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universite pierre et marie curie, paris vi - TEL (thèses

11 déc. 2006 ... II.2.7.6.2 - Processus cognitifs, contenu et structure d'une description d'itinéraire ... III.1.2.2 - Appariement sur le niveau d'étude ...... Les patients ayant une lésion du cortex préfrontal (PFC) montrent des symptômes ...... et passer un difficile examen de connaissances spatiales (Maguire et Al ; 1997 ; 2000).




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UNIVERSITE PIERRE ET MARIE CURIE, PARIS VI
INSTITUT DE NEUROSCIENCE (IFR Pitié-Salpêtrière)
Année 2006


THESE

Pour obtenir le grade de

DOCTEUR DE L’UNIVERSITE PARIS VI
Discipline : Neurosciences

Présentée et soutenue par

Célia MORES--DIBO-COHEN

Le 11 décembre 2006


MEMOIRE SPATIALE CONTEXTUELLE ET SCHIZOPHRENIE


Directeur de thèse : M. Le Professeur Patrice BOYER
Co-Directeur de thèse : Michel DENIS, Directeur de recherche au CNRS

JURY

M. Le Professeur Patrice BOYER, PU Paris 7, IMHR, Ottawa, Canada (directeur de thèse)
M. Le professeur Jean-François ALLILAIRE, PU-PH, Université Paris 6 (examinateur)
M. Le professeur Pierre THOMAS, PU-PH, Lille (rapporteur)
Mme Le Professeur Florence THIBAUT, PU-PH, Rouen (rapporteur)
M. Michel DENIS, Diecteur de recherche, CNRS, Université Paris XI (co-directeur de thèse)




A ma mère,

A mon père (décédé le 23 octobre 2004),






Yves Hayat, artiste niçois
REMERCIEMENTS



Je remercie le Professeur Roland Jouvent, Directeur de recherche, pour l’accueil au sein de son unité UMR CNRS 7593 à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Je remercie mon directeur de thèse, le Professeur Patrice Boyer, un homme admirable, pour ses nombreux conseils avisés, son expertise scientifique dans les moments clefs de ce travail au long cour, et surtout d’avoir confirmé mon intérêt et mon amour pour la recherche clinique.

Je remercie Michel Denis, pour son aide, ses nombreux conseils, sa disponibilité.

Je remercie Marie-Paule Daniel, de son aide précieuse, de sa disponibilité, de ses encouragements quotidiens.

Je remercie le Professeur Philippe Fossati pour son aide précieuse et ses nombreux conseils.

Je remercie Luc Carité pour son aide précieuse pour le traitement informatique et surtout sa patience, car ce n’était pas gagné !

Je remercie les Docteurs Andrei Radchencko, Guillaume Le Bastard pour leur aide dans le recrutement des patients et pour leur soutien.

Je remercie les secrétaires du laboratoire Agnès, Astrid et Sophie pour leur gentillesse, leur disponibilité et leur soutien quotidien.

Je remercie mes collègues et amis, Odile, Gwladys, Gilles….et j’en passe ! Pour leur écoute, leur aide et leur disponibilité quotidienne.

Je tiens aussi à remercier Stéphanie Dubal pour son écoute, ses conseils et sa gentillesse.

Je remercie tous les participants (sujets contrôles et patients schizophrènes) qui sont à la base de ce travail.

Je remercie mes ami(e) s les plus proches, Titou, David, Phiphi, François, Elo, Audrey, et les autres…  pour m’avoir supporté (dans tous les sens du terme) pendant toutes ces longues années d’études.

Je remercie avec une mention particulière ma mère pour son aide, son amour et tout le reste…

Enfin je remercie tous ceux qui ont cru en moi pendant toutes ces années …
Table des matières

 TOC \o "1-8" \h \z \u  HYPERLINK \l "_Toc148511961" ARGUMENT GENERAL  PAGEREF _Toc148511961 \h 10
 HYPERLINK \l "_Toc148511962" CHAPITRE I : SCHIZOPHRENIE, MEMOIRE ET HIPPOCAMPE  PAGEREF _Toc148511962 \h 13
 HYPERLINK \l "_Toc148511963" I.1 - LA MALADIE SCHIZOPHRENIQUE  PAGEREF _Toc148511963 \h 13
 HYPERLINK \l "_Toc148511964" I.1.1 - Points cliniques fondamentaux  PAGEREF _Toc148511964 \h 13
 HYPERLINK \l "_Toc148511965" I.1.1.1 - Diagnostic de la maladie  PAGEREF _Toc148511965 \h 13
 HYPERLINK \l "_Toc148511966" I.1.1.2 - Prévalence et âge de début  PAGEREF _Toc148511966 \h 14
 HYPERLINK \l "_Toc148511967" I.1.2 - Les facteurs de risques  PAGEREF _Toc148511967 \h 14
 HYPERLINK \l "_Toc148511968" I.1.3 - Hypothese neurodeveloppementale  PAGEREF _Toc148511968 \h 15
 HYPERLINK \l "_Toc148511969" I.1.3.1 - Eléments introductifs  PAGEREF _Toc148511969 \h 15
 HYPERLINK \l "_Toc148511970" I.1.3.2 - Données épidémiologiques  PAGEREF _Toc148511970 \h 15
 HYPERLINK \l "_Toc148511971" I.1.3.3 - Données cliniques  PAGEREF _Toc148511971 \h 16
 HYPERLINK \l "_Toc148511972" I.1.3.3.1 - Les anomalies neurologiques  PAGEREF _Toc148511972 \h 16
 HYPERLINK \l "_Toc148511973" I.1.3.3.2 - Anomalies cognitives et sociales  PAGEREF _Toc148511973 \h 17
 HYPERLINK \l "_Toc148511974" I.1.3.4 - Données neuro-anatomiques  PAGEREF _Toc148511974 \h 17
 HYPERLINK \l "_Toc148511975" I.1.3.4.1 - Volume cérébral et ventricules  PAGEREF _Toc148511975 \h 17
 HYPERLINK \l "_Toc148511976" I.1.3.4.2 - Zones corticales  PAGEREF _Toc148511976 \h 18
 HYPERLINK \l "_Toc148511977" I.1.3.4.3 - Zones temporales  PAGEREF _Toc148511977 \h 18
 HYPERLINK \l "_Toc148511978" I.1.3.4.3.1 - Lobe temporal médian  PAGEREF _Toc148511978 \h 18
 HYPERLINK \l "_Toc148511979" I.1.3.4.3.2 - Gyrus temporal supérieur  PAGEREF _Toc148511979 \h 19
 HYPERLINK \l "_Toc148511980" I.1.4 - Structure hippocampique  PAGEREF _Toc148511980 \h 19
 HYPERLINK \l "_Toc148511981" I.1.4.1 - Implication de l’hippocampe dans la schizophrénie  PAGEREF _Toc148511981 \h 19
 HYPERLINK \l "_Toc148511982" I.1.4.2 - Anomalies hippocampiques  PAGEREF _Toc148511982 \h 20
 HYPERLINK \l "_Toc148511983" I.1.4.2.1 - Macroscopiques  PAGEREF _Toc148511983 \h 20
 HYPERLINK \l "_Toc148511984" I.1.4.2.2 - Neurones et connexions synaptiques  PAGEREF _Toc148511984 \h 21
 HYPERLINK \l "_Toc148511985" I.1.4.2.3 - Les marqueurs neuronaux  PAGEREF _Toc148511985 \h 22
 HYPERLINK \l "_Toc148511986" I.1.4.2.4 - La transmission glutatamatergique  PAGEREF _Toc148511986 \h 22
 HYPERLINK \l "_Toc148511987" I.1.4.3 - Conséquences du stress sur l’hippocampe  PAGEREF _Toc148511987 \h 25
 HYPERLINK \l "_Toc148511988" I.2 - MEMOIRE ET HIPPOCAMPE  PAGEREF _Toc148511988 \h 26
 HYPERLINK \l "_Toc148511989" I.2.1 - La memoire a long terme  PAGEREF _Toc148511989 \h 26
 HYPERLINK \l "_Toc148511990" I.2.1.1 - Cas clinique : patient HM  PAGEREF _Toc148511990 \h 26
 HYPERLINK \l "_Toc148511991" I.2.1.2 - Implication et rôle de l’hippocampe dans la mémoire à long terme  PAGEREF _Toc148511991 \h 27
 HYPERLINK \l "_Toc148511992" I.2.1.3 - La mémoire déclarative  PAGEREF _Toc148511992 \h 29
 HYPERLINK \l "_Toc148511993" I.2.1.3.1 - Définitions  PAGEREF _Toc148511993 \h 29
 HYPERLINK \l "_Toc148511994" I.2.1.3.2 - Régions cérébrales impliquées dans la mémoire déclarative  PAGEREF _Toc148511994 \h 30
 HYPERLINK \l "_Toc148511995" I.2.1.3.3 - Mémoire épisodique  PAGEREF _Toc148511995 \h 31
 HYPERLINK \l "_Toc148511996" I.2.1.3.3.1 - Rappel d’un évènement spatio-temporel  PAGEREF _Toc148511996 \h 31
 HYPERLINK \l "_Toc148511997" I.2.1.3.3.2 - Facteurs externes influençant la mémoire épisodique  PAGEREF _Toc148511997 \h 33
 HYPERLINK \l "_Toc148511998" I.2.1.3.4 - La mémoire autobiographique  PAGEREF _Toc148511998 \h 33
 HYPERLINK \l "_Toc148511999" I.2.1.3.4.1 - Définition  PAGEREF _Toc148511999 \h 33
 HYPERLINK \l "_Toc148512000" I.2.1.3.4.2 - Régions cérébrales impliquées dans la mémoire autobiographique  PAGEREF _Toc148512000 \h 34
 HYPERLINK \l "_Toc148512001" I.2.2 - Mecanisme moleculaire de la memoire  PAGEREF _Toc148512001 \h 35
 HYPERLINK \l "_Toc148512002" I.2.2.1 - Rôle de la neurogénèse  PAGEREF _Toc148512002 \h 35
 HYPERLINK \l "_Toc148512003" I.2.2.2 - Rôle de la LTP (long term potentiation)  PAGEREF _Toc148512003 \h 36
 HYPERLINK \l "_Toc148512004" I.2.2.3 - Les facteurs moléculaires  PAGEREF _Toc148512004 \h 37
 HYPERLINK \l "_Toc148512005" I.2.2.3.1 - BDNF  PAGEREF _Toc148512005 \h 37
 HYPERLINK \l "_Toc148512006" I.2.2.3.2 - Le facteur CREB  PAGEREF _Toc148512006 \h 38
 HYPERLINK \l "_Toc148512007" I.2.3 - Perturbations mnesiques dans la schizophrenie  PAGEREF _Toc148512007 \h 40
 HYPERLINK \l "_Toc148512008" I.2.3.1 - Attention, mémoire de travail et fonctions exécutives  PAGEREF _Toc148512008 \h 40
 HYPERLINK \l "_Toc148512009" I.2.3.2 - Perturbation de la mémoire de travail visuo-spatiale  PAGEREF _Toc148512009 \h 40
 HYPERLINK \l "_Toc148512010" I.2.3.3 - Perturbations de la mémoire épisodique  PAGEREF _Toc148512010 \h 42
 HYPERLINK \l "_Toc148512011" I.2.3.3.1 - Déficits d’encodage  PAGEREF _Toc148512011 \h 42
 HYPERLINK \l "_Toc148512012" I.2.3.3.2 - Déficits de reconnaissance et rappel  PAGEREF _Toc148512012 \h 43
 HYPERLINK \l "_Toc148512013" I.2.3.3.3 - Degré de conscience du rappel  PAGEREF _Toc148512013 \h 44
 HYPERLINK \l "_Toc148512014" I.2.3.3.4 - Les distorsions mnésiques  PAGEREF _Toc148512014 \h 46
 HYPERLINK \l "_Toc148512015" I.2.3.3.5 - Mémoires épisodiques verbale et visuelle  PAGEREF _Toc148512015 \h 46
 HYPERLINK \l "_Toc148512016" I.2.3.4 - Perturbations de la mémoire autobiographique  PAGEREF _Toc148512016 \h 48
 HYPERLINK \l "_Toc148512017" I.2.3.5 - Perturbations de la mémoire contextuelle ou « binding » contextuel  PAGEREF _Toc148512017 \h 50
 HYPERLINK \l "_Toc148512018" I.2.3.6 - Perturbations de la capacité à faire des inférences  PAGEREF _Toc148512018 \h 50
 HYPERLINK \l "_Toc148512019" I.2.3.7 - Zones cérébrales impliquées dans les déficits des mémoires épisodique et autobiographique  PAGEREF _Toc148512019 \h 51
 HYPERLINK \l "_Toc148512020" I.2.3.8 - Mémoire implicite versus mémoire explicite  PAGEREF _Toc148512020 \h 52
 HYPERLINK \l "_Toc148512021" I.3 - RESUME  PAGEREF _Toc148512021 \h 53
 HYPERLINK \l "_Toc148512022" CHAPITRE II : COGNITION SPATIALE, DE LA MEMOIRE SPATIALE A LA NAVIGATION  PAGEREF _Toc148512022 \h 55
 HYPERLINK \l "_Toc148512023" II.1 - MEMOIRE SPATIALE ET REPRESENTATIONS MENTALES  PAGEREF _Toc148512023 \h 55
 HYPERLINK \l "_Toc148512024" II.1.1 - Memoire spatiale  PAGEREF _Toc148512024 \h 55
 HYPERLINK \l "_Toc148512025" II.1.1.1 - Définitions  PAGEREF _Toc148512025 \h 55
 HYPERLINK \l "_Toc148512026" II.1.1.2 - Les théories de l’implication de l’hippocampe  PAGEREF _Toc148512026 \h 55
 HYPERLINK \l "_Toc148512027" II.1.1.3 - Implication du stress dans la mémoire spatiale  PAGEREF _Toc148512027 \h 58
 HYPERLINK \l "_Toc148512028" II.1.2 - Les representations mentales  PAGEREF _Toc148512028 \h 61
 HYPERLINK \l "_Toc148512029" II.1.2.1 - Eléments introductifs et définitions  PAGEREF _Toc148512029 \h 61
 HYPERLINK \l "_Toc148512030" II.1.2.2 - Traitement dynamique des informations spatiales  PAGEREF _Toc148512030 \h 61
 HYPERLINK \l "_Toc148512031" II.1.2.3 - Les cartes cognitives  PAGEREF _Toc148512031 \h 63
 HYPERLINK \l "_Toc148512032" II.1.2.4 - Les représentations allocentrées et égocentrées  PAGEREF _Toc148512032 \h 64
 HYPERLINK \l "_Toc148512033" II.1.2.5 - Les différents stades d’acquisition de l’information spatiale  PAGEREF _Toc148512033 \h 65
 HYPERLINK \l "_Toc148512034" II.1.2.6 - Différences hommes/femmes  PAGEREF _Toc148512034 \h 66
 HYPERLINK \l "_Toc148512035" II.2 - LA NAVIGATION OU COMMENT TROUVER SON CHEMIN (« WAYFINDING »)  PAGEREF _Toc148512035 \h 68
 HYPERLINK \l "_Toc148512036" II.2.1 - Introduction  PAGEREF _Toc148512036 \h 68
 HYPERLINK \l "_Toc148512037" II.2.2 - Decouverte de l’importance du role de l’hippocampe (expériences princeps de Maguire)  PAGEREF _Toc148512037 \h 69
 HYPERLINK \l "_Toc148512038" II.2.3 - La memoire topographique  PAGEREF _Toc148512038 \h 70
 HYPERLINK \l "_Toc148512039" II.2.3.1 - Implication de la mémoire topographique dans la navigation  PAGEREF _Toc148512039 \h 70
 HYPERLINK \l "_Toc148512040" II.2.3.2 - Zones cérébrales impliquées dans la mémoire topographique  PAGEREF _Toc148512040 \h 70
 HYPERLINK \l "_Toc148512041" II.2.4 - Environnement reel et environnement virtuel  PAGEREF _Toc148512041 \h 72
 HYPERLINK \l "_Toc148512042" II.2.5 - Les zones cerebrales impliquees dans la navigation  PAGEREF _Toc148512042 \h 73
 HYPERLINK \l "_Toc148512043" II.2.5.1 - Rôle des différentes régions cérébrales  PAGEREF _Toc148512043 \h 73
 HYPERLINK \l "_Toc148512044" II.2.5.2 - Rôles particuliers de l’hippocampe et du parahippocampe  PAGEREF _Toc148512044 \h 75
 HYPERLINK \l "_Toc148512045" II.2.5.3 - Hippocampe droit et hippocampe gauche  PAGEREF _Toc148512045 \h 75
 HYPERLINK \l "_Toc148512046" II.2.6 - Conclusion  PAGEREF _Toc148512046 \h 76
 HYPERLINK \l "_Toc148512047" II.2.7 - Le wayfinding  PAGEREF _Toc148512047 \h 77
 HYPERLINK \l "_Toc148512048" II.2.7.1 - Définitions  PAGEREF _Toc148512048 \h 77
 HYPERLINK \l "_Toc148512049" II.2.7.2 - Différence wayfinding et route following  PAGEREF _Toc148512049 \h 77
 HYPERLINK \l "_Toc148512050" II.2.7.3 - Zones cérébrales impliquées  PAGEREF _Toc148512050 \h 78
 HYPERLINK \l "_Toc148512051" II.2.7.4 - Importance du wayfinding chez l’Homme  PAGEREF _Toc148512051 \h 78
 HYPERLINK \l "_Toc148512052" II.2.7.5 - Importance de la connaissance des repères  PAGEREF _Toc148512052 \h 79
 HYPERLINK \l "_Toc148512053" II.2.7.6 - Production d’itinéraires : aide à la navigation  PAGEREF _Toc148512053 \h 81
 HYPERLINK \l "_Toc148512054" II.2.7.6.1 - Définitions  PAGEREF _Toc148512054 \h 81
 HYPERLINK \l "_Toc148512055" II.2.7.6.2 - Processus cognitifs, contenu et structure d’une description d’itinéraire  PAGEREF _Toc148512055 \h 81
 HYPERLINK \l "_Toc148512056" II.2.7.6.2.1 - Les études princeps  PAGEREF _Toc148512056 \h 82
 HYPERLINK \l "_Toc148512057" II.2.7.6.2.2 - Les recherches de M. Denis (1997)  PAGEREF _Toc148512057 \h 84
 HYPERLINK \l "_Toc148512058" II.2.8 - Conclusion  PAGEREF _Toc148512058 \h 86
 HYPERLINK \l "_Toc148512059" II.3 - RESUME  PAGEREF _Toc148512059 \h 87
 HYPERLINK \l "_Toc148512060" PROBLEMATIQUE  PAGEREF _Toc148512060 \h 89
 HYPERLINK \l "_Toc148512061" HYPOTHESES  PAGEREF _Toc148512061 \h 89
 HYPERLINK \l "_Toc148512062" OBJECTIFS  PAGEREF _Toc148512062 \h 89
 HYPERLINK \l "_Toc148512063" PROCEDURE EXPERIMENTALE  PAGEREF _Toc148512063 \h 90
 HYPERLINK \l "_Toc148512064" CHAPITRE III : METHODOLOGIES  PAGEREF _Toc148512064 \h 93
 HYPERLINK \l "_Toc148512065" III.1 - POPULATIONS D’ETUDE  PAGEREF _Toc148512065 \h 93
 HYPERLINK \l "_Toc148512066" III.1.1 - Type de population et nombre de sujets  PAGEREF _Toc148512066 \h 93
 HYPERLINK \l "_Toc148512067" III.1.2 - Données cliniques et appariements  PAGEREF _Toc148512067 \h 94
 HYPERLINK \l "_Toc148512068" III.1.2.1 - Appariement sur l’âge  PAGEREF _Toc148512068 \h 94
 HYPERLINK \l "_Toc148512069" III.1.2.2 - Appariement sur le niveau d’étude  PAGEREF _Toc148512069 \h 95
 HYPERLINK \l "_Toc148512070" III.1.2.3 - Effet sexe  PAGEREF _Toc148512070 \h 96
 HYPERLINK \l "_Toc148512071" III.1.2.4 - Traitement  PAGEREF _Toc148512071 \h 96
 HYPERLINK \l "_Toc148512072" III.2 - ENVIRONNEMENT  PAGEREF _Toc148512072 \h 96
 HYPERLINK \l "_Toc148512073" III.3 - TRAJET  PAGEREF _Toc148512073 \h 97
 HYPERLINK \l "_Toc148512074" III.3.1 - Principe  PAGEREF _Toc148512074 \h 97
 HYPERLINK \l "_Toc148512075" III.3.2 - Protocole  PAGEREF _Toc148512075 \h 97
 HYPERLINK \l "_Toc148512076" III.3.3 - Description du trajet  PAGEREF _Toc148512076 \h 97
 HYPERLINK \l "_Toc148512077" III.3.4 - Les contraintes  PAGEREF _Toc148512077 \h 99
 HYPERLINK \l "_Toc148512078" III.4 - DESCRIPTION VERBALE (Tâche 1)  PAGEREF _Toc148512078 \h 100
 HYPERLINK \l "_Toc148512079" III.4.1 - Principe  PAGEREF _Toc148512079 \h 100
 HYPERLINK \l "_Toc148512080" III.4.2 - Protocole  PAGEREF _Toc148512080 \h 100
 HYPERLINK \l "_Toc148512081" III.4.3 - Matériel  PAGEREF _Toc148512081 \h 100
 HYPERLINK \l "_Toc148512082" III.4.4 - Analyses des descriptions  PAGEREF _Toc148512082 \h 100
 HYPERLINK \l "_Toc148512083" III.4.5 - Exemples de données  PAGEREF _Toc148512083 \h 102
 HYPERLINK \l "_Toc148512084" III.4.5.1 - Descriptions verbales  PAGEREF _Toc148512084 \h 102
 HYPERLINK \l "_Toc148512085" III.4.5.2 - Standardisation des protocoles  PAGEREF _Toc148512085 \h 103
 HYPERLINK \l "_Toc148512086" III.4.6 - Variables étudiées  PAGEREF _Toc148512086 \h 105
 HYPERLINK \l "_Toc148512087" III.4.6.1 - Variables primaires  PAGEREF _Toc148512087 \h 105
 HYPERLINK \l "_Toc148512088" III.4.6.2 - Variables secondaires  PAGEREF _Toc148512088 \h 106
 HYPERLINK \l "_Toc148512089" III.4.6.3 - Autres variables  PAGEREF _Toc148512089 \h 106
 HYPERLINK \l "_Toc148512090" III.4.6.4 - Variable temps  PAGEREF _Toc148512090 \h 106
 HYPERLINK \l "_Toc148512091" III.5 - PLANS LIBRES (Tâche 2a)  PAGEREF _Toc148512091 \h 107
 HYPERLINK \l "_Toc148512092" III.5.1 - Principe  PAGEREF _Toc148512092 \h 107
 HYPERLINK \l "_Toc148512093" III.5.2 - Protocole  PAGEREF _Toc148512093 \h 107
 HYPERLINK \l "_Toc148512094" III.5.3 - Matériel  PAGEREF _Toc148512094 \h 107
 HYPERLINK \l "_Toc148512095" III.5.4 - Exemple de données  PAGEREF _Toc148512095 \h 108
 HYPERLINK \l "_Toc148512096" III.5.5 - Variables étudiées  PAGEREF _Toc148512096 \h 110
 HYPERLINK \l "_Toc148512097" III.5.5.1 - Variables primaires  PAGEREF _Toc148512097 \h 110
 HYPERLINK \l "_Toc148512098" III.5.5.2 - Variables secondaires  PAGEREF _Toc148512098 \h 110
 HYPERLINK \l "_Toc148512099" III.5.5.3 - Variable temps  PAGEREF _Toc148512099 \h 110
 HYPERLINK \l "_Toc148512100" III.6 - PLANS INDICES (Tâche 2b)  PAGEREF _Toc148512100 \h 111
 HYPERLINK \l "_Toc148512101" III.6.1 - Principe  PAGEREF _Toc148512101 \h 111
 HYPERLINK \l "_Toc148512102" III.6.2 - Protocole  PAGEREF _Toc148512102 \h 112
 HYPERLINK \l "_Toc148512103" III.6.3 - Matériel  PAGEREF _Toc148512103 \h 112
 HYPERLINK \l "_Toc148512104" III.6.4 - Exemple de données  PAGEREF _Toc148512104 \h 113
 HYPERLINK \l "_Toc148512105" III.6.5 - Variables étudiées  PAGEREF _Toc148512105 \h 115
 HYPERLINK \l "_Toc148512106" III.6.5.1 - Variables primaires  PAGEREF _Toc148512106 \h 115
 HYPERLINK \l "_Toc148512107" III.6.5.2 - Autres variables  PAGEREF _Toc148512107 \h 115
 HYPERLINK \l "_Toc148512108" III.6.5.3 - Variable temps  PAGEREF _Toc148512108 \h 115
 HYPERLINK \l "_Toc148512109" III.7 - TACHE DE RECONNAISSANCE SANS EFFET D’ORDRE (tâche 3)  PAGEREF _Toc148512109 \h 115
 HYPERLINK \l "_Toc148512110" III.7.1 - Choix des photos  PAGEREF _Toc148512110 \h 115
 HYPERLINK \l "_Toc148512111" III.7.2 - Principe  PAGEREF _Toc148512111 \h 116
 HYPERLINK \l "_Toc148512112" III.7.3 - Protocole  PAGEREF _Toc148512112 \h 117
 HYPERLINK \l "_Toc148512113" III.7.4 - Outils d’analyses  PAGEREF _Toc148512113 \h 117
 HYPERLINK \l "_Toc148512114" III.7.5 - Variables étudiées  PAGEREF _Toc148512114 \h 118
 HYPERLINK \l "_Toc148512115" III.7.5.1 - Variables primaires  PAGEREF _Toc148512115 \h 118
 HYPERLINK \l "_Toc148512116" III.7.5.2 - Autres variables : temps de réponse  PAGEREF _Toc148512116 \h 118
 HYPERLINK \l "_Toc148512117" III.7.5.3 - Analyse supplémentaire : Perception près / loin : analyses particulières  PAGEREF _Toc148512117 \h 118
 HYPERLINK \l "_Toc148512118" III.7.5.3.1 - Principe  PAGEREF _Toc148512118 \h 118
 HYPERLINK \l "_Toc148512119" III.7.5.3.2 - Outil d’analyses  PAGEREF _Toc148512119 \h 119
 HYPERLINK \l "_Toc148512120" III.7.5.3.3 - Variables étudiées  PAGEREF _Toc148512120 \h 119
 HYPERLINK \l "_Toc148512121" III.8 - TACHE DE RECONNAISSANCE AVEC EFFET D’ORDRE (tâche 4)  PAGEREF _Toc148512121 \h 119
 HYPERLINK \l "_Toc148512122" III.8.1 - Principe  PAGEREF _Toc148512122 \h 119
 HYPERLINK \l "_Toc148512123" III.8.2 - Protocole  PAGEREF _Toc148512123 \h 121
 HYPERLINK \l "_Toc148512124" III.8.3 - Outil d’analyses  PAGEREF _Toc148512124 \h 121
 HYPERLINK \l "_Toc148512125" III.8.4 - Variables étudiées  PAGEREF _Toc148512125 \h 122
 HYPERLINK \l "_Toc148512126" III.8.4.1 - Variable primaire  PAGEREF _Toc148512126 \h 122
 HYPERLINK \l "_Toc148512127" III.8.4.2 - Autres variables : temps de réponse  PAGEREF _Toc148512127 \h 122
 HYPERLINK \l "_Toc148512128" III.9 - TESTS D’HABILETES VISUO-SPATIALES (Tâche 5)  PAGEREF _Toc148512128 \h 122
 HYPERLINK \l "_Toc148512129" III.9.1 - MRT : test de rotation mentale 3D  PAGEREF _Toc148512129 \h 122
 HYPERLINK \l "_Toc148512130" III.9.1.1 - Principe  PAGEREF _Toc148512130 \h 122
 HYPERLINK \l "_Toc148512131" III.9.1.2 - Protocole  PAGEREF _Toc148512131 \h 123
 HYPERLINK \l "_Toc148512132" III.9.1.3 - Analyses des réponses au test  PAGEREF _Toc148512132 \h 123
 HYPERLINK \l "_Toc148512133" III.9.2 - MPFB : test de visualisation spatiale (2D)  PAGEREF _Toc148512133 \h 124
 HYPERLINK \l "_Toc148512134" III.9.2.1 - Principe  PAGEREF _Toc148512134 \h 124
 HYPERLINK \l "_Toc148512135" III.9.2.2 - Protocole  PAGEREF _Toc148512135 \h 124
 HYPERLINK \l "_Toc148512136" III.9.2.3 - Analyses des réponses au test  PAGEREF _Toc148512136 \h 125
 HYPERLINK \l "_Toc148512137" III.10 - ANALYSES STATISTIQUES  PAGEREF _Toc148512137 \h 125
 HYPERLINK \l "_Toc148512138" III.10.1 - Outil  PAGEREF _Toc148512138 \h 125
 HYPERLINK \l "_Toc148512139" III.10.2 - Tests  PAGEREF _Toc148512139 \h 125
 HYPERLINK \l "_Toc148512140" III.10.3 - Analyses  PAGEREF _Toc148512140 \h 127
 HYPERLINK \l "_Toc148512141" III.11 - RESUME  PAGEREF _Toc148512141 \h 128
 HYPERLINK \l "_Toc148512142" CHAPITRE IV : RESULTATS  PAGEREF _Toc148512142 \h 130
 HYPERLINK \l "_Toc148512143" IV.1 - PRE-TEST  PAGEREF _Toc148512143 \h 130
 HYPERLINK \l "_Toc148512144" IV.2 - DESCRIPTION VERBALE (Tâche 1)  PAGEREF _Toc148512144 \h 130
 HYPERLINK \l "_Toc148512145" IV.2.1 - Nombre total de propositions minimales  PAGEREF _Toc148512145 \h 130
 HYPERLINK \l "_Toc148512146" IV.2.2 - Etudes des différentes variables  PAGEREF _Toc148512146 \h 131
 HYPERLINK \l "_Toc148512147" IV.2.2.1 - Variables primaires  PAGEREF _Toc148512147 \h 132
 HYPERLINK \l "_Toc148512148" IV.2.2.2 - Variables secondaires  PAGEREF _Toc148512148 \h 133
 HYPERLINK \l "_Toc148512149" IV.2.2.3 - Autres variables  PAGEREF _Toc148512149 \h 137
 HYPERLINK \l "_Toc148512150" IV.2.2.4 - Temps de réponse  PAGEREF _Toc148512150 \h 139
 HYPERLINK \l "_Toc148512151" IV.2.3 - Conclusion  PAGEREF _Toc148512151 \h 139
 HYPERLINK \l "_Toc148512152" IV.3 - PLANS LIBRES (Tâche 2a)  PAGEREF _Toc148512152 \h 140
 HYPERLINK \l "_Toc148512153" IV.3.1 - Nombre total de repères  PAGEREF _Toc148512153 \h 140
 HYPERLINK \l "_Toc148512154" IV.3.2 - Etudes des différentes variables  PAGEREF _Toc148512154 \h 141
 HYPERLINK \l "_Toc148512155" IV.3.2.1 - Variables primaires  PAGEREF _Toc148512155 \h 141
 HYPERLINK \l "_Toc148512156" IV.3.2.2 - Variables secondaires  PAGEREF _Toc148512156 \h 142
 HYPERLINK \l "_Toc148512157" IV.3.2.3 - Autres variables  PAGEREF _Toc148512157 \h 145
 HYPERLINK \l "_Toc148512158" IV.3.2.4 - Temps de réponse  PAGEREF _Toc148512158 \h 146
 HYPERLINK \l "_Toc148512159" IV.3.3 - conclusion  PAGEREF _Toc148512159 \h 147
 HYPERLINK \l "_Toc148512160" IV.4 - PLANS INDICES (Tâche 2b)  PAGEREF _Toc148512160 \h 148
 HYPERLINK \l "_Toc148512161" IV.4.1 - Etude des différentes variables  PAGEREF _Toc148512161 \h 148
 HYPERLINK \l "_Toc148512162" IV.4.1.1 - Variable primaire  PAGEREF _Toc148512162 \h 148
 HYPERLINK \l "_Toc148512163" IV.4.1.2 - Variables secondaires  PAGEREF _Toc148512163 \h 149
 HYPERLINK \l "_Toc148512164" IV.4.2 - Conclusion  PAGEREF _Toc148512164 \h 149
 HYPERLINK \l "_Toc148512165" IV.5 - TACHE DE RECONNAISSANCE SANS EFFET D’ORDRE (Tâche 3)  PAGEREF _Toc148512165 \h 150
 HYPERLINK \l "_Toc148512166" IV.5.1 - Etude des différentes variables  PAGEREF _Toc148512166 \h 150
 HYPERLINK \l "_Toc148512167" IV.5.1.1 - Variables primaires  PAGEREF _Toc148512167 \h 150
 HYPERLINK \l "_Toc148512168" IV.5.1.2 - Temps de réponse  PAGEREF _Toc148512168 \h 152
 HYPERLINK \l "_Toc148512169" IV.5.2 - Variable particulière : différences de perception des vues  PAGEREF _Toc148512169 \h 153
 HYPERLINK \l "_Toc148512170" IV.5.2.1 - Description des résultats  PAGEREF _Toc148512170 \h 153
 HYPERLINK \l "_Toc148512171" IV.5.2.2 - Interprétation des résultas  PAGEREF _Toc148512171 \h 157
 HYPERLINK \l "_Toc148512172" IV.5.3 - Conclusion  PAGEREF _Toc148512172 \h 158
 HYPERLINK \l "_Toc148512173" IV.6 - TACHE DE RECONNAISSANCE AVEC EFFET D’ORDRE (Tâche 4)  PAGEREF _Toc148512173 \h 159
 HYPERLINK \l "_Toc148512174" IV.6.1 - Etude des différentes variables  PAGEREF _Toc148512174 \h 159
 HYPERLINK \l "_Toc148512175" IV.6.1.1 - Variables primaires  PAGEREF _Toc148512175 \h 159
 HYPERLINK \l "_Toc148512176" IV.6.1.2 - Temps de réponse  PAGEREF _Toc148512176 \h 160
 HYPERLINK \l "_Toc148512177" IV.6.2 - Conclusion  PAGEREF _Toc148512177 \h 161
 HYPERLINK \l "_Toc148512178" IV.7 - TESTS D’HABILETES VISUO-SPATIALES (Tâche 5)  PAGEREF _Toc148512178 \h 162
 HYPERLINK \l "_Toc148512179" IV.7.1 - MRT : test de rotation mentale 3D  PAGEREF _Toc148512179 \h 162
 HYPERLINK \l "_Toc148512180" IV.7.2 - MPFB : test de visualisation spatiale (2D)  PAGEREF _Toc148512180 \h 164
 HYPERLINK \l "_Toc148512181" IV.7.3 - Conclusion  PAGEREF _Toc148512181 \h 165
 HYPERLINK \l "_Toc148512182" IV.8 - RESUME  PAGEREF _Toc148512182 \h 166
 HYPERLINK \l "_Toc148512183" CHAPITRE V : DISCUSSION  PAGEREF _Toc148512183 \h 168
 HYPERLINK \l "_Toc148512184" V.1 - DESCRIPTION VERBALE (tâche 1)  PAGEREF _Toc148512184 \h 168
 HYPERLINK \l "_Toc148512185" V.2 - CARTOGRAPHIES LIBRES ET INDICES (tâche 2)  PAGEREF _Toc148512185 \h 170
 HYPERLINK \l "_Toc148512186" V.3 - TACHE DE RECONNAISSANCE SANS EFFET D’ORDRE (tâche 3)  PAGEREF _Toc148512186 \h 172
 HYPERLINK \l "_Toc148512187" V.4 - TACHE DE RECONNAISSANCE AVEC EFFET D’ORDRE (tâche 4)  PAGEREF _Toc148512187 \h 174
 HYPERLINK \l "_Toc148512188" V.5 - TESTS D’HABILETES VISUO-SPATIALES : MRT & MPFB (tâche 5)  PAGEREF _Toc148512188 \h 175
 HYPERLINK \l "_Toc148512189" V.6 - DISCUSSION GENERALE  PAGEREF _Toc148512189 \h 177
 HYPERLINK \l "_Toc148512190" CHAPITRE VI : LIMITES ET PERSPECTIVES  PAGEREF _Toc148512190 \h 182
 HYPERLINK \l "_Toc148512191" VI.1 - LIMITES DE L’ETUDE  PAGEREF _Toc148512191 \h 182
 HYPERLINK \l "_Toc148512192" VI.2 - PERSPECTIVES  PAGEREF _Toc148512192 \h 183
 HYPERLINK \l "_Toc148512193" CONCLUSION  PAGEREF _Toc148512193 \h 187
 HYPERLINK \l "_Toc148512194" REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES  PAGEREF _Toc148512194 \h 189
 HYPERLINK \l "_Toc148512195" ANNEXES  PAGEREF _Toc148512195 \h 229

ARGUMENT GENERAL


La schizophrénie dont les premiers symptômes apparaissent à l’adolescence tardive, sauf exception dans le cas d’une schizophrénie à diagnostic précoce (< 16 ans), est une maladie psychiatrique chronique aux répercussions socio-économiques importantes. Elle constitue un des fléaux majeurs de l’adolescent et du jeune adulte (18-19 ans). La schizophrénie est une maladie caractérisée par l’hétérogénéité de ses manifestations cliniques. Parmi les principaux symptômes de la maladie Bleuler (1911) distinguait le syndrome dissociatif, le syndrome délirant et le repli autistique. Plus radicalement le troubleschizophrénique se subdivise selon Crow (1980), en symptomatologie positive et en symptomatologie négative.

La physiopathologie de cette maladie reste encore aujourd’hui incomprise. Cela, bien qu’on retienne dans sa physiopathologie la participation de facteurs génétiques (études d’agrégation familiale ou d’adoption de jumeaux), environnementaux (événements extérieurs, stress, drogue), et neurodéveloppementaux (anomalies cérébrales et neuropathologiques survenues au cours du développement). A l’appui de l’hypothèse neurodéveloppementale on peut citer les anomalies physiques et neurologiques mineures présentes dés l’enfance, le rôle des complications au cours de la période prénatale (quatrième mois de grossesse chez la femme), les complications obstétricales ainsi que les anomalies neuropathologiques, anatomiques, cytoarchitecturales retrouvées dans les cerveaux des patients schizophrènes. Ces anomalies neurodéveloppementales peuvent avoir des répercussions fonctionnelles directes. Des anomalies du développement psychomoteur, du langage, des troubles des fonctions cognitives, exécutives et mnésiques sont, de nos jours, reconnus comme appartenant au syndrome schizophrénique à part entière.

Plusieurs types de fonctions mnésiques sont touchés par la pathologie. Les patients schizophrènes sont déficitaires aussi bien dans les épreuves de mémoire de travail (dont la mémoire de travail visuo-spatiale -cortex préfrontal), que dans les épreuves de mémoire à long terme (épisodique, autobiographique, contextuelle et spatio-temporelle -hippocampe et zones adjacentes). Ces patients ne sont, en effet, pas capables de se souvenir d’un événement précis et de son contexte spatio-temporel. Ils sont donc probablement déficitaires dans ce que certains ont appelé le « binding contextuel ». En effet, ils présenteraient de nombreux déficits non seulement dans le rappel des événements eux-mêmes mais aussi dans le rappel de leur contexte (spatial et temporel). Ces types de déficits mnésiques pourraient être liés aux anomalies hippocampiques retrouvées dans le cerveau de ces patients

Notre travail de thèse a eu pour objet de mettre en évidence les déficits mnésiques, de type spatio-temporel et contextuel, observés chez les patients schizophrènes. Nous avons mis au point une épreuve spécifique encore jamais utilisé chez une telle population : la navigation en condition écologique (exploration d’une cité réelle en condition environnementale). Nous avons demandé aux sujets (patients schizophrènes et sujets contrôles sains) de se souvenir d’un trajet préalablement effectué avec une expérimentatrice en se rappelant son contexte spatio-temporel. De plus, pour réussir certains des exercices proposés (portant sur le trajet), les sujets ont du construire une représentation mentale de l’environnement visité. Construire une représentation mentale d’un environnement, c'est-à-dire construire une carte cognitive de celui-ci implique, comme les différents types de mémoires décrites ci-dessus, l’hippocampe. Nous avons donc testé les patients schizophrènes sur leur capacités (ou non) à reconstruire un événement (ayant eu lieu peu de temps auparavant) dans son contexte spatio-temporel (« où », « quand », « quoi »). Nous les avons aussi testés sur leur capacité à se représenter mentalement l’itinéraire (« survol » ou « trajet ») afin de le restituer de la manière la plus précise possible. L’épreuve de navigation a été mise au point avec le laboratoire du LIMSI (M. Denis et al.). Celle-ci se déroulait dans une cité réelle urbaine exclusivement en extérieur (l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris). A la suite de cette épreuve, différentes tâches, portant sur le trajet, étaient proposées aux participants, sujets contrôles sains et patients schizophrènes.
Ces tâches étaient de trois types :
- rappel libre : description verbale (technique d’analyse selon le protocole de M. Denis, 1997) et plan libre de l’itinéraire parcouru;
- rappel indicé : retracer le trajet sur un plan de l’hôpital,
- tâches de reconnaissance, l’une sans effet d’ordre (simple reconnaissance) et l’autre avec effet d’ordre.

Dans la première partie de ce travail sera présenté toute la partie théorique constituée des nombreux éléments ayant permis d’élaborer ce travail de thèse, de mettre en place nos hypothèses et d’établir nos objectifs. Dans la seconde partie de ce travail sera présentée le cadre expérimental avec sa problématique, les méthodologies utilisées, les résultats obtenus, suivi d’une discussion détaillée.
SCHIZOPHRENIE, MEMOIRE ET HIPPOCAMPE

LA MALADIE SCHIZOPHRENIQUE

Points cliniques fondamentaux

Diagnostic de la maladie

Le terme de schizophrénie fut introduit pour la première fois par Bleuler en 1911, succédant ainsi au terme de « démence précoce » décrit par Kraepelin en 1899 qui regroupait sous le même terme plusieurs pathologies différentes mais ayant une évolution commune au cours du temps. Selon Bleuler (1911), le trouble au cœur de la maladie est la dissociation qui se traduit par un désordre de la pensée, de l’affectivité, du comportement. Le diagnostic de la schizophrénie est aujourd’hui le plus souvent basé sur les critères du DSM IV (manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux, American Psychiatric Association, 1994). Selon ce manuel, le diagnostic de la maladie schizophrénique est constitué de six critères précis. Ces critères sont présentés dans l’encadré ci-dessous.

Critère A : Symptômes caractéristiques
Présence de deux ou plus des manifestations suivantes pendant au moins un mois : idées délirantes, hallucinations, discours désorganisé, comportement grossièrement désorganisé ou catatonique, symptômes négatifs (émoussement affectif).
Critère B : Dysfonctionnement social
Critère C : Durée de la maladie doit être supérieure à six mois avec présence du critère A pendant au moins un mois.
Critère D : Exclusion d’un trouble schizo-affectif et d’un trouble de l’humeur.
Critère E : Exclusion d’affection médicale générale ou due à une substance.
Critère F : Pas de trouble envahissant du développement.

Pearlson et al., (2000) définissent la schizophrénie comme un groupe d’affections hétérogènes (expression clinique variée) conduisant à une profonde désorganisation de la personnalité.

Prévalence et âge de début

Sa prévalence de 1% dans la population générale correspond à 600 000 cas environ en France (Torrey et al., 1987 ; An Der Heiden et al., 2000 ; Andreasen, 2000 ; Lewis et Al., 2000). L’âge de début de la maladie se situe généralement vers 19 – 20 ans (environ), soit à la fin de l’adolescence ou dès le début de la vie d’adulte (Keshavan et al., 1992). Cependant, l’âge de début peut varier (de plusieurs mois à plusieurs années). Il existe, en effet, des schizophrénies à « diagnostic précoce » dont l’âge de début de la maladie est inférieur à 16 ans (faible prévalence dans la population générale). Chez ces patients le même tableau clinique que celui décrit chez l’adulte est retrouvé (Werry et al., 1992).

Les facteurs de risques

Il existe plusieurs  facteurs de risques (génétiques, héréditaires et environnementaux) pouvant déclencher l’expression du phénotype schizophrénie (Golgberg et al., 1995). D’après les nombreuses études réalisées dans ce domaine, l’implication génétique à elle seule n’est pas suffisante (étude de gemellolologie monozygote versus dizygote, taux de concordance de 50 %) pour développer une schizophrénie (Weinberger et al., 1992b ; Singh et al., 2004). L’implication de facteurs environnementaux (influences psychosociales et biologiques) est nécessaire à un tel développement (Singh et al., 2004). Il est donc impossible d’exclure l’influence de l’environnement prénatal (discuté dans le paragraphe « hypothèse neurodéveloppmentale ») dans le développement de la schizophrénie.

Hypothese neurodeveloppementale

Eléments introductifs

Cette hypothèse, en plein essor depuis les années 80 (Lewis et Murray, 1987 ; Weinberger, 1987) est une des principales hypothèses sur l’origine du développement de la maladie (Harrison, 1997 ; McClure et al., 2003 ; Arnold et Al., 1999, 2005 ; Rapoport et al., 2005). D’après cette hypothèse, des anomalies cérébrales apparaissent précocement (Jakob et al., 1986 ; Weinberger, 1987) au cours du développement (période prénatale). Celles-ci sont fixes, non progressives et dormantes durant une période donnée (dont on ne peut encore expliquer la durée) jusqu'à une manifestation de celles ci à l’adolescence ou chez le jeune adulte (âge de déclaration de la pathologie). Ces anomalies neurodéveloppementales pourraient être détectées dés la période prénatale grâce aux scaners à ultra-sons utisés pour étudier le développement fœtale cérébrale (Gilmore et al., 2001, 2004).

Données épidémiologiques

Certains facteurs environnementaux, survenant en périodes pré ou péri natales peuvent avoir des effets délétères sur le développement cérébral, augmentant ainsi le risque de développement d’une schizophrénie (Cannon et al., 1994 ; Cannon et al., 1993 ; Cannon et al, 2000Cannon et al., 2002 ; Susser et al, 1996 ; Arnold et al., 2005 ; Rapoport et al., 2005) :
- Les saisons ont une incidence sur le développement futur de la maladie (Bourgeois et al., 1990 ; Torrey et al., 1997). En effet, les naissances ayant lieu au cours de l’hiver et du printemps augmentent de 5 à 8 % le risque de schizophrénie par rapport à la population générale.
- Les diverses infections contractées par la mère, au cours du second trimestre de grossesse ou à l’approche de la naissance, telles que la rubéole, la diphtérie, la pneumonie, la grippe, la rougeole, la varicelle, l’influenza et les infections intra utérines sont des facteurs possédant un rôle important dans le développement d’une telle maladie (Brown et al., 2001 ; Watson et al., 1984 ; Torrey et al., 1988 ; Mednick, 1988, 1990 ; Kunugi et al., 1992 ; Brown et al., 2004 ; Brown et Susser, 2002).
- Les naissances en milieu urbain, comparées à celles en milieu rural, augmentent, elles aussi, le risque de développement d’une schizophrénie (Marcelis et al., 1998 ; Mortensen et al., 1999).
- Les complications obstétricales (survenant généralement au quatrième mois de grossesse) et périnatales affectent aussi le développement cérébral, multipliant ainsi par deux le risque de développement de la maladie (McNeil et al., 1995 ; Geddes et Lawries, 1995 ). Parmi ces complications, il est possible de citer l’hypoxémie, les diverses expositions virales péri natales, la prématurité, l’incompatibilité sanguine rhésus, la souffrance fœtale, la préeclampsie et les traumatismes survenant durant l’accouchement (Buka et al., 1993, 2001 ; Wright et al., 1995 ; Hollister et al., 1996 ; O’Callaghan et al.,1991, 1992 ; Lewis et Al., 1987 ; Kendell et al., 1996 ; Rosanoff et al., 1934 ; Matsumoto et al., 2001). De plus, les antécédents de complications obstétricales sont beaucoup plus fréquemment retrouvées chez les patients ayant développé une schizophrénie précoce (Kirov et Al., 1995 ; Verdoux et al., 1997).

Données cliniques

Les anomalies neurologiques

Les anomalies neurologiques et physiques mineures sont associées avec des anomalies du développement cérébral (Green et Al., 1994 ; O’Callaghan et Al., 1991 ; Schiffman et Al., 2002 ; Gourion et Al., 2004a, 2004b, 2004c). En conséquence, celles-ci sont associées à un risque accru de développement de la maladie. Ces anomalies neurologiques se traduisent notamment par des anomalies au niveau des dermatoglyphes, c’est à dire au niveau des crêtes papillaires (Fananas et Al., 1990). Ces anomalies neurologiques et physiques mineures sont, de plus, généralement associées à un retard mental ou à d’autres désordres psychiatriques (Lohr et Flynn, 1993 ; Sivkov et Akabliev, 2003). La présence de ces anomalies constitue de subtils indicateurs précédant l’apparition de futurs symptômes psychiatriques. En effet, elles sont présentes dés le développement pré natal et se retrouvent chez les patients schizophrènes.
Anomalies cognitives et sociales

Il a été mis en évidence au cours de l’enfance et de l’adolescence, chez les patients schizophrènes, un défaut d’apprentissage du langage, un QI peu élevé, de basses performances cognitives, des résultats scolaires médiocres et des déficits attentionnels (Chua et Murray, 1996 ; Kremen et al., 1998 ; Davidson et Al., 1999 ; Niemi et Al., 2003).

Des anomalies du développement social (Niemi et Al., 2003 ; Cannon et al, 2002) ont aussi été rapportées. Ces enfants ou jeunes adolescents sont généralement des jeunes ayant peu de relations sociales, des comportements sociaux inappropriés ainsi qu’une anxiété sociale et une hypersensibilité importantes (Done et Al., 1994 ; Malmberg et Al., 1998 ; Davidson et Al., 1999 ; Kim-Cohen et al., 2003).

Données neuro-anatomiques

De nombreuses anomalies cérébrales survenant au cours du développement ont été observées et caractérisées (études réalisées post mortem ou en imagerie, sur les cerveaux des patients schizophrènes) dans la physiopathologie de la schizophrénie (Arnold et al., 1996 ; Arnold et Rioux, 2001 ; Shenton et al., 1997, 2001 ; Weinberger et al., 2002). Ces anomalies sont présentes dans plusieurs régions cérébrales (Bogerts et al., 1985, 1990, 1993 ; Chua et al., 1995 ; Arnold et al., 1997, 2000 ; McCarley et Al., 1999 ; Gur et Al., 1994c, 1998, 1999 ; Joyal et Al., 2002, Benes et Al., 1993b, 1995c, 1999 ; Weinberger et Al., 1992a, 1999, 2001).

Volume cérébral et ventricules

Une diminution du volume cérébral total., du volume des substances grise et blanche, et une dilatation des ventricules latéraux et du IIIème ventricule, avec un élargissement pouvant aller de quelque % à 40 %, font partie des anomalies présentes dans le cerveau des patients schizophrènes (Andreasen et Al., 1990, 1994 ; Gur et Al, 1998 ; Jerningan et Al., 1991 ; Nasrallah et Al., 1990 ; McCarley et Al., 1999 ; Canon et Al., 1993 ; Sacchetti et Al., 1992 ; D’Amato et Al., 1992 ; DeGreef et Al., 1988, 1992 ; Weinberger et Al., 1980 ; De Lisi et Al., 1988, 1991 ; Lawrie et Abukmeil, 1998 ; Wright et al., 2000 ; Harrison et Freemantle, 2003a ; Harrison et Weinberger, 2005). La diminution du volume cérébral total à de fortes conséquences sur le développement de la maladie schizophrénique, en particulier sur leurs facultés intellectuelles. En effet, il est connu que chez les adolescents, âgés d’environ quinzes ans, le volume de la substance grise est positivement et fortement corréllé avec leurs facultés intellectuelles (Wilke et al., 2003).

