Le fouriérisme et 1848 - Utopie et démocratie humanitaire aux États ...
Cependant, si le premier article diffusé dans la presse américaine au sujet de
Comte ...... [131] T. D. Seymour Bassett, « The Secular Utopian Socialists », dans
..... of the Erection of the Monument on the Grave of Myron Holley, reprod. de l'éd.
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ons. Après avoir analysé deux mouvements, labolitionnisme et le féminisme, par le biais de la comparaison franco-américaine, on aborde ici une relation de nature différente, en sintéressant à la réception, à ladaptation et à lapplication aux États-Unis dun système de pensée français. Il sagit dune forme daction de la France sur les États-Unis. On verra cependant que ces deux termes, action et interaction, ne sappliquent guère stricto sensu. Dune part, on se trouve en présence dune importation américaine plutôt que dune exportation française délibérée qui permettrait de parler dune réelle « action ». Dautre part, sil y a bien lieu demployer le terme d« interaction », cest dans une acception lâche : jusquen 1848 inclus, le processus reste essentiellement unilatéral et il nexiste pas de réciprocité. Les termes daction et dinteraction restent toutefois justifiés, comme on la montré dans lintroduction générale.
Soulignons en outre que lobjectif, dans cette partie, ne consiste pas à comparer un fouriérisme français et un fouriérisme américain qui seraient deux idéologies ou deux branches dune idéologie élaborées à partir dune même source. Sans ignorer totalement ce qui se passe en France au même moment, on voudrait plutôt chercher à montrer que, dans la manière dont le fouriérisme est diffusé et mis en uvre aux États-Unis, se révèle un indice de limportance, voire de la prééminence que revêt la dimension nationale dans les courants réformateurs du premier XIXe siècle.
Bien que cette partie consiste en une étude dinteractions et non en une comparaison au sens strict, rien ne soppose à ce quon adopte une démarche analogue à celle qui a été choisie pour les deux parties précédentes. On se propose donc de procéder de la même manière : on élaborera dans un premier temps des définitions permettant de délimiter lobjet de létude, on en précisera le cadre spatio-temporel et on en présentera les objectifs généraux. Après cette mise en contexte, on proposera un « état des lieux » (en loccurrence non seulement situation de la recherche mais aussi inventaire des sources), afin didentifier les acquis et les éventuelles controverses et questions en suspens, en vue de formuler des hypothèses spécifiques. Enfin, on sattachera à tester ces hypothèses au moyen dune analyse des sources utilisant une grille de lecture semblable à celle utilisée pour les autres parties ; celle-ci comporte trois entrées principales, à savoir les domaines religieux, socio-économique et politique.
Contexte
Lorsque Charles Fourier meurt à Paris en octobre 1837, son nom est inconnu aux États-Unis. Or, au long des années 1840, ce ne sont pas moins dune trentaine de phalanges qui se mettent en place sur le sol américain
pour, il est vrai, quelques mois ou quelques années au plus : à la fin de la décennie suivante, elles ont toutes disparu. Afin de rendre compte de cette expansion sans équivalent, qui correspond à la diffusion et à lapplication, de la côte atlantique au Fond-du-Lac, dune doctrine à lorigine française, on commencera par présenter un aperçu du mouvement fouriériste tel quil apparaît et se développe aux États-Unis dans les décennies où le courant de réforme (Antebellum Reform) atteint son apogée, avant de justifier le choix qui a été fait ici de traiter cette « utopie » (on reviendra sur le terme dans la partie consacrée aux définitions) particulière de préférence à dautres formes qui sen approchent.
Définition du sujet - justification du choix
Ce que lon souhaite étudier ici, cest le mouvement fouriériste américain tel quil est non seulement diffusé, mais aussi pratiqué aux États-Unis, principalement par des individus qui sont en majorité de nationalité américaine. Autrement dit, on examinera non seulement les aspects théoriques de la doctrine ou sa diffusion, mais aussi les réalisations concrètes, la fondation de phalanstères. On nomettra pas de sintéresser à la création, à la fin des années 1840, dune secte religieuse dorigine fouriériste (Religious Union of the Associationists), même si cet élément se situe quelque peu en retrait par rapport au cur du mouvement : la production historiographique se révèle en effet nettement plus abondante en ce qui concerne les phalanges que relativement à ce culte tardif, qui, en outre, est moins fréquemment cité dans les sources que les réalisations communautaires.
Éléments de définition
Les mouvements qui sont apparus en relation avec la pensée de Fourier emploient un certain nombre de termes spécifiques. Avant de déterminer ce qui caractérise le fouriérisme américain par rapport à dautres doctrines ou idéologies proches, il paraît donc utile de proposer une rapide mise au point lexicale.
Fouriérisme/Fourierism
Le nom « fouriérisme » et ladjectif « fouriériste » appartiennent tous deux au vocabulaire français, dans lequel leur usage est attesté en 1832. Un dictionnaire historique définit le fouriérisme comme étant le « système philosophique et socio-politique de Charles Fourier [
], selon lequel les hommes doivent vivre heureux, avec des occupations correspondant à leurs tendances, à leurs passions, dans le cadre de groupements harmonieux ». Quasiment dans les mêmes termes, un dictionnaire usuel propose à lentrée correspondant à ce mot : « Doctrine dorganisation sociale et politique exposée par Fourier, selon laquelle les hommes doivent sassocier harmonieusement en groupements (phalanstères) avec des occupations correspondant à leurs goûts, leurs tendances », « fouriériste » désignant un « partisan du fouriérisme » ou ce qui est « relatif au fouriérisme ». Larticle renvoie par ailleurs à « associationnisme » et à « socialisme ».
Le premier élément problématique à relever ici est que, si les termes « fourierism » et « fourierist » existent en anglais, leur définition nest pas la même quen français. Pour commencer, notons que les mots ne se trouvent pas dans les dictionnaires britanniques courants. Toutefois, même si dans ce chapitre on ne néglige pas a priori le rôle de lAngleterre, cest avant tout le vocabulaire tel quil est utilisé aux États-Unis qui importe ici. Or, lEncyclopædia Britannica propose la définition suivante de « fourierism » : « philosophy of social reform developed by the French social theorist Charles Fourier that advocated the transformation of society into self-sufficient, independent phalanges (phalanxes) [
] ». Cette définition ne recouvre quen partie celles généralement proposées en français ; elle permet néanmoins daborder la comparaison entre définitions en français et définitions en anglais. En effet, dans les dictionnaires américains, comme pour lencyclopédie, le nom « fourierism » désigne « a system for reorganizing society into cooperative communities of small self-sustaining groups » ou « a system for social reform advocated by Charles Fourier in the early 19th century, proposing that society be organized into small self-sustaining communal groups » ; quant au Webster de 1913, il indiquait : « the cooperative socialistic system of Charles Fourier, a Frenchman, who recommended the reorganization of society into small communities, living in common ». Si les dictionnaires des deux pays ne se contredisent pas, ils ne mettent cependant pas laccent sur les mêmes éléments : seul laspect associatif de la pensée de Fourier semble abordé par les définitions en anglais, alors quon peut trouver une référence à lattraction et à lharmonie dans leurs équivalents en français. Cette première observation, différence liée à la langue et au pays, semble suggérer que lexicographes français et américains actuels ne conçoivent pas de la même manière le système de pensée quils désignent du même nom, ce qui constitue une première piste de recherche pour lanalyse de la situation dans les années 1830 et 1840.
Dans le même ordre didées, on observe que si le terme de « passions » ne se rencontre que peu dans les dictionnaires (alors quil est omniprésent dans les écrits de Fourier et de ceux qui, partisans ou adversaires de sa théorie, en débattent après sa mort tant en France et quaux États-Unis), les seules occurrences, sous une forme forte ou dans une version édulcorée, sen trouvent dans les dictionnaires français. Faut-il imputer cette vision tronquée aux lexicographes de langue anglaise, ou est-elle plutôt le résultat de lhéritage fouriériste tel quil fut voulu par lui-même ou diffusé par ses disciples dans chacun des deux pays ?
Par ailleurs, quand on cherche à identifier les similitudes et non les différences entre les définitions françaises et américaines du XXe siècle, une autre question se présente à lesprit : il nest pas question d« utopie » dans ces définitions le renvoi à « socialisme » du Nouveau Petit Robert naboutit que de manière indirecte à « socialisme utopique ». Le terme avait certes tendance, au XIXe siècle, à être fermement récusé par les partisans de la doctrine ; on peut néanmoins sinterroger sur la signification de cette surprenante absence.
Ces premières observations laissent apparaître des différences essentielles entre la définition du terme en français et de son équivalent en anglais ; une définition commune ne saurait donc être considérée comme un acquis définitif. Plutôt, de manière semblable à ce quon a observé pour labolitionnisme et le féminisme, la définition du « fouriérisme », ici considéré dans sa dimension américaine, se présente demblée comme un enjeu de la recherche. Pour pouvoir mener à bien cette étude, dune part on devra utiliser le pluriel plutôt que le singulier : on a affaire à des fouriérismes ou à des branches du fouriérisme plutôt quau fouriérisme, le fouriérisme américain (à supposer quil forme lui-même un tout homogène) devenant un élément de lensemble des fouriérismes, un courant, une variante, une branche parmi dautres ; dautre part on ne pourra se fonder, au moins temporairement, que sur une définition minimale, voire tautologique chaque variation du fouriérisme ne pouvant être identifiée que comme une manière, à léchelle individuelle ou collective, de comprendre, faire sien, suivre et appliquer le système de pensée de Charles Fourier.
Pour finir, en plus des différences dans les définitions et des similitudes tendant à occulter certains aspects de ce système de pensée, rappelons que ladjectif « fouriériste » se trouve largement attesté en français mais ne possède pas nécessairement dentrée dans les dictionnaires américains. Cette observation nest cependant pas valable pour lensemble des ouvrages de ce type aux États-Unis, il serait donc hasardeux de fonder une analyse sur ce fait. On peut tout au plus le remarquer, et surtout souligner que les fouriéristes américains ont toujours refusé dêtre appelés ainsi.
Écoles fouriéristes
Association/association
Dans les années 1840, les partisans de Fourier aux États-Unis se présentent non comme des Fourierists mais comme des Associationists, terme quils officialisent au printemps 1844, à loccasion dune conférence tenue à New York. Quel quait été le rôle du maître dans la découverte dun système dont on souligne, parmi les « amis de lassociation », quil nest pas le sien mais celui de la Providence ce qui le distingue de ses homologues socialistes qui, eux, élaborent des théories non exclusivement fondées sur les lois de la nature , il est impossible à ses partisans de se faire appeler du nom dun homme qui ne peut que seffacer devant les desseins divins quil a véritablement dévoilés. Les congressistes américains lannoncent sans ambiguïté : « From this view it will be seen that the friends of Association cannot and do not rally under a banner upon which is inscribed the name of a Man;the foundation upon which they stand is ETERNAL TRUTH, found in the Book of Revelation and the Book of Nature; and upon their banner is inscribed DIVINE WISDOM ». Et den tirer les conséquences qui déterminent la position officielle sur cette question :
Although the followers of Fourier constantly refer to him as the great Mind that has laid down the problem clearly of a Divine Social Order, and solved it, they never use his name to designate that Order. They utterly disclaim all such appellations as « Fourierism » or « Fourierists, » and the friends of the cause throughout the country are requested to protest against these titles when applied to Association or to themselves. [
] While the great cause of social reorganization is in its infancy, the name by which its friends would be known is « Associationists; » and the system they advocate should be called « Industrial Association ».
Fidèles à ces premières résolutions, les associationnistes ne manquent ensuite pas une occasion de sexpliquer quant à leur choix, parfois dun point de vue positif, surtout pour refuser que leurs adversaires les qualifient de « fouriéristes ». Cet adjectif est ainsi clairement rejeté :
[The writer] has seen fit to call us Fourieristes, a name which we have always rejected, first, because we do not wish to clothe out great work with the livery of any mans name ; and second, because we look upon Fourier as an eminent writer and thinker ou (sic) Social Scienceand it would be false to give it his name, as it would be to give to Astronomy the name of Kepler or Newton.
Les arguments, bien rôdés, restent dailleurs les mêmes, et les exemples identiques, quel que soit le cadre dans lequel sexpriment les associationnistes :
One link in this chain is CHARLES FOURIER, whose genius they [the associationists] honor more deeply, and whose social discoveries they constantly consult. For this reason, they are called « Fourierists, » but it is a name they entirely reject; for a great cause like theirs should not be dressed up in the livery of any mans name. They stand in the same relation to Fourier as astronomers do to Kepler or Newton, accepting or rejecting what, scientifically, can be proved true of false, for they clothe with no infallibilities the discoveries of mere human reason.
Notons que certains historiens expliquent le refus de la référence explicite au nom de Fourier par la réputation de licence, de relâchement dans les murs sexuelles et familiales qui entourait les phalanstères :
There was one respect in which the members of the Phalanx, as ardent disciples of Fourier as they were, did not hold with their teacherthat was their attitude towards marriage. Fouriers ideas in regard to the relation of the sexes were extremely liberal. [
] Noyes says that Fouriers latitudinarian speculations about marriage made a difficulty for all men of Puritan blood [
] It is said that Fouriers name was never used in the official designation of communities because of this connotation.
Cette explication, certes plausible, ne semble cependant pas avoir été celle préférée par les contemporains lorsquils justifiaient publiquement le rejet de mots tels que « fouriérisme » ou « fouriéristes », et défendaient ainsi une position guère suivie hors de leur propre mouvement : les occurrences des termes refusés sont fréquentes dans les textes des années 1840, et en 1870 encore, John H. Noyes emploie à loisir fourierism et fourierist(s) dans létude quil consacre aux socialismes américains.
Quel que soit le succès de la campagne en faveur du nom, par lusage des termes association et associationists, laccent se trouve clairement porté sur une composante spécifique du fouriérisme. Demblée, par la dénomination, il sagit de favoriser « lassociation », cest-à-dire de faire appel à une notion bien connue des Américains, au moins sur le plan civil, comme lavait observé notamment Tocqueville. Aux yeux de Fourier, lattraction sapplique sur deux plans. Il emploie en effet le mot non seulement pour désigner lattraction relative aux passions, mécanisme constitutif des interactions au sein dune société, mais aussi pour souligner quune doctrine doit être « attrayante » pour espérer réussir et simposer : la théorie doit « attirer », séduire, persuader cest dailleurs la raison pour laquelle il critique laustérité prônée par Owen, par exemple. De ce point de vue, les Américains opèrent donc un choix judicieux en se faisant appeler « associationnistes », terme dont le principe est immédiatement compréhensible à leurs contemporains, remarquablement « parlant », et ce en bonne part.
Précisons enfin que, pour des raisons pratiques, afin déviter de trop nombreuses répétitions, on nhésitera pas, dans la présente étude, à employer lun ou lautre des deux termes : sauf indication contraire, quand il est fait référence aux États-Unis, « fouriériste » et « associationniste » seront considérés comme des synonymes.
Société/sociétaire
En France, une question similaire se pose au même moment quant au nom à donner aux disciples de Fourier, qui à lépoque refusent également le vocable de « fouriéristes ». Cest le terme d« école sociétaire » qui simpose. Conduit par Victor Considerant, ce courant affiche clairement ses prétentions scientifiques : il sagit de « construire un nouvel ordre social à laide dune nouvelle science : la science sociale [
] ; les successeurs de Fourier [
] ne se réclament pas dun homme mais dune science et dune expérience devant la réaliser ». Ils ne se baptisent donc pas du nom de leur maître mais forgent un terme à partir de cette science de la société dont ils se veulent les défenseurs.
Tout comme « associationniste », « sociétaire » fait porter laccent sur la notion de rassemblement. Peut-être cependant la perspective apparaît-elle ici plus générale, en ce quelle vise à englober la « société » tout entière, à laquelle la « science sociale » se trouve intimement liée. Une telle position affirme en tout cas plus clairement ses ambitions scientifiques, ambitions que les Américains partagent et revendiquent tout comme les Français, même si le terme qui les désigne ne souligne pas à lui seul cet aspect de la question : leur organe The Phalanx porte ainsi lors de son lancement le sous-titre de « Journal of Social Science » et plusieurs de ses articles insistent sur la nécessité de fonder une véritable science de lhomme.
Phalanstère/phalanstérien
« École sociétaire » est le nom le plus couramment donné au courant fouriériste français des années 1840. Cependant, certains ne refusaient pas le nom de « phalanstériens », tel Cantagrel lui-même futur sociétaire de Réunion, au Texas dans son ouvrage de vulgarisation Le Fou du Palais-Royal. Ce terme, plutôt que dinsister sur lassociation, la société, fait demblée porter laccent sur les réalisations pratiques, à venir, autrement dit sur laspect expérimental de la science sociale. Notons quil faillit être officialisé avec les velléités de Just Muiron dentrer en dissidence vis-à-vis de lécole sociétaire et de fonder une « Union phalanstérienne ». Ce projet naboutit finalement pas mais révèle lexistence de deux courants parmi les disciples de Fourier, à savoir « dun côté les propagateurs théoriciens, publicistes et militants politiques , regroupant surtout les fouriéristes parisiens et bisontins réunis autour de Victor Considerant, et de lautre côté les réalisateurs, constituant un ensemble plutôt disparate de fouriéristes provinciaux », autrement dit dune opposition entre « orthodoxes » et « réalisateurs ».
On peut par ailleurs remarquer que, tout comme « sociétaire » en France et « associationist » aux États-Unis, le terme de « phalansterian » est le plus couramment utilisé en Angleterre. Il nentre pas dans les objectifs de ce développement danalyser dans le détail le phénomène fouriériste en Grande-Bretagne. On peut toutefois voir dans cette appellation une illustration dun trait national souvent relevé à lépoque, lesprit pragmatique des Anglais, par comparaison avec labstraction dont font preuve les Français
notons à ce propos que malgré le financement de la colonie de Cîteaux par Arthur Young, en fin de compte aucun établissement se réclamant du phalanstère ne fut fondé dans les îles Britanniques mêmes.
Utopie
Que ce soit en France, aux États-Unis ou ailleurs, le mouvement fouriériste apparaît souvent rattaché au courant de l« utopie ». Cest du moins dans ce cadre que la recherche tend à en rendre compte. Or, durant le premier XIXe siècle, les réformateurs américains et français de toutes tendances nentendent généralement ce terme quen mauvaise part. Ce décalage conduit à se demander ce quil en est dans le cas des écoles fouriéristes.
Refus du terme
Si les partisans de Fourier refusent, à linstar du maître, de sappeler « fouriéristes », ils nacceptent pas davantage quon les qualifie d« utopistes ». Au début des années 1830, Considerant dénonçait déjà : « [
] depuis que la découverte de Fourier est faite et livrée au monde, ce seul mot dutopie a plus nui à sa propagation que lensemble de toutes les argumentations qui ont été dirigées contre elle ! » Fourier refuse tout aussi catégoriquement que le terme soit employé pour qualifier sa doctrine et lui-même ne sen sert que pour disqualifier ses adversaires, tels Owen ou Saint-Simon.
Ce refus est notamment fondé sur le fait que Fourier et ses disciples, français ou américains, se placent demblée dans une démarche scientifique ce qui les mène dailleurs à aborder la question de lexpérimentation. Quoique le présent chapitre ne soit pas centré sur cette dimension, on peut cependant souligner en passant que, malgré les dénigrements auxquels la composante « scientifique » de la doctrine fouriériste a donné lieu, à limage des développements consacrés à la cosmogonie ou de lutilisation du raisonnement analogique, le refus opposé par les partisans du mouvement au terme dutopie sur la base de leurs prétentions scientifiques ne peut être considéré a priori comme injustifié, faux ou vain. De même quon a vu à propos du féminisme que la domination masculine était une notion sujette aux variations spatiales et temporelles, de même les critères de définition de la science ne peuvent être tenus pour invariants : ils dépendent fortement de lépoque à laquelle ils sappliquent, ce que les critiques ont parfois tendance à sous-estimer, courant ainsi un risque danachronisme dès quils jugent le caractère scientifique de la doctrine de Fourier à laune des critères actuels, ou même de ceux applicables à la fin du XIXe siècle.
Aperçu sur lutopie de Fourier
On a vu ce que désignait lutopie du premier XIXe siècle sur un plan général. En ce qui concerne plus précisément, quoique de manière très schématique, le système de pensée de Fourier, il repose sur une vision originale de lhistoire de lhumanité : les époques se succèdent, chaque nouvelle étape entraînant une amélioration qualitative globale. Létat de « civilisation » qui caractérise le monde occidental au XIXe siècle, sil est préférable à la barbarie passée, nen reste pas moins extrêmement défectueux. Dans ce contexte, il sagit de hâter laccession à létat d« Harmonie », où léquilibre des passions humaines enfin débridées, exprimé dans le travail devenu attrayant autant que dans les relations humaines, permettra à lhumanité datteindre la félicité. Lassociation de 1620 personnes types dans une communauté modèle, appelée « phalanstère » ou « phalange » (phalanx en anglais) dessai, démontrera la véracité de la « découverte » faite par Fourier quant aux lois naturelles et accélérera le passage à lHarmonie, en offrant aux yeux du monde ébahi lexemple dune réussite totale et en donnant ainsi son impulsion au mouvement qui couvrira le globe dun réseau de phalanstères.
Soulignons quil nest nullement envisagé de remettre en question le principe de la propriété privée ni celui de la hiérarchie dans la société : tous les hommes profiteront dimmenses bienfaits et le pauvre daujourdhui vivra dans lopulence, mais les inégalités ne sont pas destinées à disparaître. Fourier intègre dailleurs pleinement ces inégalités aux descriptions quil donne de la vie dans les phalanstères.
Utopique/utopiste
Profitons de ce développement consacré à la notion dutopie pour effectuer une rapide mise au point concernant lutilisation des termes « utopique » et « utopiste ». Daprès les dictionnaires, le premier est ladjectif, le second le nom, qui désigne un « auteur de systèmes utopiques, [un] esprit attaché à des vues utopiques ». Cela étant, la polysémie de ladjectif, qui se rapporte à la fois à ce qui « constitue une utopie » et à ce qui « tient de lutopie », pose problème : les communautés fondées sur le territoire américain concrétisent une utopie et, à ce titre, sont bien tangibles. Si ladjectif « utopique » peut facilement être accolé au nom « socialisme », qui désigne une théorie ou un système de pensée, en revanche son utilisation pour qualifier le terme de « communauté » apparaît moins évidente. De même, par exemple, que les « bibliothèques virtuelles » sont improprement qualifiées car elles permettent de lire des textes (elles nont en cela rien de « virtuel » : lexpression « bibliothèques numériques » est ainsi plus exact), les « communautés utopiques » rassemblent quant à elles en un lieu bien réel des personnes qui nont rien de chimérique. Sans avoir lintention de rejeter totalement lusage établi, on nhésitera pas à utiliser parfois le nom « utopiste » en tant quadjectif.
Communautés utopiques
Depuis le XVIIIe siècle, les communautés dites utopiques font pleinement partie de lhistoire des États-Unis. Des Shakers arrivés sur le sol américain en 1774, quelques décennies avant les Rappites, aux groupements formés dans les années 1960 et 1970, de nombreux ensembles de personnes ont instauré, sur une base religieuse ou laïque, un cadre de vie commun. Ces mouvements ont été abondamment étudiés, les ouvrages généraux qui leur sont consacrés réservant une place plus ou moins importante aux communautés fouriéristes, notamment aux plus importantes en taille, en durée ou en rayonnement.
De fait, les phalanstères présentent de nombreux aspects qui font que lon peut indéniablement les qualifier de « communautés utopistes ». Certaines spécificités, toutefois, tendent à les différencier du modèle traditionnel. Cest par exemple le cas de la propriété individuelle, préservée dans le système fouriériste. Cette question se révèle dailleurs cruciale aux yeux des associationnistes et de leurs contemporains (à tout le moins, sur un plan général, pour les sympathisants de la « Réforme »), bien que ces derniers opèrent parfois un amalgame entre les sortes de « sociétés par actions » que constituent les possessions foncières de Brook Farm ou de la North American Phalanx et les communautés de biens instaurées par Robert Owen quelques années plus tôt.
Dans ces conditions, reste à se demander dans quelle mesure le mouvement fouriériste se rattache à ce courant ou à cette tradition vivace sur le sol des États-Unis.
Socialisme/socialisme utopique
Depuis que Engels a forgé lopposition entre « socialisme utopique » et « socialisme scientifique », il est courant de lire que la doctrine de Fourier, tout comme celle de Saint-Simon ou celle de Robert Owen, relève du « socialisme utopique ». De ce point de vue, les théories du premier XIXe siècle apparaissent comme une phase préparatoire, une première étape destinée à mener au socialisme proprement dit, celui de Marx et Engels, reconnaissant lexistence de prédécesseurs mais affirmant surtout les avoir dépassés. De nombreux historiens ont ainsi étudié linfluence des pionniers sur les pères du communisme, ou plus précisément lapport de Fourier aux doctrines ultérieures.
Arthur E. Bestor, quant à lui, présente le fouriérisme comme une manifestation du socialisme. Le sous-titre de larticle quil consacre à Brisbane le montre bien (« Propagandist for Socialism in the 1840s »), ainsi que celui de son ouvrage, devenu un classique, sur le communitarisme owéniste (Backwoods Utopias). Notons dailleurs que dans le même temps, il étudie lhistoire du vocabulaire socialiste, les deux sujets apparaissant indissociablement liés dans lanalyse quil en propose.
Cest dailleurs dans la même optique que se place, au moins jusquaux années 1950, la majorité des historiens français et américains. Ainsi, à peu près à la même époque et de la même manière que Bestor aux États-Unis, Félix Armand illustra-t-il parfaitement ce courant dans lentre-deux-guerres français et même un peu au-delà. Il publia en effet, à loccasion du centenaire des révolutions de 1848, un ouvrage sur les fouriéristes entre 1848 et 1851, dans lequel il eut cette formule caractéristique de son époque : « Morte lutopie, le socialisme scientifique était né ».
Notons enfin que, dans des approches moins centrées sur la dimension économique des doctrines de Fourier ou de Saint-Simon et en rupture avec linterprétation marxiste classique, des historiens utilisent certes le terme de socialisme mais le qualifient autrement, par exemple de « romantique ». Cet adjectif insiste moins sur les fins, ce qui suit la période de ces utopies, à savoir le passage à un socialisme de type « scientifique », que sur le moment historique dans lequel elles sont ancrées.
Objet de létude
Le fouriérisme aux États-Unis, tel quon se propose de létudier, se rapproche de nombreux autres mouvements de type communautaire dans le « foisonnement » desquels il émerge, car il trouve son application dans la création de nombreux phalanstères. Il convient cependant déviter les amalgames hâtifs, même sil est évident que des liens existent, quil sagisse dune certaine similitude dobjectifs, de points communs entre doctrines, ou encore du passage dindividus dun groupe à un autre.
Fouriérisme versus autres sectes religieuses
Rappelons tout dabord que, même si lon nentend pas ignorer la composante religieuse formée par la Religious Union of the Associationists, on ne centre cependant pas la présente étude sur cette secte apparue tardivement dans lhistoire du mouvement fouriériste et qui nen constitue pas la partie la plus visible. Une différenciation par rapport à dautres courants religieux napparaît donc pas indispensable.
Qui plus est, l« Union » mise en place par les associationnistes ne prend pas la forme dune communauté « fermée », comme cest par exemple le cas pour les Shakers, voire les Mormons. Autrement dit, ses membres ne sisolent pas du monde ni ne se constituent en communautés pour la seule raison de professer leur foi et pratiquer leur culte.
Dans ces conditions, on distingue nettement le fouriérisme des sectes religieuses sétant implantées sur le territoire américain durant le premier XIXe siècle. Il est clair que les communautés fondées par ces sectes nentrent pas dans les limites de la présente étude.
Fouriérisme versus autres communautés utopistes
Les communautés quon analyse ici sont celles qui relèvent du fouriérisme, ou qui du moins sen réclament. Il ne sagit pas détudier lensemble du mouvement communautaire américain, de source religieuse ou laïque, auquel appartiennent des mouvements tels que ceux des Shakers ou des Rappites.
Lune des différences les plus visibles entre le fouriérisme et les autres doctrines prêchant la vie en communauté réside dans larticulation entre la phalange et le reste de la société : il nexiste pas ici de retrait de la vie du monde, aucune revendication autarcique, bien plutôt une articulation avec lextérieur, voire un souhait dextension et de propagation par lexemple.
Plus généralement, le très populaire fouriérisme se démarque du mouvement communautaire de la même époque non seulement par son caractère radical et son importance numérique et géographique, mais aussi parce que les phalanstères étaient sans doute les seuls groupements à fonder leur existence sur une théorie, une « science sociale » globale, adaptée à la société américaine et à la situation prévalant alors aux États-Unis. Cela contribuait à conférer au fouriérisme une certaine supériorité peut-être, en tous les cas une spécificité quon ne peut que difficilement dissoudre dans le mouvement communautaire considéré dans son ensemble.
En fin de compte, le fouriérisme tel quon létudie ici est une doctrine dorigine française, récemment implantée aux États-Unis, pour les partisans de laquelle la vie en communauté ne constitue pas, en principe, une fin en soi, mais se présente plutôt comme une partie intégrante de lidéologie originale.
Fouriérisme versus mouvements issus de migrations étrangères
Il ne sagit pas non plus, dans le cadre de cette étude, dinclure les mouvements fondés dans la première moitié du XIXe siècle par des hommes venus en Amérique mettre leur théorie en pratique. Fourier ne sest jamais rendu aux États-Unis et na jamais exprimé le souhait de le faire, pas plus quil na répondu aux sollicitations de ses admirateurs américains concernant lédification dune phalange de lautre côté de lAtlantique. Cette attitude présente une différence fondamentale avec celle dun Robert Owen qui, après avoir réalisé une cité modèle en Grande-Bretagne, émigre aux États-Unis pour y fonder des colonies fonctionnant selon son système communautaire. Elle se distingue également de la démarche dun Étienne Cabet, qui élabore sa doctrine en Europe puis, accompagné dadeptes convaincus par son appel, traverse lOcéan en 1848 pour fonder lIcarie dans les solitudes américaines. Or, il convient de distinguer entre limportation, par des Américains, dune idéologie française, et lexportation de cette même idéologie aux États-Unis par des Français.
Pour des raisons semblables, on a choisi dexclure de cette étude les expériences de Victor Considerant, non seulement parce que ses activités aux États-Unis, en loccurrence la fondation du phalanstère de Réunion, au Texas, ont lieu dans les années 1850, cest-à-dire après la période ici considérée, mais aussi parce que, dans la mesure où il est un disciple français et quil se présente même comme le successeur de Charles Fourier, son action ne correspond pas au critère quon souhaite mettre en place pour assurer une plus grande cohérence à lanalyse, à savoir un centrage sur ladaptation par les Américains dune doctrine française spécifique.
Le « fouriérisme américain » tel quil est étudié ici est luvre dAméricains auxquels sajoutent quelques Européens ou Américano-européens déjà installés aux États-Unis qui reçoivent et adaptent un système de pensée étranger, en loccurrence français, quils mettent en pratique dans leur pays ; en sont exclus les Européens qui viennent sinstaller en Amérique afin dy appliquer une doctrine exogène.
Fouriérisme versus autres mouvements français
Enfin, on a choisi détudier le fouriérisme plutôt que dautres mouvements français dimportance comparable, en loccurrence le saint-simonisme et le positivisme.
Le saint-simonisme
La doctrine de Saint-Simon relève du « socialisme utopique » au même titre que celle de Fourier et revêt une grande importance sous la monarchie de Juillet. Cependant, même si elle nest pas inconnue aux États-Unis, et quelle sy trouve dailleurs rapprochée, dès les années 1840, de celle de Fourier, cette idéologie na en aucun cas une diffusion semblable à celle de lassociationnisme, malgré quelques manifestations dintérêt ponctuelles Orestes Brownson présente ainsi la doctrine saint-simonienne à ses amis transcendantalistes. Il est établi que Brisbane sest dans un premier temps intéressé au saint-simonisme, et que cest par le transfuge Jules Lechevalier quil a connu le fouriérisme, évoluant, comme un certain nombre de dissidents, dune école à lautre ; nul disciple na en revanche diffusé la doctrine saint-simonienne aux États-Unis.
De plus, la mise en pratique du saint-simonisme ne passe aucunement par la fondation de larges communautés semblables aux phalanstères, situation qui le distingue du fouriérisme, notamment sous sa forme américaine, en même temps quelle en relativise la pertinence pour une étude portant sur les États-Unis, terre de très nombreuses expériences communautaires.
Enfin, si la « religion saint-simonienne » et la quête de la femme-messie a marqué le début des années 1830 en France et en Europe, en revanche cette nouvelle religion na pas donné lieu à la fondation dune Église spécifique aux États-Unis, ni même à une diffusion systématique dans le pays.
Dans la mesure où il nexiste pas de réel phénomène dimportation et dappropriation du saint-simonisme par des Américains, on sort ici du cadre de létude dinteractions tel quon la défini pour ce chapitre.
Le positivisme
En ce qui concerne Auguste Comte, létude menée par Richmond Laurin Hawkins sur la réception du positivisme aux États-Unis montre de manière convaincante que Comte, au contraire de Fourier, se passionne pour ce pays dès 1816, au point de songer à sy installer. Il ny émigrera finalement pas et par la suite son enthousiasme baissera, mais sa pensée semble avoir été durablement marquée par son intérêt pour la Constitution américaine ou par son admiration pour Benjamin Franklin. Surtout, ses uvres sont largement diffusées outre-Atlantique où elles connaissent un grand succès. Cette diffusion est néanmoins postérieure à la période ici considérée. Avant 1852 en effet, Hawkins nidentifie que quelques lecteurs de Comte, trop peu pour permettre détudier la réception à léchelle nationale.
Plus précisément, les premières personnes en contact avec le positivisme furent les dirigeants du clergé de Nouvelle-Angleterre, la primeur à lintérieur de ce groupe revenant à William Henry Channing, le seul, semble-t-il, à avoir réellement lu luvre, et qui fait partager sa découverte à ses collègues Theodore Parker, George Ripley ou Orestes A. Brownson. Cependant, si le premier article diffusé dans la presse américaine au sujet de Comte par Channing date de la fin 1843, il restera longtemps isolé, et la connaissance de Comte fort limitée : les quelques lecteurs de la seconde moitié des années 1840 ne comprennent pas les théories positivistes. Il faudra attendre 1851 pour retrouver en Joseph H. Allen un lecteur américain de Comte montrant une bonne compréhension du Cours. Cest également en 1851 que paraît la première traduction de louvrage encore ne sagit-il que du premier tome expurgé par léditeur de ses deux premiers chapitres, au motif quy est abordée l« hypocrisie protestante ». Selon Hawkins, Channing et Allen sont même les deux seuls à avoir alors lu en entier la difficile uvre originale. À cette date, aucun texte de vulgarisation, outil dune large diffusion, nest encore disponible. La première tentative pour remédier à cette lacune se manifeste en 1847, date à laquelle John Henry Young traduit une série darticles publiés fin 1844 par Émile Littré dans Le National. Cependant, la diffusion de cet effort de vulgarisation paraît être restée confidentielle.
Quel que soit le succès du positivisme aux États-Unis dans la seconde moitié du XIXe siècle, Comte ne semble ainsi que très peu connu outre-Atlantique avant le début des années 1850. De plus, on retrouve ses rares lecteurs en dautres occasions
notamment en ce qui concerne le fouriérisme. Il a donc paru plus intéressant de se consacrer uniquement à ce dernier système de pensée et de ne pas prendre en compte le positivisme.
