Thèse Lyon 2 - TEL (thèses
Il n'existe pas d'autorisation préalable de mise sur le marché pour les produits
cosmétiques. ... sensorielle comme « l'examen des propriétés organoleptiques d'
un produit .... Le cahier des charges « cosmétiques naturels contrôlés » du BDIH
interdit : ..... La cosmétologie a été longtemps une branche de la chimie
empirique ...
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UNIVERSITE LUMIERE LYON II
Faculté de Géographie, Histoire, Histoire de lArt et Tourisme
INSTITUT DURBANISME DE LYON
LA TERRITORIALISATION DE LA REGULATION ECONOMIQUE DANS LAGGLOMERATION LYONNAISE (1950-2005)
POLITIQUES ACTEURS TERRITOIRES
Thèse pour lobtention du Doctorat en Géographie, Aménagement et Urbanisme, présentée et soutenue publiquement le 7 février 2006 par
Rachel LINOSSIER
Sous la direction de
Marc BONNEVILLE
Professeur Emérite de lUniversité Lumière Lyon II
JURY :
Paul BOINO, Professeur Université Lumière Lyon II
Christophe DEMAZIERE, Maître de Conférence HDR Université F. Rabelais de Tours
Bernard JOUVE, Directeur de Recherche Ecole Nationale des Travaux Publics de lEtat
Bernard MOREL, Professeur Université de Provence Aix-Marseille I
« Il ne suffit pas davoir tracé de gigantesques programmes, je veux encore écrire mon idée sur le sol et lui donner consistance »
Emile PEREIRE, résumant son action et son ambition (Autin, 1983)
Famille, ami(e)s, « collègues » enseignants, chercheurs ou étudiants, proches et moins proches qui mavez soutenue tout au long de ce cheminement intellectuel et personnel, je vous remercie et vous en serai longtemps reconnaissante.
Sommaire
TOC \o "1-2" \h \z \u HYPERLINK \l "_Toc121901298" Sommaire PAGEREF _Toc121901298 \h 5
HYPERLINK \l "_Toc121901299" Introduction PAGEREF _Toc121901299 \h 7
HYPERLINK \l "_Toc121901300" Première partie : Le territoire local à la rencontre de lEconomie et de la Politique Cadrage théorique PAGEREF _Toc121901300 \h 15
HYPERLINK \l "_Toc121901301" Section 1 : REGULATION, ECONOMIE ET TERRITOIRE PAGEREF _Toc121901301 \h 19
HYPERLINK \l "_Toc121901302" Section 2 : REGULATION, POLITIQUE ET TERRITOIRE PAGEREF _Toc121901302 \h 61
HYPERLINK \l "_Toc121901303" Conclusion de la 1ère Partie PAGEREF _Toc121901303 \h 105
HYPERLINK \l "_Toc121901304" Deuxième partie : La régulation économique sous domination étatique (1950-1980) PAGEREF _Toc121901304 \h 107
HYPERLINK \l "_Toc121901305" Section 1 : LA POLITIQUE ECONOMIQUE NATIONALE ET SES DECLINAISONS A LYON PAGEREF _Toc121901305 \h 111
HYPERLINK \l "_Toc121901306" Section 2 : LA PLACE DU SYSTEME DACTEURS LYONNAIS DANS LA CONDUITE DE LA POLITIQUE ECONOMIQUE PAGEREF _Toc121901306 \h 157
HYPERLINK \l "_Toc121901307" Section 3 : VERS LA TERRITORIALISATION DE LA REGULATION ECONOMIQUE SPATIALE PAGEREF _Toc121901307 \h 211
HYPERLINK \l "_Toc121901308" Conclusion de la 2ème Partie PAGEREF _Toc121901308 \h 263
HYPERLINK \l "_Toc121901309" Troisième partie : la territorialisation de la politique économique dans la métropole lyonnaise (1980-2005) PAGEREF _Toc121901309 \h 265
HYPERLINK \l "_Toc121901310" Section 1 : IMPERATIF ECONOMIQUE ET MONTEE EN PUISSANCE DES POUVOIRS PUBLICS LOCAUX DEPUIS 1980 PAGEREF _Toc121901310 \h 269
HYPERLINK \l "_Toc121901311" Section 2 : LA STRATEGIE COMME MODALITE DE REGULATION ECONOMIQUE TERRITORIALE PAGEREF _Toc121901311 \h 321
HYPERLINK \l "_Toc121901312" Section 3 : CONFIGURATIONS ET LIMITES DE LA NOUVELLE GOUVERNANCE ECONOMIQUE LYONNAISE PAGEREF _Toc121901312 \h 389
HYPERLINK \l "_Toc121901313" Conclusion de la 3ème Partie PAGEREF _Toc121901313 \h 453
HYPERLINK \l "_Toc121901314" Conclusion PAGEREF _Toc121901314 \h 455
HYPERLINK \l "_Toc121901315" Bibliographie générale PAGEREF _Toc121901315 \h 461
HYPERLINK \l "_Toc121901316" Table des matières PAGEREF _Toc121901316 \h 481
Introduction
Au départ de notre réflexion, un constat : la métropole lyonnaise est le deuxième pôle économique de France, elle jouit dune base productive et tertiaire relativement diversifiée et dynamique. Pourtant, les autorités publiques en charge de son administration déploient des actions économiques de plus en plus élaborées destinées à attirer les entreprises et à favoriser le développement des activités sur le territoire.
Elles sont toutefois limitées dans leur volonté dagir par le caractère encore neuf de leur compétence et de leur légitimité dintervention dans le domaine économique, ainsi que par le strict bornage de cette compétence économique : aides indirectes, aménagement de lespace et création dinfrastructures, animation territoriale et marketing urbain. LEtat français garde en effet le monopole de laction économique directe et du contrôle de la quasi totalité des formes institutionnelles permettant la régulation de léconomie, à lexception cependant de celles quil a volontairement abandonnées au profit du niveau supranational (Union Européenne), comme la monnaie et lorganisation de la concurrence.
Pourquoi cette politique économique locale ? Comment et par qui est-elle définie et mise en uvre ? Quels sont ses contenus, ses modes de faire et ses cibles ? Quelles évolutions profondes de la régulation économique territoriale et du rôle des pouvoirs publics locaux révèle-t-elle ? Pour répondre à ses questions, nous avons choisi de mobiliser les apports de la théorie de la régulation développée par les économistes, ainsi que les prolongements et adaptations à la sphère décisionnelle apportés à cette aproche théorique de la régulation économique par la science politique, pour tenter de comprendre lémergence, lorganisation et les modalités de mise en uvre des dynamiques dintervention économique territorialisées à partir du cas lyonnais.
Notre objet détude consiste ainsi à analyser lintervention publique en faveur du développement économique sur le territoire local. Il sagit de mettre en relation la question de la régulation économique et celle de la dimension territoriale de laction publique, afin de caractériser la politique économique conduite dans lagglomération lyonnaise, parallèlement à lémergence du rôle de la Communauté urbaine de Lyon en matière de régulation de léconomie depuis la fin des années 1960.
Notre réflexion sappuie sur la reconnaissance préalable de limportance du temps long et de la sédimentation historique des systèmes daction et dacteurs pour comprendre les phénomènes actuels de territorialisation de laction économique publique au niveau local. Les relations entre la sphère politique et la sphère économique présentent en effet une grande antériorité historique dans lagglomération lyonnaise, qui permet de lire les phénomènes actuels de réorganisation du système dacteurs local autour de la compétence économique, comme le résultat dun long processus de repositionnement respectif des responsables politiques et des structures de représentations des intérêts économiques, tant à léchelle strictement locale quà léchelle nationale.
De la même façon, lanalyse des modes de faire utilisés pour conduire et mettre en application les orientations de la politique de développement économique territorialisée dans lagglomération lyonnaise nécessite de prendre en considération la manière dont lintervention publique en faveur de léconomie est conçue et menée durant la période précédente, qui a vu non seulement la conception, mais également la mise en place et les premières limites opérationnelles des principaux leviers de régulation économique mobilisés.
Ces aspects nous conduisent à privilégier une approche monographique et pluridisciplinaire de laction économique dans lagglomération lyonnaise qui remonte jusquaux années 1950, afin de pouvoir replacer in fine la qualification de la politique économique actuelle de la Communauté urbaine de Lyon dans une perspective analytique inscrite en référence à la théorie de la régulation, dun point de vue à la fois économique et politique.
Il nous semble en effet que le lien entre la dimension politique et la dimension économique de laction publique dans le champ de la régulation territoriale, tant au niveau local quaux niveaux national et international, présente une importance toute particulière quil est indispensable de mettre en avant. Lintervention économique publique est même sans doute le domaine daction publique le plus politique par essence et le plus idéologiquement marqué, en témoignent les incessants affrontements qui opposent les partisans de lintervention de la puissance publique dun côté aux plus fervents tenants des théories libérales de lautre depuis au moins deux siècles.
Notre postulat de départ concernant le processus de territorialisation de la politique économique dans lagglomération lyonnaise est donc précisément de voir le phénomène dancrage de laction publique de régulation économique dans le territoire local, comme le reflet du mouvement de balancier politique entre keynésianisme et libéralisme, qui traverse toute la seconde moitié du 20ème siècle en France et en Europe. Il sagit ainsi de dépasser une simple approche technique et méthodologique des évolutions de lintervention publique en faveur du développement économique sur le territoire, pour proposer une analyse également politique des phénomènes de réorganisation des modes de pilotage et dencadrement décisionnel que donne à voir ce type de politique publique territorialisée.
Notre attention est également retenue par le caractère très spécifique du champ de laction publique territoriale en faveur du développement économique, par rapport aux autres champs plus classiques que sont laménagement, le logement, les déplacements, la culture, etc. Celui-ci tend en effet à englober tous les autres, du moins une grande partie dentre eux, et ce de façon particulièrement exacerbée depuis la survenue de la crise économique et lémergence des politiques publiques locales de développement territorial.
Durant les Trente Glorieuses toutefois, le lien très étroit existant entre laménagement du territoire et le développement commence déjà à être tissé : les impératifs de réalisation des objectifs du second conditionnent en priorité les principes dorganisation et de mise en uvre du premier à travers le système de la planification. Plus récemment, même la manière dont sorganisent les territoires politiques et institutionnels au niveau local, notamment autour des enjeux nouveaux de la coopération intercommunale, est en grande partie déterminée par des considérations dordre économique (ressources de taxe professionnelle, gestion des grands équipements collectifs à vocation économique, bassins demplois, etc.).
Notre problématique sintéresse donc à la caractérisation du processus de territorialisation de la régulation économique à partir de lexemple de la métropole lyonnaise, sur le plan des méthodes et moyens daction utilisés, mais aussi sur le plan politique de lorganisation des système dacteurs, de la répartition des rôles entre sphères publique et privée et des référentiels idéologiques mobilisés pour justifier cette action.
Notre hypothèse de départ est que les pouvoirs publics locaux (la Communauté Urbaine de Lyon ou Grand Lyon) sinstituent comme des acteurs économiques à part entière, en se plaçant dans une posture volontaire dintervention dans le champ de léconomie. Ils mettent en place des programmes daction spécifiques mobilisant différents champs de compétences pour favoriser le développement économique. Ils organisent une forme de gouvernance de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise, fondée sur le partenariat entre acteurs concernés par léconomie et sur laquelle ils exercent leur leadership politique.
Cette hypothèse sinscrit dans une démarche de recherche qui met en avant le retour des économies urbaines et laugmentation du rôle politique et économique des villes dans le fonctionnement du système capitaliste au niveau mondial (Boino, 2005 ; Le Galès, 2003). Cette montée en puissance des gouvernements urbains saccompagne dun certain recul du pouvoir des Etats Nations en matière de régulation économique et dune remise en question des grands équilibres territoriaux sur le plan économique. Elle est aussi caractérisée par un important processus de repositionnement relatif des différents acteurs impliqués dans la régulation économique territoriale depuis cinquante ans.
On assiste ainsi à une reconfiguration des rôles entre lEtat central et les collectivités locales, mais également entre les institutions publiques et les organismes de représentations des intérêts économiques. Les acteurs économiques locaux, qui occupent historiquement une place importante, voire dominante en matière de régulation économique territoriale au niveau local, voient leur position être escamotée par lintervention de lEtat central durant les années de croissance. Le désengagement de ce dernier consécutivement à la survenue de la crise économique leur ouvre à nouveau la voie de limplication active en matière de régulation économique au niveau local dans les années 1970. Cependant, lémergence des pouvoirs publics locaux qui revendiquent désormais le leadership en matière daction publique et de régulation économique, entraîne une certaine remise en question de la place occupée par les organismes de représentation des intérêts économiques dans le système daction local à partir des années 1980.
Deux phases de reconfiguration des rôles et de transfert de charge se succèdent donc pour expliquer la montée en puissance des pouvoirs publics locaux dans lorganisation et la mise en uvre des politiques publiques de régulation économique territoriale : de lEtat vers le niveau local, puis des acteurs économiques locaux vers la puissance publique locale.
Limplication croissante des autorités publiques locales dans le domaine de léconomie passe par la mise en uvre de méthodes de conduite et de gestion de laction publique inspirées de la culture managériale des acteurs économiques. Le transfert conceptuel (acculturation des pouvoirs publics aux logiques du marché) accompagne lémergence de la politique publique économique locale. Ce recours à la question des méthodes utilisées pour conduire laction économique locale permet notamment de mettre en évidence lhypothèse centrale de notre travail, qui porte sur le transfert de la culture des acteurs économiques et lintégration progressive de lintérêt des entreprises par les pouvoirs publics locaux. Ce phénomène nest toutefois pas sans poser différents types de problèmes (techniques, politiques, de cohérence des politiques urbaines, démocratiques, etc.).
Le problème de fond que nous souhaitons aborder dans cette thèse est en effet celui de la difficile conciliation entre lintérêt général, porté traditionnellement par la sphère publique nationale et locale, et lintérêt économique et privé des entreprises, qui peut être également promu et défendu de façon plus ou moins directe par le biais de lintervention publique dans le champ de la régulation, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Laction économique déployée par les pouvoirs publics vise en général à offrir un accompagnement aux entreprises et à favoriser leur fonctionnement et le développement de leurs activités sur le territoire. Elle a été essentiellement mise en place et élaborée (outils, leviers, modes opératoires) durant les années de croissance de laprès-guerre en France par lEtat central, mais elle sest considérablement développée depuis les années 1980 et la pérennisation de la crise économique, essentiellement au niveau local.
Cependant, la question de sa légitimité et de ses limites se pose, notamment dès lors quelle est prise en charge par les collectivités territoriales et que les entreprises ne sont envisagées que comme des cibles et des partenaires privilégiés, dont le point de vue et les intérêts priment sur les autres considérations relatives à lintérêt général dans la définition et la conduite de laction. C. Demazière rappelle en effet que « laction économique des collectivités locales reste à légitimer » (Demazière, 2005). Le respect des règles du libre marché et de la concurrence, les risques financiers encourus, les résultats limités de laction publique économique et la difficulté de lévaluer, ou encore lexacerbation des logiques de concurrence et de compétitivité entre les territoires locaux, sont autant de risques politiques qui peuvent fragiliser, voire remettre en question limpartialité et la légitimité des pouvoirs publics locaux dans leur choix dintervenir de façon trop poussée en matière de régulation économique.
La loi qui encadre les politiques économiques locales est très ancienne (loi Le Chapelier de 1791). Elle se limite à énoncer le principe de la liberté de commerce et dindustrie sur le territoire national, et semble donc de plus en plus inadaptée pour gérer le rôle et les prérogatives daction de la puissance publique dans le domaine de la régulation économique. La question est dautant plus problématique que les entreprises ne votent pas pour élire les responsables politiques locaux, et quelles peuvent en outre opter librement pour une délocalisation ou une réorganisation spatiale et structurelle de leurs établissements, qui remettent éventuellement en cause les investissements consentis par la collectivité publique pour améliorer leur environnement territorial. Elles sont ainsi les principales destinataires des actions en faveur du développement économique mises en uvre par la puissance publique locale, mais jouissent également dun très large choix en matière de localisation et nont de compte à rendre à personne à propos de ce type de décision, qui relève de leur stratégie de développement interne.
Lexemple récent et fortement médiatisé de la stratégie de redéploiement de la firme Hewlett Packard en France et dans le reste du monde illustre bien ce problème. Lentreprise annonce des suppressions demplois et une éventuelle fermeture prochaine de certains de ses sites (Isle dAbeau et Eybins en Isère, région parisienne, etc.), en raison de la profonde restructuration de ses activités engagée pour sadapter aux évolutions du marché de la microinformatique. Les collectivités locales et lEtat ont pourtant réalisé de nombreux équipements et aménagements sur le territoire pour faciliter linstallation et le développement de lentreprise à la fin des années 1990 (zones dactivités, voies de desserte, etc.), tout comme ils ont fourni des terrains à des prix avantageux. Malgré leur protestation et leur demande de remboursement des aides financières indirectes ainsi consenties, lentreprise refuse de payer en arguant du fait quelle na pas reçu de subvention directe.
Au-delà du problème de linvestissement public réalisé, en définitive, à fonds perdus, ce cas décole illustre également plus largement la difficulté de mettre en cohérence les intérêts et enjeux du développement territorial propres au point de vue des entreprises, et ceux qui sont liés à lintérêt collectif local, relevant en particulier de laménagement de lespace, de lurbanisme, de la planification, de la protection de lenvironnement ou de la préservation du patrimoine historique. Les institutions publiques locales, notamment intercommunales, chargées de conduire les politiques de régulation économique territoriale, se trouvent ainsi de plus en plus confrontées à la nécessité de gérer des intérêts antagonistes au travers de laction publique, à mesure que leurs compétences officielles dans le champ du développement économique sélargissent et se précisent.
Est-ce le rôle de la puissance publique locale de porter lintérêt des entreprises ? Agit-elle pour la défense de lemploi et pour garantir lintérêt général ou intervient-elle plutôt pour promouvoir et favoriser le développement des acteurs économiques sur le territoires local ? Quel point de vue favorise-t-elle dans la conception et la mise en uvre de sa politique de régulation économique territoriale ? Les deux aspects sont-ils conciliables ? La collectivité publique locale a-t-elle les moyens techniques et lexpertise nécessaires à laccomplissement de son ambition dintervention ? Quadvient-il des organismes traditionnels présents au niveau des territoires locaux, et dont le rôle est précisément de représenter lintérêt des entreprises et de défendre leur point de vue auprès des sphères décisionnelles de laction publique et des responsables politiques ?
Notre thèse cherche donc à analyser jusquoù va le curseur de laction économique du Grand Lyon dans la participation au fonctionnement même de léconomie, notamment par rapport aux considérations aménagistes plus classiques et mieux maîtrisées de laction publique en faveur de la régulation économique territoriale. Cet angle de questionnement pose non seulement le problème de la légitimité politique et institutionnelle de son intervention, mais également celui plus technique des compétences, des savoir-faire et de la capacité dexpertise des services techniques publics en la matière. Le Grand Lyon a-t-il une grande marge de manuvre pour intervenir de façon efficace et véritablement décisive dans le fonctionnement de léconomie sur le territoire ? En est-il réellement capable ?
Sur un plan plus politique, notre travail sintéresse au positionnement du gouvernement local et des pouvoirs publics sur le champ de léconomie. Il sagit ainsi de mobiliser les concepts de la science politique pour analyser le rôle de lidéologie et de limprégnation aux représentations culturelles propres à la sphère économique, dans le choix de positionner lagglomération lyonnaise au cur du jeu de la compétition territoriale et de la logique concurrentielle.
Nous accordons donc une grande attention tout au long de notre développement à la place privilégiée quoccupent les acteurs économiques et leurs structures de représentation auprès du pouvoir politique en charge de la régulation économique territoriale. Celle-ci peut en effet renseigner lanalyse concernant les phénomènes dacculturation des responsables publiques aux intérêts des entreprises et à lesprit du monde économique de façon générale. Elle alimente aussi lanalyse sur le plan des méthodes de gestion et de conception de laction employées par les services techniques chargés de la régulation économique.
La concurrence et la compétitivité sont des notions opérant dabord pour les acteurs économiques, qui sont rattachées à des conceptions pragmatiques et managériales, caractéristiques de la pensée stratégique néolibérale. La grande influence historique exercée par la sphère économique sur le monde politique explique en grande partie lintégration de la rhétorique concurrentielle par les acteurs politiques, ainsi que sa mise en application au niveau local pour penser et gouverner le territoire dans une économie hyperconcurrentielle et mondialisée. La situation de compétition permanente entre les villes et limpératif de développement économique territorial, qui pèsent sur lorganisation de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise, résulteraient donc de la prise en charge de plus en plus directe de lintérêt des entreprises par les pouvoirs publics locaux.
Cette hypothèse permet notamment dexpliquer pourquoi le système daction et de décision de la régulation économique est relativement verrouillé dans lagglomération lyonnaise. Celui-ci reste en effet très peu accessible pour les représentants de la population et des habitants, qui sont pourtant tout autant concernés que les entreprises par les questions de développement de léconomie au niveau local et plus particulièrement demploi. Elle pose cependant la question des limites de la légitimité politique et démocratique du choix dorientation de lintervention économique, décidé par une structure de coopération intercommunale garante de lintérêt général comme le Grand Lyon.
Notre démonstration sorganise selon trois parties. La première partie propose un cadrage théorique approfondi de la problématique de recherche générale que nous venons desquisser de façon très rapide, ainsi quune première approche économique des caractéristiques du système productif lyonnais. Elle est construite à partir dune double lecture économique et politique du territoire, envisagée à la lumière de travaux de sciences économiques, de géographie, de sociologie de laction publique et de science politique découlant en grande partie de la théorie de la régulation.
Les deux parties suivantes sont consacrées à létude détaillée de la politique économique dans lagglomération lyonnaise, selon un découpage chronologique sappuyant sur cette théorie. Pour chaque période, notre propos vise à caractériser la politique économique appliquée au territoire de lagglomération lyonnaise, en combinant lanalyse de trois facteurs complémentaires et emboîtés : le fonctionnement densemble de léconomie et les grands référentiels qui encadrent la régulation économique, les modalités techniques et opérationnelles de laction publique en faveur du développement économique et leur déclinaison sur le territoire local, lorganisation politique de la conduite de la régulation et la configuration spécifique du système dacteurs permettant de qualifier le mode de gouvernement de la régulation économique.
Les deux périodes ainsi mises en évidence correspondent chacune à un type de politique publique en faveur du développement économique et à un mode particulier de régulation de léconomie, au sein duquel le territoire et les acteurs locaux occupent une place spécifique. Les méthodes et les moyens dintervenir dans le champ de léconomie sont analysés, ainsi que les référentiels qui guident laction publique et son rapport au territoire. Les modes de gouvernance, les logiques de domination politique et lorganisation des systèmes dacteurs sont également étudiés, afin de mettre en évidence les logiques de recomposition des rôles respectifs de lEtat, des collectivités locales, des acteurs économiques et du reste de la société civile, que donne à voir le processus de territorialisation la régulation économique dans lagglomération lyonnaise.
Première partie :Le territoire local à la rencontre de lEconomie et de la PolitiqueCadrage théorique
Nous avons choisi dinscrire notre analyse du processus de territorialisation de la politique économique dans lagglomération lyonnaise dans la lignée des travaux portant sur la théorie de la régulation.
LEcole de la Régulation, dans la continuité des travaux fondateurs de M. Aglietta puis de R. Boyer, est le principal courant des Sciences Economiques qui prend en considération à la fois lespace (ou variable territoriale) et le temps dans ses analyses. La théorie de la régulation véhicule en effet un discours sur les politiques économiques très spécifique, en mettant laccent dune part sur les dynamiques temporelles longues et les « effets de structure », et dautre part en prenant en considération lexistence et lévolution des formes institutionnelles pour expliquer le fonctionnement de léconomie (Lordon, 2002).
Elle propose ainsi une approche historique du phénomène économique, fondée sur lidentification de périodes, caractérisées chacune par des formes particulières de régularité dans laccumulation capitaliste, ainsi que par un mode de régulation, cest-à-dire par un type spécifique dassociation entre le mode de régulation et le régime daccumulation, tels quils ont été définis par R. Boyer (1986). Cette approche permet de concevoir lévolution économique comme une succession de phases présentant une certaine unité et une relative stabilité des processus, en alternance avec des phases de crise, correspondant à une inadéquation entre le mode de régulation (formes institutionnelles) et lévolution du régime daccumulation.
La théorie de la régulation offre en outre une approche de léconomie qui met non seulement en avant lhistoricité des modes de développement et de régulation, mais aussi de manière plus récente leur inscription territoriale à différentes échelles, du local au supranational, en passant dabord par le plan national. Lespace est ici considéré comme le résultat, la manifestation, la dimension matérielle et physique des rapports économiques et sociaux (Lipietz, 1977), et non pas comme un simple support de rapports et dactivités, voire un simple coût en relation avec la distance. Dans la lignée des travaux développés en géographie sociale, lespace est envisagé comme une partie intégrante des logiques de régulation : cest une composante de la société quil contribue à produire et à reproduire, et le cadre denjeux de pouvoirs autant que de pratiques individuelles et collectives socialement et économiquement construites.
Grâce à son ouverture sur les formes et structures institutionnelles de la régulation, cette théorie offre enfin des possibilités de prise en compte des modalités organisationnelles et des relations entre acteurs dans lanalyse des politiques publiques et de laction développées dans le champ de léconomie. Elle offre donc un cadre conceptuel pertinent pour aider à la compréhension de lémergence de la politique économique locale dans lagglomération lyonnaise. En partant des institutions au niveau macro-économique et non du niveau micro-économique des firmes, cette théorie présente une analyse des cohérences des économies politiques qui confère une place importante à la prise en compte de la dimension politique dans lexplication des crises du système économique capitaliste actuel.
Elle sappuie pour cela sur une approche pluridisciplinaire, mêlant entre autres lhistoire, les sciences économiques, la sociologie, les sciences politiques, la géographie, ce qui nest pas sans trouver décho dans les démarches de recherche conduites dans notre le domaine de laménagement de lespace et de lurbanisme. Elle sappuie également sur des notions de base générales qui sont adaptables et applicables aux évolutions dans le temps et dans lespace du couple régime daccumulation / mode de régulation, permettant ainsi le repérage de configurations institutionnelles selon une périodisation de la dynamique historique du capitalisme (Boyer, Saillard, 2002).
Sur la base de ce positionnement théorique, notre cadre danalyse sorganise à partir de deux entrées disciplinaires complémentaires, lune économique et lautre politique, permettant chacune daborder la question territoriale et laction publique locale en regard des logiques de la régulation.
Lapproche par la théorie économique ouvre le questionnement sur lidentification de la dimension territoriale de la crise du mode de régulation de léconomie et sur lémergence dun nouveau modèle de développement, faisant la part belle au territoire. Elle permet également de présenter les atouts et les faiblesses de la base économique lyonnaise, qui constitue la cible et le référentiel premiers de la politique économique locale (voir infra, Section 1).
Lapproche par la politique favorise quant à elle la prise en compte des représentations collectives et des référentiels idéologiques, de lévolution de laction publique et du fonctionnement des systèmes dacteurs locaux dans lanalyse du processus de territorialisation de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise. Elle ouvre notamment la réflexion sur la problématique de la gouvernance et sur ses implications en termes dintégration par les pouvoirs publics locaux des logiques de compétition économique portées par les entreprises (voir infra, Section 2).
Section 1 : REGULATION, ECONOMIE ET TERRITOIRE
Dans cette première section, nous souhaitons poser les éléments fondamentaux de la détermination économique du cadre théorique nécessaire à lanalyse du processus de territorialisation de la politique économique ans lagglomération lyonnaise.
Il sagit ainsi de mettre en évidence la relation existant entre le mode de régulation de léconomie capitaliste et le territoire, afin de caractériser la dimension territoriale de la crise que traverse léconomie mondiale depuis le début des années 1970. Celle-ci se traduit notamment par lémergence du niveau local comme une forme dadaptation possible de lorganisation de la régulation économique territoriale aux nouveaux enjeux de fonctionnement flexible et hyperconcurrentiel du régime daccumulation.
La caractérisation dun nouveau modèle de développement économique centré sur le rôle du territoire, comme facteur agissant et comme source davantages comparatifs pour les entreprises, est très importante pour comprendre le profond changement de référentiel densemble qui accompagne lavènement des politiques économiques territorialisées. Celles-ci sont en effet de plus en plus placées sous la domination de limpératif de compétitivité et de lexacerbation des logiques de concurrence entre les territoires. Elle nous permet en outre de présenter une première approche descriptive du système productif de lagglomération lyonnaise, qui tente de mettre en avant les atouts et les faiblesses de celui-ci face à ce changement de paradigme économique.
I - La caractérisation théorique de la régulation économique
Laction économique territoriale a pour vocation de prendre part aux tentatives de régulation publique de léconomie (Joye, 2002). Les notions dinterventionnisme économique et de régulation renvoient ainsi aux actions de la sphère publique dont lobjet est « dinfluer sur le comportement des agents économiques privés et publics de manière à lutter contre les dysfonctionnements du système économique capitaliste. Elles illustrent la propension des collectivités publiques à intégrer le concert de léconomie. (
) Linterventionnisme économique (
) a pour objet de faciliter directement les conditions du développement de léconomie » (Joye, 2002, p.17).
Si le terme « interventionnisme » renvoie à la fois à linterposition des pouvoirs publics entre les composantes de la sphère économique et à la dimension dogmatique de ce positionnement intermédiaire de linstitution publique dans le cadre dune économie dirigée par lEtat, le terme « régulation » semble être plus consensuel et adapté à un contexte de crise économique et dincertitude, dominé par le retour en force des thèses libérales.
Pour autant, la régulation existe déjà durant la période déconomie dirigée, mais elle sopère selon un registre dencadrement de la croissance et des pratiques économiques, alors quelle relève plutôt dun mouvement offensif et décentralisé en période de crise, destiné à favoriser la relance de la croissance économique. La régulation, en tant que notion et grille de lecture, permet ainsi de penser lencadrement et le guidage de léconomie au sein dune société, ou formation sociale.
1- Régulation et accumulation du capital
La régulation peut être définie comme « lajustement, conformément à quelques règles ou normes, dune pluralité de mouvements ou dactes et de leurs effets ou produits, que leur diversité ou leur succession rend dabord étrangers les uns aux autres » (Canguilhem, Encyclopedia Universalis, Vol. 14, in Julla, 1991). Il sagit dun processus complexe, mêlant des mécanismes économiques, sociaux et politiques, par lequel un système économique et social parvient à se reproduire dans le temps en conservant lessentiel de ses caractéristiques structurelles, par delà les crises qui laffectent (Echaudemaison, 1998).
Lapproche régulationniste sappuie sur la notion centrale de régime daccumulation du capital, qui permet de caractériser les différentes formes revêtues par le système économique capitaliste au cours de lhistoire. Un régime daccumulation peut être défini comme un ensemble de régularités dans laccumulation du capital, propre à chaque économie et dans lequel il est possible disoler les stratégies des acteurs économiques. Il est caractérisé par un double jeu de structures et dacteurs, perceptible à travers plusieurs formes de régularités, telles que lorganisation de la production, lhorizon temporel de valorisation du capital, les modalités de partage de la valeur au sein de la formation sociale et larticulation des formes capitalistes avec les autres formes non capitalistes.
De manière schématique, il est possible didentifier différents régimes daccumulation du capital successifs. Le régime daccumulation extensif, qui prévaut de la révolution industrielle du 19ème siècle à la veille de la seconde guerre mondiale, est caractérisé par une croissance du capital seffectuant par vagues successives dans un champ élargi, sans quil ny ait de bouleversement majeur des conditions de production (peu ou pas de gains de productivité). Les espaces économiques sont définis par des unités actives simples (des petites ou moyennes entreprises majoritairement implantées en un seul lieu) et les plans des acteurs économiques génèrent essentiellement une concentration spatiale des activités selon la dynamique des économies dagglomération, au sein de bassins industriels rassemblant les capitaux et la population active.
A Lyon, cette période correspond à la phase de développement du capital industriel local et à limplantation de nombreuses activités économiques dans la ville ou dans sa périphérie immédiate, autour dentreprises de taille importante comme Mérieux, Gillet, Berliet, les Films Lumière
, mais aussi dune multitude de petites firmes familiales ou artisanales. La base économique lyonnaise se structure autour de plusieurs grands secteurs dactivité, comme la chimie, la pharmacie, la mécanique et le textile, acquérant un profil généraliste et largement diversifié. Le pôle économique lyonnais émerge comme un centre productif de premier rang dans le paysage économique français et européen.
Le régime daccumulation devient intensif durant la période de croissance qui suit la seconde guerre mondiale, les Trente Glorieuses. Ce régime peut être qualifié dintensif, dans la mesure où il sappuie sur une dynamique productive au sein de laquelle la croissance du capital saccompagne dune transformation rapide du processus de production, entraînant des gains de productivité importants induits par lutilisation croissante des machines et du progrès technique, la rationalisation des procédés de fabrication selon la logique taylorienne puis des circuits de branches, ainsi que le recours à la concentration et au regroupement des unités productives.
Ce système, généralement qualifié de fordiste, repose ainsi sur la domination dunités actives complexes (les grands groupes capitalistes) et sur un espace économique associé défini au plan national, voire au plan international, selon une logique de diffusion spatiale des activités. Lintégration de Lyon dans ce nouveau système est réalisée au travers de la politique nationale dexpansion économique et daménagement du territoire déployée par lEtat central (voir infra, 2ème partie).
Les formes institutionnelles du mode de régulation
Chaque régime daccumulation saccompagne dun mode de régulation spécifique, qui correspond à la nature des formes institutionnelles pilotant la croissance. La notion de mode de régulation ouvre lanalyse à la prise en compte du jeu des institutions régulatrices dans la canalisation du comportement des acteurs économiques (Boyer, 1986). Elle correspond à un état institutionnalisé des rapports sociaux au sein dune formation sociale, le plus souvent un Etat, mais également, potentiellement, toute autre forme dorganisation territoriale, même partielle (Union Européenne, région, agglomération urbaine).
Si le régime daccumulation extensif est marqué par une régulation largement concurrentielle des relations interindustrielles et la quasi absence des institutions étatiques dans les processus dajustement entre rapports sociaux et fonctionnement de léconomie, la période fordiste est marquée au contraire par le rôle central de lEtat, essentiellement à travers la politique économique keynésienne quil développe. Il concourt en effet, directement et par de multiples canaux indirects, à linternalisation et à la reproduction, par lensemble des acteurs économiques du pays (firmes, groupes sociaux, administrations), des principes et des contraintes de laccumulation intensive.
Le mode de régulation de léconomie présente une configuration densemble composée de cinq formes institutionnelles conjuguées entre elles, que sont le régime monétaire, le rapport salarial, lorganisation des formes de la concurrence entre firmes, les modalités dinsertion de léconomie nationale dans le régime international et la configuration spécifique des relations entre lEtat et léconomie. Cest précisément cette dernière forme institutionnelle, qui tend à intégrer les quatre autres, qui nous intéresse particulièrement dans lanalyse de la recomposition des formes de régulation de léconomie par le territoire. La manière dont la puissance publique organise le rapport entre la régulation institutionnelle et le fonctionnement de léconomie est notamment visible à travers les choix politiques, organisationnels et opérationnels opérés pour assurer lintervention économique. Elle sillustre concrètement à travers lorganisation et lévolution des modalités de laménagement économique de lagglomération lyonnaise depuis les cinquante dernières années.
En effet, la planification, laménagement du territoire et les politiques urbaines qui laccompagnent, constituent des leviers très importants qui structurent de manière fondamentale les relations entre la puissance publique, qui édicte et met en uvre ses dispositifs dintervention, et les agents économiques (firmes, groupes sociaux
). La régulation opérée par le gouvernement français après la seconde guerre mondiale sappuie en grande partie sur ces outils, selon un mode dorganisation et de mise en uvre de laction fortement centralisé. La prise en main des affaires économiques du pays repose essentiellement sur le recours à une planification dirigiste et à une organisation globale des relations entre monde économique et sphère politique publique, qui constituent les fondements du modèle français de régulation de léconomie, communément appelé « économie dirigée ».
Cette politique économique et daménagement du territoire est notamment déclinée dans lagglomération lyonnaise à travers les politiques des métropoles déquilibre lancée en 1965 et de décentralisation tertiaire lancée en 1971 (voir supra, 2ème partie).
Crise économique et régulation
Le modèle productif fordiste des Trente Glorieuses et les formes de régulation étatiques qui laccompagnent opèrent cependant une mutation assez profonde à partir des années 1970, consécutivement à lentrée en crise structurelle du système économique. La crise ouvre une nouvelle phase dans lorganisation de la régulation à léchelle de lEtat français, le pouvoir central étant contraint de renoncer à sa politique nationale daménagement du territoire et de développement économique, faute defficience du dispositif face à lévolution du contexte productif mondial.
Il est communément admis que cette crise est dabord celle du mode de régulation, puisque le régime daccumulation capitaliste demeure globalement le même (Julla, 1991). Une crise économique peut en effet revêtir deux formes : la crise du mode de production et la crise du mode de régulation. Le mode de production capitaliste est capable de changer pour sadapter aux modifications du contexte, il peut évoluer. Il passe ainsi dun régime daccumulation extensif concurrentiel au début du 20ème siècle, à un régime daccumulation intensif fordiste marqué par une forte régulation étatique, avant dévoluer à nouveau vers une forme hybride daccumulation, qualifiée de post-fordiste, ou encore de flexibiliste, consécutivement à la survenue de la crise. Ce dernier régime daccumulation est caractérisé par un repli de la régulation opérée par la puissance publique étatique, au profit dune libéralisation des marchés, mais aussi dune recomposition sur des bases à la fois infranationales (décentralisation) et supranationales (construction européenne) des formes de régulation relatives aux relations entre sphère publique et économie.
La crise que connaît lensemble des économies capitalistes dites développées depuis le milieu des années 1970 correspond donc plutôt au deuxième type, à savoir la crise du mode de régulation. Cela signifie que ce dernier, sous sa forme étatique, centralisée et fordiste, nest plus à même dassurer la reproduction du capitalisme à partir des formes institutionnelles existantes.
2- Lorganisation territoriale comme forme institutionnelle partielle de la régulation économique
Les travaux portant sur les dynamiques territoriales de léconomie (Gilly, Pecqueur, 2002 ; Julla, 1991) enrichissent la configuration densemble du mode de régulation dune sixième forme institutionnelle, émanant de lensemble des rapports administratifs propres aux cinq autres formes classiques de la régulation, et particulièrement de la politique étatique daménagement du territoire. Il sagit de lorganisation territoriale, cest-à-dire du type (ou niveau) de territoire associé aux autres formes institutionnelles constitutives du mode de régulation, qui rend compte des lieux / zones de souveraineté économique (totale ou partielle). La forme territoriale est une forme institutionnelle de régulation de léconomie partielle, car elle est intrinsèquement liée aux cinq autres formes pour être opérationnelle. Elle peut être plus précisément rattachée à la configuration des relations entre lEtat et léconomie, dont on a vu quelle revêt une importance particulière dans le cadre de notre analyse de la politique économique dans lagglomération lyonnaise.
Lorganisation territoriale assure une triple fonction dans la régulation densemble. Dabord, elle limite les lieux de validité dun ensemble de compromis sociaux, en bornant, au travers de lappareil administratif et des découpages territoriaux, des zones de souveraineté plus ou moins explicites relatives à des formes précises de régulation (Etat, collectivités locales). Ensuite, elle diffuse lhomogénéité de lensemble des normes sociales au sein de ces ensembles bornés, tandis que lEtat en assure lunicité (Julla, 1991). Enfin, lorganisation territoriale aurait également comme propriété plus large de contribuer à la régulation de lespace macro-économique du régime daccumulation, notamment par le biais de laménagement du territoire, de la planification spatiale et urbaine et des politiques publiques locales (Gilly, Pecqueur, 2002). Elle savère donc être déterminante pour notre analyse de la politique économique à Lyon et des modalités de son organisation selon des bases territoriales et locales.
Le rôle du territoire, comme construit sociopolitique, et des structures administratives qui lui sont associées (collectivités locales, services de lEtat), apparaît dès lors comme central en matière de régulation de léconomie par la puissance publique. En effet, la souveraineté et la légitimité à intervenir pour la puissance publique, tant au niveau national quau niveau local, sont dabord fondées sur la compétence territoriale. Le territoire est ainsi « le cadre physique et juridique de laction publique » (Joye, 2002), et donc par extension, des processus régulateurs.
La mise en évidence de la dimension territoriale de la régulation (Julla, 1991) offre ainsi une grille danalyse de la régulation directement mobilisable pour appréhender le cas lyonnais, qui repose sur deux orientations principales :
La définition dun espace permettant de prendre en compte la double variabilité, temporelle et spatiale, des structures économiques, grâce au recours à la notion de formation sociale. La formation sociale correspond à lespace théorique de définition du problème de la régulation économique, elle est mobilisée comme un espace de référence et une manière de caractériser, in fine, le territoire. La formation sociale nationale française constitue ainsi le territoire de fonctionnement privilégié des processus daccumulation durant les Trente Glorieuses. Il est également possible denvisager le territoire de lagglomération lyonnaise comme une formation sociale partielle, car incluse dans la formation sociale nationale, mais qui émerge comme un nouveau niveau de régulation économique en tant que tel, consécutivement à la survenue de la crise dans les années 1970 et à la remise en question de laptitude du niveau national à piloter la régulation de laccumulation de manière centralisée. Cette formation sociale locale, territorialisée, est notamment matérialisée par la collectivité territoriale que constitue la Communauté urbaine de Lyon (voir infra, 2ème partie et 3ème Partie).
Lintégration des pouvoirs et des effets de domination des acteurs économiques au sens large (firmes, banques, mais également les groupes sociaux organisés comme les syndicats, les organismes consulaires, les collectivités locales, lEtat, les administrations ou les organismes internationaux) dans lanalyse de la régulation au niveau territorial. A partir de cette conception homogène de lacteur, il est notamment possible de pointer limportance des structures administratives (administrations centrales déconcentrées, collectivités locales, organismes consulaires
) dans la production du territoire, grâce à leur rôle de médiation entre la société civile (les acteurs sociaux : population, entreprises) et lEtat, et à leur participation dans la diffusion de normes de comportement au sein de la société, nationale ou locale.
Régulation économique et dépassement de la dichotomie espace/territoire
Une telle approche sociale de la souveraineté économique et des normes de comportements permet en outre la prise en considération des dimensions temporelle et spatiale des formes institutionnelles de la régulation. La crise du mode de régulation constitue ainsi un moment de redéfinition de la souveraineté économique, dans son acception historique les forces sociales dominant la définition des rapports sociaux , mais également géographique les lieux de validité et dexercice de cette souveraineté (Julla, 1991).
Si la variabilité dans le temps et dans lespace de la formation des dynamiques économiques ainsi que la transformation de la matière organisationnelle de la formation sociale au niveau national sont abondamment analysées par les travaux régulationnistes, la variabilité de lespace, au cur du processus de transformation de la régulation économique, du fait de lintégration dynamique et élargie de nouveaux rapports et acteurs économiques, est beaucoup moins prise en considération.
Cest là tout lintérêt des travaux sur la forme territoriale de la régulation que dorienter la réflexion sur les rapports entre lEtat, le territoire et lespace économique. Ceux-ci confrontent et comparent en effet la dynamique des structures administratives et celle des acteurs économiques, permettant « déclairer les rapports espace / territoire en différenciant ce qui de lordre de la structure administrative, produit du territoire, formes institutionnelles sur lesquelles sappuient des procédures de régulation particulières, de ce qui, de lordre des acteurs économiques, compose des espaces » (Julla, 1991).
Les Etats-nation constituent pour lEcole de la régulation des espaces souverains économiquement, du moins durant la période des Trente Glorieuses et avant la réalisation de lintégration économique et monétaire européenne. Linternationalisation des échanges, le développement des firmes multinationales, la construction de lunion européenne et lorganisation de formes de régulations à léchelle mondiale (FMI, OMC
) remettent cependant assez profondément en question la validité du bornage territorial des principes régulateurs à léchelle des pays. Il en résulte une inadéquation entre les territoires nationaux, bases de la définition densemble des formes régulatrices, et les espaces supranationaux des acteurs économiques dominants (i.e. les grandes firmes), qui constitue une dimension particulière, mais non unique, de la crise de la régulation densemble des économies.
Tout système économique sinscrit en effet dans un horizon spatial stabilisé intégrant les différents espaces dacteurs, qui peut être qualifié despace économique ou de contenu de plans dacteurs (Julla, 1991). Cet espace économique est défini par le jeu des rapports sociaux noués au sein dune formation sociale, mais il sagit également dun espace ouvert, irréductible aux frontières des Etats, qui correspond à laire dexercice des agents économiques dominants. Lespace économique apparaît donc comme le résultat dune collection despaces dacteurs économiques.
Le régime daccumulation fordiste définit ainsi son propre espace économique spécifique, délimité par les frontières étatiques, à lintérieur duquel peut être observée une homogénéité des comportements des acteurs industriels, financiers et sociaux, se traduisant par une organisation stable dans le temps et dans lespace de la structure économique. Il porte cependant déjà en lui les germes dune recomposition de lespace économique à léchelle supranationale, liée au processus dinternationalisation des échanges et des modes dinscription spatiale des plans dacteurs, dominés par le développement des firmes multinationales et par labaissement progressif des frontières économiques. De la sorte, le régime daccumulation post-fordiste, ou flexibiliste, qui émerge à partir de la crise des années 1970, est caractérisé par un espace économique, non plus défini à léchelle des Etats, mais au niveau international, voire mondial.
En revanche, le territoire est défini par les procédures normalisatrices administratives et constitue un ensemble homogène et fermé. Il est un produit des formations sociales et des rapports administratifs qui la médiatisent, cest-à-dire un niveau de socialisation en relation avec lEtat, ladministration et les institutions publiques et politiques (Julla, 1991). Le territoire constitue ainsi le lieu dexercice de la régulation, et ne correspond pas forcément à léchelle de définition de lespace économique du régime daccumulation.
La dimension territoriale de la crise du mode de régulation
La mise en évidence la dimension territoriale de la crise du mode de régulation permet alors denvisager la crise économique actuelle comme un moment dexacerbation de la dualité du mouvement dynamique entre lespace économique et le territoire. Les formes institutionnelles existantes, et particulièrement lorganisation territoriale à léchelle nationale privilégiée par la régulation fordiste, ne sont plus adaptées à lévolution de lespace économique du régime daccumulation. La flexibilisation des échelles de référence du fonctionnement de léconomie, entre ouverture à la dimension supranationale et redécouverte des enjeux liés aux niveaux infranationaux et locaux, conduisent au constat dune perte defficience du mode de régulation fordiste centré sur le niveau étatique.
Cette crise du mode de régulation présente deux dimensions complémentaires (Julla, 1991) :
La crise de lespace économique, ou crise spatiale, qui correspond au moment où lespace économique densemble, défini au niveau national, nest plus intégrateur des espaces dacteurs (i.e. la forme territoriale en vigueur nassure plus la mise en cohérence de ces espaces). Elle invalide donc les formes territoriales nationales de la régulation, car la globalisation des stratégies financières et industrielles des firmes multinationales constitue un obstacle à la reproduction dun espace économique borné par les limites étatiques. La crise spatiale renvoie alors aux rapports contradictoires entre la territorialité (ou inscription territoriale) des procédures régulatrices et la dynamique spatiale des stratégies des acteurs économiques dominants.
La crise territoriale, moment où la redéfinition de certaines formes institutionnelles (régime monétaire, formes de la concurrence, rapport salarial) invalide la manière selon laquelle étaient résolus les phénomènes de souveraineté économique au sein du mode de régulation. La crise territoriale renvoie aux relations internes au mode de régulation : cest un moment dinadéquation entre la forme territoriale et les autres formes institutionnelles de la régulation. La forme territoriale étatique devient un obstacle à la canalisation des espaces dacteurs en un espace macro-économique intégré et homogène. Plus simplement, la crise territoriale peut être définie comme linertie relative des institutions administratives face à la nouvelle dynamique des espaces globaux dans le fonctionnement de léconomie : lorganisation territoriale qui prévaut jusquà lors, privilégiant le niveau étatique, ne permet plus la régulation du système économique capitaliste dans lespace national (Julla, 1991).
Le principal apport des travaux régulationnistes sur la forme territoriale à notre problématique de recherche est donc contenu dans la conceptualisation de la notion de crise de la régulation économique territoriale, et plus précisément à travers la prise en considération du rôle du niveau territorial local dans la recherche de solutions pour sortir de cette crise du mode de régulation (Gilly, Pecqueur, 2002 ; Julla, 1991).
3- Lémergence du niveau local comme solution à la crise territoriale du mode de régulation
Les structures administratives nationales et locales participent, sous leur définition territoriale, de la régulation densemble des économies de deux manières (Julla, 1991) :
En homogénéisant un ensemble despaces dacteurs en une totalité globale, cest-à-dire un espace économique structuré associé à un régime daccumulation, par le jeu du territoire qui sélectionne les acteurs économiques, objets dune forme de régulation. La crise spatiale nécessite de trouver une nouvelle forme territoriale capable dassurer une nouvelle organisation spatiale du système économique. Face à lincapacité du territoire français à réguler lensemble despaces méso économiques définis par le jeu des acteurs économiques dominants (supranationaux), lintégration européenne peut constituer un mode privilégié de redéfinition dun territoire stabilisé, par lhomogénéisation des processus administratifs à léchelle continentale. Toutefois, cette solution présente encore de nombreuses limites, relatives notamment à labsence dintégration sociale et fiscale à cette échelle.
En participant, au sein du mode de régulation, de la définition de la souveraineté des autres formes institutionnelles. La crise territoriale peut alors être analysée aux niveaux étatique et supranational, mais également au niveau infranational, cest-à-dire celui des territoires locaux. Cette approche permet notamment de voir comment les institutions administratives des territoires locaux (i.e. les collectivités locales) prennent la mesure des transformations de lorganisation territoriale de la régulation et les traduisent sous forme dactions dans le champ de léconomie. La décentralisation confère en effet des compétences en matière dintervention économique aux collectivités locales, mais celles-ci apparaissent différemment armées selon leur taille et leur statut, notamment face aux nouvelles exigences de financement induites par leur nouveau rôle en matière de régulation (disparités de ressources budgétaires et fiscales). Ce contexte avantage particulièrement les grandes collectivités, urbaines de surcroît : les grandes agglomérations urbaines semblent être les principales gagnantes de ce nouveau système dintervention publique.
La crise du modèle de régulation fordiste pousse ainsi lEtat français à transformer ses modes dintervention dans le domaine de léconomie, notamment leur organisation territoriale. Il abandonne la plupart de ses politiques daction économique et daménagement du territoire dirigistes et centralisées, définies et conduites à partir du niveau national (voir infra, 2ème Partie), au profit dune libération des initiatives propres des niveaux territoriaux inférieurs (les collectivités locales). Dans le même temps, les pouvoirs publics locaux en charge de la gestion des territoires locaux simprègnent de la vision du développement économique propre aux acteurs de léconomie (les entreprises) et la mettent en application dans la définition et la conduite de politiques locales à base territoriale.
La poursuite de lintégration économique européenne et de la libéralisation des marchés mondiaux conduit à transférer au niveau supranational la gestion de la monnaie et lorganisation de la concurrence (Union Européenne, OMC
), tandis que la décentralisation des compétences administratives opérée au début des années 1980 confère une nouvelle armature territoriale aux interventions économiques publiques dans le pays. Les collectivités locales, régions et communes notamment, se voient ainsi reconnaître de nouvelles compétences daction et un nouveau rôle central dans le champ de la régulation de léconomie par le territoire.
La crise territoriale du mode de régulation enclenchée dans les années 1970 conduit donc à une profonde recomposition de lorganisation territoriale de lintervention publique en matière déconomie, qui sappuie sur une conception renouvelée du rôle du territoire local dans le fonctionnement de léconomie et des firmes, en termes de ressources, dorganisation des relations entre acteurs politiques, publics et économiques, et de production deffets dancrage ou dattractivité dans un contexte de compétition exacerbée et généralisée (Pouvoirs locaux, 2004).
Conclusion de chapitre
Lapproche du territoire développée dans la continuité des travaux de lEcole de la régulation permet ainsi de prendre en compte la façon dont les structures administratives participent, sous leur forme territoriale, de la régulation densemble du système économique et de la profonde réorganisation en cours au niveau des territoires locaux, parallèlement à lévènement dune nouvelle forme ultra flexible et hyperconcurrentielle du régime daccumulation capitaliste.
Elle privilégie notamment la mise en avant du rôle fondamental de lEtat et des institutions administratives, dont font partie les collectivités locales, dans le processus historique de structuration des formations sociales homogènes au niveau national, notamment grâce à la mise en place de découpages territoriaux nationaux et locaux. Elle savère en outre très pertinente pour saisir les dynamiques actuelles de territorialisation de lintervention économique, telles que nous les étudions au travers du cas de lagglomération lyonnaise, car celles-ci sont présentées comme une forme dadaptation des institutions publiques participant à la régulation de léconomie face à la crise structurelle du système fordiste.
Sur la base de cette approche, il est possible de dégager lhypothèse principale de notre thèse : La politique de développement économique pilotée par la Communauté urbaine de Lyon constitue une réponse concrète et localisée à la nécessaire recomposition territoriale du mode de régulation de léconomie capitaliste.
Lintérêt de la théorie de la régulation pour notre analyse réside précisément dans la prise en compte du territoire de lagglomération lyonnaise, donc du niveau local, non seulement comme un niveau privilégié dinnovation et démergence des transformations du régime daccumulation, ce que bon nombre de travaux de géographie économique tendent à démontrer depuis une quinzaine dannées à partir de terrains détudes très divers (Pecqueur, 2000 ; Pecqueur, 1986 ; Benko, Lipietz, 1992), mais surtout comme un niveau de plus en plus pertinent bien que partiel de la régulation densemble du système économique, par le biais notamment des initiatives dintervention économique développées par les élites politiques et économiques en charge de son administration.
Notre propos, centré sur cette nouvelle forme institutionnelle territorialisée de la régulation, laisse de côté les analyses en termes de régime daccumulation et dorganisation entre firmes. En revanche, il sappuie sur les approches et recherches récentes en économie et en géographie économique (Benko, Lipietz, 1992 ; Benko, Lipietz, 2000), prenant en considération les autres formes de coordination entre les entreprises (i.e. non marchandes), le type de relations capital-travail sur le territoire, ainsi que les politiques de développement local menées par les élites (Benko, Lipietz, 2002).
Cest précisément sur ce dernier aspect directement lié à la problématique du développement local quest centré notre analyse du processus de territorialisation de la régulation économique à travers le cas lyonnais. Pour autant, il est nécessaire de prendre également la mesure des évolutions du modèle de développement économique capitaliste depuis la survenue de la crise économique, qui passent notamment par une redécouverte du rôle moteur du territoire, comme construit sociopolitique et socio-économique, dans les dynamiques de croissance et de développement. Cest en effet lune des principales avancées réalisées par les Sciences économiques, que de reconnaître le statut de facteur de développement économique aux territoires, notamment locaux.
II - Les enjeux spatiaux du développement économique en période de crise
Les profondes évolutions du mode de développement économique depuis cinquante ans, entendues comme lexpression des modifications survenues au sein du couple régime daccumulation / mode de régulation, ont des répercussions très importantes sur les comportements spatiaux des entreprises et sur les modalités dinscription des activités économiques dans lespace. Il est en effet possible didentifier, pour chaque type de relation entre le régime daccumulation du capital et le mode de régulation spécifique qui laccompagne, un mode particulier dorganisation géographique des forces économiques (Bouinot, 2000 ; Leriche, 2004).
La période des Trente Glorieuses (1945-1975), marquée par un mode de développement intensif fondé sur lassociation dune production et dune consommation de masse, et soutenu par lomniprésence de lEtat-Providence, voit la consolidation dimportantes régions urbaines en France, autour de la capitale et des métropoles déquilibre, qui concentrent la production industrielle et les services de haut niveau. La mise en synergie du taylorisme et du fordisme conduisent à la disjonction fonctionnelle des différentes étapes du processus productif dans lespace : essaimage des unités de production dans lespace national, selon un schéma géographique de répartition des activités polarisant les fonctions directionnelles à Paris et dans quelques grandes villes, tandis que les fonctions productives dexécution sont disséminées dans les régions de province riches en main duvre bon marché (Lipietz, 1977).
La métropole et sa région urbaine apparaissent alors comme lexpression concrète des dispositifs de régulation de laccumulation capitaliste et industrielle moderne (Lojkine, 1977 ; Aglietta, 1976 ; Castells, 1976), donc comme la forme spatiale archétypique du mode de développement économique fordiste.
La période de crise qui souvre au milieu des années 1970 ne remet pas fondamentalement en question le régime daccumulation intensif fondé sur la consommation de masse. Elle est cependant caractérisée par le recours massif aux méthodes flexibles de production, à la flexibilité du marché du travail, à lautomation des processus productifs et à la recomposition des relations de sous-traitance entre les firmes. La régulation étatique développée durant la période précédente se révèle être inadaptée au nouveau contexte économique densemble marqué par les dynamiques de globalisation et par la flexibilisation des processus productifs. Elle mute donc progressivement vers un mode de régulation hyperconcurrentiel, remettant en question les acquis de lEtat-Providence.
Ce nouveau mode de développement économique concurrentiel, flexible et international (Leriche, 2004) sappuie, sur le plan spatial, sur lémergence de nouveaux espaces économiques dans les régions urbaines et métropolitaines, à partir de compétences nouvelles ou plus anciennes présentent au niveau local. Les technopôles rassemblent en effet les secteurs dactivités à forte intensité en savoir-faire, comme la haute technologie ou les industries « culturelles » (Scott, 1996), remettant au goût du jour le modèle du système productif localisé conceptualisé par le district industriel marshallien. De véritables technopoles se constituent ainsi selon ce modèle : Toulouse et Grenoble en France, la Silicon Valley en Californie et la Route 128 dans le Massachussetts
Plus généralement, la métropolisation traduit la forte polarisation des activités économiques, notamment tertiaires, au sein des plus grandes villes et sinscrit en conséquence de linternationalisation des activités de service supérieures (direction et management des firmes, banque et finance
). « Entre ancrage territorial et nomadisme » (Bouinot, 2000), ainsi pourrait désormais se résumer lessence comportementale des entreprises dans lespace géographique.
1- Flexibilité organisationnelle et innovation, les nouveaux paradigmes du système économique capitaliste
La crise du mode de régulation fordiste constitue à la fois un symptôme et la conséquence directe de la mutation densemble du système économique capitaliste à partir des années 1970. Celle-ci sopère selon deux phénomènes concomitants : la globalisation des échanges (hommes, marchandises, capitaux, savoirs
) et une concurrence accrue entre les territoires et les entreprises.
Lorganisation mondiale des activités économiques connaît en effet des nombreux bouleversements depuis lentrée en crise du régime daccumulation fordiste au début des années 1970. Un double processus de segmentation et de spécialisation des filières dactivité traditionnelles occasionne notamment une réorganisation totale des chaînes de production. Une logique horizontale, faisant la part belle au recours à la sous-traitance et à lexternalisation par les entreprises dune partie de leurs activités classiques, se substitue à la logique verticale des circuits de branche qui a fait les heures de gloire du modèle fordiste (Lipietz, 1979).
Les grandes unités de production classiques sont délaissées au profit de structures de taille réduite, offrant une plus grande souplesse organisationnelle et une meilleure réactivité face à lexigence nouvelle de flexibilité et de rapidité, et favorisant le fonctionnement des entreprises en réseau (Veltz, 1996). Il en résulte une forte survivance, voire un nouveau développement des petites et moyennes entreprises (PME) dans le système productif, de manière imbriquée avec la poursuite du mouvement de concentration des capitaux au sein de grands groupes industriels et financiers (holdings). Les liens de dépendance entre grandes structures et petites structures, engendrés par la démultiplication des réseaux financiers et/ou de sous-traitance, tendent à se renforcer dans ce contexte.
Ces évolutions structurelles et organisationnelles sont accompagnées dune explosion du secteur tertiaire, les activités assimilées aux services, notamment ceux destinés aux entreprises (finance, formation professionnelle, conseils spécialisés, ingénierie
) se développant parallèlement aux mutations densemble du système productif. Certains observateurs évoquent même une tertiarisation des activités industrielles, au regard des évolutions profondes que traversent les secteurs productifs traditionnels, comme la chimie ou lindustrie mécanique lyonnaises par exemple : fort développement des fonctions de conception, de recherche et dinnovation en amont de la production, mais également des fonctions commerciales et de services après-vente associés aux produits en aval. Globalement, les nouveaux emplois tertiaires compensent à peu près les pertes subies par lindustrie depuis le début de la crise (voir infra, Section 2). Toutefois, le profil général des emplois se trouve lui aussi modifié, entraînant des enjeux nouveaux pour les entreprises et la main duvre en termes de recrutement et/ou de formation.
Laugmentation des mobilités et des échanges, la tertiarisation de léconomie, la disparition des frontières classiques entre les filières dactivités sont accompagnées, voire induites, par la montée en puissance et la prise de pouvoir sur les autres sphères dactivités des nouvelles technologies dinformation et de communication (NTIC). Elles se sont fortement développées au cours des dernières décennies grâce à la mise en relation des progrès réalisés par les techniques informatiques et téléphoniques (Veltz, 1996). Elles constituent lun des vecteurs principaux de la globalisation des échanges et de la mondialisation de léconomie, en complément de labaissement des frontières douanières et de linjonction généralisée à la libéralisation des marchés.
Un autre trait caractéristique du fonctionnement du système économique post-fordiste est la primauté acquise par les dynamiques dinnovation dans les logiques de développement et de croissance. Linnovation est en effet déterminante dans un contexte de saturation progressive des marchés de consommation et de remise en question du régime fordiste appuyé sur la grande production en série et la consommation de masse. Lindividualisation des comportements et la diversification croissante des besoins conduisent les entreprises à devoir sadapter à de nouvelles exigences productives en permanence, et à différencier leurs productions en fonction des marchés visés. Le « toyotisme » comme nouveau modèle dorganisation de la production et le « juste-à-temps » en sont des expressions concrètes, permettant à la fois de réduire les coûts de fabrication et dadapter la production au cas par cas.
Pour rester compétitives et pour continuer daccroître leurs profits et leurs parts de marché respectives, les firmes sont ainsi contraintes dinnover en continu, cest-à-dire danticiper les demandes émergentes, voire de les initier en proposant sur le marché toujours plus de nouveaux produits adaptés à la grande diversité des besoins et à une demande plus différenciée et changeante. La sous-traitance et la gestion de la production en flux tendus apparaissent comme des nouveaux principes dorganisation productive adaptés à lexigence de flexibilité et de rapidité de réaction qui simpose aux entreprises.
Le management sert enfin de ciment et de moyen privilégié de mise en uvre de toutes ces mutations au sein des entreprises. La montée en puissance des hommes de stratégie, de marketing et des financiers dans la gestion des firmes depuis les années 1970 accompagne le recentrage progressif sur les métiers de base et facilite la domination impérialiste des marchés financiers sur les logiques de développement économique (Bouinot, 2000).
2- Les conséquences spatiales de la mutation du système économique
Ces transformations dans le fonctionnement du système économique capitaliste ont des répercussions très importantes, non seulement sur le mode dorganisation et de fonctionnement des firmes, mais également sur le rôle des territoires dans les dynamiques de développement et de croissance. Pour A. Scott et M. Storper (1991), le post-fordisme se traduit par une « re-territorialisation » des agents économiques, du moins par un retour en force des effets des économies dagglomération dans les logiques de localisation des firmes. La conception despaces différenciés par les avantages comparatifs remplace la vision de lespace homogène qui prévalait durant la période de forte croissance.
Les entreprises simplantent désormais où lhétérogénéité spatiale rend simultanément optimaux pour elles les coûts de main duvre, laccès aux marchés de fournisseurs et de clients, le degré de stabilité politique et lenvironnement économique au sens large. LEcole californienne de géographie économique évoque ainsi un « return to place : a tendancy to geographical agglomeration and the creation of new industrial spaces ». De la même façon, la proximité devient un paradigme central du rapport que les firmes entretiennent avec les territoires (Dupuy, Burmeister, 2003).
Les caractéristiques du post-fordisme échange dinformations, rapidité de réaction, revalorisation des petites entreprises en forte connexion, relations informelles et flexibilité induisent une importance renouvelée des économies dagglomérations, mais pas forcément des économies déchelles (concentration géographique versus concentration fonctionnelle). Les entreprises se localisent de manière privilégiée dans les grandes régions métropolitaines, sous formes de « grappes » ou clusters, remettant ainsi au goût du jour le concept de district industriel énoncé par A. Marshall au début du 20ème siècle. La dimension historique et sociale des espaces économiques, linscription territoriale et les effets de milieu se trouvent renforcés et revalorisés dans le nouveau fonctionnement des entreprises, régi selon la logique de la « spécialisation flexible » (Piore, Sabel, 1984).
Dans ce contexte, le dynamisme du tissu économique dun territoire et la qualité de ses ressources associées (formation, recherche, potentiel dinnovation technologique, organisation du milieu local, diversité des secteurs dactivités présents, capacités de communication avec les autres territoires
) sont primordiaux pour la création et le développement des activités économiques en son sein, ainsi que pour les dynamiques dinnovation (Godron, 2004).
Les entreprises déterminent leurs implantations en fonction de ces éléments et tendent ainsi à se concentrer au sein des territoires qui offrent toutes les conditions requises pour être compétitives, cest-à-dire essentiellement les métropoles. Ces conséquences sont donc particulièrement visibles dans les grandes villes, en raison de la tendance générale des activités économiques à se regrouper au sein des agglomérations urbaines. Les nouvelles logiques de localisation des entreprises favorisent encore plus les processus de polarisation économique des espaces mis en évidence durant les Trente Glorieuses. Elles renforcent donc, in fine, le processus de métropolisation et de concentration des fonctions économiques dominantes au sein des principaux ensembles urbains.
Au delà de lavantage évident fourni par la proximité et la densité des activités économiques en leur sein, relevant des économies externes dagglomération conceptualisées par A. Marshall et A. Weber au début du 20ème siècle, les grandes villes sont en effet des entités permettant la meilleure satisfaction des besoins des firmes en matière de services spécialisés et daccès direct aux réseaux mondiaux de communication (aéroport international, liaison ferrée à grande vitesse, autoroutes, connections à haut débit
). Elles offrent également une multitude de ressources financières, économiques, culturelles et informationnelles, grâce à la concentration des fonctions économiques, sociales ou politiques considérées comme supérieures, et qui sont indispensables à laccompagnement économique des entreprises : universités et grandes écoles, laboratoires de recherche, grandes banques, salons professionnels internationaux, équipements culturels, cadre de vie et logements de haut niveau, services rares
La grande ville bénéficie de la sorte dune « valeur assurantielle » spécifique sur le marché des localisations et des territoires, qui en fait le lieu privilégié de développement et dadaptation permanente de léconomie capitaliste de marché (Veltz, 1996). Pour une entreprise, la localisation dans une métropole comme Lyon limite en effet les risques liés à lincertitude croissante qui caractérise lenvironnement économique. La prise en compte de lespace permet ainsi dexpliquer la concentration métropolitaine des agents et des fonctions économiques : les entreprises sont assurées de trouver non seulement la main duvre dont elles ont besoin dans la grande ville, mais également des partenaires et des sous-traitants potentiels pour faire fructifier ses affaires (Institut des Villes, 2004). Le nouvel univers économique actuel renforce donc le rôle des effets dagglomération au delà des économies déchelle classiques, cest-à-dire celui des externalités techniques, sociopolitiques et relationnelles propres aux territoires métropolitains (Veltz, 2002).
Ces phénomènes de polarisation, de concentration et de métropolisation, induits par les logiques dagglomération des activités économiques en général et renforcés par la mondialisation et la mutation du fonctionnement du système économique densemble, saccompagnent dun processus de valorisation / dévalorisation des espaces, qui est à lorigine de linégalité et de la concurrence entre les territoires. Les territoires locaux, ainsi mis en concurrence cest-à-dire en position de compétition les uns avec les autres , revêtent une dimension nouvelle de ressource économique à valoriser pour les gouvernements locaux en charge de leur administration (Collectif, 1998). Cette situation est dailleurs assez largement accentuée par les choix politiques opérés par les collectivités locales en charge du développement économique et de la gestion des territoires.
3- Un nouveau modèle de développement post-fordiste centré sur le rôle du territoire
Depuis le milieu des années 1970, une nouvelle forme de développement économique, centrée sur le territoire, émerge et simpose donc comme une piste de réponse à la globalisation économique et à ses conséquences en termes de concurrence et de compétition pour les firmes et les territoires. Lavènement du développement local comme nouveau modèle de développement alternatif au modèle fordiste en crise génère en effet une nouvelle vision de lespace et du territoire. Ce dernier acquiert un rôle particulier de moyen au service de la création davantages comparatifs, en relation avec la nécessité de mettre en valeur les spécificités locales et daménager la concurrence entre les territoires. Les territoires passent ainsi dun statut passif vis-à-vis de la dynamique de développement économique, à une conception renouvelée de leur dimension active et motrice au sein du fonctionnement de léconomie.
Les territoires deviennent les paradigmes moteurs de la régulation économique territoriale, en lieu et place de la logique daménagement de la croissance au niveau de lespace national, qui a prévalu en période dexpansion économique. Le modèle de développement fordiste des Trente Glorieuses, qui envisage le territoire essentiellement comme un simple support des activités économiques et un coût de distance, cède ainsi la place à un nouveau modèle de développement non encore totalement défini, mais qui semble donner un rôle prépondérant au territoire et au milieu local. Le territoire est désormais une variable considérée comme déterminante pour les dynamiques de développement économique et de croissance, dont il est le moteur. Cest une variable incontournable de la régulation économique, porteuse davantages comparatifs spécifiques, qui influencent directement les logiques de localisation de firmes (Leriche, 2004).
Jusquaux années 1970, le développement économique nenvisage pas vraiment le territoire comme une variable active, mais plutôt comme un support, sorte de vase dexpansion de la croissance, ainsi que comme un coût en liaison avec les distances spatiales. La vision dominante est alors essentiellement fonctionnelle : « pour agir sur lespace, il faut agir sur les fonctions économiques » (Pecqueur, 1986). Léconomie régionale, traduction de léconomie spatiale en terme de politique économique, sest en effet largement développée durant les années de croissance. Elle est fondée sur le paradigme de lespace polarisé, cest-à-dire sur une conception de lespace économique qui nie la spécificité et le rôle des territoires dans les dynamiques de développement. « Si la question du rôle des territoires réapparaît aujourdhui, cest parce que lidéologie de lespace polarisé (ou paradigme) qui masquait la dimension territoriale, montre ses limites explicatives et opérationnelles » (Pecqueur, 1986).
La conception de lespace économique polarisé développée par F. Perroux (1950) montre que les forces responsables de cette polarisation traduisent des rapports de pouvoir entre agents économiques, qui sont inscrits dans lespace. Les inégalités engendrées par ce phénomène constituant des obstacles à la dynamique générale daccumulation, il convient dès lors de les résorber, notamment par le biais de la politique économique conduite par lEtat. Cest du moins ce quen ont conclu les décideurs politiques à la fin des années 1950, lorsquils ont conçu les modalités spatiales dintervention de la puissance publique en matière déconomie.
La politique nationale daménagement du territoire des années 1960, appuyée sur le Plan, propose ainsi une intervention publique dans le domaine économique qui ne conçoit le territoire quen tant quécran, sur lequel sont projetées des actions visant le rééquilibrage, dans lespace national, de la localisation des activités. Il sagit de manière concrète daménager des pôles de développement dans les zones faiblement industrialisées, afin denclencher de nouvelles dynamiques de croissance à partir de ces pôles (voir infra, 2ème partie).
La déclinaison territoriale de la régulation économique opérée par le pouvoir central durant cette période reflète donc de manière caractéristique le caractère exogène, « plaqué depuis lextérieur » de lintervention publique par rapport au milieu local. Le seul objectif visé nest, en définitive, que dattirer les investisseurs extérieurs et faciliter lexpansion des entreprises françaises, en aménageant le territoire national pour assurer le développement économique du pays. Le territoire local nest quun support de la politique économique de lEtat, considéré comme un élément spatial parmi dautres pouvant contribuer à la compétitivité de léconomie de la France.
Linterventionnisme économique conçu à partir du modèle du développement local est au contraire caractérisé par une conception du développement endogène et autocentré, ancré dans le territoire et le milieu local. Il est ainsi le résultat de laction en synergie des acteurs locaux, « la mobilisation des conditions, directes et (de plus en plus) indirectes, de production par des acteurs extrêmement divers et variables mais ayant en commun dagir sur le même espace, pour faire face aux mêmes contraintes » (Beckouche, Davezies, 1993a). Ces contraintes sont notamment la multiplication du nombre des interlocuteurs (administrations, institutions publiques ou privées, entreprises
), la mise en concurrence des territoires, les nouvelles responsabilités et compétences des collectivités locales et limportance accrue de la maîtrise de linformation. « La sortie de la crise passe par une reconsidération complète du mode de représentation de lespace, lieu de la crise. Les économistes doivent changer de lunettes pour comprendre les enjeux économiques du bouillonnement des territoires » (Pecqueur, 1986).
La conception du développement local proposée par B. Pecqueur (2000) est en effet assez proche de celle de P. Beckouche et L. Davezies. Elle part du principe que les échanges non marchands, cest-à-dire réalisés en dehors du marché, jouent pour beaucoup dans lefficacité économique relative de certains territoires. Ils contribuent directement à créer, de manière endogène, des avantages comparatifs sur le territoire. Selon cette approche, le territoire est défini comme une entité socio-économique construite, engendrant des processus de création de ressources matérielles et immatérielles territorialisées. Il apparaît comme un espace de coopération entre différents acteurs économiques, ancré géographiquement.
Cest précisément ce potentiel organisationnel et relationnel du territoire qui fait la différence en matière de développement économique et de capacité dattraction des firmes. P. Veltz (2002) souligne en effet limportance pour le développement local de loptimisation des ressources socio-économiques et sociopolitiques du territoire, à travers le cercle vertueux de la coopération, de la confiance et de la capacité dapprentissage des acteurs en interrelation. Les territoires dynamiques et attractifs économiquement sont ceux qui arrivent à combiner une grande variété davantages comparatifs, non limités aux ressources productives et géographiques. Les conditions de base du développement économique local sont contenues dans la capacité des sociétés locales, régionales ou métropolitaines, à se prendre en main, à sorganiser, à monter des projets et à mettre en place une gouvernance économique performante à léchelle du territoire.
Cette nouvelle vision du développement économique repose donc sur la mise en avant des dynamiques propres au territoire local, et non sur un phénomène de redistribution impulsé par lEtat central dans le cadre dune politique nationale. Ce type de développement est dit endogène car il repose essentiellement sur les capacités propres du système productif localisé et des institutions en charge de la gestion du territoire à assurer la mise en valeur des attributs spécifiques et des activités économiques sur ce même territoire local. Le développement endogène apparaît en réponse à la globalisation économique et à la concurrence généralisée quelle induit. Il met en avant le rôle particulier du territoire dans la valorisation de ses propres spécificités, comme moyen de créer ou dentretenir des avantages comparatifs.
Désormais, la problématique du développement économique des territoires nest donc plus seulement de savoir comment attirer les investisseurs sur le territoire, mais également de savoir comment puiser dans les ressources propres du territoire (région ou ville) pour assurer le développement économique. La dynamique du développement économique endogène suppose ainsi une nouvelle forme élargie de linterventionnisme public, cest-à-dire une forme plus complète et diversifiée de la régulation opérée par les pouvoirs publics locaux. Celle-ci marie les deux approches exogène et endogène, au sein dune stratégie de développement et dimpulsion tournée à la fois vers lintérieur (accompagnement) et vers lextérieur du territoire (séduction), mêlant attraction externe et stimulation interne du système productif local selon une double logique de démarche commerciale et daction publique (Demazière, Rivard, 2004).
4- Système productif local et dynamiques dinnovation
Face à un contexte de concurrence exacerbée, la compétitivité du territoire revêt une importance particulière. Celle-ci ne dépend pas uniquement des ressources matérielles et immatérielles tacites, ni seulement des institutions qui les mettent en valeur, mais également de la capacité à innover du territoire. Cette capacité à innover est en grande partie liée à la capacité du système productif localisé « de générer des mécanismes de création de richesses en valorisant ses ressources spécifiques et en les utilisant pour sadapter aux transformations de lenvironnement technologique et du marché. Une telle approche donne aux acteurs locaux une importance capitale car ce sont leurs comportements qui déterminent le dynamisme et la cohérence des systèmes territoriaux de production » (Maillat, 1999).
La notion de système productif local (SPL) sinscrit directement en référence à celle de territoire et dérive des analyses menées par les chercheurs américains et européens sur laspect territorial de lindustrialisation et de linnovation, selon une approche par les « coûts de transaction » (Benko, 1995). A.J. Scott souligne en effet que lunité pertinente danalyse de la localisation des activités économiques dans lespace nest pas lentreprise ou létablissement, mais le système productif local, cest-à-dire un ensemble dentreprises reliées entre elles (Scott, 1988, cité par Demazière, 2000).
Le SPL est dabord caractérisé par sa territorialité, cest-à-dire par son appartenance à un espace géographique particulier et délimité : il forme territoire, en constituant « lespace dintelligibilité des acteurs », ainsi que leur espace dappartenance et de référence commune (Pecqueur, 1996). Le SPL est ainsi lexpression dune double proximité géographique et organisationnelle, au sein de laquelle lhistoricité des relations, la culture commune (ou les valeurs), les relations de solidarité (ou de réciprocité) et le rôle des autorités publiques contribuent à la formation dun référent territorial commun à lensemble des acteurs économiques présents sur le territoire. Pour C. Courlet (1994), il sagit dune « configuration dentreprises regroupées dans un espace de proximité autour dun métier, voire de plusieurs métiers industriels. Les entreprises entretiennent des relations entre elles et avec le milieu socioculturel dinsertion. Ces relations ne sont pas seulement marchandes, elles sont aussi informelles et produisent des externalités positives pour lensemble des entreprises ».
Cette approche sappuie essentiellement sur lanalyse des districts industriels (Beccattini, 1991), envisagés comme autant de systèmes productifs localisés, plus ou moins spécialisés autour dun ou plusieurs savoir-faire productifs spécifiques. Une littérature abondante existe sur ce sujet, que nous ne détaillons pas ici. Elle souligne en particulier le rôle des institutions et des formes dexternalités sociales et organisationnelles dans les phénomènes dagglomération économique de ce type.
Lagglomération des firmes en un même lieu apparaît ainsi comme la forme dorganisation spatiale la plus à même de minimiser les coûts de transaction pour chacune dentre elles, dans un contexte densemble marqué par la montée en puissance de la flexibilité et de la logique dinnovation dans les dynamiques de croissance économique : « Alors que la concentration caractéristique des grandes entreprises permettait denvisager des économies déchelle, les économies réalisées grâce à la proximité des entreprises permettent de privilégier la flexibilité du système productif » (Benko, 1995). La dimension nouvelle conférée à la proximité spatiale entre les entreprises constitue dès lors un enjeu de première importance pour les agents économiques, légitimés dans leur statut dacteur au sein dun territoire servant désormais de cadre délaboration des conventions et des normes qui régulent leurs échanges (Pecqueur, 1995). Les liens traditionnels entre les acteurs du SPL et les institutions publiques locales sen trouvent de facto renforcés, car directement reliés à lefficacité économique du territoire, dont ils sont la condition nécessaire.
Cette approche inspirée du modèle du district marshallien permet également la formulation de lhypothèse dune détermination de la dynamique locale de développement endogène, à travers le mode dorganisation des interactions entre le système productif localisé, le système territorial et le milieu innovateur (Maillat, 1999). Les processus dinnovation, dauto-identification et de reproduction sont considérés ici comme nécessaires pour assurer la dynamique de développement endogène du territoire, dans un contexte de crise économique et de primauté conférée à la flexibilité et à ladaptation en continu de la production aux évolutions du marché.
Face à ce triptyque, les grandes villes apparaissent comme les territoires les mieux disposés, notamment grâce à la densité et à la proximité des services rares, des activités de recherche et développement ou encore des compétences spécialisées des savoir-faire particuliers quelles abritent. Lapproche par linnovation permet par ailleurs de mettre en évidence une forme spécifique de SPL, conceptualisée par le vocable de « technopôle », relatif à une agglomération dactivités à haute valeur technologique et dinnovation.
Sappuyant sur lanalyse de la croissance économique californienne, A. Scott et M. Storper (1991) identifient les grandes métropoles du Sud-ouest américain à des patchworks de districts, cest-à-dire à une juxtaposition spatiale de systèmes productifs locaux, dont certains revêtent une importante dimension technopolitaine. C. Demazière (2000) prolonge leur approche en Europe en élaborant la notion plus spécifique (mais moins technopolitaine) de système productif urbain, défini à léchelle dune ville (agglomération ou métropole) et caractérisé par une ou plusieurs spécialisations sectorielles. Les interrelations entre les établissements présents sur le territoire ne sont cependant pas aussi fortement développées que dans le cas du SPL classique, de taille plus réduite, chacun poursuivant de manière plus ou moins indépendante par rapport aux autres ses propres activités, logiques déchanges et trajectoires de développement, dans un contexte géographique de polarisation urbaine marqué par la juxtaposition spatiale de spécialités économiques et productives, qui ne sont pas forcément complémentaires entre elles.
Ces notions offrent un cadre conceptuel pertinent pour qualifier le territoire économique des grandes villes, et permettre lanalyse des formes de régulation à cette échelle. Le modèle métropolitain du patchwork de districts et celui du système productif urbain peuvent ainsi être transposés au cas de la métropole lyonnaise.
Lagglomération lyonnaise peut en effet être envisagée comme un système productif urbain composé dune multitude dentreprises aux interrelations variées, de la même manière quelle peut être vue comme une juxtaposition de systèmes productifs localisés, dont certains revêtent une dimension de milieu innovateur particulier, et qui sont plus ou moins en relation les uns avec les autres (voir infra, Section 2).
Conclusion de chapitre
La remise en cause de la pertinence, de la légitimité et de lefficience du niveau étatique dans lorganisation et la conduite de la régulation économique du système capitaliste conduit donc à reconnaître au territoire local un nouveau statut de moteur et de ressource pour le développement économique des entreprises. Les nouvelles logiques de fonctionnement des firmes, adaptées au contexte de mutation du régime daccumulation fordiste vers un système plus flexible et concurrentiel, donnent une plus grande importance aux dynamiques de spécialisation, dinnovation, de sous-traitance et de souplesse organisationnelle qui les traversent. Ces dernières ont ainsi une influence notable sur la nature et lintensité des relations qui unissent les entreprises et le territoire.
Un nouveau modèle de développement économique consacre lévolution du cadre référentiel de la régulation de léconomie depuis la crise des années 1970. Il fait la part belle à la capacité des territoires de créer et promouvoir des avantages comparatifs localisés susceptibles dattirer et/ou de maintenir sur place les entreprises et les acteurs économiques. Un rôle déterminant est notamment reconnu aux systèmes productifs locaux et à leur capacité à faire émerger des échanges et des coopérations entre les différents agents économiques.
Plus globalement, le modèle du développement économique local consacre lémergence nouvelle des acteurs politiques, économiques et institutionnels du territoire local dans lorganisation de la régulation économique. Les effets de croissance et de stimulation du développement économique sont attendus de leur intervention active pour améliorer lenvironnement général des entreprises et laccueil des investisseurs sur le territoire. Celle-ci nest supposée être possible et efficace quà condition que lensemble de ces acteurs arrive à coordonner son action au sein dun projet stratégique de développement à base territoriale.
Les grandes villes comme Lyon, et leurs agglomérations métropolitaines, se voient renforcées dans leur position de place centrale de léconomie mondiale. Elles constituent en effet des territoires très performants et attractifs au regard des besoins des firmes dans le nouveau contexte économique hyperconcurrentiel et dominé par les logiques dinnovation, en raison de la concentration de ressources matérielles et immatérielles quelles offrent aux acteurs économiques, mais aussi grâce au potentiel organisationnel et dinitiation que recèlent leurs systèmes sociaux, politiques et productifs.
III - Les atouts du système productif Lyonnais face au modèle de développement economique territorial
Lidée du développement local rapidement esquissée confère une importance toute particulière aux ressources territoriales et à la constitution d'avantages comparatifs propres au territoire local, ce que F. Corolleur et B. Pecqueur nomment des « spécificités territoriales » (Demazière, 1996). Daprès P. Veltz (1992), le nouveau modèle industriel territorial concurrentiel, qui remplace depuis les années 1970 le modèle hiérarchique fordiste, fait la part belle à la métropolisation et aux plus grandes villes. Lagglomération urbaine comme forme territoriale apparaît comme étant la mieux disposée dans le jeu de concurrence exacerbée qui sévit entre les territoires pour la captation et la polarisation des activités économiques stratégiques (voir la notion de ville assurantielle développée par ce même auteur).
Lagglomération lyonnaise, deuxième métropole française en termes de population (1.2 million dhabitants en 1999) et second pôle économique du pays après la capitale, bénéficie en effet de nombreux attributs spécifiques, situation géographique, héritage historique, base économique et système productif local, grands équipements structurants , qui lui confèrent une valeur assurantielle potentielle importante sur le marché des lieux de localisation pour les entreprises. Ils constituent également, du point de vue de la régulation économique exercée par les pouvoirs publics locaux, autant de leviers susceptibles dêtre activés, renforcés, mis en valeur ou développés à travers laction publique des autorités locales dans le champ de léconomie.
1- Géographie et histoire du système productif lyonnais
Lyon est située au confluent des deux axes fluviaux majeurs que sont la Saône et le Rhône, dans un couloir naturel situé entre le Massif Central et lensemble jurasso-alpin. Sa position géographique à la charnière entre la France du Sud (monde méditerranéen) et celle du Nord en fait un point de passage obligé des échanges économiques, humains et culturels, un carrefour central des grandes routes commerciales au moins depuis lAntiquité. Cette identité de ville carrefour est également façonnée par son glorieux passé historique, combinant polarisation et rayonnement religieux, ainsi que centralité commerciale et bancaire au sein de lEurope occidentale.