Zones corticales

Des anomalies anatomiques sont présentes dans le cerveau des patients schizophrènes au niveau du lobe frontal, pariétal et occipital (Harvey et Al., 1993 ; Nopoulos et Al., 1995a, 1995b ; McCarley et Al., 1999 ; Wibble et Al., 1995 ; Zipursky et Al., 1994 ; Gur et al, 2000 ; Mathalon et al., 2001 ; Davidson et al., 2003). Ces anomalies se traduisent par une diminution de volume de ces régions notamment au niveau du cortex et du gyrus orbito-frontal, du cortex frontal median, du cortex pariétal inférieur et du gyrus lingual.

Zones temporales

Des anomalies du lobe temporal sont présentes chez les patients schizophrènes. Celles ci correspondent à des différences de volume significatives entre les cerveaux des patients schizophrènes et ceux des sujets contrôles sains (Barta et Al., 1990 ; Becker et Al., 1996 ; Sullivan et Al., 1998 ; Gur et Al., 1998 ; McCarley et Al., 1999). Ces anomalies se situent particulièrement au niveau du lobe temporal médian et au niveau du gyrus temporal supérieur (Szeszko et al., 2003).

Lobe temporal médian

Celui-ci est composé de l’hippocampe (anomalies décrites dans le paragraphe « structure hippocampique »), de l’amygdale, du gyrus parahippocampique et du cortex enthorhinal Des anomalies significatives se traduisant par une diminution de volume de cette région cérébrale sont présentes dans le cerveau des patients schizophrènes (Barta et Al., 1997 ; Bogerts et Al., 1990 ; Egan et Al., 1994 ; McCarley et Al., 1999, Heckers et al., 2001). Grâce à l’histologie, il a été montré, chez les patients schizophrènes, que les neurones du cortex enthorhinal, spécialement ceux de la couche « lamina II », et de la substance blanche néocorticale ont une localisation hétérotopique (Kovalenko et al., 2004 ; Eastwood et al., 2003). Ces anomalies de migration neuronale sont de fort indicateurs des anomalies neurodéveloppementales précoces (Harrison et al., 1997 ; Rapoport, 2005).
Gyrus temporal supérieur

Des anomalies se traduisant par une diminution de volume sont aussi présentes dans le cerveau des patients schizophrènes dans cette région cérébrale (Shenton et Al., 1992 ; Sullivan et Al., 1998 ; McCarley et Al., 1999).

Structure hippocampique

Implication de l’hippocampe dans la schizophrénie

Le rôle de l’hippocampe dans la maladie schizophrénique est aujourd’hui bien précisé (Harrison et al., 1999, 2003b, Harrison et Lewis, 2003c ; Harrison, 2004 ; Heckers, 2004, Harrison et weinberger, 2005). En raison de sa position stratégique dans le système cortico-limbique et de la probabilité de son intervention dans les désordres cognitifs et émotionnels, l’hippocampe joue un rôle central dans la physiopathologie de la schizophrénie (Benes et Al., 1993a, 1995c ; Hanlon et al., 2000 ; Harrison, 2003a, 2003c). Son implication dans la physiopathologie de la maladie a été mise en évidence grâce aux études réalisées post-mortem sur les cerveaux de patients schizophrènes. Ces études ont montré la présence, dans l’hippocampe, d’une variété d’anomalies structurales et neurochimiques (Benes et Al., 1991a, 1991b, 1996a, 1996b ; Bogerts et Al., 1985 ; Falkai et Al., 1986 ; Jeste et Al., 1989 ; Shenton et Al., 1997 ; McCarley et Al., 1999 ; Harrison et Al., 1991 ; Kerwin et Al., 1988, 1990, 1992; Reynolds et Al., 1990). Ces anomalies hippocampiques ne seraient pas dues à une quelconque prise de médicaments (neuroleptiques typiques ou atypiques) car celles-ci ont aussi été retrouvées dés le premier épisode de la maladie schizophrénique (Bogerts et Al., 1990 ; Pantelis et al., 2003). L’hippocampe est donc fortement impliqué dans la maladie schizophrénique, notamment dans les champs cliniques, neuropsychologiques, anatomiques, morphologiques et moléculaires (Sachdev, 1998 ; Harrison et Al., 1999 ; Saykin et Al., 1991 ; Gothelf et Al., 2000 ; Harrison, 2004).
Anomalies hippocampiques

Macroscopiques

Chez les patients schizophrènes (Heckers, 1991), l’hippocampe montre une réduction bilatérale de son volume total (Gothelf et Al., 2000 ; Velakoulis, 2001 ; Lawrie et Abukmail., 1998 ; Wright et al., 2000), atteignant 4% d’après Nelson (1998). Une étude en imagerie, réalisée sur des jumeaux monozygotes, dont l’un était atteint par la maladie, a montré que le volume de l’hippocampe du jumeau atteint était plus petit que celui du jumeau non atteint (Suddath et Al., 1990). Les anomalies volumiques retrouvées au niveau du lobe temporal médian sont plus prononcées du coté gauche. En effet, il y a une diminution du volume de la substance grise plus importante du coté gauche au niveau des régions hippocampiques antérieures, du parahippocampiques, de l’amygdale et du gyrus postérieur temporale supérieur (Shenton et Al., 1992 ; Kasai et Al., 2003). L’hippocampe est la région la plus touchée par cette asymétrie (Zaidel et Al., 1995, 1997a, 1997b).

Les altérations cytoarchitecturales retrouvées dans l’hippocampe sont elles aussi plus prononcées du coté gauche (Jeste et Lohr, 1989 ; Arnold et Al., 1991). Ainsi, des anomalies significatives d’asymétrie et de forme ont été rapportées chez les patients schizophrènes (Csernanski, 1998, 2002 ; Casanova et al., 2002). Cette asymétrie, plus prononcée du coté gauche est tout à fait compatible avec les déficits de mémoire verbal décrit chez les patients schizophrènes et leur faible QI verbale (Saykin et Al., 1991).

Chez les patients schizophrènes, il n’a été décrit aucune anomalie de volume des couches de cellules pyramidales, aussi bien au niveau du subiculum que des régions CA1, CA2, CA3, CA4 de l’hippocampe (Benes, 1998). En revanche, des anomalies au niveau des neurones pyramidaux, eux-mêmes, ont été décrites (Harrison, 1999). En effet, les anomalies généralement alignées au niveau de la Corne d’Ammon (CA), ont une orientation variable, et même reversées chez les patients schizophrènes (Kovelman et Scheidel, 1984). Ces anomalies d’orientations sont généralement présentes au niveau des régions CA1, CA2 et du subiculum (Conrad et Coll, 1991 ; Jonsson, 1997), sauf, pour Zaidel (1997a) qui n’observe aucune différence dans l’orientation des dendrites.

Neurones et connexions synaptiques

Chez les patients schizophrènes, des anomalies de la taille, du nombre et de la densité neuronale ont été observées dans l’hippocampe (Conrad et Al., 1991 ; Arnold et Al., 1995). Une diminution de la densité et/ou du nombre de neurones a en effet été montrée (Falkai, 1986 ; Jeste, 1989 ; Jonsson, 1997). En revanche, aucun changement significatif concernant la perte neuronale n’a été observé, quelles que soient les subdivisions (CA1, CA2, CA3, CA4) hippocampiques étudiées (Kovelman, 1984 ; Benes, 1991b ; Heckers, 1991 ; Arnold, 1995 ; Walker et al., 2002). Pour comprendre ces résultats contradictoires, Benes (1998) étudie, deux sortes de neurones présents dans l’hippocampe: les neurones pyramidaux (PN) et les non pyramidaux (NP). Aucune différence n’est observée pour les PN pour le nombre, la densité et la taille de ceux-ci chez les patients schizophrènes (Christison et al., 1989 ; Benes 1998 ; Cotter et al., 2002 ; Highley et al., 2003), contrairement à Sweet et al. (2003), Arnold (1995), Zaidel (1997b) et Benes lui-même, qui en 1991 montrent une diminution de la taille de ces neurones pyramidaux au niveau de la région CA1 et du subiculum. Pour les NP, en revanche, une diminution de leur densité est observée chez les sujets schizophrènes au niveau des régions CA2 et CA3 de l’hippocampe, ainsi qu’une diminution de leur nombre au niveau de la région CA2. Benes en 1998, montre une diminution de 40% du nombre de ces neurones non pyramidaux dans la région CA2, due, selon lui, à la haute affinité des glucocorticoïdes dans ce secteur. Les résultats précédemment décrits, ne seraient pas dus à un artéfact de l’action des neuroleptiques mais seraient une conséquence de la maladie schizophrénique (Benes, 1998).

Chez les patients schizophrènes, il a aussi été observé que les connexions synaptiques étaient moins élaborées, principalement dans les régions CA3-CA4 de l’hippocampe (Gothelf et Al., 2000, Weinberger, 1999). Ces anomalies de connexions synaptiques laissent supposer la présence d’une pathologie neurale chez ces patients. Celles-ci seraient peut-être à la base de l’implication neuropathologique de l’hippocampe dans la schizophrénie (Harrison et Eastwood, 2001 ; Heckers et Konradi, 2002).

Les marqueurs neuronaux

Dans l’hippocampe une expression anormale de certains gènes médiateurs, pour la plasticité neurale et le développement du système nerveux central, est présente, principalement au niveau des régions CA3-CA4 (Weinberger, 1999). Eastwood (1995b) en étudiant par hybridation in situ l’expression des gènes codant pour les sous unités GluR1 et GluR2 des récepteurs non NMDA, a observé une diminution bilatérale de l’expression de ces sous unités dans le gyrus denté, le subiculum et les régions CA3 et CA4, pouvant atteindre 25 à 70%. Les protéines synaptiques, telles la SNAP-25, la synaptophysine et la synapsine I (réduction de 40% selon Browning en 1993), montrent des taux diminués chez les patients atteints de schizophrénie (Eastwood et Harrisson , 1995a ; Harrison et Eastwood, 2003b ; Chambers et al, 2004 ; Honer et al, 2004). Dans la schizophrénie, des anomalies de la plasticité synaptique (utilisation d’un marqueur de la plasticité synaptique : le marqueur GAP-43) ont été rapportées (Eastwood et Harrisson ,1998 ; Chambers et al., 2004). En effet, les auteurs observent, dans le cerveau des patients schizophrènes, une diminution de l’activité de GAP-43. Une diminution bilatérale du marqueur de la fonction neurale et du nombre de cellules neurales, le marqueur NAA (N- acetyl aspartate), a été retrouvé dans l’hippocampe du cerveau des patients schizophrènes (Bertolino et Al., 1998 ; Deicken et Al., 1998 ; Maier et Al., 1995 ; Nudmamud et al., 2003). Cette diminution est une preuve indiquant l’existence d’une pathologie neurale dans le cerveau des patients schizophrènes située principalement dans la zone hippocampique (Maier et Al., 1995 ; Deicken et Al., 1998). Une diminution de 50% de la protéine Reeline, protéine impliquée dans la migration cellulaire au niveau des régions corticales et hippocampiques, a aussi été mise en évidence chez les patients schizophrènes (Impagnatiello et Al., 1998 ; Guidotti et Al., 2000 ; Fatemi et Al., 2001 ; Eastwood et Harrison, 2003 ; Tissir et Goffinet, 2003).

La transmission glutatamatergique

Au niveau des interneurones de l’hippocampe, on distingue deux neurotransmetteurs importants que sont le Glutamate et le GABA. Ces deux neurotransmetteurs sont extrêmement liés puisque le Glutamate par l’action d’une enzyme, la Glutamate décarboxylase (GAD) produit du GABA. L’hypothèse d’un dysfonctionnement glutamatergique dans la schizophrénie a été mise en évidence par l’action d’antagonistes non spécifiques du récepteur NMDA (Tamminga et Al., 1998). Les antagonistes de ce récepteur telle que la phencyclidine (PCP), produisent une psychose semblable à la schizophrénie et miment les symptômes positifs et négatifs de la maladie (Javitt et Zukin, 1991). Dans les régions cérébrales suivantes : cortex préfrontal, thalamus, lobe temporal et hippocampe, les études post mortem ont montré des anomalies des récepteurs au glutamate et des récepteurs à la glutamine (Gao et Al., 2000 ; Ibrahim et Al., 2000 ; Meador-Woodruff et Al., 2000). Les anomalies observées sont des anomalies de la densité et de la composition des sous unités de ces récepteurs. Des changements dans l’expression des gènes codant pour le récepteur GABA A et la GAD ont été rapportés dans les études post mortem (Akbarian et Al., 1995a, 1995b ; Hashimoto et Al., 2003). Les cinq enzymes majeures impliquées dans la voie de biosynthèse du GABA ont été étudiées (Zhang et Al., 2005, figure 1 : voie de biosynthèse du GABA). Elles seraient peut être à l’origine de certains des troubles de la maladie schizophrénique (Zhang et Al., 2005). En effet, il est connu que l’activité et l’expression de la GAD sont anormales dans la schizophrénie (Bird et Al., 1977 ; Gluck et Al., 2000, Volk et Al., 2000). Cependant les investigations sur les variants génétiques de la GAD, selon des études plus récentes (De Luca et Al., 2004), ne valident pas le fait que la GAD joue un rôle majeur dans la prédisposition à la pathologie. Il n’y a, en effet, aucune association entre les polymorphismes génétiques observés et la maladie (Zhang et Al., 2005). Les gènes des cinq enzymes étudiés n’ont donc pas de rôle majeur dans la physiopathologie de la schizophrénie. Ainsi au niveau génétique la maladie schizophrénique semble beaucoup plus complexe puisqu’une multitude de gènes seraient impliqués dans son développement.



Fig 1 : voie de biosynthèse du GABA, d’après Zhang et Al., 2000)

L’implication du Glutamate dans la schizophrénie est aussi due à son interaction avec un autre neurotransmetteur, la Dopamine (Carlson, 1990 ; Benes, 1995b), et à l’action exitotoxique que celui ci peut produire sur les neurones hippocampiques (Olney, 1995). En effet, au niveau de l’hippocampe, les neurones GABAergiques semblent particulièrement vulnérables à l’action exitotoxique du Glutamate via les récepteurs Kainate (Coyle, 1976 ; Olney, 1979 ; Zhang, 1990 ; Pollard, 1994). De plus, dans l’hippocampe des patients schizophrènes, une baisse des récepteurs non NMDA, une diminution des marqueurs glutamatergiques et une diminution de l’ARNm de certains sous types d’unités du récepteurs Kainate (GluR6, KA2) a été observée (Kerwin, 1988 ; Harrison, 1991 ; Eastwood, 1997 ; Porter, 1997). Une diminution des récepteurs GluR5, 6,7 (sous-unités du récepteur Kainate) a aussi été montrée chez les patients schizophrènes dans les régions CA2, CA3 au niveau dendritique (Benes, 2001). La diminution de ces récepteurs (GluR5, 6,7) est due selon Benes (2001) à la down-régulation des cellules exprimant ces récepteurs. Le traitement médicamenteux (neuroleptiques) ne peut expliquer les données précédemment décrites. En effet, une étude sur des rats traités par de l’halopéridol (Eastwood, 1996) montre une augmentation du récepteur Kainate au niveau hippocampique (Benes, 2001). Les neuroleptiques auraient donc plutôt tendance à augmenter ces protéines et non à les diminuer.

Il a été observé une diminution du GABA, des cellules GABAergiques et/ou de leur activité dans l’hippocampe des patients schizophrènes (Reynold, 1990 ; Benes, 2001). Chez les sujets sans neuroleptiques, d’après Benes et Al (1996a, 1996b ; 1997), il y a une up-régulation des récepteurs GABA A et une diminution de la GAD au niveau des axones des neurones GABAergiques. En revanche, chez les sujets sous neuroleptiques, l’augmentation de la GAD (GAD65 précisément) est observée (Todtenkopf, 1998). Ces anomalies ont été principalement observées dans les régions CA2, CA3 de l’hippocampe, là où les récepteurs Kainate sont les plus abondants (Good, 1993). Benes (2001) déduit de cette observation l’existence d’une corrélation entre les altérations du récepteur Kainate et les changements observés au niveau du système GABAergique. Les changements observés au niveau des axones des neurones GABAergiques sont parallèles à ceux observés pour le récepteur GABA A. Ces changements sont plus marqués dans les régions hippocampiques CA2, CA3 (Benes 1998). De récentes études post mortem ont montré qu’il y avait une augmentation de l’activité de liaison aux récepteurs GABA A, particulièrement dans les secteurs CA3-CA2 de l’hippocampe (Benes et Al., 1996a). Ce récepteur est préférentiellement situé dans les neurones non pyramidaux de la région CA3 (Benes et Al., 1996a).

En conclusion, la modulation GABAergique est probablement défectueuse dans l’hippocampe des patients schizophrènes et joue un rôle significatif dans la physiopathologie de la maladie (Benes, 1995a, 1998 ; Harrison et al., 2003).
Conséquences du stress sur l’hippocampe

Le stress, selon Benes (1997) joue un rôle non négligeable dans la schizophrénie. Le stress a une forte implication sur l’hippocampe puisque toutes les formes de stress sont associées avec une augmentation de la libération de glucocorticoïdes (GC), hormones stéroïdes, dont le récepteur est présent dans l’hippocampe (Sapolski, 1992). L’hippocampe ayant un fort impact sur les phénomènes de mémoire et d’apprentissage, le stress ou la libération de GC pourraient avoir, via leur action sur l’hippocampe, une implication dans ces phénomènes (Luine at al, 1996). Une région de l’hippocampe sensible au stress est le gyrus denté. Cette région est la seule avec la zone ventriculaire à subir une régénération neuronale continuant non seulement en période post-natale mais aussi tout au long de la vie d’adulte (Altman et Al., 1965 ; Kuhn et Al., 1996). Le développement du gyrus denté commence en période de gestation et continue pendant toute la période post-natale, avec des remodelages intervenant même à l’âge adulte (Gould et Beylin, 1999). Ainsi, les cellules granulaires (cellules du gyrus denté) continuent à se régénérer tout au long de la vie (Altman et Bayer, 1980). Cette régénération cellulaire tardive (au cours de la vie adulte) a un rôle important dans l’hippocampe (Gould et Beylin, 1999). En effet, cette régénération cellulaire est particulièrement sensible aux perturbations environnementales qui elles-mêmes perturbent la structure et la fonction hippocampique (Gould et Tanapat., 1999). Le stress interviendrait, au cours de la vie post-natale, dans la région hippocampique grâce à l’action des glucocorticoïdes (GC). En effet, celles-ci exercent un effet suppresseur sur les cellules du gyrus denté. Le niveau basal des glucocorticoïdes est inversement corrélé avec le taux de prolifération cellulaire observé dans le gyrus denté (Sapolsky et Al., 1986). Chez le rat, par exemple, après la naissance, il y a une période appelée « période d’hypo-reponse au stress » au cours de laquelle le niveau de stéroïde diminue (Schlessinger et Al., 1975). En revanche la production cellulaire est maximum quand le taux de glucocorticoïdes augmente. L’effet des GC sur la région hippocampique n’est pas due à sa fixation sur les récepteurs aux glucocorticoïdes, type I et II, puisque dans cette région ce type de récepteur n’est pas présent (Cameron et Al., 1993). La prolifération cellulaire est dépendante de l’activation ou de la non activation du récepteur NMDA. L’activation de ce récepteur inhibe la prolifération cellulaire (Cameron et Al., 1995 ; Gould et Al., 1994). Ainsi, le stress inhibe la prolifération cellulaire au niveau du gyrus denté. Or une suppression de la production des cellules granulaires provoque, chez l’adulte, des effets négatifs sur la structure hippocampique (Moghaddam et Al., 1994). Le stress augmente, en revanche, le taux de glucocorticoïdes circulant, et stimule la libération de Glutamate au niveau de l’hippocampe. Ainsi, le stress possède une variété d’effets, non négligeables, sur l’hippocampe. Une augmentation de celui-ci au cours du développement va provoquer une altération de la structure hippocampique (Gould et Tanapat, 1999) qui aura des conséquences sur les phénomènes mnésiques. De plus, la diminution de la prolifération cellulaire granulaire au cours du développement aurait un effet négatif sur la mémoire et l’apprentissage chez l’adulte. En effet, une augmentation des cellules granulaires est nécessaire à l’apprentissage. Ainsi, le stress intervenant au cours du développement semble corrélé avec les fonctions mnésiques délétères observées chez les patients schizophrènes.

MEMOIRE ET HIPPOCAMPE

La memoire a long terme

Cas clinique : patient HM

L’implication de l’hippocampe dans les phénomènes mnésiques a été mise en évidence dans les années 50 grâce à un patient nommé « HM » (Scoville et Milner, 1957 ; Corkin, 1984). HM était un patient atteint d’épilepsie. Celui-ci étant réfractaire à toute médication, le lobe temporal médian a dû lui être retiré. Après ablation, le patient était devenu en partie amnésique (sévères déficits mnésiques) mais avait, pourtant, conservé sa mémoire procédurale (implicite) et ses habiletés cognitives, tels que le langage, sa capacité à raisonner, son QI et sa mémoire à court terme (STM). En revanche, sa mémoire déclarative (explicite) était défaillante. Il pouvait se souvenir de certains événements préalablement vécus avant l’intervention chirurgicale comme ceux de son enfance. En revanche, il était incapable de se souvenir d’événements récents. Ce patient était, en effet, incapable de se souvenir d’événements ayant eu lieu peu de temps avant l’ablation, et / ou, survenant après celle-ci. Il était incapable de se souvenir de nouveaux visages rencontrés, de nouveaux endroits visités mais était, en revanche, capable d’apprendre de nouvelles procédures motrices (Milner et Al., 1998). Ainsi, HM était un patient incapable de générer une nouvelle mémoire à long terme (LTM) (Milner et Al., 1998). Le lobe temporal médian constitué de l’hippocampe, de l’amygdale et du cortex temporal, est impliqué dans la mémoire à long terme. La LTM se décompose en mémoire explicite (déclarative) et implicite (non déclarative). La mémoire explicite est une mémoire consciente, une mémoire de la connaissance des choses et de la connaissance du monde. La mémoire implicite, elle, est une mémoire automatique, motrice, réflexe. Ainsi le cas HM a permis de démontrer le rôle essentiel de l’hippocampe dans la formation de la mémoire explicite (Scoville et Milner, 1957). Par ailleurs, ce cas clinique a aussi permis de montrer que l’hippocampe (lobe temporal médian) n’est pas impliqué dans la mémoire implicite.

Implication et rôle de l’hippocampe dans la mémoire à long terme

Le rôle de l’hippocampe dans la mémoire explicite (déclarative) a été découvert grâce aux patients amnésiques (Scoville et Milne., 1957). L’amnésie de ces patients est associée à des dommages du lobe temporal médian ayant pour conséquence de rendre leur mémoire déclarative déficitaire (Tulving et Al., 1998 ; Squire et Al., 1998 ; Mishkin et Al., 1998 ; Corkin et Al., 1984 ; Zola-Morgan et Al., 1986 ; Eichenbaum, 1999a, 1999b, 1999c, 2001a, 2001b). En revanche, leur mémoire procédurale (implicite) est épargnée (Eichenbaum, 1999b). Ces patients ont perdu leur habileté à se rappeler des faits et des événements vécus quotidiennement ainsi que leur capacité à utiliser leur mémoire déclarative afin de résoudre les « problèmes » rencontrés dans de nouvelles situations. Des études en neuropsychologie et en imagerie fonctionnelle montrent l’implication de l’hippocampe dans les deux composantes (épisodique et sémantique) de la mémoire déclarative (Squire et Al., 1993 ; Eichenbaum,1997, 1999b). Selon ces études, la mémoire épisodique est, chez l’homme, fortement dépendante de l’hippocampe (Vargha-Khadem et Al., 1997). L’implication de l’hippocampe a aussi été montrée, chez certains patients amnésiques, dans la mémoire sémantique. Ces patients sont incapables d’apprendre la signification de nouveaux mots ou une nouvelle information spécifique (Squire et Zola, 1998). Cependant, chez les patients amnésiques atteints de lésions hippocampiques, les connaissances générales acquises avant la pathologie (mémoire sémantique), sont généralement préservées (Manns et Al., 2003a, 2003b ; Rosembaum et al, 2005). Dans les tâches de reconnaissance d’objets similaires à celles réalisées sur les primates non humains, les patients cerébro-lésés ne sont pas déficitaires (Vargha Khadem et Al., 1997). Ces tâches de reconnaissance d’objet sont, selon Vargha Khadem (1997), des tâches sémantiques dépendantes de l’activation des aires corticales proches du complexe hippocampique (Vargha-Khadem et Al., 1997 ; Mishkin et Al., 1997). En revanche, dans les tâches de localisation d’objets, ces mêmes patients sont déficitaires (Vargha Khadem et Al., 1997). Ces tâches de localisation d’objets relèvent de la mémoire épisodique et sont dépendante de l’hippocampe (Vargha-Khadem et Al., 1997). Ainsi le rôle de l’hippocampe (région du lobe temporal médian) dans la mémoire déclarative est très important (Vargha-Khadem et Al., 1997 ; Mishkin et Al., 1997 ; Squire et Al., 2004 ; Eichenbaum et Cohen, 2001a ; Eichenbaum, 2004). Une grande flexibilité existe dans la mémoire déclarative entre les mémoires épisodique et sémantique permettant de passer de l’une à l’autre (Cohen, 1984). Les dommages hippocampiques créent des déficits sélectifs de la mémoire épisodique (Tulving et Markowitsh, 1998). En revanche, les dommages corticaux, proches du complexe hippocampique, appartenant au système sémantique créent des déficits non seulement de la mémoire sémantique, mais aussi de la mémoire épisodique. Le lobe temporal médian joue donc un rôle important dans divers aspects de la mémoire déclarative incluant les mémoires sémantique et épisodique (Squire et Zola, 1998). Chez l’Homme, l’hippocampe est impliqué dans la séquence des événements (Eichenbaum et Al., 1999b). L’hippocampe permet, en effet, selon Eichenbaum et son équipe (1999b), un rapide encodage des événements comme séquence d’événements. Des études (réalisée en PET) s’intéressant à la différence d’implication de l’hippocampe postérieur et de l’hippocampe antérieur dans les phénomènes mnésiques, montrent par méta-analyse qu’il existe, dans la mémoire, un gradient rostrocaudal pour les phases d’encodage et de rappel (Achim et Lepage, 2005). L’hippocampe antérieur est associé avec l’encodage (Lepage et Al., 1998). En revanche, le postérieur est activé pour le rappel et la restitution (Lepage et Al., 1998). Plus récemment, une étude réalisée en imagerie identifie une activation de l’hippocampe antérieur pour un nouvel item ou événement alors que le postérieur est seulement activé par des items ou événements familiers demandant seulement un comportement pertinent en réponse (Strange et Al., 1999). L’hippocampe est aussi impliqué dans les souvenirs d’expériences autobiographiques. En effet, l’activation de la région médiale temporale a été montrée pendant le rappel d’un événement autobiographique (Maguire, 2001a, 2001b, 2000). Ce sont les détails, la signification personnelle, l’émotionnalité de l’événement qui provoque l’activation hippocampique (Addis et Al., 2004). L’hippocampe est aussi impliqué dans la capacité à faire des inférences mnésiques (Eichenbaum, 1999b, 2001b, 2004). L’implication de l’hippocampe dans les inférences mnésiques a été mise en évidence grâce aux tâches « d’inférences transitives » réalisées ces dernières années chez le rat et le singe (Dusek et Al., 1997 ; Buckmaster et Al., 2004). Chez l’Homme, le premier à développer ces « tâches » comme évaluation cognitive est Piaget (1928), dans son effort en vue de caractérisation du développement cognitif chez l’enfant. Ces inférences sont nécessaires dans le rappel d’un événement mnésique, et provoquent par la même occasion l’activation de l’hippocampe (Dusek et Al., 1997 ; Buckmaster et Al., 2004). Ces inférences permettent, notamment de passer de la mémoire épisodique à la mémoire sémantique, celles-ci étant extrêmement liées. A ce propos, Eichenbaum (2001b) parle de la mémoire épisodique comme d’un « portail » sur toutes les autres mémoires.

Le rôle de la collaboration entre le cortex frontal, le cortex enthorinal, l’hippocampe et le subiculum dans la mémoire et l’apprentissage est aujourd’hui mieux connu Le rôle respectif de ces régions cérébrales est décrit par 0’Reilly et Rudy (2001). Ils démontrent que l’hippocampe lie entre eux les différents éléments d’un stimulus dans une représentation mnésique unitaire. Ces différents éléments d’un même stimulus pourront plus tard être rappelé de manière fractionnée.

La mémoire déclarative

Définitions

William James en 1918 distingue déjà ce que nous appelons aujourd’hui « mémoire déclarative » et « mémoire procédurale ». James, dans son livre « Principle of Psychology », distingue en les séparant dans deux chapitres différents ce qu’il appelle « mémoire » (qui correspond à notre mémoire déclarative actuelle) et « habitude » (qui correspondrait actuellement à la mémoire procédurale). Les définitions que celui-ci donne dans son ouvrage sont très proches de nos définitions actuelles. Il considère la mémoire « habitude » comme un mécanisme très primitif, et automatique (la marche, l’écriture). En revanche, il considère la « mémoire » comme un mécanisme de plus haut niveau cognitif, il en donne d’ailleurs la définition suivante dans son ouvrage « Principle of Psychology » (p648) : « the knowledge of an event, or fact, of which meantime we have not been thinking, with the additional consciousness that we have thought or experienced it before ».

La mémoire déclarative fait partie intégrante de la mémoire à long terme. Elle est constituée de la mémoire épisodique et de la mémoire sémantique (Tulving et Al., 1972, 1983). La mémoire épisodique se réfère à un seul événement. L’événement rappelé correspond à un événement personnel. Le rappel de l’événement comprend le « où », le « quoi », et le « quand » de celui-ci. Cette mémoire représente la capacité que nous avons de nous souvenir d’expériences uniques et personnelles. La mémoire épisodique correspond à une représentation interne que nous nous faisons de la réalité. La mémoire épisodique contient les détails d’une séquence d’événements. Cette séquence d’événements sont des expériences dotées d’un contexte spatio-temporel dans lequel cet événement intervient (Baddeley et Al., 2000 ; Tulving, 1983, 2002). En revanche, la mémoire sémantique se réfère aux faits et aux connaissances générales. Celle-ci permet d’acquérir la connaissance dans une myriade de domaines : les caractéristiques physiques du monde, l’organisation du langage, la signification des mots. La mémoire sémantique permet de se souvenir de faits qui peuvent ne pas avoir été acquis par une expérience personnelle.

Exemple : Vous allez passer un week-end à Bruxelles.
Revenant sur Paris vous racontez votre périple à vos collègues : « il a plu, j’ai rencontré
Mr.M avec lequel j’ai pris une bière et nous avons discuté des dernières avancées technologiques concernant la dernière arme nucléaire (..)». Cela correspond à de la mémoire épisodique.
En revanche, le fait de savoir qu’il pleut souvent sur Bruxelles, correspond à de la mémoire sémantique.

Régions cérébrales impliquées dans la mémoire déclarative

Les processus de mémoire déclarative impliquent plus particulièrement la région CA3 de l’hippocampe. Cette région est un des hauts lieux de plasticité synaptique. Cette région cérébrale est régie par la LTP et est dépendante du Récepteur NMDA (récepteur glutamatergique) (Eichenbaum, 2004 ; Martin et Al., 2000 ; Shapiro et Eichenbaum, 1999). Ainsi, l’hippocampe joue un rôle important et sélectif dans la mémoire épisodique (Mishkin et Al., 1997 ; Vargha Khadem et Al., 1997). Les zones corticales proches (cortex enthorhinal, le perhinal, et parahippocampe) de la zone hippocampique jouent, en revanche, un rôle dans la mémoire sémantique (Mishkin et Al., 1997 ; Vargha Khadem et Al., 1997).

Mémoire épisodique

Rappel d’un évènement spatio-temporel

D’après la littérature, l’hippocampe possède un rôle important dans la mémoire épisodique. En reprenant l’exemple décrit par Eichenbaum (2004) et Suzuki (2000) : « Vous êtes à un meeting scientifique : « Vous rencontrez un collègue avec lequel vous avez une discussion sur une présentation spécifique entendue lors du meeting ». Il apparaît clairement qu’un tel événement comporte plusieurs spécificités. Ces spécificités sont la mémoire de soi, la mémoire du collègue, ce que celui-ci sait et où la conversation prend place. A ce propos Tulving (2002) parle de « mental replay ». Chaque événement rappelé inclut les personnes rencontrées lors de celui-ci, leurs actions et l’endroit où l’événement s’est produit. D’après Eichenbaum et Al., ces événements sont séquentiellement organisés pour composer le flux d’unique événement (figure 2).

 Fig 2 : diagramme de représentation de la mémoire épisodique, d’après Eichenbaum et Al (2004)

La mémoire épisodique a souvent été étudiée en neuroimagerie. Une des premières études consistait à apprendre et / ou à se souvenir de mots ou paires de mots (Tulving et al, 1996 ; Fletcher et Henson, 2001). Cependant ces tests n’impliquaient pas l’hippocampe mais le lobe frontal De plus, ces tests ne quantifiaient pas le souvenir et le rappel d’un événement précis.
Pour quantifier le souvenir d’un événement précis des tests comme ceux décrits ci-dessous ont été mis en place (Maguire, 2001 ; pour revue).

Test 1 : Au cours de celui-ci, les sujets doivent se souvenir d’événements spécifiques personnels (Crovitz et Schiffman, 1974) en réponse à un mot cible. Le problème est que les sujets ne sont, en aucun cas, contraints de produire un souvenir d’une période donnée (Hodges, 1995). Pour cette raison d’autres tests (comme le test 2 présenté ci-dessous) ont été utilisés pour mesurer cette mémoire épisodique.

Test 2 : « interview de la mémoire autobiographique » ou AMI (Kopelman et Al., 1990). Dans ce test, les sujets sont questionnés sur un événement d’une période bien spécifique et doivent faire appel à leur mémoire sémantique. Ce test permet donc de mesurer le souvenir d’un événement autobiographique. Il s’agit, en effet, de mesurer un épisode personnel ayant un contexte spatiotemporel pouvant aller d’un passé récent à un passé lointain.

Grâce à ces tests, il a été mis en évidence que pour qu’une personne se rappelle un événement passé, elle doit se réorienter vers ce passé et se souvenir des connaissances sémantiques (gens rencontrés, connaissances générales) concernant cet événement passé. Cette personne doit, de plus, se souvenir des informations spécifiques concernant ce même événement, en le revisitant et en le réencodant.

Un événement comporte trois composantes : le « quoi » (What), le « où » (Where) et le « quand » (When) (Nyberg et Al., 1996b). Pour étudier les différentes régions cérébrales impliquées dans ces trois composantes (le quoi, le où et le quand), Nyberg et Al., (1996b) testent en premier lieu ces trois composantes sans les différencier. Ils observent une augmentation du débit sanguin dans le cortex préfrontal avec une différence de latéralisation pour les phases d’encodage et de rappel. Au cours de la phase d’encodage, ils observent une activation plus importante du gyrus médial frontal gauche (Nyberg et al., 1996c). En revanche, au cours de la phase de rappel, Nyberg et al. observent une activation plus importante du gyrus frontal supérieur droit. L’asymétrie de l’implication du lobe frontal vient en adéquation avec le modèle « HERA » (hemispheric encoding / retrieval assymetry) précédemment décrit (Tulving et Al., 1994 ; Nyberg et Al., 1996a). En plus des régions frontales (gauches principalement) le souvenir d’événements épisodiques implique la formation hippocampique. L’hippocampe gauche (Haxby et Al., 1996) serait impliqué dans les événements verbaux (ce qui se rapporte au langage) alors que le droit serait impliqué dans la reconnaissance des visages (ce qui se rapporte au visuel). L’un est donc impliqué dans le langage, l’autre dans le visuel. De plus, en accord avec les études précédentes (Haxby et Al., 1994 ; Kohler et Al., 1995), l’encodage de l’information spatiale d’un événement (le où) montre une augmentation de l’activité du lobe pariétal droit. L’encodage de l’information temporelle (le quand) montre, en revanche, une augmentation de la région du gyrus fusiforme gauche. Ainsi, l’encodage et le rappel d’un événement épisodique impliquent l’activation des mêmes zones cérébrales. En revanche, le où, le quoi et le quand d’un événement impliquent des régions cérébrales spécifiques (Nyberg et Al., 1996b).

Facteurs externes influençant la mémoire épisodique

Certains facteurs externes (paramètres) peuvent affecter la mémoire épisodique (Kapur, 1999) :
- « Variables d’encodage » : un nouvel événement, sa prédictibilité, le nombre et le type de modalités sensorielles, sa signification émotionnelle et cognitive.
- « Variables de rétention » : temps passé depuis l’événement jusqu’au test, la sensibilité de mesure pour le test, la modalité de réponse et la stratégie utilisée par le sujet. 
- « variabilité des lésions », valable uniquement pour les patients : site de la lésion, sa sévérité, et implication d’autres pathologies.

La mémoire autobiographique

Définition

La mémoire autobiographique (Conway, 1999, 2000, 2001) est le rappel d’événements et de faits personnellement vécus au cours de nos vies. Elle fait partie de notre identité personnelle et est fortement corrélée au développement de celle-ci (Conway, 1999, 2000, 2001). La distinction entre distinction mémoire épisodique et mémoire autobiographique est peu claire dans la littérature. Selon Conway et Al., (1999, 2000), la mémoire épisodique est un système mnésique permettant de se souvenir des connaissances relatives à de récents épisodes vécus par le sujet, à travers un intervalle de temps (intervalle de rétention) allant de quelques minutes à quelques heures. En revanche, la mémoire autobiographique, permet de se remettre en mémoire les connaissances relatives aux événements personnels et aux faits préalablement vécus par le sujet au cours de sa vie. Son intervalle de rétention peut aller de quelques semaines à quelques années.

Régions cérébrales impliquées dans la mémoire autobiographique

D’après de nombreuses études, le souvenir d’événements autobiographiques est lié aux régions cérébrales médiales latéralisées gauche (Maguire, 2001, pour revue). Généralement, ces études montrent une activation des régions suivantes : cortex rétrospinal, gyrus parahippocampique, jonction temporo-pariétale, cortex frontal médial, lobe temporal, cervelet et hippocampe (Maguire, 2001, pour revue). Les zones les plus couramment impliquées dans le souvenir d’événements autobiographiques sont le cortex frontal médial et l’hippocampe gauche (Maguire et Mummery, 1999 ; Maguire et Al., 2000, 2001a, 2003, 2003ca, 2003b). D’après Squire et Al., (1992), le rôle de l’hippocampe précède celui des aires corticales. L’hippocampe serait impliqué dans la formation et la consolidation mnésique alors que les aires corticales assumeraient la responsabilité du stockage et du recouvrement. Ceci se traduit, au niveau cérébral par une diminution de l’activité hippocampique et une augmentation de l’activité néocorticale. En revanche, d’après Nadel et Moscovitch (1997), l’hippocampe et non les aires corticales serait impliqué dans le recouvrement mnésique d’un évènement récent ou lointain, ce qui se traduit au niveau cérébral par une activation hippocampique en continu. Cette activation est plus importante au niveau de l’hippocampe gauche et cela quel que soit « l’âge » de l’événement mémorisé. Cette vue est donc en concordance totale avec l’implication de l’hippocampe dans le recouvrement de la mémoire (récente ou lointaine) autobiographique et ce pendant toute la vie. Cette dernière vue nous intéresse plus particulièrement car elle est à la base de notre étude. Elle sera, d’ailleurs, plus amplement décrite dans le troisième chapitre concernant la cognition spatiale.

Mecanisme moleculaire de la memoire

Rôle de la neurogénèse

La neurogénèse (nouvelle production neuronale) intervient à l’âge adulte chez l’Homme comme chez de nombreuses espèces (Eriksson et Al., 1998 ; Gould et Al., 1997a, 1998). Cette nouvelle  production neuronale de cellules granulaires se fait majoritairement dans le gyrus denté (Gould et Al., 1997a ; Kemperman et Al., 1997). Les cellules granulaires du gyrus denté sont essentielles au fonctionnement de l’hippocampe. Ces cellules jouent un rôle dans les phénomènes mnésiques et d’apprentissage (McNaughton et al, 1989). A l’âge adulte, au niveau hippocampique, des « facteurs » modulent cette neurogénèse (Gould et Al., 1997a, 1998 ; Cameron et Al., 1994 ; Tanapat et Al., 1998). Certains facteurs agissent sur cette neurogénèse, en la diminuant, provoquant ainsi des déficits d’apprentissage. D’autres facteurs (différents des précédents), au contraire, augmentent cette neurogénèse provoquant ainsi une facilitation de l’apprentissage. Les facteurs endocriniens (ex : Glucocorticoïdes) régulent, chez l’adulte, la prolifération des cellules granulaires (leurs précurseurs).Une augmentation de ces facteurs diminue le nombre de cellules prolifératrices, inversement une diminution de ceux-ci augmente cette prolifération (Gould et Al., 1992 ; Cameron et Al., 1994). Deux autres facteurs ont un impact significatif sur la neurogénèse : le stress et le vieillissement « naturel » (Moghaddam et Al., 1994). Une baisse de la neurogénèse, due à un traitement à base de corticostérone, à un stress chronique, ou au vieillissement, provoque une diminution des performances au niveau des tâches hippocampo-dépendantes (Krugers et Al., 1997). Le stress aigu, un traitement aux œstrogènes (hormones sexuelles féminines qui augmentent le pool de neurones granulaires immatures), en revanche, augmentent la mémoire et l’apprentissage notamment dans les tâches de navigation spatiale (Wood et Al., 1998 ; Gould et Beylin., 1999 ; Tanapat et Al., 1998 ; McEwen et Al., 1995 ; Luine et Al., 1998). Une forte association existe entre le nombre de neurones immatures présents dans la région hippocampique et le rôle de cette région cérébrale dans l’apprentissage (Gould et Beylin., 1999). L’hippocampe jouant aussi un rôle dans le stockage mnésique temporaire, les « nouveaux neurones » jouent un rôle important dans les processus de stockage mnésique, cela pendant une courte durée après leur génération.

Rôle de la LTP (long term potentiation)

La « mémoire » provoque des modifications de la transmission synaptique principalement au niveau des synapses hippocampiques. Cette transmission, appelée LTP (long term potentiation), comporte deux différentes phases (Frey et Al., 1993, 1998) :
une phase précoce E-LTP, (durée : 1 à 3 heures) qui induit une augmentation rapide de Calcium intracellulaire, une activation de protéines kinases comme la CaMKII, de tyrosine kinase comme fyn, mais aucune synthèse protéique (Bliss et al, 1993 ; Davis et Al., 1984).
Une phase tardive L-LTP, (durée : 24 heures) qui recrute des signaux cellulaire requis pour la synthèse protéique tels l’AMPc, CREB, PKA (Kandel, 2001 ; Davis et Al., 1984).
La PKA ou protéine kinase A est une protéine importante pour le maintien de la LTP (Mayford et Al., 1999). Cette protéine joue aussi un rôle important dans la prolongation de la période de rétention mnésique. Si la PKA est inhibée, la E-LTP pourra avoir lieu, en revanche cela n’est pas le cas pour la L-LTP (Mayford et Al., 1999 ; Abel et Al., 1997). Les tyrosines Kinases (comme fyn) sont elles aussi essentielles à l’induction de la LTP (Bliss et Al., 1993 ; Grant et Al., 1992). Une mutation génétique de ces protéines provoque des déficits de l’induction de la LTP.

Le récepteur NMDA est un facteur très important dans l’induction de la LTP. La phosphorylation de ce récepteur est importante pour la plasticité synaptique. L’activation du récepteur NMDA induit la LTP (Bliss et Al., 1993). En revanche, son inhibition ou une délétion de celui-ci provoque un déficit de la LTP se traduisant comportementalement par des déficits au niveau de la mémoire et de l’apprentissage spatial (Bliss et Al., 1993). L’activation du récepteur NMDA se fait par phosphorylation. Cette phosphorylation est elle-même catalysée par certaines protéines Kinases comme la PKA, la PKC, CaMKII (Bliss et Al., 1993). L’activation de ce récepteur est donc critique pour l’induction de la LTP. Par conséquent les protéines précédemment citées sont impliquées, par voix indirecte, dans l’induction de la LTP.

Les facteurs moléculaires

BDNF

Le BDNF est un facteur impliqué dans la plasticité synaptique au niveau de la LTP et possède un rôle essentiel dans la mémoire et l’apprentissage spatial (Yamada et Al., 2002 ; Tyler et Al., 2002). Son mécanisme d’action semble être compris. Le BDNF permet la phosphorylation des sous unités NR1 et NR2B du récepteur NMDA induisant une augmentation de l’activité de ce récepteur (Mizuno et al., 2003). La protéine BDNF semble impliquée dans la phase précoce (E-LTP) et tardive (L-LTP) de la LTP (Poo, 2001). Son implication dans la LTP a en premier lieu été montrée chez l’animal Chez celui-ci, l’implication du BDNF dans la LTP et dans la mémoire et l’apprentissage est substantielle (Poo, 2001). En effet, l’expression du gène BDNF est augmentée pendant la stimulation tétanique induisant la LTP (Patterson et Al., 1992) et durant les tâches de mémoire spatiale (Hall et Al., 2000). Le BDNF facilite donc la LTP, alors qu’une diminution de celui-ci au contraire la diminue (Patterson et Al., 1996). Ainsi, une inhibition du BDNF (montré par Knockout : délétion d’un gène) provoque des déficits de la mémoire et de l’apprentissage spatial (Mizuno et Al., 2000 ; Gorski et Al., 2003). Le BDNF est sécrété en réponse à une activité neuronale (Goodman et Al., 1996 ; Farhadi et Al., 2000). Une anomalie au niveau de sa sécrétion (par ex : par mutation génétique) provoque des déficits mnésiques, des déficits de la fonction hippocampique et des déficits d’apprentissage.

Un polymorphisme fréquemment observé au niveau du gène BDNF identifie un nucléotide en position 196 (G /A) correspondant en une substitution de la valine (Val) en méthionine (Met) sur le codon 66. Ce polymorphisme est fortement corrélé avec la fonction hippocampique et la mémoire épisodique (Egan et Al., 2003). Cette mutation « Val66Met » possède un impact significatif sur la mémoire épisodique, notamment verbale, et déclarative (Egan et Al., 2003 ; Hariri et Al., 2003). Ainsi, le polymorphisme « Val66Met » induit en altérant la séquence nucléotidique et protéique (un acide aminé est remplacé par un autre) du BDNF des conséquences fonctionnelles (perturbation des mémoires épisodiques). In vitro, le Polymorphisme retrouvé au niveau du codon 66 dans le gène BDNF affecte la distribution intracellulaire. Ce polymorphisme affecte la sécrétion et la libération de la protéine BDNF au niveau synaptique. Ainsi on ne retrouve aucune agrégation du BDNF avec la synaptophysine comme cela devrait être normalement le cas (Egan et Al., 2003). In vivo, les conséquences de ce polymorphisme, se situent principalement dans la mémoire verbale épisodique (déficits), dans l’activité physiologique, l’intégrité neuronale et l’abondance synaptique. Ce génotype (polymorphisme « Val66Met ») était, selon Egan et Al., (2003), prédisposé à être associé à un risque accru de développement de schizophrénie. Ceci, en raison des déficits qu’un tel polymorphisme provoque sur la mémoire épisodique, que nous savons déficitaire dans la schizophrénie. Cependant, Egan et Al., (2003) ne trouvent aucune corrélation entre ce polymorphisme et la schizophrénie.

Le facteur CREB

L’implication du facteur CREB dans la LTP fut à de nombreuses reprises mis en évidence (Mayford et Al., 1999 ; Yin et Al., 1994). En premier lieu, l’implication de celui-ci fut montré par de nombreuses études génétiques réalisées sur la drosophile et l’aplysie (invertébré marin) dans les années 70 (Benzer et Kandel), puis sur des souris mutantes génétiquement modifiées (Knock out ou KO).

Le facteur de transcription CREB, par son activation, est impliquée dans la formation de la mémoire à long terme (LTM) et permet la conversion de la mémoire à court terme en mémoire à long terme (Silva et Al., 1998 ; Mayford et Al., 1999). D’autres facteurs comme les protéines Kinases A (PKAs), les calmodulines kinases (CaMKs) sont impliqués dans la mémoire à long terme en activant CREB, par phosphorylation de la serine (Ser 133 : serine en position 133). Pour étudier l’implication du facteur CREB, des mutations génétiques (délétions) non « complètes » (CREB + / -) ont été réalisées. Ces mutations sont viables (Bourtchuladze et Al., 1994) à l’inverse des mutation CREB - /- (délétions totales) qui elles sont létales. Ces délétions sont généralement des délétions des isoformes ( et ( du facteur CREB (Hummler et Al., 1994). Celles-ci (Bourtchuladze et Al., 1994) permettent une diminution suffisamment importante du facteur CREB (diminution de 75 %) permettant de mettre en évidence l’impact de ce facteur sur la LTP et donc sur la LTM (Mizuno et Al., 2005 ; Kida et Al., 2002). Un Knock Out des isoformes ( ou ( provoque un déficit de la LTP et un déficit mnésique. Ces déficits sont similaires à ceux que l’on observe par inhibition de la protéine Kinase A (PKA). Des déficits de formation de la mémoire à long terme (LTM) spatiale et contextuelle sont observés lors d’une baisse de l’activation du facteur CREB (Bourtchuladze et Al., 1994). Plusieurs Protéines Kinases sont à l’origine de l’activation du facteur CREB. Parmi celles-ci se trouvent les CaMKs (Lonze et Al., 2002 ; Soderling et Al., 1999).Une de ces Kinases, la CaMKIV phosphoryle CREB et par conséquent a une action significative sur la mémoire à long terme. Un Knock Out de CaMKIV a pour conséquence principal un déficit de mémoire contextuelle mais une conservation de la mémoire à long terme spatiale (Kang et Al., 2001 ; Ho et Al., 2000). D’autres types de facteurs de transcriptions proches des calmodulines kinases comme les calmodulines kinases kinases (CaMKK) sont nécessaires au bon fonctionnement des mémoires à long terme spatial et contextuel. Les CaMKK (calmoduline Kinase Kinase) de type ± et ² phosphoryle la CaMKIV, augmentant son activité et provoquant par ricochet la phosphorylation du facteur CREB (Soderling et Al., 1999). La CaMKK² ne joue aucun rôle dans la mémoire contextuelle mais joue seulement dans la mémoire spatiale (Peters et Al., 2003). La CaMKK± (sous unité la plus abondante au niveau de l hippocampe), en revanche, joue un rôle dans la mémoire contextuelle mais ne joue aucun rôle dans la mémoire spatiale (Mizuno et Al., 2003). De plus, une délétion au niveau du gène ( de la CaMKII(, provoque une perte de la LTP dans la région CA1 de l’hippocampe (Bliss et Al., 1993). La LTM spatiale et contextuelle possède une signalisation commune, mais des mécanismes moléculaires différents (Mizuno et Coll, 2005 ; et pour ex : Levenson et Al., 2004). Le facteur CREB est un des facteurs requis pour la formation de la mémoire à long terme (Mizuno et Al., 2005), cependant ce n’est pas le seul facteur de transcription important dans cette formation mnésique (Mizuno et Al., 2005).