Fouriérisme versus mouvements postérieurs
Enfin, précisons que lon a choisi de ne pas étudier ici linfluence du fouriérisme postérieure à 1850 dans les deux pays concernés. La doctrine a certes inspiré des réalisations aux États-Unis, par exemple dans le domaine de lhabitat collectif et en France il nest que de songer au familistère de Guise fondé par Godin. Cependant, il ne sagit pas ici de comparer deux expériences concrètes réalisées de part et dautre de lAtlantique après 1848, mais bien, rappelons-le, de chercher à décrire et analyser de quelle manière est adaptée et mise en pratique une doctrine française sur le sol américain. Il serait certes intéressant, dans un autre cadre, de recenser et comparer les réalisations qui à diverses époques, en France et aux États-Unis, se réclament peu ou prou du fouriérisme. Ici, on se propose plutôt détudier comment, à un moment donné, les Américains réagissent à un système de pensée exogène, le reçoivent, le comprennent, ladaptent, le transforment, limplantent
et quelle action, ou quelle influence, exerce (éventuellement) sur leur société une doctrine dorigine française.
Périodisation
Charles Fourier meurt le 10 octobre 1837, on la dit. Quelques jours auparavant, un article lui était consacré dans un journal anglais. Toutefois, aux États-Unis, il est alors inconnu. Afin de pouvoir délimiter les bornes chronologiques de cette étude, il convient de tracer un aperçu des événements qui conduisent à ce retournement de cette ignorance à de nombreuses mentions dans la presse américaine de 1848 et au statut de référence dès la décennie suivante au sein de la société du Nord de lUnion, plus tard délément à part entière du mouvement de « Réforme » (Antebellum Reform) tel quil est défini et analysé par les historiens.
Aperçu sur le fouriérisme américain
En guise de préambule à cet aperçu historique, rappelons que 1837 voit non seulement la mort de Fourier à Paris et la fondation de la première « société fourienne » des États-Unis, mais aussi le début dune crise économique qui se transforme rapidement en véritable dépression, suffisamment grave pour être désignée par le terme de « panique » (Panic of 1837) : grèves, chômage, pauvreté, dominent la société américaine à partir de la fin de la décennie et pour plusieurs années. Tout le système de production industrielle est touché et ses fondements mêmes se trouvent alors mis en question.
Albert Brisbane, « propagandist for socialism »
Cest Albert Brisbane qui introduit le fouriérisme aux États-Unis. Il restera toute sa vie durant, au-delà des années 1840 qui marquent lapogée de son action, un « propagandiste du socialisme ». Né en 1809, ce fils dun riche marchant et propriétaire foncier de lÉtat de New York, davantage marqué par les Lumières que par la religion, entreprend en 1828 un voyage en Europe qui, durant les six années quil passe dans lAncien Monde, va le mener de Paris à Berlin et de Berlin à Paris, mais aussi de la France à la Grèce et à la Turquie, via lItalie, lAutriche et les îles méditerranéennes. Il observe de multiples situations, suit les cours de Cousin et de Hegel, adhère aux idées saint-simoniennes. Alors quil se trouve à Berlin, le schisme de 1831 et le passage de son ami Lechevalier du saint-simonisme au fouriérisme vont lui faire découvrir « lindustrie attrayante ». Brisbane relate ainsi sa lecture de LAssociation domestique-agricole envoyée par Lechevalier :
[
] soon I came to the following phrase, printed in large type: « Attractive Industry. » Those two words made on me an indescribable impression. In the few lines of explanation that followed, I saw that the author conceived the idea of so organizing human labor as to dignify it and render it attractive. I sprang to my feet, threw down the book, and began pacing the floor in a tumult of emotion. I was carried away into a world of new conceptions.
La réalité fut sans doute plus prosaïque, mais ce passage exprime bien la conversion de Brisbane qui, de retour à Paris, est présenté à Fourier, prend des leçons auprès du maître et sinitie à lensemble de la doctrine. Dès 1833, il est résolu à se faire lapôtre du fouriérisme aux États-Unis, il le fait savoir peu après à Jean Manesca, son professeur de français installé à New York (« My sole thought is to transmit the thought of Charles Fourier to my countrymen »), au plus tôt à Varnhagen, un correspondant allemand à qui il demande conseil après avoir exposé les grandes lignes de sa stratégie :
Voici ce quil est mon intention de faire en y arrivant, et cequil est déjà temps de commencer - Je vise à une Réforme social, cest la chose à laquelle je dévouerai tous mes efforts [
] Je commencerai dabord par intéresser les jeunes gens, et les personnes pour lentreprise, que jen crois susceptibles, ce sera une espère de conversion individuelle. [
] quand nous serons en nombre suffisant, il faut fonder un journal; pour cela il faut un fonds. - - pour le prélever, jai pensé, que le meilleur moyens seraît, que chacun sobligerait à donner tant par an selon sa fortune; [
] nous commencerions par faire une critique des plus vigoureuses du système social actuel. - - Il y a bien sûr beaucoup de personnes en Europe, qui nous aideraient en nous fournissant des articles, cest-à-dire, par leurs idées [
].
Fort de cette résolution, Brisbane continue de se familiariser avec la théorie fouriériste jusquà son retour aux États-Unis, au printemps 1834. Il prévoit alors de donner des conférences, de traduire les uvres de Fourier et de créer un journal consacré à la diffusion de la doctrine.
Diffusion théorique et applications pratiques
De retour dans lÉtat de New York, le jeune homme prit du retard dans ses plans de propagande : une santé déficiente et des soucis familiaux, des spéculations foncières que la crise de 1837 fit échouer, eurent raison de ses espoirs de financer la fondation dun phalanstère. La première réalisation fouriériste aux États-Unis, la création de la « Société fourienne new-yorkaise » (Fourier(ienne) Society of New York), ne fut dailleurs pas directement son uvre, puisque cest à Manesca que cette société dut de voir le jour.
Phase de sensibilisation
En 1840 cependant, souvrit la campagne menée par Brisbane : la publication de Social Destiny of Man en marqua le lancement. La publication de cet ouvrage de 480 pages ne passa pas inaperçue dans les milieux réformateurs, plusieurs recensions parurent dans la presse. Le livre présentait une doctrine qui, sans pouvoir, peut-être, mériter pleinement le qualificatif d« américaine », napparaissait pas tout à fait étrangère ; il fallait, surtout, amender les écrits du maître, dont les excentricités ne pouvaient convenir au public visé. En fin de compte, Albert Brisbane et les Américains retranchèrent du plan communautaire décrit par Fourier les éléments quils jugeaient contraires au bon sens ou à la morale, tout en gardant les composantes originales leur permettant de justifier la phalange par sa place dans les desseins divins.
Quant aux activités journalistiques, elles commencent par prendre la forme dun hebdomadaire dont la durée de vie ne dépasse pas un mois et demi, mais gagnent en ampleur dès lannée suivante. En effet, Brisbane rencontre alors Horace Greeley, fondateur et directeur du New York Tribune, qui laide à faire paraître un nouveau périodique appelé The Future. Celui-ci, même sil ne sort que huit numéros, non seulement permet de redonner vigueur au mouvement fouriériste new-yorkais, mais scelle aussi la collaboration entre les deux hommes. Cest ainsi quen mars 1842, le New York Tribune, quotidien progressiste à bas prix (penny daily) et à tirage important, ouvre sa une à Brisbane : jusquen septembre 1843, la colonne « Association; or, Principles of a True Organization of Society » représente une « occasion en or » (a magnificent opportunity) de populariser la doctrine et de lancer le mouvement, occasion que son auteur ne manque pas. Durant un an et demi, il écrit des articles brefs et variés qui établissent le lien entre le fouriérisme et les mouvements de réforme contemporains ou les traditions nationales, donnent un aperçu des aspects pratiques et diffusent les comptes rendus de réunions et conférences tenues aux États-Unis et en France.
Lorsque cette chronique prend fin, les idées fouriéristes sont connues dans tout le pays et rencontrent un remarquable écho auprès des Américains. En octobre 1843, le premier numéro de The Phalanx, le troisième journal lancé par Brisbane, qui cette fois sera diffusé, sous diverses formes, six années durant, marque bien le début dune nouvelle étape.
Déploiement de la phalange
Cette nouvelle étape se manifeste de plusieurs manières, dont la plus visible est la multiplication des phalanstères : à partir de 1842, plus de vingt communautés sont fondées. Elles ne comptent parfois que quelques dizaines de membres, quelques-unes dépassent les deux cents. En tout état de cause, même les plus peuplées natteignent pas, loin sen faut, les 1620 membres préconisés par Fourier puis Brisbane.
Pour des raisons différentes, trois ont plus particulièrement retenu lattention des contemporains et surtout des historiens. Il sagit de Brook Farm, de la North American Phalanx (NAP) et de Ceresco, également connue sous le nom de Wisconsin Phalanx. Ces trois communautés sont dabord celles pour lesquelles on possède les sources documentaires les plus abondantes. Surtout, ladoption du fouriérisme par Brook Farm, communauté fondée par George Ripley, dorigine transcendantaliste et jouissant dune grande renommée intellectuelle, en fit à partir de 1844 une vitrine précieuse pour le mouvement. La NAP, fondée en 1843, resta quant à elle dans lhistoire comme une création qui, étroitement liée aux milieux fouriéristes new-yorkais, visait à mettre en place une expérience phare fidèle à la doctrine ; par ses effectifs et sa durée, elle surpasse les autres réalisations. La phalange du Wisconsin, enfin, située loin de la côte et la plus prospère de lOuest, voire de toutes les communautés, est considérée comme un exemple réussi de coopérative de production ; à ce titre son importance nest pas négligeable, bien que la distance (et peut-être dautres préoccupations) ait empêché ses membres de participer aux activités fouriéristes de Boston et New York de manière aussi directe que leurs homologues de Brook Farm et de la NAP.
En plus de lintérêt porté à ces trois communautés, dautres phalanstères ont fait lobjet de monographies spécifiques ou de mentions dans des études régionales, telle la Clermont Phalanx dans les environs de Cincinnati ou tel le groupe dissident de la NAP qui fonde non loin la Raritan Bay Union ; plus généraux, certains travaux étudient le phénomène à léchelle dun État entier, par exemple dans le Rhode Island ou dans le New Jersey, et dans la partie occidentale de lÉtat de New York en ce qui concerne la thèse dArthur E. Bestor.
Quant aux participants, au total plusieurs milliers dhommes et de femmes, si par certains aspects ils présentent une grande homogénéité, par exemple en ce qui concerne lidentité ethno-géographique (ce sont tous des Américains blancs, qui pour la plupart viennent des villes), en revanche leur origine apparaît plus diversifiée sur le plan religieux (diverses dénominations cohabitant souvent au sein des communautés), mais aussi socio-professionnel : il se dégage en effet une assez forte proportion douvriers et dartisans, contrairement à la thèse communément admise par les études de la première moitié du XXe siècle, qui présentaient les phalanstériens sous les traits de membres de la classe moyenne coupés des travailleurs et peu intéressés par la question ouvrière notons cependant que les prolétaires non qualifiés ne rejoignent guère les phalanstères, pas plus dailleurs, globalement, que les fermiers. Par ailleurs, les schémas familiaux traditionnels sont respectés et les communautés fouriéristes voient cohabiter les célibataires et les cellules familiales composées de plusieurs membres. Enfin, les historiens saccordent pour penser que beaucoup ignoraient pratiquement tout de la base théorique du fouriérisme, que la plupart de ceux ayant participé aux expériences phalanstériennes navaient de la doctrine quune connaissance superficielle et de seconde main, acquise via les chroniques parues dans The New York Tribune, dans les réunions ouvertes au public ou lors des conférences tenues par Brisbane. Autre domaine où lignorance est assez répandue, surtout dans les lieux les plus célèbres comme Brook Farm ou la NAP, celui de la vie rurale et des travaux agricoles : les effectifs manquaient généralement de fermiers, et de nombreuses erreurs semblent avoir été commises en raison de cette ignorance, mauvaise protection des plants à Sylvania et perte des récoltes à la première rigueur climatique, fertilisation complètement ratée lors de la fondation de la NAP, etc.
Dans le cadre des phalanstères, où terrains et bâtiments sont généralement détenus par un certain nombre de membres, mais parfois aussi de non-membres, selon un système de type « société par actions », les hôtes vivent dans un rapport de cohabitation plus ou moins étroit : non seulement la propriété individuelle est maintenue, mais le logement est éventuellement séparé, préservant lintimité des familles, et il est souvent possible de prendre ses repas hors de la table commune. Le type de travaux et la source des revenus varient selon les lieux : agriculture partout, mais aussi enseignement à Brook Farm et plus tard à Raritan Bay Union, par exemple. Les activités culturelles, chères à Fourier, se révèlent également variables en fonction des communautés : développées parmi les intellectuels bostoniens, elles sont sans nul doute moins présentes dans les petites communautés de lOuest.
Inlassable propagande
En même temps que se mettent en place des expériences concrètes de communautés fouriéristes, les partisans du mouvement, notamment Albert Brisbane, continuent dassurer une publicité abondante à la doctrine. Soulignons que lui-même nest membre daucun phalanstère et quil se sent manifestement plus apte aux travaux théoriques et à leur diffusion, via des conférences et des publications, quà donner lexemple en ce qui concerne les aspects pratiques de lassociation.
Les publications prennent plusieurs formes : il sagit tout dabord des journaux fouriéristes, The Phalanx (La Phalange), en 1843 et 1844, puis The Harbinger (Le Héraut, ou Le Messager
mais aussi, précise Parke Godwin, une traduction en anglais du mot ancien « fourrier »), jusquen 1849, dont la rédaction est assurée dans un premier temps par le groupe de Brook Farm, puis dont les bureaux et les presses repassent à New York. Des personnalités du monde intellectuel, tels William H. Channing, George Ripley ou Henry James Sr., y collaborent régulièrement et confèrent au magazine une excellente tenue générale. Les associationnistes tirent également parti de la sympathie quils éveillent parmi les milieux réformateurs ou de leur notoriété pour sexprimer dans la presse : durant le premier semestre de 1842, Brisbane fait ainsi paraître quatre longs articles sur lassociation et lindustrie attrayante et des titres tels que The Liberator ou The United States Democratic Review lui ouvrent leurs colonnes. Enfin, si le premier disciple américain renonce rapidement à traduire intégralement luvre de Fourier, geste dans lequel on est tenté de déceler le souhait, de sa part, de rester seul dépositaire du système de pensée originel, afin de pouvoir le présenter comme il lentend à ses concitoyens, en revanche un certain nombre douvrages de vulgarisation suivent laride et parfois confuse somme que représente Social Destiny of Man. En 1843 paraît ainsi Association; or, A Concise Exposition of the Practical Part of Fouriers Social Science, opuscule de 80 pages élaboré à partir des chroniques du New York Tribune et qui rend la partie concrète de la doctrine aisément abordable à un large public. Lannée suivante, cest au tour de Parke Godwin de publier A Popular View of the Doctrines of Charles Fourier, traité de 120 pages qui contribue à populariser encore les idées associationnistes, cette fois selon un point de vue plus théorique.
Union religieuse
À linverse de ce qui se passe en France, aux États-Unis une secte religieuse, fondée à la fin de la décennie 1840 à linstigation de la branche bostonienne de Brook Farm, se réclame du fouriérisme : officiellement créée en janvier 1847, peu avant que le mouvement ne commence à amorcer son déclin général, l« Union religieuse des associationnistes » (Religious Union of the Associationists), dont William H. Channing est le principal organisateur, constitue rapidement la cible de critiques souvent vives. The Harbinger, dont la rédaction est alors en passe de déménager de Brook Farm à New York, se fait lécho de cette mouvance fusionnant fouriérisme et christianisme en un rituel syncrétique nimbé de millénarisme. Cependant, le mouvement a déjà suscité de sévères critiques, par exemple de la part de H. H. Clements, aux yeux duquel nul aspect du nouveau culte ne trouve grâce.
Cette « Union » répond à un besoin : si la liberté de religion était de mise dans le mouvement fouriériste, pour les Américains dorigine protestante qui composaient le mouvement, toutefois, refuser lexistence du religieux ou du sacré paraissait suspect dinfidélité. Même sils se trouvaient en rupture avec les dénominations traditionnelles et nadhéraient à aucune des nouvelles Églises alors florissantes, ils nen restaient pas moins attirés par les manifestations formelles de la religion. Dans ce contexte, un rituel fut mis au point, qui conquit rapidement les élites du mouvement. Les fidèles se réunissaient dans des lieux de culte à la symbolique visuelle et auditive travaillée (bustes de Fourier et du Christ, chaise vide installée près de lautel pour figurer à la fois la présence invisible de Dieu et labsence d« unité universelle », arrangements musicaux de John S. Dwight, phraséologie latine, etc.) et ils assistaient à des cérémonies où les sermons de Channing décrivaient le Christ sous les traits dun réformateur et où la communion prenait la forme du partage silencieux de douze (rappelant autant les douze apôtres que les douze passions) gobelets deau accompagnés de pain et de fruits.
Selon Carl Guarneri, la secte contribua à rassembler les partisans du fouriérisme à un moment où les phalanstères commençaient à se débander : les derniers fidèles ayant admis la défaite du mouvement dans sa dimension communautaire et donc sociale, se détournèrent de leur éclectisme affiché pour adopter un sectarisme quils avaient pourtant juré déviter.
Aperçu sur les associationnistes
Les associationnistes américains constituent un groupe plutôt hétérogène, formé principalement des membres des phalanstères dune part, de Brisbane et des figures du mouvement davantage portées vers la propagation de la doctrine dautre part.
On a esquissé un portrait de la base phalanstérienne. Si lon y ajoute les partisans nayant pas participé aux expériences communautaires, on atteint des chiffres non négligeables : pas moins de 100 000 sympathisants, estime Carl Guarneri, dont la période détude sétend toutefois au-delà des années 1850 mais à cette date, les recrues ont cessé daffluer. À titre de comparaison, en 1840, on compte 2000 sociétés affiliées à lAmerican Anti-Slavery Society, ce qui correspond à un total de 150 000 à 200 000 adhérents.
Si lon sintéresse maintenant aux chefs de file associationnistes, on trouve « douze apôtres », ainsi répartis : quatre New-Yorkais, à savoir Albert Brisbane, Osborne MacDaniel, les journalistes réformateurs Horace Greeley et Parke Godwin, et huit Bostoniens liés à Brook Farm : les ministres transcendantalistes George Ripley, William Henry Channing et John Dwight, mais aussi Charles Dana, Marx Edgeworth Lazarus, Lewis Rychman, connu pour ses activités liées à la question ouvrière, enfin les conférenciers John Orvis et John Allen. Tous sont des intellectuels et partagent des valeurs communes :
Starting out from the perspectives of Transcendentalism, American politics, and Christian reform, these writers shared a strain of utopianism belief in human perfectibility, romantic faith in brotherhood, and confidence that a natural order of society could reconcile intense individual expression with strong communal values [
].
Ce sont ces hommes qui vont mener le mouvement et être les principaux artisans de sa propagation ; ils se prononcent également sur les questions doctrinales et définissent la ligne officielle de lÉcole.
Une aventure sans lendemains
L« Union religieuse des associationnistes », dans sa courte existence, se révèle à limage du mouvement, qui décline et disparaît en tant que tel en assez peu de temps. Les phalanstères, dabord, sont désertés les uns après les autres, le plus souvent abandonnés sur des constats déchec de la part des sociétaires. En 1850, lorsque les membres de Ceresco, uniques bénéficiaires, sur le plan financier, parmi tous leurs homologues américains, décident de se séparer, seule la NAP se trouve encore en activité. Les phalanstères ne sont pas seuls touchés, la presse fouriériste périclite également : en net déclin, The Harbinger, dont les locaux ont été transférés à New York après lépisode de Brook Farm, accumule les problèmes de tous ordres, notamment déficit budgétaire et baisse de la qualité (délais dimpression accrus, multiples coquilles, réduction de format), avant de cesser de paraître définitivement en 1849. Enfin, lUnion religieuse des associationnistes met un terme à ses activités quelques années plus tard : la fusion du fouriérisme et du christianisme en un rituel resté étrange aux yeux de plus dun contemporain naura finalement pas dépassé lannée 1853.
Sur la lancée de son optimisme de 1844, Albert Brisbane a beau publier jusque dans les années 1870 des ouvrages vantant les bienfaits de lassociation, après 1848, pour le mouvement fouriériste proprement dit, les lendemains ne chantent pas ou alors est-ce du chant du cygne.
Bornes chronologiques
À première vue, les bornes choisies pour la thèse ne sadaptent que partiellement au cas du fouriérisme américain : tout invite en effet à penser quen 1830, pas un Américain ne connaît le nom de Fourier.
Terminus post quem
Cependant, il convient de noter quà cette date, plusieurs établissements utopiques ont déjà été fondés aux États-Unis, notamment par Robert Owen à la fin des années 1820. Même si les associationnistes, à la suite de Fourier lui-même, ont soin de prendre leurs distances vis-à-vis des expériences menées par le réformateur britannique, ces dernières marquent les esprits américains, qui ne manqueront pas de rapprocher les phalanstères de la communauté de New Harmony, voire de réaliser un amalgame entre les deux formes de ce qui sera par la suite qualifié de « socialisme utopique ». En tout état de cause, en 1830 les doctrines de cette nature ne sont pas inconnues des Américains, le précédent owéniste contribuant sans doute à créer un contexte favorable au fouriérisme.
Surtout, le début des années 1830 constitue lépoque du séjour de Brisbane en Europe : il quitte les États-Unis en 1828 et va durant cinq années évoluer parmi les milieux réformateurs berlinois et parisiens. Ses premiers contacts avec le fouriérisme, via Lechevalier, et directement avec Fourier lui-même, datent du début de la décennie. Sans aller jusquà affirmer que le fouriérisme américain naît aussi précocement, soulignons que dès 1833, Brisbane, toujours en France, est déjà bien déterminé à se consacrer à la réforme sociale dans son pays dorigine et élabore à cette fin une stratégie, comme le révèle sa correspondance.
Ces arguments apparaissent sans doute insuffisants pour faire remonter le fouriérisme américain jusquen 1830. À tout le moins, on peut prendre en compte ces faits tout en faisant réellement commencer létude à la fin des années 1830. Cest en effet en 1837 quest fondée à New York la première « société fourienne » (Fourier(ienne) Society of New York), et lannée suivante que sous ses auspices, paraît une brochure intitulée Two Essays on the Social System of Charles Fourier. Même si cette brochure et plus généralement la société restent à peu près ignorées, elles constituent les premières manifestations concrètes de la présence des idées fouriéristes aux États-Unis.
Cet ensemble de faits permet de fixer la borne dentrée de la présente étude, sinon exactement en 1830, du moins aux années 1830.
Terminus ante quem
La limite de 1848 choisie pour la thèse semble à première vue mieux convenir que celle de 1830 : en effet, cette année marque une rupture pour le fouriérisme américain dun point de vue interne mais aussi externe.
Aux États-Unis mêmes, le mouvement donne de sérieux signes de fatigue, il se trouve proche de la fin, ce que montrent tant la composante théorique, avec larrêt imminent de son organe de presse, que la composante pratique, avec la disparition successive des phalanstères, dont les principaux : après avoir subi un incendie en mars 1846, Brook Farm est officiellement dissoute en 1847 ; si la North American Phalanx survit jusquen 1855, cest sur la base dun schisme intervenu en 1852, à la suite de premières réorientations commencées début 1848 ; quant à la Wisconsin Phalanx, ses membres se séparent à la fin de la décennie. Les petites structures ne sen sortent pas mieux, au contraire. En un mot, on assiste en 1848-1849 à la fin du mouvement en tant que tel, qui en peu de temps a perdu son organisation et sa dynamique.
Sur un plan plus large, 1848 marque sans doute une coupure essentielle en ce qui concerne le mouvement social aux États-Unis. QuEric J. Hobsbawm ait choisi cette date pour séparer l« ère des révolutions » de l« ère du capital » fournit un indice : il semble bien quà partir du milieu du XIXe siècle, les réformateurs partageaient le sentiment que la société urbaine et industrielle telle quelle existait alors était là pour durer, quils avaient perdu foi en leur capacité à transmettre à leurs contemporains leur conviction selon laquelle un autre monde était possible. Les écarts se creusent et la flamme réformatrice se voile, ce dont sont conscients les acteurs de lépoque. Bronson Alcott remarque ainsi en 1850 : « Les extrêmes sont en train de devenir moins extrêmes ; le conservatisme recule légèrement et la réforme satténue quelque peu ; on perçoit, dans le cours actuel de la transition, les signes indéniables dune amélioration dans lordre des choses. »
En Europe, cest à la fin de 1848 et surtout en 1849 quapparaissent les premières manifestations dun intérêt réel des fouriéristes français pour lAmérique. Après léchec du 13 juin 1849, en effet, la fondation dune colonie française aux États-Unis devient pour Considerant (exilé à Bruxelles) et ses partisans une option concevable, voire attirante. Cest en tout cas le début dune nouvelle période, qui se matérialisera par la fondation du phalanstère de Réunion.
En somme, ce sont des événements tant nationaux quinternationaux qui permettent de fixer la borne de sortie à 1848 cette année étant incluse dans la présente étude.
Cadre géographique
Aux États-Unis
Tout comme pour les autres composantes de la « Réforme » américaine, le fouriérisme est un phénomène qui se manifeste avant tout dans le Nord-Est de lUnion, en Nouvelle-Angleterre ou dans lÉtat de New York. Il convient cependant de ne pas négliger totalement la partie ouest du pays, puisque des phalanges sont établies jusquau Wisconsin, celle de Fond-du-Lac élargissant la zone géographique concernée aux territoires qui marquaient alors la limite de la Frontier. En revanche, le Sud nest guère touché, comme le reconnaît Brisbane lui-même : « [
] nous avons gagné des disciples par milliers dans tous les Etats du Nord depuis Maine jusquà Wisconsin: dans le Sud où règne lesclavage, nous avons fait peu de progrès ». Tout au plus relève-t-on dans cette région quelques plans de coopération ponctuels.
Par ailleurs, notons une caractéristique propre au fouriérisme et dapparence paradoxale : le phénomène présente des aspects non urbains, car les phalanstères sinstallent à la campagne, ce qui constitue à première vue une différence avec les autres courants réformateurs. Cependant, les communautés fouriéristes ne se trouvent en principe pas très éloignées des grandes métropoles et leurs membres viennent des villes. On désigne dailleurs assez couramment deux catégories différentes en nommant ces membres daprès le pôle urbain dont ils dépendent, en distinguant les « New-Yorkais », ceux du siège de lécole constituée, et les « Bostoniens », les phalanstériens de Brook Farm mentionnons dailleurs lexistence dune opposition au moins latente entre ces deux groupes. Malgré limplantation des communautés à la campagne, le fouriérisme reste ainsi un mouvement qui nest pas coupé de la ville.
De ce point de vue, insistons enfin sur le fait que les centres urbains les plus concernés par le fouriérisme sont, comme cela se passe pour dautres courants réformateurs de lépoque, à linstar de labolitionnisme, la ville de New York, à proximité de laquelle se trouve la North American Phalanx, et Boston, doù proviennent de nombreux sociétaires de Brook Farm située non loin.
Rôle de lAngleterre
Comme toujours lorsquon a affaire à un courant de la « Réforme » américaine, il convient aussi de sinterroger sur le rôle joué par lAngleterre dans lexistence et le développement du fouriérisme aux États-Unis.
Le fait que Brisbane, figure prépondérante du mouvement, ne passe par Londres ni physiquement (lors de son premier voyage en Europe, il séjourne sur le continent, surtout à Paris et Berlin, par la suite se rend en priorité en France) ni intellectuellement (il entretient une relation épistolaire directe avec les sociétaires parisiens), relativise nécessairement limportance des îles Britanniques dans léchange franco-américain. Rien de semblable à ce qui se passe pour le courant abolitionniste, par exemple.
On relèvera néanmoins lexistence de publications anglaises, notamment le périodique London Phalanx, et dune correspondance avec quelques figures du mouvement fouriériste britannique, tel Hugh Doherty. Par ailleurs, les journaux américains utilisent volontiers des contributions venues de Grande-Bretagne, comme le rappelle la page de présentation de The Phalanx, dès le premier texte : « [The Phalanx] will contain extracts from the Paris and London Journals, LA DEMOCRATIE PACIFIQUE, and the LONDON PHALANX, which are devoted to the cause of Association. » De même, Parke Godwin sinspire principalement des écrits du Français Renaud et de ceux de lAnglais Doherty pour composer A Popular View of the Doctrines of Charles Fourier.
En fin de compte, bien que les sources françaises ne semblent pas nécessairement préférées a priori à celles qui viennent de Grande-Bretagne, ce pays reste toutefois quelque peu en retrait dans les échanges transatlantiques concernant le fouriérisme.
Objectifs généraux
La mise en contexte étant réalisée, on peut spécifier les objectifs de cette partie consacrée au fouriérisme américain. Dun point de vue général, rappelons que lon se propose de suivre deux pistes : dabord, de définir et danalyser comment les Américains reçoivent et adaptent le fouriérisme, dans sa dimension non seulement théorique mais aussi pratique ; parallèlement, de distinguer ce qui, dans un cadre par définition international, relève de spécificités américaines, par rapport à ce qui demeurerait commun aux deux aires nationales notons à ce sujet quil existe des expérimentations de type fouriériste dans dautres pays, mais nulle part dans de telles proportions quaux États-Unis, en nombre comme en étendue. On na toutefois pas pour objectif de réaliser une étude comparative terme à terme.
Insistons en effet sur le fait quil ne sagit pas, dans cette partie, de comparer « fouriérisme » français et fourierism américain dans une démarche qui serait alors semblable à celle des deux parties précédentes. On cherche plutôt à étudier, davantage quune simple perception, la réception et la mise en uvre, dans un contexte national spécifique, dune doctrine élaborée dans un autre pays. Autrement dit, on se demande ce que les Américains font avec cette doctrine voire ce quils font « de » cette doctrine qui, quoique venue de France et leur étant étrangère, symbolise néanmoins, dans une certaine mesure, le courant de réforme qui traverse les États-Unis dans les années 1830-1840.
Afin de mieux comprendre ce phénomène de « transfert culturel », qui sapparente en loccurrence à une réécriture de la part des Américains, on voudrait identifier ce qui, dans le mouvement associationniste, relève plus particulièrement de la dimension américaine avant de pouvoir étudier en quoi cela participe de la culture nationale. Pour ce faire, on se propose maintenant de réaliser une analyse à la fois historiographique (portant sur les études) et historique (prenant en compte les sources).
État des lieux (recherche et sources)
Contrairement à la démarche suivie dans les deux chapitres précédents, où diverses raisons avaient conduit à séparer assez nettement la recherche et les textes dépoque, on se propose ici de faire porter létat des lieux à la fois sur les sources et les études. En effet, en comparaison des nombreux travaux sur labolitionnisme et sur le féminisme en France et aux États-Unis, le fouriérisme américain proprement dit a suscité une production assez peu abondante, qui facilite ce regroupement ; de plus, le fait de centrer ces développements sur un pays unique tend à homogénéiser le corpus à défaut de réellement lalléger. Cet « état des lieux » concerne donc non seulement la situation de la recherche, mais aussi linventaire des sources utilisées.
Constitution du corpus
Les questions qui se posent relativement au corpus varient selon que lon sintéresse à la recherche ou aux sources. Dans les deux cas, un certain nombre de problèmes se révèlent complexes. Il sagit principalement, pour les études, de lexistence dun ouvrage central sur le fouriérisme américain qui nempêche pas une assez grande dispersion, par ailleurs, de la matière intéressante contenue dans les autres travaux ; concernant les sources, on peut déplorer laccessibilité réduite à certains documents.
Études
Rappelons que la présente étude est centrée sur le fouriérisme américain au XIXe siècle et non sur lun des nombreux sujets connexes, concernant la partie théorique de la doctrine originale ou son application pratique ailleurs quaux États-Unis. Dans ce cadre, sil est essentiel davoir une vue densemble sur Fourier et le fouriérisme en France jusquen 1850, il ne semble en revanche pas indispensable dintégrer à la recherche tous les résultats récents des études fouriéristes, qui depuis une quinzaine dannées connaissent un renouveau très sensible, notamment en France et en Italie.
The Utopian Alternative
En 1991, après une thèse et plusieurs articles sur le sujet dans des revues américaines, Carl Guarneri publiait un ouvrage intitulé The Utopian Alternative, sous-titré Fourierism in Nineteenth-Century America. Cette somme, qui compte un peu plus de 500 pages, est un travail minutieux et exhaustif réalisé selon un angle dapproche plutôt original. Soucieux de replacer le phénomène quil étudie dans le contexte socio-historique du XIXe siècle, lauteur présente le fouriérisme, sous toutes ses formes, comme un système viable entre le capitalisme du Nord et lesclavagisme du Sud, autrement dit une troisième voie, qui, quoique finalement non empruntée de façon durable, a constitué selon lui une véritable option pour la société américaine dans toutes ses dimensions :
[
] les fouriéristes américains étaient impliqués de toute leur âme dans un projet plongeant ses racines dans la réalité sociale de leur temps : tenter de susciter une « Deuxième Révolution américaine » qui remplacerait le capitalisme de libre concurrence et la société esclavagiste par des structures coopératives dérivées des projets de Fourier. Soixante ans après que les habitants des colonies eurent arraché leur indépendance à lAngleterre, un demi-siècle après que des institutions républicaines eurent été codifiées par la Constitution, de sérieux désaccords existaient quant au développement social futur des États-Unis. Le fouriérisme fit irruption dans la vie publique américaine en tant que protagoniste à part entière dans cet épisode central de notre histoire nationale : la lutte concernant le devenir de la société américaine durant la période marquée par les débuts du développement industriel urbain et par la guerre de Sécession.
C. Guarneri expose la naissance et le développement de ce quil présente comme une révolution sociale pacifique. Il conclut que cette option ne fut pas en mesure de simposer en raison de deux obstacles majeurs : dans un premier temps, la prospérité économique retrouvée relativisait la pertinence du système coopératif ; à partir du milieu des années 1850 ensuite, la focalisation de lopinion publique sur lesclavage, problème devenu prioritaire, plus précisément la polarisation des débats sur la division Nord/Sud qui en résulta, conduisit à un ralliement objectif des derniers fouriéristes aux intérêts capitalistes la critique du système de plantations équivalant, de fait, à cautionner le système opposé, à savoir lindustrie du Nord. Or, une fois la guerre terminée, les États-Unis avaient changé et en dépit de quelques dernières actions, « les phalanstères fouriéristes ne constituaient plus une option viable pour la société américaine ».
Ainsi, malgré son indéniable adéquation aux valeurs nationales de lépoque, voire en raison même de cette adéquation, le fouriérisme américain, « dernière tentative crédible de faire avancer la société américaine dans la voie de la coopération avant que le capitalisme industriel ne triomphe définitivement », navait pu simposer durablement et avait perdu toute chance de le faire. Il ne subsistait plus quau travers dinfluences indirectes.
Pour arriver à cette conclusion, qui tend à se démarquer de lhistoriographie traditionnelle, Carl Guarneri mène des raisonnements souvent convaincants et toujours solidement étayés. Par ailleurs, il parvient à couvrir, au long de son ouvrage, de très nombreux aspects du mouvement.