Au proto capitalisme de négoce qui fonde la puissance et le rayonnement de la ville de lAntiquité au Moyen Age, succède un puissant capitalisme bancaire et mercantile durant la Renaissance et la période classique, qui sappuie en grande partie sur le développement dune proto industrie textile centrée sur le tissage de la soie. Le rattachement de la ville au royaume de France au début du 14ème siècle apporte en effet protection et privilèges aux marchands et artisans lyonnais durant lAncien Régime : foires franches au 15ème siècle (4 permanentes), fabrication de la soie au tournant du 16ème siècle. Ces décisions royales ont une incidence directe sur la constitution dun puissant secteur bancaire et financier à Lyon, en attirant entre Saône et Rhône les marchands et forains du Piémont italien, ainsi que les banquiers florentins puis les artisans soyeux de Gênes (Braudel, 1986).
Une véritable industrie textile émerge de ce terreau au 19ème siècle, soutenue par les grandes banques locales (Crédit Lyonnais, Banque Morins-Pons
) et structurée par le système de la Fabrique hérité du 18ème siècle, dans lequel les Soyeux, donneurs dordres lyonnais, sappuient sur un réseau régional dartisans tisseurs sous-traitants. Cette industrie textile performante est elle-même à lorigine du développement des activités chimiques à Lyon, en liaison avec les besoins spécifiques en matière de teinture et dapprêts. Le développement dun important secteur mécanique est également lié aux besoins des activités textiles, notamment en métiers à tisser et machines pour le bobinage des fils. Les activités mécaniques se diversifient dès la fin du 19ème siècle pour répondre aux nouveaux besoins en matière de transports (chemin de fer, automobile, véhicules utilitaires) ou de mécanisation de la production manufacturière. Elles sont complétées par de nouvelles activités de construction électrique et de métallurgie induites par le développement de lénergie électrique dans les Alpes voisines, ainsi que par les activités liées à la navigation fluviale ou à la production/distribution du gaz déclairage (Laferrère, 1960 ; Labasse, Laferrère, 1966 ; Bayard, Cayez, 1990 ; Kleinclausz, 1948-1952 ; Latreille A., 1988).
Ainsi, lhéritage historique du pôle économique lyonnais traduit une grande capacité dinitiative et dentreprenariat au cours des siècles, caractérisé en outre par des phénomènes de coopération professionnelle et interprofessionnelle qui sont à lorigine de la diversification du système productif local : le textile lyonnais engendre la chimie et la mécanique lyonnaises.
Lindustrie lyonnaise polarise léconomie régionale au tournant du 20ème siècle du fait de sa position géographique centrale, mais ne constitue toutefois pas le facteur principal de développement des autres pôles industriels de la région. Saint Etienne, Grenoble, Oyonnax, Roanne bénéficient dune relative autonomie par rapport à Lyon dans leur décollage industriel, et tendent à nouer des relations directes avec la capitale parisienne, sans que le recours à Lyon ne soit un passage obligé pour leur développement. La métropole lyonnaise assure malgré tout un rôle de connexion et dinterface entre sa région et le reste du pays (voire du monde), en offrant notamment les services financiers de ses grands établissements bancaires (Crédit Lyonnais en tête) et de sa bourse de valeurs. Cette position est notablement renforcée par le développement du réseau ferroviaire dans la deuxième moitié du 19ème siècle, qui fait de Lyon le second nud de croisement des grandes lignes françaises après létoile parisienne, ainsi que par la tradition de formation professionnelle et technique que la ville recèle.
En effet, si luniversité lyonnaise ne brille pas par son ancienneté ou sa force de rayonnement historique, il en va tout autrement des nombreuses écoles techniques de lagglomération, issues du pragmatisme des acteurs économiques et des industriels locaux pour favoriser le développement et la pérennisation de leur branche dactivité (Molin, 1996). Lenseignement supérieur reste ainsi fortement marqué par le glorieux passé industriel de la ville et reflète la diversité de la base économique lyonnaise : Ecole de la Martinière (fondée en 1807), Ecole Centrale Lyonnaise (1837), Société dEnseignement Professionnel du Rhône (1864), Ecole Supérieure de Commerce (1872), Ecole de Chimie Industrielle (1883), Ecole Municipale de Tissage et de Broderie (1884), Ecole Catholique dArts et Métiers (1900), Institut de Chimie et Physique Industrielle (1919).
Lenseignement universitaire dEtat et la recherche publique ne sont véritablement promus à Lyon que depuis les Trente Glorieuses : « Dans le langage moderne, on dirait que les industriels lyonnais se méfiaient des universitaires et des technocrates » (Molin, 1996). Cet héritage encore fortement actif dans le domaine de la formation professionnelle confère à la métropole lyonnaise des atouts non négligeables en matière de qualification et de compétences professionnelles spécifiques de la main duvre. Une tendance générale à laugmentation de la qualification en découle (Bonneville, 1997).
Lyon a donc historiquement une dimension de métropole régionale et européenne notable, elle jouit dun rayonnement économique important fondé sur la diversité de ses compétences et savoir-faire particuliers dans le secteur industriel, malgré lécrasante domination parisienne qui limite plus ou moins fortement son développement selon les époques. La métropole lyonnaise reste en effet longtemps confinée dans un rôle économique secondaire au niveau national, à lombre de la capitale, situation qui se trouve renforcée par la logique centralisatrice de la politique économique nationale durant les Trente Glorieuses (voir 2ème partie).
La relative faiblesse de Lyon par rapport à la capitale est particulièrement visible dans le domaine des fonctions métropolitaines supérieures et dautorité économique, Paris captant lécrasante majorité des emplois de cadres et des sièges sociaux au niveau national. Le rapport entre Lyon et Paris est ainsi environ de 1 à 10 en matière de fonctions de direction et de décision économiques (Damette, 1994), la Région Rhône-Alpes dans son ensemble ne représentant que 8.1 % des emplois de décision en France en 1999 (RUL, 1999).
P. Veltz (1992) souligne cependant que face aux profonds changements que connaissent les principes dorganisation de la production et des firmes au cours des dernières décennies (le fonctionnement en réseau remplace lorganisation hiérarchique), le processus général de métropolisation de léconomie induit une nouvelle configuration économico-territoriale en France, assez favorable à la métropole lyonnaise. La constitution dune vaste « métropole-réseau » entre Paris, Lyon et quelques autres pôles économiques et urbains secondaires à léchelle du pays confère enfin à la ville le statut longtemps recherché de pôle relais ou alternatif dimplantation des grandes firmes sur le territoire français par rapport à la capitale.
2- La base productive lyonnaise
La base économique actuelle de la métropole lyonnaise repose sur un système productif local marqué par limportance du tissu des PME-PMI, malgré le fort développement depuis cinquante ans des grandes groupes industriels dans lagglomération (Rhône-Poulenc, RVI, Elf
). En 1994, 76 % des établissements industriels emploient moins de dix salariés, tandis quune dizaine détablissements seulement dépassent le millier demployés. Le constat est encore plus évident pour le secteur tertiaire : 6 % des entreprises comptent plus de 10 salariés, plus de la moitié ne sont composées que dune seule personne (RUL, 1994).
Cette structuration particulière du SPL tend à renforcer et à poursuivre la tradition dindépendance des entreprises lyonnaises, malgré laugmentation des relations de dépendance et de sous-traitance entre les petites structures et les plus grandes unités. Linternationalisation du système économique contribue par ailleurs à faire pénétrer les capitaux étrangers dans les entreprises lyonnaises. Ils émanent majoritairement dautre pays de lUnion Européenne, comme la Grande-Bretagne ou Allemagne, et induisent une certaine dépendance vis-à-vis de stratégies extérieures au SPL (25 %des capitaux étrangers sont originaires des Etats-Unis en 1992). Toutefois, cette infiltration des capitaux étrangers dans léconomie locale nest pas seulement un facteur négatif : la position stratégique de Lyon, comme porte dentrée dune vaste zone Sud-est de la France, tend à réaffirmer son statut de métropole régionale rayonnante, assurant linterface entre le territoire local et le reste du monde (Bonneville, 1997).
En 1990, Le Grand Lyon compte près de 600 000 emplois, dont la moitié est localisé dans la ville centre. Il constitue ainsi le second pôle demploi français après Paris. Lyon apparaît comme une ville encore assez fortement marquée par son profil industriel et généraliste, malgré limportant développement du secteur tertiaire, y compris des services aux entreprises, notamment au regard des autres villes de province du pays (Bonneville, 1997). La part de lemploi industriel (BTP compris) représente un peu moins du quart de lemploi total, alors que les services en couvrent près de 70 %, dont 34 % dépendent du secteur public (administrations déconcentrées et locales, offices HLM, hôpitaux, éducation nationale, Sécurité Sociale) (INSEE, 1998). En 1997, les mêmes proportions sobservent encore entre secteurs secondaire et tertiaire. Le nombre total demplois atteint 750 000 en 2005, répartis dans 117 500 établissements.
Entre 1989 et 1997, le Grand Lyon a perdu 12 600 salariés dans le secteur privé. La seule ville de Lyon a perdu 18 300 salariés tous secteurs confondus (INSEE, 1998), révélant limportant processus de « périphisation » de lemploi autour de la ville centre (Boino, 1999). Cette perte demploi saccompagne dune forte désindustrialisation, le Grand Lyon enregistrant une perte de 22 % des effectifs de lindustrie en 8 ans (-26 854 emplois). Ce sont essentiellement les communes de lEst et du Sud-est, traditionnellement tournées vers les activités industrielles, qui enregistrent les plus grosses pertes après la ville de Lyon (Vénissieux, Saint-Fons, Villeurbanne, Décines-Charpieu, Saint-Priest).
Le secteur tertiaire constitue en revanche la locomotive du maintien de lemploi dans lagglomération, bien quil ne compense pas en totalité les pertes liées à lindustrie. Lemploi salarié tertiaire privé augmente en effet de 9 % entre 1989 et 1997, la moitié de cet accroissement étant assurée par les services aux entreprises (+11 961 emplois). Léconomie lyonnaise affiche donc une très nette tertiarisation, dynamique qui sinscrit en cohérence avec les tendances générales de léconomie (voir supra), mais qui puise aussi ses origines dans la politique étatique de décentralisation tertiaire des années 1960-70 (voir 2ème partie).
Malgré les pertes sévères enregistrées par le secteur industriel lyonnais, sa grande diversité continue donc de caractériser le « modèle lyonnais », qui diffère notamment du « modèle parisien » reposant sur les activités élitistes ou des villes plus spécialisées comme Toulouse, Montpellier et Grenoble (Damette, 1994). Le maintien dun large panel de spécialités productives locales contribue ainsi à asseoir la position de la métropole lyonnaise dans lensemble économique national (Bonneville, 1997), comme la seule grande ville française véritablement industrielle, avec un indice de spécificité en matière de production matérielle supérieur à 170 par rapport à la moyenne des autres villes (Damette, 1994).
Toutefois, lindice élevé dans le domaine des activités dintermédiation montre quil existe un lien étroit entre lindustrie et le tertiaire dit « stratégique » à Lyon. Lagglomération représente même le premier pôle provincial de services stratégiques en 1990 avec 61 000 emplois, spécialisé dans les activités commerciales industrielles, la gestion des établissements industriels, le commerce de gros, la recherche appliquée et les services aux entreprises industrielles locales et régionales (Bonneville, 1997). Les services marchands aux particuliers et le commerce de détail, plus banaux et induits par le poids démographique de lagglomération, renforcent encore larmature tertiaire locale.
La grille danalyse des structures urbaines dactivité proposée par P. Beckouche et F. Damette (1993) permet de préciser le profil fonctionnel de léconomie de lagglomération lyonnaise, à partir de lidentification des fonctions de reproduction sociale, de production abstraite (recherche, gestion, commerce, marketing) et concrète (industrie et services pratiques), ainsi que des fonctions dautorité ou avales, toutes envisagées selon leur caractère individuel ou collectif. Lyon se positionne ainsi comme une métropole plutôt spécialisée dans les fonctions individuelles productives essentiellement industrielles (abstraites et concrètes), mais faiblement dotée en fonctions dautorité comparativement à dautres villes françaises, avec une place très importante également pour les fonctions collectives de circulation et dintermédiation au sens large (logistique, services spécialisés aux entreprises) (Larceneux, Boucon, Caro, 1998). Hormis ses faiblesses en matière de commandement économique, Lyon apparaît donc comme une métropole bien armée dans le jeu de concurrence exacerbée qui sévit entre les territoires.
L. Davezies (1998) pointe en outre le profil très particulier de lagglomération lyonnaise en France, qui détermine de manière assez positive ses possibilités de développement économique autonome vis-à-vis de lEtat et de la capitale : grâce au fort maintien de lindustrie dans le système productif local et au développement dun important secteur tertiaire marchand et industriel pour les entreprises, Lyon se positionne comme une ville globalement peu dépendante des fonds publics pour son développement économique, donc relativement bien disposée pour asseoir sa prospérité sur léconomie de marché. Le dynamisme propre du SPL lyonnais et de ses secteurs dactivités moteurs confère en effet à la métropole une capacité de développement endogène importante, notamment par rapport à Marseille ou Lille : la présence dun tertiaire industriel important et de services aux entreprises spécialisés facilite notamment le prolongement des mouvements technologiques dans les entreprises sur le territoire lyonnais, susceptible dentraîner croissance et progrès économique.
Piliers et moteurs du système productif lyonnais
Le SPL lyonnais reste donc caractérisé par limportance des activités de production industrielle et un profil généraliste, malgré une nette tendance à la tertiarisation depuis quarante ans. La répartition entre production de biens intermédiaires, biens déquipements et biens de consommation est assez équilibrée en comparaison des autres grandes villes françaises et régionales, avec cependant un léger avantage relatif pour les premiers. Lhéritage historique de léconomie locale, bâti autour de trois grands secteurs industriels piliers du développement des activités productives, confère un rôle encore déterminant au textile (6 000 emplois), à la chimie (17 000 emplois) et à la construction mécanique, automobile, électrique et électronique (40 000 emplois au total).
Ces filières industrielles ont en commun dêtre à lorigine dun vaste réseau de production, de sous-traitance et de coopération, qui couvre une grande partie de la région Rhône-Alpes (Bonneville, 1997). Le pôle économique lyonnais joue ainsi un rôle central de tête de pont pour lensemble productif régional, en polarisant les grands donneurs dordres et laccès vers les marchés extérieurs.
La notion de filière territorialisée de production, ou branche industrielle territorialisée, est mobilisée pour saisir linscription et lancrage dans le territoire local de lensemble des stades successifs délaboration et de fabrication de produits industriels ou de familles de produits, cest-à-dire de secteurs productifs dont toutes les étapes respectives de production, de la conception à la commercialisation, sont présentes sur le territoire considéré (Brunet, 1994). De la sorte, une ou plusieurs activités économiques, par leur organisation et le choix des acteurs impliqués, ont un lien de cause à effet, de structuration et didentité avec le territoire sur lequel elles sont implantées. La notion de filière ou de branche territorialisée permet donc de saisir les liens existant entre des stratégies privées et publiques au sein du territoire local quelles contribuent à produire (Vanier, 1997).
Le concept de secteur moteur vient compléter cet appareillage notionnel, en renvoyant à une autre dimension du système productif local, fondée à partir la théorie de la base développée par la pensée mercantiliste classique puis par léconomie spatiale et urbaine au 20ème siècle (Derycke, 1982 ; Aydalot, 1985 ; Camagni, 1996). Elle repose sur lidée que le développement du système économique dun territoire ou dune ville sappuie sur lexistence de branches dactivité locales, dites basiques, qui en exportant leur production vers lextérieur, sont à lorigine de la création dautres activités économiques sur le territoire, en lien direct ou non avec cette branche basique, et à destination de la population ou des entreprises locales. Ces branches dactivités agissent ainsi comme des moteurs de la croissance économique locale, grâce aux effets multiplicateurs dactivités et demplois quelles induisent. Ce concept permet de mettre en évidence les spécialisations économiques de la métropole lyonnaise, qui offrent des possibilités de création demplois et/ou qui sont susceptibles dentraîner et de renforcer la diversification et la croissance du système productif local.
Les trois grandes branches industrielles piliers du système productif lyonnais peuvent être décomposées selon plusieurs secteurs moteurs, incluant des activités qui appartiennent également à la vaste sphère du tertiaire et des services. Une étude réalisée par lassociation Economie & Humanisme identifie ainsi huit pôles dactivités majeurs et dix « micro-pôles dexcellence » (Minelle et alii, 1996). Elle sappuie sur lidentification statistique des secteurs basiques du SPL conduite à partir des fichiers STRATES de lINSEE par des chercheurs parisiens (laboratoire de lIL) visant à montrer que ces secteurs créent plus demplois dans lagglomération lyonnaise que les secteurs dactivité non basiques (Beckouche, Davezies, 1995).
Lanalyse des pôles majeurs de léconomie lyonnaise met en évidence la grande variété des activités, organisées selon quelques grandes branches qui recoupent en grande partie les trois grands secteurs piliers déjà identifiés, mais qui tendent à rendre plus ou moins poreuse la frontière normative établie entre le secondaire et le tertiaire :
La chimie, la pharmacie et le plastique ;
Lautomobile, léquipement automobile (y compris la fabrication de pièces détachées techniques en matière plastique) et lentretien/réparation ;
La mécanique et le travail des métaux ;
La fabrication déquipements électriques, aérauliques et frigorifiques, et délectroménager ;
Le commerce de gros déquipements industriels divers ;
La création de logiciels et le conseil informatique ;
La recherche & développement et la formation ;
La logistique et les transports.
La création de logiciels, le conseil informatique, la R&D et la formation occupent 9 000 emplois au total, le secteur de la logistique environ 15 000 (transport routier de marchandise interurbain et de proximité, entreposage, organisation des transports internationaux, messagerie et fret express, location de camions avec chauffeur, transports urbains de voyageurs), plaçant lagglomération lyonnaise au second rang après Paris au niveau national et confirmant sa vocation de centre déchanges économiques et de carrefour commercial. Ces trois secteurs relèvent de la sphère des services mais ont des liens très directs avec les activités productives. Ils illustrent bien létroite imbrication des différentes branches dactivités de léconomie lyonnaise entre elles et les grandes possibilités de coopération et déchanges réciproques existant sur le territoire local.
Lanalyse des dix « micro-pôles dexcellence » renforce encore limpression de grande proximité entre les différents grands domaines dactivité traditionnels, et de porosité entre monde des services et monde de la production industrielle au sein du SPL lyonnais :
Logiciels ;
Conseil informatique et services multimédias ;
Gestion de portefeuilles ;
Renseignement commercial (banques de données) ;
Conseil pour les affaires et la gestion ;
Travail temporaire ;
Textiles techniques ;
Instruments de précision ;
Bijouterie,
Environnement (réduction des nuisances et pollutions industrielles) ;
Biotechnologies (R&D en sciences physiques et naturelles).
Cette dernière liste fait apparaître en outre quelques spécialités lyonnaises en matière de services de haut niveau (ou supérieurs) pour les entreprises, dans les domaines du management, de lingénierie biologique et environnementale, ainsi que dans le domaine du numérique et de linformatique.
Ce dernier aspect tend notamment à atténuer la portée des allégations relatives à la faiblesse de la métropole lyonnaise dans ce domaine et au fait quelle aurait quelque peu raté le virage de linformatique au tournant des années 1970. Si un handicap certain en matière délectronique et de construction informatique et microélectronique demeure (Duval, 1995), la situation est assez différente en ce qui concerne les services informatiques (essentiellement destinés aux entreprises).
Lyon sapparente en effet plus au cas parisien quà Grenoble ou Toulouse pour la structuration de son système productif et technologique, notamment par rapport à la politique nationale daménagement du territoire des Trente Glorieuses : lagglomération lyonnaise reste globalement hors des circuits de distribution des surplus demplois massivement délocalisés depuis la région parisienne, étant déjà un territoire économiquement dynamique et attractif pour les grandes firmes de production et de services informatiques, notamment grâce à son important bassin demploi. A cette époque, les activités informatiques sont émergentes, mais ne concernent encore majoritairement que le secteur productif industriel, et non le secteur tertiaire : elles ont notamment besoin pour simplanter de surfaces importantes. Cest donc logiquement dans la périphérie Est de lagglomération (zone de plaine disposant de grandes réserves foncières idéales pour lindustrie) que les premiers établissements de construction informatique sinstallent, y compris dans la ville nouvelle voisine de lIsle dAbeau (i.e. hors agglomération lyonnaise), bénéficiant ainsi de la proximité du réseau autoroutier et du marché potentiel offert par la grande ville, sans en assumer les surcoûts fonciers.
Grenoble et Toulouse, villes phares des technologies informatiques en France, se distinguent de Lyon pour le secteur global de la production de biens et de services informatiques, notamment par les effectifs employés dans la recherche et la fabrication de matériel informatique. Toutefois, si lon ne considère que les effectifs employés à la production de services liés à linformatique, la hiérarchie entre les trois agglomérations sinverse, Lyon retrouvant sa place de seconde métropole tertiaire informatique en France et se rapprochant, bien que loin derrière, du profil parisien.
Pourtant, en 1995, Lyon noccupe encore que la cinquième place en matière demplois stratégiques derrière Paris, Grenoble, Montpellier et Toulouse (en proportion de lemploi total), bien que lagglomération concentre plus demplois dans les services informatiques (conseils en systèmes informatiques, réalisation de logiciels, commerce de gros de matériel informatique et traitement de données) que dans les activités de fabrication informatique. Ceci peut dailleurs en partie expliquer les moindres effectifs dans la recherche informatique à Lyon, celle-ci accompagnant très souvent les activités de fabrication de matériel, minoritaires dans lagglomération, mais beaucoup plus rarement les activités de conseil ou de services informatiques, majoritaires dans lagglomération lyonnaise.
Pour faire simple, on peut dire que Lyon est spécialisée dans la production de contenus (« soft »), tandis que Grenoble est plutôt tournée vers la production de contenants (« hard »). Traditionnellement, les fabricants dordinateurs fournissaient à la fois les machines et les contenus, mais la généralisation de lusage informatique au cours des années 80, au sein des entreprises mais aussi chez les particuliers depuis les années 90, a conduit à la multiplication des entreprises spécialisées dans les logiciels et dans linformatisation des tâches dans lagglomération lyonnaise. Les figures emblématiques de ce secteur à Lyon sont notamment les firmes Atari (ex-Infogrames, n°2 mondial du jeu video) et Cegid (progiciels).
Ainsi, Lyon, à limage de lIle-de-France, soriente, face à lémergence des nouvelles technologies informatiques, plutôt vers un profil métropolitain, à linverse de ses concurrentes qui misent essentiellement, selon la stratégie de lEtat central et sous la domination de grandes firmes de construction informatique, sur le binôme fabrication et recherche correspondant au profil de « villes industrielles modernes » (Beckouche, 1993). Lyon sapparente donc de plus en plus au profil dune métropole tournée vers la haute technologie à limage de Paris, mais avec les activités de fabrication en plus et les fonctions dautorité et de gestion en moins.
Si Lyon veut se positionner comme la principale « alternative parisienne » française pour la localisation des activités de commandement et de R&D, le retard pris dans le secteur de l'informatique peut lui être préjudiciable, tout comme la faible intégration des industries électronique et informatique au sein de sa puissante base industrielle. Un des aspects positifs reste cependant la moindre dépendance décisionnelle et financière du secteur informatique lyonnais, structuré autour dun tissu de PME majoritairement locales et bénéficiant également de lassise régionale de certains grands établissements implantés sur son territoire.
Loin derrière Paris dont linfluence sétend à tout le Nord du pays, Lyon est la seule ville après la capitale dont les effectifs de la fonction commercial-marketing évoluent positivement, et qui soit ainsi capable de rayonner à court terme sur le Sud de la France dans le domaine des activités informatiques.
Linscription territoriale du système productif métropolitain lyonnais
Lagglomération lyonnaise est, après Paris, une des rares villes françaises, avec Marseille, susceptibles de pouvoir prétendre au statut de métropole, si tant est que la métropolisation est un processus de « renforcement des fonctions économiques supérieures en matière de décision, de direction et de gestion des systèmes économiques et de leur concentration dans quelques pôles urbains majeurs » (Bonneville, 1993b, p.223). La métropolisation se caractérise également par une recomposition interne des systèmes urbains propres aux grandes agglomérations, plus particulièrement par une « recomposition des structures économiques et de leur territorialisation » (Bonneville, 1993b, p.234). A chaque branche dactivités du SPL lyonnais correspond un type de localisation métropolitaine et une évolution propre de cette inscription territoriale. Des phénomènes de polarisation sélective, de diffusion spatiale des activités économiques et dhétérogénéisation de lespace économique lyonnais sont ainsi à luvre au sein du territoire métropolitain lyonnais.
Ces dynamiques territoriales se traduisent par un double phénomène de concentration des fonctions économiques supérieures dans le centre et de diffusion spatiale des autres activités jugées moins stratégiques (production, logistique, centres de gestion technique
), selon des logiques relativement diversifiées propres à chaque branche. Schématiquement, le partage des rôles entre lagglomération centre et ses périphéries périurbaines sorganise de manière à ce que Lyon commande et ordonne, tandis que les périphéries exécutent. A mesure que certaines fonctions se concentrent à Lyon, linfluence de la ville, en termes de bassin demploi et de migrations alternantes, sétend sur un territoire plus vaste, qui couvre le département du Rhône et une partie de lIsère, de lAin et de la Loire (Région Urbaine de Lyon).
La diffusion spatiale à partir du centre est toutefois plus marquée pour les résidences que pour les emplois (Boino, 1999). A léchelle du bassin demploi de Lyon, les emplois sont plus concentrés dans le centre de lagglomération que les actifs et ont tendance à se localiser en des points privilégiés de lespace en séloignant du centre, cest-à-dire en délaissant certains endroits, alors que les actifs (i.e. les résidences) se répartissent de façon plus homogène, même en périphérie (Andan, Tabourin, 1998). La même étude révèle que le nombre demplois croît plutôt dans les espaces de la proche périphérie lyonnaise quaux confins du bassin demploi, ce qui tend à confirmer linscription territoriale du SPL lyonnais au niveau de lagglomération à proprement parler, cest-à-dire du Grand Lyon. Le détail par grand secteur dactivités permet de saisir plus finement les différences au sein des dynamiques territoriales qui animent le SPL lyonnais.
Lindustrie
La filière chimique sarticule autour de la chimie de base, de la chimie organique de synthèse, de la para-chimie (ou biochimie) et de lindustrie pharmaceutique. Elle repose en grande partie sur les activités déployées à partir de deux grandes firmes mondialisées nées à Lyon, que sont anciennement Rhône-Poulenc (et ses nombreuses filiales comme Rhodia) et Atochem du groupe Elf. La chimie de base est ainsi essentiellement localisée dans le Sud de lagglomération, sur les communes de Saint-Fons, Feyzin et Pierre-Bénite, qui constituent le célèbre Couloir de la chimie concentrant centres de recherche et unités de production. La biochimie est caractérisée par une localisation plus centrale dans lagglomération, notamment en raison de limplantation depuis 1977 du siège mondial, des services commerciaux et du centre de recherche de Rhône-Poulenc Agrochimie dans le 9ème arrondissement de Lyon (Vaise, site de Rochecardon la Dargoire). De la même façon, les activités de recherche et de direction dans le secteur de la pharmacie sont fortement concentrés dans la ville centre, majoritairement dans le quartier de Gerland (BioMérieux, Institut Pasteur, Institut Mérieux, Laboratoire P4 de virologie
).
Par contre, les activités de production de la biochimie et de lindustrie pharmaceutique ont fait lobjet durant les années 1960-70 dune large diffusion dans lespace périphérique de lagglomération : dans la vallée de la Saône au Nord (Roussel-Uclaf à Neuville-sur-Saône, usines RP Agrochimie de Villefranche-sur-Saône ex-Péchiney-Progil en dehors de lagglomération), sur les coteaux de lOuest à Marcy lEtoile et Chaponost (BioMérieux, Pasteur Mérieux Sérums et Vaccins, IMEDEX) ou encore à Saint Genis-Laval (INSEE, 1998). La pharmacie présente lindice de spécificité le plus élevé de toutes les filières industrielles lyonnaises, avec 2.34 en 1997 (Bonneville, 1997), ce qui signifie que cette filière est particulièrement ancrée dans le territoire local et constitue une véritable spécialité au sein du système productif lyonnais.
La branche mécanique et automobile, ainsi que ses dérivés que sont lindustrie électrique et électronique, sont fortement marquées par lhéritage historique local voir laventure de lillustre Berliet, mais aussi la multitude de petits constructeurs-mécaniciens indépendants lyonnais du début du 20ème siècle. Elle est à lorigine dun important tissu de sous-traitance qui sest largement diversifié et diffusé dans lespace régional avec le temps : fourniture de pièces détachées (usinage, fonderie, traitement de surfaces, décolletage et mécanique de précision), transformation de matières plastiques, matériaux composites, équipements électriques et électroniques
Ces activités sont majoritairement localisées dans le Sud et lEst de lagglomération pour lindustrie automobile (Vénissieux et Saint-Priest accueillent les usines RVI-Renault Trucks et leurs 6 000 salariés), pour la production de biens déquipements mécaniques et électriques et pour la métallurgie (Décines-Charpieu, Vaulx-enVelin, Chassieu, Mézieux. La commune de Lyon nest pas en reste malgré le desserrement des activités productives opéré durant les Trente Glorieuses, elle supplante même Villeurbanne en effectifs salariés. Cette dernière apparaît pourtant comme la localisation privilégiée et traditionnelle pour une grande partie des activités industrielles, notamment mécaniques, métallurgiques et électriques, expulsées hors de la ville centre (voir supra, 2ème partie).
Contrairement à la chimie et à la pharmacie, la branche de la mécanique et de la construction électrique présente un indice de spécificité légèrement inférieur à 1, bien que celui de la filière automobile soit de 1.6, traduisant lancrage historique de celle-ci dans lagglomération. Rhône-Alpes est en effet la première région mécanicienne française (18 % du potentiel national de la branche), elle présente un important pôle de compétence autour de ces filières, hérité notamment du développement industriel des régions alpines (décolletage dans la vallée de lArve) et entretenu depuis par un riche tissu de PME-PMI organisé en réseaux de sous-traitance. La position de lagglomération lyonnaise dans cet ensemble savère donc beaucoup moins dominatrice et hégémonique que pour la chimie ou lindustrie automobile.
La branche du textile et de lhabillement sest développée au 20ème siècle autour des activités de production de fibres synthétiques, mais elle est en profonde régression depuis trente ans dans lagglomération (RP Textiles et Rhodiaceta, aujourdhui disparues). La région lyonnaise représente quand même près de 20 % de la production textile française, avec une nette spécialisation dans la production de fibres techniques (75 % de la production nationale est issue de la région Rhône-Alpes) et des textiles hauts de gamme (soieries notamment). Lyon et Villeurbanne, qui étaient les deux places fortes du textile dans lagglomération, ont perdu le tiers des effectifs de ce secteur entre 1982 et 1990 (Beckouche, Davezies, 1993b).
Des pôles dactivité textile se maintiennent dans la banlieue lyonnaise, à Rillieux-la-Pape, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Pierre-Bénite, et dans le Val de Saône au Nord. Si ce secteur ne représente plus autant demplois que par le passé (la seule usine Rhodiaceta de Vaise a compté jusquà 6 000 salariés), la richesse de la métropole lyonnaise en matières dorganismes de formation professionnelle fait cependant du territoire local un centre dorganisation pour la production régionale non négligeable, jouissant également sur quelques aspects très pointus dun rayonnement international avéré (implantation du centre de ressources des industriels du textile UNITEX à Vaise).
Les services
Les services aux entreprises, y compris les services financiers et bancaires, sont majoritairement localisés dans la ville centre (Lyon), puis dans une moindre mesure à Villeurbanne et dans les communes du Nord-ouest de lagglomération. Les communes de lEst, non totalement dépourvues de tertiaire, restent globalement marquées par un profil industriel dominant (INSEE, 1998). Le développement des services aux entreprises dans lagglomération est du à la fois à limplantation locale de filiales de grands groupes parisiens ou étrangers (cabinets dexpertise comptable Ernst & Young, Arthur Andersen, Coopers & Lybrand ACL, Deloitte & Touche, agences de publicité Euro RSCG, Havas) et à la mise en place dentreprises locales qui accompagnent lessor économique de la métropole lyonnaise et de sa région (cabinets comptables, conseils en management, bureaux détudes, conseils en services informatiques, renseignement économique, conseils juridiques, avocats daffaires
).
De façon plus générale, la concentration géographique des services aux entreprises autour de Lyon est élevée, Lyon et Villeurbanne rassemblant 57 % des salariés du secteur en 1998 (INSEE Rhône-Alpes, 1998). Si toutes les activités y sont représentées, Lyon excelle dans la publicité, les études de marchés et les sondages, tandis que Villeurbanne brille plutôt par ses nombreuses sociétés de services informatiques, ses cabinets darchitectes et ses bureaux dingénierie et de contrôle. Deux pôles tertiaires secondaires se dégagent également dans lagglomération : le premier à lOuest, très développé (plus de 1 000 salariés par commune le long de lautoroute A6 vers Paris, avec des profils de quasi mono activité) en forte croissance et regroupant les activités les plus nobles (conseil et assistance aux entreprises, services bancaires) ; le second à lEst, plus spécialisé dans les services opérationnels et la logistique (commerce et tertiaire industriel). Ici, les seuls points forts dans les activités de conseil et dassistance proviennent dentreprises isolées, le plus souvent liées à de grands groupes industriels (ancien centre de recherche de RP Industrialisation à Décines-Charpieu).
Le tertiaire supérieur au sens plus large (banques, assurances, immobilier, services marchands aux entreprises, santé et administration générale) voit sa centralité se renforcer à mesure quil se développe dans lagglomération, malgré une croissance également très soutenue en périphérie : la moitié des nouveaux emplois de ce secteur se concentrent dans un rayon de 5 km autour de lhyper centre de Lyon. Ceux qui sont situés en périphérie relèvent essentiellement de la santé, de ladministration et des services marchands aux entreprises (notamment de la logistique). Les quartiers centraux de Lyon et Villeurbanne accueillent donc la majeure partie de cette concentration, selon une logique de polarisation intra-urbaine autour des principaux axes desservis par le métro, qui concentrent la plupart des sièges sociaux ou des directions publiques et privées locales : Nord-Sud de la Cité Internationale à Gerland (6ème, 3ème et 7ème arrondissements de Lyon), Ouest-Est de Vaise à Bron et Saint-Priest, en passant par la Guillotière Saxe-Gambetta, La Part-Dieu, Grange-Blanche et Villeurbanne (9ème, 7ème, 3ème, 8ème arrondissements) (Bonneville, 1993).
En revanche, le tertiaire quotidien (éducation nationale, action sociale, commerce de détail, services aux ménages, hôtels, bars, restaurants, postes et télécommunications, production/distribution dénergie) est beaucoup plus dépendant de la localisation de la population. Il suit donc globalement les évolutions de localisation des résidences pour ses implantations spatiales, cest-à-dire une dynamique de diffusion relativement homogène dans lespace. Ces activités se maintiennent à peu près au même niveau dans le centre de lagglomération, parallèlement à leur augmentation en périphérie pour suivre les dynamiques de périphisation et de périurbanisation de la population (Boino, 1999).
Enfin, le tertiaire périphérique (commerce de gros, logistique, grandes surfaces commerciales de détail, réparation et commerce automobile), également en fort développement, délaisse massivement la partie centrale de lagglomération au profit de la périphérie. Ces activités se reportent dans la première couronne (entre 5 et 15 km du centre), essentiellement dans la partie Est de lagglomération, en liaison avec la réalisation de la Rocade Est depuis 1993 et la mise en uvre de pôles logistiques à Corbas, à Bron Saint-Priest et à lIsle dAbeau (hors agglomération).
La proximité immédiate des grands axes et nuds de communication (autoroutes, aéroport et gare TGV) favorise laccessibilité de ces espaces et donc leur attractivité pour ce secteur dactivités. On les retrouve ainsi dans une bien moindre mesure aux portes Nord-ouest et Nord-Est de lagglomération (Limonest, Dardilly ; Miribel et Côtière de lAin). La ville de Lyon accueille cependant encore plus du tiers des grossistes de lagglomération, surtout dans le textile et lhabillement (1er arrondissement de Lyon : quartiers des Terreaux et des pentes de la Croix-Rousse). Lyon et son agglomération se positionnent comme la principale porte dentrée des marchandises pour la distribution dans la région et au delà. Limportance des activités liées aux transports vient en grande partie de la position de carrefour de la métropole, mais également des grands équipements structurants quelle abrite (port fluvial, aéroport, TGV, nud autoroutier).
La métropole lyonnaise polarise ainsi les services généraux et qualifiés pour lensemble de la région Rhône-Alpes et une partie du quart Sud-est du pays, malgré une forte concurrence avec les autres grandes villes sur ce secteur (Grenoble, Annecy, mais aussi Genève, Marseille
). Ces dynamiques mettent en lumière lintégration fonctionnelle du centre et des périphéries urbaines dans une logique de fonctionnement économique et urbain commune (Beckouche, Davezies, 1993), ainsi quun certain accroissement du commandement économique exercé depuis la métropole lyonnaise, notamment sur lentité territoriale, fonctionnelle et économique que constitue la Région Urbaine de Lyon (voir 2ème partie).
Rayonnement métropolitain et diversité du tertiaire lyonnais
Les services dans leur ensemble, aux particuliers et aux entreprises, banaux et spécialisés, représentent la plus grosse masse demplois de lagglomération, avec 281 400 salariés en 1997. 30 % de ses services regroupent deux branches dactivités particulières, qui apparaissent comme des spécialités du pôle lyonnais : les services opérationnels et les activités de conseil et dassistance (INSEE, 1998). Le commerce de gros (32 000 emplois), les activités financières, immobilières et logistiques se détachent aussi, conférant au secteur des activités dintermédiation (140 000 emplois au total en 1990) une importance équivalente à celle du secteur productif direct en effectifs de main duvre (Bonneville, 1997).
Les activités dintermédiation constituent lapanage des métropoles dinterface comme Lyon, qui font le lien entre les espaces régionaux et lespace mondial en assurant le rôle de ville « tête de pont » entre la région et le reste du monde, et qui sont ainsi de fait positionnées à la tête dun réseau de villes régionales secondaires. Le fonctionnement en réseaux des territoires urbains est dailleurs lune des nombreuses caractéristiques de la métropolisation : aux proximités spatiales se substituent des proximités fonctionnelles, économiques et culturelles entre les villes au sein des espaces régionaux et transnationaux, comme entre les espaces qui constituent les métropoles à une échelle plus grande.
Le cas de Rhône-Alpes, autour de Lyon, est généralement présenté comme le plus abouti des réseaux de ville en France. La métropole lyonnaise est en effet à la tête dun réseau de villes qui sétend bien au-delà des frontières régionales, notamment en Bourgogne, en Franche-Comté et en Auvergne. La relation est ainsi dominante avec Valence, Bourg-en-Bresse, Saint Etienne, Vienne et Roanne, forte avec Grenoble et Annecy, mais aussi significative avec Clermont-Ferrand, Dijon et Besançon (Damette, 1994). Ces relations plus ou moins étroites entre les villes de la « grande région lyonnaise » sont en grande partie conditionnées par lorganisation et la localisation différenciée des services rares et supérieurs entre ces villes. Lyon apparaît comme le pôle urbain le mieux doté en matière de fonctions tertiaires supérieures, qui offrent ses services aux pôles secondaires, dans une logique de rayonnement métropolitain.
Par sa grande concentration de services aux entreprises considérés comme supérieurs et relativement rares, lagglomération lyonnaise est, de fait, la seule grande ville française avec Paris à pouvoir véritablement prétendre au statut de métropole dun point de vue strictement économique. Elle rassemble en effet 47 % des emplois de type métropolitain supérieur de la région Rhône-Alpes, correspondant aux fonctions de direction, de gestion, de commerce et marketing, de conception, dingénierie et de recherche (Beckouche, 1993). Elle concentre plus globalement les deux tiers de services aux entreprises de la région et présente une offre diversifiée, le plus souvent spécialisée dans des prestations à fort contenu de conception et de conseil, rayonnant sur un large espace de clientèle dépassant les limites régionales (Mayere, Vinot, 1993).
Toutefois, malgré le renforcement de sa position de capitale régionale pour les services aux entreprises en général entre 1984 et 1996, lhégémonie du pôle lyonnais dans les services opérationnels et informatiques, ainsi que dans les activités de conseil, de recherche et dingénierie est moins marquée quavant, les pôles secondaires de la région (Grenoble, Saint Etienne, Annecy
) ayant développé leurs propres services aux entreprises, mieux adaptés aux particularités et aux besoins de leurs systèmes productifs locaux (INSEE Rhône-Alpes, 1998).
La position exceptionnelle de Lyon par rapport aux autres villes de province dans le domaine de la banque et des services financiers est quant à elle directement liée à lhéritage historique de la Renaissance puis du 19ème siècle, qui a vu le développement de prestigieux établissements comme le Crédit Lyonnais, La Société Lyonnaise de Banque ou la Banque Morins-Pons, ainsi que linstallation de la seconde bourse de valeurs du pays (fermée dans les années 1980). La situation géographique de la ville explique également limportance des activités bancaires en son sein et leur fort potentiel de rayonnement géographique au niveau régional, voire suprarégional : la plupart des grandes banques nationales y ont en effet implanté leurs directions régionales pour le grand quart Sud-Est du pays (voir 2ème partie).
Linfluence métropolitaine et le rayonnement de lagglomération lyonnaise en matière de services financiers est donc relativement importante, même si lécrasante domination parisienne et la forte centralisation des institutions financières dans la capitale continuent de la maintenir bien en dessous du niveau de rayonnement atteint par les autres métropoles européennes de rang comparable. Malgré la création dorganismes de participation comme SIPAREX, Lyon nest plus une véritable place financière, mais présente quand même des compétences locales notables de relais ou de mise en contact pour les entreprises régionales désireuses daccéder à des conseils ou des services financiers supérieurs et hautement spécialisés.
Le potentiel de rayonnement international de la métropole lyonnaise (économique, culturel, touristique)
La question de linternationalité des villes, notamment européennes, est largement traitée depuis la fin des années 1980, en liaison avec la construction de lEurope économiquement intégrée scellée par le Traité de Maastricht (1992). Les recherches conduites dans ce contexte sont essentiellement orientées vers lappréhension du degré dinternationalisation des villes, de la nature des processus dinternationalisation et de la capacité des villes à rayonner au delà des frontières régionales et nationales. Une ville internationale nest ainsi pas forcément (ou seulement) une ville où siège des institutions internationales, à limage de Genève, Paris ou Bruxelles, mais cest dabord une ville dhommes daffaires accessible, ayant une base économique diversifiée ainsi que toutes les structures et équipements (hôtels de luxe, lycée international, centres de congrès, entreprises dinterprétariat), et lenvironnement (espaces publics de qualité, monuments symboliques et patrimoine urbain, programmes artistiques, culturels et de loisirs « haut de gamme », cadre de vie et offre de logements de standing) nécessaires, voire indispensables pour accueillir les hommes daffaires (Buisson, 1993).
Face à ces critères, la métropole lyonnaise semble tout à fait disposée à participer à la course à linternationalité qui occupe la majeure partie des grandes villes européennes depuis les années 1980, notamment grâce à sa position de carrefour sur un nud majeur des réseaux de communication et de transport régionaux, nationaux et internationaux. Elle est en effet classée parmi les villes en cours dinternationalisation, cest-à-dire comme une ville internationale non complètement aboutie, mais qui remplit environ 80 % des critères dinternationalité identifiés par les experts pour qualifier les villes. Les potentialités de Lyon comme ville internationale, ou du moins comme métropole européenne, sont donc assez fortes, lui permettant de sinscrire dans la catégorie des métropoles européennes de troisième rang, à limage de Turin, Zurich ou Liverpool (RUL, 1999). Cette position est en partie liée à limplantation dans lagglomération de sièges dinstitutions internationales à fort rayonnement comme Interpol, Euronews et le Centre international de recherche sur le cancer.
Lyon appartient plus précisément au groupe des villes internationales ayant un rôle dinterface entre léconomie mondiale et leur région (Bonneville, Buisson, Rousier, 1993). Elle se distingue ainsi des villes internationales spécialisées dont louverture au monde est dépendante de linternationalisation de leur base productive, mais aussi des villes internationales tirant leur statut des fonctions de régulation des relations internationales quelles abritent. La métropole lyonnaise constitue la « porte dentrée » de léconomie globale dans un espace régional qui couvre lensemble de la région Rhône-Alpes mais également la majeure partie du quart Sud-est de la France, grâce à limportance et à la diversité de sa base économique dune part, et à la puissance démographique et économique de la région quelle dessert dautre part. Toutefois, lactivité des sociétés de commerce extérieur implantées à Lyon ne permet pas de mettre en évidence le rôle de centre de redistribution régionale de la métropole, ces entreprises uvrant essentiellement à la satisfaction des besoins de la base économique locale (Bonneville et alii, 1993).
Les secteurs dactivités industriels lyonnais qui regroupent le plus grand nombre dentreprises sont également ceux qui ont la plus grande proportion de firmes exportatrices, comme le textile et la chimie. Dans le secteur tertiaire, 68 % des sociétés exportatrices appartiennent à la branche du commerce de gros, confirmant le rôle dinterface joué par Lyon vis-à-vis de la région. Linternationalité issue de son rôle dinterface rend la métropole lyonnaise particulièrement sensible aux enjeux liés à louverture sur lEurope, dans le contexte de consolidation et de parachèvement de lintégration des économies nationales au sein de lUnion Européenne. Cest en effet un moyen pour la ville de saffranchir enfin du joug parisien et de développer un système productif local plus indépendant vis-à-vis de la centralité économique de la capitale, capable de nouer des liens économiques directs avec dautres territoires en Europe ou dans le monde, sans passer nécessairement par Paris.
La base économique locale constitue ainsi, sur certains segments spécifiques, un facteur dinternationalisation non négligeable pour la métropole lyonnaise, renforcé également par la présence de capitaux étrangers dans certaines entreprises appartenant à ces mêmes filières industrielles : 23 % des firmes de la para-chimie, de la pharmacie, de la construction électrique et mécanique sont concernées, mais seulement 6.5 % dans le secteur tertiaire (Bonneville et alii, 1993). Ces indicateurs sexpliquent en partie par la « renommée internationale » des productions et savoir-faire lyonnais et révèlent une intégration de la base économique locale dans léconomie mondiale, au moins sur certains pôles de compétences particuliers.
Par contre, la métropole lyonnaise présente encore quelques lacunes en matière de rayonnement international, notamment dans les domaines considérés comme déterminants que sont lorganisation de salons professionnels, de congrès et de foires ou lanimation culturelle et artistique. Si Lyon est la première place régionale en proposant un nombre important de salons spécialisés (34 en 1997, ayant drainé plus de1.1 million de visiteurs) grâce à des structures daccueil adaptées (Palais des Congrès de la Cité Internationale, qui remplace le Palais de la Foire déménagé dans la périphérie Est de Lyon sur le site Eurexpo, complété en 2005 par la nouvelle Salle 3000, Halle Tony Garnier à Gerland, Espaces Double-Mixte et Tête dOr à Villeurbanne), le rayonnement international des événements organisés à Lyon reste très faible. Ils savèrent être en outre plus fréquemment le vecteur de pénétration des produits étrangers dans la région que de lexportation des produits régionaux et lyonnais vers le reste du monde (Bonneville et alii, 1993). La faiblesse des activités dinterprétariat dans lagglomération traduit de plus la vocation plus nationale quinternationale de la plupart de ces événements économiques ponctuels (Beckouche, Davezies, 1999).
Le manque de grands hôtels de luxe de classe internationale renforce également le caractère limité du rayonnement de Lyon comme place de grandes manifestations économiques ou scientifiques internationales. Le nombre de congrès internationaux tenus dans lagglomération lyonnaise, après avoir augmenté entre 1992 et 1995, est en effet redescendu au niveau du début des années 1990 pour lannée 1998. En 1997, Lyon apparaît certes dans le classement des 25 premières villes européennes de congrès, mais seulement à la 23ème place. Les critères décisifs quant au choix dune ville daccueil pour localiser une telle manifestation sont laccessibilité, lattractivité, la notoriété et la capacité dhébergement (RUL, 1999). La métropole lyonnaise répond assez bien aux trois premiers, notamment du fait de sa position géographique, de la puissance et de la diversité de sa base économique et de linscription de son centre sur la liste du patrimoine mondial de lUNESCO, mais pèche sur le dernier en raison de la faiblesse de ses équipements hôteliers.
Le tourisme daffaires et la fréquentation touristique en général à Lyon souffrent de la domination économique parisienne et de lextrême centralisation culturelle qui caractérise la France. Les professions intellectuelles supérieures et artistiques lyonnaises ne représentent ainsi quà peine plus de 5 % du potentiel des 100 premières unités urbaines du pays. A léchelle européenne, lexistence de Lyon est quasiment nulle dans les secteurs de lédition (livres, musiques et techniques), de la production cinématographique et de la production télévisuelle.
Pourtant, Lyon possède un passé très riche dans lédition (la ville est un grand centre dimprimerie durant la Renaissance), dans le cinéma (les Frères Lumière lont inventé à Lyon à la fin du 19ème siècle). Quelques chaînes de télévision sont aussi implantées dans lagglomération (France 3 Régions, Euronews, Télé Lyon Métropole), et de nombreux petits labels de musique indépendants tentent de se développer entre Saône et Rhône depuis 10 ans. La défaillance de Lyon en matière daudiovisuel ne se retrouve pas dans toutes les autres grandes villes dEurope non capitales, ce handicap pour le rayonnement international étant typiquement français (on le retrouve dailleurs à Marseille dans une moindre mesure, et à Lille).
Cependant, Lyon occupe une position un peu plus avantageuse dans le secteur de la presse écrite et de la radio, grâce à la survivance de véritables institutions locales comme le journal Le Progrès ou la présence dun important terreau de radios associatives dont certaines ont fini par acquérir une renommée et une audience nationale (Nostalgie). Elles ne permettent toutefois pas de renforcer directement le rayonnement international de la ville, mais confortent a minima sa place dans le paysage français.
Les activités culturelles, plus emblématiques que directement productives et économiques, constituent un enjeu stratégique de premier ordre pour les métropoles désireuses de construire une image attractive et rayonnant de leur territoire. Malgré des faiblesses en termes demplois culturels, lagglomération lyonnaise possède néanmoins un potentiel en matière déquipements culturels et de grands événements collectifs relativement riche. Plusieurs théâtres jouissent en effet dune grande renommée (Célestins, Croix-Rousse, Ateliers), comme lOpéra, lAuditorium M. Ravel et lOrchestre National de Lyon dans le domaine musical. La Maison de la Danse et la Biennale de la Danse sont également des vecteurs de rayonnement international importants pour la ville, dont lesprit tente dêtre dupliqué à travers lorganisation de la Biennale dArt Contemporain en appui avec le Musée dArt Contemporain et de la Biennale Jeunes Publics en collaboration avec le Théâtre des Jeunes Années. Enfin, le riche patrimoine historique de la ville est mis en valeur grâce aux nombreux musées lyonnais (Beaux-Arts, Tissus, Hôtel de Gadagne, Automobile, Maison des Frères Lumières), ainsi quà travers la Fête des Illuminations du 8 décembre.
Si lagglomération lyonnaise est assez bien dotée sur le plan international grâce à limportance de quelques pôles de compétences, elle nest guère avantagée dans le domaine de lévénementiel du rayonnement culturel et de la fréquentation touristique. Le statut métropolitain de la ville sexplique dabord par ses capacités de structuration dun ensemble régional, grâce au développement de nouvelles proximités fonctionnelles et économiques en réseau, mais le statut de ville internationale demeure encore précaire et soumis à quelques conditions, comme le développement des équipements hôteliers, linternationalisation plus poussée de sa base économique et le renforcement de loffre culturelle afin daméliorer lattractivité touristique.
Les grands équipements structurants (infrastructures et superstructures)
Les possibilités de croissance et de développement du système productif lyonnais sont assez directement liées aux potentialités du territoire métropolitain local en matière de grands équipements à vocation économique. Ces attributs permettent notamment dévaluer la qualité de support de lactivité économique dun territoire et ainsi de mieux comprendre les causes de la force ou de la faiblesse de lagglomération dans le jeu de concurrence qui sévit entre les villes et les territoires urbains. Les équipements à vocation économiques sont en effet fondamentaux et indispensables, tant pour assurer laccessibilité et la connexion entre le territoire local et le reste du monde, que pour faciliter les liaisons internes entre les différents espaces qui constituent le territoire local, ou encore pour contribuer à son rayonnement et à sa notoriété économiques, culturels et touristiques.
Du fait de sa position géographique de carrefour, lagglomération lyonnaise bénéficie dune desserte routière, autoroutière, ferrée, fluviale et aéroportuaire assez remarquable, elle constitue ainsi le second nud de connexion des transports français après Paris. Lautoroute A6 relie Lyon à la capitale et à lEurope du Nord, lA7 fait le lien avec le Sud de la France (et les péninsules italiennes et ibériques), lA42 permet la liaison avec Genève, les Alpes du Nord et lEurope centrale, lA47 relie Lyon à Saint Etienne (et au Nord du Massif Central, par Clermont-Ferrand), lA47 à Grenoble et au reste des Alpes.
Laéroport international Lyon Saint Exupéry (Satolas), situé à lEst de lagglomération assure les liaisons avec la plupart des autres métropoles françaises et européennes, ainsi quavec quelques destinations extra-continentales. Cest le troisième aéroport de province après ceux de Nice et de Marseille, placé au même niveau que ceux de Birmingham ou de Stuttgart dans la concurrence européenne (Bonneville et alii, 1993). Il a atteint depuis 1996 le seuil de 5 millions de passagers par an (RUL, 1999), mais souffre encore du manque de liaisons permanentes avec la mégalopole américaine, notamment avec New York. En revanche, il bénéficie dune gare TGV en son sein, qui complète léquipement de lagglomération en matière de gares TGV constitué autour de celles de la Part-Dieu et de Perrache, qui desservent la ville centre.
Au niveaux local et régional, la métropole lyonnaise présente également un bon niveau déquipements en matières de transports : le réseau interurbain des TER en Rhône-Alpes est largement développé et centré sur Lyon, tandis que le réseau de transports en commun propre à lagglomération continue encore à se développer pour assurer laccessibilité optimale de tous les secteurs : quatre lignes de métro et deux de tramway sont en activité en 2004, deux autres lignes de tramway sont en cours de réalisation et des projets de prolongement de certaines lignes en site propre sont à létude. Les rocades et boulevards périphériques sont par contre encore inégalement réalisés : lEst, le Sud et le Nord de lagglomération sont ainsi équipés, mais le bouclage à lOuest pose encore des problèmes de tracé et de réalisation, du fait essentiellement de lopposition des habitants et de conflits dusages avec les agriculteurs très présents dans cette partie de la périphérie lyonnaise.
Dans le domaine des télécommunications, outre France Telecom, une quinzaine dopérateurs déploient leurs réseaux sur des boucles locales de haut débit (NC-Numéricâble, groupe VU-Véolia et Rhône-Vision Câbles, groupe UPC). Lyon est depuis longtemps un nud privilégié pour les grands réseaux de télécommunications, mais le formidable développement des activités numériques dans le fonctionnement de léconomie depuis la fin des années 1990 fait de la métropole lyonnaise le lieu de passage « obligé » de tous les grands réseaux câblés nationaux et européens. La présence à Lyon de nombreux opérateurs est de plus un atout majeur pour le développement des activités de services informatiques. Leur présence est essentiellement liée au poids démographique et économique de l'agglomération, mais aussi à sa localisation géographique stratégique au cur de lespace français et de lespace européen. Avec Marseille, Lyon assure le rôle de charnière entre lEurope du Sud et lEurope du Nord, mais aussi entre lAfrique du Nord et lEurope.
Plus généralement, le marché des télécommunications est assez fortement implanté dans la métropole lyonnaise, avec en 2002 :
7 opérateurs globaux : Bouygues, Cegetel, Esprit Télécom, France Télécom, Omnicom, Siris et TELE2.
3 opérateurs de mobiles : Bouygues, France Télécom Mobile et SFR.
9 re-routeurs de trafic : A TELECOM, AXS TELECOM, Belgacom France, First Télécom, Golden Line, Kast, Satelnet, RSL télécom et Western Télécom.
une douzaine de fournisseurs d'accès Internet: AOL-HOL-Compuserve, ASI, Casynet, Club-Internet, Cyberis, CAE-Imaginet, Infonie, Jet Multimédia, Magic On Line, NC-Tech, Oléane, Planète PC et Wanadoo.
4 opérateurs de publiphonie : CIPE, France Télécom, 3C COM et Saftel.
A cela s'ajoute la présence à l'échelle départementale de 4 grandes sociétés de câblo-opérateurs : Rhône-Vision Câble, FranceTélécom à travers Lyon TV Câble et Assicâble (l'opérateur historique étant propriétaire des réseaux), et Vidéopole (filiale d'EDF, présente à Villefranche/Saône). Numéricâble, opérateur commercial des réseaux câblés lyonnais, propose également l'accès à Internet depuis 1998. Les réflexions stratégiques (et les solutions techniques correspondantes) concernant les boucles locales (fibre optique) sont déjà bien engagées. La société Cegetel poursuit à Lyon une démarche amorcée dans les principales agglomérations françaises et a ouvert à Bron un point d'entrée/sortie en 1998. Rhône-Vision Câble a formé un groupe de travail auquel participent le Conseil Général et l'EPARI et a proposé la même année un planning de mise en uvre concernant l'accès Internet (construction d'un anneau optique). France Télécom est en 2002 le seul opérateur à proposer 10 boucles locales (jusqu'à 155 Mbps) réparties sur le territoire du Grand Lyon.
Le renforcement de la plate-forme Telecom lyonnaise est amorcé avec la mise en place en 1998 d'un dispositif innovant : le Réseau Mutualisé des Télécommunications. Celui-ci permet d'organiser et d'aménager, sous le contrôle des pouvoirs publics locaux (Grand Lyon), le système de desserte en haut débit dans l'agglomération, et de gérer les effets de structuration fonctionnelle des territoires induits. Les télécommunications en tant que réseaux techniques et activités de fourniture d'accès privatisées sont également abordées par la collectivité comme une filière cible pour la stratégie de clusters locaux, qu'il faut animer, observer et promouvoir, car Lyon est en position de nud incontournable pour les grands réseaux européens, et se doit donc d'attirer les principaux fournisseurs d'accès et les grands groupes de télécommunications.
Nous ne revenons pas sur les principaux équipements voués à laccueil des grandes manifestations commerciales et professionnelles, décrits précédemment, sauf à noter quils sont pour la plupart situés soit dans le centre de lagglomération, soit plus en périphérie mais à proximité immédiate des grandes infrastructures de transports, afin de rendre optimale leur accessibilité depuis le reste de lagglomération, le reste du pays ou depuis létranger.
Il est par ailleurs trop fastidieux de détailler tous les équipements culturels et de loisirs qui contribuent plus ou moins directement au fonctionnement de léconomie lyonnaise et surtout à lattractivité du territoire (NETWORK, 1992, p.34), dont nous avons également déjà évoqués les principaux. Toutefois, linscription du site historique de Lyon à la liste du patrimoine mondial de lUNESCO en 1998, sans être traduite dans lespace métropolitain par la présence dun équipement collectif, confère à la Capitale des Gaules loccasion de revaloriser de façon globale son ensemble de musées, qui pouvait jusquà lors souffrir dun manque de lisibilité touristique et de rayonnement culturel au delà des limites régionales.
Les milieux innovateurs (R&D) et la dynamique technopolitaine de Lyon
Le caractère technopolitain dun territoire est conditionné par la place importante occupée par les activités (fabrications et services) impliquant des technologies avancées ou innovantes. Il est également conditionné par lexistence de synergies et de collaborations étroites entre les entreprises et les organismes de recherche (Burnier, Lacroix, 1996). Les notions de technopole (pour une ville entière, avec une localisation spatiale assez diffuse) et de technopôle (pour un territoire plus restreint et selon une forme plus concentrée dans lespace) renvoient de façon générale à une volonté politique de développement économique local et daménagement du territoire (DATAR, 1991). La notion de milieu innovateur renvoie plutôt à un tissu socio-économique particulier, formé le plus souvent à lintersection des mondes de lenseignement supérieur, de la recherche et de lindustrie de façon plus ou moins spontanée (Maillat, 1999).
La situation de la métropole lyonnaise en matière de potentiel de recherche et de milieux innovateurs ou technopolitains est un peu particulière par rapport aux autres grandes villes de province. Celle-ci est en effet restée globalement en dehors des circuits territoriaux de la redistribution étatique en matière dorganismes de recherche publique et dindustries de pointe opérée durant les années 1960 et 1970, qui ont essentiellement favorisé certaines villes moyennes de la moitié Sud de la France comme Montpellier, Toulouse et Grenoble. La faiblesse des déconcentrations parisiennes dactivités industrielles de haute technologie à Lyon peut sexpliquer par le caractère très récent et peu développé de léquipement universitaire local, ainsi que par loptique plus pragmatique et industrielle que véritablement intellectuelle et scientifique du développement des structures de formation professionnelle, comme des démarches dinnovation lyonnaises depuis le 19ème siècle (Molin, 1996).
Luniversité et le développement du système denseignement supérieur et de recherche publique de façon générale peuvent donc sembler être relativement peu importants pour une entité urbaine du rang de Lyon, comparativement au pôle parisien, largement dominant dans le paysage national, ou à dautres villes de province fortement spécialisées. Il nexiste en effet quune seule université dite « scientifique » (Lyon I), localisée sur le campus de la Doua (Villeurbanne), qui concentre la majeure partie des formations et des laboratoires spécialisés dans les disciplines scientifiques, comme la physique, la chimie, les mathématiques, etc. Le potentiel local est cependant augmenté par la présence de plusieurs grandes écoles dingénieurs, comme lEcole Normale Supérieure de Sciences (Gerland), lInstitut National de Sciences Appliquées de Lyon localisé sur le campus de la Doua, lEcole Centrale (Ecully) et lEcole Nationale des Travaux Publics de lEtat.
Sur le plan territorial, limpression densemble reflète une grande dispersion et un certain rejet de ces fonctions vers la périphérie de la ville centre. Seules les universités de sciences humaines et sociales sont localisées dans le centre de Lyon (Lyon II, Lyon III, Institut Catholique), tandis que la Faculté de Médecine et les deux ENS sont situées dans des quartiers péricentraux relativement excentrés. Lagglomération offre cependant une grande variété disciplinaire, allant des formations généralistes aux cursus les plus spécialisés, qui permet un recrutement régional, voire national et international des étudiants et une bonne capacité de rayonnement des équipes denseignement et de recherche. Les effectifs estudiantins sont ainsi passés de moins de 100 000 dans les années 1980 à plus de 120 000 au début des années 2000.
Lagglomération lyonnaise jouit en revanche dun passé industriel et scientifique très riche, qui a permis la constitution de savoir-faire productifs très importants dans les domaines de la mécanique, du textile, de la chimie et de la pharmacie notamment, ainsi que lémergence de spécialités universitaires et scientifiques notables en matière de recherche médicale ou dingénierie (Molin, 1996). Le fort développement des activités industrielles locales durant les années de croissance, en lien avec lorganisation des grands groupes nationaux Rhône-Poulenc, Péchiney, Elf, etc., entraîne la création dunités de recherche intégrées dans le dispositif productif. Cest ainsi le cas par exemple de lInstitut Français du Pétrole ou des centres de recherche de lindustrie chimique de Décines et de Saint-Fons.
Nous ne rappelons donc ici que les aspects les plus significatifs de la dynamique technopolitaine à Lyon, qui est abordée sous langle de laction publique dans la suite du développement (voir infra, 3ème Partie). Il est en effet primordial de saisir le rôle très important joué par les pouvoirs publics locaux dans la structuration et la dynamisation des milieux innovateurs ou technopolitains lyonnais depuis le milieu des années 1980. Il permet de comprendre une grande partie de la réalité technopolitaine locale, qui sorganise essentiellement autour des grandes branches industrielles traditionnelles du système productif (biotechnologies, sciences du vivant, mécanique automobile, ingénierie des procédés, textile industriel), mais aussi à partir de spécialités économiques de pointe apparues plus récemment, dont le secteur numérique des nouvelles technologies de linformation et de la communication constitue la figure la plus emblématique.
Conclusion de chapitre
La métropole lyonnaise présente donc un profil économique assez généraliste, au sein duquel les activités industrielles gardent une place relativement importante malgré lexplosion du secteur tertiaire depuis les années 1960. Sa dimension régionale, construite sur la base dun héritage historique particulièrement riche et dune localisation géographique au carrefour de plusieurs grands ensembles naturels et politiques, se double dune stature européenne de plus en plus affirmée, en dépit de la permanence de la domination parisienne sur les plans économique et directionnel.
Face au développement hyperconcurrentiel du système économique international, le système productif lyonnais apparaît comme relativement bien disposé. Les services spécialisés aux entreprises et les fonctions urbaines supérieures, qui font lapanage des économies métropolitaines et contribuent à forger leur attractivité comparative sur le marché des villes, sappuient sur un panel de filières motrices diversifié allant de la chimie lourde à la conception de contenus informatiques. Lagglomération bénéficie en outre dune grande capacité de rayonnement et dinterface vis-à-vis dun large quart Sud-est du pays, grâce à son rôle de tête de réseau tant pour les activités financières et de gestion / management que pour les fonctions dintermédiation et de logistique.
Le potentiel culturel et touristique, la richesse des équipements, le développement des infrastructures de communication et le niveau technopolitain de Lyon favorisent enfin linsertion du territoire local dans le fonctionnement de léconomie européenne voire mondiale. Tous ces attributs restent cependant largement dépendants de la volonté des responsables politiques et économiques locaux de promouvoir le développement économique de lagglomération par le biais dune politique urbaine globale.
Conclusion de Section
Nous avons ainsi mis en évidence les nouveaux rôles de moteur du développement et de facteur de régulation économique conférés au territoire local à la faveur de la crise économique densemble. Le territoire constitue ainsi désormais un référentiel majeur des politiques économiques et de la régulation, notamment à travers la forme institutionnelle que représente lorganisation territoriale aux niveaux national et local.
Sans prétendre que le développement économique et linnovation nexiste que dans les villes, il est donc possible de postuler à partir de ces constats que les grandes villes et les métropoles constituent le cadre privilégié démergence et de développement des dynamiques dinnovation au sein de systèmes productifs localisés, dans un contexte dominant de « spécialisation flexible ». Les activités économiques, industrielles, technologiques ou tertiaires, considérées comme « encastrées » dans le territoire et ancrées géographiquement, sont dotées dune dynamique profondément connectée au contexte local, qui structure la relation de lentreprise à son espace (Leriche, 2004), ainsi que la relation de lentreprise aux institutions territoriales.
La base économique locale, cest-à-dire le tissu dentreprises et dactivités présent sur le territoire lyonnais, constitue un socle fondamental très important pour le développement et la croissance du système productif local. Son existence et ses caractéristiques propres constituent même la condition sine qua none pour toute forme de développement éventuel. Sans cette base économique existante, fondée sur lagglomération dans lespace dun grand nombre dentreprises et de SPL particuliers, aucun développement économique qualitatif ou quantitatif nest possible à léchelle du territoire local, ni en termes de diversification des activités, ni en termes de spécialisation. En effet, « Penser une action locale [de développement économique] suppose dabord la possibilité de dynamiques locales de développement » (Gilli, 2002). Le territoire et le milieu local assurent ainsi un rôle privilégié de base de départ, de fondement pour laction, et donc de référence première pour la définition des stratégies politiques de développement économique au niveau local.
Le SPL lyonnais constitue le référentiel principal, premier de la politique économique locale, comme lévolution et les caractéristiques du contexte économique densemble par ailleurs. La politique économique lyonnaise nexiste que dans la mesure où le territoire local accueille déjà un tissu dactivités et dentreprises en son sein : elle est essentiellement destinée à favoriser son maintien et son développement, en relation avec les grands déterminants du système économique densemble.
Après avoir décrit les grands traits caractéristiques du SPL lyonnais, qui fondent en grande partie lorientation de la régulation exercée à léchelle du territoire local par les pouvoirs publics lyonnais, il convient donc maintenant de préciser le cadre danalyse théorique utilisé pour interroger laction économique développée par les autorités locales.
Au delà dune approche purement économique du territoire, interprétant simplement la proximité physique et géographique des entreprises et des acteurs économiques dans lespace comme un vecteur du développement et de la croissance, il nous semble en effet particulièrement opportun de sintéresser à la dimension sociopolitique du territoire, notamment dans sa dimension locale, afin de saisir le rôle des différents acteurs, organisations institutionnelles et groupes sociaux dans la mise en place de formes de régulation économique au niveau local. Le territoire est, avant tout, un construit social et politique, issu de lhistoire plus ou moins longue dun groupe (voire dune société), inscrite dans lespace local.
La compréhension du processus de territorialisation de la régulation économique à partir du cas lyonnais nécessite donc la prise en considération du rôle du tissu socio-économique et politique présent sur le territoire de la métropole, cest-à-dire à la fois les caractéristiques productives, structurelles et organisationnelles du système productif local, mais aussi le rôle déterminant des réseaux locaux, des pouvoirs publics, des institutions et des politiques publiques, dans le processus de développement économique à luvre dans lagglomération lyonnaise.
Lenjeu central de la compétitivité, de lattractivité économique et de laccompagnement des entreprises est désormais porté par le territoire. Cela implique un nouveau rôle proactif de la part des pouvoirs publics locaux et la mobilisation de toutes les énergies présentes sur le territoire : entreprises et acteurs économiques au sens large, sont considérés comme des partenaires directs et légitimes des collectivités locales pour assurer le développement économique et conduire des politiques volontaires de création davantages comparatifs territorialisés.
Section 2 : REGULATION, POLITIQUE ET TERRITOIRE
Lanalyse des formes et des modalités de laction économique territoriale déployée par les pouvoirs publics locaux nécessite une certaine clarification du cadre théorique mobilisé. De la même façon que la géographie constitue une science de lespace et que léconomie constitue une science des échanges et des activités productives toutes les deux situées à lintersection de plusieurs disciplines des sciences sociales, laménagement constitue une discipline de laction renvoyant notamment à la dimension politique et sociale de la régulation territoriale. De ce fait, il fait entres autres appel au corpus scientifique de la sociologie de laction publique et de la science politique en général, ainsi quaux sciences de la gestion et du management.
Il sagit en effet dans cette thèse détudier les formes et les modalités de ladaptation territoriale dun dispositif daction publique en faveur du développement économique local à un nouveau contexte densemble, cest-à-dire à la fois les normes adoptées, les méthodes utilisées, les modes dorganisation mobilisés, les types de découpage de lespace et du territoire ainsi que les formes de relation à la cible que donne à voir laction publique envisagée, compte tenu des évolutions du système économique. Le territoire institutionnel et politique figure au cur de lanalyse, tout comme les acteurs impliqués dans le fonctionnement de léconomie locale et dans lorganisation de la régulation économique territoriale, dans la mesure où cette dimension territoriale est précisément au centre du processus de recomposition de laction publique étudié.
Le territoire est ainsi appréhendé comme une maille de pouvoir imprimé dans lespace, résultant de choix politiques mais aussi de formes daction spécifiques, qui ne sont pas exemptes du poids des représentations quant à la manière de conduire laménagement à des fins économiques. Ceci nous conduit à aborder la question de la territorialisation des politiques économiques sous langle des sciences politiques, de la sociologie de laction publique et des sciences économiques, afin de préciser notre position de recherche concernant le cas lyonnais.
Cette section pose également le cadre danalyse plus général de la politique économique territoriale dans lagglomération lyonnaise à partir dune approche critique de la notion de gouvernance. La ville est ainsi abordée comme une société locale, un territoire politique et une scène de régulation, en lien avec la mise en évidence de la proximité entre régulations économique et politique, pouvant être étudiée à travers la grille danalyse de la gouvernance urbaine. Cela suppose cependant de déconstruire les relations étroites existant entre cette notion et lapproche libérale de léconomie. Celles-ci nous permettent in fine dinterroger le processus de territorialisation de la régulation économique sous langle de lintégration entre intérêts économiques et intérêt général au niveau local et des limites que ce modèle daction publique comporte.
I - Aménagement et représentations du territoire
Si lon ne revient pas sur la polysémie du concept de territoire, il est cependant intéressant de pointer sa dimension politique, après avoir rapidement évoqué sa dimension économique par le biais de la notion de système productif local. Le territoire est en effet défini comme une « étendue de la surface terrestre sur laquelle vit un groupe humain, et plus précisément une collectivité politique », et par extension une « étendue sur laquelle sexerce une autorité, une juridiction ».
Le territoire constitue ainsi une subdivision administrative ayant une personnalité propre, pouvant être un Etat, une région, une commune, ou un rassemblement de plusieurs entités administratives (établissement public de coopération intercommunale, Union européenne). « Pour le droit, le territoire est un élément constitutif de la collectivité ou limite de compétence ». Outre sa dimension politique, le territoire est ainsi également caractérisé par sa finitude, cest-à-dire par son bornage spatial, ses limites, en premier lieu physiques, matérialisées par ses frontières (George, 1996). Pour M. Le Berre (1993, p.604), le territoire est avant tout une « simple aire dextension dun phénomène et ses limites ».
Le concept daménagement du territoire est également susceptible dapporter des clés de lecture plus problématisées quant à lanalyse des représentations du territoire quont les acteurs qui conduisent laction économique dans la métropole lyonnaise. En effet, la politique économique déployée par les autorités locales depuis la survenue de la crise relève du vaste champ des politiques publiques, et plus globalement de laménagement du territoire, compte tenu des compétences dintervention mobilisables par les acteurs locaux (urbanisme, aménagement de lespace, planification), qui sont éminemment spatiales et territoriales. « Une politique daménagement est déterminée par lobjectif que lon cherche à atteindre, mais aussi par la représentation que les responsables politiques se font de leurs territoires » (Lacoste, 1995).
Il est donc possible de postuler que la façon dont est perçue et analysée le territoire local, et particulièrement la base économique de lagglomération lyonnaise et les particularités du système productif local, déterminent en grande partie, avec le contexte idéologique et économique densemble et les moyens disponibles pour la mettre en uvre, les orientations et les choix stratégiques de la politique économique développée à léchelle de lagglomération.
« A chaque génération, les sociétés héritent dun territoire spécifique avec ses répartitions spatiales et avec lequel elles doivent compter dans leurs pratiques territoriales. A un moment donné, en fonction de ses préoccupations, la société perçoit ces caractéristiques, soit comme des atouts, soit comme des obstacles, vis-à-vis des objectifs quelle sest fixé » (Le Berre, 1993, p.608). Le territoire et ses attributs socio-économiques constituent donc bien le référentiel incontournable, primordial de la politique économique qui vise ce même territoire. Selon cette acception, la territorialisation de laction économique au niveau des territoires infranationaux peut être vue comme un processus dancrage référentiel de laction dans les attributs spécifiques de chaque territoire local.
Ainsi, les représentations collectives de lespace de manière générale, et plus précisément du territoire concerné, doivent être prises en compte dans lanalyse dès lors que lon étudie des interventions politiques relevant de laménagement du territoire. « Privilégier le terme de territoire par rapport à celui despace, cest admettre que le sens donné à létendue est plus important que létendue elle-même ; cest retenir le symbolique comme pertinent dans un processus de structuration et dorganisation de lespace » (Gumuchian, 1991).
1- La variabilité du territoire de référence ou la question de léchelle danalyse
Toute approche du territoire doit notamment tenir compte des échelles, car le choix même dune échelle territoriale dintervention ou de diagnostic renseigne sur la conception quont les acteurs et les experts de lespace considéré. Dans le cas de la métropole lyonnaise, lanalyse est en effet confrontée à la variété des échelles territoriales de référence : le SPL peut être abordé à léchelle de lagglomération restreinte, correspondant à peu près au territoire de la Communauté urbaine de Lyon, mais il peut également être appréhendé à léchelle de la Région urbaine de Lyon, voire dun vaste espace ne correspondant à aucune entité institutionnelle ou administrative, située à cheval sur la Région Rhône-Alpes, lAuvergne et la Bourgogne (Labasse, Laferrère, 1960 ; Damette, 1994).
De la sorte, le territoire fonctionnel du bassin économique lyonnais nest pas forcément en adéquation avec le ou les territoire(s) institutionnel(s), que ce dernier soit défini à léchelle de la Communauté urbaine de Lyon, du département du Rhône ou même de la RUL, qui ne constitue cependant pas un niveau territorial de pouvoir, la structure institutionnelle correspondante étant dépourvue de compétence daction.
Parler de la métropole lyonnaise pour qualifier le territoire institutionnel de la Communauté urbaine de Lyon renvoie donc également à un choix réfléchi de cadrage de lanalyse, déterminé à partir de lobservation du fonctionnement institutionnel local, mais également du contenu des sources disponibles concernant la base économique lyonnaise.
La description du système productif local (supra) sappuie en effet essentiellement sur des documents détudes et / ou de recherche produits, soit par le milieu de la recherche locale et extra-locale, soit par les différents organismes institutionnels impliqués à des degrés divers dans la conduite de la politique économique territoriale (collectivités locales, Communauté urbaine, Agence durbanisme, organismes consulaires, INSEE
). Ces sources renseignent lanalyse sur les aspects structurels, qualitatifs et quantitatifs de la base économique de la métropole lyonnaise, mais ils apportent également un éclairage intéressant sur les choix opérés en matière déchelle territoriale de référence par les différents acteurs en présence.
Tous ces documents permettent de mettre en évidence la variabilité de léchelle territoriale de référence quand il sagit détudier les caractéristiques du système productif lyonnais, et posent donc à lanalyse la question du niveau territorial à privilégier pour saisir de manière efficiente les logiques de territorialisation de la régulation économique à luvre au niveau local. Quelle réalité territoriale privilégier ? Lagglomération urbaine ou laire urbaine définies par lINSEE ? Le bassin demploi de Lyon ?
A ce problème dordre spatial sajoute également le problème de la diversité des statuts des différents niveaux territoriaux : certains sont des territoires institutionnels reconnus et compétents, comme les communes, la Communauté urbaine de Lyon, le département du Rhône, la région Rhône-Alpes, dautres font figures de création institutionnelle dénuée de compétences légales comme la RUL, qui est une association de type loi 1901. Enfin, dautres encore nont quune existence statistique, peu significative symboliquement et politiquement, voire même fonctionnellement : le bassin demploi, laire urbaine, lunité urbaine
Le cur de cette recherche consiste à analyser lémergence dune forme de régulation économique territorialisée dans la métropole lyonnaise. Face à cet enchevêtrement dunités territoriales aux statuts divers et à la grande variabilité des échelles danalyse potentielles, le risque est grand de se perdre dans des flottements territoriaux. Nous avons donc choisi de privilégier léchelle territoriale de lagglomération lyonnaise dans son acception politique, cest-à-dire le territoire « élargi » de » la Communauté urbaine de Lyon, en référence à la définition politique du territoire donnée plus haut.
Le terme « élargi » renvoie à la prise en compte dans lanalyse des communes du Sud et de lEst de lagglomération lyonnaise, qui ne sont pas membres de la Communauté urbaine, mais qui sont incluses dans le périmètre détude et dapplication du schéma directeur de lagglomération lyonnaise, « Lyon 2010 ». Ce périmètre territorial peut être considéré comme pertinent concernant laction économique locale, dans le mesure où celle-ci est en grande partie déterminée par les grandes orientations de principe, ayant valeur réglementaire, fixées par le document de planification en vigueur (SD Lyon 2010) ainsi que par celui actuellement en préparation (SCOT) (Voir cartes n°1 et 2).
Cette maille territoriale correspondant à lagglomération lyonnaise (COURLY + communes incluses dans le périmètre de planification urbaine) semble ainsi être la plus pertinente pour tenter de répondre à la problématique de cette recherche, dans la mesure où lobjet détude est la politique économique conduite par les acteurs institutionnels que sont la Communauté urbaine et ses partenaires locaux. Le territoire effectif sur lequel sapplique le pouvoir politique et les compétences institutionnelles de la structure de coopération intercommunale est celui qui couvre les 55 communes membres, auxquelles sajoutent les quelques communes périphériques dont le fonctionnement, notamment économique, est directement rattaché à celui de lagglomération centrale. Ce rattachement est également motivé par des questions de compétences institutionnelles : laéroport Lyon Saint Exupéry, dont la gestion est assurée par la Chambre de Commerce et dIndustrie de Lyon, qui est lun des principaux acteurs et partenaires de la politique économique locale, se trouve notamment dans ce secteur de la périphérique de Lyon.
Nous utilisons donc indifféremment les expressions « métropole lyonnaise » et « agglomération lyonnaise » pour qualifier le même territoire détude, ainsi défini comme le territoire institutionnel couvert par les documents de planification urbaine et territoriale successifs de lagglomération lyonnaise (SDAU, SD et SCOT), dont lorganisme institutionnel dadministration et de gestion principal est la Communauté urbaine de Lyon.
Carte n°1 : Le périmètre du Schéma Directeur de lagglomération lyonnaise
Source : SEPAL, 1992
Carte n°2 : Le périmètre du SCOT de lagglomération lyonnaise
Source : www.grandlyon.org
2- Contingence historique et sociopolitique des représentations territoriales
Si les représentations territoriales sont fortement déterminées par les jeux déchelle et sinscrivent dans des contextes variables selon le niveau spatial considéré, elles sont également fortement conditionnées par le contexte socio-historique et politique qui voit leur formation. De manière certes un peu simpliste, on peut ainsi avancer quà chaque époque ou période, correspond un ensemble de représentations territoriales plus ou moins stables et pérennes dans le temps, et plus ou moins partagées par lensemble de la société.
Non seulement le contexte historique du moment influe sur ces représentations et est potentiellement susceptible de les faire évoluer, mais la position des différents groupes sociaux et leurs interrelations jouent également sur la nature et le contenu de ces représentations. A chaque époque correspondent des représentations territoriales spécifiques, résultant de la compilation des représentations propres à chaque groupe social. De la même façon, à chaque groupe social correspond une certaine vision du territoire.
Les représentations du territoire ne sont ainsi pas forcément les mêmes selon les types dacteurs susceptibles de produire linformation territoriale et dabonder à la description du système productif lyonnais, selon quils sont en situation de production directe de linformation économique locale pour préparer la décision et lorientation des actions économiques, ou quils sont en situation de production de linformation dans une démarche scientifique, dexpertise ou de recherche, pour le compte des autorités locales et de la préparation de la décision, ou encore pour la connaissance scientifique fondamentale. Ainsi, lanalyse du système productif lyonnais que nous présentons (voir supra) souffre de quelques limites, essentiellement liées à la nature des sources documentaires mobilisées.
En effet, beaucoup de ces études et documents de référence, utilisés pour informer la description qui se veut malgré tout objective, peuvent être qualifiés de « partisans », cest-à-dire comme présentant un parti pris plus ou moins prononcé et explicite en faveur du développement économique de lagglomération lyonnaise, eu égard à leurs producteurs et au contexte de leur production (observation en vue de préparer laction et la décision, ou au contraire et plus rarement, recherche fondamentale désintéressée). Dans ces conditions, il est relativement difficile de distinguer ce qui relève du constat objectif dune réalité économique et productive territorialisée, de ce qui relève de la volonté politique daccentuer certains traits et caractéristiques du système productif local, dans une optique stratégique de développement économique.
De la même façon, la vision du développement économique et des logiques de compétitivité exacerbée qui simposent aux territoires, partagée par les principaux acteurs de la régulation économique territoriale, reflète une certaine conception politique et économique de la finalité de laction publique locale, largement déterminée par une forme de parti pris idéologique (voir infra).
La manière dont est appréhendé le territoire économique lyonnais est également intimement liée aux représentations quont les décideurs politiques et les experts du fonctionnement du système économique capitaliste dans son ensemble, et de linsertion du système productif local dans le système mondial. Les grands déterminants et autres tendances générales déjà évoquées que sont la métropolisation, la polarisation et la concentration des activités économiques dans les territoires ayant une valeur assurantiel pour les firmes (i.e. les grandes villes), la tertiarisation des systèmes productifs, linternationalisation des échanges, la montée des logiques de concurrence entre les territoires, ainsi que la déréglementation et le libéralisme croissants, la montée du chômage et la persistance de la crise économique, sont autant de facteurs qui conditionnent fortement la façon dont la réalité économique du territoire local est appréhendé par les élites et experts en charge de sa gestion (voir infra, Section 1).
Ces représentations du territoire local ne sont pas pour autant figées et immuables, elles évoluent au gré des transformations qui animent le système capitaliste densemble. De ce point de vue, il semble donc intéressant daborder la genèse et la construction de la politique économique dans la métropole lyonnaise dans une perspective de temps assez long, de lordre du demi-siècle, afin de saisir les mutations du contexte général et leurs répercussions au niveau du territoire détude. En effet, la perception du territoire économique lyonnais est sensiblement différente durant les années de croissance de celle qui domine depuis la survenue de la crise. De la même façon, cette perspective historique est susceptible de fournir des clés de compréhension à lanalyse, concernant les évolutions internes au territoire, et notamment les changements survenus dans linscription spatiale et les caractéristiques structurelles du système productif lyonnais. « Tout nouvel aménagement, toute reconversion économique passe nécessairement par la prise en compte des spécificités territoriales développées dans un autre contexte économique » (Le Berre, 1993, p.608).
Ainsi, si le système productif local constitue un référentiel évident de la politique économique déployée sur le territoire lyonnais depuis les années 1970, défini à partir dune certaine vision du monde et de la réalité économique du moment, il est également lobjet de transformations plus ou moins profondes, qui entrent en résonance avec les évolutions du système économique global. Cette politique publique locale et les conditions de son apparition sur le territoire lyonnais sont de la sorte aussi fortement déterminées par le contexte économique de la crise quelles ne le sont par les politiques spatiales de régulation déployées par les autorités étatiques à léchelle de la métropole lyonnaise durant les années de croissance : « A chaque époque ses maux urbains, mais les remèdes sont difficiles à administrer, puisquune partie des problèmes actuels résultent de lactivité économique et de laction publique passée » (Demazière, 2000, p.2).
Ce constat nous amène à privilégier une approche historique de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise, afin de saisir de manière plus profonde et complète les référentiels territoriaux, économiques et politiques qui déterminent en grande partie les choix dorientation et de mise en uvre opérés dans la période récente.