Les mécanismes moléculaires de la mémoire sont des mécanismes complexes. Certains facteurs comme le facteur CREB et le BDNF sont essentiels à ces mécanismes. En effet, une « anomalie » de ceux-ci provoque des déficits mnésiques, de la LTP, de l’apprentissage, de l’intégrité neuronale. La formation de la mémoire à long terme (LTM) requiert ainsi une transcription génétique et demande une synthèse protéinique de novo alors que la mémoire à court terme (STM) ne demande, elle, aucune synthèse protéique (Silva et Al., 1994).

Perturbations mnesiques dans la schizophrenie

Attention, mémoire de travail et fonctions exécutives

De nombreux déficits cognitifs ont été identifiés chez les patients schizophrènes (Brazo et Al., 2002 ; Blanchard et Al., 1994 ; Heaton et Al., 1994 ; Antonova et al., 2004). Ces déficits se traduisent par des troubles attentionnels et des troubles de l’apprentissage verbal, par une diminution des performances de la mémoire de travail, notamment visuo-spatiale et par une diminution des performances des fonctions exécutives (Saykin et Al., 1991, 1994 ; Braff et Al., 1993 ; Green et Al., 1996, 1998 ; Morris et Al., 1995 ; Park et Holzman, 1992, 1993 ; Egan et al., 2001). Ces déficits sont en parfaite adéquation avec ceux observés dans les tests de Wisconsin, de fluence verbale, de Stroop et de la tour de Hanoi (Heaton et Al., 1994 ; Rushe et al, 1999a ). Ces déficits cognitifs seraient dus à un dysfonctionnement du lobe frontal (Goldberg et Al., 1989). Les patients ayant une lésion du cortex préfrontal (PFC) montrent des symptômes équivalents à ceux observés dans la schizophrénie (Goldman-Rakic, 1991 ; Stuss et Benson, 1984). Ces symptômes se traduisent en particulier par une augmentation de la distractibilité et de la persévération (incapacité à changer de règles, cf. Stroop et Wisconsin).

Perturbation de la mémoire de travail visuo-spatiale

Les altérations de la mémoire visuo-spatiale ont été montrées, en premier lieu, chez les singes rhésus atteints de lésions du cortex préfrontal (Funahashi et al., 1989 ; Goldman-rakic et Friedman, 1991 ; Goldman-Rakic et al., 1994), particulièrement du cortex préfrontal dorso-latéral (Goldman-Rakic et al., 1987). Pour évaluer les altérations de la mémoire de travail visuo-spatiale chez l’Homme, notamment chez les patients schizophrènes, il a été développé des tâches analogues à celles préalablement effectuées sur les singes rhésus. Ces tâches mettent en jeu l’habileté des sujets à maintenir la représentation spatiale d’une cible durant une période de délai, d’initier et d’exécuter une réponse motrice (oculaire ou tactile) appropriée tout en inhibant toute distraction (Park et Al., 1991, 1992, 1995a, 1995b; Keefe et Al., 1995 ; Stratta et Al., 1999 ; Hooker et al., 2000 ; Leiderman et Al., 2004 ; Gooding et Al., 2004).
Les différentes tâches sont généralement basées sur le même principe:
exposition à la cible
délai avec introduction d’un élément distracteur
rappel.
Il a été observé que les patients schizophrènes sont moins performants que les sujets contrôles sains, avec une baisse des performances généralement plus importante dans la condition de rappel après délai (Park et al., 1992 ; 1993 ; Keefe et Al., 1995, 1997 ; Leiderman et Al., 2004 ; Gooding et Al., 2004). En revanche, la durée du délai n’influence pas les performances des sujets. Seul sa présence possède un réel impact sur leurs performances. Ainsi, les patients schizophrènes ont une perte de mémoire représentationnelle durant la période de délai. Hooker (2000) suggère que les patients schizophrènes ont une réelle difficulté à maintenir la représentation interne d’une trajectoire dans les paradigmes spatiaux et temporels. Selon lui, ce sont des anomalies situées dans le cortex préfrontal (principalement dans le dorso-latéral) qui génèrent des déficits dans les comportements et qui requièrent le maintien de la représentation de la cible à travers le temps, incluant l’habileté à suivre une cible mouvante des yeux. Ainsi, les patients schizophrènes ont un déficit de l’acquisition initiale de l’information visuo-spatiale. Les patients schizophrènes ont de réelles difficultés à prédire la trajectoire d’un objet ou estimer sa vitesse. Ces patients sont déficitaires dans la prédiction des événements spatiaux et sont incapables d’avoir une représentation interne correcte de la cible leur permettant la prédiction d’un événement futur. Les patients schizophrènes, dans ce type de tâches, font plus d’erreurs que les sujets contrôles sains. Leurs erreurs ne sont principalement jamais corrigées. Chez les patients schizophrènes, les erreurs non corrigées sont plus fréquentes quand la cible est présentée dans le champ droit de l’écran. Ainsi, Il y aurait chez ces patients une perte de la représentation spatiale par le système préfrontal gauche. Les patients schizophrènes sont aussi déficitaires dans les tâches de reconnaissance d’objets (Leiderman et Al., 2004 ; Spindler et Al., 1997 ; Coleman et Al., 2002 ; Gooding et Al., 2004). Gooding et Al (2004) se sont posés des questions sur les caractéristiques et la valeur de l’objet à encoder. La plupart des études utilisent des figures géométriques non familières, n’ayant aucun aspect écologique (Leiderman et Al., 2004 ; Coleman et Al., 2002). Gooding et Al., (2004) utilisent des stimuli plus écologiques, en choisissant des visages comme « objet » de reconnaissance. Ils montrent sur un écran d’ordinateur des visages (tirés de Matsumoto et Ekman, 1988), japonais et caucasiens, en noir et blanc, présentant ou non une composante émotionnelle (colère, peur, joie, tristesse, dégoût). Ainsi, selon Gooding et Al (2004), les patients schizophrènes montrent des déficits plus important dans la tâche de reconnaissance émotionnelle que dans la tâche de reconnaissance d’objets ou d’identité. La tâche émotionnelle demande, en effet, le maintien et la manipulation de l’information encodée alors que la tâche de reconnaissance d’identité ne demande que le maintien de l’information encodée.

En résumé, les patients schizophrènes sont déficitaires dans les tâches de mémoire de travail visuo-spatiale, de reconnaissance d’objets (familiers ou non familiers), de reconnaissance émotionnelle, d’estimation de la trajectoire et de la vitesse d’une cible (Park et Holzman, 1992 ; Keefe, 1995 ; Leiderman et Al., 2004 ; Gooding et Al., 2004 ; Hooker Et Al., 2000 ; Smith et al, 2006). Cependant, la prise d’anti-psychotiques (neuroleptiques typiques ou atypiques) n’affecterait pas les performances des sujets schizophrènes (Carter et Al., 1996).

Perturbations de la mémoire épisodique

Déficits d’encodage

Plusieurs études, ont montré des dysfonctionnements de la mémoire épisodique, chez les patients schizophrènes (Calev et Al., 1984 ; Paulsen et Al., 1995 ; McClain, 1983 ; Tamlyn et Al., 1992). Dans le paradigme de Leube et Al., (2001), les patients schizophrènes et les sujets contrôles sains devaient encoder des visages non familiers et se souvenir des différents visages encodés. Au cours de cette remémoration une IRMf est réalisée afin de déterminer quelles zones cérébrales sont activées. D’après les résultats obtenus (Leube et Al., 2001), cette tâche recrute plus particulièrement les différentes aires de la zone hippocampique avec une activation plus importante de l’hippocampe droit chez les sujets contrôles sains. Les études neuropsychologiques ont démontré que les dysfonctionnements mnésiques observés chez les patients schizophrènes étaient principalement dus à un déficit de l’étape d’encodage (Gold et Al., 1992, 2000 ; Heaton et Al., 1994). Les patients schizophrènes sont particulièrement déficitaires dans l’encodage de matériels complexes. Un encodage « complexe » requiert, en effet, différentes entrées sensorielles, telles la pensée et l’émotion, par des processus simultanés. Tracy et ses Al., (2001) corroborent ces précédents résultats. Par des tâches de mémoire verbale et non verbale, ils ont mis en évidence, chez les patients schizophrènes, un déficit de la phase d’encodage dans la mémoire épisodique. En revanche, ils ont montré que chez les patients schizophrènes la mémoire de la reconnaissance des mots, est préservée et cela même dans un contexte de déficit de l’apprentissage initial. Dans la mémoire épisodique, les phases d’apprentissage et de rappel sont les phases les plus touchées. Celles-ci sont suivies des phases de stockage et de maintien de l’information, puis de la phase de reconnaissance (Tracy et Al., 2001).

Déficits de reconnaissance et rappel

De nombreuses études neuropsychologiques, en PET et en IRMf ont mis en évidence un déficit d’encodage dans la mémoire épisodique des patients schizophrènes (Tracy et Al., 2001 ; Ragland et Al., 2001 ; Hofer et Al., 2003a, 2003b ; Harvey et Al., 1986 ; Gold et Al., 1992). En revanche, leur mémoire de reconnaissance serait intacte (Rushe et Al., 1999b, Pascalis et al, 2004). Ce résultat est controversé par certains auteurs (Danion et Al., 1999a, 1999b). Cependant, la mémoire de « reconnaissance » serait la moins touchée et même, selon certains auteurs épargnée (Aleman et Al., 1999 ; Pelletier et Al., 2005 ; Goldberg et Al., 1989 ; Beatty et Al., 1993 ; Tracy et Al., 2001). Ce résultat se vérifie pour les tâches les moins complexes; c’est-à-dire, pour les tâches demandant une simple discrimination entre mots déjà présentés et jamais présentés (Calev et Al., 1984 ; Danion et Al., 1999a, 1999b).

Exemple de test :
Le sujet doit encoder, pendant la phase d’apprentissage, une liste de mots familiers.
Au cours de la phase de rappel qui suit la phase de délai, une nouvelle liste de mots est présentée aux sujets, à l’intérieur de laquelle de nouveaux mots sont incorporés. Les sujets doivent alors reconnaître les mots préalablement présentés.

Dans les tâches de discrimination de mots (simple reconnaissance), les patients schizophrènes obtiennent d’assez bons résultats ; laissant ainsi supposer que ces patients ne sont pas déficitaires dans les tâches de simple reconnaissance. Ces bons résultats sont une conséquence de la familiarité des mots à encoder. Ainsi, au cours de la phase de rappel les patients schizophrènes font appel à leur conscience noétique et non à leur conscience autonoétique (Danion et Al., 1999a, 1999b). Les patients schizophrènes n’auraient pas de difficultés à reconnaître les anciens mots présentés mais seraient déficitaires dans la détection des nouveaux mots présentés (Weiss et Al., 2004). Chez les sujets contrôles sains, au cours de la phase de reconnaissance et à l’apparition de nouveaux items (nouveaux mots), Weiss et Al., (2004) ont observés une activation de l’hippocampe antérieur droit. En revanche, chez les patients schizophrènes, aucune activation de l’hippocampe n’est visible. De plus, au cours de cette phase de reconnaissance les mots anciennement présentés activent l’hippocampe chez tous les sujets testés (contrôles sains et patients schizophrènes). Paul et Al., (2005) ont étudié la manière qu’ont les sujets d’encoder les mots afin de définir si celle ci a de l’importance pour la phase de reconnaissance. Pour cela, ils ont imposé aux sujets la manière d’encoder les mots : de manière sémantique ou de manière perceptuelle.

Test  (Paul et Al., 2005):
Une liste de mots est présentée aux sujets (schizophrènes versus contrôles sains).
Ceux-ci doivent les encoder soit de manière :
- perceptuelle : combien de lettre A dans le mot présenté ?
- sémantique : le mot présenté représente t-il une entité vivante ?
Au cours de la phase de reconnaissance, les sujets répondent à la question suivante de l’expérimentateur : Avez-vous vu ce mot auparavant (dans la première liste) ?

L’étude de Paul et Al., (2005), comme celles de Heckers et Al., (1998, 1999), démontre que l’information sémantiquement encodée est mieux rappelée (taux de performance meilleur) que celle encodée perceptuellement. Ce résultat se vérifie chez les sujets contrôles sains et chez les patients schizophrènes. Ainsi, les patients schizophrènes montrent un meilleur niveau de reconnaissance quand l’information a été encodée sémantiquement. Cependant, les patients schizophrènes présentent de réelles difficultés dans l’encodage des informations de manière sémantique et dans l’utilisation de ces informations comme aide- mémoire (Russell et Al., 1975 ; Gold et Al., 1992 ; Paulsen et Al., 1995).

Degré de conscience du rappel

Pour connaître le degré de conscience avec lequel le « rappel » s’effectue dans les tâches de reconnaissance, un test de remember / know a été mis au point (Danion et Al., 2005 ; Conway et Al., 1996, Piolino et Al., 2003). Ce test est constitué d’une liste de mots (variante possible avec des images) à encoder (Huron et Al., 2002 ; 2003 ; 1995 ; Danion et Al., 2003). Au cours de la phase de rappel, les sujets testés doivent, parmi la nouvelle liste de mots, reconnaître les mots préalablement présentés, et, mentionner le degré de conscience  du rappel. Deux types de réponses sont possible : « I remember » ou « I know ». La réponse « remember » est significative d’un rappel conscient. Cette réponse est accompagnée de détails perceptuels, spatiaux et temporels. Celle ci correspond au terme « je me souviens » en français. La réponse « Know » correspond à la reconnaissance d’un ressenti, à une certaine familiarité sans pouvoir réellement la définir. Dans cette réponse, il y a absence de rappel conscient. La réponse « know » se traduit en français par le terme « je sais ». En utilisant ce test, remember / know, chez les patients schizophrènes, Danion et Al., (2005) montrent que ces patients sont déficitaires dans les réponses « remember », mais pas dans les réponses  « know ». Ainsi, les patients schizophrènes sont déficitaires dans le rappel conscient (Danion et Coll, 2005 ; Danion et Al., 2003 ; Huron et Al., 2003, 1995). Ce précédent test comporte certaines limites. Le fait d’utiliser comme source de mémoire épisodique une liste de mots (ou d’images) n’est pas représentatif de la vie réelle et ne comporte aucune correspondance avec la construction d’une identité propre selon la définition de la mémoire autobiographique par Conway (2001). Pour cette raison, Danion et Al., (2005) ont utilisé un autre test de remember / know. Ce test évaluant la mémoire autobiographique « vraie » (selon la définition de Conway, 2001), est une adaptation du test de Piolino (2003) (questionnaire de mémoire autobiographique réalisé chez les personnes âgées et lésées). Au cours de ce test, Danion et Al., (2005), demandent aux participants (patients schizophrènes et sujets contrôles sains) de se souvenir d’événements spécifiques (quoi, où, quand) survenus au cours de leur vie, puis de décrire l’état de conscience du rappel. Le rappel d’événements spécifiques s’échelonne sur quatre périodes de vie précises : l’enfance, l’adolescence, la vie adulte et l’année précédant le test. Comme pour le précédent test (liste de mots), les patients schizophrènes sont déficitaires dans les réponses « remember ». Ainsi ces patients montrent une importante réduction du rappel conscient (Danion et Al., 2005, 2003 ; Huron et Al., 2002, 2003). En revanche, les patients schizophrènes ne sont pas déficitaires dans les réponses « know ». Ces patients ne semblent donc pas montrer de déficits dans le rappel inconscient d’un évènement (le souvenir de « familiarité » de l’évènement reste intact). Ainsi, la conscience autonoétique est altérée chez les patients schizophrènes. En revanche, la conscience noétique reste intacte.

Les distorsions mnésiques

Elvevag et Al., (2004) se sont intéressés aux distorsions mnésiques (souvenirs d’événements n’ayant jamais eu lieu ou altérés) produites par les patients schizophrènes. En utilisant un test neuropsychologique, Elvevag et Al., (2004) ont évalué la production de faux souvenirs des patients schizophrènes

Test (Roediger et McDermott, 1995)
Au cours de la phase « d’encodage » une liste de mots est présentée aux sujets.
Celle-ci est composée de catégories différentes : fruits, animaux (par exemple).
Chacune de ces catégories est elle-même composée de différents items ayant un fort lien sémantique entre eux. Exemple dans la catégorie fruit, les mots : pomme, orange, banane sont présentés.

Dans la phase de « rappel » les sujets doivent reconnaître les items (mots) préalablement présentés. Parmi une nouvelle liste de mots, il y a des mots n’ayant jamais été présentés. Parmi ceux-ci certains ont un fort lien sémantique avec les autres ; afin de créer des leurres sémantiques. Par exemple, toujours dans la catégorie fruit, les items suivants sont présentés : pomme, orange, fraise. Le mot « fraise » est un leurre sémantique pour les participants.

Grâce à ce test, Elvevag et Al., (2004) ont pu mettre en évidence que les patients schizophrènes ne produisent pas plus de faux souvenirs que les sujets contrôles sains.

Mémoires épisodiques verbale et visuelle

Les mémoires verbale et visuelle des patients schizophrènes (Toulopoulou et Al., 2003a) ont été évalués par de nombreux tests. Les tests utilisés (Toulopoulou et Al., 2003a ; Rushe et Al., 1999b) ont permis de mettre en évidence, de quelle manière l’information a été encodée. Les expériences (Toulopoulou et Al ; 2003a) sont réalisées dans trois conditions différentes : rappel immédiat, rappel retardé et apprentissage (cette dernière mesure permettant de mesurer le taux de rétention). Sur les tests de mémoire verbale, les patients schizophrènes sont moins performants que les sujets contrôles sains. Les patients se rappellent, en effet, moins bien des informations encodées quelle que soit la condition testée (immédiate et retardée). De plus, ces patients ont des performances réduites dans l’apprentissage verbal quel que soit le niveau de difficulté de la tâche. Sur les tests de mémoire visuelle, les patients schizophrènes sont comme précédemment moins performants (Toulopoulou et Al., 2003a) que les sujets contrôles sains, et cela dans les deux conditions testées (rappel immédiat et retardé). Chez ces patients, les déficits observés sont plus importants dans le « verbal » que dans le « visuel » (Toulopoulou et Al., 2003a). Cette différence d’importance de déficit entre le verbal et le visuel est due à une activation plus importante de l’hémisphère gauche de l’hippocampe comparativement à l’hémisphère droit.
Des déficits ont donc été observés chez les patients schizophrènes dans les tâches d’apprentissage verbal et visuel (Keefe et Al., 1999 ; Saykin et Al., 1994 ; Oostrom et Al., 2003 ; Oie et Al., 1999 ; Whittaker et Al., 2001, Rushe et Al., 1999b). Les stimuli verbaux généralement utilisés sont des listes de mots ou des histoires (Goldberg et Al., 1989 ; Paulsen et Al., 1995 ; Saykin et Al., 1991 ; Seidman et Al., 1998). Les stimuli visuels sont des objets (ex : figures géométriques) ou des visages (McKenna et Al., 1990). D’autres tests mesurant l’apprentissage verbal et visuel montrent, comparativement à ceux précédemment décrits (Toulopoulou et Al., 2003a), que les déficits d’encodage visuels sont plus importants que les déficits d’encodage verbaux (Tracy et Al., 2001). Les tests utilisés sont le CVLT et le BFLT-E. Ces deux tests sont construits sur le même principe, seul le matériel d’encodage, verbal ou visuel, change.
CVLT (Delis et Al., 1987) :
Au cours de la phase d’apprentissage, une liste de mots est présentée aux sujets (schizophrènes versus contrôles sains). Parmi ces mots, quatre catégories sémantiques différentes sont distinguées. Les mots sont tous présentés oralement et dans un ordre fixe.
Au cours de la phase de rappel (immédiat et après délai), il est demandé aux participants de souvenir du plus de mots possibles, sans tenir compte de l’ordre, en les citant oralement à l’expérimentateur.

BFLT-E (Glosser et Al., 1997)
Au cours de la phase d’apprentissage, différentes figures géométriques sont présentées aux sujets. Ces figures sont des combinaisons de deux figures géométriques simples (cercle, carré,..). Celles-ci ne pouvant pas être, en aucun cas, encodées par verbalisation.
Au cours de la phase de rappel, les sujets doivent dessiner, à l’expérimentateur, le plus de figures possibles, et, cela sans se soucier de l’ordre dans lequel elles ont été présentées.

Les performances de la quasi-totalité des sujets (schizophrènes et contrôles sains) sont meilleures pour le CVLT que pour le BFLT- E (Tracy et Al., 2001). Ainsi, le matériel verbal est encodé avec plus de succès. Ce résultat peut provenir du fait que les mots utilisés, au cours du test verbal, sont des mots familiers. En revanche, les figures géométriques utilisées, au cours du test visuel, ne correspondent pas à des figures familières. Cela, rend ainsi l’apprentissage et le rappel visuel difficile (Glosser et Al., 1997 ; Kurtzman et Al., 1996). Les résultats obtenus par les patients schizophrènes (Tracy et Al., 2001) démontrent que la mémoire épisodique de ces patients, est sévèrement touchée dans ses deux composantes : visuelle et verbale.

Perturbations de la mémoire autobiographique

Peu d’études se sont intéressées à l’évaluation de la mémoire autobiographique (selon la définition de Conway, 2000), des patients schizophrènes. Pourtant, il existe chez ces patients de réels problèmes d’identité. En revanche, beaucoup d’études ont montré des déficits dans les mémoires épisodique et sémantique des patients schizophrènes (Bilder et Al., 2000 ; Gold et Al., 1992 ; Goldberg et Al., 1998 ; Aleman, 1999). Il a été montré que les mémoires épisodique personnelle et sémantique étaient déficitaires chez ces patients (Feinstein et Al., 1998 ; Tamlyn et Al., 1992) et cela quelle que soit la période de vie testée (AMI ; Kopelman et Al., 1990) : enfance, jeune adulte et période récente. Feinstein et Al., (1998) observent que la courbe représentant les performances des patients schizophrènes, lors d’une « interview de mémoire autobiographique » (AMI) est une courbe en « U ». Les performance des patients schizophrènes sont particulièrement basses pour la période jeune adulte (date des premiers symptômes). En revanche, leurs performances sont meilleures pour la période correspondant à l’enfance (avant les premiers symptômes). La mémoire autobiographique, selon la définition de Conway et Al., (2000), est un modèle unique liant un ensemble d’éléments autobiographiques entre eux. Cette « mémoire » se réfère au « self » et à « l’identité personnelle » de l’individu. La mémoire autobiographique est une construction transitoire réalisée à partir de connaissances autobiographiques. Ces connaissances autobiographiques sont les détails spécifiques, uniques, sensoriels et perceptuels constituant un événement particulier. Pour définir cette « mémoire » le terme « working self » a été utilisé parallèlement au terme « mémoire de travail » décrit par Baddeley (1986, 1992). La mémoire autobiographique est dépendante du contrôle des processus permettant la coordination et la modulation de l’encodage et du rappel. Cette précédente définition (Conway et Al., 2000) de la mémoire autobiographique décrit clairement les dysfonctions mnésiques observées chez les patients schizophrènes. En effet, les patients schizophrènes ont un problème relatif à l’identité personnelle (symptôme de la maladie). Les patients schizophrènes sont déficitaires dans l’encodage et le rappel d’événements autobiographiques (Russel et Al., 1975 ; Huron et Al., 1995). D’après Feinstein (1998), chez les patients schizophrènes, les deux composantes (épisodique et sémantique) de la mémoire autobiographique sont touchées. De plus, selon lui, les patients schizophrènes présentent un déficit de la mémoire spécifique. Ce déficit de mémoire spécifique semble plus apparent après l’apparition des premiers symptômes de la maladie (Feinstein et Al., 1998 ; Riutort et Al., 2003). Le déficit d’encodage observé chez les patients schizophrènes, est présent dés l’apparition des premiers symptômes de la maladie. Ces « dysfonctionnements » mnésiques étant présents, dès le début des symptômes, il n’y aurait pas d’influence médicamenteuse (Aleman et Al., 1999 ; Riutort et Al., 2003).

Perturbations de la mémoire contextuelle ou « binding » contextuel

La formation d’associations entre les différents événements épisodiques, particulièrement durant la phase d’encodage, est possible grâce à l’action de l’hippocampe. A ce propos, Waters et Al., (2004) et Schwartz et Al., (1991) parlent de mémoire contextuelle. A l’intérieur de la mémoire épisodique, Waters et Al., (2004) font une distinction entre le contenu (l’événement lui-même) et le contexte (caractéristiques extrinsèques : source de l’action, contexte temporel). Les patients schizophrènes sont déficitaires dans l’intégration de l’information contextuelle (Servan-Schreiber et Al., 1996 ; Cohen et Al., 1992 ; Bazin et Al., 2000). Ces patients sont incapables de lier les différentes informations entre elles et sont incapables de former une représentation mnésique intacte et continue (Schwartz et Al., 1991 ; Waters et Al., 2004). Ces patients vont avoir un souvenir fractionné et discontinu de l’évènement à l’opposé des sujets contrôles sains. Les sujets contrôles sains ont une vision continue de l’événement et perçoivent l’événement dans sa globalité. En revanche, les patients schizophrènes se souviennent que de quelques caractéristiques isolées de l’évènement. Ainsi, les patients schizophrènes sont incapables de lier les différentes caractéristiques (différents éléments mnésiques) d’un même événement entre elles, en particulier les caractéristiques ayant un contexte temporel (Waters et Al., 2004 ; Danion et Al., 1999a, 1999b ; Elevag et al, 2000).

Perturbations de la capacité à faire des inférences

Les tâches développées chez l’Homme, pour étudier sa capacité à faire des inférences (Titone et Al., 2004a), sont des tâches analogues à celles préalablement développées chez l’animal (Dusek et Al., 1997, tâches de discriminations d’odeurs). Chez l’Homme, cette tâche est une tâche de « discrimination renforcée hiérarchiquement » (Titone et Al., 2004a). Grâce à ce test mesurant la capacité ou l’incapacité à faire des inférences, Titone et Al., (2004a) montrent que les patients schizophrènes sont déficitaires dans de telles tâches. Ainsi, les patients schizophrènes seraient dans l’incapacité à faire des inférences. En neuroimagerie, une activation du lobe temporal médian a été montrée lors d’une tâche mesurant la capacité des sujets à faire des inférences (Nagode et Pardo, 2002). D’après cette étude (Nagode et Pardo, 2002), la capacité de l’Homme à faire ou non des inférences est dépendante du lobe temporal médian, particulièrement de l’hippocampe. Or il est connu que ces structures cérébrales sont altérées chez les patients schizophrènes.

Zones cérébrales impliquées dans les déficits des mémoires épisodique et autobiographique

Dans le cerveau des patients schizophrènes il a été observé des anomalies des régions frontales et temporales (Csernansky et Al., 1998 ; Nelson et Al., 1998 ; McCarley et Al., 1999a ; Shenton et Al., 2001). Ces régions ont été précédemment identifiées, chez l’Homme, comme cruciales dans les performances mnésiques (Squire, 1992 ; Gabrieli, 1998 ; Scoville et Milner, 2000 ; Achim et Lepage, 2005). Chez les patients schizophrènes, il a été montré que les déficits mnésiques étaient fortement liés au système hippocampique (Scoville et Milner, 1957 ; Squire, 1992 ; Aleman et Al., 1999 ; Heckers et Al., 1998 ; Weiss et Al., 2002, 2004 ; Jessen et al., 2003). Gur et Al., (1998) mettent en évidence l’existence d’une corrélation entre la diminution du volume du lobe frontal et du lobe temporal avec les déficits mnésiques observés chez les patients schizophrènes. Les anomalies de connectivité fonctionnelle observées dans ces deux structures jouent un rôle central dans les dysfonctionnements cognitifs notamment dans les dysfonctionnements mnésiques chez les patients schizophrènes (Gabrieli, 1998 ; Ragland et Al., 1998, 2001). L’implication de l’hippocampe dans les phénomènes mnésiques ayant été établie, le rôle de l’hippocampe antérieur et le rôle de l’hippocampe postérieur ont pu être défini. Les régions antérieures du lobe temporal médian sont impliquées dans l’organisation mnésique. En revanche, les régions postérieures sont impliquées dans la consolidation et le stockage mnésique. Cependant, la latéralisation hémisphérique (Gur et al, 1994a, 1994b) est beaucoup plus controversée. Heckers et Al., (1998), montrent, en effet, une diminution d’activation de l’hippocampe droit, Raghland et Al., (2001, 2003) une diminution de l’activité de l’hippocampe gauche. Des dysfonctionnements, à court et long terme, de la mémoire déclarative dans ses deux composantes, sémantique et épisodique, ont fréquemment été rapportés chez les patients schizophrènes (McKenna et Al., 1990 ; Saykin et Al., 1991, 1994 ; Goldberd et Al., 1993 ; Tamlyn et Al., 1992 ; Rushe et Al., 1999b). Ceci se vérifie dés le premier épisode, tout au long de la maladie et chez les patients sans neuroleptiques (Nopoulos et Al., 1994). Ainsi, la médication n’entrerait pas en jeu dans les performances mnésiques (Rushe et Al., 1999b ; Saykin et Al., 1994).

Mémoire implicite versus mémoire explicite

Grâce au patient H.M. (Scoville et Milner, 1957), il a été mis en évidence que les patients ayant des lésions du lobe temporal médian, principalement de l’hippocampe (ex : patients schizophrènes), montrent de nombreux déficits de la mémoire à long terme. Ces déficits concernent la mémoire explicite ou mémoire déclarative (épisodique et sémantique) (Donaldson et Al., 2001). La mémoire explicite est une mémoire consciente et non automatique. Elle inclut le rappel d’événements et / ou de faits isolés, obligeant les sujets à retrouver l’information de manière consciente. La mémoire implicite ou mémoire procédurale (réaction à des stimuli internes ou externes) reflète un rappel inconscient et automatique des connaissances (Reber, 1993 ; Gras-Vicendon et Al., 1994). Les patients lésés au niveau du lobe temporal médian ou atteints de la maladie d’Alzeimer (dysfonction de la zone hippocampique) ne semblent pas présenter de déficits de la mémoire implicite (Squire, 1992 ; Danion et Al., 2001 ; Kessels, et al., 2005). Pour preuve, grâce à des tests mesurant l’apprentissage implicite (tâche d’apprentissage de grammaire artificielle adaptée de Mathews et Al., 1989), Danion et ses Al., (2001) ont pu mettre en évidence que l’apprentissage implicite est conservé chez les patients schizophrènes. Or ces patients sont des patients ayant des lésions du lobe temporal médian, principalement de l’hippocampe. Le résultat de Danion et Al., (2001) explique ainsi les comportements inappropriés versus appropriés des patients schizophrènes. Les patients schizophrènes présentent généralement un comportement inapproprié quand ils font appel à leur conscience, c'est-à-dire à leur mémoire explicite (Huron et Al., 1995 ; Danion et Al., 1999). En revanche, ces patients semblent présenter un comportement approprié quand ils fonctionnent en mode automatique, c'est-à-dire lorsqu’il font appel à leur mémoire implicite. Ainsi, les patients schizophrènes comme les patients lésés au niveau du lobe temporal médian ne montrent pas de déficits de leur mémoire implicite (mémoire procédurale) ce qui signifie que le lobe temporal médian n’intervient pas dans ce type de mémoire. La mémoire implicite serait alors liée à d’autres régions cérébrales, principalement les régions corticales (Sponheim et Al., 2004).


RESUME

Les anomalies hippocampiques observés dans la schizophrénie sont potentiellement de nature neurodéveloppementale.

Les altérations hippocampiques sont associées avec des anomalies de la migration et de l’organisation neuronale.

Neurotransmission glutamatergique potentiellement anormale au niveau de l’hippocampe.

Le rôle de l’hippocampe dans les phénomènes mnésiques a été mis en évidence chez les patients ayant une lésion du lobe temporal médian (hippocampe, amygdale et cortex temporal).

La mémoire explicite (mémoire déclarative) est hippocampo-dépendante à l’inverse de la mémoire implicite (mémoire procédurale).

Des « facteurs internes » (ex : BDNF, CREB, les œstrogènes), et des « facteurs externes » (ex : stress) jouent un rôle dans le fonctionnement hippocampique ainsi que dans les phénomènes de mnésiques et d’apprentissage.

L’hippocampe joue un rôle critique dans l’habileté que nous avons à nous souvenir de diverses expériences personnelles dans leur ensemble. Il permet, en effet, l’encodage d’expériences personnelles distinctes comme séquence d’événements.

Un « événement « est constitué de trois composantes distinctes : le lieu de l’événement (où), le contenu (quoi) et la période (quand).

Les patients schizophrènes sont déficitaires dans la mémoire de travail visuo-spatiale, dans l’estimation d’une trajectoire, dans l’estimation de la vitesse de déplacement d’un objet.

La schizophrénie est associée à un déficit de la mémoire épisodique.

La mémoire autobiographique (proche de la mémoire épisodique) est aussi affectée dans la schizophrénie, et cela dés les premiers symptômes de la maladie.

La mémoire et l’apprentissage implicite (mémoire et apprentissage procédurale et automatique) semblent préservés chez les patients schizophrènes.

Les patients schizophrènes présentent des déficits de mémoire contextuelle ou binding contextuel. Ainsi ces patients ne peuvent lier entre eux les différents éléments d’un même événement afin de former une représentation mnésique intacte et continue de celui-ci.

Le phénomène de consolidation de la mémoire autobiographique intervenant normalement à l’adolescence ou chez le jeune adulte est déficitaire chez les patients schizophrènes, confirmant peut être ainsi la validité de l’hypothèse neurodéveloppementale.

COGNITION SPATIALE, DE LA MEMOIRE SPATIALE A LA NAVIGATION


MEMOIRE SPATIALE ET REPRESENTATIONS MENTALES

Memoire spatiale

Définitions

La mémoire spatiale se définit comme l’habileté à encoder, à stocker et à retrouver l’information spatiale (Kessels et al., 2001). La mémoire spatiale représente la capacité que nous avons à localiser des « objets » et / ou des lieux dans un espace environnant et à trouver son chemin à travers un environnement familier ou non familier (Smith et Milner, 1981 ; 1989). La mémoire spatiale n’est pas un système de mémoire unitaire mais consiste, au contraire, en une multitude de mécanismes cognitifs. En effet, les processus cognitifs utilisés pour le traitement de l’information spatiale de la mémoire d’emplacements d’objets (coordonnées précises de l’objet ou position relative des objets les uns par rapport aux autres) et ceux utilisés pour le traitement de l’information spatiale séquentielle sont des mécanismes différents. Des dommages (lésions, ablations, foyer épileptique) cérébraux, principalement dans l’hippocampe et ses zones adjacentes (parahippocampe, cortex enthorhinal), causent des déficits de la mémoire spatiale (Abrahams et Al., 1997 ; 1999 ; Nunn et Al., 1998, 1999 ; Bohbot et Al., 1998).

Les théories de l’implication de l’hippocampe

L’hippocampe est une des principales structures cérébrales impliquées dans les phénomènes mnésiques : mémoire épisodique, sémantique et autobiographique (Eichenbaum et Cohen, 2001a ; Vargha – Khadem et Al., 1997 ; Tulving, 1983, Burgess et al., 2002 ; Moscovich et al, 2005, 2006). L’importance du rôle de l’hippocampe dans la mémoire fut mise en évidence grâce à des patients ayant des lésions hippocampiques et grâce à des patients épileptiques (Scoville et Milner, 1957 ; Zola Morgan et Al., 1986). Ces lésions causent des dommages importants de la structure hippocampique. L’hippocampe semble avoir, chez l’Homme, un rôle important dans la mémoire spatiale (Abraham et al., 1999 ; 1997 ; Nunn et al., 1998, 1999 ; Bohbot et Al., 1998 ; Maguire et Al., 1998a, 1998b ; 1999a ; 1999b ; Spiers et Al., 2001a, 2001b, Kessels et al, 2001). Pendant de nombreuses années, une controverse sur le rôle précis de l’hippocampe a eu lieu. L’hippocampe est-il seulement impliqué dans la spatialité (mémoire spatiale), ou est-il aussi impliqué dans les phénomènes non spatiaux ? Aujourd’hui, nous savons que le rôle de l’hippocampe est vaste (Jarrard et al., 1991). En effet, celui-ci est impliqué dans la mémoire spatiale mais aussi dans la mémoire non spatiale (mémoire épisodique, autobiographique) (Moscovich et al, 2006). Parmi les différentes théories qui se sont affrontées au cours de ces dernières décennies, quatre sont particulièrement importantes dans la compréhension du rôle de l’hippocampe (Abrahams et al., 1997). Elles ne sont pas forcément contradictoires et méritent toutes d’être prises en compte.

Ces différentes théories, décrites ci-dessous, sont la théorie des cartes cognitives, celle de la mémoire de travail, celle de la mémoire de référence et la théorie du contexte.

Théorie des cartes cognitives :

D’après O’Keefe et Nadel (1978, 1991), l’hippocampe stocke les informations spatiales de manière allocentrique dans une carte cognitive de l’environnement permettant la formation d’une représentation absolue de notre environnement indépendante de l’observateur (centré sur l’environnement). Je reviendrai plus amplement sur la formation des cartes cognitives dans la partie représentation mentale de l’environnement.

Théorie d’Olton ou « working memory » :

D’après Olton (1979a, 1979b, 1979c, 1981), l’hippocampe manipule l’information pertinente d’une situation présente ou du contexte actuel. Ainsi la mémoire spatiale est dépendante de l’hippocampe car elle est encodée comme un événement ou un contexte.
Théorie de la mémoire de référence :

D’après cette théorie, l’information est toujours constante à travers les situations et est indépendante du temps (Olton et al., 1981).

Théorie du contexte :

D’après cette théorie (Chun et al., 1999, 2000, 2003 ; Eichenbaum et al., 1996a, 1996b) l’hippocampe permet d’établir un lien entre les différents aspects contextuels de notre environnement. L’hippocampe encode le contexte temporel d’un évènement. L’emplacement spatial étant encodé comme un évènement lié à un contexte particulier, un déficit de mémoire spatiale peut être présent.

Des expériences destinées à départager les différentes théories de l’implication de l’hippocampe, ont été effectuées, en premier lieu chez le rongeur (labyrinthe radial), puis chez l’Homme (Nine maze box, Abrahams et al., 1997). D’après ces expériences, il ne fait aucun doute que l’hippocampe est impliqué dans la représentation allocentrée de l’environnement (Abrahams et Al., 1997). Cette observation est en adéquation avec la théorie d’une carte cognitive de l’environnement intégrée dans l’hippocampe (O’Keefe et Nadel, 1978 ; O’Keefe et al., 1979 ; O’Keefe, 1990). Cette précédente observation n’est pas contradictoire avec les théories dites « contextuelles ». L’hippocampe lierait, en effet, les différents événements entre eux et jouerait un rôle dans le souvenir du contexte de ces évènements. Ainsi, l’hippocampe serait un « auto-associateur » permettant l’association des différents éléments d’un évènement entre eux (Marr, 1971 ; O’Reilly et Rudy, 2001, pour revue).

La mémoire contextuelle décrite ci-dessus se réfère plus à de la mémoire épisodique et / ou autobiographique qu’à de la mémoire purement spatiale. Ainsi, le lobe temporal médian et l’hippocampe sont impliqués dans différents types de mémoires (Scoville et Milner, 1957), dont la mémoire spatiale (verbale et non verbale). Cette mémoire spatiale est composée d’une mémoire verbale et d’une mémoire non verbale (purement visuelle) n’impliquant pas les mêmes hémisphères hippocampiques (Goldstein et Al., 1989). La mémoire visuo-spatiale non verbale est associée avec l’hippocampe droit (Smith et Milner, 1981) en revanche la mémoire verbale ou narrative est associée avec l’hippocampe gauche (Frisk et Al., 1990). L’hippocampe, bien que jouant un rôle dans différents types de mémoires tel que la mémoire épisodique (Tulving et Markovitsch, 1998 ; Mishkin et Vargha-Khadem, 1998) possède une habileté particulière pour emmagasiner les informations spatiales (O’Keefe et Nadel, 1978 ; Squire et Al., 1995).

Implication du stress dans la mémoire spatiale

Le stress peut être bénéfique. Le stress permet une réponse adaptée à une situation environnementale stressante qui n’aurait pu être gérée autrement. Le stress est donc un mécanisme indispensable à la survie. Cependant, bien que le stress soit parfois nécessaire, un stress prolongé peut causer des désordres irréparables sur l’organisme (Maier et Al., 1976 ; Bremner et Al., 1993, 1999). Ceci est vrai tant au niveau mental (dépressions récurrentes, stress post traumatique) que physique (épilepsie). L’hippocampe, région clef dans l’émotion et dans l’apprentissage, est une des régions cibles de la réponse au stress. En effet, cette région est la cible des glucocorticoïdes (GC, hormones du stress) telle la corticostérone. Le stress (aigu ou chronique) ou un traitement par corticostérone va avoir un effet délétère sur l’ensemble de l’hippocampe (Sapolsky et Al., 1984). En effet, le stress affecte la plasticité synaptique, la morphologie dendritique, la neurogénèse et provoque une neurotoxicité cellulaire (Kim et Al ; 1998, 1996 ; Watanabe et Al., 1992 ; Gould et Al., 1998). Les dommages causés par l’exposition à un stress prolongé vont donc avoir de sévères répercussions pouvant aller d’un déficit de mémoire et d’apprentissage jusqu'à la mort de cellules neuronales (Kim et al., 1998 ; figure 3). L’hippocampe joue un rôle clef dans les phénomènes de mémoire et d’apprentissage notamment au niveau spatial Le stress en agissant sur l’hippocampe et en rendant certaines de ses fonctions délétères joue un rôle dans les phénomènes d’apprentissage. Ceci a été mis en évidence sur les rongeurs (rats et souris), lors d’études comportementales (Bodnoff et Al., 1995 ; Diamond et Al 1996 ; Nishimura et Al., 1999). Au niveau neuropathologique et histologique, il a été montré qu’à long terme un stress prolongé ou un traitement aux glucocorticoïdes provoquaient des dommages dans les régions CA1 et CA3 de l’hippocampe, les glucocorticoïdes ayant un effet inhibiteur sur la décharge des neurones pyramidaux (Garcia, 2001). Un stress chronique provoque des déficits d’apprentissage causant de nombreux désordres d’ordre cognitif, en baissant l’activité du complexe septo-hippocampo-cholinergique (système impliqué dans l’apprentissage spatial).


Fig 3 : effets physiologiques du stress, d’après Kim et Al., 1998)


La transmission synaptique dans l’hippocampe se fait grâce à la LTP et à la LTD (long term depression). La LTP est particulièrement impliquée dans le stockage de l’information et joue un rôle dans l’apprentissage spatial La LTP et la LTD sont activées par l’influx de calcium (Ca2+) au niveau des cellules post synaptiques via l’activation du récepteur NMDA. La balance LTP-LTD est dépendante de la concentration en ions Ca 2+ intracellulaire et de la bonne conservation de l’homéostasie calcique de l’organisme (Garcia, 2001 ; Kim et Al., 1998 ; figure 4). Cette homéostasie calcique est très importante pour le maintien de la LTP au niveau des régions CA1- CA3 de l’hippocampe (Garcia, 2001). Si la concentration en Ca 2+ est basse, il y a activation d’une phosphatase qui, par son induction, induit une dépression synaptique provoquant l’induction de la LTD (Kim et Al., 1998). Si, au contraire, la concentration en Ca2+ est élevée, il y a activation d’une kinase, la CaCAMKII, qui provoque la potentialisation de la synapse en requérant l’activation du récepteur NMDA au niveau post synaptique, provoquant ainsi l’induction de la LTP (Kim et Al., 1998). Ainsi, la LTP intervient dans les phénomènes mnésiques et d’apprentissage, et, est totalement dépendante de la concentration en ions Ca2+ intracellulaire.



Fig 4 : Effet des glucocorticoïdes sur la transmission synaptique (LTP – LTD) et exitotoxicité de l’hippocampe, d’après Kim et Al., 1998.

L’hippocampe est une cible importante des glucocorticoïdes. Il existe deux récepteurs aux glucocorticoïdes : le récepteur minéralocorticoïde ou de type I (récepteur à haute affinité) et le récepteur aux glucocorticoïdes ou de type II (récepteur à basse affinité). L’hippocampe est pourvu des deux récepteurs. Ces deux récepteurs sont situés principalement au niveau des régions CA1 et CA3. L’activation du récepteur de type I provoque l’activation de la LTP. En revanche, l’activation du récepteur de type II atténue l’activation de la LTP mais augmente celle de la LTD. L’activation de ces deux récepteurs dépend du taux de glucocorticoïdes (GC) libérés. Le 1er récepteur à être activé est le récepteur de type I. Le récepteur de type II est activé que si la concentration en glucocorticoïdes est trop élevée, comme cela est le cas lors d’un stress prolongé. Lors d’un stress prolongé ou d’un traitement aux glucocorticoïdes il y a déficits mnésiques et déficits d’apprentissage notamment d’ordre spatial Un tel déficit provoque probablement l’activation du récepteur de type II.

Pour résumer, le stress peut altérer l’homéostasie de l’organisme en altérant l’homéostasie calcique (Garcia, 2001). Le stress via la libération de glucocorticoïdes va inhiber la LTP (transmission synaptique). Une trop grande libération de glucocorticoïdes au niveau circulant va avoir un feedback négatif sur les régions spécifiques inhibant cette libération (Garcia, 2001). Ainsi, une libération prolongée de glucocorticoïdes va avoir un effet délétère sur les fonctions hippocampiques. Ces effets délétères se traduisent au niveau morphologique par une atrophie des neurones pyramidaux de la région CA3 et au niveau électrophysiologique par une baisse de l’excitabilité hippocampique. Cette diminution de l’excitabilité hippocampique a pour conséquence la diminution de l’induction de la LTP (Garcia et Al., 1998, 2001).

Les representations mentales

Eléments introductifs et définitions

Se représenter mentalement un objet ou un environnement est une action banale chez l’Homme. Il n’est pas nécessaire pour l’Homme de voir l’objet devant ses yeux pour se le représenter. En revanche, la représentation mentale se réfère à la mémoire (au sens large). En effet, pour pouvoir se représenter mentalement un objet il est nécessaire d’avoir des traces mnésiques de cet objet (ex : table). Selon l’objet ou l’environnement représenté, les représentations mentales peuvent être automatiques, c'est-à-dire de l’ordre de l’inconscient ou être intentionnelles, c'est-à-dire de l’ordre conscient (Denis, 1989, 1993). Avoir une représentation mentale précise de son environnement (représentation intentionnelle) est un atout majeur pour la navigation. Un déficit de ces représentations mentales provoque des déficits dans les épreuves de mémoire spatiale et de navigation.

Traitement dynamique des informations spatiales

Naviguer au sein d’un espace, parfois non accessible visuellement dans l’immédiat, demande des processus de traitement de l’information et des représentations mentales mnésiques précises. Thinus-Blanc (1996), pour expliquer le traitement dynamique des informations spatiales au cours d’une navigation (figure 5), propose un modèle constructiviste (Amorim, 2004). Celui-ci n’est pas sans rappeler celui proposé par Neisser (1976) dans les années 70.



fig 5 :Le modèle d’intégration des informations spatiales de Thinus- Blanc (1996), (figure reprise de l’HDR de M.A Amorim (2004)).

Pour Thinus-Blanc (1996), deux voies distinctes sont impliquées dans le traitement des informations spatiales et sont généralement dépendantes du référentiel de départ. La première voie correspond à une action dans le monde physique (ex : navigation réelle), c’est à dire à tout ce qui touche au mouvement dans sa globalité (données proprioceptives, vestibulaires…). Ce comportement dans le monde physique est dépendant d’un référentiel égocentré (aller tout droit, tourner sur sa gauche) et est organisé de manière séquentielle (séquence d’actions à réaliser pour atteindre son but), même si le but à atteindre peut l’être grâce à une représentation allocentrée. La seconde voie, la représentation spatiale, correspond à une représentation abstraite de l’environnement, c'est-à-dire à la construction d’une carte cognitive de cet environnement. La conservation de l’information reste sous forme allocentrée et est indépendante de la séquence d’actions qui a permis son acquisition.

Les cartes cognitives

Depuis 1948 (Tolman), de nombreuses définitions sur la construction des cartes cognitives ont été émises. Chacune de ces définitions est une amélioration de la définition précédente mais comportent quelques petites différences. Ces différences concernent généralement sur les zones cérébrales impliquées (même si l’hippocampe fait l’unanimité depuis 1948) dans la construction des cartes cognitives et dans le rôle précis de chacune d’entre elles. Selon Tolman (1948), une carte cognitive est une représentation mentale de l’environnement construite par un individu. Grâce à cette représentation abstraite de l’environnement, les individus peuvent prendre des raccourcis, ont la possibilité d’emprunter de nouvelles routes (McNamara, 2003a, 2003b) en se basant sur leurs connaissances spatiales préalables. Dans leurs travaux, O’Keefe et Nadel (1978) reprennent le terme de carte cognitive et mettent en place un protocole afin d’identifier les zones cérébrales impliquées. O’Keefe et nadel (1978) mettent en évidence l’implication de la zone hippocampique dans la construction de cartes cognitives de l’environnement. En effet, grâce à leurs expériences comportementales réalisées sur les rongeurs, ces auteurs ont montré que certaines cellules neuronales du rat, les cellules de lieu, ne déchargeaient pas de la même manière selon la localisation de celui-ci dans le labyrinthe (O’Keefe, 1979 ; O’Keefe, 1990, O’Keefe et al, 1998). Les cellules de lieu (neurones pyramidaux) déchargeraient leur activité électrique au niveau de deux régions spécifiques de l’hippocampe : la région CA1, et la région CA3 (O’Keefe, 1979 ; O’Keefe, 1987 ; Muller, 1996, 2005). L’implication de l’hippocampe dans la construction des cartes cognitives s’est confirmée grâce aux études réalisées chez l’Homme et chez l’animal ayant des lésions hippocampiques (Nadel, 1999). De telles lésions provoquent, chez l’Homme et chez l’animal, des déficits dans les tâches spatiales et des déficits de mémoire épisodique, autobiographiques et spatio-temporelle (Abrahams et coll, 1997 ; 1999 ; Bohbot et Al., 1998). Thinus-Blanc (1992) propose une définition des cartes cognitives, sensiblement différente de celle présentée par O’Keeffe et Nadel (1978). Pour Thinus-Blanc (1992), les cartes cognitives ne sont que le résultat de la mise en relation spatiale des lieux qui ont été stockés dans la mémoire épisodique sous forme de vues locales et grâce à un ensemble de règles combinatoires. En effet, selon Thinus-Blanc (1992), les cartes cognitives sont stockées dans les aires visuelles. En revanche, les aires associatives conserveraient les adresses de ces aires visuelles et / ou le « code combinatoire » des informations qu’elles contiennent (Amorim, 2004). Chez l’homme, par rapport à la première définition (Tolman, 1948), la définition des cartes cognitives s’agrandit (O’Keefe, 1990). En effet,  «deux cartes » semblent exister une carte sémantique à l’intérieur de l’hippocampe gauche, ayant pour rôle l’organisation du matériel linguistique de manière abstraite dans une « carte narrative » ; la deuxième carte est en revanche purement spatiale et se situe dans l’hippocampe droit.

Malgré toutes ces petites différences de définitions, la définition générale des cartes cognitives reste globalement la même : une carte cognitive est la construction et le maintien d’une carte spatiale de l’environnement (Kumaran, 2005) dans l’hippocampe. Cette représentation spatiale de l’environnement est une représentation allocentrique de celui-ci (O’Keefe, 1990, Hartley et Al., 2004) et non égocentrée comme le supposait O’Keefe en 1987. Une représentation allocentrique est une représentation euclidienne (calcul des distances et des angles) de l’environnement (O’Keefe, 1991). Ainsi, aujourd’hui, la théorie des cartes cognitives est totalement acceptée malgré la « vague » de scepticisme qui a eu lieu dans les années 80.

