnHphÿuhlÉhf 0JmHnHuhf mHnHuu vÒvSwàw`xÐxyJz{Å{z|}µ}¶}Q~û¾6´tuöñëëëëñâââñëëööñëëñëëààààà #
ÆI
gdf #
ÆI
"gdf !
ÆI
gdf v v!v"v>v?v@vAvKvLvMvNvOvPvlvmvnvov®v¯v°vÊvËvÌvÏvÐvÑvÒvÓvïàÖÏÖ¼àÖ´àÖ§§}r}m}§eR$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åjzhf Ujhf U hf jýhf hf Uhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf hf $jhf hf B*Uphÿhf hf hf hf 0J>*jhf hf 0J>*Uhf 5CJ\aJmHnHuÓvÔvðvñvòvóv/w0w1wKwLwMwPwQwRwSwTwUwqwrwswtw¼w½w¾wØwñèñλ§|q»d»ñèñJ»§2jñhf hf >*B*UmHnHphÿuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jthf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j÷hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuØwÙwÚwÝwÞwßwàwáwâwþwÿwxxxXxYxZx]x^x_x`xaxbx~xxïàÕ൧§ÂpeàeTàÕ൧§ jhhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jëhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu jnhf UmHnHuxxx¬xx®xÈxÉxÊxÍxÎxÏxÐxÑxÒxîxïxðxñxûxüxýxþxæÓ¿´¥´¥¥Ó|mc\cImcAmchf hf $jßhf hf B*Uphÿhf hf hf hf 0J>*jhf hf 0J>*Uhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jbhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jåhf hf >*B*UmHnHphÿuþxÿxyyyyyoypyqyyyyyyyyyy±y²y³y´yÉyÊyËyòéåé×òéÒÈҽȸÈò°hR*hf hf 0J>*OJPJQJmHnHu/jVhf hf B*UmHnHphÿuhf hf mHnHuhf hf 0J>*mHnHu'jhf hf 0J>*UmHnHuhf CJaJ h{^åjÙhf Ujhf U hf j\hf hf Uhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUËyÌyÍyéyêyëyìy&z'z(zBzCzDzGzHzIzJzKzLzhzizjzkzzzíßÖß¼í¨}ríeíßÖßKí¨í2jÍhf hf >*B*UmHnHphÿuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jPhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jÓhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuzzzzz z¡z¢zëzìzíz{{ {{
{{{{{-{.{/{ðÝÏÆÏ¬Ý~m~b~ÝUÝÏÆÏ;2jDhf hf >*B*UmHnHphÿuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jÇhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2jJhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf hf 0J>*mHnHu/{0{@{A{B{C{D{`{a{b{c{¡{¢{£{½{¾{¿{Â{Ã{Ä{Å{Æ{Ç{íÙíÉí»²»íÙ~m~b~íUH?hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu j>hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu2jÁhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf hf 0J>*mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuÇ{ã{ä{å{æ{ï{ð{ñ{ò{ó{ô{õ{||||V|W|X|r|s|t|w|x|y|z|{|||||üóßÒóÌÇÒ½Òóüó¯Òóǥǥ¥Òzlclhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åjµhf Ujhf Uj8hf hf Uhf hf 0J>* hf
hf 0JjhlÉhf 0JU'j»hf hf >*B*UphÿhlÉhf 0Jhf |||ú|û|ü|}}}}}}}} }}?}}}}}æÓ¿´¥´¥¥Ó|ÓnenKÓ¿´¥´2j,!hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu j¯ hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j2 hf hf >*B*UmHnHphÿu}®}¯}²}³}´}µ}¶}·}¸}Ô}Õ}Ö}×}ã}ä}å}æ}ç}~~~~ïàÕ൪ÂyÂeÂUÂ;Â2j£"hf hf >*B*UmHnHphÿuhf hf 0J>*mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu2j&"hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhSt0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu j©!hf UmHnHu~-~.~/~I~J~K~N~O~P~Q~R~S~o~p~q~r~{~|~}~~~~~~~~ëàÑàÀѵѢ
|x|d
|^Y
O
|x|hf hf 0J>* hf
hf 0J'j#hf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf 5CJ\aJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHu j #hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJPJQJmHnHu~~ ~à~á~â~ü~ý~þ~"#$%]^_yñäÛÖÌÖÁ̼Ìä´¡p¡^SDSjhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2j%hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åj$hf Ujhf U hf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUj$hf hf Uyz{~ ¡¢×ØÙóôõøùúûüïàÕ൧§ÂrgàgVàÕàµGjhf hf 0J>*U j&hf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2j&hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu j%hf UmHnHuüý&'()*+GHIJ¶·¸»¼½¾¿ÀÜÝõîõÛÌõÄÌõ·®ª®·®}·ubTKThf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf CJaJ h{^åj(hf Ujhf U hf j
'hf hf Uhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf hf jhf hf 0J>*U$j'hf hf B*Uphÿhf hf hf hf 0J>*ÝÞß./0345678TUVW¬æÓ¿´¥´¥¥Ó|ÓnenKÓ9´¥´#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2jy)hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf CJaJmHnHuh{^åmHnHu jü(hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJQJmHnHsHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j(hf hf >*B*UmHnHphÿu¬®±²³´µ¶ÒÓÔÕö÷ø:;ïàÕ൨¨xmxhx¨\V¨
hf 0Jhf 5OJQJ\] h{^åjð*hf Ujhf U hf 'js*hf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhf CJaJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu jö)hf UmHnHu;*B*Uphÿ!uÇÜI¨÷]
^
ï
Bàá~Û8òó¦£"½YË'ý÷÷÷÷÷÷÷ýý÷÷÷ýý÷÷÷÷ýý÷÷÷÷÷÷÷!