Conclusion de chapitre
Nous optons donc pour une conception résolument politique et institutionnelle du territoire local dans notre analyse du processus de territorialisation de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise, plus que sur une approche en termes despace vécu et de rapports fonctionnels de léconomie et des acteurs au territoire. Elle sappuie sur la mise en évidence du rôle des représentations collectives dans laménagement et dans la laction publique territoriale de façon générale. Elle confère également une place très importante aux effets de contexte et à la périodisation historique dans la compréhension des phénomènes dinscription territoriale de laction en faveur du développement économique.
II - La territorialisation des politiques économiques
La dimension politique du développement économique renvoie à la notion générale daction publique, qui désigne « le processus par lequel sont élaborés et mis en place des programmes daction publique, cest-à-dire des dispositifs politico-administratifs coordonnés en principe autour dobjectifs explicites » (Muller, Surel, 1998). La notion de politique publique permet de rendre compte de lexistence dun programme dactions gouvernemental, défini et conduit par une autorité publique compétente dans le but de répondre à une situation problématique, territorialisée ou sectorielle (Mény, Thoenig, 1989). Elle renvoie ainsi à un calendrier, à des procédures, à des dispositifs techniques et organisationnels dintervention, à des financements et des règles, qui sont censés produire des résultats et avoir des effets régulateurs sur la situation diagnostiquée (Muller, 1990).
Toute politique publique exerce une double influence sur lenvironnement (spatial ou sectoriel) et sur la genèse sociale des champs daction publique mobilisés. Quelle soit locale ou nationale, de portée globale, sectorielle ou territoriale, elle peut être décomposée selon trois processus distincts mais complémentaires, qui peuvent servir de guide général pour lanalyse :
La tentative de gérer la place, le rôle et la fonction du secteur ou du territoire concerné par rapport à la société en général et/ou par rapport aux autres secteurs ou territoires ; ce premier aspect invite à considérer dans lanalyse, dune part lorganisation administrative qui sert la mise en uvre de la politique publique, et dautre part la stratégie politique qui est déployée pour assurer le portage de cette intervention publique.
La représentation du rapport global / sectoriel, ou référentiel de la politique publique, qui agit comme un ensemble de normes, de références et de représentations en fonction desquelles sont définis les critères dintervention et les objectifs du programme dactions.
Un acteur ou un groupe dacteurs, qualifié de « médiateur », se charge de lopération de construction du référentiel de la politique publique. Il occupe donc une position stratégique, éventuellement dominante, dans le système de décision. Dans le champ de la régulation économique territoriale qui nous intéresse ici, il savère nécessaire de prendre en considération la relation existant entre lautorité publique et politique, qui conduit lintervention, et les acteurs économiques, qui constituent la cible principale de laction et portent lintérêt des entreprises auprès des responsables politiques. Ceux-ci peuvent en effet être considérés comme les principaux vecteurs de diffusion auprès des pouvoirs publics de la façon de concevoir les enjeux de la politique économique (voir infra).
Cependant, cette grille danalyse des politiques publiques est plutôt adaptée aux politiques publiques nationales. Elle nécessite donc dêtre complétée avec dautres éléments de cadrage analytique pour la rendre plus opérationnelle et adaptée au cas des politiques publiques locales (ou territoriales), dont relèvent les politiques économiques locales.
La notion de politique locale renvoie en effet à des « actions entreprises par les autorités locales pour agir sur leur environnement social et politique. Elles se distinguent donc formellement des politiques de lEtat ou des politiques internes de lUnion Européenne pour se limiter aux initiatives des gouvernements locaux ou intermédiaires : municipalités, institutions dagglomération ou structures intercommunales, départements ou provinces, régions » (Balme, Faure, Mabileau, 1999).
Ces auteurs identifient plusieurs traits communs des politiques locales ou territoriales, qui permettent dapprofondir le cadre danalyse de la politique économique déployée dans la métropole lyonnaise :
La définition du territoire comme espace problématique, constitué autour denjeux collectifs, ouvre la réflexion sur le choix des limites territoriales opéré par les décideurs (territoire institutionnel versus territoire fonctionnel notamment), ainsi que sur son statut de référentiel pour laction publique locale en amont, et à linverse sur son statut de support et de réceptacle pour laction en aval ;
Le caractère flexible de laction publique renvoie à lanalyse des modes opératoires et des stratégies daction déployés dans le cadre de la politique locale, ainsi quà ses orientations qualitatives et quantitatives qui peuvent plus ou moins radicalement changer au cours du temps, notamment en fonction des évolutions des contextes général et local ou du type dacteurs en charge de la conduite de laction. Il sagit donc dinterroger le caractère adaptable, mouvant et évolutif de la politique économique dans la métropole lyonnaise, au regard des modifications du marché, du système économique mondial, des modèles de développement, et des potentialités économiques propres au territoire local (filières motrices, pôles de compétences, spécialités émergentes, nouvelles technologies
) ;
La perte de centralité de lEtat : le rôle de lEtat et des services centraux dans le domaine de la régulation économique, ainsi que le schéma organisationnel de ladministration territoriale française, considérés sur la longue durée (cinquante ans environ), offrent des clés de lecture nécessaires pour comprendre les conditions de la montée en puissance et en autonomie politique des collectivités locales dans le domaine de la gestion urbaine et de laménagement du territoire depuis la survenue de la crise économique. Cet aspect entre en résonance, à la fois avec les jeux de répartition des compétences dintervention entre les différents échelons territoriaux et les différents acteurs concernés, et avec les enjeux politiques nouveaux qui saisissent les gouvernements locaux à propos de la régulation économique ;
La multiplicité des acteurs en présence : la reconnaissance de léchelon local comme un niveau territorial pertinent et adapté pour conduire une certaine forme de régulation économique dans un contexte de crise et de mondialisation de la compétition économique, saccompagne logiquement de la reconnaissance du rôle des acteurs publics et privés locaux dans la conduite de cette régulation. Le développement de démarches partenariales et contractuelles ouvre un espace nouveau de gouvernance économique à base territoriale, au sein duquel les rapports entre acteurs sorganisent au niveau local. Lanalyse soriente ainsi vers létude des jeux de positionnement qui animent le système dacteurs local et la mise en évidence des recompositions de pouvoir à luvre au sein du territoire, en termes notamment de capacité dexpertise, de prise de décision, de moyens dintervention, de méthodologie, de cadre référentiel et de légitimité politique. Cette réorganisation des rôles concerne essentiellement les acteurs politiques, les services techniques publics et les acteurs économiques représentant les intérêts des entreprises dans le cas de la régulation économique territoriale (voir infra) ;
La minimisation du poids du politique au profit dautres types dintervention, en particulier économique, oriente enfin lanalyse vers la dimension stratégique et lorientation managériale de laction économique développée par les autorités locales dans la métropole lyonnaise. Dans un contexte général dominé par les logiques de concurrence et de compétition, tant entre les firmes quentre les territoires, laction de la collectivité locale se trouve fortement déterminée par les questions relatives au développement économique, et sinspire de façon croissante des démarches de planification stratégique et de projet de développement à portée globale issues du monde des entreprises. Plus largement, la domination des questions économiques sur les autres champs dintervention publique se traduit par le positionnement de la métropole lyonnaise sur le marché des villes, et lassujettissement dune grande partie des autres politiques urbaines locales (logement, espaces publics, culture
) à lenjeu global dattractivité économique et de production de spécificités territoriales différenciant positivement le territoire local de ses concurrents potentiels (Pouvoirs locaux, 2004).
1- Les politiques publiques locales de développement économique
A. J. Scott pointe le rôle des institutions administratives locales dans le développement économique, les nombreux impacts potentiels des politiques urbaines sur léconomie urbaine, notamment à travers le recours à la planification urbaine (Scott, 1992, in Benko et Lipietz). « Parmi les structures institutionnelles spécifiques à lagglomération, la planification urbaine a une importance particulière, car elle fournit des moyens collectifs de gouvernance au travers desquels les multiples effondrements et dislocations dans le système urbain sont aplanis, et le fonctionnement continu du système assuré » (Scott, 1992).
Lintervention des pouvoirs locaux dans le domaine de la régulation économique est légitimée en France par les lois de décentralisation, mais elle sinscrit cependant dans un cadre juridique strictement borné (Falzon, 1996) : les aides directes comme les primes à la création dentreprise ou demplois sont de la seule compétence de lEtat et des régions, mais peuvent être éventuellement complétées par les départements et les communes, ainsi que par les structures de coopération intercommunale bénéficiant du transfert de la compétence de développement économique de la part des municipalités membres. En revanche, les aides indirectes, sous la forme de conditions avantageuses de location ou dacquisition de biens fonciers et immobiliers, ou encore de garanties demprunts, sont autorisées pour les communes et les établissements intercommunaux ayant opté pour lexercice de la compétence économique.
Ce cadre législatif est jugé par beaucoup de responsables publics locaux comme obsolète et trop limitatif. Il contribue à faire de lintervention économique des collectivités locales un domaine daction publique à part, différent des autres champs plus traditionnels comme ceux du logement ou de lurbanisme, et sans poste budgétaire propre avant les années 1990.
La palette de plus en plus large des compétences des collectivités locales en matière dintervention économique indirecte, notamment dans les domaines de la planification, de lurbanisme et de laménagement de lespace, du marketing territorial et de la communication urbaine, de la formation professionnelle et de la mise en relations des acteurs économiques locaux, ou encore de la fiscalité locale, offre toutefois de nombreuses possibilités daction et de régulation au niveau local. Elle permet en effet aux autorités territoriales, non seulement de favoriser les implantations de firmes et les processus dinnovation technologique ou de création dentreprises, mais également de développer et de mettre en valeur les ressources spécifiques présentes sur le territoire de lagglomération (cadre de vie, grands équipements collectifs, spécialisations productives, pôles de compétences
).
Les « externalités de milieu », ressources non marchandes générées par les acteurs locaux et fortement ancrées territorialement (Leriche, 2004), appelées également « spécificités territoriales » (Corolleur, Pecqueur, 1996), viennent ainsi compléter les économies externes dagglomération et durbanisation, plus génériques, moins dépendantes de laction publique et directement reliées au fonctionnement de la sphère économique locale. « On appelle interventionnisme économique local des politiques qui visent au développement économique local et qui reposent sur une large panoplie daides aux entreprises définies par les lois de décentralisation. Mais les politiques de développement économique peuvent être définies de façon beaucoup plus large, englobant la mise en place de certaines infrastructures, (
) mais aussi des actions de promotion et de communication, des actions liées à lemploi et à la formation, des actions dorganisation du développement local (
) » (Tourjansky-Cabart, 1996).
Les diverses typologies dactions développées dans le cadre des politiques économiques locales existantes offrent un cadre de référence intéressant pour borner notre champ détude de la politique lyonnaise. X. Cauquil (2000) sappuie notamment sur la notion dexternalité positive (ou économie externe) issu des Sciences économiques, afin de distinguer trois catégories génériques dinterventions destinées à favoriser le développement économique territorial. Cette typologie est bâtie à partir du concept « dexternalité-cible », qui rend compte à la fois de la finalité des actions économiques (être perçues par les entreprises comme des externalités positives) et de lincidence spatiale de ces actions (échelle territoriale de référence, du local ou global). Ainsi, lauteur identifie :
les externalités-substrat : offre de surfaces équipées, sous la forme de terrains à bâtir ou de locaux dactivités. Ce premier niveau daction est le plus ancien et le plus utilisé par les acteurs locaux.
les externalités-notoriété : valorisation de limage du territoire et des représentations, communément désignée sous le vocable « marketing urbain ». Ce deuxième niveau est plus récent et correspond à ladoption de la démarche stratégique et du management de projet par les acteurs en charge du développement économique. Il couvre également les initiatives relevant de la rhétorique de linnovation et de largument technopolitain.
Les externalités-connexion : rapprochement (agrégation) et mise en relation (réseau) du territoire local avec dautres entités voisines (intercommunalité, associations et regroupement à base territoriale) ou distantes (réseaux techniques ou thématiques, réseaux de coopération, de villes
).
Une autres typologie, moins problématisée mais couvrant de manière plus large le champ des actions économiques locales, est proposée par P. Le Galès (1989). Cette dernière offre lavantage pour lanalyse de prendre en considération, non pas la finalité des actions pour les entreprises ou le référent territorial comme la précédente, mais plutôt le type de compétences mobilisées par les acteurs du développement économique, ainsi que la manière dont ceux-ci déploient les interventions. Elle repose sur cinq grandes catégories dinitiatives :
la planification urbaine (urbanisme et aménagement de lespace),
lassistance aux entreprises (conseils),
la promotion et la communication territoriales (marketing urbain),
le soutien à la formation et à lemploi,
lorganisation de partenariats entre acteurs publics et privés, appelée aussi création ou coopération institutionnelle (gouvernance).
Parmi les objectifs poursuivis par les autorités lyonnaises, la défense de lemploi et la lutte contre le chômage occupent une place importante. Elles motivent notamment un large panel dactions, destinées à attirer et à capter de nouveaux investissements productifs au sens large et limplantation de nouvelles entreprises dans lagglomération. Ces interventions sont globalement destinées à aménager la concurrence avec les autres territoires (métropoles européennes, autres grandes villes françaises). Lattractivité économique, laugmentation des recettes fiscales et le rééquilibrage de la répartition des activités économiques à léchelle du territoire local sont également des objectifs importants pour les institutions lyonnaises en charge de la conduite de la régulation économique territoriale.
Cette dualité des objectifs de la politique économique locale engendre dailleurs une certaine dualité de la référence au territoire, tantôt considéré comme un tout à promouvoir dans sa globalité, tantôt comme une juxtaposition de territoires à mettre en valeur de manière différenciée. De la même façon, deux registres daction spécifiques et différents peuvent être identifiés à travers les formes de lintervention publique en faveur du développement économique. Dun côté, laction économique sapparente à une démarche commerciale et de marketing, qui consiste à vendre le territoire local auprès des investisseurs économiques tel un produit, de lautre côté elle sapparente plutôt à une forme daction publique plus classique, qui vise à favoriser lenvironnement et laccompagnement des acteurs économiques selon une logique de proximité et de projet territorial qui nest dailleurs pas limitée au champ de léconomique (Demazière, Rivard, 2004).
La politique économique local joue donc sur différents tableaux, mais tous ces leviers ne sont pas maîtrisés de la même façon par le Grand Lyon. Certaines des compétences utilisées pour agir sur léconomie locale sont relativement anciennes (lois de décentralisation), à linstar de laménagement, de la planification et de la gestion de services publics locaux. En revanche, la compétence spécifique de développement économique est beaucoup plus récente et renvoie à des savoir-faire qui sont moins bien maîtrisés par les services techniques de la Communauté urbaine.
Il est alors nécessaire denvisager la métropole lyonnaise comme un système dacteurs particulier, territorialisé et organisé autour de la Communauté urbaine de Lyon, dont lobjectif est dassurer une certaine forme de régulation de léconomie au niveau local, grâce à la mobilisation partenariale des groupes ou institutions susceptibles dêtre intéressés par le développement économique local et surtout de pouvoir apporter aux autorités communautaires une capacité dexpertise et dintervention plus aiguisée dans le domaine de léconomie.
Lémergence de politiques de développement économique local marquerait ainsi lavènement de nouvelles politiques territoriales, voire territorialisées, caractérisées par des modes daction inédits déployés par les acteurs locaux :
la transversalité et la globalité des politiques, qui tendent à prendre en compte toutes les dimensions locales des problèmes à traiter ;
la démarche partenariale, associant les différents acteurs concernés par ces problèmes locaux ;
la proximité de la demande et la différenciation en conséquence de laction ;
lévaluation des dispositifs.
Ce sont notamment ces aspects problématiques appartenant au corpus dhypothèses soulevées pour la caractérisation du processus de territorialisation de la politique économique dans lagglomération lyonnaise que nous souhaitons vérifier et analyser plus en détails dans la suite du développement (voir infra, 3ème Partie).
2- La territorialisation de la régulation économique
Le développement économique local est lun des champs de laction publique qui donnent à voir de manière privilégiée les processus de territorialisation actuellement à luvre en France (Hassenteufel, Rasmussen, 2000), avec celui de la Politique de la Ville, fondée sur une géographie prioritaire de quartiers en difficulté (Béhar, Estèbe, 1999).
La territorialisation peut être définie comme un processus conduisant à lappartenance en propre à un territoire (ou espace considéré politiquement), cest-à-dire à lancrage, à linscription territoriale dun objet ou dun phénomène. Pour le développement économique, elle correspond au renoncement de lEtat à produire des politiques nationales à partir des années 1980, au rétrécissement de son champ dintervention et au transfert de certaines compétences daction aux collectivités territoriales, qui développent donc leurs propres politiques à vocation économique au niveau local.
Le projet territorial étatique centralisé, fortement développé durant les années de croissance sur lensemble de lespace national, est désormais réduit aux seuls territoires touchés directement et le plus durement par la crise économique (régions de vieille industrie sinistrées, quartiers dhabitat social en difficulté
). Sous linfluence de lUnion européenne, le principe de zonage conditionne léligibilité des territoires en difficulté (problèmes de reconversion économique, de relégation socio-économique
) aux différents régimes daides au développement économique (primes de développement et dadaptation industrielles, aides à la création demplois industriels ou tertiaires, prime à laménagement du territoire, pôles et espaces de conversion, zones franches urbaines et soutien à linsertion par léconomie dans les quartiers prioritaires de la Politique de la Ville
).
Le principe de subsidiarité encadre également ce nouveau système dorganisation territoriale de lintervention publique (Faure, 1997). Il consiste à gérer les problèmes et à prendre les décisions nécessaires au niveau territorial le mieux adapté à leur résolution, cest-à-dire à concevoir et diriger les actions au plus près du terrain concerné. Appliquée au champ de la régulation économique, la logique de la subsidiarité justifie le renoncement à envisager le territoire de façon homogène et unifiée tout en glorifiant une conception concurrentielle et compétitive du développement économique. Elle agit donc comme un véritable référentiel doctrinal vis-à-vis des politiques locales, en renvoyant à une nouvelle manière partenariale dorganiser laction publique sur le territoire, à une recherche defficacité par le biais de la proximité avec les cibles et du développement de compétences propres au niveau local (Borraz, 1997), et à une logique de pragmatisme politique alliant démarche stratégique et recherche de lintérêt général local (Chevalier, 1998 ; Faure, 2001).
La territorialisation des politiques publiques accompagne ainsi la mutation des formes de régulation et la redéfinition de territoires pertinents pour laction publique à léchelle nationale (Béhar, 2000). Depuis les années 1980, des politiques économiques à base territoriale émergent dans la plupart des territoires locaux, consécutivement à laccroissement des compétences des collectivités locales induit par la décentralisation (Tourjansky-Cabart, 1996). Elles marquent lavènement dune nouvelle logique dintervention publique profondément ancrée dans le territoire local et une certaine « victoire des territoires » sur le niveau national (Béhar, 2000).
La territorialisation de laction publique en France renvoie également à un double processus dobjectivation et dinstrumentation, qui tend à placer le territoire au cur de laction publique. Le territoire se voit en effet conférer un double rôle, dobjet (ou but) et de moyen (ou moteur) de laction (Estèbe, 2003). De la même manière quune partie des Sciences économiques reconnaissent désormais un rôle moteur central au territoire en matière de développement économique (voir supra, Section 1), les Sciences politiques prennent ainsi acte du nouveau statut du territoire, devenu le principal sujet et le principal instrument des politiques publiques locales, et non plus un simple support sur lequel sapplique laction (Estèbe, 1999).
Cette approche du phénomène repose sur triple constat (Estèbe, 1999) :
Décran, le territoire devient scène, voire même acteur des enjeux de lEtat Providence, les logiques territoriales se combinant avec les logiques socio-économiques ;
Les catégories génériques et abstraites qui fondent laction de lEtat Providence sont obsolètes, de même que les méthodes de calcul statistique de la répartition de laction sur le territoire ne sont plus opérationnelles. La nécessité de prendre en compte les conditions concrètes de chaque territoire local dans les procédures simpose ;
Pour résoudre le dilemme entre efficacité et équité des régimes providentiels, le régime post-industriel des années 1980 et 1990 adopte la territorialisation, car le territoire permet la mise en débat, les différents acteurs concernés doivent négocier et contractualiser pour trouver une solution aux dysfonctionnements territoriaux. Les solutions toutes prêtes imposées par le haut (i.e. lEtat central) ne fonctionnent plus. Le projet territorial, et son corollaire le contrat territorial, sont promus nouvelles procédures génériques, applicables à lensemble des champs de laction publique au niveau local.
Ainsi, ce sont les collectivités locales et les niveaux territoriaux intermédiaires (EPCI notamment), qui définissent désormais laction publique au niveau local, et non plus lEtat central au niveau national. Ce mouvement de territorialisation saccompagne en effet de la redistribution des rôles entre les acteurs centraux et locaux : lEtat exprime les grands principes cadres des politiques publiques, les collectivités territoriales conçoivent et pilotent laction au niveau local. La territorialisation apparaît de la sorte comme une mutation de laction publique locale vers une démarche de cas par cas, cest-à-dire une forme de pragmatisme territorial appliqué aux politiques publiques. Chaque territoire devient une scène où sont saisies les possibilités daction, afin de concevoir un projet de développement et de définir des politiques publiques adaptées à la situation locale.
On trouve ici la trace prégnante de lemprise de lidéologie pragmatique libérale sur laction publique, déjà évoquée à propos de la domination des questions économiques sur les politiques locales. En effet, si lon reprend le point de vue de B. Jouve (2000), territorialiser laction publique revient à la considérer selon une démarche systémique et globale, cest-à-dire devant intégrer une pluralité dacteurs qui représentent des intérêts différents, y compris des intérêts privés et particuliers comme celui des entreprises, et qui valorisent les capacités endogènes de développement. Le développement économique local, dans sa dimension territorialisée, est ainsi un type de politique qui repose sur la mobilisation collective des synergies locales, sur des partenariats, une approche intersectorielle de laction publique, et pas seulement sur de simples transferts budgétaires étatiques.
De plus, politiquement, la territorialisation renvoie au refus de la simple logique déquipement sectoriel et à la tentative de mobiliser les acteurs du territoire autour de projets élaborés au niveau local. Or, ceci implique une évolution des rapports entre les différents échelons territoriaux de pouvoir, essentiellement fondée sur le recours à des formes de contractualisation à base territoriale et à la démarche du management stratégique appliquée à laction publique.
Trois principes dinstruction des politiques publiques, directement inspirés du management stratégique, sont ainsi mis en avant :
Le diagnostic territorial, qui permet détablir collectivement une stratégie de développement à partir dun bilan raisonné des atouts et des faiblesses du territoire ;
Le projet territorial, qui correspond au programme daction et de développement défini à partir des conclusions du diagnostic ;
Lintercommunalité de projet, qui correspond au volet organisationnel de la démarche stratégique, reposant sur la recherche et la définition dune nouvelle maille territoriale pertinente, ainsi que sur une démarche dynamique, partenariale, menée entre acteurs du développement local et mobilisant, outre les élus locaux, la société civile locale.
Selon lapproche politiste, le territoire est perçu à la fois comme un espace de représentation politique et comme un espace daction publique. De ce point de vue, la territorialisation peut donc également être envisagée comme un processus de prise dautonomie politique des territoires locaux, dans la mesure où lancrage territorial de laction publique sous-entend son pilotage par un gouvernement local, inscrit également de manière forte dans le territoire local.
B. Jouve assimile ainsi la territorialisation à un principe daction, « une activité foncièrement politique par le biais de laquelle des groupes sociaux localisés produisent à la fois des identités, des symboles, captent et mobilisent des ressources politiques et économiques dans le cas des politiques territoriales [, qui consiste à] agir sur le cadre géographique daction, cest-à-dire tenter de faire émerger un nouveau maillage du territoire et faire porter cette démarche par une élite locale » (Jouve, 2000). « Le territoire est devenu lespace de résolution de la tension qui existe entre, dune part, la globalisation et, dautre part, lancrage des relations sociales dans des espaces avant tout locaux » (Jouve, Lefèvre, 2004, p.7).
Lenjeu actuel des territoires réside alors dans le double contexte paradoxal de dé-territorialisation du pouvoir politique et de re-territorialisation des politiques publiques (Hassenteufel, Rasmussen, 2000). Face à la crise de lapproche sectorielle des problèmes économiques ou sociaux, le modèle français de régulation par les politiques publiques se transforme en adoptant une approche pragmatique et territoriale, notamment permise par la décentralisation administrative.
Cette réorganisation des compétences et des pouvoirs daction au niveau des territoires et des gouvernements locaux est ainsi très intimement liée à lémergence de la démarche stratégique et de la logique de projet politique territorial, auxquelles sont couramment associées la figure médiatique du nouveau maire entrepreneur (Bouinot, 1987 ; Le Galès, 2003) et la dynamique volontaire du développement local. Il sagit en définitive dune mutation de la gestion publique territoriale, qui déplace la problématique du « territoire politique » au « territoire des politiques », cest-à-dire des territoires infranationaux. Ces derniers sont érigés au rang de catégorie à part entière de régulation socio-économique par laction publique.
Ce processus de territorialisation induit une logique de différenciation territoriale : la définition des nouvelles politiques locales à partir de critères territoriaux aboutit à la fabrication de territoires locaux différenciés. Chaque territoire devient un espace problématique, cest-à-dire un espace de production dactions et de politiques publiques, et non plus seulement une circonscription administrative et politique investie par les logiques dintervention. Le territoire devient a nouvelle matrice à partir de la laquelle les politiques publiques sont adaptées à la spécificité des configurations locales (Jouve, Lefèvre, 2004).
Nous postulons donc que la politique économique conduite par le Grand Lyon et ses partenaires institutionnels dans lagglomération lyonnaise participe pleinement de ce vaste mouvement de développement local des initiatives de régulation de léconomie, qui se traduit par un processus de territorialisation de laction publique particulièrement visible dans le domaine de la régulation économique exercée par les pouvoirs publics locaux. La politique économique locale répond à une problématisation territorialisée des enjeux économiques et tente de résoudre, de façon contextualisée et pragmatique, les problèmes propres au fonctionnement du système productif lyonnais.
Lanalyse soriente alors également sur le contenu territorial et politique de laction économique locale, afin de déterminer les différentes manières dont le territoire de la métropole lyonnaise et ses composantes sociopolitiques sont mobilisées dans lorganisation dune forme de régulation économique au niveau local. Lagglomération lyonnaise constitue ainsi un territoire de politiques publiques en faveur de léconomie, cest-à-dire une scène sur laquelle sorganise une forme spécifique, propre à ce territoire, de régulation de léconomie locale, autour dun système dacteurs territorialisé. Quelles sont les modalités dorganisation de la régulation économique territoriale dans la métropole lyonnaise ? Quels en sont les acteurs et quelles relations de pouvoir entretiennent-ils les uns avec les autres ?
3- Le système dacteurs local
Lanalyse des politiques publiques relève de deux choix méthodologiques possibles : lentrée par le champ daction publique, qui permet une analyse en termes dactions, de procédures et de processus décisionnels, ou lentrée par le système daction publique, qui permet une analyse à partir des stratégies dacteurs et des relations de pouvoir entre ces mêmes acteurs.
Cependant, les champs et les systèmes daction étant de plus en plus ouverts (voir la pluralité dintervenants aux profils très divers) et perméables aux influences extérieures, il nous semble opportun de conjuguer ces deux approches dans le cadre de létude de lémergence dune forme territorialisée de régulation de léconomie dans lagglomération lyonnaise. La sociologie de laction publique et de la gouvernance peut ainsi nous fournir un cadre méthodologique pertinent, permettant lidentification des acteurs, des institutions et des modes dorganisation au niveau local, mais aussi une analyse circonstanciée de leurs références, valeurs, systèmes de pensée et visions du monde (économique, en loccurrence) respectives. Les travaux de la sociologie de laction publique permettent notamment de développer une analyse du système dacteurs de la régulation économique locale dans la métropole lyonnaise, à partir des notions de groupes dintérêts, de légitimité, de domination, de leadership et dinterdépendance.
Celles-ci ouvrent en effet la réflexion sur les questions relatives à la domination des forces démocratiques par les élites politiques et/ou économiques, tout en favorisant la compréhension du rôle des réseaux, des groupes et autres communautés dintérêts dans la conduite et lorientation de laction publique en faveur de léconomie au niveau local. Ces groupes dintérêts, plus ou moins organisés et structurés, peuvent par exemple être abordés par le biais des logiques de professionnalisation ou par les stratégies dappartenance, de rattachement idéologique à des « familles » culturelles, sectorielles, politiques, notamment perceptibles grâce à lanalyse des discours.
Laction publique territorialisée étant éminemment collective, elle concerne et rassemble des acteurs très différents les uns des autres, qui appartiennent à des mondes sociaux, politiques, économiques, culturels divers et variés, et qui répondent donc à des logiques dintervention et à des intérêts parfois très différents. Il peut alors être intéressant didentifier les thèmes ou les causes sur lesquelles les différents acteurs saccordent entre eux, autour desquelles émergent des formes de consensus, mais aussi les questions autour desquelles se cristallisent les oppositions, les conflits, les dissensus.
Lanalyse des interdépendances au sein du système dacteurs local de la régulation économique permet par ailleurs de sortir du monde enchanté et du langage partagé, consensuel à lextrême, de laction publique collective : elle éclaire les interrelations entre acteurs en favorisant la caractérisation dune configuration politique particulière, propre au territoire étudié et au champ daction publique de léconomie. Les situations de leadership et de domination sont perçues à travers létude de lorganisation politique, de la répartition des rôles entre les acteurs, et plus précisément des capacités dexpertise, de financement, dénonciation de lintérêt général respectives. Ces derniers aspects permettent en outre de mesurer la légitimité de chaque acteur à intervenir sur la scène politique et de régulation économique locale. Ils permettent aussi de mieux caractériser les rapports de force à luvre entre les sphères publique et privée au sein de laction collective locale, dont on suppose quils sont assez mouvants ou évolutifs à léchelle temporelle de la période considérée (des années 1950 aux années 2000).
Une approche historique du système dacteurs lyonnais, selon une perspective de temps de lordre du demi-siècle, nous semble indispensable pour saisir lépaisseur structurelle de chacun des acteurs (institutions, groupes dintérêts, individus
), mais aussi pour être en mesure de relativiser la prétendue nouveauté des logiques de gouvernance (voir infra). Lanalyse de lévolution du système dacteurs local sur la longue durée peut en effet contribuer à déconstruire la thématique du changement, à prendre une certaine distance avec les injonctions à la modernité, au renouveau, à linédit des catégories danalyse, et à envisager les configurations daction et les interrelations entre acteurs comme résultant dune histoire longue et particulière, présentant des rapports entre acteurs relativement stables dans le temps.
Ainsi, létude approfondie de la structuration du système dacteurs de la régulation économique dans la métropole lyonnaise peut révéler la relative ancienneté de lexistence des principaux acteurs institutionnels sur le territoire local, ainsi que la relative stabilité de leurs relations dans le cadre de laction économique collective, quelle soit pilotée par le niveau central étatique durant les années de croissance ou par les institutions territoriales depuis la crise. Elle est également un moyen de mettre en évidence les éventuelles modifications de pouvoir et les renversements potentiels des rapports de force qui animent le système dacteurs local depuis le milieu du 20ème siècle.
Elle offre enfin une opportunité didentification des groupes ou types dacteurs qui participent au système de décision, et de manière complémentaire ou en négatif, lidentification de ceux qui ny participent pas, de façon volontaire ou contrainte. Le questionnement des processus dintégration de groupes ou dacteurs, comme des logiques dexclusion ou de mise à lécart par rapport au système de décision local, peut notamment renseigner lanalyse sur les phénomènes de domination et daccaparement de la légitimité à intervenir dans le domaine de la régulation économique locale exercés par certains acteurs au détriment dautres.
4- Représentation des intérêts économiques et poursuite de lintérêt général local
Les villes européennes ne sont pas gouvernées par des coalitions motivées uniquement par les questions de développement économique où dominent promoteurs immobiliers et entrepreneurs, contrairement à ce que lon peut observer dans de nombreuses villes américaines ou anglo-saxonnes (Jouve, 2000). Pour autant, il convient de ne pas négliger le rôle de ces groupes dans la conduite de la régulation économique territoriale, à Lyon comme ailleurs en Europe, même sils apparaissent plus comme des partenaires de la puissance publique et des acteurs impliqués de façon privilégiée dans la préparation et la mise en uvre des décisions, que comme des acteurs véritablement dominants. Il existe à ce propos une différence de point de vue entre les partisans de la théorie des coalitions de croissance et les tenants de la théorie des régimes urbains.
Ces deux théories sappuient sur la même notion de groupe dintérêt (localisé), qui permet de rendre compte du caractère corporatiste, au sens de capacité dexercice de pressions et de lobbying auprès du gouvernement politique local, de structures plus ou moins formalisées de représentation des intérêts de groupe (entreprises essentiellement, mais également associations, clubs dentrepreneurs, organismes de recherche
). Ces approches permettent danalyser les systèmes locaux dénonciation de lintérêt général et de décision, en pointant les rôles et les légitimités respectives des acteurs privés et des acteurs publics dans la définition, lénonciation et la poursuite de lintérêt général local.
La théorie des coalitions de croissance rejoint la vision élitiste des modes de gouvernement local, où les intérêts du gouvernement local tendent à se confondre avec ceux de la classe économique dirigeante. Le développement économique structure lagenda politique local, et de ce fait, les acteurs privés ont une position dominante dans la vie politique locale. Les élus locaux sont donc obligés de négocier avec les représentants des intérêts économiques locaux pour atteindre le consensus, et lintérêt général local (Faure, 2001) est plutôt dicté par la sphère économique, sans véritable controverse démocratique. Cette approche est cependant assez éloignée de la situation en France et dans la majeure partie de lEurope, car elle lie lexercice du pouvoir local à lenvironnement économique des collectivités locales, en accordant très peu dimportance au débat politique et aux conflits entre groupes sociaux localisés. Elle savère en revanche plus adaptée à la situation des villes nord-américaines.
La théorie des régimes urbains se rapproche de la théorie du pluralisme. La domination de la sphère économique sur les autres secteurs de politique publique est moins prononcée que dans le cas précédent. Les intérêts économiques locaux occupent plutôt une position privilégiée dans le système de gouvernance urbaine. Les élus locaux dirigent la collectivité locale grâce au soutien des acteurs économiques, mais il ny a pas de contrainte, ni dobligation économique. Le gouvernement local agit plutôt comme un arbitre à la recherche de léquilibre dans la satisfaction des demandes issues des différents groupes dintérêts présents sur le territoire. La configuration de pouvoir entre les acteurs privés et les acteurs publics dépend notamment du niveau dorganisation des intérêts privés au niveau local (création institutionnelle, associations, groupes dintérêts constitués
). Lintérêt général local est partagé, voire même co-produit dans certains cas, grâce à lintermédiation assurée par une groupe ou une élite locale, qui assure le lien entre la société civile économique (les entreprises) et la sphère des décideurs (élus).
Cette situation théorique correspond beaucoup mieux aux villes françaises et européennes, dans lesquelles le pouvoir politique local sappuie sur des réseaux dintérêts et des structures de représentation des intérêts économiques locaux pour atteindre ses objectifs en matière de développement. Il ne collabore avec des groupes que pour atteindre des objectifs qui lui sont propres, ces groupes poursuivant la plupart du temps leurs propres objectifs de leur côté, indépendamment de la situation spécifique du territoire local : cest la convergence des intérêts politiques des autorités locales et des intérêts économiques des structures de représentation des entreprises qui fonde le partenariat ou léchange entre ces deux sphères.
Dans la métropole lyonnaise, le niveau dintégration des intérêts économiques privés est élevé (Jouve, 2000). L. Davezies (1993) qualifie même le cas lyonnais de « corporatisme mutualiste », car les différentes organisations locales de représentation des intérêts économiques sont très anciennes (chambre consulaire, syndicats patronaux), bien présentes et de plus en plus directement impliquées dans la définition et la conduite de la régulation économique territoriale, qui est contrôlée par les pouvoirs politiques locaux. Elles pèsent de façon déterminante sur les décisions prises par les autorités publiques pour la gestion et le développement de la métropole. Cette situation est le fruit de lhéritage économique de Lyon qui est particulièrement riche, et la conséquence directe de lhistoire récente de la régulation économique opérée au niveau territorial local par les pouvoirs centraux étatiques durant les Trente Glorieuses (voir infra, 2ème partie).
Cette caractérisation du cas lyonnais repose sur lidentification de modèles territoriaux définis par P. Veltz pour décrire les différents types de comportement adopté par les entreprises dans leur recherche du meilleur accès aux ressources des territoires. Le modèle territorial « mutualiste » est ainsi qualifié dendogène en opposition au modèle territorial « assurantiel libéral », car il traduit la capacité des firmes à co-produire et à co-gérer les ressources du territoire avec le gouvernement local, plutôt quà se comporter comme de simples prédatrices en consommant ces ressources territoriales sans simpliquer dans leur production ni dans leur gestion, cest-à-dire dans la conduite de la politique de développement économique local.
Si le système français (centralisé, ayant évincé massivement les structures économiques traditionnelles locales pendant la période croissance
) se traduit majoritairement par des modèles territoriaux de type assurantiel libéral (Cf. fonctionnement archétypique de Paris), le cas lyonnais révèle une tendance au corporatisme mutualiste assez remarquable dans le paysage national. Il laisse entrevoir un développement poussé du partenariat entre sphère politique publique et sphère économique privée, notamment sur les questions relatives à la régulation économique locale. Laction publique locale est ainsi pénétrée de plus en plus profondément par la prise compte des intérêts des entreprises, à la faveur du rapprochement entre la sphère publique de la régulation territoriale et la sphère privée du marché et des firmes.
Dans un contexte dEtat fort et centralisé correspondant à celui des années de croissance des Trente Glorieuses, les groupes qui représentent ou qui servent les intérêts et les logiques de développement économique national promues par lEtat (i.e. les grands groupes industriels et financiers, nationaux ou internationaux) ont un poids social et politique important dans la conduite de la régulation économique opérée par la puissance publique. Celui-ci escamote en grande partie le pouvoir dinfluence ou dintervention des représentants des groupes locaux ou sectoriels (entreprises, promoteurs immobiliers, commerçants et acteurs économiques divers), même si ceux-ci restent présents au niveau local et tentent de faire entendre leur voix malgré la toute puissance hégémonique des services étatiques sur la gestion urbaine et territoriale locale (Le Galès, 2003) (voir infra, 2ème partie).
En revanche, en période de crise économique, de recomposition de lEtat et de renforcement des logiques déchanges au delà des Etats pour sadapter aux nouveaux enjeux économiques du fonctionnement du système de régulation densemble (Union Européenne, mondialisation, mais aussi montée en puissance des échelons administratifs locaux), « ceux qui font métier de servir le marché », cest-à-dire les intérêts privés plus atomisés (Le Galès, 2003) peuvent exercer à nouveau un rôle beaucoup plus central dans la gestion des villes et du territoire, précisément en matière de régulation économique au niveau local (voir infra, 3ème partie).
Le rôle des intérêts économiques est donc de plus en plus fort dans la structuration de la régulation économique au niveau local, mais il est encore rarement central : ils se positionnent le plus souvent à côté des autorités publiques locales, parfois en association institutionnelle directes avec elles. Les intérêts économiques organisés (organismes consulaires) notamment, selon les contextes locaux, se mêlent ou sopposent aux entreprises et aux associations patronales, qui ont gagné en autonomie par rapport au territoire (Cf. concurrence mondialisée). Disposant dun statut public ou quasi-public, ils sont ainsi tentés de participer à des coalitions urbaines, à des stratégies politiques ou économiques. Leur implication dans la gouvernance économique territoriale reste toutefois grandement conditionnée, déterminée par lhistoire socio-économique locale, par lancienneté et la stabilité de la base productive du territoire (voir Jouve et Lefèvre, 1999).
Ce dernier aspect renforce notre conviction à propos de la nécessité daborder les processus de territorialisation de la régulation économique locale à partir déchelles de temps relativement longues, et de faire reposer lanalyse sur une caractérisation très précise du contexte économique et politique spécifique de lagglomération lyonnaise par rapport à dautres territoires métropolitains, notamment français. Les analyses théoriques précédentes ouvrent quant à elles le questionnement du cas lyonnais sur la recherche du sens politique et économique des dynamiques de coopération intercommunale et de la montée en puissance des gouvernements urbains en cours actuellement dans les grandes métropoles françaises.
Dans le champ de lintervention publique dans le domaine de léconomie (politiques économiques), la confrontation entre intérêt général et intérêt des entreprises glisse en effet depuis la fin de lEtat-Providence du niveau national au niveau local. La décentralisation consacre le principe du désengagement de lEtat dans la conduite du développement des territoires, qui est confiée aux pouvoirs publics locaux (collectivités locales), ainsi que lexistence dun intérêt général local porté et défendu par ses mêmes pouvoirs locaux. Il est donc possible de lire les reconfigurations à luvre au sein du système dacteurs lyonnais à la lumière de cette dualité entre intérêt général, dévolu traditionnellement à la puissance publique, et intérêt des entreprises, plutôt dévolu de façon classique aux représentants patronaux.
Conclusion de chapitre
Ces quelques précisions quant à notre positionnement de recherche nous permettent de mettre en évidence la montée en puissance du rôle de la sphère politique locale dans lorganisation dune forme de régulation partielle de léconomie par le biais de laction publique (planification, animation territoriale
), et dinsister sur la nécessité davoir une grille de lecture des jeux de pouvoir et du fonctionnement du gouvernement au niveau local. Les sciences politiques et la sociologie de laction publique nous permettent ainsi didentifier et de définir les concepts analytiques susceptibles doffrir un cadre pertinent à lanalyse du processus de territorialisation de la régulation économique dans la métropole lyonnaise.
En effet, la régulation économique, certes partielle, opérée par les pouvoirs publics en charge de ladministration de la métropole lyonnaise, accompagne et oriente directement le développement économique du territoire local. Cette hypothèse fonde notre analyse de la territorialisation de la régulation économique, qui correspondrait ainsi à un processus dendogénéisation de la politique économique à léchelle du territoire local, à travers sa prise en charge par différents acteurs locaux, et notamment les pouvoirs publics.
Lancrage de la régulation économique dans le territoire local sopère donc essentiellement à travers la prise en main, sous couvert de décentralisation administrative et de montée du pouvoir politique des territoires locaux, par les autorités publiques locales et leurs partenaires institutionnels, publics et privés, de laction publique en matière de développement économique.
Ceci nous permet denvisager le rôle central des structures administratives lyonnaises dans la régulation du développement économique local, notamment à travers les compétences daménagement du territoire et de planification urbaine quelles exercent sur le territoire de lagglomération depuis le début des années 1980, mais aussi à travers la compétence de développement économique plus récemment acquise (loi ATR de 1992).
Parmi les acteurs directement impliqués dans cette dynamique territorialisée de création de valeur économique différentielle, outre les entreprises et leurs organismes de représentation (chambres consulaires, syndicats patronaux, associations), figurent ainsi en première ligne les structures administratives locales (communes, structures intercommunales, autres niveaux de collectivités territoriales). Linterventionnisme des collectivités locales est dailleurs souvent présenté comme la première dimension, cest-à-dire la mieux étudiée, des politiques de développement économique (Le Galès, 1989). Son analyse dans le cas lyonnais suppose donc logiquement le recours au corpus théorique relatif aux politiques publiques et aux modes de gouvernement des territoires.
III - La ville comme territoire politique et scène de régulation locale
Pour répondre à la question : « Comment et par qui la régulation économique locale est-elle organisée dans la métropole lyonnaise ? », il peut être intéressant de puiser dans les Sciences politiques un outillage notionnel permettant lanalyse des jeux dacteurs et de relations de pouvoir au sein du système local. Les apports de la notion de gouvernance développée par les Sciences politiques, ses liens avec les théories de la régulation et son opérationnalité dans le cadre dune analyse historique de lémergence dune politique économique au niveau local, sont notamment très importants pour comprendre la répartition des rôles entre les différents acteurs en présence.
Plus largement, lapproche de la ville en termes de société locale et de scène de régulation politique permet daborder la question de la territorialisation de la politique économique sous langle de la réorganisation des échelles de gouvernement en Europe en lien avec le changement de contexte économique densemble depuis la survenue de la crise. Elle ouvre lanalyse à la prise en compte des nouvelles logiques de concurrence et de compétition entre les territoires dun point de vue politique et pas seulement économique. Elle favorise également la mobilisation de la notion de gouvernance comme grille de lecture des nouveaux rapports entre sphère politique et sphère économique existant au niveau local.
1- La ville comme société locale (incomplète)
Daprès P. Le Galès (2003), les villes, comme lEurope ou les régions à des échelles différentes, constituent des niveaux territoriaux possibles dorganisation de la société, des « sociétés incomplètes potentielles » (à condition de les inscrire en interdépendance avec les autres niveaux). Le rapport entre société et territoire est établi par la reconnaissance du territoire comme construit sociopolitique. Les villes européennes peuvent ainsi être vues comme des territoires à part entière au regard de leur fonctionnement actuel, mais également en référence à leur riche « passé de lieux déchanges, de culture, de rapports sociaux originaux et dinvention de techniques de gouvernement » (p.20).
Cette affirmation rejoint lapproche du géographe P. George, pour qui « une ville ne constitue jamais une réalité géographique totale » (George, 1952 ; 1974). Elle est en effet inséparable de son environnement spatial immédiat et plus lointain, cest-à-dire de sa région dinscription sur laquelle elle exerce son influence, mais aussi du pays, voire du continent auquel elle appartient. Elle joue vis-à-vis deux un rôle de place centrale et de pivot de relations diverses, notamment économiques. Cette vision des territoires urbains sinscrit dans un courant de la géographie fortement imprégné des travaux dinspiration marxiste, développé en lien avec lécole historique des Annales chère à F. Braudel. Elle place les évolutions structurelles de léconomie et de la société, ainsi que les rapports sociaux, au centre de lanalyse des villes.
Les sociétés européennes sont ainsi profondément territorialisées (notamment en comparaison avec les sociétés nord-américaines) : il existe un lien organique très fort entre les formations sociales européennes et leur espace géographique dinscription, les sociétés locales européennes étant profondément ancrées dans les territoires européens. De plus, la relation entre les villes et lEtat est fondamentale pour comprendre le rôle et la position des villes dans le système de régulation politique des sociétés européennes (Le Galès, 2003). De ce constat, lauteur déduit que la situation actuelle, caractérisée par le retrait relatif des Etats-nations au profit des niveaux territoriaux supranationaux comme lUnion européenne ou des territoires infranationaux que constituent notamment les villes, offrent de nouvelles possibilités de développement de formes dautonomie et dintégration sociopolitiques, ainsi que de nouvelles capacités stratégiques de gouvernement (induisant cependant des tendances à léclatement et à la fragmentation).
P. Le Galès pointe également le caractère fortement institutionnalisé et territorialisé des formes dencastrement du capitalisme dans les sociétés européennes. « Les acteurs au sein des villes européennes sadaptent aux nouvelles conditions afin de contribuer activement à la formation de cette voie européenne, à lélaboration de nouvelles formes de territorialisation et dinstitutionnalisation, de compromis entre intégration sociale, culture et développement économique » (p.23). Il précise que ces acteurs de la transformation des villes européennes sont des associations, des entreprises, des groupes dintérêts, ainsi que les gouvernements locaux et les leaders politiques, le conduisant à identifier des modes de gouvernance différenciés et particuliers dans les villes européennes.
La perspective de recherche ainsi poursuivie renoue donc avec lanalyse weberienne, qui envisage la ville « comme une société locale intégrée (incomplètement la plupart du temps), comme une formation sociale complexe » (p.24). P. Le Galès envisage les villes européennes comme des sociétés locales incomplètes, car elles sont des scènes dinteractions multiples entre acteurs (coordination, opposition
), produisant des représentations qui institutionnalisent des formes daction collective.
Cependant, « dans les villes européennes, cette notion de société a un sens à condition de désagréger les éléments de cet acteur collectif et danalyser le jeu des groupes sociaux et des organisations en leur sein » (p.27). Il sagit ainsi de ne pas céder aux risques de dérive contenus dans lanalyse en termes de « new localism », qui consiste à envisager les stratégies de régulation locale déployées par les acteurs locaux indépendamment des évolutions de la structure politique et économique aux niveaux national et supranational (Lovering, 1995). P. Le Galès envisage ainsi les villes européennes en lien avec « les transformations de lEtat, de léconomie, de la société, qui bousculent le modèle de lEtat-nation et modifient les contraintes et les opportunités des territoires infranationaux » (p.28).
P. Le Galès sappuie sur des travaux européens pour préciser que « lon peut parler de société locale lorsquon peut identifier des constellations relativement stables dans le temps dacteurs, de processus, de cultures sociales et politiques, de caractéristiques économiques mais aussi de structures familiales et de formes dorganisation de la société civile » (p.27). En bref, lexistence dune société locale est déterminée par lépaisseur, lhistoricité et la structuration des interactions entre les acteurs locaux, et par les formes dintégration de leurs stratégies dans des logiques de coopération, de partenariat, de gestion des conflits au service des ressources propres du territoire local.
Toutefois, la spécificité du contexte français nous oblige à observer une certaine prudence quant à la caractérisation de la métropole lyonnaise en termes de société locale, même incomplète, en raison notamment de lancienneté et de lintensité des processus sociopolitiques dintégration et de centralisation du pouvoir au niveau national. Il est par contre possible daborder la métropole lyonnaise comme un système daction local, cest-à-dire un système daction localisé ou territorialisé (i.e. ancré dans le territoire), au sein duquel différents acteurs entrent en relation pour organiser une forme particulière de régulation, propre au territoire local. Dit plus simplement, une société locale incomplète comme la métropole lyonnaise, en tant que système daction territorialisé spécifique, peut alors être caractérisée par une forme de gouvernance particulière, cest-à-dire une forme de régulation économique, politique et sociale locale, ancrée dans le territoire.
2- De la régulation économique à la régulation politique
Pour P. Le Galès (1999), la mise en évidence des liens entre économie et politique sinscrit dans une approche visant à éclairer la crise de lEtat-providence, à suggérer des voies de sortie de crise, vers un nouveau régime susceptible de stabiliser lévolution du capitalisme : elle rejoint ainsi directement les travaux développés par lEcole de la Régulation, dont certains portent précisément sur les systèmes locaux de régulation économique et sociopolitique. Nous avons déjà évoqué la dimension territoriale de la régulation et les formes locales de régulation (partielles) de léconomie, qui passent par le marché (échanges, concurrence/émulation, sous-traitance), par la réciprocité (proximité géographique, coopérations, partenariats), mais également par lorganisation politique au niveau local.
Cette dernière forme nous intéresse tout particulièrement dans lanalyse du cas lyonnais, car elle fonde lhypothèse de lémergence dune régulation locale (ou territoriale) de léconomie dans la métropole lyonnaise, concrétisée par la politique économique que conduisent la Communauté urbaine de Lyon et ses partenaires sur le territoire de lagglomération, cest-à-dire à léchelle du système productif local. Les sociologues italiens ont mis en évidence le rôle croissant des structures politiques locales et de certaines structures de représentation des intérêts économiques dans les dynamiques de régulation économique locale observées dans les districts industriels et autres systèmes productifs locaux, ce rôle étant notamment exercé par le biais de laction publique et collective.
Linfluence et le rôle daccompagnement du gouvernement local sur le développement économique territorial sont en effet souvent liés aux institutions et organismes qui représentent les intérêts économiques locaux (syndicats salariés et patronaux, organismes consulaires, associations,
). Les formes de régulation territoriale de léconomie conjuguent ainsi des aspects politiques, institutionnels cest-à-dire non marchands et de lordre du sociopolitique et des aspects plus ou moins marchands liés aux relations économiques entre les entreprises locales (marchés, réciprocité).
Selon P. Le Galès (1999), lapproche politique de la régulation permet de rendre compte de la perte du pouvoir de contrôle de lEtat sur le fonctionnement de léconomie, au gré dune recomposition des rôles et des découpages institutionnels classiques de la régulation entre lEtat, le marché et la société civile, sopérant au profit des niveaux territoriaux intermédiaires (Union européenne en tête), et plus particulièrement des territoires infranationaux, dont font partie les villes. Les nouveaux modes de gouvernance issus de lévolution des formes de régulation sont ainsi dominés par la fragmentation institutionnelle et mettent en scène le jeu des groupes sociaux, des intérêts, des entreprises au niveau des territoires. Cette démarche offre une clé de compréhension de larticulation des différents types de régulation sur différents types de territoires ; elle nous permet dappuyer notre analyse du cas lyonnais sur le corpus théorique issu des sciences politiques et de la sociologie des organisations.
Cette approche des territoires urbains et locaux par la régulation politique entre donc particulièrement en résonance avec celle que lEcole de la Régulation développe dans le champ de léconomie, à propos des sociétés capitalistes nationales. Lanalyse de leur régulation économique et politique par le territoire nécessite alors, de fait, une approche pluridisciplinaire : la géographie et laménagement convoquent ainsi à la fois les sciences économiques et les sciences politiques, selon une conception socio-historique, afin de saisir les logiques de territorialisation de la régulation économique locale qui sont à luvre dans la métropole lyonnaise depuis la survenue de la crise économique au début des années 1970.
La grille danalyse développée pour saisir les rapports entre économie et territoire (voir supra, Section 1) rejoint la grille danalyse esquissée à travers la notion de gouvernance, grâce à la mise en évidence du lien existant entre le déclin de la régulation opérée au niveau étatique et lexacerbation de la concurrence économique, politique et culturelle entre les territoires, et notamment entre les plus grandes villes. Les logiques de concurrence tendent en effet à réguler, non seulement les relations entre les territoires urbains, mais également les relations entre les villes et le marché, entre les villes et lEtat, ainsi quentre les différents acteurs et groupes impliqués dans le développement économique au niveau local. Cette situation concurrentielle conduit à lémergence de stratégies et dinitiatives locales de développement dans les villes, fondées sur le modèle de la « coopétion » (création de réseaux, renforcement des innovations et des niveaux territoriaux intermédiaires, jeux de positionnement stratégique au sein du système dacteurs).
De la même manière que les économistes pointent linégalité des chances des territoires et des villes face aux enjeux de la concurrence économique et des nouveaux modèles de développement ancrés dans le territoire (voir supra, Section 1), les politistes pointent aussi linégalité des ressources et capacités daction entre ces mêmes territoires ou villes, ainsi quentre les acteurs de la régulation territoriale : seuls les plus grands, les mieux dotés en ressources financières, en pouvoirs, en organisations des intérêts et en acteurs, sont susceptibles de « tirer leur épingle » de ce jeu économique et politique fortement concurrentiel.
Le problème dune métropole comme Lyon face aux enjeux et contraintes de la régulation économique et politique est donc dabord darriver à gérer en interaction la nouvelle répartition des pouvoirs, des compétences et des moyens entre le niveau local, lEtat et lEurope, et les processus de globalisation, qui accompagnent lavènement de nouvelles formes concurrentielles de développement économique, plaçant le territoire local et ses attributs socio-productifs spécifiques au centre des dynamiques de croissance. Ensuite, le défi à relever pour le gouvernement local est plus interne au territoire local : il sagit de réguler le dissensus politique, résultant de la pluralité dacteurs concernés par la régulation économique et de la fragmentation institutionnelle croissante.
3- Territoire, régulation économique et gouvernance
La géographie économique a élaboré le concept déconomie-territoire pour rendre compte précisément de lexistence dun lien entre le système productif localisé et le système politique local ou système daction collective à léchelle dun territoire local (Le Galès, 1999). Le territoire apparaît alors comme un niveau pertinent de coordination économique et politique, qui, au-delà de la réduction des coûts de transaction entre les firmes, permet de résoudre des problèmes daction collective, notamment par le biais de la planification et des politiques urbaines (Scott, 1992).
La coordination institutionnelle et lorganisation politique au niveau territorial, sappuyant sur différents mécanismes liés à laction publique, est ainsi susceptible de produire des effets décisifs sur le développement économique du territoire : « la qualité du développement dans une région, mais aussi son succès dans la compétition économique seront plus grands dans les aires où le développement est mieux planifié et organisé et qui sont moins régulés par le marché » (Dunford, 1992, p.264). Ces différentes formes de régulation territoriale, fondées par la proximité des acteurs, groupes et institutions locales et par les interactions territorialisées de ces organisations, peuvent être assimilées à la notion de gouvernance.
La régulation économique locale sapparente à de la gouvernance, car le rôle de la sphère politique et sociale se trouve progressivement renforcé et acquiert une dimension centrale dans les dynamiques de régulation territoriale. Lanalyse en termes de gouvernance nous semble donc être appropriée à cette démarche, dans la mesure où « la régulation locale dont il est fait état est de fait un processus qui résulte de larticulation de différents types de régulation. Cela correspond assez exactement à ce que nous entendons par « gouvernance (
). Or, dans gouvernance, on garde lidée de pilotage, de direction » (Le Galès, 1999, p.218).
Cette vision rejoint également celle de la géographie économique : la gouvernance selon G. Benko (1995) correspond en effet à « lensemble des modes de régulation entre le pur marché et lEtat, cest-à-dire ce que Gramsci appelait la « société civile » : les institutions locales, les municipalités, les élites » (p.39).
Avec le retrait de lEtat, les villes apparaissent comme des niveaux de régulation possible des intérêts, de groupes et des institutions, car elles constituent des sociétés locales attachées à des territoires spécifiques, bien quincomplètes car toujours intégrées dans la formation sociale nationale, voire désormais intégrées dans une formation sociale européenne en construction. La prise en compte des territoires infranationaux que sont les villes, comme construit social et politique, et comme niveau intermédiaire de structuration des acteurs, des groupes et des institutions, conduit alors à interroger la nature et le poids de la régulation politique et sociale dans léconomie au niveau du territoire local. Cependant, elle nécessite aussi de réfléchir aux avantages et aux limites dune approche de la régulation économique et politique par le territoire (Le Galès, 1999).
Conclusion de chapitre
La sociologie de la gouvernance, comme grille danalyse, permet ainsi de prendre en compte les évolutions économiques, politiques et sociales que connaissent les sociétés européennes à différentes échelles, en privilégiant lentrée par le niveau local, territorial. Cette approche est donc tout à fait adaptée à notre questionnement sur les conditions démergence et les caractéristiques dune forme nouvelle et territorialisée de régulation de léconomie dans la métropole lyonnaise. Nous ne reprenons toutefois pas ici la généalogie de la notion de gouvernance urbaine, amplement détaillée par dautres (Le Galès, 1999 & 2003 ; Jouve, 2003 ; Gaudin, 2002), mais nous retenons la perspective de la gouvernance de léconomie développée par la sociologie économique et léconomie politique, en référence aux écrits de Max Weber, à lhistoire et à la sociologie des organisations.
Méthodologiquement, nous souhaitons nous inscrire dans cette même perspective danalyse qui sintéresse au jeu et aux rôles des groupes sociaux, des intérêts et des institutions locales dans la mise en place de formes de régulation par le territoire, induisant des conflits, mais également des logiques dintégration entre les différents acteurs impliqués. Nous adoptons donc un angle danalyse qui envisage la métropole lyonnaise comme une société locale incomplète, développant des formes de régulation de léconomie spécifiques, à travers un système daction politique et institutionnel territorialisé. Cette analyse de la structuration politique et institutionnelle de la régulation économique au niveau local seffectue également au regard de lévolution du capitalisme et de la restructuration de lEtat en France depuis cinquante ans.
Nous avons choisi de concentrer notre réflexion sur le volet politique et institutionnel de la régulation économique territoriale à léchelle de la métropole lyonnaise, cest-à-dire essentiellement sur la définition et la conduite dactions en faveur de léconomie sur le territoire de lagglomération lyonnaise. Le territoire de la métropole lyonnaise est ainsi envisagé comme une société locale incomplète et un lieu de régulation économique et politique. Il constitue une scène locale où sorganisent des intérêts et où sont définies des stratégies daction collectives. Il sagit dès lors de mettre en évidence le rôle des autorités locales, des institutions et des élites politiques, mais aussi le rôle des structures de représentation des intérêts économiques locaux et des entreprises à titre individuel, dans lorganisation du développement économique sur le territoire de la métropole lyonnaise.
IV - La gouvernance urbaine et territoriale face à la question économique
La notion de gouvernance urbaine et territoriale offre une grille danalyse particulièrement adaptée aux phénomènes de montée en puissance des initiatives locales de gouvernement et dorganisation de la régulation de léconomie au sein des systèmes dacteurs locaux. Elle comporte cependant également certaines limites, qui sont liées à sa dimension rhétorique et idéologiquement connotée.
Le développement dune approche désenchantée, du moins critique de cette notion offre donc la possibilité pour lanalyse de la territorialisation de la politique économique dans lagglomération lyonnaise de dépasser une simple lecture binaire et séparée des relations de pouvoirs entre les acteurs impliqués dun côté et des modes de faire mobilisés de lautre. La mise en évidence de limprégnation néolibérale de la sphère politique locale que traduit la notion de gouvernance permet notamment denvisager lévolution des méthodes et les modalités de laction économique territorialisé comme un révélateur du tournant managérial et partenarial des politiques urbaines.
Cette vision intégrée des deux dimensions, politique et technique, de la régulation économique territorialisée ouvre le questionnement de recherche sur la problématique de lintégration de lintérêt économique par les pouvoirs publics locaux.
1- Les apports de la notion de gouvernance
Selon lapproche développée par P. Le Galès, la notion de gouvernance est intimement liée à celle de régulation, car elle permet de « rendre compte de la multiplication de formes différentes denracinement et de régulation de léconomie dans les pays capitalistes » (Le Galès, 2003, p.30). La régulation est ici définie selon trois dimensions : le mode de coordination de diverses activités, ou de relations entre acteurs ; lallocation de ressources en lien avec ces activités ou ces acteurs ; la structuration des conflits (prévention, résolution). La régulation est donc liée à lexistence de « relations relativement stabilisées entre des acteurs, des groupes sociaux, qui permettent la répartition de ressources selon les normes et les règles explicites ou implicites » (Le Galès, 2003, p.30).
Il est alors possible didentifier plusieurs formes idéales typiques de la régulation, correspondant aux mécanismes de régulation articulés dans des régimes de gouvernance, parmi lesquelles figurent, entre autres : la régulation par le marché, la régulation étatique (hiérarchique ou politique, par lEtat et/ou les grandes organisations privées), la régulation par la coopération et/ou la réciprocité (échange social ou politique, au sein de réseaux, de communautés, dassociations
).
La seconde forme idéale-typique de régulation, politique et hiérarchique par le biais de lEtat, est privilégiée par les travaux de la sociologie de la gouvernance, qui portent essentiellement sur léconomie. Ces recherches mettent notamment en scène les systèmes productifs locaux, ce qui rejoint nos préoccupations danalyse du cas lyonnais. Elles présentent en outre lintérêt de pointer la dimension politique de la régulation, qui est « profondément et historiquement constitutive des villes européennes » (Le Galès, 2003, p.31). Elles permettent enfin de définir la gouvernance « comme un processus de coordination dacteurs, de groupes sociaux, dinstitutions, pour atteindre des buts discutés et définis collectivement. La gouvernance renvoie alors à lensemble dinstitutions, de réseaux, de directives, de réglementations, de normes, dusages politiques et sociaux, dacteurs publics et privés qui contribuent à la stabilité dune société et dun régime politique, à son orientation, à la capacité de diriger, à la capacité de fournir des services et à assurer sa légitimité » (Le Galès, 2003, pp.31-32).
Ainsi, pour la sociologie politique (et les Sciences Politiques), est-il possible de mettre en lien la notion de gouvernance avec celle, plus classique, de gouvernement. La gouvernance, pour la sociologie des organisations et des réseaux de politiques publiques, renvoie donc aux formes horizontales dinteraction entre les acteurs, aux interdépendances, aux régularités et aux règles dinteraction et déchange, à lautonomie de secteurs et de réseaux par rapport à lEtat, à la dimension temporelle, aux processus de coordination des acteurs politiques et sociaux, et enfin parfois aux contraintes associées à la décision (Le Galès, 2003). La gouvernance ne remplace pas le gouvernement, elle permet plutôt de mettre en lumière les choix collectifs, les débats et conflits entre groupes, les valeurs dominantes, les intérêts particuliers et lintérêt général, localisé ou situé (Faure, 1997), les problèmes de légitimité
cest-à-dire les problèmes relevant de la sphère politique, dans un système de décision fragmenté.
La notion de gouvernance permet ainsi dappréhender lévolution des formes de gouvernement, cest-à-dire des formes dorganisation politique du territoire au niveau local. A une forme étatique et fortement centralisée en France, dont lapogée se situe certainement dans la période de croissance économique daprès-guerre, succède ainsi une nouvelle forme de gouvernement des villes entendues comme des territoires urbains , dont la notion de gouvernance permet de rendre compte. Elle est en effet un moyen potentiel de caractériser les logiques de recomposition du pouvoir monopoliste de lEtat et leurs implications pour les territoires locaux, notamment pour les villes comme Lyon.
Pour la sociologie politique, la gouvernance correspond à « un processus de coordination dacteurs, de groupes sociaux, dinstitutions pour atteindre des buts propres discutés et définis collectivement dans des environnements fragmentés, incertains » (Le Galès, 1999, p.225). La gouvernance urbaine (ou territoriale) renvoie quant à elle à la « capacité à intégrer, à donner forme aux intérêts locaux, aux organisations, groupes sociaux, et dautre part, en termes de capacité à les représenter à lextérieur, à développer des stratégies plus ou moins unifiées en relation avec le marché, lEtat, les autres villes et autres niveaux de gouvernement. Cette acceptation du terme renvoie à ce qui se passe au-delà dune organisation, à savoir la capacité à organiser laction collective, à construire des coalitions et des partenariats orientés vers des buts spécifiques » (Le Galès, 1999, p.227).
La gouvernance urbaine présente ainsi deux dimensions complémentaires des logiques dintégration des acteurs locaux dans laction collective, lune externe et lautre interne. Enfin, le caractère plus ou moins territorialisé du mode de gouvernance, cest-à-dire sa dépendance relative vis-à-vis de formes de régulation extérieures au territoire local, ainsi que la capacité daction collective et les objectifs stratégiques définis dans ce cadre constituent également des dimensions problématiques de la gouvernance, intéressantes pour lanalyse.
La sociologie de la gouvernance permet donc de réfléchir aux articulations entre les différents modes de régulation de la société, et notamment didentifier les évolutions de la régulation sociale et politique. Nous recourrons à la notion de gouvernance comme grille de lecture, outil et moyen danalyse de la régulation économique opérée au niveau local, celui des territoires infranationaux et plus particulièrement des villes. La métropole lyonnaise sinscrit alors naturellement dans le champ danalyse, comme un territoire urbain particulier, un système productif local dun point de vue économique, mais aussi une scène de gouvernance et de régulation dun point de vue politique, concrétisée par un système daction collective localisé, territorialisé, organisé de manière à exercer une certaine forme de régulation économique au niveau local.
Lusage de la notion de gouvernance pour analyser des phénomènes politiques de régulation économique à léchelle du territoire de lagglomération lyonnaise nécessite cependant de justifier lexistence même de lunité de ce niveau danalyse et dexpliciter son statut de niveau intermédiaire de régulation, didentifier et de caractériser les groupes, les acteurs, les institutions et leurs interactions, qui permettent le fonctionnement de cette unité danalyse, et enfin de repérer plus globalement les lieux de la dynamique institutionnelle et économique, qui déterminent lévolution conjointe du territoire, observé comme un système productif localisé, et du système économique densemble (Saillard, 2002).
2-
Et les limites de la notion de gouvernance
P. Le Galès (1995a) convoque la notion de gouvernance pour qualifier les pratiques actuelles des gouvernements urbains, qui deviennent des acteurs à part entière du développement local, suite à la décentralisation des compétences. Cette notion semble mieux adaptée aux partenariats locaux qui se multiplient, tant au sein de la sphère publique quentre celle-ci et la sphère privée, que la notion plus étatique et classique de gouvernement, les villes devenant des « producteurs de politiques publiques » à part entière, aux côtés de lEtat central et des instances communautaires européennes.
Cependant, J.P. Gaudin (2002) insiste également sur un point important soulevé par P. Le Galès : « (
) lintensité des coopérations entre secteurs public et privé nest pas sans faire question en termes de régulation politique locale » (p.92). Ainsi, J.-P. Gaudin (1995) privilégie plutôt lanalyse en termes de réseaux de politique publique et non de gouvernance, notion jugée peu adaptée aux partenariats et coopérations entre acteurs urbains tels quils sorganisent en France depuis la décentralisation. La notion de réseau, issue de la sociologie politique « classique » permet notamment de rendre compte de lémergence de nouvelles élites urbaines, politiques et professionnelles, dans la négociation de laction publique, et de prendre acte de la faible légitimité politique de ces partenariats, perçus comme des arrangements de circonstance non soumis à la sanction électorale et démocratique.
On voit ainsi que la notion de gouvernance nest pas la seule opératoire, ni même la plus pertinente et neutre pour analyser la recomposition de laction publique au niveau local. Elle savère toutefois dominante dans la réflexion théorique et les analyses scientifiques produites à propos de lévolution récente des formes de gouvernement (Healy, 2002).
La gouvernance, une fausse nouveauté ?
J.-P. Gaudin (2002) insiste en effet sur la fausse nouveauté des phénomènes dont est sensée rendre compte la notion de gouvernance : au début du 20ème siècle en France, certaines formes daction publique comme lurbanisme et la gestion de laménagement urbain par la planification sont en effet plus proches des formes actuelles de négociation que des formes de commandement hiérarchisées et centralisées exercées par lEtat durant les Trente Glorieuses.
En bref, les modalités de conduite de laction publique de lépoque correspondent déjà à ce que lon qualifie désormais comme de la gouvernance : négociation déléguée des choix, autant pour la définition de la règle générale que pour sa mise en uvre au niveau local; cadre réglementaire négocié entre quelques députés et des intérêts professionnels, qui détermine une sorte de suivi-évaluation des documents durbanisme exercé par lEtat, fondé sur « un schéma de discussion multipolaire explicite » (Gaudin, 2002, p.46) et non sur un contrôle exercé par le haut. Ce sont les communes (urbaines) qui prennent linitiative délaborer un plan, dont elles ont la maîtrise technique et la responsabilité juridique. Il sagit donc dune liberté locale peu encadrée, car seule une commission supérieure tripartite est consultée pour valider les plans (pas dadministration centrale ni locale pour lurbanisme et laménagement avant la guerre), rassemblant des élus, des fonctionnaires du ministère de lIntérieur et des professionnels de lurbanisme.
Ce modèle historiquement daté de pilotage politique de laction publique correspond précisément à une forme de gouvernance négociée, reposant sur lexistence de communautés de politiques publiques locales, organisées autour du maire et de son urbaniste (et leurs services administratifs et techniques), et de quelques personnes compétentes et représentatives des intérêts économiques locaux (immobiliers, touristiques, industriels
). Il est très proche de ce que lon observe à Lyon au début des années 1960, juste avant la mise en place par lEtat de son système dintervention technocratique en matière daménagement du territoire et de développement économique. Une certaine forme de gouvernance, au moins pour les questions relatives à léconomie, existe en effet dans la métropole lyonnaise jusquau début des années 1960, mais elle nest pas désignée comme telle et se trouve escamotée et déstructurée du fait de limposition par le haut dun nouveau dispositif de régulation économique territoriale, piloté de manière centralisée et fortement hiérarchisée, voire hégémonique, par les services de lEtat (DATAR, Ministères de lEquipement et de lIntérieur) (voir infra, 2ème Partie, Section 2).
Les formes de gouvernance actuellement observées et désignées comme telles dans les métropoles européennes correspondent donc plutôt au résultat dun renouvellement des positions entre niveau local et niveau central comme au sein des systèmes dacteurs locaux, à une certaine décrispation des relations entre les acteurs politiques et économiques et au décloisonnement plus général des rapports entre les sphères privée et publique : « les coopérations sont désormais intenses et explicites » (Gaudin, 2002, p.48). Elles nont pas grand-chose de véritablement nouveau, mais traduisent plutôt une sorte de renaissance de types dorganisation, qui ont simplement été quelque peu éclipsés par le développement de la règle générale édictée par lEtat et par lhomogénéisation/centralisation de lespace national dans les premières décennies daprès-guerre, parallèlement à la montée en puissance de la technocratie étatique.
Toutefois, les sociétés déconomie mixte locales existent depuis les années 1950, confirmant lancienneté et une certaine permanence dans le temps des relations et des formes dassociations entre acteurs et capitaux privés et publics ou parapublics (DArcy, 1967). La politique de développement économique et daménagement du territoire de lEtat durant les Trente Glorieuses présente également des formes de collaboration entre secteurs public et privé évidentes, correspondant au modèle de léconomie mixte ou dirigée, cest-à-dire placées sous la domination étatique et le sceau de la poursuite de lintérêt général du pays (voir infra, 2ème Partie, Section 1).
La gouvernance saccompagne en outre dun nouveau langage commun et partagé au niveau mondial : elle est en elle-même la nouvelle référence universelle qui comble le vide idéologique et labsence de grand récit fédérateur qui accompagnent la fin de lidéal étatique keynésien. Le terme gouvernement cède la place à celui de gouvernance pour permettre le relookage et la modernisation de laction publique : ce nouveau vocable donne lillusion de la nouveauté, pour qualifier des systèmes dacteurs et de décision qui ne sont pas si nouveaux et innovants que certains observateurs ou acteurs ne le prétendent.
Lancienneté relative des logiques dorganisation du politique désignées par le nouveau vocable de gouvernance nous amène ainsi à questionner le sens supposé de ce dernier, à rechercher ce quil est censé apporter de plus à la compréhension des nouveaux phénomènes de coopération et de partenariat qui refont surface dans laction publique depuis la survenue de la crise économique. Ne serait-ce en effet pas plus simple de parler dun retour à un système daction publique et de gouvernement somme toute très « classique », cest-à-dire correspondant à celui qui prévaut avant la mise en place du système hiérarchique et centralisé qui caractérise les Trente Glorieuses en France ?
La gouvernance est donc un synonyme commode du renouveau, du changement et de la modernisation de laction publique (Gaudin, 2002, p.110) ; on pourrait aller plus loin avec lauteur en lappréhendant comme un vecteur idéologique, un « médium » consensuel de lévolution néolibérale du capitalisme et de son mode de régulation. A. Healy (2002, p.2) évoque en effet à propos de la gouvernance « lidée sous-entendue, dès lintroduction en France de cette notion, dun changement radical de la gestion de lurbain et dune ouverture des décisions publiques aux acteurs économiques ». « La gouvernance urbaine apparaît avant tout comme un discours politique légitimant » (Healy, 2002, p. 17), permettant notamment de justifier la prise en compte privilégiée, voire même exclusive, du point de vue et de lintérêt des entreprises dans la définition des politiques locales de développement économique.
Le cas lyonnais offre en la matière un terrain détudes très intéressant, puisquil donne justement à voir lorganisation dune nouvelle forme de gouvernance économique, revendiquée comme telle, rassemblant les autorités publiques chargées de la gestion de lagglomération et les principales structures de représentation des intérêts économiques locaux (voir infra, 3ème Partie, Section 3). Daprès certains travaux, celle-ci « relève plus du projet politique que de lévolution des pratiques » (Healy, 2002, p.17). Lanalyse sur une période de temps assez longue que nous privilégions (cest-à-dire sur les cinquante dernières années), tend cependant plutôt à démontrer que les pratiques, tant dans le volet opérationnel que dans le volet politique de la conduite de laction économique au niveau local, ont-elles aussi profondément évolué avec la survenue de la crise économique et la décentralisation administrative opérée par lEtat central, ainsi quavec la poursuite de la construction européenne et la mondialisation de léconomie.
Lévolution des pratiques se caractérise notamment par lapplication des méthodes stratégiques du management de projet à laction publique locale et par un recours accru aux démarches partenariales (voir infra). Ceci nexclut toutefois pas lémergence en parallèle dun projet politique densemble porté par les dernières mandatures à la tête de la métropole lyonnaise, reposant largement sur lidée prétendument « nouvelle » de gouvernance ainsi que sur la mise en avant de lenjeu dominant du développement économique et de la compétition territoriale pour justifier les choix dorientation de laction publique locale.
La gouvernance, Cheval de Troie néolibéral ?
La notion de gouvernance se présente ainsi comme une manière commode de justifier le renouvellement en profondeur des logiques de conduite de laction publique, fondée sur une certaine dépolitisation des enjeux et létablissement dune forme de consensus autour de la soumission nécessaire de lensemble des politiques publiques à limpératif supérieur de la compétition économique. Elle participe de la rhétorique néolibérale, tout comme elle rend compte de nouvelles façons de faire et de conduire laction publique. Le pragmatisme méthodologique et lopportunisme économique chers à la pensée libérale accompagnent en effet cette nouvelle vision stratégique de lexercice de la politique à travers un mode de gouvernement partenarial.
Ceci est particulièrement valable pour la gouvernance urbaine et/ou territoriale (locale), qui est promue en France tant par le Ministère de lEquipement que par certaines grandes entreprises et la plupart des pouvoirs publics locaux, à la fois comme un mode dorganisation des sphères décisionnelles optimum et dencadrement de nouvelles méthodes de conduite de laction collective. La montée en puissance de la notion de gouvernance est ainsi très étroitement liée à la conversion dune grande partie des élites politiques et administratives des pays développés à la conception néolibérale de léconomie (Jobert, 1994).
Selon J.P. Gaudin (2002), la notion de gouvernance rassemble en fait différentes évolutions des valeurs et des modalités de la régulation politique, notamment en France où la marque du modèle de lEtat social est très forte et profonde, du fait de limportant interventionnisme économique déployé depuis les années 1950 (voir infra, 2ème Partie). Elle camoufle ainsi lune des questions contemporaines essentielles concernant les rapports flous et mouvants entre économie et politique. Lauteur sinterroge en effet sur la consécration politique de la mondialisation économique et du tournant libéral opéré par le système capitaliste que représente la notion de gouvernance : le changement profond que connaissent les modes de gouverner peut laisser supposer que la politique nest plus désormais quune « succursale de léconomie et du commerce international », ou quau mieux « elle les prolonge, en quelque sorte, par une gouvernance centrée sur des coordinations pragmatiques et des contrats qui mettent simplement en forme des jeux de pouvoir existants » (Gaudin, 2002, p.132).
Lauteur rappelle aussi les postulats qui fondent la notion de gouvernance : la perte de centralité des régulations politiques étatiques au profit de négociations ouvertes entre les multiples acteurs économiques et sociaux ; laccompagnement des décloisonnements entre sphères publique et privée à travers le partenariat. Il présente aussi ses applications concrètes les plus avancées : un modèle defficacité donné aux administrations qui sinspire directement de celui des entreprises, un objectif de flexibilité dans les services publics centrée sur le client et léconomie de moyens, cest-à-dire en définitive le « décalque de règles du marché dans leur version néo-libérale » (Gaudin, 2002, p.133). La gouvernance serait donc « un mélange intime de subsidiarité fédéraliste et de culture dentreprise, valorisant la diversité des coopérations négociées entre institutions, entreprises et associations » (Gaudin, 2002, p.134).
La gouvernance peut ainsi être vue comme « le symptôme dune coordination profondément souhaitée, mais jamais véritablement accomplie, entre des mondes en forte spécialisation, notamment léconomique, le politique, le social.(
) léconomie semblerait au contraire devenir une valeur universelle (
) la référence densemble » (Gaudin, 2002, p.132). Labsence de grand récit politique est alors comblée par la gouvernance, qui reproduit et imite le marché en glorifiant les arrangements rationnels entre acteurs.
J.-P. Gaudin (2002) identifie en effet trois niveaux de signification de la gouvernance, telle quelle est convoquée par laction publique :
« un appel direct au réalisme de la négociation moderne » : i.e. négociation qui intègre les règles du marché et se fait avec lui. « La réalité politique contemporaine est dans le marché international (
) et sa régulation par la gouvernance » (p.105).
« un appel à la responsabilité pour mieux garantir lefficacité » : i.e. pragmatisme « moral » plus implicite que la soumission aux règles du marché, qui tend à responsabiliser les acteurs dans une logique libérale.
« le principe dune nouvel humanisme mondial et dun ordre politique global » : i.e. une sorte de nouvelle charte libérale des Nations Unies
P. Le Galès (1999) rappelle également quil existe un lien organique direct entre les théories de la gouvernance de laction et celles du « public choice » ou du management public, qui prônent la création institutionnelle fondée sur le partenariat public/privé, la contractualisation négociée et le recours aux méthodes du management stratégique pour résoudre les problèmes de laction publique collective, posés en termes defficacité et de rapport coût/bénéfice. Le partenariat sinscrit même au cur de la problématique de la gouvernance, parallèlement à laugmentation du pluralisme politique et à louverture des scènes politiques locales à la participation de la société civile, qui accompagnent le retrait de lEtat de la régulation économique territoriale à partir des années 1980 (Le Galès, 1995b).
Ainsi, la notion de gouvernance souffre dune connotation idéologique fortement marquée, emprunte de conceptions libérales de laction publique et qui traduit la tendance à la domination des intérêts économiques sur la sphère du politique. Comme grille danalyse, elle offre cependant un cadre conceptuel pertinent pour mettre en évidence et analyser la manière dont sorganise la prise en considération des différents intérêts publics, économiques, sociaux, etc. dans la conduite de laction publique. « [La gouvernance] sapparente plutôt à une notion, au mieux à un concept de second ordre, qui napporte pas tant des réponses dans limmédiat quelle permet de formuler des questions. (
) Ce faisant, cette sociologie de la gouvernance [i.e. privilégiée par lauteur] vise à séloigner, autant que faire se peut, de toute vision de la « bonne gouvernance », qui relève le plus souvent dune vision déconomie néo-classique à la recherche dinstitutions qui garantissent loptimum du fonctionnement du marché ou dun projet néo-libéral pour justifier limposition de la discipline de marché aux sociétés européennes » (Le Galès, 2003, p.36).
En sappuyant sur cette approche critique de la notion, il sagit dappréhender la montée en puissance de la thématique de la gouvernance urbaine comme un phénomène total, pluriel et multidimensionnel, visant à faire accepter le modèle néolibéral de régulation de léconomie de façon consensuelle, sans réel débat ni polémique. Nous formulons en effet lhypothèse que la gouvernance est déclinée par les nouvelles élites politiques et économiques urbaines, à la fois sous la forme dun projet politique, dune démarche méthodologique et dun ensemble de pratiques présidant à la conduite des nouvelles politiques publiques locales, qui permettent de soumettre ces dernières, quelles relèvent ou non du champ de léconomie, à limpératif de la compétition concurrentielle, de lattractivité territoriale et du développement économique.
Le recours à la notion de gouvernance urbaine (ou territoriale), résultant dun transfert conceptuel depuis la sphère économique et le monde des entreprises vers la sphère publique dadministration et de gestion territoriale, permet donc de saisir la nouvelle dimension des pouvoirs locaux et de laction publique locale, en offrant toutefois une lecture plus économique quinstitutionnelle des relations stratégiques entre les différents acteurs (Borraz, 1999). Il postule de lexistence de nouvelles scènes décisionnelles et politiques au niveau local, qui sorganisent afin de conduire des politiques de régulation économique territoriale adaptées au nouveau contexte de crise, caractérisé par lexacerbation des logiques de concurrence et de compétitivité.
« Lextension de la logique du marché, y compris dans la sphère publique, conduit à une demande dorganisation politique et sociale à des niveaux autres que le niveau national, notamment sur certains territoires. La poussée du marché conduirait paradoxalement en réaction à une forme de retour du politique ou pour le moins de restructuration du politique dans certaines villes ou régions européennes [souligné par lauteur]. (
) Les territoires infranationaux, notamment les villes et les régions, sont apparus comme lun des niveaux possibles des intérêts, des groupes et des institutions, même si ce territoire na pas les caractéristiques de lEtat-nation » (Le Galès, 1999, pp.230-231).
Lanalyse du processus de territorialisation de la régulation économique à travers lémergence de politiques économiques conduites par des systèmes dacteurs locaux se nourrit donc de façon privilégiée des recherches portant sur la problématique de la gouvernance. Si celle-ci apparaît comme étant très intimement liée à lavènement des considérations dordres économique ou stratégique dans lorganisation de laction publique au niveau local, elle constitue alors un cadre conceptuel et un outil danalyse particulièrement opportun et pertinent pour permettre la caractérisation du nouveau type daction publique en faveur du développement économique local qui émerge depuis le début des années 1980. Elle permet en effet de mettre en relation louverture du champ politique à la participation des acteurs économiques avec lavènement de nouvelles modalités stratégiques et managériales de définition et de mise en uvre de laction publique.
3- Territoire, gouvernance et stratégie : un nouveau discours sur la méthode ?
La territorialisation des politiques économiques apparaît comme un vaste processus qui consiste non seulement en un transfert de charge de lEtat vers le niveau local et en louverture des scènes décisionnelles de la régulation économique territoriale à la participation de la société civile, mais également en un renouvellement des méthodes dintervention en faveur de léconomie allant plutôt dans le sens dune intégration fonctionnelle et stratégique des politiques publiques locales au service de lenjeu dominant du développement économique territorial concurrentiel. Ce processus permet de rapprocher les intérêts des acteurs économiques de ceux des élites politiques locales, en occasionnant aussi une certaine intégration de lintérêt des entreprises au cur de laction publique par la puissance publique locale, en lieu et place de lintérêt général.
La gouvernance urbaine traduit en effet une nouvelle gestion publique et un mode de gouvernement dominé par les intérêts privés, le monde économique et les représentants de la société civile, adaptés et conditionnés par le système de léconomie de marché libérale. Elle matérialise la redéfinition des rôles respectifs des différents acteurs impliqués dans la conduite des politiques publiques, dont le partenariat public/privé constitue la principale caractéristique (Stoker, 1998). Celui-ci est censé améliorer lefficacité de laction publique, grâce à lintroduction des techniques de gestion stratégique inspirées de la gestion des entreprises et à une collaboration étroite entre la puissance publique et les acteurs privés. « Lefficacité serait du côté des méthodes de management issues du privé et de la remise en question des liens de subordination entre lEtat et les villes » (Jouve, 2003). Cest ici toute lambiguïté et le paradoxe du renouveau libéral actuel, qui envisage le monde de léconomie et la sphère de laction publique de façon conjointes, comme deux entités nécessairement liées (Marcou, 2002).