Dans ces conditions, après un travail dune telle ampleur, on peut se demander comment et dans quelle mesure il est possible de mener des recherches originales sur le fouriérisme américain au XIXe siècle. Tout en nignorant pas louvrage de C. Guarneri et cherchant même à en tirer profit, cest cependant dans un autre cadre que se place la présente recherche. Langle par lequel on aborde ici le fouriérisme tel quil sest implanté et développé dans le Nord de lUnion avant 1850 est en effet spécifique et double. Premièrement, il sagit de sinterroger, à partir de la notion dinteractions, sur la question de limportation dune doctrine étrangère et des phénomènes qui lui sont liés, autrement dit sur une forme de transfert culturel entre France et États-Unis le prochain chapitre étant consacré à un transfert en sens inverse, en ce que le « passage » concernant la réforme pénitentiaire a lieu des États-Unis vers la France. Deuxièmement, en appliquant au fouriérisme des critères danalyse semblables à ceux utilisés pour les autres thèmes détude, on espère contribuer à éclairer un mouvement plus large, celui des relations interculturelles franco-américaines durant le deuxième quart du XIXe siècle quitte à proposer pour chacun des courants choisis une vision moins détaillée que celle qui caractérise The Utopian Alternative.
Historiographie traditionnelle
À lexception de Carl Guarneri, assez peu dhistoriens se sont intéressés au fouriérisme aux États-Unis en tant que tel, comme objet détude à part entière, même si on le considère désormais doté dune légitimité suffisante la brièveté du mouvement, surtout au vu de ses immenses ambitions, son vocabulaire parfois abscons et ses vaticinations sur la félicité universelle invitaient en effet les contemporains à la dérision et à la caricature plutôt quà lanalyse en profondeur. Du côté américain, même dans des publications spécialisées comme Communal Societies, le mouvement fouriériste est loin doccuper une place prépondérante. En France, les rares travaux existant sur la question la traitent généralement de manière périphérique, à moins quils nadoptent une approche assez générale. Un article a cependant été consacré à la question du fouriérisme américain dans un recueil sur lutopie de 1848 ; lors de la décennie suivante une communication dans un colloque sur les États-Unis a porté sur « LAmérique, terre dexil et terre dasile pour fouriérisme pratiqué » ; et cest aux États-Unis que Henri Desroche accorde le plus important développement lorsquil aborde les « fouriérismes pratiqués » à létranger et le « modèle transplanté » que constituent les phalanstères. Parmi les travaux non publiés, il convient aussi de noter la thèse de Maurice Buchs, première étude française réalisée sur le sujet à partir de sources américaines.
Rappelons très brièvement quen revanche les ouvrages, quil sagisse ou non de compilations darticles, ne manquent pas concernant le système de Fourier, lui-même étant présenté tour à tour comme un penseur économique, un penseur utopique, un penseur social
De nombreux travaux portent également sur les communautés utopiques ou la notion dutopie en général.
En ce qui concerne plus particulièrement le mouvement fouriériste aux États-Unis, les approches les plus couramment adoptées relèvent de trois logiques. Dabord, certains ne considèrent dans le mouvement que les phalanstères, ce qui peut conduire à analyser ces phalanstères en tant que composantes dun mouvement communautaire utopique plus vaste. Cest le cas des études classiques de Noyes et de Bestor, mais également de louvrage désormais ancien de Calverton ou, en France, de Jean-Christian Petitfils, par exemple. Ce type dapproche historiographique tend à renforcer ou conduire à un amalgame entre fouriérisme et mouvements communautaires américains sans accorder de réelle importance à la composante européenne du premier. T. D. Seymour Bassett compte sans doute parmi les seuls, en tout cas parmi les pionniers, à avoir clairement insisté sur lorigine exogène du mouvement utopiste aux États-Unis et sur laméricanisation dont les doctrines traditionnelles venues de lAncien Monde furent lobjet au XIXe siècle ; lauteur souligne que pour bien comprendre le phénomène américain, il convient de prendre en compte le poids représenté par la philosophie des droits naturels et par lacceptation de léthique chrétienne traditionnelle dans le fond européen des doctrines de Fourier, mais aussi de Cabet et Owen.
Lapproche du fouriérisme américain via les phalanstères peut également donner lieu à une monographie concernant une communauté en particulier, on la vu à propos de Brook Farm, de la NAP et de la Wisconsin Phalanx, mais aussi de réalisations moins remarquées dans lhistoire du mouvement, telles que la Clermont Phalanx située dans lOhio ou la Raritan Bay Union issue dun schisme vis-à-vis de la NAP.
Ensuite, la biographie des figures fouriéristes, même si elle semble actuellement moins prisée que par le passé, a constitué une approche utilisée pour aborder le fouriérisme américain. Les ouvrages sur la vie des personnalités les plus influentes apparaissent toutefois très sensiblement moins nombreux que ceux consacrés aux abolitionnistes ou aux féministes : on trouve deux biographies de George Ripley et une autre consacrée à Charles Dana (dabord en tant que journaliste), par exemple, un article sur Parke Godwin et un autre sur William H. Channing, mais guère plus en ce qui concerne les publications biographiques daprès-guerre exception faite des entrées dans les dictionnaires et encyclopédies. De plus, lengagement fouriériste de certaines figures du mouvement tend à être occulté, voire à disparaître sous dautres traits : depuis la biographie générale écrite par Cooke à la fin du XIXe siècle, on se souvient de John S. Dwight avant tout comme dun critique musical ; ou encore, les portraits de Horace Greeley montrent dabord le journaliste, éventuellement le réformateur, guère le compagnon de lutte engagé aux côtés dAlbert Brisbane qui na quant à lui plus fait lobjet de lattention particulière des historiens depuis les travaux désormais anciens dOliver Carlson et dArthur E. Bestor.
Enfin, le fouriérisme américain est souvent abordé ou traité par le biais de questions connexes particulières ; cest ainsi le cas de lhistoire des femmes et de lhistoire de la famille ou celle des murs sexuelles ; létude peut aussi seffectuer via la dimension religieuse de lassociationnisme ou des questions liées à larchitecture, par exemple. Un intérêt est également porté à lhéritage, plus ou moins direct, du mouvement, par exemple dans le domaine des coopératives ou de lassurance.
Approche retenue
On a mentionné la difficulté de traiter du fouriérisme américain après la publication dune somme sur ce sujet et indiqué des pistes, en rapport avec le souci doriginalité de la présente recherche, qui devraient permettre de remédier à cette situation. Plus précisément, on veillera à analyser ce phénomène spécifique de transfert culturel entre la France et les États-Unis dans le cadre de létude plus générale qui non seulement relève de la comparaison et des interactions entre les deux pays mais encore concerne dune part le mouvement de réforme américain (Antebellum Reform), dautre part ce quon a appelé « utopie et démocratie humanitaire » pour la France. Létude des sources disponibles devrait permettre danalyser le fouriérisme américain à partir dun angle dapproche qui le considère moins comme une illustration de léchec du socialisme aux États-Unis ou une « troisième voie » entre capitalisme et esclavagisme, non empruntée par les contemporains, que comme la composante dorigine étrangère dune « Réforme » dont on cherche à se demander à la fois dans quelle mesure elle relève dun courant transnational et en quoi elle participe dune culture spécifiquement américaine.
Sources
Le corpus retenu dans le cadre de cette étude est centré sur les sources « officielles » de lassociationnisme. Dans la mesure où lon a affaire à un mouvement qui produisait et diffusait beaucoup, se fit rapidement connaître par de remarquables campagnes de sensibilisation et de vulgarisation auprès du public, la matière laissée par les associationnistes abondait, tout particulièrement en ce qui concerne les ouvrages destinés à populariser la doctrine et la presse. On sintéresse donc dune part aux journaux, dautre part aux ouvrages imprimés.
Titres de presse
En ce qui concerne les journaux, signalons dabord quil sagit non seulement des organes officiels du mouvement (The Phalanx et The Harbinger notamment, les précédents nayant pas duré aussi longtemps), mais aussi de titres réformateurs ayant ouvert leurs colonnes aux associationnistes, du contrat avec The New York Tribune aux nombreux articles parus dans The United States Democratic Review, en passant par plusieurs contributions à la rubrique « REFORMATORY » de The Liberator. Notons encore que William H. Channing, déjà enthousiasmé par les nouvelles idées diffusées par Brisbane, ne manque pas une occasion daborder le sujet dans les colonnes de son mensuel The Present lequel emprunte dailleurs les mêmes circuits de distribution que The Phalanx.
Soulignons également lextrême importance de la presse dans le fouriérisme américain : quelles que soient la place et linfluence des autres types de publication, The Phalanx est réellement lorgane du mouvement, comme le suggèrent demblée le ton et le contenu des articles et comme le confirmera le sous-titre affiché à partir du printemps 1844, à savoir « Organ of the Doctrine of Association » lors du lancement, le sous-titre était « Journal of Social Science ». Cet état de fait lui confère un statut différent de celui de The Liberator dans le courant abolitionniste, par exemple. Lhebdomadaire de Brisbane et ses alliés joue un rôle primordial, tout à la fois forum déchanges et de mise en commun dexpériences, vecteur de propagande et déducation populaire, voix des chefs de file, bref outil de diffusion de la doctrine sous sa forme la plus officielle. En témoigne par exemple, dès le lancement, larticle « Exposition of Views and Principles. Politics, Industry, Religion », un long texte de Brisbane et McDaniel paru dans le premier numéro de The Phalanx et qui fait figure de véritable « manifeste » du mouvement.
Sans chercher à réaliser un dépouillement systématique, on a également tiré profit de la presse fouriériste française, à savoir La Phalange et La Démocratie pacifique. Notons à ce sujet que les journaux de lécole sociétaire étaient diffusés aux États-Unis via une librairie new-yorkaise au prix certes élevé de dix dollars lannée, sachant par exemple quun abonnement annuel à The Phalanx coûte deux dollars, et alors que depuis les années 1840 les quotidiens des grandes villes de lUnion baissent considérablement leur prix de vente.
Ouvrages imprimés
En plus des journaux, plusieurs ouvrages imprimés ont été publiés par des associationnistes en vue de promouvoir la doctrine. Il sagit dabord des premiers écrits de Brisbane : limposant Social Destiny of Man, qui marque véritablement le lancement du mouvement en 1840, ainsi quun précis traitant daspects concrets (nombre de participants requis pour un phalanstère, description des bâtiments, propriété et investissement, répartition des profits, etc.), paru trois années plus tard sous le titre Association, reprenant en grande partie ses chroniques du New York Tribune. En plus de Brisbane, dautres membres du mouvement contribuent à la diffusion de lidéologie, notamment Parke Godwin qui en 1843 fait paraître un opuscule et lannée suivante un exposé de la doctrine au succès non négligeable, sous le titre A Popular View of the Doctrines of Charles Fourier. Son ouvrage, en plus de se présenter explicitement comme un complément théorique aux considérations pratiques de Brisbane, vise à combler une lacune et à prévenir les idées fausses véhiculées par les opposants. Il ne sagit cependant pas dune traduction ou dune reformulation directe du système de Fourier, mais dune compilation douvrages de seconde main, ce que Godwin précise lui-même dès la préface :
[
] this work professes no higher character than that of a mere compilation from the larger works of the school to which it belongs. The arrangement and the substance of most of the chapters have been translated from the « Vue Synthetique » of Renaud, one of the most clear and admirable of the French works on the subject, and the facts of the Memoir of Fourier and a few pages in the latter part of the book have been furnished us by Hugh Doherty, of London, one of the most profound and brilliant writers of the day.
Or, Solidarité, vue synthétique sur la doctrine de Charles Fourier, ouvrage de moins de 300 pages dû à lambitieux Hippolyte Renaud qui dans sa conclusion affirme avoir « tout dit », malgré les nombreuses rééditions dont il est lobjet en France et son incontestable succès auprès du public jusquen 1900, recueille lunanimité auprès des critiques du XXe siècle quant à sa médiocrité. Quelle que soit la valeur de louvrage, il est vrai assez terne et révélant un esprit dune religiosité de tendance catholique somme toute fort classique, il semble toutefois incontestable que les développements qui y sont proposés « synthétisent » le système original de Fourier jusquà le dénaturer parfois. Mentionnons dès à présent que la relative fadeur de ce livre nempêche toutefois pas Godwin de lexpurger encore, à savoir den récrire des passages concernant la cosmogonie et le comportement sexuel prôné par Fourier, afin de le rendre acceptable aux yeux de ses compatriotes.
Aperçu sur laccessibilité des sources
Si louvrage de Renaud, en dépit de sa médiocre qualité, se trouve assez facilement, en revanche on peut relever, au sujet des sources fouriéristes, un fâcheux problème daccessibilité de certaines sources. En ce qui concerne les journaux, la Phalanx publiée en 1840 à Buffalo est introuvable le dernier à en rendre compte est Arthur E. Bestor, dans un article de 1947 ; les exemplaires du titre suivant, The Future, se caractérisent par leur rareté : le périodique nest répertorié dans aucune des principales bases de données en Europe, ne se trouve pas à la Library of Congress de Washington, et le microfilm est aux dernières nouvelles égaré à la Public Library de New York or cest cet établissement qui en possède le négatif
Quant à The Harbinger, les bases de données des bibliothèques nen signalent aucun exemplaire en France. Par ailleurs, si lon arrive à consulter les principaux ouvrages associationnistes, dont seuls certains sont centralisés à la Bibliothèque nationale, en revanche les sources imprimées qui ne sont pas dues à Brisbane ou à Godwin restent le plus souvent introuvables. Certes, deux exemplaires de The Phalanx sont répertoriés par le Catalogue collectif de France. Finalement, en y ajoutant un certain nombre de sources consultées aux États-Unis (ouvrages imprimés et microfilmés, numéros de The Harbinger), les articles de journaux numérisés disponibles sur le Web, notamment sur le site « Making of America » de lUniversité Cornell, et quelques ouvrages fondamentaux publiés en France par Fourier ou ses successeurs directs, conservés à la BNF, on arrive à disposer dun corpus acceptable quoique relativement peu varié.
Autres documents retenus ou écartés
Afin de compléter cet ensemble de textes fouriéristes, prioritairement américains, on a consulté un certain nombre de documents émanant dopposants, qui exposent une opinion contraire sur un aspect particulier ou sur lensemble de la doctrine du mouvement ou de ses réalisations concrètes : un opuscule et plusieurs articles de journaux constituent ainsi la partie critique du corpus.
Précisons enfin que, comme pour les chapitres précédents, il na pas été jugé indispensable, dans le cadre de cette étude, de se reporter aux textes non imprimés ou très rares : les sources manuscrites de première main concernant la vie quotidienne des phalanges, par exemple, nont pas été intégrées à ce corpus. Les mentions éventuellement faites à ce type de documents ne proviennent pas dune recherche directe, elles se fondent sur des travaux déjà réalisés.
Acquis
Caractère unilatéral des échanges
Dans le cadre de cette étude dinteractions, le premier fait à souligner réside sans doute, pour la période 1830-1848, dans labsence de réciprocité relative aux échanges : rappelons quà linverse de plusieurs de ses contemporains ou successeurs, Fourier ne sest jamais rendu aux États-Unis, cependant quil a, à plusieurs reprises, émis le souhait de voir se construire en France la « phalange dessai », modèle expérimental destiné à se multiplier. Ajoutons quil nadhérait guère au « rêve américain » de la plupart de ses contemporains européens.
Constat
Sans aller peut-être jusquà conclure à labsence de liens entre fouriéristes français et américains (entre 1837 à 1847, résume par exemple Pierre Mercklé, les expériences fouriéristes conduites aux États-Unis le furent « par des associationnistes américains qui tout en se réclamant de Fourier nentretenaient aucune relation avec une Ecole sociétaire restée extrêmement sceptique et méfiante à leur encontre »), force est de constater, plus encore que la rareté des échanges, le caractère unilatéral des relations transatlantiques. Carl Guarneri souligne à juste titre que pratiquement toutes les mesures prises dans les années 1840 pour consolider le mouvement associationniste puisent leur inspiration dans lécole sociétaire : bien quaucune organisation internationale, centralisée ou non, ne soit venue concrétiser les échanges transatlantiques, on relève latmosphère cosmopolite du courant américain et une sorte dunité dans le socialisme utopique international. Mais les rapports restent déséquilibrés :
As the Americans tried to organize a coherent national movement, they absorbed important strategies from the French, who had gone much further in formalizing their movements structure. French interest in the Americans, on the other hand, remained desultory at best until the failures of 1848 in Europe. Still, the exchanges that did take place in the mid-1840s helped to guide the American movement and, ironically, demonstrated the power of nationalism in shaping even the « universal » ideology of utopian socialism.
On reviendra après la description des faits sur limportance du nationalisme. En ce qui concerne les relations proprement dites, en fin de compte, jusquen 1848, le sens des principaux courants déchanges intellectuels ne sétablit que de la France vers les États-Unis, et ce au moyen de trois canaux.
Voyages
Dabord, les voyages. Il sagit principalement de ceux effectués par Albert Brisbane : après avoir passé les années 1828-1834 dans le Vieux Monde, le premier disciple américain va faire des recherches dans les manuscrits de Fourier à Paris en 1844 et il se rendra encore en France par la suite. Brisbane reste un trait dunion constant entre sociétaires et associationnistes. Notons également la présence de Charles Dana sur le sol européen lors du Printemps des peuples : il y exerce alors des fonctions de journaliste, quil ne sépare guère de ses sympathies pour la réforme sociale. Dans le même temps, jusquà la Deuxième République, les Français qui partent sinstaller dans des communautés situées aux États-Unis ne vont pas grossir les effectifs des phalanstères, pas plus que les voyageurs ne vont prêcher la doctrine fouriériste. 1848 marque certes une date importante dans lhistoire de lémigration utopiste de la France aux États-Unis, mais elle concerne Cabet et ses partisans. Ainsi, pour ce qui touche aux mouvements de personnes durant les années 1840, ce sont les fouriéristes américains qui se déplacent jusquen France, pour y chercher des informations et des idées, des interlocuteurs ou des appuis, voire une certaine légitimation.
Correspondance et presse
La correspondance joue un grand rôle dans les échanges entre les fouriéristes des deux continents. Soulignons cependant que, si le lien épistolaire sétablit nécessairement dans les deux directions, il semble bien que là encore, le sens intellectuel de la relation reste celui allant de la France vers les États-Unis et ne se révèle pas réciproque. Toutes proportions gardées, le phénomène se répète dailleurs avec les autres pays : Brisbane recherche ainsi des correspondants dans toute lEurope pour la presse associationniste. En ce qui concerne plus particulièrement les relations avec les sociétaires parisiens, le fait que les présentes recherches ne portent pas sur les manuscrits limite lusage de cette source, mais on peut se faire une idée du phénomène en observant la présence des références aux associationnistes américains dans les journaux des fouriéristes français : elle est extrêmement faible, insignifiante en regard des innombrables mentions faites aux sociétaires dans The Phalanx et The Harbinger quelques dizaines de références contre plusieurs centaines. Ainsi, une recherche par mot-clef dans les collections numérisées du site web Gallica de la Bibliothèque nationale, dont les numéros de La Démocratie pacifique, bien que natteignant pas à la précision dun dépouillement exhaustif, permet toutefois de donner un aperçu de la présence américaine dans lorgane officiel de lécole sociétaire. Or les résultats sont les suivants : avant 1848 inclus, aucune occurrence en rapport avec lassociationnisme pour des noms de phalanstères les plus célèbres (Brook Farm, North American Phalanx, Wisconsin Phalanx), de notions américaines (« associationnisme » et les termes proches, en français comme en anglais) ou de personnes comme Greeley, Dana, Godwin ou Dwight. Et lorsque les mots « Fourier » et « États-Unis » sont présents dans le même document, cest sans lien entre eux. On relève tout de même la traduction dun article de Brisbane dans La Démocratie pacifique, qui ne publie cependant pas les lettres que lui envoie Godwin. En dernière analyse, il est indéniable que, comme en ce qui concerne les voyages, la correspondance, notamment ce qui en transparaît au travers de la presse, fait transiter les idées fouriéristes de France vers les États-Unis, non linverse.
Ouvrages imprimés
Enfin, les publications associationnistes comportent un certain nombre de textes français, généralement traduits. Ceux-ci napparaissent toutefois quassez tard dans lhistoire du mouvement : pendant longtemps, les seuls ouvrages disponibles aux États-Unis sur le sujet émanent exclusivement dauteurs américains. Les premières traductions, la biographie de Fourier par Pellarin, des traités de Cantagrel ou Briancourt, apparaissent vers 1847-1848, les uvres de Fourier lui-même nétant pas disponibles avant la décennie suivante (en 1851 dans une traduction britannique, lédition américaine autorisée version expurgée et longtemps demeurée unique datant de 1857), exception faite des extraits diffusés par The Phalanx. Il ne sagit toutefois, nécessairement, que de morceaux choisis. En somme, à compter des premières publications de Brisbane et durant les années 1840, qui marquent son apogée, le mouvement associationniste sest réellement développé en sappuyant sur des ouvrages américains, écrits spécifiquement pour le public national à tout le moins retravaillés en fonction des besoins propres au lectorat des États-Unis.
Pistes dexplication
Il apparaît clairement que les fouriéristes français se soucient bien peu de leurs homologues américains, ce que confirment les témoignages de lépoque : Hugh Doherty, phalanstérien anglais installé à Paris, confie ainsi à Parke Godwin que les rédacteurs de La Démocratie pacifique jugeaient les articles des associationnistes « peu susceptibles dintéresser le public français », dont les préoccupations ne dépassaient pas les frontières. Certains Français en sont dailleurs conscients, tel Jules Duval qui regrette que les États-Unis soient complètement passés sous silence par la presse sociétaire.
Carl Guarneri semble être le seul historien à sêtre intéressé à ces échanges. Les causes auxquelles il impute le caractère unilatéral des relations sont de plusieurs ordres. Il commence par exposer les raisons les plus évidentes : Fourier était Français, ses manuscrits étaient conservés à Paris, ses disciples avaient une connaissance approfondie de ses travaux et avaient élaboré une doctrine complète. Plus ancienne que lassociationnisme, lécole sociétaire avait été confrontée plus tôt à toutes sortes de questions théoriques et pratiques. Alors que les Américains se montraient avides de tirer profit de lexpérience française, Considerant et les siens étaient logiquement préoccupés par leurs propres problèmes. De plus, si de nombreux théoriciens du mouvement associationniste parlaient français, leur maîtrise de langlais ne permettait pas aux chefs de file parisiens de lire la presse fouriériste américaine.
Par ailleurs, dépositaires autoproclamés de la doctrine, les membres de lÉcole réunis autour de Considerant montraient une grande condescendance à légard des disciples étrangers, comme dailleurs des provinciaux. La réponse quils font, au début de lannée 1845, aux associationnistes venus les saluer et leur demander conseil, par la voix de Brisbane, le montre assez. Dans ce texte, signé de Considerant, en dépit de la sympathie affichée, on identifie une relation moins dégal à égal quun traitement de dépositaires dun savoir envers de jeunes disciples. De la même manière, souligne Carl Guarneri, les exigences de Considerant à légard de Brisbane venu consulter des manuscrits légués par le maître illustrent bien le rapport hiérarchique imposé : laccord que lAméricain signe à son arrivée à Paris stipule en effet que pas plus de vingt-quatre personnes (dont un tiers de femmes) ne seront autorisées à consulter les copies des manuscrits.
Enfin et surtout, C. Guarneri voit dans les relations entre sociétaires et associationnistes la marque dun profond courant nationaliste, ce quil présente ainsi : « Lhistoire sporadique et décevante des rapports franco-américains ne cachait pas uniquement des problèmes de communication et un souci des différences concernant le contexte social, mais aussi un profond courant nationaliste qui divisait les deux branches du mouvement fouriériste. » À un attachement des sociétaires à la France dans laquelle ils voyaient non seulement leur patrie mais également le centre historique du progrès révolutionnaire social et politique, répond une foi inébranlable et exclusive des associationnistes en la grandeur de la mission dont sont investis les États-Unis. Tous les documents de la période antérieure à 1848 démontrent clairement que pour les Américains, la coopération transatlantique signifie avant tout une aide des Français aux expériences menées dans le Nouveau Monde, alors que Considerant et les siens, dabord préoccupés de propager la doctrine et de préparer la fondation du phalanstère modèle destiné à enclencher un mouvement mondial et le passage à lharmonie universelle, refusent de se discréditer dans des réalisations partielles mises en uvre bien loin des foyers réformateurs européens.
Adaptation du fouriérisme au contexte américain
En fin de compte, il sopère effectivement un transfert de la France vers les États-Unis, par exemple via la diffusion douvrages, mais ceux-ci, en cas de large distribution, sont en général adaptés pour le public américain. Cette tendance sinscrit dans un vaste mouvement de transposition qui concerne tous les aspects de la doctrine fouriériste originale.
Distinguons dabord les adaptations proprement américaines de celles qui sont communes, en France et aux États-Unis, aux sociétaires et aux associationnistes. Cest en effet une chose que délaguer luvre de Fourier pour rendre sa théorie lisible, la résumer, ôter les parties les plus choquantes selon des critères qui ne se révèlent pas nécessairement identiques dans les deux pays mais répondent de la même manière à un souci similaire de clarté et de respectabilité et une autre que de retranscrire complètement les écrits, comme le font Brisbane et ses partisans. Il est vrai que ceux-ci se heurtaient à un problème de taille, au sens premier du terme vu la quantité des textes disponibles, mais également de manière plus métaphorique : de nombreux aspects de la doctrine se révélaient en effet difficiles à faire passer auprès des Américains de lépoque. Finalement, les théoriciens du mouvement retranchèrent des écrits du maître tout ce qui présentait un caractère saugrenu ou immoral, tout en veillant à conserver ce qui servait la démonstration selon laquelle lassociation en phalanstères émanait de la toute-puissante loi divine.
Et lorsquils furent pressés de dévoiler lintégralité des écrits originaux, les chefs de file associationnistes le firent en suivant strictement une stratégie très exclusive : délimitation stricte de la doctrine officielle en vigueur aux États-Unis, centrée sur la seule organisation du travail, toute position non sanctionnée par la hiérarchie devant être considérée comme une opinion personnelle ne remettant pas en question la ligne officielle de lécole. Cette doctrine autorisée fait la part belle à la dimension pratique du fouriérisme. Ainsi Brisbane veille-t-il, tout particulièrement dans son opuscule de 1843, à retrancher pour ainsi dire tous les arguments théoriques ou tant soit peu obscurs des écrits de Fourier ; il souligne le contraste entre lindigence du monde tel quil existe alors et les richesses apportées par lassociation et explique la marche à suivre pour y parvenir. Summum de limage concrète quil souhaite donner au mouvement, il invite les lecteurs à rejoindre un phalanstère dessai, pompeusement baptisé « North American Phalanx », dont la taille a été revue à la baisse par rapport aux réquisits de Fourier pour faciliter sa fondation.
En fin de compte, Brisbane et ses partisans mettent laccent notamment sur le pragmatisme, la religiosité ou lexception nationale américaine : ces trois traits apparaissent caractéristiques de ladaptation du fouriérisme par les associationnistes en plus de la brièveté des expériences pratiques, point qui sera traité à part. Ils constituent les voies par lesquelles se réalise la « surprenante union » entre doctrine fouriériste et société américaine.
Vitesse et pragmatisme
Ce nest en rien un hasard si lassociationnisme américain est surtout connu pour ses phalanstères et que cest par ce biais que létude du courant est le plus souvent abordée. Aux États-Unis, le mouvement fouriériste se distingue en effet par la formation extrêmement rapide de plusieurs dizaines de communautés expérimentales qui se réclament de la doctrine diffusée par Brisbane et ses proches. Là réside sa composante la plus visible et la plus spectaculaire.
On vient de le voir, dans les ouvrages de vulgarisation américains, laccent est mis sur les aspects concrets, à savoir la constitution de communautés, y compris si ces dernières ne remplissent pas toutes les conditions susceptibles de leur conférer, stricto sensu, le titre de phalanstères. À cet égard, un traité comme Association de Brisbane, paru en 1843, apparaît dautant plus marquant quune telle version « pratique » nexiste pas en France. Les équivalents français que constituent les abrégés de Considerant, dont la première édition est publiée en 1841, en dépit de leurs visées pédagogiques et de leur parti pris de pragmatisme, paraissent incomparablement plus théoriques que le précis de Brisbane. De plus, les sociétaires défendent depuis toujours, et plus encore après léchec de Condé-sur-Vesgre, lidée dune expérience « grandeur nature », y compris avec laide des pouvoirs publics, et se refusent à tout modèle réduit. Au contraire, les Américains étaient persuadés quune mise en uvre rapidement opérationnelle, à échelle limitée, ne pouvait se révéler que favorable au mouvement. Compte tenu du peu dinformations dont disposaient ceux qui, prêts à tenter laventure et à fonder une communauté dans lun des innombrables terrains vierges du pays, ne pouvaient guère se fier quà des textes semblables aux résumés pour le moins schématiques parus dans les premiers numéros de The Phalanx, il nest pas étonnant que cette mise en uvre se soit effectuée de manière particulièrement désordonnée.
En dépit des recommandations pratiques explicitement données par Brisbane dans son traité de 1843, concernant le nombre de membres, le mode de vie, léducation des enfants ou le type dactivités industrielles à privilégier, des petits groupes dindividus se lancent en effet dans laventure bien avant davoir réuni les capitaux nécessaires et sans réel programme, sans grands soucis dorganisation ni plan élaboré. Les communautés qui en résultent nont pas grand-chose à voir avec la phalange dessai définie par Fourier ni même avec le modèle réduit préconisé en théorie par Brisbane. Ce dernier, après avoir commencé par rappeler, à loccasion, le caractère hasardeux des expériences partielles, se dédouane à mesure que les communautés sont dissoutes, de la même manière que Considerant en France. La Démocratie pacifique publie en effet une mise au point en 1849 :
M. Considerant nie formellement [
] que jamais le phalanstère ait échoué nulle part, pour la raison quil na jamais été nulle part mis en expérimentation. Il est bien vrai quen 1832-1833 on a voulu faire à Condé-sur-Vesgre un essai dassociation phalanstérienne ; on a fondé un comité, acquis plusieurs centaines dhectares de bruyère [
] Mais les fonds ne sont pas venus [
] Il y a donc eu à Condé-sur-Vesgre un commencement de préparation de champ dexpérience, où lon avait lintention de mettre en pratique le système phalanstérien, mais pas la moindre expérimentation dudit système [
].
Brisbane ne dit pas autre chose dès les articles de The Phalanx ou, plus tard, dans les ouvrages quil publie après la guerre de Sécession. Il rappelle ainsi sans relâche, en 1876 encore, que la mise en uvre de la théorie na selon lui jamais eu lieu. Dès le mois de juin 1844, à la suite de la liquidation du phalanstère pourtant naguère prometteur de Clarkson, dans la partie ouest de lÉtat de New York, une première mise au point paraît dans lédition hebdomadaire du New York Tribune, dans laquelle les chefs de file du mouvement (sans toutefois Brisbane, alors en voyage en France) rejettent toute responsabilité dans cette fin prématurée, au motif que la communauté avait été fondée à la hâte, avec des moyens insuffisants, une connaissance lacunaire du système fouriériste et sur des bases trop fragiles. Lannée suivante, Charles Dana répondait également, en peu de mots mais avec une grande fermeté, aux innombrables critiques dénonçant léchec des associations, dans un article intitulé « Failure of Associations » qui ne signifie en aucun cas la faillite de lAssociation, le pluriel étant ici sciemment employé. Après avoir cité des extraits tirés du Western New Yorker et du Columbus Daily, il expose la position officielle de lécole fouriériste américaine vis-à-vis de cette question : léchec (le terme « failure » est utilisé à plusieurs reprises dans le titre et le texte de larticle) des (nombreux) phalanstères ayant poussé comme des champignons était prévisible et même inévitable (« what any sensible man might have foreseen ») : sans argent ni sens du commerce, sans organisation et sans meneurs, ces communautés étaient logiquement vouées à léchec. Si Dana le regrette, ce qui napparaît dailleurs pas de manière évidente, il est en tout cas bien clair que le mouvement nendosse nullement les erreurs des phalanstériens exaltés :
We wish to repeat most emphatically, what we have already said again and again, that we do not hold ourselves in the smallest degree responsible for the success of these feeble efforts at association. An association cannot be founded without certain conditions, and if foolish and shiftless people undertake to do without these conditions we can only regret it.
Dana rappelle par ailleurs que lunion ne fait la force (« Union is power ») que si cette union est correctement organisée. Ce nest donc pas le principe qui peut être mis en question, surtout lorsquil a, comme ici, été appliqué par des personnes peu susceptibles de mener à bien cette entreprise : « The principle of Association however, or joint stock partnership and social guarantees, commends itself too surely to all men who are endowed with common sense, to be compromised by unsuccessful attempts to carry it into practice, particularly if they are made by the class of persons spoken of in the above extracts. »
Somme toute, lassociation est une bonne chose, mais il faut savoir la mettre en pratique dans de bonnes conditions, dautant que les échecs répétés sont susceptibles den entraver les progrès. Or, cela ne sest pas encore fait. Et Dana de conclure :
Our chief purpose in this notice, is once more most earnestly to caution the friends of Association against any new practical movement without absolute guarantees of success. Let them either attach themselves and contribute their means to some of the Associations already existing, or else wait. In the one case they must bear a little longer the burdens of civilization, in the other, they run the risk of hindering the progress of the cause by failure, an evil of infinitely greater magnitude.
Soulignons toutefois que, même si les rédacteurs de The Phalanx ont toujours pris soin de rappeler le caractère incomplet des communautés se réclamant de la doctrine fouriériste, lorsque la fondation et lexpansion de ces groupes leur semblaient prometteuses, ils se réjouissaient, nourrissaient quelque espoir, voire tiraient une certaine gloire des phalanstères alors en train de se fonder sur le territoire américain. Dans les premiers temps, ils soutiennent en tout cas les expériences partielles : bien que ne se déclarant pas responsables de ces communautés (« the small associations now in progress »), ils leur souhaitent néanmoins de connaître le succès (« Those [small associations] in this country have our best wishes, and shall have our strongest support ») et mettent en avant lexistence de ces embryons auprès des Européens (« Nous savons bien que ces organisations ne sont que des germes imparfaits dune véritable organisation, mais ils sont vigoureux et donnent les plus belles espérances »). Plus globalement, les théoriciens du mouvement ne condamnent pas, en soi, le fait que des mesures graduelles soient appliquées à lassociation. Fourier lui-même avait envisagé une période de « garantisme » intermédiaire entre la civilisation actuelle et lHarmonie, durant laquelle un certain nombre de progrès limités pouvaient être mis en uvre. De ce point de vue, les associationnistes suivent la doctrine
après en avoir fait une (re)lecture adaptée à la société américaine coutumière de la méthode par « essais et erreurs » (trial and error). Tocqueville décrivait un phénomène semblable dans le domaine commercial et financier ; toutes proportions gardées, la différence entre la France et les États-Unis à propos des banqueroutes, par exemple, se retrouve au sujet des phalanstères.
Relativement à la dimension pragmatique du mouvement, on peut remarquer, enfin, que Brisbane avait tendance à se montrer moins strict que le maître : en fonction de son système de passions, Fourier identifie en effet 810 types de caractères humains, et il sagit, dans le premier phalanstère, qui sert de modèle, de rassembler deux représentants, un par sexe, de chacun de ces types. Brisbane, qui, lorsquil ne présente pas le modèle réduit de phalanstère, énonce le même chiffre de 1800, soit trois cents familles, mentionne certes le besoin de diversité
mais il paraît faire davantage porter laccent sur les avantages pratiques dune telle organisation, non sur ses fondements rationnels. Notons dailleurs que, si un effectif denviron 1800 membres semble globalement à peu près recommandé dans les textes américains, en revanche on relève, au hasard des opinions personnelles, dautres ordres de grandeur par exemple Charles Sears préconise de rassembler un millier de personnes.