ÆI
æçèóôõ5678\]^xæÓÁ¶§¶§§Ó{ÓmdmJÓÁ¶§¶2j[.hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu jÞ-hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2ja-hf hf >*B*UmHnHphÿuxyz}~ ¡¸¹ºÔÕÖÙÚÛÜÝÞúûïàÕತ¤ÂmbàbQàÕತ¤ jÒ/hf UmHnHuhf mHnHu'hlÉhf 0JOJQJmHnHsH u2jU/hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu jØ.hf UmHnHuûüý%&'ABCFGHIJKghij
æÓÁ¶§¶§§Ó{ÓmdmJÓ6¶'hlÉhf 0JOJQJmHnHsH u2jI1hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu jÌ0hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jO0hf hf >*B*UmHnHphÿu
¡¢¥¦§¨©ªÆÇÈÉÓÔÕïðñôõö÷øù
ðåÔðÉ𶦶u¶cåðåRðÉ𶦶 jÀ2hf UmHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2jC2hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHu jÆ1hf UmHnHuhf mHnHujhf UmHnHu
9
:
;
U
V
W
Z
[
\
]
^
_
`
|
}
~
æÓÁ¶§¶§§Ó{uh_[_Gh_h=hhf hf 0J>*'j74hf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JU
hf 0Jhf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu jº3hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j=3hf hf >*B*UmHnHphÿu
©
ª
«
¬
Ë
Ì
Í
ç
è
é
ì
í
î
ï
ð
ñ
÷ó÷ßÒ÷ÍÃ͸óÃÒ§}cQFhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2j®5hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf 5OJQJ\] h{^åj15hf Ujhf U hf jhlÉhf 0JU'j´4hf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0J :;*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHu j+6hf UmHnHuhf mHnHujhf UmHnHu²³´¼½¾ØÙÚÝÞßàáâãÿ
æÓÁ¶§¶§§Ó{uh_[_Gh_h=hhf hf 0J>*'j8hf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JU
hf 0Jhf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu j8hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j¢7hf hf >*B*UmHnHphÿu,-./Z[\vwx{|}~ £÷ó÷ßÒ÷ÍÃ͸óÃÒ§}cQ=&hlÉhf 0JH*OJQJmHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2j:hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf 5OJQJ\] h{^åj9hf Ujhf U hf jhlÉhf 0JU'j9hf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0J£·¸¹ÓÔÕØÙÚÛÜÝùúûüý012íâÓâÂÓ·Ó¤¤}c¤íOíâÓâ>Ó j;hf UmHnHu&hlÉhf 0JH*OJQJmHnHu2j
;hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHu j:hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu256789:VWXYZ]qrs³´õæÓÃÓµ¬µÓlaæaPæõæÓÃÓµ¬µ j*B*UmHnHphÿu !">?@A £¤¥¦§¨ÄÅëÞÓÞÉÞÀ¼À¨ÞÓ££Þ}j\S\hf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf 5OJQJ\] h{^åjõ>hf Ujhf U hf 'jx>hf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JhSthSt0J>*hlÉhf 0J^JjhlÉhf 0JU'jû=hf hf >*B*UphÿÅÆÇûüý !=>?@æÓÁ¶§¶§§Ó{ÓmdmJÓÁ¶§¶2jl@hf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu jï?hf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2jr?hf hf >*B*UmHnHphÿu ¡¢£¤¥ÁÂÃÄþÿ !"#$@AïàÕತ¤ÂodàdSàÕತ¤ jãAhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2jfAhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu jé@hf UmHnHuABCµ¶·º»¼½¾¿ÛÜÝÞ567QæÓÁ¶§¶§§Ó{ÓmdmJÓÁ¶§¶2jZChf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHuh{^åmHnHu jÝBhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHu2j`Bhf hf >*B*UmHnHphÿuQRSVWXYZ[wxyz§¨©ÃÄÅÈÉÊËÌÍéêïàÕತ¤ÂodàdSàÕತ¤ jÑDhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2jTDhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHuhf 5CJ\aJmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuh{^åmHnHujhf UmHnHu j×Chf UmHnHuêëì !$%&'()*FGHISTæÓÁ¶§¶§§Ó{uh_[_Gh*B*Uphÿ
hSt0Jhf 5OJQJ\] h{^åjBGhf Ujhf U hf hlÉhf 0J^J'jÅFhf hf >*B*Uphÿhf hlÉhf 0JjhlÉhf 0JUhSthSt0J>*% ¡¢£¤¥ÁÂÃÄÕÖ×ñòóö÷øôêåêØÌ¹«¢«¹vk\kK\@\¹h{^åmHnHu j³Ihf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2j6Ihf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf 5OJQJ\]jhlÉhf 0JU h{^åjhf Uj¹Hhf Uøùúû*+,FGHKLMNOPlmno|}~ïÜÎÅΫÜncÜïÜÎÅÎIÜ2j*Khf hf >*B*UmHnHphÿuh{^åmHnHu jJhf UmHnHujhf UmHnHuhf mHnHu#hlÉhf 0JOJQJmHnHu2j0Jhf hf >*B*UmHnHphÿuhf mHnHuhlÉhf 0JmHnHu$jhlÉhf 0JUmHnHuhf 5CJ\aJmHnHu ¡¢£¯»½¾Áæ.?ïàÕà²