Lintroduction des mécanismes de marché dans la gestion de la régulation économique territoriale depuis le tournant des années 1970 et 1980, accompagne le désengagement de lEtat du niveau local et la remise en question du modèle keynésien de conduite des politiques publiques, qui débouchent sur une nouvelle conception du gouvernement, quil soit local, urbain ou territorial, en termes de gouvernance. Ladoption de la démarche stratégique, des logiques de projet et de management, comme le positionnement concurrentiel des territoires et ladoption du pragmatisme libéral comme credo daction, apparaissent ainsi comme relevant dun choix éminemment politique, qui se traduit sur le plan organisationnel du système dacteurs local par le recours au vocable de gouvernance et influe de manière forte sur les formes de la régulation économique territorialisée ainsi que sur les méthodes de gestion de laction publique qui sont mobilisées par les acteurs locaux.
Cest, à notre sens, lun des principaux aspects problématiques de la territorialisation des politiques publiques en faveur du développement économique, quil convient daborder pour comprendre la dimension idéologique et politique profonde des mutations à luvre dans lorganisation de la régulation économique à léchelle des territoires locaux.
Notre analyse de lémergence dune forme de régulation de léconomie par le territoire dans la métropole lyonnaise sintéresse donc à la fois aux acteurs et aux méthodes de la politique économique locale. Ces dernières sont mobilisées tout au long de la démonstration comme un fil conducteur et un révélateur, permettant de mettre en évidence lintégration progressive des modes de faire, des conceptions, des logiques daction, du point de vue et, en définitive, de lintérêt des entreprises par les pouvoirs publics locaux, parallèlement à lavènement du positionnement concurrentiel des territoires (et surtout des acteurs en charge de leur administration) rendu nécessaire par limpératif de développement économique.
Lintégration de lintérêt des entreprises par les pouvoirs publics locaux
Les travaux de science politique sur la gouvernance urbaine posent la question de lintégration des intérêts économiques privés dans les gouvernements locaux et dans la conduite de laction publique, par le biais dun rôle accru conféré aux dirigeants des entreprises ou à leurs représentants dans la construction de stratégies collectives destinées à favoriser la gestion des villes et des territoires locaux (Le Galès, 1993 ; Bagnasco, Le Galès, 1997 ; Dormois, 2004). Les avis divergent notamment quant à la caractérisation de ces logiques de rapprochement et dalliance, entre une vision constatant une véritable intégration de lintérêt des acteurs économiques dans la conduite des politiques publiques et une approche privilégiant plutôt une simple convergence dintérêts, justifiée par le fait que les acteurs économiques ne sont pas en capacité dexprimer clairement un projet territorial et donc de devenir des interlocuteurs à niveau égal des décideurs publics locaux.
Ce débat renvoie directement à lopposition théorique entre coalitions de croissance et régimes urbains (voir supra). Lapproche du problème par les méthodes, les savoir-faire et lexpertise mobilisés pour conduire laction économique peut précisément fournir une clé nouvelle et complémentaire pour alimenter cette réflexion, et peut-être contribuer à la caractérisation des nouvelles politiques publiques de développement économique locales, à travers leur mode de gouvernance. En effet, ladoption des démarches stratégiques et des méthodes de management issues de la sphère des entreprises par les pouvoirs publics locaux pour conduire laction publique, participe de façon très étroite de la manière dont sorganise le système décisionnel de la politique économique locale, selon des logiques de partenariat et de gouvernance.
Nous formulons ainsi lhypothèse que lintégration des intérêts économiques privés par les pouvoirs publics locaux, résultant de la structuration dun mode de gouvernance spécifique de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise, est en grande partie permise par lacculturation progressive des responsables politiques et des services techniques aux méthodes stratégiques issues de la sphère des entreprises. Le pragmatisme et la flexibilité se retrouvent au cur des politiques publiques (Le Galès, 1995b), tant au niveau des modes de gouvernement que des modes de faire mobilisés pour définir et mettre en uvre laction publique.
La logique de projet accompagne lavènement de la concurrence comme élément majeur des argumentations concernant les nouvelles contraintes imposées par la mondialisation de léconomie à la gestion des entreprises et des organisations. Elle correspond au cadre référentiel des nouveaux dispositifs méthodologiques de management, qui sont censés répondre de manière adaptée aux difficultés pour organiser le développement économique et retrouver la croissance du fait lexacerbation de la compétition et du renforcement de lincertitude liés au contexte de crise (Boltanski, Chiapello, 1999). La flexibilité, le pragmatisme, lorganisation en réseau et la spécialisation des compétences sont des principes qui régissent désormais, à la fois le comportement économique des firmes mais aussi la manière de gérer laction collective des pouvoirs publics. La pensée managériale est ainsi intégrée au cur de laction publique, et notamment des politiques locales de développement économique (voir infra, 3ème Partie, Section 2).
Cette acculturation à la vision du développement économique portée par les acteurs économiques accompagne la montée en puissance des responsables politiques locaux dans la conduite de la régulation économique territoriale. Elle leur permet en effet de légitimer leur prise de leadership politique sur les questions relatives à lintervention économique au niveau local, notamment par rapport au rôle classique joué par les structures locales de représentation des intérêts économiques (organismes consulaires, syndicats patronaux) en la matière. Elle leur offre également une meilleure capacité dagrégation des intérêts et des attentes des acteurs économiques à travers leur leadership politique sur lensemble des politiques urbaines. Le nouvel appareil justificatif fourni par la logique de projet permet ainsi de former des compromis et du consensus entre des exigences qui se présentent a priori comme antagonistes (Boltanski, Chiapello, 1999) : lintérêt général porté par les acteurs publics rejoint et intègre lintérêt particulier des entreprises et des acteurs économiques de façon plus générale.
Comme lEtat keynésien est amené à prendre en charge directement la poursuite de lintérêt économique au nom de lintérêt général de la Nation après la seconde guerre mondiale (voir infra, 2ème Partie, Section 1), les autorités publiques locales chargées de la gestion des territoires sont donc amenées à intégrer politiquement et méthodologiquement le point de vue des acteurs économiques dans la conduite des politiques de développement territorial.
Cette affirmation repose sur lhypothèse centrale dune remise au goût du jour du modèle français de léconomie dirigée (ou mixte), correspondant au système de régulation fordiste des Trente Glorieuses au sein duquel lEtat porte lintérêt des grandes entreprises au nom de lintérêt général du pays et caractérisé par une hybridation entre libéralisme et volontarisme interventionniste (Veltz, 1978). Ce modèle dorganisation de la régulation économique, dans lequel la puissance publique prend en charge de façon plus ou moins explicite le portage des intérêts privés dominants à travers la conduite de politiques économiques territoriales, semble ainsi, paradoxalement, être adapté pour coller au nouveau régime daccumulation hyper flexible néolibéral. Il est simplement décliné au niveau local et non plus au niveau national.
Les pouvoirs publics locaux tendent à « reproduire le modèle parental » étatique en se chargeant du portage de lintérêt des entreprises, permettant à lintérêt général et à lintérêt économique dêtre de nouveau confondus, du moins associés au travers de la conduite de laction publique en faveur de léconomie.
Le transfert de charge de la sphère économique vers la sphère politique et technique publique se réalise essentiellement sous la forme dune acculturation progressive des responsables et techniciens de la puissance publique au contact des acteurs économiques, qui occupent une place privilégiée au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale depuis la survenue de la crise et le retrait de lEtat central. Le partenariat politique est en effet institué par le biais de dispositifs et de démarches de politiques publiques, notamment dans le champ du développement économique local (Jouve, Lefèvre, 2003). Le cas lyonnais en offre plusieurs exemples, dont certaines formes de type associatif apparaissent dès les années 1970 (voir infra, 2ème et 3ème Parties).
Les limites techniques et démocratiques du modèle de la régulation économique territorialisé
Cependant, cette recomposition des formes de médiation entre la sphère politique et la sphère économique, au travers de lémergence de politiques publiques locales stratégiques et managériales, vouées à favoriser la régulation économique territoriale selon une logique de développement économique concurrentiel dominante, pose le problème de lexercice de la démocratie locale, du pluralisme politique et de la véritable représentation de lensemble de la société civile sur la scène décisionnelle locale (Jouve, Lefèvre, 2003). Elle met également en évidence des problèmes plus concrets et opérationnels dexpertise technique et de capacité effective daction limitées de la puissance publique locale dans le domaine de la régulation économique.
Lhypothèse selon laquelle la territorialisation de la régulation économique saccompagne dune intégration par les autorités politiques locales de lintérêt des entreprises et des méthodes du management stratégique issues de la sphère privée au sein de laction publique ouvre donc le questionnement sur la problématique des limites dun tel système de mise en uvre et de pilotage de laction économique au niveau local.
Les compétences et les savoir-faire de la Communauté urbaine de Lyon senrichissent considérablement sur la période étudiée, qui va de sa création à lépoque actuelle. Toutefois, son intervention en matière de développement nest officiellement autorisée que depuis peu de temps, et les capacités réelles de ses services techniques dans le champ de lintervention économique demeurent restreintes (voir infra, 3ème Partie). Notre travail porte ainsi non seulement sur la mise en évidence de lévolution des orientations, des modalités et des contenus de la politique économique locale, mais également sur les méthodes et les modes dorganisation mobilisés pour la mettre en uvre.
Par méthodes, il faut aussi comprendre la manière dont les acteurs économiques et les pouvoirs publics se répartissent les tâches au sein du système daction collective de la régulation économique territorialisée. Le caractère limité de ses compétences techniques conduisent en effet le Grand Lyon à recourir au partenariat et la sous-traitance dans laction publique, afin de pallier ses carences dexpertise spécifique dans le champ de la régulation économique. Lorganisation de la gouvernance économique dans lagglomération lyonnaise est ainsi en partie liée à la question des possibilités daction de la collectivité, qui fait notamment appel aux savoir-faire et à lexpertise économique des organismes locaux de représentation des entreprises pour mener à bien la politique de développement économique territoriale.
Cette répartition des rôles pilotée par le Grand Lyon, qui modifie assez fortement les grands équilibres construits depuis la période des Trente Glorieuses, induit des rapports de forces importants, voire même des conflits au sein du système dacteurs local, entre notamment les structures de représentation des intérêts économiques et les pouvoirs publics locaux, mais également entre le niveau des communes de lagglomération et léchelon communautaire.
Dun point de vue plus politique, il sagit également dinterroger le caractère peu démocratique de la gouvernance ainsi organisée. Lanalyse de la politique économique dans lagglomération lyonnaise nous amène en effet à prendre en considération les limites dune telle intégration des méthodes et des intérêts économiques par la puissance publique locale, notamment en terme douverture du processus décisionnel à la participation véritablement large et pluraliste de la société civile.
Des travaux récents sur la gouvernance métropolitaine et les politiques publiques montrent que les phénomènes douverture de la sphère décisionnelle à la société civile locale restent limités à la participation des parties les plus institutionnalisées et les plus anciennement organisées de celle-ci. En outre, cette participation semble établie sur des fondements notabiliaires, qui tendent à reproduire une approche plutôt élitiste et traditionnelle de la démocratie représentative, du moins pour le cas français (Jouve, Lefèvre, 2003). Ainsi, ce sont essentiellement les structures émanant de la sphère économique qui sont amenées à être intégrées dans les processus délaboration et de conduite de laction publique urbaine, a fortiori dans le champ de la régulation économique territoriale (organismes consulaires et patronaux notamment).
Il sagit précisément du segment de la société civile locale qui entretient des relations privilégiées avec la sphère politique, et ceci de longue date (voir infra, 2ème Partie). La participation du reste de la société civile locale reste en revanche très rare, voire totalement absente, conduisant certains auteurs à évoquer le « risque de dérive adhocratique de la gouvernance métropolitaine en Europe » (Jouve, Lefèvre, 2003, p.32) du fait de lorganisation de modes de coordination souples et pragmatiques pour gérer les politiques publiques dans les grandes villes, inspirés du modèle managérial néolibéral et privilégiant les logiques dalliance avec les acteurs économiques au détriment des habitants et des citoyens.
Dautres auteurs voient dans les reconfigurations actuelles de la gouvernance de laction publique urbaine une organisation des relations de pouvoir bénéficiant plutôt aux acteurs publics (élus notamment), et non aux acteurs économiques (Dormois, 2004). Tous saccordent cependant sur le fait que les habitants et la population de façon générale figurent parmi les grands perdants de lintégration de lintérêt des entreprises par la puissance publique locale. Ces constats rejoignent également celui formulé par P. Le Galès à propos du recours au partenariat public/privé dans la gestion de laction collective, qui « révèlerait la domination accrue du capital et de ses logiques aux dépens des besoins des citoyens. (
) Parfois ces partenariats cachaient la faiblesse ou la dépendance dacteurs publics à légard du privé, (
) qui sacrifiait lintérêt général à un intérêt particulier bien compris » (Le Galès, 1995b).
Plusieurs questions sinscrivent donc comme étant au centre de notre analyse du processus de territorialisation de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise : Qui porte lexpertise, la décision et la mise en uvre de laction en faveur du développement économique local ? Quels sont les méthodes et les modes de faire mobilisés ? Ceux-ci traduisent-ils une poursuite de lintérêt général (des citoyens) ou seulement lintérêt des entreprises et de la technocratie territoriale ? Notamment, le recours au management stratégique, lutilisation croissante du vocable de la gouvernance pour désigner la participation de la société civile et les logiques de partenariat public/privé ne reflètent-ils pas la tenue à lécart de tout un pan de la société locale par rapport à la sphère décisionnelle et opérationnelle de la régulation économique territoriale ?
Enfin, notre thèse souhaite ouvrir le débat sur la question plus large des possibilités de conciliation entre lintérêt économique et lintérêt général au sein de laction publique portée au travers des nouvelles politiques locales. P. Veltz (1997a) pointe par exemple la tendance des entreprises et des grandes organisations publiques à osciller entre des logiques de valorisation de leur patrimoine et spécialités à travers des mesures à long terme, et des logiques de soumission au court terme évènementiel et à la complexité. Le modèle paradigmatique des marchés financiers, selon lequel seul lintérêt ou la finalité économiques priment, apparaît comme larchétype, certes pauvre et basique, du comportement des acteurs économiques privés, qui est de plus en plus intégré et imité par les acteurs publics. Il y a cependant une différence très nette entre le temps de lentreprise et de linvestisseur économique / financier dun côté, et celui de la collectivité de lautre. Le rapport au temps et le rapport à lespace sont multiples et pas toujours conciliables dun point de vue à un autre.
Il sagit donc dinterroger aussi la mise en cohérence des objectifs économiques sous-tendus par la recherche de la satisfaction de lintérêt des entreprises avec les objectifs plus globaux daménagement urbain et de gestion de lespace à travers la conduite de politiques territoriales menées par les pouvoirs locaux. Doù lhypothèse que nous soumettons in fine à lanalyse, dune grande difficulté, voire dune impossibilité à concilier les intérêts des entreprises et lintérêt général de la collectivité au travers de laction publique territoriale, dès lors que la même structure porte à la fois la défense et la promotion des intérêts économiques privés, et la poursuite de lintérêt collectif public.
En dautres termes, il sagit dapporter un regard assez critique sur lintégration du portage de lintérêt économique par la puissance publique locale, qui se fait dans lagglomération lyonnaise de plus en plus au détriment, du moins au risque de la garantie de lintérêt général de la population.
Conclusion de chapitre
La notion de gouvernance, malgré ses limites idéologiques, peut ainsi être convoquée dans lanalyse, comme une grille de lecture problématique de lorganisation politique et méthodologique de la régulation économique locale dans lagglomération lyonnaise. Elle permet en effet dinterroger la répartition des rôles au sein du système dacteurs lyonnais, en prenant acte des logiques de fragmentation institutionnelle et de développement du partenariat entre les sphères publique et privée, mais aussi de mettre en évidence lémergence de nouvelles démarches de management stratégique de laction publique, inspirées, comme la notion de gouvernance, du monde de lentreprise.
Ce processus dacculturation des pouvoirs publics locaux aux conceptions et aux intérêts des acteurs économiques représente une dimension très importante de la territorialisation de la politique économique. Il nous conduit à formuler lhypothèse dune intégration du portage de lintérêt des entreprises par la puissance publique au niveau local, en lieu et place de lEtat, comme une forme dadaptation de la régulation économique territoriale au nouveau contexte économique densemble, hyperconcurrentiel et fondé sur la compétitivité entre les villes. Il nous amène également à orienter notre analyse, visant à caractériser ce nouveau type de politique publique en faveur du développement économique, vers la mise en évidence des limites techniques et démocratiques dune telle intégration entre intérêts économiques et intérêt général.
Conclusion de Section
Au terme de cette présentation du cadre théorique qui enchâsse notre problématique de recherche dun point de vue politique et territorial, il est donc possible de rappeler les aspects principaux de lanalyse du processus de territorialisation de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise développée par cette thèse.
En sappuyant sur limportance des représentations collectives du territoire dans laménagement de lespace et laction publique territoriale, nous avons déterminé le choix de léchelle de lagglomération lyonnaise comme la référence spatiale centrale pour notre étude, entendue au sens du périmètre couvert par la Communauté urbaine de Lyon et ses « dépendances » territoriales en matière de planification urbaine (SD puis SCOT). La dimension politique prime ainsi sur la dimension économique, au gré dune approche de la régulation économique au niveau local qui est centrée sur le rôle de la puissance publique et non sur les logiques de fonctionnement du système productif lyonnais. La contingence économique occupe cependant une place importante dans notre analyse, dans la continuité de la théorie de la régulation qui confère un rôle déterminant aux effets de contexte historique induits par le fonctionnement de léconomie.
En effet, nous avons vu que le rapport quentretiennent les responsables politiques et économiques avec le territoire nest pas le même selon les périodes. Ce phasage temporel des représentations de la relation entre espace et économie soutient en outre lhypothèse préalable de notre travail, postulant de la survenue dun changement déchelle territoriale dans lorganisation de la régulation économique, parallèlement au basculement dans un régime de crise (voir supra, Section 1).
Le processus de territorialisation de la régulation économique sinscrirait ainsi dans un vaste mouvement davènement de nouvelles politiques locales, et correspondrait à la constitution dun champ nouveau daction publique consécutivement au transfert de charge et au désengagement opérés par lEtat suite au changement de contexte économique densemble. Celles-ci mobilisent notamment des référentiels et des approches méthodologiques dun nouveau type, qui remettent en question les modes de gestion classique de laction publique et érigent les territoires locaux agglomérations urbaines en particulier en véritables scènes de régulation économique et politique à part entière. Les nouvelles politiques économiques territorialisées donnent ainsi à voir une certaine reconfiguration des systèmes dacteurs locaux et une profonde réorganisation des rôles entre la sphère publique des collectivités et la sphère économiques privée.
Pour étudier les modalités de gouvernement et de pilotage de la régulation économique territorialisée, il est alors possible de mobiliser la notion très galvaudée de gouvernance. Elle peut en effet constituer une grille danalyse des jeux de pouvoir, particulièrement bien adaptée aux politiques publiques locales et au champ de laction économique, en raison de ses liens très intimes avec lavènement de la rhétorique libérale. Celle-ci accompagne le basculement de léconomie mondiale dans un régime de crise et justifie labandon de léchelon étatique pour privilégier une organisation de la régulation plus proche des réalités contrastées du terrain local.
Il sagit ainsi denvisager les considérations méthodologiques et politiques de la conduite de la politique économique lyonnaise de façon conjointe. Cette approche globale permet au final douvrir lanalyse du processus de territorialisation de la régulation économique à Lyon sur le problème des limites dune intégration de la culture et des intérêts des entreprises par les pouvoirs publics locaux, notamment vis-à-vis de la représentation démocratique et de la poursuite de lintérêt général.
Conclusion de la 1ère Partie
Le recours à la théorie de la régulation pour analyser le processus de territorialisation de la politique économique dans lagglomération lyonnaise nous permet de justifier le choix de privilégier une approche historique et politique du phénomène sur une période de temps allant des années daprès-guerre à lépoque actuelle. Sa portée pluridisciplinaire offre en outre un socle notionnel solide pour développer une analyse de laction publique et des modalités de son évolution, qui croise à la fois des aspects économiques, géographiques, sociologiques, idéologiques, méthodologiques et politiques. Cette position au carrefour des sciences humaines et sociales se retrouve de façon quasiment inévitable dans tout travail relatif à la question de laménagement de lespace.
Lentrée par léconomie nous a permis de mettre en évidence la dimension territoriale de la crise du mode du régulation qui frappe le système capitaliste depuis le début des années 1970, et de pointer les principales caractéristiques du nouveau modèle de développement économique qui émerge pour dépasser cette situation de crise. Celui-ci confère un rôle très important au territoire local, qui est reconnu comme un facteur économique en tant que tel, déterminant pour le fonctionnement des entreprises dans un système où dominent les logiques de concurrence et de compétitivité. Le système productif lyonnais, ne serait-ce que par son statut métropolitain et technopolitain, présente face à ce modèle certains atouts dordre purement économique non négligeables, mais qui ne peuvent suffire en eux-mêmes à favoriser le développement économique et la création de richesses au niveau local.
Cest du moins sur la base de ce présupposé que ce met en place une politique publique territorialisée de régulation de léconomie dans lagglomération lyonnaise. Lentrée par le champ politique nous permet alors de concentrer lanalyse de ce processus dancrage de laction économique autour des questions relatives à lorganisation du système dacteurs local et aux modalités méthodologiques de la mise en uvre de lintervention publique.
La confrontation du territoire et de ses représentations à lapproche politique de la régulation, introduit également louverture du questionnement sur la notion de gouvernance, et plus précisément sur son opérabilité dans le cadre dune démarche de caractérisation des nouvelles politiques économiques territorialisées. Le territoire local est ainsi conçu comme une scène de régulation économique et politique, qui voit la montée en puissance des pouvoirs publics locaux dans le champ de laction économique et une dynamique de réorganisation des rôles entre les acteurs publics et économiques.
Sur cette base, notre thèse sattache à démontrer que le processus de territorialisation de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise est le résultat dune lente évolution de laction publique en faveur du développement économique, allant dans le sens dun ancrage accru dans le territoire local et dune adaptation de ses modalités et contenus aux logiques de fonctionnement des acteurs économiques.
Lacculturation des acteurs publics à la démarche de projet et au management stratégique, portés par lidéologie néolibérale dominante, se traduit par des modes organisationnels et un rapport au territoire assez nouveaux. Elle se réalise essentiellement au contact des acteurs économiques et conduit à lintégration de lintérêt des entreprises par les autorités publiques locales en charge de la politique de régulation économique. Cette reconnaissance, voire cette acceptation des logiques de concurrence et de compétition territorialisées par la sphère politique locale au nom de lintérêt général interroge cependant les limites démocratiques et techniques dun tel processus dintégration.
Le détour préalable de lanalyse par la période de mise en place de la régulation économique territoriale correspondant aux années de croissance des Trente Glorieuses permet notamment de comprendre comment sorganise le transfert de charge entre lEtat et le niveau local concernant laccompagnement du développement économique et du fonctionnement des entreprises avant et après la survenue de la crise. Il permet aussi de mettre en évidence le rôle de relais et de vecteur de transition assuré par les acteurs économiques locaux dans ce processus de territorialisation de la politique économique dans lagglomération lyonnaise (voir infra, 2ème Partie).
Deuxième partie :La régulation économique sous domination étatique(1950-1980)
Cette partie couvre la période historique des Trente Glorieuses, précédant la phase de territorialisation de la politique de régulation économique dans lagglomération lyonnaise. Elle revêt une importance particulière par rapport à notre analyse du processus dancrage de la politique économique au niveau local, dans la mesure où elle permet de comprendre la manière dont sorganise linterventionnisme économique public en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ainsi que la manière dont celui-ci évolue avec le changement de contexte densemble qui sopère à partir du basculement de léconomie mondiale dans un régime de crise au cours des années 1970.
Ce modèle daction publique dans le champ de léconomie, très dirigiste et fortement marqué par la domination politique et technique des services centraux de lEtat, sert en effet de principal point de référence aux autorités publiques locales dans leur manière de conduire la politique économique territoriale durant la période suivante, qualifiée de flexibiliste et hyperconcurrentielle. Il agit à la fois comme un élément de justification de leur volonté dautonomie politique dintervention et de conquête dun rôle à part entière en matière de définition et de pilotage de la régulation économique au niveau local, et comme un exemple dorganisation des relations au sein du système dacteurs lyonnais, notamment entre le pouvoir politique et les acteurs économiques locaux.
Cest notamment durant cette période de croissance économique intense que sont conçues et organisées les modalités de mise en uvre de lintervention économique sur le territoire national par lEtat, à travers la mise en place des outils de gestion de lurbanisme, de laménagement spatial et de la planification urbaine qui servent à la régulation économique territoriale (voir infra, Section 1). La politique économique de lEtat se décline selon deux niveaux scalaires, qui correspondent chacun un type dintervention publique mobilisant des moyens spécifiques. Au niveau national, laction est assez directe et conduite grâce à lutilisation de leviers financiers et a-spatiaux, tandis quau niveau local laction est surtout indirecte et passe essentiellement par le recours à laménagement de lespace. Globalement cette politique apporte un encadrement étroit et un accompagnement très dirigiste à la croissance, selon une logique de modernisation économique, dexpansion industrielle et de rattrapage de la province par rapport à Paris.
Cette phase voit également une certaine mise au pas du système dacteurs local par rapport à la toute puissance du pouvoir politique et technique central, qui passe entre autres par le développement de lexpertise étatique au niveau local et par la création de la Communauté urbaine de Lyon. Létablissement public de coopération intercommunale est expressément créé par les autorités étatiques pour faciliter la mise en uvre de la politique économique nationale sur le territoire local. Il est ainsi dabord conçu comme un moyen organisationnel de gestion de laménagement et de léquipement de lagglomération lyonnaise, mais pas encore comme un véritable lieu de pouvoir politique et de commandement en matière de régulation économique territoriale (voir infra, Section 2).
Enfin, La période de croissance économique des Trente Glorieuses donne à voir le lien très fort existant entre le fonctionnement du système économique densemble selon une logique fordiste (voir supra, 1ère Partie, Section 1) et lorganisation de la politique économique au niveau national. Celle-ci est non seulement très centralisée, mais aussi dominée par le principe de léconomie mixte, qui repose sur une alliance étroite entre les acteurs économiques et les pouvoirs publics, voire sur leur étroite imbrication et sur une certaine intégration de leurs intérêts respectifs au niveau national. Lintérêt des entreprises est alors en grande partie confondu avec lintérêt général du pays, porté par les pouvoirs publics étatiques.
Ce modèle est toutefois remis en question avec la survenue de la crise économique au début des années 1970, conduisant à une évolution importante de la manière dont est conçue et pilotée la régulation économique territoriale. Lentrée en crise du mode de régulation fordiste entraîne une nécessaire adaptation de laction publique en faveur du développement aux nouvelles logiques de fonctionnement de léconomie, fondées sur la recherche de la proximité pour lutter contre une concurrence mondialisée.
Cet événement est lui aussi capital pour comprendre la territorialisation de la politique économique dans lagglomération lyonnaise : il permet en effet aux acteurs locaux, notamment économiques, de revendiquer le rôle de pilote et dacteur central de la politique économique locale face au constat dimpuissance des autorités étatiques dans la gestion centralisé du développement économique territorial. Ils sont porteurs dune nouvelle vision de la régulation économique, plus endogène et ancrée dans le territoire local, ainsi que dune grande capacité dexpertise dans le champ de léconomie, quils imposent dautant plus facilement aux pouvoirs publics centraux et locaux que le nouveau contexte concurrentiel et flexible les place en position de force par rapport à la rigidité structurelle de la technocratie publique (voir infra, Section 3).
Section 1 : LA POLITIQUE ECONOMIQUE NATIONALE ET SES DECLINAISONS A LYON
Cette première section est destinée à présenter quels sont les principes, les références et la nature de la politique de régulation économique développés par les autorités étatiques françaises durant les Trente Glorieuses. Elle sattache ainsi à analyser les principes centraux de la politique de régulation structurelle de léconomie au niveau national, les liens très forts unissant les pouvoirs publics centraux et les représentants du patronat français, les outils réglementaires et procéduraux mobilisés pour assurer la mise en application des objectifs de la politique économique de lEtat, ainsi que la manière dont cette politique économique est mise en application à léchelle de lensemble lyonnais, essentiellement par le biais de la planification territoriale, de laménagement de lespace et de lurbanisme.
Elle vise à montrer le caractère fortement centralisé et dirigiste de la politique économique française durant les Trente Glorieuses, ainsi que le rôle croissant conféré à la dimension spatiale et indirecte de la régulation dans la mise en uvre de la régulation sur le territoire. Seul lEtat central est légitime et compétent pour intervenir de manière directe et normative dans le fonctionnement de léconomie. Il sappuie sur le système de léconomie planifiée et sur lassociation avec les forces économiques du pays pour déployer son intervention à léchelle du pays et des territoires locaux.
LEtat central monopolise la conduite de la régulation, au gré dun système politique et économique hybride : léconomie mixte ou économie dirigée. Sur le plan politique, il sagit donc également didentifier qui porte lintérêt des entreprises et la manière dont lEtat combine la défense de lintérêt général et la promotion des intérêts économiques des firmes françaises au travers de sa politique de développement économique nationale et daménagement du territoire.
Dun point de vue méthodologique, la démonstration sintéresse aux moyens et leviers qui sont utilisés pour assurer la mise en uvre de la politique économique à léchelle nationale et au niveau des territoires locaux. Lattention se porte notamment sur la place très importante quoccupe la dimension spatiale et territoriale dans la régulation économique structurelle opérée par la puissance publique. Nous souhaitons ainsi mettre en évidence les liens très forts unissant la politique économique nationale et la politique daménagement du territoire, mise en place par la technostructure étatique à partir des années 1950 parallèlement à la création de nombreux outils institutionnels et opérationnels.
Enfin, cette section aborde la manière dont la politique de régulation économique territoriale de lEtat est mise en uvre dans lagglomération lyonnaise : quels sont les moyens et les concepts utilisés par les services de lEtat pour assurer cette déclinaison de la politique nationale à léchelle de la région lyonnaise ? Comment la planification spatiale locale est-elle instrumentalisée pour servir les ambitions et les principes du développement économique, tel quil conçu en référence à léchelle nationale ? Les grandes opérations daménagement de lespace réalisées dans la métropole lyonnaise durant cette période reflètent également la main mise technocratique de lEtat central sur la destinée économique du territoire local.
I - Cadre référentiel, principes et moyens de la politique économique française
Après la seconde guerre mondiale, lEtat Providence français ancre sa légitimité à intervenir dans le champ économique par le recours à léconomie dirigée, cest-à-dire en pénétrant tous les champs de léconomie, au service de lintérêt général et du bien-être collectif national (Joye, 2002). Ce dirigisme peut être assimilé à de linterventionnisme systématique, fondé sur le commandement autoritaire et la planification. Les nouvelles exigences européennes en matière de politique économique, relatives à louverture des frontières économiques et à linternationalisation de la concurrence, atténuent cependant le caractère autoritaire de lintervention publique, qui soriente vers linstauration dun système dencadrement des comportements des entreprises et dincitation en faveur du développement économique.
Ce principe dintervention nest pas considéré comme un obstacle au libre développement des intérêts économiques et de linitiative privée. Le passage dune conception du rôle de lEtat comme « interférant à titre exceptionnel » (Massacesi, 1966) à une conception de lEtat qui intervient de façon systématique dans le domaine économique traduit au contraire la maturité de léconomie de marché en France, notamment du point de vue de la technocratie étatique. La planification est présentée par les autorités publiques comme une nécessité pour le développement économique et comme lalternative la plus libérale au « laisser-faire » classique des politiques économiques, adaptée au contexte historique de croissance de laprès-guerre. Lopérateur public étatique utilise ainsi des moyens techniques et conceptuels nouveaux pour assurer la réalisation des objectifs quil fixe, la création des conditions les plus propices à la croissance et la régulation densemble du système économique national.
La répartition et la localisation des activités économiques dans lespace sont des aspects centraux de la politique économique française durant les années 1960, en appui de limplication directe de lEtat dans le développement économique, sous la forme de subventions, daides financières et de prise de contrôle du capital des grandes firmes (voir infra). Il sagit à la fois dun objectif de rééquilibrage de lappareil productif dans lespace géographique national fortement centralisé, et dun moyen dintervention en faveur de lexpansion économique, permettant denclencher ou de renforcer les processus de développement selon le principe des pôles de croissance.
La politique économique française confère ainsi un rôle de plus en plus important au volet spatial de la régulation, afin de maîtriser les dynamiques de développement sur lensemble du territoire national, mais aussi de contribuer à créer un environnement spatial propice à la réalisation des objectifs par les entreprises, en facilitant la production davantages et déconomies externes territorialisés.
LEtat se place résolument au service de lintérêt des entreprises, au nom de lintérêt général et de limpératif dexpansion économique et industrielle du pays. Le principe de la concertation et de lélaboration conjointe de la planification indicative avec les représentants du patronat et des travailleurs permet dassocier les forces vives du pays à la définition des orientations et des objectifs de la régulation économique, menée de façon très centralisée par les services de lEtat. Il permet en outre dans une certaine mesure disoler la question économique du débat politique, consacrant ainsi le système de léconomie dirigée, à mi-chemin des conceptions libérales et keynésiennes de la régulation.
1- Le principe interventionniste de léconomie mixte en contexte de croissance
Linterventionnisme est une méthode daction de la puissance publique. Il permet de déployer une politique de régulation économique dont lobjet est dinfluencer le comportement des agents économiques privés et publics et le libre fonctionnement du marché, pour lutter contre les dysfonctionnements du système économique capitaliste (Joye, 2002). Il sagit ainsi dune technique de régulation de léconomie, qui repose sur lutilisation de divers instruments et de compétences (budget et dépenses publiques, monnaie, réglementation et décisions législatives, planification économique, aménagement du territoire
), censés permettre datteindre les objectifs fixés (croissance économique, plein emploi, stabilité des prix, équilibre de la balance commerciale, développement industriel
) (Echaudemaison, 1998).
Le terme « interventionnisme », un peu moins connoté que celui déconomie dirigée, traduit le double sens de la politique économique de lEtat durant cette période, qui consiste à la fois en une interposition volontaire des pouvoirs publics entre les différents acteurs de léconomie, et en une affirmation de la dimension dogmatique cest-à-dire résultant dun choix idéologique du positionnement des pouvoirs publics au cur du fonctionnement de léconomie nationale (Joye, 2002). Deux inspirations idéologiques contradictoires dominent en effet lappareil référentiel de la politique économique française depuis la fin de la seconde guerre mondiale : le keynésianisme et le libéralisme (Echaudemaison, 1998). Elles influencent de façon conjointe la conduite de la régulation économique par lEtat. Durant les Trente Glorieuses, la place des pouvoirs publics dans le fonctionnement de léconomie nationale française est dominante et décisive non seulement pendant la période de reconstruction (1945-1954) mais aussi durant les années de forte croissance (1955-1974).
Cette intervention volontaire de lEtat dans léconomie de marché étant « multiple, constante et systématique » (Kempf, 2004), il convient de parler déconomie mixte pour qualifier le mode de fonctionnement du système productif en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Celui-ci correspond en effet à une hybridation des logiques keynésiennes et libérales au service du développement économique national, et se matérialise dans les faits par une alliance politique implicite entre la puissance publique et les principaux représentants du capitalisme français (firmes et groupes industriels). La conduite de la planification économique, comme les modalités dorganisation de la planification spatiale et urbaine durant les années 1960 (voir infra), reflètent ainsi lambiguïté du positionnement politique des autorités publiques centrales et le mouvement de balancier permanent qui sopère entre position libérale et position volontariste (Veltz, 1978).
Lintervention publique a pour principaux objectifs lamélioration de la régulation densemble de léconomie et la poursuite de lintérêt général de la nation dans le domaine économique, conformément aux principes hérités de la pensée politique de Rousseau. Cette fonction sociale dutilité de laction économique publique est censée représenter incontestablement les aspirations de lensemble de la collectivité par agrégation des préférences individuelles (Kempf, 2004). Le caractère fortement centralisé et dirigiste de lorganisation de la régulation économique se trouve ainsi contrebalancé par le recours à la concertation des forces vives de la nation, notamment par le relais actif des organisations patronales nationales et locales, qui représentent les intérêts des entreprises privées et participent au modèle de léconomie mixte à la française, du moins en théorie.
Les deux facettes de linterventionnisme étatique se complètent (Joye, 2002). Dune part, la politique économique publique oriente lorganisation des activités économiques du pays, au moyen de techniques juridiques et financières dincitation ou de contrainte (planification, règlements durbanisme, autorisations spéciales dimplantation et agréments, mesures fiscales, subventions, aides financières
). Dautre part, la politique économique de lEtat tient compte des intérêts des agents économiques français, en recourrant au principe de la concertation.
Linterventionnisme déconomie concertée permet ainsi à la puissance publique de négocier avec les entreprises et les organismes qui représentent leurs intérêts les décisions relatives à lorganisation des activités économiques du pays. Le consensus politique qui se dégage de cette concertation offre une légitimité de poids à lautre aspect de la régulation économique publique, plus autoritaire et dirigiste. Les administrations de lEtat exercent en effet leur pouvoir de domination sur la définition et la mise en application de laction économique publique, et leur pouvoir de levier pour influencer le comportement des entreprises grâce aux nombreux moyens et compétences à leur disposition.
Léchelle territoriale de référence de la politique économique nationale est la France. Celle-ci sarticule cependant avec léchelle européenne en construction à partir du Traité de Rome de 1957. Le 1er Plan Monnet, accompagné de nationalisations dans les secteurs clés, jette les bases de la reconstruction économique du pays entre 1947 et 1950 (Kuisel, 1984). Le gouvernement uvre ensuite à la mise en place du Marché Commun et à la modernisation de léconomie nationale, en plaçant lindustrialisation de la France et le développement équilibré du territoire au centre de ses politiques. La politique économique de lEtat durant les Trente Glorieuses, particulièrement au travers de son volet industriel et tertiaire, joue donc un rôle essentiel et décisif dans lorientation et lorganisation du système productif français (Laborie, Langumier, De Roo, 1985), tant à léchelle nationale quau niveau des territoires locaux.
Les actions de lEtat dans le domaine économique pendant les Trente Glorieuses sinscrivent dans une politique nationale centrée sur la demande, qui cherche globalement à canaliser, aménager et gérer la croissance. Le contexte densemble après la seconde guerre mondiale est en effet dominé par une formidable dynamique dexpansion et de croissance économique, qui succède à deux décennies de crise du régime daccumulation liée au manque de débouchés (voir supra, 1ère partie). Les impératifs nationaux de la reconstruction se conjuguent aux enjeux du redéploiement des échanges commerciaux à léchelle internationale, après six ans de conflit.
Les objectifs et contenus de la politique économique évoluent cependant au cours de cette période : modernisation et développement industriel afin de retrouver le niveau de production davant la crise de 1929, orientation des investissements vers les secteurs jugés stratégiques, mise en place de nouvelles formations professionnelles, ouverture internationale des frontières et construction du marché commun européen, impératif industriel, concentration des structures productives et financières pour pouvoir rivaliser avec la concurrence extérieure, soutien et développement de la recherche et de linnovation, au gré des modifications de lenvironnement économique et des justifications idéologiques tantôt interventionnistes ou libérales.
Cette politique volontariste revêt également plusieurs formes simultanément. Laction économique publique consiste en effet à la fois en des interventions à dominante structurelle (planification économique, aménagement du territoire, formation dun vaste secteur public grâce au contrôle direct des entreprises stratégiques par lEtat, dépenses publiques dinvestissement dans léquipement et le soutien aux filières dactivité porteuses de la croissance, réglementation et mesures législatives, fiscalité et primes incitatives) et en des interventions de portée conjoncturelle (politiques budgétaire, monétaire et salariale).
Les politiques de régulation conjoncturelle durant cette période sont résolument pragmatiques et dinfluence libérale, malgré le poids des théories keynésiennes sur la définition du rôle de la puissance publique dans la conduite de léconomie nationale. Elles alternent les dispositions en faveur de la stabilisation de la croissance et les mesures destinées à sa relance (politiques de « stop & go »), au sein dun système dintervention destiné à canaliser la dynamique de croissance (Ferrandon, 2004). Lenjeu principal de la politique économique conjoncturelle des Trente Glorieuses est ainsi la maîtrise, voire le freinage de la croissance, afin de limiter linflation et les déficits publics (maintien de la parité de la monnaie et de léquilibre de la balance commerciale).
Les objectifs de stabilisation se traduisent notamment par le blocage des prix, la réduction des dépenses publiques et le rééquilibrage budgétaire, des hausses de la fiscalité, des dévaluations monétaires, et lencadrement du recours au crédit (incitations à lépargne, limitation de lemprunt
). A linverse, les volontés conjoncturelles de relance de la part de la puissance publique se déclinent à travers des baisses des impôts, laugmentation des dépenses publiques et la stimulation des investissements, lassouplissement de laccès au crédit et les hausses des salaires pour soutenir la demande et la consommation des ménages.
Ces politiques de régulation conjoncturelle sont essentiellement conduites à léchelle nationale et nont pas de déclinaison particulière sur le territoire de lagglomération lyonnaise. Elles ne sont donc pas abordées dans le détail dans le cadre de cette analyse, centrée sur le rapport entre intervention économique et territoire local à partir du cas lyonnais. En revanche, la dimension structurelle de la politique économique française durant les Trente Glorieuses a des répercussions directes et indirectes très importantes sur le fonctionnement et lorganisation du système économique local de la métropole lyonnaise.
En effet, la politique de régulation économique structurelle de lEtat, en recourrant à la planification, aux moyens financiers ou réglementaires et au contrôle public des grandes entreprises, touche de façon directe les structures productives de la région lyonnaise. Elle souvre en outre aux logiques spatiales à partir de la fin de années 1950, donnant une place importante à la dimension territoriale de lintervention publique et un rôle accru aux acteurs locaux dans la conduite et la mise en uvre de la politique économique.
2- Lencadrement de la politique économique structurelle par la planification
Lintervention de la puissance publique étatique dans le fonctionnement de léconomie nationale durant les Trente Glorieuses sorganise à partir du principe de la planification, qui tend à couvrir lensemble des domaines relatifs à lenjeu de modernisation et de développement économique. La politique économique sexprime essentiellement à travers le Plan de Modernisation et dEquipement de la France et le Plan de Développement Economique et Social de la nation (ou plan daménagement du territoire), tous deux conçus au niveau central sous légide du Commissariat Général au Plan (CGP) institué en 1946. Leur élaboration est disjointe au début des années 1950, conjointe entre 1955 et 1965, puis associée à la politique daménagement du territoire à partir du milieu des années 1960.
La planification est conçue comme un moyen de réduire les incertitudes, de guider et dencadrer les efforts dinvestissement de la puissance publique, mais aussi des acteurs privés, vers les secteurs considérés comme prioritaires pour la croissance, la modernisation et le développement des structures productives du pays. Elle na officiellement quune vocation indicative et technique, mais elle constitue également un projet politique cohérent, approuvé et encouragé par le Plan Marshall (Boneau, 2004). La première raison dêtre de la planification française est en effet dinscrire lensemble des interventions de la puissance publique dans le champ de léconomie dans un vaste projet collectif ayant une portée politique qui garantisse sa continuité et sa cohérence (Dufourt, 1976). Elle permet de confier la modernisation de léconomie française à des experts issus dhorizons divers, qui appliquent au technocratisme étatique leur caractère pragmatique de techniciens ou dentrepreneurs.
Le recours à la planification sappuie en outre sur le principe de la concertation. « Lesprit du Plan, cest le concert de toutes les forces économiques et sociales de la nation » (Massé, 1965, p.153). Cette concertation, organisée à partir de commissions de modernisation réunissant des chefs dentreprises, des hauts fonctionnaires, des syndicalistes et des experts divers, permet de valider les décisions stratégiques pour lorientation de la politique économique nationale. La concertation apporte également une certaine dépolitisation des questions de politique économique, ballottées entre interventionnisme et libéralisme, au nom de lintérêt général du pays face au contexte mondial dinternationalisation et de libéralisation des marchés, mais aussi à lavantage des intérêts dominants du grand capital industriel national en pleine expansion. Elle fait ainsi la part belle aux intérêts du patronat français, appelé à participer directement à la conduite de la modernisation économique du pays aux côtés des instances étatiques.
Moderniser signifie essentiellement rendre léconomie française plus compétitive et adaptée au contexte douverture des frontières et de mise en concurrence des entreprises nationales avec les firmes étrangères, en imposant les techniques managériales, lorganisation scientifique du travail et la mécanisation de la production aux agents économiques. La politique économique nationale déclinée à travers le Plan vise ainsi, de manière plus ou moins directe, à encourager le regroupement et la concentration des structures productives, à trouver de nouveaux marchés pour les entreprises du pays, à faciliter limplantation des entreprises industrielles sur le territoire, à développer lappareil productif, à soutenir la consolidation des groupes industriels privés et publics, à orienter massivement les investissements à vocation économique sur certains secteurs productifs industriels et tertiaires ou sur certaines portions clairement identifiées du territoire national, notamment pour corriger les effets négatifs de la concentration industrielle.
Elle soriente également à partir du milieu des années 1960 vers laménagement de lenvironnement des entreprises, notamment dans les grandes villes du pays comme Lyon, par la mise en uvre des principes du zoning industriel, la réalisation dinfrastructures de communication modernes et de grands équipements collectifs indispensables pour les activités économiques. Dabord conçue exclusivement en référence au niveau national, la planification française privilégie des objectifs densemble du développement économique et de la modernisation des structures productives. Elle souvre ensuite à la dimension spatiale de la régulation économique, en définissant de manière parallèle les objectifs de croissance au niveau national et leur déclinaison pratique au niveau des territoires locaux.
Une planification déconnectée des enjeux territoriaux
Dans le dispositif très centralisé de la planification à la française, le territoire nassure quun rôle de réceptacle, de simple support spatial pour la réalisation des objectifs nationaux de développement et dexpansion économique, particulièrement au cours des années 1950 qui restent dominées par lenjeu de la remise à niveau des structures productives. Les trois premiers Plans sont en effet dominés par lobjectif de la reconstruction des bases économiques et productives du pays. La dimension territoriale de la régulation économique est globalement absente de ces premiers programmes de politique économique, qui nont quune déclinaison nationale unique, à léchelle de la France dans son ensemble.
Le premier Plan « Monnet » (1947-1952) est centré sur le double objectif de modernisation et déquipement économiques. Il vise à reconstituer les industries de base afin datteindre le niveau de production davant la crise 1929, en redonnant à la France des moyens de production adéquats. Il suggère notamment des actions spécifiques dans la sidérurgie, la mécanique et le textile (regroupement des établissements, concentration et spécialisation productives afin doptimiser les économies déchelles potentielles) (Jenny, Weber, 1974). Il est particulièrement directif dans lorientation des ressources et du crédit, et ambitieux quant à ses objectifs de production industrielle, qui sont rapidement et largement atteints.
Le deuxième Plan (1953-1957) est également axé sur laugmentation de la production, lamélioration de la qualité des produits et de la rentabilité, dans une optique de libéralisation des échanges (ouverture du marché commun européen après le Traité de Rome de 1957). Le principe du développement de lindustrie et des équipements à léchelle nationale est encore au cur du dispositif. Il encourage à la décentralisation industrielle de Paris vers les régions de province riches en main duvre. Celui-ci inscrit en outre le principe de la spécialisation des entreprises au rang de moyen de réalisation des objectifs du Plan, comme un remède permettant de pallier la trop grande différenciation des activités des entreprises traditionnelles françaises et leur faible productivité qui en découle (Jenny, Weber, 1974).
Le lancement du troisième Plan (1958-1961) coïncide avec deux évènements majeurs dans lévolution de la politique économique française : le début de la Communauté Economique Européenne et linstauration de la Cinquième République. Cependant, il reprend et poursuit la ligne de conduite directrice des deux premiers Plans concernant les structures productives nationales, en incitant au regroupement des entreprises et à la spécialisation des unités productives. Il prône toutefois une plus grande ouverture de léconomie nationale à la concurrence extérieure et soriente vers la réalisation des équipements collectifs sur le territoire, afin daméliorer lenvironnement et la compétitivité des entreprises françaises dans le nouveau contexte concurrentiel européen. Son but est également de préparer le plein emploi de limportante cohorte de jeunes issus du baby-boom daprès-guerre, en permettant le renouvellement des structures de formation professionnelle à léchelle nationale.
Les trois premiers Plans nationaux de modernisation et déquipement ont donc des objectifs essentiellement économiques et de portée nationale, concernant les différentes branches dactivités considérées comme des moteurs pour le développement économique de la France : reconstitution des grands équipements publics et des industries de base conditionnant la reconstruction du pays, développement des industries de transformation, modernisation de lagriculture, effort de développement du secteur de la construction, décentralisation industrielle
Ils complètent, sans se confondre avec elles, les orientations définies dans le cadre des premiers plans de développement économique et social en matière daménagement du territoire. Le territoire national constitue la référence spatiale unique des programmes économiques.
La régionalisation du Plan et louverture de la régulation aux logiques spatiales
Cependant, les fluctuations profondes que subit la conjoncture économique nationale pendant la première moitié des années 1950, sur fond de construction européenne et de déconstruction des empires coloniaux (récession des branches industrielles traditionnelles, notamment dans la région lyonnaise : textile, cuir ; expansion rapide des industries dynamiques, centrée sur la capitale : chimie, pharmacie, mécanique, électronique ; problèmes de reconversion des régions minières et de vieille industrie), aggravent la distorsion région parisienne province, déjà dénoncée par J.F. Gravier (1947). En 1953, un cinquième de la production industrielle française est ainsi localisée à Paris et dans les départements limitrophes (Laborie, Langumier, De Roo, 1985).
Dès 1950, le ministre de la reconstruction et de lurbanisme Claudius-Petit propose au gouvernement la mise en uvre dune véritable politique daménagement du territoire, visant la répartition plus équilibrée des hommes et des activités dans lespace national. Lindustrialisation décentralisée figure parmi les principaux moyens envisagés, à côté dactions portant sur la réalisation déquipements collectifs et sur le développement des autres secteurs de léconomie (énergie, transports, agriculture, tourisme, culture).
Cette situation conduit les pouvoirs publics à prendre dans les années 1950 une série de mesures financières et réglementaires nouvelles destinées à freiner la concentration économique dans la région parisienne et à faciliter lexpansion (ou la reconversion) industrielle dans les zones et les localités souffrant de linsuffisance ou de la régression de leurs activités traditionnelles (Faucheux, Saillard, Novel, 1965). Lobjectif de décentralisation industrielle saccompagne de la mobilisation des forces vives et des représentants des intérêts économiques au niveau local et régional, invitées à participer à la définition collective et concertée des objectifs de la planification économique (voir infra).
Les décrets du 30 juin 1955 prescrivent ainsi la régionalisation du plan, par létablissement de programmes daction régionale destinés à promouvoir lexpansion économique et sociale des différentes régions. La loi du 7 août 1957 dispose que ces programmes soient complétés par des plans daménagement régional visant notamment à orienter limplantation des équipements publics et privés sur le territoire. Ces deux documents sont fondus en un seul en 1958 : le Plan régional de développement économique et social et daménagement du territoire. La coordination entre le plan national de développement économique et lensemble de la politique daménagement du territoire est assurée par le Comité des plans régionaux. Le troisième Plan économique et social de la France (1958-1961) voit ainsi sa déclinaison régionale couplée avec lélaboration des documents de planification spatiale, relatifs à laménagement du territoire. Ce nouveau dispositif permet notamment un meilleur encadrement de la décentralisation industrielle et de la répartition des grands équipements collectifs programmés sur le territoire national.
La dimension spatiale et la prise en compte des disparités territoriales se greffe donc au dispositif de régulation densemble de léconomie par la planification à la fin des années 1950. Une politique de régulation économique par le territoire sorganise alors pour corriger les effets négatifs de la concentration industrielle qui privilégie la région parisienne au détriment de la province , répondre aux impératifs de la croissance productive et aider les foyers industriels locaux menacés par laugmentation de la concurrence extérieure. La décentralisation industrielle, tant à léchelle nationale quau niveau régional, est associée aux objectifs plus sectoriels et structuraux de la politique économique de lEtat.
Jusquà 1963, les actions de planification et durbanisme relatives à laménagement, notamment industriel, du territoire restent toutefois globalement distinctes de la planification économique, même si le 3ème Plan marque lamorce dune prise en compte de la dimension spatiale de la planification et une certaine ouverture de la politique économique nationale aux spécificités régionales, conformément aux orientations définies par les instances européennes, qui entendent privilégier le niveau régional dans la définition et la conduite des politiques économiques.
Lintégration des logiques spatiales dans la régulation économique
A partir du 4ème Plan (1962-1965), laccent est mis sur lenjeu de la compétitivité de léconomie française, exposée à la concurrence internationale à léchelle européenne et mondiale, et sur la nécessité qui en découle dadapter les structures de lappareil productif national. Il sagit de privilégier toujours plus les logiques de concentration, de modernisation et dinnovation industrielles, mais aussi daméliorer de façon significative lenvironnement des entreprises pour faciliter la réalisation de ces objectifs et augmenter les externalités positives.
Le renforcement de la position compétitive de léconomie nationale nécessite en effet la constitution et/ou la consolidation dun petit nombre dentreprises et de groupes de dimension internationale, capables daffronter la concurrence des grands leaders étrangers (voir infra). La modernisation, la spécialisation et le développement de la sous-traitance doivent renforcer lintégration des petites et moyennes entreprises (PME) dans le système productif national aux côtés des grandes firmes, et leur permettre de participer au nouveau marché commun européen en sadaptant aux enjeux de la concurrence internationale (Jenny, Weber, 1974). Les capacités dintervention de lEtat dans la réorganisation des structures productives sont assez importantes à léchelle nationale (soutien aux branches dactivités industrielles, aides financières aux entreprises
).
Mais la question des économies externes potentiellement mobilisables par les firmes sur le territoire français est également directement soulevée par le nouvel objectif de compétitivité économique et par la nécessité dencourager les entreprises à participer au processus de développement et de modernisation national. Le Plan visant lexpansion économique, la modernisation des structures et le développement des investissements, mais aussi une meilleure répartition des fruits de la croissance sur le territoire national et lamélioration de lenvironnement des entreprises, justifie pleinement lintégration de la politique daménagement du territoire et de la politique dexpansion économique au sein dun même programme de développement économique du territoire national.
Toutefois, les capacités dintervention de lEtat au niveau local sont beaucoup plus limitées quau niveau national, et nont quune influence indirecte sur les dynamiques de développement, de concentration et de modernisation industrielles. Elles passent essentiellement par le développement du volet spatial de lintervention économique publique : planification territoriale, aménagement de zones industrialo-portaires adaptées aux besoins de la grande industrie pétrochimique et sidérurgique, aménagement de centres directionnels pour accueillir le redéploiement des sièges sociaux et des activités financières, intensification de la production de zones industrielles pour faciliter le desserrement et la modernisation des PME traditionnelles à la périphérie des grandes villes, accélération du rythme de réalisation des grands équipements collectifs (aéroports, ports, marchés de gros) et des infrastructures de communication (autoroutes, liaisons ferroviaires et fluviales, câbles et téléphone) (Limouzin, 1988).
Laménagement du territoire et laction régionale deviennent donc des volets très importants de la politique économique française, constitutifs du système de la planification incitative dans la deuxième moitié des années 1960. La politique daménagement du territoire est intégrée organiquement au volet régionalisé de la planification économique, parallèlement à un intense processus de création institutionnelle au niveau étatique (voir infra). La politique des métropoles déquilibre sinscrit dans ce dispositif volontaire de lEtat, qui vise à la fois le renforcement de la compétitivité de léconomie nationale grâce à lamélioration de lenvironnement spatial des entreprises (aménagement, urbanisme, équipements, infrastructures) et une meilleure répartition de la croissance et du développement économique sur le territoire (réduction de la centralisation économique parisienne au profit des principales grandes villes de province).
Le mouvement douverture de la régulation économique publique à la dimension spatiale se poursuit et se consolide avec le 5ème Plan (1966-1970). Lhorizon temporel de la planification économique est allongé au-delà du quadriennal (plans quinquennaux), afin de permettre un meilleur couplage entre les objectifs économiques et les enjeux propres à la planification spatiale. Les équipements collectifs à caractère productif (autoroutes, laboratoires de recherche, infrastructures de télécommunication, équipements et aménagements urbains) figurent parmi les moyens prioritaires de mise en uvre la politique industrielle, à côté des investissements productifs (Dufourt, 1976).
Laménagement du territoire prend ainsi une place importante dans la mise en application de la politique économique étatique au cours des années 1960. Cette situation confère un rôle de premier ordre aux outils et moyens dintervention publique dans le champ de léconomie dévolus au niveau local, et donc aux acteurs politiques et économiques locaux (voir infra).
3- Le rôle du patronat français dans la régulation économique étatique
La conjoncture économique très favorable des années 1950 et 1960 conduit les entreprises françaises à mettre en uvre de nouvelles stratégies spatiales de localisation et de redéploiement à léchelle du territoire national et à lintérieur des grandes agglomérations, avec le soutien appuyé de lEtat. Pour décrire ce phénomène particulier dalliance entre le gouvernement français et les représentants du grand capital au service du développement économique du pays, les sociologues français dinspiration marxiste ont développé un argumentaire centré sur le concept de « capitalisme monopoliste dEtat » (Lojkine, 1977). Ce dernier, au delà de son aspect partisan, permet de mieux comprendre la stratégie dalliance élaborée au niveau national entre certaines fractions dominantes du capitalisme moderne et lEtat français (Limouzin, 1988).
La prise en compte de cette stratégie est importante dans le cadre de lanalyse du cas de Lyon, car elle a un impact décisif sur la manière dont est conduite la politique urbaine et le développement économique dans la métropole lyonnaise durant la période des Trente Glorieuses.
Le patronat français face au principe de léconomie dirigée
Au sortir de la guerre, les chefs dentreprises français sont mobilisés par la nécessité de reconstituer une organisation patronale interprofessionnelle représentative de lensemble du patronat national et de ses intérêts (Weber, 1986). Le Conseil National du Patronat Français (CNPF) est fondé en 1945 par G. Villiers, qui apporte le soutien du patronat français au gouvernement dans son effort de remise en route de léconomie nationale à travers le Plan de reconstruction de J. Monnet.
Cette figure de léconomie lyonnaise et française est particulièrement représentative de la dualité idéologique qui fonde le principe de léconomie mixte à la française, car il sinscrit à la fois dans les courants idéologiques davant-garde de léconomie de marché et du libéralisme, et dans la ligne politique plus traditionnelle du patronat français, favorable au protectionnisme bienveillant de lEtat et à une certaine forme de keynésianisme qui sert et protège ses intérêts. Son parcours politique, très directement lié à lévolution doctrinaire du CNPF, reflète bien la valse-hésitation de la politique économique française des Trente Glorieuses, entre libéralisme et interventionnisme volontaire de lEtat.
Sous sa présidence, qui sachève en 1965, lorganisation patronale développe en effet ses missions et ses responsabilités économiques et sociales, en participant activement aux commissions de modernisation du Plan et à la prise de décisions en concertation pour lorientation de la politique économique nationale. Il milite activement en faveur du Marché Commun, de louverture des frontières économiques, du développement industriel de la France et de lacceptation du défi international par les entreprises. Mais loin de soutenir le principe technocratique du dirigisme étatique, qui porte en lui la menace dune dérive collectiviste ou socialiste, il milite également avec force pour linstauration dune économie libérale, pour la suppression du blocage des prix, et prône très tôt la limitation des interventions de lEtat dans le domaine de léconomie, dans un contexte national dominé par les principes de léconomie dirigée et du Plan.
Jusquau milieu des années 1960, la pensée patronale dominante reste ainsi hostile à toute forme dingérence et de dirigisme de la collectivité publique dans les affaires économiques (Bunel, Saglio, 1979), alors même que lEtat brandit le principe de la concertation des forces vives de la nation pour renforcer la légitimité du Plan et de son intervention directe dans les affaires économiques du pays. Les organisations patronales se limitent à des actions défensives des situations acquises, contre les perturbations liées à la concurrence étrangère, à linnovation, aux revendications des salariés et aux interventions de lEtat. Pourtant, elles sont amenées depuis longtemps à faire appel à sa protection et à ses subventions, les entreprises vivant majoritairement dans la dépendance plus ou moins directe des pouvoirs publics.
Le patronat se positionne ainsi dabord comme un groupe de pression (Bunel, Saglio, 1979), qui a su instaurer des relations de clientèle sectorielles entre les organisations professionnelles et les différentes administrations (Friedberg, Crozier, 1974). Si le Marché Commun est imposé par les pouvoirs publics aux entreprises françaises, le patronat nen demeure pas moins un acteur fortement lié à lEtat, car ce dernier intervient de manière constante dans la vie économique (commandes, crédits, investissements dans certaines branches industrielles, tarifs douaniers
) et annule, de ce fait, en grande partie le risque du capitalisme et de la concurrence extérieure pour les entrepreneurs (Crozier, 1963). LEtat et le patronat français sont ainsi globalement associés dans la conduite de la régulation économique du pays pendant les Trente Glorieuses, leurs intérêts économiques et politiques convergeant.
Une alliance de lEtat et du grand capital au service de la croissance
Par le biais des commissions de modernisation du Plan régies selon le principe de concertation et délaboration collective affiché par la planification française durant cette période, les pouvoirs publics centraux (essentiellement le CGP) privilégient certaines catégories socioprofessionnelles, davantage disposées à travailler avec eux cest-à-dire le patronat et les classes dirigeantes au détriment dune représentation reflétant plus justement les grands équilibres existants au sein de la société française (quasi-absence des ouvriers, agriculteurs, employés
). Ils tendent à tenir dans un état de sous représentation chronique les organisations syndicales et tous ceux qui, de manière générale, défendent des projets de développement dans lesquels la croissance économique adopte dautres finalités que celle de la logique des forces du marché et de la concentration économique capitaliste, soutenue par une partie du patronat français (Bouchut, 1976).
Le Plan sert ainsi de lieu de formation pour le nouveau patronat industriel émergent, quil façonne en imposant le Marché Commun et en planifiant, concentrant et restructurant lindustrie et léconomie française dans sa globalité, de lagriculture au secteur tertiaire (Bunel, Saglio, 1979). Cette frange « moderne » du patronat tire ses origines de la 2nde révolution industrielle et de la diversification de léconomie industrielle qui en découle (électricité, chimie, métaux non ferreux, automobile
), portées par une nouvelle génération dentrepreneurs formés techniquement et scientifiquement dans les grandes écoles dingénieurs du pays (L. Renault, A. Citroën, M. Berliet
).
La planification économique, imposée par le gouvernement de Vichy puis renforcée sous la 4ème et la 5ème Républiques, contribue donc à faire accepter les principes de la régulation keynésienne par le patronat, qui apprend ainsi à coopérer avec ladministration. Toutefois et à linverse, le système du Plan et de la concertation permet aussi de faire progresser lidée dune dérégulation libérale au sein de la technostructure étatique, grâce à linfluence idéologique très forte quexercent les membres du patronat sur leurs interlocuteurs appartenant à la puissance publique.
A partir du milieu des années 1960, une convergence dintérêts sopère entre les objectifs politiques et économiques de lEtat et le nouveau positionnement de la frange dominante du patronat français, chantre de la croissance et de lexportation, du développement, de lefficacité et de la prévision rationnelle. Limpératif dindustrialisation porté par lEtat pousse le patronat à intervenir plus directement dans la régulation économique, pour sassurer de la réalisation des objectifs politiques et économiques fixés. Le patronat français ne pouvant plus sopposer à une intervention active et durable de lEtat dans les affaires économiques, il sadapte donc aux circonstances et rend positive la nouvelle situation, selon un pragmatisme politique érigé en principe majeur daction.
Cependant, même au sein du nouveau patronat, le principe dune régulation économique concertée entre patronat et pouvoirs publics est rejeté ; faute de ne pouvoir véritablement lempêcher, le CNPF opte alors pour lengagement dans le combat politique et laffirmation de son statut dacteur, non seulement dominant, mais dirigeant de léconomie, afin dimposer le non interventionnisme économique à lEtat (Bunel, Saglio, 1979). Le patronat sengage dans une lutte idéologique et dans la confrontation directe avec lopinion publique, renvoyant au passé lattitude traditionnelle consistant à éviter les prises de position politiques. A partir des années 1970, il loue publiquement et médiatiquement la concurrence, linvestissement créateur, le profit, la concentration et linternationalisation, cest-à-dire le retour à un libéralisme économique total, tout en restant, paradoxalement, le principal interlocuteur de lEtat sur les questions économiques (Bunel, Saglio, 1979).
Ce virage politique du CNPF sopère avec le renouvellement des dirigeants en 1965, et sexprime à travers la « Charte pour une économie libérale », qui annonce un profond changement de la politique patronale et de la conception de son rôle dans la société française. LEtat, loin de rejeter cette position, lencourage en linstrumentant à ses fins (De Calan, 1965). Le pouvoir politique sen remet donc explicitement aux acteurs économiques pour conduire la politique de régulation économique au niveau national, en reconnaissant la primauté des intérêts économiques dans lorientation des choix politiques au niveau national.
Cette interrelation constante entre acteurs économiques et pouvoir politique à léchelle du pays permet en outre aux autorités centrales de modifier progressivement leur point de vue sur la manière de conduire la politique économique nationale à partir des années 1970. Lentrée en crise du système économique fordiste entraîne une profonde évolution des référentiels de laction publique économique. Elle se concrétise par ladoption par le gouvernement français des logiques libérales soutenues par le patronat, et par la remise en cause des méthodes dirigistes et des moyens dactions très centralisés utilisés par les services de lEtat pour influencer les dynamiques de développement.
4- Les moyens directs de la régulation économique structurelle étatique
LEtat central utilise des leviers daction très directs pour intervenir sur le fonctionnement de léconomie nationale et mettre en application les principes et objectifs de développement du Plan. Le système de léconomie dirigée lui offre en effet une forte légitimité à participer financièrement et institutionnellement à la réorganisation des structures économiques (bancaires et industrielles). Il soutient ainsi le développement et la modernisation des grandes branches industrielles au niveau national, en prenant le contrôle dun vaste secteur économique public et en injectant dimportants volumes financiers dans des programmes sectoriels considérés comme stratégiques pour le positionnement de léconomie française dans le système international.
Des mesures financières incitatives complètent le dispositif daction directe de lEtat. Elles permettent de soutenir leffort de modernisation et de restructuration des entreprises, de palier les difficultés dadaptation ou de reconversion dans les zones du territoire français en crise, et dorienter la localisation des firmes et des investissements à léchelle du pays. Ces moyens financiers dintervention publique sappuient sur un nouvel appareillage juridique de contrainte, qui permet de renforcer lencadrement normatif du comportement des agents économiques par les pouvoirs publics centraux.
La formation du secteur public et la logique de concentration économique
Parallèlement à la conduite de la planification économique, lEtat français sarroge la maîtrise dun important secteur public financier et industriel durant les Trente Glorieuses, au service de la croissance nationale. La constitution dun secteur public puissant correspond à une volonté rationnelle des pouvoirs centraux de contrôler les principaux leviers de commande financiers et productifs pour orienter le développement de léconomie : indépendance énergétique, capacité productive dans les secteurs industriels moteurs et capacité financière dinvestissement.
LEtat souhaite dans un premier temps (années 1950) pallier les insuffisances de linvestissement privé et favoriser la reconstitution de la puissance productive française de lentre-deux-guerres en prenant le contrôle de plusieurs grandes entreprises existantes ou en en créant de nouvelles. A partir des années 1960, le souci de lEtat se déplace vers la recherche dune meilleure compétitivité des firmes françaises, à travers le renforcement de la dynamique de concentration de lappareil productif initié depuis la fin de la guerre et le soutien appuyé au développement du secteur privé.
Hormis les entreprises publiques constituées par nationalisation à la Libération dans le secteur industriel pour sanctionner le comportement collaborationniste de certaines firmes pendant la guerre (Renault), les autres nationalisations de la fin des années 1940 sopèrent essentiellement dans les domaines stratégiques de lénergie et des industries de base (EDF, GDF, Charbonnages de France), indispensables au redécollage des activités productives du pays, ainsi que dans le secteur de la finance et du crédit. La Banque de France, les principaux organismes de crédit ou de dépôt (Crédit Lyonnais, Société Générale, Comptoir descompte de Paris, Banque nationale pour le commerce et lindustrie, Crédit Populaire, Crédit Foncier, Crédit National, Caisse des Dépôts et Consignations
) et les grandes sociétés dassurances sont ainsi placés sous le contrôle de lEtat, qui en devient le principal actionnaire.
La puissance publique intervient donc de manière directe dans le fonctionnement de léconomie nationale, en prenant le contrôle des entreprises appartenant aux secteurs jugés moteurs pour le développement de la croissance économique : énergie et finances pour lessentiel. Divers aspects de la politique économique et industrielle convergent par ailleurs pour favoriser la constitution de grands groupes nationalisés, particulièrement à partir des années 1960. Lenjeu central de lexpansion industrielle des années 1950 se double en effet dun impératif de compétitivité accrue des structures productives nationales dans les années 1960, motivé par laugmentation de la concurrence internationale liée à labaissement des frontières économiques et à louverture du marché commun européen (Dufourt, 1976).
Le 5ème Plan poursuit lobjectif central de la politique économique étatique : concentration et amélioration des structures industrielles, modernisation de lappareil productif, qui passent par la constitution ou le renforcement des groupes industriels de taille internationale. Ce Plan, qualifié « dardente obligation » par le chef de lEtat, place la préservation de lindépendance économique nationale et laccroissement de la compétitivité au cur de la politique dexpansion, dans un contexte de très forte croissance et de concentration accrue de lappareil productif. Il cherche notamment à favoriser les secteurs industriels de pointe et la recherche à travers le lancement de plusieurs grands programmes publics : Plan Calcul dans le domaine de linformatique, programmes Concorde et Airbus dans laéronautique, Phénix et Rapsodie dans le nucléaire, ainsi que plusieurs programmes dans le domaine de la recherche spatiale (construction de satellites, aménagement dun champ de tir en Guyane et réalisation dun lanceur dengins).
Trois secteurs industriels particulièrement exposés à la concurrence étrangère sont également retenus comme prioritaires par la politique économique gouvernementale : la chimie, laluminium et la mécanique lourde. Ils font lobjet dimportants transferts financiers de la part de la puissance publique, qui soutient ainsi directement le processus de concentration et de développement des activités productives. Les fusions, acquisitions et autres absorptions dentités existantes dans ces secteurs sensibles permettent aussi à lEtat de créer et de contrôler directement de grandes entreprises publiques industrielles, capables de concurrencer les autres firmes américaines et européennes sur les marchés mondiaux (Dufourt, 1976). Les entreprises publiques du secteur non concurrentiel (énergie, transports) se voient reconnaître lautonomie de gestion et la liberté de tarification de leurs services, afin de libérer limportant volume de moyens financiers auparavant capté par ces entreprises publiques, au bénéfice du financement de lindustrie privée (Ferrandon, 2004).
Au niveau national, les opérations de concentration et de constitution de groupes de dimension internationale les plus emblématiques concernent Ugine Kuhlmann en 1965, fusionné ensuite avec Péchiney en 1973 pour donner le groupe PUK ; Thomson-Brandt en 1966, Dassault-Bréguet en 1970, BSN-Gervais-Danone, Saint Gobain, etc. (Laborie, Langumier, De Roo, 1985). Elles ont des répercussions importantes dans lagglomération lyonnaise, où ses firmes possèdent des établissements.
Dans le secteur de la mécanique automobile, Berliet est absorbé par le géant nationalisé Renault (fusion avec la SAVIEM pour créer Renault Véhicules Industriels) et par Citroën, dans le secteur de la chimie et de la pharmacie, les sociétés Rhodiaceta et Gillet sont absorbées par le groupe Rhône-Poulenc, placé sous contrôle de lEtat en 1969. Dans le secteur de la construction électrique également, le groupe de la Compagnie Générale dElectricité (CGE) continue ses acquisitions entamées dès lentre-deux-guerres avec Les Câbles de Lyon, essentiellement en dehors de la région lyonnaise, tandis que la société Dell-Alsthom concrétise les stratégies de fusions entre firmes, tout en étant détenue majoritairement par la CGE (Bonnet, 1975). Les principales filières industrielles lyonnaises sont ainsi concernées.
Cette stratégie de concentration économique et industrielle poursuivie par les autorités centrales durant les Trente Glorieuses a donc de très fortes répercussions sur la structure du tissu économique de la région lyonnaise, en raison de limportance du secteur industriel dans le fonctionnement de léconomie locale et de la perte de pouvoir de commandement économique et financier quelle occasionne pour Lyon. Elle touche en effet les principales branches industrielles qui ont contribué à forger le système productif local et à asseoir sa puissance économique aux niveaux national et international, mais aussi les grandes banques lyonnaises, comme le Crédit Lyonnais, qui ont permis le développement et le rayonnement de la place de Lyon sur les marchés européens et mondiaux (voir infra, et Section 3).
Les leviers financiers et réglementaires
Durant les années 1950 et au début des années 1960, la mise en application de la politique économique sur le territoire national sappuie essentiellement et de façon prioritaire sur des dispositions financières incitatives, développées sous la forme de primes de lEtat à la localisation et à la modernisation structurelle pour les entreprises, et daides publiques en faveur des initiatives locales daménagement de lespace destinées à favoriser la dynamique de croissance. Des outils juridiques et des procédures opérationnelles complètent ce dispositif financier incitatif, qui confère un rôle directif très important au niveau étatique, mais également aux collectivités locales et aux organismes patronaux locaux dans la mise en uvre concrète des objectifs de la politique économique nationale à léchelle des territoires locaux.
La loi du 14 août 1954 autorise le gouvernement à mettre en uvre un programme déquilibre financier, dexpansion économique et de progrès social. Une première série de décrets dapplication crée les fonds dadaptation et de reconversion de lindustrie, de reclassement de la main duvre et de décentralisation industrielle, permettant doctroyer des aides financières aux entreprises (prêts, bonifications dintérêt, voire garantie de lEtat). Ils étendent également aux opérations de décentralisation industrielle des dispositions de réduction fiscale prévue depuis 1953 pour les regroupements ou les reconversions dentreprises. Un second train de décrets rend possible et facilite la construction de bâtiments industriels par les collectivités locales, les établissements publics et les sociétés déconomie mixte (SEM). Plus précisément, il permet de confier à un établissement public (structure intercommunale, organisme consulaire comme une CCI
) ou à une SEM la réalisation des opérations foncières, immobilières ou déquipement inhérentes à laménagement des zones industrielles. Enfin, le décret du 11 décembre 1954 reconnaît officiellement les comités dexpansion économique, organismes détude et de réflexion à compétence régionale ou départementale spontanément constitués, comme cest notamment le cas dans la région lyonnaise (voir infra).
En 1955, un nouveau décret subordonne les créations et extensions dinstallations industrielles, puis des établissements scientifiques et techniques relevant de lEtat, en région parisienne à un agrément spécial délivré par le ministre de la construction. La loi du 2 avril 1955 accorde au gouvernement de nouveaux pouvoirs spéciaux en matière économique, sociale et fiscale. Ses décrets dapplication consacrent le principe de la régionalisation du Plan en renforçant les moyens mis à la disposition de la politique dexpansion régionale : regroupement des fonds créés en 1954 au sein du Fonds de Développement Economique et Social (FDES) ; institution dune prime spéciale déquipement en faveur des créations, extensions et conversions dentreprises industrielles dans les zones et localités dont la situation est jugée critique ; création des Sociétés de Développement Régional (SDR), chargées de concourir au financement de lindustrialisation régionale et dorienter les investissements de lépargne privée vers les PME régionales ; élargissement des exonérations fiscales aux créations nouvelles dentreprises dans les zones en difficulté.
La mise en uvre et la déclinaison territoriale du Plan sappuient ainsi sur une batterie de mesures financières et réglementaires, qui organisent progressivement le dispositif de régulation économique à larticulation entre niveaux national et régional. Elles constituent lamorce dune politique daménagement du territoire au service du développement économique national, au moment où le développement industriel de la France sintensifie et que les investissements privés rattrapent puis remplacent, dans une certaine mesure seulement, les efforts financiers très importants consentis par la puissance publique depuis la Libération. Les dépenses publiques dinvestissement soutenues par le Plan Marshall passent en effet de plus de 50 % à la fin des années 1940 à moins de 35 % à la fin des années 1950, les entreprises privées augmentant leur participation à la modernisation des structures économiques françaises sous leffet de la croissance et de louverture internationale (Ferrandon, 2004).
Ces mesures sont amendées ou complétées dans les années qui suivent, particulièrement après linstauration de la Cinquième République et le retour du Général De Gaulle aux affaires nationales. Lintervention du FDES devient de plus en plus exceptionnelle à mesure que les entreprises sont orientées vers les établissements de crédit spécialisés soutenus par le gouvernement (Crédit National, Crédit Hôtelier, Industriel et Commercial
). La réédition de louvrage de J.F. Gravier (1958) plaide également en faveur du renforcement du dispositif de contrôle des implantations dactivités en région parisienne, élargi aux locaux de bureaux en 1958 et complété par un système de primes au départ et de redevances à la construction en 1960. Les aides financières destinées à favoriser la décentralisation industrielle, ladaptation, la reconversion ou la modernisation des structures productives mises en place au milieu des années 1950 (mesures fiscales dexonération surtout) sont complétées par des dispositifs relevant de laménagement du territoire à partir du milieu des années 1960.
Les leviers financiers et réglementaires utilisés par lEtat permettent à la puissance publique dêtre directement impliquée dans le contrôle de la localisation des activités économiques sur le territoire (Joye, 2002). Les aides fiscales, après leur essor sectoriel durant les années 1950, sont massivement mises au service de laménagement du territoire au cours des années 1960. Les exonérations dimpôts accordées aux entreprises permettent dorienter le développement et la répartition de la croissance dans lespace national, ainsi quà léchelle des ensembles urbains et régionaux locaux. LEtat accorde directement les aides et subventions par le biais de sa politique budgétaire dinvestissement ou par le biais dorganismes financiers dont il est actionnaire, comme les SDR créées en 1955 et les Sociétés Immobilières pour le Commerce et lIndustrie (SICOMI) créées en 1967, qui participent aux opérations daménagement pour faciliter la construction ou la location de bâtiments à usage professionnel par les pouvoirs publics.
Les volets financier, juridique et réglementaire de la régulation économique au niveau national sont par ailleurs progressivement appuyés par des outils et procédures qui donnent au niveau local un rôle important dans la mise en uvre du développement économique et de laménagement de la croissance sur le territoire. Ce rôle passe essentiellement par le biais de laménagement spatial et notamment de la réalisation de zones industrielles adaptées aux besoins des entreprises et le développement dun vaste dispositif de planification territoriale au niveau local.
5- Lurbanisme et laménagement au service de la régulation économique territoriale
Le droit de lurbanisme, la planification et laménagement de lespace constituent des moyens généraux dorientation des activités économiques et de régulation des logiques dimplantation des entreprises à disposition des pouvoirs publics en France. Lurbanisme réglementaire permet à la puissance publique de concrétiser sur le plan spatial et de mettre en uvre les objectifs et grandes orientations de la politique économique de lEtat, notamment du Plan, à léchelle des territoires locaux (Joye, 2002). La planification territoriale et laménagement spatial offrent également des possibilités dencadrement et daccompagnement de la réalisation des objectifs de la politique économique au niveau local, de nature essentiellement indirecte.
Ces domaines daction publique présentent la particularité, par rapport aux autres outils plus directs de la politique de régulation économique étatique que sont le budget, la monnaie, le contrôle public des entreprises ou les mesures financières, de donner un rôle de premier ordre aux acteurs politiques et économiques locaux, présents sur le territoire aux côtés des services déconcentrés de lEtat central. Ceux-ci sont en effet directement impliqués dans la définition et la mise en application des documents durbanisme au niveau local, comme dans laménagement des surfaces daccueil pour les entreprises (voir infra). La centralisation des procédures durbanisme, de planification territoriale et daménagement de lespace, est renforcée par lEtat durant les années de croissance, afin de garder la maîtrise de la mise en uvre de la régulation économique indirecte sur le territoire.
Planification urbaine, zones industrielles et régulation économique territoriale
Les lois durbanisme héritées du gouvernement de Vichy fondent les principes dorientation de laménagement spatial des activités économiques dans les documents de planification de laprès-guerre en France. La loi du 15 juin 1943 codifie et remanie les textes antérieurs, pour les adapter au souci nouveau de définir les différentes fonctions urbaines en rapport avec le contexte économique et social et les destructions causées par la guerre. La fin des années 1940 voit ainsi le développement dune politique nationale durbanisme dans le cadre de la reconstruction, au sein de laquelle le zoning industriel trouve une place grandissante pour permettre le développement ou le redéploiement des activités économiques dans les villes (Faucheux, Saillard, Novel, 1965). La grande majorité des zones industrielles planifiées dans ce contexte sont concentrées dans la région parisienne, et dans une moindre mesure dans quelques agglomérations urbaines de province bénéficiant dune tradition industrielle et dun système productif localisé solidement ancré sur leur territoire, au premier rang desquelles figure Lyon.
Le Fonds National dAménagement du Territoire (FNAT) est créé dès 1950 pour concrétiser la volonté politique du Ministre de la Construction. Cet instrument purement financier rend possible laide de lEtat aux collectivités locales, notamment pour la création de zones industrielles destinées au transfert ou à lextension dentreprises locales et à laccueil dindustries nouvelles dans le cadre des plans durbanisme. Son efficacité est notablement renforcée par la loi foncière du 6 août 1953, qui met à la disposition des communes un outil juridique destiné à faciliter lacquisition des terrains pour la réalisation des zones industrielles planifiées dans les documents durbanisme : le droit dexpropriation. Il complète le dispositif légal et procédural concernant laménagement des zones dhabitation et des zones industrielles (ZI) promulgué la même année (Economie & Humanisme, 1977, pp.30-45).
Dans les années 1950, linstauration du marché commun au niveau européen et la définition dune politique économique au niveau national occasionnent une importante réflexion sur la question du zoning industriel et sur ses possibilités dutilisation au service des politiques nationales et locales de régulation économique et spatiale (Massaceni, 1966). Le zoning industriel, inspiré du zonage fonctionnel et des principes de la Charte dAthènes (Masson, 1984), est utilisé par les pouvoirs publics pour rationaliser et organiser la répartition des activités industrielles sur le territoire, il est considéré comme apte à susciter le développement industriel et économique de façon intégrée dans les ensembles territoriaux. Cet outil réglemente limplantation des entreprises dans lespace (notamment pour éviter les nuisances sur les autres fonctions résidentielles, commerciales
) en encourageant les initiatives de développement économique dans des localisations déterminées. Cest à la fois un concept fonctionnel et un instrument opérationnel de la politique économique, qui permet dharmoniser les critères et les principes de la régulation économique avec ceux de lurbanisme et de laménagement au niveau des territoires locaux.
Il est totalement adapté aux grands objectifs définis par le Plan, tant en matière dorganisation fonctionnelle du territoire que de développement économique dans les régions métropolitaines. Il permet non seulement lintégration fonctionnelle des motivations socio-économiques et politiques qui fondent le processus dindustrialisation, mais aussi la mise en uvre à différents niveaux territoriaux dune forme institutionnelle de concentration et de modernisation des activités économiques. Ce dispositif conceptuel et opérationnel garantit aux entreprises des bénéfices importants, en sappuyant sur la prise en charge par les organismes publics de la réalisation des équipements nécessaires (infrastructures et services). Il favorise ainsi lacceptation des directives de la politique nationale daménagement et des objectifs du Plan de développement économique par les entrepreneurs et les investisseurs privés au niveau local, et permet la rencontre entre lintérêt général porté par les pouvoirs publics et lintérêt particulier des acteurs économiques.
Laménagement de zones industrielles sur lensemble du territoire est fortement encouragé par une augmentation croissante des crédits de lEtat mis à la disposition des collectivités locales et des organismes daménagement locaux par lintermédiaire du FNAT. La Société Centrale dEquipement du Territoire (SCET) est spécialement créée en 1959 sous légide de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) pour faciliter laction des SEM sur les plans technique, administratif et financier dans la réalisation des zones industrielles (DArcy, 1967). La procédure dacquisition des terrains par voie dexpropriation est aménagée et simplifiée, tandis que la notion de zones daménagement différé (ZAD) introduite en 1962 facilite lexercice du droit de préemption pour les collectivités locales désireuses de lutter contre la spéculation foncière et de constituer des réserves de terrains pour le développement économique au travers des documents de planification (Faucheux, Saillard, Novel, 1965).
La zone industrielle saffirme ainsi comme un instrument de mise en application de la politique économique sur le territoire, et comme un outil avantageux pour la collectivité locale qui le met en uvre, dun point de vue politique, économique, technique et urbanistique : contribution indirecte au développement économique territorial, élargissement de lassiette fiscale, valeur opérationnelle spécifique du dispositif, qui diminue les coûts déquipement publics et rationalise la réalisation des infrastructures, meilleure gestion de la répartition des fonctions productives dans lespace (Massacesi, 1966).
Les décrets de décembre 1958 relatifs aux plans durbanisme et aux lotissements (notamment industriels) traduisent enfin le vaste effort durbanisation et de rénovation urbaine succédant aux années de reconstruction, et lorientation vers un urbanisme fonctionnel qui tient compte du rôle et du rayonnement des villes aux niveaux local et régional, comme de leurs évolutions prévisibles. Les plans durbanisme des grandes villes sont constitués dun plan durbanisme directeur (PUD), qui détermine le tracé des principales voies de communication et le zonage général correspondant aux différentes fonctions urbaines (dont les activités industrielles), et de plans de détail, beaucoup plus élaborés et portant sur des secteurs ou quartiers déterminés. Linstitution des Groupements dUrbanisme (GU) met laccent sur la coopération intercommunale dans les agglomérations urbaines depuis la fin de la guerre, mais la centralisation des procédures de planification urbaine domine encore largement.
Les années 1950 voient ainsi la mise en place dun vaste dispositif légal et institutionnel en France, qui encadre de manière très dirigiste les possibilités dintervention des collectivités locales dans le champ de léconomie. Lyon, comme les autres grandes villes du pays, est appelée à se regrouper avec les communes qui forment son agglomération pour élaborer un plan durbanisme à léchelle du GU (56 communes), apte à organiser son développement spatial. En matière de régulation économique territoriale, la zone industrielle, érigée en modèle, est démultipliée sur le territoire local pour permettre le desserrement et la rationalisation de lexpansion des activités économiques dans lagglomération.