Somme toute, la multiplication des phalanstères présente plusieurs aspects qui se révèlent communs à la plupart des courants du mouvement de réforme américain de lépoque (Antebellum Reform) : dabord, elle a lieu selon un schéma décentralisé et peu ordonné, cependant que quelques figures tentent dunifier cet enthousiasme quelque peu désordonné ou de lorganiser selon un certain nombre de règles. De plus, au bout de quelque temps des problèmes dhégémonie se font jour on ny a pas insisté ici, des dissensions interviennent à la tête du mouvement, principalement entre le groupe de Brook Farm et la branche new-yorkaise. Et en fin de compte, on assiste à une sorte de verrouillage doctrinal, à un durcissement de la ligne officielle et au refus dendosser les responsabilités de ce qui est généralement tenu pour un échec, du moins dans les descriptions qui en sont données.
Religion
Deux fronts, lun défensif, lautre offensif, cohabitent dans ce qui apparaît comme un souci constant de la part des propagateurs de la doctrine fouriériste aux États-Unis. En même temps quils sattachent à combattre les accusations dirréligiosité et dimmoralité (notamment sur le plan de la conduite sexuelle et des valeurs liées à la famille), les associationnistes affirment avec force la place prépondérante de Dieu dans la doctrine et la parfaite adéquation entre le message évangélique et les applications concrètes du fouriérisme. En cela, ils sinscrivent résolument dans le cadre de la société américaine du premier XIXe siècle. Par ailleurs, comme les abolitionnistes, ils prêchent la liberté de confession ; et, tout comme les nombreuses sectes dissidentes de cette époque, ils finissent par élaborer un culte spécifique.
Ad usum Americanorum
Soulignons que la stratégie qui consiste à occulter toute la dimension potentiellement scandaleuse des écrits de Fourier se révèle, logiquement, plus facile à mettre en uvre aux États-Unis quen France : dans la mesure où les ouvrages originaux ne sont que très peu disponibles, il suffit aux associationnistes de ne pas présenter cet aspect de la doctrine. Cest ainsi que Parke Godwin, par exemple, opère une réécriture en règle. Dune part, quand il le juge nécessaire, il impute à Hippolyte Renaud des positions opposées à celles que ce dernier défend dans Solidarité, notamment en ce qui concerne la libéralisation des murs sexuelles. Par exemple, alors que Renaud avance que dans le futur, la plupart des phalanstériens évolueront de la fidélité conjugale vers des relations plus libres, Godwin affirme que la majorité ne dépassera pas le stade de la vertueuse « constance ». Dautre part, après avoir exposé les positions en matière de relations amoureuses, y compris en ce qui concerne linconstance, les ayant présentées de manière à ne pas choquer ses contemporains, il désavoue ouvertement certains points restés sujets à controverse
points quil ne nomme dailleurs pas tous clairement :
As to the details which he [Fourier] has given [
], we must say that many of them strike us as fanciful, and that others are highly repugnant and erroneous ; but seeing that they are only conjectures [
]; we are disposed to leave them to the adjudications of time, holding ourselves ready, however, at all hazards, to prove that they are not purposely Immoral, although we believe them to be false.
Concernant toujours la manière de présenter les vues potentiellement choquantes de Fourier, sur dautres questions relevant de la délicate moralité, Godwin se désolidarise clairement des écrits du maître et tourne les choses de manière à laisser à son lecteur toute latitude pour ne pas adhérer à ce quil sattache à décrire comme des éléments indépendants de la doctrine officielle de lécole associationniste américaine :
That there may be no mistake in this point, that the public may know the substance of what Fourier teaches, we shall give a brief statement of his speculations, wishing the reader to bear in mind that they are only speculations to which we attach no authority, and which he is at liberty to condemn with all his might, if they require such condemnation.
Cette stratégie défensive nétait cependant pas suffisante pour ne pas entraver la bonne diffusion de la doctrine fouriériste aux États-Unis : même expurgés, les écrits mécanistes du maître ne pouvaient convenir aux Américains du XIXe siècle. Les associationnistes sappliquèrent donc à insuffler une dimension proprement religieuse au socialisme utopique original.
Syncrétisme socio-religieux
Le décalage entre le cadre dans lequel sélabore la doctrine de Fourier, penseur post-révolutionnaire appartenant à la « génération sacrifiée » des intellectuels français, et celui, démocratique, social et humanitaire, dans lequel ses disciples cherchent à la mettre en uvre sous la monarchie de Juillet et la Deuxième République, est connu. Lépoque invitant à la foi, si imprécise soit-elle, ces disciples opèrent un premier rapprochement avec un christianisme diffus. Dans les États-Unis marqué par le Second Grand Réveil (Second Great Awakening), cette tendance esquissée par les sociétaires parisiens prend toute sa mesure, dautant que la perspective de mettre en pratique les valeurs de fraternité prêchées par lÉvangile avait compté pour beaucoup dans certaines conversions à lassociationnisme. Les nouveaux venus ne considèrent pas les valeurs du christianisme et celles du socialisme contradictoires, bien au contraire. Afin de démontrer la complémentarité de ces valeurs, ils intègrent les idées et la symbolique chrétiennes dans le système fouriériste en essayant de ne dénaturer à lexcès ni celui-ci ni celles-là. Léquilibre se révèle cependant difficile à atteindre. Ainsi, Brisbane, qui dans sa présentation « pragmatique » de la doctrine avait ôté références et justifications bibliques et annonçait une révolution venue de lassociation industrielle plutôt que de la concorde fraternelle, est-il bientôt dépassé par les plus croyants. Ces derniers profitent de la conjonction favorable de lannée 1844 pour faire valoir leurs vues : la conversion de Brook Farm au fouriérisme et le voyage de Brisbane en Europe permettent en effet à des hommes comme Channing ou Van Amringe de donner un tour plus religieux au mouvement, par exemple via la philosophie de Swedenborg. Surtout, le moyen le plus simple et le plus efficace pour opérer une fusion entre la doctrine étrangère et le christianisme tel quil existait dans les États-Unis du premier XIXe siècle consistait à opérer une assimilation entre la période dHarmonie et le millénium alors resplendissant à lhorizon des très nombreuses personnes touchées de près ou de loin par la propagande évangélique : la rhétorique associationniste se reconnaissait ainsi à son millénarisme social, en parfaite adéquation avec les attentes de la société américaine.
Self-interest versus self-sacrifice
Cette fusion nalla certes pas sans poser quelques problèmes, dont le sectarisme né au sein des phalanstères, non résolu par la création tardive dun culte spécifique, tout aussi syncrétique que le système de pensée dont il émanait, ne fut peut-être pas le plus préoccupant. Plus grave en effet se révéla lincompatibilité de fond entre la fraternité et labnégation chrétiennes et lindividualisme permis, voire mis en avant dans les communautés.
En effet, les associationnistes avaient beau dénoncer lindividualisme, mal absolu caché sous les dehors dune liberté qui, bien que dénaturée, servait par sa seule présence à justifier les vices de lorganisation sociale, ils avaient beau distinguer lindividualisme détestable de la souhaitable individualité, expression légitime de la personnalité de chacun, ils avaient beau fustiger les méfaits de la compétition, ils ne parvenaient toutefois pas à éradiquer la dimension individualiste, voire égoïste, inhérente à la doctrine (et, plus largement, à toute communauté), dimension soulignée, paradoxalement, par laccent que la propagande de Brisbane et des autres théoriciens avaient mis et continuaient de mettre sur les bienfaits économiques de lAssociation certains, tel Ripley, étaient dailleurs conscients du problème, et redoutaient quun appel de ce type nengendrât un afflux dindésirables. Les chefs de file pouvaient bien affirmer que lindividualisme et le matérialisme encore présents dans les phalanstères, legs de lactuelle civilisation, nétaient pas destinés à perdurer en Harmonie, ils ne parvinrent jamais à repousser de manière efficace et durable les accusations de ceux pour qui la félicité ne pouvait être obtenue par le jeu de passions égoïstes, pour qui la perfection passait par la spiritualité et le sacrifice des intérêts personnels. En dernière analyse, il semble bien que lincompatibilité entre deux visions de la réforme, permise par lopposition entre des principes évangéliques fermes et le flou idéologique sur la base duquel sétaient édifiés les phalanstères, ait porté un coup fatal à ladaptation du fouriérisme sur le plan religieux, partant à son implantation durable sur le sol américain.
Nationalisme
Tout comme leurs compatriotes, les fouriéristes croyaient à la mission dévolue aux États-Unis et adhérèrent bien souvent, lorsquelle apparut, à la formule talismanique de la « destinée manifeste » (Manifest Destiny) réservée à leur pays. Rappelons que lépoque foisonnait en déclarations qui affirmaient lexception américaine, cet état desprit étant incarné par OSullivan dans deux articles parus en 1839 et en 1845, « the Great Nation of Futurity » et « Annexation ». Dans ce contexte, une tendance se dessinait parmi les associationnistes, celle de reconnaître lorigine française de leur doctrine mais dinsister sur la supériorité américaine et de présenter les États-Unis comme la terre privilégiée des expériences utopiques de la même manière quelle avait été celle de la révolution politique.
LAmérique, terre délection
Il sagit pour Brisbane et les siens de démontrer que leur nation est celle où les idées de Fourier, fût-il étranger, seront le plus parfaitement mises en uvre. À cet égard, alors que le système original, produit des Lumières dans son ensemble, apparaît plutôt universel, en ce quil concerne tous les hommes, sans distinction a priori de nationalité, les Américains vont sattacher non seulement à modeler la théorie à leur contexte national, mais encore à montrer quelle est particulièrement appropriée à leur société.
Contrairement aux autres réformateurs, tels les abolitionnistes, les associationnistes dénoncent le système de production en vigueur au Nord tout comme léconomie esclavagiste du Sud. Sappuyant sur des sources européennes, ils se livrent comme Fourier à une critique de lindustrie « civilisée ». Cependant, lorsquil sagit de passer à une phase de propositions, Brisbane et ses partisans procèdent ouvertement à une mise en adéquation du remède que constitue la création de phalanstères avec les grands idéaux sur lesquels se fonde le pays, dont ceux de démocratie, de christianisme et desprit missionnaire. Carl Guarneri décrit ce processus comme une nouvelle forme de l« exceptionnalisme » américain déclinée par les associationnistes, plus précisément comme une affirmation de « lAmérique comme Terre promise du socialisme » (America as the Promised Land of Socialism). Leur critique des institutions américaines, toute radicale fût-elle, nen était pas moins animée dune vision profondément national(ist)e de lutopie. Notons que les influences européennes ne sont pas intégrées en bloc, elles se trouvent bien plutôt mêlées aux idéologies nationales, davantage adaptées au cas américain.
La manière dont les associationnistes sadressent à leurs homologues européens montre bien la haute idée quils avaient du rôle réservé à leur pays dans lexpansion du système socialiste. Brisbane arrive ainsi à Paris en 1844 porteur dune message collectif affirmant « la nécessité de concentrer tous les efforts phalanstériens sur le mouvement sociétaire aux États-Unis », nécessité qui sexplique, fort logiquement aux yeux des rédacteurs, par le fait que « linfluence par réaction des associations fondées avec succès dans les États-Unis sera irrésistible en Europe ». En Amérique, terre de lavenir, sont tout naturellement conduites des « expériences pour assurer le progrès et la dignité de la race humaine », que jusqualors les « vieilles nations de la chrétienté ont observé[es] avec une appréhension naturelle, et de loin ». Les États-Unis sont présentés comme le lieu où doivent converger toutes les actions et tous les fonds, et par lequel viendra lavènement du socialisme. En dernière analyse, si Brisbane et ses compatriotes requièrent laide des Européens, ils ne se placent cependant pas dans une situation dhumilité à leur égard.
Lexception américaine malgré tout
En outre, si les associationnistes critiquent le système de production au Nord et reconnaissent lexistence de similitudes entre lEurope et les États-Unis, en revanche la supériorité américaine ne souffre aucun doute en matière de conditions de vie et de possibilités dascension sociale.
Directement, dabord, la comparaison entre Angleterre et États-Unis, de la manière dont les associationnistes la présentent dans leur journal, tourne ouvertement à lavantage de leur pays. Le problème de la pauvreté telle quelle existe en Grande-Bretagne na pas encore traversé lAtlantique : un tableau très noir de la situation en Angleterre conduit à insister sur le fait que le problème (Problem, avec une majuscule) non seulement doit être résolu là où il existe mais aussi quil faut que les Américains sy intéressent avant quil ne les touche à leur tour (« Nor should we delay its examination, until, in turn, it knocks at our own doors »). Suit un exposé concernant la puissance européenne frappée par le fléau de la misère sociale. Larticle de The Phalanx se termine par un aperçu sur les États-Unis où la supériorité actuelle de ces derniers est affirmée : « [
] in these United States, there is no such condition of things at present. » Les fins propagandistes de ce texte justifient la précision alarmiste (si rien nest fait, si la réforme sociale nest pas adoptée, alors le pays court à la catastrophe) ; il nen demeure pas moins que, bien que déjà puissance industrielle, lUnion a su, selon ceux-là mêmes qui critiquent certains traits de son fonctionnement, se préserver des maux qui touchent lEurope, ce en quoi elle lui apparaît incontestablement supérieure.
Forts de leurs convictions, les associationnistes peuvent donc retravailler la critique fouriériste originale en faisant ressortir, parmi une dénonciation à lorigine valable pour tous les pays civilisés, les bénéfices spécifiques aux travailleurs américains. Cette stratégie présente un caractère généralement assez subtil. Cependant, alors quils décrivent classiquement la situation en Europe dun point de vue strictement économique, dénonçant comme dautres à lépoque lindigence absolue des prolétaires anglais, lorsquils présentent létat des lieux dans le Nord de lUnion les associationnistes parlent moins de la misère matérielle des travailleurs, dont ils suggèrent ainsi la relativité, que des conséquences sur le plan moral ou mental. Par exemple, dans lintroduction de lopuscule Association, Brisbane commence par montrer la nécessité dune réforme sociale en dressant le tableau de la misère qui existe dans le Monde (« we will glance at the misery which exists upon earth ») : il emploie alors le terme « misery », alors que lorsquil passe à la situation américaine, son vocabulaire dépasse le cadre uniquement matériel, avec des expressions telles que « killing cares, harassing anxieties, hopes blasted ». Non que Fourier nait pas dénoncé les ravages psychologiques causés par lindustrie civilisée. Mais les associationnistes privilégient cet aspect de la critique, à raison car il concerne un problème particulièrement aigu parmi la population américaine déstabilisée par la Panique de 1837 et dont lanxiété naturelle dépeinte par Tocqueville se trouve alors exacerbée par la crise économique et labsence de repères qui en découle.
En somme, cette manière de diriger la critique fouriériste dans des domaines où elle touchait davantage les Américains que si elle sétait cantonnée à la simple dénonciation de lindigence économique relève bien, comme dautres éléments plus évidents, de ladaptation de la doctrine française au contexte américain dans sa dimension nationaliste, que les associationnistes prennent pleinement en compte pour mieux réussir la greffe quils tentent dopérer.
Le fouriérisme américain et la « Réforme »
Le fouriérisme eut la chance de débarquer aux États-Unis, via Brisbane, alors que la « Réforme » (Antebellum Reform) se trouvait à son point culminant. Même si les associationnistes restèrent toujours moins nombreux que les abolitionnistes et que leur mouvement ne compta jamais autant de convertis que les luttes en faveur de la tempérance, nul doute quils tirèrent profit du bouillonnement général, quand bien même ils nadhéraient pas à toutes ses manifestations. Ils bénéficièrent en effet non seulement dune atmosphère globalement favorable aux réformes, mais aussi des techniques, tactiques et outils déjà existants, des conférenciers itinérants aux journaux à bas prix, sans oublier les réseaux humains.
En plus davoir en commun des méthodes et parfois des membres, les associationnistes partageaient surtout avec leurs homologues de nombreuses croyances caractéristiques de leur époque. Plus particulièrement, ils affichaient une foi inébranlable en deux valeurs essentielles, à savoir la perfectibilité de lhomme et la participation des Américains à la grandeur de leur pays. En un mot, même sils ne saccordaient pas systématiquement sur le caractère exceptionnel et unique du système industriel qui prévalait alors dans le Nord de lUnion, tous les réformateurs, y compris les fouriéristes, saccordaient pour voir dans les notions américaines fondamentales de la démocratie, du républicanisme et du christianisme les bases à partir desquelles la nation pourrait être purifiée en vue du millénium à venir.
Cette communauté de vues, parfois doublée de liens de coopération, nempêchait toutefois pas une certaine compétition entre les divers courants de la « Réforme » américaine, dautant que les associationnistes visaient à imposer leur réforme, la réforme sociale, comme une réforme totale, sorte de « méta-réforme ». En fonction des critères de la recherche, ils appartiennent à la catégorie des réformateurs, comme le montrent la plupart des synthèses consacrées à la « Réforme », ainsi que des travaux plus spécialisés, tels ceux dAnne C. Rose. Cette dernière analyse plus particulièrement les rapports, naguère encore peu reconnus par les ouvrages traditionnels, entre les transcendantalistes, à lorigine de la communauté de Brook Farm, et le mouvement de réforme. Dans les années 1840, les associationnistes eux-mêmes, à linstar de leurs contemporains, se considéraient comme des réformateurs (le titre de « social reformer » choisi par un journal fouriériste du Maine lindique sans ambiguïté), bien que ce terme apparût à certains trop général et galvaudé (« Not wishing to take a name so much abused as that of Reformer [
] »). Il est en tout cas indéniable, on va le voir, quils visaient la réforme universelle et globale.
En fin de compte, on peut relever que dimportantes réflexions et expérimentations sont menées dans le domaine de léducation, par exemple, conformément à lun des soucis majeurs de Fourier lui-même dont les positions à ce sujet sont notamment reprises en France par Cantagrel. Les questions relatives à la santé rencontrent également un certain écho parmi les associationnistes : sils ne prêchent pas systématiquement labstinence en matière de boissons alcoolisées, par exemple, ni ne suivent un régime alimentaire imposé, à linverse du règlement mis en vigueur par Bronson Alcott à Fruitlands, où seule était autorisée la consommation de fruits et légumes non cuits, en revanche les phalanstériens sintéressent comme nombre de leurs concitoyens à lhygiène de vie, et on compte ainsi dans leurs rangs des végétariens ou des partisans du régime Graham.
On se propose maintenant danalyser plus particulièrement les relations avec les autres mouvements déjà étudiés dans les chapitres précédents, à savoir labolitionnisme et le féminisme. Notons à ce sujet que les rapports avec le monde ouvrier, fondamentaux en ce qui concerne lassociationnisme, sils ne font pas ici lobjet dun développement spécifique, sont néanmoins abordés de façon indirecte à plusieurs reprises.
Nécessité de la réforme globale
En matière de réforme, on ne saurait trop insister sur le leitmotiv fouriériste. Les chefs de file associationnistes ne manquent en effet pas une occasion de laffirmer : les maux dont souffrent les individus sont sociaux et non politiques, il est nécessaire de mener à bien une réforme globale et non centrée sur un problème particulier. Brisbane lannonce dès ses tout premiers articles dans la presse réformatrice ainsi que dès la page de titre de son premier ouvrage, il le répète ensuite inlassablement. Dans le premier numéro de The Phalanx, la formule « Our Evils are Social, not Political, And a Social Reform only can eradicate them » se trouve ainsi en capitales dans la page de présentation, entre le titre et les quatre paragraphes du texte, mais aussi à la page suivante, dans len-tête du premier numéro, cette fois en bas de casse, puis encore à la page suivante, répétée à plusieurs reprises dans larticle « Exposition of Views and Principles », et explicitée à cette occasion.
Cette assertion est pratiquement élevée au rang de devise du mouvement. Il est vrai quelle résume admirablement à la fois la situation et les mesures préconisées. Plus encore, les associationnistes appellent à une réforme globale, qui ne soit centrée sur aucun problème en particulier, quil sagisse de lesclavage, de la question des femmes ou de tout autre sujet captant lattention des contemporains, mais qui prenne en compte létat de la société dans son ensemble, comme un tout solidaire.
À première vue, cette visée holiste jure quelque peu avec les objectifs défendus par les autres composantes de la « Réforme » américaine. En effet, bien que souvent intéressés par de multiples causes, les abolitionnistes, les féministes ou les partisans de la tempérance, par exemple, se concentrent en règle générale sur un petit nombre de problèmes ; surtout, ils défendent la réforme de la société par le biais dactions réalisées dans des domaines spécifiques (qui certes peuvent éventuellement avoir des conséquences plus amples) et non dune réforme qui comprend toutes les autres.
Fouriérisme et féminisme
Rappelons dabord que
les prises de position de Fourier en faveur des femmes ont toujours été et restent encore aujourdhui au palmarès des aspects les mieux connus de sa pensée. Il est le premier précurseur du socialisme européen à faire de lanalyse rigoureuse et réfléchie de la situation féminine le pivot dune critique fondamentale de la société.
Aux États-Unis, force est de constater que le fouriérisme américain a, du moins jusquau milieu du XIXe siècle, entretenu des relations plutôt lâches avec le courant féministe tel quil existait alors, même si une forme de lien semblait assurée par le biais des personnalités représentatives de ce mouvement féministe naissant. Il sagit de femmes qui se montrent intéressées par les expériences fouriéristes, y compris des étrangères telle Fredrika Bremer qui se rend ainsi à la NAP. Elles ne deviennent cependant pas membres, et les surs Grimké, sociétaires de la Raritan Bay Union dans les années 1850, sont sans doute les seules à intégrer le mouvement. Encore faut-il en loccurrence constater dune part que les deux anciennes conférencières font partie dune branche dissidente de la NAP, peu représentative de lassociationnisme traditionnel et fondée au début des années 1850, dautre part et surtout quà ce moment elles ont cessé de symboliser un aspect de labolitionnisme féministe. Concernant les anonymes, soulignons également le fait que rejoindre un phalanstère, pour une femme seule, sapparentait bien souvent à un geste dindépendance et daffirmation de soi, en dehors des normes sociales.
Les célibataires côtoyaient cependant les épouses, et deux phénomènes se détachent au sujet des femmes. Premièrement, sur le plan théorique, des prises de position se manifestent en leur faveur. Les écrits de Brisbane et Godwin ou les articles de The Phalanx en témoignent : les associationnistes défendent, même si cest parfois avec un grand détachement, lopinion selon laquelle le mariage asservit les épouses ou promeuvent lidée selon laquelle chacun des sexes mérite de jouir des mêmes avantages. La future équité sociale entre les sexes est annoncée (« both sexes will enjoy an independent social position »), la promotion des femmes dans le travail compte au nombre des bénéfices apportés par lassociation (« The elevation of female labor in dignity and importance and its better protection and reward »), The Phalanx ne manque pas de publier la traduction dun texte sur le sujet écrit par la fouriériste belge Zoé Gatti de Gamond
Dans le même temps, un certain nombre de mesures ponctuelles en faveur des femmes sont appliquées dans les phalanstères, à tout le moins décidées lors de la constitution et portées dans les règlements intérieurs. En réalité, une certaine ambiguïté caractérise le statut des femmes au sein des communautés. Outre que dans les phalanstères priorité est logiquement accordée à la survie plutôt quaux expérimentations sociales, les positions théoriques exposées dans la presse fouriériste restent souvent des vux pieux, au mieux ne sont que partiellement mises en pratique. Ainsi le droit à la propriété existe-t-il, mais les femmes nen profitent pas largement ; ou encore, si le principe du suffrage féminin est largement assuré, il sapplique souvent avec des restrictions ; les chefs de file restent des hommes, tant en raison de la nette sous-représentation des femmes au sein des comités élus que par manque de figures de proue féministes parmi les phalanstériennes ; la division du travail perdure sous sa forme traditionnelle. Dans ces conditions, les femmes, moins nombreuses que les hommes et le plus souvent responsables de la totalité des tâches ménagères pour lensemble de la collectivité, ploient sous la charge de travail et ne trouvent guère de temps à consacrer aux questions féministes. Cependant, en dépit des limitations, le statut des femmes paraît avoir été relativement plus élevé dans les phalanstères quau dehors : propriété privée et droit de vote, rémunération des tâches domestiques, plus grande égalité de salaires, liberté concernant les murs vestimentaires, en fin de compte les attitudes et les prises de position en faveur des femmes ne sont pas absentes des communautés fouriéristes. Dans une très petite minorité de phalanstères sébauchent même des foyers qui méritent sans doute le qualificatif de féministes, en dépit du fait quils ne correspondent guère à ce qui existe ailleurs aux États-Unis. Ainsi à la NAP les femmes obtiennent-elles que soit créé un comité mixte, composé dautant dhommes que de femmes, destiné à mettre en uvre les mesures nécessaires à légalité des salaires. Quant à Brook Farm, Marianne Dwight rapporte dans sa correspondance quelle y fonda un atelier de production féminin, « fancy group » dabord consacré à la couture, étendu plus tard à la petite décoration picturale et dont le but avoué consistait à conférer aux femmes une indépendance économique susceptible de les émanciper afin, par ce biais, datteindre légalité des sexes.
En dernière analyse, lambiguïté relative à cette question nest peut-être que superficielle : quelle que soit lampleur des réformes apportées au statut des femmes dans les communautés fouriéristes, ces mesures ne visaient en rien à sécarter des cadres balisés de la société américaine. Autrement dit, dans les phalanstères, la réalité et les rêves des femmes restaient cantonnés au cadre domestique, quelque élargis quen fussent les bords, et somme toute, elles eussent dû répondre en Harmonie de la bonne morale de la société comme elles la garantissaient déjà dans les États-Unis des années 1840. Les positions théoriques des chefs de file associationnistes dénotaient un féminisme réel mais modéré, et si à Brook Farm ou à la NAP, lieux dune grande fertilité intellectuelle, des expériences furent menées avec succès pour améliorer le statut des membres féminins, soulignons toutefois quil sagit là dinitiatives ponctuelles rendues possibles par le caractère restreint des groupes concernés autant que par lexistence dune réflexion générale sur les problèmes de société. Ainsi, en dépit non seulement dune certaine communauté de pensée mais encore de réalisations et de réussites incontestables concernant le statut des femmes, le mouvement associationniste tend à rester distinct du féminisme américain naissant. La réciproque se vérifie également, et les figures féministes, telles Elizabeth Cady Stanton ou Margaret Fuller, bien que sympathisant avec la doctrine, se gardent de participer activement aux expérimentations fouriéristes.
Fouriérisme et abolitionnisme
Lassociationnisme et labolitionnisme tels quils existent aux États-Unis durant les années 1840 entretiennent des rapports complexes. En effet, pour les fouriéristes américains, lesclavage, bien que fléau incontestable à éradiquer, ne constitue cependant quune partie du problème auquel ils veulent apporter une réponse densemble, quun symptôme particulier des maux de lindividu et de la société, maux que seule une réforme sociale globale peut éliminer durablement. Cest la position que défend clairement Brisbane, non seulement dans ses publications, mais également dans les lettres quil adresse à Garrison, qui à son tour les publie dans The Liberator. Dans son troisième exposé, Brisbane rappelle ainsi que le but poursuivi par les associationnistes na rien de limité (« [Associationists] are contending for no contracted or special ends, and for no ameliorations of a mere material character,of which they are often accused ») et définit lesclavage en des termes généraux : « the institution on which Industry in civilization rests, and which is a leading element of society, as it is the source of wealth, the means of satisfying all the physical wants and supplying the material comforts of man, in the pursuit of which the greater part of the human race pass their lives ». De ce point de vue, lesclavage tel quil existe dans le Sud des États-Unis (« slavery of race or color »), nest considéré comme rien de plus quune forme de servitude parmi dautres, un type sur les huit que compte la classification de Brisbane, au même titre que lexploitation capitaliste au Nord (« free or anarchical competition »).
De plus, pour les abolitionnistes, lesclavage est un péché et il ne dépend que de lhomme de se racheter de ce péché et plus généralement de mener une vie droite. Les associationnistes sen prennent au contraire à lorganisation sociale. Du point de vue abolitionniste, Gerrit Smith exprime bien lopposition entre ces deux conceptions, comme en témoigne ce long extrait :
The favorite motto of some of the nascent Industrial Associations of our country is: « Our evils are social not political. » Are they not, however political, as well as social? and do not both have their source in our evils, which are individual? If our social are greater than our political evils, and I admit, that they are, it is only, because from their nearer position to our individual evils, they partake more largely of the influence and character of those individual evils. Neither our social nor political evils can be remedied, until our individual evils are. We must, individually, begin inward, and work outward. The correction of our political and social evils, must begin in the reformation of the individual man: and though, I admit, that such reformation is rendered far more difficult by the hinderances, which flow from a false state and structure of society; it is, nevertheless, as absurd to depend on right political and social arrangements to produce the reformation of individual character, as it is to begin to build your house at the top, instead of the bottom. Such arrangements would, it is true, react very favorably on individual character. It would, however, still be found, that right individual character must, under God, be created by the man to whom it belongs; and not by the society or the body politic, of which he, is a member. We must, individually, get our hearts right toward our brother; and then, and not till then, will society be right. I say, it will then, and not till then, be right; for society, is, simply, the aggregation of the individuals, who compose it not a chemical compound, which is unlike its constituent elements.
Les critiques de Gerrit Smith apparaissent clairement : en plus de rééquilibrer la part relative du social et du politique, en toute logique puisquil fait partie de la branche politique des abolitionnistes, lauteur insiste sur la responsabilité personnelle et la dimension individuelle du péché et du mal. À ses yeux, la source des problèmes sociaux ne se trouve pas, contrairement à ce quavancent les associationnistes, dans la société, mais dabord et avant tout dans lhomme. Cest la conversion de chacun qui peut mener au salut, non une solution globale.
Pourtant, lassociationnisme et labolitionnisme, tous deux ancrés dans la partie Nord de lUnion, partagent des points communs. Ainsi, en rapport avec cette prise de position critique, on peut souligner que dans lidéologie et la stratégie de ces deux mouvements, la valeur de lexemple occupe une place essentielle. Cependant, si lobjectif ultime est identique, à savoir enlever le péché du monde et préparer le millénium à venir en assurant aux États-Unis la première place dans cette dynamique vers le salut universel, le processus diffère : pour les abolitionnistes, le mouvement prend sa source dans lhomme, sétend au pays et du pays se déploie dans le monde entier, alors que pour les associationnistes, cest le phalanstère modèle qui constitue la base de la félicité universelle, dans une dynamique qui se propage de la cellule fouriériste vers le monde. Si ces deux conceptions visent au même but, en revanche les voies quelles préconisent ne paraissent que difficilement compatibles. On peut sinterroger sur la portée dune telle incompatibilité entre deux mouvements qui, de fait, deviennent concurrents.
En dernière analyse, faut-il voir dans le déclin du fouriérisme une des conséquences de la montée en puissance de labolitionnisme ? Cest ce quavance Carl Guarneri. Il suggère en effet que, après lapogée des années 1840, le déclin du mouvement, lors de la décennie suivante, non seulement saccompagne dun déplacement de lintérêt des contemporains, mais encore se trouve en grande partie dû à ce délaissement de lopinion publique envers le mouvement en faveur dautres causes devenues prioritaires, labolitionnisme en premier lieu : la polarisation qui sopère contribue alors à scinder le pays en deux blocs antagonistes, Nord dun côté, Sud de lautre. Le chapitre consacré à la décennie précédant la guerre de Sécession montre bien comment les fouriéristes des années 1850 turent leur critique du capitalisme industriel pour sélever dabord contre lesclavagisme agraire ; en vertu de la logique des alliances, ces derniers associationnistes se mirent de fait au service du système honni
Quant aux prédécesseurs de C. Guarneri, ils ne sétaient guère intéressés à la question sous cet angle : jusqualors, la focalisation de lopposition entre Nord et Sud avait plutôt été analysée dun point de vue politique, électoral. Quelques articles avaient toutefois ouvert la voie à la thèse de C. Guarneri. Ainsi, John R. Wennersten, en étudiant le cas de Parke Godwin, associationniste incontestable, montre-t-il le processus de relativisation et finalement de renversement, de destruction du mouvement fouriériste débordé par les impératifs abolitionnistes.
Finalement, labolitionnisme et lassociationnisme ont beau partager des valeurs fondamentales, tenir un discours qui présente de nombreuses similarités, aspirer à un objectif semblable, recruter, du moins pour partie, dans les mêmes milieux, tout se passe comme si un seul grand courant pouvait ou devait rassembler les énergies réformatrices de lavant-guerre. Parti plus tôt, sans doute plus solidement enraciné dans la société de lépoque que le fouriérisme arrivé à la faveur dune crise économique, peut-être davantage en résonance avec léthique individualiste protestante quune doctrine de la fraternité universelle, lanti-esclavagisme réussit finalement à simposer comme le principal mouvement. Le tournant eut lieu au milieu du siècle, la revendication en faveur de lémancipation des Noirs prenant alors un avantage qui à terme se révéla décisif.
Le fouriérisme et 1848
La nouvelle de Février 1848 et plus généralement des révolutions européennes arrive dans le Nouveau Monde alors que le mouvement associationniste se trouve déjà en passe de vivre ses « derniers moments ». Cest cependant avec une énergie retrouvée que The Harbinger (à ce moment publié à New York) sengage dans la célébration du printemps des peuples et dans les débats qui se font alors jour aux États-Unis. Plus encore que leurs compatriotes, et de manière semblable aux abolitionnistes, les associationnistes sont enclins à accueillir positivement la mise en place de la Deuxième République. En effet, les deux mesures qui suscitent des sentiments dinquiétude parmi lopinion américaine, dans son ensemble bienveillante à légard des événements, se trouvent être lémancipation des esclaves dans les colonies et les dispositions concernant le droit au travail, plus généralement toutes celles qui sapparentaient à des mesures sociales, voire socialistes.
Or, les associationnistes se montrent extrêmement favorables à la révolution parisienne et à tout son contenu social. Cest ce dont témoigne surtout la presse la rapidité des événements et le caractère éphémère des bonnes nouvelles rendaient difficile la parution douvrages complets en quelques mois, voire quelques semaines. Fin mars, The Harbinger rend compte des journées de Février comme le reste des titres américains. Tous disposent de peu dinformations, et le journal reproduit pour une bonne part les nouvelles tirées du New York Tribune. Cependant, le rapport entre cette révolution alors globalement bien accueillie aux États-Unis et le fouriérisme est déjà suggéré : par une demi-affirmation dabord (« We cannot say to how great an extent the influence of the Associative School was operative in producing the recent Revolution in Paris, but it is certain that the spirit of Social Reform which they have been so instrumental in promoting, is now widely diffused in almost every sphere of thought, among the most liberal and enlightened men in France »), puis par lexpression dune sorte de revanche revendicatrice : alors quà chaque révolte de tribus indiennes ou de pays latino-américains, le New York Herald accuse lidéologie de lAssociation, cette fois Bennett et ses rédacteurs ne trouvent plus rien à dire
quitte à forcer un peu le ton, The Harbinger ne manque alors pas de savourer ce triomphe annoncé de la doctrine :
Now that a great Revolution has been effected in France, in Paris, where Fourier lived and died, and where his views have gained most attention, the Herald has nothing to say of « Fourierism, » though « The Democratie Pacifique » was one of the most resolute contemners of the tyrannical policy which caused the overthrow of Louis Philippe, and though Louis Blanc, one of the Secretaries of the new Provisional Government, is an open admirator and eulogist of Fourier, while Lamartine, Ledru Rollin and other leaders of the People, are emphatic advocated of a great Social renovation.