Les représentations allocentrées et égocentrées

Deux différents types de représentations mentales de l’environnement existent : la représentation mentale égocentrée (centrée sur son propre corps) et la représentation mentale allocentrée (centrée sur l’environnement). La représentation mentale égocentrée est à la base de l’action (mouvement) et permet l’initiation de celle ci. La représentation mentale allocentrée est à la base de la navigation flexible et permet le stockage, à long terme, des relations spatiales complexes. Ces deux modes de représentations mentales ont été mis en évidence grâce aux expériences mesurant les déficits de mémoire spatiale sur les patients ayant des lésions hippocampiques unilatérales ou bilatérales (Abrahams et Al., 1997 ; Bohbot et Al., 1998). Les patients lésés montrent généralement une mémoire spatiale allocentrée déficitaire (test d’Abrahams et Al., 1997 ; Bohbot et Al., 1998) alors que leur mémoire spatiale égocentrée semble épargnée. Ainsi, l’hippocampe joue un rôle important dans la mémoire spatiale allocentrique (Holdstock, 1999, 2000).

Les représentations allocentrée et égocentrées de l’environnement interviennent aussi dans des tâches beaucoup plus complexes telles que la navigation. Naviguer dans un environnement, trouver son chemin, se souvenir de routes sont des comportements courants chez l’Homme mais demandant une la construction d’une représentation interne de l’environnement. Cette représentation interne de l’environnement peut être allocentrée (carte cognitive) et / ou égocentrée (tâche séquentielle).La représentation allocentrée d’un environnement est dépendante de la construction d’une carte cognitive. Cette construction est liée à l’acquisition d’une représentation en « survol » de l’environnement permettant ainsi de connaître les directions et les distances relatives entre les différents points de repères présents dans l’environnement (O’Keefe et Burgess, 1996). En revanche, la représentation égocentrée est dépendante de la connaissance des enchaînements d’actions de manière séquentielle et temporelle (ex : tourner à droite), de la connaissance de l’ordre des différents points de repères de l’environnement. Cette dernière représentation est liée à une représentation de type « trajet » de l’environnement. Ces deux types de représentations (allocentrée et égocentrée) n’impliquent pas les mêmes processus cognitifs ni les mêmes zones cérébrales (Taylor et Tversky, 1992 ; Taylor et Al., 1999). L’hippocampe est impliqué dans les représentations allocentrées de l’environnement, dans la construction de carte cognitive et par conséquent dans la connaissance de type « survol » du trajet (Moscovitch et al, 2005). En revanche, les représentations égocentrées de l’environnement impliquent la connaissance de type « trajet » et le cortex pariétal Ces résultats corroborent les études d’Abrahams (1997, 1999) et Bohbot (1998) qui mettent en évidence qu’un patient cérébro-lésé au niveau hippocampique est déficitaire dans toutes les tâches de mémoire spatiale allocentrique. Les deux cadres de références (égocentrée et allocentrée) bien qu’utilisant des processus mnésiques et cognitifs différents ne sont pas exclusifs. En effet, selon Nadel et Hardt (2004), ces processus opèrent en parallèle. De plus, les deux cadres de références ont un effet additif sur la précision du rappel.

Les différents stades d’acquisition de l’information spatiale

Chez l’adulte, comme chez l’enfant (l’ontogenèse reproduisant la phylogenèse), les acquisitions des connaissances spatiales se déroulent en plusieurs étapes successives. Ainsi trois stades dans l’acquisition des informations spatiales ont pu être mis en évidence, chez l’enfant (Piaget et Inhelder, 1947) et chez l’adulte (Siegel et White, 1975). L’existence de trois stades de développement dans l’acquisition de l’information spatiale a été montré grâce à l’expérience « des trois montagnes » réalisée par Piaget. Au premier stade de développement, l’enfant acquiert seulement une conception égocentrée (centrée sur son propre corps) de l’environnement. Il ne peut pas adopter une autre perspective que sa propre perspective vis-à-vis des éléments de l’espace qui l’entoure. Au second stade, l’enfant acquiert la possibilité de considérer et de prendre en compte d’autres perspectives que sa propre perspective : conception exocentrée de l’environnement. Au cours de ce stade, il intègre les notions de séquentialité, de directions et de relations spatiales. Au cours du troisième et dernier stade l’enfant possède enfin une conception géocentrée ou allocentrée (centrée sur l’environnement) de l’environnement. Il peut donc définir un espace quelconque, avec toutes ses coordonnées précises, indépendamment de sa propre position dans le même espace. Ainsi l’enfant acquiert, au cours de ce stade, une représentation en survol de son environnement. Ainsi, nous pouvons voir qu’il y a une transition entre le cadre de référence égocentré et le cadre de référence allocentré au cours des différents stades de développement de l’enfant (Piaget et Inhelder, 1947, 1967 ; Bremner et Bryant, 1977 ; Nardini et Al., 2005).Un parallèle peut être fait, chez l’adulte (Siegel et White, 1975), avec l’acquisition des nouvelles connaissances spatiales au cours d’une épreuve de navigation. Les repères (isolés) rencontrés au cours du trajet sont les premiers à être encodés, à la suite desquels viennent les connexions des différentes routes les liant entre eux (connaissance de type « trajet »). Enfin, le dernier stade est l’acquisition d’une représentation en survol de l’environnement concerné permettant ainsi la prise de raccourcis (construction d’une carte cognitive).

Ainsi, il existe une évolution analogue entre les jeunes enfants et les adultes pour l’acquisition des connaissances spatiales. Chez le jeune enfant, cette progression en différents stades pour l’acquisition d’une connaissance spatiale de plus en plus complexe est due à la maturation de certaines zones cérébrales. Ainsi des changements sur la connaissance de l’information spatiale (acquisition) apparaissent au cours du développement du jeune enfant (Uttal et Al., 2006, acquisition de la représentation en survol plus complexe).

Différences hommes/femmes

Depuis plusieurs années, nous savons que des différences Hommes – Femmes existent dans les habiletés visuo-spatiales et dans les habiletés de représentations mentales (objet ou environnement) (Astur et Al., 1998 ; Moffat et Al., 1998 ; Postma et al., 2004). Plusieurs types de tests ont été utilisés pour étudier ces différences. En premier lieu, ce sont des tests psychométriques : perception spatiale, visualisation spatiale (ex : MPFB) et rotation mentale (ex : MRT) qui ont été utilisés (Linn et Petersen, 1985). C’est pour les tests de rotation mentale (ex : MRT) qu’il est observé la plus grande différence entre les performances hommes- femmes (la variance pouvant atteindre 16 %) (Sanders et Al., 1982). Dans un second temps, des tests d’orientations spatiales et de navigation ont été réalisés en réalité virtuelle (water maze) et / ou en condition écologique (environnement réel). Ces tests, comme les tests psychométriques, montrent des capacités spatiales inférieures chez la femme. En fait, les deux genres n’utilisent pas les mêmes stratégies cognitives pour résoudre ce type de tâches (Gron et Al., 2000). Les femmes utiliseraient plutôt les repères égocentrés et leur enchaînement séquentiel, les hommes utiliseraient plus volontiers les repères allocentriques avec références géométriques (Gron et Al., 2000). De plus, selon Gron et Al., (2000), les zones cérébrales activées dans ce type de tâches seraient différentes entre les hommes et les femmes (plus postérieures chez l’homme et plus frontales chez la femme).

Ces différences de stratégies n’expliquent pas complètement les différences observées dans leurs performances. Selon McCormick et Al., (2001), ce phénomène est hormonal En effet, celui-ci serait dépendant de la variation du taux des hormones sexuelles. La testostérone aurait un effet bénéfique sur les performances spatiales, non seulement chez les animaux (Roof et Havens, 1992) mais aussi chez l’Homme (Moffat et Hampson, 1996). En effet, une personne recevant de la testostérone voit ses capacités cognitives augmentées. Les oestrogènes auraient, en revanche, un rôle beaucoup plus complexe (Moffat et Hampson, 1996). Leurs actions dépendraient de la variation du taux de l’hormone elle-même. Un taux élevé en oestrogènes tendrait à diminuer les performances dans les tâches visuo-spatiales (Warren et Juraska, 1997 ; Luine et al, 1998). Phillips et Silverman (1997) parallèlement à cette découverte, ont étudié le cycle menstruel de la femme (variation du taux des hormones féminines sexuelles au cours du cycle). Ces auteurs ont étudié (Phillips et Silverman, 1997) l’éventuel lien que pourrait avoir le cycle menstruel de la femme sur les fonctions cognitives notamment les habiletés visuo-spatiales. Au cours de la phase lutéale, phase riche en oestrogènes, les femmes sont moins performantes comparativement à celles testées au cours des autres phases du cycle menstruel (Phillips et Silverman, 1997 ; Gron et Al., 2001).

Le stress est un facteur important à ne pas omettre. Le stress possède, en effet, un impact significatif sur les fonctions cognitives et les capacités visuo-spatiales.Un stress modéré augmente les performances cognitives au contraire d’un stress élevé qui les diminue (Luine et al., 1996). Les hormones du stress agissent sur l’hippocampe en provoquant des modifications physiologiques conduisant à des déficits d’apprentissage et de mémoire spatiale (McEwen, 1997 ; Diamond et Al., 1996). Selon Kirschbaum et Al., (1999), le stress a un lien relationnel avec les hormones sexuelles féminines, elles mêmes impliquées dans les habiletés visuo-spatiales. Ainsi le stress pourrait expliquer les différences observées dans les habiletés spatiales entre les hommes et les femmes. La réponse au stress est, en effet, différente selon les sexes et varie au cours du cycle menstruel de la femme, celui-ci jouant probablement un rôle important dans les capacités visuo-spatiales (Altemus et Al., 1997). Au cours du cycle menstruel, il y a variation du taux de libération de cortisol (hormone du stress). Cette libération est plus importante au cours de la phase lutéale (Kirschbaum et Al., 1999), phase durant laquelle le taux d’oestrogènes est le plus élevé (comparativement aux autres phases). Il y aurait donc une covariation entre les taux de cortisol et d’oestrogènes au cours du cycle menstruel. Ainsi, la baisse des performances spatiales au cours de la phase lutéale seraient dues à une augmentation de la réactivité au stress durant cette phase.

Dans les performances spatiales, il y aurait un effet sexe et un effet cycle menstruel mettant en évidence que les hommes sont plus performants que les femmes (Gron et al., 2001). D’importantes différences ont été montrées entre les hommes et les femmes pour les tests de rotations mentales (Linn et Petersen, 1985). Ces différences entre les genres persistent pour des tests plus complexes comme la navigation spatiale. Ainsi, les hommes sont plus performants que les femmes dans les tâches de navigation spatiale, d’orientation spatiale, d’apprentissage de routes et de cartes (Gron et al., 2001 ; Driscoll et al., 2005).

LA NAVIGATION OU COMMENT TROUVER SON CHEMIN (« WAYFINDING »)

Introduction

Effectuer un trajet ou naviguer au sein d’un environnement familier ou non familier est, chez l’Homme, une situation banale. En effet, se déplacer pour se rendre d’un point A à un point B est une situation que nous effectuons quotidiennement. Se déplacer dans un environnement requiert la capacité de percevoir cet environnement, une sensibilité aux différents éléments extérieurs, aux différentes sources d’énergie (acoustique, optique) environnantes (Michaels et Carello, 1981 ; Amorim, 2004). Ainsi au cours d’une navigation, en condition écologique (condition réelle), la plupart des systèmes sensoriels sont activés : système vestibulaire, vision, capteurs musculaires et plantaires de pression.

Acquérir la capacité de naviguer dans un environnement peut se faire via une pluralité de sources (Liben, 1991 ; Uttal et Al., 2006). Ces sources sont généralement analogiques et peuvent être de deux sortes : primaires et / ou secondaires (Presson et Hazelrigg, 1984). Les sources primaires font référence aux épisodes de navigation sur le terrain, c'est-à-dire acquises en milieu réel avec une perspective préférentiellement de type « trajet » plutôt que de type « survol ». Les secondes correspondent aux descriptions d’itinéraires (perspective trajet) et aux cartographies (perspective survol). Je ne développerai pas ici la capacité à naviguer au sein d’un environnement réel grâce aux sources analogiques secondaires (description et cartographies). En effet, notre étude porte sur la capacité à restituer un trajet après navigation réelle (source primaire) dans un environnement écologique.

Decouverte de l’importance du role de l’hippocampe (expériences princeps de Maguire) 

De nombreux chercheurs ont souhaité connaître les zones cérébrales activées lors d’épreuves spécifiques de mémoire visuo-spatiale telle que la navigation (en condition réelle et en réalité virtuelle). Maguire et Al., (1996a, 1996b, 1997, 1998a, 1998b, 1999a, 1999b, 2000, 2003b, 2003c) sont les principaux auteurs qui ont étudié la navigation et ses spécificités. Pour ce faire, Maguire et Al., (1997, 2000) ont réalisé leurs expériences sur une population de chauffeurs de taxis londoniens. Ceux-ci, ont, en effet, de nombreuses années d’expériences, puisque avant de recevoir leur licence ils doivent subir un entraînement d’une durée de trois ans et passer un difficile examen de connaissances spatiales (Maguire et Al ; 1997 ; 2000). L’hippocampe, selon Maguire et Al., (1997), joue un rôle important dans la mémoire visuo-spatiale, principalement lors de la navigation. Ainsi Maguire (2000) dans son étude sur les chauffeurs de taxis Londoniens, examine les effets directs de l’expérience spatiale sur les structures cérébrales. Les différences observées entre l’hippocampe des chauffeurs de taxis et celui des sujets contrôle montrent que les habilités de navigation des chauffeurs de taxis sont associées à une redistribution relative de la substance grise dans l’hippocampe (méthode VBM et comptage de pixels). Maguire et Al., (2000) observent, en effet, une augmentation du volume de l’hippocampe postérieur droit et gauche chez les chauffeurs de taxis, à l’inverse des sujets contrôles où ils observent une augmentation seulement au niveau de l’hippocampe antérieur, et cela bilatéralement. Leur résultat suggère que chez les chauffeurs de taxis la carte mentale de la ville est enregistrée dans l’hippocampe postérieur et accommodé par une augmentation de volume de tissu (Maguire et Al., 2000).

La memoire topographique

Implication de la mémoire topographique dans la navigation

Pour étudier la navigation et donc les capacités d’orientation spatiale à travers un environnement , les principales études ont utilisé des tests de mémoire épisodique liés à un apprentissage topographique comprenant des références spatio-temporelles spécifiques (Tulving et Al., 1983, Maguire et Al., 1997). Les connaissances topographiques comprennent, en effet, des informations précises sur les repères mais aussi sur leurs relations spatiales (Siegel et White, 1975 ; Thorndyke et Al., 1982). Or la connaissance des repères et de leurs relations spatiales est indispensable à une bonne navigation. Ce sont des caractéristiques, des points essentiels à la connaissance d’un environnement urbain étendu mais aussi au développement d’une représentation mentale de celui-ci (Lynch, 1960). En effet, pour Lynch qui est un urbaniste (1960), une « bonne » navigation dépend de la connaissance des repères (encodage) de l’environnement dans lequel celle-ci s’effectue. Pour Evans et Pezdek (1980), l’encodage des repères rencontrés le long d’une route est tellement important qu’il précède la connaissance de la route elle-même. En effet, la connaissance des repères ne viendrait pas se greffer sur la connaissance des chemins mais ce serait la connaissance des chemins qui viendrait se greffer sur celle des repères. Posséder une bonne mémoire topographique est une condition indispensable à la connaissance des repères et donc à une navigation efficace (Maguire et Coll, 1996a, 1996b).

Zones cérébrales impliquées dans la mémoire topographique

Dans une de ses études, Maguire (1997) a souhaité connaître les zones cérébrales impliquées dans les différentes sortes de mémoire topographique. Pour cela, il a comparé le souvenir d’itinéraires aux souvenirs de points de repères. Maguire (1997) montre ainsi une activation de l’hippocampe dans la mémoire topographique, ce qui n’avait pu être mesuré dans les précédentes études (Aguirre et Al., 1996, Maguire et Al., 1997). En effet, les précédentes études utilisaient un simulateur de l’environnement (environnement virtuel), ce qui n’est pas le cas de cette étude et de celle de 1996 (Maguire et Al., 1996b). Ces deux études utilisent un environnement réel, soit un environnement complexe ; dont la complexité s’observe particulièrement dans la prise de décision des taxis (quelles routes dois-je prendre pour atteindre au plus vite mon but ?). Le recrutement de l’hippocampe dans les expériences de navigation en monde réel pourrait refléter de son rôle dans les acquisitions spatiales de haut niveaux ainsi que dans la prise de décision (Maguire et al., 1997 ; Garling et al, 1989). Toutefois, l’activation de l’hippocampe dans la mémoire topographique n’est probablement pas attribuable à un stimulus nouveau (Tulving et Al., 1994). En effet, lors d’une navigation en condition écologique les chauffeurs de taxis sont généralement familiers avec les itinéraires qu’ils parcourent, en revanche, en réalité virtuelle les environnements utilisés ne sont pas des environnements familiers. Or dans le premier cas, navigation en condition écologique, il y a activation de l’hippocampe ce qui n’est pas le cas en réalité virtuelle. D’après Maguire (1997), les repères et les itinéraires activent les régions occipito-temporales, le gyrus cingulaire postérieur, l’aire pariétal médial, ainsi que le gyrus parahippocampique. Ceci signifie que le système de mémoire topographique est prioritaire pour relever les informations topographiques même quand les repères n’ont pas de connotation spatiale (simple description de ceux-ci). La seule différence observable entre ces deux taches, repères versus itinéraires, est l’activation de l’hippocampe droit dans la tache des itinéraires. Ceci laisse penser que l’hippocampe droit a un rôle dans la facilitation de la navigation. Le souvenir des repères est aussi associé à une activation du cortex préfrontal latéral gauche ; or, les régions frontales gauches sont le plus souvent activées dans l’encodage de la mémoire épisodique verbale (Kappur et Al., 1994 ; Shallice et Al., 1994). Il est donc probable que le souvenir des repères dans la mémoire sémantique implique, comme le suggère Nyberg (1996a, 1996b), un encodage d’un tel matériel verbal dans la mémoire épisodique. En somme, une lésion du lobe temporal médian provoque des déficits d’apprentissage topographique de caractère spatial (Maguire et Al., 1996a).

Environnement reel et environnement virtuel

Pour explorer le rôle de l’hippocampe dans l’espace, dans la mémoire topographique et la mémoire épisodique, (Burgess et Al., 2002 ; King et Al., 2002 ; Maguire et Al., 1998a, 1998b, 1999a, 1999b; Spiers et Al., 2001a ; 2001b) les nouvelles technologies nouvellement mises à disposition ont été utilisé. Ce sont des méthodes de réalité virtuelle permettant de contrôler l’environnement des sujets testés. Cependant, comme toute méthodologie celle-ci comporte certaines limites : problème de présence du sujet à l’intérieur de l’environnement, données vestibulaires et proprioceptives non accessibles. Malgré ces limites, les études indiquent une bonne correspondance entre les connaissances spatiales d’un environnement acquises dans le monde réel et un modèle de cet environnement acquis dans la réalité virtuelle (Arthur et Al., 1997, Regian et Al., 1994 ; Ruddle et Al., 1997 ; Witmer et Al., 1996).

La navigation spatiale a été étudiée, chez l’homme, en réalité virtuelle. Pour cela (Astur et Al., 1998 ; Jacobs et Al., 1997 ; 1998) le test du « water maze », préalablement décrit chez le rat par Morris (1981), a été utilisé. Ce test avait permis de prouver, chez le rat, l’implication de l’hippocampe (Morris et Al., 1982) dans la navigation. Chez l’Homme, au niveau des résultats comportementaux, Astur et Al., (1998) et Jacobs et Al., (1997 ; 1998) trouvent des analogies avec ceux précédemment observés par Morris (1982) chez le rat. En effet, il semble que le genre humain, comme l’animal, utilise les signaux distaux de préférence aux signaux proximaux. Les performances des sujets sont assez élevées sauf lorsque les relations topologiques des signaux sont interchangées par l’expérimentateur. Dans ce cas, il est, en effet, observé une baisse significative des performances. Cependant, ce test, utilisé pour étudier la navigation humaine, crée une inquiétude (Burgess et Al., 2002). En effet, il n’y a pas d’immersion dans un environnement virtuel riche, tel que l’on peut le voir dans les épreuves de navigation réelle, le monde réel étant plus complexe que le monde virtuel. Les expériences réalisées dans un environnement virtuel simple, tel que le « corridor maze » de Aguirre (apprentissage par association de stimuli-reponse) expliquent l’action du parahippocampe dans la mémoire spatiale, mais n’expliquent pas celle de l’hippocampe (Aguirre et Al., 1996). En revanche, les études (réalisées en réalité virtuelle couplée à l’imagerie) où les sujets doivent se souvenir de lieux visités ou vus dans des films (selon le cas), se souvenir de routes apprises avant de réaliser le parcours le jour de l’expérimentation (Ghaem et Al., 1997) montrent une activation des aires cérébrales s’étendant jusqu'à l’hippocampe. Les expériences en PET SCAN de Maguire (1998a) où les sujets doivent trouver leur chemin dans une ville virtuelle ayant plusieurs chemins possibles (comme c’est le cas en environnement réel) montrent, elles aussi, une activation de l’hippocampe. Dans ces tests (particulièrement ceux impliquant la mémoire topographique), les participants ont été testés sur leurs habiletés de navigation au sein d’une ville, leurs habiletés à reconnaître certains lieux et enfin leurs habilités à construire une carte précise de la ville. Grâce à ces différentes tâches l’implication de l’hippocampe et du parahippocampe dans le processus spatial a pu être mise en évidence.

Les zones cerebrales impliquees dans la navigation

Rôle des différentes régions cérébrales

Les études de Maguire (1997, 2000) ont permis de montrer et  de confirmer que les régions cérébrales impliquées dans la mémoire topographique (et donc dans la navigation) sont l’aire occipito-temporale, le cortex pariétal médial, le cortex cingulaire postérieur, le gyrus parahippocampique et l’hippocampe (le droit principalement). L’aire occipito-temporale à une importance relative dans la navigation. Cette région est impliquée dans l’apprentissage et la reconnaissance de scènes topographiques (Evans et Al., 1981 ; Garling et Al., 1982 ; Barrash et Al., 2000). L’aire occipito-temporale ne joue pas le même rôle dans la mémoire topographique (ex : navigation) que le parahippocampe. Le parahippocampe est impliqué dans la reconnaissance des bâtiments et des repères. En revanche, la région occipito-temporale est plutôt activée pour la reconnaissance d’objets (Epstein et Al., 1998). Le lobe pariétal possède un rôle sensible dans la navigation. En effet, le lobe pariétal est impliqué dans l’apprentissage des routes, mais son rôle dans cet apprentissage n’est pas critique (Barrash et Al., 2000). Ce lobe cérébral est impliqué dans la connaissance séquentielle des repères, c'est-à-dire dans la connaissance de type « trajet ». Ainsi, le lobe pariétal intervient dans la représentation égocentrée de l’environnement (Wolbers et Al., 2004). Le parahippocampe possède un important rôle dans la navigation, notamment dans l’apprentissage topographique (Barrash et Al., 2000). La région la plus importante est certainement l’hippocampe. Cette région possède un rôle prépondérant dans la navigation. Des lésions à ce niveau (Maguire et Al., 1996a ; Smith et Al., 1981) ainsi que les études d’imagerie fonctionnelle (Maguire et Al., 1999a) confirment définitivement l’implication de l’hippocampe dans la mémoire spatiale et la navigation. L’étude de Maguire (2000) montre que chez les chauffeurs de taxis, qui sont des experts de la navigation, l’hippocampe postérieur est impliqué dans la navigation. En effet, chez ces sujets particuliers, Maguire (2000) observe une augmentation de volume de l’hippocampe postérieur et cela bilatéralement. L’implication de l’hippocampe postérieur dans la navigation est vérifiée par les études d’IRMf et les études comportementales après lésion bilatérale de cet hippocampe. En effet, les patients ayant des lésions au niveau de l’hippocampe postérieur montrent qu’ils ne peuvent se souvenir de routes apprises peu de temps avant leurs lésions (Maguire et Al., 1996a). De plus, les études d’IRMf montrent que l’activation de l’hippocampe postérieur est associée avec les souvenirs ou l’utilisation des apprentissages préalables d’informations spatiales (Maguire et Al., 1998a, 1998b ; Ghaem et Al., 1997). D’après Maguire (2000), l’hippocampe postérieur semble être préférentiellement impliqué dans l’apprentissage de l’information spatiale préalablement utilisée alors que l’hippocampe antérieur semble impliqué dans l’encodage de nouveaux environnements. De précédentes études réalisées chez les rongeurs et les singes corroborent ce résultat. En effet, ces études montrent, comme celles de Maguire (2000) chez l’homme, que l’hippocampe dorsal (postérieur chez l’homme) est préférentiellement impliqué dans la navigation spatiale (Moser et Al., 1995 ; Colombo et Al., 1998). En résumé, les tâches des repères et des itinéraires (routes complexes) décrites par Maguire, mettent en jeu les mêmes régions cérébrales à l’exception de l’hippocampe droit, qui est seulement activé dans le rappel des routes. De plus, le réseau de régions cérébrales, dont l’hippocampe droit, impliqué dans la mémoire sémantique topographique est à l’origine de l’apprentissage de nouveaux complexes spatiaux (Maguire et Al., 1996a).

L’hippocampe est fortement impliqué dans la navigation, mais ce n’est pas la seule région cérébrale impliquée (Maguire et Al., 1996a, 1996b, 1997, 1998a, 1998b ; Gron et Al., 2000 ; Barrash et Al., 1998, 2000). Le parahippocampe joue chez l’Homme, un rôle clef dans la navigation (Habib et Sirigu, 1987 ; Barrash et Al., 2000 ; Aguirre et D’Esposito, 1996, 1998, 1999). Ainsi, le cortex temporopariétal est préférentiellement impliqué dans la navigation notamment dans sa restitution (Rosenbaum et Al., 2004a, 2004b).

Rôles particuliers de l’hippocampe et du parahippocampe

Le parahippocampe semble intervenir dans l’acquisition de l’information spatiale présente dans les scènes visuelles (Epstein et Kanwisher, 1998 ; Burgess et Al., 2001, 2002 ; Hartley et Al., 2000 ; O’Keefe et Burgess, 1996). Ainsi, le parahippocampe est impliqué dans la reconnaissance détaillée de scènes visuelles. Le parahippocampe intervient dans le souvenir des repères (Maguire et Al., 1997 ; 1998b) critiques et non critiques. En effet, la région parahippocampique est activée pour les repères rencontrés le long d’un trajet et préférentiellement activée pour les repères se situant au niveau d’un changement d’orientation. Ainsi, le parahippocampe est activé dans le souvenir et la reconnaissance de repères (repères) situé à un point crucial du trajet (Spiers et Maguire, 2004 ; Janzen et Van Turrennout, 2004). Cette activation est présente même si le rappel n’est pas conscient. L’activation du parahippocampe est suffisante pour « trouver son chemin » dans un environnement simple. Ainsi, le parahippocampe possède un rôle dans l’apprentissage spatial allocentrique (Bohbot et Al., 1998). L’hippocampe (bilatéral) est, en revanche, activé dans les situations de navigation complexe où plusieurs lieux sont connectés à plusieurs routes possibles. Ainsi l’hippocampe est impliqué dans la navigation spatiale et le parahippocampe est impliqué dans l’identification des repères et des scènes spatiales (Ekstrom et Al., 2003 ; Burgess et Al., 2003)

Hippocampe droit et hippocampe gauche

L’hippocampe droit est impliqué dans les processus de mémorisation d’emplacement d’objets allocentriques (Abrahams et Al., 1997 ; Bohbot et Al., 1998 ; Maguire et Al., 1996a), dans les stratégies cognitives pour retrouver son chemin dans un environnement complexe (tâche qui requiert probablement des processus allocentriques). En effet, l’activation de l’hippocampe droit est associée à la navigation au sein d’environnements virtuels, que sont les villes virtuelles décrites par Maguire (1998a, 1998b). L’hippocampe droit possède un rôle spatial important (O’Keefe et al, 1998 ; Mellet et Al., 2000a) notamment dans les tâches de navigation. Toutefois, comme le gyrus parahippocampique postérieur, l’hippocampe droit est impliqué dans une mémoire plus générale de localisation d’objets (tâche qui ne requièrent pas explicitement des processus allocentriques). Les rôles de l’hippocampe et du parahippocampe sont certes différents mais sont complémentaires (Eichenbaum et Al., 1994 ; Mishkin et Al., 1997). Cette activation de l’hippocampe droit est seulement visible après un délai. Cette dépendance vis-à-vis du délai montre que les représentations allocentriques sont plus durables que les représentations égocentriques, et, que par conséquent l’hippocampe droit est impliqué dans les taches allocentriques (Burgess et Al., 2002).

L’activité de l’hippocampe gauche n’est pas exactement corrélée avec la navigation, mais est impliquée dans la mémoire épisodique (Burgess et Al., 2001 ; Spiers et Al., 2001a ; 2001b) verbale et non verbale. L’implication de l’hippocampe gauche dans le souvenir d’événements appartenant à la mémoire autobiographique utilisant des paradigmes verbaux a été confirmée par des études en neuro-imagerie (Maguire et Mummery, 1999) et en neuropsychologie (Barr et Al., 1990 ; Kappur et Al., 1997 ; Tanaka et Al., 1999). Ainsi, l’hippocampe droit est plus actif que l’hippocampe gauche durant la navigation avec un profil inversé durant la mémoire épisodique (Burgess et al., 2002).

Conclusion

L’hippocampe joue un rôle important dans la mémoire topographique, dans la mémoire épisodique et dans la connaissance de l’environnement spatial (Maguire et Al., 1996a). Ces mémoires sont toutes impliquées dans la navigation. Les connaissances topographiques comprennent des informations précises sur les repères (repères) et sur leurs relations spatiales (Siegel et White, 1975 ; Thorndyke et Al., 1982). La connaissance de l’espace environnemental, en plus de se référer à la mémoire topographique, se réfère aussi à la mémoire sémantique (composante de la mémoire déclarative). L’hippocampe possède aussi un rôle dans la mise en place des cartes spatiales de l’environnement (théorie des cartes cognitives développée par O’Keefe et Nadel en 1978, reprise plus tard par O’Keefe en 1990). Par des études d’imagerie, il a été montré que l’hippocampe et le gyrus parahippocampal étaient impliqués dans la connaissance de l’environnement spatial (Aguirre et Al., 1996 ; Maguire et Al., 1996a ; 1997 ; Ghaem et Al., 1996). Ces études ont principalement utilisé des tests de mémoire épisodique liés à un apprentissage topographique comprenant des références spatio-temporelles spécifiques (Tulving et Al., 1983, Maguire et Al., 1997). Toutefois, l’hippocampe étant proche des ventricules latéraux, il est impossible de dire si il y a ou non intervention de ces tissus dans le souvenir de cartes spatiales (Maguire et Al., 2000).

Le wayfinding

Définitions

Une interaction courante de l’Homme et de son environnement consiste en « trouver son chemin » (wayfinding), afin d’atteindre une destination finale. Aller d’un point A (départ) vers un point B (destination finale) est une action que nous faisons tous les jours, aussi bien dans un environnement familier (ex : aller au travail) que non familier (trouver un nouveau restaurant dans Paris) (McNamara et Al., 2003b ; Hartley et Coll, 2003). Mc Namara et Al., (2003b) et Mellet et Al., (2000a) différencient le fait de faire un trajet dans un environnement familier (route following) et / ou dans un environnement non familier (wayfinding).

Différence wayfinding et route following

Le wayfinding est le fait de trouver son chemin dans un environnement non familier et / ou d’emprunter un nouveau trajet pour atteindre sa destination, si le chemin habituellement emprunté est bloqué (ex : travaux, embouteillages) (Allen, 1999 ; Hartley et Al., 2003). Il faut avoir pour cela la capacité à réaliser des actions de manière consciente et avoir une représentation mentale précise de l’environnement. Le wayfinding est un processus de planification et de prise de décisions sur la bases d’informations environnantes afin d’atteindre le but fixé (Allen, 1999). Enfin, le wayfinding est une conséquence de la construction d’une carte cognitive précise de l’environnement.

Le « route following » consiste à suivre une route familière dans un environnement familier (Hartley et Al., 2003). Le « route following » est un enchaînement d’actions quotidiennes, réalisées (ex : tourner à droite, continuer tout droit) de manière automatique et non conscientes. Trouver son chemin dans un environnement familier est indépendant de l’actualisation quotidienne de la carte cognitive de l’environnement. Ainsi, pour naviguer dans un environnement familier il n’est pas nécessaire de posséder une représentation en survol de l’environnement accessible à chaque instant. En effet, une représentation égocentrée de l’environnement suffit à retrouver son chemin dans un environnement familier. En revanche la connaissance des séquences temporelles est absolument nécessaire.

Zones cérébrales impliquées

Le wayfinding et le « route following » n’activent pas les mêmes zones cérébrales et n’impliquent pas les mêmes processus cognitifs (Hartley et Al., 2003). Le wayfinding est dépendant de l’activation de l’hippocampe, en revanche le « route following » est dépendant de l’activation du noyau caudé (Hartley et al., 2003).Lors d’une navigation dans un environnement non familier, l’hippocampe est activé en premier lieu, afin d’encoder les nouvelles routes, afin de permettre au navigateur d’avoir une représentation mentale de cet environnement non familier. Cet environnement non familier en devenant par expérience quotidienne (répétition quotidienne du trajet) de plus en plus familier induit l’activation du noyau caudé (Hartley et Al., 2003). Les patients cérébro-lésés au niveau de l’hippocampe et / ou du noyau caudé montrent d’importants déficits dans les tâches de navigation. Cependant, l’hippocampe peut compenser une lésion du noyau caudé. En revanche le noyau caudé ne peut compenser une lésion de l’hippocampe (Iaria et Al., 2003 ; Voermans et Al., 2004).

Importance du wayfinding chez l’Homme

Chez l’Homme, le wayfinding (au sens large de naviguer) requiert une prise de décision (quelle route prendre, à droite, a gauche ?, ex : chauffeurs de taxis londoniens), l’exécution de cette décision et le traitement de l’information spatiale et environnementale (Allen, 1999). Résoudre un problème de wayfinding requiert la sélection du chemin à parcourir, l’identification des repères le long du chemin, la sélection des différentes directions à prendre généralement au niveau des points de repères. La connaissance des repères semble donc être totalement liée à une navigation efficace dans un environnement aussi bien familier que non familier. Le wayfinding, comparativement au « route following », demande à l’Homme de créer une vue globale et abstraite de l’environnement (carte cognitive), lui permettant d’avoir une vision en survol du trajet (Ghaem et Al., 1997). L’Homme peut ainsi prendre des raccourcis, augmenter de manière efficace son déplacement à travers un environnement familier et /ou naviguer à travers un environnement non familier (jamais visité).

Importance de la connaissance des repères

Sélectionner un chemin, prendre des décisions à l’endroit adéquat, identifier des repères importants sont les composantes les plus fondamentales pour une bonne navigation à travers un environnement familier et non familier. En effet, les repères sont un véritable support pour le wayfinding. Les repères sont une véritable et indispensable aide à la navigation. Ils sont constitués de quatre caractéristiques importantes (Golledge, 1999). Ce sont des aides précieuses à l’identification de sa propre position sur un trajet. Les repères permettent d’éviter que nous nous égarions et que nous nous trompions de route (point de repérage) ; signalent un changement de direction permettant ainsi de s’orienter ou se réorienter sur la bonne voie. Enfin les repères servent d’amorces pour les repères suivants (A est avant B, ordre séquentiel des repères). Les repères sont les points saillants et les points d’ancrages d’un trajet (Golledge, 1978). Les repères sont le plus souvent de taille importante (bâtiments) et disposés sur un emplacement défini. Les repères lient les différents chemins empruntables (différents choix possibles) entre eux et permettent d’avoir une connaissance de l’environnement (voir carte ci-dessous, figure 6) de type « trajet » dans un premier temps (ordre séquentiel des repères), puis de type « survol » (connaissance des relations spatiales topographiques).

Exemple description de type trajet : De la rue du Sentier au musée du Louvre
Descendre la rue du Sentier jusqu’au bout, puis tourner à droite en prenant la rue de Réaumur, continuer tout droit jusqu'à un carrefour, puis tourner à gauche en prenant l’avenue de l’Opéra. Continuer tout droit jusqu’à la rue de Rivoli, puis tourner à gauche et continuer jusqu’au musée du Louvre.


Fig 6: plan de Paris (source Mappy, internet), exemple de trajet à effectuer. D : Départ : rue du sentier ; A : Arrivée : musée du Louvre

En résumé, les repères sont des facilitateurs de la navigation à travers un environnement qu’il soit ou non familier. Leur connaissance en mode « trajet » est de type procédural (séquence de repères), leur connaissance en mode « survol » est de type topographique.

Production d’itinéraires : aide à la navigation

Définitions

Décrire un itinéraire à un individu est une situation banale et très commune dans la vie courante. La description d’itinéraire permet à un individu de se rendre d’un point A à un point B et de progresser dans l’environnement choisi afin d’atteindre sa destination finale. En cela cette production doit être très spécifique et suivre un schéma particulier. En effet, une description d’itinéraire doit comporter toutes les instructions nécessaires aux actions à effectuer au cours du trajet afin d’atteindre le but fixé : quelles actions (tourner à droite, continuer…) faire et à quel endroit (église, porche, parc…). Celles ci doivent être prescriptives, procédurales et descriptives (Denis, 1997 ; Daniel et Al., 1998, 2002, 2003). Descriptives dans le sens où elles doivent décrire l’environnement (scènes visuelles) dans lequel le navigateur évolue, afin de lui signifier qu’il est sur la bonne voie (vérification et confirmation de ses choix). Une composante temporelle est essentielle dans ces descriptions d’itinéraire. En effet, les différentes étapes du trajet sont généralement décrites chronologiquement (c’est-à-dire dans l’ordre dans lequel elles ont été rencontrées). Cette continuité temporelle est une conséquence obligatoire de l’adoption de la perspective trajet par le descripteur. En effet, lors d’une description d’itinéraire le descripteur adopte une perspective égocentrée (centrée sur son propre corps) : « tourner à droite, prendre à gauche ».

De nombreux auteurs (Klein, 1982 ; Wunderlich et Reinelt, 1982 ; Allen, 1988, 2000 ; Couclelis, 1996 ; Denis, 1997) se sont intéressés aux processus cognitifs, aux contenus et à la structure d’une description d’itinéraire. Sur les principes fondamentaux leurs thèses se rejoignent même si elles différent quelque peu.

Processus cognitifs, contenu et structure d’une description d’itinéraire

Dans un premier temps je présenterai, sous forme de tableaux les recherches princeps de Klein (1982), Wunderlich et Reinelt (1982), de Couclelis (1996) et d’Allen (1988). Puis, dans un second temps de manière plus détaillée, les recherches de M. Denis (1997) qui sont à la base de notre étude.
Les études princeps

Processus cognitifs impliqués dans les descriptions d’itinéraire

KLEIN (1982)WUNDERLICH et REINELT (1982)COUCLELIS (1996)- action verbale caractérisée par asymétrie du rôle des participants :

descrpteurs et demandeurs
- description interactionnelle


- modèle séquentiel de description d’itinéraire :

- schéma complexe qui dirige la réponse du receveur en prenant en compte les attitudes et le comportement du receveur

- capacités d’imagerie spatiale et capacités linguistiques pour réussir cette tâche

- 3 étapes :

1) activation carte cognitive :
activée par le descripteur grâce à sa connaissance préalable de l’environnement

2) construction d’un plan primaire :
Activation d’un segment (petite partie) de la carte cognitive et
localisation points de départ et d’arrivée

3) construction d’un plan secondaire :
sélection et organisation des informations du plan primaire

- 4 étapes :

1) initiation :
formulation de la requête

2) description du trajet :
aller du point de départ au point final via les repères rencontrés

3) « securing » ou sécurisation :
confirmation des informations reçues

4) « closure » ou clôture :
fin de l’interaction

- 3 tâches mis en jeu :

1) cognitive :
construction d’un plan mental de l’itinéraire

2) interactionnelle :
prise en compte des besoins ou préférences du demandeur par l’informateur

3) linguistique :
production d’une description concise et claire
- 5 stades :

1) initiation :
émission de la demande

2) représentation :
succession d’opérations cognitives :
- construction spatio-linguistique,
- cadre de référence égocentré,
- planification du trajet

3) transformation :
linéarisation et segmentation du parcours

4) symbolisation :
passage des infos spatiales aux infos linguistiques

5) terminaison :
fin de l’échange
Contenu et structure d’une description d’itinéraire

KLEIN (1982)WUNDERLICH et REINELT (1982)ALLEN (1988)- 3 composantes fondamentales :

1) points fixes :
squelette de la description.

2) directions
relatives aux points fixes

3) actions à exécuter ou événements rencontrés- éléments verbaux constituants les descriptions d’itinéraires :

1) les nominaux : points d’orientations (ex : « tunnel », rue…)

2) les directifs : « ici », « jusque »…

3) les marqueurs de positions : « à gauche », « en face »…

4) les verbes de mouvements :
« aller », « continuer »…

- structure d’une description :

1) chemin initial :
1re partie du trajet, visible à partir du point de départ

2) chemin intermédiaire :
- hors champ visuel,
- points de réorientation et repères correspondants

3) chemin final :
dernière partie du trajet où la destination est visible

- distinction des types de repères :

1) repères étendus :
rues, tunnels, ponts.

2) repères non étendus :
tous les autres (bâtiments…)

- modèle CORK (Communication Of Route Knowledge):
Description d’un plan de voyage du point d’origine à la destination finale

- consiste en : énoncé de communication et séparateur

- énoncé de communication :

1) question d’activation du demandeur :
« comment faire pour aller au métro le plus proche ? »

2) directives données par le descripteur :
- prescriptions d’actions : « continuer, tourner »

3) descriptives données par le descripteur :
- spécifier relation spatiale entre un individu en déplacement et un élément de son environnement
- spécifier les relations spatiales entre deux éléments de cet environnement

- séparateurs :

1) fournissent des spécifications sur énoncés de communication

2) constitués d’éléments environnementaux :
repères, points de choix, conventions lexicales, indication direction et distance
Les recherches de M. Denis (1997)

Processus cognitifs impliqués dans une description d’itinéraire

Pour M. Denis (1997), les descriptions d’itinéraires font appel à divers processus cognitifs. Ces processus sont au nombre de trois. Le descripteur doit en premier lieu activer une représentation interne de l’environnement à décrire, puis planifier mentalement le trajet à effectuer (représentation mentale de la ou des routes à suivre pour atteindre la destination finale). Enfin, le descripteur doit formuler verbalement au demandeur la procédure à suivre pour refaire le trajet. L’activation de la représentation interne de l’environnement demande au descripteur de se référer à toutes les informations (visuelles, procédurales, proprioceptives) qu’il a préalablement acquises au cours de son propre déplacement dans ce même environnement. La planification du trajet est l’étape cognitive suivante. Le descripteur doit pouvoir définir une séquence temporelle de segments permettant au demandeur d’aller d’un point A à un point B. Le descripteur devra au cours de sa description prescrire un certain nombres d’actions, citer un certains nombres de points de réorientation, tous et toutes considérés comme des éléments pertinents du trajet. La formulation de la procédure consiste en une sortie linguistique de la part du descripteur pour que le demandeur puisse atteindre sa destination finale. Ainsi celui-ci devra décrire verbalement le trajet mentalement planifié. Une seconde sélection devra alors être faite par le descripteur afin de présenter au demandeur les éléments les plus pertinents à la faisabilité du trajet. Ainsi, le discours du descripteur doit être un discours procédural et linéaire afin de guider le demandeur chronologiquement et étape par étape au cours de son trajet. De plus le discours fait appel aux connaissances stockées dans la mémoire à long terme du descripteur.

Contenu et structure d’une description d’itinéraire

M. Denis (1997) s’est aussi intéressé aux contenus et à la structure des descriptions d’itinéraires. Selon lui, le discours doit être prescriptif (actions à effectuer) et descriptif (repères rencontrés).Une description d’itinéraire doit, selon M. Denis (1997) comporter une alternance entre la mention de repères et la mention d’actions. Ainsi, le discours spatial doit être constitué d’une alternance entre le prescriptif et le descriptif.

Pour étudier le discours spatial., M. Denis met en place un protocole (1997) permettant de traiter de manière équivalente et de comparer les descriptions d’itinéraires (vérification écologique des structures et du contenu) entre elles (traits communs à toutes les descriptions). Dans son étude (1997), M. Denis recueille des descriptions d’itinéraire produites par des sujets appartenant à la population universitaire de l’université paris XI, à Orsay. Ces descriptions sont ensuite analysées. Les descriptions après avoir été recueillies sont standardisées sous forme de propositions minimales. Les propositions minimales sont constituées d’un prédicat et de un ou deux arguments. Puis les protocoles sont ensuite codifiés en cinq catégories (classes) différentes :
- Classe 1 : actions seules, sans aucune référence à un quelconque repère
(Ex : « tourner à droite », « continuer tout droit »)
- Classe 2 : actions reliées à un repère
(Ex : « longer le parc »)
- Classe 3 : repères seuls, pas de référence à une quelconque action
(Ex : « il y a une église », « le porche est à droite »)
- Classe 4 : description d’un repère
(Ex : « le bâtiment est blanc »)
- Classe 5 : commentaires
(Ex : « bon courage »)

Cette classification met en évidence l’importance particulière des actions et des repères (classe 2, 3 et 4) dans le discours spatial Ainsi, les repères et les actions semblent très importants et primordiaux (Denis, 1997 ; Daniel et Denis, 1998 ; Daniel et Al., 2002, 2003 ; Denis, 1999, Pazzaglia et Al., 2001) dans les descriptions d’itinéraires. Les repères permettent de signaler les lieux où les actions doivent être réalisées et permettent aux sujets de s’orienter et / ou de confirmer qu’ils sont sur la bonne voie. Les actions permettent la progression et le changement d’orientation. Les actions sont généralement fortement liées aux repères (une action à faire à un repère précis).

Selon M.Denis (1997) le discours spatial (description d’itinéraire) doit être très structuré. Un discours spatial (représentation de l’environnement) de qualité doit posséder certaines qualités indispensables à la faisabilité du trajet. Ainsi, selon M. Denis (1997), une bonne description doit être concise (nombre limité de propositions), éviter au maximum les redondances ou les sur-spécifications qui peuvent surcharger la mémoire du demandeur, éviter les indéterminations qui peuvent conduire le demandeur à se tromper de chemin. Ces descriptions doivent aussi contenir et se référer à un maximum de repères (les plus adéquats) et décrire avec le plus de précision possible les sites d’orientation ou de réorientation (spécifier les associations actions-repères).

Conclusion

Le plus important dans la représentation mentale d’un environnement (ici navigation) est la connaissance des actions et des repères dans leur ordre chronologique, et, la connaissance des relations topographiques de ces différents repères entre eux. Naviguer dans un environnement requiert au moins d’avoir une représentation égocentrée (type « trajet ») de cet environnement. La connaissance des relations spatiales (représentation en « survol ») des différents points de repère de l’environnement est très importante. Cette connaissance des relations spatiales entre repères requière une représentation allocentrée de l’environnement. Cette représentation mentale permet d’avoir une connaissance plus étendue de l’environnement et permet de faire des inférences sur les différents trajets possibles (ex : raccourcis).Enfin, la restitution d’un trajet doit être plus prescriptive que descriptive.


RESUME

La mémoire spatiale est un système mnésique non unitaire et permet l’encodage et le stockage des informations spatiales.

L’hippocampe est fortement impliqué dans la mémoire spatiale avec une implication de l’hippocampe droit dans le spatial (non verbal) et de l’hippocampe gauche dans le narratif (verbal).

Deux types de représentations mentales existent : automatiques et intentionnelles. Elles peuvent être de type égocentrée (centré sur son propre corps) ou de type allocentrée (centré sur l’environnement).

L’acquisition des informations spatiales chez l’adulte est comparable aux trois stades développementaux chez l’enfant (acquisition des informations spatiales) : points de repères (ou objets), représentation égocentrée (type « trajet ») et enfin représentation allocentrée (type « survol »).

Les zones cérébrales activées dans la navigation sont l’aire occipito-temporale, le cortex pariétal médial, le cortex cingulaire postérieur, le parahippocampe et l’hippocampe.

Implication de l’hippocampe dans la construction des cartes cognitives, par conséquent dans les représentations mentales allocentriques : représentation en survol d’un trajet.

Implication du cortex pariétal dans la représentation de type « trajet » (données séquentielles et temporelles) : référence égocentrique.

Implication du parahippocampe dans le souvenir de scènes visuelles, et dans le souvenir des repères (principalement ceux situés aux changements d’orientation) constituant le trajet.

Le « wayfinding » (perspective survol) et le « route following » (perspective trajet ») activent deux zones cérébrales différentes, respectivement l’hippocampe et le noyau caudé.

Une bonne restitution d’itinéraire demande d’importantes capacités de navigation mentale.

Les points les plus importants pour une bonne navigation et / ou le souvenir et la restitution d’un trajet, sont les actions et les repères : quelles actions faire à quel endroit, enchaînement temporel des actions et des lieux.


Nous venons de présenter le cadre théorique de ce travail. Nous allons maintenant aborder la problématique de notre étude (cadre expérimental), puis présenter les méthodologies utilisées. Nous présenterons ensuite nos résultats puis nous discuterons ceux-ci, afin de répondre à notre problématique de départ.


PROBLEMATIQUE

HYPOTHESES

De nombreuses anomalies sont retrouvées dans le cerveau des patients schizophrènes. Une des principales zones impliquées est l’hippocampe. Les anomalies hippocampiques retrouvées dans le cerveau des patients schizophrènes sont pour la plupart neurodéveloppementales c'est-à-dire qu’elles se forment au cours du développement pré et post natal

Les mémoires épisodique, autobiographique, spatio-temporelle et contextuelle sont déficitaires chez les patients schizophrènes. Les patients schizophrènes montrent de nombreuses difficultés à se rappeler les événements vécus et à se souvenir de leur contexte spatio-temporel. L’hippocampe est une des régions clefs impliquées dans ces différents types de mémoire. Les patients avec lésions hippocampiques unilatérales ou bilatérales ont une amnésie rétrograde et / ou antérograde (Scoville et Milner, 1957). De plus, ces patients montrent de réels déficits dans les tâches de navigation, réalisées pour la plupart en réalité virtuelle. En effet, l’hippocampe (postérieur selon Maguire et Al., 2000) est fortement impliqué dans la navigation (chauffeurs de taxis) et dans le rappel de celle ci.

Ainsi nous proposons l’hypothèse selon laquelle les patients schizophrènes, déficitaires dans les mémoires épisodique, autobiographique, spatio-temporelle et contextuelle et ayant des anomalies hippocampiques (neurodéveloppementales), sont également déficitaires dans les tâches de navigation.

OBJECTIFS

Nous nous sommes intéressée aux éventuels déficits que pouvaient montrer les patients schizophrènes lors de tâches mettant en jeu la mémoire visuo-spatiale. La mémoire visuo-spatiale que nous voulions évaluer était un type de mémoire précis. En effet, il ne s’agissait pas d’évaluer la mémoire de travail visuo-spatiale, mettant en jeu le cortex préfrontal, trouvé déficitaire chez les patients schizophrènes.