La politique nationale daménagement du territoire
En 1963, des modifications importantes interviennent dans les structures administratives nationales, destinées à renforcer laction entreprise en matière daménagement du territoire et dexpansion économique régionale depuis les années 1950, et à améliorer la coordination entre les différents services centraux concernés. Elles répondent à la volonté de lEtat dintégrer organiquement la conduite de la politique économique nationale prévue par le Plan, notamment sa mise en application différenciée au niveau des territoires locaux, et la conduite de la politique daménagement du territoire et de rééquilibrage spatial au niveau national, initiée en 1950 par le Ministre Claudius-Petit.
La création de la Délégation à lAménagement du Territoire et à lAction Régionale (DATAR) et du Fonds dIntervention pour lAménagement du Territoire (FIAT) marque ainsi lavènement dune nouvelle organisation de laction publique en matière de régulation économique, qui fait la part belle à la dimension spatiale de la politique économique et à lexpertise technique et économique de la technocratie étatique, en renforçant le pouvoir des services de lEtat. La DATAR, placée sous la responsabilité du chef du gouvernement, est chargée danimer la politique daménagement du territoire et de développement économique aux niveaux national et régional. Elle soccupe dabord de la déconcentration et de la relocalisation industrielles de la région parisienne vers la province, en accompagnant les initiatives locales de création de zones industrielles, puis de la décentralisation de certaines activités de services, notamment bancaires et dassurances, vers les grandes villes du pays, en harmonisant les dispositifs daides financières à lexpansion industrielle ou tertiaire (Gaudin, 1993).
Mission danalyse, de synthèse et dimpulsion, interministérielle par essence, la DATAR uvre également à la réalisation dinfrastructures de transport modernes (autoroutes, télécommunications, aéroports), de grands équipements collectifs et dune politique de maîtrise foncière sur les portions du territoire national jugées déterminantes pour le développement économique du pays. Cette démarche sélective détudes régionales et de développement urbain sappuie sur le principe de larmature urbaine et sur lanalyse de la hiérarchisation des villes françaises, qui permettent de déterminer les priorités de financement par lEtat des opérations daménagement et déquipement urbains, à partir des capacités de polarisation et de commandement économique respectives des villes.
La DATAR assure la coordination des programmes dactions et des opérations déquipement des différents ministères, mais elle ne dispose pas de ses propres services. Le Groupe Central de Planification Urbaine (GCPU) est donc mis en place en 1964 pour préparer les décisions et arbitrages gouvernementaux en faveur des grandes agglomérations de province. Son expertise est relayée au niveau local par celle des Groupes dEtudes et de Programmation de lEquipement à partir de 1966. Par ailleurs, des bureaux détudes parisiens, appartenant au réseau des filiales de la CDC (SEDES, BETURE, CERAU
), accompagnent le développement de lexpertise économique et territoriale des services de lEtat grâce à leurs travaux depuis le début des années 1960 (DArcy, 1967). Ils contribuent à légitimer des orientations économiques et des principes daménagement, qui savèrent être plus favorables à la tertiarisation des métropoles déquilibres et à lexurbanisation industrielle, portées par les grands groupes industriels capitalistes, quaux intérêts du petite et moyen capital régional (voir infra).
Le FIAT assure le financement des infrastructures complémentaires nécessaires à la mise en uvre de la politique daménagement du territoire au niveau local (infrastructures de communication, équipements collectifs urbains, ruraux et industriels
). Le CGP sappuie sur la nouvelle Commission Nationale de lAménagement du Territoire (CNAT) pour intégrer les conclusions des études relatives à laménagement du territoire dans les plans nationaux de développement économique et social. Lachèvement de la régionalisation du Plan se traduit enfin par létablissement de « tranches opératoires », qui déterminent pour chaque circonscription daction régionale les principales opérations dinfrastructure et déquipements publics à réaliser et à financer, y compris dans le cadre du 4ème plan alors en cours dexécution.
Cest dans ce contexte de renforcement de la planification urbaine, spatiale et économique aux niveaux national et régional, sous contrôle étatique, que prend place la politique des métropoles déquilibre initiée par la DATAR en 1965, qui vise, entre autres, lagglomération lyonnaise. Elle sinscrit dans le cadre de la politique nationale daménagement du territoire et de développement économique pilotée par les pouvoirs publics étatiques sous légide du CGP. Celui-ci établit à partir des études de développement urbain du GCPU un Plan individualisé de Modernisation et dEquipement (PME) pour la métropole lyonnaise, qui détermine les perspectives dexpansion pour lagglomération et arrête les principales opérations dinfrastructures et déquipements publics à réaliser.
Ce dispositif est léquivalent des tranches opératoires du plan régional de développement économique et social et daménagement du territoire conçu pour la région Rhône-Alpes. Il sert de base départ aux travaux de lOrganisation Régionale dEtude et dAménagement Métropolitain de Lyon Saint Etienne (OREAM), qui voit le jour en 1966. Cette date fixe officiellement les règles dorganisation et de financement de cet organisme, qui existait déjà de manière informelle depuis le lancement des études de développement urbain du GCPU.
La même année, le Ministère de lEquipement est créé pour superviser et apporter une expertise technique à lensemble des services concernés par laménagement et la réalisation des infrastructures sur le territoire national. Le rôle de la Direction de lAménagement Foncier et de lUrbanisme (DAFU) institué en son sein est très important. Lagglomération lyonnaise, comme les autres grandes villes du pays, bénéficie ainsi dun document dorientation propre, qui procède du couplage entre planification économique et planification spatiale au niveau du territoire local (voir infra).
La consolidation du dispositif de régulation économique territoriale par la LOF
La profonde mutation économique que connaît la France au cours des années 1960 se répercute avec force au niveau des villes, conduisant lEtat et le Parlement à se préoccuper des politiques urbaines, notamment à travers la mise en place de la politique des métropoles déquilibre. Lobjectif central est de maîtriser les nouveaux enjeux territoriaux de la régulation économique au niveau local, notamment par le biais de la planification et de laménagement spatial : décentralisation industrielle, modernisation des structures productives, développement des activités tertiaires, changements dans le système de production urbaine, etc.
La promulgation de la Loi dOrientation Foncière (LOF) en 1967 sinscrit dans la continuité des textes précédents concernant la planification urbaine et les procédures opérationnelles. Elle parachève lédifice institutionnel construit au service de la politique daménagement du territoire. Elle marque laboutissement du processus de centralisation de la planification territoriale et urbaine amorcé sous le régime de Vichy. Plus quune simple innovation institutionnelle, ce nouveau dispositif permet davaliser au niveau parlementaire lintervention du gouvernement dans un domaine qui tend à prendre une place très importante dans lensemble de laction publique, notamment économique, touchant de surcroît de très près les élus locaux. Elle procède ainsi plus dune nécessité politique de normalisation et dencadrement de laction des communes dans un contexte de développement de la coopération intercommunale, que dune simple nécessité technique de création de nouveaux instruments pour traiter les problèmes dindustrialisation et durbanisation du pays (Veltz, 1978).
Il sagit pour lEtat daccroître sa capacité dorientation, de contrôle et dintervention sur laménagement spatial des principales agglomérations urbaines du pays, cest-à-dire de pouvoir notamment plus facilement imposer les intérêts du grand capital industriel face aux contraintes de la petite propriété localisée. Plus concrètement, lobjectif est de résorber la pénurie quantitative de terrains disponibles pour lurbanisation et lindustrialisation au niveau local, en limitant les tendances spéculatives liées à la propriété foncière (Veltz, 1978). Le Schéma Directeur dAménagement et dUrbanisme (SDAU) définit à léchelle intercommunale les grandes orientations du zonage ainsi que la programmation des grands équipements collectifs. Il simpose au Plan dOccupation des Sols (POS) défini à léchelle communale, qui fixe le droit du sol pour favoriser la réalisation des objectifs du SDAU, selon une logique hiérarchique permettant dorienter au mieux les investissements privés sur la base dune programmation publique des équipements.
Un nouvel outil opérationnel accompagne le dispositif : la Zone dAménagement Concertée (ZAC), procédure effaçant le POS sur son périmètre. Cet instrument providentiel pour les investisseurs importants (Etat, grands groupes de construction, firmes industrielles ou tertiaires) permet de juxtaposer deux formes durbanisme au sein dun même territoire local et de reconnaître la priorité et la primauté de lun sur lautre. Larticulation du POS et de la ZAC fait en effet échapper les grandes opérations de promotion capitaliste aux risques du POS, en faisant de ce dernier la première étape de la ZAC. Le POS sapplique ainsi pour les petits investisseurs (particuliers, PME-PMI
), tandis que la ZAC constitue le « périmètre de libre expression du grand capital » (Veltz, 1978, p.82), et de la puissance publique accessoirement. Son usage (pléthorique) est déterminant dans la mise en uvre des grandes orientations de la politique nationale daménagement du territoire, particulièrement dans les grandes agglomérations urbaines comme Lyon visées par la politique des métropoles déquilibre.
Cette réforme du droit de lurbanisme et de la planification urbaine sinscrit donc dans le prolongement dun vaste mouvement de création institutionnelle au niveau central, destiné à mettre la politique daménagement du territoire en cohérence avec la politique économique de lEtat. Des avantages économiques techniques et politiques en sont également attendus : limiter le gel des terrains et la logique dinterdiction réglementaire contenu dans les plans précédents, afin de libérer les capacités dinitiative des investisseurs privés tout en maîtrisant les manuvres spéculatives ; faciliter la mise en application des conceptions et des objectifs de la politique économique de lEtat au niveau local, en confiant la réalisation des nouveaux documents à la technocratie étatique (Veltz, 1978).
Le volet spatial de la régulation économique prend ainsi une place très importante dans le système dintervention publique en faveur de léconomie au cours des années 1960, essentiellement parce quil constitue lun des principaux moyens concrets de la mise en application des objectifs et principes du Plan à léchelle des territoires locaux et des grandes agglomérations urbaines comme Lyon, en appui des dispositions financières incitatives de lEtat destinées aux entreprises et des stratégies de redéploiement spatial des grands groupes nationalisés ou privés, soutenues par le pouvoir central. Bien quil soit de nature indirecte et quil ne permet quune intervention à la marge du fonctionnement de léconomie, il tend à devenir le moyen daction dominant de la régulation publique sur le territoire, en raison du monopole exercé par lEtat sur les autres formes de lintervention économique.
Conclusion de chapitre
Le système déconomie dirigée qui caractérise lorganisation de la régulation économique en France après la seconde guerre mondiale se présente ainsi comme un savant mélange de libéralisme et de volontarisme interventionniste, lun prenant plus ou moins le pas sur lautre selon les moments et les enjeux de la conjoncture économique. La politique économique de lEtat sexprime essentiellement à travers le Plan, qui permet de canaliser les dynamiques dexpansion et dorienter la modernisation du tissu économique national.
Lintervention structurelle de lEtat se veut incitative par essence, même si les pouvoirs publics sont amenés à participer de manière directe à leffort de modernisation et de développement de léconomie du pays. La politique économique est de portée essentiellement nationale et a-territoriale dans un premier temps, avant de souvrir à la dimension spatiale et régionale au tournant des années 1960. Il sagit notamment dassurer une croissance économique plus équilibrée sur le territoire national, de favoriser la juste répartition spatiale des équipements à léchelle de la France et de porter secours aux parties du territoire en crise dadaptation, de reconversion ou en retard de développement, face aux évolutions du système économique fordiste.
Louverture des frontières économiques de lEurope et laugmentation des échanges internationaux introduisent également un nouvel enjeu de compétitivité pour les firmes françaises et pour le territoire national, qui justifie la montée en puissance des logiques dintervention spatiales durant les années 1960. La politique daménagement du territoire est intégrée dans la politique de développement économique nationale, et devient lun des axes majeurs de lorganisation et de la mise en uvre de la régulation dans lespace français. Lenjeu est daméliorer lenvironnement économique et spatial des entreprises, en soignant particulièrement léquipement et laménagement des territoires locaux en dehors de Paris, afin de faciliter leur insertion dans le système concurrentiel international et de limiter lhégémonie parisienne par rapport aux autres portions de lespace français.
LEtat central est omniprésent sur les questions de développement économique et dorganisation de la croissance à léchelle du pays. La régulation économique est la prérogative exclusive de lautorité étatique, qui sappuie sur le développement et la légitimité de lexpertise de la technocratie centrale pour imposer son point de vue et sa toute puissance dans la conduite des affaires économiques. Sa domination sur le dispositif de régulation est également légitimée par le recours à la concertation des forces vives, et notamment par lalliance politique implicite conclue avec les représentants des intérêts patronaux français.
Les autorités étatiques portent ainsi lintérêt général de la nation dans le domaine hautement stratégique du fonctionnement et de la régulation de léconomie. Elles portent aussi de manière très directe lintérêt des entreprises au niveau national, en déclinant les grands objectifs politiques nationaux du Plan à léchelle des territoires locaux et en les complétant par des objectifs spatiaux. Lefficacité de lintervention économique de lEtat, centralisée et extrêmement dirigiste, est supposée découler de limportant appareillage juridique, méthodologique et organisationnel mis en place à partir des années 1950, dans les domaines de lurbanisme, de la planification de lespace et de laménagement.
Les services de lEtat monopolisent lexpertise et le contrôle de la décision en matière de régulation économique, ainsi que les possibilités de recours aux leviers financiers pour soutenir le développement (primes, subventions, soutien aux filières, grands programmes industriels ou technologiques, etc.). Lintégration de la politique daménagement du territoire dans le dispositif de planification et de mise en uvre de la politique économique nationale renforce dautant plus la domination étatique et le phénomène de centralisation dans la conduite de lintervention publique économique. Cette situation de soumission du développement économique des territoires locaux à la logique daction portée par lEtat est particulièrement visible dans la manière dont est appliquée la politique économique dans lagglomération lyonnaise.
II - La régulation économique étatique face au cas lyonnais
Laction directe de lEtat en matière de régulation économique au niveau local est assez limitée, en dehors des dispositifs financiers de primes et dexonérations fiscales. De fait, lanalyse de la mise en uvre de la politique économique sur le territoire révèle la primauté des leviers financiers dans lensemble des outils utilisés par les pouvoirs publics pour atteindre les objectifs fixés, mais aussi leur incidence limitée. Leur attribution est cependant déterminée par des critères de localisation géographique (zones en crise) ou de transformation structurelle (reconversion), qui ne sont pas remplis dans lagglomération lyonnaise. Par ailleurs, les actions de soutien ou de participation directe de la puissance publique au développement des secteurs industriels et tertiaires moteurs sopèrent surtout au niveau national, à travers la prise de contrôle des grandes entreprises ou le soutien financier massif à la concentration des capitaux privés au sein de grands groupes industriels et bancaires.
Pour mettre en application la politique économique prévue par le Plan au niveau local, lEtat dispose donc essentiellement doutils territoriaux, comme la planification spatiale, la production déquipements collectifs nécessaires au fonctionnement et à lamélioration de lenvironnement des entreprises, et laménagement de lespace. Ils lui permettent non seulement dintégrer les collectivités locales dans leffort de soutien au processus dindustrialisation, de tertiarisation et de restructuration de léconomie nationale (Veltz, 1975), mais aussi de mieux encadrer et accompagner lévolution des entreprises et des systèmes économiques locaux. La politique des métropoles déquilibre de la DATAR offre en outre un encadrement conceptuel central pour la conduite de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise à partir de 1965, en traduisant les objectifs et contenus de la politique économique nationale en termes spatiaux et territoriaux.
La planification économique spatiale nagit pourtant quà la marge en matière de régulation, même si elle occupe une place importante. Elle ne traite que très indirectement du problème économique, en sinscrivant seulement comme un accompagnement des mesures et interventions directes réalisées par les pouvoirs publics. Le recours systématique à la dimension spatiale et territoriale de laction publique en faveur de léconomie est ainsi révélateur de la difficulté pour lEtat dassurer directement la mise en uvre de la politique de régulation économique autrement que par des aides financières et par laccompagnement de la concentration industrielle et tertiaire, publique et privée, en agissant sur lenvironnement des entreprises et des activités économiques tout en canalisant les possibilités dintervention des pouvoirs publics locaux. Il permet aux autorités publiques centrales à la fois de contrôler la réalisation des objectifs de la planification économique nationale au niveau local et de promouvoir les intérêts des grands groupes industriels et bancaires dans lagglomération lyonnaise.
1- Limpact limité des dispositifs financiers au niveau local
Les moyens directs de la politique économique de lEtat, nécessaires à la mise en uvre des orientations du Plan sur le territoire local, se limitent à des mesures daides financières et à des primes pour les entreprises, mobilisables pour favoriser le développement des activités industrielles ou tertiaires et le renforcement du potentiel économique dans les territoires locaux. Il sagit essentiellement daides financières ponctuelles délivrées par la puissance publique (via les Préfets) à certaines activités économiques dans le cadre de secteurs géographiques nettement identifiés, ayant pour but de corriger les déséquilibres ou de soutenir les orientations politiques de modernisation structurelle et daménagement volontaire (décentralisation industrielle et tertiaire, promotion des métropoles déquilibre...).
Dès les années 1950, le dispositif financier spatialisé des pouvoirs publics combine des mesures autoritaires de restriction du développement industriel en région parisienne (procédure dagrément) et des mesures incitatives sous forme de subventions, qui permettent dorienter la localisation et le comportement géographique des entreprises dans lespace géographique national (Laborie, Langumier, De Roo, 1985).
Si lagrément en région parisienne contribue potentiellement au renforcement de lattractivité de la région lyonnaise, la majeure partie des aides financières incitatives disponibles ne concerne cependant pas lagglomération lyonnaise. Celle-ci nest en effet pas considérée comme une zone critique dun point de vue économique, qui serait affectée par le déclin des activités industrielles et classée comme prioritaire à ce titre : les entreprises qui sy implantent ou sy développent ne peuvent donc pas prétendre aux subventions publiques, même si elles opèrent des regroupements ou des adaptations de leurs structures productives. Entre 1955 et 1965, les aides financières de lEtat délivrées par le FDES et les SDR ne concernent que les portions du territoire national frappées par le déclin industriel, les reconversions ou la sous-industrialisation (Laborie, Langumier, De Roo, 1985).
A partir de 1964, le système de primes daménagement du territoire se précise, en identifiant deux types despaces éligibles au régime daides. Toutefois, les zones de développement régional et les zones dadaptation industrielle, auxquelles correspondent de nouvelles primes spécifiques, ne couvrent pas le périmètre de lagglomération lyonnaise. Celui-ci correspond en effet à une « zone blanche » sur la carte nationale des aides au développement industriel établie par la DATAR en 1967, interdisant aux entreprises toute possibilité dobtention dexonération. Les entreprises qui simplantent ou sagrandissent dans la région lyonnaise ne peuvent donc pas bénéficier de la Prime de Développement Régional attribuée par la SDR. Seules les entreprises industrielles ou tertiaires qui sinstallent ou sétendent dans les secteurs de la ville nouvelle de lIsle dAbeau, de la Plaine de lAin (Saint Vulbas Loyettes) et de la région de Vienne (Isère) peuvent bénéficier dallégements fiscaux (voir infra).
En effet, suite au lancement de la politique des métropoles déquilibre qui vise à faire de Lyon une grande métropole tertiaire, la DATAR instaure une procédure dagrément pour les créations ou extensions de surfaces industrielles sur le périmètre de lagglomération lyonnaise de 1967 à 1971, sur le modèle du dispositif parisien. Cette mesure autoritaire est destinée à encourager le mouvement de desserrement des activités et de décentralisation industrielle au niveau local, afin de libérer des surfaces dans la partie centrale de lagglomération pour permettre laccueil des activités de service. Parallèlement, une prime à la création ou à la décentralisation tertiaire est instituée à partir de 1967. Ce dispositif, fondé sur les mêmes mesures fiscales et financières que le système daides destiné aux implantations industrielles, doit encourager les transferts depuis Paris, les créations ou les extensions dans lagglomération lyonnaise des services de haut niveau des entreprises (activités tertiaires ou industrielles directionnelles, unités de recherche & développement).
Les Primes de Localisation dActivités Tertiaires (PLAT) sont des aides essentiellement fiscales : exonération de la taxe professionnelle et réduction des droits de mutation. Elles couvrent en priorité les communes appartenant aux grandes agglomérations urbaines de province, comme Lyon, Marseille, Bordeaux ou Lille, quelles soient centrales ou périphériques. Sont visés par ces mesures les sièges sociaux des grandes firmes, les services de direction, de gestion, dingénierie, de recherche et développement, détudes ou dinformatique (Poche, Rousier, 1981). Cependant, le nombre de PLAT octroyées dans lagglomération lyonnaise reste limité, particulièrement dans le périmètre du centre directionnel de la Part Dieu, qui est censé accueillir et regrouper les fonctions de commandement économique de la métropole (voir infra). En outre, le résultat qualitatif des opérations subventionnées dans ce cadre savère assez mitigé.
Entre 1967 et 1977, une dizaine de PLAT seulement sont accordées dans lagglomération lyonnaise : six à Lyon, notamment à la Part Dieu, les autres majoritairement sur les communes de lOuest lyonnais (Rillieux, Ecully, Dardilly, Champagne-au-Mont-dOr, Solaize). Elles portent essentiellement sur des opérations dextension ou de création de délégations régionales de grandes sociétés bancaires ou dassurances (UAP, Crédit Lyonnais, BNP, Crédit Agricole, Caisse dEpargne), qui sont en fait des centres de gestion technique sans réel pouvoir de commandement économique, mais très peu sur limplantation de sièges sociaux ou de services supérieurs de direction.
Seules deux sociétés industrielles décentralisent leurs fonctions de direction dans lagglomération : le groupe Rhône-Poulenc, historiquement attaché à Lyon, implante son siège textile à la Part Dieu et sa division phytosanitaire à Vaise ; le centre de recherche Elf-ERAP sinstalle à proximité de la raffinerie de Feyzin (Poche, Rousier, 1981). Quelques groupes français et étrangers, notamment informatiques, profitent également du dispositif pour réorganiser leurs activités en France et dans la région, exclusivement dans lOuest, verdoyant et attractif, de lagglomération (Black&Decker, IBM, Hewlett Packard, Philips, SEB, etc.).
Les dirigeants des sociétés qui réalisent ces opérations dimplantation distinguent en effet clairement dans leurs choix stratégiques les opérations effectives de déconcentration dune partie des activités de gestion et les opérations annoncées de décentralisation directionnelle. Le pouvoir de commandement des grandes banques reste par exemple fortement centralisé sur Paris, tandis que lagglomération lyonnaise voit la création de centres de gestion régionaux nayant que peu de rapport avec les fonctions directionnelles et supérieures attendues (Lojkine, 1974). Les communes de lOuest sont particulièrement prisées, car elles conjuguent proximité des foyers de main duvre et cadre de vie de qualité pour les cadres décentralisés depuis Paris.
Il sagit donc plutôt du renforcement des possibilités de contrôle des centres de décision parisiens des grandes sociétés financières ou industrielles sur leurs délégations régionales implantées à Lyon, ainsi que de lorganisation dun nouveau maillage commercial ou productif du territoire aux échelles nationale et régionale, mais pas de véritables opérations de décentralisation des sièges sociaux des grandes firmes. Le dispositif des PLAT profite principalement à des sociétés appartenant à des grands groupes industriels, informatiques ou financiers, qui se développent au niveau local en référence à leurs intérêts économiques régionaux, nationaux et internationaux. Il savère peu efficace au regard des objectifs fixés par la politique de décentralisation industrielle très ambitieuse de lEtat (voir infra, Section 3).
2- Lintégration de la planification territoriale locale dans la politique nationale daménagement au service du développement économique
Laménagement spatial et la planification territoriale sont mobilisés par lEtat pour faciliter et accompagner la politique volontariste et incitative en faveur du développement économique national. Ils constituent un moyen concret, quoique indirect, de concourir à la réalisation des objectifs du Plan et de la politique économique, en fournissant un cadre réglementaire et technocratique, tant pour lintervention des collectivités locales dans la régulation économique que pour le comportement spatial des entreprises.
Le développement économique de lagglomération lyonnaise se réalise en même temps que se dessinent les documents de planification territoriale successifs, de la fin des années 1950 au début des années 1970. Bien quils soient élaborés à des échelles géographiques différentes, le PDGU, le PADOG et le SDAM permettent de saisir la manière dont la régulation territoriale de léconomie se matérialise dans lagglomération lyonnaise. Lanalyse de leur contenu révèle laffirmation progressive du double principe de lexurbanisation des activités industrielles et de la construction dune métropole tertiaire autour de Lyon, essentiellement porté par les services de lEtat bien que partiellement relayé par les autorités politiques de lagglomération et les structures de représentation des intérêts économiques locaux.
Les deux premiers documents de planification territoriale établis pour lagglomération lyonnaise sont en effet fortement imprégnés de lempreinte industrielle locale, tant au niveau des études préparatoires quau niveau des orientations spatiales quils proposent pour le développement urbain et industriel local. Les structures de représentation des intérêts économiques locaux participent activement à leur élaboration, aux côtés des techniciens de lEtat et de la Ville de Lyon. Les municipalités de Lyon et Villeurbanne sont consultées dans le cadre du GU et délibèrent pour approuver les plans, assurant un rôle de coordination des études avec une certaine liberté conférée par les autorités centrales. Linfluence des travaux dexpertise économique du patronat lyonnais est déterminante la délimitation des échelles territoriales de référence de lensemble lyonnais et sur la conception dune planification spatiale fonctionnaliste conduite à léchelle de lagglomération.
La réflexion territoriale est cependant menée plus en termes de localisation des fonctions dans lespace que de stratégie de développement économique pour lagglomération. Cette période de forte expansion économique demande avant tout de parer au plus pressé dans la répartition des fruits de la croissance et dans lordonnancement des équipements sur le territoire, mais pas encore de positionner lagglomération lyonnaise sur le marché des villes, par rapport à dautres métropoles françaises ou étrangères.
En revanche, le schéma de lOREAM est beaucoup plus marqué par la conception stratégique des services centraux de lEtat en matière de développement économique et daménagement du territoire. Il prévoit en effet de hisser lensemble lyonnais au rang de métropole déquilibre, traduisant le renforcement de la mainmise de lEtat sur la destinée économique de lagglomération lyonnaise et linfluence de la logique de développement industriel et tertiaire nationale sur la conduite de la régulation économique territoriale. Les acteurs locaux, élus et représentants des intérêts industriels, sont en grande partie exclus du processus décisionnel, du moins confinés dans un simple rôle de consultation pour avis.
La problématique de la localisation des activités tertiaires devient centrale, tandis que la thématique industrielle est redéfinie et calibrée en fonction des enjeux nationaux et internationaux de la réorganisation des structures productives françaises. Le schéma instaure un système territorial dintervention dual, organisé à partir de deux dimensions spatiales emboîtées : la Région Urbaine de Lyon, où sexprime le projet métropolitain des services de lEtat, et lagglomération lyonnaise, correspondant au périmètre institutionnel de la COURLY (voir infra, Section 2).
Le PDGU, reflet des intérêts industriels lyonnais
Le Plan dUrbanisme Directeur du Groupement dUrbanisme de Lyon (PDGU) sinscrit en application des décrets de 1958 instituant les PUD dans les agglomérations de plus de 10 000 habitants. Il couvre les 56 communes du GU de Lyon et présente un parti daménagement des fonctions économiques largement dominé par le volet industriel. Il sinspire en effet beaucoup du Plan Lambert de 1944, établi à partir des études effectuées dans lentre-deux-guerres (Delfante, Dally-Martin, 1994), qui prévoit déjà plusieurs localisations industrielles dans lagglomération :
Deux nouvelles zones industrielles périphériques,
Au Sud-est, à cheval sur les communes de Lyon et Bron,
A lEst, à cheval sur les communes de Villeurbanne, Vaulx-en-Velin et Décines ;
Deux zones industrielles péricentrales dans le Sud de Lyon,
Gerland (rive gauche du Rhône),
Perrache Confluent (Presquîle) ;
Deux zones mixtes péricentrales dans Lyon, mêlant habitat et activités industrielles,
Au Nord-ouest, Vaise Industrie (rive droite de la Saône),
Au Sud-est, la Part-Dieu Guillotière (rive gauche du Rhône).
A la fin des années 1950, ces orientations sont adaptées aux nouvelles exigences de la reconstruction économique et de la modernisation du tissu industriel urbain, conformément au nouveau cadre législatif de laménagement du territoire. Ces dernières véhiculent un vocabulaire urbanistique et aménagiste empreint de modernité, qui traduit lavènement de la doctrine fonctionnaliste de la Charte dAthènes au sein des services techniques de lurbanisme et des nouvelles méthodes hiérarchiques délaboration des plans aux différentes échelles géographiques de la ville (agglomération, communes, quartiers ou secteurs). Le PDGU se décline ainsi en plans de détails sur certaines zones de lagglomération, concernées notamment par des projets daménagement de zones industrielles ou de rénovation urbaine. La notion daménagement du territoire sexprime à travers le développement daxes de croissance spatialisés dans lagglomération.
Le document est également fortement marqué par la problématique de la gestion du sol, de la consommation despace par lurbanisation et de la constitution de réserves foncières. Il sinscrit en effet dans une période de forte croissance économique et démographique, au cours de laquelle les prévisions statistiques véhiculent la crainte de la rareté de lespace disponible à moyen terme. Ces préoccupations spatiales et de zoning industriel sont particulièrement importantes pour les collectivités locales et les représentants du patronat industriel lyonnais, soucieux de défendre leurs intérêts. Lapproche fonctionnaliste est ainsi mise au service de la maîtrise de la consommation despace par lurbanisation, de la nécessité dorganiser la ville de manière rationnelle et de gérer son expansion en donnant de la place à toutes les fonctions, notamment économiques et industrielles.
Dans les années 1950, plusieurs municipalités de la banlieue lyonnaise se préoccupent en effet de réserver les surfaces de terrain nécessaires à laccueil des usines et des entrepôts, qui ne trouvent plus dans le centre de lagglomération les conditions suffisantes pour leur développement : Pierre-Bénite, Feyzin, Saint-Fons, Vénissieux, Saint-Priest, Décines, Caluire-et-Cuire, Neuville-sur-Saône
Elles réfléchissent à la possibilité de constituer de véritables zones industrielles, incluses dans le PDGU. La Commission Zoning Industriel du Comité dexpansion (voir infra, Section 2) participe également à la préparation du document, en étudiant les possibilités daménagement de certaines zones industrielles en relation avec la réalisation de grandes infrastructures de transport : à Vénissieux - Saint-Priest autour dune nouvelle gare de marchandises, à Pierre-Bénite à proximité dun nouveau triage et du barrage hydroélectrique, à Solaize et Feyzin sur les remblais du barrage
Cette étude est complétée par un recensement des besoins des entreprises (raccordement aux infrastructures en réseaux, consommation dénergie et de main duvre), permettant de mieux concevoir les zones industrielles planifiées dans lagglomération.
Le volet économique du PDGU concentre lattention sur les secteurs industriels susceptibles de permettre le redéploiement de la production sur les vastes espaces libérés par les bombardements de la guerre, essentiellement dans les quartiers de Gerland et Vaise (Delfante, Dally-Martin, 1994). Lobjectif principal est la création de vastes zones industrielles, disposées en étoile sur les principaux axes de croissance et dextension spatiale de lagglomération, à Vaise et Caluire le long de la Saône au Nord, le long du couloir rhodanien au Sud de Lyon, à Vénissieux, Corbas, Saint-Priest, Décines et Meyzieu dans lEst. Au total, environ 3 500 ha sont ainsi destinés à accueillir les activités industrielles gênantes en périphérie, dont 2 100 ha de surfaces libres.
Ces importantes réserves foncières correspondent aux recommandations formulées par les représentants du patronat dans les années 1950. Initialement, le plan concentrait la totalité des surfaces industrielles dans la plaine de lEst et du Sud-est, mais face à la nécessité de réduire les migrations pendulaires des travailleurs de lagglomération, de petites zones industrielles sont localisées sur les reliefs verdoyants de lOuest et du Nord, réservées à laccueil des activités industrielles peu nuisantes et à fort taux demploi. Par ailleurs, 300 ha sont planifiés dans le centre de lagglomération (Lyon et Villeurbanne) pour les opérations de rénovation urbaine. Elles sont destinées à la reconquête du centre-ville et à laccueil dun quartier dédié aux activités tertiaires et aux services publics de dimension régionale, positionné sur la rive gauche du Rhône à la Part Dieu. Dimportantes réserves foncières complètent le dispositif pour les équipements scolaires et universitaires, les zones de loisirs, les infrastructures routières.
Bien quil concrétise lidée dagglomération, en traitant les problèmes daménagement urbain à une échelle plus large que celle de la seule Ville de Lyon, le PDGU est publié en 1962 mais immédiatement jugé obsolète et trop restreint spatialement par les responsables ministériels et locaux de lurbanisme. En particulier, linstallation de la raffinerie à Feyzin est jugée aberrante au regard des prescriptions du plan, car elle ne permet pas une gestion cohérente de lurbanisation aux limites de lagglomération, qui coïncident également avec les limites départementales. Plus globalement, lEtat souhaite aussi reprendre en main le développement et laménagement spatial de lagglomération lyonnaise.
Les avancées territoriale et étatique du PADOG
La mise à létude dun Plan dAménagement et dOrientation Générale (PADOG) de la région lyonnaise en 1962, à limage de celui réalisé en région parisienne pour fixer les orientations générales du développement urbain, reflète la volonté de ladministration centrale dharmoniser une zone de solidarité et de concurrence entre communes dans lutilisation du sol, à une échelle plus large que celle de lagglomération urbaine de Lyon. Elle traduit également, de manière plus insidieuse, lamorce de la mainmise de lEtat sur laménagement du territoire régional et les politiques urbaines, décuplée avec la création de la DATAR en 1963. Le PADOG de Lyon est ainsi étudié sous la forme dun Schéma Directeur de Structure, document de planification spatiale proposé à titre expérimental à une échelle beaucoup plus large que celle du GU de Lyon.
La nouvelle reconnaissance territoriale qui accompagne la mise à létude couvre plus de 900 communes (1,6 millions dhabitants), permettant de définir un espace géographique et économique dintérêt commun qui dépasse le simple cadre de lagglomération. Le périmètre approuvé par le Ministre de la Construction en 1962 couvre ainsi un territoire très vaste, incluant la totalité du département du Rhône, les arrondissements de Vienne et de la Tour-du-Pin en Isère, larrondissement de Bourg-en-Bresse et 3 cantons, dont celui de Belley, dans lAin. Ce territoire de planification se rapproche fortement du territoire de la « petite région » lyonnaise mis en évidence par les travaux du Comité dexpansion de la région lyonnaise dès 1955 (voir infra, Section 2), et préfigure le périmètre de la Région Urbaine de Lyon imaginé par lOREAM à la fin des années 1960 (voir infra).
Hormis léchelle géographique, les options retenues en matière de répartition des activités économiques dans le PADOG sont très proches de celles du PDGU, mais largumentaire aménagiste et fonctionnel y est aussi beaucoup plus développé. Le concept daménagement du territoire se décline notamment à travers lusage des notions daxes, de centres et de pôles, et le recours à une approche méthodologique novatrice sous forme de scénarios (Lavigne, Dost, 1988), traduisant linfluence croissante des services techniques de lEtat. Le développement de lagglomération lyonnaise sorganise ainsi autour de sept axes préférentiels de développement, qui sappuient sur des centres secondaires déquilibre (Bourg-en-Bresse, Villefranche-sur-Saône, Vienne
). Deux grandes zones industrielles, véritables pôles de développement identifiés, complètent le dispositif dans la vallée du Rhône en amont de Lyon, destinées aux industries gênantes (Plaine de lAin et Plateau de la Valbonne). Elles sinscrivent dans une logique daction de type « catalyse », inspirée de la théorie des pôles de croissance de F. Perroux (1955), selon laquelle limpulsion de départ assurée par limplantation dune industrie motrice en un lieu entraîne le développement économique de lespace régional considéré.
Le PADOG exprime donc à la fois la volonté du patronat lyonnais de réserver plus de terrains aux activités industrielles tout en préservant lurbanisation des nuisances industrielles, et la volonté de lEtat central de favoriser le développement économique de lagglomération à une échelle spatiale élargie et selon la logique des pôles de croissance. La domination de la thématique industrielle sur celle des activités tertiaires est encore importante, mais elle est toutefois légèrement atténuée par lébauche dun plan de développement et délargissement du centre de Lyon, en direction de lEst sur la rive gauche du Rhône, réalisée en parallèle à lélaboration du PADOG. Il prévoit une extension du centre traditionnel de la Presquîle de Lyon vers le quartier de la Part Dieu, à travers la mise en uvre dune vaste opération de rénovation urbaine.
Cependant, entre 1963 et 1968, les services de lEtat ont tendance à freiner les projets durbanisme locaux comme celui de la Part Dieu (voir infra) et à laisser en suspens les plans daménagement territoriaux à létude au niveau local. Le gel des initiatives locales par les autorités centrales est justifié par la nécessité déviter les « coups partis » pouvant remettre en question les visées de lEtat pour le territoire lyonnais, et par la volonté de centraliser lexpertise économique et spatiale au sein dun nouvel organisme directement contrôler par la technocratie étatique. Le flou juridique et technique entretenu par les dispositions encadrant la réalisation du PGDU et du PADOG, ainsi que linsuffisante prise en compte des différentes échelles de temps et despace, plaident également en faveur de la dissociation des exercices de programmation spatiale en deux documents complémentaires, instituée par la LOF de 1967 : le SDAU, sorte de nouvelle charte des grands projets engageant lEtat et les communes, et le POS, qui affiche la programmation des équipements et des zones industrielles à lusage des communes et des investisseurs (Veltz, 1978).
Lexplication est ainsi à rechercher du côté de la réorganisation institutionnelle qui sopère alors en matière daménagement et de planification économique au niveau central (voir supra). Le positionnement de lEtat vis-à-vis des territoires locaux est un enjeu de taille pour le gouvernement, qui entend garder lentière maîtrise des opérations daménagement qui sont lancées un peu partout dans les grandes villes du pays. Le lancement de la politique nationale daménagement du territoire, qui se concrétise par la politique des villes nouvelles et des métropoles déquilibre à partir de 1965, change profondément la donne en matière de contrôle de la planification spatiale à léchelle de la métropole lyonnaise, en confiant lencadrement et la conduite des réflexions économiques et territoriales à lOREAM (sous le contrôle de la DATAR et du Ministère de lEquipement).
Les impératifs tertiaire et industriel du SDAM, au service de la politique économique
Lélaboration du Schéma Directeur de lAire Métropolitaine (SDAM) de 1967 à 1970 sinscrit dans le cadre des travaux sur larmature urbaine et le développement urbain du GCPU, qui prolonge les réflexions territoriales initiées par le PADOG dans la région lyonnaise (OREAM, 1971). Elle est confiée à lOREAM, nouvel organisme public émanant des services centraux intéressés par les questions durbanisme, daménagement et de développement économique, qui permet à lEtat de limiter assez fortement le pouvoir décisionnel et les capacités dinitiative des autorités locales dans le domaine des études de planification territoriale (voir infra, Section 2). Le SDAM marque lapparition de la dimension tertiaire et directionnelle pour lagglomération lyonnaise en matière de fonctions économiques, et louverture du potentiel industriel local aux nouveaux enjeux du grand capital en cours dinternationalisation.
Trois disciplines sont mobilisées pour létablissement du SDAM (OREAM, 1971) : léconomie, afin de favoriser le développement de la production et des échanges autour dun pôle économique puissant, équipé de structures permettant le progrès et la croissance des activités ; laménagement du territoire, afin de rechercher les moyens dinflexion des tendances naturelles vers un meilleur équilibre dans la répartition des hommes et des activités dans lespace ; lurbanisme, afin de concevoir un cadre approprié à lavènement dune civilisation urbaine moderne. Lhorizon temporel étudié est assez lointain, lan 2000, pour permettre le déroulement des grandes opérations daménagement projetées à léchelle de la métropole, dans les domaines du transport, de lhabitat et de léconomie.
La stratégie de développement économique et territorial de la métropole lyonnaise sorganise autour du croisement de deux options de croissance. Lune est adaptée à une agglomération tertiaire de haut niveau tournée vers son centre et dont le développement se fait sur lagglomération centrale (cest-à-dire essentiellement sur la commune de Lyon et ses périphéries immédiates). Lautre est adaptée à une vaste région urbaine et industrielle, recherchant à lextérieur de lagglomération existante les espaces industriels nécessaires à son expansion. Il sagit pour les concepteurs du schéma de réaliser un passage progressif de la première option de croissance, qui sinscrit dans la continuité du développement « naturel » de lagglomération lyonnaise (et des documents de planification précédents), vers la seconde option de croissance, qui privilégie une action volontaire et dirigée de décentralisation des activités économiques de lagglomération lyonnaise (et éventuellement de la capitale) vers quelques pôles localisés dans lespace naturel dexpansion de lagglomération, concrétisé par une nouvelle entité spatiale et fonctionnelle : la Région Urbaine de Lyon (voir infra).
La seconde option stratégique de développement métropolitain est majoritairement soutenue par les services de lEtat, les représentants du gouvernement central et les grands groupes industriels du pays, tandis que la première reflète plutôt le souhait des acteurs économiques lyonnais (organismes patronaux locaux). Le parti daménagement et la stratégie dorganisation spatiale de la croissance retenus apparaissent ainsi comme le fruit dun compromis entre les volontés de lEtat central, qui considère lensemble lyonnais comme un lieu privilégié de développement de la grande industrie et des fonctions tertiaires de niveau national et international, selon une logique nationale daménagement du territoire et de croissance économique, et les préférences des forces économiques locales, qui sorientent plus vers lexpansion des activités industrielles existantes au sein de lagglomération et la modernisation dun appareil tertiaire local à rayonnement régional.
Le SDAM propose ainsi de faire de la métropole lyonnaise un territoire capable de concurrencer Paris sur le plan de lattractivité économique, industrielle ou tertiaire, en lui conférant ou en encourageant le développement de certains attributs propres aux grandes métropoles : « vie intellectuelle intense et pôle de recherche, point de convergence des informations économiques, présence dun tissu industriel diversifié et dune gamme étendue de services » (OREAM, 1971). La dimension européenne fonde également les ambitions proposées pour Lyon, sur la base des exemples fournis par les autres métropoles économiques européennes non capitales. Le contenu économique du SDAM reflète donc lintégration des référentiels, enjeux et intérêts portés par les grands groupes industriels ou tertiaires nationaux et internationaux dans les documents de planification territoriale.
Toutefois, le SDAM ne remet pas en question la très forte concentration parisienne en matière de services rares aux entreprises en France. Il prend seulement acte de cette fatalité et préconise la mise à disposition par lagglomération lyonnaise de services de qualité métropolitaine pour la région, susceptibles de créer de nouveaux besoins et une utilisation croissante des services lyonnais, et aptes à freiner le recours systématique des entreprises à Paris. Il mentionne notamment le domaine de la recherche et de la formation supérieure, qui peut bénéficier de la proximité du milieu industriel solide et organisé de longue date, des universités et des possibilités de liaisons rapides avec lextérieur quoffrent Lyon, ainsi que le domaine encore mal connu à lépoque du traitement de linformation et de la « télé-informatique ». Les autres activités tertiaires de niveau supérieur, comme les conseils en gestion, les conseils juridiques et fiscaux, les agences de publicité, les services de documentation et dinformation, lexpertise en matière de droit international, les cabinets spécialisés dans les études de marché, les bureaux de design industriel
essentiellement concentrées dans la région parisienne, sont censés accompagner le développement et la décentralisation de centres de décision économiques dans la métropole lyonnaise.
La puissance publique est censée intervenir activement pour orienter la politique des entreprises en matière dimplantation, en encourageant la décentralisation économique et décisionnelle depuis la capitale et la modernisation des structures productives dans lagglomération. Le recours possible à des aides directes à la décentralisation industrielle pour provoquer ou accélérer ce développement nest jugé opérant que dans les zones qui connaissent déjà un certain succès économique et une bonne vitalité des entreprises locales, cest-à-dire les centres urbains qui constituent la métropole. Linstallation de nouvelles entreprises, décentralisées ou non depuis Paris, est ainsi réservée aux pôles économiques existants, en premier lieu lagglomération lyonnaise.
Le document rappelle cependant la responsabilité première qui incombe aux chefs dentreprises dans le domaine de ladaptation de leurs établissements à la mutation générale de léconomie, ainsi quen matière dinnovation, de reconversion et dorganisation spatiale (modification des structures de production et de commercialisation, recours à des services rares, création dorganismes de recherche, nouvelles techniques de gestion
). Le SDAM est à limage du Plan au niveau national, un document essentiellement incitatif et non contraignant.
Les agents économiques privés sont ainsi considérés comme les principaux maîtres de la décision de créer de nouveaux établissements dans la métropole lyonnaise ou de décentraliser leurs activités de production, voire leur centre de décision, depuis Paris. Le rôle des pouvoirs publics se limite à favoriser lattractivité du territoire local par le biais de la réalisation de grands aménagements structurants et déquipements, mais aussi à accorder des aides à limplantation ou au développement des entreprises, qui sont autant de mesures dincitation à la décentralisation industrielle.
La Région Urbaine de Lyon : matérialisation territoriale du projet économique de lEtat
La démarche de planification mise en uvre par lOREAM sinspire de la problématique spatiale et économique développée pour lagglomération lyonnaise dans les documents précédents, mais elle déplace la réflexion territoriale vers le niveau régional, dans un souci de promotion dun ensemble métropolitain intégré régionalement. Cette idée est issue de la doctrine de la DATAR (Lavigne, Dost, 1988), qui mise sur le développement des métropoles déquilibre à partir de 1965. Le périmètre de planification du SDAM est ainsi étendu à la région stéphanoise en 1964 puis à lagglomération grenobloise en 1969.
Cette juxtaposition pour le moins arbitraire des trois régions urbaines principales de la région Rhône-Alpes au sein dune même ensemble métropolitain manifeste le caractère technocratique et artificiel de la constitution des métropoles déquilibre par les services étatiques, censées contrebalancer lhégémonie économique et urbaine de la région parisienne. Les analyses de prospective statistique réalisées à cette époque annoncent en effet une telle croissance des villes quelles doivent finir par ne former plus quun seul et même ensemble métropolitain tripolaire. Pourtant, si la réalité du fonctionnement des trois entités urbaines révèle une certaine intégration fonctionnelle et économique pour les agglomérations de Lyon et de Saint-Etienne, les relations que celles-ci entretiennent avec lagglomération grenobloise sont relativement distendues (SEDES, 1964a et b).
Dans le SDAM, le périmètre lyonnais dépasse largement léchelle de la seule agglomération lyonnaise. Il correspond à la Région Urbaine de Lyon (RUL), nouvelle entité spatio-fonctionnelle imaginée par les services centraux pour représenter laire de développement et daménagement du territoire de la métropole lyonnaise. Sa définition relève dune finalité opérationnelle explicitement économique. La RUL doit en effet concrétiser le déplacement de lexercice du pouvoir et de lexpertise en matière de développement économique du niveau local vers le niveau régional et métropolitain, sous le contrôle direct de la technocratie étatique via lOREAM (Poche, Rousier, 1981), au moment où lEtat enclenche une nouvelle dynamique politique et institutionnelle à léchelle de lagglomération lyonnaise (voir infra, Section 2).
La RUL englobe une partie de lAin (Dombes, Ambérieu), de lIsère (Plaine de lEst lyonnais) et la majeure partie du Rhône, avec les coteaux Est des Monts du lyonnais et le couloir séquano-rhodanien depuis Villefranche au Nord jusquà Vienne au Sud. Le développement économique métropolitain de Lyon, en liaison avec la politique nationale daménagement du territoire, relève ainsi de la dimension régionale. Il est directement contrôlé par les services de lEtat et appliqué sur des complexes industriels éloignés de Lyon (voir infra). Les autorités centrales dépossèdent en grande partie les acteurs politiques et économiques locaux du volet décisionnel de la conduite de laménagement à vocation économique dans la région lyonnaise, en imposant une nouvelle échelle territoriale de référence et en limitant leur capacité dinfluence sur la définition des orientations territoriales du développement économique de la métropole.
Non seulement les nouvelles implantations industrielles projetées par la DATAR et lOREAM sont en quelque sorte soustraites à la proximité et à linfluence de la ville centre, mais elles introduisent une logique régionale qui dépasse largement le cadre territorial de lagglomération. Ce choix quelque peu technocratique est cependant légitimé indirectement par les travaux dexpertise menés par le patronat lyonnais dans les années 1950 (Comité dexpansion, 1955) (voir infra, Section 2), qui mettent en évidence lexistence fonctionnelle de la RUL (Labasse, Laferrère, 1966). Cette démarche de connaissance systématique de la région lyonnaise avait débouché sur des conférences dinformation entre Lyon et les pôles urbains secondaires de sa périphérie (Villefranche-sur-Saône, Bourgoin, Tarare, Vienne) dans les années 1950, traduisant clairement la volonté des responsables économiques lyonnais douvrir la problématique du développement économique local à une approche territoriale plus vaste, supposée être en meilleure adéquation avec les enjeux économiques et spatiaux du moment.
Le développement économique de la métropole lyonnaise est ainsi conçu par lEtat, non pas en référence à léchelle de lagglomération urbaine stricto sensu, comme cest notamment le cas pour les zones industrielles « classiques » réalisées à cette époque par les autorités locales (voir infra), mais en référence à léchelle métropolitaine et régionale, voire à léchelle nationale dans les orientations et les choix de contenu arrêtés pour les complexes régionaux : industries lourdes, basiques et « industrialisantes » comme la sidérurgie ou la pétrochimie, censées avoir des effets dentraînement sur lensemble du pays (voir infra). Les activités motrices pour la métropole lyonnaise, créatrices de valeur ajoutée et deffets dentraînement sur les autres activités sont en effet exclusivement industrielles : mécanique, construction électrique et électronique, pétrochimie et industries aval, en particulier les industries de textiles synthétiques.
LEtat entend donc relayer la politique des grandes agglomérations centrée sur une stratégie de freinage et de desserrement industriels - la politique des métropoles déquilibre mise surtout sur la tertiarisation des économies locales et lexurbanisation des activités industrielles (Boino, 1999) en recourrant à un outil territorial dont les limites ont été définies dans un autre contexte. La RUL est ainsi un moyen commode pour court-circuiter les échelons territoriaux existants jugés inadaptés au problème de la gestion spatiale de la croissance économique (communes, département), par linvention dune nouvelle territorialité économique et symbolique. La création de la COURLY contribue cependant à faire émerger simultanément lidée dune métropole lyonnaise limitée à la proximité immédiate de la Ville de Lyon, correspondant au territoire politique de lagglomération urbaine. Ces deux échelles de conception de la métropole lyonnaise saffrontent et se complètent dans la définition des orientations économiques et spatiales du SDAM.
Lintervention de lEtat est donc déterminante en matière de politique économique pour lensemble lyonnais, bien quelle soit essentiellement de nature indirecte. Elle sexprime par la gestion permanente de la représentation territoriale que ses services assurent, par le biais de la conduite de la politique daménagement et de planification spatiale. La construction symbolique de la RUL et son imposition dans le système de représentations sociales du territoire économique local révèlent la volonté du gouvernement français et de la technostructure étatique de définir une nouvel espace de coordination, voire dintervention, différent des échelles de planification spatiale existantes, mais qui permette de développer ses ambitions économiques pour le territoire régional considéré.
3- Laménagement économique de la métropole au service des grands groupes industriels et tertiaires
Globalement, le SDAM prévoit une séparation spatiale assez nette entre les activités industrielles et tertiaires, selon une typologie des zones daccueil définie en fonction de la nature des espaces de localisation quelles recherchent, et selon un principe général de hiérarchisation fonctionnelle des activités du centre à la périphérie. Cependant, les secteurs secondaire et tertiaire sont également considérés de manière conjointe dans largumentaire du SDAM, en raison de la difficulté croissante de distinguer clairement les deux secteurs. Les concepteurs du schéma pointent en effet la proximité spatiale et linterpénétration fonctionnelle et économique des activités de production, de gestion, de recherche, de services et de commerce, pour privilégier en conséquence un zonage spatial des activités économiques sous la forme générique de zones dactivités et non de zones industrielles stricto sensu, sauf pour les activités productives lourdes et potentiellement nuisantes relevant de la grande industrie.
Les zones dactivités sont destinées à accueillir des activités de production, mais également des activités complémentaires non productives, relevant de la sphère des services ou de la logistique. La vocation de la métropole mêlant étroitement les deux ambitions industrielle et tertiaire, le SDAM recommande donc la combinaison des deux stratégies : laménagement et le renforcement de lagglomération existante pour développer les services tertiaires supérieurs, en même temps que lorganisation de centres urbains satellites, principalement industriels, qui doivent favoriser la croissance de la production nationale et régionale, jugée nécessaire par lEtat central. Lidée dune agglomération centrale uniquement vouée aux activités tertiaires supérieures est écartée, tandis quest réaffirmé le rôle de pôle principal de la métropole tricéphale Lyon Grenoble Saint Etienne que doit assurer lagglomération lyonnaise.
Répartition fonctionnelle et hiérarchisée des activités économiques sur le territoire
Le SDAM pointe la nécessité pour la puissance publique dagir sur les conditions du développement et sur lenvironnement territorial des entreprises, en préparant des structures daccueil « une politique réaliste des zones industrielles » (OREAM, 1971, p.210) pour recevoir les transferts ou les créations dentreprises dans la métropole. Il préconise laménagement dune offre diversifiée de surfaces dactivités, qui puisse faciliter et améliorer linscription territoriale de lexpansion économique locale. Une batterie daides financières, conditionnées par linscription territoriale des entreprises, accompagne la politique daménagement étatique et la réalisation des zones industrielles. Elles permettent de confirmer le choix technocratique de lorientation tertiaire et des industries légères pour lagglomération lyonnaise, et le principe de lexurbanisation des activités industrielles jugées stratégiques (pétrochimie, sidérurgie) à léchelle de la RUL, cest-à-dire en dehors de lagglomération lyonnaise, imposés par les services centraux de lEtat.
Le cur de lagglomération lyonnaise (Lyon et Villeurbanne) est destiné à accueillir le centre directionnel de la métropole, cest-à-dire les activités économiques tertiaires à vocation métropolitaine et à forte valeur ajoutée : les principales administrations départementales et régionales, les centres de décision de la vie économique (notamment les sièges sociaux dentreprises) et certaines catégories de services supérieurs pour les entreprises et les particuliers. Le concept de centre directionnel métropolitain est issu des études darmature et de développement urbain conduites par les services centraux de lEtat (DAFU du ministère de lEquipement et GCPU) au milieu des années 1960. Il est importé à Lyon depuis Paris par la technocratie étatique.
Il se greffe sur le projet de restructuration du centre de Lyon prévu par le PADOG, en redéfinissant complètement le contenu et lorientation fonctionnelle du programme de rénovation urbaine de la Part-Dieu, élaboré par les services de lurbanisme municipaux. Ce dispositif saccompagne du changement daffectation de nombreux immeubles anciens de logements transformés en bureaux dans le centre traditionnel de la Presquîle, ainsi que dans les quartiers de la rive gauche du Rhône, voisins de la Part-Dieu (Brotteaux, Guillotière). Le périmètre central de lagglomération lyonnaise est ainsi appelé à devenir le pôle économique tertiaire dominant de la métropole tripolaire, et la Part Dieu le nouveau quartier daffaires et centre directionnel de Lyon (voir infra).
La proche périphérie lyonnaise et certains quartiers péricentraux de Lyon et de Villeurbanne sont voués à laccueil des autres activités économiques considérées comme centrales : les services courants aux particuliers ou aux entreprises et les activités de production industrielle peu nuisantes (textile, habillement, montage), qui ne nécessitent pas obligatoirement une localisation dans le centre de la ville. Outre la plupart des petits établissements industriels, sont ainsi visés les centres de recherche, certains établissements universitaires, une grande partie des établissements tertiaires de traitement de linformation ou de gestion (les « usines à papier »), et tous les services administratifs et financiers qui nont pas besoin de contacts fréquents avec le public, sans oublier les équipements collectifs régionaux comme le nouveau palais de la Foire, la gare routière, le commerce de gros et les grandes surfaces commerciales.
Laccueil de ces activités industrielles et tertiaires, dont beaucoup se desserrent depuis le centre de la ville, est prévu dans des zones dactivités nouvellement créées ou modernisées dans lEst de lagglomération, bien desservies par les infrastructures de transport, notamment à Bron et à proximité du nouvel aéroport de Satolas. De manière plus générale, les activités économiques « banales », en grande partie induites par les besoins de la population (commerces, services aux particuliers, artisanat, petites unités de production industrielle
) sont localisées dans le tissu urbain, un peu partout dans lagglomération : le SDAM ne précise pas leur localisation exacte, qui est laissée à lappréciation des futurs SDAU et POS prévus par la LOF de 1967 et des plans de détail à léchelle des quartiers.
Les activités industrielles classiques recherchent majoritairement des surfaces de 1 à 10 ha, la proximité des autres entreprises et des lieux dhabitation des ouvriers. Leur localisation est donc prévue à proximité immédiate de la zone centrale de lagglomération lyonnaise et de manière regroupée au sein de zones industrielles équipées, afin de limiter les effets de nuisance dans lespace en les isolant par rapport aux zones dhabitation, et de faciliter la mise en place de services et déquipements communs. Les nouvelles zones industrielles de taille moyenne (100 à 200 ha), qui sont aménagées dans les communes de banlieue lyonnaise par les acteurs locaux, leur sont donc logiquement destinées : Neuville - Genay au Nord, Saint-Genis-Laval au Sud-ouest, Saint-Priest et Vénissieux-Corbas au Sud-est
(voir infra, Section 2).
Enfin, les secteurs périphériques, situés en dehors du périmètre de lagglomération lyonnaise, doivent accueillir la majeure partie des nouvelles activités industrielles lourdes et nuisantes (pétrochimie, sidérurgie), qui nécessitent de vastes surfaces dimplantation. Les espaces qui leur sont destinés sont greffés à proximité dune des centres urbains secondaires de laire métropolitaine comme Vienne, Villefranche-sur-Saône et Péage-de-Roussillon, mais également en rase campagne, à proximité des futures villes nouvelles projetées pour canaliser et limiter lextension démographique et spatiale des villes principales. Il sagit de la Plaine de lAin autour de Méximieux et Ambérieu au Nord-est de Lyon (zone industrielle de Saint-Vulbas Loyettes) et de lIsle dAbeau dans la plaine du Dauphiné, à lEst. Leurs importantes réserves foncières sont destinées aux activités industrielles qui se desserrent depuis les agglomérations urbaines de la région ou qui sont décentralisées depuis Paris (voir infra).
Les orientations spatiales du SDAM consacrent donc le projet des services de lEtat de sortir la grande industrie du périmètre de lagglomération lyonnaise. Les activités productives lourdes, considérées comme motrices et porteuses de développement économique pour le territoire par la politique nationale dexpansion économique et daménagement du territoire, sont mises à lécart du giron industriel lyonnais, pourtant propice à leur installation et à leur développement. La base économique lyonnaise repose pourtant en grande partie sur lexistence dun puissant secteur chimique, mais le développement de ce complexe est projeté au-delà des limites de lagglomération à partir de pôles de croissance régionaux. En revanche, lagglomération lyonnaise polarise les activités tertiaires, conformément à lorientation définie par la politique des métropoles déquilibre.
Un outil spatial et conceptuel à la mesure des objectifs industriels
Les pouvoirs publics centraux envisagent laménagement de zones industrielles dun nouveau type dans la métropole lyonnaise au travers du SDAM de lOREAM. Elles sont localisées en dehors de lagglomération lyonnaise et présentent des caractéristiques spatiales et conceptuelles très spécifiques. Léchelle territoriale de référence, calée sur le nouveau périmètre de la RUL, est beaucoup plus large que celle de lagglomération lyonnaise stricto sensu. Leur conception fonctionnelle est également assez éloignée des canons classiques utilisés pour laménagement des surfaces dactivités. Les complexes industriels régionaux répondent à la double volonté des services de lEtat dexurbaniser le développement de la grande industrie au nom de la modernisation et de la concentration économique du pays, et dadapter le potentiel productif lyonnais aux besoins et intérêts des grands groupes industriels nationaux, notamment chimiques et pétrochimiques.
Le concept de complexe industriel régional occulte partiellement lexistence des zones industrielles plus traditionnelles aménagées alors dans lagglomération lyonnaise (voir infra, Section 2), en déplaçant la focale scalaire du développement économique de la métropole au niveau régional. Cest un outil spatial à la mesure des ambitions de développement économique des services de lEtat et des représentant des grands groupes industriels, rassemblés au sein du bureau détudes et de promotion industrielle GCR Industrie (GCR Industrie, 1972a).
Limplantation géographique des complexes est décidée en référence au territoire métropolitain en expansion, et à lexistence dune vaste région économique fonctionnellement intégrée couvrant le grand quart Sud-est du pays. Ils couvrent plusieurs milliers dhectares et sont localisés à une cinquantaine de kilomètres du centre de Lyon. Ils sont dotés déquipements collectifs inducteurs, représentant une masse suffisante pour entraîner le développement important de la sous-traitance et du secteur tertiaire, et de façon générale pour induire de nouvelles implantations industrielles à léchelle de la métropole.
La stratégie de développement repose sur la polarisation de léconomie régionale autour de plusieurs ensembles localisés, permettant lirrigation des activités industrielles diffuses dans lespace. Elle vise à assurer lanimation économique coordonnée de lensemble de la région considérée, en sappuyant sur la théorie des pôles de croissance élaborée par F. Perroux (1955), qui est également mise en application à Fos-sur-Mer et à Dunkerque à la même époque (Linossier, 2003 ; Castells, 1974 ; Paillard, 1981).
Lorganisation spatiale de chaque complexe tient compte de la vocation productive, du niveau dindustrialisation et des problèmes socio-économiques de la région. Elle est surtout directement adaptée aux besoins techniques et humains des entreprises, et prend en considération la gestion des nuisances comme la réalisation des infrastructures nécessaires aux activités. Le changement déchelle est motivé par le caractère spatialement restreint du processus de desserrement des activités industrielles dans lagglomération lyonnaise, tant en termes de surfaces équipées et de nombre demplois créés quen termes déloignement des nouvelles implantations par rapport au centre (OREAM, 1972).
Ce niveau dapproche correspond à celui des entreprises intégrées dans le processus de concentration industrielle et de développement des grands groupes français et internationaux, dont certains ont des intérêts stratégiques et historiques et stratégiques dans la région lyonnaise. La politique nationale daménagement du territoire utilise ainsi les complexes régionaux pour faciliter le redéploiement des activités productives souhaité par le Plan et les partenaires économiques au niveau national : « Ces nouveaux complexes se voient jouer un rôle de restructuration de lespace économique national et régional » (GCR Industrie, 1972b). Leur conception et leur mise en place sappuient sur des études de marché et daménagement réalisées par lOREAM (1972) ou les bureaux dexpertise du réseau CDC auprès des grands groupes industriels régionaux et internationaux susceptibles de sintéresser à la région (pétrochimie, chimie, métallurgie lourde et sidérurgie, construction électrique, papeterie).
Ils répondent ainsi à la volonté dadapter les ressources géographiques et économiques du territoire aux besoins du grand capital industriel local et extra local, en instrumentalisant la politique daménagement du territoire au service du développement économique (Lojkine, 1974). Les objectifs de la politique économique nationale (concentration industrielle et financière, constitution de grands groupes, compétitivité internationale) trouvent une déclinaison pratique et pragmatique dans laménagement des complexes industriels régionaux. Il sagit de prévoir et déquiper les vastes surfaces nécessaires à lexpansion des activités des grands groupes, au plus près du pôle urbain lyonnais, sans toutefois pâtir de la contrainte liée au tissu industriel existant dans lagglomération.
Lopération Part Dieu, instrument de la décentralisation tertiaire souhaitée par lEtat
La politique des métropoles déquilibre lancée par la DATAR à partir de 1965-1967 est fondée sur le constat dun profond déséquilibre économique et urbain entre la capitale du pays dun côté, qui concentre pratiquement sans partage les pouvoirs politique, économique et culturel à léchelle nationale, et lensemble mal déterminé de la province de lautre, où les principales grandes villes peinent à dépasser lhorizon départemental en matière de commandement économique. En 1962, Lyon ne rassemble ainsi quà peine 3 % du chiffre daffaires total des entreprises françaises, contre 82.5 % pour Paris (Bonnet, 1975).
En matière de pouvoirs de décision, léconomie lyonnaise est fortement dépendante de Paris au milieu des années 1960 (SEDES, 1964c). Cette dépendance sexplique par la concentration de sièges sociaux dentreprises lyonnaises dans la capitale, et par les nombreux séjours parisiens que sont contraints deffectuer les chefs dentreprises lyonnais pour satisfaire certains besoins liés à leurs affaires. Les raisons internes à lorganisation des entreprises sont le motif principal des déplacements, mais les lacunes de la métropole lyonnaise en matière déquipements (hôtellerie, lieux de congrès, infrastructures de transport, grandes écoles, lieux culturels), de services rares et dorganisation locale dans les domaines administratif, financier, professionnel et commercial renforcent cette situation de recours quasiment systématique aux services spécialisés parisiens. Ces derniers sont en outre les plus difficilement transférables en province, précisément en raison de leur caractère très centralisé et fortement métropolitain. Toutefois, Lyon joue déjà un rôle de relais régional des services de la capitale, indispensable pour les entreprises implantées dans les villes voisines de Grenoble et surtout de Saint Etienne.
Laccès aux marchés financiers et les relations avec létranger obligent aussi les sociétés lyonnaises de taille internationale comme Rhône-Poulenc ou Péchiney à installer leur siège social dans la capitale, pour bénéficier de la proximité des services compétents. Labsorption des entreprises lyonnaises dynamiques par de grandes sociétés denvergure internationale se traduit en outre le plus souvent pour les établissements locaux par une perte dindépendance et un rattachement forcé à Paris (Berliet avec le rachat par Citroën puis Renault notamment).
La centralisation parisienne des organismes financiers et leffacement progressif de la Bourse de Lyon au profit de celle de Paris contribuent également fortement à la fuite des grandes sociétés lyonnaises. En 1961 en effet, des décrets gouvernementaux établissent la règle de lunicité des cotations, confinant le rôle de la place lyonnaise au marché régional et limitant fortement le nombre et le pouvoir daction des agents de change au niveau local. Le passé financier et bancaire prestigieux de Lyon, bâti autour de banques régionales réputées (Crédit Lyonnais, Banque Morin Pons, Société lyonnaise de dépôts et de crédit industriel groupe CIC
) sestompe ainsi à mesure que les sièges sociaux et les services financiers migrent vers la capitale. En 1975, le nombre de sociétés lyonnaises importantes ayant transféré leur direction dans la région parisienne depuis 1946 est estimé à 174 (Bonnet, 1975).
Cependant, certaines entreprises lyonnaises conservent une relative autonomie de direction et de gestion malgré leur rachat par de grandes firmes, comme Calor au sein de SEB, lInstitut Mérieux dans le groupe Rhône-Poulenc ou la Chimique de Gerland détenue pour un quart par la société BP. De la même façon, quelques sociétés parisiennes ont quand même opté pour une implantation de leur siège social à Lyon, le plus souvent en raison de leurs attaches historiques dans la région ou de lattrait constitué par les spécialités productives locales. Ainsi, Péchiney-Progil (Pepro) rapatrie à Lyon ses services commerciaux et financiers en 1958, puis son siège social en 1966 (Vaise) ; Les Ciments Lafarge sinstallent à Caluire ; les laboratoires pharmaceutiques Duphar décentralisent leurs services centraux à Lyon pour profiter de la présence du complexe hospitalo-universitaire local, etc. (Bonnet, 1975).
Globalement, léconomie lyonnaise est donc très dépendante des fonctions de commandement implantées à Paris. Lobjectif de la politique nationale de la DATAR est précisément de remédier à cet état de fait, en dotant les grandes villes françaises comme Lyon de certains des attributs métropolitains, notamment dans le domaine des grands équipements et des services supérieurs (universités, centre décisionnel, services bancaires et financiers
), afin de limiter leur dépendance décisionnelle et économique à Paris. Il sagit de remédier au profond déséquilibre économique du territoire national, et de contrebalancer la perte du pouvoir directionnel au niveau local. Les moyens daction annoncés sont à la mesure de lenjeu : décentralisation des fonctions décisionnelles et financières, publiques et privées, depuis Paris et développement dans les métropoles secondaires du pays de centres directionnels pour accueillir ces nouvelles activités supérieures.
Il sagit également de favoriser le développement des services aux entreprises de niveau supérieur et des attributs métropolitains réclamés par les chefs dentreprises à Lyon (équipement hôtelier de standing international, services à la clientèle daffaires), afin déviter le recours quasiment systématique à la capitale pour les industriels et autres entrepreneurs de la région. « Lenjeu est de taille, car si Lyon ne parvient pas à sarracher à lattraction de Paris, aucune ville en France ny parviendra. Et il faut faire vite : si le courant nest pas renversé avant la fin du 6ème Plan, les réseaux informatiques auront suivi le chemin des mauvaises habitudes. Concentrés sur la capitale, ils gèleront la centralisation et peut-être sans espoir de retour » (Nizery, 1971).
La politique des métropoles déquilibre se double donc dun nouvel impératif de décentralisation tertiaire depuis Paris au début des années 1970. Sa mise en uvre dans lagglomération lyonnaise sappuie sur le dispositif incitatif des PLAT (voir supra), ainsi que sur la réalisation dun nouveau quartier daffaires de dimension métropolitaine dans le centre de Lyon, susceptible daccueillir les fonctions et les infrastructures nécessaires au rôle de centre de la métropole régionale dévolu à Lyon par le SDAM. Le centre directionnel de la Part Dieu constitue la réponse opérationnelle de la technocratie étatique, sorte de contrepoids pragmatique, matériel et concret à lextrême centralisation des services supérieurs et des sièges sociaux français à Paris. Face au manque de fonctions de commandement économique dans la seconde métropole française, les pouvoirs publics décident la réalisation dun nouveau quartier dédié aux affaires économiques, dans le but dinitier une dynamique nouvelle de développement tertiaire.
Le concept de centre directionnel ou centre de décision est importé depuis Paris par les services de lEtat (DATAR, OREAM) et le réseau de la CDC (SCET). Il représente le principal outil daménagement du territoire utilisé pour la mise en uvre de la politique de décentralisation tertiaire dans la métropole lyonnaise, au service de la réalisation des objectifs du Plan et de la politique économique menée par lEtat en étroite collaboration avec les grands groupes. Comme pour les complexes industriels régionaux, le projet sappuie sur la théorie des pôles de développement et de leur capacité à permettre la diffusion des dynamiques de croissance sur le territoire : « Ce nest pas seulement le point de regroupement des hommes qui prennent les décisions dans les entreprises, mais cest aussi et surtout le lieu susceptible de favoriser les échanges qui facilitent ces décisions. Un centre de décision joue vis à vis de son environnement un rôle similaire à celui des métropoles déquilibre dans le contexte national. Il constitue un pôle de croissance, danimation et de services, en même temps quil offre à la décision une gamme dauxiliaires nécessaire à sa mise en application : accès, moyens de communication, zones de rencontre, capacité daccueil » (SERL, 1971a). Il se greffe sur le projet de restructuration urbaine imaginé par les responsables lyonnais dès 1960 (Delfante, 1965 ; Delfante, Meyer, 1964), en en modifiant radicalement le contenu initial pour coller à limpératif tertiaire.
Cette conception nouvelle des quartiers daffaires sappuie sur la volonté de développer dans les grandes villes les fonctions et les infrastructures nécessaires au rôle de centre principal des métropoles déquilibre. Le parti architectural et urbanistique, résolument moderne et fonctionnaliste, sinspire du modèle anglo-saxon des Central Business Districts et des expériences dautres villes françaises ou étrangères en la matière (Paris La Défense et Maine-Montparnasse, Stockholm, Francfort, Milan
). Le parti daménagement et les choix fonctionnels définitifs de la Part Dieu sont arrêtés en 1968. Ils sappuient sur les conclusions de lenquête du SEDES (1964), prônant le renforcement de limage de centre directionnel et du rôle commercial de « vitrine » de léconomie lyonnaise de lopération vis-à-vis des entreprises régionales, nationales et internationales, et sur les travaux darmature urbaine et déquipement commandés par le GCPU aux services ministériels (Ministère de lEquipement et du Logement, 1968).
Les concepteurs du programme privilégient laccueil des services rares et des fonctions économiques ayant un rayonnement géographique très large, dépassant de loin léchelle de lagglomération : fonctions intellectuelles et administratives supérieures (conseils spécialisés, expertises financière, juridique ou comptable, conception technique, publicité, ingénierie, services publics
), fonctions de direction et de commandement économiques (sièges sociaux, direction générales), fonctions culturelles de prestige, etc. Lenjeu est ainsi de renforcer le potentiel de fonctions tertiaires et directionnelles supérieures de Lyon, mais également de limiter le départ des sièges sociaux lyonnais vers Paris, en remédiant à linadaptation du marché immobilier de bureaux lyonnais et aux carences de lagglomération en matière de services rares pour les entreprises.
Le nouveau centre tertiaire est dominé par les fonctions économiques et directionnelles supérieures, mais il inclut aussi les « coups partis » issus du premier programme défini par les acteurs locaux. Il comporte au total 200 000 m² de bureaux privés, 225 000 m² de bureaux publics et un centre commercial régional de plus de 100 000 m². Lopération de rénovation urbaine saccompagne dun important volet de réalisation dinfrastructures de transport, destiné à améliorer laccessibilité et la desserte du quartier (voies expresses, métro, nouvelle gare ferroviaire centrale et régionale). Elle permet détendre sur la rive gauche du Rhône et de moderniser le centre historique et économique de Lyon, bloqué sur la Presquîle, en impulsant le développement dun véritable marché immobilier de bureaux.
Conclusion de chapitre
La déclinaison de la politique économique de lEtat dans lagglomération lyonnaise consiste donc principalement en des dispositions relatives à laménagement de lespace, à lurbanisme et à la planification territoriale, qui ninterviennent que de façon indirecte et marginale dans la régulation économique densemble, malgré leur très forte dimension normative et le profond renouvellement des concepts territoriaux et opérationnels quelles occasionnent. Quelques mesures financières, incitatives ou contraignantes, accompagnent la logique dintervention publique en faveur du développement économique au niveau local, mais elles nont quun impact effectif très limité sur les processus de localisation des activités industrielles ou tertiaires à léchelle nationale.
Les leviers financiers, comme les possibilités dintervention directe de la puissance publique sur le fonctionnement de léconomie et les dynamiques de croissance nexistent ainsi véritablement quau niveau étatique central. La politique économique conduite au niveau local se borne essentiellement à la production de surfaces daccueil pour les activités industrielles ou tertiaires, ainsi quà la réalisation de grands équipements collectifs structurants à vocation économique. Ce type daction correspond à la production dexternalités de substrat pour les entreprises (Cauquil, 2000), cest-à-dire au niveau le plus basique de lintervention publique dans le champ de léconomie (voir supra, 1ère Partie, Section 3).
En outre, la planification territoriale déployée à travers le SDAM de lOREAM apporte seulement un encadrement, certes normatif pour le développement économique de la métropole lyonnaise, notamment vis-à-vis des projets spatiaux élaborés par les acteurs locaux, mais qui reste globalement limité à une dimension incitative vis-à-vis du comportement des entreprises sur le territoire. Le territoire nest envisagé par la politique économique et daménagement de lEtat que comme un simple support du développement par la technocratie étatique, il nest pas utilisé comme un moyen mobilisable pour assurer ou faciliter lexpansion économique, ni comme une ressource et un outil à part entière de la régulation économique.
Les acteurs principaux de la mise en uvre de la politique économique à Lyon, par le biais de laménagement du territoire, sont essentiellement extérieurs à lagglomération lyonnaise et à sa région. Limportation de nouveaux concepts territoriaux et opérationnels au niveau local par les services de lEtat est particulièrement visible à travers la définition spatiale de laire métropolitaine à léchelle de la RUL, ainsi quà travers le développement des complexes industriels régionaux et du centre directionnel de la Part Dieu. Ces projets servent de vecteur pour la diffusion de la pensée aménagiste et planificatrice propre à la technocratie étatique, qui déploie son système dexpertise au service de la vision du développement économique portée par lEtat au niveau local.
Cette conception de la gestion de la croissance sur le territoire savère être en grande partie calée sur les besoins et les intérêts des grandes firmes nationales et internationales. Il sagit ainsi pour les services de lEtat, grâce à la centralisation des capacités dexpertise et de production de laménagement spatial de la métropole lyonnaise, de contrôler directement les logiques de développement économique au niveau local, en sassurant notamment la maîtrise des documents de planification territoriale et des grandes opérations daménagement, afin de les rendre conformes aux attentes des grands groupes industriels ou financiers du pays.
Conclusion de section
La mise en application de la politique économique de lEtat français dans la métropole lyonnaise repose donc sur la toute puissance des services de lEtat. Elle vise à réaliser les conditions de développement optimales pour les grandes firmes nationales en cours de constitution sur le territoire local, grâce à limposition de nouveaux concepts spatiaux et doutils opérationnels véhiculés par les services de lEtat. La puissance publique sappuie sur le système de léconomie dirigée et de la concertation des forces vives du pays au niveau national pour se saisir de la promotion et du développement des intérêts économiques à léchelle de lagglomération lyonnaise, au nom de lintérêt général.
Si lintervention directe en faveur de la croissance et de la modernisation des structures productives est essentiellement conduite au niveau central par le biais de mesures financières incitatives, de dispositions réglementaires contraignantes et de grands programmes de soutien à linnovation technologique et à la concentration économique, les actions daccompagnement et dencadrement spatial du développement, de nature indirecte, comportent un volet essentiellement territorialisé. La planification spatiale, laménagement et lurbanisme sont en effet convoqués pour assurer la mise en uvre des objectifs de la politique économique au niveau local. Ils sappuient sur un vaste dispositif conceptuel, institutionnel, juridique et organisationnel qui confère un rôle central et dominant aux services de lEtat dans la conduite de cette régulation économique indirecte par le biais de lespace.
Dans ce contexte marqué par le dirigisme et le centralisme de la régulation économique publique, le système dacteurs local de lagglomération lyonnaise se trouve ainsi en situation de soumission au leadership de la puissance publique étatique. Lenjeu de la compétitivité économique du territoire et des firmes, comme lintérêt des entreprises sont exclusivement portés par le niveau central, en référence à léchelle du pays. Le territoire local ne constitue quun support pour la politique économique nationale et pour le redéploiement des structures productives et tertiaires, il nest quun simple maillon de la chaîne de croissance.
Cependant, Lyon est une ville « berceau » du capitalisme libéral moderne. Ses responsables économiques et politiques nont donc pas attendu lémergence de lEtat dans les affaires économiques au sortir de la seconde guerre mondiale pour prendre en main leur destinée et le développement économique du territoire local. Malgré lorganisation de leur propre système de représentation des intérêts des entreprises et la participation de manière active à la régulation territoriale, grâce à la production dune expertise solide sur les problèmes économiques et à la réalisation de grands équipements collectifs et daménagements de lespace à vocation économique, ils se trouvent comme les pouvoirs publics municipaux dans une position de soumission aux logiques dintervention de lEtat.
Section 2 : LA PLACE DU SYSTEME DACTEURS LYONNAIS DANS LA CONDUITE DE LA POLITIQUE ECONOMIQUE
Les enjeux politiques implicites des autorités centrales pour lagglomération lyonnaise sont la maîtrise des choix locaux en matière daménagement du territoire et lassurance de la bonne direction des affaires économiques locales, cest-à-dire conformément aux orientations définies par le gouvernement et les principaux groupes industriels du pays. Pour mener à bien lambitieux dessein de laménagement du territoire au service du développement économique, les autorités centrales et les grandes entreprises ont besoin de la participation active des communes (et des départements dans une moindre mesure, ceux-ci étant plus tournés vers les intérêts ruraux et laction sociale), afin quelles assurent la prise en charge financière et opérationnelle des efforts de relocalisation des activités économiques du centre vers la périphérie (création de ZI, infrastructures et équipements), de modernisation et de réalisation des infrastructures et équipements collectifs nécessaires dans lagglomération.
Ils ont également besoin de la soumission, acceptée ou forcée, des entreprises et du patronat lyonnais aux objectifs et principes de la politique économique nationale, afin de ne pas compromettre sa mise en uvre à léchelle de lagglomération lyonnaise. Le gouvernement central français ne veut pas gérer ni assumer seul la mission daménagement et déquipement du territoire national au service du développement et de la croissance, mais il ne souhaite pas non plus laisser trop de champ libre aux structures locales à vocation économique, hormis celles sur lesquelles il exerce un contrôle, notamment financier, comme les CCI.
Le rôle des communes et des pouvoirs politiques locaux est relativement minimisé dans le contexte des années de croissance, caractérisé en France par un fort centralisme administratif, politique et économique, bien que teinté de libéralisme : globalement, lEtat central impose ses orientations économiques et spatiales aux territoires locaux de façon hégémonique. Au niveau local, il ny a ainsi pas véritablement de possibilité de conduire une politique économique, en dehors de laménagement et de la planification de lespace, ni même de véritable légitimité dintervention dans ce domaine. Les collectivités locales ont un pouvoir et des moyens limités dans le domaine de la régulation économique, car lEtat central monopolise le système daides financières, tant en matière de soutien direct aux filières dactivités stratégiques quen matière dincitation à la localisation.
Les organismes patronaux locaux jouissent en revanche de savoir-faire en matière de régulation économique, daménagement spatial et dexpertise, quils placent au service des intérêts économiques et de lintérêt général. Des structures représentants les intérêts économiques existent en effet au niveau local, dont le rôle et la raison dêtre sont précisément la gestion et le développement des affaires économiques. Les organismes consulaires, les comités dexpansion et les organismes patronaux dans une moindre mesure (groupements interprofessionnels et syndicats de branche) sont particulièrement actifs dans lagglomération lyonnaise, où ils assurent un rôle important dans la mise en place dun système de dexpertise et de régulation économiques sur le territoire local. Ils représentent majoritairement les intérêts propres au petit et moyen capital industriel et tertiaire local, or ceux-ci savèrent être rapidement en contradiction avec ceux du grand capital industriel et bancaire en voie de concentration et dinternationalisation, dont lEtat central se fait le porte-parole, du moins lambassadeur et lavocat auprès des autorités politiques locales.
La volonté de moderniser lappareil productif national et dassurer un développement équilibré du territoire dune part, la nécessité de contourner le clivage croissant entre les petit capital local et le grand capital extra local dautre part, conduisent donc lEtat à reconsidérer le rôle de léchelon municipal dans le dispositif général de mise en application des grandes orientations du Plan, et à se détourner en partie des organismes patronaux lyonnais. Il sagit de résoudre des problèmes de gouvernement et de régulation économique qui tendent à estomper la différence entre les affaires nationales et les affaires locales (Mabileau, 1994) tout en accentuant les divergences de vues au sein du patronat.
LEtat central encadre et facilite la participation des collectivités locales à la conduite de la régulation économique au niveau local, en opérant une réorganisation institutionnelle profonde au sein de lagglomération lyonnaise, destinée à renforcer la capacité de contrôle des autorités gouvernementales sur les initiatives locales de développement et de régulation territoriale. Le nouveau dispositif est censé faciliter la gestion et la mise en uvre de la politique économique et daménagement nationale sur le territoire, notamment à travers la conduite dopérations daménagement spatial à vocation économique (zones industrielles, zones dactivités, surfaces de bureaux) et à travers lélaboration de nouveaux documents de planification urbaine.
I Le rôle des structures patronales locales dans la régulation économique
Il sagit pour le gouvernement dimposer aux responsables politiques et économiques lyonnais les vues et les objectifs énoncés par le Plan, afin dassurer la mise en cohérence de la planification territoriale et des politiques urbaines déployées au niveau local, avec les orientations de la politique nationale. En limitant le pouvoir dorientation en matière de planification spatiale des structures de représentation des intérêts économiques locaux, les autorités centrales sassurent que les principes du Plan sont respectés, assimilés et appliqués dans la métropole lyonnaise, et non contrés ou simplement contournés au profit de la satisfaction des intérêts du petit et moyen capital régional ou local sous linfluence des organisations économiques lyonnaises. LEtat est ainsi contraint de durcir son attitude vis-à-vis des organes locaux de représentation des intérêts économiques, afin de contourner les divergences existant entre les petites et moyennes entreprises locales et les grandes firmes nationales ou internationales au sein du patronat lyonnais.
Si dans un premier temps (de 1945 à 1963 environ), lEtat prend soin de laisser une certaine liberté dinitiative et dorientation aux structures patronales locales pour contribuer à définir le développement économique régional, dans un second temps (de 1964 à 1972 environ), il reprend en main de manière assez dominatrice les perspectives dexpansion et de développement du territoire national, notamment en créant de nouvelles structures de gestion territoriale dans lagglomération, associées aux collectivités locales ou directement rattachées à ses services. Il opte ensuite pour une stratégie dalliance avec le patronat local et les instances du pouvoir politique municipal et départemental à partir des années 1970, en leur conférant une plus grande marge de manuvre (Lojkine, 1974).
1- Une alliance entre patronat et pouvoirs publics plus nuancée au niveau local
Au niveau local, lalliance opérée entre lEtat et les représentants du patronat nest pas aussi simple quà léchelle nationale. En effet, la mise en application du Plan et de la politique des métropoles déquilibre dans lagglomération lyonnaise met en évidence les contradictions de fonds existant au sein du patronat français entre petits et grands patrons, en évoquant de manière insistante les nécessaires fusions et concentrations ainsi que louverture des frontières, qui sont loin de faire lunanimité, notamment au niveau local (Bunel, Saglio, 1979). Elle accompagne « la construction dune politique cohérente et stratégique du grand patronat en prenant des risques que celui-ci ne pouvait pas ouvertement prendre vis-à-vis des petites et moyennes entreprises » (Nizard, 1975), en révélant au passage le clivage croissant entre les intérêts du petit et moyen capital, le plus souvent local, et les intérêts du grand capital national en cours dinternationalisation.