wh\PI&?&I&J&`&~&&3(4(£)®)",#,},~,¶,·,óÜÊܳÜÊónn_J_>_J_J_>h¬OJPJQJaJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhP|&h¬OJPJQJaJ hP|&h¬CJ OJPJQJaJ(h¬CJ OJPJQJaJ(hP|&h¬CJ OJPJQJ,jdNhP|&h¬5CJ OJPJQJUaJ ,jhP|&h¬OJPJQJUmHnHu#hP|&h¬5CJ OJPJQJaJ ,jhP|&h¬5CJ OJPJQJUaJ hP|&h¬OJPJQJI&&£)·,¸,ê,!.0F1´3O5@6A66':©;¥>ADøGùG7HxKOÀTXúêêêåêêêêêêêåêêêêêêêåêêêêgd¬$dh¤H¤H*$1$gd¬gd¬·,¸,ê,..//Õ0Ö0s4t4Ã4K5L5Û5Ü5ë5ì5ÿ56=6>6@6A66ã7õ8ö8999999Á9$:%:\:a:5;6;È=É=¬??$@%@é@ê@¡B¢B?C@CôDõD²E³EÚEñäñÏñÏñÏñÏñ¿ÏñÏñÏñÏñÏñ¯äñ££ñ£ñ£ñ£ñÏñ£ñÏñÏñÏñÏñÏñÏñÏñÏñÏñ#jh¬0JOJPJQJUaJh¬OJPJQJaJhP|&h¬5OJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJ]aJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhØÓh¬OJPJQJhP|&h¬OJPJQJaJ9ÚEòEöE
FùF5G6GøGùG7H«HíHîHJJK K+L,LPPRR³S´SÈSÉSzT{T¼T½TX®X¸XÆXÇXÉXßXöX÷XïàïàïËà»®àïËàËàËàËàËàËàËàËàËàËà»o hP|&h¬CJ(OJPJQJaJ( hP|&h¬CJ OJPJQJaJ(h¬CJ OJPJQJaJ(hP|&h¬CJ OJPJQJhØÓh¬OJPJQJhP|&h¬5OJPJQJaJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhP|&h¬OJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJ]aJ'X®X¸X÷X\DaEaa ehÏh(jõnqqJqt8wB{òííÚÆ¹´ÚÚ´¤¤¤¤¤¤¤gd¬$dh¤H¤H*$1$gd¬gd¬
$¤H¤H*$1$gd¬$dh¤H¤H*$1$`gd¬$$dh¤H¤H*$1$a$gd¬gd¬
$¤H¤H*$1$gd¬÷X0Y1Y:YUY\J`K`DaEaa#e$ePfQfhÏh\i]iíjîjjmkm¸nÒn½oÐoqóàóÒóÁªÁóàóàó|g|g|g|W|W|hP|&h¬OJPJQJ]aJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhP|&h¬OJPJQJaJhØÓh¬OJPJQJ#hP|&h¬5CJ OJPJQJaJ -jhP|&h¬0JCJOJPJQJUaJ hP|&h¬CJOJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJ]%jhP|&h¬0JOJPJQJUhP|&h¬OJPJQJqqJqq¼q½qÓqÔqÕq°rérêrsss¿sÔsÛsÜsÞsÿstt/tªt«ttBuu©uªu¬u7wTw_wwtxuxx¸xyzzzz©zÀz?{@{'|)|6|8|}2}ú}~~G~M~O~]~^~ïÞÏÃϳÏÃÏÃÏÏÃÏÃÃÏÃÏÃÏÃÏÃÏÏÃÏÃÏÃÏÃÏÃÏÏÃϳÏÏÃÏÃÏÃϳÏÃÏÃÏÃ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhP|&h¬OJPJQJ]aJh¬OJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJaJ hØÓh¬CJOJPJQJaJhP|&h¬5OJPJQJaJ>^~`~e~~=Pkr¦ÃÄefx¨©«¿À_s¨Úæø2î
h
rsL=sw'»¼
¥#_`»¯°×ñåñåñåñåñÕñÀåñåñåñåñåñåñåñåñåñåñåñåñåñåñåñåñÕÀñÀñÀñÕñÕÀñÕÀñ²¡ hØÓh¬CJOJPJQJaJhP|&h¬5OJPJQJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhP|&h¬OJPJQJ]aJh¬OJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJaJ=B{ys #c»¯°×_' E£¦¦¦¦Ä¦ïïïïïÚïÚïÇÂÇÇÇÇÇÇǽ½gd¬gd¬$$dh¤H¤H*$1$a$gd¬$e¤H¤H*$1$]^egd¬$dh¤H¤H*$1$gd¬×:Vfý '.ILNUl¥¦!¾0^_q:j.Hr¡°67¦ Ð ¡.¡P¡½¡£´£Â£â£(¤H¤»¥~¦¦¦¦¦Ä¦,§T§V§§§Ö§á¨í¨ø¨-©g©r©© ©¬©¬¬óéóéóéóéóéóéóÖóéóéóéóéóéóéóéóÖóéóéóéóéóéóéóéóéóǶéóéóéóéóéóéóéóéó¨hP|&h¬5OJPJQJ hP|&h¬CJ OJPJQJaJ(hP|&h¬CJ OJPJQJ%jhP|&h¬0JOJPJQJUh¬OJPJQJhP|&h¬OJPJQJBĦª¬Ï¬è±´p·ºpºõ»ö» ¼
¿^ÀÃ)ŲÆqÉÖÌ×ÌèèãÐÐÐÐи¨ãÐÐÐиÐÐÐ$$¤H¤H*$1$a$gd¬$$e¤H¤H*$1$]^ea$gd¬$$dh¤H¤H*$1$a$gd¬gd¬$$
Æhdh¤H¤H*$1$a$gd¬¬Ï¬'³(³´´(µ3µ²¶m·n· ¹N¹O¹P¹ÿ¹ºlºmºpºò»ó»õ»ö» ¼í¾
¿¨Á½Á)Â*ÂÃÃ)ůưÆ&É'É×Ì
ÍêÍëÍÑóæÓæÅæÅæÅӿŶӿӿӿÅÓæ¨óææÅæÓæÓæÅÓæÓæóv-jhP|&h¬0JCJOJPJQJUaJ hP|&h¬CJOJPJQJaJh¬OJPJQJhP|&h¬5OJPJQJhP|&h¬0JOJPJQJhP|&h¬OJPJQJ]%jhP|&h¬0JOJPJQJUhP|&h¬OJPJQJhØÓh¬OJPJQJ*×Ì
ÍéÎÒÖ.Û«Þ¬Þ®Þ¯Þ°Þ±Þ¾ÞûÞýÞtâTæÂéõë'ìúæææææÖÉÉÉɹ¹¹ÖÖÖÖ¦$$dh¤H¤H*$1$a$gd¬$&dPÆÿa$gd¬
$¤H¤H*$1$gd¬$dh¤H¤H*$1$gd¬$dh¤H¤H*$1$`gd¬gd¬ÑÑÖ Ö3×G×XØYØ8Û9ÛÓÝæÝ«Þ°Þ±Þ»Þ½ÞúÞüÞýÞþÞRàSà-á.áqârâíÜÅÜíÜÅÜÅÜíܵ¨rcWEWEWE#jh¬0JOJPJQJUaJh¬OJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJaJ hqE6CJ OJPJQJ]aJ h¬6CJ OJPJQJ]aJ &h
7Ðh¬6CJ OJPJQJ]aJ h¬5OJPJQJaJhP|&h¬5OJPJQJaJ-jhP|&h¬0JCJOJPJQJUaJ hP|&h¬CJOJPJQJaJ#hP|&h¬CJOJPJQJ]aJrâtâjãâã?¹Aéäéééé×ÒÒ»«ä«««««$dh¤H¤H*$1$gd¬$$
Æhdh¤H¤H*$1$a$gd¬gd¬
$¤H¤H*$1$gd¬gd¬$$dh¤H¤H*$1$[$\$a$gd¬(
(É*Ê*Ë*ª+«++®+Î-ß-à-ñ.ò.////./éÕ¼©y©ébb©RC2 hP|&h¬CJ OJPJQJaJ(hP|&h¬CJ OJPJQJhP|&h¬5OJPJQJaJ-jhP|&h¬0JCJOJPJQJUaJ5jhP|&h¬0JCJOJPJQJUaJmHsH(hP|&h¬CJOJPJQJaJmHsH$hP|&h¬CJOJQJaJmHsH1jhP|&h¬0JCJOJQJUaJmHsH'hP|&h¬CJOJQJ]aJmHsH+hP|&h¬CJOJPJQJ]aJmHsH./0/L/ /&0'0B1C1¡3¢3Õ3²5³5;;;;È >¡>??NAVA¹A.C/C1C2CmC´FµFGG G¡GòáÔÆ³Ô³Ô£rrrrbrrbbr£rrrhP|&h¬OJPJQJ]aJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhP|&h¬OJPJQJaJhØÓh¬OJPJQJhP|&h¬5OJPJQJaJ%jhP|&h¬0JOJPJQJUhP|&h¬OJPJQJ]hP|&h¬OJPJQJ hP|&h¬CJ OJPJQJaJ(h¬CJ OJPJQJaJ(&¹A1C2CmCãEvHÅJÆJÐJKXMEOÕRÖRS8V:Y_[ãHã¤ãäÖëìíûíïÔðnñññ¯ñãòîòô³ôôåôåôåØåÃåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåÃåôåôåôåÃåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåôåô)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhØÓh¬OJPJQJhP|&h¬OJPJQJaJh¬OJPJQJaJM³ôkõlõmõ¢õ¼÷½÷6ø7øû?ûáÿæÿûøýz¼½Âúò8AN3?C|3LXwzPQÛ
å
õ
7y ²-
.