Plus offensivement, The Harbinger dénonce avec une grande fermeté lattitude des titres de presse qui, tels le Evening Post de New York ou le Transcript de Boston, sous-estiment la dimension sociale du mouvement. Les associationnistes new-yorkais approuvent par ailleurs totalement les événements en train de se dérouler en France et organisent début avril une manifestation en lhonneur de cette révolution, où seuls se font entendre des éloges et des encouragements : la reconnaissance du droit au travail est unanimement saluée, on se félicite de la prise en compte des principes de lassociation par le nouveau gouvernement, etc. Par lattention presque exclusive quils accordent aux événements français dans le numéro du 8 avril 1848, les rédacteurs du Harbinger résument bien létat desprit associationniste :
Our paper is almost wholly occupied with the glorious event, that inspires every true hearted Associationist with thoughtful hopes, and leads him to look for the dawn of a new social order, in the eastern skies, redden as they now are, not with fire and blood, but with the approach of the morning Sun. For the present, we can scarce think or speak of any thing else, and we are sure, that our readers are not behind us in the enthusiasm which fills our hearts [
].
Or, à partir du moment où la nouvelle des journées de juin atteint les États-Unis, la Deuxième République tombe dans la déconsidération aux yeux de leurs habitants. Par ricochet, elle entraîne dans son discrédit les associationnistes qui lavaient si chaleureusement soutenue. Faut-il voir dans cet événement le coup de grâce porté au mouvement fouriériste américain ? Ce nest pas la raison principale avancée par les historiens du mouvement pour expliquer sa brièveté, mais on ne peut écarter totalement ce facteur.
Brièveté du fouriérisme américain
Quelle quen soit la cause, la brièveté des expériences communautaires fouriéristes na en tout cas pas échappé aux contemporains, dont les plus railleurs avaient donné aux membres des phalanstères le surnom de « four-year-ites »
quatre ans représentant de fait une estimation à peine exagérée de la durée de vie de ces communautés. Cette brièveté se trouve soulignée non seulement par les Américains des années 1840, mais aussi par les historiens. Cest même, assez souvent, langle par lequel ils abordent la question.
On préfère ici parler de « brièveté » plutôt que d« échec », même si cest ce dernier terme qui apparaît le plus souvent dans les études consacrées au sujet : sil est indéniable que les phalanstères nont pas duré, en revanche la condamnation subjective reste sujette à caution. Cest ce que montre notamment Jon Wagner dans un article consacré à lévaluation du succès dans les expériences communautaires. Réfutant largumentation classique qui, en essayant dexpliquer les raisons de léchec des communautés utopistes, implique du même coup lexistence dun unique critère de jugement selon lequel toutes les expériences auraient échoué, lauteur propose sept critères dévaluation permettant de mesurer plus finement le degré de réussite dune communauté utopiste : laccomplissement par la communauté de ses propres buts, le degré de « perfection sociale » quelle atteint, sa durée de vie, sa taille, la cohésion sociale qui y règne, son influence sur la société et lépanouissement personnel quelle procure à ses membres. Or, bien que les phalanstères aient tous cessé de fonctionner au bout de quelques années et que les associationnistes naient pas atteint leur objectif ultime, en ce quils ne sont pas parvenus à imposer la réforme sociale à lensemble de la société américaine, à dautres égards ils ont connu une certaine réussite.
De fait, dun point de vue général, les coupes claires opérées par Brisbane dans les écrits de Fourier, ainsi que la priorité accordée à la pratique, menèrent à un bilan partiellement positif : si la brièveté des expériences à petite échelle constituait finalement une menace pour le mouvement dans son ensemble, en revanche elle ne se révéla pas entièrement négative. Plus précisément, la stratégie consistant à ne présenter au public américain que la partie « autorisée » de la doctrine aida à distinguer le fouriérisme des douteuses incitations owénistes en faveur de lamour libre (free love) et permit donc au mouvement de se concentrer sur la critique sociale et la fondation des phalanstères qui formaient le cur de la doctrine ; cette stratégie favorisa également la constitution dun front uni face à la critique extérieure, quelles quaient été les divergences internes. Au total, en répudiant publiquement les aspects litigieux du fouriérisme relatifs à la sexualité et en promouvant un schéma somme toute passablement conventionnel, Brisbane et les théoriciens du mouvement parvinrent à limiter les effets néfastes quauraient à coup sûr provoqués les écrits de Fourier importés tels quels.
Par ailleurs, en ce qui concerne plus particulièrement les phalanstères, alors que certains protagonistes qui durant la seconde moitié du XIXe siècle reviennent sur leurs expériences de jeunesse apparaissent assez amers, tel Nathaniel Hawthorne, dautre tendent au contraire à souligner les succès atteints. Cest ainsi le cas de Charles Sears qui, en 1879, rappelle les réussites de la NAP dans le domaine social, économique et politique (« [
] it is but truth to say that, with only one exception, the Phalanx was a self-supporting commonwealth and accomplished positive results of goodsocial, economical and politicalnot attainable out of association ») : éducation, absence de délinquance, très faible mortalité, égalité des sexes, profits sur le plan industriel, etc. Et Sears de répéter sa conclusion, comme un refrain : « [
] it was successful ».
En fin de compte, quoi quil en soit par ailleurs de lenjolivement de la réalité, que ce soit par leurs contemporains ou par les historiens, les fouriéristes ne sont généralement pas décrits ni perçus comme des individus bien dangereux ni méchants beaucoup moins que les abolitionnistes, par exemple. Au pire, on les présente à leur époque comme des illuminés, comme des fous que le bon sens protestant des Américains saura combattre à force de constance (« Fidelity, in political and in social life, to the plainest teachings of the New Testament, would soon reduce the number of Socialists to some few occupants of a madhouse » ; plus généralement, la doctrine fouriériste peut aussi être tenue pour une vaste chimère « a comprehensive air-castle »), cependant que diverses causes sont proposées, à partir de la fin du XIXe siècle, pour expliquer la durée de vie réduite du mouvement.
Causes générales
Parmi les raisons avancées pour expliquer ce qui est décrit comme un échec aux yeux des critiques, les premières tiennent au « caractère national américain ».
Le génie américain de lindividualisme
Des historiens de la première moitié du XXe siècle avancent clairement que la vie en commun nest pas adaptée à la culture des États-Unis et que les Américains sont trop attachés à la propriété privée pour vivre dans des phalanstères. Cest notamment ce que conclut Joseph Schafer au terme dune étude centrée sur la Wisconsin Phalanx pourtant lune des plus prospères du mouvement. Linterprétation apparaît insuffisante en soi : dune part, dautres établissements ont perduré aux États-Unis en dépit dun mode de vie commun, tels ceux des Shakers ; dautre part, les phalanstères non seulement respectaient la propriété privée, mais encore offraient à leurs membres la possibilité de ne pas se sentir happés par la collectivité, au moyen de logements séparés ou dune grande souplesse concernant les repas, par exemple. Lexplication de J. Schafer nen reste pas moins intéressante, non seulement en ce quelle donne une idée de la représentation que les Américains de lentre-deux-guerres se faisaient des expériences menées moins de cent ans plus tôt, mais aussi parce quelle révèle une tendance au nationalisme dans lhistoriographie américaine alors dominante. Lauteur commence en effet par insister sur lorigine étrangère de la doctrine appliquée à Ceresco (« The phalanx idea came from France. It was the brain child of the philosopher Charles Fourier ») et la traduction dépourvue doriginalité quen fait un Brisbane présenté comme un intellectuel tout acquis à une cause française (« [The idea] was brought to America by Albert Brisbane, a young New York savant who studied in Europe and became one of Fouriers disciples. He translated those treatises of his master [
], unfortunately retaining much of Fouriers non-essential or merely fanciful speculation as well »). Il lance ensuite des piques qui, si elles ne sont pas dues à sa méconnaissance du sujet, attestent ses préventions (ainsi, concernant la nécessité pour les phalanstères de compter 1620 membres : « it is not recorded that he [Fourier] revealed what should be done with the human elements that could not be fitted into any phalanx. Perhaps, they would be left to perish as they might ») ; en outre, il suppose a priori que lexpérience naurait pu être concluante quune fois la doctrine originale remaniée (« could the spirit of the year 1845 have been maintained for a full decade there is a possibility that the Phalanx might have become permanently established on a modified Fourierist basis »). J. Schafer termine par une comparaison des modes de vie entre les peuples qui ne reste pas longtemps neutre :
It is, of course, quite true that people of different tradition and training from the American, especially where they operate under some venerated or feared authority, can engage successfully in coöperative production even in agriculture. But the American sentiment for private ownership and management of land is too strong to be easily uprooted.
Non que les Américains soient fondamentalement incapables de réussir des expériences coopératives ; il faut juste, selon Schafer, que certaines conditions, de logement, de propriété et dautonomie, de liberté individuelle surtout, soient respectées. Dans ces conditions, la coopérative de production est possible aux États-Unis. Et lauteur de conclure : « The moral seems to be that a large measure of coöperative activity is possible among Americans provided they are guaranteed the requisite privacy for nursing fundamental and unalienable individualist proclivities. »
Le contexte historique
Deux explications liées à la conjoncture historique sont également suggérées. Premièrement, dans la mesure où labolitionnisme a eu tendance à phagocyter les autres mouvements de réforme à partir de la fin des années 1840 et plus encore des années 1850, le fouriérisme ne pouvait plus se développer. En loccurrence, le mouvement était freiné en soi, car il ne considérait lesclavage que comme un élément du problème général, certes important mais ni unique ni prioritaire, et que ses partisans continuaient de critiquer le système dexploitation capitaliste au Nord et cautionnaient ou du moins légitimaient donc indirectement lesclavagisme au Sud. Le mouvement se trouvait également en situation de faiblesse relativement aux autres courants, puisque la « méta-réforme » visée par les associationnistes, la réforme qui devait contenir les autres réformes, sincarnait désormais dans le combat abolitionniste.
En second lieu, il était logique que la fin de la grande dépression de 1837 et la prospérité retrouvée à partir de la fin de la décennie suivante rendissent moins profitable la nouvelle organisation du travail, partant moins nécessaire la réforme sociale. Plus généralement, certains ont vu dans le progrès industriel et le triomphe du capitalisme une condamnation des communautés restées agraires, tel Calverton :
[
] despite their eager hopes and valiant efforts, all these colonies failed. But it was not because they were lacking in enthusiasm or faith or vision of the dream of a greater race, which has charged men through the ages, but because the industrial age overtook them and rendered their dream a futility. In the late years of the century these colonies had little to draw from their sustenance. The railroads, business advance, technological progress, rendered their existence impossible. They were part of an agrarian but not of an industrial age. They could survive in a barter or even small business economy, but not in a big business era.
La malchance
Enfin, des explications dordre pratique sont avancées. En plus des accidents (incendies comme à Brook Farm et à la NAP, où la destruction dune grande partie des bâtiments et des moyens de production entraîne jusquà la faillite de la compagnie dassurance, mais aussi désastres climatiques, etc.) qui népargnent pas les phalanstères et dans lesquels les contemporains trouvent parfois des excuses à bon compte, John Humphrey Noyes accuse ainsi la folie foncière des associationnistes dattirer ce genre dennuis et donc dêtre à lorigine de leur échec : la moyenne de 1000 acres par phalanstère lui semble difficilement maîtrisable, dautant que les communautés étaient selon lui situées trop à lécart des centres urbains pour bénéficier de débouchés assurés :
Judging by our own experience we incline to think that this fondness for land, which has been the habit of Socialists, had much to do with their failures. Farming is about the hardest and longest of all roads to fortune: and it is the kind of labor in which there is the most uncertainty as to modes and theories, and of course the largest chance for disputes and discords in such complex bodies as Associations.
Cet élément est une donnée générale, en ce que les problèmes engendrés par la soif de terres constituent une règle universelle, mais il se rapporte plus particulièrement aux associationnistes. De fait, cest le plus souvent le système fouriériste même qui a été accusé de léchec, directement ou par le biais de ses partisans.
Causes spécifiques au fouriérisme et aux fouriéristes
Même sil ne traite pas le sujet de manière centrale, Henri Desroche met laccent sur le manque de connaissances théoriques des phalanstériens : « [
] les sources accessibles se bornaient à quelques traductions, un ou deux livres de Brisbane, trois brochures de Parke Godwin. Ce diagnostic de Prudhommeaux [
] laisse prévoir les dérapages de cette propagande lorsquelle aura à négocier les virages des réalisations. » Plusieurs historiens soulignent également le manque de préparation pratique qui caractérise certains phalanstères : à lexception de quelques communautés disposant de bases solides et habitées par des sociétaires coutumiers de la précarité et des duretés inhérentes au travail agricole et manuel, telle la Wisconsin Phalanx, les regroupements circonstanciels de citadins peu ou pas préparés à la vie commune, encore moins dans un cadre rural, ont nécessairement rencontré dimportantes difficultés sur le plan concret.
Il semble établi que les membres des communautés qui perdurent présentent à peu près tous un certain nombre de caractéristiques essentielles, parmi lesquelles des croyances religieuses partagées ou un même statut social, ainsi quune connaissance mutuelle antérieure à la fondation de la communauté. Or, dans la mesure où les phalanstériens nétaient guère unis par des liens familiaux ou affectifs, quils ne partageaient pas de pratiques sexuelles spécifiques (célibat, eugénisme, etc.) et que leurs structures, lâches, ne réglaient que bien médiocrement la vie de leurs organisations, à linverse des Shakers, des Mormons ou des commensaux dOneida, il aurait fallu, pour quils eussent une chance de survivre, quils constituassent un groupe plus homogène encore que ceux de ces communautés de type religieux
ce qui était précisément linverse de lobjectif affiché des associationnistes, que le désir de rassembler tous leurs compatriotes intéressés par la réforme sociale rendait volontairement éclectiques dans leur recrutement.
De plus, un règlement strict se révèle souvent favorable à la pérennité des communautés. Or, dans ladaptation qui est faite du fouriérisme au sein des phalanstères américains, un grand respect est accordé à la liberté individuelle de chacun, ce qui crée peu de contraintes pour les membres, partant une organisation très lâche et une indéniable instabilité. Cette composante se remarque notamment à Brook Farm : lindividualisme transcendantaliste que vient remplacer, en 1844, la doctrine de lassociation, ne disparaît pas totalement lorsque les nouveaux statuts sont adoptés. Dans la théorie de Fourier, pourtant, il est prévu que les emplois du temps soient soigneusement définis. Un modèle de ce type était dailleurs suivi à la NAP, qui, à laune des critères classiques, obtient un certain succès, puisque sa durée de vie dépasse celle de tous les autres phalanstères.
Par ailleurs, on relève des explications qui mettent en avant des causes inhérentes au fouriérisme dans la manière quil a eue de sadapter au contexte américain. Entre autres illustrations à ce sujet, le fait daccepter dans les phalanstères toute forme de religion, dans une liberté de culte conforme à lidée originale telle que les premiers pensionnaires de Brook Farm, par exemple, lavaient mise en pratique, mène de nombreux phalanstères à des situations de conflit insolubles. Des problèmes se posent également à la NAP : alors que des solutions sont facilement trouvées en ce qui concerne le respect du régime végétarien, que les programmes scolaires sont établis à lamiable, en revanche les questions liées à la religion mettent sérieusement à mal la cohésion des phalanstériens certains jugent même quelles se révèlent fatales et expliquent le schisme de la Raritan Bay Union.
Également accusée, la grande permissivité imputée aux associationnistes en matière de murs. Edith R. Curtis voit par exemple dans ces malheureux commérages lune des raisons du déclin de Brook Farm :
[
] such gossip was endangering the Brook Farm School, ever the Farmers most dependable source of income. Since the change to Fourierism, the enrollment steadily had declined, especially among the more desirable pupils. Persons with discrimination hitherto happy to commit their children to the care of the Ripleys, did not dare to expose them to Fourierism, even when assured that the Masters views on marriage and the family were not endorsed at Brook Farm.
Les historiens qui se sont intéressés au mouvement fouriériste dans son ensemble ont parfois avancé des explications globales applicables à toutes les expériences qui se réclament de la doctrine. Ainsi, Roger Mucchielli affirme-t-il que la raison (au singulier) de léchec auquel aboutirent toutes les réalisations de ce type « est dans la simplicité même du schéma proposé » : trop abstrait, « amas de méthodes illusoires », le système ignora « les véritables fondements sociologiques de la coopération, lattachement fondamental des hommes à un cadre géographique et historique, leur enracinement dans les réalités culturelles, folkloriques, économiques, toutes choses qui ne sont jamais abordées par Fourier, alors quon les lit déjà dans Jean Bodin au XVIe siècle ! » Lauteur critique lillusion que constitue sa mise en pratique de la méthode de Fourier : « Le système de Fourier est une belle démonstration de professeur au tableau, et son réalisme, sa méthode scientifique, son aspect dexpérimentation sont autant dillusions. » On na pas ici pour objectif danalyser cette objection dans le détail. Signalons toutefois quil semble difficile daccuser les phalanstères sur cette base : y compris à la NAP, qui devait pourtant servir de phalange dessai, les associationnistes nont pas appliqué stricto sensu de méthode expérimentale rigoureuse lorsquils ont fondé leurs communautés.
Par ailleurs, lorsquon replace le fouriérisme dans son cadre national, il est possible darriver, en ce qui concerne les États-Unis, à des conclusions contraires à certaines de celles proposées par R. Mucchielli. Ainsi, pour Carl Guarneri, cest le fait de « trop bien correspondre » au contexte américain qui a constitué un facteur affaiblissant pour les phalanstères : à trop dégards identiques à leurs compatriotes, les membres des communautés fouriéristes nont pas su affirmer les aspects originaux de la doctrine associationniste et ont finalement été entraînés dans les mêmes divisions que lensemble de leurs contemporains, en premier lieu le conflit entre Nord et Sud au sujet de lesclavage.
En somme, quel que soit laspect sur lequel ils mettent laccent, beaucoup dhistoriens saccordent pour imputer la brièveté du fouriérisme non seulement à des causes externes susceptibles de sappliquer à toutes les communautés laïques, mais surtout à des facteurs internes, spécifiques à lidéologie définie et appliquée par Brisbane et ses partisans, du moins permis par lassociationnisme tel quil existait aux États-Unis durant la décennie où il avait acquis le statut de véritable phénomène de société.
Résultats de létat des lieux
Tendance au consensus
On vient de présenter, pour la période allant des années 1830 à 1848, un certain nombre déléments relatifs au fouriérisme américain que, à lissue dun tour dhorizon concernant létat actuel de lhistoriographie sur le sujet ainsi que les principales sources destinées à être utilisées de manière plus approfondie dans les analyses ultérieures, on peut considérer acquis.
Retenons que, dans lensemble, cest le consensus qui domine parmi les historiens. Quelle que soit loriginalité de langle dapproche quils adoptent pour leurs recherches, et à cet égard Carl Guarneri a incontestablement inauguré de nouvelles pistes fort prometteuses en plus davoir réalisé une précieuse synthèse, les historiens nont guère engagé de véritables débats contradictoires. Dans ces conditions, il paraît difficile de trouver des questions qui posent des problèmes dinterprétation essentiels. Il se révèle également quelque peu délicat de formuler, dun point de vue général, des hypothèses réellement novatrices. La démarche « interactive » peut cependant permettre dexploiter les acquis de manière originale.
Hypothèses
Rappelons dabord que cette étude nest pas centrée sur la seule description du mouvement fouriériste aux États-Unis. Il ne sagit pas non plus de se demander principalement, comme lont fait de nombreux historiens qui se sont intéressés à ce phénomène, pourquoi les phalanstères nont eu quune courte durée de vie, ni de chercher à identifier les influences de toutes sortes, plus ou moins durables, quont exercé les idées associationnistes dans divers domaines architecture, assurance vie, coopératives, etc.
À vrai dire, cest au sens large du terme que lon peut ici formuler des hypothèses, en ce que lon ne prévoit guère de dévoiler de faits inconnus, pas plus que davancer dans des pistes interprétatives jamais explorées. Dans cette optique, rappelons que le fait avéré qui sert de point de départ est le suivant : le fouriérisme, en plus dêtre emblématique de l« utopie » française, est considéré comme un élément indiscutable du mouvement de réforme américain du premier XIXe siècle (Antebellum Reform). Létude du fouriérisme se présente donc comme un travail sur lappropriation par les Américains dune doctrine étrangère majeure qui est devenue, aux yeux des contemporains comme des historiens de la période, un symbole de la « Réforme » nationale.
En fonction de ces données, il sagit danalyser les caractères du fouriérisme américain, qui eux sont globalement acquis, à tout le moins identifiés, en se demandant quels sont les éléments, dans ce qui a permis au fouriérisme américain de simplanter aux États-Unis avec un tel succès même si ce succès se caractérise aussi par sa brièveté, quil peut être qualifié, à proprement parler, de « fulgurant » qui relèvent de la dimension purement américaine. Autrement dit, la doctrine associationniste, dorigine française, a incontestablement séduit certains Américains, au point quun nombre non négligeable dentre eux sympathise avec les idées quelle diffuse, y croit, voire se convertit et adhère au mouvement ; cette doctrine sest implantée aux États-Unis, a marqué la vie du pays durant une petite génération, avant de disparaître rapidement. On se propose donc de chercher à comprendre quels sont les éléments qui, dans ce phénomène, appartiennent à un courant spécifiquement national et ceux qui dépendent dun courant transatlantique.
À partir de cet angle dapproche, lhypothèse qui guide ce chapitre consacré au fouriérisme américain peut schématiquement sénoncer ainsi : il nexisterait pas de fouriérisme américain. Plus précisément, on voudrait suggérer que dans le fouriérisme tel quil est pratiqué aux États-Unis, « tout » est américain ou américanisé, à tout le moins « rien » nest importé tel quel sans adaptation nationale, autrement dit mis en uvre sans passage préalable au tamis de la société américaine partant, le « fouriérisme » disparaît. Et a contrario, la greffe ne prend pas pour les quelques composantes françaises transplantées à létat brut, ces éléments desservant finalement la cause associationniste. Si les Américains ne refusent pas une pointe dexotisme européen, il est cependant nécessaire quils fassent passer la doctrine de Fourier par une procédure de naturalisation qui se double dun processus dembellissement : un système de pensée venu du Vieux Monde doit se débarrasser de ses oripeaux et endosser un habit « made in U.S.A. » pour espérer prendre racine et prospérer en Terre promise. Cest chose faite avec presque toutes les composantes de la doctrine, mais il existe aussi quelques exceptions : ainsi les associationnistes ne peuvent-ils adapter tout à fait lhomme fondamentalement bon de la doctrine fouriériste à une société où, pécheur, lindividu est mauvais, au moins en puissance. Tant que la crise économique justifiait la constitution de communautés réglementant en quelque sorte artificiellement les désordres et les déséquilibres, le fouriérisme pouvait espérer simposer ; une fois la confiance revenue et les conditions de la mobilité sociale restaurées, il devenait inutile.
Vérification des hypothèses par les sources
Même si les associationnistes se réclament clairement de Fourier, ils prennent toutefois, dans le même temps, quelques distances vis-à-vis de la doctrine originelle. Ainsi trouve-t-on, au long des textes défendant la doctrine, plusieurs affirmations dindépendance répétées vis-à-vis du maître et de ses écrits. Albert Brisbane, par exemple, lorsquil répond à une critique du Juif errant également dirigée contre les associationnistes, affirme que les Américains ne peuvent être attaqués sur la base du roman de Sue, ni même sur ce qua écrit Fourier : « If the Associationists of the United States have arrived at such conclusions by experience in reform, and by reflection, and hold to them, then they are not responsible for anything that Eugene Sue may write on the same question, nor any one else; not even for views which Fourier may have entertained. » De la part du principal disciple de Fourier aux États-Unis, de celui qui a introduit la doctrine dans le Nouveau Monde, la précision est de taille ! Même sil sagit de la réponse à une critique, quelle sinscrit dans le cadre dune polémique, elle indique bien, en tout cas, le degré dindépendance affiché par les Américains.
Dautant quil ne sagit pas là dune déclaration isolée. Dabord, les associationnistes annoncent clairement leur intention de centrer leur mouvement sur lorganisation du travail, partant de sautoriser à porter peu dattention aux autres aspects de la doctrine originale et à ne pas chercher à tout mettre en pratique dun seul coup, en bloc. Par exemple, les relations entre les sexes ne les intéressent guère et sur cette question ils ne souhaitent pas prendre position quant aux idées de Fourier que leurs contemporains peuvent juger immorales ; bien plus, ils laissent à dautres le soin dintégrer aux réalisations américaines, le cas échéant, cette composante du système du maître :
[
] if the conjectures of Fourier displease any, it is of little importance to us that they be rejected ; they do not bear upon the the project which we seek to realize. Our task is the organization of labor, and we leave to other generations the discretion of adopting such changes in their feelings and customs as superior intelligence, purity, and truth, may approve.
En outre, les associationnistes se réservent le droit dopérer un tri non seulement sur le plan pratique, mais également en ce qui concerne le système de pensée, et de nadhérer que partiellement à la théorie de Fourier, chacun comme il lentend. Cest ce que précise le rapporteur dune conférence tenue à Boston au début du mouvement ; après avoir loué la nouvelle science sociale, il ajoute en effet : « Quite far am I from saying, that as now enlightened I adopt all his [Fouriers] opinions ; on the contrary, there are some I reject. » Notons à cet égard lextrême prudence affichée par les Américains quant aux interprétations individuelles : chacun est certes libre de comprendre et daccepter la notion dassociation à sa guise, mais en assumant toutes ses responsabilités. Cest bien la hiérarchie officielle qui constitue la seule voix autorisée :
With this view, that is, for the purpose of establishing principles and deciding upon doctrinal questions, was the Annual Convention of Associationists instituted [
] Positive affirmations of doctrine should emanate only from such a source, and everything coming from other quarters, not having the sanction of the school, should rest on individual responsibility alone.
Reste à voir de quelle manière cette autonomie sexerce dans les trois champs qui tressent le fil conducteur de la présente étude, à savoir la religion, le domaine socio-économique et la politique. Notons en passant que ces trois domaines savèrent dautant plus adaptés au sujet de ce chapitre que ce sont également ceux que privilégie la ligne éditoriale du journal The Phalanx.
Religion
En France, le fouriérisme na pas, à linverse notamment du saint-simonisme, donné lieu à la fondation dune nouvelle Église, et la composante religieuse de la doctrine, quoique sujette à polémiques, ne se présente pas comme lélément qui a cristallisé les critiques. Par comparaison, la dimension religieuse de lassociationnisme américain nen apparaît que plus importante.
Sujet de controverse
Laspect religieux présente demblée un paradoxe, entre dune part des associationnistes qui tendent à adapter le fouriérisme au contexte évangélique américain et dautre part les attaques desquelles ils constituent la cible. De fait, la phalange prête le flanc à la critique religieuse, tout comme la doctrine considérée sous son aspect théorique.
Adaptation au contexte américain
Soulignons dabord que le développement du fouriérisme aux États-Unis coïncide, sur le plan chronologique et géographique, avec celui de la vague dévangélisme protestant. De plus, la critique de la société due aux associationnistes reprend des thèmes popularisés par Finney et ses semblables, telle la dénonciation de la corruption morale qui fait écho au culte des richesses vilipendé par les prédicateurs évangéliques. Surtout, le parallèle concerne le contexte dans lequel les deux mouvements naissent et se développent, ainsi que les vues quils affichent. En effet, en plus de jouer sur les craintes économiques et sociales de leurs contemporains, les associationnistes se recommandent dun christianisme extrêmement proche de lévangélisme protestant, qui répond pareillement aux angoisses de lépoque, avec confiance et optimisme.
En cela, le fouriérisme présente dincontestables affinités avec le courant millénariste. En effet, lélan millénariste insuffle au protestantisme du revivalisme une dimension qui le transforme en un mouvement social. Or, cest par un processus analogue que lassociationnisme dépasse le stade de la critique et devient une véritable force de proposition. Voire, pour certains historiens, notamment Whitney Cross, le fouriérisme atteint les dimensions dun revivalisme religieux, phénomène dont il partage les caractéristiques.
Il est clair que le fait daffirmer et de revendiquer leur foi conférait aux associationnistes une capacité dintervention dans les maux de la société supérieure par exemple à ce quelle était pour le courant owéniste, lequel niait les religions établies. Ainsi, malgré une certaine ambiguïté persistante, les fouriéristes américains naffaiblissaient-ils pas fondamentalement leur influence potentielle par leur attitude à légard de la religion. Notons également que le fouriérisme profite de la réorientation vers la réforme sociale de convertis déçus par un courant purement religieux, de manière assez semblable à ce qui se passe pour labolitionnisme : la proximité entre la vague du renouveau protestant et lassociationnisme permet à ce dernier de récupérer ceux qui ont été touchés par la propagande du Second Grand Réveil (Second Great Awakening) mais ne se reconnaissent plus dans le seul mouvement évangélique.
Surtout, la similitude entre la vague revivaliste et ladaptation à leurs propres fins effectuée par les associationnistes sillustre dans le fait que les théoriciens du mouvement se montrent dexcellents stratèges réformateurs qui assimilent la rhétorique millénariste ambiante et lincorporent à la doctrine. Il est vrai que lHarmonie fouriériste et létat de félicité censé être engendré par le règne terrestre du Messie présentent bien des similitudes, que Channing, par exemple, ne manque pas dexploiter en mêlant thèmes du millénium et intonations fouriéristes. Dans un article intitulé « Association in the United States », il commence ainsi une phrase par une prédiction typique du mouvement fouriériste avant de la terminer dans une péroraison au ton fortement religieux : « [
] a new era in Humanity is opening, and sounds forth more fully than ever before the venerable yet new gospel, that the kingdom of HEAVEN IS AT HAND. » Plus nettement encore, prédiction est faite selon laquelle le fouriérisme constitue le meilleur vecteur pour les fins dordre religieux : « [
] Association is the plane on which alone the New Jerusalem can descend upon earth », conclut par exemple un entrefilet de The Phalanx. Les associationnistes mêlent à la thématique millénariste la « science sociale » dont ils se réclament et par ce moyen lui confèrent une dimension pratique et réaliste, non sans succès. En fin de compte, Channing et son entourage adoptent la rhétorique évangélique caractéristique de leur époque, tout en transformant les appels à la discipline individuelle et autres thèmes typiquement millénaristes en une exhortation à rejoindre le mouvement de réforme sociale.
Dans ces conditions, plus quune concordance spatio-temporelle, on peut observer une réelle mise en conformité de la dimension religieuse du fouriérisme à la société américaine. On a vu que durant la première moitié du XIXe siècle la dissidence religieuse a tendance à engendrer de nouvelles Églises en France, à moins quelle ne se traduise par un abandon des pratiques traditionnelles, alors quaux États-Unis elle prend plutôt la forme de schismes internes, entre dénominations et sectes rivales qui toutes cependant relèvent du protestantisme, le plus souvent évangélique. Or, il est indéniable que les associationnistes insistent sur limportance de la religion. Les exemples sont nombreux. On en citera seulement deux, à commencer par Brisbane, qui aborde cette question dès le préambule de son opuscule Association :
We believe the broad and comprehensive principle of Association to be the Divine Law for the government of Human Societies [
]. In support of this opinion we advance the following reasons: [
] The institutions and tendencies of the Associated or Combined Order are in perfect harmony with the highest conceptions of truth, justice and love entertained in theory by the world, and, which are embodied in the doctrines of Christ. Association will establish Christianity practically upon Earth [
] This new Social Order will form a new plane on which the highest Truth can securely rest, and upon which Christianity can be fully and truly developed.
Godwin ne dit pas autre chose dans la conclusion de son ouvrage de vulgarisation : il sattarde longuement sur le caractère chrétien du mouvement, utilisant des expressions telles que « We claim to be Christians, then, because we believe the gospel of Christ to be the highest revelation fiven to Man [
] » ou « We have a religion [
] which explains the mysteries of the Bible [
]; which promises to realize the Kingdom of God on Earth [
]. »
Hors de lécole associationniste, linsistance accordée à la religion est diversement accueillie, certains la reconnaissent pleinement : dans un article globalement favorable à Brisbane et à la doctrine quil prêche, il est ainsi rappelé quen dépit de la suspicion que peut entraîner son origine française, synonyme a priori dimpiété, le fouriérisme américain se réclame ouvertement du christianisme (« It should not be forgotten that Fourierism, notwithstanding the French origin which in the minds of many would doubtless be calculated to excite a prejudice against it, lays claim to an eminently Christian character ») ; cette revendication se trouve pleinement légitimée dans la suite de larticle.
Rappelons aussi que les associationnistes se montrent extrêmement tolérants en matière de confession et nimposent aucune affiliation à une branche particulière. Enfin, à la fin des années 1840, le mouvement crée sa propre secte religieuse, la Religious Union of Associationists.
Quoi quil en soit de cet effort dadaptation, si par certains côtés la doctrine associationniste se trouve en harmonie avec la société américaine de lépoque, par exemple avec les déclarations de religiosité de la part de Brisbane et des autres chefs de file, en revanche dautres éléments, présents tels quels dans le système de Fourier ou retravaillés par les disciples américains, posent davantage problème, notamment en raison du fait quils choquent les repères habituels des contemporains. De plus, des questions plus ou moins passées sous silence par les associationnistes finissent par être abordées par leurs opposants, les obligeant à des mises au point diversement convaincantes.
Faiblesses
Ainsi, plusieurs aspects de la dimension religieuse du fouriérisme tel quil est pratiqué aux États-Unis surprennent les contemporains, voire leur apparaissent difficilement acceptables. La critique concerne non seulement les points de pratique les plus visibles, mais également les fondements philosophiques de la doctrine associationniste.
Morale et tolérance
Avant même les aspects proprement religieux, il arrive fréquemment que la critique aborde le domaine de la morale : dune part les associationnistes sont soupçonnés de licence en matière de murs, dautre part le système fouriériste est accusé de vouloir détruire la famille.
Défense de la famille
Signalons à cet égard que le mouvement pâtit de sa proximité avec le saint-simonisme, dont la réputation sulfureuse constitue certainement aux États-Unis lun des aspects les mieux connus de lopinion publique. Étant données les similitudes de vues et dorigine entre les deux doctrines françaises, les critiques américains nhésitent pas à réaliser un amalgame, la plupart du temps hâtif et abusif, entre le fouriérisme et les controverses ayant impliqué la personne dEnfantin. Ainsi, en juin 1848 encore, McMaster se refuse-t-il à traiter le sujet toujours délicat que constitue le commerce des sexes chez Fourier et, coupant court, préfère illustrer la dépravation prêchée par sa doctrine dun exemple tiré du saint-simonisme :
[
] what a picture does it present of the morals of Fourierism! We cannot better illustrate it than by a passage from a report made by a converted Saint Simonian of a dispute between Enfantin, the « Supreme Father » of Saint Simonism, and two of his revolted children who had declared their intention of withdrawing from him « and from his doctrine, which at bottom was nothing else than a hideous promiscuity. »
Or, alors que le saint-simonisme avait diffusé, via son école parisienne, une image fort choquante aux yeux des Américains, Brisbane ne défendait rien qui pût faire penser aux prônes ni aux agissements dEnfantin. Mieux, il modifia le système de Fourier au sujet de la famille : la doctrine associationniste telle quelle sappliquait au sein du phalanstère conservait en effet intacte lunité familiale. Sur un plan purement rhétorique, on peut déjà relever un glissement, qui sil nest pas délibéré nen reste pas moins significatif, dune conception individualiste de la communauté vers une conception familialiste : alors que Fourier recommandait de rassembler 1620 personnes pour fonder un phalanstère, ce chiffre correspondant à un nombre de types humains, Brisbane, sil garde les mêmes proportions, prend cependant lhabitude de présenter la population en la ramenant au nombre de familles : 1800 personnes, cest-à-dire trois cents familles, sont nécessaires pour assurer une complète diversité à lintérieur de la communauté. Et cette manière de présenter les réquisits ne varie pas quand les proportions changent : « [
] for an Association on a small scale, four or five hundred persons, or eighty to a hundred families, will be sufficient ». La défense de la famille sorganise également de manière plus explicite. Une illustration très claire est fournie par Brisbane et McDaniel dans leur synthèse intitulée « What is Association? ». La seconde partie de cet article fondateur commence par traiter du mode de vie dans les phalanstères : après avoir rappelé que la taille requise est de trois cents familles (léquivalent en nombre de personnes nest même pas précisé), les auteurs mettent rapidement laccent sur le fait que la vie en communauté nempêche en rien lintimité :
Because three hundred families reside in a large and commodious Edifice, there is no need that the privacy of domestic life should be destroyed. Domestic privacy and retirement will be fully preserved in the residence of an Association; families will have their separate apartments of various sizes [
] The private apartments will be separated by division walls, and the domestic circle will be no more intruded upon than in any other situation [
].