Ici, nous voulions étudier les mémoires spatio-temporelle et contextuelle. Ces mémoires n’activent pas le cortex préfrontal mais activent l’hippocampe et ses zones adjacentes. Pour ce faire, nous avons mis en place un ensemble d’études impliquant ces différents types de mémoires. Ainsi, nous avons mis en place une épreuve de navigation au sein d’un environnement réel suivie de tâches de rappel et de reconnaissance. En premier lieu, nous voulions montrer que les patients schizophrènes déficitaires dans les mémoires contextuelle et spatio-temporelle sont aussi déficitaires dans la représentation mentale de l’environnement. Nous voulions de plus définir comment les patients schizophrènes se représentent leur espace environnemental Se le représentent-ils de manière égocentrée ou de manière allocentrée ? C'est-à-dire, est-ce que les patients schizophrènes se représentent leur environnement de façon « trajet » ou « survol ». La représentation en survol requiert la construction d’une carte cognitive de l’environnement impliquant l’hippocampe (O’Keefe et Nadel, 1978). Ainsi nous avons voulu mettre en évidence, chez les patients schizophrènes, la construction ou la non construction de cartes cognitives de l’environnement. Notre second objectif était aussi de mettre en évidence que les patients schizophrènes ne sont pas déficitaires dans la reconnaissance de scènes spatiales visuelles mais sont déficitaires dans l’établissement de l’ordre séquentiel de ces scènes. Pour répondre à nos objectifs et vérifier nos hypothèses nous avons mis en place diverses tâches expérimentales.

PROCEDURE EXPERIMENTALE

Une tâche de navigation en milieu urbain extérieur a été mise en place par nos soins. Cette tâche consiste en un trajet comprenant diverses caractéristiques, au sein du parc de l’hôpital de la Pitié – Salpêtrière à Paris. Au cours de ce trajet, les participants devaient être attentifs. Des questions, sous formes de différentes épreuves, leur étaient posées à la suite du trajet. Parmi ces épreuves, nous avons mis en place deux épreuves de rappel libre constituées d’une description verbale et d’une cartographie libre de l’itinéraire préalablement parcouru dans le parc de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Ces deux productions se faisaient uniquement de mémoire et aucune aide n’était accordée aux participants au cours des épreuves. En réalisant ces épreuves nos objectifs étaient de mettre en évidence : la capacité de construction de cartes cognitives de l’environnement chez les patients schizophrènes, en examinant la structure et le contenu de leur description verbale et de leur plan. Pour examiner cette structure et ce contenu nous avons repris en le modifiant, afin de l’adapter à nos objectifs, le protocole de M. Denis (1997). Nous avons aussi mis en place une épreuve de rappel indicé au cours de laquelle les participants devaient retracer le trajet préalablement parcouru. Pour cela, un plan de l’hôpital leur était donné. Cette épreuve était une épreuve contrôle de la tâche précédente (cartographie libre de l’itinéraire) afin de savoir si les participants avaient eu conscience de la forme particulière du trajet : changements corrects d’orientation, point de départ identique à celui d’arrivée mais du côté opposé de celui-ci (boucle), et changement de niveau avec la montée des escaliers. Ensuite, nous avons mis en place deux tâches de reconnaissance avec et sans effet d’ordre. Ces tâches étaient des tâches de reconnaissances de vues et de l’ordre de succession de vues. Les photos utilisées au cours de ces différentes tâches appartenaient toutes à notre environnement (parc de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris). Ces deux tâches nous ont permis de déterminer si les patients schizophrènes sont déficitaires dans la perception de scènes visuelles et / ou s’ils sont déficitaires dans la reconstitution de la chronologie des repères rencontrés le long du trajet (pouvant avoir une analogie avec la reconstruction d’un évènement : mémoire épisodique, contextuelle et spatio-temporelle). Des tests visant à mesurer les habiletés visuo-spatiales des patients schizophrènes, comparativement à celles des sujets contrôles sains, ont été mis en place. Les habiletés spatiales diffèrent d’un sujet à l’autre (intragroupe et intergroupe). En effet, chacun ne possède pas les mêmes habiletés, ni les mêmes capacités dans la résolution de problèmes spatiaux. Il existe plusieurs tests mesurant ces habiletés visuo-spatiales. Ces tests sont des épreuves psychométriques. Ces tests ne mesurent pas tous les mêmes paramètres.
Ces tests mesurent généralement:
- la rotation mentale (ex : MRT, CRT…), définie comme l’habileté à imaginer des rotations d’objets, généralement en trois dimensions, mentalement et aussi rapidement et précisément que possible (Linn et Petersen, 1985). Ce test requiert l’adoption de nouvelles perspectives afin d’observer les différents objets sous différents angles (Kolb et Whishaw, 1990).
- la visualisation spatiale (ex : MPFB, IBT…), définie comme l’habileté à manipuler des informations spatiales complexes (Linn et Petersen, 1985).
- la perception spatiale (ex : RFT, WLT) définie comme l’habileté à déterminer les relations spatiales en dépit d’informations distractives (Linn et Petersen, 1985).
Leurs différentes utilisations dépendent de ce que les chercheurs souhaitent mettre en évidence. Pour observer les différences interindividuelles de départ entre nos deux populations (intergroupe), nous avons utilisé les deux tests suivants (tests en annexes) :
le Mental Rotation Test (MRT) (Vandenberg et Kuse, 1978 ; Shepard et Metzler, 1971) : test de rotation mentale
le Minnesota Paper Form Board (MPFB) (Likert et Quasha, 1941) : test de visualisation spatiale
En utilisant ces tests, nos objectifs étaient de déterminer si les patients schizophrènes sont déficitaires, comparativement aux sujets contrôles sains, dans les tâches de rotation mentale et de visualisation spatiale, afin, de peut-être expliquer les faibles performances obtenues par ces patients dans notre expérience, puis, de déterminer si les capacités visuo-spatiales affectent les résultats de notre expérience. En effet, les capacités d’imageries élevées ou faibles des participants sont susceptibles d’avoir un impact non négligeable sur la perspective d’encodage du trajet : « survol » ou « trajet ».

Cette expérience de navigation chez les patients schizophrènes est particulièrement intéressante car elle n’a jamais été réalisée auparavant. Elle nous a permis d’étudier les déficits de mémoires contextuelle, spatio-temporelle et visuo-spatiale chez ces patients. Dans le chapitre qui suit, les méthodologies utilisées pour nos expériences, sont décrits en détails.
METHODOLOGIES


POPULATIONS D’ETUDE

Type de population et nombre de sujets

Quarante-huit participants au total ont pris part à cette expérience, dont 20 patients schizophrènes (âge = 20,8 ; + / - 3,72) et 28 sujets contrôles sains (âge =21,65 ; +/ - 7,72).

Les patients schizophrènes (n = 20, dont 6 femmes ; âge = 20,8 ; + / - 3,72) ont tous été diagnostiqués par un psychiatre selon les critères du DSM IV (APA, critères diagnostiques) et par un entretien clinique. Ces patients ont été recrutés au sein des services de psychiatrie de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Deux types de populations étaient à différencier :
une à « forme clinique du sujet jeune » (n = 15) recrutés dans le service de psychiatrie adulte du Professeur J.F. Allilaire de l’Hôpital de la Pitié – Salpêtrière à Paris.
une à « diagnostic précoce » (n = 5*) recrutés dans le service de l’enfant et de l’adolescent du professeur Mazet de l’Hôpital de la Pitié – Salpêtrière à Paris.

Ces patients schizophrènes bien que faisant partie de deux populations "différentes" étaient tous comparables.

Le choix d’étudier une population schizophrène à diagnostic précoce et à forme clinique du sujet jeune s’est imposé à notre étude. Cela, en raison de l’hypothèse choisie comme origine de la maladie : l’hypothèse neurodéveloppementale. Nous avons émis l’hypothèse que les déficits observés dans les mémoires épisodique et spatiale proviennent des anomalies cérébrales, notamment hippocampiques, formées au cours du développement.

Les sujets contrôles (n = 28, dont 6 femmes ; âge =21, 65 ; +/ - 7,72) ont tous été recrutés dans la population générale. Ces sujets ont tous été évalués par le MINI* (Mini International Neuropsychiatric Interview, French Version 5.0.0), cela par le même évaluateur. Nous nous sommes assuré par un entretien spécialisé, qu’aucun de ces sujets n’avaient d’antécédents psychiatriques, ni neurologiques. En effet, aucun cas de dépression, d’anxiété généralisée, de symptômes psychotiques, de traumatismes crâniens ou d’épilepsie n’a été diagnostiqué. Nous nous sommes aussi assuré qu’aucun des sujets ne souffrait de maladie somatique pouvant causer un quelconque biais dans les résultats de notre étude. Parmi les sujets « contrôles » ayant passé l’expérience, quatre ont dû être exclus de l’étude. Nous avons donc pu inclure 28 sujets contrôles sains parmi les 32 ayant passé le test. Ces quatre sujets ont du être exclus de l’étude en raison de l’un des antécédents psychiatriques suivants :
dépression et tentative de suicide
anxiété généralisée et personnalité anti-sociale
symptômes psychotiques (possession)
grand fumeur de cannabis (15 joints par jour)

Données cliniques et appariements

Appariement sur l’âge

Les sujets contrôles sains (n = 28) et les patients schizophrènes (n = 20) ont été appariés sur l’âge (tableau 1). En effet, aucune différence significative (t (46) = - 0,65 ; p = 0,52) n’existe entre les deux populations. Leur âge était compris entre 15 et 34 ans.

Patients schizophrènesContrôles sainsÂges (ans)  moyenne21,6520,86écart type4,733,73
Tableau 1 : moyenne d’âge des participants : patients schizophrènes et sujets contrôles sains.

Appariement sur le niveau d’étude

Nous avons essayé d’apparier nos sujets sur leur niveau d’étude (tableau 2), en prenant pour référence le baccalauréat (Bac = 12 années d’études). Cela fut difficile : données parfois non disponibles et / ou problèmes intrinsèques dus à la population schizophrène elle-même. En effet, rares sont les patients schizophrènes ayant un haut niveau d’études. De plus comparativement aux sujets contrôles sains du même âge, leur niveau est plus bas.

Patients schizophrènesContrôles sainsniveau d’étude (ans)*  moyenne12,0012,57ecart type2,002,66
* Pour les patients schizophrènes, seuls ceux dont les données, concernant le niveau d’étude, étaient disponibles ont été pris en compte pour le calcul (n = 11).
Tableau 2 : niveau d’étude des deux groupes

Ainsi les participants, patients schizophrènes et sujets contrôles sains, sont aussi appariés sur le niveau d’étude. En effet, il n’y a pas de différence significative (t (37) = 0,64 ; p = 0,52) entre nos deux populations.

Effet sexe

Nous avons regardé si des différences existaient dans la répartition des sexes (H / F) au sein de nos deux groupes : sujets contrôles sains et patients schizophrènes. Nos deux groupes comprenaient 6 femmes chacun. Afin de savoir si nos groupes étaient homogènes et donc comparables (sans effet sexe pouvant créer un biais sur les résultats) nous avons calculé un Chi2. Grâce à ce calcul (Chi 2 = 0,11 ; p = 0,73), nous déduisons qu’il n’y a pas de différence significative pour la répartition des sexes dans nos deux groupes. Nos deux groupes sont donc homogènes.

Traitement

Les patients étaient tous traités par neuroleptiques atypiques :
- olanzapine (zyprexa ®)
- clozapine (leponex ®)
Toutes les données cliniques n’ont pu être récupérées en raison de leur indisponibilité (dossiers non accessibles).

ENVIRONNEMENT

Nous avons choisi le parc de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Cet environnement s’est imposé de lui-même, mon laboratoire d’accueil (CNRS UMR 7593) se situant dans cet environnement. Ce parc se situe dans un environnement urbain, constitué de rues, de places, d’espaces verts. Il correspond, en quelque sorte, à « une ville dans la ville ».

TRAJET

Principe

Les sujets devaient parcourir un trajet d’une durée moyenne de 10 minutes à l’intérieur du parc de l’hôpital de la Pitié-salpêtrière.
Le choix du trajet a été fait selon certains critères, qui nous ont paru indispensables :
- pas trop long,
- trajet en boucle avec orientations marquées et repères faciles

Protocole

Le trajet était effectué deux fois, successivement et tous les participants étaient accompagnés, les deux fois, par l’expérimentatrice.
Avant de commencer l’expérience, la consigne suivante était donnée aux participants :

« Nous allons parcourir ensemble un itinéraire dans l’enceinte de l’hôpital Nous ferons ce trajet ensemble deux fois de suite. Soyez attentif pendant le parcours, car vous aurez ensuite à répondre à des questions portant sur l’itinéraire. »

Il était, en effet, demandé aux sujets d’être attentifs à leur environnement afin de devoir répondre à des questions à la fin des deux parcours. Avant de commencer la tâche, les participants ne connaissaient pas le type de questions qui allaient leur être posées. Il leur était simplement précisé que celles-ci porteraient uniquement sur le trajet qu’ils avaient préalablement parcouru.

Description du trajet

Le point de départ du trajet était situé au niveau du pavillon Clérambault (Bâtiment de la Force), le point d’arrivée était lui aussi situé au niveau du pavillon Clérambault (Bâtiment de la force), mais du coté opposé du bâtiment (figure 7).

 SHAPE \* MERGEFORMAT 

Fig 7 : Plan du parc de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 47 bd de l’Hôpital., Paris 13ème. En rouge le trajet parcouru par les sujets (contrôles sains et patients schizophrènes). D : Départ ; A : Arrivée. Les numéros, notés le long du parcours correspondent aux différents segments (8 au total). Le N° 2 correspond aux escaliers, non visibles sur le plan.

Sur le plan ci-dessus, vous pouvez voir (en rouge) le trajet parcouru par les sujets (contrôles sains et patients schizophrènes).



Les participants devaient partir du pavillon Clérambault, se diriger vers la Place du Conseil en passant à coté de l’arrière du pavillon de l’enfant et de l’adolescent, prés de la lingerie ou lavage à sec (segment 1). A ce niveau, ils devaient prendre ensuite les escaliers, situés à leur droite et tourner à gauche pour emprunter l’allée des étoffes (segment 2), tourner ensuite à droite en prenant l’avenue Esquirol en longeant le bâtiment Babinski sur son coté gauche (segment 3). Les sujets devaient ensuite tourner à droite en prenant l’avenue de l’hôpital général, se diriger vers le bâtiment Pinel (segment 4) puis tourner à gauche avant l’arcade, continuer tout droit jusqu’à la rue de l’église (segment 5) où ils devaient alors tourner à droite et se diriger vers la chapelle de l’hôpital (segment 6) tout en longeant le restaurant du personnel (sur leur droite) et le parc de la Hauteur (sur leur gauche). Juste avant la chapelle, ils devaient tourner à droite en passant sous un porche (segment 7), se diriger vers la cour Ste Claire, la longer, continuer tout droit, puis bifurquer à droite et tout droit jusqu’au pavillon Clérambault (Bâtiment de la Force), point d’arrivée (segment 8) mais dont l’entrée est située à l’opposé de celle du départ.

Les contraintes

Il fallait que le trajet ne soit pas trop long pour que celui-ci ne soit pas trop pénible pour les participants, particulièrement pour les patients schizophrènes. C’est la raison pour laquelle nous avons opté pour un trajet d’une durée totale de 10 minutes à rythme moyen. Dans un premier temps, trois trajets ont été pré- sélectionnés. Après analyse plus approfondie, a été retenu celui qui nous paraissait le plus facile à encoder. Ce parcours exclusivement extérieur comprenait 8 segments distincts (comme on peut le voir sur le plan). Le long du parcours, des repères saillants permettaient aux sujets de ne pas confondre les différentes parties du parcours entre elles : escaliers, porches, chapelle. Comme on peut le voir sur le plan et dans la description ci-dessus, le trajet faisait une boucle. Les participants revenaient, en effet, dans le même bâtiment que celui du départ mais du côté opposé. Ce type de trajet a été choisi pour la raison suivante : après avoir effectué le trajet en compagnie de l’expérimentatrice, les participants devaient répondre à quelques questions portant sur le trajet, sous forme de différentes épreuves, dans le Bâtiment de la Force (bâtiment de départ et d’arrivée, lieu du bureau de l’expérimentatrice).
DESCRIPTION VERBALE (Tâche 1)

Principe

Les sujets devaient décrire verbalement à l’expérimentatrice l’itinéraire préalablement parcouru au sein du parc de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Protocole

Avant de commencer cette première épreuve, la consigne suivante était donnée aux participants :

« Supposez que vous deviez décrire à un interlocuteur qui n’est jamais venu à la Pitié-Salpêtrière, l’itinéraire que vous venez de parcourir. Cette description doit être la plus efficace possible de sorte que votre interlocuteur puisse parcourir tout l’itinéraire sans se tromper et sans avoir à poser de questions à d’autres personnes ».

Les sujets disposaient du temps qui leur était nécessaire. L’expérimentatrice notait le temps mis par chaque sujet.

Matériel

Les descriptions verbales des participants étaient enregistrées par un dictaphone numérique.

Analyses des descriptions

1ere étape : transcription des données

Les données recueillies sous forme verbale ont été retranscrites par l’expérimentatrice. Dans les versions écrites, le discours du sujet était conservé intégralement avec ses hésitations et ses répétitions. Après cette première transcription, ces  protocoles  ont fait l’objet d’une analyse selon la procédure mise au point par M. Denis (1997). Celle-ci se décompose en deux grandes étapes (homogénéisation des protocoles et codification).

2nde étape : homogénéisation des protocoles et codification

Homogénéisation des protocoles
Cette étape dans le traitement des données s’appelle « standardisation en liste de propositions minimales ». Cela, afin de traiter tous les protocoles de manières équivalentes. Chacune de ces propositions minimales est constituée d’un prédicat et un ou deux arguments et doit être la plus petite possible.

Codification
Chacune de ces unités minimales va être codée en différentes catégories (5 catégories existent selon le protocole de M. Denis, 1997), puis comptabilisées.

Protocole de codification des données selon M. Denis (1997)
Classe 1 : Actions seules (AS), exemples : tourner à droite, continuer, aller tout droit.
Classe 2 : Actions liées à un repère (AR), exemples : aller jusqu’ à l’église, longer le parc.
Classe 3 : Repères seuls avec ou non orientation spatiale (RS), exemple : il y a un parc, le bâtiment est à droite.
Classe 4 : Descriptions de repères (DR), exemple : le bâtiment est petit, le bâtiment est blanc.
Classe 5 : Commentaires (C), exemple : c’est pas loin, bon courage.


Pour nos analyses, nous avons repris le protocole de M. Denis, en l'adaptant à nos objectifs.

Exemples de données

Descriptions verbales

A
 « Il faut partir donc c’est tout droit, on va passer tout droit sur à peu près 60 et 100 m, on passe à droite de la lingerie, juste après la lingerie il y a des grandes caisses de linges, juste derrière il y a des escaliers cachés, sur la droite des escaliers je crois d’une vingtaine ou trentaines de marches, en haut de l’escalier il faut prendre à gauche c’est l’allée des étoffes sur 50 m, au bout de l’allée des étoffes on arrive sur une rue avec un grand bâtiment en face il faut aller sur la droite, il faut marcher sur 60-70 m, on arrive à un croisement il faut prendre sur la droite, faut avancer sur 60-70 m aussi ; on arrive on peut passer sous une petite arcade, juste avant l’arcade il faut prendre à gauche le long de l’arcade au passage piéton sur 30 m, on arrive devant l'entrée d'un bâtiment, à droite dés qu’on peut et là c’est tout droit sur 100 bon mètres jusqu'à, on passe devant un restaurant de service et dés qu’on peut on prend sous une arcade à droite presque à la fin juste un peu avant l’église, il y a une arcade sur droite pas très grande, là c’est tout droit et sur 60 m,on voit sur la droite bâtiment grand qu’il faut longer sur la gauche, au bout il y a des travaux et c’est l’entrée juste avant les travaux sur la droite. »
(Description verbale. A : sujet contrôle sain)

B
« En fait on a fait le tour du parc de la salpêtrière pour euh faire une description de tout ce qu’on a vu autour et, et puis euh (pause assez longue du sujet), on a fait le tour du parc et puis euh (re pause) et puis moi j’ai vu pleins de choses, des arbres, les rails de la gare, des bâtiments en pierre. Je suis partie au relay H, je me suis achetée du chocolat pour comme ça, pour euh si en même temps que la visite j’en ai profité pour passer au relay H et voilà c’est pour décrire comment les gens décrivent et repère leur entourage ».

C
« alors tout d’abord, faut commencer par euh, il vaut mieux aller tout droit, après vous vous tournez à droite, là il y a un long moment où il faut aller tout droit, tout droit, tout droit, euh à un moment il faut tourner à droite, il y a aussi des escaliers à monter, une fois qu’on a monté les escaliers il faut tourner à gauche, là on longe une sorte de grand bâtiment, après faut tourner encore à droite, tout droit, tout droit là on voit le bâtiment principal., faut tourner à droite. »
(Descriptions verbales. B et C : patients schizophrènes)

Standardisation des protocoles

A
partir
aller tout droit
tout droit sur 60-100 m
passer à droite de la lingerie
il y a des caisses de linges
les caisses sont après la lingerie
elles sont grandes
il y a des escaliers
les escaliers sont derrière les caisses
ils sont cachés
ils sont sur la droite
ils font une vingtaine à une trentaine de marches
à gauche
en haut de l’escalier
c’est l’allée des étoffes
elle fait 50 m
il y a une rue
la rue est au bout de l’allée des étoffes
il y a un bâtiment
le bâtiment est dans la rue
le bâtiment est grand
il est en face
aller à droite
marcher sur 60-70 m
il y a un croisement
prendre à droite
marcher sur 60-70 m
il y a une arcade
l’arcade est petite
possibilité de passer dessous
prendre à gauche
le faire avant l’arcade
aller le long de celle ci
prendre au passage piéton
le passage est sur 30 m
il y a une entrée de bâtiment
à droite
cela dès que possible
tout droit sur 100 m
il y a un restaurant de service
passer devant le restaurant
il y a une arcade
l’arcade est à droite
prendre sous l’arcade
cela dès qu’on peut
elle est presque à la fin
elle est juste avant l’église
il y a une arcade
l’arcade est sur la droite
elle n’est pas très grande
tout droit sur 60m
il y a un bâtiment
le bâtiment est grand
il est sur la droite
le longer sur la gauche
il y a des travaux
les travaux sont au bout
l’entrée est avant les travaux
elle est sur la droite
B
faire le tour du parc
c’est le parc de la salpêtrière
cela pour faire une description de tout ce qu’on a vu autour
on a fait le tour du parc
j’ai vu plein de choses
des arbres
les rails de la gare
des bâtiments
les bâtiments sont en pierre
je suis partie au relay H
je me suis achetée du chocolat
en même temps que la visite j’en ai profité pour passer au relay H
c’est pour décrire comment les gens décrivent et repère leur entourage

C
aller tout droit
tourner à droite
aller tout droit
le faire pendant un long moment
tout droit
tout droit
tourner à droite
il y a des escaliers
les escaliers sont à monter
tourner à gauche
le faire après avoir monté les escaliers
longer une sorte de bâtiment
c’est un grand bâtiment
tourner à droite
tout droit
il y a un bâtiment
c’est le bâtiment principal
tourner à droite

Mise en propositions minimales. A : sujets contrôles, B  et C : sujets schizophrènes (patients correspondant aux descriptions verbales ci-dessus)).

Variables étudiées

Variables primaires

- nombre total d’actions (NTA) : actions mentionnées seules, actions avec indication de distance, actions avec orientation spatiale, actions liées à un repère,
- nombre total de repères (NTR) : repères mentionnés seuls, repères avec ou non orientation spatiale.
- nombre total de repères avec orientation spatiale (NTROS) : repères mentionnés avec orientation spatiale égocentrée et éxocentrée.

Variables secondaires

Variables actions
les Actions seules, indiquées sans aucune autre précision, notées AS, telle que les actions de progression, « aller tout droit », « continuer ».
les Actions avec indications de distances, notées AD, « marcher 100m ».
les Actions avec orientation spatiale, notées AOS, « tourner à droite », « prendre à gauche ».
les Actions liées à un repère, notées AR, « longer le parc », « à l’église à droite »
les Actions liées à un repère et avec orientation spatiale, notées AROS, « au porche, prendre à droite ».

Variables repères
les Repères seuls, indiqué sans aucune autres précisions, notés RS,  « il y a un parc », « il y a une église ».
les Repères avec orientation spatiale égocentré, notés ROSEG, « il y a un parc à droite », « le porche est à droite ».
les Repères avec orientation spatiale exocentrée, notés ROSEX, « l’église est à droite du parc ».

Autres variables

- nombre de descriptions de repères (DR) : « le bâtiment est petit », « il est blanc ».
- nombre de commentaires (C): « bon courage », « c’est loin ».
- nombre total de propositions minimales

Variable temps

Le temps (en secondes) mis par les participants a été enregistré.

PLANS LIBRES (Tâche 2a)

Principe

Les sujets devaient réaliser un plan libre de l’itinéraire préalablement parcouru au sein du parc de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Protocole

Avant de commencer cette épreuve, la consigne suivante était donnée aux participants :

« Imaginez à présent que vous deviez fournir à quelqu’un qui n’est jamais venu à la Pitié-Salpêtrière un plan annoté et intelligible de l’itinéraire que vous venez de parcourir. Merci de bien vouloir dessiner ce plan de la façon la plus précise et la plus fidèle possible, sachant que votre interlocuteur supposé ne sera en possession d’aucune autre description ».

Matériel

Leur plan était dessiné sur une feuille carrée de papier blanc standard, ne présentant ainsi aucune orientation. Cette feuille ne comportait aucune information. Les participants, pour réaliser cette épreuve, en plus de la feuille de papier blanc standard, ne disposaient que d’un crayon à papier et d’une gomme.



Exemple de données




fig 8 : Plan libre d’un sujet contrôle sain

Codifications du plan ci-dessus (figure 8) :
Changements corrects d'orientation (ChOr) : les 8 segments sont bien représentés, il y a les 7 changements d'orientation attendus et ceux ci sont corrects.
Repères critiques (RC, exemples) : escaliers, allée des étoffes, porche, église, petit passage.
Repères non critiques (RNC, exemples) : restaurant du personnel, parc, petit parc.
Commentaires : très bon plan, précis, tout à fait utilisable.



Fig 9 : Plan libre d’un patient schizophrène

Codifications du plan ci-dessus (figure 9) :
Changements corrects d'orientation : Seuls 5 changements d'orientation sont corrects. Les changements d'orientation avant et après les escaliers (repère critique) ne sont pas mentionnés.
Repère critique (RC, exemple) : escaliers.
Repères non critiques (RNC, exemples) : grand parc, cour Ste Claire.
Commentaires : plan médiocre et difficilement utilisable.
Variables étudiées

Variables primaires

Nombre de repères critiques (RC) : repères exacts se situant aux changements d’orientation ou à proximité de ceux-ci (exemples : les escaliers, la chapelle)
Nombre de repères non critiques (RNC) : repères se situant le long du parcours (exemples : le restaurant du personnel, le parc de la hauteur)
Nombre de changements corrects d’orientation (ChOr) : changements d’orientation se situant le long du parcours, en général en relation avec les repères critiques (exemple : à droite sous le porche).

Variables secondaires

- nombre total de repères (critiques + non critiques)
- nombre de repères faux ou fantaisistes (RF), et,
- manière dont ont été mentionnés les repères (critiques et non critiques)

Les repères cités ont-ils été mentionnés par :
un descriptif verbal, de type « étiquette » (RCET, RNCET) ?
un dessin le symbolisant, de type « icône » (RCIC, RNCIC) ?
un descriptif verbal et par un dessin le symbolisant (RCETIC, RNCETIC) ?

Variable temps

Le temps (en seconde) mis par les participants a été enregistré.

PLANS INDICES (Tâche 2b)

Principe

Sur un plan de l’hôpital (ci-dessous, figure 10 ), les participants retraçaient le trajet préalablement parcouru.



Fig 10 : Plan de l’hôpital : donné aux participants pour retracer le trajet, escaliers et points de départ mentionnés
Protocole

Avant de commencer cette épreuve, la consigne suivante était donnée aux participants :

« Pourriez vous retracer au crayon de manière lisible, sur le plan qui vous est fourni, l’itinéraire que vous avez parcouru. »

Les sujets disposaient, comme dans l’expérience précédente, du temps qui leur était nécessaire à la réalisation de leur plan. Le temps mis par chaque participant était chronométré par l’expérimentatrice.

Matériel

Les participants disposaient, comme précédemment d‘un crayon à papier et d’une gomme.
Sur le plan de l'hôpital, donné aux participants :
- les escaliers (non mentionnés sur le plan) ont été dessinés par l'expérimentatrice et indiqués aux sujets.
- le point de départ était aussi mentionné aux participants, par une simple croix sur le plan.
Exemple de données


 
Fig 11 : plan d’un sujet contrôle sain

Codification d’un plan d’un sujet contrôle sain (ci-dessus, Figure 11) :
Changements d'orientation : les 8 segments sont bien présents, les changements d'orientations sont corrects au nombre de 7).
Les escaliers : ceux ci ont bien été empruntés par le sujet. Celui ci a bien perçu le changement de niveau.
Le point d'arrivée : le point d'arrivée est placé correctement par le sujet. C'est à dire retour au point de départ (boucle) mais à l'entrée opposée.
 
Fig 12 : plan d’un patient schizophrène

Codification d’un plan d’un patient schizophrène (ci-dessus, Figure 12) :
Changements d'orientation : 5 changements sont corrects.
Escaliers : le sujet n'a pas (sur le plan) emprunté les escaliers.
Le point d'arrivée : celui-ci est faux, le sujet a continué le trajet jusqu'au point de départ (même entrée).
Variables étudiées

Variables primaires

Dans un premier temps, nous avons regardé si les changements d'orientation nécessaires au trajet étaient bien reportés sur le plan.

Autres variables

Nous avons ensuite regardé si les participants mentionnaient correctement le point d'arrivée, prouvant ainsi qu'ils avaient compris que le trajet formait une boucle.
Puis, nous avons regardé si les participants avaient mentionnés leur passage par les escaliers, que l'expérimentatrice avait dessiné sur le plan.

Variable temps

Le temps (en seconde) mis par chaque sujet a été enregistré.

TACHE DE RECONNAISSANCE SANS EFFET D’ORDRE (tâche 3)

Choix des photos

Les photos (ex : figure 13) ont été choisies selon certains critères. Elles ont, en effet, été prises dans le sens de la marche, selon le même angle de perception, et correspondent à ce que le sujet a pu voir lors de son parcours à l’intérieur du parc de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (remarque aussi valable pour la tâche 4).

Fig 13 : exemple de photos prises à l’intérieur du parc et montrées aux sujets. Celle-ci correspond à l’allée des étoffes.


Principe

Des photos (32 au total) appartenant toutes à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière sont présentées une à une aux sujets sur un écran d’ordinateur. Les participants doivent dire si oui ou non la photo présentée (figure 14) appartient au trajet préalablement parcouru en compagnie de l’expérimentatrice.

 Cette vue appartient-elle au trajet ?

 Cette vue appartient-elle au trajet ?

Fig 14: Exemple de photos présentées aux participants.
Protocole

Avant de commencer cette 3ème épreuve, la consigne suivante est donnée aux participants :

« Vous allez voir apparaître sur l’écran des images correspondant à des photographies prises dans l’hôpital Certaines de ces photographies appartiennent au trajet que nous avons parcouru, d’autres n’y appartiennent pas.
Les images vont vous être présentées une à une. Pour chacune d’elles, si vous pensez qu’elle se trouve sur le trajet que vous avez parcouru, appuyez sur la touche majuscule située à droite sur le clavier. Si au contraire, vous pensez qu’elle n’appartient pas au trajet parcouru, appuyez sur la touche majuscule située à gauche.
Nous allons procéder à un essai pour vous entraîner. Appuyez sur la touche aussitôt que vous avez la réponse. ATTENTION vous ne pouvez pas modifier votre réponse.
Ici, les 4 premières images pour la familiarisation du matériel.
Est-ce bien clair pour vous ? »

Au cours de la tâche, seules les touches majuscules droite et gauche étaient actives. Les autres touches avaient, en effet, été neutralisées pour éviter toute erreur. Les photos sont présentées aux sujets pendant un temps précis. En effet, au bout d’un certain temps, une nouvelle photo apparaît. Au cours de cette épreuve les participants ne peuvent pas rectifier une éventuelle erreur, il n’est pas possible de revenir en arrière une fois la réponse validée. Pour que le sujet puisse se familiariser avec le fonctionnement du matériel et avec l’épreuve elle-même, une séance d’entraînement (composée de 4 photos), avant le début du test, leur été proposée. Cela permettait à l’expérimentatrice de s’assurer de la bonne compréhension de la tâche par les participants. La tâche pouvait ensuite débuter.

Outils d’analyses

Les réponses sont analysées par un logiciel informatique crée par Luc Carité (LIMSI-CNRS). Ce logiciel enregistrait le nombre de bonnes, mauvaises, et non-réponses des participants ainsi que leur temps de réponse.
Variables étudiées

Variables primaires

- Nombre de réponses exactes,
- Nombre de réponses fausses,
- Nombre de non-réponses

Autres variables : temps de réponse

- le temps de réponse globale des participants (patients schizophrènes et contrôles sains) a été enregistré.
- le temps de réponse des patients schizophrènes pour les bonnes et mauvaises réponses a été enregistré.
- le temps de réponse des sujets contrôles sains pour les bonnes et mauvaises réponses a été enregistré.

Analyse supplémentaire : Perception près / loin : analyses particulières

Principe

Les photos présentées aux sujets ont été prises selon deux angles différents de perceptions : de près et de loin. Deux photos par segment ont été prises par l’expérimentatrice. Celles-ci ont été prises au premier tiers et au second tiers de chaque segment.
Ainsi, parmi les 32 photos présentées aux sujets :
- 16 ont été prises dans le premier tiers (perception de loin)
- 16 ont été prises dans le second tiers (perception de près)


Outil d’analyses

Les données sont, comme précédemment, analysées par le logiciel informatique crée par Luc Carité. En effet, celui-ci nous a permis de différencier pour chaque perception de vues (près / loin) les bonnes réponses, les mauvaises réponses et les non-réponses.

Variables étudiées

perception de près
- nombre de réponses exactes
- nombre de réponses fausses
- nombre de non-réponses

perception de loin
- nombre de réponses exactes
- nombre de réponses fausses
- nombre de non-réponses

Utilisation des variables
Les variables, perception de près et perception de loin, ont été utilisées pour comparer les performances de nos deux populations. Puis, elles ont été utilisées pour comparer les performances au sein de chaque population.

TACHE DE RECONNAISSANCE AVEC EFFET D’ORDRE (tâche 4)

Principe

Des photos (28 paires au total) sont présentées par paires aux sujets sur un écran d’ordinateur. Ces photos appartiennent toutes au trajet que les participants ont préalablement parcouru au sein du parc de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Pour chacune de ces paires, les sujets devaient déterminer si c’est la photo de droite ou celle de gauche qui est apparue la première sur l’itinéraire (figure 15).



Laquelle de ces deux vues avez-vous vue en premier au cours du trajet ?



Fig 15: exemple de photos présentées aux participants

Protocole

Avant de commencer cette 4ème épreuve, la consigne suivante était donnée aux sujets :

« Vous allez maintenant voir apparaître sur l’écran deux images côte à côte. Il vous est demandé de nous indiquer laquelle de ces deux images se situe AVANT l’autre sur l’itinéraire parcouru.
Si vous pensez que c’est la photo située à droite sur l’écran qui est apparue la première au cours du trajet, appuyez sur la touche majuscule de droite, si vous pensez que c’est la photo située à gauche, appuyez sur la touche majuscule de gauche.
Nous allons procéder à un essai pour vous entraîner.
Appuyez sur la touche adéquate aussitôt que vous avez la réponse. ATTENTION vous ne pourrez pas modifier votre réponse.
Ici les 4 premières images pour la familiarisation du matériel. Est-ce bien clair pour vous ? »

Les sujets devaient retrouver l’ordre séquentiel des vues. Pour cette épreuve comme pour la précédente il n’était pas possible de revenir en arrière, une réponse validée l’était définitivement. De plus, comme précédemment (tâche 3) un temps précis était imparti pour chaque photo. Une tâche d’entraînement constituée de 4 essais leur était proposée. Ainsi les sujets pouvaient se familiariser avec la tâche, cela afin de s’assurer que le principe de celle-ci a bien été compris et qu’aucun doute ne subsiste. La tâche peut ensuite commencer.

Outil d’analyses

Comme pour la tâche précédente, les réponses étaient analysées par le logiciel informatique crée par Luc Carité. Ce logiciel enregistrait le nombre de réponses exactes, fausses, et le nombre de non-réponses données des participants ainsi que leur temps de réponse.

Variables étudiées

Variable primaire

- Nombre de réponses exactes,
- Nombre de réponses fausses,
- Nombre de non réponses

Autres variables : temps de réponse

- le temps de réponse globale des réponses des participants (patients schizophrènes et contrôles sains) a été enregistré.
- le temps de réponse des patients schizophrènes pour les bonnes et mauvaises réponses a été enregistré.
- le temps de réponse des sujets contrôles sains pour les bonnes et mauvaises réponses a été enregistré.

TESTS D’HABILETES VISUO-SPATIALES (Tâche 5)

MRT : test de rotation mentale 3D

Principe

Ce test, le Mental Rotations Test (MRT) (Vandenberg et Kuse, 1978 ; Shepard et Metzler, 1971) permet d’évaluer les habiletés spatiales des participants (patients schizophrènes et sujets contrôles sains). Ce test est un test de rotation mentale.
Les participants devaient faire bouger mentalement, selon un axe horizontal (droite –gauche) et / ou vertical (haut- bas), de manière rotative une figure de configuration 3D (présentée a gauche) constituée de petits cubes assemblés. Ces figures en 3 dimensions sont généralement représentées par une ligne de 9 à 10 cubes coudés en 3 endroits. Parmi les 5 figures présentées, une à l’extrémité gauche (modèle), quatre à droite (items), les sujets devaient indiquer celles qui étaient semblables au modèle. Le nombre de bonnes réponses par ligne était au nombre de deux. Ce test était composé de 20 items (voir test en annexe) présentés sur 3 pages avec 7 items par page. C’était un test papier crayon. Pendant la passation du test l’observateur n’intervenait pas, le sujet était seul face au test.

Protocole

Les sujets (contrôles sains et schizophrènes) disposaient de 8 minutes pour faire le test.
Si ceux-ci n’avaient pas terminé au bout de 8 minutes, l’expérimentatrice relevait la feuille de réponses et le sujet passait au test suivant (ici le MPFB).
Avant de commencer le test, la consigne suivant était donnée aux participants :

« Vous allez maintenant répondre à un test de rotation mentale en 3 dimensions.
Vous ne disposerez que de 8 minutes.
Pour répondre vous disposez de ce crayon à papier et de cette gomme.
Vous voyez une figure présentée en 3 dimensions sur le bord gauche de la feuille. A côté de celle-ci, vous voyez que 4 autres figures sont présentées. Parmi celles-ci, deux figures et seulement deux représentent la 1re figure. Vous devez, afin de trouver les bonnes réponses, effectuer une rotation de la première figure sur elle-même.
Pour votre réponse, vous entourerez les bonnes réponses à l’aide de votre crayon à papier.
Allez y c’est parti ».

Tous les participants disposaient d’une phase d’entraînement, constituée de plusieurs items, afin de s’assurer de la bonne compréhension du test.

Analyses des réponses au test

Les données ont été analysées ainsi:
1 point pour avoir répondu correctement
0 point pour une mauvaise réponse ou pour une non réponse.

Nous considérions que la réponse du sujet était correcte si et seulement si le celui-ci avait complété entièrement la ligne (2 bonnes réponses entourée pour chaque item). Comme mentionné dans la procédure, le test comportait 20 items. Après addition des points, le sujet obtenait une note sur 20, celle-ci correspondant à ses performances au test. Le correcteur possédant une grille de réponses et de consignes précises pour l’attribution des points, le score obtenu par chaque participant est fiable.

MPFB : test de visualisation spatiale (2D)

Principe

Ce test, le Minnesota Paper Form Board (MPFB) (Likert et Quasha, 1941), comme le précédent, permet d’évaluer les habiletés spatiales des participants. Ce test est un test de visualisation spatiale. Les participants devaient assembler des morceaux de figure en 2 dimensions afin de construire une des figures qui leur était présentée. Ce test était composé de 31 items présentés sur 2 pages, 15 items sur une page et 16 items sur l’autre. C’est un test papier crayon. Pendant la passation du test, l’observateur n’intervenait pas. Le sujet était seul face à son test.

Protocole

Les sujets (contrôles sains et schizophrènes) disposaient de 8 minutes pour faire le test. Si ceux-ci n’avaient pas terminé au bout de 8 minutes, l’expérimentatrice relevait la feuille de réponse. L’expérience était alors terminée.
Avant de commencer le test, la consigne suivante était donnée aux participants :

« Vous allez maintenant devoir répondre à un test d’assemblage en 2 dimensions.
Vous ne disposerez que de 8 minutes, après quoi, le test sera définitivement terminé.
Pour répondre vous disposez de ce crayon à papier et de cette gomme.
Vous voyez sur cette feuille qu’une figure est éclatée en plusieurs morceaux. A coté de celle-ci, 5 figures reconstituées sont présentées.
Parmi celles-ci, une et une seule est la bonne réponse.
Pour votre réponse, vous entourerez les bonnes réponses à l’aide de votre crayon à papier.
Allez y c’est parti ».
Tous les participants disposaient d’une phase d’entraînement, afin de s’assurer de la bonne compréhension du test.
Analyses des réponses au test

Les données ont été analysées de la manière la plus simple possible :
1 point était donné pour une bonne réponse
0 point pour une mauvaise réponse ou pour une non réponse.

Comme mentionné dans la procédure, le test comportait 31 items. Après addition des points, le sujet obtenait une note sur 31. Celle-ci correspondant à ses performances au test. Le correcteur possédant une grille de réponses et de consignes précises pour l’attribution des points, le score obtenu par chaque participant est fiable.

ANALYSES STATISTIQUES

Toutes nos données ayant été traitées par le même type d’analyses statistiques, j’ai décidé de présenter celles-ci dans un même et seul paragraphe.

Outil

Logiciel utilisé STATISCA

Tests

Le choix des tests a été fait en accord avec les statisticiens qui nous ont apporté leur expertise dans ces analyses parfois un peu complexes. Le seuil de significativité est : ( = 0,05. Les tests suivants ont été utilisés (présentés dans le tableau ci-dessous) pour nos analyses statistiques :



Type de tests MesuresanalysesChi 2Effet sexeRegarder si nos deux populations sont homogènes sur la répartition des sexes.Test de Student (t-test)Age et niveau d’étude
Tâche 1 : NTA, NTR, NTROS.
Tâche 2 : RF /RT.
Temps de réponse : Tâche 1 & 2.
Perception pres- loin
Tests visuo–spatiales : MRT, MPFBAppariement des populations

Comparaison des performances de nos deux populations. Les différences sont elles significatives ? ANOVATâche 1 : Nbre proposition minimale, RS, ROSEG, ROSEX, AS, AROS, AD, AR, DR, C.
Tâche 2 : Nbre total de repères, RC, RNC, ChOr, RCETIC, RCIC, RCET, RNCETIC, RNCIC, RNCET, RF.
Tâches 3 & 4 : bonnes et mauvaises réponses, temps de réponse.Comparaison des performances de nos deux populations. Les différences sont elles significatives ?

Analyses

Nous avons ainsi comparé, grâce à ces tests statistiques, les performances obtenues par nos deux populations : patients schizophrènes et sujets contrôles sains. Notre but était de montrer que la population de patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains est déficitaire sur différents points dans les tâches examinées.

RESUME

Population d’étude : patients schizophrènes (diagnostic précoce et forme clinique du sujet jeune) et sujets contrôles sains
Appariements : populations appariées sur l’âge, le niveau d’étude
Populations homogènes pour le sexe (Homme – Femme)

Environnement urbain et extérieur.
Lieu : parc de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière
Durée : 10 min environ (à marche normale)
Trajet : constitué de 8 segments (7 changements d’orientation), de repères saillants et facilement reconnaissables et mémorisables
Type de trajet : boucle

Différents tâches : rappel libre, rappel indicé et reconnaissance :
Rappel libre :
Description verbale de l’itinéraire : nombre d’actions (tous types), de repères (tous types), description de repères et commentaires.
Cartographie de l’itinéraire : repères critiques, non critiques, faux ou fantaisistes, changements corrects d’orientation, manière dont sont mentionnés les repères.
Temps de réponse
Rappel indicé :
Plan indicé : retracer le trajet sur un plan de l’hôpital : changement corrects d’orientation, passage par les escaliers et point d’arrivée.
Temps de réponse
Tâches de reconnaissance :
Sans effet d’ordre : les sujets répondent par oui ou non, à la question avez-vous vu ce lieu au cours du trajet ?
Avec effet d’ordre : les sujets doivent définir la chronologie des deux lieux présentés sur l’écran d’ordinateur.
Temps de réponse
Mesures des habiletés visuo-spatiales
MRT : test de rotation spatiale
MPFB : test de visualisation spatiale
Durée des tests : 8 min



Dans le chapitre suivant, les différents résultats obtenus à ces différents tests, comparant une population de patients schizophrènes à une population de sujets contrôles sains, sont présentés.
RESULTATS

PRE-TEST

Pour s’assurer de la bonne compréhension du test et des consignes données à chacune des différentes épreuves, des sujets ne faisant pas partie de l’échantillon d’étude ont été sollicités. Ces passations ont permis d’affiner nos consignes pour éviter toute ambiguïté chez les participants de notre échantillonnage. Cela nous a aussi permis de voir comment l’expérience allait être perçu et quelles pouvaient être les réactions des sujets aux différentes étapes de l’expérience. Ces sujets faisaient partie de la population générale et étaient tous contrôles sains. Leurs performances ont montré que l’expérience était bien acceptée par les sujets, faisable et que les consignes étaient totalement comprises. Celles-ci ne devaient en effet comporter aucune ambiguïté qui aurait pu biaiser le test. Apres les passations et un débriefing avec chaque sujet, il en a résulté que non seulement les consignes étaient très bien comprises, mais aussi que l’expérience était bien accepté. Certains sujets ont même employé le mot « ludique ». Ainsi nous avons enfin pu commencer les véritables passations, c'est-à-dire celles sur notre population d’étude (patients schizophrènes et sujets contrôles sains).

DESCRIPTION VERBALE (Tâche 1)

Nombre total de propositions minimales 

Les descriptions verbales des sujets contrôles sains et des patients schizophrènes ont toutes été transformées en propositions minimales (standardisation des protocoles), ceci afin d’être traitées de manière équivalente et d’être comparées.

Nous avons comparé, dans un premier temps, le nombre total de propositions minimales (Figure 16) des descriptions verbales des patients schizophrènes à celles des sujets contrôles sains. Ainsi, nous avons examiné la longueur des descriptions de chacune de nos populations.

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 16 : Nombre total de propositions standard.

Il y a une différence significative (F (1,46) = 8,53 ; p = 0,0054) dans la longueur totale des descriptions verbales des patients schizophrènes comparées à celles des sujets contrôles sains. En effet, les descriptions des patients schizophrènes sont plus courtes que celles des sujets contrôles sains (60,71 propositions chez les sujets contrôles sains contre 33,65 chez les patients schizophrènes).
Les patients schizophrènes semblent manquer de fluence verbale et par conséquent sont déficitaires comparativement aux sujets contrôles sains dans la fluidité de leur discours. De plus, nous savons que ces patients ont une désorganisation du langage très marqué. Ce syndrome joue donc probablement un rôle dans le fait que le discours spatial des patients schizophrènes soit « pauvre » comparativement à celui des sujets contrôles sains. Cette différence de longueur entre les descriptions peut aussi venir du contennu des représentations spatiales construites par les patients schizophrènes.

Etudes des différentes variables

Après transformation des descriptions verbales propositions minimales, celles-ci ont été codifiées en différentes catégories. Ces différentes catégories représentent les différentes variables de notre étude. Elles se subdivisent, principalement, en « catégories actions » et « catégories repères ».

Variables primaires

- le nombre total d’actions (NTA) comprenant tous les types d’actions, les actions seules, les actions avec indications de distance, les actions avec orientation spatiale et celles liées à un repère.
- le nombre total de repères (NTR) comprenant tous les types de repères, les repères seuls, les repères avec et sans orientation spatiale.
- le nombre total de repères avec orientation spatiale (NTROS) comprenant seulement les repères avec orientation spatiale (égocentrée et exocentrée).

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 17 : descriptions verbales. NTA : nombre total d’actions, NTR : nombre total de repères, NTROS : nombre total de repère avec orientation spatiale (ego ou exocentrée)

Il y a une différence significative (t (46) = 3,750 ; p = 0,0002) dans le nombre total d’actions citées (NTA) entre les deux populations testées : patients schizophrènes et sujets contrôles sains. Les patients schizophrènes citent moins d’actions (tous types confondus) que les contrôles sains (27,11 NTA citées par les sujets contrôles sains contre 14,80 chez les patients schizophrènes).

Une différence significative (t (46) = 3,020 ; p = 0,0022) existe aussi entre les deux populations pour le nombre total de repères cités (NTR). Les patients schizophrènes citent significativement moins de repères (tous types confondus) que les sujets contrôles sains (16,07 NTR cités par les sujets contrôles sains contre 7,50 chez les patients schizophrènes).

Les patients schizophrènes citent significativement (t (46) = 3,921 ; p = 0,0002) moins de repères avec orientation spatiale (NTROS), comparativement à la population de sujets contrôles sains (9,82 NTROS cités par les sujets contrôles sains contre 3,50 chez les patients schizophrènes).

Les actions, les repères, de tous types confondus sont significativement moins cités dans les descriptions verbales des patients schizophrènes que dans celles des sujets contrôles sains.

Dans un deuxième temps, nous avons regardé s’il y avait une différence entre les deux populations, pour les différents types d’actions et de repères (variables secondaires) cités dans les descriptions verbales.

Variables secondaires

Variables repères
Parmi les repères totaux, cités par les participants de notre étude, nous avons distingué différents types de repères (figure 18) :
- repères avec orientation spatiale égocentrée (ROSEG), centrée sur son propre corps
- repères avec orientation spatiale éxocentrée (ROSEX), centrée sur l’environnement
- repères seuls (RS), repères sans aucune orientation spatiale

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 18 : Description verbale : nombre de repères seuls (RS), de repères égocentrés (ROSEG), et de repères exocentré (ROSEX).

Il n’y a pas de différence significative entre les patients schizophrènes et les sujets contrôles sains pour le nombre de repères seuls (RS) cités. Cela, même si les patients schizophrènes en citent moins (6,25 RS cités chez les contrôles sains contre 4,00 chez les patients schizophrènes). Les patients schizophrènes ne sont donc pas déficitaires dans la simple prise de repères. Ces patients les citent généralement assez « facilement », même si cela a parfois pour conséquence un effet catalogue.

Une différence significative existe (F (1,46) = 10,04 ; p = 0,0027) pour le nombre de repères avec orientation spatiale égocentrée (ROSEG) cités par les participants. Les patients schizophrènes citent largement moins ce type de repères que les sujets contrôles sains (6,18 ROSEG cités pour les sujets contrôles sains contre 2,30 pour les patients schizophrènes)
Les patients schizophrènes sont donc déficitaires dans la citation de repères centrés sur leur propre corps.

Une différence significative (F (1,46) = 8,14 ; p = 0,0065) est aussi présente pour le nombre de repères avec orientation spatiale exocentrée (ROSEX) cités par les participants. Les patients schizophrènes citent beaucoup moins ce type de repères que les sujets contrôles sains (3,64 ROSEX cités chez les sujets contrôles sains contre 1,20 chez les patients schizophrènes). Les patients schizophrènes sont donc déficitaires dans la citation de repères centrés sur l’environnement.
Les patients schizophrènes sont donc déficitaires dans la citation de repères exocentrés et égocentrés, donc dans la prise de repères avec orientation spatiale.