.ÞàñåñØñÃñÃñåñåñ´¨´¨´¨´¨´¨´¨´¨´¨´¨´ñåñåñåñÃññåñåh¬OJPJQJh~zHh¬OJPJQJh¬OJQJ^JaJhP|&h¬OJQJ^JaJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhØÓh¬OJPJQJh¬OJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJaJ9ªùûiýû4R.
Ð
aËæïïïïïïÚïïÆªÆÆÆ$a$gd¬$$dð¤H¤H*$1$`a$gd¬$Gdð¤H¤H*$1$]G^`gd¬$dh¤H¤H*$1$`gd¬$G¤H¤H*$1$]G^gd¬$dh¤H¤H*$1$gd¬àïÝñ²³ÐèúI»Ñ°±
aÉÝ ÀËÌá)UóéÚɻɻÉÉÉÉÉÉÉÉÉyhZhZhZhZhh¬CJOJQJ^JaJ hP|&h¬CJOJQJ^JaJhØÓh¬OJQJ#hP|&h¬5CJ OJQJ^JaJ -jhP|&h¬0JCJOJPJQJUaJh
ECJOJPJQJaJh¬CJOJPJQJaJ hP|&h¬CJOJPJQJaJh~zHh¬OJPJQJaJh¬OJPJQJh~zHh¬OJPJQJ#Uuz²³¼ÊØ3b BMå r£Ãû#$&&&¯&D'h'(
(h({(i)C*F*£*¤*Ú*ð*?+ã+C,!-{-|---Á-Å-Ï-"/U/¦/È/É/Í/00;0G0±0X11¶1À1Ï12%202I2r2u2223{333
33Û5òáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáÊáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòá-jhP|&h¬0JCJOJQJU^JaJ hP|&h¬CJOJQJ^JaJh¬CJOJQJ^JaJPæ¨"k#Î&Ç)|-/'2;5¹7«;¬;·;ñ;A?)C*CUCE_K_MRÕVWçZÛ[ëëëëëëëëëëëææëëëáëëëëëëëëgd¬gd¬$dh¤H¤H*$1$`gd¬Û5ç566;6B6C6J6667$7&7:7F9m9|9}99Ú9¬;·;¹;ñ;F@d@÷AùABB*CUCµE¶EðEñEFF"GDGªH3IOIwIxIzIIII¢I£I»IÃIÄIÕIJEJ^KULVLòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáÔȹáòáòáòá®ááòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòáòá-jhP|&h¬0JCJOJQJU^JaJhØÓh¬OJQJhP|&h¬CJ OJQJaJ(h¬CJ OJQJaJ(hP|&h¬CJ OJQJ hP|&h¬CJOJQJ^JaJh¬CJOJQJ^JaJ;VLN)NvNN NÓNãNóNÿNOQPqP{PRyRRQTtTªT½TµVÕVWWWWeZZZ½Zr]s]]þ]^^Þ_è_í_`aa8aAaòacLfMfiiiiiivmwmpppêpz®zdïáïáïáïáïáïáïáïáïáïáïáïÊïáïáïáïÊïáïáïáïáïáïáïáïáïÊïÊïáïÊïáï¿ïÊïÊï±ï±ï±h¤}oCJOJQJ^JaJhh¬OJQJ-jhP|&h¬0JCJOJQJU^JaJh¬CJOJQJ^JaJ hP|&h¬CJOJQJ^JaJFÛ[u]c²dMfiÛkymppêpÐtÁw°z:~P2ðl"ãÏÏÏÏÏÏÏÏÇÏÏãÏÏãÏÏÏÏÏãÏ$a$gd¬$dh¤H¤H*$1$`gd¬$Gdð¤H¤H*$1$]G^`gd¬©ÒØBxEYæ
.OUmåñÐð¸ÆÏ/4Gpt}ë6iuvç1¾¿ïáïáïáïáïáïáïáïáïáïÊï¶ï¨ïáïáïáïáïáïáïáïáïáïáïáïáïÊïh¬CJOJQJ\^JaJ#hP|&h¬CJOJQJ\^JaJh¬CJOJQJ^JaJ'hP|&h¬0J6CJOJQJ^JaJ-jhP|&h¬0JCJOJQJU^JaJh¤}oCJOJQJ^JaJ hP|&h¬CJOJQJ^JaJ5¿ÀìÎK¤¯§°§º§í§e¬f¬©¬6¯q³N·p¸¬»½ëëæëëëëëÖÑÑ뺲ëëëëëë$a$gd¬$$dð¤H¤H*$1$`a$gd¬gd¬$$¤H¤H*$1$a$gd¬gd¬$dh¤H¤H*$1$`gd¬¿Àì«§¬§¯§°§º§ß§ì§í§e¬f¬©¬º®»®3¯4¯2Æ3ÆËËÎÎ~ÙÙ=ãíâѺѨqÑ_âѺѺѺÑQѺѺÑh¬CJOJQJ^JaJ#hP|&h¬5CJ OJQJ^JaJ hP|&h¬CJ(OJQJaJ(h¬CJ OJQJaJ(hP|&h¬CJ OJQJaJ(hP|&h¬CJ OJQJ#hP|&h¬CJ OJQJ\^JaJ -jhP|&h¬0JCJOJQJU^JaJ hP|&h¬CJOJQJ^JaJhh¬OJQJ#hP|&h¬CJOJQJ\^JaJ½¿©Â]Ä´ÈåÌÎÔ·×Ù÷Ügá=ã>ããæ²èCë4ð«õí÷ùëëëëëÏëëÏëëëºëëëëëëÏ$a$gd¬
$¤H¤H*$1$gd¬$Gdð¤H¤H*$1$]G^`gd¬$dh¤H¤H*$1$`gd¬=ã>ããùùÄüÅüÇübcghÂÃÄÅ?ìáййЪn]L]C4hP|&h¬OJPJQJaJhqEhqEPJ hqE6CJ OJPJQJ]aJ h¬6CJ OJPJQJ]aJ &hKXh¬6CJ OJPJQJ]aJ #hP|&h¬5CJOJPJQJaJh¬OJQJaJh¬CJOJQJaJhP|&h¬CJOJQJaJ-jhP|&h¬0JCJOJQJU^JaJ hP|&h¬CJOJQJ^JaJhh¬OJQJ&hP|&h¬5CJ OJQJ\^JaJ ùÇücefghuÃÄÅB¦Õa
yzëëÞÞÞÞÎÎÎɹ¤¹¹¹¹Þ$G¤H¤H*$1$]G^gd¬$dh¤H¤H*$1$gd¬gdqE$&dPÆÿa$gd¬
$¤H¤H*$1$gd¬$dh¤H¤H*$1$`gd¬?@£¤jmYxyz¯±ÿêÛêÛÏÛÃÛ³¡t]t]]F,jhP|&h¬5CJ OJPJQJUaJ ,jhP|&h¬OJPJQJUmHnHuhP|&h¬5OJPJQJ#hh¬5CJOJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJ#hP|&h¬5CJOJPJQJaJhP|&h¬5OJPJQJaJh¬OJPJQJaJhk?OJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJaJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJz{|®¯°±ÿóóó第q¬:$$
Æh$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬:$$
Æh$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬$$*$1$a$gd¬$$*$1$a$gd¬$%/k½FFAAgd¬;$
Æh¤x¤x$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ gd¬:$$
Æh$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬A$$
Æhdh¤H¤H$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬ !"%/;kãCÎ()ý$»ðþ;íÖ¿¨Öízk_kSk>kSkSkSkSk)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhk?OJPJQJaJh¬OJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJaJ hP|&h¬CJ OJPJQJaJ(h¬CJ OJPJQJaJ(hP|&h¬CJ OJPJQJ,j4QhP|&h¬5CJ OJPJQJUaJ ,jhP|&h¬OJPJQJUmHnHu,jhP|&h¬5CJ OJPJQJUaJ #hP|&h¬5CJ OJPJQJaJ kÉ(ü> Ý!°"e$¢%é%d(«)¥*y,
.ä379?ÐDFJK{MïïïïïïÚïïïÕïÚïïïïïïïïïïïgd¬$G¤H¤H*$1$]G^gd¬$dh¤H¤H*$1$gd¬ v!w!Ú!Û!H"I"S#T#¢%¨%Æ%é%Z&y&''?'í(ñ(§)¨)¥*±*ü*%+B+a+Ç.È.q/y//¡/Ø/0Á2Â23"3#343@3Ì3Î3à3â3¯4Í466×6ø677777F77¨7êÛêÛêÛêÛêÛêÛÎÄÎÛ¸Û¸Û¬ÛêÛ¸Û¸Û¸ÛêÛ¸Û¸Û¸ÛêÛ¸Û¸Û¸Û¸Û¸ÛêÛ¸Û¸ÛÛ¸Û¸hP|&hk?OJPJQJaJhê
¤OJPJQJaJhk?OJPJQJaJhk?OJPJQJhh¬OJPJQJhP|&h¬OJPJQJaJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJ>¨7ª7«7+8G8É8å8949::::µ:Á:Ä:Û:Þ:ì:ï:õ:;Í;ã;