Brisbane et McDaniel vont jusquà comparer cette situation avec celle des palais royaux et ne manquent pas de fournir force précisions quant aux détails de la construction.
De fait, lorsquelles laissent à leurs membres le choix entre divers types de logement, les communautés fouriéristes ont une nette tendance à construire des bâtiments séparés, par exemple à la NAP, où, en plus de lédifice principal, un habitat de type pavillonnaire sélève dans le domaine, dans lequel les habitants sisolent davantage que prescrit par les plans de Fourier, qui avait multiplié les lieux de rencontre et déchanges et naccordait quune importance finalement médiocre aux chambres et aux espaces privés, mais aussi plus que ne le souhaitaient certains promoteurs associationnistes : les familles logées à part tendaient en effet à se couper de la vie de la communauté.
Quelles quen soient les conséquences sur la cohésion sociale du groupe, il nen reste pas moins que dans les États-Unis du premier XIXe siècle, au monobloc phalanstérien on préfère le logement séparé, voire lhabitat pavillonnaire. Cette adaptation de la doctrine originelle permet de préserver le mode de vie traditionnel et de ne pas devancer la critique relative au non-respect des valeurs familiales.
Tolérance confessionnelle
Sur le plan de la religion, les associationnistes prêchent une absolue tolérance en matière de confession à partir du moment où lon ne sort pas du christianisme. Dans la mesure où tout ce qui ne relève pas uniquement du divin, autrement dit tout ce qui fait intervenir la dimension humaine, comporte forcément des imperfections (« We believe that every word of the Gospel is divine, but we believe also that no human understanding is perfect »), la relativité est de mise :
[
] if, then, it be asked, what particular form of doctrine we propose to teach, we reply that we have no mission to teach any one religious creed or preference to others. Individually, we admit all creeds in their peculiar spheres, inasmuch as they are all repectively partial aspects of the one eternal truth of Revelation, in its infinite variety of aspects. We admit all views of truth, without denying any, and subscribe to every creed, but not exclusively ; what is affirmative in each is, for the most part, true, while the error of each is in its negation and exclusiveness.
Toute construction humaine étant forcément incomplète, il nest possible daccorder la priorité à aucune confession. Par ailleurs, aux yeux des associationnistes, seule la variété dans lunité (« variety in unity ») assure la liberté de conscience sans pour autant susciter de tendance au schisme ou danimosité daucune sorte. Une tolérance en matière de religion apparaît donc nécessaire et souhaitable.
Cependant, cet esprit cuménique nest pas perçu de la même manière par les contemporains que les affirmations de tolérance faites par dautres courants réformateurs, tel labolitionnisme : Garrison et les siens, sils se détachent des Églises officielles, voire prêchent le non-respect du repos dominical, nen accueillent en effet pas moins, quant à eux, des membres venus de toutes les dénominations. Dans le cas de lassociationnisme, labsence dunité, mêlée, au moins dans lesprit des contemporains, à une certaine permissivité dans les murs, entraîne des soupçons et contribue finalement à lincompréhension et au rejet de la doctrine fouriériste.
Evil versus Sin
Surtout, concernant la dimension religieuse, lune des dimensions les plus choquantes du fouriérisme aux yeux des protestants évangéliques américains réside dans ce quils dénoncent comme la fausseté dun point de départ qui place la cause de tous les maux dans lorganisation sociale, et non dans lhomme pécheur. Cet aspect de la question se trouve souvent abordé ou sous-entendu, rares sont cependant ceux qui sy arrêtent et développent une réelle argumentation à son sujet. Cest le cas de lauteur, anonyme, dune recension portant sur la huitième édition de A Concise Exposition of the Doctrine of Association bien quil cherche avant tout à démontrer la solidité du système auquel sattaque la doctrine fouriériste. Il y opère notamment une précieuse distinction entre les maux de la société (evils) et les péchés humains (sins). Dans la partie de son développement consacrée à ce sujet, cet auteur commence par rappeler que le point de départ de la théorie de Fourier se trouve exclusivement dans la dénonciation de la mauvaise organisation sociale (« He sets out with the idea that evil, as seen in our world, comes only from a bad organization of society. He recognizes no other source for it than this. ») ; or, la question de lorigine des maux de la société (« Whence came this evil? ») agite le monde depuis toujours et il paraît quelque peu désinvolte de la traiter et de la résoudre ainsi (« Fourier has hit upon just the simplest, easiest, prettiest, shallowest theory that could well have been invented [
] »). Surtout, lauteur reproche à Fourier, et Brisbane à sa suite, dutiliser le terme bien faible de « maux » (« evils ») ; quils emploient celui, bien plus approprié, de « péché » (« sin »), ne fût-ce quune seule fois, et toute leur théorie sen trouvera ruinée (« Nay, let the Fourierites but once bring him in, even though in sport, and ten chances to one if he do not prove a very Samson himself, to tear down their whole establishment about them. ») : cest une chose que didentifier la source des maux de la société dans son système dorganisation, cen est une autre que dy voir lorigine du péché. Ce dernier terme renvoie en effet explicitement à la chute originelle et à la dimension humaine de la faute que la révélation place à lorigine de la misère terrestre. Si lon retire à lhomme sa responsabilité dans létat de la société ici-bas, on lui retire du même coup la possibilité de se racheter, de se convertir et finalement de se sauver et de contribuer à sauver le monde. Derrière les expressions au ton xénophobe quemploie lauteur de cet article (« [
] we object in toto to this cavalier treatment of a word so old and venerable. It is an insult to our common sense and our sense of propriety, which no Frenchman or Frenchified American has a right to offer »), il convient de voir la dénonciation dun fait non moins grave que linvasion de la pensée américaine par une théorie française, à savoir la contamination du protestantisme, qui place au cur de chaque individu (« at the heart of every individual man ») non seulement lorigine des maux mais aussi la possibilité de sen affranchir, par une doctrine qui accepte et revendique lirresponsabilité humaine, réintroduisant par là une forme de prédestination inacceptable pour les contemporains de Brisbane.
Or, le discours tenu sur ce sujet par les associationnistes ne dégage pas une impression de réelle fermeté. Il leur est en effet difficile de faire passer un message dont une lecture au premier degré fait ressortir lirresponsabilité de lhomme. Parke Godwin, par exemple, ne sattarde guère sur la responsabilité individuelle. Tout en revendiquant la notion de perfectibilité, essentielle dans la « Réforme », il préfère avancer que dans létat actuel des choses, une réforme via lindividu, si tant est quelle puisse être mise en uvre, ne suffit pas, quelle tend à rendre les hommes plus malheureux encore.
The superiority of this view of the relations of mankind [i. e. « solidarity of the human race »] is that it is the only one which affords a good ground for the conviction of perfectibility in individuals and the race. It is a lamentably low and inadequate view which out preachers and moralists take of the whole subject of human improvement. Only reform the individual, they say, and you have reformed the society ! Most impotent and imperfect conclusion ! Not to speak of the impossibility of reaching individuals at all, the utter hopelessness of giving a scientific and religious development to all the powers of the human soul, as society is now constituted, let us ask if mere reform is all we are to hope for [
] ?
Les associationnistes semblent en fait renverser la difficulté. Il ressort de leurs exposés que, bien que lhomme ne soit peut-être pas seul responsable de lui-même et de la société dans laquelle il évolue, en revanche les desseins du Créateur ne le rendent pas passif pour autant. Au contraire, il est investi dune mission divine. Et les théoriciens du mouvement, Brisbane le premier, de mettre en avant la notion de « destinée sociale » (Social Destiny), usant abondamment du terme « destiny » peu avant que OSullivan ne popularise lexpression de « Manifest Destiny ». Dans le même article, Brisbane montre quil sagit bien moins dun destin tout tracé, comme pourrait le faire penser la première partie de la conclusion quil apporte à son raisonnement sur le code divin (« There consequently exists for us a pre-established Destiny, or a system for the regulation of our social and industrial relations, fixed upon by God before creating and giving us Passions »), que dune destinée qui laisse à lhomme son libre-arbitre et la responsabilité de son bonheur, comme laffirme la phrase qui suit (« The task of human reason is to search for and discover this divine Social Order, instead of constituting itself Legislator for the Passions, and establishing arbitrary systems of society which only re-produce the nine permanent scourges »).
En dernière analyse, la relativisation de la responsabilité individuelle et laccent mis sur la globalité des maux dont souffrent tant la société que les individus qui la composent, dimension essentielle du système des passions, paraît être une composante qui, bien quayant été simplifiée par Brisbane ou Godwin, na cependant pas fait lobjet dun traitement spécifique qui lui aurait permis de mieux être intégrée à la société américaine. Dans ces conditions, rien détonnant à ce quaux États-Unis cet aspect de lassociationnisme ne recueille pas pleinement ladhésion des contemporains.
Dimension socio-économique
« Our Evils are Social, not Political, And a Social Reform only can eradicate them »
Rappelons que les associationnistes ne manquent pas une occasion daffirmer que la réforme doit être sociale et non politique, en même temps quils répètent que la réforme sociale ne peut être que globale, et concerner lhumanité entière. Cette affirmation fondamentale détermine le rapport que les fouriéristes américains entretiennent avec lensemble du système de production capitaliste en train de simposer au Nord et avec les ouvriers.
Importance de la dimension économique
Cest en effet toute une dimension non seulement purement sociale, mais aussi économique qui se révèle prépondérante au sein du courant fouriériste américain, quil sagisse de son importance durant les années fastes du mouvement ou de la relation entre prospérité économique retrouvée et irréversible déclin associationniste.
Prégnance de la composante économique
Partisans du fouriérisme ou adversaires, tous les contemporains de Brisbane se montrent unanimes à insister sur la forte dimension économique du système fouriériste. Cest par exemple ce que reproche J. A. McMaster aux théories socialistes en général et donc au fouriérisme en particulier, puisquil sagit dun modèle de socialisme :
The admirers of M. Charles Fourier [
] have been so well content to occupy themselves, or at least to entertain the public, with the material consequences of their system, with the economical advantages which they predict as straightway to flow from the organization of the « Phalanx » upon the industrial interests of society, that very few are to be found outside their own circle who have any idea of the religious, metaphysical, and moral principles of Socialism.
Les promoteurs du mouvement ne se montrent cependant pas moins empressés de souligner les avantages économiques offerts par le système associationniste. Dans la lignée de Fourier, Brisbane reprend ainsi limage du gaspillage que représentent trois cents foyers individuels, par rapport à une communauté comptant globalement le même nombre de personnes : la multiplication des cuisines, des outils, des greniers, etc., explique-t-il, engendre une dépense énorme en ressources financières et humaines, bien plus importante que celle représentée par un unique grenier de grande capacité, la mise en commun des charrues et autres instruments agricoles ou une cuisine collective fonctionnant avec un personnel réduit.
De même Parke Godwin insiste-t-il sur deux aspects essentiels lorsquil donne un aperçu de la doctrine de Fourier, le premier étant la découverte de lindustrie organisée et attrayante (Attractive and Organized Industry) la solidarité entre les hommes constituant le second.
Il sagit là dune ligne de conduite pour ainsi dire officielle, comme le montre la brochure de présentation de The Phalanx. Préalablement au premier numéro, les objectifs et les lignes éditoriales de cette publication sont en effet clairement exposés, et si le premier des quatre points traités reste général, le deuxième apporte des précisions quant aux sujets susceptibles dêtre abordés :
THE PHALANX will enter into a frank and impartial criticism of the present false system of Society, and will expose its evils, and the defects of its leading social Institutionsamong others: Its repugnant, ill-required, and degrading system of Industry: Its system of Free Competititon or false rivalry and envious strife and anarchy in Trade and Industry: Its system of anarchical Commerce: Its menial system of Hired Labor or labor for Wages: The unjust and unnatural relation which is established between Capital and Labor: Its defective and partial systems of Education: Its permanent conflict of the individual with the collective Interest and its system of separate or isolated Household.
Il est frappant de constater quà lexception de léducation, tous les problèmes cités ici, destinés à être abordés par le journal, relèvent directement du domaine économique. Le journal a beau annoncer ensuite quil prévoit de sintéresser aux questions politiques et religieuses, les associationnistes font demblée porter laccent sur la composante socio-économique de leur mouvement. Cette insistance est dailleurs répétée dès le premier numéro, dans larticle fondateur de Brisbane et McDaniel :
Labor and its Organization are the great practical questions, the primary and the most important questions, which should occupy the attention of men of science and statemen. Upon the Organization of Labor [
] depend the primary interests of mankind, the physical happiness of the race, public and private prosperity, and the wealth and power of nations. This grand, the capital question lies at the bottom of all social questions [
].
Ainsi lorganisation du travail, qui dans la doctrine de Fourier constitue un élément parmi dautres et ne peut être séparée de tout ce qui a trait à lattraction, devient-elle laxe principal dans ladaptation que les Américains font de lidéologie originelle. Les textes officiels et les prises de position théoriques le montrent bien, la composition des phalanstères, qui cherchent explicitement à toucher les ouvriers, tend à le confirmer.
Dépendance vis-à-vis du contexte socio-économique
Concernant le contexte socio-économique, un constat simpose : une fois passés les effets de la Panique de 1837, lassociationnisme décline, pour ne plus jamais revenir sur le devant de la scène réformatrice américaine. De fait, les motivations des phalanstériens avaient rapidement semblé ambiguës, à tout le moins mêlées : lidéalisme de Brisbane entrait en résonance avec le souci des contemporains, évident selon les historiens, déchapper à la compétition capitaliste, au système industriel et au désarroi social provoqué par ce système. Lexistence dune relation entre prospérité économique et désintérêt pour lAssociation apparaît incontestable. On voudrait ici, en relation avec les analyses quon vient de proposer sur le plan religieux, aller un peu plus loin dans les conclusions que la simple existence dun rapport entre fouriérisme et situation économique des États-Unis.
Ce nest peut-être pas uniquement la moindre nécessité de réaliser des économies déchelle et la possibilité de trouver du travail dans lindustrie qui font se débander les phalanstères. Rappelons que la vague revivaliste avait ancré aux États-Unis limage selon laquelle lhomme est pécheur, potentiellement « mauvais » cest linverse dans le cas où, comme en Harmonie, la pleine expression des passions est assurée. Mais depuis la Révolution, les Américains recevaient également le message selon lequel la société dans laquelle ils vivaient était bonne, que la démocratie leur assurait légalité des chances, que, la doctrine de la prédestination étant désormais dépassée, chacun jouissait de la liberté de se racheter par la conversion, et que le travail permettait de quitter sa condition initiale. Tant que le cadre socio-économique permet à cette vision du monde de se déployer, la confiance existe, cest même la notion centrale autour de laquelle se bâtit le pacte national. Or, la Panique de 1837 déstabilise cet édifice qui paraissait pourtant solide, met à mal la responsabilité civile républicaine, brouille les règles du jeu social, et du même coup ébranle la confiance fondatrice. Les Américains le constatent (« The fact is, men have lost all confidence in each other ») et trouvent dans lAssociation une solution parfaitement adaptée à leurs besoins. On peut rapprocher cette situation des actuels problèmes urbains aux États-Unis ; les auteurs dune récente comparaison franco-américaine sur la politique de la ville mettent ainsi en regard la « communauté civique » américaine, fondée sur la confiance, et la « magistrature sociale » française, qui a pour base le consentement. Or, avancent-ils en conclusion, « il nest guère imaginable de faire jouer une formule comme celle de la communauté civique sans estimer que lindividu est mauvais, possiblement du moins, mais que la communauté est bonne, quelle endigue ses mauvais penchants, laide à devenir meilleur [
] ». Dans les années 1840, tout se passe de manière analogue, comme si les Américains avaient besoin de refonder des communautés qui, dabord à leur échelle, réglementent une situation devenue trop chaotique, qui restaurent un cadre rendu inopérant en ce quil est incapable de garantir légalité des chances et lascension sociale, autrement dit dassurer les conditions de la confiance. Une fois la crise passée et ses conséquences estompées, les associations de tous types et la nation dans son ensemble peuvent à nouveau remplir leur rôle ; elles reprennent donc leur place dans une société où lindividu se sait pécheur mais sait également quil peut accorder toute sa confiance à ses semblables et profiter des chances de conversion et de mobilité socio-économique qui lui sont offertes.
En somme, le fouriérisme constitue aux États-Unis une solution de crise, non seulement au point de vue purement économique, mais aussi sur un plan beaucoup plus général.
Ralliement ouvrier
Sur la base de sa composante sociale, lassociationnisme se présente comme le seul mouvement de la « Réforme » américaine qui intègre réellement les ouvriers. En fait douvriers, il ne sagit dailleurs pas tant de prolétaires sous-qualifiés que dartisans. On a suggéré quelques raisons au ralliement du monde du travail, cette mixité sociale demande maintenant à être analysée.
Présence ouvrière
Un constat simpose dès quon examine la composition sociologique des phalanstères : malgré la relative sous-représentation généralisée des prolétaires (non qualifiés) et celle, majoritaire, des fermiers, les registres réfutent clairement lopinion traditionnelle selon laquelle le mouvement associationniste naurait rassemblé quune élite de la petite bourgeoisie et se serait peu intéressé aux travailleurs. Il est vrai que la doctrine se trouvait à lorigine diffusée par des propagateurs issus de la classe moyenne. Il est également vrai quen France, peut-être en raison du manque dexpérimentations concrètes, la mouvance qui gravitait autour de lécole sociétaire, celle des journaux ou des conférences, resta composée demployés des villes, de journalistes réformateurs, de petits propriétaires, dintellectuels de toutes sortes contrairement par exemple au communisme dun Cabet, qui avait davantage séduit les artisans. Mais en ce qui concerne les États-Unis, il est indéniable quune certaine mixité sociale caractérisa le fouriérisme dès lorigine : unissant toutes les classes dans des communautés ouvertes et fortes dune composante ouvrière non négligeable, le mouvement associationniste tient de la tentative de coopération réelle plutôt quil nest le produit du paternalisme de quelques-uns ou le regroupement dune poignée dinadaptés issus de la classe moyenne. Cette volonté partagée ne résout néanmoins pas tous les problèmes : la cohabitation de différentes classes sociales au sein des phalanstères ne signifiait aucunement la disparition de la structure hiérarchique, laissant persister les distinctions de classes.
Mixité sociale : le réel et lidéal
En effet, il existe quelques témoignages de membres des classes supérieures qui nadmettent que du bout des lèvres, voire avec une franche répugnance, le fait de devoir cohabiter avec des ouvriers. Ces témoignages ne reçoivent guère de publicité de la part des historiens favorables à lidéal communautaire. Certains signalent cependant la réticence des surs Grimké installées dans les années 1850 dans le domaine de Raritan Bay Union à se mêler aux ouvriers, voire à être amenées à les servir à table. Et il nest pas rare que Marianne Dwight mentionne dans ses lettres les efforts consentis par les intellectuels de Brook Farm pour ne pas paraître hautains et se mêler plus quils nen avaient réellement envie aux festivités du groupe une fois que la communauté, devenue fouriériste, avait élargi son recrutement et fortement augmenté ses effectifs.
Pourtant, force est de constater que le mélange des classes sociales sobserve dans divers domaines, notamment la composition des phalanstères et dans les actions annexes, tel le mouvement coopératif, traversé, voire innervé par les idées fouriéristes.
Convergence du fouriérisme et de la question ouvrière
De fait, la rencontre avec les ouvriers (au sens large du terme, les petits artisans représentant une part importante de ce groupe) a bien lieu, dès la formulation des griefs contre la structure industrielle de lépoque. Malgré ce quen disent les critiques relatives à labsence de « lêtre vivant » dans le système fouriériste (cest le reproche connu exprimé par Emerson : « Nous avons le sentiment que Fourier na omis quun seul élément, à savoir la Vie. Il considère lhomme comme une chose malléable [
], ou peut-être comme un légume [
] »), les individus de toutes origines sociales sont attirés par la doctrine associationniste.
À cet égard, Brisbane et les autres théoriciens affirment leur originalité par rapport aux autres courants du mouvement de la « Réforme » : alors que les féministes ignoraient, en pratique, les préoccupations des ouvrières, alors que les abolitionnistes soulignaient la chance des ouvriers américains par rapport à leurs homologues britanniques, les associationnistes nhésitent pas à dénoncer les méfaits de lindustrie sur les travailleurs des grands pôles industriels. Fourier préconisait le travail attrayant et avait suggéré plusieurs manières de le rendre tel, notamment la division de la journée en séances courtes et variées, au sein déquipes différentes. Cependant la spécialisation et la parcellisation saccroissaient dans les usines, où le labeur devenait monotone, voire aliénant, et franchement déshumanisant : assignés à une tâche unique et payés pour exécuter un travail limité dans un atelier à la froide discipline, les ouvriers ne sont plus considérés comme des hommes à part entière, dénonçaient les associationnistes. En plus de rendre à lindividu son intégrité et de remettre le travail à lhonneur, les fouriéristes visaient à réconcilier le manuel et lintellectuel et à conférer au travail, réalisé en groupe, une dimension joyeuse. Les artisans et les ouvriers dont le capitalisme industriel sapait lindépendance et menaçait les ateliers traditionnels trouvaient nécessairement dans une telle critique une résonance à leur situation quotidienne et à leurs craintes bien concrètes.
On trouve peut-être là une autre piste qui contribuerait à expliquer lavantage décisif pris par labolitionnisme à partir des années 1850 : en effet, le domaine socio-économique se présente comme étant celui à propos duquel les deux mouvements se séparent le plus visiblement. Or, lincertitude ouvrière liée à la perte des valeurs consécutive à la Panique de 1837 a disparu à la fin de la décennie suivante : une fois la confiance restaurée, la société apparaît à nouveau « théoriquement ouverte », partant lhomme blanc du Nord de lUnion retrouve, au moins en théorie et dès lors quil adhère au pacte social, toute sa responsabilité personnelle. Doù un possible déplacement vers labolitionnisme, y compris de la part des ouvriers, dont Edward Magdol a bien montré la participation à un mouvement anti-esclavagiste qui naffiche aucune ambiguïté quant à sa conviction que lhomme est responsable et le Nord autant que le Sud des États-Unis coupable du péché que constitue lesclavage.
Politique
Succès de la réforme politique aux États-Unis
On la vu, les théoriciens de la doctrine associationniste américaine clarifient la situation dentrée de jeu : lexpression maintes fois répétée « Our Evils are Social, not Political, And a Social Reform only can eradicate them » indique nettement que laction ne se situe pas sur le terrain politique. Cest que, pour les Américains, quils rallient ou non le mouvement associationniste, les réformes politiques ont déjà été réalisées, du moins dans leur pays : la Révolution a été faite, elle est terminée et elle a été bonne, ils néprouvent donc aucun besoin de mener la lutte sur le terrain politique, dautant que, dans labsolu et comparativement aux autres pays, le leur jouit de bonnes institutions.
Ainsi, placés dans une situation différente de celle des sociétaires français qui affirment la nécessité dune réforme sociale en même temps que politique, voire qui empruntent des filières traditionnelles et présentent des candidatures aux élections à partir de la fin des années 1830, et de Fourier lui-même qui affichait une certaine indifférence envers les formes de gouvernement, les associationnistes américains louent leur Révolution et les institutions auxquelles elle a donné lieu, malgré quelques inévitables lacunes ou dérives. À cet égard, Brisbane et ses alliés retrouvent les autres réformateurs américains, dont aucun ne remet en question la Déclaration dIndépendance ni les principes qui lui sont attachés quand ce ne sont pas les partisans dune réforme particulière qui, tels les abolitionnistes, sappuient sur ce texte.
Dans ce contexte, Brisbane ne manque pas une occasion de rappeler la supériorité des institutions américaines. Si le monde civilisé produit des situations catastrophiques pour les populations en Europe, en Asie et en Afrique, les États-Unis constituent un îlot de verdure au milieu dun sombre Nouveau Monde : « On the two continents of America, the only green spot is our own country. » Que ce jugement se trouve immédiatement tempéré (« [
] and it is darkened by slavery, drunkenness, and a commercial, financial and industrial selfishness and perversity, which flourish no where else as rankly, sowing the seeds of a future corruption and misery as great as any that exist elsewhere ») ne remet pas en question la prééminence américaine dans le domaine politique. Au contraire : les Américains ayant corrigé les institutions européennes qui leur avaient été léguées, ils doivent poursuivre, en vue dune réforme sociale complète :
[
] why we should uphold and maintain the present system of society? It is a creation of the American people, devised and instituted under a higher degree of political liberty and popular intelligence, than has before been attained by nations? No! We have borrowed it from Europe; and although we have reformed some of its institutionsthose of political characterwe have maintained the great majority precisely as we received them. [
] These false institutions are producing poverty and dependance here as in Europe, and our political innovations are not sufficient to check this dominant and downward tendency.
Ainsi, de la même manière que les abolitionnistes entendent compléter les réussites de leurs aînés en assurant la liberté à tous, y compris aux esclaves, les associationnistes visent-ils à compléter le succès de la révolution politique par une révolution sociale :
A social reform is the continuation, the completion of our great political movement of 1776. [
] It rests with the People and the leaders of the People of this generation to continue and consummate the great work of Reform commenced by their noble ancestors. The invaluable principles of liberty and equality which they established in the political system of our country, must be extended by the men of the present day to its social system.
Il ne sagit donc pas de modifier quoi que ce soit au système de gouvernement fondé en 1776, qui aux yeux des Américains est bon : la Révolution est achevée dans le domaine politique et les associationnistes pas plus que leurs contemporains ne la remettent en question. De manière simple mais fondamentale, luvre est à compléter, et son résultat doit être aussi brillant dans le domaine social quil la été trois quarts de siècle plus tôt dans le domaine politique, comme le suggèrent les parallèles systématiques entre les réalisations politiques (pronoms de la troisième personne du pluriel) et les espoirs sociaux (pronoms de la première personne du pluriel) :
They [the noble ancestors] effected a Political reform and secured to us the blessings of political liberty and equality, we must effect a Social reform and bequeath to our posterity the far more precious boon of social liberty and equality! Their combat was to reform unjust and oppressive political Institutions; ours must be to reform unjust and more oppressive social Institutions. They contended against the outrageous usurpations of tyrannical power; we must contend against the blithing influences of unnatural social arrangements.
Dailleurs, que la France se dote dun pareil gouvernement et ses objectifs seront alors les mêmes, à savoir compléter et parachever le succès politique. Les premiers commentaires associationnistes en réaction à la révolution de Février le suggèrent assez : « What gives us particular confidence in the new government of France, is that they have opened their eyes to the particular difficulties of their undertaking. They see that mere political constitution is not the whole work they have to do. » Le suffrage universel ne constitue quun premier pas (« a beginning of their duties »), ce que semble avoir bien compris le Gouvernement provisoire, dont les premières actions se caractérisent par leur dimension sociale et non uniquement politique : « [
] it emancipates its colonial slaves, it converts its palaces into hospitals, it establishes Work-shops for the unemployed, it distributes bread to the hungry, and it announces the high question of the ORGANIZATION OF LABOR as the goal of its aims and the aspiring word which it invokes for victory. » « Noble France! », est-il ajouté. Cela donne confiance quant à la suite du processus à des Américains qui, se considérant plus avancés politiquement, observent avec intérêt leurs émules : sils reconnaissent les réalités du moment, les républicains français ne peuvent que réussir (« They are more than safe: they are victorious, triumphant, inevitable, great! »).
Notons pour conclure sur cet aspect de la situation que, de manière analogue aux abolitionnistes qui se réclamaient de 1776 tout en mettant laccent sur la supériorité de leur combat, les associationnistes présentent la réforme sociale à venir comme un événement meilleur encore que la réforme politique passée : non seulement ils se réfèrent à la liberté et à légalité sociales comme étant des avantages infiniment plus précieux (« the far more precious boon ») que leurs équivalents politiques et jugent le mal à combattre plus difficile à supporter (le degré de « unjust and oppressive political Institutions » est dépassé avec « unjust and more oppressive social Institutions »), mais ils comparent également, terme à terme, leurs objectifs avec ceux de leurs prédécesseurs et lemportent sur tous les plans :
[
] but whilst theirs was the triumph of the Sword, ours must be the triumph of Reason ; whilst theirs was a victory which repelled their enemies, ours must be a victory which will unite our fellow-menour brothers ; for the Sword in the hands of warriors, there must be Science in the hands of citizens ; for hostile blows between adverse parties, there must be friendly conference between amicable interests ; for violence and blood, there must be conciliation and peace.
En fin de compte, dune manière typique de lépoque et qui rappelle fortement la démarche des militants anti-esclavagistes, les associationnistes se dégagent du champ purement politique : patriotes ne doutant pas des bienfaits de lIndépendance, ils considèrent comme leurs concitoyens que la Révolution de 1776 est terminée et se réclament des Pères fondateurs pour achever la tâche commencée par ces glorieux aînés. Ce faisant, ils se placent dans une position idéale pour entreprendre une réforme sociale qui parachèvera luvre révolutionnaire et sera à même dassurer le triomphe et de parfaire la suprématie des États-Unis sur le monde au bénéfice de lhumanité entière.
Conséquences de la supériorité politique
Répétons-le, aux yeux des associationnistes, qui sur cette question sont tout à fait représentatifs de la société américaine dans son ensemble, le fait davoir réalisé et réussi leur réforme politique place déjà les États-Unis dans une situation de supériorité par rapport aux autres pays.
Devoirs sociaux engendrés par la supériorité politique
Brisbane et ses alliés dépassent cependant ce que leurs compatriotes tiennent pour un constat ou une évidence. Pour eux en effet, cette prééminence confère des devoirs à leur pays, en premier lieu celui dopérer une réforme sociale : de la même manière que les révolutionnaires de 1776 ont renversé et modifié les détestables institutions politiques de la vieille Europe (« We have destroyed the false Political System of Europe and replaced it by a true one [
] We have engrafted good and sound political institutions upon a false foundation [
] »), leurs successeurs des années 1840 doivent maintenant changer lensemble de lorganisation sociale et entraîner lhumanité entière à leur suite.
La réforme sociale ne constitue en effet quun moyen en vue datteindre le bonheur universel, pour toute lhumanité (« We aim then at a Universal Reform, and the universal happiness of mankind »), ce caractère est souligné par Brisbane : « Let me point briefly to the great ultimate End which the advocates of a social reform have in view: primarily they are laboring for a Social Reform, but this is a means by which to attain a higher End; and they are laboring also for the happiness of the Race, but this in turn will be an effect of the attainment of that End. » Il nen reste pas moins quune telle réforme doit être réalisée, se développer à partir dun point de départ. Les États-Unis sont tout indiqués pour constituer le lieu de cet ancrage : « The time has at length come for a new social dispensation, for a great social reform. Which of the nations is to take the lead in this glorious work? Every thing seems to indicate that it is our own country, the United States. » Les raisons avancées à la suite de cette affirmation sont liées à létat de développement du peuple américain : « [
] our people, far and wide, are beginning to distrust the present system of things; numerous reforms are awakening in them sentiments of universal benevolence and justice. » Dans sa péroraison, Brisbane appelle ses compatriotes à se rassembler en vue de laction : « [
] the times are ripe, all things stand provided for and prepared, and it requires even now, I believe, but the union of the more advanced reforms to carry out successfully the mighty work. » Le ton biblique, dans la droite lignée des épîtres pauliniennes (notamment la lettre aux Éphésiens : « And this is in harmony with Gods merciful purpose / for the government of the world when the times are ripe for it the purpose which He has cherished in His own mind of restoring the whole creation to find its one Head in Christ; yes, things in Heaven and things on earth, to find their one Head in Him »), suggère clairement la dimension prophétique de la mission dont se sentent investis les associationnistes américains.
Et ils ne se contentent pas de le répéter à leurs compatriotes, ils cherchent à en convaincre les Européens : malgré une humilité affichée au début de leur message collectif de 1844 (« Nous vous demandons conseil sur les points suivants »), ils affirment devant leurs homologues du Vieux Continent « la nécessité urgente de concentrer tous les efforts phalanstériens sur le mouvement sociétaire aux États-Unis » non seulement parce que le nombre des convertis y est important, mais aussi en raison des « mesures providentielles de cette nation pour lordre combiné », ce caractère exceptionnel étant dû à des facteurs non seulement géographiques (« linappréciable avantage de lexpansion sur un sol vierge »), mais aussi et surtout à des spécificités américaines politiques et socio-culturelles :
[
] la discipline politique [
], labsence dinstitutions oppressives, héritage des siècles de barbarie, [
] lesprit général de libre examen et de libre action, [
] les habitudes universelles defforts associés dans les mouvements financiers, commerciaux, philanthropiques, littéraires et religieux, [
] le respect général pour le travail et [
] labsence relative de castes aristocratiques, [
] lenthousiasme, lactivité et la hardiesse du peuple américain.
Bref, on la déjà évoqué, les États-Unis constituent, dans lesprit de leurs habitants, un exemple pour le monde entier. Les associationnistes soulignent que leur pays non seulement la déjà montré par le passé (« Les vieilles nations de la chrétienté ont observé avec une appréhension naturelle, et de loin, nos expériences pour assurer le progrès et la dignité de la race humaine »), mais encore quil est prêt à assumer une nouvelle mission à visées universelles, et à exercer une formidable « influence par réaction » sur lEurope.
Pour les fouriéristes américains, lHarmonie universelle constitue bien le but à atteindre, et lAssociation le moyen pour y parvenir. À leurs yeux, seuls les États-Unis peuvent servir de foyer au mouvement : les révolutionnaires ont déjà montré au monde que lon savait y mener des révolutions politiques, le leadership de la réforme sociale échoit donc tout naturellement à leurs fils. Les sociétaires français partagent bien entendu les vues de leurs homologues américains sur les buts et les moyens. Cependant, il est évident que les conclusions quen tirent Brisbane et les autres chefs de file new-yorkais ou bostoniens ne recueillent pas leur adhésion. Pour Considerant et les siens, il est hors de question de faire converger tous les efforts dans les phalanstères dOutre-Atlantique et de placer lensemble des forces fouriéristes sous commandement américain. Cette sorte de « théorie de la libération » par lextérieur, quon pourrait presque qualifier de « colonialisme social », si elle a la capacité déveiller un puissant écho dans la société américaine de lépoque, apparaît cependant inacceptable pour les Français, au point que Considerant, dans la réponse quil publie à ladresse des Américains, traite soigneusement tous les points un par un, à lexception du paragraphe relatif à la fusion des forces fouriéristes au profit du mouvement associationniste. Irrecevable à Paris pour des raisons de patriotisme ou de nationalisme, le plan dexpansion socialiste à partir des États-Unis fait également lobjet dun accueil mitigé de la part de certains Américains, pour des motifs très différents.