Limpératif de la concentration industrielle prôné par la politique étatique divise en effet le patronat : il y a dun côté les petites structures industrielles régionales ou locales condamnées par les experts, le CGP et les dirigeants économiques (cadres supérieurs, technocrates, managers issus des grandes écoles) au nom de la compétitivité, de la concurrence, de linvestissement et dune nouvelle rationalité, et de lautre le nouveau patronat lié aux grandes entreprises, acquis à la cause de la modernisation économique de la France (CGP, 1975). Ce clivage au sein du patronat sexprime au niveau national, notamment après 1968 (conflits entre CNPF et CGPME), mais cest surtout au niveau local quil se cristallise fortement. Le petit patronat régional et local, qui sestime seul porteur de lefficacité et du libéralisme économiques, considère comme néfaste la concurrence imposée par les grands groupes industriels nationalisés ou privés, et peine à envisager son avenir au sein dun vaste système de sous-traitance dominé par les grandes firmes. Elles sont pourtant, pour lEtat et les tenants de la technocratie politique et économique, les seules structures capables de porter le développement et lexpansion économique de la région lyonnaise comme du pays, dans un contexte mondial marqué par linternationalisation et la libéralisation des échanges.
En effet, lEtat se place résolument au service des grands groupes capitalistes nationaux et internationaux, selon une logique de soutien financier à la concentration économique, à la constitution de monopoles et à la spécialisation productive, cest-à-dire concrètement très peu au service des intérêts du petit et moyen capital local ou régional. Les orientations définies par le gouvernement français tendent même plutôt à le faire disparaître, au nom du développement, de la modernisation et de lindépendance économique du pays. Les plans successifs accordent une place très importante à la réorganisation, par voie de concentration et de spécialisation, des structures industrielles du pays, face à laugmentation de la concurrence internationale et à la nécessité dadapter lappareil productif national aux nouvelles donnes du marché économique aux niveaux européen et mondial (Jenny, Weber, 1974). Le renforcement de la position compétitive de lindustrie nationale nécessite la constitution et la consolidation dun petit nombre dentreprises et de groupes de taille internationale, seuls capables daffronter les grands leaders étrangers sur les marchés mondiaux, au risque de sacrifier les petites et moyennes entreprises locales, majoritaires dans lagglomération lyonnaise.
Le second impératif de spécialisation et de modernisation des structures productives porté par la politique économique de lEtat poursuit le même objectif que la concentration industrielle : celui dassurer la compétitivité des entreprises nationales. La modernisation de limportant tissu de PME et PMI français, qui constitue selon les avis la force ou la faiblesse principale de léconomie nationale, doit en effet conduire à une plus grande spécialisation des entreprises et permettre le développement de la sous-traitance, seule à même de maintenir les liens existant entre les grandes firmes et les petites et moyennes structures. La spécialisation productive est alors perçue comme lunique moyen pour les nombreuses petites entreprises traditionnelles encore majoritairement artisanales de participer au marché européen en construction.
Cette modernisation des structures productives de base passe en grande partie par une nouvelle organisation interne et productive des entreprises, par le développement de nouvelles activités de services pour accompagner les volets amont et aval de leur processus de production (conception, commercialisation, services après-vente, gestion, marketing
), mais aussi souvent par de nouveaux locaux dactivités, mieux adaptés à leur nouveau mode de fonctionnement. A la différence de la concentration industrielle qui sopère à léchelle nationale, limpératif de spécialisation et de modernisation sopère ainsi essentiellement à léchelon local, cest-à-dire au niveau de lagglomération lyonnaise et du territoire régional qui lentoure.
2- La représentation des intérêts économiques locaux de lagglomération lyonnaise
La période dintense croissance économique de laprès-guerre en France est caractérisée par une renaissance des organes patronaux locaux et nationaux en France (Martin, 1983). Ce renouveau sexprime notamment à travers la prise en charge, par les structures représentatives du patronat au niveau local, de nouvelles fonctions et de nouveaux problèmes relatifs à lintérêt général, en premier lieu celui de lorganisation du développement régional, de lavenir économique des territoires et de la question de ladaptation de lemploi aux nouvelles exigences de la modernisation économique. Ce phénomène coïncide avec la régionalisation des plans de développement économique et social et leur intégration dans les plans daménagement du territoire. Il correspond à lorganisation spontanée des acteurs économiques locaux et régionaux, en réponse à la nécessité dune régulation économique territoriale localisée, qui permette une gestion du marché et des crises conjoncturelles ou structurelles qui déstabilisent les économies régionales au sortir de la guerre.
Dès le début des années 1950, les intérêts économiques lyonnais sorganisent afin de contribuer le plus directement possible au développement économique de la région lyonnaise et dassurer auprès du pouvoir politique local (municipalités, Conseil Général du Rhône) le rôle de conseiller du prince sur les questions relatives aux affaires économiques locales. Trois organismes développent ainsi des liens institutionnels et structurels très forts, entre eux et avec les responsables politiques lyonnais : la Chambre de Commerce et dIndustrie de Lyon (CCIL), le Comité Interprofessionnel Lyonnais (CIL) et le Comité dexpansion de la région lyonnaise.
Ces structures de représentation des intérêts économiques locaux partagent notamment le même souci de maîtriser la très forte attraction exercée par lagglomération lyonnaise sur les industries de toute nature, et la volonté didentifier les activités qui doivent bénéficier en priorité dune implantation urbaine dans lagglomération. Ils partagent également lintérêt moins avoué dentretenir, voire de renforcer la prospérité des entreprises quils dirigent ou contrôlent, et de limiter le cas échéant larrivée dentreprises extérieures pouvant remettre en question les équilibres sectoriels et les rapports de force existant au niveau local (Coing, 1978). Tous ces enjeux convergent fortement sur la dimension industrielle, qui fonde lidentité économique de Lyon. Pour satisfaire ces objectifs et apparaître comme des interlocuteurs, non seulement crédibles, mais indispensables aux yeux des sphères de décision politiques locale et nationale, les organes patronaux locaux sassocient pour développer leur capacité dexpertise économique.
Les organismes patronaux lyonnais tentent de se positionner comme des partenaires légitimes de lEtat. Ils essaient de saccommoder de la domination étatique en matière de régulation économique et du centralisme administratif de laménagement du territoire, en participant à la démarche engagée de modernisation structurelle et de développement de léconomie dans lagglomération lyonnaise. Ils sont ainsi à laffût des opportunités de légitimation et dinstitutionnalisation initiées par le gouvernement pour les organismes associatifs ou consulaires quils contrôlent. Ils fournissent également une expertise économique et territoriale fondatrice pour la définition du contenu de la politique des métropole déquilibre à Lyon. Limpression densemble qui se dégage de leurs travaux réalisés en collaboration directe avec les services de lEtat puis avec la COURLY est celle dune relative osmose, et dun consensus affirmé autour des enjeux du développement régional et de la gestion de lessor économique que connaissent les activités industrielles et tertiaires lyonnaises.
La Chambre de Commerce et dIndustrie de Lyon (CCIL)
Lyon est une ville fortement marquée par le poids des entrepreneurs économiques libéraux, dont les intérêts sont organisés et représentés de longue date par une chambre de commerce et dindustrie puissante. La Chambre de Commerce de Lyon, créée en 1702, est lune des plus anciennes de France. La grande variété sectorielle des entreprises qui en sont membres durant les Trente Glorieuses reflète particulièrement la diversité du tissu économique local et le processus de sédimentation historique par strates dactivités successives dont résulte le capitalisme lyonnais (Jouve, 2001a).
Au début du 20ème siècle, la Chambre de Commerce de Lyon devient un pôle de pouvoir important pour le développement de la ville et de sa région, notamment par son rôle dans lorganisation de grands événements commerciaux et médiatiques comme lexposition universelle (Gueranger, Jouve, 2003). Elle est particulièrement représentative des grandes branches de lindustrie locale, structurées autour de grandes firmes locales à base familiale (Gillet dans la chimie, Berliet dans la mécanique automobile
). Bien quelle assure également la représentation du petit et moyen capital commercial local, qui forme lessentiel de la structure économique de Lyon hors industrie, ses assemblées sont largement dominées par les représentants issus du monde industriel.
Son poids dans les affaires économiques lyonnaises se trouve renforcé après la seconde guerre mondiale, lorsquelle devient lun des principaux opérateurs de laménagement et de la promotion des zones industrielles de la région. Son positionnement évolue ainsi progressivement du rôle de groupe de pression vers un rôle de « coopérative de développement » au service de lindustrie locale. Elle constitue un partenaire privilégié pour les grandes et moyennes entreprises industrielles locales, en représentant leurs intérêts auprès de la sphères de décision politique et en investissant massivement dans la réalisation de grands équipements collectifs dans lagglomération lyonnaise.
Les institutions consulaires locales françaises connaissent un important mouvement de rénovation durant les Trente Glorieuses, qui se traduit par la réaffirmation par le pouvoir étatique central de leur responsabilité envers le développement régional appréhendé dans sa globalité. « Elles expriment de manière privilégiée les liens du territoire et de léconomie et elles sont à la fois lémanation des chefs dentreprises et lexpression de lintérêt public » (Coing, 1978). Leur statut juridique reflète ce positionnement très proche dune mission dintérêt général reconnue, au service de la régulation économique et de la gestion des grands équipements collectifs. Elles sont en effet placées légalement sous la tutelle financière des Ministères des Finances et de lEquipement dans les années 1960, se voient attribuer le statut détablissement public, mais sont indépendantes de lappareil administratif dans leur organisation.
Ce positionnement spécifique place la CCIL au dessus des intérêts particuliers mais aussi au service des intérêts économiques, comme une structure institutionnelle potentiellement porteuse dune politique de service public et dune mission dintérêt général, vouée à gérer le bien commun sur le territoire local. Cet aspect est renforcé par une approche territoriale de léconomie située à léchelle de lagglomération élargie (département) et non de la commune, en adéquation avec linstauration dune dynamique de coopération intercommunale au sein de lagglomération lyonnaise (voir infra).
A la différence de nombreuses chambres consulaires françaises à lépoque, la CCIL jouit dun poids politique relativement fort sur la scène décisionnelle locale. Une grande partie des grands capitaines dindustrie qui la contrôlent ont en effet un accès direct auprès des autorités politiques locales par le truchement de leurs relations familiales ou amicales, quand ils ne sont pas élus municipaux eux-mêmes (voir infra). Elle se cantonne toutefois à son rôle doutil de mise en uvre directe des intérêts propres au patronat local dans son ensemble, grâce à ses importants moyens financiers et à son statut, et observe une position assez neutre dans le jeu politique local jusquau début des années 1970.
La CCIL prend en charge directement une partie des grands équipements collectifs destinés aux industriels de lagglomération lyonnaise et des grandes infrastructures nécessaires à la modernisation et au développement de léconomie locale. Elle assure par exemple la majeure partie du financement de la construction puis de la gestion du Palais de la Foire (quai Achille Lignon), de laérodrome de Bron puis de laéroport de Satolas prévu par le schéma de lOREAM. Elle se charge aussi de laménagement et de léquipement de deux zones industrielles localisées en périphérie de Lyon dans les années 1960 (voir infra). Elle joue également un rôle majeur de soutien financier et moral auprès du Comité dexpansion économique de lagglomération lyonnaise (hébergement, financement, caution morale
), dont elle est membre fondateur aux côtés du syndicat interprofessionnel lyonnais (voir infra).
La CCIL reste fortement impliquée dans laccompagnement de la décision publique, malgré la reprise en main des affaires locales par lEtat au milieu des années 1960. Cest en effet au sein de la CCIL que les agents de lEtat (DATAR puis OREAM) trouvent leur seul allié objectif du côté du patronat local pour défendre son projet de développement et de planification dans lagglomération lyonnaise (Jouve, 2003). La CCIL est alors engagée dans un processus de fusion avec la CCI voisine de Tarare, qui la rapproche de lapproche territoriale des services de lEtat fondée sur ladoption dune échelle métropolitaine élargie pour envisager les problèmes de développement urbain de Lyon. Elle participe ainsi notamment à la réalisation dune enquête auprès des chefs dentreprises lyonnais dans le cadre des études darmature urbaine effectuées pour le compte du CGP par la SEDES, qui porte sur les trois principales villes de la région : Lyon, Saint-Etienne et Grenoble (SEDES, 1964a, b et c). Cette enquête identifie les insuffisances et les lacunes de lensemble métropolitain en construction en matière déquipements et de services aux entreprises, en étudiant la fréquence, les motifs et la destination des déplacements des chefs dentreprises en dehors de leur ville dimplantation. Le rôle de la CCIL dans ce travail se limite cependant à un patronage actif de létude, destiné à faciliter et à crédibiliser laction des enquêteurs auprès des entreprises lyonnaises.
Le fonctionnement idéologique particulier de la CCIL, teinté dapolitisme apparent bien quimplicitement placé au service des établissements industriels locaux, en fait une structure de représentation des intérêts économiques uvrant plutôt à la défense des intérêts du patronat local face à la domination économique des grands groupes internationaux de la pétrochimie et de la sidérurgie, qui bénéficient de lappui de lEtat par le biais des orientations de la politique nationale daménagement du territoire. Bien que ses organes directeurs reflètent un fort déséquilibre entre les petits commerçants et artisans et les industriels au profit de ces derniers, la CCIL ne semble pas être une organisation au service du grand patronat extra local. Elle représente majoritairement la petite et moyenne industrie lyonnaise dans les années 1960 et 1970 et « tente de sauvegarder lunité et lharmonie des différentes fractions du capital quelle est censée représenter (
) également de créer des structures juridiques ou financières qui permettent soit de masquer idéologiquement le processus de concentration capitaliste, soit den atténuer les effets les plus brutaux » (Lojkine, 1974, p.179).
Elle développe ainsi des services dassistance aux entreprises pour diffuser les techniques de gestion et de marketing développées au sein des grands groupes industriels et favoriser la formation continue au sein des petites entreprises. A partir de 1962, la CCIL aide les petites et moyennes entreprises locales à sadapter en développant un argumentaire et des actions en faveur de laménagement de zones industrielles, tant dans le tissu urbain que dans les secteurs périurbains. Par ce biais, elle tente de définir les conditions économiques dune alliance entre les grands groupes extra locaux et les entreprises locales.
La CCIL se trouve parfois en accord avec les orientations prises en matière déquipement collectif et daménagement pour faciliter limplantation régionale des grands groupes industriels pétrochimiques (Lojkine, 1974). Mais son poids réel dans la prise de décision apparaît très faible par rapport à la capacité de persuasion et dinfluence des grands groupes extra-locaux sur la décision publique. Ainsi, la mise en navigabilité du Rhône, la réalisation du barrage-écluse de Pierre-Bénite au Sud de Lyon et laménagement de zones industrielles portuaires dans la région sont des enjeux majeurs pour les industriels lyonnais (métallurgie, mécanique lourde, construction de matériel électrique
) dès le début des années 1960, comme en témoignent les travaux de la Commission « Zones Industrielles Portuaires » présidée par P. Berliet au sein de la CCIL. Malgré limportance que revêt ce projet pour les quelques puissants groupes industriels locaux (Berliet, Les Câbles de Lyon, la CGE, Teppaz, Dell Alsthom
), il ne se concrétise quà partir du moment où il converge avec les intérêts du grand capital national et international en cours de constitution, essentiellement représentés dans lagglomération lyonnaise par le complexe pétrochimique de Feyzin (Lojkine, 1974).
La CCIL reflète donc particulièrement les contradictions existant entre les différentes factions du patronat lyonnais, à savoir le grand capital en cours dinternationalisation dun côté et le moyen capital industriel local plus « traditionnel » de lautre (Lojkine, 1974). Jusquaux années 1970, ses présidents successifs sont issus des illustres entreprises industrielles lyonnaises (Lumière, Berliet, Mérieux
), mais la situation change avec limplantation à Lyon détablissements appartenant à des grands groupes nationaux et internationaux, ainsi quavec le rachat des grandes firmes locales par ses mêmes groupes et le déplacement de certains sièges sociaux importants à Paris (CCIL, 1963). La CCIL tente de refléter les intérêts du patronat local dans toute sa diversité (PME-PMI, grands groupes), mais elle peine à constituer un lieu de représentation et de négociation entre le petit capital local et les fractions dominantes du grand capital. Elle se trouve ainsi très souvent dans une position de contradiction vis à vis des intérêts portés par la politique étatique dans lagglomération lyonnaise, et tente de concilier les intérêts du patronat lyonnais avec ceux des firmes multinationales.
Son rôle dans laménagement des zones industrielles, dans la réalisation des grands équipements collectifs de lagglomération et dans laccompagnement des efforts de modernisation des structures productives lyonnaises (conseils en management, soutien au développement des filières de formation
) peut être cependant considéré comme central durant les Trente Glorieuses, aux côtés des autorités publiques locales et étatiques. La CCIL participe ainsi plus ou directement à la mise en application de la politique économique de lEtat sur le territoire de lagglomération lyonnaise, en accompagnant les efforts de planification spatiale, daménagement de lespace et damélioration de lenvironnement des entreprises menés par les pouvoirs publics.
Le Groupement Interprofessionnel Lyonnais
Le Comité Interprofessionnel Lyonnais (CIL), syndicat patronal local puissant proche du CNPF, est le principal organisme lyonnais de représentation des intérêts des entreprises en dehors de la chambre consulaire. Il est créé en 1945 par R. Phelip et G. Villiers, deux entrepreneurs et notables lyonnais soucieux de remplacer le Comité daction des syndicats lyonnais, dissout pendant loccupation allemande par le gouvernement de Vichy. Il rassemble les représentants des différents syndicats de branche locaux, majoritairement industriels, avec pour objet central daction « létude des améliorations dans lindustrie et le commerce lyonnais et lharmonisation des décisions syndicales dans la solution des problèmes sociaux et économiques ».
Le CIL change de nom en 1958 pour devenir le Groupement Interprofessionnel Lyonnais (GIL), décision qui ne modifie pas vraiment les statuts et les modes daction de lorganisation, mais qui lancre plutôt dans un positionnement capitaliste et libéral : « le groupement est un antidote au collectivisme ». Le GIL représente un cas exemplaire dorganisation des forces patronales au niveau local pour lensemble du patronat français. Il inspire en effet la mise en place du CNPF au niveau national et la structuration des organismes du même type dans le reste du pays (voir supra). Son influence non négligeable sur lévolution idéologique du patronat français a ainsi des répercussions notables sur la conduite de la régulation économique par le gouvernement central.
G. Villiers, président du GIL jusquà 1953, participe aux assemblées générales jusquau milieu des années 1960 pour informer le patronat lyonnais sur la situation économique nationale, lavancement de la politique économique étatique et les enjeux liés à lexpansion et au développement des entreprises dans le contexte de construction européenne et douverture des frontières. Il constitue le relais privilégié entre les intérêts économiques lyonnais et le gouvernement français, ainsi quentre le syndicat interprofessionnel local et son équivalent au niveau national. Son engagement au sein du CNPF pour linstauration dune économie libérale, en faveur du Marché Commun et pour lacceptation du défi douverture internationale par les entreprises sinscrit dans la position idéologique dominante et traditionnelle du patronat et de la bourgeoisie lyonnaises, marquée par lhéritage spirituel dE. Aynard et de J.-B. Say. Ce courant de la pensée économique et politique centré sur le libéralisme, dabord minoritaire au niveau national, simpose progressivement sous linfluence de G. Villiers et de ses disciples, pour saffirmer comme la position dominante du CNPF dès la fin des années 1960 : lEtat doit rester dans son rôle darbitre, mais laisser les organismes patronaux soccuper de la régulation économique.
Le paysage économique de lagglomération lyonnaise est essentiellement industriel au début des années 1960, le GIL reflète donc particulièrement cette domination de lindustrie et de ses intérêts propres sur les affaires économiques locales. Le secteur tertiaire, en pleine phase de développement au niveau national et encouragé à se développer à Lyon dans le cadre de la Politique des métropoles déquilibre, nest ainsi pratiquement pas organisé et représenté au sein du GIL, hormis dans le domaine des activités financières pour lequel existe un Syndicat des agents de change hérité du glorieux passé bancaire de Lyon (Sauzay, 1998). Quelques banques lyonnaises sont représentées au sein du GIL, mais la plupart ont vu leur siège social partir pour Paris. Les actions mises en uvre par le GIL sont ainsi fortement conditionnées par lhégémonie industrielle dans lagglomération lyonnaise et un certain déni pour les activités tertiaires de la part du patronat industriel, du moins jusquau milieu des années 1970. Dès le départ majoritaire au sein des instances consulaires, le GIL impose ainsi sa vision dominante des intérêts industriels à la CCIL.
Dans le domaine professionnel, le GIL concentre son action sur lorganisation et le renforcement des syndicats de branches locaux, nécessaires pour faciliter les travaux dexpertise qui accompagnent le processus de planification régionale lancé par lEtat, et pour organiser au niveau local un dispositif de formation professionnelle adapté aux nouveaux besoins des entreprises. Le GIL sintéresse notamment à la formation des cadres et dirigeants dentreprises aux nouvelles méthodes de gestion technique et à leurs applications dans lindustrie, grâce au Comité Régional de Productivité de Lyon créé en 1955 et à lInstitut de perfectionnement dans les méthodes de contrôle de gestion qui en dépend (automatisation, procédés productifs intégrés). Il soutient aussi la formation des élites économiques locales avec le Centre lyonnais de formation pour les chefs dentreprises, lInstitut détudes économiques pour chefs dentreprises et le CLEGE, qui complètent le dispositif de formation des experts comptables organisé autour de lInstitut du Droit du Travail, de lInstitut de Préparation des Affaires et de lEcole supérieure de commerce de Lyon. Il encourage enfin la formation des ouvriers, techniciens et ingénieurs des industries chimique et métallurgique, en collaboration avec lALESTE, le CNAM, lEcole Centrale de Lyon, lEcole de Chimie de Lyon, lAFPIC, les chambres syndicales de la chimie et de la métallurgie lyonnaises, les universités et les représentants de ladministration publique.
Au niveau politique, laction du GIL sinscrit dans laffirmation du rôle dominant des acteurs économiques dans lanimation de léconomie locale comme dans la conduite des politiques de régulation économique et daménagement du territoire. Le GIL constitue ainsi un élément structurant très important pour le patronal local et la représentation des intérêts économiques locaux auprès des instances politiques de lagglomération lyonnaise, même sil napparaît pas forcément directement dans le débat public. Le plus souvent en effet, lintervention du GIL dans les affaires publiques relatives à léconomie se fait par lintermédiaire dorganismes institutionnels reconnus dintérêt général, tels la CCIL ou le Comité dexpansion lyonnais, qui agissent pour son compte comme des porte-parole officiels des intérêts patronaux auprès des sphères de décision publiques locale et centrale.
Il participe ainsi activement aux études dimplantations industrielles dans les années 1950 et 1960, mais regrette le manque de concertation de la part du Ministère de la Construction dans lélaboration des plans masse des secteurs de rénovation urbaine à Lyon, puis dans lélaboration des documents de planification urbaine. Il souhaite la disparition rapide de la méfiance systématique des autorités centrales à légard des organismes provinciaux : « Nous sommes tous attachés à une certaine forme de régionalisme (
), à obtenir pour notre région un développement harmonieux. Cela saccompagne dans notre esprit dune certaine décentralisation des responsabilités à léchelon régional ». Le GIL rejoint en cela les plaintes et les revendications récurrentes des autorités politiques lyonnaises vis-à-vis de lEtat central, même si les motivations patronales plaident plutôt en faveur dun retrait de la puissance publique de la gestion des affaires économiques, au profit des seuls représentants des intérêts économiques.
Le patronat local se considère ainsi dans les années 1950 et 1960 comme le principal responsable de lexpansion économique et sociale de la région lyonnaise, grâce à son rôle pivot dans la coordination des efforts du secteur privé et dans la coopération active avec les pouvoirs publics locaux et nationaux sur les questions daménagement et de développement économique (GIL, 1963). De façon générale, les organismes patronaux locaux ont comme principale logique daction loccupation systématique des terrains institutionnels et idéologiques, cette omniprésence leur permettant de contrôler les lieux de pouvoir éventuel et dempêcher le cas échéant le développement de stratégies opposées aux leurs. Ce fonctionnement est ainsi plus motivé par une attitude défensive que par une quelconque volonté de faire passer par le biais des institutions locales des projets ou des enjeux positifs pour les forces économiques (Coing, 1978).
A Lyon, les membres du patronat sont dans leur grande majorité très proches des élites politiques municipales et départementales, bénéficiant ainsi dun accès direct aux sphères du pouvoir et de la bienveillance des élus locaux quant à la bonne santé de leurs affaires (voir infra). Ils jouissent également dune forte légitimité dans lorganisation des structures de formation professionnelle de branche dans lagglomération, comme dans laccompagnement des efforts déquipement et daménagement économiques de lagglomération, grâce au rôle moteur et fédérateur dintérêts du GIL.
3- Le Comité dexpansion économique lyonnais, creuset pour une capacité dexpertise économique territoriale
Le Comité pour lAménagement du Territoire de la Région lyonnaise est une association loi 1901, créée en juillet 1952 à linitiative de trois personnalités locales appartenant au CIL et à la Chambre de Commerce de Lyon, ayant des responsabilités importantes dans la vie économique lyonnaise. La Chambre de Commerce de Lyon par le biais de son Président (M. Lumière) et de sa compagnie, ainsi que le CIL accordent un appui matériel, financier et moral notables au Comité pour lAménagement du Territoire : financement des travaux denquête économique, hébergement physique de lassociation (partagé entre les deux organismes jusquà 1955), caution morale...
Cette création est la conséquence du constat formulé par les milieux économiques locaux de la nécessité de mieux connaître les ressources et les besoins de la région lyonnaise, mais aussi dharmoniser les mesures à prendre pour réaliser la mise en valeur de la région et la régulation optimale de son économie, en cohérence avec les grands objectifs du Plan définis à léchelle nationale. Lapproche transversale de laménagement du territoire, à la croisée de léconomie et de la politique, constitue une préoccupation de premier ordre pour les responsables économiques, les universitaires et les chercheurs lyonnais, dans la continuité des positions soutenues par le Ministère de la Reconstruction au début des années 1950. Alors que la majorité des responsables politiques et économiques est encore exclusivement focalisée sur le Plan Monnet dinvestissement (1947-1952), qui ne conçoit léconomie que verticalement, cest-à-dire par le biais des branches dactivités et selon une vision globalement a-spatiale, les membres du Comité développent en effet une approche de lexpertise économique et de la régulation qui intègre lespace et la dimension territoriale au traitement des problèmes économiques (Comité dexpansion, 1957a).
Le Comité dexpansion lyonnais se présente ainsi comme un moyen concret pour les acteurs économiques locaux de participer à laccompagnement du système de planification et de régulation de léconomie mis en place par lEtat, qui place le principe de la concertation des forces vives de la nation au centre du dispositif de léconomie dirigée. Le développement dune capacité dexpertise propre permet en outre au patronat lyonnais dêtre un interlocuteur crédible et légitime auprès des autorités politiques locales, ainsi quun partenaire des services de lEtat chargés de lapplication de la politique économique nationale dans lagglomération lyonnaise. Le fort centralisme administratif et politique de lEtat impose cependant des changements notables au Comité lyonnais, tout en préservant son caractère dassociation privée, libre du choix de ses membres et de ses travaux.
Les principes de lexpertise portée par le patronat lyonnais
Le Comité rassemble une centaine de membres issus des milieux économiques et universitaires lyonnais, admis en fonction de leur compétence et de leur souci de lintérêt général. Lassociation est présidée par un membre du CIL, secondé par 17 personnalités élues au Conseil dadministration. Figurent notamment les dirigeants des principales entreprises industrielles et bancaires lyonnaises : la Compagnie Electro-mécanique, la LIPHA (pharmacie et cosmétiques), la CIBA (colorants chimiques), la Rhodiaceta (fils synthétiques), les Entrepôts frigorifiques, le Crédit Lyonnais, la Société de Gestion Financière Neuflize-Schlumberger-Mallet, la Banque Nationale pour le Commerce et lIndustrie
Les autres membres adhérents, dhonneur ou actifs, sont des personnes morales ou physiques, chefs dentreprises, fonctionnaires, libéraux, institutions ou organismes ayant un intérêt pour les questions économiques.
Les grandes lignes du programme dactivité sont définies sur la base des travaux de J. Labasse, mais sinspirent également de lactivité dautres régions françaises en ce domaine pour préciser les modes daction. La ligne de conduite de lassociation est de travailler avec indépendance et pragmatisme, de collaborer avec les différents acteurs publics ou privés comme une « société détudes (
) au service des entreprises, des professions, des pouvoirs publics ». Les statuts précisent que lassociation a pour objet « dharmoniser le plan déquipement et le plan daménagement, afin de réaliser un développement rationnel de toutes les activités ».
Le premier travail engagé en 1952 est un inventaire des ressources précises de la région lyonnaise, sorte de diagnostic géographique, démographique et économique du territoire, véritable démarche de connaissance systématique du territoire local censée permettre la définition précise de lentité « région lyonnaise ». Celle-ci fait en effet lobjet de nombreuses et diverses utilisations dans le champ économique, quil sagit de clarifier. La réalisation de ce travail denquête est confiée à léquipe de techniciens dEconomie et Humanisme. Le principal apport de cette étude publiée en 1955 (Comité dexpansion, 1955) au débat sur le développement territorial est de faire apparaître la dualité déchelle entre la « petite » région lyonnaise, correspondant à lagglomération lyonnaise élargie, et la « grande » région lyonnaise, couvrant près de 10 départements autour de Lyon. Elle sert de déclencheur pour une duplication du Comité dAménagement à léchelle de la grande région lyonnaise en 1956, puis de base territoriale pour les travaux de lOREAM à partir de 1966.
Le Comité dexpansion lyonnais assure également des missions dexpertise proches de celles dun bureau détudes ou dun bureau dopinion, en se penchant sur les problèmes locaux ou régionaux dintérêt général. Il offre une collaboration active aux administrations et aux organismes responsables de la planification et de laménagement du territoire, sans toutefois se substituer à eux. Ses commissions thématiques, composées de représentants des différents milieux économiques lyonnais (agriculture, centrales syndicales, artisanat, commerce, secteur libéral, industrie, banque, université
) uvrent au rassemblement dune documentation éparse sur les problèmes économiques de la région lyonnaise. Cette base documentaire est mise à jour avec laide des fédérations professionnelles locales et des directions régionales des services de lEtat implantées à Lyon : Banque de France, INSEE, services de documentation économique de lInspection Générale de lAdministration.
Deux orientations principales et complémentaires se distinguent dans lorganisation des travaux détudes :
Les commissions chargées détudier les équipements, les aménagements et lurbanisme nécessaires aux activités économiques dans lensemble géographique lyonnais, qui croisent les thématiques de léconomie et de laménagement industriel :
Aérodrome de Bron,
Marché de gros et problèmes agricoles,
Circulation-parking et tourisme daffaires,
Barrage de Pierre-Bénite,
Zoning Industriel,
Groupe de travail sur le Centre directionnel de la Part Dieu, piloté par J. Labasse (début des années 1960) ;
Les commissions chargées détudier lemploi régional et lévolution des différentes branches dactivités de léconomie régionale, selon une logique de veille macro-économique :
Main duvre et emploi,
Conjoncture économique.
Les travaux des différentes commissions portent notamment sur létude des structures techniques de certaines industries locales (chaudronnerie, moulinage textile, tissage des soieries), la réalisation de notes de conjoncture sur lactivité économique locale et la mise en place du Marché Commun Européen, lexploitation statistique des recensements de la population, létude des migrations alternantes et de la localisation de la main duvre dans lensemble lyonnais, le recensement de la formation professionnelle industrielle à tous les échelons de la production, les questions énergétiques (arrivée du gaz naturel de Lacq, production et tarification de lélectricité), lanalyse des possibilités dadaptation et de formation de la main duvre face aux nouveaux besoins des entreprises, les problèmes de desserte et de circulation, le lobbying actif pour la création dune liaison aérienne Paris-Lyon et la construction dune nouvelle aérogare à Bron....
La Commission Zoning industriel se penche plus précisément sur la création des nouvelles zones industrielles à proximité de la ville et sur léviction des activités industrielles hors du centre de lagglomération. Lexpertise statistique et cartographique du tissu économique local est alors fortement influencée par les enjeux spatiaux de la croissance des activités. Le calcul des surfaces à prévoir pour les activités industrielles est en effet la préoccupation dominante des autorités publiques en charge de la planification territoriale, qui craignent un débordement anarchique des emprises industrielles dans le tissu urbain, mais aussi des entreprises industrielles, qui craignent de ne pouvoir se développer à leur guise faute despace disponible.
Le Comité dexpansion de la région lyonnaise joue ainsi un rôle dexpert central dans la préparation de lélaboration des deux plans antérieurs à la LOF, de manière relativement informelle pour le PDGU mais de manière beaucoup plus institutionnalisée pour le PADOG. Entre 1958 et 1965, les problèmes durbanisme relatifs à laménagement économique dans les documents de planification de lagglomération lyonnaise sont traités à partir de la cartographie des usines par branche et par taille, des besoins en surfaces industrielles par branches et de la main duvre disponible, établie par la commission Zoning Industriel. Elle renseigne sur le coefficient daccueil des municipalités de lagglomération et sur les possibilités de création de zones industrielles dans la proche banlieue lyonnaise. A la lumière des résultats obtenus, le Comité propose en 1962 une extension des zones industrielles prévues par le PGDU dans le cadre de lélaboration du PADOG, ainsi quune harmonisation du développement des industries « non nuisantes » à proximité des zones dhabitation.
Les aspects plus immatériels du développement économique local, comme le rayonnement économique ou le positionnement stratégique de la métropole lyonnaise face à la concurrence européenne, sont en revanche beaucoup moins analysés. Toutefois, quelques études comparatives sont menées par le Comité aux côtés des bureaux détudes spécialisés centraux et des services de la Construction et de la Commission de lEquipement Urbain de la Commission Nationale dAménagement du Territoire (CNAT) au début des années 1960 : entre Lyon et Francfort (Comité dexpansion, 1963), puis entre Lyon et Turin (Comité dexpansion, 1965). Elles identifient les similitudes et les différences urbaines, historiques, géographiques et économiques entre les villes, et déterminent les actions à entreprendre et les équipements à réaliser dans lagglomération lyonnaise pour lui conférer le statut de métropole européenne au même titre que ses concurrentes étrangères. Elles servent notamment de base pour la conception du nouveau quartier daffaires de la Part Dieu.
Lintégration de linitiative dexpertise locale dans le dispositif de planification étatique
Au niveau gouvernemental, la notion daménagement du territoire lancé en 1950 par M. Claudius-Petit permet de poser les problèmes de développement en termes économiques et régionaux. Le principe fondateur est que léquilibre du territoire national ne peut être atteint que si lon traite de façon simultanée la ville et la région qui lenvironne, selon une approche qui mêle dans une même réflexion les questions de démographie, de déplacements, déconomie, déquipements, de niveaux de vie
Laménagement du territoire est ainsi « La recherche dans le cadre géographique de la France dune meilleure répartition des hommes en fonction des ressources naturelles et des activités économiques » (Comité dexpansion, 1957b). Léchelle de référence est donc celle du pays et non celle des territoires locaux.
Toutefois, les Plans nationaux ne se contentent pas de fixer à léchelle nationale les objectifs pour chacun des grands chapitres de la production. Le gouvernement leur donne une expression localisée à partir de 1955, à travers des options géographiques et spatiales plus ou moins précises pour chacun des grands territoires régionaux, exprimées dans les Plans dAction Régionale (PAR). Ils ont pour objet de « coordonner dans un cadre régional lactivité des diverses administrations et lutilisation des moyens financiers dont elles disposent avec les mesures à prendre pour encourager les initiatives privées (
) ». Leur élaboration associe les représentants des autorités politiques locales et les organismes locaux qui sintéressent à la mise en valeur de leur région, notamment les Comités dexpansion.
Au centralisme étatique traditionnel vient cependant sajouter lidée dune nouvelle compétence territoriale et globale dintervention, motivée par la recherche de lintérêt général national, qui ne peut être réellement maîtrisée que par les services centraux de laménagement du territoire. En effet, les problèmes nouveaux soulevés par laménagement du territoire et la modernisation économique dépassent le strict champ de la construction et de lurbanisme, qui sont bien connus des autorités locales pour les pratiquer au quotidien, bien quils nen détiennent pas directement la compétence monopolisée par lEtat. La prise de conscience que laménagement et le développement économique du territoire ne se limitent pas au seul aménagement physique fait ainsi peser le soupçon dune incompétence des responsables politiques et économiques locaux sur ces questions nouvelles daménagement et de développement économique. Les services centraux, en pleine structuration autour des grands corps dEtat, craignent alors de voir ce nouveau champ dexpertise territoriale être appropriée par les acteurs locaux (Friedberg, Crozier, 1974).
En 1954, le Comité lyonnais sollicite les conseils de lInspecteur Général de lAdministration pour définir ses statuts et ses actions. Outre lappui moral fourni pour le travail déjà accompli, des recommandations pour une meilleure organisation sont formulées par différentes administrations centrales. La première est de recruter des hommes compétents capables de fournir un travail effectif, non ès qualité. Elle est directement motivée par labsence dingénieurs de lEtat et par la prépondérance des universitaires et chercheurs locaux au sein du Comité. La seconde, relative à lélargissement des perspectives géographiques de travail du Comité à léchelle régionale privilégiée par lEtat, ne remet pas en cause la pertinence du comité départemental lyonnais mais encourage sa collaboration avec les comités des territoires voisins pour traiter des questions régionales. Ils sassocient en 1956 au sein du Comité dexpansion économique Centre-Sud-Est (ou Comité dexpansion régional), afin de répondre à la nécessité formulée par le pouvoir central, de distinguer parmi les actions à développer celles qui relèvent de la compétence strictement locale de celles qui intéressent également les autres grandes villes régionales (Saint-Étienne et Grenoble notamment).
Jusquau milieu des années 1960, lEtat privilégie les initiatives locales dans la définition des orientations de la politique de modernisation économique du pays (Mabileau, 1994). Ceci se traduit par la volonté dinsérer les Comités locaux existants dans les cadres institutionnels de ladministration française, en échange du statut et de la reconnaissance conférés par lagrément officiel du gouvernement. « Lexpansion économique de la région » doit ainsi impérativement figurer dans le titre même du Comité, en application des décrets gouvernementaux de 1955 relatifs à la projection régionale du 3ème Plan. Ils prévoient en effet que seuls les comités départementaux dexpansion économique officiellement agréés sont consultés dans le cadre de la préparation du volet régional des Plans nationaux, et peuvent participer à la rédaction des PAR. Cet alignement sur les critères ministériels permet également aux collectivités ou aux entreprises adaptant leurs projets aux directives officielles daccéder aux aides financières du FDES. Il est donc doublement stratégique pour les acteurs locaux.
Trois ans après sa création par des responsables patronaux de manière volontairement indépendante vis-à-vis des organismes existants, la Chambre de Commerce de Lyon et le CIL deviennent les membres fondateurs de lassociation, a posteriori. La filiation « naturelle » avec les structures patronales lyonnaises est officialisée par la refonte des statuts du Comité, qui participe directement de son institutionnalisation, en lui conférant une meilleure lisibilité dans le paysage économique et politique local, mais aussi vis-à-vis de ladministration centrale. La même année, le Comité déménage des locaux du CIL pour sinstaller au Palais de la Bourse, siège de la Chambre de Commerce de Lyon. Ce transfert lui permet dasseoir un peu plus sa légitimité à intervenir dans les affaires publiques relatives à lintérêt général et au développement économique régional, tant dun point de vue symbolique que pratique, grâce à son rapprochement physique avec lorganisme consulaire. Pour atténuer la lisibilité de cette filiation institutionnelle et éviter de blesser certaines susceptibilités au sein du milieu économique lyonnais, un nouveau président choisi parmi les grands patrons dindustrie locaux est élu à la tête du nouveau Comité.
La modification des statuts saccompagne également dun changement de nom du Comité, ces deux événements étant clairement destinés à adapter lassociation aux nouveaux dispositifs de laménagement du territoire mis en place par lEtat et à améliorer sa lisibilité dans la sphère publique. Le Comité pour lAménagement du Territoire de la Région lyonnaise devient le Comité pour lAménagement et lExpansion économique de la Région lyonnaise. Lassociation adopte donc une dénomination qui correspond directement aux orientations nationales de laménagement et de lexpansion économique du territoire, elle saligne sur les critères ministériels.
Ainsi, toute initiative locale semble devoir nécessairement se référer à un cadre national daction : malgré les volontés lyonnaises affirmées en matière dorientation du développement économique local et les travaux détudes déjà entrepris, les responsables du Comité lyonnais nont dautre choix que daller chercher des conseils et une reconnaissance officielle à Paris. Le principe de la non représentativité, fondateur pour lassociation, lui confère cependant lavantage dune grande liberté daction et dopinion, tout en uvrant officiellement au service des pouvoirs publics et de lintérêt général.
Ce nouvel affichage traduit la double préoccupation de la part des responsables du Comité, de coordination et dorganisation de léquilibre territorial par la réalisation dun développement rationnel de toutes les activités dune part, de positionnement plus précis de lassociation sur le front de la régulation économique dautre part, dans un souci daccompagnement actif du processus de planification et dintervention publique qui se met en place aux niveaux national et local. Les changements dintitulé et de statuts permettent au Comité lyonnais dasseoir sa crédibilité face aux autorités politiques locales et aux responsables techniques et politiques des services centraux. Lobtention de lagrément ministériel du Ministère de la Construction en 1956 lui confère le statut dexpert local légitime sur les questions de développement économique et spatial, et justifie officiellement son action et sa participation auprès des pouvoirs publics pour définir les orientations de la planification dans lagglomération lyonnaise.
Une « guerre » de lexpertise économique perdue face à lEtat central
Le Comité daménagement lyonnais joue un rôle central dexpertise au service de la régulation économique et de la planification régionale au sein du système dacteurs lyonnais. Il se positionne tel un « carrefour fréquenté par de nombreux responsables de léconomie lyonnaise et régionale » (Comité dexpansion, 1957b) se penchant sur les problèmes économiques et daménagement de la région lyonnaise. Dans le cadre de ses travaux détudes, le Comité est à la fois un forum de conseils pour les décideurs publics ou privés et un lieu dexpérimentation méthodologique ouvert aux applications statistiques et aux nouvelles techniques denquête.
Lexpertise économique et territoriale assurée par le Comité dexpansion lyonnais et ses partenaires institutionnels locaux (CCIL, GIL) est proche à la fois de celle dun bureau détudes spécialisé il sinscrit dailleurs selon les cas en concurrence ou en partenariat avec les bureaux parisiens de la CDC , dune bourse aux locaux, dun organisme planificateur et dun observatoire de veille économique. Son action sadresse dabord aux entreprises et à leurs organismes, eu égard à ses origines institutionnelles, mais également aux services publics centraux et aux collectivités locales avec lesquels il entretient détroites et constantes relations. Il contribue grâce à son expertise à laménagement du territoire par le biais des entreprises, en formulant des recommandations pour les reconversions dactivité ou les fusions, en préparant la documentation nécessaire aux décentralisations industrielles et en contribuant à létude générale des capacités daccueil de la région lyonnaise.
Lobjectif principal du Comité dexpansion de Lyon, en accord avec les principes politiques édictés à cette époque au niveau national, est de faire de laménagement du territoire, par le biais des entreprises : « Le dernier mot dune géographie volontaire de la France et de lexpansion des économies régionales reste lesprit dentreprise » (Comité dexpansion, 1957b). Il sinscrit donc dans la droite ligne de la position patronale, qui prône à la fois le laisser-faire de lEtat en matière de régulation au nom des principes du libéralisme et au profit de la liberté de gestion des affaires par les représentants du monde économique, mais aussi la nécessaire alliance des pouvoirs publics et du patronat pour défendre ou promouvoir les intérêts économiques du pays.
Il soutient donc activement lidée dune politique nationale de régulation économique et daménagement du territoire élaborée conjointement par les pouvoirs publics et les forces économiques privées du territoire, en proposant lordonnance nouvelle des équipements de travail et de résidence à léchelle régionale. La multiplication des liaisons organiques entre le Comité et les autres structures intéressées par laménagement et lexpansion économique du territoire (CCIL, GIL, collectivités locales, services de lEtat) donne des moyens cohérents de développement de la région lyonnaise. La sollicitation des compétences du Comité par les services centraux et les techniciens locaux pour préparer les documents de planification urbaine de lagglomération entre 1958 et 1965, confirme son rôle central dans la production dune capacité dexpertise, au service de lintérêt général et du développement économique. Entre 1955 et 1965, le Comité dexpansion lyonnais comble le vide institutionnel en matière dexpertise économique territoriale et daide au développement dont souffre la région lyonnaise, alors que les services de lEtat sont encore très peu présents au niveau local.
Ces initiatives danalyse et de connaissance approfondie du système géographique et économique lyonnais sont cependant assez rapidement rattrapées par les visées de lEtat concernant laménagement du territoire et la place de lagglomération lyonnaise dans la structuration dune économie nationale moderne et équilibrée. Le rôle de représentation et dexpertise économique que les organismes patronaux et consulaires tentent de construire avec lappui dun gouvernement central privilégiant les initiatives locales dans les années 1950 (Mabileau, 1994), est en effet en grande partie phagocyté au cours des années 1960 par les bureaux détudes spécialisés parisiens du réseau de la Caisse des Dépôts et des Consignations (CDC), par les services déconcentrés de lEtat comme lOREAM et les bureaux détudes internes du Ministère de lEquipement (Gaudin, 1993), et par les nouvelles institutions de gestion territoriale créées par lEtat (nouveau statut de la CCI, création de la Communauté Urbaine de Lyon et de son Atelier dUrbanisme, etc.).
La Société dEtudes pour le Développement Economique et Social (SEDES) et le Bureau dEtudes Régionales et Urbaines (BERU), filiales de la CDC, implantent des Délégations régionales à Lyon au début des années 1960. Elles sont rejointes au tournant des années 1970 par dautres cabinets détudes rattachés à la sphère de la CDC et de la SCET, qui interviennent aux côtés de lATURCO pour les études et de la SERL pour le volet de mise en uvre des opérations daménagement (Part Dieu, gestion des marchés fonciers et immobiliers dentreprise). Tous travaillent avec les services de lEtat à la mise en place de la politique nationale daménagement du territoire définie par la DATAR, et plus précisément à la concrétisation de sa déclinaison en faveur du développement de la métropole déquilibre Lyon Saint Etienne - Grenoble.
La primauté de linitiative locale sur la mise en place de la politique nationale des métropoles déquilibre dans lensemble lyonnais, en matière détude et de formalisation spatiale du développement économique régional notamment, est toutefois reconnue par les services étatiques chargés de la planification spatiale (OREAM, 1967). Ces derniers profitent en effet du riche potentiel dexpertise et danalyse mis en place par les organisations économiques locales, quils reprennent à leur compte dans lélaboration et lorientation des documents de planification dont ils ont la charge. Mais après la réforme institutionnelle de 1963 intégrant la planification économique et la politique daménagement du territoire au niveau national, lEtat se détourne volontairement des acteurs économiques locaux, jugés trop peu maîtrisables au regard des enjeux politiques. Il fait le choix de privilégier la technocratie étatique, plus sensible aux intérêts des grands groupes industriels en voie dinternationalisation que le patronat lyonnais, pour conduire lexpertise et la régulation économiques.
Les activités du Comité dexpansion lyonnais cessent progressivement au tournant des années 1970, en raison du monopole de lexpertise exercé par les bureaux détudes du réseau CDC-SCET et les services déconcentrés ou de mission de lEtat (DDE, OREAM, DATAR). Après une quinzaine dannées de travail au service de la connaissance et du développement de léconomie lyonnaise, le Comité lyonnais voit donc son rôle et sa légitimité à intervenir en matière dexpertise et de planification seffacer au profit des nouvelles structures ad hoc créées par le gouvernement pour mettre en uvre les objectifs économiques du Plan, la politique des métropoles déquilibre de la DATAR et assurer lélaboration des nouveaux documents de planification sous le contrôle du Ministère de lEquipement.
Quelques uns de ses membres participent à la Commission de Développement Economique Régionale (CODER) à partir de 1969. Après 1974, le Comité dexpansion du Rhône poursuit leffort de promotion territoriale auprès des investisseurs et des candidats à la décentralisation parisiens, mais à léchelle départementale dans le giron du CGR (Comité dexpansion, 1974). Le Comité dexpansion régional, qui uvre à léchelle de la grande région lyonnaise, poursuit également ses activités détudes, de conseil aux entreprises et de participation aux travaux de concertation auprès des instances de planification étatiques, mais sans interférer dans les affaires propres à lagglomération lyonnaise.
4- Lévolution des relations entre le milieu économique et le pouvoir politique à Lyon
En dépit de la mise à lécart progressive du Comité dexpansion et de la réorganisation profonde du système de gestion territoriale de lagglomération opérée par lEtat, qui limitent fortement le pouvoir dintervention des structures de représentation des intérêts économiques dans la conduite de la régulation économique et de la politique urbaine, le patronat lyonnais conserve une certaine capacité dinfluence sur les autorités politiques locales durant les Trente Glorieuses. Les relations étroites très importantes qui existent au sein du système dacteurs lyonnais, notamment entre la sphère politique et la sphère économique, permettent à la fois aux élus locaux dexercer une forme de contrepoids politique face à la domination étatique, et à certains responsables patronaux de défendre ou promouvoir les intérêts de leurs entreprises auprès des responsables de la COURLY, malgré larrivée de nouveaux responsables économiques appartenant aux grands groupes industriels extra locaux.
Déjà sous le « règne » dE. Herriot, des liens très forts unissent les dirigeants politiques et les dirigeants économiques de Lyon. Le contrat de confiance existant entre ces deux groupes, qui sinterpénètrent parfois au gré des alliances familiales (Sauzay, 1998), explique dailleurs largement la stabilité et la longévité des équipes politiques municipales lyonnaises. L. Pradel, qui succède à E. Herriot en 1957, sintéresse peu aux questions relatives à léconomie et à son développement, à limage de son homologue marseillais (G. Defferre) à la même époque (Morel, Sanmarco, 1985), du moins il le fait avec une certaine distance, cest-à-dire par personnes interposées.
Il délègue en effet la gestion des questions économiques à ses proches collaborateurs ou à ses adjoints, souvent bien insérés dans les milieux daffaires locaux, confortant et renouvelant ainsi un système de clientélisme local classique et solidement établi. Les représentants patronaux et les chefs dentreprises restent majoritairement à lécart des responsabilités politiques, mais ils bénéficient dun accès direct à la sphère décisionnelle municipale grâce à des réseaux dinterconnaissance solides et actifs (Angleraud, Pellissier, 2003).
A la fin des années 1960 toutefois, les liens traditionnels tissés entre les élus locaux et les représentants de léconomie lyonnaise se distendent quelque peu, obligeant notamment le patronat industriel et celui du BTP à repenser leur position vis-à-vis des orientations de la politique urbaine et du pouvoir politique dans lagglomération lyonnaise.
Le clientélisme municipal lyonnais
Dès le début du 20ème siècle, la prise en charge du développement de lenseignement technique et professionnel par la municipalité lyonnaise reflète particulièrement la grande proximité existant entre les milieux politiques et économiques locaux. LEcole municipale de Tissage constitue en effet une aide publique importante accordée aux gros fabricants de soierie locaux, comme le lycée de lautomobile pour la société Berliet et son réseau local de sous-traitants (Lojkine, 1974). Cette relation, voire cette alliance de fait opérée entre élites économiques et politiques locales est fondée sur le principe implicite du soutien mutuel de la collectivité publique et des entrepreneurs locaux. En échange dinvestissements conséquents et réguliers en faveur des intérêts économiques locaux de la part de la Ville, la grande majorité des chefs dentreprises, au sein de la CCIL ou à titre individuel, soutient plus ou moins directement les forces politiques en place.
Ce système perdure et sinstitutionnalise après la guerre avec la création du GIL puis du Comité dexpansion lyonnais, qui offre aux entrepreneurs des lieux dorganisation et de représentation pour développer une action patronale structurée et légitime auprès des sphères de décision publique locales. La municipalité contribue à partir des années 1950 au financement de plusieurs grands équipements structurants à vocation économique, aux côtés de la CCIL et du CGR, à la demande expresse des organismes patronaux locaux : la Foire de Lyon, les ports Rambaud (port fluvial de raccordement ferré et routier situé sur la Saône, au sud de la Presquîle) et E. Herriot (port industriel situé sur le Rhône, en aval du confluent), et le canal de Jonage. Les responsables patronaux sont également directement impliqués dans le développement et la gestion des structures de formation professionnelles lyonnaises : SEPR, INSA, Ecole Centrale, etc. (Angleraud, Pellissier, 2003).
Jusquà la fin des années 1960, le milieu politique radical, très développé à Lyon, est étroitement imbriqué dans le milieu des notables lyonnais et participe à la vie des Cercles ou des Clubs (Angleraud, Pellissier, 2003). Ils rassemblent une partie importante du patronat local et des élites traditionnelles et économiques lyonnaises, soudées également par la franc-maçonnerie malgré leur fréquent attachement religieux et leur conservatisme politique de droite (Sauzay, 1998). Les relais et soutiens à léquipe municipale de L. Pradel sont très importants, y compris dans le milieu très conservateur de la bourgeoisie traditionnelle lyonnaise. Celui-ci rassemble des industriels, des avocats, des notaires et autres juristes, des agents de change, des banquiers, des assureurs et des financiers, des professions libérales, tous adeptes du libéralisme économique, républicains et fils spirituels dE. Aynard.
Ils partagent « un ensemble dattitudes vis à vis du progrès économique et de la technique, de lordre social et du jeu politique et de jugements sur le bien commun ou lintérêt général, sur les politiciens et les partis » (Sauzay, 1998). Certains dentre eux, comme la famille Gillet (teintures textiles chimiques) et G. Villiers, président du CIL et du CNPF, abondent notamment au financement du Parti Républicain de la Liberté après la guerre. Ils travaillent cependant aussi avec léquipe politique plus modérée de L. Pradel, trouvant sans doute dans la conduite et la mise en uvre des politiques urbaines dans lagglomération lyonnaise des occasions de développer ou daméliorer les conditions dexercice de leurs activités industrielles.
Lintérêt économique des entrepreneurs lyonnais saccommode très bien des positions apolitiques et anti-parisiennes du maire de Lyon, mais ils demeurent attachés à la posture traditionnelle de distance vis-à-vis de lengagement sur la scène politique, voire de « méfiance viscérale et héréditaire à légard de la chose publique » (Angleraud, Pellissier, 2003, p.765). La culture et les représentations collectives des acteurs économiques lyonnais, imprégnées de la pensée libérale classique, entretiennent lidée de lincompatibilité du cumul des fonctions politiques et entrepreneuriales. Si très peu de représentants patronaux participent directement à la vie politique en étant élus, ils bénéficient toutefois de nombreux relais auprès des responsables municipaux.
Ainsi, ladjoint à lurbanisme de Lyon, F. Rollet, a un pied dans les milieux juridiques lyonnais par son métier et lautre dans les hautes sphères économiques régionales par alliance familiale : il est en effet administrateur de la principale entreprise de goudronnage lyonnaise (Société Chimique de Gerland), dirigée par son beau-frère J. Courbier, président de la CCIL à la fin des années 1950. J. Ambre, avocat de la Ville et dune partie du patronat lyonnais, a tissé des liens très forts avec les milieux économiques et les organismes patronaux locaux du fait de ces activités professionnelles (Mérindol, 1978). Lexpert-comptable des Gillet est adjoint municipal (P. Montel), le notaire L. Chaine, membre du Cercle de lUnion (Sapy, 2005) et du Rotary-Club, gère les transactions de la Ville dans les quartiers centraux, G. Jarrosson, syndic des agents de change, est aussi député et peut à loccasion influencer les choix gouvernementaux en faveur de Lyon, etc.
L. Pradel sappuie également sur les compétences de quelques industriels très bien intégrés dans le patronat local pour conduire les politiques urbaines non directement liées aux questions économiques. R. Proton de la Chapelle, adjoint à la culture de 1965 à 1977, F. de Grossouvre, médecin converti à la politique puis reconverti à la grande industrie alimentaire (Sucres Berger) ou P. Feuga, dont les avis en matière financière et économique sont très recherchés par léquipe municipale, assurent le lien entre le pouvoir politique municipal et lélite économique locale. L. Pradel signe par ailleurs en 1958 la préface dun ouvrage produit par des entrepreneurs lyonnais pour servir de support promotionnel auprès de leurs clients (Chagny et alii, 1958), matérialisant ainsi la proximité des intérêts respectifs de lélu et des acteurs économiques locaux.
Enfin, un « nouveau » patronat lyonnais émerge dans les années 1950, porté par un nouveau système de clientélisme municipal rassemblant le personnel élu et les principaux entrepreneurs du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP). Quelques figures emblématiques se distinguent notamment par leur proximité avec le pouvoir municipal et leur grande influence sur la conduite des politiques urbaines, ainsi que sur les choix tactiques opérés par léquipe politique de L. Pradel en matière de développement économique. Ce sont pour la plupart des anciens de léquipe Herriot, qui appartiennent au milieu lyonnais de la construction et de limmobilier : A. Charial, président de la société coopérative lAvenir (BTP) ; N. Bullukian, président de la société de construction Le Roc ; A. de Valence, patron dune entreprise spécialisée dans le chauffage urbain, président du Syndicat du Bâtiment et du GIL dans les années 1960 ; J. Maïa, à la tête de la société de construction Maïa-Sonnier ; L. Chambarétaud, directeur général de la société dassurances suisse Winterthur et spécialiste en opérations de spéculation foncière et immobilière
Le clientélisme municipal à Lyon sorganise ainsi essentiellement autour des industriels locaux et des chefs de file du secteur du BTP (Lojkine, 1974), florissant en ces années de forte croissance urbaine et dintense activité de construction dans la ville et son agglomération. Ces derniers bénéficient des largesses dattribution des marchés de construction publique de la municipalité, en échange de leur soutien financier et politique au pouvoir municipal en place. Ces entrepreneurs et administrateurs dentreprises plus ou moins intégrés au pouvoir politique donnent au maire un accès privilégié à toute lélite économique de la ville et le légitiment en retour auprès des milieux économiques lyonnais (Sauzay, 1998).
Cependant, leur présence au sein ou à proximité du Conseil municipal fait aussi peser le soupçon dune collusion entre pouvoir politique et pouvoir économique au niveau local, et dun manque de transparence et dobjectivité dans lattribution des marchés de travaux publics et de construction. Le clientélisme traditionnel sessouffle donc progressivement, notamment pour le secteur de la construction et du fait de la concurrence accrue quexercent les grands groupes capitalistes nationaux et internationaux sur les entreprises locales dans la captation des marchés de construction liés à la mise en uvre de la politique urbaine municipale.
Par ailleurs, le mouvement de concentration industrielle amorcé dans les années 1950 se poursuit en saccélérant, entraînant le départ des principaux sièges sociaux lyonnais vers Paris, tandis que les premiers signes de ralentissement de la croissance industrielle se font sentir à la fin des années 1960. Le patronat industriel lyonnais se trouve ainsi confronté à la nécessité de sadapter à ces nouveaux déterminants économiques, de manière dautant plus urgente que les orientations étatiques dans le domaine de léconomie tendent à privilégier le développement des fonctions et des activités tertiaires dans la métropole lyonnaise, au détriment des activités industrielles. Cette mise en avant du secteur tertiaire rejoint toutefois les préoccupations de léquipe politique de L. Pradel, focalisée sur laménagement du nouveau quartier daffaires de Lyon à la Part Dieu.
Louverture des relations aux intérêts extra-locaux
Depuis la fin de la guerre, le patronat industriel lyonnais est représenté de manière constante, quoique souvent indirecte, au sein du Conseil municipal de Lyon, comme à Villeurbanne après lélection de E. Gagnaire en 1961 (Lojkine, 1974). Il est rejoint au tournant des années 1960 et 1970 par des représentants directs des grands groupes industriels « monopolistes » (Lojkine, 1974) implantés dans lagglomération (Rhône-Poulenc, Rhodiaceta, Gerland British Petroleum). Ils remplacent notamment les traditionnels fabricants de soieries à la mairie, dans les organisations patronales et dans les Cercles. Ce renouvellement politique et économique progressif traduit la relative perte de pouvoir dinfluence du petit patronat local sur la conduite des affaires municipales, au profit des grandes firmes nationales et internationales ayant des intérêts économiques dans lagglomération.
A la fin des années 1960, différents facteurs contribuent à la reconfiguration des liens de clientèle tissés entre le personnel politique local et les représentants du monde économique. Le principal est la reprise en main de laménagement du territoire et des politiques urbaines par lEtat central à partir de 1963, qui se concrétise au niveau de lagglomération lyonnaise par linstauration de lOREAM en 1966 et la création de la COURLY en 1969 (voir infra). Ce mouvement de recentrage du pouvoir dorientation et de conduite de la politique nationale dans lagglomération lyonnaise accompagne linternationalisation des enjeux du développement industriel et de la croissance économique, mais aussi la perte de nombreux sièges sociaux lyonnais au profit de la capitale (Bonnet, 1975).
Ce double processus, institutionnel et économique, contribue directement à laffaiblissement du pouvoir dune partie des élites économiques traditionnelles (BTP et petites entreprises industrielles) sur lorientation du développement économique au niveau local. En revanche, les dirigeants des grandes entreprises nationales et internationales implantées dans lagglomération lyonnaise renforcent leurs relations avec les autorités politiques de la COURLY, notamment par le biais de lAssociation des Cadres et Dirigeants de lIndustrie pour le progrès social et économique (ACADI), club de promotion et véritable groupe de pression associé à la conduite de la politique économique dans la métropole lyonnaise au début des années 1970.
Dune part, le référentiel territorial de la politique économique prônée par les nouveaux services étatiques se déplace de léchelle strictement locale de lagglomération lyonnaise à celle de la RUL et du grand quart Sud-est de la France, en liaison avec la constitution de lAssociation Grand Delta en 1966. Elle regroupe les représentants des institutions politiques et professionnelles des régions de Lyon, Marseille et Saint Etienne pour des actions de lobbying auprès des autorités gouvernementales, afin de les inciter à réaliser dimportants investissements en matière de grands équipements collectifs et dinfrastructures, propices au développement de la grande industrie pétrochimique et sidérurgique, ainsi quauprès des grandes firmes industrielles internationales pour les convaincre de venir simplanter dans la région. Lassociation promeut ainsi laménagement concerté entre Etat et patronat, et le développement complémentaire des pôles économiques marseillais et lyonnais.
Adhèrent à cette association essentiellement les responsables économiques issus des principales firmes industrielles internationales, parfois locales mais le plus souvent dépendant de grands groupes extra locaux, et pas les petits entrepreneurs industriels lyonnais. Ainsi, lAssociation Grand Delta est notamment présidée par le délégué général des Usines Berliet et animée par C. Mérieux (Laboratoires Mérieux). Les principaux groupes pétroliers et chimiques français ayant des intérêts dans le Sud-est de la France et dans la région lyonnaise sont également représentés (Elf-Erap à Feyzin, Rhône-Poulenc, Péchiney, etc.). Le président de la CCIL P. Berliet met lexpertise patronale lyonnaise au service du développement des grandes zones industrialo-portuaires régionales dès le début des années 1960 (CCIL, 1963). Lassociation bénéficie également du soutien politique de L. Pradel, qui organise les « Journées Internationales du Grand Delta » à Lyon en 1972.
Le choix de favoriser la grande industrie place ainsi le pouvoir politique lyonnais en relative contradiction avec les intérêts et les attentes dune part majoritaire du patronat local. J. Lojkine (1974) formule à ce propos un constat très critique sur la subordination du pouvoir politique lyonnais et régional au grand capital industriel national et international, inspiré des théories néo-marxistes sur le Capitalisme Monopoliste dEtat. Il reproche notamment la soumission des dirigeants de la COURLY aux intérêts de développement spatial de la grande industrie, qui occulte complètement les besoins des entreprises lyonnaises.
Dautre part, la montée en puissance des opérations daménagement vouées à laccueil des activités tertiaires dans le centre de lagglomération lyonnaise contribue aussi à rompre léquilibre qui existait dans les relations entre le pouvoir politique local et les entreprises lyonnaises du BTP. Ces dernières, principales bénéficiaires de la politique urbaine « bétonneuse » de L. Pradel, sont en effet progressivement distancées par les grands groupes de la construction et du BTP, qui intègrent beaucoup plus facilement le progrès technique et les nouveaux processus dindustrialisation de la construction dans leur fonctionnement. Le secteur des grands travaux urbains est, comme le reste des activités industrielles, frappé par une dynamique de concentration monopoliste importante à cette époque, qui sexerce au détriment direct des entreprises locales en mal dadaptation.
Les sociétés lAvenir, le Roc, Maïa-Sonnier, les Frères Pitance ou Maillard & Duclos ont été les pourvoyeurs de fonds privilégiés du pradélisme, à limage des sociétés de construction marseillaises dans la cité phocéenne sous le règne de G. Deferre (Morel, 1999), mais sont à la fin des années 1960 mises en situation dinfériorité face à la concurrence exercée par les grandes firmes extra-locales. Les principaux marchés publics municipaux sont ainsi captés par de grands groupes capitalistes nationaux ou internationaux : la construction du métro lyonnais est confiée au groupe CGE Crédit Lyonnais Neuflize-Schlumberger-Mallet, la construction du tunnel sous Fourvière est confiée à la Société Générale dEntreprise et Borie Dumez, laménagement du Cours de Verdun est confié à la Compagnie Industrielle des Travaux et aux Grands Travaux de Marseille (Sauzay, 1998).
Malgré la domination des firmes extra-locales, quelques marchés importants de lopération de la Part Dieu sont attribués aux entreprises lyonnaises, le plus souvent pour des motifs stratégiques et politiques locaux relatifs au maintien du lien privilégié entre le tissu économique lyonnais et les élites politiques. Ainsi, la société déquipement dA. De Valence obtient le marché du chauffage urbain de la Part Dieu en 1969, face à la société non lyonnaise représentée par J. Labasse, taxé de parisianisme malgré sa forte implication dans la promotion du quartier daffaires au sein de la Commission Part Dieu du Comité dexpansion (Sauzay, 1998). Les sociétés lAvenir, Pitance, Morin, Maillard & Duclos et Maïa-Sonnier se partagent les chantiers de construction publique du quartier (équipements ou bâtiments). Elles participent également à la réalisation de quelques programmes immobiliers de bureaux destinés au marché privé, pour le compte de banques ou de la SEM chargée de laménagement (voir infra, Section 3).
Cependant, la perte relative dinfluence du milieu économique local sur le pouvoir politique en place à Lyon est contrebalancée par lentrée en politique de représentants du monde économique et des entreprises locales. Le personnage le plus emblématique de cette intégration progressive des forces patronales au sein du pouvoir politique en place est F. Collomb. Cet industriel lyonnais à la tête de Chimicolor entre en politique en 1959 au poste de Conseiller délégué chargé de la réalisation du marché-gare, de la régie des biens communaux et des affaires économiques de la Ville de Lyon, avant de prendre la présidence de la Foire de Lyon dans les années 1960. Il succède contre toute attente à L. Pradel à la mairie de Lyon à sa mort en 1976.
Il marque louverture du pouvoir politique local au monde économique, dont il est lui-même issu, ainsi que lamorce dune nouvelle ère dans la gestion des affaires économiques par les autorités politiques locales, fondée sur lintégration des intérêts économiques au sein du dispositif décisionnel (voir infra, Section 3). C. Béraudier, compagnon politique de F. Collomb, est également un homme politique local très impliqué dans la gestion municipale des affaires économiques. Plus ouvert aux questions économiques que le maire, il est notamment à lorigine de la décision de transférer le palais de la Foire du quai A. Lignon vers la périphérie Est de Lyon. Son rôle politique est toutefois beaucoup plus important au niveau régional quau niveau strictement local.
Conclusion de Chapitre
Malgré les efforts du milieu patronal lyonnais pour développer sa propre capacité dexpertise dans le domaine de léconomie, de la planification territoriale et de laménagement spatial, afin daccompagner et de faciliter lélaboration des documents de planification dans la métropole lyonnaise, la constitution dun important système dexpertise par les services de lEtat et les réformes de lorganisation de la politique daménagement du territoire au niveau national remettent en question leur participation au processus de décision et de préparation de laction en matière de régulation économique.
Les intérêts des grandes firmes nationales et internationales, portés par la technocratie étatique, se surimposent aux intérêts des entreprises locales. Les interrelations très étroites existant entre les responsables patronaux et les élites politiques lyonnais ne suffisent pas à préserver les possibilités dinfluence des acteurs économiques locaux sur la conduite de la politique économique à Lyon, face aux logiques de développement et de gestion de la croissance sur le territoire de lEtat central, qui se place au service de la compétitivité nationale. Lexpansion des grands groupes dans lagglomération lyonnaise conduit également à un certain renouvellement des élites économiques et à une réorganisation sensible des liens traditionnels unissant les représentants des entreprises et les responsables politiques à Lyon.
De la sorte, les objectifs et les orientations prévues pour lagglomération lyonnaise dans le cadre de la politique des métropoles déquilibre conduite par la DATAR et lOREAM à la fin des années 1960 simposent de manière relativement autoritaire aux acteurs privés locaux, émanant du monde des affaires et de lentreprise. Le patronat lyonnais se trouve ainsi dépossédé de ses possibilités dinfluence sur la planification et laménagement au niveau local, marginalisé par rapport au système de décision local et obligé de subir les principes de la régulation économique territoriale édictés par le pouvoir central de lEtat, fondés sur le rejet de lindustrie hors de lagglomération et sur la tertiarisation accélérée de léconomie locale dans le cadre de la politique des métropoles déquilibre.
Ce processus de mise à lécart des acteurs économiques locaux saccompagne dune refonte profonde de lorganisation institutionnelle et territoriale des pouvoirs publics dans lagglomération, qui conduit à lémergence dun nouveau niveau spatial et politique de régulation et de gestion de laction publique, mieux adapté aux enjeux de développement et daménagement de la croissance portés par lEtat.
II La reconfiguration du paysage institutionnel et opérationnel
Lyon et sa région sont intégrées dans la politique nationale daménagement du territoire comme une des huit métropoles déquilibre, censées assurer un contrepoids économique vis à vis de Paris, fixer spatialement lexpansion et la modernisation des structures productives de la France et accessoirement rivaliser économiquement avec les autres métropoles européennes non capitales. Lagglomération lyonnaise constitue ainsi lun des supports géographiques nécessaires aux actions de régulation économique et daménagement du territoire, qui participent de la mise en oeuvre de la politique économique de lEtat à léchelle nationale.
A partir du milieu des années 1960, la mainmise des services étatiques sur la destinée économique et urbaine de lensemble lyonnais sopère essentiellement par le biais de la DATAR et de lOREAM, ainsi que par la création dun établissement public de coopération intercommunale pour gérer le développement de lagglomération lyonnaise : la Communauté Urbaine de Lyon (COURLY). La domination centrale sur le système dexpertise local se traduit également par le recours systématique aux services des bureaux détudes spécialisés de la CDC, directement ou par lentremise de lAtelier durbanisme de la COURLY (ATURCO) et de la Société dEquipement de la Région Lyonnaise (SERL), sur lesquels les organismes parisiens et les services ministériels de lEquipement exercent une influence technique et méthodologique importante.
Ce dispositif est mis en place par les autorités centrales afin de faciliter la mise en uvre des interventions dans les domaines économique et de laménagement de lespace, et pour renforcer les capacités de contrôle de lEtat sur la régulation économique opérée par les différents acteurs dans lagglomération lyonnaise. Il concrétise ainsi ladaptation des structures locales de régulation économique et territoriale aux impératifs de la politique nationale de modernisation économique et déquipement de lespace. Il traduit également la forte centralisation de lexpertise technique et méthodologique organisée par le gouvernement, et sa volonté de canaliser les initiatives locales pour les inscrire dans les cadres définis au niveau central.
1- Hégémonie étatique et concertation limitée dans la conduite de la politique daménagement à Lyon
Leffort de planification urbaine entrepris au niveau national durant le 4ème Plan (1962-1965) se traduit à léchelon local par une reprise en main progressive des affaires liées à laménagement régional et à lexpansion économique par les services de lEtat. LEtat central, bien que déjà très présent dans la conduite des affaires locales en matière de planification urbaine, laisse une assez grande latitude danalyse et dorientation aux acteurs locaux dans lélaboration des documents durbanisme avant 1963 (Gaudin, 2002). Les premiers plans de lagglomération sont ainsi réalisés par les architectes - urbanistes de la Ville de Lyon et de lEtat, qui travaillent essentiellement dans les faits au service du pouvoir politique lyonnais et des intérêts économiques locaux, mais assez peu au service de la politique étatique encore mal définie, tant en matière de zonage industriel que de conception intégrée des politiques daménagement et de développement économique.
Le patronat local et ses structures de représentation traditionnelles collaborent à lélaboration du PGDU et font partie de lorganisme consultatif du PADOG, qui regroupe les principales autorités régionales et départementales, et les personnalités lyonnaises susceptibles de sintéresser à lorganisation du territoire. Ils peuvent donc influencer les études menées par lorgane permanent (MM. Delfante et Meyer) et le Comité directeur du PADOG, même si le véritable centre de responsabilité institutionnelle et de prise de décision en matière de planification urbaine locale se situe déjà au niveau ministériel.
Le lancement des études darmature urbaine régionale et de la procédure des Plans de Modernisation et dEquipement dans les grandes agglomérations du pays change profondément la donne en matière de planification locale. Les experts universitaires, dont le lyonnais J. Labasse qui entretient par ailleurs des liens étroits avec les responsables patronaux locaux, contribuent directement à alimenter le nouveau projet territorial de lEtat fondé sur le développement métropolitain des principales villes, en fournissant aux fonctionnaires centraux « à la fois les outils méthodologiques et conceptuels, mais aussi la garantie scientifique dont ils ont besoin » (Brun, Paix, 2002, Hautreux, Lecourt, Rochefort, 1963 ; Hautreux, Rochefort, 1964). La technocratie étatique sappuie ainsi sur lexpertise des géographes en matière déconomie régionale pour déployer la nouvelle politique daménagement du territoire au service du développement économique national.
LEtat dispose du monopole de lexpertise territoriale, du fait de la présence de ses personnels et duniversitaires contractuels au sein des différentes structures détudes implantées au niveau local (Groupes Etudes et Planification GEP, OREAM, Agences durbanisme, etc.) (Thoenig, 1987). Dès le début du 5ème Plan, lEtat, par lentremise de la DATAR, décide en effet la mise en place dans la région lyonnaise dun organisme détudes décentralisé, dont la mission est de définir au sein dun schéma directeur de laire métropolitaine considérée, le cadre daménagement des éléments qui la composent et de préciser les moyens à mettre en uvre en vue dun développement concerté. LOREAM Lyon Saint-Etienne créée en 1966 est chargée délaborer pour 1968 un schéma daménagement (le SDAM, publié en 1970), sappuyant sur les études déjà réalisées sur la région lyonnaise et prévoyant les dispositions souhaitées à long terme pour lensemble urbain de la métropole, ainsi que les moyens administratifs et financiers nécessaires pour atteindre les objectifs.
LOREAM et des bureaux détudes spécialisés rattachés au réseau CDC-SCET (CERAU, BETURE) ou au Ministère de lEquipement, organes détudes et de consultation de lEtat, sont implantés à Lyon auprès des services ministériels déconcentrés (DDE), et des services de planification urbaine municipaux (ATURVIL) puis communautaires (ATURCO) chargés des études territoriales (voir infra). Lobjectif poursuivi à travers ce dispositif territorialisé est de permettre des relations permanentes, quoique fortement hiérarchisées, entre les membres du GPE (DDE), les responsables administratifs, les élus, les animateurs du secteur privé et les divers organismes ou associations intéressés de lagglomération lyonnaise. Il conduit à placer de fait les collectivités locales et les acteurs économiques lyonnais dans une situation dinfériorité, voire de domination politique et technique absolue.
Le travail détude et de planification engagé par lOREAM sinscrit dans la continuité de celui engagé par les acteurs locaux, mais il confère un rôle central aux ingénieurs de Ponts et Chaussées et aux experts universitaires parisiens (sociologues, économistes, géographes), au détriment des représentants des intérêts économiques et industriels locaux. Les forces vives de la région notamment les entreprises -, les élus, les administrations, les collectivités locales, les organisations professionnelles et syndicales, la presse
sont aussi conviés par les services centraux à participer activement à la mise en uvre du projet et au travail de réflexion quil nécessite. Le Conseil de Coordination de lOREAM associe ainsi aux travaux de du Groupe Permanent dEtudes les représentants des collectivités locales, des délégués de la Commission de Développement Economique Régionale (CODER) parmi lesquels figurent des représentants du patronat lyonnais. Toutefois, cette concertation seffectue au sein dun organe nayant quun rôle de consultation et davis sur les orientations définies par le Groupe Permanent dEtudes, placé sous le contrôle administratif du Comité de Direction.
La composition de léquipe pluridisciplinaire du Groupe Permanent dEtudes est sur ce point très éclairante : les universitaires qui en font partie ne sont pas choisis au sein de la communauté scientifique locale, mis à part le géographe lyonnais J. Pelletier, recruté comme conseiller technique. Des personnalités comme J. Labasse ou M. Laferrère, pourtant fortement impliqués dans les travaux du Comité dexpansion et au fait des enjeux de développement de la métropole (voir supra), notamment dans le champ de léconomie industrielle et tertiaire grâce à leurs activités universitaires de recherche (Labasse, Laferrère, 1966 ; Labasse, Rochefort, 1964), sont cantonnés à une simple participation au Comité de coordination du SDAM, qui na aucun pouvoir décisionnel direct sur le contenu et les orientations du schéma.
La conception de laménagement et du développement économique de la métropole lyonnaise est ainsi confiée exclusivement à la technocratie étatique. Le rôle moteur du milieu industriel dans le processus de développement économique du territoire est pourtant mis en avant, mais les principes daction préconisés par le SDAM ne mentionnent pas leur mobilisation ou leur possible implication dans le système de régulation économique organisé au niveau local. Lintervention en faveur de léconomie est concentrée sur la planification spatiale, la production de surfaces dactivités, léquipement et laménagement du territoire, et lattribution daides de lEtat aux entreprises. Elle laisse de côté la capacité dinitiative et de participation des organismes patronaux locaux au dispositif de régulation économique, plus propice à une meilleure prise en compte des les besoins spécifiques des entreprises lyonnaises et à lintégration de problématiques sectorielles et qualitatives dans lintervention publique.
Lassociation formelle des forces vives locales au processus délaboration du schéma par lEtat est ainsi plus proche dune tentative de légitimation de la récupération des travaux dexpertise réalisés depuis 10 ans par le Comité dexpansion lyonnais, opérée par les services centraux étatiques, que de la mise en uvre dune véritable concertation, telle quelle est présentée dans les documents officiels de lOREAM. Même si les bureaux détudes spécialisés parisiens réalisent quelques études complémentaires pour aider à lélaboration du nouveau schéma à partir du milieu des années 1960, la majeure partie des informations et des analyses sur le tissu économique local, la répartition de la main duvre et lorganisation spatiale des activités, mobilisées pour la préparation du schéma, est en effet issue des travaux réalisés par le Comité dexpansion lyonnais depuis les années 1950.
Il sagit donc dune éviction des forces économiques locales de la scène décisionnelle et dexpertise, auxquelles les services de lEtat préfèrent substituer leurs propres techniciens et ingénieurs. Ceux-ci savèrent être en effet plus en phase avec les intérêts économiques portés par les grands groupes industriels nationaux et internationaux, fortement relayés par les orientations de la politique nationale, que les experts lyonnais rattachés au système dacteurs local (ATURVIL, Comité dexpansion lyonnais). Les Comités dIntérêt Locaux sengagent en faveur de la promotion de Lyon comme métropole européenne aux côtés de la Jeune Chambre Economique (Biarez, Kukawka, 1986), mais leur engagement na dincidence que sur lorientation de la politique urbaine lyonnaise au niveau local, pas sur la définition du SDAM.
2- Les insuffisances du niveau municipal en matière de régulation économique
Dans le système de régulation économique fortement centralisée des Trente Glorieuses, le territoire, à léchelle nationale comme aux échelles locale et régionale, est considéré comme un simple support des politiques publiques (Estèbe, 2003), sans réelles capacités dintervention. Il est maintenu dans une relation de domination politique et institutionnelle imposée par le pouvoir central. Selon cette conception du territoire, le niveau municipal ne constitue que le cadre spatial dans lequel sont déployées les entreprises et les équipements nécessaires à la bonne conduite de leurs activités. Il représente lélément final dune chaîne territoriale totalement dévouée à la mise en uvre des orientations et décisions prises au niveau de lEtat.
La commune apparaît comme une entité tampon entre lEtat et les processus économiques dans le système de régulation, qui permet de répondre aux attentes des entreprises en matière de localisation et déquipements collectifs au niveau local (Economie & Humanisme, 1977, pp.30-45). Cependant, celle-ci ne dispose pas des ressources juridiques, financières et politiques nécessaires pour assurer de façon fiable et efficace aux yeux de la technocratie étatique la mise en application des objectifs de la politique économique nationale sur le territoire local.
Le niveau municipal est en effet traditionnellement tenu à lécart des affaires économiques en France. La loi de 1886 leur interdisant toute intervention dans le champ de léconomie, domaine réservé à linitiative privé, il faut attendre le développement du socialisme municipal pour que les communes, en particulier les villes, fassent leur entrée dans laction économique (Mabileau, 1994). Bien quelles aient obtenu après la première guerre mondiale un certain élargissement de leurs possibilités dintervention économique, leurs actions sont limitées par lEtat à lintérêt public communal ou intercommunal et à la non recherche de profit. Légalité des citoyens devant la loi et le respect absolu de la liberté du commerce et de lindustrie constituent la règle : lunique justification autorisée de lintervention communale en matière déconomie est la défaillance, linsuffisance, voire labus de linitiative privée. En outre, lintérêt du contribuable citoyen local, léquilibre des finances communales et le respect des objectifs fixés par la politique nationale daménagement du territoire, doivent être obligatoirement pris en considération par les municipalités qui sont tentées dagir dans le domaine de léconomie locale.
Le niveau communal reste donc faiblement pourvu en termes de compétences et de capacités financières daction durant les Trente Glorieuses, bien que de nouvelles tâches opérationnelles et des charges financières lui soient confiées par lEtat : investissements relatifs à la qualité de la vie, aux équipements socioculturels, mais aussi de plus en plus aux transports, à laménagement des terrains industriels, à la réalisation des infrastructures et des grands équipements collectifs en général. Selon le cadre législatif français, les communes ne sont pas tenues dintervenir sur les questions relatives à la régulation économique, alors quelles assument dans les faits les dépenses déquipements nécessaires aux entreprises, prévues par la planification économique et spatiale. Ces dernières ne souhaitent pas prendre en charge le financement et la réalisation des équipements collectifs, au motif quelles sont soumises aux contraintes du marché international, de la concurrence et des délocalisations (Economie & Humanisme, 1977, pp.30-45).
Les élus des collectivités locales de lagglomération lyonnaise ne sont en outre guère mieux lotis que les organismes patronaux par la procédure délaboration conjointe des documents de planification mise en place par lEtat. Ils ne sont que consultés sur les orientations du SDAM et nont pas accès directement au système de décision. La démarche centralisatrice de lEtat conduit en effet à préférer la notion « délaboration conjointe » à lexpression « avec le concours » pour la description du rôle des communes, et du niveau local en général, dans la procédure délaboration des plans (Veltz, 1978). Elle traduit la monopolisation du pouvoir darbitrage et de décision par lEtat, fondée sur lidée que lurbanisme et laménagement doivent simposer aux communes, ces dernières contribuant à la non transparence et au freinage des initiatives privées par leur action.
La domination de lEtat central sur la conception de laménagement industriel régional et métropolitain est également lisible dans les choix de pilotage opérationnel opérés pour la réalisation et la gestion des complexes industriels régionaux. Aux groupements dintérêts économiques et aux sociétés déconomie mixte, qui font pourtant la démonstration de leur efficacité et de leur savoir-faire à limage de la SERL dans la région lyonnaise (voir infra), sont préférées des structures ad hoc créées et contrôlées directement par lEtat, jugées plus souples et mieux adaptées aux actions dimplantation industrielle, telles les missions daménagement et détudes ou les établissements publics daménagement institués pour les villes nouvelles. Ceci reflète particulièrement la méfiance du pouvoir central vis à vis de la capacité des pouvoirs locaux à conduire des projets dune telle envergure.
A la Part Dieu toutefois, la conduite des opérations est confiée à la SERL, bras exécutant des collectivités locales dans le domaine de laménagement spatial (voir infra). Son intervention est cependant étroitement encadrée par les cabinets détudes parisiens du réseau CDC-SCET (dArcy, 1967), qui véhiculent une méthodologie pragmatique, commerciale et libérale très différente des habitudes de travail des acteurs locaux, en prônant notamment louverture de lopération aux intérêts et promoteurs des grands groupes financiers publics ou privés soutenus par lEtat (voir infra, Section 3).
La création de la COURLY et de lATURCO (voir infra) permet aussi au pouvoir central davoir un contrôle étroit sur la réalisation de lopération, aux niveaux financier, décisionnel et urbanistique, et de limiter les possibilités dautonomie des acteurs politiques et techniques locaux dans la conduite du projet. « LEtat pense réseau urbain, alors que Lyon veut réaliser une politique urbaine à léchelle de ses besoins spécifiques. Le projet Part Dieu restera tout au long de sa réalisation soumis aux contraintes juridiques émises par lEtat centralisateur qui lui impose de réaliser les services correspondants à son statut de métropole. A partir de 1969, même si léquipe reste la même, le projet passe de lAtelier Municipal à lAtelier durbanisme de la Communauté urbaine (ATURCO). Ce passage dénote que le Centre envisagé ne relève plus de la ville de Lyon mais quil passe à une échelle spatiale, politique et économique élargie, celle de lagglomération. A partir de cette création, qui correspond aux desiderata de lEtat, celui-ci cesse sa politique interventionniste pour laménagement de la Part Dieu » (Collet, 1986).