>>¾>?r????L@^@@@@Ö@ÅAÆAÈA@BABGB{B|BBBBñÜñÐñÐñÄñĵÄñÄñÄñÄñÄñÄñÜñÄñÄñÄñÄñÄñÜñÄñÜÄñÄ£ÄññññhP|&hppOJPJQJaJhppOJPJQJaJ#jhpp0JOJPJQJUaJhf hrr:OJPJQJaJhrr:OJPJQJaJhk?OJPJQJaJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJhP|&h¬OJPJQJaJ5BBÙBÛBõBC#CEC[C{C~C¬CÕCßCéCùCDADJDsD
DD¡D»D¼DÆDÍDÎDÐDäDE
E=EEEêE
FFF^F~FFFöFG.G¢«¤¬¤¥ ¥s§t§u§v§§êÛêÛËêÛËêÛËêÛº¬wfWHh¬CJ OJPJQJ\aJ h¬5CJ4OJPJQJaJ4 hP|&h¡wÒCJOJPJQJaJh¡wÒOJPJQJhP|&h¡wÒOJPJQJaJh¡wÒh¡wÒOJPJQJaJhP|&h¡wÒOJPJQJh¬CJOJPJQJaJ hP|&h¬CJOJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJ]aJhP|&h¬OJPJQJaJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJ>¢¬¤s§t§u§v§w§x§y§z§{§§Ø§Ù§¬ ±!±"±U±ëÛÛëʽ½½½½½½½¡$$*$1$a$gd¬$dh¤H¤H*$1$gd¬
&dPÆÿgd¬$
Æh¤H¤H*$1$gd¬$dh¤H¤H*$1$gd¡wÒ$dh¤H¤H*$1$`gd¬§¦§À§Á§Ì§×§Ø§Ù§Ú§Ý§L¨V¨Ì¨Þ¨i©©ÿ«¬|¬~¬-®@®É¯Ý¯Þ¯
°°é°±"±#±U±V±íÞíÞíÏí¶§¶§§§§§z§z§zz§kY§#hh¬5CJOJPJQJaJh´5CJOJPJQJaJh´OJPJQJaJ)jhP|&h¬0JOJPJQJUaJh¥x/OJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJaJh¬OJPJQJaJhP|&h¬OJQJaJhqECJ OJPJQJ\aJ h¬CJ OJPJQJ\aJ #hKXh¬CJ OJPJQJ\aJ U±V±W±X±¤±¥±¦±Ã±Ä±ö¾¾HH:$$
Æh$d%d&d'd*$-D1$MÆ
ÿàààNÆÿOÆÿPÆÿQÆÿa$gd¬:$$
Æh$d%d&d'd*$-D1$MÆ
ÿàààNÆÿOÆÿPÆÿQÆÿa$gd¬7$
Æh$d%d&d'd*$-D1$MÆ
ÿàààNÆÿOÆÿPÆÿQÆÿgd¬ $*$1$gd¬V±X±q±±±±¤±¦±§±¾±¿±À±Á±Â±Ä±Æ±Ç±È±Ñ±Ô±Õ±ë±÷±ø±ù±4²Q²²²ñßÐßÐßñ¿²¿¿²ßÐßvevevTv²J²Jh45FOJPJQJ hã6CJ OJPJQJ]aJ h¬6CJ OJPJQJ]aJ &hKXh¬6CJ OJPJQJ]aJ !jTRhP|&h¬OJPJQJU,jhP|&h¬OJPJQJUmHnHuhP|&h¬OJPJQJ!jhP|&h¬OJPJQJUh¬5CJOJPJQJaJ#hP|&h¬5CJOJPJQJaJhP|&h¬5OJPJQJıƱDZȱձø±ù±Üµ¹2¾Þ¿ÃÉÉMÉNÉòòÛËËËÛÛÛÛÛÛÛ»®
$
Æh*$1$gd¬$$
Æh*$1$a$gd¬$&dPÆÿa$gd¬$$
Æhdh¤H¤H*$1$a$gd¬
$¤H¤H*$1$gd¬²!³g³h³
¶¶G¶j¶u¶|¶¶¸¶Á¶*·r····¸>¸]¸ï¸¹¹Æ¹2»P»z»½»Å»ä»ô»¼M¼n¼x¼¼¼¼¼ ¼©¼°¼½¼Ä¼3½4½.¾/¾i¾j¾u¾v¾ÉÉMÉNÉOÉóéÖóÌóéó¾ó¾óéóéóéóéó´ó¾ó´ó´ó´ó´ó´ó´ó´ó´ó´ó´óÖóÖó´ó´ó¢¢ó#hh¬5CJOJPJQJaJ#hP|&h¬5CJ OJPJQJaJ hbc´OJPJQJhP|&h¬OJPJQJ]h[p5OJPJQJ%jhP|&h¬0JOJPJQJUh45FOJPJQJhP|&h¬OJPJQJ8NÉOÉrÉsÉvÉwÉyÉÄÄGÄÄA$$
Æhdh¤H¤H$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬:$$
Æh$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬:$$
Æh$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬OÉeÉrÉsÉuÉvÉwÉxÉyÉzÉÉÉÉÉÉÉÉ£ÉãÉ>Ð{ÐðÞйЬ¹¬¹l¬]L¬?hh¬OJPJQJ hP|&h¬CJ OJPJQJaJ(hP|&h¬CJ OJPJQJ,jäRhP|&h¬5CJ OJPJQJUaJ #hP|&h¬5CJ OJPJQJaJ ,jhP|&h¬5CJ OJPJQJUaJ hP|&h¬OJPJQJ,jhP|&h¬OJPJQJUmHnHuhP|&h¬5OJPJQJ#hP|&h¬5CJOJPJQJaJh¬5CJOJPJQJaJyÉÉÉ£ÉãÉÎ=Ð>Ð{ÐKÕ>ÙÅÜ`ßæCéQìïQóÃþ¾§§§¢dh¤H¤Hgd¬gd¬$$
Æhdh¤H¤H*$1$a$gd¬gd¬;$
Æh¤x¤x$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ gd¬{ÐÐÐÐMÒrÒHÕIÕJÕ]Õ^ÕÌÞåÞ´àÁàsátáääyézé>ê?ê£ê¤ê3ë4ëºë»ëííððRóó¯ô°ô±ôÁôÃô/õOõõ²õ>öwöööÄöØöÙöôåôåÙåÄÙåÄå²å²åÄåÄåÄåÄåÄåÄåÄåÄåÄå¥hP|&h/OJPJQJh/OJPJQJhP|&h¬OJPJQJhh¬OJPJQJ"hP|&h¬6OJQJ]^JaJ)jhP|&h¬0JOJQJU^JaJh:OJQJ^JaJhP|&h¬OJQJ^JaJh|~ OJQJ^JaJ2QóRóóOõøü5 sà9r;$c):.ø/ù/50?247:óëÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔëÔÔÔÔ$$
Æhdh¤H¤H*$1$a$gd¬$a$gd¬dh¤H¤Hgd¬ÙöÚö÷$÷÷÷¬÷Ç÷Ð÷øø%ø+øøøøù#ùwù¹ù»ùÇùØùûù úJúlúÅúôúûûüþ¨þ«ÉËÎ*¨5:@¦×åï#`¤#9W¨ÀÕèPYöéöéöéöéöéöéöéöéöéöéöéöéöéöéöéßéßéßéßéßéßéßéÕéÕéÕéÕéÕéÕéÈÕéÕéÕéÕ· hÂsªhÂsªOJPJQJmH sH hP|&hÂsªOJPJQJhÂsªOJPJQJh«?£OJPJQJhP|&h¬OJPJQJh/OJPJQJAYZ\ð)°ÈÓåû á ö d
5UP[
pq ±Ææ#8÷8Åâ@&B&7.8.ù/50±FïáïÔÊÔÀÔÀÔÀ³À³ÀÔÀÔÀÔÀÔ£ÔÔÔÔÔÔÔxÔkÔhh¬OJPJQJ%jhP|&h¬0JOJPJQJUhP|&h¬H*OJPJQJh¦tZOJPJQJjhÕ0JOJPJQJUhP|&hÕOJPJQJhÕOJPJQJhÂsªOJPJQJhP|&h¬OJPJQJhÂsªOJPJQJmH sH hÂsªh¬OJPJQJmH sH (:)?BC²F³FßFÍKîOSôU×Y\»_¤c®cÿcf\jljp&u'uèèèããÓÓÓÓÓÓÓÓÎɹèèèèè$dh¤H¤H*$1$gd¬gd:d®gd¬$dh¤H¤H*$1$gdo2gdo2$$
Æhdh¤H¤H*$1$a$gd¬±F²F³F¿FÞFßF°GÕG×G,HJHcHtHÉHèHúHyIÎIáItJJ½JÓJ.K6KbKcKvNwN O¡O¸TÎTÑTÖT×TÚTUU.Y/YîZïZ[[,^-^¤c®cÿcöìßìßÓÄÓÄÓÄÓÄÓÄÓÄ¸Ä¸Ä¸Ä¸Ä£Ä£Ä£Ä¸Ä¸Ä¸Ä¸Ä£Ä£Ä£Ä£Ä hP|&h¬CJ OJPJQJaJ(hP|&h¬CJ OJPJQJ)jhP|&ho20JOJPJQJUaJh:d®OJPJQJaJhP|&ho2OJPJQJaJho2OJPJQJaJhho2OJPJQJho2OJPJQJh¬OJPJQJ1ÿcee¥e¦efÙgÚg'uyuZz[zùíî)*Û]ÛcÛiÛrÛ~ÛÛÛÂÛéÛÜ#ܬܺÜJÞeÞæãèãääÇèÌèÕèÖèéééúîûîöéöéöéöéÖéÌéÌéöéöéöéöéöéöéöéöéÌéÌ龪ªªyéhP|&h¬OJPJQJaJ hã6CJ OJPJQJ]aJ h¬6CJ OJPJQJ]aJ &hKXh¬6CJ OJPJQJ]aJ hP|&h¬5OJPJQJhu4LOJPJQJ%jhP|&h¬0JOJPJQJUhP|&h¬OJPJQJh+OJPJQJ*éªìúîûî+ï,ï-ï.ïVïïïØÌÃM:$$
Æh$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬:$$
Æh$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬ $*$1$gd¬$$*$1$a$gd¬$$