Devoir de protectionnisme
Il apparaît clairement que pour certains opposants au fouriérisme, la supériorité politique des États-Unis nentraîne pas les mêmes conséquences que pour Brisbane. À la fin de lannée 1848, une certaine suffisance se manifeste en effet dans lopinion américaine, qui argue que les institutions et les murs nationales rendent vaine toute tentative dapplication des théories européennes nées sous de mauvais gouvernements centralisateurs : depuis linstallation des premiers colons, lassociation est chose naturelle aux États-Unis. Le pays ne peut donc tirer aucun profit de systèmes élaborés dans des nations organisées de manière fondamentalement différente :
In the United States, from the first settlement, the colonists always depended upon each other. They « associated » to come to this country, and « associated » to defend themselves from savages, and continued to « associate » until they had carried out and refined the principle to its utmost practical extent, having effected by it all the good that the crazed Fourier ever dreamt of. A state of happiness and comfort exists in the United States never hoped to he realized in Europe, and mainly because the principle of « association » was necessarily familiarized to the people from their first formation as a society. To recur to the wild theoretic notions of European socialists as something by which Americans can be benefited is to the last degree absurd.
Ce nest ainsi pas le principe de lassociation en lui-même qui est mis en question par cet auteur opposé au fouriérisme en plus dêtre par ailleurs très subjectif et partial. La critique suggère bien plutôt que ce système nest en soi pas mauvais ; en loccurrence, cest le « génie américain », la culture nationale, bref lensemble des traits qui caractérisent les habitants des États-Unis, qui rend inutile et voue davance à léchec toute tentative de mise en place de mesures tendant à imposer un système conçu dans un autre cadre pour dautres besoins. Limportation dune doctrine étrangère fondée sur lassociation paraît dautant moins nécessaire que cette notion est revendiquée comme pleinement américaine.
Ainsi, tout comme chez Brisbane, la supériorité des États-Unis se trouve exprimée sans réserve par ses adversaires, mais elle débouche, à court terme, sur une sorte de repli protectionniste, à tout le moins au rejet dapports étrangers, plutôt quà la mise en branle dune croisade universelle, à linauguration dun expansionnisme social : lauteur constate une situation, il nen tire pas de conséquences immédiates. Si cette attitude trouve ses racines dans la crainte dune contagion, dune trop grande perméabilité vis-à-vis des autres pays, il nest pas impossible que ses partisans aient contribué à affaiblir le fouriérisme universaliste prêché par le mouvement associationniste.
Démocratie locale
Les associationnistes ne se mêlent guère de politique institutionnelle, mais ils sattachent souvent à mettre en uvre les principes républicains, fondateurs de lUnion, à léchelle des phalanstères. Cette tendance apparaît notamment dans les modalités concernant le vote ou la prise de décision à lintérieur des communautés, où se décèle une certaine inventivité dans le domaine des innovations politiques (suffrage féminin généralement de mise, consultations de type « participatif », etc.).
En outre, la dimension politique du mouvement, y compris à léchelle locale, se manifeste, comme souvent dans les mouvements réformateurs de lavant-guerre, de manière parallèle sinon symbiotique à la religion : comme dans le cas des autres courants, il ne semble pas exister dincompatibilité essentielle. Dans une lettre publiée dans la United States Democratic Review, Orestes Brownson illustre particulièrement bien cet aspect du fouriérisme. Il commence par souligner un fait selon lui indiscutable (« I speak of facts ») concernant les motivations de ceux qui viennent sinstaller à Brook Farm : « [
] they have desired to join [
] in order to have the enjoyment, the moral advantage, and the intellectual improvement, of a social life on principles so consistently democratic and Christian. » En défendant ces valeurs, le phalanstère réalise à petite échelle lidéal de lÉglise et du gouvernement américain : « [
] does it not realize in miniature that identity of church and state which you think is the deepest idea of our American government? » Notons que Brownson glisse de la notion de gouvernement à celle de république (« It seems to me that this community, point by point, corresponds with the great community of the Republic [
]). Il est clair quil ne vise que les États-Unis, ce qui apparaît bientôt de manière explicite, lorsquil procède à une apologie en règle de lexceptionnalisme américain : « Only in America, I think, could such a community have so succeeded as I have described. » Et si ce groupe dindividus venus de tous horizons et réunis par le hasard des circonstances (« persons coming by chance [
], from all circumstances of life ») a connu le succès, la raison en est à chercher dans une communauté de vues sur les aspects essentiels de la situation (« united only by a common idea and plan of life »). En bref et avant tout, lentreprise a réussi parce quelle concernait des Américains réunis autour dun même idéal : « They have succeeded, because they are the children of a government the ideal of which is the same as their own [
] ». Et Brownson de répéter lutilité de réalisations démocratiques à petite échelle en vue de former les citoyens à lidéal républicain : « [
] these minatures of the great original shall educate us to the apprehension and realization of it, as a nation. »
Notons pour terminer sur cette question que les valeurs mises en avant pour décrire lexemplaire microcosme américain que constitue Brook Farm, à savoir la paire « democratic and Christian », recoupent exactement celles qui caractérisent labolitionnisme, idéologie décrite par Angelina Grimké comme étant celle dune Amérique chrétienne et républicaine (« Christian, Republican America ») : en ce qui concerne cet aspect politique également, lassociationnisme sinscrit parfaitement dans le contexte réformateur de lépoque.
Relativité de la dimension politique ?
La dimension politique napparaît pas comme un élément prépondérant dans le mouvement associationniste, du moins de manière directe : comme Fourier, pour qui la forme de gouvernement en France nimportait finalement que peu, les disciples américains ne placent pas la politique au centre de leurs préoccupations. Quelles que soient les raisons dune telle relativisation, retenons surtout quà ce sujet Brisbane et les siens nadoptent pas la même attitude que les sociétaires parisiens. Ces derniers se lancent en effet dans la politique traditionnelle à partir de la fin des années 1830. Les candidatures de Considerant marquent certes un changement radical dans le mouvement fouriériste hexagonal ; il nen reste pas moins que la représentation institutionnelle constitue sans doute la part la plus visible des activités de lécole sociétaire vers la fin de la monarchie de Juillet et surtout lors des débuts de la Deuxième République. Alors que les associationnistes sinspirent souvent de lexpérience de leurs homologues français, de ce point de vue ils ne les imitent pas et continuent de centrer leurs efforts sur les phalanstères.
En somme, la dimension politique, bien que prépondérante dans le fouriérisme américain, concerne avant tout le phalanstère, microcosme dont lorganisation ne simpose pas à léchelle du pays entier.
Conclusions détape
Au terme des trois mouvements autour desquels était articulée cette partie, à savoir la mise en contexte de la recherche, puis létat des lieux historique et historiographique, enfin lanalyse spécifique des sources, on peut identifier les aspects les plus marquants du fouriérisme américain dans la perspective dune étude dinteractions. Il devient également possible de dégager quelques éléments susceptibles de contribuer à la définition de la « culture nationale » américaine.
Malgré lexistence de points communs à léchelle transatlantique, par exemple quant à la situation de crise sociale et économique dans laquelle sont nés lassociationnisme américain et le fouriérisme français ou le bouillonnement réformateur dans les deux pays, on se trouve bien en présence dun développement survenu dans le cadre national. Cet aspect de la question se révèle très clairement à la fois dans la manière dont Brisbane ou Godwin présentent la doctrine originale et dans le processus de mise en application par les membres des phalanstères : prise de distance par rapport à lautorité de loriginal, réécriture gommant les aspects potentiellement scandaleux et réorientant le système non seulement dans le sens dune série de mesures pratiques susceptibles dapporter une réponse immédiate aux problèmes économiques du moment, mais aussi vers moins de mécanisme et davantage de participation politique à léchelle de la communauté.
En fin de compte, lors de ce processus dadaptation, qui sapparente à la refonte complète dun système étranger, la dimension essentielle concerne ce qui correspond au contexte de lépoque, mais aussi à la « culture nationale » américaine. Dans cette transplantation, les éléments qui entrent en résonance avec la culture américaine qui prévaut à cette époque permettent à lopération de réussir, ceux qui restent en décalage avec cette culture créent, pour ainsi dire, des anticorps menant au rejet de la greffe. Notamment, quelle quait pu être la faveur dont pouvait jouir, dans des États-Unis en crise et via les opportunistes théoriciens de lAssociation, la dimension sociale inhérente à la pensée de Fourier, il fallait, pour quelle simplante et perdure dans le contexte dune « Réforme » pénétrée des valeurs du protestantisme évangélique autant que de celles de la République démocratique, faire de ce corps étranger une entité américaine, où politique et religion dominaient en se mêlant étroitement. Faute de trouver un écho durable aux appels à la réforme sociale, dans la société des États-Unis profondément opposée à toute perception ou perspective ouvertement axée sur lexistence de classes, lassociationnisme en tant que tel finit par disparaître. Et pourtant, ses aspects pratiques, la familiarité des Américains avec le thème de lassociation quil mettait en avant, sa dimension millénariste enfin, avaient dix années plus tôt permis la coïncidence et son succès fulgurant.
En dernière analyse, ce nest sans doute pas tant dune doctrine française que les Américains se détournent que dun système américanisé, dont les faiblesses trouvent leur source dans son origine française autant que dans sa transposition restée imparfaite. Il y a lieu de penser que cette origine étrangère naurait pas, en elle-même, revêtu autant dimportance si lappropriation avait été totale, si toute différence avait été gommée : la société américaine était très certainement prête à accepter la greffe, à la condition toutefois de pouvoir lassimiler totalement et de ne plus rien voir de français dans le fouriérisme qui dans ce cas serait devenu une idéologie américaine. Mais, tout comme ils nont jamais réussi à échapper à lappellation de « fouriéristes », les associationnistes nont pu, ni en théorie ni en pratique, dissoudre entièrement toutes les composantes de la doctrine originale dans le bain réformateur de lavant-guerre américain, de leur implantation à la fin des années 1830 à leur disparition au milieu du XIXe siècle.
Voir lintroduction générale, p. 23-24.
La Phalange du Wisconsin est édifiée dans le comté de Fond-du-Lac, alors situé sur la « frontière » (Frontier) des États-Unis.
1830-1840 ; pour une périodisation de la « Réforme » américaine, voir lintroduction générale, pp. 31-34.
Musset emploie ce vocabulaire dans un article paru dans la Revue des deux Mondes le 31/12/1832, pp. 106 et 107 (cité dans Trésor de la langue française, entrée « fouriérisme », t. 8, Paris, CNRS, 1980).
Trésor de la langue française, op. cit. Notons au passage que le Dictionnaire historique de la langue française (Paris, dictionnaires Le Robert, nouvelle éd. 1994) ne propose pas dentrée pour le terme « fouriérisme ».
Nouveau Petit Robert, CD-ROM, Paris, dictionnaires Le Robert, 1996.
Ils sont par exemple absents du Oxford Advanced Learners Dictionary, 4e éd. de 1989, ou du Cambridge Advanced Learners Dictionary (http://dictionary.cambridge.org, dernière consultation le 10/05/2003).
Encyclopaedia Britannica, Chicago (http://www.britannica.com)
Merriam Webster Dictionary ; lentrée précise que lusage du mot date de 1843.
http://www.merriam-webster.com
The American Heritage Dictionary of the English Language, 4th ed., 2000.
http://www.bartleby.com/61/24/F0282400.html (dernière consultation le 22/01/03)
Webster Dictionary, édition de 1913.
http://machaut.uchicago.edu/cgi-bin/WEBSTER.sh?WORD=fourierism (dernière consultation le 22/01/03)
Trésor de la langue française, op. cit.
Voir la référence aux « goûts » et aux « tendances » dans la définition proposée par le Nouveau Petit Robert.
Du côté français, relevons tout de même que les dictionnaires nillustrent pas le terme « passion » dexemples tirés de Fourier ; voir à ce propos les nombreuses illustrations et citations dauteurs mentionnées à lentrée « passion » par le Nouveau Petit Robert : pas une ne provient décrits en rapport avec le fouriérisme.
Sans citer aucun nom, les associationnistes soulignent cependant cette spécificité, qui confère sa qualité à la doctrine : « The supposition, then, that the social Organization propounded by Charles Fourier, is an individual scheme or a system of his own invention, is a great error. Fourier takes nothing to himself, and reiterated the declaration that he proposes no system of his own, but the system of naturethe Providential and Divine Social Order. He does not trust to his own or any human speculations, but claims to have discovered the law of Order which governs in all spheres [& ] It [the Social Organization explained by Fourier] rests, therefore, upon a religious and Providential basis. » (The Phalanx, vol. I, nÚ7, 01/04/1844, p. 87. Souligné par lauteur)
Idem.
Idem.
« Not wishing to take a name so much abused as that of Reformer, we have chosen the simple name of Associationists, and used it in all our works and on all occasions. » (Albert Brisbane, « The American Associationists », The United States Democratic Review, vol. XVIII, nÚ92, fév. 1846, pp. 142-147, p. 142
http://cdl.library.cornell.edu/cgi-bin/moa/pageviewer?frames=1&coll=moa&view=50&root=%2Fmoa%2Fusde%2Fusde0018%2F&tif=00148.TIF&cite=http%3A%2F%2Fcdl.library.cornell.edu%2Fcgi-bin%2Fmoa%2Fmoa-cgi%3Fnotisid%3DAGD1642-0018-40 ; dernière consultation le 25/04/2003)
Idem.
Albert Brisbane, « The Question of a Social Reform », The Liberator, vol. XV, nÚ30, 01/08/1845, p. 124.
Il s agit ici de la North American Phalanx, située non loin de New York.
N. L. Swan, introdution à North American Phalanx, Exposé of the Condition and Progress of the North American Phalanx: in Reply to the Inquiries of Horace Greeley, Porcupine Press, Philadelphie, 1975 [reprod. de léd. New York, DeWitt & Davenport, 1853, ajout dune introduction de N. L. Swan et dannexes de Fredrika Bremer et Charles Sears], p. 59.
John Humphrey Noyes, History of American Socialisms, Philadelphie, Lippincott, 1870.
À ce sujet, voir Ch. Fourier, lettre à Philip Orkney Skene, 17/09/1824, dans Jacques Gans, « Les relations entre socialistes de France et dAngleterre au début du XIXe siècle », Le mouvement social, n° 46, janvier-mars 1964, pp. 105-118, p. 108.
Denis Burckel et Loïc Rignol, « École sociétaire », dans Michèle Riot-Sarcey et alii, Dictionnaire des utopies, Paris, Larousse, les référents, 2002, p. 82.
Voir notamment un texte fondateur paru dès 1844 : A. Brisbane, « Fundamental Doctrines on which Association is Based, and Necessity of a Providential Foundation for Human Societies », The Phalanx, vol. I, nÚ7, 01/04/1844, pp. 88-96, p. 88.
François Jean-Félix Cantagrel, Le Fou du Palais-Royal, 2e édition, Paris, Fayard, Corpus des Suvres de philosophie en langue française, 1984 [1845].
Premier disciple, à la mort de Fourier, il tend à sopposer à Considerant et à lécole parisienne.
Fourier et Considerant sont tous deux originaires de Besançon.
Pierre Mercklé, « Le socialisme, lutopie ou la science ? La science sociale de Charles Fourier et les expérimentations sociales de l'Ecole sociétaire au XIXe siècle », thèse de sociologie sous la direction dYves Grafmeyer, Université Lyon-2, 2001
http://theses.univ-lyon2.fr/bases/detail_theses.php?titre=419
(dernière consultation le 20/05/2003)
Idem.
On relève des remarques suggérant cette opposition dans divers domaines : « La théorie appartient à la France, et lapplication à la Grande-Bretagne », affirme ainsi Léon Faucher à propos de la généralisation de laffranchissement moderne du courrier (Léon Faucher, « De la réforme de la taxe des lettres en France et en Angleterre », Revue des Deux Mondes, avr.-juin 1847, pp. 468-484, p. 471).
Pour un aperçu sur le fouriérisme britannique, voir Henri Desroche, La Société festive : du fouriérisme écrit aux fouriérismes pratiqués, Paris, Seuil, 1975, pp. 202-204.
« Quest-ce que le fouriérisme ? Je ne sais pas. Ma théorie est la continuation de celle de Newton
sur lattraction [
] Je [
] nai jamais accepté le terme de Fouriériste. » (Ch. Fourier, lettre à La Gazette des femmes, citée dans Jonathan Beecher, Fourier. Le visionnaire et son monde, Paris, Fayard, 1993, tr. fr. de Charles Fourier, The Visionary and his World, 1986, p. 502)
Victor Considerant, « Nouveauté et utopie », Le Phalanstère, 24/05/1833.
Voir lintroduction générale, pp. 59-61.
Pour Fourier, lhumanité passe par diverses époques : après la Sauvagerie, le Patriarcat ou la Barbarie, pour ne citer que les trois plus récentes, le XIXe siècle est celui de la Civilisation, dernier stade dun « état faux [et dune] culture morcelée et répugnante ». Létat suivant est « vrai », la culture y est qualifiée de « combinée et attrayante » ; il comprend le garantisme, le sociantisme et lHarmonie, dont les humains peuvent hâter la réalisation en suivant les recommandations de Fourier (Charles Fourier, « Livret dannonce » à louvrage Le Nouveau Monde industriel et sociétaire ou Invention du procédé dindustrie attrayante et naturelle : distribuée en séries passionnées, Paris, Bossange père, 1829-1830, p. 12).
Dès sa Théorie des quatre mouvements (1808), Fourier identifie douze passions : cinq sensuelles correspondant aux cinq sens, quatre affectives (amitié, amour, familisme, ambition), trois distributives (cabaliste goût de lintrigue , composite impétuosité, exaltation, plaisir des sens et de lâme , papillonne goût du changement). La combinaison entre ces différentes passions seffectue via la « tige passionnelle » que constitue l« unitarisme ». Un total de 810 combinaisons est possible.
À ce sujet, comparer la journée de Lucas, harmonien pauvre, « un des villageois enrôlés au début » à celle de Mondor, riche et exerçant des fonctions variées (Charles Fourier, Le Nouveau Monde industriel et sociétaire ou Invention du procédé d'industrie attrayante et naturelle distribuée en séries passionnées,1829, première partie, pp. 72-74
http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/livres/fourier_charles/nouveau_monde/nouveau_monde.html, dernière consultation le 04/08/2003).
Nouveau Petit Robert, op. cit.
Ibid.
De nombreux travaux ont été publiés sur ce phénomène, depuis létude pionnière de John H. Noyes, op. cit. et louvrage classique de Arthur Eugene Jr. Bestor, Backwoods Utopias: The Sectarian and Owenite Phases of Communitarian Socialism in America, 1663-1829, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 1950 (la publication du second tome, qui devait traiter plus particulièrement du fouriérisme, a été longtemps annoncée puis abandonnée), lui-même précédé par V. F. Calverton, Where Angels Dared to Tread, Indianapolis, Bobbs-Merrill, 1941 et par louvrage général de L. L. et Jessie Bernard, Origins of American Sociology: The Social Science Movement in the United State, New York, T. Y. Crowell, 1943. Il est impossible dénumérer ici tous les ouvrages parus depuis les années 1970, dont une partie est citée dans la bibliographie.
Voir par exemple le compte rendu dune conférence réformatrice tenue à Boston à la fin de lannée 1843 : « The question which created the strongest excitement in the Convention was that of a Community of Property [
] » (« Social Reform Convention at Boston », 30/12/1843, The Tribune, reproduit dans The Phalanx, vol. I, nÚ4, 05/01/1844, pp. 46-47, p. 47).
Les raisons avancées pour justifier une telle étude rejoignent une explication comme celle-ci : « a comparison between Rousseau and Fourier, on the one hand, and Marx and Engels, on the other, is valuable because it shows how much scientific socialism owes to its forerunners and how much it differs from them. Engels claimed that, thanks to Marx and himself, socialism had ceased to be a dream in order to become a science, but he was also the first to point out that instead of contemptuously rejecting the dreams of past generations, Marxist science had stressed the realistic character of most of the dreamers [
], whilst insisting that it was now possible and necessary to go one stage further and provide the scientific proof that socialism is inevitable. » (Naaman Kessous, Two French Precursors of Marxism: Rousseau and Fourier, Aldershot, Avebury, Avebury series in philosophy, 1996, p. 2)
Arthur E. Bestor, « Albert Brisbane Propagandist for Socialism in the 1840s », New York History, vol. XXVIII, nÚ2, avr. 1947, pp. 128-158.
Arthur E. Bestor, Backwoods Utopias& , op. cit.
Arthur E. Bestor, « The Evolution of the Socialist Vocabulary », Journal of the History of Ideas, vol. IX, nÚ3, juin 1948, pp. 259-302.
Voir par exemple Félix Armand, Fourier et les analogies avec le marxisme-léninisme, Paris, Socialisme et culture, 1937.
Félix Armand, Les Fouriéristes et les luttes révolutionnaires de 1848 à 1851, Paris, PUF, Centenaire de la Révolution de 1848, 1948, p. 10.
Parmi les exemples les plus récents, voir Jonathan Beecher, Victor Considerant and the Rise and Fall of French Romantic Socialism, Berkeley, Los Angeles, University of California Press, 2001. Louvrage classique de David Evans avait après-guerre contribué à populariser cette vision (David O. Evans, Social Romanticism in France, 1830-1848, Oxford, Clarendon Press, 1951).
« [the] incredible proliferation of reforms » (Ronald G. Walters, American Reformers 1815-1860, New York, Hill and Wang, 1978, p. ix).
Sur cette question, que lon naborde pas ici en tant que telle, voir Otohiko Okugawa, « Intercommunal Relationships among Nineteenth-Century Communal Societies in America », Communal Societies, vol. III, 1983, pp. 68-82.
Voir par exemple larticle dun journal anglais, The North British Review, reprenant des articles français et diffusé aux États-Unis via The Living Age (« Recent French Social Philosophy », The Living Age, vol. XVIII, nÚ1216, 01/08/1848,
http://library5.library.cornell.edu/cgi-bin/moa/pageviewer?root=%2Fmoa%2Flivn%2Flivn0018%2F&tif=00010.TIF&cite=http%3A%2F%2Fcdl.library.cornell.edu%2Fcgi-bin%2Fmoa%2Fmoa-cgi%3Fnotisid%3DABR0102-0018-3&coll=moa&frames=1&view=50 et suivantes ; dernière consultation le 25/04/2003).
Voir par exemple les amalgames entre les deux doctrines réalisés par les opposants au fouriérisme, par exemple dans J. A. Mc Master, « Societary Theories », The American Whig Review, vol. VII, nÚ6, juin 1848.
Sur ce sujet, voir une étude devenue classique : Henri Louvancour, De Henri de Saint-Simon à Charles Fourier, étude sur le socialisme romantique français de 1830, Chartres, Durand, 1913.
Richmond Laurin Hawkins, Auguste Comte and the United States, 1816-1853, Cambridge, Harvard UP, 1936.
Ibid., p. 15.
« Science of Unity », Present, 15/11/1843.
William Mitchell Gillepsie est lauteur de cette Philosophy of Mathematics.
« Comtes Cours de philosophie positive was evidently too formidable for even the most enlightened American readers, since, so far as my knowledge goes, only two members of the Protestant clergy to wit, William Henry Channing and Joseph Henry Allen had the courage to read it through before 1852. » (R. L. Hawkins, op. cit., p. 25)
« What was needed at this time was a short work of explanation, of interpretation, of vulgarization, in order that the ensemble of Comtes system might be presented clearly to the multitude. » (idem)
Lédition sous forme de livre date de 1845 : De la philosophie positive, Paris, 1845, 8 volumes.
« It would seem that Youngs translation did not gain a wide circulation, since, [
] when Joseph Henry Allen named the few important works dealing with the Cours which had come to his notice before 1851, he failed to mention either Littrés articles or Youngs translation of them » (R. L. Hawkins, op. cit., p. 26)
Luisa Cetti, Un Falansterio a New York : lUnitary Household (1858-1860) e il riformismo prebellico americano, Palerme, Sellerio, 1992.
Par exemple R. Walters, op. cit., notamment chap. II, « Heaven on Earth » (pp. 39-60) et chap. III, « Earth as Heaven » (pp. 61-75). Plus généralement, voir lintroduction générale, pp. 37-50 et passim.
A. Bestor, « Albert Brisbane
», op. cit.
Albert Brisbane, A Mental Biography; With a Character Study by his Wife, Redelia Brisbane, Boston, Arena Pub. Co., 1893, p. 171.
A. Bestor, « Albert Brisbane
», op. cit., note 16 p. 138.
Lettre de Charles Fourier à Jean Manesca, citée dans C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., note 55 p. 30.
La version originale (orthographe, grammaire, ponctuation) a été conservée.
Lettre du 12 septembre 1833, dans Terry H. Pickett et Françoise de Rocher (eds.), Letters of the American Socialist Albert Brisbane to K. A. Varnhagen von Ense, Heidelberg, Carl Winter - Universitätsverlag, 1986, pp. 39-40.
« [
] je me suis engagé dans les spéculations de terres » (lettre inédite de Brisbane à Fourier du 01/08/1836, citée dans Hubert Bourgin, Fourier : Contribution à létude du socialisme français, Paris, Société nouvelle de librairie et dédition, 1905, p. 474 note 1).
Albert Brisbane, Social Destiny of Man; or, Association and Reorganization of Industry, Philadelphia, C. F. Stollmeyer, 1840.
Il sagit de The Phalanx (à ne pas confondre avec le périodique qui paraîtra par la suite sous le même nom) ; au sujet de ce journal, voir A. Bestor, « Albert Brisbane
», op. cit., p. 143.
12 000 exemplaires selon un historien français de la fin du XXe siècle (Guillaume de Bertier de Sauvigny, La Révolution parisienne de 1848 vue par les Américains
, Paris, ville de Paris, 1984, p. 16), alors que Brisbane, dans sa correspondance, avance le chiffre de 24 000 abonnés (T. Pickett et Fr. de Rocher (eds.), op. cit., lettre de Paris, 16/08/1844, p. 50). Le second chiffre paraît élevé, le premier place déjà le New York Tribune parmi les deux ou trois quotidiens new yorkais à plus fort tirage.
Lexpression est de Bestor, qui consacre une annexe (supplementary note) au marché conclu entre Greeley et Brisbane et plus généralement aux aspects journalistiques de la propagande fouriériste dans les années 1840 (A. Bestor, « Albert Brisbane
», op. cit., pp. 150-154).
« [
] he wrote succinct and varied columns that related Fourierism to American traditions and contemporary reform movements, outlined its practical arrangements, and reported on Fourierist meetings and conventions in the United States and France. » (C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 33)
Voir par exemple les articles de Charles Robert Crowe, « The Unnatural Union of Phalansteries and Transcendentalists », Journal of the History of Ideas, vol. XX, nÚ4, oct.-déc. 1959, pp. 495-502 et « Fourierism and the Founding of Brook Farm », Boston Public Library Quarterly, nÚ12, avr. 1960, pp. 79-88, et celui de Richard Francis, « The Ideology of Brook Farm », dans Joel Myerson (éd.), Studies in the American Renaissance, 1977, pp. 1-48, Boston, Twayne, 1978, ou encore louvrage de Edith Roelker Curtis, A Season in Utopia: The Story of Brook Farm, New York, Thomas Nelson & Sons, 1961. Dautres études plus anciennes datent des premières décennies du XXe siècle.
Parmi les études, citons Herman Belz, « The North American Phalanx: An Experiment in Socialism », Proceedings of the New Jersey Historical Society, vol. LXXXI, nÚ4, oct. 1963, pp. 215-247 ; George Kirchmann, « Unsettled Utopias: The North American Phalanx and the Raritan Bay Union », New Jersey History, vol. XCVII, nÚ1, printemps 1979, pp. 25-36 et « Why Did They Stay? Communal Life at the North American Phalanx », dans Paul A. Stellhorn (ed.), Planned and Utopian Experiments: Four New Jersey Towns, Trenton, New Jersey Historical Commission, 1980, pp. 11-28. Edward Spann consacre également un chapitre à la NAP (Edward K. Spann, Brotherly Tomorrows: Movements for a Cooperative Society in America, 1820-1920, New York, Columbia UP, 1989, « The Phalanx in Dream and Reality », pp. 101-121).
Joseph Schafer, « The Wisconsin Phalanx », Wisconsin Magazine of History, vol. XIX, nÚ4, juin 1936, pp. 454-474.
James M. Morris, « Communes & Cooperatives: Cincinnati s Early Experiments in Social Reform », Cincinnati Historical Society Bulletin, vol. XXXIII, nÚ1, printemps 1975, pp. 57-80.
Jayme A. Sokolow, « Culture and Utopia: The Raritan Bay Union », New Jersey History, vol. XCIV, nÚ2-3, été-automne 1976, pp. 89-100.
Charles Robert Crowe, « Utopian Socialism in Rhode Island, 1845-1850 », Rhode Island History, vol. XVIII, nÚ1, janv. 1959, pp. 20-26.
Paul A. Stellhorn (ed.), op. cit.
Arthur E. Bestor, Jr., « American Phalanxes : A Study of Fourierist Socialism in the United States (with Special Reference to the Movement in Western New York) », Ph.D., New Haven, Yale University, 1938.
Pour une étude détaillée des phalanstériens, voir Carl Guarneri, « Who Were the Utopian Socialists? Patterns of Membership in American Fourierist Communities », Communal Societies, vol. V, automne 1985, pp. 65-81.
Voir par exemple H. Desroche, op. cit., pp. 356-357.
Lexplication donnée par les membres de la communauté, à savoir des gelées inattendues qui en juillet auraient détruit toutes leurs récoltes et les auraient contraints à quitter les lieux, est cependant sujette à caution ; pour une réfutation, voir
http://www.corvalliscommunitypages.com/Americas/US/USNotOregon/welcome_to_the_sylvania_associat.htm (dernière consultation le 13/05/2003)
N. L. Swan, introduction à North American Phalanx, Exposé of the Condition and Progress
, op. cit.
« Fouriers name in French means a Harbinger ; also a Purveyor, or Quarter-Master in an army. » (Parke Godwin, A Popular View of the Doctrines of Charles Fourier, Philadelphie, Porcupine Press, 1972 [1844], note p. 28)
67 pages au total.
Albert Brisbane, « On Association and Attractive Industry », The United States Democratic Review, vol. X, nÚ43-44-46-48, janv.-fév.-avr.-juin 1842.
références plus complètes dans l index du volume X : http://cdl.library.cornell.edu/cgi-bin/moa/pageviewer?frames=1&cite=&coll=moa&view=50&root=%2Fmoa%2Fusde%2Fusde0010%2F&tif=00007.TIF (dernière consultation le 08/05/2003).
The Liberator, dans le vol. XV (1845), nÚ30, 01/08 (p. 124), nÚ33, 15/08 (p. 132), nÚ36, 05/09 (p. 144), nÚ38, 19/09 (p. 152), nÚ40, 03/10 (p. 160), nÚ43, 24/10 (p. 172), nÚ50, 12/12 (p. 200). Il s agit de lettres adressées à William Lloyd Garrison, éditeur du journal, et publiées à la rubrique « REFORMATORY » sous le titre « THE QUESTION OF A SOCIAL REFORM ».
A. Brisbane, « The American Associationists », op. cit.
Albert Brisbane, Association; or, A Concise Exposition of the Practical Part of Fouriers Social Science, New York, Greeley & McElrath, 1843.
Édition originale : Parke Godwin, A Popular View of the Doctrines of Charles Fourier, New York, J. S. Redfield, 1844.
H. H. Clements, « The Sabbath of the Heart - Religious Union of the Associationists », The American Whig Review, vol. V, nÚ5, mars 1847.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 280.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 281 ; Charles Crowe, « Christian Socialism and the First Church of Humanity », Church History, nÚ35, mars 1966, pp. 93-106 ; Clements, op. cit.
« By 1847 only a few phalanxes still existed, but rather than joining or supporting them, an important Fourierist remnant gathered in a utopian socialist church to keep their faith alive. The Fourierist movement may not have become a church, but adherents who founded one and concentrated their remaining fervor upon it were admitting Associationisms defeat as a social movement and adopting the same sectarianism they had sworn to avoid. » (C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., pp. 282-283 souligné par lauteur)
Voir supra, pp. 450-451.
Carl Guarneri, « LUtopie et la Deuxième Révolution américaine : le mouvement fouriériste aux États-Unis, 1840-1860 », Cahiers Charles Fourier, nÚ3, 1992, pp. 36-52, p. 37.
Michèle Madonna Desbazeille avance le chiffre de 200 000 de 1837 à 1848 (Michèle Madonna Desbazeille, « L Amérique, terre d exil et terre d asile pour fouriérisme pratiqué », communication faite au colloque « La conquête des espaces », ELAN, mars 1993, manuscrit, p. 4).
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., « Apostles of Association », pp. 35-59. Le développement proposé ici sappuie sur cette section de louvrage de Carl Guarneri.
Ibid., p. 35.
Sur ce point, en plus des numéros du Harbinger de lépoque, voir Joel Myerson, « New Light on George Ripley and the Harbingers New York Years », Harvard Library Bulletin, nÚ33, été 1985, pp. 313-336.
« [& ] nous avons triomphé: nous avons gagné un si grand nombre de personnes à nos principes, que notre cause ne peut plus reculer: elle ne peut qu avancer. » (T. Pickett et Fr. de Rocher (eds.), op. cit., lettre de Paris, 16/08/1844, p. 50)
Albert Brisbane, General Introduction to Social Science, Part first, Introduction to Fouriers Theory of Social Organization, by Albert Brisbane, Part second, Social Destinies, by Charles Fourier, Westport, Hyperion, The radical transition in America, 1976 [reprod. de léd. New York, C. P. Somerby, 1876].
Au début des années 1830, Fourier publie une violente diatribe contre les deux autres penseurs « socialistes utopiques » : Charles Fourier, Pièges et charlatanisme des deux sectes Saint-Simon et Owen qui promettent l'association et le progrès, numérisation de léd. de Paris, Bossange, 1831
http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=N085602
(dernière consultation le 05/08/2003).
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 31.
Anne C. Rose, Transcendentalism as a Social Movement, 1830-1850, New Haven, Yale UP, 1981, pp. 207 et 225.
« Extremes are getting less extreme; conservatism concedes a little and reform softens somewhat; and one feels, amidst the transition of our time, the sure signs of an improved order of things. » (Bronson Alcott, Journals, cité par A. Rose, ibid., p. 207)
T. Pickett et Fr. de Rocher (eds.), op. cit., lettre de Paris, 16/08/1844, p. 50.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., notamment la section « Emancipation Plans and the Louisiana Connection », pp. 261-267.
Anglais vivant principalement à Paris, Hugh Doherty est une figure de lécole sociétaire mais aussi du fouriérisme britannique.
The Phalanx, vol. I, nÚ1, 05/10/1843, p. 1.
Sur l importance du fouriérisme dans l histoire américaine, citons une affirmation de Bestor souvent reprise : « Le fouriérisme est le plus important de tous les mouvements communautaires à étudier, si l on veut faire la lumière sur les forces fondamentales dans la vie américaine. » (cité dans Simone Debout-Oleszkiewicz, « Fouriérisme », Encyclopædia Universalis, tome 7, 1985)
C. Guarneri, « LUtopie et la Deuxième Révolution américaine
», op. cit., p. 39. Souligné par lauteur. Larticle « résume et présente sous une forme un peu différente » lanalyse contenue dans The Utopian Alternative, op. cit.