Variables Actions
Nous avons distingué les différents types d’actions cités par nos participant dans leurs descriptions verbales  (figure 19) :
Actions seules (AS)
Actions avec orientation spatiale (AOS)
Actions avec indication de distance (AD)
Actions liées à un repère (AR)

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 19 : description verbale : Actions seules (AS), avec orientation spatiale (AOS), avec indication de distance (AD), liées à un repère (AR).

Il y a une différence significative (F (1,46) = 12,76 ; p= 0,0008) dans le nombre d’actions seules (AS) cités par les participants. Les patients citent significativement moins ce type d’actions que les sujets contrôles sains (9,54 AS citées chez les sujets contrôles sains contre 4,85 chez les contrôles sains). Ces patients présentent des difficultés dans la prescription de simples actions, telles les actions de progression (aller tout droit, continuer…).

Une différence significative (F (1,46) = 4,75 ; p = 0,0344) entre les deux types de populations existe aussi pour le nombre d’actions avec orientation spatiale (AOS) citées par les participants. Les patients schizophrènes citent significativement moins ce type d’actions que les sujets contrôles sains (5,07 AOS citées chez les sujets contrôles sains contre 3,45 chez les patients schizophrènes). Ces patients présentent des difficultés dans la prescription d’actions avec orientation spatiale (prendre à droite, tourner à gauche…).

Il n’y a, en revanche, pas de différence significative entre les deux populations pour le nombre d’actions avec indication de distance (AD) citées par les différents participants (marcher sur 100 m, continuer 50 m…). Nous voyons dans le graphique que ce nombre, quelle que soit la population est assez faible par rapport aux autres types d’actions citées (0,46 AD chez les sujets contrôles sains contre 0,20 chez les patients schizophrènes). Il est donc assez difficile de déduire quelque chose de ce résultat.

Il y a une différence significative (F (1,46) = 8,89 ; p = 0,0046) entre les deux populations testées pour le nombre d’actions liées à un repère (AR) citées par les participants. Les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains citent significativement moins, dans leurs descriptions, ce type de repères (12,04 AR citées chez les sujets contrôles sains contre 6,30 chez les patients schizophrènes). Ces patients ont donc des difficultés dans la prescription d’actions liées à un repère (à l’église prendre à droite). Ainsi que dans la prescription d’actions de progressions (longer le parc). Ce sont des actions très importantes dans la description d’un itinéraire. Elles permettent de s’orienter correctement et de vérifier si l’on est sur le bon chemin.

Parmi les actions liées à un repère, nous avons examiné un sous groupe particulier : les actions reliées à un repère avec orientation spatiale (AROS), (figure 20). Celles-ci correspondent aux repères critiques de l’expérience 2 a (plans libres). Cette catégorie d’actions représente seulement les actions situées à un changement d’orientation.

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Fig 20 : Nombre d’actions reliées à un repère avec orientation spatiale (AROS).

Il y a une différence significative (F (1, 46) = 8,552 ; p < 0,0054) entre les patients schizophrènes et les sujets contrôles sains pour le nombre d’actions reliées à un repère avec orientation spatiale (AROS) citées. Les patients schizophrènes incluent significativement moins ce type d’actions dans leurs descriptions verbales que les sujets contrôles sains (3,46 AROS citées chez les sujets contrôles sains contre 1,53 chez les patients schizophrènes). Il est donc difficile pour ces patients de prescrire et d’utiliser de ce type d’actions.

Les patients schizophrènes sont donc comparativement aux sujets contrôles sains nettement déficitaires dans leurs descriptions verbales pour le rappel et la prescription des actions préalablement effectuées au cours du trajet.

Autres variables

Deux variables particulières ont été ensuite étudiées (figure 21). En effet, nous avons comptabilisé le nombre de :
descriptions de repères (DR)
commentaires (C)

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 21 : description verbale. Description de repères (DR) et commentaires (C).

Il existe une différence significative (F (1,46) = 7,25 ; p = 0,0099) entre les deux populations dans le nombre de descriptions de repères. Les patients schizophrènes ne décrivent pas les repères ou les décrivent de manière beaucoup plus succincte (12,46 DR pour les sujets contrôles sains contre 4,60 pour les patients schizophrènes).

Aucune différence significative entre les deux populations testées pour le nombre de commentaires cités (5,07 commentaires chez les contrôles sains contre 6, 65 chez les patients schizophrènes).Une différence qualitative existe pourtant entre les deux types de commentaires. Les commentaires des sujets contrôles sains sont généralement pertinents à l’inverse de ceux des patients schizophrènes. En revanche, si l'on regarde le nombre de commentaires cités par participants par rapport à la longueur totale de leur description, les résultats deviennent significatifs (F (1,46) = 6,97 ; p = 0,0113). Les patients schizophrènes font donc, en proportion, davantage de commentaires que les sujets contrôles sains : 20 % de commentaires pour les patients schizophrènes contre seulement 5 % pour les sujets contrôles sains. Ces commentaires sont généralement des commentaires non pertinents et inadéquats.

Ainsi, les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains font moins de commentaires pertinents sur le trajet et décrivent de manière beaucoup moins détaillée (très pauvre en informations) les repères relevés au cours de ce même trajet.

Temps de réponse

Nous avons examiné le temps que les participants ont mis pour décrire l’itinéraire sachant qu’ils disposaient du temps qui leur était nécessaire pour résoudre la tâche.
Il n’existe pas de différence significative entre les deux groupes, patients schizophrènes et sujets contrôles sains, dans le temps mis pour exécuter la tâche (165 secondes pour les sujets contrôles sains contre 150 secondes pour les patients schizophrènes).

Ainsi, les patients schizophrènes ne mettent pas plus temps pour exécuter la tâche que les sujets contrôles sains. En revanche, ces patients font plus d’erreurs, sont beaucoup moins précis et moins prescriptifs dans leur description que les sujets contrôles sains. Ainsi, il est possible de conclure que les différences observées entre les patients schizophrènes et les sujets contrôles sains ne sont pas dues à leur temps de réaction (patients plus long que les contrôles) mais à un réel déficit cognitifs de ces patients.

Conclusion

Les descriptions verbales des patients schizophrènes sont plus courtes que celles des sujets contrôles sains : 33,65 propositions en moyenne chez les patients schizophrènes contre 60,71 chez les sujets contrôles sains. Les descriptions verbales des patients schizophrènes sont moins pertinentes, moins précises et moins détaillées. Elles sont très riches en commentaires (20 % pour les patients schizophrènes contre 5 % pour les sujets contrôles sains) généralement inadéquats, sans intérêt pour la faisabilité du trajet et n’ayant même parfois aucun rapport (« il faut changer le téléphone de votre bureau, il est pas terrible »). Des erreurs récurrentes reviennent dans les différentes descriptions verbales, cela même chez les sujets contrôles sains. En effet, les participants oublient très souvent le changement d’orientation (à gauche, angle 90°) situé juste après la montée des escaliers. Les patients schizophrènes, bien que prenant des repères (pas de différences significatives entre les deux populations pour la prise de repères simples) prennent des repères souvent inutilisables. Ces repères inutilisables ne sont pas toujours des repères faux ou fantaisistes mais correspondent à une simple énumération de repères « il y a une église », « il y a une lingerie », les rendant ainsi inutilisables pour refaire le trajet. En effet, les repères doivent être associés à une action pour pouvoir être utilisable pour refaire un quelconque trajet. Des repères faux ou fantaisistes ont aussi été pris par les patients schizophrènes. En effet, certains des patients prennent comme repères des repères aussi inattendus que : « une moto », « des gens marchant dans le parc », « du polystyrène par terre », « une affiche de la CGT ». Les descriptions verbales des patients schizophrènes comportent très peu d’actions rendant ainsi leurs descriptions descriptives et non prescriptives. Or, pour être une bonne aide à la navigation les descriptions doivent absolument être prescriptives, afin de savoir quelle action faire, à quel endroit et à quel moment (actions liées à un repère avec orientation spatiale…).

Les temps de réponse entre nos deux groupes (patients schizophrènes et sujets contrôles sains) sont identiques (pas de différence significative). Ainsi, les différences observées seraient réellement dues à un déficit cognitif des patients schizophrènes et non à leur temps de réaction.

Nous déduisons de ces résultats que les descriptions verbales des patients schizophrènes sont généralement, par leur manque de prescription, inutilisables par une autre personne pour refaire le trajet préalablement parcouru par les patients.

PLANS LIBRES (Tâche 2a)

Nombre total de repères

Nous avons comptabilisé le nombre total de repères inclus, dans leur plan, par les différents participants (figure 22) :

 EMBED Excel.Chart.8 \s 
Fig 22 : Plan libre. Nombre total de repères.
Une différence significative (F (1,46) = 24,60 ; p = 0,00001) existe dans la prise de repères globaux entre les deux populations testées. En effet, les patients schizophrènes incluent significativement moins de repères, peu importe le type, que les sujets contrôles sains (15,86 repères inclus pour les sujets contrôles sains contre 6,30 pour les patients schizophrènes. Les plans des patients schizophrènes sont plus pauvres en informations que ceux des sujets contrôles sains.

Etudes des différentes variables

Variables primaires

Celles-ci correspondent au nombre (figure 23) :
repères critiques (RC), repères situés aux changements d’orientation
repères non critiques (RNC), repères situés le long du parcours
changements corrects d’orientation (ChOr)

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 23: Plan libre. RC : repères critiques ; RNC : repères non critiques ; ChOr : changement correct d’orientation.

Les patients schizophrènes incluent significativement (F (1,46) = 22,21 ; p = 0,00002) moins de repères critiques (RC) que les sujets contrôles sains (7,25 RC inclus pours les sujets contrôles sains contre 3,00 pour les patients schizophrènes).
Ces repères sont les repères les plus importants de la cartographie du sujet. Situés aux changements d’orientations, les repères critiques permettent aux sujets de s’orienter au fur et à mesure sur la bonne voie.

Un résultat identique est retrouvé pour les repères non critiques (RNC). Les patients schizophrènes incluent significativement (F (1,46) = 18,06 ; p = 0,00010) moins de repères non critiques (8,61 RNC pour les sujets contrôles sains contre 3,30 pour les patients schizophrènes).
Ces repères sont informativement moins importants que les précédents. En effet, les repères non critiques ne sont pas situés aux changements d’orientation, par conséquent ces repères ne servent pas aux sujets pour s’orienter. En revanche, situés le long du parcours, les repères non critiques permettent aux sujets de vérifier qu’ils sont bien sur la bonne route.

Les patients schizophrènes font significativement (F (1,46) = 11,74 ; p = 0,00130) plus d’erreurs que les sujets contrôles sains dans le nombre de changements d’orientation (6,18 changements d’orientation corrects cités par les sujets contrôles sains contre 4,05 chez les patients schizophrènes). Certains patients omettent des segments, d’autres en ajoutent ou se trompent d’orientation ; allant à gauche au lieu d’aller à droite et vice-versa.

Ainsi, les plans des patients schizophrènes sont pauvres en informations, peu détaillés, peu annotés et avec des changements d’orientations parfois incorrects.
Variables secondaires

Variables repères critiques

Nous regardé la manière dont ont été mentionnés les repères critiques (RC, figure 24) :
Par un descriptif verbal donc sémantique : repère « étiquette » (RCET)
Par un dessin le symbolisant donc graphique : repère « icône » (RCIC)
Par le mode verbal et graphique : repère « étiquette – icône » (RCETIC)

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 24 : Plan libre. Repères critiques mentionnés par étiquette (RCET), icône (RCIC) ou par étiquette et icône (RCETIC).

Il n’y a pas de différence significative pour les repères critiques mentionnés par le mode « étiquette » (RCET) entre les deux populations (1,04 RCET pour les sujets contrôles sains contre 0,55 pour les patients schizophrènes). Les patients schizophrènes ne semblent pas avoir de déficits dans le fait de mentionner les repères critiques par un descriptif verbal (sémantique). En effet, les patients schizophrènes, comme les sujets contrôles sains, semblent utiliser ce mode de représentation.

Pas de différence significative, entre les deux populations, lorsque les repères critiques sont mentionnés par un « icône » (RCIC). Les patients schizophrènes ne semblent donc pas non plus avoir de déficits dans le fait de mentionner les repères critiques par un descriptif graphique. Les patients schizophrènes semblent utiliser aussi bien que les sujets contrôles sains ce mode de mention de repères (2,00 RCIC cités par les sujets contrôles sains contre 1,10 chez les patients schizophrènes).

En revanche, une différence significative (F (1, 46) = 12, 90 ; p = 0, 001) existe entre les deux populations pour les repères critiques mentionnés sur le plan par les deux modes : sémantique et graphique. Les patients schizophrènes utilisent rarement les deux modes, « étiquette » et « icône » simultanément pour mentionner un repère sur leur plan (4,20 RCETIC cités par les sujets contrôles sains contre 1,20 chez les patients schizophrènes).

Ainsi, les patients schizophrènes ne sont pas déficitaires dans le fait de mentionner les repères critiques par un mode graphique (icône) ou sémantique (verbale). En revanche, c’est dans l’utilisation simultanée des deux modes, pour un même repère que les patients schizophrènes deviennent déficitaires. Les patients schizophrènes fonctionneraient (selon les résultats ci-dessus) donc soit en mode graphique soit en mode sémantique.

Variables repères non critiques

Nous avons ensuite regardé de quelle manière étaient mentionnés les repères non critiques (RNC, figure 25) :
Par un descriptif verbal donc sémantique : repère « étiquette » (RNCET)
Par un dessin le symbolisant donc graphique : repère « icône » (RNCIC)
Par le mode verbal et graphique : repère « étiquette – icône » (RNCETIC).

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 25 : Plan libre. Nombre de repères non critiques « étiquette » (RNCET), « icône » (RNCIC) et « étiquette – icône » (RNCETIC).

Il existe une faible différence significative (F (1, 46) = 4, 145 ; p = 0, 05), entre les sujets contrôles et les patients schizophrènes, pour le nombre de repères non critiques étiquette (RNCET) cités. Les patients schizophrènes incluent significativement moins dans leurs plans moins ce type de repères (2,07 RNCET cités par les sujets contrôles sains contre 0,95 chez les patients schizophrènes). Ainsi, les patients schizophrènes sont déficitaires dans le fait de mentionner les repères non critiques par un descriptif verbal

Il n’y a aucune différence significative, entre les deux populations testées, pour le nombre de repères non critiques icône (RNCIC) mentionnés. Toutefois, les patients schizophrènes incluent moins ce type de repères dans leur plan que les sujets contrôles sains (1,50 RNCIC cités par les sujets contrôles sains contre 0,65 chez les patients schizophrènes). Les patients schizophrènes ne semblent pas déficitaires dans le fait de mentionner certains repères non critiques par un descriptif graphique.

Une différence significative (F (1, 46) = 10, 17 ; p = 0, 003) existe entre les patients schizophrènes et les sujets contrôles sains pour le nombre de repères non critiques étiquette – icônes (RNCETIC) cités. Les patients schizophrènes incluent significativement moins dans leur plan ce type de repères que les sujets contrôles sains (5,04 RNCETIC cités par les sujets contrôles sains contre 1,70 chez les patients schizophrènes).

Ainsi, les patients schizophrènes fonctionneraient soit en mode sémantique (étiquette) soit en mode graphique (icône) mais rarement et difficilement sur les deux modes simultanément.

Autres variables

Nous avons ensuite calculé le nombre de repères faux ou fantaisistes (repères inattendus : moto, affiche de la CGT) inclus par les participants dans leur plan (figure 26) :

 EMBED Excel.Chart.8 \s 
Fig 26 : plan libre : repères faux et fantaisistes (RF).

D’après nos résultats, les patients schizophrènes font plus d’erreurs que les sujets contrôles sains (1,20 repères faux ou fantaisistes pour les patients schizophrènes contre 1,14 pour les sujets contrôles sains). Mais la différence n’est pas significative.

Les patients schizophrènes incluent dans leur plan significativement moins de repères (toutes catégories) que les sujets contrôles sains. Pour cette raison nous nous sommes intéressé au nombre de repères faux ou fantaisistes (RF) mentionnés par rapport au nombre total de repères (proportion RF en %). D’après nos données, le nombre de repères faux ou fantaisistes (RF) par rapport au nombre total de repères est supérieur chez les patients schizophrènes. La différence entre les deux populations s’amplifie (20,05 % RF cités par les patients schizophrènes contre 9,03 % pour les sujets contrôles sains) mais reste non significative.

Les patients schizophrènes prennent globalement, dans leur plan, plus de repères faux ou fantaisistes que les sujets contrôles sains. Leur taux d’erreurs est supérieur à celui des sujets contrôles sains. Généralement, les patients schizophrènes prennent des repères qui n’existent pas, des repères farfelus ou inversent leurs emplacements.

Temps de réponse

Nos nous sommes intéressé au temps que les participants ont mis pour effectuer cette épreuve, sachant qu’ils disposaient du temps qui leur était nécessaire. Il n’existe pas de différence significative entre les deux groupes pour le temps mis pour exécuter la tâche (480 secondes pour les sujets contrôles sains contre 400 secondes pour les patients schizophrènes). Ainsi les patients schizophrènes ne mettent pas plus de temps pour réaliser la tâche que les sujets contrôles sains. En revanche, ces patients font plus d’erreurs et sont moins précis dans leur plan que les sujets contrôles sains. Le temps de réponse ne semble pas entrer en compte dans les différences observées entre nos deux populations. Les différences observées semblent donc réellement dues aux déficits cognitifs des patients schizophrènes.
conclusion

Les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains réalisent une cartographie de l’itinéraire beaucoup moins précise, moins annotée et comprenant plus d’erreurs. Ces erreurs se situent principalement dans le nombre correct de changements d’orientation dessinée sur le plan. En effet, les patients schizophrènes oublient souvent de mentionner qu’il faut tourner à gauche juste après la montée des escaliers (comme dans les descriptions verbales).Certains segments sont entièrement oubliés ou rajoutés par les participants, principalement par les patients schizophrènes. Ainsi, certaines cartographies sont composées de 6 ou 9 segments au lieu de 8 segments au total

Les patients schizophrènes prennent moins de repères critiques et non critiques que les sujets contrôles sains. Les repères critiques sont les repères les plus importants du plan. En effet, ceux-ci se situent aux changements d’orientation. Les repères critiques permettent aux participants de s’orienter et de se réorienter le long du parcours. Les repères non critiques moins important que les précédents, sont des repères pouvant être rencontrés au cours du parcours. Les repères non critiques permettent aux sujets de vérifier qu’ils se situent bien sur le bon trajet.

Une différence apparente existe dans la manière dont ont été pris les repères. Les sujets contrôles sains mentionnent, sur leur plan, les repères de manière « icônes » (graphique), « étiquette » (verbale) ou des deux manières « étiquette – icônes » (verbale et graphique). En revanche, les patients schizophrènes semblent très peu fonctionner sur les deux modes simultanément. En effet, ces patients semblent fonctionner soit en mode graphique, soit en mode verbal

Les repères les plus mentionnés, graphiquement ou sémantiquement, par les patients sont les repères les plus saillants : les escaliers, la chapelle et le Bâtiment de la Force (Pavillon Clérambault). Les patients schizophrènes ont parfois inversé l’emplacement de certains repères les uns par rapport aux autres. Ainsi sur leur plan, le pavillon de l’Enfant et l’Adolescent se retrouve après les escaliers or ce pavillon se situe avant les escaliers (voir trajet sur le plan dans le chapitre méthodologies).
Ainsi, les plans des patients schizophrènes sont généralement peu pertinents, peu détaillés et pauvres en informations. Il est donc généralement impossible à un individu de refaire le trajet, sans demander d’aide, avec pour seules informations le plan d’un patient schizophrène entre les mains.

PLANS INDICES (Tâche 2b)

Etude des différentes variables

Variable primaire

Nous avons regardé en premier lieu si les changements d’orientations (ChOr) reportés sur le plan de l’hôpital étaient exacts (figure 27). Le trajet comportant 8 segments ceux-ci devaient être au nombre de 7.

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 27 : Changements d’orientation correcte sur plan indicé. Comparaison contrôles sains et patients schizophrènes.

A l’inverse des plans libres, la différence entre les deux populations n’est pas significative (5,61 changements corrects d’orientations contre 4,35 chez les patients schizophrènes). Cette différence de significativité provient probablement du niveau de difficulté de la tâche. Le fait de donner un plan (même pauvre en informations) représente une aide au rappel de la navigation. Il est plus facile de retracer un trajet sur un plan déjà existant que d’en créer un soi même.

Variables secondaires

- Les escaliers (dessinés sur le plan par l’expérimentatrice) et,
- Le point d’arrivée.

Les questions que nous nous sommes posées étaient les suivantes :
Les participants ont-ils mentionné leur passage par les escaliers ? Ont-ils mentionné le point d’arrivée, situé au point de départ mais à l’entrée opposée du bâtiment, au bon endroit ? D’après nos données, plus de 96,43 % des sujets contrôles sains ont mentionnés leur passage par les escaliers contre seulement 75,00 % chez les patients schizophrènes. Pour le lieu d’arrivée, plus de 85,71 % des contrôles sains l’ont mentionné au bon endroit contre seulement 60,00 % chez les patients schizophrènes.

Conclusion

Nous avons dans cette expérience donné à nos participants un plan de l’hôpital (celui donné aux visiteurs à l’accueil de l’hôpital). Sur ce plan, les patients schizophrènes ne font significativement pas plus d’erreurs que les sujets contrôles sains sur le nombre correct de changements d’orientations. Les patients schizophrènes font moins d’erreurs sur ce type de plan que sur leur plan libre. Il est, en effet, plus facile de retracer un trajet préalablement parcouru sur un plan déjà existant que de devoir en faire un soi même.

Nous avons regardé sur le plan indicé de l’hôpital deux points qui nous semblaient importants : les escaliers et le point d’arrivée. Les escaliers, n’étant pas présents sur le plan, ont été dessinés à leur endroit effectif par l’expérimentatrice. Nous avons regardé chez chacun de nos participants quels sont ceux qui en retraçant le trajet ont mentionné leur passage par les escaliers. Ainsi nous voyons que les patients schizophrènes mentionnent largement moins leur passage par les escaliers que les sujets contrôles sains : 96,43 % des sujets contrôles sains contre 75,00 % chez les patients schizophrènes.
Notre trajet faisait une boucle. En effet, les participants partaient du Pavillon Clérambault pour revenir à ce même bâtiment mais du coté opposé. Dans cette expérience, nous avons regardé si les participants avaient bien saisis cette particularité du trajet. En retraçant sur la cartographie de l’hôpital le trajet préalablement parcouru les participants sont-ils bien revenus au point de départ mais par son coté opposé ? D’après nos résultats, seuls 60,00 % des patients schizophrènes mentionnent cet état de fait contre 85,71 % des sujets contrôles sains. Ainsi, les patients schizophrènes n’ont, d’après ces résultats, pas toujours saisi la particularité du trajet (boucle).

Le temps de réponse entre nos deux populations, patients schizophrènes et sujets contrôles sains, est identique. Les déficits observés chez les patients schizophrènes ne seraient donc pas dus à leur temps de réaction mais à un réel problème cognitif.

Ces résultats corroborent les précédents résultats sur la cartographie libre même si ceux-ci sont moins probants. Cette tâche est, en effet, une tâche plus facile que la précédente (plans libres) car celle-ci demande moins d’efforts cognitifs.

TACHE DE RECONNAISSANCE SANS EFFET D’ORDRE (Tâche 3)

Etude des différentes variables

Variables primaires

Nous avons comptabilisé (figure 28) :
le nombre de réponses exactes
le nombre de réponses fausses
le nombre de non réponses

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 28: tâche de reconnaissances de vues.

Il n’existe pas de différence significative entre le nombre de réponses exactes données par les patients schizophrènes et celles données par les sujets contrôles sains. Les patients schizophrènes ne donnent donc pas plus de réponses exactes que les sujets contrôles sains (24,05 bonnes réponses pour les patients schizophrènes contre 25,86 bonnes réponses pour les sujets contrôles sains) sur les 32 photos présentées.

Pas de différence significative entre les deux populations testées, pour le nombre de réponses fausses données. Les patients schizophrènes ne donnent pas plus de réponses fausses que les sujets contrôles sains (7,05 réponses fausses pour les patients schizophrènes contre 5,93 pour les sujets contrôles sains) sur les 32 items présentés.

Le nombre de non-réponses étant très faible (0,90 pour les patients schizophrènes contre 0,21 pour les sujets contrôles sains) aussi bien chez les patients schizophrènes que les sujets contrôles sains, aucune analyse statistique n’a été réalisée sur ces données, bien que pour plus de précision celles-ci soient mentionnées sur la graphique ci-dessus.

Ces résultats montrent que les patients schizophrènes ne seraient pas déficitaires dans la perception et la reconnaissance de scènes spatiales présentées sous forme visuelle.

Temps de réponse

Patients schizophrènes versus sujets contrôles sains

Grâce au logiciel crée par Luc Carité, nous avons pu enregistrer le temps de réponse de chaque sujet:
pour les réponses exactes
pour les réponses fausses

Il n’existe pas de différence significative entre les patients schizophrènes et les sujets contrôles sains, dans le temps de réponse mis pour donner une réponse exacte, bien que, d’après nos résultats, les patients schizophrènes soient légèrement plus lents (4102 ms pour les patients schizophrènes contre 3770 ms chez les sujets contrôles sains).

Pas de différence significative entre les deux populations participant à l’expérience, pour le temps de réponse mis pour donner une réponse fausse, bien que les patients schizophrènes soit légèrement plus lent que les sujets contrôles sains (5270 ms chez les patients schizophrènes contre 5023 ms chez les sujets contrôles sains) pour donner ce type de réponse.

Les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains ne mettent pas plus de temps pour répondre aux différents items.

Sujets contrôles sains

Au sein du groupe «  sujets contrôles sains » nous avons regardé à chaque fois le temps de réponse mis pour donner une réponse correcte ou incorrecte. D’après ces résultats, une différence significative (F (1,52) = 13,1054 ; p = 0,0007) existe entre le temps mis par les sujets pour donner une réponse exacte et celui mis pour donner une réponse inexacte. Les sujets contrôles sains sont plus rapides pour donner une réponse exacte que pour donner une réponse inexacte : 3770 ms pour donner une réponse correcte contre 5023 ms pour donner une réponse incorrecte. Il semble donc plus facile aux sujets contrôles de donner une réponse correcte que incorrecte.
Patients schizophrènes

Au sein du groupe «  patients schizophrènes » nous avons regardé à chaque fois le temps de réponse mis pour donner une réponse correcte ou incorrecte. Il existe une différence significative (F (1,38) = 4,5992 ; p = 0,0384) entre le temps mis par les patients schizophrènes pour donner une réponse exacte et celui mis pour donner une réponse inexacte. Les patients schizophrènes sont, comme les sujets contrôles sains, plus rapide pour donner une réponse exacte que pour donner une réponse inexacte : 4102 ms pour donner une réponse exacte contre 5270 ms pour donner une réponse inexacte. Il semble plus facile pour les patients schizophrènes de donner une réponse correcte que incorrecte.

Variable particulière : différences de perception des vues

Description des résultats

Sujets contrôles sains et patients schizophrènes

Nous avons comparé les performances des sujets contrôles sains et des patients schizophrènes pour le nombre de bonnes, fausses données pour les photos ayant été prises dans le premier tiers du segment (prises de loin) et dans le second tiers du segment (prises de prés).
Photos prises (16 photos / 32 au total) de près (figure 29) :

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 29 : comparaison perception de près entre patients schizophrènes et sujets contrôles sains

Il n’existe pas de différence significative entre les performances des patients schizophrènes et celles des sujets contrôles sains lorsque la photo est prise de près. Ceci se vérifie pour le nombre de réponses justes (12,30 bonnes réponses pour les patients schizophrènes contre 13,04 pour les sujets contrôles sains) et le nombre réponses fausses (3,25 mauvaises réponses pour les patiensts schizophrènes contre 2,82 pour les sujets contrôles sains) données. Le nombre de non-réponses étant très faible (0,45 non-réponses pour les patients schizophrènes contre 0,11 pour les sujets contrôles sains), aussi bien chez les patients schizophrènes que chez les sujets contrôles sains, celles-ci n’ont pas été analysées (pas de données statistiques mais montrées sur le graphique pour plus de précision). Ainsi, les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains ne sont pas déficitaires dans leurs réponses lorsque la prise de vue est réalisée de près. Il semble donc que les patients schizophrènes puissent distinguer, encoder et reconnaître les détails d’une scène spatiale.
Photos prises (16 / 32 au total) de loin (figure 30) :

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 30 : comparaison patients schizophrènes et sujets contrôles sains pour la perception de loin.

Il existe une différence significative entre les performances des patients schizophrènes et celles des sujets contrôles sains lorsque la photo est prise de loin. Ceci se vérifie pour le nombre de réponses justes (t (46) = 2,425 ; p = 0,020) et le nombre de réponses fausses (t (46) = - 2,058 ; p = 0,045) données. Les patients schizophrènes donnent 11,85 bonnes réponses et 3,70 mauvaises réponses contre 12,86 et 2,93 chez les sujets contrôles sains. Le nombre de non-réponses étant très faible (0,45 non-réponses pour les patients schizophrènes contre 0,29 pour les sujets contrôles sains), aussi bien chez les patients schizophrènes que chez les sujets contrôles sains, celles-ci n’ont pas été analysées (pas de données statistiques, mais montrées sur le graphique pour plus de précision). Les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains sont donc peu performants dans leurs réponses lorsque la prise de vue est réalisée de loin. Ainsi, ces patients semblent montrer des déficits dans les phénomènes de perception de loin. Il semble donc que les patients schizophrènes aient des difficultés dans la perception, l’encodage et la reconnaissance globale d’une scène spatiale.

Sujets contrôles

Dans notre groupe témoin (sujets contrôles sains) nous avons examiné si des différences de profil dans les réponses existaient, suivant l’emplacement d’où avaient été prise la photo : premier tiers ou second tiers du segment (figure 31).
 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 31 : Sujets contrôles sains. Perception de près / perception de loin.

Les sujets contrôles sains ont un profil de réponses identiques que la prise de vue ait été réalisée de près (perception de près) ou de loin (perception de loin). Il n’existe donc pas de différence significative entre ces deux types de perceptions chez les sujets contrôles sains. Cela, aussi bien pour le nombre de réponses justes (13,04 bonnes réponses quand la photo est prise dans le second tiers du segment et 12,86 lorsqu’elle est prise dans le premier tiers) et de réponses fausses (2,82 mauvaises réponses quand la photo est prise dans le second tiers du segment et 2,93 lorsqu’elle est prise dans le premier tiers). Le nombre de non-réponses étant très faible (0,11 non-réponses quand la photo a été prise dans le second tiers du segment et 0,29 lorsqu’elle a été prise dans le premiers tiers), bien que mentionnées sur le graphique, celles-ci n’ont pas été analysées (pas de données statistiques disponibles).

Patients schizophrènes

Nous avons aussi examiné si au sein de notre population de patients schizophrènes des différences étaient présentées au niveau des performances obtenues suivant que la photo ait été prise dans la premier tiers ou le second tiers du segment (figure 32).

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 32 : patients schizophrènes .Comparaison perception près – loin. Données statistiques

Les patients schizophrènes, comme les sujets contrôles sains, ont un profil de réponses identiques que la prise de vue ait été réalisée de près (second tiers du trajet) ou de loin (premier tiers du trajet). Il n’existe donc pas de différence significative entre ces deux types de perceptions chez les patients schizophrènes. Ceci se vérifie aussi bien pour le nombre de réponses justes (12,30 bonnes réponses quand la photo a été prise dans le second tiers du segment et 11,85 lorsqu’elle a été prise dans le premier tiers du segment) et de réponses fausses (3,25 mauvaises réponses quand la photo a été prise dans le second tiers du segment et 3,70 lorsqu’elle a été prise dans le premier tiers du segment). Le nombre de non-réponses étant très faible (0,45 non-réponses qauand la photo a été prise dans le second tiers du segment et 0,45 lorsqu’elle a été prise dans le premier tiers), bien que mentionnées sur le graphique, celles-ci n’ont pas été analysées (pas de données statistiques disponibles).

Interprétation des résultas

Les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains ne montrent pas de déficits lorsque la prise de vue est réalisée dans le second tiers du segment. En revanche, leurs performances sont plus faibles lorsque la prise vue est réalisée dans le premier tiers du segment. En effet, d’après nos résultats, les patients schizophrènes ne seraient pas déficitaires dans la perception de près mais seraient déficitaires dans la perception de loin. Ainsi les patients schizophrènes semblent montrer des difficultés dans la perception, l’encodage et la reconnaissance de la globalité d’une scène spatiale. En revanche, ces patients ne semblent pas montrer de difficultés majeures dans la perception, l’encodage et la reconnaissance des détails d’une même scène spatiale.

Conclusion

Les patients schizophrènes ne sont pas déficitaires dans cette épreuve de simple reconnaissance de vues. Leurs performances sont voisines de celles des sujets contrôles sains (pas de différence significative). Les patients schizophrènes se rappellent très bien des repères rencontrés le long du trajet. Ces patients sont tout a fait capable de dire « je me souviens, je connais ce lieu ».

Le temps de réponse est le même pour les deux populations (pas de différence significative). Les patients schizophrènes mettent approximativement le même temps que les sujets contrôles sains pour répondre aux différents items. Pour les deux populations testées, , le temps de réponse pour répondre correctement à un item est plus court que celui mis pour donner une réponse inexacte. Donner une bonne réponse semble demander moins d’effort cognitif. En effet, ce type de réponse ne requiert pas une réflexion soutenue mais est au contraire automatique : « je sais, je réponds ». En revanche, donner une mauvaise réponse semble plus complexe. Les participants, ne connaissant pas la réponse (oui ou non) ou n’étant pas sûr de celle-ci (hésitations de la part du sujet) doivent avoir une réflexion plus soutenue.

En résumé, les patients schizophrènes ne sont pas déficitaires dans les tâches de simple reconnaissance de vues. Ces patients ne montrent aucun déficit dans la perception et la reconnaissance de scènes spatiales visuelles. Les patients schizophrènes, sur ce type de tâche – simple reconnaissance de succession de vues - mettent approximativement le même temps que les sujets contrôles sains pour répondre à un item. Toutefois donner une réponse correcte comparativement aux réponses fausses semble impliquer un temps de réponse plus court. La perception de prise de vues, de près ou de loin, influence les performances des patients schizophrènes (réponses exactes et inexactes). Ainsi, les patients schizophrènes semblent déficitaires dans la reconnaissance et / ou la perception de scènes spatiales visuelles dont la prise de vue a été réalisée de loin. Ces patients semblent donc déficitaires dans la reconnaissance et / ou la perception de la globalité de la scène.

TACHE DE RECONNAISSANCE AVEC EFFET D’ORDRE (Tâche 4)

Etude des différentes variables

Variables primaires

Nous avons comptabilisé (figure 33) :
le nombre de réponses exactes
le nombre de réponses fausses
le nombre de non réponses

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 33 : Reconnaissance de l’ordre de succession de vues

Il existe une différence significative (F (46) = 12,45 ; p = 0,0010) entre le nombre de réponses exactes donné par les patients schizophrènes et celui donné par les sujets contrôles sains. Les patients schizophrènes donnent significativement moins de réponses exactes que les sujets contrôles sains : 24,21 bonnes réponses données par les sujets contrôles sains contre 18,80 par les patients schizophrènes sur les 28 paires de photos présentées.

Une différence significative (F (46) = 8,98 ; p = 0,0044) existe entre le nombre de réponses fausses donné par les patients schizophrènes et celui donné par les sujets contrôles sains. Les patients schizophrènes donnent significativement plus de réponses fausses que les sujets contrôles sains : 3,6 réponses fausses données par les sujets contrôles sains contre 7,50 chez les patients schizophrènes sur les 28 paires de photos présentées.

Le nombre de non-réponses des participants n’a pas été analysé statistiquement en raison de leur faible nombre bien que pour plus de précision, celles-ci soient montrées sur le graphique ci-dessus (0,21 items non répondus chez les contrôles sains contre 1,70 chez les patients schizophrènes).

Sur ce type d’épreuve, tâche de reconnaissance avec effet d’ordre ou reconnaissance de succession de vues, les patients schizophrènes font significativement plus d’erreurs que les sujets contrôles sains. Ainsi, ces patients sont déficitaires dans la reconstitution de la chronologie des repères rencontrés le long du trajet.

Temps de réponse

Patients schizophrènes versus sujets contrôles sains

Grâce au logiciel crée par Luc Carité, nous avons pu enregistrer le temps de réponse de chaque sujet :
pour les réponses exactes
pour les réponses fausses

La différence qui apparaît entre les patients schizophrènes et les sujets contrôles sains pour le temps de réponse mis pour donner une réponse exacte  n’est pas significatif (3439 ms pour les sujets contrôles sains contre 3963 ms pour les patients schizophrènes).

Pas de différence significative entre les patients schizophrènes et les sujets contrôles sains pour le temps de réaction mis pour donner une réponse fausse (3843 ms pour les sujets contrôles sains contre 4194 ms pour les patients schizophrènes).

Ainsi, les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains ne mettent pas plus de temps pour répondre à ce type d’items.

Sujets contrôles sains

Au sein du groupe «  sujets contrôles sains » nous avons regardé à chaque fois le temps de réponse mis pour donner une réponse correcte ou incorrecte.

D’après ces résultats, une différence significative (F (1,47) = 8,60 ; p = 0,0052) existe entre le temps mis pour donner une réponse exacte et celui pour donner une réponse inexacte. Les sujets contrôles sains, dans cette tâche, mettent, en effet, plus de temps pour donner une réponse incorrecte que pour donner une réponse correcte : 3439 ms pour donner une réponse exacte contre 3843 ms pour donner une réponse fausse.

Patients schizophrènes

Au sein du groupe «  patients schizophrènes » nous avons regardé à chaque fois le temps de réponse mis pour donner une réponse correcte ou incorrecte.

Il n’existe pas de différence significative entre le temps mis pour donner une réponse correcte et celui pour donner une réponse incorrecte. Les patients schizophrènes ne mettent donc pas plus de temps pour donner une réponse exacte que pour donner une réponse fausse : 3963 ms pour donner une réponse exacte contre 4194 ms pour donner une réponse fausse.

Conclusion

Dans cette tâche – tâche de reconnaissance avec effet d’ordre - les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains montrent des performances faibles. Il est apparemment très difficile pour ces patients de répondre à ce type d’items : rétablir l’ordre de succession de vues. Ainsi, les patients schizophrènes sont déficitaires dans la reconstitution de la chronologie des repères rencontrés le long du trajet.

Les patients schizophrènes mettent approximativement le même temps que les sujets contrôles sains pour répondre correctement ou non aux différents items. Les sujets contrôles sains mettent moins de temps pour donner une réponse exacte que pour donner une réponse fausse. Donner une réponse juste est plus automatique, demande moins de réflexion : « je sais, je dis ». En revanche les patients schizophrènes, dans cette expérience, ne mettent pas plus de temps pour donner une réponse exacte que pour donner une réponse fausse. Leur temps de réponse pour ces deux types de réponses est identique. Cette tâche est une tâche complexe et difficile pour les patients schizophrènes qui leur demande un effort supplémentaire, comparativement aux sujets contrôles sains, pour répondre correctement aux items.

Ainsi, les patients schizophrènes sont déficitaires dans les tâches de reconnaissance de l’ordre de succession de vues. Ces patients ont des difficultés dans le rétablissement de la chronologie des différents lieux préalablement visités.

TESTS D’HABILETES VISUO-SPATIALES (Tâche 5)

MRT : test de rotation mentale 3D

Nous avons comparé les performances des patients schizophrènes à celles des sujets contrôles sains (figure 34).

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 34 : Test de rotation mentale 3D : MRT, Patient schizophrènes versus sujets contrôles sains.

D’après les résultats obtenus, les patients schizophrènes sont moins performants (10,36/20 de moyenne obtenue par les sujets contrôles sains contre 6,94/20 chez les patients schizophrènes) que les témoins (contrôles sains). Une différence significative (t (42) = 2,17 : p = 0,035) existe entre ces deux populations. Les patients schizophrènes font plus d’erreurs que la population de référence. Ces patients sont donc déficitaires dans des tâches de rotation mentale.

Au vu de ces résultats nous nous sommes posé la question de savoir si les différences observées entre les deux populations étaient dues à leurs habiletés naturelles ou seulement dues aux contraintes temporelles de la tâche. En effet, on peut supposer que les patients schizophrènes ont besoin de plus de temps que les contrôles sains pour répondre à ce type de test. Un temps supérieur aux 8 min accordées pour le test leur serait donc nécessaire. Ainsi nous avons comparé le nombre de non-réponses des patients schizophrènes à celles des sujets contrôles sains. Le nombre de non-réponses est plus important chez les patients schizophrènes que chez les sujets contrôles sains : 4,8 non-réponses chez les sujets contrôles sains contre 6,6 chez les patients schizophrènes. Il semble donc que les patients schizophrènes soient plus longs pour répondre aux items que les sujets contrôles sains. Les patients schizophrènes semblent avoir besoin de plus de temps pour réfléchir et pour répondre à l’item présenté. Cependant il n’existe aucune différence significative entre les deux groupes pour le nombre de réponses totales données et pour le nombre d’items n’ayant pas reçu de réponse. Ainsi, il est impossible de conclure que les faibles performances observées chez les patients schizophrènes soient seulement dues aux contraintes temporelles de la tâche ni à une nécessité, chez ces patients, de réfléchir plus longtemps.

Les patients schizophrènes semblent donc déficitaires dans les tâches de rotation mentale.

MPFB : test de visualisation spatiale (2D)

Nous avons comparé les performances des patients schizophrènes à celles des sujets contrôles sains (figure 35).

 EMBED Excel.Chart.8 \s 

Fig 35 : Test assemblage 2 D : MPFB ; patients schizophrènes versus sujets contrôles sains.

D’après les résultats obtenus, les patients schizophrènes sont moins performants (19/31 de moyenne pour les sujets contrôles sains contre 14 chez les patients schizophrènes) que les sujets contrôles sains. Une différence significative (t (42) = 2,62 ; p = 0,012) existe entre ces deux populations. Les patients schizophrènes font plus d’erreurs que la population de référence (contrôles sains). Ainsi, les patients schizophrènes semblent nettement déficitaires dans des tâches de visualisation spatiale.

Au vu de ces résultats, nous nous sommes posé la question de savoir si les différences observées entre les deux populations étaient dues aux contraintes temporelles de la tâche. Pour cela nous avons comparé le nombre de non-réponses des patients schizophrènes au nombre de non-réponses des sujets contrôles sains. D’après les résultats obtenus, les patients schizophrènes répondent à moins d’items que les sujets contrôles sains : 10,7 items n’ayant pas reçu de réponse chez les patients schizophrènes contre 8,6 chez les sujets contrôles sains. Cependant il n’y a pas de différence significative entre les deux groupes pour le nombre de réponses totales données et le nombre d’items non répondus. Les faibles performances observées chez les patients schizophrènes ne semblent donc pas dues aux contraintes temporelles de la tâche ni à une nécessité, chez ces patients, de réfléchir plus longtemps. Ainsi, les patients schizophrènes semblent déficitaires dans les tâches de visualisation spatiale.

Conclusion

Le MRT et le MPFB nous ont permis d’évaluer les habiletés visuo-spatiales des patients schizophrènes et de les comparer à celles des sujets contrôles sains. Le MRT est un test de rotation mentale, le MPFB un test de visualisation spatiale. Les patients schizophrènes sur ces deux tests sont déficitaires (performances plus basses) comparativement aux sujets contrôles sains. Les contraintes temporelles des deux tâches bien que jouant un rôle ne sont pas les seuls facteurs d’influences. Ainsi les patients schizophrènes montrent de réelles difficultés dans la résolution de problèmes spatiaux.
RESUME

Les patients schizophrènes (comparativement aux sujets contrôles sains) sont déficitaires dans les tâches de rappel libre : descriptions verbales (tâche 1) et plans libres de l’itinéraire (tâche 2a).

Les patients schizophrènes (comparativement aux sujets contrôles sains) sont déficitaires dans les tâches de rappel indicé : retracer le parcours sur un plan de l’hôpital (tâche 2b).

Les patients schizophrènes (comparativement aux sujets contrôles sains) ne sont pas déficitaires dans les tâches de reconnaissances sans effet d’ordre : reconnaissance des successions de vues (tâche 3).

Les patients schizophrènes (comparativement aux sujets contrôles sains) sont déficitaires dans les tâches de reconnaissance de l’ordre de succession de vues (tâche 4).

Les patients schizophrènes (comparativement aux sujets contrôles sains) sont déficitaires dans la résolution de problèmes spatiaux (tâche 5) : test de rotation mentale (MRT) et de visualisation spatiale (MPFB).

Les patients schizophrènes ne sont pas déficitaires dans la reconnaissance de scènes spatiales présentées sous forme visuelles. En revanche, ils sont déficitaires dans l’établissement de l’ordre chronologique des repères rencontrés le long du trajet.

Les patients schizophrènes ne semblent pas déficitaires dans la perception, l’encodage et la reconnaissance de scènes visuo-spatiales détaillées (perception de près). Mais ces patients semblent déficitaires dans la perception, l’encodage et la reconnaissance d’une scène spatiale dans sa globalité (perception de loin).

Nous allons maintenant discuter des résultats obtenus. Nous discuterons, dans un premier temps, ces résultats expérience par expérience ; puis dans un second temps, nous ferons une discussion générale.
DISCUSSION


DESCRIPTION VERBALE (tâche 1)

Les descriptions verbales des patients schizophrènes sont plus courtes que celles des sujets contrôles sains (33,65 propositions en moyenne chez les patients schizophrènes contre 60,71 chez les contrôles sains). Ces descriptions sont beaucoup moins précises, moins détaillées et moins pertinentes que celles des sujets contrôles sains. Certaines de ces descriptions sont longues, constituées de nombreux commentaires sans intérêt, ou n’ayant aucun rapport avec l’exercice demandé. Ces descriptions peuvent être parfois totalement inexactes et / ou n’avoir rien à voir avec la description du trajet. Un individu n’est généralement pas capable de refaire le trajet avec seulement les informations contenues dans la description verbale d’un patient schizophrène. Ceci a été vérifié pour quelques descriptions sur un échantillon de sujets contrôles sains appartenant à la population générale et n’ayant aucune information sur l’expérience (nos objectifs, nos hypothèses). Nous leur donnions la description verbale d’un sujet donné, sans autres commentaires, et nous leur demandions de refaire le trajet, sans demander d’aide, en suivant seulement les explications données (l’expérimentatrice suivait le dit sujet à environ 2m de distance).

Seules 30 % des descriptions des patients schizophrènes sont de bonnes descriptions contre 64 % pour les sujets contrôles sains. La plupart des descriptions verbales des patients schizophrènes sont inutilisables même quand de nombreux repères corrects (non faux ou fantaisistes) sont pris. Les repères cités par les patients schizophrènes font généralement un « effet catalogue ». Ces repères sont très rarement reliés à une action précise, se situant au niveau de ce repère (exemple : « tournez à droite avant l’église »). Les actions, les repères, principalement les actions reliées à un repère sont les items les plus importants dans une description d’itinéraire. Ces items représentent une aide à la navigation efficace puisqu’ils permettent à la personne à laquelle a été décrit l’itinéraire, de savoir quelle action faire et à quel endroit.

La compréhension des descriptions verbales par une autre personne dépend de leur clarté et de leur concision (Denis, 1997 ; Daniel et Al., 1998, 2002, 2003). Une longue description n’est pas forcément la meilleure des descriptions. En effet, celle-ci peut contenir des ambiguïtés, être confuses et par conséquent ne pas être une bonne aide à la navigation, ce qui est généralement le cas chez les patients schizophrènes. De plus, plus les descriptions sont longues plus elles vont être surchargées de détails inutiles à la navigation qui vont surcharger inutilement la mémoire du sujet. En revanche une description courte précise et concise, ressemblant à ce que M. Denis et M-P. Daniel ont appelé une description squelette (1997, 1998), est une bonne description, une aide adéquate à la navigation. La différence entre les bonnes descriptions et les mauvaises est certes dans la longueur de la description elle-même, mais aussi dans la sélection des repères et le choix des actions clefs prescrites par le descripteur (Denis, 1997 ; Daniel et Al., 1998, 2002, 2003). Une bonne description pour être une bonne aide à la navigation doit donc comprendre des actions, des repères mais aussi et surtout des actions reliées à un repère. Une mauvaise description contient généralement très peu d’actions reliées à un repère. Dans notre étude, nous comparons les descriptions verbales réalisées par des patients schizophrènes à celles réalisées par des sujets contrôles sains. Les descriptions des patients schizophrènes, comme nous l’avons vu, ne sont généralement pas une bonne aide à la navigation. Elles sont remplies de commentaires, inadéquates la plupart du temps, comportent très peu ou pas d’actions prescriptives (notamment d’actions reliées à un repère). Les descriptions verbales des patients schizophrènes sont donc plutôt descriptives, se traduisant, par exemple, par une énumération de repères : « il y a une église à la fin, (…), au début il y avait la lingerie ». Les descriptions verbales des sujets contrôles sains sont, en revanche, généralement de bonnes descriptions. Elles contiennent de nombreuses prédictions d’actions (notamment d’actions reliées à un repère) permettant à un individu, souhaitant refaire le trajet, de savoir quelle action effectuer et à quel endroit afin de résoudre son problème de navigation. Ces descriptions sont généralement des descriptions prescriptives. Les descriptions des patients schizophrènes sont donc de qualité médiocre (comparativement à celles des sujets contrôles sains). Ce résultat n’est pas surprenant puisque l’on sait que les patients schizophrènes ont des deficits de la fluence verbale et des dysfonctions au niveau du langage (Chapman et Al., 1963, 1976 ; Barch et al., 1997 ; Docherty et al., 2000). D’après les études cliniques réalisées sur des échantillons de discours de patients schizophrènes, ces patients ont une perte d’association, une perte de la sensibilité au contexte (activation et utilisation), une utilisation inappropriée des pronoms et une incapacité à maintenir une conversation sur un thème défini (Chapman et Al., 1963, 1976 ; Barch et al., 1997 ; Docherty et al, 2000 ; Leroy et al., 2005). Ces déficits expliquent, en partie, ceux retrouvés dans notre étude (décrits précédemment) chez les patients schizophrènes. De plus, les anomalies de langage chez les patients schizophrènes passent par des processus de dysfonctionnements de la mémoire sémantique (composante de la mémoire déclarative). Au niveau électrophysiologique, l’onde N400 (potentiels évoqués) est associée avec les processus sémantiques et est impliquée dans l’utilisation du contexte (Niznikiewicz et Al., 1999 ; Titone et al, 2004b). Chez les patients schizophrènes, des anomalies de cette onde (prolongation de la latence et augmentation de l’amplitude négative) ont été retrouvées, pouvant peut-être ainsi expliquer les anomalies d’utilisation du contexte observé chez ces patients (Niznikiewicz et Al 1997). Les patients schizophrènes montrent, en effet, d’importants déficits de la mémoire contextuelle. De plus, les patients schizophrènes (d’après nos résultats) semblent aussi montrer des déficits dans la représentation mentale d’un environnement. Ces déficits pourraient expliquer la pauvrété de leur discours spatial.

Décrire un itinéraire et sa compréhension à et par un individu demande la possession de connaissances verbales et spatiales. Ainsi, les patients schizophrènes montrent de réelles difficultés dans leurs acquisitions et surtout dans leur restitution.