Æhdh¤H¤H*$1$a$gd¬$dh¤H¤H*$1$gd¬ûîýîï,ï.ïVïWïXïYïZï[ï]ï^ï_ïvïwïxïyïzï}ï~ïïïâïÕÃÕµµÕÕu^uOBhP|&h¬CJ OJQJhP|&h¬CJOJQJaJ,jtShP|&h¬5CJ OJPJQJUaJ #hP|&h¬5CJ OJPJQJaJ ,jhP|&h¬5CJ OJPJQJUaJ ,jhP|&h¬OJPJQJUmHnHuhP|&h¬5OJPJQJ#hP|&h¬5CJOJPJQJaJhP|&h¬OJPJQJh¬5CJOJQJaJhP|&h¬5CJOJQJaJVïWïXïZï[ï^ï|ï}ïÄÄÄÄFF;$
Æh¤x¤x$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ gd¬A$$
Æhdh¤H¤H$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬:$$
Æh$d %d &d 'd *$-D1$MÆ
ÿÙÙÙNÆÿ OÆÿ PÆÿ QÆÿ a$gd¬}ïïÉïó÷øüúÊûËûüÕQò
¦
¾Ùþ;ÀâôÄ!æ%úúçççÏççÊççççççççççççççgd¬$$¤H¤H*$1$]^a$gd¬$$dh¤H¤H*$1$a$gd¬gd¬ïÉïÒóÓóýõþõùúúúËûü|}Á
Â
ÚÛcdÐÑtuûüý5 6 ý'þ'Ö+×+ó.ô.L8M8\::OO@SASÀV`XaX$Y%Y]]Ô`jjñæÕæÕæÕæÊæÕæÕæÕæÕæÕæÕæÕæ½æÕæÕæÕæÕæÕæÕæÊæÕæÕæ®®®®æhP|&h¬5OJQJ)jhP|&h¬0JCJOJQJUaJhP|&h¬CJOJQJaJhP|&h¬OJQJ^Jhh¬OJQJ!jhP|&h¬0JOJQJUhP|&h¬OJQJhP|&h¬CJ OJQJaJ(5æ%(Ù+÷.}1Ñ5\::âi wi i :j qj òj k mk õéõÚÊÚõ½õ½õ½õÚõéõéÊÚõéõ®®õéõyiyõéõéõéõh¥Fh¬6CJOJQJaJh¥Fh¬CJOJQJaJh¬CJOJQJaJh¬OJQJ"hP|&h¬6OJQJ]mH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬0JOJQJhP|&h¬6OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJhP|&h¬OJQJ)mk ák l Fl Çl ýl £m ¸m 2n jn ªn ¿n æn -o Po po o òo "p #p Yp Zp p p p Ôp ûp q Kq _q Ìq òq Pr rr s )s õs
t t Át u Cu pu âu v Kv v v ñßñÔÈÔÈÔºÔÈÔñªñÔÈÔÔÔ}ÔºÔÈÔÈÔÈÔÈÔÈÔÈÔñÔºÔh¬6OJQJh¬OJQJhP|&h¬0JOJQJjhP|&h¬OJQJUhP|&h¬6OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJ]hP|&h¬6OJQJhP|&h¬OJQJ"hP|&h¬6OJQJ]mH sH hP|&h¬OJQJmH sH /n æn po
p !q ~q r r [s 7t ßt pu âu v {w "x ÿx qy *z ¡z h{ | | (} } ÷} n~ ó~ s ðððððððððððððððððððððððððððð$
&F¤x¤xa$gd¬v öv w yw Õw üw !x x åx Qy [y Üy z Wz z 8{ I{ h{ á{ ï{
| | | | `| | ¬| | ñ| } (} a} m} } } Â} õéõáØáÍÁÍÁÍÁÍÁÍÁͲ¢²ÍáØá|l|²¢²]he@-h¬OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hþOh¬OJQJh¬OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJhP|&h¬OJQJh¬6OJQJh¬OJQJhe@-h¬6OJQJhe@-h¬OJQJ#Â} Þ} õ} ÷} ~ ~ L~ V~ n~ ¹~ Ü~ ò~ ó~ / [ º Ë W x Ø í o ¥ Ç * = V ïàÔɾ¶¶Ô¾
¾
¾
¾
¾vfv¾X¾hP|&h¬6OJQJ]hP|&h¬6OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJh¬6OJQJmH sH hþOh¬OJQJmH sH h¬6OJQJh¬OJQJhP|&h¬OJQJhþOh¬OJQJh¬OJQJmH sH he@-h¬OJQJmH sH he@-h¬6OJQJmH sH s î Ç U V n o
î L
x Ý M N w x ë 9 » k ðððððäßäðððððððäßÏðððððð$h¤x¤x^ha$gd¬gd¬$¤x¤xa$gd¬$
&F¤x¤xa$gd¬V n o } ó þ í î ú
V
¯
ó è W M N w x õ " 9 B n Ä õ S q Æ å ; = E Y t g m ìàÕÉÕÉÕÉÕÉÕÉÕÉÕÉÕÉÕà¹àÕ«ÕÕÉÕÉÕÉÕÉÕì}ÕhP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJ]hP|&h¬6CJ OJQJ]hP|&h¬6OJQJhP|&h¬OJQJhP|&h¬5OJQJ&hP|&h¬6CJ OJQJ]mH sH ,k ß T Ú = r s t ? O ð ñ ò ý þ 2 J h ðððððððääßÏðððððääßÏðððð$h¤x¤x^ha$gd¬gd¬$¤x¤xa$gd¬$
&F¤x¤xa$gd¬m n ² ³ é ê é ê 3 4 O ò ý þ " + 2 ; J W h r
® ¾ Ð ß ì ÿ ! 1 2 Y Z [ t u v ðåðØðåÉðÉð¸ðÉå¨åååÉåååååÉÉɨåðåzðØðå#jThP|&h¬OJQJUhP|&h¬6OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJhP|&h¬6CJ OJQJ] hP|&h¬0JOJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬0JOJQJhP|&h¬OJQJjhP|&h¬OJQJU-h
¾ ß ý þ ÿ ! " v ¼ ^ ö P ý Z ² ÷ r ä L ðððððääß×ÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏÏdhgd¬$a$gd¬gd¬$¤x¤xa$gd¬$
&F¤x¤xa$gd¬v £ ¤ ¥ º » ¼ Ì Í õ ö ÷ # $ F G H ñÞñÈÞ·Þñ¨¨n¨cTcBT#j×VhP|&h¬OJQJUjhP|&h¬OJQJUhP|&h¬OJQJ hP|&h¬0JOJQJmH sH +jÞUhP|&h¬OJQJUmH sH %jhP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬0JOJQJmH
sH
+jùThP|&h¬OJQJUmH
sH
%jhP|&h¬OJQJUmH
sH
hP|&h¬OJQJmH
sH
H \ ] g h ± ² Ù Ú Û ô õ ö 5 6 7 N O n o « ¬ Ä óäÙäÙÇäóäÙäÙµäóäÙ¦¦}l¦¦Vl¦Ù+jyZhP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬0JOJQJmH sH +jYhP|&h¬OJQJUmH sH %jhP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬OJQJmH sH #jXhP|&h¬OJQJU#jºWhP|&h¬OJQJUhP|&h¬OJQJjhP|&h¬OJQJUhP|&h¬0JOJQJ!Ä Å æ ç è û ü ý 6 7 8 X Y Z e f ° ± ¼ ½ ß à á õ ö N ðåÓðÆðå·¤·¤}¤·åðåkðÆðåðåYðÆðåðå#jU^hP|&h¬OJQJU#jP]hP|&h¬OJQJU hP|&h¬0JOJQJmHsH+j?\hP|&h¬OJQJUmHsH%jhP|&h¬OJQJUmHsHhP|&h¬OJQJmHsHhP|&h¬0JOJQJ#jb[hP|&h¬OJQJUhP|&h¬OJQJjhP|&h¬OJQJU N O P p q r { | µ ¶ · â ã ä
2 3 4 J K t u ® ¯ ° Û Ü * + , F G H íÞÑÞÆ»Þ»©ÞÞ»ÆÞÆÞÑÞÆÞÆxÞÑÞÆÞÆfÞÑÞÆ#j¬chP|&h¬OJQJU#jobhP|&h¬OJQJU#jahP|&h¬OJQJUh¬h¬0JOJQJ#jI`hP|&h¬OJQJUh¬h¬OJQJhP|&h¬OJQJhP|&h¬0JOJQJjhP|&h¬OJQJU#j8_hP|&h¬OJQJU#L Ý H { ¿ P ¹