La mise en attente du projet de restructuration urbaine de lATURVIL entre 1965 à 1967 et le refus de construire une nouvelle gare centrale à la Part Dieu entre 1967 et 1972 (SERL, 1988) traduisent ainsi, outre un certain manque de confiance dans les capacités de conception, de décision et de portage opérationnel des acteurs lyonnais, le centralisme et le dirigisme absolus du gouvernement gaulliste. Le projet de lAtelier municipal durbanisme concernant le quartier de la Part Dieu nest en effet repris en main par les services de lEtat, quà partir du moment où il sinscrit de manière opportune dans la politique nationale. Son contenu initial, répondant aux attentes des responsables politiques lyonnais, est profondément modifié pour sinsérer dans le projet économique et territorial de lEtat. Le principe de limplantation de la gare est quant à lui directement inspiré de lopération parisienne de Maine-Montparnasse, conduite par les services de lEtat, mais il est introduit dans lopération Part Dieu par le biais des travaux dexpertise du Comité dexpansion lyonnais, ce qui ne correspond pas aux canons décisionnels de la technocratie étatique. Il nest donc inscrit dans le programme de lopération par le Ministère de lEquipement que dès lors quil converge avec la politique étatique, au début des années 1970.
La concertation nécessaire entre lEtat et les municipalités est ainsi fortement marquée par la méfiance traditionnelle qui anime leurs relations. Les autorités centrales ont une attitude dominatrice et méprisante vis-à-vis des initiatives ou des ambitions développées par les pouvoirs publics lyonnais en matière de politique économique et daménagement du territoire. Il sagit essentiellement pour lEtat de sassurer de ladhésion des communes aux orientations centrales, en qualité de relais local de la politique nationale, mais très peu de laisser une véritable liberté dexpression de choix aux pouvoirs locaux. Comme dans dautres métropoles déquilibre françaises (Linossier, 2003 ; Castells, 1974 ; Paillard, 1981), la consultation des communes se limite ainsi à lobtention de leur soutien éventuel à lélaboration des projets dictés par les services étatiques, et de leur collaboration active au financement des opérations. La municipalité lyonnaise na dautre choix que daccepter le projet de lEtat pour la Part Dieu, qui concrétise cependant les annonces gouvernementales relatives au renforcement du poids métropolitain de la ville. F. Rollet, adjoint à lurbanisme de L. Pradel, apporte même la contribution du pouvoir politique à la réussite de lopération, en décidant en 1970 la construction de lHôtel de la COURLY dans le nouveau quartier daffaires.
Les autorités centrales ont également tendance à faire de plus en plus supporter aux collectivités locales les charges dinvestissement nécessaires pour la réalisation des grands équipements collectifs et des opérations daménagement planifiés dans la métropole lyonnaise (Lojkine, 1974). Ce profond bouleversement des rapports financiers entre lEtat et les institutions locales est notamment motivé par la nécessité de maîtriser laugmentation des dépenses publiques centrales, au moment où le pouvoir étatique opte pour une forte et directe participation au processus de concentration industrielle et financière des entreprises au niveau national (soutien aux filières stratégiques et injection massive de capitaux publics dans le cadre des grands programmes sectoriels, constitution de grands groupes sous contrôle étatique
).
Enfin, la faible capacité financière, technique et légale des communes pour intervenir dans les affaires économiques est renforcée par la mainmise politique traditionnelle des notables locaux, appartenant à la fraction souvent très conservatrice de la bourgeoisie provinciale française, sur la gestion des affaires municipales (Mabileau, 1994). Les notables locaux, profondément liés aux intérêts économiques et aux entreprises locales, sont en général majoritairement hostiles à toute forme de modernisation de léconomie française, dans la mesure où celle-ci remet en cause la stabilité du système productif local et, par ricochet, leur domination sur les affaires économiques et politiques locales. Ils sappliquent donc à entretenir le principe de la non intervention directe des pouvoirs publics locaux dans le domaine de léconomie, tout en travaillant de manière étroite avec eux.
Le niveau municipal se trouve ainsi en position de première ligne sur le front de la modernisation économique et de la réorganisation institutionnelle et territoriale de lagglomération lyonnaise selon une perspective métropolitaine, tout en étant farouchement opposé à ce processus, qui porte en lui lannonce de la disparition potentielle des groupes sociaux qui détiennent traditionnellement le pouvoir au niveau local. Ceci se vérifie particulièrement à Lyon, où les élites politiques municipales sont très liées au patronat lyonnais, lui-même farouche défenseur de ses intérêts acquis (voir supra).
3- De nouvelles structures dagglomération au service de la politique économique étatique
La solution étatique à lépineux problème de limplication, sous contrôle, du niveau local dans la mise en uvre de la politique des métropoles déquilibre dans lagglomération lyonnaise est résolument autoritaire et volontariste. Elle sappuie sur la loi du 31 décembre 1966, qui prévoit la création détablissements publics de coopération intercommunale (EPCI) dans les principales agglomérations du pays, hors Paris. La Communauté Urbaine de Lyon (COURLY) est ainsi officiellement créée en 1969, après le rattachement au département du Rhône des communes appartenant fonctionnellement à lagglomération lyonnaise, mais relevant institutionnellement des départements de lAin et de lIsère. Son périmètre couvre 55 communes et reprend en lélargissant le périmètre défini par le Groupement dUrbanisme de Lyon à la fin des années 1950.
Cette création peut être interprétée comme lacte de naissance dun véritable pouvoir local supra-communal à léchelle de lagglomération lyonnaise, la COURLY déplaçant le pouvoir local du niveau municipal au niveau communautaire (Poche, Liochon, 1978). Elle semble cependant aussi obéir à une logique dintégration des initiatives de développement et de la planification locale dans la logique nationale (Veltz, 1978) : ainsi organisé, le niveau local de lagglomération lyonnaise constitue en effet un relais nécessaire et plus efficace que les communes pour les politiques économiques et daménagement du territoire centralisées de lEtat, que ce soit par le biais de la planification spatiale et urbaine à travers les nouveaux plans prévus par la LOF ou par le biais de lurbanisme opérationnel (aménagement de surfaces dactivités : zones industrielles, ensembles immobiliers de bureaux). La nouvelle institution concrétise aussi la pertinence dune gestion de laménagement urbain i.e. du volet spatial de la régulation économique territoriale, notamment industriel et tertiaire , à léchelle dun territoire relativement restreint spatialement au regard des enjeux de la métropole, mais politiquement intégré autour de Lyon.
Le dispositif administratif est complété par des organismes périphériques chargés de la mise en uvre de certains volets de la politique urbaine et économique. Ils constituent les points de pénétration centraux des logiques de management, de marketing et de gestion pragmatique des opérations daménagement et du développement économique du territoire au sein du système dacteurs de lagglomération lyonnaise.
Avantages et limites politiques de la COURLY
L. Pradel, Maire de Lyon depuis 1957, approuve et favorise la création de la Communauté urbaine imposée par le pouvoir central, contrairement à son homologue marseillais (Linossier, 2003), car elle renforce le pouvoir de la ville centre au sein de lagglomération urbaine. La nouvelle entité politique et institutionnelle se fonde en effet sur la surreprésentation des deux grandes villes de lagglomération (Lyon et Villeurbanne), au détriment des petites communes rurales. Elle permet aux édiles lyonnais de renforcer considérablement leur pouvoir politique au niveau local et départemental, en remettant en question lalliance de fait instaurée entre les élus lyonnais et villeurbannais et ceux, « modérés et ruraux », du Conseil Général du Rhône (CGR) (Lojkine, 1974).
Jusquà la création de la COURLY, le CGR est la seule entité institutionnelle et politique qui couvre lensemble de lagglomération, dont la représentation cantonale favorise nettement la population rurale par rapport à la population urbaine du département, pourtant majoritaire. Il constitue alors la principale force dopposition de principe à lurbanisation et à lindustrialisation de lagglomération lyonnaise, souhaitées par les pouvoirs publics centraux comme par les élus des communes urbaines dans le cadre de la réalisation des objectifs du Plan et de la politique des métropoles déquilibre. Pour le maire de Lyon, la création de la COURLY est donc un moyen opportun de contourner linadaptation politique et financière du CGR face à la nouvelle politique daménagement industriel et urbain de la région lyonnaise, et dinstaurer une alliance politique dun nouveau type avec les nouvelles classes moyennes urbaines émergentes, au service des promoteurs et des investisseurs industriels attirés par les grands équipements collectifs de lagglomération (Lojkine, 1974).
Pour lEtat, la COURLY est également un outil institutionnel commode pour faciliter laccueil et lapplication de la politique nationale des métropoles déquilibre dans lagglomération lyonnaise, sans risquer dopposition politique de la part des communes rurales. Le mode délection de conseillers communautaires et lextrême centralisation du pouvoir exécutif autour du président de la COURLY et de son bureau (12 vice-présidents) donnent à Lyon, dont le maire est assuré davoir la présidence, et à Villeurbanne une majorité confortable pour orienter à leur guise la politique urbaine. Cet avantage politique savère décisif, non seulement dans le cadre des efforts de rationalisation des implantations industrielles et de développement des grands équipements collectifs et des infrastructures au sein de lagglomération, mais également dans le cadre de la tertiarisation de léconomie locale souhaitée par les services de lEtat, qui sopère essentiellement sur les deux communes centres, grâce au recours aux procédures opérationnelles de rénovation urbaine et de ZAC.
Les compétences de la COURLY sont très importantes en matière de gestion territoriale, daménagement urbain et de production de surfaces dactivités industrielles ou tertiaires. LEPCI gère entre autres, en délégation et sous contrôle étatique, lélaboration des plans durbanisme (SDAU et POS), la création et léquipement des ZAC, laménagement des ZI, les opérations de rénovation urbaine, les zones dhabitation et le logement HLM, les lycées et collèges, le Marché dIntérêt National... La COURLY bénéficie de lautonomie budgétaire et financière, en percevant impôts, taxes et redevances.
Les premiers budgets de la COURLY (1969-1972) traduisent explicitement la volonté du Président L. Pradel de privilégier les dépenses de voirie (régionale et nationale : autoroutes interurbaines) et la construction de nombreux établissements scolaires secondaires. A partir de 1971, ils reflètent également la volonté du Maire de Lyon de poursuivre au travers de la COURLY les orientations définies pour la Ville de Lyon depuis 1965, en matière de voirie (autoroutes urbaines, tunnel de Fourvière, parkings
), durbanisme et de restructuration urbaine. Ainsi, « la tentation est grande pour la ville métropole dopérer sur les communes voisines un transfert de charge à son profit » (Economie & Humanisme, 1977, p.54).
La COURLY est organisée en effet comme un « guichet » permettant une redistribution orientée des crédits mis en commun, et non comme une instance opérant un véritable rééquilibrage du développement sur lensemble de son territoire de compétence. Lopération de la Part Dieu capte par exemple une bonne partie des budgets communautaires alloués à la voirie, et la quasi totalité de ceux prévus pour la rénovation urbaine (Lojkine, 1974). La COURLY participe par ailleurs au financement du nouvel aéroport de Satolas, bien quil ne soit pas situé sur son territoire, ce qui renforce limpression dune politique centrée sur les intérêts économiques et de développement de la commune centre.
Les budgets de la COURLY sont conçus pour financer en priorité les grands équipements collectifs de lagglomération lyonnaise, mais ils reflètent également la nette orientation de la politique urbaine lyonnaise en faveur du développement économique, au détriment du logement et des équipements socio-éducatifs notamment. Ce choix se matérialise à travers le financement dinfrastructures et de grands équipements collectifs profitant surtout aux intérêts économiques (desserte autoroutière, nouveau centre directionnel de la Part Dieu, aéroport international). Le rôle de la COURLY sinscrit ainsi de fait dans laccompagnement et la facilitation de la mise en uvre de la politique des métropoles déquilibre de lEtat dans lagglomération lyonnaise, cest-à-dire comme un organisme participant à la régulation économique et territoriale, placé indirectement au service des intérêts du capital industriel et tertiaire et des marchés de la construction. Il est en totale adéquation avec les orientations définies par les documents de planification des services de lEtat (SDAM de lOREAM, projets de SDAU) et complémentaire avec le Plan Régional de Développement et dEquipement Rhône-Alpes.
La coopération intercommunale imposée par le gouvernement central dans lagglomération lyonnaise entretient de ce point de vue lillusion dune autonomisation croissante des pouvoirs municipaux et locaux, mais elle sinscrit dans les faits dans la poursuite de leffort de centralisation et de contrôle déployé par lEtat durant la période de croissance (Economie & Humanisme, 1977, pp.52-55). La COURLY apparaît ainsi comme un outil institutionnel au service de la politique économique et daménagement du territoire de lEtat, dont les responsables politiques optent pour la participation financière à laccompagnement et à la réalisation des objectifs centraux, sans grande considération pour les intérêts divergents des communes qui la composent.
Les élus de lopposition communiste issus des communes industrielles et ouvrières de lEst, comme les élus des petites communes du Nord-ouest de lagglomération pour dautres raisons, contestent en effet avec plus ou moins de virulence le « monocratisme » de léquipe politique à la tête la COURLY, et son asservissement aux intérêts économiques de lEtat et du grand capital en cours dinternationalisation (Lojkine, 1974). Les premiers reprochent au pouvoir en place de faire la part belle aux intérêts des investisseurs privés, ils dénoncent lapplication dans lagglomération lyonnaise du « capitalisme monopoliste dEtat » et lassujettissement des autorités publiques locales et nationales aux intérêts du grand capital, notamment au travers de la réalisation du nouveau quartier daffaires de la Part Dieu ou de lélaboration de la politique économique locale au début des années 1970. Ils remettent ainsi en cause la forme et le fond de la politique urbaine. Les seconds, appartenant plutôt à la majorité en exercice, contestent faiblement le contenu et les orientations, mais plutôt la manière de procéder des services communautaires (et de lEtat accessoirement) : ce sont ainsi plus les structures qui sont mises en cause que les hommes (voir infra, Section 3).
Le Maire de Dardilly se plaint notamment de ne pas avoir suffisamment accès aux instances de décision supérieures et de ne pas pouvoir plus influencer les choix et orientations définies pour le développement économique sa commune (Economie & Humanisme, 1977, pp.13-15). Il pointe le problème de la répartition des activités économiques dans lagglomération, qui limite sa commune à une fonction résidentielle excessive face à la concentration des activités industrielles dans lEst lyonnais et des fonctions tertiaires supérieures à Lyon et Villeurbanne. Les petites communes nont pas de prise véritable sur les réflexions en matière daménagement à léchelle de lagglomération ou de la région, du fait de leur non représentation directe au sein du conseil communautaire. Leur poids politique dans le fonctionnement de linstitution intercommunale est très faible ainsi que leur capacité dinfluence sur les choix dorientation du développement économique et spatial de lagglomération. Elles ne peuvent quaccéder aux techniciens de la COURLY ou de ses bras exécutants (SERL), quelles accusent par ailleurs de confisquer les études et la réalisation des projets de zones dactivités sur leur territoire. Les élus des petites communes, et de lopposition sur de nombreux dossiers, nont ainsi accès quau volet technique et opérationnel des projets et de la planification urbaine, ils nont pas de prise sur le volet politique et décisionnel.
La COURLY est donc loin de faire lunanimité dans la classe politique lyonnaise. Elle rencontre des difficultés notables pour apparaître comme une structure favorisant lautonomisation du pouvoir dagglomération et ne bénéficie pas de capacités techniques dintervention très poussées pour élaborer et mettre en uvre une politique urbaine naissante. Elle doit sappuyer sur des organismes institutionnels rattachés financièrement ou organiquement à elle, tant pour conduire les tâches relatives à lélaboration des documents de planification prévus par la LOF ou aux études durbanisme, que pour assurer le pilotage opérationnel des procédures daménagement (ZI, ZAC, opérations de rénovation urbaine
).
Bien quils soient aussi lobjet de critiques de la part de certains élus locaux et du patronat lyonnais comme les services de lEtat chargés détablir les documents de planification prévus par la LOF (DDE, OREAM) à la même période (voir infra, Section 3) , lATURCO et la SERL saffirment comme des structures techniques indispensables pour la mise en uvre de la politique économique et urbaine dans lagglomération lyonnaise, véritables bras exécutants de la COURLY.
De lATURVIL à lATURCO
LAtelier dUrbanisme de la Ville de Lyon (ATURVIL) est créé en 1961 par le Ministère de la Construction, pour apporter une expertise technique spécialisée aux services municipaux dans lélaboration et la mise en uvre des plans durbanisme et des projets de rénovation ou de restructuration urbaine dans la ville centre. Il travaille essentiellement au service du pouvoir municipal local et très indirectement au service des orientations de lEtat, du moins avant la création de la COURLY. Il est placé sous la responsabilité de larchitecte-urbaniste en chef C. Delfante, secondé par J. Meyer sur certains dossiers. Il bénéficie dune aide technique importante de la part des bureaux détudes spécialisés du réseau de la CDC (SEDES, BETURE, SETEC, CERAU) dont il héberge des représentants durant les années 1960.
Le rôle de lATURVIL est très important dans lélaboration des plans durbanisme antérieurs à la LOF de 1967 (PGDU, PADOG, plans de secteurs), et dans la conception de lopération de restructuration urbaine de la Part Dieu. C. Delfante et J. Meyer élaborent en effet dès 1964 un projet de restructuration pour le périmètre de la Part Dieu, ancienne caserne militaire libérée par lArmée française à proximité du centre ville, qui doit devenir un nouveau quartier central pour lagglomération lyonnaise (Delfante, Meyer, 1964). Ce programme est élaboré en collaboration avec les services du Ministère de la Construction, sur la base des études réalisées par les commissions du Comité dexpansion lyonnais et les bureaux détudes spécialisés de la CDC sur les problèmes daccessibilité du centre et de connaissance économique des activités tertiaires (SEDES/CERAU).
C. Delfante est très proche du Maire de Lyon : les travaux de lAtelier durbanisme reflètent donc précisément ses volontés, et les intérêts économiques et de développement urbain de la ville centre. Cette domination du pouvoir politique en place à Lyon et la relative liberté que lui confèrent les services de lEtat sont remis en question par les nouvelles orientations de la politique nationale à partir de 1963. En 1969, lATURVIL est transformé en Atelier dUrbanisme de la COURLY, afin dadapter ses services aux nouveaux enjeux spatiaux de la coopération intercommunale et permettre lintégration technique et opérationnelle de la nouvelle échelle détude territoriale de lagglomération dans les travaux de planification urbaine.
LATURCO travaille ainsi au service de lensemble des communes appartenant à la COURLY, et non plus seulement au service de la Ville de Lyon, mais sa dépendance vis-à-vis des services de lEtat et des bureaux détudes spécialisés de la CDC se trouve également renforcée, au moment même où la domination de la Ville de Lyon sur ses travaux sestompe. LEtat central assure en effet la majeure partie du financement de lATURCO afin de garder un contrôle étroit sur lélaboration et la conduite des politiques urbaines à Lyon, et impose à léquipe locale une collaboration active et permanente avec les cabinets détudes parisiens impliqués dans la conduite de la politique urbaine (SEDES, CERAU
). En revanche, les services de lEtat se dégagent globalement des contraintes opérationnelles, lourdes à assumer dun point de vue financier, humain et technique (besoin de techniciens au fait des problématiques locales et hautement qualifiés), en maintenant en place le personnel de lancienne structure locale, qui a fait la démonstration de ses compétences en matière de planification et détudes urbanistiques à travers lélaboration du PDGU et du PADOG.
La mise en place de la politique des métropoles déquilibre, du GCPU au niveau gouvernemental et de lOREAM au niveau régional, verrouille ainsi assez fortement les possibilités dinitiative et dorientation des acteurs du niveau local. LATURCO est de la sorte beaucoup plus voué à la mise en uvre des orientations de lEtat que lATURVIL. Il constitue désormais lantenne locale des bureaux détudes du réseau SCET-CDC, quils hébergent dans ses locaux. Le rôle du CERAU est notamment très important dans lélaboration des orientations de laction publique en faveur de léconomie et de la planification dans lagglomération lyonnaise à partir de 1968. Il sintéresse tout particulièrement aux questions daménagement industriel et produit une série détudes qualitatives et quantitatives très précises sur lindustrie et le secteur tertiaire dans lagglomération au tournant des années 1960 et 1970. Certaines dentre elles attirent les foudres des organismes patronaux lyonnais (CCIL, GIL), qui voient leurs intérêts industriels être remis en cause dans lagglomération lyonnaise (voir infra, Section 3).
La marge de manuvre de C. Delfante sur laménagement du quartier de la Part Dieu est également beaucoup plus étroite et limitée, comme la capacité dinflexion des documents de planification urbaine par les responsables politiques lyonnais. Le projet de restructuration urbaine du quartier de la Part Dieu, conçu au départ par lATURVIL de façon relativement indépendante et en cohérence avec les intérêts politiques et économiques locaux, est repris en main par les services centraux de lEtat à partir de 1967 dans le cadre de la mise en uvre de la politique des métropoles déquilibre. De la même façon, C. Delfante élabore un projet de SDAU pour lagglomération lyonnaise dès 1969, mais le document définitif est produit par les services ministériels (DDE). Le SDAM de lOREAM reprend en partie ses orientations, mais lATURCO nest pas associé à son élaboration.
Le rôle de lATURCO est cependant peu contesté ni critiqué par les élus lyonnais, en raison de sa faible lisibilité tant opérationnelle que politique et de son mode dintervention, en amont de la décision publique. Son rattachement direct aux services de la COURLY en fait plutôt lun de ses prolongements « naturels »en matière dexpertise et de préparation des documents de planification ou des opérations daménagement. En revanche, sa collaboration de plus en plus étroite avec les bureaux détudes parisiens et son alignement « forcé » sur les orientations politiques de lEtat en matière daménagement économique pour lagglomération à la fin des années 1960, le placent dans un position des plus délicates face aux revendications croissantes des structures de représentation des intérêts économiques lyonnais, désireuses de voir leur légitimité et leur participation à la régulation économique territoriale reconnue par les autorités centrales.
La SERL, bras opérationnel des collectivités locales
La Société dEquipement de la Région Lyonnaise est créée en 1957 pour réaliser, entre autres, laménagement et léquipement des zones industrielles de lagglomération, pour le compte des collectivités locales. Il sagit du premier outil mis en place dans lagglomération lyonnaise par lEtat pour contribuer à la mise en uvre, au niveau local, des orientations de la politique économique et daménagement du territoire nationale. Cette société déconomie mixte (SEM) est financée par les collectivités locales (CGR, communes de Lyon et Villeurbanne, COURLY à partir de 1969) et par des organismes financiers rattachés au réseau de la CDC ou relevant du secteur privé (organisations professionnelles, organismes bancaires
), qui sont représentés au sein du Conseil dadministration chargé de sa gestion.
Elle bénéficie du même régime juridique que les sociétés anonymes, ce qui lui permet déchapper en partie à la lourdeur des procédures et des tutelles administratives auxquelles sont assujetties les collectivités locales dans la conduite opérationnelle des aménagements. Par contre, la SERL est soumise au contrôle administratif du gouvernement, qui désigne un commissaire par le biais du préfet pour siéger au conseil dadministration. En contrepartie, la SEM peut toutefois bénéficier davantages financiers (concours de la FNAFU, de la CDC et des établissements de crédits spécialisés), fiscaux et administratifs (droit dexpropriation) importants (Faucheux, Saillard, Novel, 1965).
En plus de la souplesse et de la plus grande simplicité de mise en uvre des politiques urbaines quelle apporte aux autorités locales, la SERL facilite la collaboration entre les différents acteurs publics et privés lyonnais intéressés par la création des zones industrielles : communes, COURLY, département, Chambre de Commerce, établissements de crédits, organismes professionnels, entreprises. Cependant, linconvénient de la formule de la SEM pour les collectivités locales lyonnaises, notamment pour la COURLY à partir de 1969, est contenu dans son rôle même. La SERL réalise les opérations daménagement que lui concède la collectivité publique ; ce faisant, la COURLY se décharge de ses tâches danimation et dexécution opérationnelles au bénéfice dun organisme tiers, dans un domaine laménagement des espaces à vocation économique , qui exerce une influence de plus en plus décisive sur lavenir des communes de lagglomération.
Ce dispositif de sous-traitance opérationnelle instaure en effet une nouvelle distance entre le territoire communal, où sopèrent les aménagements et les réalisations, et le niveau de portage politique et institutionnel des projets. Il conduit donc la COURLY à être doublement éloignée des problèmes spécifiques des municipalités et des acteurs économiques sur le territoire, dabord par le truchement de la délégation de compétence et de pouvoir des communes, ensuite par lentremise de lintervention de la SERL comme organisme aménageur pour le compte des pouvoirs publics.
Sur le terrain, les élus municipaux, comme les autres acteurs impliqués dans les processus daménagement et de zoning industriel (entreprises, organismes patronaux
), nont pas comme interlocuteurs privilégiés les services ou les élus communautaires, mais uniquement les techniciens travaillant pour la SERL. Ce paradoxe du recours de la COURLY à un bras exécutant extérieur pour mettre en uvre la politique économique au niveau local occasionne donc de nombreuses contestations et critiques, tant de la part des élus municipaux que des chefs dentreprises (voir supra, et infra, Section 3).
Lintervention de la SERL est pourtant primordiale dans laménagement des zones industrielles et des zones dactivités tertiaires de lagglomération lyonnaise. Elle assure en effet la réalisation de la totalité des ZI programmées dans lagglomération, à lexception des deux qui sont réalisées par la Chambre de Commerce de Lyon. Elle profite pour ce faire de lassistance très précieuse des services de la SCET. Cette filiale de la CDC assure une mission dintérêt général au service de la politique daménagement du territoire nationale depuis 1955. Elle est financée par les établissements bancaires et de crédits spécialisés liés à lEtat (Banque de France, Crédits national et foncier
), pour faciliter laction des SEM chargées daménager et déquiper les ZI, et occasionnellement pour promouvoir en direct leur création.
Financièrement, elle contribue au fonctionnement de la SERL et lui facilite laccès aux établissements de crédits. Administrativement, elle assure les liaisons entre les SEM et les services de lEtat, dont les représentants siègent au conseil dadministration de la SCET. Elle peut ainsi conseiller utilement les pouvoirs publics lyonnais et les techniciens de la SERL quant au choix des opérations à réaliser, à leur localisation ou à leur échelonnement dans le temps, en fonction des objectifs et des inflexions de la politique daménagement du territoire et de développement économique au niveau national.
Techniquement et sur le plan de la gestion enfin, la SCET apporte son concours à la SERL pour létude et lélaboration des programmes opérationnels et des projets déquipements, la détermination des modalités de financement des opérations et létablissement des dossiers demprunt, la passation des marchés, le contrôle de lexécution des opérations et même pour son fonctionnement. Lorganisation et les moyens daction très importants de la SCET sont ainsi mis au service du travail des SEM locales comme la SERL, qui ne bénéficient pas de moyens humains très conséquents. Ils permettent également à la SERL de limiter ses frais généraux et den répercuter le bénéfice sur le prix de vente des terrains aux industriels ou aux investisseurs immobiliers.
Linfluence directe de la SCET sur les pratiques de la SERL est particulièrement importante à partir des années 1970. Elle permet notamment de favoriser lacculturation des techniciens locaux aux nouvelles méthodes stratégiques issues du management des entreprises, qui mettent en particulier laccent sur le recours au marketing dans la gestion de loffre de surfaces dactivités industrielles ou tertiaires. Ces démarches de gestion stratégique et commerciale sont également véhiculées par les cabinets détudes affiliées au réseau de la CDC, et visent à faire accepter de manière implicite le choix tertiaire et post-industriel formulé par le gouvernement français au début des années 1970.
Les autorités centrales apportent ainsi leur expertise économique aux organismes aménageurs locaux, face à la multitude des intérêts particuliers privés et des convoitises susceptibles dêtre aiguisées par les importants programmes immobiliers et commerciaux prévus dans les métropoles déquilibre. Elles sappuient sur la SCET pour diffuser « la bonne parole de lEtat » auprès des SEM, ainsi que de nouvelles méthodes de conduite des opérations inspirées du management et du marketing (voir infra, Section 3).
En matière daménagement de surfaces destinées aux activités tertiaires, laction de la SERL se développe essentiellement à partir de la fin des 1960, dans le cadre de lopération de rénovation urbaine de la Part Dieu, puis de celle du Tonkin. La nouvelle capacité dexpertise technique et de promotion économique quelle acquiert à cette occasion, grâce à lassistance active des sociétés spécialisées du réseau SCET-CDC, savère décisive dans lappropriation par les élus locaux et les services techniques des collectivités locales (COURLY, municipalités) des nouvelles méthodes de conduite de projet et dintervention publique.
La SERL constitue donc à la fois le principal bras exécutant de la COURLY pour les opérations daménagement spatial ou la réalisation des grands équipements, et le point de pénétration des démarches de marketing et de promotion commerciale portées par la technocratie étatique dans le système daction publique local en matière daménagement industriel et économique, du fait de son rôle en première ligne sur le front opérationnel de lagglomération lyonnaise. Lhostilité des organismes patronaux lyonnais, des investisseurs, des promoteurs - constructeurs et de certains élus de banlieue à son égard ne remet donc pas fondamentalement en cause sa compétence technique ni son expertise économique, mais plutôt sa dimension fortement technocratique et son assujettissement aux logiques daménagement industriel puis tertiaire prônées par lEtat central, qui sont également amplement relayées par les responsables politiques de la COURLY au tournant des années 1970.
4- Laccompagnement spatial du développement économique
Dans la métropole lyonnaise, la fraction la plus dynamique du capitalisme local et régional, avec laide plus ou moins directe de lEtat via les documents de planification spatiale, met en uvre la stratégie visant au redéploiement spatial de son appareil de production (voir supra, Section 1). La délocalisation/relocalisation spatiale des entreprises sur le territoire, à léchelle nationale comme au niveau local, constitue un élément incontournable de la modernisation de lappareil productif, encouragée et soutenue par les politiques de lEtat. Le processus de desserrement des activités industrielles sopère de la ville centre (Lyon et Villeurbanne) vers les communes périphériques. Il est dautant plus légitime pour les pouvoirs publics quil accompagne laménagement rationnel du territoire et quil permet de libérer de lespace dans la partie centrale de lagglomération pour accueillir de nouvelles fonctions résidentielles et tertiaires.
Les acteurs institutionnels de lagglomération lyonnaise ne participent cependant à la mise en uvre de la politique économique et daménagement du territoire de lEtat que de manière indirecte, et sous contrôle étroit des pouvoirs publics centraux. Ils sont impliqués dans la régulation économique territoriale par le biais de la planification spatiale et de laménagement de zones dactivités. Ils accompagnent ainsi indirectement le développement économique des entreprises sur le territoire, en contribuant à améliorer leur environnement, plus quils ne le dirigent. Les principaux leviers dintervention directe sont en effet détenus par les autorités étatiques centrales, qui ne laissent quune maigre possibilité de manuvre aux collectivités locales et aux organismes à vocation économique, comme les structures patronales.
Dans les années 1960 et 1970, le développement spatial de lagglomération lyonnaise est ainsi au centre des préoccupations des acteurs locaux en matière durbanisme industriel et de rénovation urbaine. Pour préparer et conduire les nombreuses opérations daménagement engagées, tant en matière de « zoning industriel » que de rénovation urbaine à vocation tertiaire, les municipalités de Lyon et de Villeurbanne, ainsi que certaines communes périphériques, sappuient sur les études réalisées par lATURVIL et sur les compétences opérationnelles de la SERL. A partir de 1969, la COURLY et lATURCO prennent le relais de la conduite des opérations daménagement dans lagglomération aux côtés de la SERL, en travaillant de manière étroite avec les services de lEtat qui sintéressent à la planification spatiale (DATAR, OREAM, DDE).
La CCIL prend également en charge la réalisation de deux zones industrielles dans lagglomération, en qualité dorganisme parapublic oeuvrant à la fois pour lintérêt général et pour celui des entreprises, mais la SERL reste lopérateur dominant de laménagement des surfaces destinées à laccueil des activités économiques, industrielles ou tertiaires. Elle réalise en effet la majeure partie des ZI puis des ZAC programmées dans lagglomération. Le rôle des nouveaux outils institutionnels créés ou contrôlés par lEtat dans la mise en uvre du volet spatial de laménagement industriel de lagglomération lyonnaise est ainsi central.
La transformation des quartiers centraux et péricentraux de Lyon, dotés dindustries anciennes implantées de manière souvent anarchique, en quartiers à vocation résidentielle et tertiaire implique léviction des usines et des entrepôts hors du tissu urbain central, dautant plus lorsquelles occasionnent des nuisances pour leur environnement proche. Lenjeu économique et spatial de lexurbanisation des industries vers des zones situées en périphérie, mieux adaptées à leur accueil et à leur développement, se double donc dun enjeu urbanistique de restructuration des quartiers centraux de Lyon.
Cette double dynamique de desserrement industriel vers les périphéries et de développement tertiaire dans le centre de lagglomération contribue directement à façonner le territoire économique de la métropole lyonnaise et à reconfigurer la géographie du système productif local. Elle permet aussi aux acteurs politiques et opérationnels lyonnais de se forger une première capacité dexpertise et de pilotage procédural en matière daménagement spatial à vocation économique, à travers leur implication directe dans laménagement opérationnel.
Léviction des activités industrielles hors du centre de lagglomération
Une rénovation urbaine massive accompagne le maintien de quelques quartiers industriels sur les communes centrales de lagglomération (Lyon et Villeurbanne) à partir de la fin des années 1950. Le très fort besoin en matière de logement et déquipements publics daccompagnement lié à limportante croissance démographique (« baby-boom » de laprès-guerre, rapatriement des populations dAfrique du nord en 1962, exode rural) qui se manifeste à léchelle de lensemble urbain lyonnais et linfluence marquée des théories fonctionnalistes dans laménagement urbain (zonage rationnel des fonctions, aération du tissu urbain
) motivent les pouvoirs publics dans la planification et la conduite dopérations destinées à renouveler en profondeur le tissu urbain ancien des quartiers centraux de lagglomération, parallèlement à lurbanisation de vastes zones en périphérie dans le cadre des ZUP et des ZI.
Au début des années 1960, le Comité dexpansion établit un fichier communal des usines à vendre et des terrains industriels disponibles, calcule les dimensions approximatives des nouvelles implantations industrielles à prévoir, le tout en liaison avec les municipalités, les notaires et les agences immobilières locales. Il recense également les usines mal implantées dans le tissu urbain, présentant des incompatibilités de commodité ou de salubrité avec les zones dhabitation, afin de préparer les opérations de rénovation urbaine et danticiper le desserrement industriel de Lyon et Villeurbanne vers les périphéries. Ce travail sappuie sur le recensement réalisé par le BERU et le SETEC (réseau CDC), auprès des organismes patronaux (GIL, syndicats de branches) et des entreprises locales, destiné à approfondir les connaissances sur les surfaces industrielles existantes et à développer dans lagglomération lyonnaise.
Les résultats de lenquête permettent détablir le diagnostic économique et urbain des différents quartiers concernés par les problèmes de rénovation urbaine et de desserrement industriel. Ces diagnostics servent de base de travail pour la Commission municipale durbanisme chargée de la mise en uvre des opérations et pour les services de lEtat chargés de lélaboration des documents de planification, en leur fournissant des éléments de connaissance du tissu productif du centre de lagglomération.
Gerland est le premier quartier de Lyon à faire lobjet dun diagnostic économique et urbain. Il met en évidence la vocation daccueil dindustries moyennes du quartier à préserver, sa faible aptitude à accueillir des activités dentreposage malgré laménagement du port fluvial Edouard Herriot et le développement des installations ferroviaires de la gare de la Guillotière, son faible niveau déquipement en lignes téléphoniques et le caractère extensible de ses réserves foncières grâce à laménagement des berges du Rhône (entre 30 et 70 ha disponibles). La commune de Villeurbanne (notamment linadaptation du parcellaire rural en lanières pour les implantations industrielles dans le secteur du Tonkin), le quartier de la Part-Dieu, celui de Vaise et lensemble de la Presquîle de Lyon sont également passés au crible de la modernisation économique et urbaine. Au final, seuls les quartiers de Vaise et de Gerland, ainsi que plusieurs quartiers de Villeurbanne conservent une vocation industrielle affirmée, autour des spécialités productives traditionnelles de Lyon : chimie, pharmacie, textile, mécanique, agro-alimentaire, construction électrique et électronique. Les autres sont voués à une reconversion tertiaire et résidentielle dans le cadre des procédures de rénovation urbaine.
Une étude commandée par le CGP aux bureaux détudes de la CDC pour préparer lélaboration du SDAM et la tertiarisation de lagglomération recense les motivations, les besoins, les souhaits et les conditions des entreprises candidates au déplacement dans lagglomération lyonnaise (OREAM, 1968). Elle montre une forte concentration des volontés de départ dans la ville centre de Lyon (les 2/3), notamment depuis le 3ème arrondissement (30 % des intentions lyonnaises) et de manière moins prononcée depuis les 6ème et 7ème arrondissements (environ 16 %). Ces quartiers correspondent en partie aux opérations de rénovation urbaine engagées depuis la fin des années 1950 dans la ville de Lyon. La teneur urbanistique et fonctionnelle de ces études traduit la volonté des pouvoirs publics de sortir les usines de la ville, de moderniser le tissu économique de lagglomération, de le rationaliser, de lordonner dun point de vue urbanistique et de combler les vides. Les entrepôts mal entretenus et les nuisances des usines sont désignés comme anachroniques et inadaptés au développement économique et social de la ville et à lélévation générale du niveau de vie.
Le choix tertiaire pour le tissu central de la métropole est conforme aux orientations définies par les services de lEtat dans le cadre du SDAM. Il accompagne également la dynamique spontanée de transformation du tissu économique de lagglomération. Au début des années 1960, Lyon reste profondément marquée par son histoire industrielle et la part des emplois de services dans la population active est encore relativement modeste par rapport aux autres grandes villes françaises ou européennes de taille comparable. Entre 1962 et 1968 cependant, les emplois de services passent du tiers à plus de la moitié de la population active de lagglomération, cette croissance représentant lune des plus rapides progressions enregistrées en France sur cette période (Reynaud, 1973b). La transformation du tissu urbain pour accueillir les activités tertiaires et leur essor dans le centre de lagglomération nen est que plus brutal (Bonnet, 1986).
Les quartiers visés par la rénovation urbaine sont destinés à accueillir de nouveaux ensembles mixtes de logements et dactivités économiques non productives et non gênantes, à forte densité de main duvre, cest-à-dire essentiellement tertiaires. La croissance économique et industrielle saccompagne en effet dun développement très important des activités de services, dont une part importante, qualifiée de services banaux sinscrit dans laccompagnement « normal » de la croissance de la population, et une autre partie, non négligeable, correspond au développement du tertiaire industriel (recherche et développement, ingénierie, logistique, expertise, marketing et SAV) et du secteur des services aux entreprises, aux contours sectoriels assez flous : conseils en gestion, communication, publicité, services juridiques, conseils fiscaux, comptabilité
Toutefois, en dehors de limposant programme de la Part Dieu, les interventions spatiales de lEtat ou des acteurs publics locaux à destination des services supérieurs dans lagglomération sont relativement peu nombreuses et circonscrites géographiquement (voir infra).
Lorganisation du desserrement industriel autour de Lyon
Le mouvement de périphisation (Boino, 1999) des activités industrielles dans lagglomération lyonnaise sopère au détriment des communes centrales de Lyon et de Villeurbanne, majoritairement au profit des communes de la première couronne situées à lEst et au Sud de Lyon, et dans une moindre mesure au bénéfice des communes de lOuest et du Nord de lagglomération. Il se réalise environ pour moitié dans les zones industrielles aménagées et équipées à cet effet par les pouvoirs publics (CCIL et SERL), lautre moitié étant réalisée sur des terrains libres situés en dehors des zones industrielles.
Les nouvelles périphéries urbaines sont rendues économiquement intéressantes et accessibles pour les activités par les progrès enregistrés dans le domaine des transports. Elles offrent des terrains en abondance, à des prix très compétitifs par rapport à ceux pratiqués dans le tissu urbain central, et bénéficient de la proximité immédiate des grands foyers de population des nouveaux quartiers dhabitat social (ZUP). Elles sont ainsi particulièrement attractives pour les activités à forte consommation de main duvre, quelles soient tertiaires ou productives, qui cherchent à se développer près de Lyon.
Pour autant, les industriels ne renoncent pas aux atouts de la grande ville et de la centralité, les opérations de desserrement étant le plus souvent réalisées au plus près du centre de lagglomération. Les chefs dentreprises, très classiquement, entendent continuer à profiter des avantages de la concentration du marché de lemploi et des équipements quoffre la grande ville, tout en développant spatialement leur activité et en constituant des réserves foncières pour leurs développements futurs. Ils sappuient sur les organismes patronaux locaux pour relayer leurs attentes en matière de localisation spatiale aux franges de lagglomération urbaine auprès des pouvoirs publics chargés de la planification et des opérations daménagement, leur permettant de disposer dimportantes surfaces libres.
Ce processus de déconcentration des activités économiques à léchelle métropolitaine participe directement de la réorganisation profonde des structures productives locales, en lien avec le contexte de croissance et la politique des métropoles déquilibre de lEtat. Il révèle notamment une double tendance de hiérarchisation spatio-fonctionnelle des espaces dédiés à laccueil des activités économiques et de relative désindustrialisation de lagglomération lyonnaise : fort développement des activités dentreposage et de logistique, ainsi que des activités tertiaires et commerciales, au détriment des activités purement productives plus classiques, rejetées loin de la zone centrale. Ce transfert des activités industrielles hors du centre (Lyon et Villeurbanne) et leur redéploiement en périphérie de lagglomération suppose la création de zones aménagées spécifiquement pour laccueil des industries, en accord avec les documents de planification successivement à létude.
Pour réaliser le desserrement des activités productives, lEtat encourage donc à la création et laménagement de zones industrielles par les collectivités locales ou les organismes consulaires, en créant de nouveaux outils procéduraux et opérationnels (voir supra, Section 1). Cette politique publique volontariste trouve sa déclinaison dans les ZI aménagées par la SERL, ex nihilo ou à partir dune zone dimplantation industrielle spontanée (Bonnet, 1975 ;CRAI, 1977) : Z.I. de Caluire-Rillieux au Nord, Z.I. Mi-Plaine (Saint-Priest Chassieu Genas), Z.I. de Vaulx-en-Velin et Z.I. de Décines - Meyzieu à lEst, Z.I. de Miribel-Jonage au Nord-est, Z.I. de Pierre-Bénite et Z.I. de Feyzin, du Port E. Herriot et de Saint-Fons au Sud, Z.I. de Corbas Vénissieux Saint-Priest au Sud-est... ainsi que par la CCIL (zone industrielle, agro-alimentaire et logistique de Corbas Montmartin au Sud-est et Z.I. de Neuville-Genay au Nord, dominée par les activités chimiques).
Sur le marché foncier local, linitiative daccompagnement du développement économique par lencadrement des relocalisations industrielles grâce aux ZI se heurte cependant à un double goulot détranglement : la relative pénurie des terrains disponibles et la concurrence exercée par les implantations industrielles réalisées en dehors des zones aménagées et équipées. En 1968, 800 ha environ sont déjà consommés par les activités économiques qui se desserrent depuis la zone centrale, dont 230 ha pour les seules industries, principalement dans lEst et le Sud de lagglomération, ainsi quau Nord (CRAI, 1977). De 1968 à 1975, la SERL met de nouvelles surfaces équipées (290 ha) sur le marché dans lagglomération, correspondant à lextension ou au lancement de nouvelles opérations réalisées avec la procédure ZAC. Elles complètent loffre commercialisée à léchelle de la COURLY (600 ha), en diversifiant les possibilités de localisation géographique dans lEst (Vaulx-enVelin, 1ère tranche Mi-Plaine), le Nord (Rillieux) et lOuest de lagglomération (Dardilly, Saint-Genis-lès-Ollières) (CRAI, 1977).
Malgré la grande attention portée à la conception, à laménagement et aux équipements puis à leur promotion, les ZI ne constituent cependant quun élément de choix parmi toutes les possibilités qui se présentent aux entreprises en quête de localisation : un quart seulement des chefs dentreprises envisagent limplantation en ZI en 1968 (OREAM, 1968). Plus de la moitié des implantations sont réalisées en dehors de toute procédure daménagement entre 1968 et 1975 (CRAI, 1977), notamment par les grands groupes industriels bénéficiant de leurs propres réserves foncières (voir supra, Section 1). Outre la défiance traditionnelle du patronat vis-à-vis de toute forme dintervention publique dans le champ de léconomie, la surcharge financière des implantations en ZI pèse aussi de façon importante sur les choix de localisation des industriels.
Des communes limitrophes de la COURLY aménagent également leurs propres zones industrielles, en collaboration avec la CCIL, la SERL ou la COURLY, ou en concurrence avec leurs réalisations. Certaines ont volontairement refusé leur intégration dans le périmètre de la communauté urbaine par choix politique, dautres ont du y renoncer en raison de leur appartenance à un autre département que le Rhône. Brignais, Chaponost et Lentilly au Sud-ouest font ainsi « cavalier seul » vis-à-vis de loffre développée dans lagglomération, mais permettent aux entreprises de bénéficier directement de la proximité du marché lyonnais. Elles entendent profiter de la dynamique de desserrement des activités industrielles depuis Lyon en attirant sur leur territoire des entreprises en quête dune localisation à proximité du centre de lagglomération, au moindre coût et en dehors du carcan de la technocratie intercommunale. En revanche, Genas (Isère) et Miribel (Ain) à lEst jouent la complémentarité et la continuité avec loffre de surfaces industrielles réalisée dans la COURLY. La SERL réalise en effet des zones industrielles à cheval sur le périmètre communautaire et le territoire de ces communes, malgré la frontière départementale (ZI « Mi-Plaine » et ZI de Miribel-Jonage).
La consommation de terrains par les activités industrielles représente près de 1300 ha dans la COURLY (dont la moitié environ en dehors des zones aménagées) entre 1968 et 1975, pour un rythme annuel moyen de commercialisation de plus de 150 ha. Au milieu des années 1970, lagglomération lyonnaise dispose denviron mille hectares de zones et de lotissements industriels, dont plus des trois quarts déjà occupés. 240 ha sont encore disponibles aux limites Nord, Est et Sud de lagglomération, dans les ZI de Vaulx-en-Velin, Neuville Genay et Corbas Vénissieux Saint-Priest. Lextension des surfaces commercialisables à long terme est prévue à Chassieu Saint-Priest Genas, à Meyzieu Jonage, à Neuville Genay et à Vénissieux Corbas (CRAI, 1977).
Les forces centrifuges de desserrement spatial des activités productives sous-tendent le dynamisme des ZI aménagées dans lagglomération. Elles accueillent donc essentiellement des établissements qui glissent de la zone centrale à la périphérie en restant dans le même axe ou rayon géographique (Masson, 1984). Les entreprises lyonnaises profitent du mouvement pour développer leurs activités dentreposage, de logistique, de négoce et de service après-vente en aval, ou leur fonctions de direction, de recherche&développement et de gestion productive en amont.
Un double profil industriel se dégage ainsi à lEst : les communes proches du centre de lagglomération ou des nuds de transport accueillent des activités logistiques, des petites unités productives ou artisanales, des activités de tertiaire industriel (bureaux détudes, services commerciaux, laboratoires) et la grande distribution commerciale (Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Corbas, Bron), tandis que les communes plus périphériques concentrent les gros établissements industriels (Meyzieu, Chassieu, Saint-Priest). Le Sud accueille une grande variété dactivités (industrie, commerce, logistique, recherche, construction), profitant du rayonnement du Couloir de la Chimie ou de la présence dinfrastructures de desserte (ZI de Saint-Genis-Laval et ZI du Broteau à Irigny). Au Nord, le Val de Saône accueille les grandes industries chimiques de Lyon (Vaise) et le Plateau de Caluire-Rillieux, des entreprises industrielles mécaniques ou textiles en provenance de Lyon et Villeurbanne, ainsi que des établissements tertiaires ou commerciaux attirés par la proximité du centre.
LOuest de lagglomération reste en revanche relativement à lécart du processus de desserrement industriel, en accueillant principalement des fonctions tertiaires, commerciales (grande distribution) et de recherche, peu nuisantes conformément aux préconisations des documents de planification successifs. De nombreux sièges sociaux et directions régionales sinstallent dans ou à proximité de la ZAC de Dardilly, profitant de la vocation tertiaire de la zone, des subventions étatiques (PLAT), du cadre paysager agréable et de la présence dimportants axes routiers vers Paris (RN6, RN7, RN89, A6). Ce secteur constitue le principal lieu de déploiement des activités tertiaires en dehors du centre.
Le développement de loffre dimplantation tertiaire
La réalisation de la métropole tertiaire lyonnaise, fortement soutenue par lEtat, est activement relayée par les COURLY et la SERL à la fin des années 1960 sur le volet opérationnel de laménagement urbain. Elle sopère principalement dans le secteur central de lagglomération (Lyon et Villeurbanne), en cohérence avec la nature immatérielle et communicationnelle des activités de services, ainsi quavec la dynamique spontanée de développement du marché immobilier de bureaux au sein de lagglomération. Le parc tertiaire de lagglomération passe en effet de 700 000 m² en 1964 à presque un million en 1968, dont 1/5ème environ est occupé par des activités tertiaires relevant dentreprises industrielles (CERAU, 1968). Les banques, assurances, professions libérales et autres services « purs » occupent les 80 % restants.
Les deux tiers des bureaux sont concentrés dans le centre de Lyon, une moitié en Presquîle et lautre sur la rive gauche du Rhône (Guillotière, Brotteaux, Part Dieu). Le tiers restant se répartit de façon assez homogène entre les 1ère couronnes Est (Perrache Gerland, Montplaisir Montchat, Villeurbanne, Saint-Fons Vénissieux Bron) et Ouest de lagglomération (Croix-Rousse, rive droite de la Saône, Caluire, Sainte-Foy Oullins La Mulatière Pierre Bénite). Le secteur Sud-est, correspondant aux quartiers péricentraux et aux communes industrielles périphériques, concentre plus particulièrement les bureaux « dissociés », cest-à-dire abritant des activités tertiaires relevant dentreprises industrielles, en cohérence avec la forte concentration des activités productives dans ce secteur. La localisation des bureaux de tertiaire « pur » correspond plutôt à un ensemble de fonctions centrales dans la ville, et de manière secondaire à des fonctions daccompagnement dans les zones résidentielles de lOuest.
Un desserrement tertiaire sopère également dans lagglomération, mais dune ampleur géographique et numéraire bien moindre que pour les activités industrielles. Il sopère essentiellement depuis la Presquîle vers le centre rive gauche (Part Dieu, Brotteaux
), ainsi quen direction des quartiers péricentraux de Lyon ou des communes de la proche banlieue, à lEst pour les bureaux relevant dentreprises industrielles et à lOuest pour les activités tertiaires « pures ». Il libère un volume conséquent de surfaces de bureaux en Presquîle, qui augmente loffre disponible dans le centre tout en la diversifiant. Le marché de bureaux est ainsi envisagé par les acteurs publics lyonnais de façon qualitative, en distinguant progressivement loffre immobilière neuve de loffre de seconde main, moins adaptable aux besoins des entreprises mais plus attractive financièrement (ATURCO, 1972).
Loffre neuve est majoritairement localisée dans le nouveau quartier daffaires de la Part Dieu, où les pouvoirs publics tentent de réaliser une opération favorisant la décentralisation des fonctions tertiaires supérieures depuis Paris et daffirmer le rôle métropolitain de Lyon, en concentrant leffort financier public et privé sur un seul site (voir supra, Section 1). Les bureaux y sont plus chers quen périphérie lyonnaise, comme dans les programmes neufs de la Presquîle, mais ils restent très compétitifs par rapport aux prix pratiqués en région parisienne. La conduite de lopération (aménagement et commercialisation des 28 ha de terrains couverts par le programme) est confiée à la SERL. Elle dispose de lappui technique et financier de la SCET et de la CDC pour développer son savoir-faire sur ce type de projet très complexe, qui inclut la participation dinvestisseurs et de promoteurs privés.
Les programmes de bureaux de la Part Dieu sont livrés progressivement à partir de 1971 et sont très rapidement commercialisés. Ils génèrent un effet dentraînement de la demande très important sur le développement de limmobilier tertiaire dans les quartiers centraux de la Presquîle, des Brotteaux, de la Guillotière, de la Villette et de Villeurbanne Est, qui sont autant de réservoirs de terrains mobilisables pour le développement futur du nouveau centre daffaires grâce aux opportunités de rénovation urbaine quils offrent. La Part Dieu constitue ainsi lélément déclencheur du développement du marché de bureaux dans lagglomération lyonnaise (SERL, 1988). Les réalisations immobilières à destination des activités tertiaires se multiplient durant les années 1970, dans le centre (Lyon et Villeurbanne) et dans une moindre mesure en périphérie Ouest de lagglomération.
Le secteur de la Part Dieu concentre 40 % du marché de lagglomération (400 000 m² de programmes neufs), lensemble de la zone centrale environ 80 % et la périphérie lyonnaise seulement 20 %, avec un profond déséquilibre entre lOuest, bien fourni en immobilier de bureaux, et lEst dominé par les activités industrielles. Lattraction exercée par le nouveau centre daffaires lyonnais sur les activités de services contribue cependant aussi à vider en partie le centre économique historique de la Presquîle de ses fonctions tertiaires traditionnelles, remplacées progressivement par le commerce (Reynaud, 1973a). Les autres opérations de rénovation urbaine du centre de Lyon sorientent également massivement vers laccueil des activités tertiaires et le développement dune offre immobilière de bureaux conséquente, capable de compléter loffre disponible dans le nouveau centre directionnel, à défaut de pouvoir réellement la concurrencer. En Presquîle, des petites opérations ponctuelles complètent loffre immobilière de seconde main existante par des programmes de bureaux neufs, situés entre le quai de Saône et la rue Mercière et dans le secteur de la Martinière Tolozan (Terreaux).
Le quartier du Tonkin à Villeurbanne constitue lensemble immobilier dédié au tertiaire le plus important de lagglomération lyonnaise après celui de la Part Dieu, avec plus de 90 000 m² de bureaux prévus (en plusieurs tranches), y compris en rez-de-chaussée des immeubles de logements. La réalisation de lopération est aussi assurée par la SERL à partir de 1966. Elle bénéficie notamment de la proximité du boulevard périphérique, de la réalisation des premières lignes de métro, dun accès direct à la Part Dieu et de la proximité du campus universitaire de la Doua pour assurer la commercialisation rapide des programmes. La création de la ZAC du Tonkin en 1972 permet de conférer à lopération, mêlant logements et immobilier dentreprises, un contenu beaucoup plus conséquent en matière de surfaces de bureaux.
Dautres programmes de bureaux importants sont réalisés à Villeurbanne, notamment par des sociétés privées issues du groupe de lICP, dans le quartier de la Perralière ainsi quà proximité du quartier central des Gratte-Ciel. Entre le complexe scientifique et universitaire de la Doua et le centre de Villeurbanne, le tissu urbain du quartier des Charpennes est profondément renouvelé au début des années 1970 (Bonnet, 1975). Au total, entre 1968 et 1977, près de 100 000 m² de bureaux sont construits à Villeurbanne, représentant entre 10 et 15 % de la production de bureaux à léchelle de lagglomération selon les années (Bonneville, 1978). Les prix pratiqués pour les bureaux neufs à Villeurbanne sont compétitifs par rapport à la Part Dieu, facilitant une commercialisation rapide. La jonction entre les réalisations tertiaires de la Part Dieu et de Villeurbanne est assurée par lopération de rénovation urbaine de la Villette. Les usines, les ateliers et autres maisons ouvrières qui constituent le paysage urbain traditionnel de lEst de Lyon et de Villeurbanne cèdent ainsi la place à une multitude de programmes modernes de bureaux mêlés au reste du tissu bâti.
En dehors du périmètre central de lagglomération, loffre dimmobilier tertiaire sorganise de manière assez diffuse dans le tissu urbain, ainsi quà partir de quelques opérations daménagement conduites par les pouvoirs publics en banlieue. La ZAC de Dardilly est ainsi aménagée par la SERL au début des années 1970 dans lOuest lyonnais (65 ha réservés aux activités tertiaires, dont 95 000 m² de bureaux). Cest la plus vaste zone dactivités dédiée aux services de lagglomération, offrant un cadre paysager très qualitatif pour les entreprises, différent de celui des opérations immobilières de Lyon et Villeurbanne. Elle bénéficie en outre dune très bonne desserte routière, rendant Dardilly et les communes voisines (Ecully, Limonest, Champagne-au-Mont dOr, Tassin la Demi Lune) très attractives pour les grandes surfaces commerciales, les directions régionales des grande sociétés financières ou délectronique, les entrepôts et SAV.
Dans lEst, la principale opération tertiaire est localisée sur la commune de Bron, à proximité de laérodrome, de lautoroute A46 et de la RN6 vers les Alpes et Grenoble. Les documents de planification successifs prévoient en effet la réalisation dun centre directionnel et tertiaire secondaire à Bron, complémentaire de la Part Dieu, afin dassurer un développement des activités économiques plus complet dans lEst de lagglomération et la liaison fonctionnelle entre la ville nouvelle de lIsle dAbeau et Lyon. Limplantation du nouvel aéroport de Satolas et le risque de concurrence avec le nouveau quartier daffaires de la Part Dieu pour exercer la centralité économique à léchelle de lagglomération, conduisent cependant les pouvoirs publics à abandonner le projet initial au profit dun développement économique plus axé sur les fonctions commerciales (SAV, grande distribution).
Après avoir été quasiment inexistant, un véritable marché de bureaux émerge donc dans lagglomération lyonnaise à partir de la fin des années 1960, parallèlement à la réalisation du nouveau centre directionnel de la Part Dieu. Leffort collectif de développement dune offre neuve adaptée aux besoins des activités de services supérieurs dans lagglomération se concentre massivement sur le quartier de la Part Dieu et ses alentours, même si les promoteurs immobiliers et les investisseurs lyonnais jugent dabord disproportionné ce projet de centre directionnel créé ex-nihilo, dans une ville où lon ne construit alors quà peine 10 000 m² de bureaux par an.
Durant les années 1970, le climat général de stagnation économique amène les autorités centrales à préconiser le desserrement des fonctions tertiaires à léchelle de lagglomération, comme cela sopère déjà pour les activités industrielles. Les difficultés de gestion programmatique de lopération Part Dieu incitent également les acteurs lyonnais à la prudence quant au développement de nouveaux programmes de bureaux : à la démesure du centre directionnel succède ainsi un système hiérarchisé de centres tertiaires permettant de desservir lensemble de lagglomération (centre principal, centres filtres, secondaires ou relais, centres de quartier). Les nouvelles opérations mixtes, mêlant les fonctions tertiaires (de bureaux) aux fonctions résidentielles ou commerciales, à Villeurbanne, Dardilly et Bron sinscrivent dans cette nouvelle dynamique de développement, plus qualitative et adaptée aux contraintes de la conjoncture.
Conclusion de chapitre
Les années 1960 voient la mise au pas des autorités politiques lyonnaises par le nouveau dispositif institutionnel de coopération intercommunale imposé par lEtat. Il permet le dépassement de léchelle communale, dont les pouvoirs dintervention dans le domaine de léconomie sont limités, pour organiser la conduite des politiques urbaines et du développement économique de la métropole lyonnaise au niveau territorial jugé pertinent par les autorités centrales. La COURLY apparaît ainsi comme un outil de gestion de la croissance urbaine et économique sur le territoire de lagglomération lyonnaise, qui offre un nouveau cadre politique et spatial pour le déploiement de la politique de lEtat.
Celui-ci impose sa domination et son leadership dans la conduite de la régulation économique au niveau local, par lentremise de nouveaux organismes qui portent lexpertise et les intérêts économiques dominants défendus par le niveau central (OREAM, bureaux détudes du réseau CDC-SCET). La COURLY facilite la mise en application des principes et objectifs de la politique économique nationale dans la métropole lyonnaise, grâce à lintervention planificatrice et opérationnelle de ses bras exécutants, SERL et ATURCO. Ceux-ci sont également étroitement contrôlés par lEtat central, qui les utilisent pour véhiculer les conceptions et les modes de faire de sa technocratie dans le domaine de la production de surfaces dactivités et de la répartition spatiale des fonctions économiques.
Toutefois, la COURLY peine à émerger comme un nouveau lieu de pouvoir et de gouvernement local pour lagglomération durant les premières années. Elle constitue seulement un relais plus ou moins coopératif pour la mise en application des orientations économiques et urbaines définis par les autorités étatiques dans le cadre de la politique des métropoles déquilibre. Elle permet ainsi daccompagner et dencadrer la dynamique de desserrement industriel préconisée par les services de lEtat pour favoriser la modernisation et le développement des structures productives lyonnaises, et de faciliter lémergence dun marché immobilier tertiaire moderne dans le cur de la métropole, conformément aux souhaits et attentes des grands groupes nationaux en quête de redéploiement dans les grands villes du pays.
Conclusion de section
Le système dacteurs lyonnais se trouve donc profondément déstructuré par lintervention autoritaire de lEtat et de ses services centraux et déconcentrés dans le domaine de la régulation économique et de laménagement du territoire au cours des années 1960. Les structures de représentation des intérêts économiques lyonnais perdent leur légitimité à produire lexpertise économique et territoriale au niveau local. Elles sont placées dans une position de subordination aux intérêts des grands groupes industriels nationaux et internationaux, imposée par la technocratie étatique, et sont en grande partie contraintes de renoncer à leur capacité de participation au processus décisionnel de la planification économique et de laménagement spatial.
Les pouvoirs publics locaux et les responsables politiques lyonnais subissent eux aussi le joug de lEtat centralisé et dirigiste. Ils subissent non seulement limportante réorganisation institutionnelle et territoriale de lagglomération urbaine imposée par le pouvoir central, mais également la vision très techniciste et dominatrice de ladministration et du gouvernement français concernant la gestion de la croissance et la manière dont lintervention publique dans le champ de léconomie doit être organisée, conduite et pensée au niveau local (Prager, 2004). La COURLY apparaît comme une institution qui, si elle consacre lémergence du niveau intercommunal dans la gestion territoriale et lébauche dun pouvoir politique dagglomération, permet surtout une mise en application plus aisée de la politique économique et daménagement du territoire voulue par lEtat pour la métropole lyonnaise, et accessoirement le renforcement du pouvoir de la ville centre sur ses périphéries.
Lappui technique et opérationnel apporté à cette dynamique de centralisation par la SERL et lATURCO, véritables courroies de transmission de lexpertise et des méthodes rationnelles de la technocratie étatique, permet cependant aux acteurs politiques et économiques locaux de bénéficier plus ou moins directement du transfert de savoir-faire opéré par le niveau central vers le niveau local dans la cadre de la mise en uvre de la politique nationale. Ces derniers peuvent ainsi développer leurs compétences en matière dinterventionnisme économique, ne fut-il quindirect, en participant à leur niveau à leffort daccompagnement du développement et de la modernisation des structures productives et tertiaires, et damélioration de linsertion du territoire local dans le fonctionnement de léconomie nationale.
Laménagement de surfaces dactivités équipées pour les entreprises industrielles ou de services, la réalisation dinfrastructures de transport modernes et la construction de grands équipements à vocation économique constituent les principaux leviers mobilisés par les acteurs lyonnais de la régulation économique et territoriale à la fin des années 1960. Cette démarche essentiellement indirecte, matérielle et quantitative, est imposée par lEtat qui garde par ailleurs le monopole de lintervention directe et financière dans le fonctionnement de léconomie. Elle savère toutefois limitée, voire même inadaptée et insuffisante, dès lors que la croissance ralentit et que léconomie bascule dans un nouveau régime de crise plaçant les territoires locaux en concurrence les uns avec les autres.
Section 3 : VERS LA TERRITORIALISATION DE LA REGULATION ECONOMIQUE SPATIALE
Les deux sections précédentes nous ont permis de décrire et analyser la manière dont lEtat français organise la régulation économique aux niveaux national et local, de façon très dirigiste et centralisée, durant la période de croissance qui va de la fin de la guerre au début des années 1970. Elles montrent limportance du volet spatial dans la mise en application de cette politique dans lagglomération lyonnaise et linfluence de la pensée technocratique et aménagiste des services de lEtat dans la conception et lorientation économiques de la métropole lyonnaise au cours des années 1960. La domination du pouvoir central sur le devenir de lagglomération lyonnaise occasionne léviction de la majeure partie des acteurs économiques du processus décisionnel de la planification économique et territoriale, ainsi que la mise au pas et la réorganisation institutionnelle des structures politiques et techniques locales. LEtat porte lintérêt des grandes entreprises du pays et lenjeu de la compétitivité économique nationale, quil impose sur la scène locale à travers la politique daménagement du territoire et sa propre conception de ce que doit être lintervention publique en faveur de léconomie.
Cependant, les intérêts économiques des grands groupes industriels ou tertiaires français ne sont pas assimilables aux intérêts de toutes les entreprises du pays, notamment celles qui constituent le cur du système productif lyonnais. Les méthodes daction utilisées et les orientations définies par les pouvoirs publics pour agir sur le fonctionnement de léconomie, très normatives et rigides, ne correspondent pas vraiment aux besoins plutôt mouvants des entreprises. De la même façon, les motivations interventionnistes et conceptuelles des responsables gouvernementaux ne sont pas forcément partagées par les élites politiques lyonnaises, qui subissent plus quelles ne maîtrisent les orientations de la politique économique et daménagement du territoire étatique, comme le nouvel appareillage institutionnel et opérationnel déployé par lEtat dans lagglomération.
Ce consensus local dhostilité vis-à-vis de lEtat régulateur, conforté par la survenue de la crise, sert de ciment à la construction dune nouvelle approche de la régulation économique et territoriale par le système dacteurs lyonnais dans les années 1970. Celle-ci consacre lavènement de la logique du développement économique local et lamorce dune territorialisation de linterventionnisme économique à Lyon.
Cette dernière section a ainsi pour objectif de disséquer les conditions démergence de la politique économique lyonnaise, afin didentifier les changements en termes de référentiel et de contenu de laction, en termes de méthodes dintervention, mais aussi en termes dorganisation du système dacteurs local et de répartition des rôles dans la conduite de lintervention économique au niveau local. Le rôle des structures de représentation des intérêts économiques lyonnais dans lémergence dune politique de régulation économique territoriale pilotée au niveau local apparaît comme déterminant et pilote, alors que les pouvoirs publics municipaux et communautaires nont pas de prérogatives daction officiellement reconnues par lEtat.
I Le désengagement de lEtat des affaires économiques lyonnaises
A partir des années 1970, la stagnation de la croissance de léconomie française et laugmentation de la concurrence internationale modifient progressivement le rapport de forces existant entre le niveau étatique et le niveau local. Les méthodes très centralisées et dirigistes de lEtat ne font plus autant recette et les acteurs économiques revendiquent davantage de pragmatisme et dadaptation de lintervention publique aux besoins concrets et immédiats des entreprises locales.
1- Léchec de la décentralisation industrielle et tertiaire
A Lyon, la politique des métropoles déquilibre et la politique de décentralisation tertiaire se déclinent principalement à travers le projet daménagement du territoire régional et de planification spatiale contenu dans le SDAM. Les services de lEtat posent ainsi les principes dune politique volontaire et dirigiste de laménagement industriel, de la décentralisation tertiaire et du renforcement des fonctions de commandement économique dans la métropole lyonnaise. Le pouvoir central utilise les leviers financiers directs et les mesures réglementaires restrictives à sa disposition pour inciter les entreprises à adopter un comportement dans lespace, qui soit conforme aux objectifs de la politique nationale (voir supra, Section 1). Pour améliorer limpact limité de ces outils et favoriser la réalisation de ses objectifs économiques dans la métropole lyonnaise, lEtat recourt également à des actions de nature plus indirecte relevant de laménagement spatial.
Sur le plan opérationnel, la politique économique et spatiale de lEtat est en effet essentiellement mise en application à travers laménagement de deux complexes industriels régionaux situés en dehors de lagglomération lyonnaise et la réalisation du centre directionnel de la Part Dieu dans le centre de Lyon. Les premiers sont voués à laccueil de la grande industrie, notamment pétrochimique et sidérurgique, mais narrivent pas à sinscrire en adéquation avec les enjeux et intérêts très changeants des grands groupes industriels visés. Le nouveau quartier daffaires est quant à lui censé améliorer la capacité directionnelle de la métropole déquilibre lyonnaise et attirer des sièges sociaux de grandes entreprises nationales ou internationales en dehors de Paris, mais il peine à contrebalancer les logiques de fonctionnement très centralisées de léconomie en France, dominées par les intérêts des grands groupes (voir supra, section 1).
La politique de décentralisation tertiaire saccompagne pourtant dun projet ambitieux au début des années 1970, qui consiste à faire de Lyon une place financière et bancaire de premier ordre, ressuscitant au passage un peu du glorieux passé économique de la ville. Ce projet, à linstar des opérations daménagement spatial développés par lEtat, est cependant également tenu en échec par les logiques économiques de fonctionnement très centralisées des grands groupes bancaires et dassurances en France. De façon plus globale, lentrée en crise du système économique densemble contribue aussi pour une large part à faire échouer les initiatives déployées par lEtat pour influencer le comportement des firmes et le fonctionnement de léconomie à léchelle du pays et de la métropole lyonnaise.
Des complexes industriels régionaux inadaptés aux réalités économiques
Les complexes de lIsle dAbeau en Isère et de Loyette Saint Vulbas dans lAin, planifiés par le SDAM (voir supra, Section 1), traversent tous deux les mêmes écueils économiques (Poche, Rousier, 1981). Ils sont présentés par la technocratie étatique comme des pôles de croissance a priori, le premier comme un nouveau point de fixation urbaine et économique dans la Ville Nouvelle et un relais pour lexpansion lyonnaise, le second comme une réserve despace pour lindustrie lourde. Ils cristallisent les ambitions de développement de la métropole lyonnaise, lun comme symbole de sa vocation pétrochimique et sidérurgique, lautre comme symbole de sa vocation aéroportuaire et internationale. Ils bénéficient dimportants investissements publics (infrastructures, subventions) et defforts de promotion économique certains (voir infra, Section 2), mais le remplissage des vastes surfaces disponibles (CRAI, 1977) est tenu en échec relatif par leur lourdeur opérationnelle et institutionnelle et par leur rigidité conceptuelle face aux évolutions du marché et de la conjoncture économique.
Ils se révèlent également inadaptés à la rapidité dévolution des enjeux spatiaux et des besoins des grandes firmes et de leurs sous-traitants, qui recherchent la proximité des centres urbains (main duvre abondante et qualifiée, débouchés, services), mais aussi les économies externes liées à lagglomération principale. Léloignement géographique des complexes par rapport à Lyon et labsence de noyau urbain et industriel préexistant sur lequel se greffer constituent des handicaps importants pour la réussite des projets. Ils arrivent en outre un peu tard au regard des implantations détablissements déjà réalisés par les grands groupes industriels dans les pôles urbains secondaires de la RUL et dans lagglomération lyonnaise.
Dès la fin des années 1950, les principaux groupes industriels locaux (Berliet, Rhône-Poulenc) et les entreprises moyennes lyonnaises en pleine croissance (Câbles de Lyon) opèrent en effet un desserrement intégral ou partiel de leurs activités de production à léchelle de la RUL, indépendamment des complexes projetés par les services de lEtat (Poche, Rousier, 1981). Entre 1964 et 1968, 45 % des déplacements dentreprises de Lyon et Villeurbanne ont pour destination laire métropolitaine hors agglomération lyonnaise, essentiellement vers les pôles urbains secondaires existants de Bourg-en-Bresse, Villefranche-sur-Saône, Bourgoin-Jallieu, Vienne (OREAM, 1968). Linstauration de lagrément industriel dans lagglomération en 1967 et lattribution de primes à la décentralisation renforcent la dynamique de départ des firmes lyonnaises en direction des périphéries régionales, mais les processus de transfert, dessaimage systématique par recours à la sous-traitance et de diffusion spatiale à luvre ne profitent guère aux complexes industriels étatiques.
Dans les années 1970, le mouvement de desserrement vers les villes moyennes de la RUL se poursuit (Bonnet, 1975), mais la préférence des industriels va de plus en plus vers une relocalisation au plus près du centre de la métropole. Les grands groupes opèrent en effet leur réorganisation au sein même de lagglomération lyonnaise à la fin des années 1960, grâce aux importants transferts financiers directs réalisés par lEtat central pour soutenir le processus de concentration et dinternationalisation des filières industrielles considérées comme stratégiques (voir supra). Ils bénéficient également au niveau local de leurs vastes réserves foncières ainsi que des terrains viabilisés et des infrastructures réalisées par lEtat à proximité du pôle chimique de St Fons et Feyzin pour réaliser leurs nouvelles implantations (Boino, 1999).
Le « Couloir de la chimie », issu dun développement industriel spontané (Laferrère, 1960), rayonne ainsi sur tout le Sud de lagglomération, autour des installations pétrochimiques de la raffinerie Elf-Erap. Il accueille le développement des activités chimiques et pharmaceutiques des sociétés Rhône-Poulenc, Péchiney-Ugine-Kuhlmann, CIBA-GEICY, Solvay, Gifrer et Berbezat, Laboratoires Boiron et Mérieux, etc. (Bonnet, 1975). Les groupes implantent aussi des laboratoires de recherche et des centres détudes à proximité des usines. Dans le Sud-est de lagglomération lyonnaise, la grande industrie chimico-textile et mécanique lyonnaise rassemble et développe également ses activités productives, directionnelles, commerciales, logistiques et détudes. Un gigantesque complexe métallurgique et textile sorganise ainsi de manière spontanée autour de la voie ferrée vers Grenoble et des anciennes usines Berliet, rassemblant les établissements des grands groupes industriels et des PME-PMI sous-traitantes. Rhône-poulenc opère aussi sa réorganisation dans Lyon, à Vaise.
Après labandon du projet de construction dune seconde raffinerie régionale complémentaire des installations de Feyzin, Loyette Saint Vulbas naccueille que quelques établissements mécaniques et chimiques (Lever, Rhône-Poulenc, Peugeot-Citroën), ainsi que des entreprises de logistique commerciale (Printemps-Prisunic) attirées par la desserte autoroutière et fluviale (Boino, 1999). LIsle dAbeau peine à concurrencer lattractivité industrielle et tertiaire de lagglomération lyonnaise. La proximité de laéroport de Satolas draine aussi surtout les activités logistiques de transport, dentreposage et distribution (Magasins Généraux de Lyon, Calberson, Unilever), mais ne suffit pas à entraîner limplantation des services supérieurs prévus dans le SDAM (Poche, Rousier, 1981 ; Bonnet, 1975). Les deux complexes étatiques apparaissent au final comme des zones industrielles classiques, ne répondant pas vraiment aux attentes des grands groupes industriels et en concurrence plus ou moins directe avec celles lagglomération lyonnaise.
Limpact limité de la Part Dieu sur la décentralisation tertiaire
La participation financière de lEtat dans lopération de la Part Dieu reste relativement faible au regard des investissements consentis à la même époque dans dautres métropoles déquilibre. Le rapport est ainsi denviron un à dix entre les investissements étatiques (CDC, DATAR) réalisés à Lyon et ceux accordés à Bordeaux dans le cadre de lopération du centre directionnel Mériadeck (Poche, Rousier, 1981). Lengagement financier direct de lEtat se limite en effet à des prêts à court terme consentis par la FNAFU à la SERL chargée de lacquisition, de laménagement et de la commercialisation des terrains pour le compte des pouvoirs publics locaux, ainsi quà loctroi de PLAT (voir supra, Section 1). Il fait également peser le gros de la charge dinvestissement et déquipement sur les collectivités locales (voir supra, Section 2), en ne prenant à son compte quune partie seulement des infrastructures.
Le manque dengagement volontaire de lEtat grève en partie la réussite de lopération, en laissant le champ libre à la participation des grands groupes financiers et immobiliers dans la réalisation des programmes (Lojkine, 1974). La logique spéculative dinvestissement des capitaux privés, motivée par la recherche de la rentabilité immédiate et les intérêts commerciaux ou gestionnaires des grandes firmes, entre en effet en contradiction avec lorientation métropolitaine et directionnelle, les plans-masses et le parti architectural de la Part Dieu (SERL, 1988 ; Delfante, 1972 ; Delfante, 1974). Deux types dinvestisseurs immobiliers dominent lopération (Collet, 1986) :
« En compte propre » : les administrations publiques et certaines firmes, qui font construire des équipements et des immeubles de bureaux pour accueillir leurs services (Etat, municipalité lyonnaise, COURLY ; UAP, Banque Morins-Pons et Maillard&Duclos) ;
« En blanc » : les grands groupes financiers français ou étrangers, qui investissent dans la construction de programmes immobiliers destinés à être vendus ou loués à dautres entreprises (pools dinvestisseurs du Britannia, du centre commercial et de la Tour Signal, Caisse dEpargne, SERL). Leurs immeubles couvrent près des deux tiers du programme immobilier tertiaire privé de lopération, auxquels sajoute le complexe commercial régional (250 boutiques dont deux grandes surfaces).
La réalisation des principaux programmes immobiliers de lopération est ainsi captée par de grandes sociétés extérieures à la région lyonnaise, qui bénéficient dun statut leur conférant une solide assise financière. Les SICOMI et les SCI impliquées dans lopération sont toutes des filiales de grands groupes bancaires et immobiliers publics ou privés, qui jouissent de relations privilégiées avec lEtat et les autorités centrales (Veltz, 1978). Ce sont eux qui imposent leurs points de vue et leurs intérêts, plus que les acteurs publics chargés de la conduite de lopération daménagement (Delfante, 1974). La SERL peine ainsi à maintenir les grands équilibres entre les fonctions commerciales et directionnelles (bureaux), notamment face à la puissance de négociation et dengagement financier des investisseurs du centre commercial de la Part Dieu.
De plus, certains effets pervers de lopération liés à la forte pression exercée par certains investisseurs privés ne sont pas empêchés par lintervention très poussée de la SERL dans la programmation immobilière des surfaces de bureaux (voir infra) : densification excessive de loccupation du sol, non respect du plan-masse originel, moindre qualité architecturale des bâtiments et du cadre urbanistique, non respect du principe de sélection des activités économiques (sièges sociaux, fonctions de commandement). La procédure de zone de rénovation urbaine conduite selon le principe du lotissement permet certes à la SERL de rembourser rapidement le prêt consenti par le FNAFU, mais loblige aussi à vendre trop vite les terrains, au détriment de la cohérence directionnelle densemble de lopération (SERL, 1988).
Les promoteurs cherchent la rentabilité immédiate de leurs investissements, tandis que les pouvoirs publics locaux (COURLY, SERL) essaient de réaliser des objectifs fonctionnels et économiques de haut niveau, sans bénéficier suffisamment du soutien de lEtat pour les faire respecter. Les « usines à papiers » des sociétés bancaires et les centres de gestion technique prennent ainsi la place des sièges sociaux tant attendus, contribuant à vider le projet daménagement de son contenu directionnel.
La marge de manuvre des investisseurs lyonnais pour participer à la réalisation du quartier daffaires est également passablement réduite dans ce contexte, dautant plus quils manquent de savoir-faire et dexpérience sur ce type dopération immobilière à vocation tertiaire. La plupart des sociétés de promotion et de construction lyonnaises sont en effet plutôt spécialisées dans la réalisation déquipements collectifs ou dimmeubles de logements (Angleraud, Pelissier, 2003), et doivent donc se contenter de réaliser les équipements et bâtiments publics de lopération, moins intéressants financièrement que les programmes de bureaux privés (voir supra, Section 2).
Les importants investissements privés et publics réalisés, comme les tentatives de réponse aux besoins exprimés par le patronat lyonnais (équipement hôtelier de standing, agences de voyages, bureaux de change, fonctions modernes de télécommunications, etc.), ne suffisent pas à assurer la complète réussite du centre directionnel de la Part Dieu. Il naccueille au final que quelques sièges sociaux et des directions régionales de sociétés bancaires, qui ne permettent pas de renverser positivement la dépendance de léconomie lyonnaise vis-à-vis de Paris. Le système des PLAT encourage ce processus, en facilitant les opérations de déconcentration gestionnaire et commerciale des groupes financiers à léchelle nationale (voir infra).
Lopération de la Part Dieu peine à éviter le départ des sièges sociaux et des cadres lyonnais vers la capitale, comme à capter de nouvelles implantations directionnelles. Il constitue simplement une vitrine urbaine dynamique pour les entreprises lyonnaises et les grands groupes qui y sont implantés, vis-à-vis de leurs partenaires économiques français ou étrangers. Même le Crédit Lyonnais, basé à Paris, se cantonne dans des effets daffichage et de séduction auprès des responsables politiques et économiques lyonnais, laissant planer lespoir déventuelles décentralisations réalisées dans son sillage. La diffusion exceptionnelle du journal télévisé, depuis la Maison de la Radio de lORTF de la Part Dieu, dans le cadre dune édition spéciale consacrée à léconomie lyonnaise, ne suffit pas à convaincre les décideurs économiques parisiens ou étrangers de venir massivement sinstaller entre Rhône et Saône
Le verrou de la centralisation parisienne se vérifie donc, tel une fatalité, malgré le discours officiel appuyé de lEtat, qui encourage les opérations de décentralisation. La région parisienne concentre toujours au début des années 1970 plus de 70 % des services de conseil en organisation et des sociétés dengineering, 60 % des sociétés de conseils juridiques, fiscaux et financiers, 50 % des laboratoires danalyses industrielles, des experts en brevets, des sociétés détudes économiques et de marketing à léchelle de la France (Lojkine, 1974). Lensemble des services rares demeure peu représenté à Lyon, tandis que la capitale regroupe lessentiel du potentiel national en matière de contrôles industriels spécialisés, de conception publicitaire, dimprimerie spécialisée, de communication et dinformation, de services multilingues
Dès 1971, il napparaît ainsi guère réaliste aux autorités politiques lyonnaises et aux techniciens de la SERL en charge de lopération dambitionner limplantation de grandes entreprises nationales dans le nouveau quartier daffaires de Lyon, en raison de la réticence des cadres parisiens à partir pour la province, de la difficulté de convaincre les dirigeants de ces entreprises et plus globalement à cause du fort centralisme économique, financier, administratif et politique de la France. Le rayonnement métropolitain national et international escompté pour le nouveau quartier cède la place à la dimension régionale dans les années 1970, renforcée par la forte représentation des services et administrations publiques à la Part Dieu.
Lyon, métropole financière ?
Parallèlement à la conduite de la politique nationale de décentralisation tertiaire, et suite à la publication dun rapport sur les activités tertiaires et laménagement du territoire (Piquard, 1972), lidée de créer à Lyon une nouvelle place financière émerge, tant dans les propos de certains responsables politiques et économiques locaux que dans le discours du Ministre délégué chargé de laménagement du territoire (M. Bettencourt). Celui-ci milite notamment auprès des dirigeants des grandes banques françaises implantées à Lyon (Crédit Lyonnais en tête), pour quils constituent un Club de financiers inscrivant dans son programme daction la réalisation dun objectif très ambitieux : « Lyon Place bancaire ».
Le projet est censé se greffer sur lopération de la Part Dieu, vouée à laccueil des fonctions directionnelles et financières supérieures. Quelque peu déconnecté des réalités de lévolution du système économique et à défaut de véritablement ressusciter la belle époque du capital bancaire lyonnais, il permet en fait essentiellement aux grands établissements financiers nationaux et étrangers (banques, assurances) davoir une meilleure implantation régionale, après avoir absorbé ou soumis à leur contrôle les établissements locaux. Les choix opérés par le gouvernement dès 1961 en matière dorganisation financière et dunicité des systèmes de cotations conduisent de toute façon au monopole de la place boursière parisienne en France, en obligeant les grandes entreprises locales à choisir leur lieu unique de cotation entre Lyon et Paris.
Le projet « Lyon Place bancaire » est donc avant tout un effet rhétorique, instrumenté à leur profit par les grandes firmes financières comme le Crédit Lyonnais, mais qui ne se vérifie guère dans les faits. Le Crédit Lyonnais participe en effet au financement du centre commercial et dune tour à laquelle il prête son nom à la Part Dieu, servant de caution morale et de « label » financier local aux investisseurs et promoteurs immobiliers non lyonnais engagés dans lopération. Cependant, sil transfert certains services de gestion à la Part Dieu et dans la banlieue lyonnaise, le groupe nopère nullement le retour tant attendu de son siège social à Lyon, malgré les appels du pied répétés des autorités étatiques.
La place bancaire lyonnaise se limite au renforcement des possibilités de contrôle des centres de décision parisiens des grandes sociétés financières sur leurs délégations régionales implantées à Lyon, phénomène largement encouragé par loctroi des PLAT (voir supra, Section 1). De nouvelles unités administratives importantes relevant du secteur de la banque et des assurances sont ainsi créées dans lagglomération : le siège de lUAP à la Part Dieu, les centres de gestion du Crédit Lyonnais à Rillieux et de la BNP à Ecully. Elles ont en commun de ne pas être des centres directionnels au sens propre, mais plutôt des délégations régionales des centres de direction parisiens, permettant de créer de meilleures instruments de prospection et de collecte des liquidités au niveau régional et de moderniser les outils de gestion grâce au recours à linformatique. Elles comptent également toutes dans leurs effectifs une majorité demployés, dont la direction est assurée par quelques cadres venant de Paris (Lojkine, 1974). Elles nont donc nullement la vocation de réanimer une place financière locale en crise, mais plutôt celle de contribuer au maillage territorial et à la réorganisation des activités commerciales de lentreprise aux échelles nationale et régionale.
Leur localisation majoritairement périphérique dans lagglomération confirme le caractère peu directionnel de leurs fonctions. Le choix de simplanter dans des communes de banlieue à vocation résidentielle dominante plutôt que dans le nouveau quartier central de la Part Dieu reflète particulièrement le caractère « dusines à papiers » des nouveaux centres bancaires de la BNP et du Crédit Lyonnais, et les critères déterminants qui sous-tendent la réorganisation technique, sociale et spatiale des activités bancaires et financières : recherche de gains de productivité dans les opérations de gestion par lutilisation de linformatique et lunification des conditions dexploitation ; diminution des charges salariales et foncières (main duvre féminine non qualifiée et géographiquement éloignée du centre urbain). Les opérations exécutives et non commerciales des sociétés bancaires sont ainsi rassemblées dans des centres implantés en périphérie de la ville, comme le sont à la même époque les unités de production des établissements industriels. Le Crédit Agricole et la Banque Nationale pour lexpansion du crédit bail adoptent la même stratégie en installant leurs centres de traitement dans lOuest lyonnais, la Caisse dEpargne également en doublant son siège administratif et commercial de la Part Dieu dun centre de gestion informatique à Rillieux (Bonnet, 1975).