CARTOGRAPHIES LIBRES ET INDICES (tâche 2)

Les plans libres réalisés par les patients schizophrènes sont de moins bonne qualité que ceux réalisés par les sujets contrôles sains. Ils sont généralement très pauvres en informations et peu compréhensibles. Il est donc difficile à un individu, détenant pour seule information le plan d’un patient schizophrène, de refaire le trajet que celui-ci a préalablement parcouru. Comme pour la précédente expérience (description verbale) ceci a été vérifié pour quelques cartographies libres, sur un échantillon de sujets contrôles sains appartenant à la population générale. Les sujets ne disposaient que de la cartographie d’un sujet donné, grâce à laquelle ils devaient refaire le trajet, sans demander d’aide. Les participants ne détenaient aucune information sur nos expériences (objectifs, hypothèses). Comme précédemment, l’expérimentatrice suivait les sujets à 2 m de distance environ.

Seules 30 % des cartographies des patients schizophrènes sont de bonne qualité contre 64 % pour les sujets contrôles sains. Les plans des patients schizophrènes comportent des erreurs (comparativement aux sujets contrôles sains) plus ou moins importantes. Les patients schizophrènes incluent significativement moins de repères critiques et non critiques, dans leur plan que les sujets contrôles sains. Les repères les plus importants du plan sont les repères critiques situés aux changements d’orientations. Ce sont eux qui permettent aux sujets de s’orienter ou de se réorienter sur la bonne voie. Les repères non critiques, moins importants que les précédents, permettent aux sujets de vérifier qu’ils sont bien sur la bonne route. Ils servent donc en quelque sorte de contrôle de la navigation. Ainsi, les patients schizophrènes incluent peu de repères dans leur plan (comparativement aux sujets contrôles sains). Les repères généralement mentionnés par les patients schizophrènes sont les repères les plus saillants, les plus marquants, tels que :
les escaliers : changement de niveau, « on monte », même le nombre de marche (22 au total) fut parfois mentionné.
la chapelle : bâtiment imposant
le Bâtiment de la force ou Pavillon Clérambault : point de départ et d’arrivée.
Les patients schizophrènes font plus d’erreurs que les sujets contrôles sains dans l’inclusion des repères. Ces patients ont eu tendance à prendre des repères dits « fantaisistes » et / ou à inverser l’emplacement de certains repères, les uns par rapport aux autres. Ainsi, sur leur plan, le Pavillon de l’Enfant et de l’Adolescent s’est parfois retrouvé après les escaliers alors que ce pavillon se situe avant les escaliers. Dans la manière dont sont mentionnés les repères (critiques ou non critiques), les patients schizophrènes diffèrent des sujets contrôles sains. Les sujets contrôles sains utilisent facilement les deux modes de représentations, étiquette (verbal, sémantique) et icône (graphique) simultanément. Les patients schizophrènes, eux, fonctionnent plutôt sur un seul mode. Ils utilisent soit le mode sémantique (étiquette, verbal), soit le mode graphique (icône), mais rarement les deux modes simultanément.

Au niveau des changements d’orientation, les patients schizophrènes font significativement plus d’erreurs que les contrôles sains, bien que, sur leurs plans, les changements d’orientations soient plus souvent mentionnés que les repères. La plupart du temps, les patients omettent un ou deux segments. Le changement d’orientation le plus souvent omis est celui se situant juste après les escaliers. Les participants après avoir monté les escaliers devaient tourner à gauche avec un angle de 90° en traversant la ruelle (1m de large environ) pour prendre l’allée des étoffes. Cette omission se retrouve parfois chez les contrôles sains, mais avec une fréquence moins importante. La 2nde omission la plus présente était l’oubli d’une partie du trajet. Cet oubli se situait principalement chez certains des sujets au milieu du parcours. Cette observation laisse ainsi supposer que ces sujets auraient été attentifs au début du trajet, comme le demandait la consigne, puis que leur attention aurait diminué à mi-parcours du trajet avec un rebond en fin de parcours. Au cours du trajet, leurs performances mnésiques ont donc tendance à former une courbe en « U ».

Les plans des patients schizophrènes étant soit faux soit peu pertinents (peu détaillé, pauvres en informations), il est impossible à une autre personne de refaire le trajet en n’ayant que ce plan à sa disposition et en ne demandant aucune aide extérieure. Un plan pour être une bonne aide à la navigation doit être le plus fonctionnel, le plus informatif possible. Les plans des patients schizophrènes sont loin de ces caractéristiques. On ne peut donc pas les considérer comme une bonne aide à la navigation. Ainsi, il semble, à l’identique de la tâche précédente, que les patients schizophrènes aient des déficits de représentation mentale de l’environnement.

Les plans indicés nous ont permis d’avoir un contrôle sur la précédente expérience, notamment sur l’anxiété (angoisse de la page blanche). Ce type de cartographie nous a permis de vérifier si les participants avaient encodé la forme globale du trajet. En effet, grâce à cette tâche, nous avons pu vérifier si la particularité de la forme du trajet, trajet en boucle (point de départ au même endroit que le point d’arrivée, mais du côté opposé) avait été saisie par les participants. Dans cette discussion et la discussion générale je parlerai peu de cette tâche comparativement aux plans libres. En effet, la réalisation de plans libres demande la construction d’une carte cognitive de l’environnement avec une forte implication de la zone hippocampique (O’Keefe et Nadel, 1978) et c’est cette construction de carte cognitive que nous voulions particulièrement étudier.

TACHE DE RECONNAISSANCE SANS EFFET D’ORDRE (tâche 3)

Dans cette épreuve, reconnaissance de vues, les patients schizophrènes comparés aux sujets contrôles sains, ne sont pas déficitaires. Leurs performances sont voisines de celles des sujets contrôles sains. En effet, les patients schizophrènes donnent 75 % de bonnes réponses et les sujets contrôles sains en donnent 81 %. Il est donc très clair qu’ils existent peu de différence dans les performances de nos deux populations. Les patients schizophrènes obtiennent de bons résultats dans cette tâche montrant qu’ils ont encodé les repères rencontrés au cours du trajet. Ils se souviennent bien des scènes rencontrées au cours du trajet, qui leur sont maintenant présentées sous forme visuelle (photos). Ainsi ces patients ne sont pas déficitaires dans la reconnaissance de scènes appartenant à un environnement préalablement visité et présentées indépendamment les unes des autres. Un patient schizophrène est donc tout à fait capable de dire « Je connais cet endroit ».

Les prises de vues réalisées pour cette tâches ont été prise selon deux angles de perception différents : de près et de loin. L’angle de perception de prés correspond à la perception détaillée d’une scène spatiale, en revanche l’angle de perception de loin correspond à la perception globale de cette même scène. C’est donc dans le rappel et la reconnaissance de la vision globale de la scène que nos patients schizophrènes sont déficitaires comparativement aux sujets contrôles sains. En effet, les patients schizophrènes présentent des déficits du traitement précoce de l’information visuelle (Keri et Al., 2000) avec atteinte de la voie magnocellulaire. Cette atteinte de la voix magnocellulaire pourrait sous-tendre de nombreux déficits cognitifs chez les patients schizophrènes. Elle intervient de manière rapide dans l’information visuelle primaire, correspond au « où » (« where ») d’un fait ou d’un évènement et capte l’information globale d’un événement visuel. En revanche, la voie parvocellulaire serait intacte chez les patients schizophrènes (Keri et Al., 2000). Elle intervient dans un second temps, correspond au « quoi » (« what ») d’un évènement ou d’un fait et traite les détails d’une information ou d’un évènement visuel. Ainsi lors de la simple reconnaissance de vues, les patients schizophrènes font appel pour la reconnaissance visuelle à la voie parvocellulaire pour la reconnaissance détaillée d’une scène et à la voie magnocellulaire pour la reconnaissance globale de cette même scène (une prise de vue du même lieu ayant été réalisée de près et de loin). Au cours de cette tâche les sujets doivent juste reconnaître le lieu, le contenu de celui-ci (« le quoi ») et non l’endroit où il se situe (le « où »). Pour résoudre ce type de tâche, ils ont donc surtout besoin d’activer la voie parvocellulaire. Ceci explique le fait que, pris dans leur globalité (pas de différence perception de près et perception de loin), nos résultats ne montrent aucun déficit dans la reconnaissance de vues, entre les patients schizophrènes et les sujets contrôles sains. Ainsi, les déficits observés chez les patients schizophrènes au test « prises de vues de loin » seraient plutôt dû à des déficits perceptifs connus qu’à des déficits cognitifs. De plus, les résultats obtenus montrent que la reconnaissance de scènes spatiales visuelles met en jeu des zones cérébrales différentes de celles seulement impliquées dans le traitement de l’information visuelle et de celles impliquées dans la navigation. Dans la reconnaissance de lieux, de points de repères, le parrahippocampe joue un rôle sensible (Spiers et Al., 2004 ; Maguire et Al., 1997). En effet, il permet de percevoir l’environnement visuel local, ce qui est important pour la reconnaissance de lieux.

Le temps de réponse aux différents items est identique entre nos deux populations, ce qui peut signifier que les patients schizophrènes au cours de cette tâche ne montrent pas de déficits attentionnels ni motivationnels. Ils semblent être autant impliqués dans la tâche que les sujets contrôles sains. Le temps de réponse pour donner une bonne réponse est inférieur à celui pour donner une mauvaise réponse. Donner une bonne réponse semble donc plus facile. Cela semble demander moins d’efforts cognitifs et être plus automatique : « je sais, je réponds ». En revanche donner une réponse incorrecte, traduit souvent des hésitations du sujet ayant pour conséquence de rallonger le temps de réponse. Les patients schizophrènes sont donc capables de reconnaître des lieux préalablement visités à partir du moment où ils ne doivent pas établir de liens séquentiels entre eux.

TACHE DE RECONNAISSANCE AVEC EFFET D’ORDRE (tâche 4)

Dans cette tâche, nous avions demandé aux participants, patients schizophrènes et sujets contrôles sains, d’établir l’ordre chronologique de succession des vues. Dans cette tâche les patients schizophrènes sont beaucoup moins performants que les sujets contrôles sains. Les sujets contrôles sains donnent 86,5 % de bonnes réponses contre seulement 67 % chez les patients schizophrènes. Il est donc particulièrement difficile pour les patients schizophrènes de répondre à ce type d’items. Les patients schizophrènes ont de réelles difficultés dans la reconstitution de l’ordre chronologique des repères rencontrés le long du trajet. C’est donc dans le rappel d’un ordre séquentiel qu’ils sont déficitaires. On peut faire l’analogie de ces résultats avec ceux trouvés sur les déficits de mémoires épisodique, contextuelle et spatio-temporelle observés chez les patients schizophrènes. Les patients schizophrènes ont, en effet, des difficultés à se souvenir d’un événement, d’un épisode de leur vie et de le recadrer dans son contexte spatial et temporel. Les mémoires épisodique, contextuelle et spatio-temporelle selon différentes études de la littérature, mettent en jeu l’hippocampe. En effet, une anomalie ou une lésion hippocampique provoque d’importants déficits mnésiques, touchant principalement ce type de mémoires, comme nous avons pu le voir chez certains patients amnésiques (cas du patient H.M, Scoville et Milner, 1957). Les cerveaux des patients schizophrènes présentent des anomalies cérébrales neurodéveloppementales au niveau de la zone hippocampique. Ainsi, les déficits que nous avons observés, chez les patients schizophrènes, dans cette tâche de reconnaissance avec effet d’ordre, pourraient être reliés aux lésions hippocampiques.

Le temps de réponse aux items est, comme dans la précédente expérience, non différente statistiquement entre nos deux populations (patients schizophrènes et sujets contrôles sains). Comme précédemment, cela peut signifier que les patients schizophrènes, au cours de cette épreuve, ne montrent pas de déficits attentionnels, ni motivationnels. Ils semblent donc être autant impliqués dans la tâche que les sujets contrôles sains. Chez les patients schizophrènes le temps de réponse pour donner une réponse exacte est identique à celui pour donner une réponse inexacte. Les patients schizophrènes témoignent ainsi de réelles difficultés dans la prise de décision pour répondre à un item. Ils semblent fournir un effort cognitif supérieur aux sujets contrôles sains pour répondre aux items présentés.

Les patients schizophrènes sont déficitaires dans l’établissement de l’ordre chronologique de succession des vues. Ces patients montrent des difficultés à lier les différents lieux entre eux. Cette constatation s’étend par analogie aux faits et aux événements préalablement vécus par le patient. Ainsi les patients schizophrènes présentent des déficits dans le « binding » contextuel.

TESTS D’HABILETES VISUO-SPATIALES : MRT & MPFB (tâche 5)

Nous avons évalué les habiletés visuo-spatiales des patients schizophrènes.
Pour cela nous avons utilisé deux différents tests :
- le MRT évaluant les capacités de rotation mentale, puis,
- le MPFB évaluant les capacités de visualisation spatiale des sujets.
Nous avons mis en évidence que les patients schizophrènes sont nettement déficitaires comparativement aux sujets contrôles sains, dans ces deux types de tâches : rotation mentale et visualisation spatiale (faibles performances des patients). Selon la littérature (Linn et Petersen, 1985), la rotation mentale d’objets en trois dimensions permet l’adoption de nouvelles perspectives afin d’observer les objets sous ses différents angles (Kolb et Whishaw, 1990). La visualisation spatiale, selon la littérature (Linn et Petersen, 1985), définit l’habileté d’un sujet à manipuler des informations spatiales complexes. Les patients schizophrènes semblent donc montrer des difficultés dans la manipulation d’informations spatiales complexes. Ils semblent aussi montrer des difficultés dans l’adoption de nouvelles perspectives, c'est-à-dire dans le changement de point de vue. Un changement de point de vue qui dans ce type de tâche est souvent allocentré, or, les patients schizophrènes montrent d’importantes difficultés dans la représentation allocentrée d’un environnement. Ces déficits pourraient être liés aux anomalies hippocampiques retrouvées dans le cerveau des patients schizophrènes. L’hippocampe est, en effet, selon la littérature, impliqué dans les représentations allocentrées d’un environnent ou carte cognitive. De plus, les habiletés de rotation mentale sont corrélées (données non analysées dans notre étude) avec les performances obtenues dans les tâches d’orientation ou de navigation dans un environnement généralement non familier (wayfinding). Ainsi, les performances obtenues au cours d’épreuves de wayfinding sont meilleures chez les sujets ayant des habiletés de rotation mentale supérieures, c'est-à-dire chez les sujets ayant des capacités élevées d’imageries. D’après les faibles résultats obtenus par les patients schizophrènes dans ce type de tâche, nous pouvons déduire que les patients schizophrènes ont de faibles capacités d’imageries.

Les déficits observés, dans ces deux tâches, chez les patients schizophrènes (d’après nos résultats), ne sont pas dus aux contraintes temporelles, même si celles peuvent avoir une certaine influence sur les résultats. En effet, les patients schizophrènes répondent pour un même temps donné, de 8 min, à moins d’items que les sujets contrôles sains.

Les patients schizophrènes sont donc déficitaires, comparativement aux sujets contrôles sains, dans les tâches de rotation mentale et de visualisation spatiale. Ces patients montrent des difficultés dans la représentation allocentrée d’un environnement, c'est-à-dire dans la construction des cartes cognitives.
DISCUSSION GENERALE

Les patients schizophrènes sont déficitaires dans les épreuves de navigation, principalement dans la restitution d’un trajet, quelque soit le type de restitution : description verbale ou cartographie. Pour les deux types de restitutions (descriptions et plans) seules 30 % chez les patients schizophrènes sont de bonne qualité contre 64,3 % chez les sujets contrôles sains. Généralement, les sujets qui produisent une description verbale de bonne qualité réalisent aussi une bonne cartographie de l’itinéraire (comparaison qualitative des descriptions verbales et des plans libres sujets par sujets).

Dans leurs descriptions verbales comme dans leurs cartographies libres de l’environnement préalablement visité, les patients schizophrènes comparativement aux sujets contrôles sains incluent significativement moins de repères. Ils donnent l’impression d’avoir oubliés les lieux préalablement rencontrés. Pourtant la connaissance des repères est indispensable à la connaissance du trajet, ainsi qu’à la possibilité de refaire celui-ci (Denis et Al., 1999 ; Pazzaglia et Al., 2001). Dans la tâche 3, simple reconnaissance de vues, les patients schizophrènes ne montrent aucun déficit. Ils reconnaissent les lieux préalablement visités et répondent automatiquement aux items sans difficulté apparente (temps de réponse identique à celui des sujets contrôles sains). Leurs difficultés se situent plutôt dans le rappel de souvenirs ou de lieux sans avoir une quelconque aide pour celui ci. La présentation sur photos, des lieux préalablement visités au cours du trajet, est une aide précieuse aux sujets pour le rappel de ces lieux. Les photographies servent, en effet, d’aide au rappel et orientent, d’une certaine manière, le sujet dans ses réponses. En revanche, pour une description verbale les sujets ne reçoivent aucune aide. Ils sont seuls face à leurs souvenirs. En effet, le rappel que ces patients doivent réaliser pour construire leur description verbale est un rappel totalement libre, dénué de toutes contraintes. Ils doivent, au cours de cette description, construire mentalement l’itinéraire (celui préalablement parcouru) afin de donner un enchaînement d’actions (à droite, à gauche,…) à faire et de lieux à rencontrer (premier lieu, deuxième lieu) aux tierces personnes devant refaire le trajet (Mellet et al, 2000b). Ces deux tâches, reconnaissance photos et description verbale, ne mettent donc pas en jeu les mêmes processus mnésiques ni cognitifs. En effet, au cours de l’épreuve de simple reconnaissance de lieux, les sujets n’ont aucunement besoin de se déplacer mentalement dans l’environnement préalablement visité alors que cela est nécessaire et même indispensable pour une description correcte de l’itinéraire (avec activation de toutes les zones cérébrales nécessaires à la résolution d’une telle tâche). Cette remarque sur la reconstruction mentale de l’itinéraire est aussi vérifiée pour la réalisation des plans libres de cet itinéraire. En effet, au cours de cette construction, les sujets doivent aussi mentalement naviguer dans l’environnement préalablement visité. Les sujets doivent donc revisiter mentalement le trajet en se remémorant, les repères rencontrés (chapelle, porche), les actions et leur lieu de réalisation (tourner, continuer), l’ordre séquentielle et temporelle de ces actions et de ces repères. Cette navigation mentale, selon la littérature (Mellet et Al., 2000a ; Ghaem et Al., 1997), active les mêmes zones cérébrales que celles activées en conditions réelles (navigation réelle). Même le cortex moteur (Dapraty et Al., 2005, 2003 ; Nyberg et Al., 2001) serait activé par le sujet lors de ce « voyage mental », ce qui n’est pas sans rappeler les résultats de Decety (1989 ; 1991 ; 1994) sur les neurones miroirs. Les zones activées sont principalement l’hippocampe, le parahippocampe et le cortex pariétal (Ghaem et Al., 1997) et sont fortement corrélées entre elles. L’hippocampe est impliqué dans la construction d’une représentation allocentrée de l’environnement (carte cognitive, vision en survol), le parahippocampe dans la reconnaissance et le souvenir de repères (rencontrés le long du trajet) et le cortex pariétal dans la représentation égocentrée (vision route, séquentielle) de l’environnement (Ghaem, et al., 1997 ; Mellet et al., 2002). De plus, les sujets, au cours de cette navigation mentale, pour restituer à une autre personne le trajet préalablement parcouru, doivent se mettre à la place de l’autre. Pour cela, ils doivent faire des inférences sur la demande et le comportement d’autrui. Cette capacité à faire des inférences sur le comportement d’autrui est peut-être en relation avec les capacités postulées par la « théorie de l’esprit ». Or les patients schizophrènes sont déficitaires dans certaines tâches de théorie de l’esprit (Frith, 1992 ; Sarfati et al., 2000 ; Brüne, 2005 ; Kelemen et al., 2005 ; Schenkel et al., 2005). Ils ont en effet de réelles difficultés à se mettre à la place de l’autre. Nos résultats sur la restitution du trajet pourraient confirmer cet état de fait. Les patients schizophrènes en plus de leurs déficits dans la représentation mentale de l’environnement, montreraient des difficultés à se mettre dans une optique de restitution du trajet à un autre individu.

Nous avons vu dans notre étude que les patients schizophrènes sont largement déficitaires, comparativement aux sujets contrôles sains, dans les épreuves de description verbale et de cartographie libre. Les descriptions verbales sont généralement une représentation égocentrée (type « trajet ») de l’environnement, même si celles-ci peuvent parfois être allocentrées (type « survol »). En effet, elles correspondent à une description et surtout une prescription d’actions à réaliser à un temps « t » donné et à un point précis (critique) : « tourner à droite à l’église, puis continuer tout droit… ». Elles correspondent donc à un enchaînement séquentiel d’événement (1 événement correspondant à une action spécifique). En revanche, les cartographies libres sont généralement une représentation allocentrée de l’environnement. Elles correspondent à une représentation graphique de l’environnement soit à la connaissance des relations spatiales topographiques entre les différents repères principalement les repères critiques qui permettent une bonne navigation. Les cartographies sont généralement des représentations en survol du dit environnement (vision d’un oiseau survolant l’environnement). Elles correspondent aussi à un enchaînement séquentiel d’actions, mais graphique et non verbal. Ainsi, nous pouvons conclure que les patients schizophrènes sont déficitaires dans les représentations allocentrées et égocentrées de leur environnement. Deplus, les patients schizophrènes montrent un déficit dans l’établissement de l’enchaînement séquentiel d’actions ainsi qu’une incapacité à restituer un trajet. Nous avons mesuré ce déficit grâce à la tâche 4 : reconnaissance de l’ordre de succession de vues. Dans cette expérience, les sujets devaient dire quel lieu a été rencontré en premier au cours du trajet. Pour ce faire, il fallait qu’ils aient acquis une représentation séquentielle de l’environnement visité afin de pouvoir établir un ordre chronologique entre les différents lieux. Comme attendu, les patients schizophrènes sont déficitaires. Ainsi les patients schizophrènes sont difficilement capables de rétablir les contextes spatio-temporels des actions les unes par rapport aux autres.

Les patients schizophrènes sont donc déficitaires dans l’établissement d’un ordre séquentiel d’actions ou d’événements, et dans les restitutions verbales et graphiques d’un trajet, c'est-à-dire dans la représentation mentale égocentrée et /ou allocentrée d’un environnement précis. Les patients schizophrènes sont, en plus d’être déficitaires sur la connaissance allocentrée de l’environnement, déficitaires sur la connaissance égocentrée de l’environnement, mais seulement lorsque celle-ci doit être organisée de manière séquentielle (enchaînement de l’ordre des repères). Ils ont, en fait, un trouble topographique « constructif » (Grusser et Landis, 1991). Ainsi, les patients schizophrènes auraient seulement accès à un « patchwork » de vues locales isolées sans possibilité de les relier entre elles, afin d’obtenir une vue plus globale de l’environnement (Amorim, 2004).

Les patients cérébro-lésés au niveau de l’hippocampe montrent des déficits dans leurs représentations mentales allocentrées (Abrahams et Al., 1997, 1999, Bohbot et Al., 1998). En revanche, ils ne montrent aucun déficit dans leur représentation spatiale égocentrée. Ce résultat n’est pourtant pas contradictoire avec les notres. En effet, les tests administrés par Abrahams (1997, 1999) et Bohbot (1998) à leurs patients sont différents des notres. Ces tests demandent aux patients de se souvenir de l’objet présenté et de sa localisation avec changement de point de vue : égocentré et allocentré. Dans notre expérience (navigation en condition écologique), nous ne demandons pas aux sujets de se souvenir du trajet avec un autre point de vue que celui avec lequel ils ont encodé celui-ci. Nous leur demandons juste de nous le restituer selon leur propre point de vue qui peut être allocentré (encodage de type « survol ») ou égocentré (encodage de type « trajet »). Comme le prouve nos résultats, les patients schizophrènes sont déficitaires dans les deux types de restitution du trajet (type « survol » et type « trajet »). Le déficit dans la représentation mentale égocentrée, ne viendrait pas d’un simple déficit de représentation mentale égocentrée (cela en raison des résultats d’Abrahams et Bohbot), mais d’un réel déficit à établir un ordre séquentiel et temporel de ces représentations égocentrées. La construction allocentrée d’un environnement (carte cognitive) est dépendante de l’hippocampe et de sa bonne fonctionnalité. Ainsi, les déficits dans la construction des cartes cognitives peuvent s’expliquer par les anomalies hippocampiques observées dans le cerveau des patients schizophrènes. L’implication de l’hippocampe dans la construction d’une carte cognitive de l’environnement pour s’orienter et naviguer est connue depuis de nombreuses années chez de nombreuses espèces : vertébrés, reptiles, poissons (Rodriguez et al., 2002). Son rôle croissant dans la mémoire spatiale n’est donc pas nouveau mais est une adaptation de l’évolution naturelle des espèces. Cependant, l’hippocampe n’est pas seulement impliqué dans la construction des cartes cognitives de l’environnement, mais aussi dans de nombreux processus mnésiques. Il est notamment impliqué dans les mémoires contextuelles et spatio-temporelles comme le montre les déficits observés, chez les patients schizophrènes, dans la tâche 4 et dans les tâches de restitution du trajet.

D’après notre hypothèse de départ, l’hypothèse neurodéveloppementale, les anomalies cérébrales se forment au cours du développement pré et post natal Celles-ci restent silencieuses pendant plusieurs années pour « apparaître » au cours de l’adolescence ou chez le jeune adulte. D’après Piaget et Inhelder (1947), les différents types de représentations mentales s’acquièrent chez le jeune enfant par stades. Trois stades au total selon Piaget : souvenir des repères, acquisition d’une représentation mentale type « trajet » (égocentrée) et enfin acquisition d’une représentation mentale de type « survol » (allocentrée). L’acquisition de ces représentations mentales est due à l’arrivée à maturation des zones cérébrales concernées. Les adultes ont des habiletés de mémoire allocentrique supérieures à celles des adolescents et à celles des enfants (Pine et Al., 2002) ce qui vérifie la thèse de Piaget (différents stades dans l’acquisition des différents types de représentations mentales). Les patients schizophrènes ayant des anomalies cérébrales qui se sont formées au cours du développement, nous pouvons émettre l’hypothèse que les zones cérébrales concernées (principalement l’hippocampe) dans l’acquisition d’une représentation mentale de l’environnement n’arrivent, chez eux, jamais à maturation. Cependant, malgré leurs déficits dans l’acquisition des représentations mentales de leur environnement (problème d’encodage et de restitution), les patients schizophrènes ne sont pas susceptibles de s’y perdre (comme c’est le cas chez les patients Alzheimer). En effet, selon Passini (1984), les personnes ayant une pauvre compréhension des relations spatiales peuvent naviguer dans un environnement sans se tromper de route (le plus important étant le souvenir des repères, Pazzaglia et Al., 2001).

Avoir une bonne représentation mentale de l’environnement, que celle-ci soit égocentrée ou allocentrée reste un atout majeur et indispensable dans le comportement humain journalier.
LIMITES ET PERSPECTIVES


LIMITES DE L’ETUDE

Notre étude comporte certaines limites. Certaines mesures nous auraient été utiles pour approfondir l’interprétation de nos résultats.

Des tests neuropsychologiques mesurant les fonctions cognitives, exécutives particulièrement l’attention et la mémoire à court terme auraient dû être proposé aux participants (ex : Wisconsin, Stroop…). Cela nous aurait permis d’avoir un contrôle plus objectif sur les capacités attentionnelles et motivationnelles du sujet.

Un contrôle sur la sévérité de la symptomatologie (PANSS) aurait pu être effectué. Il, nous aurait permis d’établir d’éventuelles corrélations entre la sévérité de la maladie et les pauvres performances observées. La PANSS nous aurait aussi permis d’établir d’éventuelles corrélations entre les symptômes positifs ou négatifs de la maladie avec les faibles performances observées. De plus, celle-ci ayant une partie cotation de l’attention, cela nous aurait permis d’avoir un second contrôle (en plus des tests cognitifs) sur les déficits attentionnels des patients schizophrènes testés.

Une autre limite à notre étude est la petite taille de notre population de patients schizophrènes (n = 20) par rapport aux nombres de variables étudiées. Le recrutement n’a pas toujours été facile (patients non incluables : trop âgés, refus). De plus, le recrutement des patients mineurs, schizophrènes à diagnostic précoce, a été tout particulièrement difficile. Cela, en raison de la faible prévalence dans la population générale de ce type de schizophrénie et dans la difficulté à acquérir l’accord parental


Des limites jalonnent donc notre étude. Celles-ci, est pourtant une étude particulièrement intéressante, ne serait-ce que pour son aspect pionnier. Nous sommes, en effet, les premiers à avoir étudié la navigation en condition écologique au sein d’une cité réelle chez les patients schizophrènes.

PERSPECTIVES

A la suite de cette étude, de nouvelles perspectives sont envisageables.

Tout d’abord il faudrait augmenter l’échantillon de sujets, aussi bien chez les patients schizophrènes que chez les sujets contrôles sains. Afin d’avoir des analyses statistiques plus fiables (variables trop nombreuses). De plus, la passation d’une batterie de tests neuropsychologiques serait à envisager.

Un test mesurant la mémoire de travail visuo-spatiale pourrait aussi être utilisé. Nous pourrions utiliser le test de Leiderman et Al., (2004), qui lie mémoire spatiale et reconnaissance d’objet (schéma ci-dessous).



Tâche de mémoire spatiale et de reconnaissance d’objet, selon Leiderman et Al., 2004.

Ce test met en jeu le cortex préfrontal que nous savons touché chez les patients schizophrènes. De plus les patients schizophrènes sont déficitaires dans ce type d’épreuves (Leiderman et Al., 2004). L’utilisation de ce test nous permettrait tout d’abord d’avoir un contrôle sur ce type de mémoire spatiale (mémoire de travail visuo-spatiale). Dans un second temps, il nous permettrait d’établir des corrélations entre les performances obtenues à ce type de test et celles obtenues dans nos épreuves de navigation. Ainsi nous pourrions mettre en évidence que les patients schizophrènes ayant de très faibles performances dans les tâches de mémoire de travail visuo-spatiale ont des performances plus faibles que les autres dans les tâches de navigation. Nous mettrions ainsi en évidence une forte et positive corrélation entre le cortex préfrontal et l’hippocampe, montrant que plus une région est affectée, plus l’autre l’est aussi.


Différents sous groupes au sein de notre population de patients schizophrènes pourraient être étudiés. Nous pourrions comparer les symptomatologies positives aux symptomatologies négatives. Ainsi, la question sur l’effet éventuel du type de symptomatologie (positive et négative) sur les performances des patients serait réglée. De plus, il serait particulièrement intéressant de différencier le groupe de patients schizophrènes à diagnostique précoce (âge < 16 ans) du groupe de patients « forme clinique du sujet jeune ». Cela nous permettrait de confirmer que les déficits observés chez les patients schizophrènes sont dus aux anomalies neurodéveloppementales hippocampiques (crées au cours du développement).

Des études d’imagerie (IRM) pourraient être réalisées afin de coupler les anomalies hippocampiques observées dans le cerveau des patients schizophrènes aux déficits de mémoire spatiale lors d’une épreuve de navigation observés chez ces mêmes patients. Nous pourrions ainsi coupler de l’imagerie fonctionnelle, dans un premier temps, à une épreuve de navigation virtuelle et, dans un second temps, à une épreuve de navigation mentale. Après une phase d’entraînement (habituation aux appareillages) nous ferions faire à nos participants (patients schizophrènes et sujets contrôles sains), une tâche de navigation dans un environnement virtuel. Cette tâche serait couplée à de l’imagerie fonctionnelle. Cette première phase nous permettrait de connaître très précisément (selon le réglage de l’IRM et l’épaisseur des coupes) quelles sont les zones cérébrales activées et quelle est l’étendue de cette activation. Nous ferions ensuite faire à nos sujets des tâches de navigation mentale. Ces tâches seraient, comme précédemment, couplées à de l’imagerie fonctionnelle. Les sujets devront se souvenir mentalement du trajet afin de pouvoir le décrire verbalement et / ou graphiquement (plans) à une autre personne. Ainsi ces tâches nous permettraient de connaître précisément les zones cérébrales activées et l’étendue de leur activation au cours d’une navigation mentale demandant une restitution verbale ou graphique. Des tâches de reconnaissance, comme celles que nous avons mises au point dans notre étude, pourraient être aussi mises en place en imagerie fonctionnelle. Nous pourrions ainsi contrôler l’activation des différentes zones cérébrales impliquées dans les tâches de simple reconnaissance (vu / pas vu) et de succession de vues (premier / second). Le fait de coupler ces différents épreuves à de l’imagerie fonctionnelle nous permettrait de préciser sans ambiguïté, les zones cérébrales impliqués dans de telles tâches chez les patients schizophrènes et permettrait ainsi de répondre à une partie de nos questions.
Différentes échelles pourrait être ajoutées, afin d’augmenter l’impact de nos résultats. Je préconise en premier lieu de faire passer aux participants deux échelles mesurant l’anxiété : les Spielberger Trait et Etat (STAI Y-A, Y-B) afin de déterminer l’impact du stress non pathologique sur leurs performances. En effet, le stress a pour conséquence la diminution de la mémoire spatiale. Dans ce cas, la STAI Traits serait passée en même temps que le MINI, la STAI Etat serait passée avant l’épreuve de navigation, avant les épreuves post navigationelles (après la navigation) et à la fin de l’expérience (après les tests mesurant les habiletés visuo-spatiales). Ces passations nous permettraient d’avoir un contrôle sur l’anxiété, Trait et Etat, du sujet et de pouvoir établir une corrélation entre cette anxiété et les performances obtenues.Une échelle spatiale (Pazzaglia et Al., 2000, 2001 ; questionnaires version 2000 en annexe) serait particulièrement intéressante à faire passer aux sujets. Cette échelle spatiale permet de connaître quel type de représentation mentale est utilisé par les sujets. Les sujets ont-ils une représentation de l’environnement en survol, de type trajet ou centré sur les points de repères. Cette passation nous permettrait de diviser nos participants, sujets contrôles sains et patients schizophrènes, en 3 sous groupes : survol, trajet, repères. Ainsi nous pourrions établir d’éventuelles corrélations entre le type de représentation mentale utilisé et les performances obtenues. De plus, nous connaîtrions ainsi la manière dont les patients schizophrènes se représentent leur environnement. Le type de représentation (survol, trajet, repères) utilisé par les patients est il significativement différent de celui des sujets contrôles sains ? Peut-il expliquer les faibles performances de ces patients ?

Les expériences présentées dans notre étude devraient être réalisées sur d’autres populations psychiatriques afin de déduire si les basses performances observées chez les patients schizophrènes sont spécifiques de la pathologie. Pour cela, je préconise tout d’abord une population de dépressifs. Les dépressifs présentent en effet des déficits cognitifs, attentionnels et mnésiques analogues à ceux retrouvés dans la schizophrénie. De plus, au niveau cérébral, des anomalies hippocampiques sont retrouvées comme dans le cerveau des patients schizophrènes à la différence que celles-ci sont transitoires et réversibles. Une population de schizotypiques (troubles de la personnalité, selon les critères diagnostiques du DSM IV) pourrait aussi être testée. Nous avons vu que des différences significatives existaient entre les performances des sujets contrôles sains et celles des patients schizophrènes. Il serait maintenant intéressant d’examiner une population se située à mi-parcours entre le normal et le pathologique (les schizotypiques ayant des symptômes équivalents aux patients schizophrènes, mais beaucoup moins marqués).
CONCLUSION

Au cours de ces travaux, nous avons évalué la mémoire visuo-spatiale des patients schizophrènes comparés à une population de sujets contrôles sains lors d’une tâche de navigation en condition écologique et d’épreuves post-navigationelles. Les participants devaient parcourir un trajet au sein du parc de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Ce trajet (10 min à marche normale) avait pour particularité de faire une boucle (point de départ identique au pont d’arrivée mais du côté opposé du bâtiment) et comprenait un changement de niveau (prise des escaliers). A la suite de ce trajet (au cours duquel les sujets avaient pour seule consigne d’être attentif), nous posions diverses questions aux sujets. Ceux-ci devaient décrire verbalement et réaliser un plan libre de l’itinéraire (rappel libre), retracer le trajet sur un plan de l’hôpital (rappel indicé) et répondre à différents items (tâches de reconnaissances avec et sans effet d’ordre). Après analyse des résultats, nous avons pu conclure que les patients schizophrènes étaient déficitaires sur de nombreux points comparativement aux sujets contrôles sains. Leurs descriptions verbales sont plutôt descriptives que prescriptives et leurs plans sont pauvres en informations. Ainsi ni leurs plans ni leurs descriptions ne sont de bonnes aides à la navigation. Ils sont aussi déficitaires dans les tâches de chronologie temporelle (tâche de reconnaissance avec effet d’ordre). En effet, se souvenir de l’ordre de succession de vues, donc par analogie de l’enchaînement de faits et d’évènements vécus, est particulièrement difficile pour ce type de patients. En revanche, ils ne sont pas déficitaires dans la perception et la reconnaissance de scènes spatiales présentées sous forme visuelle (tâches de reconnaissance sans effet d’ordre). Ils peuvent donc se souvenir de faits ou d’évènements indépendants mais ont des difficultés à les relier entre eux afin de former un continuum mnésique. Plus que leur mémoire épisodique il semble que ce soit leur mémoire spatio-temporelle qui soit touchée et plus précisément la possibilité d’établir des liens contextuels. Ces déficits pourraient correspondre aux conséquences fonctionnelles des anomalies cérébrales retrouvées chez ces patients. Parmi les zones candidates issues des études post mortem et en imagerie figurent notamment l’hippocampe, le parahippocampe, le cortex enthorhinal et le cortex pariétal. Ces zones sont fortement impliquées dans les phénomènes de liaison spatio-temporelle et contextuelle. Ainsi, nous supposons que ce sont les anomalies hippocampiques, survenant au cours du développement (anomalies neurodéveloppementales) du fœtus et du jeune enfant, qui pourraient provoquer de tels déficits.

Cette étude, malgré son caractère innovant, comporte bien sur certaines limites (développées dans le chapitre précédent), mais ouvre de nombreuses perspectives pour l’avenir, aussi bien pour la recherche clinique fondamentale et expérimentale que pour la future qualité de vie des patients schizophrènes (réhabilitation des mécanismes contextuels de la mémoire épisodique).
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ANNEXES



ECHELLES et QUESTIONNAIRES

MINI

BPRS

Spatialité (Pazzaglia et Al., 2000)


TESTS D’HABILETE VISUO-SPATIALE

MRT

MPFB


DIVERS

Rappel des sigles utilisés pour les expériences de description verbale et de cartographie libre



M.I.N.I.
Mini International Neuropsychiatric Interview
French Version 5.0.0

DSM-IV




Y. Lecrubier, E. Weiller, T. Hergueta, P. Amorim, L.I. Bonora, J.P. Lépine
Hôpital de la Salpétrière - Paris - FRANCE.

D. Sheehan, J. Janavs, R. Baker, K.H. Sheehan, E. Knapp, M. Sheehan
University of South Florida - Tampa - USA.


© 1992, 1994, 1998 Sheehan DV & Lecrubier Y.

Tous droits réservés. Ce document ne doit être reproduit, tout ou partie, ou transmis, quelle que soit la forme, y compris les photocopies, ni stocké sur système informatique sans une autorisation écrite préalable des auteurs. Les chercheurs et les cliniciens travaillant dans des institutions publiques (comme les universités, les hôpitaux, les organismes gouvernementaux) peuvent faire de simples copies du M.I.N.I. afin de l’utiliser dans le cadre strict de leurs activités cliniques et de recherches
Nom du Patient : ____________________Protocole Numéro : _____________________Date de Naissance: ____________________Heure de Début : _____________________Entretien Réalisé Par : ____________________Heure de Fin : _____________________Date de l’Entretien : ____________________Durée Totale : _____________________
M.I.N.I. 5.0.0 / French version / DSM-IV / current


MODULESPERIODES EXPLOREESA. EPISODE DEPRESSIF MAJEURActuelle (2 dernières semaines) + Vie entièreA’. EDM avec caractéristiques mélancoliquesActuelle (2 dernières semaines)OptionnelB. DYSTHYMIEActuelle (2 dernières années)C. RISQUE SUICIDAIREActuelle (mois écoulé)D. EPISODE (HYPO-)MANIAQUEActuelle + Vie entièreE. TROUBLE PANIQUEActuelle (mois écoulé) + Vie entièreF. AGORAPHOBIEActuelleG. PHOBIE SOCIALEActuelle (mois écoulé)H. TROUBLE OBSESSIONNEL COMPULSIFActuelle (mois écoulé)I. ETAT DE STRESS POST-TRAUMATIQUEActuelle (mois écoulé)OptionnelJ. ALCOOL (DEPENDANCE /ABUS)Actuelle (12 derniers mois)K. DROGUES (DEPENDANCE /ABUS)Actuelle (12 derniers mois)L. TROUBLES PSYCHOTIQUESActuelle + Vie entièreM. ANOREXIE MENTALEActuelle (3 derniers mois)N. BOULIMIEActuelle (3 derniers mois)O. ANXIETE GENERALISEEActuelle (6 derniers mois)P. TROUBLE DE LA PERSONNALITE ANTISOCIALEVie entièreOptionnel INSTRUCTIONS GENERALES

Le M.I.N.I. (DSM-IV) est un entretien diagnostique structuré, d’une durée de passation brève (moyenne 18,7 min. ( 11,6 min.; médiane 15 minutes), explorant de façon standardisée, les principaux Troubles psychiatriques de l’Axe I du DSM-IV (American Psychiatric Association, 1994). Le M.I.N.I. peut être utilisé par des cliniciens, après une courte formation. Les enquêteurs non-cliniciens, doivent recevoir une formation plus intensive.

Entretien :
Afin de réduire le plus possible la durée de l’entretien, préparez le patient à ce cadre clinique inhabituel en lui indiquant que vous allez lui poser des questions précises sur ses problèmes psychologiques et que vous attendez de lui / d’elle des réponses en oui ou non.

Présentation :
Le M.I.N.I. est divisé en modules identifiées par des lettres, chacune correspondant à une catégorie diagnostique.
Au début de chacun des modules (à l'exception du module « Syndromes psychotiques »), une ou plusieurs question(s) / filtre(s) correspondant aux critères principaux du trouble sont présentées dans un cadre grisé.
A la fin de chaque module, une ou plusieurs boîtes diagnostiques permet(tent) au clinicien d’indiquer si les critères diagnostiques sont atteints.

Conventions :
Les phrases écrites en « lettres minuscules » doivent être lues "mot-à-mot" au patient de façon à standardiser l'exploration de chacun des critères diagnostiques.
Les phrases écrites en « majuscules » ne doivent pas être lues au patient. Ce sont des instructions auxquelles le clinicien doit se référer de façon à intégrer tout au long de l'entretien les algorithmes diagnostiques.
Les phrases écrites en « gras » indiquent la période de temps à explorer. Le clinicien est invité à les lire autant de fois que nécessaire au cours de l'exploration symptomatique et à ne prendre en compte que les symptômes ayant été présentés au cours de cette période.
Les phrases entre (parenthèses ) sont des exemples cliniques décrivant le symptôme évalué. Elles peuvent être lues de manière à clarifier la question.
Lorsque des termes sont séparés par un slash (/), le clinicien est invité à ne reprendre que celui correspondant au symptôme présenté par le patient et qui a été exploré précédemment (par ex. question A3).
Les réponses surmontées d'une flèche ( ( ) indiquent que l'un des critères nécessaires à l'établissement du diagnostic exploré n'est pas atteint. Dans ce cas, le clinicien doit aller directement à la fin du module, entourer « NON » dans la ou les boîtes diagnostiques correspondantes et passer au module suivant.

Instructions de cotation :
Toutes les questions posées doivent être cotées. La cotation se fait à droite de chacune des questions en entourant, soit OUI, soit NON en fonction de la réponse du patient.
Le clinicien doit s'être assuré que chacun des termes formulés dans la question ont bien été pris en compte par le sujet dans sa réponse (en particulier, les critères de durée, de fréquence, et les alternatives "et / ou").
Les symptômes imputables à une maladie physique, ou à la prise de médicaments, de drogue ou d’alcool ne doivent pas être côtés OUI. Le M.I.N.I. Plus qui est une version plus détaillée du M.I.N.I. explore ces différents aspects.

Si vous avez des questions ou des suggestions, si vous désirez être formé à l’utilisation du M.I.N.I. ou si vous voulez être informés des mises à jour, vous pouvez contacter :

Yves LECRUBIER / Thierry HERGUETA
Inserm U302
Hôpital de la Salpétrière
47, boulevard de l’Hôpital
F. 75651 PARIS
FRANCE

tel : +33 (0) 1 42 16 16 59
fax : +33 (0) 1 45 85 28 00
e-mail : hergueta@ext.jussieu.frDavid SHEEHAN
University of South Florida
Institute for Research in Psychiatry
3515 East Fletcher Avenue
Tampa, FL USA 33613-4788


ph : +1 813 974 4544
fax : +1 813 974 4575
e-mail : dsheehan@com1.med.usf.edu
A. EPISODE DEPRESSIF MAJEUR


A1
Au cours des deux dernières semaines, vous êtes-vous senti(e) particulièrement triste, cafardeux(se), déprimé(e), la plupart du temps au cours de la journée, et ce, presque tous les jours ?



NON


OUI


1
A2
Au cours des deux dernières semaines, aviez-vous presque tout le temps le sentiment de n’avoir plus goût à rien, d’avoir perdu l’intérêt ou le plaisir pour les choses qui vous plaisent habituellement ?



NON


OUI


2
A1 OU A2 SONT-ELLES COTEES OUI ?
(
NON
OUIA3Au cours de ces deux dernières semaines, lorsque vous vous sentiez déprimé(e) et/ou sans intérêt pour la plupart des choses : aVotre appétit a-t-il notablement changé, ou avez-vous pris ou perdu du poids sans en avoir l’intention ? (variation au cours du mois de ± 5 %, c. à d. ± 3,5 kg / ± 8 lbs., pour une personne de 65 kg / 120 lbs.) 
Coter OUI, si OUI à l’un ou l’autre

NON

OUI

3
b
Aviez-vous des problèmes de sommeil presque toutes les nuits (endormissement, réveils nocturnes ou précoces, dormir trop)?

NON

OUI

4
c
Parliez-vous ou vous déplaciez-vous plus lentement que d’habitude, ou au contraire vous sentiez-vous agité(e), et aviez-vous du mal à rester en place, presque tous les jours ?


NON


OUI


5
d
Vous sentiez-vous presque tout le temps fatigué(e), sans énergie, et ce presque tous les jours ?

NON

OUI

6
e
Vous sentiez-vous sans valeur ou coupable, et ce presque tous les jours ?
NON
OUI
7
f
Aviez-vous du mal à vous concentrer ou à prendre des décisions, et ce presque tous les jours ?

NON

OUI

8
g
Avez-vous eu à plusieurs reprises des idées noires comme penser qu’il vaudrait mieux que vous soyez mort(e), ou avez-vous pensé à vous faire du mal ?


NON


OUI


9A4Y A-T-IL AU MOINS 3 OUI EN A3 ?
(ou 4 si A1 OU A2 EST COTEE NON)

Si le patient présente un Episode Dépressif Majeur Actuel :
 NON OUI
EPISODE DEPRESSIF MAJEUR ACTUEL
A5 a



bAu cours de votre vie, avez-vous eu d’autres périodes de deux semaines ou plus durant lesquelles vous vous sentiez déprimé(e) ou sans intérêt pour la plupart des choses et où vous aviez les problèmes dont nous venons de parler ?

Cette fois ci, avant de vous sentir déprimé(e) et/ou sans intérêt pour la plupart des choses, vous sentiez-vous bien depuis au moins deux mois ?

(
NON


NON


OUI


OUI


10


11

A5b EST-ELLE COTEE OUI ? NON OUI
EPISODE DEPRESSIF MAJEUR PASSE
 A’. Episode Dépressif Majeur avec caractéristiques mélancoliques (option)
Si le patient présente un Episode Dépressif Majeur Actuel (A4 = OUI), explorer ci-dessous :


A6 a
A2 EST-ELLE COTEE OUI ?
NON
OUI
12
b
Au cours de cette dernière période, lorsque vous vous sentiez le plus mal, aviez-vous perdu la capacité à réagir aux choses qui vous plaisaient ou qui vous rendaient joyeux(se) auparavant ?
Si NON : Lorsque quelque chose d’agréable survenait, étiez vous incapable de vous en réjouir, même temporairement ?


NON


OUI


13
A6a ou A6b SONT-ELLES COTEES OUI
(
NON
OUIAu cours des deux dernières semaines, lorsque vous vous sentiez déprimé(e) et sans intérêt pour la plupart des choses :
A7 aLes sentiments dépressifs que vous ressentiez étaient-ils différents de ceux que l’on peut ressentir lorsque l’on perd un être cher ?

NON
OUI
14
 bVous sentiez-vous, en général, plus mal le matin que plus tard dans la journée ?
NON
OUI

15 cVous réveilliez-vous au moins deux heures trop tôt, en ayant des difficultés à vous rendormir, presque tous les jours?

NON
OUI

16 dA3c EST ELLE COTEE OUI ?NONOUI
17 eA3a EST-ELLE COTEE OUI (Anorexie ou Perte de poids) ?NONOUI
18 fVous sentiez-vous excessivement coupable ou ressentiez-vous une culpabilité qui était hors de proportion avec ce que vous viviez ?
NON
OUI

19
Y A-T-IL AU MOINS 3 OUI EN A7 ?
NON OUI

EPISODE DEPRESSIF MAJEUR
avec Caractéristiques Mélancoliques
ACTUEL
 B. DYSTHYMIE

Ne pas explorer ce module si le patient présente un Episode Dépressif Majeur Actuel


B1
Au cours des deux dernières années, vous êtes-vous senti(e) triste, cafardeux(se), déprimé(e), la plupart du temps ?

(
NON

OUI

20
B2
Durant cette période, vous est-il arrivé de vous sentir bien pendant plus de deux mois ?

NON
(
OUI

21
B3
Depuis que vous vous sentez déprimé(e) la plupart du temps :
a
Votre appétit a-t-il notablement changé ?
NON
OUI
22
b
Avez-vous des problèmes de sommeil ou dormez-vous trop ?
NON
OUI
23
c
Vous sentez-vous fatigué(e) ou manquez-vous d’énergie ?
NON 
OUI
24
d
Avez-vous perdu confiance en vous-même ?
NON
OUI
25
e
Avez-vous du mal à vous concentrer, ou des difficultés à prendre des décisions ?

NON

OUI

26
f
Vous arrive-t-il de perdre espoir ?
NON
OUI
27

Y A-T-IL AU MOINS 2 OUI EN B3 ?
(
NON

OUI

B4


Ces problèmes entraînent-ils chez vous une souffrance importante ou bien vous gênent-ils de manière significative dans votre travail, dans vos relations avec les autres ou dans d’autres domaines importants pour vous?



(
NON



OUI



28

B4 EST-ELLE COTEE OUI ?



NON OUI

DYSTHYMIE
ACTUEL



C. RISQUE SUICIDAIRE

Au cours du mois écoulé, avez-vous :
C1
Pensé qu’il vaudrait mieux que vous soyez mort(e), ou souhaité être mort(e) ?

NON

OUI

1
C2
Voulu vous faire du mal ?
NON
OUI
2
C3
Pensé à vous suicider ?
NON
OUI
3
C4
Etabli la façon dont vous pourriez vous suicider ?
NON
OUI
4
C5
Fait une tentative de suicide ?
NON
OUI
5


C6
Au cours de votre vie,

Avez-vous déjà fait une tentative de suicide ?