õ P ² / 1 2 3 > ^ ÷÷÷÷÷÷÷÷÷÷÷÷÷÷ìÝѽ$&dPÆÿa$gdãdh¤H¤H&dPÆÿgdãdh¤H¤Hgd¬$dh¤H¤Ha$gd¬
$dha$gd¬dhgd¬H Q R x y z ã ä å ' ( W X y z { ¬ ® ½ ¾ ñÞñÈÞ·Þñ¬¬~¬¬~¬oo]L hP|&h¬0JOJQJmH
sH
#jghP|&h¬OJQJUhP|&h¬OJQJmH
sH
h¬h¬0JOJQJ#jehP|&h¬OJQJUjhP|&h¬OJQJUh¬h¬OJQJ hP|&h¬0JOJQJmHsH+j¥dhP|&h¬OJQJUmH sH %jhP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬OJQJmHsH¾ Ê Ë í î ï 5 6 N O P f g · ¸ Ç È î ï ð ; *CJ(OJQJaJ(j6Ohm9hì®CJUaJhm9h¬CJaJjhm9h¬CJUaJhP|&h¬6CJ OJQJ]hP|&h¬OJQJï« ð« ñ« ò« ó« ô« õ« ö« ¬ -¬ .¬ /¬ 0¬ 2¬ 3¬ ¬ óããããÓãË»«ããgd¬¤ðgd¬$¤ð¤ð^a$gd¬$&dPÆÿa$gdã$&dPÆÿa$gdã$a$gdã$¤ð¤ð^a$gdã$¤ð¤ð^a$gd¬$¤x¤xa$gd¬2¬ 3¬ ;¬ *OJQJ\hP|&h¬OJQJ\hP|&h¬5OJQJhP|&h¬5>*OJQJhP|&h¬>*OJQJ!hP|&h¬6CJ H*OJQJ]hP|&h¬6CJ OJQJ]j§hP|&h¬OJQJUhP|&h¬OJQJjhP|&h¬OJQJU(jhP|&h¬OJQJUmHnHuhP|&h¬56OJQJ ¬ µ¬ ê #¯ ° è° é° ± ϱ B´ ˵ P¶ · ò· ¹ º ^» _» x» ñ¼ ¿ Ò¿ ÷ëëâëë÷ëëëëëÐÐмë÷ëëë$´Lÿ¤ð¤ð^´`Lÿa$gd¬$´Lÿ¤x^´`Lÿa$gd¬¤ð¤ðgd¬$¤ð¤ða$gd¬$a$gd¬Ð´ Ó´ ÿ´ ʵ ˵ ܵ ݵ P¶ Y¶ · i· ð· ò· ô· d¸ ¹ ¹ º £º Õº ,» _» `» c» x» » ñ¼ ½ ½ ¿ ¿ z¿ }¿ ç¿ À À À À À ¼À óèÜèÐÄè¶è¨èÐèè¨è¨èè{ÐèÐÄèÄèóèènènèhP|&h¬0JOJQJ!hP|&h¬6CJ H*OJQJ]hP|&h¬6CJ OJQJ]hP|&h¬6OJQJhP|&h¬6OJQJ]hP|&h¬5>*OJQJhP|&h¬5OJQJhP|&h¬>*OJQJhP|&h¬OJQJ\hP|&h¬OJQJhP|&h¬H*OJQJ'¼À óÀ ùÀ Á Á Á Á " $ U ] u v y  £Â à $à JÄ _Ä ÚÄ âÄ ùÄ cÅ dÅ ¤Å «Å ÁÅ ÆÅ ñáñÏ¿Ïñ¯ñáñwwwáñ¿áñáñ_.hP|&h¬5CJ(OJQJ\^JaJ(mH sH hP|&h¬OJQJhP|&h¬>*OJQJ!hP|&h¬6CJ H*OJQJ]hP|&h¬6CJ OJQJ]hP|&h¬H*OJQJmH sH hP|&h¬6OJQJmH sH "hP|&h¬6OJQJ]mH sH hP|&h¬5OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH Ò¿ Á t u  à JÄ ÚÄ ÷Ä ÁÅ ÂÅ ÃÅ ÄÅ ÅÅ ÆÅ ÇÅ ÈÅ ÉÅ ÊÅ ËÅ ÖÅ Æ Æ õééáééééØÐÐÐÐÐÐÐÐÐÐÀÀÀ$&dPÆÿa$gdã$a$gd¬¤ð¤ðgd¬$a$gd¬$¤ð¤ða$gd¬ $¤xa$gd¬ÆÅ ÇÅ ÈÅ ÉÅ ËÅ Æ Æ Æ Æ Æ Æ zÆ {Æ |Æ }Æ Æ Æ Æ ëÖ¾¦
vk\k\M\k>kjE©hP|&h¬OJQJUjg[hP|&h¬OJQJUjhP|&h¬OJQJUhP|&h¬OJQJhP|&h¬CJ(OJQJaJ(hãCJ OJQJ\^JaJ #hBbdh¬CJ OJQJ\^JaJ .hP|&h¬5CJ(OJQJ\^JaJ(mH sH .hP|&hã5CJ(OJQJ\^JaJ(mH sH (hã5CJ(OJQJ\^JaJ(mH sH (h¬5CJ(OJQJ\^JaJ(mH sH Æ Æ Æ ~Æ Æ Æ Æ Æ ÷ëßëH@$a$gd¬Akdç©$$IfT-ÖÓÿ÷ö 6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ3Ö4Ö-aöTTkdب$$IfT-Ö0Óÿî÷ö 6ööÖÿÿÖÿÿÖÿÿÖÿÿ3Ö4Ö-aöT$$Ifa$gd¬$$Ifa$gd¬$a$gd¬Æ Æ 0È 1È ªÊ ÂÊ òÒ óÒ Ó Ó Ó (Ó )Ó ,Ó aÓ SÝ TÝ Ý Ý ÃÝ ÄÝ ÇÝ Þ õæ öæ ç ç 5ç 6ç ;ç wç àî áî ï ï ï ï ï "ï yï Bù Cù eù îãÔãÄãµã£µµããµãµµãtãµãµµãtãµãµµãltãµãh¬OJQJhP|&h¬6CJ OJQJ]"hP|&h¬6CJ OJQJ]aJ hP|&h¬0JOJQJ#jG«hP|&h¬OJQJUjhP|&h¬OJQJUhP|&h¬5CJ OJQJaJ jFªhP|&h¬OJQJUhP|&h¬OJQJ!jhP|&h¬0JOJQJU*Æ 0È 2È 3È ©Ê ªÊ ÂÊ µÌ ÙÍ ÷Ï ÍÑ *Ó +Ó aÓ ÛÕ aØ Ú Ý óó± $Ifgd¬$
Ƥð¤ð$Ifa$gd¬Akdèª$$IfT-ÖÓÿ÷ö 6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ3Ö4Ö-aöT$$Ifa$gd¬Ý SÝ ÅÝ ÆÝ Þ Kà Èâ ·å ¤æ 9ç :ç wç è dë î ï ï !ï "ï yï »ó ø ù }ù ù Øù ý ëëëâëëëëëëâëëëëëâââëëëëëâë $Ifgd¬$
Ƥð¤ð$Ifa$gd¬eù fù gù {ù |ù ù Øù E
F
w
x
Í
t
x
{
|
«
¬
Í
Î
Ð
Ñ
Ò
ë
;
,
?,
H,
q,
,
,
®,
¯,
°,
õâõÌâ¿âõ¯ ¯ ¯ ¯ ¯ ¯u¯ jâjTâ+j¯µhP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬OJQJhP|&h¬OJQJmHsHhP|&h¬5OJQJmHsHh¬OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬5OJQJmH sH h
7Ðh¬0JOJQJ+j²hP|&h¬OJQJUmH sH %jhP|&h¬OJQJUmH sH h
7Ðh¬OJQJ^+
_+
s+
t+
&gkd°³$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkdg³$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöt+
u+
v+
w+
+
+
+
¥+
¦+
¯+
úúúúúúîîgkdù³$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬ ¯+
°+
À+
Ê+
à+
õ+
ö+
$$Ifa$gd¬gkdB´$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöö+
÷+
,
,
&gkdÔ´$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkd´$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö,
,
,
,
,
>,
?,
H,
úúúúîîgkdµ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬H,
I,
Z,
g,
q,
,
Ã,
$$Ifa$gd¬gkdfµ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö°,
Á,
Â,
Ä,
Ø,
Ú,
ð,
ñ,
ú,
C-
W-
Y-
-
-
-
-
-
ã-
.
.
9.
:.
;.
P.
Q.
R.
S.
.
.
.
.
.
.
¡.
µ.
·.
Ì.
Í.
Ö.
N/
O/
w/
óàÕŶŶŶŶŶŶ¦¶ÕàÕàóàÕÕoóնŶŶŶà¶#j͹hP|&h¬OJQJUjhP|&h¬OJQJU+jÚ¸hP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬H*OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬5OJQJmH sH hP|&h¬OJQJ%jhP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬0JOJQJ)Ã,