« Fourierist phalanxes had ceased to be a vital option for American society » (C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 384).
C. Guarneri, « LUtopie et la Deuxième Révolution américaine
», op. cit, p. 50.
Vincent Prieur, « Un Syncrétisme utopique : le cas du fouriérisme américain (1840-1850) », dans John Bartier et alii, 1848 : Les Utopismes sociaux, utopie et action à la veille des journées de Février, pp. 261-272, Paris, SEDES, 1981.
M. Madonna Desbazeille, op. cit.
H. Desroche, op. cit., pp. 208-215.
Ibid., pp. 349-366.
Maurice Buchs, « Le Fouriérisme aux États-Unis : Contribution à létude du socialisme américain », thèse de doctorat, Université de Paris, 1948.
J. H. Noyes, op. cit.
Arthur E. Bestor, Backwoods Utopias
, op. cit.
V. F. Calverton, op. cit. Lauteur consacre un chapitre à différentes communautés, y compris Brook Farm, mais traite des phalanstères en annexe, car ils sont selon lui importants sans toutefois mériter un chapitre entier (« [The appendix is] devoted to a brief discussion of other colonies which were important, but which I feel do not deserve the entire space of a chapter », p. 351).
Jean-Christian Petitfils, La Vie quotidienne des communautés utopistes au XIXe siècle, Paris, Hachette, littérature générale, 1982.
Carl Guarneri, « Importing Fourierism in America », Journal of the History of Ideas, vol. XLIII, nÚ4, oct-déc. 1982, pp. 581-594, note 581.
T. D. Seymour Bassett, « The Secular Utopian Socialists », dans Donald Drew Egbert et Stow Persons (eds.), Socialism and American Life, vol. 1, Princeton, Princeton UP, 1952, pp. 153-211.
« The main purpose of this essay is to outline the Americanization of European secular utopian socialism. » (ibid., p. 156)
Parmi les biographies récentes toutefois, relevons au moins les travaux de Jonathan Beecher, auteur dune biographie sur Fourier (Fourier, op. cit.) et dune autre sur Considerant (Victor Considerant
, op. cit.).
Charles Robert Crowe, George Ripley, Transcendentalist and Utopian Socialist, Athens, University of Georgia Press, 1967 et Henry Golemba, George Ripley, Boston, Twayne, 1977.
Janet E. Steele, The Sun Shines for All: Journalism and Ideology in the Life of Charles A. Dana, Syracuse, Syracuse UP, 1993.
John R. Wennersten, « Parke Godwin, Utopian Socialism, and the Politics of Antislavery », New York Historical Society Quarterly, vol. LX, nÚ3/4, juil.-oct. 1976, pp. 107-127.
David Robinson, « The Political Odyssey of William Henry Channing », American Quarterly, vol. XXXIV, nÚ2, été 1982, pp. 165-184.
George Willis Cooke, John Sullivan Dwight: Brook Farmer, Editor, and Critic of Music, Hartford, Transcendental Books, 1973 [1re éd. Boston, Small, Maynard, 1898].
Auparavant, Brisbane avait eu droit à une biographie qui relève largement de la légende dorée, avec celle publiée par sa dernière femme sur la foi de ses propres dires et écrits : A. Brisbane, A Mental Biography; With a Character Study by his Wife
, op. cit.
Oliver Carlson, Brisbane; A Candid Biography, New York, Stackpole Sons, 1937.
A. Bestor, « Albert Brisbane
», op. cit.
Robert H. et Jeanette C. Lauer, The Spirit and the Flesh: Sex in Utopian Communities, Metuchen, Scarecrow Press, 1983.
En plus des travaux de Charles Crowe, on peut citer C. Guarneri, « The Associationists: Forging a Christian Socialism in Antebellum America », Church History, nÚ52, mars 1983, pp. 36-49.
Pour larchitecture des bâtiments, voir Dolores Hayden, Seven American Utopias: The Architecture of Communitarian Socialism, 1790-1975, Cambridge, MIT Press, 1976 ; pour larchitecture environnementale, voir Albert Fein, « Fourierism in Nineteenth-Century America: A Social and Environmental Perspective », dans Mathé Allain (éd.), France and North America: Utopias and Utopians, proceedings of the Third Symposium of French-American Studies, 1974, Lafayette, University of Southwest Louisiana, 1978, pp. 133-148.
Pour une vue générale sur la question, voir C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., notamment la section « Retreat to Gradualism : Guarantist Reforms », pp. 283-289.
Lexpression choisie pour la France entre dautant mieux en résonance avec ce chapitre que fouriérisme et utopie constituent des notions très proches dans la recherche française et étrangère.
Notons que lon regrette la perte de nombreux documents, en raison par exemple dincendies dans les phalanstères ou de disparitions inexpliquées au XXe siècle.
Douze numéros de ce titre sont produits à New York entre septembre 1843 et le numéro double (11/12) du 1er avril 1844.
À ce sujet, voir par exemple lentrefilet de présentation de The Present inséré dans The Phalanx (The Phalanx, vol. I, nÚ1, 05/10/1843, p. 15).
Le changement de sous-titre est effectif à partir du 4 mai 1844 (vol. I, nÚ9).
A. Brisbane et O. McDaniel, « Exposition of Views and Principles. Politics, Industry, Religion », The Phalanx, vol. I, nÚ1, 05/10/1843, pp. 4-10.
The Phalanx, vol. I, nÚ1, 05/10/1843, p. 15.
A. Brisbane, Social Destiny of Man& , op. cit.
A. Brisbane, Association& , op. cit.
P. Godwin, A Popular View of the Doctrines of Charles Fourier, with the Addition of Democracy, Constructive and Pacific, op. cit. Notons que Democracy
paraît pour la première fois en 1843, A Popular View of the Doctrines of Charles Fourier en 1844.
P. Godwin, ibid., p. 6.
Idem.
« Enfin nous avons rempli la tâche que nous nous étions imposée ; nous avons présenté la conception dans son ensemble, nous avons parlé non-seulement de ce que Fourier propose, mais encore de ce quil prévoit pour lavenir ; nous avons abordé toutes les questions, depuis la réforme de la commune, jusquaux modifications que le temps doit apporter dans les murs, jusquaux calculs cosmogoniques et analogiques : nous avons tout dit. » (Hippolyte Renaud, Solidarité, vue synthétique sur la doctrine de Charles Fourier, 1re éd., Paris, Librairie de lécole sociétaire, 1842, p. 265)
Sept éditions sont répertoriées dans le catalogue de la Bibliothèque nationale pour les années 1842-1898.
« [
] un relevé des ventes donné par lAlmanach Phalanstérien de 1846 lui reconnaît, et de loin, la première place dans les ouvrages fouriéristes en circulation : 7 140 exemplaires pour lannée 1846, contre quelque 2 000 pour louvrage de Considerant le plus répandu, et 250 à 400 exemplaires pour les livres de Fourier lui-même » (H. Desroche, op. cit., p. 327).
Renaud nhésite ainsi pas à parer la doctrine fouriériste des vertus théologales (« [
] nous avons montré notre FOI, notre ESPÉRANCE et notre CHARITÉ ! », H. Renaud, op. cit., p. 266), ou encore s attache à contrer les accusations selon lesquelles « 1Ú La doctrine est dangereuse pour l ordre » (ibid., pp. 267-268) « 2Ú La doctrine est immorale » (ibid., pp. 268-271), « 3Ú La doctrine est impie » (ibid., pp. 272-273).
Voir p. 485.
Les recherches effectuées en France, en Grande-Bretagne auprès de la British Library, dans le catalogue collectif des périodiques en Allemagne et dans le catalogue collectif des périodiques en Belgique se sont toutes révélées infructueuses.
Des requêtes fréquemment répétées de septembre à novembre 2002 auprès du service des microfilms sont restées vaines.
http://cdl.library.cornell.edu/moa/index.html (dernière consultation le 12/05/2003)
Donald C. McLaren, Boa Constrictor; or, Fourier Association Self-Exposed as to Its Principles and Aims, Rochester, Canfield & Warren, 1844.
« Unlike many European contemporaries, Fourier cherished no conception of the New World as the hope of the future, a new golden land upon which an ideal society might easily be planted. » (C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 24)
Pierre Mercklé, op. cit.
« [
] gave a cosmopolitan air to American Fourierism and a semblance of unity to utopian socialism in the Old and New Worlds. » (C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 248)
Idem.
Recherche effectuée pour la dernière fois en mai 2003.
« Propriété. - Famille. - Religion », trad. de langlais de A. Brisbane par Louis Barré, La Phalange, t. 3, 3e série, 1841, p. 632. La présentation de Barré et le texte de Brisbane occupent cependant moins dune colonne.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 249.
Pour une liste des articles de presse concernant les associationnistes, voir M. Buchs, op. cit., pp. 209-212.
Charles Fourier, The Passions of the Human Soul, tr. Rev. John Reynell Morell, With Critical Annotations, a Biography of Fourier, and a General Introduction, par Hugh Doherty, Londres et New York, H. Bailliere, 1851.
Charles Fourier, The Social Destiny of Man; or, Theory of the Four Movements, tr. Henry Clapp, Jr., With a Treatise on the Functions of the Human Passions and an Outline of Fouriers System of Social Science, par Albert Brisbane, New York, Gordon Press, 1972 [reprod. de léd. de 1857].
« [the articles] were not deemed likely to interest the French public [who were] very far from being cosmopolitan in their outlook. » (Hugh Doherty, lettre à Parke Godwin, 17/08/1847, citée dans C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 249)
Jules Duval, lettre du 01/07/1844 (citée dans C. Guarneri, ibid., p. 249).
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., pp. 249-251.
Illustration dans le fait que Considerant ne parle pas anglais lorsquil arrive aux États-Unis pour la première fois. Ce nest qualors quil apprend la langue, quil ne maîtrisait pas durant la décennie 1840.
En 1844, Brisbane part pour la France avec deux documents, qui sont reproduits dans La Démocratie pacifique : « Aux Phalanstériens dEurope » et « Aux amis Européens de lASSOCIATION fondée sur les lois de la Science Sociale découverte par CHARLES FOURIER », La Phalange, 1845, t. 2, vol. I, pp. 129-133
http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n095711.htm (dernière consultation le 27/05/2003).
V. Considerant, réponse du comité central de lÉcole sociétaire « Au comité exécutif de la première convention annuelle des partisans de la cause de lASSOCIATION UNIVERSELLE aux États-Unis » (ibid., pp. 133-142).
Convention du 25/11/1844 signée par A. Brisbane et V. Considerant, citée dans C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 249.
« Beneath the sporadic and disappointing record of French-American contacts lay not only problems of communication and preoccupation with different social contexts but a deep current of nationalism that divided the two branches of the Fourierist movement. » (C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 250)
Cest notamment ce que montre ladresse des Américains aux Européens dont Brisbane est porteur lors de son voyage de 1844. Le point mérite cependant mieux quune note de bas de page, et un développement plus complet lui est consacré, notamment pp. 488-491 (§ « Nationalisme ») et 538-540 (§ « Devoirs sociaux engendrés par la supériorité politique »).
« On the one hand, Albert Brisbane and the Americans separated what they regarded as absurdities and immoralities from the communal plan scattered throughout Fouriers writings. On the other, they preserved enough of Fouriers theory to demonstrate that the phalanx was part of the divine law governing all aspects of human nature » (C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 94).
Au sujet des adaptations réalisées par Brisbane, voir par exemple A. Bestor, « Albert Brisbane
», op. cit., pp. 146-148.
Brisbane se fonde sur un modèle réduit imaginé par Fourier, qui exige 400 personnes au lieu du chiffre idéal de 1620.
« Unnatural union » est une expression de James Kay, Jr. utilisée par Charles Crowe à propos des phalanstériens et des transcendantalistes (Charles Robert Crowe, « This Unnatural Union of Phalansteries and Transcendentalists », Journal of the History of Ideas, vol. XX, nÚ4, oct.-déc. 1959, pp. 495-502) et reprise par Carl Guarneri pour qualifier la relation entre les Américains et le fouriérisme (C. Guarneri, « Importing Fourierism in America », op. cit., p. 581).
Victor Considerant, La Solution ou le gouvernement direct du peuple. Exposition abrégée du système phalanstérien de Fourier, reprod. de léd. de Paris, Librairie phalanstérienne, 1845-1851
http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=N005454 (dernière consultation le 25/04/2003).
Voir par exemple P. Mercklé, op. cit.
A. Brisbane et O. McDaniel, « What is Association? », The Phalanx, 2 parties, vol. I, nÚ4, 05/01/1844, pp. 56-58, et nÚ9, 04/05/1844, pp. 131-132.
La Démocratie pacifique, 20/02/1849, cité par H. Desroche, op. cit., p. 200.
A. Brisbane, General Introduction to Social Science, op. cit., pp. iii-iv.
Cité dans E. R. Curtis, op. cit., p. 206.
Charles Dana, « Failure of Associations », The Phalanx, vol. I, nÚ23, 28/05/1845, pp. 348-349.
Dans un article paru quelques mois plus tard dans The Harbinger, Ripley confirme cette image de surexcitation néfaste : « The primary effervescence which is always produced by the agitation of new ideas, we may now trust is well over; the foam and acum which have been brought to the surface, are passing away [
] » (George Ripley, « Progress of the Cause of Association », The Harbinger, vol. I, nÚ7, 26/07/1845, p. 110).
Charles Dana, « Failure of Associations », op. cit., p. 348.
Idem.
Ibid., p. 349.
« Spread of the Doctrine of Association and Practical Trials », The Phalanx, vol. I, nÚ1, 05/10/1843, p. 15.
Idem.
La Démocratie pacifique, « Documents phalanstériens », 1844, pp. 129-142, p. 132.
Lexpression est de Karl Popper.
Voir par exemple A. Brisbane, A Concise Exposition of the Doctrine of Association
, op. cit., p. 15.
Charles Sears, The North American Phalanx, an Historical and Descriptive Sketch, reprod. de léd. Prescott, John M. Pryse, 1886, dans North American Phalanx, Exposé of the Condition and Progress
, op. cit., annexe non paginée.
Différence relevée et citée dans C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 97.
P. Godwin, A Popular View
, op. cit., pp. 89-90.
Ibid., p. 86.
Lexpression est de Léon Cellier.
Sur ce sujet, voir par exemple J. Beecher, Fourier, op. cit., p. 90.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., pp. 115 sq.
À la fin du XIXe siècle, Noyes soulignait déjà que Brisbane était sans doute moins religieux que Fourier (J. H. Noyes, op. cit., p. 248). Pour un aperçu de ladaptation réalisée par Brisbane, voir A. Bestor, « Albert Brisbane
», op. cit., pp. 146-148.
Il est lauteur dau moins deux ouvrages traitant de questions religieuses : H. H. Van Amringe, Nature and Revelation, New York, R. P. Bixby, 1843, et Association and Christianity, Pittsburgh, J. W. Cook, 1845.
C. Guarneri, « Who Were the Associationists? », op. cit., pp. 68-70.
Au sujet de cette secte, voir notamment Ch. Crowe, « Christian Socialism and the First Church of Humanity », op. cit.
Voir par exemple J. S. Dwight, « Individuality in Association », The Harbinger, vol. I, 04/10/1845, p. 264.
Octavius Brooks Frothingham, George Ripley, Boston, Houghton Mifflin, 1882, cité dans C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 120.
John OSullivan, « The Great Nation of Futurity », 1839
http://www.civics-online.org/library/formatted/texts/manifest_destiny.html (dernière consultation le 08/06/2003)
Cet article est a été publié dans la Democratic Review sous couvert danonymat ; il est de tradition de lattribuer à son rédacteur en chef OSullivan.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 99.
La Démocratie pacifique, « Documents phalanstériens », op. cit., p. 133. Souligné par les auteurs.
Idem. Souligné par les auteurs.
Idem.
Idem.
« One of the Problems of the Age », The Phalanx, vol. I, nÚ11, 01/06/1844, pp. 155-159.
Ibid., p. 155.
Idem.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., pp. 102 sq.
A. Brisbane, Association
, op. cit., p. 4. Les citations suivantes sont tirées du même passage, pp. 4-8.
NB : la première traduction de Tocqueville paraît aux États-Unis en 1838.
« [
] the important point here is the remarkable extent to which all reformers utopians included shared basic nationalist notions of democracy, republicanism, and Christianity as premises for their quest to purify the nation for the coming millenium. » (C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 77)
Voir infra, notamment § « Nécessité de la réforme globale » pp. 493-494.
A. Rose, op. cit.
Au sujet du journal Social Reformer, voir le compte rendu proposé dans The Phalanx, vol. I, nÚ10, 18/05/1844, p. 147.
A. Brisbane, « The American Associationists », op. cit., p. 142.
A. Brisbane, « On Association and Attractive Industry », 2e article, The United States Democratic Review, vol. X, nÚ44, fév. 1842, p. 168
http://cdl.library.cornell.edu/cgi-bin/moa/pageviewer?frames=1&coll=moa&view=50&root=%2Fmoa%2Fusde%2Fusde0010%2F&tif=00178.TIF&cite=http%3A%2F%2Fcdl.library.cornell.edu%2Fcgi-bin%2Fmoa%2Fmoa-cgi%3Fnotisid%3DAGD1642-0010-30 (dernière consultation le 13/05/2003).
A. Brisbane, Social Destiny
, op. cit., page de titre.
The Phalanx, vol. I, nÚ1, 05/10/1843, p. 1.
Ibid., p. 3.
A. Brisbane et O. McDaniel, « Exposition of Views and Principles& », op. cit., p. 4.
J. Beecher, Fourier, op. cit., p. 229.
Pour une définition du féminisme américain, voir la partie précédente, notamment pp. 270-271.
P. Godwin, A Popular View& , op. cit., p. 88.
« Fourier Association », The Phalanx, vol. I, nÚ5, 05/02/1844, non paginé (le nÚ4 termine p. 58, le nÚ5 proprement dit commence p. 59, cet article se trouve au verso d une interpage dont le recto est occupé par une impression de la brochure de présentation, indiquant la référence vol. I, nÚ5). Souligné par l auteur.
Zoé Gatti de Gamond (tr. du français), « Condition of Woman in Harmony », The Phalanx, vol. I, nÚ16, 10/08/1844, pp. 234-236.
Par exemple, les femmes peuvent détenir des actions du phalanstère, mais même à la NAP, pourtant au premier rang à cet égard, elles nen possèdent que 12%. Leur participation aux décisions politiques sen trouve donc réduite.
En plus des restrictions dues à une participation très minoritaire parmi les actionnaires, des mesures sappliquent au cas par cas ; citons par exemple un article de la constitution de la Wisconsin Phalanx stipulant que seuls les hommes pouvaient se prononcer sur le renvoi des membres de la communauté.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 210.
Marianne Dwight, Letters from Brook Farm, 1844-1847, éd. Amy L. Reed, Poughkeepsie, New York, Vassar College, 1928.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 211.
Godwin reprend sur ce point une présentation de Doherty (P. Godwin, A Popular View
, op. cit., p. 88).
A. Brisbane, The Liberator, vol. XV, nÚ36, 05/09/1845, p. 144.
Idem.
Idem.
Gerrit Smith, History of the Erection of the Monument on the Grave of Myron Holley, reprod. de l éd. Utica, H.H. Curtiss, 1844, pp. 17-18. C est moi qui souligne.
http://libwww.syr.edu/digital/collections/g/GerritSmith/430.htm
(dernière consultation le 13/05/2003)
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., « Fourierism and the Coming of the Civil War », chap. XV, pp. 368-383.
John R. Wennersten, « Parke Godwin, Utopian Socialism, and the Politics of Antislavery », New York Historical Society Quarterly, vol. LX, nÚ3/4, juil.-oct. 1976, pp. 107-127.
L article « European Affairs » apparaît en première page de The Harbinger, vol. VI, nÚ21, 25/03/1848, p. 161.
Ibid., p. 165.
Fondé et dirigé par James Gordon Bennett, le New York Herald tire en 1847 à 18 000 exemplaires. Sa ligne éditoriale se fonde sur une répudiation de toute allégeance politique. Le quotidien favorise plutôt la rapidité de linformation, y compris internationale dès 1838, Bennett recrute des correspondants réguliers en poste à Londres et Paris (pour plus de précisions sur la presse new-yorkaise en 1848, voir G. de Bertier de Sauvigny, op. cit., pp. 15-18 ; plus généralement, voir Frank Luther Mott, American Journalism. A History: 1690-1960, 3rd ed., New York, MacMillan, 1962, p. 229 pour la fondation du New York Herald).
The Harbinger, vol. VI, nÚ21, 25/03/1848, p. 161.
The Harbinger, vol. VI, nÚ23, 08/04/1848, p. 179.
Pour un compte rendu de cette manifestation, voir ibid., pp. 179-181.
Ibid., p. 182.
Jon Wagner, « Success in Intentional Communities: The Problem of Evaluation », Communal Societies, vol. V, 1985, pp. 89-100.
Ce point est souligné par C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 98.
Nathaniel Hawthorne, Valjoie, tr. fr. de Blithedale Romance, Paris, Gallimard, 1952 [éd. originale : 1852].
Ch. Sears, op. cit.
Ibid., passim.
J. A. McMaster, « Societary Theories », The American Whig Review, vol. VII, nÚ6, juin 1848, pp. 632-646, p. 646
http://cdl.library.cornell.edu/cgi-bin/moa/pageviewer?root=%2Fmoa%2Famwh%2Famwh0007%2F&tif=00660.TIF&cite=http%3A%2F%2Fcdl.library.cornell.edu%2Fcgi-bin%2Fmoa%2Fmoa-cgi%3Fnotisid%3DABL5306-0007-96&coll=moa&frames=1&view=50 (dernière consultation le 25/04/2003).
Anonyme, recension de The Life of Fourier de Pellarin et Love in the Phalanstery de Hennequin, The United States Democratic Review, vol. XXIII, nÚ125, nov. 1848, p. 375
http://library5.library.cornell.edu/cgi-bin/moa/pageviewer?frames=1&coll=moa&view=50&root=%2Fmoa%2Fusde%2Fusde0023%2F&tif=00489.TIF&cite=http%3A%2F%2Fcdl.library.cornell.edu%2Fcgi-bin%2Fmoa%2Fmoa-cgi%3Fnotisid%3DAGD1642-0023-119 (dernière consultation le 25/04/03).
Joseph Schafer, « The Wisconsin Phalanx », Wisconsin Magazine of History, vol. XIX, nÚ4, juin 1936, pp. 454-474.
Ibid., p. 458.
Ibid., pp. 458-459.
Ibid., p. 460.
Ibid., p. 468. C est moi qui souligne.
Ibid., p. 472.
Ibid., p. 474.
V. F. Calverton, op. cit.
Par exemple, au lendemain de l incendie de la NAP, Greeley était prêt à investir de nouveaux fonds pour relancer le phalanstère, dont les causes de la disparition ne sont donc pas imputables uniquement à des problèmes dordre financier.
J. H. Noyes, op. cit., p. 19.
H. Desroche, op. cit., p. 357.
À ce sujet, voir notamment Rosabeth Moss Kanter, Commitment and Community: Communes and Utopias in Sociological Pespective, Cambridge, Harvard UP, 1972, pp. 93-94.
À propos de lhétérogénéité du recrutement dans les phalanstères, voir C. Guarneri, « Who Were the Utopian Socialists? », op. cit., notamment p. 81.
George Kirchmann, « Unsettled Utopias: The North American Phalanx and the Raritan Bay Union », New Jersey History, vol. XCVII, nÚ1, printemps 1979, pp. 25-36, p. 28.
E. R. Curtis, op. cit., p. 210.
Roger Mucchielli, Le Mythe de la cité idéale, Saint-Pierre de Salerne, Gérard Monfort, 1960, p. 145.
Ibid., p. 145.
Il ne sagit pas de faire de Fourier un nouveau Rousseau, mais de rappeler que les hommes ne sont mauvais que dans la mesure où leurs passions ne jouent pas librement, où ils évoluent dans une société qui, dans létat de Civilisation, est mauvaise.
Anonyme, « The Wandering Jew », The United States Democratic Review, vol. XVII, nÚ90, déc. 1845, pp. 417-423
http://cdl.library.cornell.edu/cgi-bin/moa/pageviewer?frames=1&coll=moa&view=50&root=%2Fmoa%2Fusde%2Fusde0017%2F&tif=00433.TIF&cite=http%3A%2F%2Fcdl.library.cornell.edu%2Fcgi-bin%2Fmoa%2Fmoa-cgi%3Fnotisid%3DAGD1642-0017-98 et suivantes (dernière consultation le 29/04/2003).
A. Brisbane, « The American Associationists », op. cit., p. 147. C est moi qui souligne.
The Phalanx, vol. I, nÚ10, 18/05/1844, p. 144.
The Phalanx, vol. I, nÚ6, 01/03/1844, p. 85.
The Phalanx, vol. I, nÚ16, 10/08/1844, p. 239.
« THE PHALANX will discuss political, social, and religious questions [& ] » (The Phalanx, vol. I, nÚ1, 05/10/1843, p. 1).
« [& ] reached the proportions and acquired many of the characteristics of a religious revival » (Whitney Cross, The Burned-Over District; The Social and Intellectual History of Enthusiastic Religion in Western New York, 1800-1850, Ithaca, Cornell UP, 1950, p. 328).
W. H. Channing, « Association in the United States », 1re partie, The Harbinger, vol. I, 20/09/1845, p. 237. On trouve dautres déclarations du même type sous la plume de Van Amringe, par exemple (voir The Phalanx, vol. I, nÚ8, 20/04/1844, p. 104).
The Phalanx, vol. I, nÚ7, 01/04/1844, p. 99.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 74.
Voir l introduction générale, pp. 52-55 et 64-66.
A. Brisbane, Association& , op. cit., « To the Reader », p. 2.
P. Godwin, A Democratic View& , op. cit., p. 114, repris dans The Phalanx, vol. I, nÚ10, 18/05/1844, p. 145.
Ibid., respectivement p. 117 et p. 146.
Anonyme, « Albert Brisbane », The United States Democratic Review, vol. XI, nÚ51, sept. 1842, p. 304. Souligné par lauteur.
Quelques spécialistes, tel Brownson, connaissaient bien la doctrine saint-simonienne. Ils restent cependant minoritaires.
« It is here that we should properly treat in detail of Fouriers doctrine respecting the intercourse of the sexes. But as this is always a delicate subject, so in respect to Socialism, and to Fouriers principles in particular, we doubt whether even the advantage of overwhelming his abominable system with a torrent of public indignation could compensate for defiling our pages and the English language with a bare recital of the outrages that he proposes not only against Christian morals but against the modesty which man has hitherto been found to cherish even in the barbarous and savage states. Our pen refuses the task, and we confine ourselves to generalities. » (J. A. McMaster, op. cit., p. 637)
Idem.
A. Brisbane, A Concise Exposition of the Doctrine of Association
, op. cit., p. 15. Cest moi qui souligne.
A. Brisbane et O. McDaniel, « What is Association? », seconde partie, The Phalanx, vol. I, nÚ9, 04/05/1844, pp. 131-132, p. 131.
On dort de toute façon bien peu en Harmonie&
Sur ce point et plus généralement pour une analyse de l architecture de la NAP et d autres collectivités non fouriéristes, dans la perspective des relations entre organisation sociale et architecture dans les communautés de type utopiste, voir notamment Dolores Hayden, op. cit.
Cette tendance savère pleinement conforme à ce qui se passe dans dautres domaines relatifs au logement collectif. Les innovations en matière darchitecture hospitalière, par exemple, notamment la construction de monoblocs de toutes formes, ninterviennent pas avant le début du XXe siècle : lun des premiers ouvrages traitant de ce type darchitecture date de 1918 (Edward F. Stevens, The American Hospital of the Twentieth Century, New York, Architectural record publishing company, 1918 [réédité en 1921 et 1928]), les années 1920 étant quant à elles marquées par plusieurs constructions novatrices (le Good Samaritan Hospital à Cincinnati, le Los Angeles General Hospital, en 1930 le New York Hospital).
P. Godwin, A Democratic View
, op. cit., p. 114, repris dans The Phalanx, vol. I, nÚ10, 18/05/1844, p. 145.
Idem.
The Phalanx, vol. I, nÚ15, 27/07/1844, p. 219.
Anonyme, « Fourierism », recension de A Concise Exposition of the Doctrine of Association& de Brisbane, New Englander and Yale Review, vol. IV, nÚ13, janv. 1846, pp. 56-72, plus particulièrement pp. 67-68.
http://cdl.library.cornell.edu/cgi-bin/moa/pageviewer?coll=moa&root=/moa/nwng/nwng0004/&tif=00066.TIF&view=50&frames=1 et suivantes (dernière consultation le 25/04/2003). Toutes les citations contenues dans le présent paragraphe proviennent de cet article.
P. Godwin, A Popular View
, op. cit., p. 28. Souligné par lauteur.
A. Brisbane, « Fundamental Doctrines on which Association is Based
», op. cit., p. 88.
Voir lintroduction générale p. 36.
A. Brisbane, « Fundamental Doctrines on which Association is Based
», op. cit., p. 88.
Idem.
« In this country Socialism has been presented to us chiefly under the name of Fourierism; and, indeed, both in France and here this may be considered the fairest and best representation of the Socialist theory. » (J. A. McMaster, op. cit., p. 632)
Idem.
Pour un aperçu concernant ce sujet, voir par exemple le chapitre « Defects of the system of Isolated Households » dans A. Brisbane, A Concise Exposition of the Doctrine of Association& , op. cit., pp. 18-19.
P. Godwin, A Popular View& , op. cit., pp. 27-28.
The Phalanx, vol. I, nÚ1, 05/10/1843, p. 1.
Voir par exemple la liste des avantages induits par l Association : le terme economy se retrouve dans plus de la moitié des conséquences positives engendrées par un tel système (« Fourier Association », The Phalanx, vol. I, nÚ5, 05/02/1844, p. 60).
A. Brisbane et O. McDaniel, « Exposition of Views and Principles& », op. cit., p. 6.
Voir par exemple James MacGregor Burns, The Vineyard of Liberty, New York, Knopf, 1981, p. 443.
Au sujet de la modernité américaine et de létablissement de la nation sur la base de la confiance mutuelle entre ses fondateurs et du contrat qui en découle, voir les commentaires de Hannah Arendt sur le pacte du Mayflower (Hannah Arendt, Essai sur la révolution, Paris, Gallimard, Tel, 1985, citée dans Jacques Donzelot, avec Catherine Mével et Anne Wyvekens, Faire société. La politique de la ville aux États-Unis et en France, Paris, Seuil, La couleur des idées, 2003, p. 346).
H. R. Schetterly, 20/05/1844, cité dans J. H. Noyes, op. cit., p. 392.
J. Donzelot, avec C. Mével et A. Wyvekens, Faire société
, op. cit., p. 343.
C. Guarneri, « Who Were the Associationists? », op. cit., pp. 70-76.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., p. 172.
Voir par exemple le compte rendu quen fait Charles Crowe en 1960 : « Numerically, skilled and un-skilled laborers predomined, but former ministers, teachers, farmers, clerks, and businessmen were present, and all lived together in a remarkably harmonious social relationship. [
] Inner cohesion together with able leadership and an urgent sense of mission soon made Brook Farm a center for the New England labor movement, as well as a political Mecca for American Fourierists. » (Ch. Crowe, « Fourierism and the Founding of Brook Farm », op. cit., pp. 79-80)
J. A. Sokolow, op. cit.
M. Dwight, op. cit., passim.
« Our feeling was, that Fourier had skipped no fact but one, namely, Life. He treats man as a plastic thing [
]; or, perhaps, as a vegetable [
] » (Ralph Waldo Emerson, « Fourierism and the Socialists », The Dial, 1842
http://etext.library.adelaide.edu.au/e/e53u/essay12.html, dernière consultation le 25/04/2003, ou
http://www.xmission.com/~seldom74/emerson/fourier.html, dernière consultation le 25/04/2003).
Le terme napparaît quau XXe siècle, mais force est de constater que le travail dans les usines et les prisons tendait à répondre dès le siècle précédent à sa définition.
C. Guarneri, The Utopian Alternative, op. cit., pp. 104-105.
Edward Magdol, The Antislavery Rank and File: A Social Profile of the Abolitionists Constituency, New York, Greenwood Press, 1986.
Voir lintroduction générale, p. 52.
Voir par exemple Victor Considerant, Description du phalanstère et considérations sociales sur larchitectonique. 2e éd., revue et corrigée. Paris, Librairie sociétaire, 1840.
Victor Considerant présente régulièrement sa candidature aux élections à partir de 1839 : il est élu en novembre 1843 au poste de conseiller général dans le Xème arrondissement de la Seine puis, après plusieurs échecs aux législatives, devient en avril 1848 député de lAssemblée constituante dans le Loiret sous létiquette « républicain socialiste ».
A. Brisbane, The Liberator, vol. XV, nÚ30, 01/08/1845, p. 124.
Idem.
A. Brisbane, The Liberator, vol. XV, nÚ38, 19/09/1845, p. 152.
Voir la partie consacrée à l abolitionnisme, notamment pp. 233-234.
A. Brisbane et O. McDaniel, « Exposition of Views and Principles& », op. cit., p. 4.
Idem. Souligné par les auteurs.
The Harbinger, vol. VI, nÚ22, 01/04/1848, p. 172.
Idem.
Idem.
Idem.
A. Brisbane et O. McDaniel, « Exposition of Views and Principles& », op. cit., p. 4. Souligné par les auteurs.
Idem.
A. Brisbane, The Liberator, vol. XV, nÚ30, 01/08/1845, p. 124.
A. Brisbane, The Liberator, vol. XV, nÚ33, 15/08/1845, p. 132 (souligné par l auteur) ; Brisbane reprend d ailleurs, un peu plus bas : « A Social Reform then being a means, and social happiness and elevation results [& ] » (idem).
A. Brisbane, The Liberator, vol. XV, nÚ38, 19/09/1845, p. 152.
Idem.
Idem.
« Épître de saint Paul aux Éphésiens », I, 9-10. Des expressions semblables sont employées par ailleurs dans les autres Épîtres pauliniennes, par exemple dans la lettre aux Galates, IV, 4.
La Démocratie pacifique, « Documents phalanstériens », op. cit., p. 131.
Ibid., p. 132. Souligné par les auteurs.
Ibid., p. 133.
Voir supra, § « Nationalisme », pp. 491-494.
La Démocratie pacifique, « Documents phalanstériens », op. cit., p. 133.
Idem. Souligné par les auteurs.
« The singular notions of Fourier and of other projectors of Socialist schemes, appear to be the necessary result of the wretchedness of a people like those of France, Ireland, and other European countries, ground down by centuries of bad government. The policy of the rulers of those countries has ever been to isolate the people individually, and to make each dependent upon the central head. The consequence has been great misery, and this misery suggested to some superficial brains the idea that it might be lessened by association [
] » (Anonyme, recension de The Life of Fourier
, op. cit.).
Idem.
Oreste Brownson, « Brook Farm », The United States Democratic Review, vol. XI, nÚ53, nov. 1842, pp. 481-496, p. 491.
Idem.
Ibid., p. 495.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Angelina Grimké, Appeal to Christian Women of the South, New York, American Anti-Slavery Society, 1836, p. 32.
http://jefferson.village.virginia.edu/utc/abolitn/abesaegat.html
(dernière consultation le 02/10/2002)
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