NON


OUI


6

Y A-T-IL AU MOINS UN OUI CI-DESSUS


Si OUI, spécifier le niveau du risque suicidaire comme si dessous :

C1 ou C2 ou C6 = OUI : LEGER
C3 ou (C2 + C6) = OUI : MOYEN
C4 ou C5 ou (C3 + C6) = OUI : ELEVE
NON OUI

RISQUE SUICIDAIRE
ACTUEL

Léger (
Moyen (
Elevé (

D. EPISODE (HYPO-)MANIAQUE


D1 a
Avez-vous déjà eu une période où vous vous sentiez tellement exalté(e) ou plein(e) d’énergie que cela vous a posé des problèmes, ou que des personnes de votre entourage ont pensé que vous n’étiez pas dans votre état habituel ?
Ne pas prendre en compte les périodes survenant uniquement sous l’effet de drogues ou d’alcool.
Si le patient ne comprend pas le sens d’exalté ou plein d’énergie, expliquer comme suit : Par exalté ou plein d’énergie, je veux dire être excessivement actif, excité, extrêmement motivé ou créatif ou extrêmement impulsif.

Si OUI


NON


OUI


1 bVous sentez-vous, en ce moment, exalté(e) ou plein(e) d’énergie ?NONOUI2
D2 a
Avez-vous déjà eu une période où vous étiez tellement irritable que vous en arriviez à insulter les gens, à hurler, voire même à vous battre avec des personnes extérieures à votre famille ?
Ne pas prendre en compte les périodes survenant uniquement sous l’effet de drogues ou d’alcool.

Si OUI


NON


OUI


3 bVous sentez-vous excessivement irritable, en ce moment ?NONOUI4


D1a OU D2a SONT-ELLES COTEES OUI ?

(
NON

OUI

D3
Si D1b ou D2b = OUI : explorer seulement l’épisode actuel
Si D1b et D2b = NON : explorer l’épisode le plus grave

Lorsque vous vous sentiez exalté(e), plein d’énergie / irritable :
a
Aviez-vous le sentiment que vous auriez pu faire des choses dont les autres seraient incapables, ou que vous étiez quelqu’un de particulièrement important ?


NON


OUI


5
b
Aviez-vous moins besoin de sommeil que d’habitude (vous sentiez-vous reposé(e) après seulement quelques heures de sommeil ?)

NON

OUI

6
c
Parliez-vous sans arrêt ou si vite que les gens avaient du mal à vous comprendre ?

NON

OUI

7
d
Vos pensées défilaient-elles si vite dans votre tête que vous ne pouviez pas bien les suivre ?

NON

OUI

8
e
Etiez-vous si facilement distrait(e) que la moindre interruption vous faisait perdre le fil de ce que vous faisiez ou pensiez ?

NON

OUI

9
f
Etiez-vous tellement actif(ve), ou aviez-vous une telle activité physique, que les autres s’inquiétaient pour vous ?

NON

OUI

10

g
Aviez-vous tellement envie de faire des choses qui vous paraissaient agréables ou tentantes que vous aviez tendance à en oublier les risques ou les difficultés qu’elles auraient pu entraîner (faire des achats inconsidérés, conduire imprudemment, avoir une activité sexuelle inhabituelle) ?



NON



OUI



11

Y A-T-IL AU MOINS 3 OUI EN D3
ou 4 si D1a = NON (épisode passe) ou D1b = NON (épisode actuel) ?
(
NON

OUI
D4 
Les problèmes dont nous venons de parler ont-ils déjà persisté pendant au moins une semaine et ont-ils entraîné des difficultés à la maison, au travail/à l’école ou dans vos relations avec les autres
ou avez-vous été hospitalisé(e) à cause de ces problèmes ?
Coter OUI, si OUI à l’un ou l’autre



NON



OUI



12

D4 EST-ELLE COTEE NON ?




Si OUI, Spécifier si l’épisode explore est Actuel ou Passé

NON OUI

EPISODE HYPOMANIAQUE

ACTUEL  PASSE 

D4 EST-ELLE COTEE OUI ?




Si OUI, Spécifier si l’épisode explore est Actuel ou Passé

NON OUI

EPISODE MANIAQUE

ACTUEL  PASSE 


E. TROUBLE PANIQUE


E1 
Avez-vous déjà eu à plusieurs reprises des crises ou des attaques durant lesquelles vous vous êtes senti(e) subitement très anxieux(se), très mal à l’aise ou effrayé(e) même dans des situations où la plupart des gens ne le seraient pas ? Ces crises atteignaient-elles leur paroxysme en moins de 10 minutes ?
Ne coter OUI que si les attaques atteignent leur paroxysme en moins de 10 minutes





NON




OUI




1

E2Si E1 = NON, entourer NON en E5, et passer directement à F1

Certaines de ces crises, même il y a longtemps, ont-elles été imprévisibles, ou sont-elles survenues sans que rien ne les provoque ?


NON


OUI


2


E3
Si E2 = NON, entourer NON en E5, et passer directement à F1

A la suite de l’une ou plusieurs de ces crises, avez-vous déjà eu une période d’au moins un mois durant laquelle vous redoutiez d’avoir d’autres crises ou étiez préoccupé(e) par leurs conséquences possibles ?




NON




OUI




3


E4
Si E3 = NON, entourer NON en E5, et passer directement à F1

Au cours de la crise où vous vous êtes senti(e) le plus mal : aAviez vous des palpitations ou votre cœur battait-il très fort ?NONOUI4 bTranspiriez-vous ou aviez-vous les mains moites ?NONOUI5 cAviez-vous des tremblements ou des secousses musculaires ?NONOUI6 dAviez-vous du mal à respirer ou l’impression d’étouffer ?NONOUI7 eAviez-vous l’impression de suffoquer ou d’avoir une boule dans la gorge ?NONOUI8 fRessentiez-vous une douleur ou une gêne au niveau du thorax?NONOUI9 gAviez-vous la nausée, une gêne au niveau de l’estomac ou une diarrhée soudaine ?
NON
OUI
10 hVous sentiez-vous étourdi(e), pris(e) de vertiges, ou sur le point de vous évanouir ?
NON
OUI
11 iAviez-vous l’impression que les choses qui vous entouraient étaient étranges ou irréelles ou vous sentiez-vous comme détaché(e) de tout ou d’une partie de votre corps ?

NON

OUI

12 jAviez-vous peur de perdre le contrôle ou de devenir fou (folle)?NONOUI13 kAviez-vous peur de mourir ?NONOUI14 lAviez-vous des engourdissements ou des picotements ?NONOUI15 mAviez-vous des bouffées de chaleur ou des frissons ?NONOUI16
E5
Y A-T-IL AU MOINS 4 OUI EN E4 ?
NON
OUISi E5 = NON, passer à E7Trouble Panique
Vie entièreE6Au cours du mois écoulé, avez-vous eu de telles crises à plusieurs reprises (au moins 2 fois) en ayant constamment peur d’en avoir une autre ?
NON
OUI
17Si E6 = OUI, passer à F1Trouble Panique
Actuel
E7
Y A-T-IL 1, 2 ou 3 OUI EN E4 ?
NON
OUI
18Attaques
Paucisymptomatiques vie entière F. AGORAPHOBIE


F1
Etes-vous anxieux(se) ou particulièrement mal à l'aise dans des endroits ou dans des situations dont il est difficile ou gênant de s'échapper ou bien où il serait difficile d'avoir une aide si vous paniquiez, comme être dans une foule, dans une file d’attente (une queue), être loin de votre domicile ou seul à la maison, être sur un pont, dans les transports en commun ou en voiture ?





NON





OUI





19

Si F1 = NON, entourer non en F2

F2

Redoutez-vous tellement ces situations qu’en pratique vous les évitez ou bien êtes-vous extrêmement mal à l’aise lorsque vous les affrontez seul(e) ou bien encore essayez-vous d’être accompagné(e) lorsque vous devez les affronter ?



NON



OUI



20Agoraphobie
Actuel



F2 (Agoraphobie actuel) EST-ELLE COTEE NON
et
E6 (Trouble panique actuel) EST-ELLE COTEE OUI ?

NON OUI

TROUBLE PANIQUE
sans Agoraphobie
ACTUEL


F2 (Agoraphobie actuel) EST-ELLE COTEE OUI
et
E6 (Trouble panique actuel) EST-ELLE COTEE OUI ?

NON OUI

TROUBLE PANIQUE
avec Agoraphobie
ACTUEL


F2 (Agoraphobie actuel) EST-ELLE COTEE OUI
et
E5 (Trouble panique Vie entière) EST-ELLE COTEE NON ?

NON OUI

AGORAPHOBIE
sans antécédents de
Trouble Panique
ACTUEL
 G. PHOBIE SOCIALE


G1
Au cours du mois écoulé, avez-vous redouté ou avez-vous été gêné d’être le centre de l’attention ou avez-vous eu peur d’être humilié(e) dans certaines situations sociales comme par exemple lorsque vous deviez prendre la parole devant un groupe de gens, manger avec des gens ou manger en public, ou bien encore écrire lorsque l’on vous regardait ?





(
NON




OUI




1

G2

Pensez-vous que cette peur est excessive ou déraisonnable ?
(
NON

OUI

2
G3

Redoutez-vous tellement ces situations qu’en pratique vous les évitez ou êtes-vous extrêmement mal à l’aise lorsque vous devez les affronter ?

(
NON

OUI


3
G4
Cette peur entraîne-t-elle chez vous une souffrance importante ou vous gêne-t-elle vraiment dans votre travail ou dans vos relations avec les autres ?


NON

OUI

4

G4 EST-ELLE COTEE OUI ?
NON OUI

PHOBIE SOCIALE
ACTUEL
 H. TROUBLE OBSESSIONNEL COMPULSIF


H1
Au cours du mois écoulé, avez-vous souvent eu des pensées ou des pulsions déplaisantes, inappropriées ou angoissantes qui revenaient sans cesse alors que vous ne le souhaitiez pas, comme par exemple penser que vous étiez sale ou que vous aviez des microbes, ou que vous alliez frapper quelqu’un malgré vous, ou agir impulsivement ou bien encore étiez-vous envahi(e) par des obsessions à caractère sexuel, des doutes irrépressibles ou un besoin de mettre les choses dans un certain ordre ?







NON






OUI






1
Ne pas prendre en compte des préoccupations excessives concernant les problèmes de la vie quotidienne ni les obsessions liées à un Trouble du comportement alimentaire, a des déviations sexuelles, au Jeu pathologique, ou à un Abus de drogue ou d’alcool parce que le patient peut en tirer un certain plaisir et vouloir y résister seulement à cause de leurs conséquences négatives



H2
Si H1 = NON, passer à H4

Avez-vous essayé, mais sans succès, de résister à certaines de ces idées, de les ignorer ou de vous en débarrasser ?

Si H2 = NON, passer à H4



NON




OUI



2
H3
Pensez-vous que ces idées qui reviennent sans cesse sont le produit de vos propres pensées et qu’elles ne vous sont pas imposées de l’extérieur ?


NON


OUI

3

H4
Au cours du mois écoulé, avez-vous souvent éprouvé le besoin de faire certaines choses sans cesse, sans pouvoir vous en empêcher, comme vous laver les mains, compter, vérifier des choses, ranger, collectionner, ou accomplir des rituels religieux ?




NON




OUI




4

H3 OU H4 SONT-ELLES COTEES OUI ?
(
NON

OUI


H5
Pensez-vous que ces idées envahissantes et/ou ces comportements répétitifs sont déraisonnables, absurdes, ou hors de proportion ?
(
NON

OUI

5
H6
Ces pensées ou ces pulsions envahissantes et/ou ces comportements répétitifs vous gênent-ils(elles) vraiment dans vos activités quotidiennes, votre travail, ou dans vos relations avec les autres, ou vous prennent-ils (elles) plus d’une heure par jour ?



NON



OUI



6
H6 EST-ELLE COTEE OUI ?
NON OUI

TROUBLE OBSESSIONNEL-COMPULSIF
ACTUEL
 I. ETAT DE STRESS POST-TRAUMATIQUE (option)


I1
Avez-vous déjà vécu, ou été le témoin ou eu à faire face à un événement extrêmement traumatique, au cours duquel des personnes sont mortes ou vous-même et/ou d’autres personnes ont été menacées de mort ou ont été grièvement blessées ou ont été atteintes dans leur intégrité physique ?
Ex de contextes traumatiques : accident grave, agression, viol, attentat, prise d’otages, kidnapping, incendie, découverte de cadavre, mort subite dans l’entourage, guerre, catastrophe naturelle... 



(
NON



OUI



1
I2
Au cours du mois écoulé, avez-vous souvent pensé de façon pénible à cet événement, en avez-vous rêvé, ou avez-vous eu fréquemment l’impression de le revivre ?


(
NON


OUI


2

I3
Au cours du mois écoulé :
 aAvez-vous essayé de ne plus penser à cet événement ou avez-vous évité tout ce qui pouvait vous le rappeler ?
NON
OUI
3 bAviez-vous du mal à vous souvenir exactement de ce qu’il s’est passé ?NONOUI4 cAviez-vous perdu l’intérêt pour les choses qui vous plaisaient auparavant ?NONOUI5 dVous sentiez-vous détaché(e) de tout ou aviez-vous l’impression d’être devenu(e) un (une) étranger(ère) vis à vis des autres ?
NON
OUI
6 eAviez-vous des difficultés à ressentir les choses, comme si vous n’étiez plus capable d’aimer ?
NON
OUI
7 fAviez-vous l’impression que votre vie ne serait plus jamais la même, que vous n’envisageriez plus l’avenir de la même manière ?
NON
OUI
8
Y A-T-IL AU MOINS 3 OUI EN I3 ?(
NON
OUI
I4
Au cours du mois écoulé : aAviez-vous des difficultés à dormir ?NONOUI9 bEtiez-vous particulièrement irritable, vous mettiez-vous facilement en colère ?
NON
OUI
10 cAviez-vous des difficultés à vous concentrer ?NONOUI11 dEtiez-vous nerveux(se), constamment sur vos gardes ?NONOUI12 eUn rien vous faisait-il sursauter ?NONOUI13
Y A-T-IL AU MOINS 2 OUI EN I4 ?
(
NON
OUI
I5Au cours du mois écoulé, ces problèmes vous ont-ils vraiment gêné dans votre travail, vos activités quotidiennes ou dans vos relations avec les autres ?

NON

OUI

14
I5 EST-ELLE COTEE OUI ?
NON OUI

ETAT DE STRESS POSTTRAUMATIQUE ACTUEL
 J. DEPENDANCE ALCOOLIQUE / ABUS D’ALCOOL


J1
Au cours des 12 derniers mois, vous est-il arrivé à plus de trois reprises de boire, en moins de trois heures, plus que l’équivalent d’une bouteille de vin (ou de 3 verres d’alcool fort) ?



(
NON


OUI


1
J2

a
Au cours des 12 derniers mois :

Aviez-vous besoin de plus grandes quantités d’alcool pour obtenir le même effet qu’auparavant ?



NON



OUI



2
b
Lorsque vous buviez moins, vos mains tremblaient-elles, transpiriez-vous ou vous sentiez-vous agité(e) ?
Ou, vous arrivait-il de prendre un verre pour éviter d’avoir ces problèmes ou pour éviter d’avoir la « gueule de bois » ?
Coter OUI, si OUI à l’un ou l’autre



NON



OUI



3
c
Lorsque vous buviez, vous arrivait-il souvent de boire plus que vous n’en aviez l’intention au départ ?

NON

OUI

4
d
Avez-vous essayé, sans pouvoir y arriver, de réduire votre consommation ou de ne plus boire ? 

NON

OUI

5
e
Les jours où vous buviez, passiez-vous beaucoup de temps à vous procurer de l’alcool, à boire ou à vous remettre des effets de l’alcool ?

NON

OUI

6
f
Avez-vous réduit vos activités (loisirs, travail, quotidiennes) ou avez-vous passé moins de temps avec les autres parce que vous buviez ?

NON

OUI

7
g
Avez-vous continué à boire tout en sachant que cela entraînait chez vous des problèmes de santé ou des problèmes psychologiques ?

NON

OUI

8


Y A-T-IL AU MOINS 3 OUI EN J2 ?


NON OUI

DEPENDANCE ALCOOLIQUE
ACTUEL
 
LE PATIENT PRESENTE-T-IL UNE DEPENDANCE ALCOOLIQUE ?


NON
(
OUIJ3Au cours des 12 derniers mois :
 aAvez-vous été à plusieurs reprises ivre ou avec la « gueule de bois » alors que vous aviez des choses à faire au travail (/à l’école) ou à la maison ? Cela a-t-il posé des problèmes ?
ne coter OUI que si cela a cause des problèmes

NON

OUI

9

b
Vous est-il arrivé d’être sous l’effet de l’alcool dans une situation où cela était physiquement risqué comme conduire, utiliser une machine ou un instrument dangereux, faire du bateau, etc. ?


NON


OUI


10
c
Avez-vous eu des problèmes légaux parce que vous aviez bu comme une interpellation ou une condamnation ?

NON

OUI

11
d
Avez-vous continué à boire tout en sachant que cela entraînait des problèmes avec votre famille ou votre entourage ?

NON

OUI

12

Y A-T-IL AU MOINS 1 OUI EN J3 ?


NON OUI

ABUS D’ALCOOL
ACTUEL
 CARTE DES SUBSTANCES

AMPHETAMINEESSENCEMORPHINECANNABISETHERNEIGECAPTAGONFEUILLE DE COCAOPIUMCATOVITHASCHICHPALFIUMCOCAÏNEHEROÏNERITALINECODEINEL.S.D.SHITCOLLEMARIJUANATEMGESICCRACKMESCALINETOLUENEECSTASYMETHADONETRICHLORETHYLENE


M.I.N.I.
K. TROUBLES LIES A UNE SUBSTANCE (NON ALCOOLIQUE)


K1

Maintenant je vais vous montrer / vous lire (montrer la carte des substances / lire la liste ci-dessous), une liste de drogues et de médicaments et vous allez me dire si au cours des 12 derniers mois, il vous est arrivé à plusieurs reprises de prendre l’un de ces produits dans le but de planer, de changer votre humeur ou de vous « défoncer » ?




(
NON




OUI





Entourer chaque produit consommé :

Stimulants : amphétamines, « speed », Ritaline, pilules coupe-faim.
Cocaïne : cocaïne, « coke », crack, « speedball ».
Opiacés : héroïne, morphine, opium, méthadone, codéine, mépéridine, fentanyl.
Hallucinogènes : L.S.D., « acide », mescaline, PCP, « angel dust », « champignons », ecstasy.
Solvants volatiles : « colle », éther.
Cannabinoïdes : haschisch, « hasch », THC, cannabis, « herbe », « shit ».
Sédatifs : Valium, Xanax, Témesta, Halcion, Lexomil, secobarbital, « barbis ».
Divers : Anabolisants, Stéroïdes, « poppers ». Prenez-vous d’autres substances ?

Spécifier la (ou les) substance(s) les plus consommée(s) : ________________________
_____________________________________________________________________________






Spécifier ce qui sera explore ci dessous :
Si consommation de plusieurs substances (en même temps ou séquentiellement) :
Chaque substance ou classe de substances séparément
Uniquement la substance (ou classe de substances) la plus consommée
Si seulement une substance (ou classe de substances) consommée :
Uniquement une substance (ou classe de substances)







K2En considérant votre consommation de [nommer la substance ou la classe de substances sélectionnée], au cours des 12 derniers mois :
a
Avez-vous constaté que vous deviez en prendre de plus grandes quantités pour obtenir le même effet qu’auparavant ?

NON

OUI

1
b
Lorsque vous en preniez moins, ou arrêtiez d’en prendre, aviez-vous des symptômes de sevrage (douleurs, tremblements, fièvre, faiblesse, diarrhée, nausée, transpiration, accélération du cœur, difficultés à dormir, ou se sentir agité(e), anxieux(se), irritable ou déprimé(e)) ?
Ou vous arrivait-il de prendre autre chose pour éviter d’être malade (symptômes de sevrage) ou pour vous sentir mieux ?
Coter OUI, si OUI à l’un ou l’autre





NON





OUI





2
c
Vous arrivait-il souvent lorsque vous commenciez à en prendre, d’en prendre plus que vous n’en aviez l’intention ?

NON

OUI

3

d
Avez-vous essayé, sans y arriver de réduire votre consommation ou d’arrêter d’en prendre ? 

NON

OUI
4
e
Les jours où vous en preniez, passiez-vous beaucoup de temps (> 2 heures) à essayer de vous en procurer, à en consommer, à vous remettre de ses (leurs) effets, ou à y penser ?


NON


OUI


5
f
Avez-vous réduit vos activités (loisirs, travail, quotidiennes) ou avez-vous passé moins de temps avec les autres parce que vous vous droguiez ?

NON

OUI

6
g
Avez-vous continué à prendre [nommer la substance ou la classe de substances sélectionnée] tout en sachant que cela entraînait chez vous des problèmes de santé ou des problèmes psychologiques ?


NON


OUI


7
Y A-T-IL AU MOINS 3 OUI EN K2 ?


Spécifier la (les) substance(s) :
_________________________________________________________
NON OUI

DEPENDANCE à une (des) substances(S)
Actuel
LE PATIENT PRESENTE-T-IL UNE DEPENDANCE POUR LA(LES) SUBSTANCES(S) CONSOMMEE(S) ?

NON(
OUIK3Au cours des 12 derniers mois :
 aAvez-vous été à plusieurs reprises intoxiqué(e) par [nommer la substance ou la classe de substances sélectionnée] ou « défoncé(e) » alors que vous aviez des choses à faire au travail (/à l’école) ou à la maison ? Cela a-t-il posé des problèmes ?
ne coter OUI que si cela a cause des problèmes


NON


OUI


8
b
Vous est-il arrivé d’être sous l’effet [nommer la substance ou la classe de substances sélectionnée] dans une situation où cela était physiquement risqué comme conduire, utiliser une machine ou un instrument dangereux, faire du bateau, etc. ?


NON


OUI


9
c
Avez-vous eu des problèmes légaux parce que vous aviez pris [nommer la substance ou la classe de substances sélectionnée] comme une interpellation ou une condamnation ?

NON

OUI

10
d
Avez-vous continué à prendre [nommer la substance ou la classe de substances sélectionnée] tout en sachant que cela entraînait des problèmes avec votre famille ou votre entourage ?

NON

OUI

11
Y A-T-IL AU MOINS 1 OUI EN K3 ?


Spécifier la (les) substance(s) : _______________________________________

NON OUI

ABUS DE SUBSTANCE(S)
Actuel
 L. TROUBLES PSYCHOTIQUES

Pour toutes les questions de ce module, en cas de réponse positive demander un exemple.
Ne coter OUI que si les exemples montrent clairement une distorsion de la pensée et / ou de la perception ou s’ils sont culturellement innapropriés.
Avant de coter, évaluer le caractère « bizarre » des réponses.

IDEES DELIRANTES BIZARRES : le contenu est manifestement absurde, invraisemblable, et ne peut être basé sur des expériences habituelles de la vie.
HALLUCINATIONS BIZARRES : voix qui font des commentaires sur les pensées ou les actes du patient OU plusieurs voix qui parlent entre elles.


A présent, je vais vous poser des questions sur des expériences un peu inhabituelles ou bizarres qui peuvent survenir chez certaines personnes.BizarreL1 aAvez-vous déjà eu l’impression que quelqu’un vous espionnait, ou complotait contre vous, ou bien encore que l’on essayait de vous faire du mal ?
NON
OUI
OUI
1 bSI OUI : Actuellement, avez-vous cette impression ?NONOUIOUI
( L6a
2L2 a
Avez-vous déjà eu l’impression que l’on pouvait lire ou entendre vos pensées ou que vous pouviez lire ou entendre les pensées des autres ?

NON
OUI
3 bSI OUI : Actuellement, avez-vous cette impression ?NONOUI
( L6a
4L3 aAvez-vous déjà cru que quelqu’un ou que quelque chose d’extérieur à vous introduisait dans votre tête des pensées étranges qui n’étaient pas les vôtres ou vous faisait agir d’une façon inhabituelle pour vous ? Avez-vous déjà eu l’impression d’être possédé ?


NON


OUI


5 bSI OUI : Actuellement, croyez-vous cela ?NONOUI
( L6a
6L4 aAvez-vous déjà eu l’impression que l’on s’adressait directement à vous à travers la télévision ou la radio ou que certaines personnes que vous ne connaissiez pas personnellement s’intéressaient particulièrement à vous ?

NON

OUI

OUI

7 bSI OUI : Actuellement, avez-vous cette impression ?NONOUIOUI
( L6a
8L5 aAvez-vous déjà eu des idées que vos proches considéraient comme étranges ou hors de la réalité, et qu’ils ne partageaient pas avec vous ?
Ne coter OUI que si le patient présente clairement des idées délirantes hypochondriaques ou de possession, de culpabilité, de ruine, de grandeur ou d’autres non explorées par les questions L1 à L4
NON
OUI
OUI
9 bSI OUI : Actuellement, considèrent-ils vos idées comme étranges ?
NONOUIOUI10L6 aVous est-il déjà arrivé d’entendre des choses que d’autres personnes ne pouvaient pas entendre, comme des voix ?
Coter OUI « Bizarre » uniquement si le patient répond OUI à la question :
Ces voix commentaient-elles vos pensées ou vos actes ou entendiez-vous deux ou plusieurs voix parler entre elles ?
NON
OUI
OUI

11 bSI OUI : Cela vous est-il arrivé au cours du mois écoulé ?
NONOUIOUI
( L8b12
L7 aVous est-il déjà arrivé alors que vous étiez éveillé(e), d’avoir des visions ou de voir des choses que d’autres personnes ne pouvaient pas voir ?
Coter OUI si ces visions sont culturellement inappropriées.

NON
OUI
13 bSi OUI : Cela vous est-il arrivé au cours du mois écoulé ?
NONOUI14

L8 b
OBSERVATION DE L’INTERVIEWER :
Actuellement, le patient présente-t-il un discours clairement incohérent ou désorganisé, ou une perte nette des associations ?


NON


OUI


15L9 bActuellement, le patient présente-t-il un comportement nettement désorganise ou catatonique ?
NON
OUI
16L10bDes symptômes négatifs typiquement schizophréniques (affect abrasé, pauvreté du discours / alogie, manque d’énergie ou d’intérêt pour débuter ou mener à bien des activités / avolition) sont-ils au premier plan au cours de l’entretien ?

NON

OUI

17L11
DE L1 à L10, Y A-T-IL AU MOINS

UNE QUESTION « b » COTEE OUI BIZARRE
OU
DEUX QUESTIONS « b » COTEES OUI (NON BIZARRE) ?
NON OUI

SYNDROME PSYCHOTIQUE ACTUEL
L12DE L1 à L7, Y A-T-IL AU MOINS
UNE QUESTION « a » COTEE OUI BIZARRE
OU
DEUX QUESTIONS « a » COTEES OUI (NON BIZARRE) ?
(VERIFIER QUE LES 2 SYMPTOMES SONT SURVENUS EN MÊME TEMPS)
OU
L11 EST-ELLE COTee OUI ?
NON OUI

SYNDROME PSYCHOTIQUE VIE ENTIEREL13asi L11 est cotée OUI ou s’il y a au moins un OUI de L1 à L7 :

LE PATIENT PRESENTE-T-IL
UN EPISODE DEPRESSIF MAJEUR (ACTUEL OU PASSE)
OU UN EPISODE MANIAQUE (ACTUEL OU PASSE) ?


(
NON



OUI
 bSi L13a est cotée OUI :
Vous m’avez dit tout à l’heure avoir présenté une (des) période(s) où vous vous sentiez déprimé(e) / exalté(e) / particulièrement irritable. Les idées ou impressions dont nous venons de parler telles que (citer les symptômes cotés OUI de L1 à L7) sont-elles survenues uniquement pendant cette (ces) période(s) où vous étiez déprimé(e) / exalté(e) / irritable ?




NON




OUI




18
L13b EST-ELLE COTEE OUI ?
NON OUI

TROUBLE DE L’HUMEUR AVEC CARACTERISTIQUES PSYCHOTIQUES
ACTUEL
 M. ANOREXIE MENTALE


M1 a
Combien mesurez-vous ?
|__|__|__| cm
b
Au cours des 3 derniers mois, quel est a été votre poids le plus faible ?
|__|__|__| kg
c
LE POIDS DU PATIENT EST-IL INFERIEUR AU SEUIL CRITIQUE INDIQUE POUR SA TAILLE ? Voir Tableau de correspondance en bas de page


(
NON

OUI

1
Au cours des trois derniers mois :
M2
Avez-vous refusé de prendre du poids, malgré le fait que vous pesiez peu ?(
NON
OUI
2
M3
Aviez-vous peur de prendre du poids ou redoutiez-vous de devenir trop gros(se) ?
(
NON

OUI

3
M4 a
Vous trouviez-vous encore trop gros(se), ou pensiez-vous qu’une partie de votre corps était trop grosse ?

NON

OUI

4
b
L’opinion ou l’estime que vous aviez de vous-même étaient-elles largement influencées par votre poids ou vos formes corporelles ?

NON

OUI

5
c
Pensiez-vous que ce poids était normal, voire excessif ?
NON
OUI
6

M5

Y A-T-IL AU MOINS 1 OUI EN M4 ?
(
NON

OUI


M6
Pour les femmes seulement : Ces trois derniers mois, avez-vous eu un arrêt de vos règles alors que vous auriez dû les avoir (en l’absence d’une éventuelle grossesse) ?

(
NON


OUI


7
POUR LES FEMMES : M5 ET M6 SONT-ELLES COTEES OUI ?
POUR LES HOMMES : M5 EST-ELLE COTEE OUI ?

NON OUI

ANOREXIE MENTALE
ACTUEL




Tableau de correspondance taille - seuil de poids critique (sans chaussure, sans vêtement)
TAILLE (cm)140145150155160165170175180185190Femmes3738394143454750525457POIDS (kg)Hommes4143454749515254565861(15% de réduction par rapport au poids normal) N. BOULIMIE


N1
Au cours de ces trois derniers mois, vous est-il arrivé d’avoir des crises de boulimie durant lesquelles vous mangiez de très grandes quantités de nourriture dans une période de temps limitée, c’est à dire en moins de 2 heures ?




(
NON



OUI



8N2 Avez-vous eu de telles crises de boulimie au moins deux fois par semaine au cours de ces 3 derniers mois ?
(
NON
OUI
9
N3
Durant ces crises de boulimie, avez-vous l’impression de ne pas pouvoir vous arrêter de manger ou de ne pas pouvoir contrôler la quantité de nourriture que vous prenez ?

(
NON


OUI


10
N4
De façon à éviter une prise de poids après ces crises de boulimie, faites-vous certaines choses comme vous faire vomir, vous astreindre à des régimes draconiens, pratiquer des exercices physiques importants, ou prendre des laxatifs, des diurétiques, ou des coupe-faim ?


(
NON



OUI



11
N5
L’opinion ou l’estime que vous avez de vous-même sont-elles largement influencées par votre poids ou vos formes corporelles ?

(
NON

OUI

12N6Le patient présente-t-il une Anorexie mentale ?
NONOUI13Si N6 = NON, passer à N8
N7
Ces crises de boulimie surviennent-elles toujours lorsque votre poids est en dessous de ____ kg* ?
* Reprendre le poids critique du patient dans la table du module Anorexie mentale en fonction de sa taille et de son poids. 

NON

OUI

14
N8
N5 EST-ELLE COTEE OUI ET N7 COTEE NON (OU NON-COTEE) ?


NON OUI

BOULIMIE
ACTUEL

N7 EST-ELLE COTEE OUI ?


NON OUI

ANOREXIE MENTALE
Binge-eating / Purging type
ACTUEL

O. ANXIETE GENERALISEE


O1 a










b
Au cours des six derniers mois, vous êtes-vous senti(e), excessivement préoccupé(e), inquiet(e), anxieux(se), pour des problèmes de la vie de tous les jours, au travail/à l’école, à la maison, ou à propos de votre entourage, ou avez-vous eu l’impression de vous faire trop de souci à propos de tout et de rien ?

Ne pas coter OUI si l’anxiété se résume à un type d’anxiété déjà exploré précédemment comme la peur d’avoir une Attaque de panique (Trouble panique), d’être gêné en public (Phobie sociale), d’être contaminé (TOC), de prendre du poids (Anorexie mentale) etc...

Avez-vous ce type de préoccupations presque tous les jours ?






(
NON





(
NON




OUI






OUI




1






2


O2

Vous est-il difficile de contrôler ces préoccupations ou vous empêchent-elles de vous concentrer sur ce que vous avez à faire ? 

(
NON


OUI


3



O3
De O3a a O3f, coter NON les symptômes survenant uniquement dans le cadre des troubles explores précédemment

Au cours des six derniers mois lorsque vous vous sentiez particulièrement préoccupé(e), inquiet(e), anxieux(se), vous arrivait-il souvent:
a
De vous sentir agité(e), tendu(e), les nerfs à fleur de peau ? 
NON
OUI
4
b
D’avoir les muscles tendus ?
NON
OUI
5
c
De vous sentir fatigué(e), faible, ou facilement épuisé(e) ?
NON
OUI
6
d
D’avoir des difficultés à vous concentrer ou des passages à vide ?
NON
OUI
7
e
D’être particulièrement irritable ?
NON
OUI
8
f
D’avoir des problèmes de sommeil (difficultés d’endormissement, réveils au milieu de la nuit, réveils précoces ou dormir trop) ?

NON

OUI

9

Y A-T-IL AU MOINS 3 OUI EN O3 ?
NON OUI

ANXIETE GENERALISEE
ACTUEL
 P. Trouble de la personnalité antisociale (option)


P1
Avant l’âge de 15 ans, avez-vous :

 aFréquemment fait l’école buissonnière ou passé la nuit en dehors de chez vous ?
NONOUI1 bFréquemment menti, triché, arnaqué les gens ou volé ?
NONOUI2 cBrutalisé, menacé ou intimidé les autres ?
NONOUI3 dVolontairement détruit ou mis le feu ?
NONOUI4 eVolontairement fait souffrir des animaux ou des gens ?
NONOUI5 fContraint quelqu’un à avoir des relations sexuelles avec vous ?
NONOUI6
Y A-T-IL AU MOINS 2 OUI EN P1 ?(
NON
OUI




P2
Ne pas coter OUI les réponses ci-dessous, si les comportements sont uniquement présentés dans des contextes politiques ou religieux.

Depuis l’âge de 15 ans, avez-vous :
 aEu souvent des comportements que les autres trouvaient irresponsables comme ne pas rembourser des sommes dues, agir impulsivement ou volontairement ne pas travailler pour assurer le minimum vital ?


NON

OUI

7 bFait des choses illégales (même si vous n’avez pas été pris) comme détruire le bien d’autrui, voler, vendre de la drogue ou commettre un crime ?

NON
OUI
8 cSouvent été violent physiquement, y compris avec votre conjoint ou vos enfants ?

NON
OUI
9 dSouvent menti ou arnaqué les autres dans le but d’obtenir de l’argent ou du plaisir, ou menti juste pour vous amuser ?

NON
OUI
10 eExposé des gens à des dangers sans vous préoccuper d’eux ?
NONOUI11 fRessenti aucune culpabilité après avoir menti, ou blessé, maltraité ou volé quelqu’un ou détruit le bien d’autrui ?
NON
OUI
12
Y A-T-IL AU MOINS 3 OUI EN P2 ?
NON OUI

TROUBLE DE LA PERSONNALITE ANTISOCIALE
VIE ENTIERE
 REFERENCES

Lecrubier Y, Sheehan D, Weiller E, Amorim P, Bonora I, Sheehan K, Janavs J, Dunbar G. The Mini International Neuropsychiatric Interview (M.I.N.I.), a short diagnostic interview : Reliability and validity according to the CIDI. European Psychiatry, 1997 ; 12 : 232-241.
Sheehan DV, Lecrubier Y, Harnett Sheehan K, Janavs J, Weiller E, Bonora LI, Keskiner A, Schinka J, Knapp E, Sheehan MF, Dunbar GC. Reliability and validity of the Mini International Neuropsychiatric Interview (M.I.N.I.) according to the SCID-P. European Psychiatry, 1997 ; 12 : 232-241.
Sheehan DV, Lecrubier Y, Harnett Sheehan K, Amorim P, Janavs J, Weiller E, Hergueta T, Baker R, Dunbar G. The Mini International Neuropsychiatric Interview (M.I.N.I.), : The development and validation of a structured diagnostic psychiatric interview. Journal of Clinical Psychiatry, 1998 ; 59 [suppl 20] : 22-33.
Amorim P, Lecrubier Y, Weiller E, Hergueta T, Sheehan D. DSM-III-R Psychotic disorders : procedural validity of the Mini International Neuropsychiatric Interview (M.I.N.I.). Concordance and causes for discordance with the CIDI. European Psychiatry, 1998 ; 13 : 26-34.

Les versions originales française et anglaise du M.I.N.I. / DSM-IV ont été traduites et peuvent être demandées aux auteurs (voir page 3). Une version CIM-10 du M.I.N.I. est aussi disponible en français, en anglais,en danois et en indonésien.

LanguesM.I.N.I. 4.4 et versions antérieuresM.I.N.I. 5.0.0 +AfrikaansR. Emsley, N. KeyterArabicO. Osman, E. Al-RadiBasqueIn preparationBengaliH. Banerjee, A. BanerjeeBrazilianP. AmorimP. AmorimBulgarianL.G. HranovCatalanIn preparationCzechP. ZvolskyP. ZvolskyCroatianIn preparationDanishP. BechP. Bech, G. Bech-Andersen, T. SchützeDutch/FlemishE. Griez, K. Schruers, T. Overbeek, K. DemyttenaereI. van Vliet, H. Leroy, H. van MegenEgyptian (Arabic)R. Haddad, W. Naja, C. Baddoura, A. OkashaEstonianJ. Shlik, A. Aluoja, E. KihlFarsi/PersianK. Khooshabi, A. ZomorodiFinnishM. Heikkinen, M. Lijeström, O. TuominenM. HeikkinenGermanI. van Denffer, M. Ackenheil, R. Dietz-BauerM. Ackenheil, G. Stotz, R. Dietz-Bauer, A. VossenGujaratiM. Patel, B. PatelGreekS. BeratisT. Calligas, S. BeratisHebrewJ. Zohar, Y. SassonR. Barda, I. LevinsonHindiK. Batra, S. GambirHungarianI. Bitter, J. BalazsI. Bitter, J. BalazsIcelandicJ. StefansonIndonesianA. Maramis et al.ItalianP. Donda, E. Weiller, I. BonoraL. Conti, P. Donda, A. Rossi, M. Piccinelli,
M. Tansella, G. CassanoJapaneseT. Otsobo, H. Watanabe, H. Miyaoka, K. Kamijima, J. Shinoda, K. Tanaka, Y. OkajimaKoreanH. Y. Jung et al.LatvianV. Janavs, J. Janavs, I. NagobadsV. Janavs, J. JanavsLebanese (Arabic)R. Haddad, W. Naja, C. BaddouraLithuanianV. DanilevicuteMalayAdapted from A. MaramisMalaysian (Chinese)L.Caroll, J-d-Juang, Ong Choong MoiMoroccan (Arabic)N. Kadri, M. Agoub, S. El GnaouNorwegianG. Pedersen, S. BlomhoffK. Leiknes, S. Leganger, E. Malt, U. MaltPolishM. Masiak, E. JasiakM. Masiak, J. PrzychodaPortugueseP. AmorimT. Guterres, P. Levy, P. AmorimPunjabiA. Gahunia, S. GambhirRomanianO. DrigaM.D. GheorgheRussianA. Bystitsky, E. Selivra, M. BystitskySerbianI. TimotijevicI. TimotijevicSetswanaK. KetlogetsweSlovakL. Vavruaová, J. Pe
eHák, =. Forgá
ováSlovenianM. KocmurM. KocmurSpanishL. Ferrando, J. Bobes-Garcia, J. Gibert-RaholaL. Ferrando, L. Franco-Alfonso, M. Soto, J. Bobes, O. Soto, L. Franco, J. Gibert. Adaptation for Central and South America: G. HeinzeSwedishM. Waern, S. Andersch, M. HumbleC. Allgulander, M. Waern, M. Humble, S. Andersch, H. ÅgrenThaïP. Kittirattanapaiboon, S. Mahatnirunkul, P. Udomrat, P. Silpakit, M. Khamwongpin, S. Srikosai.Tagalog (Filipino)B.L.Conde, A. LaoTaiwanese (Chinese)L. Caroll, K-d JuangTurkishT. Örnek, A. Keskiner, I. VahipY. YazganUrduA. Taj, S. GambirWelshIn preparationXhosaD. Kaminer, I. Mbanga, N. Zungu-Dirwayi, D. SteinLe M.I.N.I. a été développé simultanément en français et en anglais. Le développement et la validation du M.I.N.I. ont été rendus possibles grâce, en partie, à des fonds alloués par la CNAM (701061), les laboratoires SmithKline Beecham et l’UE. Imp. le  TIME \@ "dd/MM/yy HH:MM" 16/10/06 11:10
Questionnaire d’orientation spatiale (Pazzaglia et Al., 2000)

Questionnaire intégral en Italien car cet article princeps édité en italien.

Versione definitiva del Questionario di Orientamento Spaziale

ISTRUZIONI

“Vi proporremo un Questionario sul senso dell’orientamento e sulla rappresentazione dello spazio. Cosa intendiamo per “rappresentazione dello spazio”? Facciamo qualche esempio. Se chiedo: - Quante finestre ci sono a casa vostra?
Per rispondere a questa domanda vi sarete probabilmente creati una serie di immagini mentali della vostra casa, delle singole stanze e per ogni stanza delle finestre. Ecco, questa è un tipo di rappresentazione della vostra casa. Potete immaginare di percorrere le varie stanze, ma potete anche immaginare nel dettaglio una singola stanza, oppure “vedere” la vostra casa dal di fuori o rappresentarvi la sua pianta. Ognuno di questi costituisce un modo diverso di rappresentazione spaziale.
Adesso immaginate il percorso dalla vostra abitazione alla stazione o all’Università e focalizzatevi su alcuni punti di riferimento significativi. Ci riuscite?
Immaginate anche un determinato ambiente come se lo vedeste dall’alto; ad esempio la vostra città o un luogo naturale, rappresentandoli come apparirebbero su una mappa o come li vedreste da una posizione elevata. Riuscite a creare l’immagine?
In sintesi, nel rappresentarvi un luogo potete: 1. immaginare di navigare lungo un percorso al suo interno (rappresentazione route), 2. immaginarlo dall’alto (rappresentazione survey), 3. focalizzarvi su singoli punti di riferimento significativi (rappresentazione visiva). Ci sono domande?”
Rispondendo alle eventuali domande viene ulteriormente chiarita, con altri esempi, la distinzione tra rappresentazioni di tipo route, survey e visive.
“Adesso prendiamo in esame il questionario. Vi troverete domande in cui si richiede di valutare il vostro senso dell’orientamento, in generale e in situazioni concrete. Vi si chiederà inoltre di indicare il tipo di rappresentazione spaziale, tra le tre indicate, che adottate più frequentemente. Rispondete a tutte le domande, e indicate sempre, quando richiesto, il grado di preferenza per un certo tipo di risposta. In particolare per le domande 5, 6, 9 vi si richiede di dare un punteggio indipendente per ognuna delle alternative di risposta, in modo che nessuna di queste dovrà essere lasciata in bianco. Se vi sembra tutto chiaro possiamo cominciare. Non ci sono limiti di tempo, lavorate quindi con calma, ma senza distrarvi o soffermarvi eccessivamente su una singola domanda. Buon lavoro!” 1. Descrivi a parole l'ambiente rappresentato nella seguente mappa immaginando che una persona totalmente non familiare all' ambiente rappresentato e che non ha mai visto la mappa possa, leggendo la descrizione, orientarsi nell'ambiente ed individuare la posizione dei diversi punti di riferimento. Fai la tua descrizione sul retro di questa pagina.





2. Immagina di dover andare in un posto nuovo. Qui sotto sono presentati una foto e una piantina relativi a questo posto nuovo. Indica per quale dei due tipi di aiuto avresti una preferenza scegliendo fra le seguenti alternative a) molta preferenza per la foto; b) preferenza per la foto; c) modesta preferenza per la foto; d) modesta preferenza per la mappa; e) preferenza per la mappa; f) molta preferenza per la mappa.





































DOPO LA CHIESA GIRA A DESTRA

3. Ti ritieni una persona che ha un buon senso dell'orientamento?

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

4. In famiglia e dagli amici sei considerato una persona che ha un buon senso dell’orientamento?

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

5. Prova a riflettere sul tuo modo di orientarti nei diversi ambienti che ti circondano. Ti descriveresti come:

a. una persona che si orienta in un ambiente considerando i percorsi che conosce e i passaggi da un punto all'altro

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

b. una persona che si ritrova cercando punti di riferimento noti (edifici o luoghi particolari, monumenti, ecc.)

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

c. una persona che cerca di farsi una mappa mentale dello spazio

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

6. Pensa ad una città che non ti sia troppo familiare. Scrivine il nome .............................

Ora cerca di classificare la tua rappresentazione di questa città:

a. rappresentazione "dall'alto", cioè una rappresentazione tipo-mappa

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

b. rappresentazione topografica, cioè basata sul ricordo di percorsi

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

c. rappresentazione visiva, cioè basata sul ricordo di punti di riferimento (per esempio monumenti, incroci, edifici, scale, ecc.)

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

7. Quando sei in un ambiente naturale aperto (in campagna, in montagna, o al mare) ti viene spontaneo individuare i punti cardinali, cioè dove sono il nord, il sud, l'est e l'ovest?

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

8. Quando sei nella tua città ti viene spontaneo individuare i punti cardinali, cioè sai subito qual è il nord, il sud, l’est e l'ovest?

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

9. Ti stanno descrivendo il percorso da fare per arrivare in una località che non conosci.

Preferisci:

a. crearti una immagine del percorso da seguire

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

b. ricordare verbalmente le indicazioni date

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

10. Quando sei all'interno di un edificio complesso (grande magazzino, museo, ecc.) ti accade spontaneamente e con facilità di pensare alla direzione verso cui sei orientato rispetto alla struttura dell'edificio e all'ambiente esterno?

1 (per niente) 2 3 4 5 (moltissimo)

11. Mentre sei all'interno di un edificio riesci a visualizzare con facilità cosa c'è esternamente nella direzione verso cui stai guardando?

1 (per niente) 2 3 4 5(moltissimo)

12. Se sei in un luogo aperto e devi indicare la posizione di un punto cardinale (nord-sud-est-ovest),

a. indichi la posizione in modo immediato
b. ci devi pensare prima di dare la posizione
c. incontri di solito una qualche difficoltà

13. Sei all'interno di un edificio ampio e articolato (con diversi piani, scale e corridoi) e ti si chiede di indicare dove si trova la porta di ingresso,

a. ci devi pensare prima di dare la posizione
b. indichi la posizione in modo immediato
c. incontri di solito una qualche difficoltà
Rappel des sigles utilisés pour la description verbale et la cartographie


Description verbale (expérience 1)


CLASSESTYPESSIGLESACTIONS   Actions seulesAS Actions avec indication de distanceAD Actions avec orientation spatialeAOS Actions liées à un repèreARREPERES   Repères seulsRS Repères avec orientation spatiale EgocentréeROSEG Repères avec orientation spatiale ExocentréeROSEXDESCRIPTION DE REPERES   description de repèresDRCOMMENTAIRES   CommentairesC

Cartographie libre (expérience 2)


 
  CATEGORIESTYPESSIGLESREPERES CRITIQUES   EtiquettesRCET IcônesRCIC Etiquettes-IcônesRCETICREPERES NON CRITIQUES   EtiquettesRNCET IcônesRNCIC Etiquettes-IcônesRNCETIC   REPERES FAUX ou FANTAISISTES  Repères faux ou fantaisistesRFCHANGEMENT CORRECT D'ORIENTATION   Changement correct d'orientationChOr
RESUME

Mémoire spatiale contextuelle et schizophrénie

La physiopathologie de la schizophrénie reste encore aujourd’hui incomprise même si l’existence de facteurs génétiques, environnementaux et neurodéveloppementaux est connue. Les anomalies neurodéveloppementales hippocampiques ont des répercussions fonctionnelles sur la mémoire à long terme, notamment spatiale et contextuelle. Le but premier de ce travail de thèse était d’évaluer, chez les patients schizophrènes, par utilisation d’une tâche visuo-spatiale (navigation en condition écologique), un possible déficit du « binding » contextuel. Le second but était de tester la construction de cartes cognitives de l’environnement par les patients. Une tâche de navigation en condition écologique a été effectuée par 20 patients schizophrènes et 28 sujets contrôles sains. L’exploration des mémoires spatiale et contextuelle consistait en un rappel libre (description verbale et plan libre de l’itinéraire), rappel indicé (retracer le trajet sur un plan donné), reconnaissances de vues sans effet d’ordre et reconnaissance de vues avec effet d’ordre. Les patients schizophrènes sont significativement moins performants. Ils prescrivent moins d’actions, incluent moins de repères et font plus d’erreurs de changements d’orientation et dans la reconnaissance avec effet d’ordre. En revanche, il n’y a pas de différence significative pour la tâche de reconnaissance sans effet d’ordre entre les deux populations. Ainsi, les patients schizophrènes sont déficitaires dans la construction de cartes cognitives de l’environnement ainsi que dans la reconnaissance de l’ordre chronologique des repères. Ces résultats sont compatibles avec l’hypothèse d’anomalies hippocampiques et du cortex préfrontal dans la schizophrénie.

Mots clés : schizophrénie, hypothèse neurodéveloppementale, hippocampe, binding contextuel, mémoire spatiale, navigation, cartes cognitives.

ABSTRACT

Spatial contextual memory and schizophrenia

Numerous evidences support the existence of neurodevelopmental abnormalities at the level of the hippocampal formation in schizophrenia. Since hippocampus is implicated in episodic memory and contextual binding process the aim of this study was to evaluate a possible contextual binding deficit in schizophrenic patients by using a visuo-spatial task (navigation in ecological condition). A secondary aim was to test the construction of a cognitive map of the environment by patients. A navigation task (following a predetermined route in a real city with the experimenter) was performed by 20 young schizophrenics patients and 28 controls subjects. Visuo-spatial memory explorations consisted in three different tasks: free recall (verbal description and cartography); recognitions without effect order; recognition with effect order. Schizophrenics patients performed significantly less actions, identified less landmarks and made more errors in orientation changes than control subjects. For recognition task without effect order there was no significant difference between the two populations. For task with order effect schizophrenic patients made more errors than controls. Schizophrenic patients were impaired in cognitive map construction as well as during recognition of chronological landmarks. These results are compatible with the hypothesis of hippocampal and prefrontal cortex abnormalities in schizophrenia.

Key word: schizophrenia, hippocampus, contextual binding, spatial memory, navigation, cognitive map.
 Wayfinding : terme anglais signifiant « trouver son chemin ». N’existant pas de mot équivalent en français j’utiliserai ce terme dans ce chapitre.
 Route following : terme anglophone signifiant « suivie de route ». N’existant pas de mot équivalent en français j’utiliserai ce terme dans ce chapitre.
* Faible population en raison de la faible prévalence dans la population générale de schizophrénie à diagnostic précoce.

* Vous trouverez celui-ci en annexe


PAGE 


PAGE 229






M.I.N.I. 5.0.0 French version / DSM-IV / current (August 1998)
IPRZ\hinŠÇÈâãäèõöûüýþ     òäÙäòÎõ® ®•Šòttiò^VKCŠh0(sCJaJh‡jjh‡jjCJaJhµíCJaJhLôhVºCJaJhµí5CJ\aJh*Jq5CJ\aJhsU}5CJ\aJh0(s5CJ\aJh0(shVºCJaJhVºhVº5CJ \aJ hVº5\hVºhVº5CJ(\aJ(h0(s5CJ(\aJ(hVº5CJ\aJh®è5CJ\aJh0(sh¼R}5CJ\aJh0(shVº5CJ\aJ+\ghiop‰Š«ÇÈâãüþ   ôôôìääßäìôÔìÌÌÂÂÌìì
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