Ä,
Ø,
Ù,
&gkdÛ¶$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkd¶$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöÙ,
Ú,
Ý,
ð,
ñ,
ú,
úúîîgkd$·$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬ú,
û,
-
-
--
B-
$$Ifa$gd¬gkdm·$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöB-
C-
W-
X-
&gkdÿ·$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkd¶·$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöX-
Y-
\-
-
-
-
úúîîgkdH¸$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬-
-
Æ-
Ó-
ã-
ù-
.
R.
.
$$Ifa$gd¬gkd¸$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö .
¡.
µ.
¶.
&gkd»$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkdÔº$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö¶.
·.
».
Ì.
Í.
Ö.
úúîîgkdf»$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬Ö.
×.
/
#/
9/
N/
/
$$Ifa$gd¬gkd¯»$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöw/
x/
y/
/
/
/
£/
¤/
¦/
ª/
Ý/
Þ/
ç/
v0
w0
0
0
0
°0
±0
´0
È0
Ê0
1
1
1
¤1
¸1
º1
æ1
ç1
ð1
ñ1
42
H2
I2
L2
éÖÅÖ¶¦¶¦¶¦¶Ö¶yÖÅÖ¶¦¶¦¶¦¶¦¶¦¶¦¶j¦¶jhP|&h¬OJQJmHsH+j¾hP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬5OJQJhP|&h¬OJQJhP|&h¬5OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬0JOJQJmH sH %jhP|&h¬OJQJUmH sH +jø»hP|&h¬OJQJUmH sH $/
/
£/
¤/
&gkd,½$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkdã¼$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö¤/
¥/
¦/
ª/
Ý/
Þ/
ç/
úúúîîgkdu½$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬ç/
è/
0
0
10
5
?5
S5
T5
&gkdÌÈ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkdÈ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöT5
U5
Y5
r5
s5
|5
úúîîgkdÉ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬|5
}5
5
±5
Ç5
$$Ifa$gd¬gkd^É$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöÇ5
È5
Ü5
Ý5
&gkdðÉ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkd§É$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöÝ5
Þ5
â5
6
6
6
úúîîgkd9Ê$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬6
6
56
F6
\6
q6
©6
$$Ifa$gd¬gkdÊ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö6
§6
¨6
ª6
¾6
À6
Ý6
Þ6
ç6
U7
i7
k7
7
7
7
Ù7
î7
ï7
8
8
8
$8
%8
'8
;8
>8
?8
F8
G8
K8
~8
8
8
8
Ú8
î8
ï8
ð8
ô8
$9
%9
.9
9
óàÕŶŶŶŶŶŶ«à«àà«Å¶«|«|ŶŶmŶ«|ŶŶhP|&h¬OJQJmHsHhP|&h¬5OJQJhP|&h¬0JOJQJ+jîÍhP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬OJQJhP|&h¬OJQJmH sH hP|&h¬5OJQJmH sH hpJh¬OJQJ%jhP|&h¬OJQJUmH sH hpJh¬0JOJQJ*©6
ª6
¾6
¿6
&gkdïË$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkd¦Ë$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö¿6
À6
Ä6
Ý6
Þ6
ç6
úúîîgkd8Ì$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬ç6
è6
7
7
(7
>7
S7
T7
$$Ifa$gd¬gkdÌ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöT7
U7
i7
j7
&gkdÍ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkdÊÌ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöj7
k7
o7
7
7
7
úúîîgkd\Í$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬7
7
¡7
¶7
Ã7
Ù7
î7
&8
$$Ifa$gd¬gkd¥Í$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö&8
'8
;8
>
>
R>
>
>
µ>
¶>
·>
Ê>
Ë>
Î>
â>
ä>
è>
?
?
%?
`?
u?
v?
£?
ñáñáñáñÎñ¸Î§ÎñáñáñáñÎÎyÎáñmáñáñÎhP|&h¬5OJQJhP|&h¬0JOJQJ+jëÙhP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬OJQJ hP|&h¬0JOJQJmH sH +j¼×hP|&h¬OJQJUmH sH %jhP|&h¬OJQJUmH sH hP|&h¬5OJQJmH sH hP|&h¬OJQJmH sH &=
=
=
?=
G=
]=
=
®=
$$Ifa$gd¬gkds×$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö®=
¯=
Ã=
Ä=
&gkdÙ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkdÇØ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöÄ=
Å=
É=
>
>
>
úúîîgkdYÙ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬>
>
,>
R>
a>
w>
>
Ì>
Í>
$$Ifa$gd¬gkd¢Ù$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöÍ>
Î>
â>
ã>
&gkdÛ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö $Ifgd¬gkdÖÚ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laöã>
ä>
è>
?
?
%?
úúîîgkdhÛ$$IfFÖÖÿ¿ ü#
tàÖ0ÿÿÿÿÿÿö6ööÖÿÖÿÖÿÖÿ4Ö4Ö
laö$$Ifa$gd¬gd¬%?
&?
0?