La société dassurances UAP sinstalle aussi à la Part Dieu, mais essentiellement pour des raisons techniques et non dans une perspective de réelle décentralisation décisionnelle, afin de bénéficier de linstallation dun ordinateur de traitement en time-sharing, nécessaire à la modernisation et à laccroissement des opérations de saisies. Le fort degré de centralisation du pouvoir de décision sur Paris dans le domaine des assurances ne permet pas le développement dun marché de courtiers et dagents indépendants à Lyon, et lusage de linformatique renforce encore plus le contrôle et le poids de Paris sur les affaires lyonnaises. Toutes les fonctions prestigieuses et relationnelles contacts avec les autres compagnies, les organismes financiers et les correspondant étrangers se font systématiquement à Paris, où sont également retraitées les données informatisées produites par le centre de gestion lyonnais (Lojkine, 1974).
La stratégie de localisation spatiale des activités commerciales des sociétés bancaires au sein de lagglomération reflète enfin le double processus de concentration et de centralisation des capitaux, analogue à ceux constatés dans les domaines des assurances et de la cotation boursière. A partir du rétablissement de la liberté dimplantation des grands établissements nationaux en 1967, les grands groupes bancaires nationaux et étrangers ouvrent de nombreux guichets en province. Lyon constitue dans ce contexte de course aux guichets un pôle dimplantation de choix en sa qualité de métropole régionale et de deuxième pôle urbain français après Paris, tant pour les banques locales de dépôts devenues des filiales des grandes banques parisiennes (Lyonnaise de Dépôts, Banque Hervet, Veuve Morin-Pons, La Prudence, De Saint Phalle
) que pour les grandes banques internationales daffaires, qui multiplient les agences et les guichets à mesure quelles développent leurs activités de dépôts, en Presquîle ou autour de la Part-Dieu (Bonnet, 1975).
Seule la CCIL, en raison de son rattachement tutélaire aux Ministères de lEquipement et des Finances, participe à la promotion du projet, mais de façon assez épisodique et sans réelle implication de son personnel élu (voir infra). En labsence de mobilisation patronale unifiée au niveau local, la technocratie étatique ne réussit pas à persuader les directions des banques et des compagnies dassurances de délocaliser leurs quartiers généraux à Lyon, et se contente ainsi de favoriser leur réorganisation stratégique à léchelle régionale.
Le projet « Lyon Place bancaire » constitue donc un échec relatif pour ses promoteurs, à la DATAR et dans lagglomération lyonnaise. Lattitude symptomatique du Crédit Lyonnais à la Part Dieu et le rejet de la politique tertiaire étatique par les instances patronales locales au début des années 1970 sont sans doute pour beaucoup dans cet échec (voir infra). Une opération de cette ampleur nécessite en effet au minimum limplication directe des grands capitaines dindustries et des structures de représentation des intérêts économiques locaux dans la promotion du projet auprès de leurs référents financiers à Paris et dans le monde. Mais celle-ci est reléguée au second plan par les velléités de reprise en main de la gestion des affaires économiques locales et du développement qui émergent au sein du patronat lyonnais.
2- La Charte Industrielle ou le réveil du patronat lyonnais
Les grandes orientations du SDAM, destinées à sappliquer sur le long terme (horizon de lan 2000) et à modifier profondément la configuration territoriale et le fonctionnement de lagglomération lyonnaise, sont essentiellement définies par la technocratie étatique, qui prend soin de tenir à lécart des sphères dexpertise et de décision les principaux intéressés locaux (élus municipaux, patrons de PME-PMI).
Les travaux de lOREAM et des cabinets détudes du réseau CDC offrent en effet une solide expertise, univoque et difficilement réfutable, à même de garantir la conformité des choix daménagement de la métropole lyonnaise avec les choix de principe de la politique économique établis par le gouvernement et les représentants des grands groupes industriels et financiers au niveau national. Elle relègue les travaux dexpertise économique et les études spatiales préparatoires daménagement et durbanisme produits par les acteurs lyonnais au simple rang de trame de fond, au mieux doutil de légitimation, des projets de développement économique conçus par la technocratie étatique pour le territoire local.
Dans ce dispositif technocratique très verrouillé, le rôle du SDAU de lagglomération lyonnaise et des POS municipaux se limite en théorie à celui de documents dapplication du SDAM, plus ou moins directement opérationnels. Les grandes orientations pour le développement économique et laménagement de la métropole lyonnaise étant fixés dans le SDAM, leur élaboration ne semble pas devoir poser problème, dans la mesure où ce sont les services déconcentrés de lEtat (DDE et CLAU) qui sont chargés de cette tâche, sur la base des études fournies par les cabinets parisiens implantés au sein de lATURCO.
Ce qui est censé nêtre quune formalité administrative devient pourtant une formidable occasion pour les élites économiques et politiques lyonnaises de se réapproprier le pouvoir dans le processus de décision et de régulation économique au niveau local, du moins à léchelle de lagglomération lyonnaise. Le SDAU est mis à létude dès la fin des années 1960 sur le périmètre élargi de la COURLY (71 communes dont 55 membres). LATURCO propose des scénarios inspirés des études préliminaires menées par C. Delfante et J. Meyer dans le cadre du Livre Blanc de lagglomération lyonnaise (Delfante, 1969). Il sappuie également sur lexpertise produite en son sein par le CERAU, cabinet détudes du réseau CDC travaillant sur les questions daménagement urbain.
Ses préconisations, issues détudes de marchés réalisées auprès des grandes groupes industriels régionaux et internationaux aux activités stratégiques, susceptibles de sintéresser à la région (pétrochimie, chimie, métallurgie lourde, sidérurgie, construction électrique, papeterie), provoquent une réaction très forte de la part des acteurs économiques lyonnais. Celle-ci a des répercussions très importantes sur lévolution du système dacteurs local et des rôles respectifs en son sein, ainsi que sur ses relations avec le pouvoir central, qui sexpriment notamment par le changement radical des méthodes et logiques daction dans la conduite de la régulation économique au niveau local.
Cet « épisode » de la Charte Industrielle et ses conséquences sur la conduite de la politique économique dans lagglomération lyonnaise occupent une place capitale dans le processus de territorialisation de la régulation économique. Il tire son origine des travaux préparatoires à lélaboration du SDAU et peut expliquer également la tardivité de son adoption, qui na lieu quen 1978, cest-à-dire en fait « après la bataille » et la victoire des acteurs économiques et politiques dans une moindre mesure locaux sur lEtat central
On retrouve ici lidée de « victoire des territoires » sur le niveau national développée par D. Béhar (2000) à propos de la territorialisation des politiques publiques en France (voir supra, 1ère Partie, Section 3).
La contestation de lexpertise économique technocratique
En 1971, le rapport sur laménagement industriel de lagglomération lyonnaise, commandé par les représentants du GIL et du milieu de la construction immobilière lyonnaise, est censé faciliter lélaboration du volet économique et industriel du SDAU (CERAU, 1971). Une suite est prévue pour 1972, portant sur lanalyse détaillée des dispositions durbanisme frappant les établissements industriels, afin de permettre aux chefs dentreprises danticiper les travaux daménagement et dinfrastructures prévus dans le cadre du futur POS. Le travail est réalisé par léquipe de lATURCO et du CERAU, en collaboration avec les services du GIL et des syndicats professionnels de branche qui fournissent des informations sur le tissu industriel local.
Le rapport pointe les enjeux en matière daménagement des zones industrielles (réglementation des installations, équipements collectifs), en lien avec la lutte contre les nuisances industrielles (pollutions atmosphérique et de leau, stations dépuration, gestion et traitement des déchets). Il stigmatise tout particulièrement les nuisances liées aux industries chimiques et métallurgiques, très importantes dans le tissu économique lyonnais, et dont les représentants syndicaux occupent les plus hautes fonctions au sein du GIL et de la CCIL.
Cette position pour le moins radicale sexplique sans doute par lexistence de liens financiers et hiérarchiques puissants, quoique peu visibles, unissant lATURCO et le CERAU aux services de lEtat, via notamment la Préfecture, la CDC et la SCET. Le gouvernement menant la politique économique et daménagement en concertation avec certaines factions dominantes du patronat au niveau national (voir supra, Section 1), leurs intérêts sont ainsi amenés à sexprimer dans les travaux dexpertise au niveau local. Elle sinscrit cependant dans la ligne directe des grandes orientations spatiales et économiques du SDAM pour la partie centrale de la métropole et reprend en partie les préconisations exprimées par le Comité dexpansion au début des années 1960.
Le contexte institutionnel au niveau national est également déterminant dans lexplication des choix proposés. En effet, le Ministère de lEnvironnement est créé en 1971, durant les travaux de préparation du rapport. Limportance prise par la controverse environnementale autour de laménagement de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer sur les rives de létang de Berre (Linossier, 2003 ; Paillard, 1981) et lapparition des premiers mouvements écologistes en France contribuent alors à créer un climat général de renforcement de lattention portée aux problèmes de pollution industrielle. Enfin, la politique étatique en faveur des métropoles déquilibre, dabord focalisée sur les projets déquipements, dinfrastructures, de logement et daménagement industriel, connaît une inflexion notable en faveur du développement des fonctions tertiaires supérieures au début des années 1970, particulièrement dans la métropole lyonnaise (voir supra, Section 1).
Les conclusions du rapport, fortement imprégnées du projet étatique dexurbanisation industrielle et de constitution de vastes complexes industriels régionaux adaptés aux besoins de la grande industrie pétrochimique et sidérurgique (inter)nationale, remettent ainsi directement en question le développement et lexpansion de ces industries dans lagglomération lyonnaise. Les intérêts économiques des industriels lyonnais sur le territoire local sont menacés par la politique centrale et son expertise au service des grands groupes, au moment où les capitaines dindustrie locaux perdent aussi leur capacité dinfluence et leur prise directe sur la sphère politique lyonnaise (voir supra, Section 2).
Le rapport du CERAU est adressé aux responsables du GIL pour consultation et information, avant dêtre présenté aux élus communautaires. Ces derniers ne le verront jamais, du moins en létat initial. Les responsables patronaux réagissent en effet de manière particulièrement hostile à son contenu et à ses conclusions, en sorganisant très rapidement (échanges entre responsables du GIL, syndicats de branche et chefs dentreprises, concertation avec les responsables de la CCIL) pour proposer un nouveau rapport, qui est littéralement substitué au premier. Ils exercent notamment sur le responsable de lATURCO une forme de lobbying épistolaire et personnel non médiatisé (réunions fermées), qui instaure de fait une pression très forte sur les techniciens de lATURCO, les contraignant à accepter la riposte patronale sans faire de vagues.
Après quelques échanges, un nouveau rapport est rédigé par le CERAU en 1972, intégrant les amendements proposés par les représentants du patronat lyonnais : nécessité daborder le problème de la pollution en milieu urbain avec discernement et prudence pour éviter de bloquer le développement industriel de lagglomération ; nécessité de limiter les contraintes imposées aux entreprises pour éviter les délocalisations massives hors de lagglomération ; nécessité de traiter la question des équipements collectifs dassainissement dans les ZI avec pragmatisme et souci de la rentabilité. En revanche, les représentants patronaux approuvent et confient à la CCIL, cest-à-dire à leur propre soin, le projet de création dune cellule chargée des problèmes industriels dans lagglomération, proposé dans la version initiale.
La « Charte Industrielle » (CCIL, COURLY, GIL, 1972) de lagglomération lyonnaise est adoptée par le conseil de la COURLY en septembre 1972. La préparation du SDAU de lagglomération lyonnaise sert ainsi à la fois de révélateur et doccasion de dépassement du dissensus latent existant entre les intérêts du grand capital en cours dinternationalisation, fortement relayés par la politique économique de lEtat, et les intérêts du petit et moyen capital local, contraint à lacceptation et au silence par le verrouillage du dispositif technocratique de laménagement du territoire durant les années de croissance. En quelques mois, la solidité et limpartialité de lexpertise produite par les cabinets détudes parisiens et par lATURCO, bras exécutant de la COURLY fortement contrôlé par la technocratie étatique, sont durement mises à bas par les organismes patronaux lyonnais. Ceux-ci arrivent à stopper le rouleau compresseur des services de lEtat, qui imposent leur vision, leurs références conceptuelles et les objectifs de la politique économique nationale aux acteurs locaux à travers lélaboration des nouveaux documents de planification et durbanisme de lagglomération lyonnaise.
Lépisode de la Charte Industrielle constitue donc un moment charnière dans lhistoire de la régulation économique et territoriale dans la métropole lyonnaise. Il met en évidence la volonté des structures de représentation des intérêts économiques locaux de se réapproprier la gestion des affaires industrielles, largement phagocytée par les services de lEtat au travers du système de léconomie dirigée et de la planification mis en place dans les 1950 et 1960, et de remettre en cause la toute puissance de la technocratie, non seulement étatique mais aussi communautaire au niveau local à partir de 1969. Le pouvoir dexpertise, déterminant pour asseoir la domination de lEtat au sein du système décisionnel de lintervention économique, est désormais de nouveau revendiqué par les instances patronales dans lagglomération lyonnaise.
Un nouveau positionnement patronal hostile à linterventionnisme public
Lenjeu principal pour les élites économiques lyonnaises est de réaffirmer leur compétence, leur capacité dexpertise et leur légitimité à intervenir dans le processus de régulation économique au niveau local, face aux services de lEtat, aux cabinets détudes du réseau CDC et au pouvoir politique communautaire naissant dans lagglomération lyonnaise. Il sagit donc autant, sinon plus, de se positionner à la tête du système dacteurs local, cest-à-dire de prendre le dessus sur la technocratie communautaire et sur les autorités politiques de la COURLY, et de devenir linterlocuteur privilégié et direct des autorités gouvernementales dans lagglomération lyonnaise, que de remettre en question de façon radicale les orientations qualitatives de la politique de lEtat dans le champ de léconomie.
La fin des années 1960 est en effet marquée au niveau national par un profond changement dattitude et de positionnement du patronat par rapport à la politique économique de lEtat (voir supra, Section 1). Le choix du libéralisme économique, soutenu par une partie du gouvernement et par les élites patronales, saccommode pragmatiquement de linterventionnisme étatique, au gré dun engagement politique et médiatique des représentants des intérêts économiques assez nouveau en France. LEtat central opte pour un désengagement financier progressif de la conduite de la régulation économique et territoriale au niveau local, afin de concentrer son effort au niveau national dans le soutien aux grandes filières industrielles et de limiter laccroissement des dépenses publiques. Il encourage le développement des investissements privés et la participation accrue des collectivités locales à leffort daménagement et déquipement du territoire, reportant ainsi en grande partie la charge et la responsabilité du développement économique sur les pouvoirs publics locaux et sur les entreprises.
Le patronat se voit ainsi conférer un rôle de premier ordre dans laccompagnement de la croissance et la gestion du développement économique en France, en particulier à travers le développement très fort des grands groupes industriels et financiers, mais aussi par le biais des efforts de modernisation et de desserrement réalisés par les petites et moyennes entreprises au niveau local. Pourtant, lEtat central nentend pas renoncer à son pouvoir dincitation et de contrôle dans le domaine de léconomie, ni à sa capacité de direction générale des affaires nationales au travers du Plan et de ses déclinaisons locales. Lambiguïté politique entre volontarisme interventionniste et libéralisme, caractéristique des choix gouvernementaux de la France des Trente Glorieuses, notamment pour les questions dencadrement de la régulation économique et territoriale (Veltz, 1978), cristallise ainsi les relations entre les pouvoirs publics et le patronat, de manière particulièrement conflictuelle au niveau local.
Si les intérêts du grand capital coïncident avec les objectifs de la politique économique nationale, il nen va pas de même pour les intérêts du petit et moyen capital, notamment industriel, au niveau local. Le patronat lyonnais sappuie donc sur la nouvelle ligne politique définie par ses instances représentatives au niveau national, pour faire valoir ses intérêts et ses prétentions en matière de gestion de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise. Cette ligne politique est sans ambiguïté : lEtat doit sen tenir à son rôle darbitre du jeu économique et ne pas intervenir dans les affaires. Seuls les organismes patronaux doivent soccuper de la gestion de la régulation économique.
Globalement, lobjectif poursuivi par les responsables patronaux est de convaincre politiquement la technocratie étatique de renoncer à linterventionnisme économique, afin de laisser le champ libre aux seuls acteurs économiques dans la conduite de toute forme de régulation de léconomie. Le patronat, par le biais du CNPF, saffirme ouvertement comme un acteur impliqué dans le débat public et dans la conduite de la régulation économique à partir de 1965, abandonnant progressivement la triple logique du secret, du positionnement défensif et du groupe de pression, en retrait par rapport aux acteurs politiques, qui prévalait jusque là dans ses rangs (Bunel, Saglio, 1979). Il sappuie notamment sur le fort développement des médias (presse écrite, télévision) pour faire entendre sa voix et diffuser sa conception de la conduite de léconomie auprès de la société civile, adoptant ainsi une stratégie beaucoup plus offensive et explicite sur le terrain politique, tant aux échelles nationale que locale.
Les représentants des entreprises se considèrent comme les plus compétents et les mieux disposés pour gérer les affaires économiques, en raison de leur connaissance très précise des enjeux et des besoins des firmes en matière de régulation. Le patronat met ainsi en avant sa légitimité naturelle à se saisir des questions économiques, pour proposer de nouveau son expertise dans le système dintervention économique et pour imposer sa reprise en main du devenir des activités économiques sur le territoire. Le pragmatisme et ladaptabilité aux évolutions du contexte économique, compétences mal maîtrisées par la technocratie étatique, sont particulièrement mis en avant pour justifier la nécessité dun retrait de lEtat au profit des organismes et intérêts patronaux dans la conduite de la régulation au niveau local.
Le choix des experts de lEtat de privilégier des logiques dexurbanisation industrielle et de développement des fonctions tertiaires dans lagglomération lyonnaise est en effet perçu comme totalement inadapté aux enjeux économiques des entreprises face à louverture internationale, à la concurrence et au ralentissement de la croissance qui marquent le début des années 1970. Le patronat lyonnais oppose ainsi son réalisme et sa capacité de prise en compte des évolutions du contexte densemble et de la conjoncture économique, à la rigidité conceptuelle de linterventionnisme des autorités centrales.
Les entreprises industrielles recherchent majoritairement la centralité et la proximité des services de la métropole lyonnaise, leur intérêt en matière de développement se situe dans lagglomération, pas aux confins de la RUL. Lorientation spatiale et aménagiste donnée au développement économique par la technocratie étatique apparaît également aux représentants patronaux comme insuffisante, voire dépassée par les enjeux de positionnement du territoire local et des entreprises sur le marché des localisations à léchelle européenne.
Dans lagglomération lyonnaise, les représentants des intérêts économiques locaux adoptent, dans un premier temps, une attitude essentiellement défensive vis-à-vis des propositions de la technocratie publique, défavorables au développement industriel de lagglomération lyonnaise. Ils sinscrivent ainsi parfaitement dans la ligne de conduite traditionnelle du patronat français, caractérisée par une mobilisation uniquement réactive, motivée par la défense de ses intérêts acquis. Les structures patronales lyonnaises semblent dabord défendre la primauté industrielle de lagglomération, notamment contre le projet tertiaire de la technocratie étatique, en utilisant les méthodes classiques des groupes de pression négociant à labri du débat public.
Cependant, au-delà de la stratégie simplement défensive, la méthode utilisée par les représentants du patronat lyonnais pour affirmer sa compétence et sa légitimité dans la gestion affaires économiques révèle aussi une stratégie politique beaucoup plus offensive, visant à faire accepter par lEtat, les responsables politiques locaux et lensemble de la société civile, le nouveau rôle moteur et pilote des hommes dentreprises dans la conduite de la politique économique au niveau local.
De lart et de la manière de reprendre le leadership
Cest la CCIL, acteur traditionnel et légitime de la régulation économique au niveau local, tant pour le patronat que pour les pouvoirs publics, qui représente les intérêts du patronat lors des négociations de la Charte Industrielle, et non le GIL, principal syndicat patronal lyonnais et antenne locale du CNPF. Un partage des tâches de fait sopère entre les syndicats patronaux locaux et les CCI : les premiers gèrent les questions sociales (négociations salariales, formation de la main duvre
), tandis que les secondes soccupent des problèmes économiques et politiques, conformément à la mission de service public dintérêt général conférée aux organismes consulaires par lEtat (Coing, 1978).
Les membres du GIL étant majoritaires parmi les élus de la CCIL, celle-ci défend leurs intérêts industriels face au projet dexurbanisation industrielle et de développement tertiaire des pouvoirs publics. Elle agit pour leur compte sur la sphère politique, en leur permettant dinfluencer fortement le système dacteurs, tout en restant en retrait du débat public. Linitiative et lélaboration de la Charte sont ainsi surtout le fait des organismes de représentation des intérêts patronaux, qui travaillent essentiellement « en coulisses ». CCIL, GIL et Comité régional dexpansion avancent ainsi « cachés », nassumant pas politiquement la responsabilité des choix économiques de la Charte mais revendiquant ouvertement la légitimité, la compétence et le savoir-faire en matière dexpertise économique dans lorganisation de la régulation au niveau local.
Le Président du Comité dexpansion régional approuve particulièrement le travail réalisé par les organismes lyonnais, parce quil sinscrit directement dans la continuité des études réalisées par le Comité lyonnais avant le déferlement de la technocratie étatique, et quil offre un contrepoint de poids face aux documents de planification de lOREAM : « Cest une excellente note de synthèse qui reprend ce que nous avons ensemble cogité durant les 10 dernières années en matière de développement, en fonction des contraintes géographiques de la région lyonnaise. [Elle] comporte lessentiel de ce quil est utile de savoir comme préalable aux décisions dorientation économique de la région lyonnaise. Dans la mesure où nous nous entendons pour préconiser une politique de développement harmonieuse de notre région, ce document peut être considéré comme capital : cest le plus important qui ait été produit depuis quelques années ».
Par contre, la Charte Industrielle est publiquement portée par les autorités politiques de lagglomération, essentiellement à travers les instances de la COURLY. Elle est adoptée officiellement par un vote du Conseil communautaire en septembre 1972, présentée lors dune conférence de presse organisée par L. Pradel, mais les principes dune politique industrielle pour lagglomération lyonnaise ne sont toutefois discutés quen Commission des affaires économiques de la COURLY, et non en séance plénière du Conseil. Les intérêts économiques lyonnais sont bien représentés dans cette commission, composée de conseillers communautaires proches des milieux daffaires, mais les élus de lopposition (communistes, socialistes) éprouvent en revanche des difficultés pour y participer.
Les syndicats salariés locaux comme la CGT et la CFDT, qui sont eux aussi particulièrement représentatifs du monde industriel lyonnais et tout autant directement intéressés par sa reproduction et son développement, dénoncent également au même moment le parti daménagement tertiaire retenu par les instances gouvernementales et locales. Ils le font de façon publique et officielle, lors des séances de la CODER et à loccasion des avis émis en conseil de communauté sur les différents documents de planification de lagglomération lyonnaise. Ils sont pourtant tenus à lécart de la Commission des affaires économiques de la COURLY par lexécutif communautaire, malgré la proposition du groupe communiste dassocier les syndicats ouvriers aux réflexions sur lorientation de laction économique dans lagglomération lyonnaise. Les liens étroits existant entre les élites politiques et économiques lyonnaises (voir supra, Section 1) peuvent sans doute expliquer cette alliance de fait entre le patronat et les autorités publiques locales au service de lautonomie de gestion des affaires économiques locales, qui seffectue au détriment de la représentation démocratique et des intérêts de la société civile salariée.
La première préoccupation des organismes patronaux lors de la découverte du rapport du CERAU est de cacher son existence aux élus de la COURLY et dempêcher sa diffusion publique, afin de couper court à toute forme de discussion démocratique : « Il ne faut pas que cette étude tombe entre les mains de la presse car si certaines informations sont justes, dautres risquent dêtre très mal interprétées » ; « Nous avons reconnu que, si ce rapport constituait en tant quélément de travail une bonne base de départ fortement documentée, il ne pouvait être diffusé tel quel auprès des membres de la Communauté urbaine, et quil convenait en conséquence de préparer en commun, en sen inspirant, un autre document plus adéquat ». La seule mention de létude du CERAU faite par la presse est révélatrice : « Cette étude na pas été officiellement diffusée, mais le Figaro du 24 juin [1972] en a publié une analyse. Elle réunit un certain nombre de données économiques (
) et ses conclusions sont assez sévères ».
La stratégie de communication déployée lors de lépisode de la Charte Industrielle, largement relayée par la presse écrite locale et régionale, révèle donc lexistence dun véritable « plan média », qui permet aux organismes patronaux lyonnais de faire accepter aux élites politiques locales, et accessoirement à lensemble de la société civile, leur nouveau rôle politique, central dans la conduite de la régulation économique territoriale. Les nombreux articles de presse qui couvrent lélaboration de la Charte Industrielle reprennent en effet assez largement largumentaire patronal en faveur de la défense dune agglomération lyonnaise majoritairement tournée vers lindustrie, mais ils participent aussi fortement à consacrer lidée dune gestion des affaires économiques locales conçue et dirigée par les acteurs économiques locaux.
La création dun Bureau de développement de la région lyonnaise au sein de la CCIL est ainsi annoncée, avant même la publication de la Charte Industrielle. Lattitude dissuasive et restrictive des pouvoirs publics vis-à-vis de lindustrie dans lagglomération, malgré la suppression de la procédure dagrément, est également largement dénoncée par la presse : « Pour le groupe de travail, il nest ni possible, ni souhaitable de prévoir un développement de lagglomération fondé exclusivement sur le tertiaire avant une quinzaine dannées ». Grâce aux médias, le patronat lyonnais dénonce ouvertement la place trop importante conférée aux activités tertiaires dans le parti daménagement de la métropole lyonnaise retenu par les organismes officiels. Ces derniers semblent « oublier le poids de lindustrie comme assise obligatoire à tout développement (
). La bataille pour lindustrialisation va sentamer sur plusieurs fronts : le bureau, la charte (
), les ZI et un rapport signé conjointement par le patronat, les responsables du SDAU (
) et la chambre de commerce ».
Dautres articles insistent encore sur la responsabilité des pouvoirs publics centraux et déconcentrés dans le malaise industriel lyonnais, dont les interventions et lattitude freinent plus quils nimpulsent le développement économique (procédure et commission dagrément des implantations industrielles dans lagglomération, supprimées en 1971), et sur la nécessité de continuer à développer lindustrie pour faciliter le développement harmonieux des services supérieurs aux entreprises dans lagglomération souhaité par lEtat.
Les principaux acteurs économiques lyonnais saffranchissent donc de la tutelle étatique en matière de régulation de léconomie grâce à lépisode de la Charte Industrielle. Ils bénéficient dans cette entreprise du relais appuyé de la presse locale et régionale. La nouvelle politique économique lyonnaise traduit surtout dans les faits la primauté de la défense des intérêts des forces économiques dominantes du système productif local (i.e. des entreprises industrielles) face aux intérêts du grand capital international portés par la technocratie étatique. Le patronat lyonnais reprend ainsi la main en matière de régulation économique et territoriale, perdue au profit des services de lEtat et de leur dispositif dexpertise, et tente avec un certain succès dimposer son leadership politique sur les questions économiques au sein du système dacteurs local.
Mais cette nouvelle politique économique territorialisée qui se profile dans lagglomération lyonnaise en réaction à la toute puissance de la technocratie de lEtat, même si elle sappuie sur le soutien politique et financier de la COURLY, ne repose pas vraiment sur la légitimité élective des collectivités locales (la plupart des communes membres nont que peu de prise sur les choix opérés par lEPCI car elles ne sont pas représentées au Conseil communautaire), ni sur la poursuite de lintérêt général des citoyens et travailleurs lyonnais. Elle répond dabord au souci de défendre et de promouvoir les intérêts des entreprises locales face aux orientations économiques et spatiales définies par les autorités étatiques.
Remise en cause de lorganisation de la régulation économique au niveau local
La création de la COURLY et les importantes prérogatives daide à la décision confiées à lATURCO, le déploiement de la technocratie étatique à travers lOREAM et les cabinets détudes du réseau CDC, placent les organismes patronaux lyonnais dans une position de soumission par rapport au processus décisionnel et dans une situation de relative impuissance en matière dexpertise et dorientation de la politique économique et daménagement du territoire dans lagglomération lyonnaise.
La sorte de « putsch » opéré lors des travaux préparatoires du SDAU par les élites économiques lyonnaises auprès des instances consacrées comme légitimes à exprimer lexpertise économique dans lagglomération lyonnaise, quelles soient locales (COURLY, ATURCO) ou centrales (CERAU), reflète donc plutôt un problème de forme concernant lorganisation institutionnelle de la régulation économique territoriale, quun simple problème de fond lié au contenu même du rapport prônant lexurbanisation des industries lourdes hors de lagglomération centrale. Les acteurs économiques lyonnais sopposent à la logique technocratique imposée par lEtat central, quelle émane des bureaux détudes parisiens ou des nouvelles institutions créées au niveau local par ladministration étatique comme la COURLY.
De fait, le patronat lyonnais ne conteste pas vraiment la réalité des problèmes de pollution industrielle dont fait état le rapport du CERAU, et qui fondent en grande partie les propositions en faveur de lexurbanisation des activités industrielles. En revanche, il revendique un profond changement de méthode concernant la conduite de la politique daménagement économique dans lagglomération, en remettant directement en question la capacité et la légitimité de la COURLY à se saisir des problèmes de régulation économique territoriale. La COURLY est particulièrement visée par loffensive patronale, parce quelle représente de manière indirecte, en tant quémanation de la toute puissance institutionnelle et politique du pouvoir central, lintervention dirigiste et lingérence économique systématique de lEtat dans les affaires du pays, à léchelle nationale comme à léchelle des territoires locaux.
La COURLY est un établissement public de coopération intercommunale créé par lEtat pour faciliter la mise en uvre de la politique des métropoles déquilibre dans lagglomération, elle est donc perçue comme un outil politique et institutionnel au service de la technocratie étatique, un relais du pouvoir très centralisé et autoritaire des services étatiques (DATAR, CGP
), via lATURCO notamment, qui hébergent les bureaux détudes de la CDC et relaie les orientations de la politique économique et daménagement à Lyon.
Les principales exigences formulées par les représentants de la CCIL et du GIL lors des négociations sur le contenu de la Charte portent ainsi sur (CCIL, 1972) :
La nécessité dexaminer les problèmes durbanisme et de développement industriel de lagglomération lyonnaise de manière concertée, en soumettant les projets à la critique de personnes compétentes. Il sagit ici pour les représentants du patronat de revendiquer leur légitimité et leur compétence sur les questions de développement économique, conférées par leur appartenance directe au monde des entreprises et leur connaissance fine de ses problématiques et enjeux spécifiques. La concertation nécessaire entre pouvoirs publics et chefs dentreprises est également réaffirmée.
La nécessité dune prise de conscience des responsables politiques de la COURLY quant à limportance des modalités durbanisme rattachées au développement industriel de lagglomération et limpossibilité pour la COURLY de prétendre uniquement réglementer pour résoudre les problèmes de pollution, surtout en labsence dune telle réglementation au niveau national (risque de mettre lindustrie locale en situation dinfériorité). Les représentants patronaux pointe ainsi les limites méthodologiques de linterventionnisme réglementaire public, qui savère très contraignant et pénalisant malgré sa nature indirecte, et le caractère globalement inadapté de la planification spatiale face aux enjeux de développement des entreprises et aux évolutions du contexte économique.
La distance entre la politique industrielle structurelle de la COURLY et la réalité industrielle conjoncturelle, qui reflète labsence de compétence et dexpertise de linstitution communautaire : « Ce sont là des problèmes complexes, du ressort des organisations professionnelles, des CCI, de la CODER, de la Mission Economique, du Ministère de lIndustrie. Il semble peu souhaitable que, vis-à-vis de ces problèmes, la Communauté urbaine mène une politique personnelle ; par contre, il y a intérêt à ce quelle en connaisse » (CCIL, 1972). Le manque de compétences daction directe de lorganisme intercommunal et sa faible capacité dexpertise dans le domaine économique, largement conditionnés par le centralisme et le dirigisme de lEtat en la matière, sont mis en avant pour justifier la participation active des organismes patronaux dans la conduite de la régulation économique et territoriale au niveau local.
La suggestion du rapport de créer une « cellule » chargée des problèmes industriels dans lagglomération, qui rejoint de façon opportune linitiative de la CCIL de créer en son sein un Bureau de Développement de la région lyonnaise. La responsabilité en serait confiée à un permanent de la CCIL, auquel serait adjoint un Conseil composé dindustriels avertis (membres de la CCIL, du GIL ou des grands syndicats professionnels). « En raison de limportance de la question de lurbanisme industriel, la CCI serait tout à fait daccord pour associer à ce Conseil lATURCO ou un représentant de la COURLY » (CCIL, 1972). Les représentants du patronat se lyonnais sapproprient la compétence du développement économique dans lagglomération lyonnaise, en semparant du projet de création dun service ad hoc. Partisans de la concertation entre puissance publique et acteurs économiques, ils invitent les représentants de la technocratie étatique et les autorités politiques locales à souvrir à la logique du partenariat dans la conduite de la politique économique dans lagglomération lyonnaise.
Il sagit donc dune attaque en règle contre le pouvoir émergent de la COURLY en matière de politique daménagement à vocation économique, pourtant relativement limité et embryonnaire par rapport à celui des services de lEtat (bureaux détudes, OREAM, DDE). Celle-ci apparaît aux yeux du patronat local comme le « cheval de Troie » de la technocratie étatique et du gouvernement central, même si le Président Pradel partage en grande partie les positions des élites économiques locales face aux orientations de la politique nationale et sait sentourer de personnages influents issus du milieu des affaires lyonnais (voir supra, Section 2).
Les avis convergent donc au sein du patronat lyonnais, quant à la distribution des rôles et à la légitimité des différents acteurs institutionnels locaux à intervenir dans le domaine de la régulation économique territoriale. Les responsables de la CCIL revendiquent lexpertise, la compétence et le savoir-faire traditionnel des services consulaires en la matière, tout comme la légitimité naturelle du patronat à participer activement à la conduite de la politique économique. Ceux du GIL remettent plutôt en cause la légitimité de lATURCO et du CERAU à intervenir dans les problèmes industriels, les taxant de technocratisme et dincompréhension des impératifs de pragmatisme et de réalisme attachés à la question du développement économique.
Ils reconnaissent tous cependant que les problèmes daménagement industriel et de développement économique relèvent également des préoccupations légitimes de la COURLY et des techniciens de lATURCO, dont le cur de métier est lurbanisme et laménagement spatial, mais prônent un traitement tripartite et concerté de ces questions, entre la COURLY, lATURCO et la CCIL.
Au final, cest ainsi la manière de faire et le système de référence général guidant laction qui semble vraiment en jeu dans cette remise en question de la conduite de la régulation économique territoriale dans lagglomération. Les acteurs économiques lyonnais prônent ni plus ni moins un profond changement de méthodes et de conception des politiques publiques économiques au niveau local, afin quelles soient plus en phase avec lévolution du contexte densemble et les besoins nouveaux des entreprises vis-à-vis des territoires.
3- Le basculement dans un régime économique de crise
Les années 1970 marquent un changement profond dans les principes dorientation et de définition de la politique économique, tant aux niveaux national que local. Les concepts et les thèmes dominants qui servent de référence à la définition de lintervention économique des pouvoirs publics évoluent fortement, la plupart des termes qui constituent le vocabulaire des responsables économiques et politiques durant les années de croissance sont remplacés par dautres mots, relatifs au nouveau contexte de crise.
Le virage conceptuel samorce en effet en même temps que survient la crise économique, cest-à-dire précisément en 1974, juste après le premier choc pétrolier, qui marque dans limaginaire collectif, en France, en Europe et dans lensemble du monde, le basculement dune économie de croissance, fordiste et industrielle, vers une nouvelle économie de crise, post-fordiste et post-industrielle, dominée par lincertitude, la flexibilité, les services et linnovation (voir supra, 1ère partie, Section 1). La répartition des rôles entre pouvoir central et systèmes dacteurs locaux évolue, ainsi que les techniques et modes de faire mobilisés pour assurer la régulation de léconomie sur le territoire national. Lensemble du cadre référentiel de la régulation économique et territoriale est ainsi renouvelé au cours des années 1970 pour sadapter au nouveau contexte économique densemble.
Thèmes et concepts de référence : de la croissance à la crise
Les Trente Glorieuses correspondent aux années de forte croissance économique, de modernisation des structures productives, dexpansion des activités industrielles et tertiaires. La doctrine de laménagement du territoire en France correspond à ce régime de croissance, durant lequel le fordisme simpose comme le mode intensif daccumulation du capital, permettant à la fois laugmentation de la richesse économique grâce à la généralisation des avancées techniques dans lensemble du système productif, et le progrès social grâce à une gestion plus rationnelle de la répartition des tâches et à une meilleure répartition des richesses produites au sein de la population.
La politique économique et daménagement du territoire nationale participe ainsi directement du mode de régulation de léconomie en période de croissance, à travers le Plan. Lobjectif poursuivi par les autorités centrales est précisément laménagement de cette croissance, la gestion rationnelle de lexpansion économique du pays pour une « harmonieuse répartition des hommes et des activités sur le territoire » (Laborie, Langumier, De Roo, 1985, p.16) : rééquilibrage de la répartition des fonctions économiques sur le territoire national de Paris vers la Province, développement des équipements collectifs, urbanisation, développement des infrastructures de communication, décentralisation et modernisation du tissu industriel à léchelle régionale, décentration tertiaire depuis la capitale et constitution de nouveaux pôles de services en Province.
La DATAR constitue le principal foyer conceptuel et programmatique de la politique daménagement de lEtat. Elle instaure un modèle de politique volontariste, fortement interventionniste et centralisé, « parfois même technocratique » (Laborie, Langumier, De Roo, 1985), qui restructure en profondeur les territoires locaux. Lagglomération lyonnaise, désignée avec ses voisines régionales comme lunes des huit métropoles déquilibres françaises devant contrebalancer lhégémonie économique parisienne, sert ainsi de réceptacle à laction de redistribution spatiale de lEtat. Celle-ci sopère à grands renforts de desserrement des activités dans des zones industrielles aménagées et équipées par les pouvoirs publics, de centres directionnels tertiaires et de planification territoriale, selon une logique quantitative dominante et un principe de zonage fonctionnaliste inspiré de la Charte dAthènes.
Le rôle des services de lEtat est prédominant à tous les stades de la conception et de la mise en uvre de la politique daménagement du territoire, les acteurs locaux se trouvant confinés dans un position de quasi spectateurs, du moins de simples exécuteurs des actions décidées au niveau national. Le dirigisme imposé par le haut marque la régulation économique et sa déclinaison territoriale durant cette période.
La DATAR porte cependant en elle, du fait même de sa nature dadministration de mission, souple et légère, « sans hiérarchie ni division formelle du travail » (Laborie, Langumier, De Roo, 1985, p.8), les germes du changement profond que connaît la politique daménagement du territoire française depuis la survenue de la crise économique au début des années 1970. Avec lévolution du contexte général vers un régime de stagnation de la croissance, laction publique devient en effet moins normative, lEtat devient moins dirigiste, et les méthodes dintervention changent de nature, en devenant plus souples et pragmatiques, adaptées aux particularités économiques du territoire local et au retour en force des conceptions libérales sur la scène politique.
Prémices dune territorialisation de lintervention en faveur de léconomie
« Dans les années 1960, lEtat détenait quasiment le monopole de la responsabilité économique. En revanche au cours des années 1970, avec le ralentissement durable de la croissance, les capacités de réponse de lEtat satténuent et les élus locaux apparaissent comme des partenaires économiques responsables (
). La crise économique générale, laugmentation du volume du chômage, la nécessité de rigueur budgétaire provoquent cette modification importante du comportement et du rôles des élus locaux. Ces derniers ne peuvent plus rester seulement les accompagnateurs dun développement impulsé par lEtat mais deviennent aussi les promoteurs dun développement local » (Laborie, Langumier, De Roo, 1985, p.18-19).
De fait, les autorités étatiques annoncent un virage dans la politique urbaine nationale et le traitement de la question des implantations tertiaires au milieu des années 1970 (ADERLY, 1977, p.14) : ralentissement de la croissance urbaine, renforcement des responsabilités et des moyens des collectivités locales, prise en compte des aspirations collectives (des chefs dentreprises et des salariés face aux contraintes de localisation très rigides des activités économiques). Une dynamique similaire sengage concernant le développement industriel, à la faveur dun consensus politique autour de la nécessité dagir à un échelon plus local et de diversifier les actions entreprises (BIPE, 1978). La crise économique instaure un nouveau climat de concurrence entre les territoires, non plus seulement à léchelle internationale mais également à lintérieur du pays : limpératif de décentralisation économique vers les métropoles déquilibre est relativisé par le pouvoir central, qui sinquiète du maintien de la place stratégique de Paris dans le système mondial.
Larrivée de la droite libérale à la tête du gouvernement national, favorable au désengagement financier et opérationnel de lEtat, à la dérégulation et à la libéralisation de léconomie, entraîne également un certain repli de lintervention étatique au niveau local (Jobert, 1994). La nouvelle politique de lEtat, adaptée au nouveau contexte de crise, prône ainsi un développement tertiaire plus souple dans les métropoles déquilibre, la tendance à la modération et une certaine diffusion des activités et des bureaux dans lespace : un nouvel urbanisme, plus flexible, plus souple, mieux adapté aux souhaits de chacun. Les préconisations des autorités centrales en matière de gestion des implantations tertiaires orientent la politique urbaine vers le renforcement des responsabilités des collectivités locales et une meilleure prise en compte des aspirations des dirigeants dentreprises (ADERLY, 1977, p.14).
En 1974 en effet, V. Giscard dEstaing accède à la Présidence de la République française et marque lavènement des thèses libérales dans la conduite de la régulation économique au niveau national. Celles-ci, soutenues par R. Barre et J. Chaban-Delmas, placent ainsi les représentants patronaux dans une position très avantageuse de « conseiller du prince », au gré dun modèle de concertation par voie consultative qui leur confère un accès privilégié à la sphère du pouvoir politique. Elles réhabilitent aussi le rôle des acteurs locaux dans la conduite des initiatives de développement économique, au nom du nécessaire repli de lEtat sur ses fonctions régaliennes (voir infra).
Les modes de faire de la politique économique et daménagement du territoire évoluent vers une intervention publique moins autoritaire et centralisée, qui est moins imposée par le haut (logique « top-down ») et plus ancrée dans le territoire et le système dacteurs local (logique « bottom-up », développement endogène). LEtat se désengage massivement de lintervention publique en faveur de léconomie sur le territoire, en repliant et concentrant son action sur les seuls territoires considérés comme en crise ou en grande difficulté économique (zones rurales et zones de reconversion industrielle). Une plus grande attention est portée aux intérêts locaux, le pouvoir décisionnel, les charges financières liées aux investissements dinfrastructures et déquipements et la mise en uvre opérationnelle des projets daménagement sont transférés progressivement aux acteurs du territoire, tandis que les logiques de gestion prennent le pas sur les logiques de production.
On passe ainsi de laménagement de la croissance sur le territoire par la technocratie étatique au développement économique local, voire endogène, porté par les acteurs du territoire (voir supra, 1ère Partie). Le niveau local et ses acteurs, notamment les villes, revendiquent plus de liberté dintervention dans la régulation économique territoriale et une plus grande autonomie dans la gestion du développement territorial (BIPE, 1978). Les autorités politiques locales renforcent leur rôle dentrepreneur, de technicien, de financier et danimateur au sein du système économique territorial, adoptant selon les contextes « soit une stratégie daccompagnement et de dépassement de la politique de lEtat allant jusquà la recherche dune stratégie autonome, soit une stratégie dopposition de régulation et de compensation des effets dun changement imposé de lextérieur » (BIPE, 1978, p.13).
Les pouvoirs publics locaux adoptent notamment le point de vue et le langage des entreprises, grâce à leur collaboration étroite avec les structures de représentation des intérêts économiques (CCI, syndicats patronaux). Le développement économique local se veut en effet plus qualitatif, respectueux du cadre de vie et pragmatique : le concept de zone dactivités remplace celui de zone industrielle, ladaptation de loffre de surfaces produites par la puissance publique aux besoins des entreprises industrielles ou tertiaires est recherchée en priorité par les acteurs de la régulation économique territoriale, les actions déployées changent de nature en se diversifiant.
Cette volonté dintervenir sinscrit ainsi dans une logique nouvelle de concurrence et de compétition entre les villes ou les territoires infranationaux, qui justifie le recours à des méthodes managériales et stratégiques, guidant des actions de promotion, de marketing, de prospection et de création dimage pour mettre en valeur les atouts économiques du territoire local. La recherche de flexibilité et de pragmatisme dans laction économique locale incite à prôner moins de rigidité dans les prescriptions durbanisme et les documents de planification, notamment quant à la limitation de laccueil des activités économiques et particulièrement industrielles dans les zones centrales des villes.
De ce point de vue, le SDAU de lagglomération lyonnaise adopté en 1978 apparaît comme totalement inadapté aux nouvelles contraintes de développement économique territorial imposées par le contexte de crise. Elaboré selon les critères de croissance qui prévalent à la fin des années 1960, il est obsolète avant même sa publication. Il prévoit en effet de limiter les implantations industrielles aux seuls quartiers de Vaise et de Gerland dans Lyon, et de reporter le gros de lexpansion des activités non tertiaires en dehors de lagglomération, conformément aux préconisations du SDAM. Sa logique exclusive vis-à-vis de léconomie nintègre pas de vision stratégique pour le développement du territoire local, mais uniquement une démarche de réservation des sols pour des usages futurs globalement déconnectée des problèmes émergents de positionnement de la métropole lyonnaise sur le marché des villes.
Conclusion de chapitre
Le début des années 1970 est donc marqué par une profonde remise en question de linterventionnisme étatique systématique dans le domaine de léconomie, particulièrement au niveau local. Différents facteurs explicatifs peuvent être identifiés : échec relatif des grandes opérations daménagement à vocation industrielle ou tertiaire dans lagglomération lyonnaise, mais aussi plus largement dans les grandes métropoles du pays (complexes industrialo-portuaires de Fos-sur-Mer et de Dunkerque, Mériadeck à Bordeaux, etc.) ; effets limités des dispositifs incitatifs financiers supposés favoriser la décentralisation des fonctions économiques stratégiques de Paris vers les métropoles déquilibre ; tournant politique libéral au niveau national, qui consacre progressivement le principe du retrait de lEtat de la gestion des affaires économiques.
Linadaptation croissante des logiques daction aménagistes et quantitatives portées par la technocratie étatique face à lévolution des enjeux et besoins des entreprises entraîne également la grogne patronale dans lagglomération lyonnaise et une montée en charge des structures de représentation des intérêts économiques dans le débat politique. Elles réclament un changement de méthode radical et une meilleure prise en considération des attentes et des contraintes des entreprises par laction publique, à défaut de pouvoir véritablement imposer lidée du renoncement des pouvoirs publics locaux et centraux à intervenir dans le fonctionnement de léconomie. Les élites économiques lyonnaises revendiquent également un plus grand pouvoir et une influence plus directe sur la conduite des politiques économiques dans lagglomération, au nom de leur grande capacité dexpertise en la matière.
Le basculement de léconomie mondiale dans un régime de crise conforte ce retour des acteurs économiques lyonnais sur le devant de la scène de la régulation au niveau local. Lévolution du contexte densemble implique en effet un profond changement du cadre référentiel, des principes et des méthodes de linterventionnisme économique public, qui font la part belle aux logiques daction et de management issues de la sphère des entreprises (voir infra). La politique économique très centralisée de lEtat, de portée nationale et dominée par les volets spatiaux et financiers de laction régulatrice de la puissance publique, cède la place à une nouvelle forme de politique publique, plus qualitative et en phase avec les besoins des entreprises lyonnaises, ancrée dans le territoire local et portée par ses acteurs. Une nouvelle façon de gérer la régulation économique territoriale par le local, selon une dynamique de développement endogène, simpose.
II - Lémergence de la politique économique lyonnaise
La reconquête du pouvoir perdu au bénéfice de lEtat central nest toutefois pas lapanage unique des forces économiques locales. Les élites politiques lyonnaises souffrent également du bouleversement institutionnel imposé par le pouvoir central durant les années 1960 (création de la COURLY dans lagglomération, de lOREAM au niveau régional, de la DATAR au niveau national). Celui-ci remet notamment en question le pouvoir communal, appelé à seffacer devant le nouvel échelon administratif et de gestion intercommunal. Il est cependant également très favorable à laffirmation du pouvoir des responsables politiques de la ville centre (Lyon et Villeurbanne) au sein de lorganisme intercommunal, notamment vis-à-vis du Conseil Général du Rhône et des petites communes de banlieue (Lojkine, 1974).
Les rapports entre lEtat et les collectivités locales sont alors fortement marqués par la volonté des municipalités de sémanciper de la domination gouvernementale et dobtenir plus dautonomie dans la conduite des politiques urbaines, contrôlées de manière hégémonique par les services de lEtat. Les revendications pour plus dautonomie dans les choix politiques au niveau local passent en partie par les instances de la COURLY dans lagglomération lyonnaise à partir de 1970, du moins pour les communes les plus puissantes comme Lyon et Villeurbanne. Cette situation nest pas propre au cas lyonnais, mais sobserve au contraire dans la plupart des grandes villes du pays concernées par la politique des métropoles déquilibre de la DATAR, notamment à Marseille où la communauté urbaine est refusée par les élus précisément en raison du risque de perte de pouvoir de la ville centre sur le devenir de son agglomération quelle véhicule (Linossier, 2003).
Les représentants du patronat lyonnais (CCIL, GIL) trouvent ainsi un appui favorable auprès des responsables politiques de la COURLY dans leur démarche de reconquête du pouvoir et de la légitimité dintervention dans la conduite de la politique économique u niveau local. Les élus lyonnais acceptent en effet très difficilement les aménagements industriels de la Ville Nouvelle de lIsle dAbeau et de la Plaine de lAin, imposés par les services de lEtat sans réelle concertation, même sils ont accepté la création de la COURLY pour des raisons de rapports de force politiques dans lagglomération. Les complexes industriels régionaux aménagés par lEtat sinscrivent en outre directement en concurrence avec les capacités daccueil à vocation économique et industrielle de lagglomération lyonnaise, et ne correspondent pas vraiment aux attentes et besoins formulés, tant par les élus locaux que par les industriels lyonnais (voir supra, Section 1).
Une alliance nouvelle voit donc le jour entre les responsables politiques lyonnais et les représentants des intérêts économiques locaux, destinée à favoriser la reconnaissance par le pouvoir central étatique de la capacité dexpertise et de la légitimité du système dacteurs lyonnais à gérer en propre les problèmes de régulation économique sur le territoire local, et notamment laménagement industriel dans lagglomération. Cette forme nouvelle de partenariat politique et institutionnel au niveau local semble répondre aux enjeux du contexte économique de crise, mais elle cristallise aussi les oppositions idéologiques et de principes entre les responsables politiques de lagglomération. Elle permet cependant la pénétration de nouvelles approches méthodologiques plus pragmatiques et adaptées aux logiques concurrentielles émergentes dans la conduite de lintervention publique en faveur du développement économique.
1- Une nouvelle alliance entre patronat et responsables politiques lyonnais
La publication de la Charte industrielle de lagglomération lyonnaise (CCIL, COURLY, GIL, 1972) marque lémergence dune politique de régulation économique territoriale émanant dabord des acteurs locaux, et non plus seulement des autorités centrales de lEtat. En labsence de compétences de planification, daménagement et durbanisme, monopolisées par les services de lEtat, et plus précisément de compétence économique spécifique, la COURLY, organisme institutionnel encore très jeune et inexpérimenté, se trouve quelque peu à la remorque des structures de représentation des intérêts économiques lyonnais dans la conduite de la nouvelle politique économique, quelles ont largement et directement contribué à faire accepter par la technostructure étatique et locale.
Certes, la COURLY institutionnalise de fait la réalité territoriale, économique et politique de lagglomération lyonnaise, mais elle ne possède aucun savoir-faire ni pouvoir daction propre dans le champ de la régulation économique et de laménagement de lespace, hormis ceux dabonder au financement de certaines initiatives collectives comme la création dune nouvelle structure associative vouée au développement économique territorial, de chapoter les travaux détudes de lATURCO en matière daménagement spatial et durbanisme, et dexprimer un avis sur les documents de planification élaborés par les services de lEtat (SDAM, SDAU, POS) par le biais de son Conseil de communauté.
Dans ce contexte, lorganisme consulaire lyonnais saffirme comme le principal acteur de la définition et de la conduite de la politique économique locale, aux côtés des instances techniques et politiques publiques de lagglomération et des structures de représentation des intérêts patronaux. Cette nouvelle domination patronale sur lorganisation de la régulation économique dans la métropole lyonnaise sexprime essentiellement à travers les missions de lAssociation pour le Développement de la Région Lyonnaise (ADERLY), créée en 1973 par les trois principaux signataires de la Charte Industrielle (GIL, CCIL, COURLY).
Un positionnement hostile à la politique économique de lEtat
La Charte Industrielle est présentée par les trois signataires comme une proposition de doctrine politique pour la définition des modalités de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise, non comme une proposition de mesures concrètes. Elle est ainsi dabord destinée à servir de documentation et de synthèse informative pour les membres de la COURLY faisant partie des commissions du SDAU (notamment concernant les affaires économiques), bien que ses auteurs lenvisagent de façon indépendante vis-à-vis du futur document de planification toujours à létude.
La Charte est directement destinée à servir de cadre de référence pour lélaboration du POS de Lyon et Villeurbanne, notamment en vertu de ses propositions concernant la localisation et le contenu des zones industrielles dans lagglomération. Elle sappuie en effet sur loption sous-jacente du refus de limage de Lyon se développant de façon harmonieuse uniquement par les services, notamment les services supérieurs aux entreprises, sachant que leur développement est largement dépendant de la proximité et du dynamisme des activités industrielles.
Les organismes signataires sont ainsi associés pour réclamer une politique de création industrielle à Lyon, en réaction à la politique tertiaire initiée par les services de lEtat. La Charte Industrielle constitue donc de ce fait le premier élément significatif de la constitution dune stratégie territorialisée de régulation économique dans lagglomération lyonnaise, et daffirmation de la primauté des intérêts économiques locaux par rapport aux objectifs généraux définis par le pouvoir central.
Le document insiste en préambule sur le ralentissement de la croissance industrielle lyonnaise depuis le début des années 1960, malgré la bonne attractivité des zones industrielles équipées par les pouvoirs publics (68 implantations de plus de 500 m² entre 1966 et 1972, contre seulement 25 hors ZI). Il rappelle également les objectifs demplois de la première version du SDAU de lagglomération lyonnaise rendue publique début 1971, qui portent sur la création de 45 000 nouveaux emplois industriels et de 100 000 emplois tertiaires dici 1986. En matière de localisation des activités industrielles dans la métropole, le rôle que doivent jouer les ZI de la Ville Nouvelle de lIsle dAbeau et de la Plaine de lAin aux côtés des ZI de lagglomération est certes mentionné, mais uniquement comme une volonté qui sajoute à celle de maintenir des emplois industriels dans le périmètre de la COURLY, afin de compléter « utilement » le projet de SDAU à létude.
La célèbre phrase de L. Pradel : « LIsle dAbeau ? Connais pas ! » , marquant lhostilité des Lyonnais face à un projet étatique qui concurrence directement le centre économique de Lyon, est ainsi relayée par les déclarations du responsable de lADERLY à la CCIL, à propos du positionnement politique des acteurs lyonnais face au projet des services centraux, qui relativise fortement limportance du pôle central lyonnais au sein de la métropole tricéphale projetée : « Grenoble et Saint Etienne ? Connais pas ! ». Les objectifs de la nouvelle politique économique émanant des acteurs locaux portent sur le développement simultané des secteurs secondaire et tertiaire dans lagglomération, le maintien dun certain développement industriel organisé dans les limites de la COURLY, lamélioration de la qualité de vie et la définition de la vocation des différents sites dactivités de la métropole, non sur la réalisation dune vaste métropole tertiaire définie selon les enjeux nationaux du développement économique.
La problématique centrale de la doctrine stratégique de la Charte est donc axée sur une recherche dalternative au projet étatique contenu dans le SDAM de lOREAM, qui mise sur le développement de la métropole lyonnaise à léchelle de la RUL et sur léviction des activités industrielles hors de lagglomération centrale, au profit notamment dun développement important des activités tertiaires. Les signataires saccordent sur le refus très explicite de la métropole tricéphale proposée par les services de lEtat, qui confère à lagglomération lyonnaise un simple rôle de « sous-pôle », certes central mais non unique, au sein de lensemble métropolitain en construction. Plus largement, les acteurs lyonnais se rassemblent aussi autour de la volonté de changer de méthode dans la conduite de la régulation économique et territoriale, afin de permettre une meilleure prise en compte des intérêts économiques locaux dans la définition des orientations, et de favoriser louverture des logiques daction au pragmatisme et à ladaptabilité, émanant de façon légitime des représentants du patronat local.
Au début des années 1970, les bases dune politique économique lyonnaise nettement favorable à la poursuite de lindustrialisation dans lagglomération sont ainsi jetées par les signataires de la Charte Industrielle. Le souci majeur est de limiter la déstructuration du tissu industriel lyonnais, mais le fort centralisme et le dirigisme autoritaire de lEtat sont également pointés du doigt en filigrane. Lorientation tertiaire contenue dans le SDAM et dans les études préparatoires du SDAU est fortement contestée par les responsables économiques et politiques lyonnais, pour défendre les intérêts industriels locaux face au projet économique étatique, mais aussi pour revendiquer une plus grande capacité dintervention dans la conduite de la régulation économique et territoriale.
LEtat tente cependant de maintenir une présence politique sur le territoire local et de prolonger le projet économique conçu par ses services à léchelle de laire métropolitaine, en instituant la Conférence de la RUL en 1974. Elle rassemble des représentants de la DATAR, le Préfet de Région et le Président de la COURLY (L. Pradel). Lentité spatiale RUL apparaît comme un outil situé à larticulation du niveau national et du niveau régional, placé au-dessus de léchelle de lagglomération lyonnaise et destiné à offrir une base territoriale pertinente pour la poursuite de lintervention de lEtat dans le domaine industriel et tertiaire au niveau local. Ce substitut à la politique économique et spatiale volontariste de lEtat pour la métropole savère toutefois bien faible, car la Conférence de la RUL reste dénuée de réel portage politique fort et de toute légitimité institutionnelle liée à des compétences techniques et financières dintervention ou à des capacités dexpertise spécifiques.
Les responsables lyonnais sorganisent donc au sein dun système dacteur local susceptible de renforcer leur influence et dasseoir leur pouvoir sur la définition de la politique économique dans lagglomération lyonnaise. Le nouveau dispositif organisationnel, relativement spontané et émanant exclusivement de la société locale, place les représentants des forces économiques en position dinterlocuteurs privilégiés des instances politiques et techniques lyonnaises, et leur permet de soutenir une orientation plutôt industrielle pour le développement économique de lagglomération.
La survenue du premier choc pétrolier en 1973 et lentrée de léconomie mondiale dans la crise font cependant prendre une direction sensiblement différente à la politique économique naissante, plus modérée et ouverte au choix du développement tertiaire de lagglomération défendu par les autorités centrales. La défense des intérêts industriels apparaît ainsi en définitive comme un alibi brandi par les responsables économiques locaux, saisi au vol par les responsables politiques de la COURLY, pour contester le principe de léconomie dirigée imposé et mis en uvre par lEtat, pour sopposer à linterventionnisme systématique et autoritaire de la technocratie étatique, notamment en matière dexpertise, et pour revendiquer de façon active une plus grande implication politique et institutionnelle des autorités locales dans la gestion des affaires économiques sur le territoire.
Missions et positionnement stratégique de lADERLY
LADERLY est une association loi 1901 fondée par la CCIL, le GIL et la COURLY en 1973, afin de constituer un lieu de concertation et dharmonisation de la politique économique de lagglomération lyonnaise, dont les premières bases ont été jetées par ladoption de la Charte Industrielle. Elle représente le stade opérationnel du programme de principe énoncé par les trois signataires lyonnais en 1972, et doit forger une doctrine stratégique nouvelle permettant la mise en uvre des choix dorientation de la politique économique locale définis par la Charte. Elle constitue également dans un premier temps, un moyen de réponse concret au « besoin de se défendre contre la politique daménagement du territoire » (Biarez, 1983, p.37) de lEtat.
Au moment de la création de lADERLY, ses fondateurs sont en effet globalement hostiles au projet tertiaire des services de lEtat. Les objectifs opérationnels de lassociation sont donc dabord conçus en référence à la stagnation industrielle, qui sévit depuis la fin des années 1960 dans la région lyonnaise, et à lextrême dépendance des activités tertiaires par rapport à Paris. Ils consistent essentiellement à retenir les industriels lyonnais en mal dagrandissement et à attirer sur le territoire local de nouvelles entreprises industrielles en quête de localisation. La mission principale de lassociation est ainsi de promouvoir léconomie lyonnaise, duvrer à lamélioration de la qualité de lenvironnement économique et territorial des entreprises et de rechercher de nouveaux investisseurs.
LADERLY doit relancer limage de marque dune ville traditionnellement productive, qui aurait un peu trop cru au mirage tertiaire. La référence implicite à un refus de la politique étatique justifie également la préférence pour les usines plutôt que pour les grandes surfaces commerciales dans les premières démarches de prospection entamées par lassociation, au moment où lopération de la Part Dieu se concrétise autour de la réalisation dun vaste centre commercial qui entache un peu limage directionnelle et tertiaire du projet de quartier daffaires. La survenue du premier choc pétrolier fin 1973 favorise cependant le réalignement des objectifs sectoriels de lADERLY sur la politique de développement métropolitain et tertiaire promue par lEtat.
Le territoire dintervention de lADERLY est défini à une échelle plus large que la stricte agglomération lyonnaise (COURLY), afin de couvrir une partie du périmètre de la RUL défini dans le SDAM. Il englobe laéroport international de Satolas en cours de réalisation à lEst de Lyon, la Plaine de lAin et la Ville Nouvelle de lIsle dAbeau, marquant la reconnaissance et lacceptation, par les acteurs politiques et économiques lyonnais, du projet daménagement de lEtat planifié à une échelle beaucoup plus vaste que lagglomération. Laction de lassociation souvre aussi à la thématique tertiaire, afin de permettre aux activités de services de remplacer les pertes demplois enregistrées par lindustrie dans lagglomération lyonnaise, en raison du contexte de stagnation économique et dexurbanisation des activités industrielles.
Les conclusions de la Commission de décentralisation bancaire fin 1973 ouvrent en outre de nouvelles perspectives encourageantes pour contrebalancer lextrême centralisation des pouvoirs de décision économiques sur Paris, et permettre à Lyon de se positionner comme une alternative de localisation crédible à la capitale. Lassociation entend notamment rassembler et informer les acteurs économiques (établissements financiers, grands groupes nationaux et internationaux), afin de prolonger de manière plus concrète les journées de réflexion organisées sur le thème « Lyon Place Bancaire ». Cependant, cette opération ne bénéficie que du soutien épisodique des techniciens de lADERLY au sein de la CCIL, mais pas du personnel consulaire élu. Elle échoue donc très rapidement (voir supra).
Dautre part, le rôle de correspondant du bureau européen de rapprochement des entreprises auprès de la CEE assuré par la CCIL, facilite beaucoup le travail de promotion territoriale et de prospection nationale et internationale de lADERLY auprès des industriels, en favorisant les rencontres économiques entre les entreprises lyonnaises et leurs homologues européennes. La thématique de linnovation et des activités de pointe émerge également dans la stratégie dintervention de lassociation, à la faveur dune collaboration étroite avec le groupement Innovexpert, lancé par le responsable de la DATAR (J. Monod) pour promouvoir linnovation technologique dans lagglomération lyonnaise.
LADERLY est enfin désignée comme correspondant lyonnais de lassociation Bureaux-Provinces fin 1974, à lissu de la réalisation dune étude destinée à servir dargumentaire et de support de communication auprès des investisseurs étrangers. Il sagit dun dossier rassemblant les principales données qualitatives du territoire, pouvant intéresser les responsables dune implantation en province (population, emploi, formation, logement, tourisme, loisirs, culture, services, recherche et environnement industriel), ainsi quun recensement des possibilités de localisation des activités tertiaires dans lagglomération, confrontées aux critères de choix des candidats potentiels (siège social, centre administratif, centre de recherche, services dexportation
) (ADERLY, 1974a).
Lassociation Bureaux-Provinces est créée début 1974 par la DATAR (Laborie, Langumier, De Roo, 1985). Elle sinscrit dans le nouvel élan donné à la politique étatique de décentralisation tertiaire, qui doit uvrer à la constitution de centres de décision dans les grandes villes de province comme Lyon et relancer la dynamique impulsée par la politique des métropoles déquilibre dix ans plus tôt. La décentralisation industrielle et des fonctions de commandement na en effet pas suffi à assurer aux métropoles régionales une réelle autonomie de développement, malgré la nouvelle répartition des activités économiques opérée à léchelle nationale. Lassociation est un plateforme de rencontre entre les entreprises et les territoires, un outil destiné à lutter contre la polarisation des fonctions tertiaires dans la région parisienne et à favoriser la communication des villes françaises à létranger. Son rôle est de centraliser et de diffuser des informations sur les marchés tertiaire et de bureaux, grâce à un réseau dacteurs politiques et économiques implantés dans les territoires : élus locaux, municipalités, CCI, Comités dexpansion, syndicats professionnels et patronaux, chefs dentreprises, personnalités du monde des affaires.
Les missions de lADERLY sinscrivent donc dans le droit fil de la politique nationale daménagement du territoire pilotée par lEtat, mais lassociation est étroitement contrôlée par les acteurs lyonnais, notamment les représentants des forces économiques, et non par la technocratie étatique. Les objectifs sarticulent autour dune vision renouvelée de la dépendance par rapport à Paris et de la nécessité dun développement tertiaire, « post-industriel », de lagglomération : redonner à Lyon et à sa région la place et le rayonnement quils méritent à léchelle nationale et internationale, faire de Lyon une alternative crédible à Paris et aux autres grandes métropoles européennes, concilier contraintes du développement économique et impératifs de la qualité de vie dans lagglomération. Laccueil du tertiaire et la qualité du développement constituent ainsi les objectifs prioritaires de lassociation, qui ne renonce cependant pas à lobjectif fondateur de son action, la promotion et lindustrialisation de lagglomération.
Lorganisation du système dacteurs local au service des intérêts économiques lyonnais
Dès le début de lépisode de la Charte Industrielle, la CCIL propose de prendre en charge au sein de ses services la gestion dun Bureau de développement de la région lyonnaise, ou Bureau dIndustrialisation, voué à laccueil des investisseurs économiques potentiels. La création de lADERLY concrétise ce projet et officialise la position de leader des autorités consulaires et du patronat dans la mise en uvre des orientations de principe de la politique économique lyonnaise.
La responsabilité de lADERLY est en effet confiée à un permanent de lorganisme consulaire, placé à la tête dune équipe de techniciens spécialisés sur les questions économiques. La CCIL tire sa légitimité à se saisir officiellement de la nouvelle tâche de développement économique local de son expérience technique acquise dans le domaine de léconomie (réalisation et gestion déquipements collectifs à vocation économique, aménagement de zones industrielles, représentation et assistance des entreprises) et de sa qualité détablissement public au service de lintérêt général. Cette double légitimité institutionnelle et technique lui est conférée à la fois par lEtat de manière indirecte (tutelle des ministères de lEquipement et des Finances), par les responsables de la COURLY qui voient dans lADERLY loutil indispensable de la mise en uvre de la politique économique locale, grâce aux compétences pointues des services consulaires, et par le GIL, principal syndicat patronal lyonnais et majoritaire dans lassemblée élue de la CCIL.
Ce positionnement convergeant des acteurs locaux sexprime notamment par le vote unanime de la participation de la COURLY à lADERLY en conseil communautaire, qui « donne une caution morale et politique au travail déjà entrepris fin 1972 par la direction du développement économique de la CCIL qui doit être loutil opérationnel de lADERLY ». Des votes semblables au sein de lassemblée de la CCIL et du conseil dadministration du GIL confirment le caractère prioritaire et partagé, par les acteurs publics et privés locaux, de la question du développement économique dans lagglomération lyonnaise. La création de lADERLY marque ainsi la double reconnaissance du pouvoir de gouvernement local, territorial de la Communauté urbaine, et de lappui technique et politique nécessaire apporté par la CCIL et par les représentants patronaux dans la conduite de la politique économique locale, en labsence de compétence dintervention économique spécifique au sein de la COURLY.
Les membres fondateurs de lADERLY sont rapidement rejoints par la plupart des organismes publics, étatiques et locaux, concernés par les questions de régulation économique et daménagement du territoire dans la métropole lyonnaise (CGR, OREAM, DDE, Mission régionale, SERL, Comité dexpansion régional, EPIDA
), et par les représentants des principales entreprises de lagglomération (CCIL, 1974). Les premières années, lassociation est administrée par un conseil de direction composée de cinq à huit membres sans président, afin déviter que lun des trois organismes fondateurs ne prenne le dessus sur les autres et pour faciliter aussi un affichage politique et médiatique neutre, sans connotation administrative ou publique (COURLY) ni patronale (GIL, CCIL). La poursuite de lintérêt général économique local à léchelle de la région lyonnaise est ainsi mise en avant dans la présentation des missions de lADERLY. Seuls les organismes financeurs siègent au conseil de direction de lassociation.
Cependant, la mainmise du patronat sur lADERLY est particulièrement visible à travers son mode de gestion par la CCIL (Bureau de développement économique) et par la très forte implication des représentants des intérêts économiques locaux dans le fonctionnement de lassociation. Le Bureau de Développement Economique de la CCIL, outil opérationnel de lADERLY, est ainsi chargé danimer les différents groupes de travail ou commissions spécialisées, de faire réaliser les opérations promotionnelles de caractère général définies par les membres et dassumer le rôle daccueil, dinformation, daide et dorientation auprès des entreprises désireuses de sagrandir ou de simplanter dans lagglomération. Il assure enfin le rôle de rapporteur et dorgane dexécution pour lassociation, sans toutefois se substituer aux organismes détudes existants.
Parallèlement, un conseil composé dindustriels avertis (membres de la CCIL, du GIL ou des grands syndicats professionnels lyonnais) est institué en « Club de promotion », réunissant les principaux dirigeants des grandes entreprises nationales ou multinationales implantées dans la métropole lyonnaise. LAssociation des Cadres et Dirigeants de lIndustrie pour le progrès social et économique (ACADI) rassemble ainsi les figures emblématiques de la grande industrie à Lyon, comme P. Berliet, A. Riboud (BSN), C. Mérieux, J. Courbier (Chimique de Gerland), R. Gillet (Rhône-Poulenc), R. Pelletier (CGE), P. Jouven (PUK) et J. Montet (Rhône-Progil).
Elle joue le rôle d« outil de propagande », véritable groupe de pression qui relaie les actions et les intérêts des fondateurs de lADERLY (i.e. le patronat lyonnais issu de la grande industrie) auprès des autorités politiques locales et nationales. Elle intervient notamment dans le cadre des travaux de lAssociation Grand Delta et au cours des réflexions concernant lorientation de la politique économique dans la métropole lyonnaise, menées par la DATAR, lOREAM et les représentants des intérêts politiques et économiques locaux au début des années 1970. Ses membres sont régulièrement conviés aux réunions organisées par les responsables politiques de la COURLY ou par les instances consulaires, afin de débattre notamment des enjeux de la problématique industrielle face à ceux de lurbanisation et de la planification. Les réunions « Urbanisation/ACADI » permettent ainsi aux autorités publiques locales, politiques et techniques (COURLY, SERL, ATURCO), de sinformer des besoins et intérêts des grandes firmes industrielles et de simprégner des conceptions managériales et pragmatiques issues du monde des entreprises, pour gérer plus efficacement laménagement spatial dans lagglomération (voir infra).
Lintégration des représentants patronaux liés aux grands groupes industriels nationaux dans le nouveau système dacteurs local montre que lenjeu de fond pour le patronat lyonnais comme pour les élus locaux est surtout la reprise en main de la conduite de la politique économique sur le territoire de lagglomération lyonnaise, et pas tellement la remise en cause des objectifs et des principes de la régulation étatique. Ce nest en effet pas tant la contestation des orientations métropolitaines et tertiaires de la politique économique de lEtat qui est sous-tendue par ladoption de la Charte Industrielle puis par la création de lADERLY, que la volonté affirmée des responsables économiques et politiques lyonnais de voir leur légitimité et leur capacité de gestion du développement économique sur le territoire enfin reconnues par les autorités centrales. Pour les représentants patronaux, il sagit aussi dinfluencer plus directement lorientation de lintervention publique en matière économique et daméliorer la prise en considération des besoins concrets et spécifiques des entreprises dans la conduite de laction.
La création de lADERLY, la définition des missions et le mode de gestion choisi marquent ainsi le retour du milieu économique local dans la gestion des affaires économiques de lagglomération, qui se réorganise pour avoir plus dinfluence sur la conduite de la politique économique et de laménagement du territoire au niveau local. La construction dune capacité dexpertise économique et territoriale locale par le Comité dexpansion lyonnais, apte à participer à la définition de la politique économique dans lagglomération lyonnaise, a en effet été contrariée par lintervention dominatrice des services de lEtat durant les années 1960 (voir supra, Section 2). La création de lADERLY offre donc une nouvelle possibilité pour le patronat lyonnais de participer activement à lorientation et à la conduite de la politique économique locale, par lentremise de la CCIL, le partenariat avec les autorités politiques de lagglomération (COURLY) lui conférant en outre une nouvelle légitimité pour intervenir dans le débat public.
LADERLY est toutefois contestée dans sa forme décisionnelle et organisationnelle par les élus de lopposition socialo-communiste à la COURLY et par les représentants des syndicats de salariés, qui reprochent ouvertement le parti pris de lassociation, favorable aux grandes entreprises et aux chefs dentreprises, au détriment des intérêts des travailleurs et de la société civile de lagglomération lyonnaise. Ils sont tenus en dehors de lassociation (les représentants de la COURLY sont issus de la majorité en place et les syndicats ouvriers ne sont pas représentés), qui souvre en revanche aux représentants des grandes firmes implantées dans lagglomération (Elf, EDF, Berliet RVI, CNR, Delle-Alsthom
) et aux représentants des services publics techniques ou administratifs (OREAM, DDE, SERL, Mission régionale
).
La prise de pouvoir du patronat dans lélaboration et la conduite de la nouvelle politique économique de lagglomération lyonnaise sappuie ainsi sur laccord tacite et le partenariat institutionnel conclus avec les autorités politiques locales, mais également sur celui plus implicite des autorités gouvernementales nationales. Ce système de participation et de gestion partenariale de laction publique est mis en uvre dans lagglomération lyonnaise dès le début des années 1970, avant même la survenue avérée de la crise économique. Il sapparente beaucoup à ce que désigne la notion de gouvernance (voir supra, 1ère partie). Il permet notamment de faire pénétrer les idées et la manière, propres au monde des entreprises, daborder les questions économiques au cur des modes de gestion de laction publique et des démarches de définition et de conduite de la politique économique locale.
2- Lacculturation managériale des acteurs lyonnais
La création de lADERLY et la mise en uvre de la politique économique lyonnaise par les acteurs locaux traduit un changement profond de mentalité au sein du milieu politique lyonnais, habitué à se tenir relativement à lécart des affaires économiques. Dans la seconde moitié des années 1970, le basculement de léconomie mondiale dans un régime de crise conforte les autorités politiques de lagglomération dans la volonté de se saisir des questions de régulation économique sur le territoire local, du moins de façon indirecte par le biais de laménagement spatial et de la planification.
Le cadre référentiel de la politique économique est profondément renouvelé (voir supra) et lEtat modifie progressivement sa position vis-à-vis des acteurs et des contextes locaux, en se désengagement de la conduite de lintervention économique au niveau local. Les grandes orientations stratégiques de la politique nationale sestompent au profit dinterventions plus ponctuelles et réservées aux zones en plus grande difficulté économique que les grandes villes métropolitaines. Une approche plus libérale et pragmatique de la régulation économique et territoriale se dessine ainsi.
Le partenariat politique et institutionnel avec les organismes patronaux permet aux élus et techniciens communautaires de renforcer leur autonomie daction par rapport au joug de lEtat et de souvrir aux problématiques de développement et aux méthodes issues du monde des entreprises, notamment par lintermédiaire des bras exécutants de la COURLY (SERL, ATURCO). La collaboration technique étroite entre acteurs économiques et pouvoirs publics locaux permet en outre le déploiement dune action économique locale plus en phase avec les besoins et les intérêts des entreprises, plus qualitative et pragmatique, mieux adaptée aux enjeux de développement propres de lagglomération lyonnaise.
Le contexte à en effet des répercussions très importantes sur le comportement des entreprises et des investisseurs au niveau national et dans lagglomération lyonnaise. Des usines ferment, des établissements sont délocalisés et le territoire local se trouve de plus en plus en position de concurrence avec dautres métropoles françaises et européennes. La manière partenariale dont est conduite la politique de régulation économique territoriale dans lagglomération et lorientation qualitative de lintervention, inspirée des nouvelles méthodes de management et de marketing anglo-saxonnes, apparaissent comme des solutions dadaptation de laction publique aux nouvelles contraintes du régime économique, marqué par la stagnation de la croissance et laugmentation des logiques de concurrence.
Les acteurs lyonnais, grâce à lassistance technique apportée par des bureaux détudes parisiens à la SERL et à lADERLY, sorganisent afin de développer leur capacité dexpertise immobilière dans le domaine tertiaire. Ils adoptent une stratégie daction inédite à Lyon pour impulser le développement des activités tertiaires, beaucoup plus qualitative et innovante que celle déployée jusquà lors pour maîtriser le desserrement des activités industrielles. Leur intervention sopère essentiellement sur des aspects de laction publique économique relativement novateurs, tels que le marketing, la gestion commerciale et la promotion immobilière, selon une approche pragmatique, globale et intégrée de la problématique du développement tertiaire.
La gestion du développement tertiaire de lagglomération lyonnaise et ladaptation de laction économique naissante au nouveau contexte de crise marquent donc un tournant méthodologique et politique dans la manière dont sopère la régulation économique et territoriale au sein du système dacteur local. Il est largement initié par le positionnement stratégique et les travaux de prospection et de promotion territoriale de lADERLY. Il est également soutenu par les bureaux détudes de la CDC, qui interviennent aux côtés de la SERL lors de la mise en uvre du centre directionnel de la Part Dieu.
Louverture des responsables lyonnais à la gestion partenariale du développement économique
Parallèlement à lévolution du contexte économique densemble au cours des années 1970, une nouvelle forme de gouvernement local émerge autour des instances politiques de la COURLY et des structures de représentation des intérêts économiques de lagglomération, matérialisé par la Charte Industrielle et la création de lADERLY. Les élus communautaires revendiquent plus de pouvoir de décision et de contrôle sur la conduite de la régulation économique territoriale, vis-à-vis de lEtat central, mais également des organismes patronaux qui assurent le fonctionnement de lassociation. Le partenariat institutionnel et lalliance politique passés entre les pouvoirs politique et économique de lagglomération instaurent dans les faits une forme dorganisation de la gestion de lintervention économique au niveau local qui sapparente à la notion de gouvernance (voir supra, 1ère Partie).
La position des élites politiques lyonnaises, et notamment de L. Pradel, est relativement ambiguë dans le processus de régulation économique locale. Longtemps en effet, les élus lyonnais ne se sont pas vraiment intéressés aux affaires économiques locales et à leur orientation qualitative ou sectorielle. Ils se préoccupent dautant moins du développement économique que le contexte dexpansion nexige pas dintervention correctrice de la part de la puissance publique locale, même si les relations sont étroites entre les milieux politique et économique à Lyon. Elle est de toute façon maintenue dans un état de quasi impuissance par labsence de compétence daction propre pour agir dans le domaine de léconomie et par la domination technocratique des services de lEtat.
Y compris au sein des organismes patronaux et du milieu des entrepreneurs, la considération que la régulation économique est une tâche secondaire pour lintervention publique et les élus est assez répandue dans les années 1960. Elle se renforce même parallèlement aux nouvelles prises de position des responsables patronaux nationaux à partir de 1965, qui réaffirment la profonde différence de point de vue entre acteurs économiques et responsables politiques, particulièrement marquée à Lyon par le faible engagement politiques des élites patronales dans la vie publique municipale (Angleraud, Pellisier, 2003).
A partir des années 1970 cependant, des efforts importants sont réalisés par les autorités politiques lyonnaises pour relayer le soutien de lEtat aux grands groupes industriels ou financiers, et pour sapproprier plus globalement le projet économique étatique défini à léchelle nationale. Ce souci économique nouveau de participer à la régulation, même de façon indirecte, sexprime notamment dans le cadre de lopération du centre directionnel et tertiaire de la Part Dieu, dont la réalisation est en partie assurée par des grandes sociétés françaises ou étrangères, et dans le cadre du lobbying industriel de lAssociation Grand Delta, auquel L. Pradel participe en organisant les Journée du Grand Delta à Lyon en 1972.
Dans le même temps toutefois, le Président de la COURLY entretient également détroites relations de clientélisme avec un partie du patronat local (sociétés de construction et de BTP essentiellement), notamment dans le cadre des efforts déquipement public de lagglomération ainsi quà la Part Dieu. Les autorités politiques lyonnaises sont dailleurs accusées, tant par les instances patronales qui demeurent méfiantes vis-à-vis de la politique étatique placée au service des grands groupes extra-locaux, que par lopposition socialiste qui conteste le projet étatique pour des raisons idéologiques, de « faire feu de tout bois », mais aussi de « ménager la chèvre et le chou », selon une logique de positionnement plus opportuniste que véritablement politique.
Le rôle de la COURLY dans le nouveau système de gouvernement économique local relève essentiellement de la communication publique et politique autour de ladoption de la Charte et des grandes orientations de principe de la politique économique locale émergente. La structure intercommunale représente en effet les pouvoirs publics en raison de la délégation de compétences dont elle bénéficie de la part des communes membres, et de son statut détablissement public créé par lEtat. Elle porte donc lintérêt général sur le territoire de lagglomération, énonce les choix de politique publique, même si sa légitimité démocratique nest quindirecte, les responsables communautaires nétant pas élus par la population mais par les élus municipaux.
L. Pradel présente ainsi en 1972 les objectifs de la politique économique et industrielle locale à la presse dans les salons de lHôtel de Ville : assurer pour lensemble lyonnais un développement qui concilie contingences de léconomie et impératifs de lhumain ; permettre à Lyon de jouer pleinement son rôle dans les cadres national, régional et européen ; créer les conditions du développement et de la diversification des entreprises existantes pour quelles puissent sépanouir et améliorer leur compétitivité ; favoriser les nouvelles implantations dans lensemble lyonnais ; organiser le développement à lintérieur de lensemble urbain pour obtenir une utilisation rationnelle des sites possibles dimplantation, dans et hors agglomération ; améliorer la relation habitat/travail en protégeant la population contre les nuisances.
En matière de développement économique et dintervention régulatrice, la COURLY ne possède cependant aucune compétence daction directe, conformément aux pouvoirs limités conférés par lEtat aux municipalités dont elle émane. En revanche, elle est en charge de la gestion de lurbanisme, de laménagement de lespace et de la planification territoriale, compétences qui lui sont déléguées par les communes membres. Au début des années 1970, la COURLY ne jouit toutefois pas encore de services techniques très développés, notamment sur ces champs de compétences qui permettent une intervention de nature indirecte dans le champ de léconomie (accompagnement du processus de modernisation des structures productives, amélioration de lenvironnement spatial des entreprises, réalisation déquipements collectifs, etc.).
En matière dexpertise économique, les organismes patronaux apportent leur connaissance des problématiques de développement des entreprises. Ils relayent également le point de vue et les besoins spécifiques des chefs dentreprises, afin quils soient pris en compte dans la conduite de laction. En labsence de compétences techniques et légales propres, la COURLY sappuie essentiellement sur lATURCO et la SERL pour mettre en uvre sur le plan urbanistique et spatial les orientations économiques de principe définies par la Charte Industrielle. Les travaux de préparation du POS de Lyon et Villeurbanne (secteur centre), initiés dès la fin des années 1960 en application de la LOF, permettent notamment aux acteurs publics locaux de bâtir une expertise solide sur les problématiques daménagement, apte à répondre aux demandes de renseignements pratiques des industriels et investisseurs (voir infra).
Lune des principales revendications du GIL lors de la contestation de létude du CERAU en 1971 porte sur la nécessité pour les responsables dentreprises daccéder à linformation concernant les expropriations et les échéanciers de réalisation des zones industrielles et des opérations de rénovation urbaine. Les besoins en terrains aménagés et équipés des entreprises lyonnaises participant au desserrement industriel et des investisseurs extérieurs candidats à limplantation sont en effet très importants. Ils conduisent la SERL à intensifier son intervention dans lEst de lagglomération pour le compte de la COURLY (St Priest Mi Plaine, Meyzieu, Vaulx-en-Velin). Lenjeu est également de satisfaire les demandes des industriels aux franges de la COURLY (Genas), qui reprochent à ladministration étatique de trop favoriser les ZI de lIsle dAbeau.
Larrivée de F. Collomb à la tête de lexécutif en 1976 donne un nouvel élan à la politique économique locale, après le long règne de L. Pradel, globalement plus marqué par les préoccupations urbanistiques que par lengagement politique local en faveur de léconomie. Le nouveau Maire de Lyon et Président de la COURLY est un ancien industriel, particulièrement au fait des problématiques économiques. Il fait de la promotion de Lyon et de sa région au niveau international lun des axes principaux de son plan de mandat en 1977 (ADERLY, 1977, pp.15-16) et confirme lengagement de la COURLY au sein dun système de gouvernement local des affaires économiques, fondé sur le partenariat institutionnel et politique entre les acteurs publics et les représentants de la sphère économique.
La fin des années 1970 voit ainsi la montée de lengagement de la sphère politique lyonnaise dans la gestion de la régulation économique territoriale dans lagglomération, aux côtés des représentants patronaux. Cette dynamique politique locale nouvelle en faveur de léconomie sexplique en grande partie par le contexte général de crise (apparition du chômage, fermetures dusines
) et nest pas propre à lagglomération lyonnaise. Les élections municipales de 1977 marquent en effet lavènement de maires entrepreneurs un peu partout en France, renouvelant en profondeur le paysage politique des communes et la conduite de laction publique en faveur de léconomie au niveau local.
Pour autant, il ny pas de véritable consensus politique autour de la question des modalités de gestion de lintervention économique au niveau local, mais plutôt une situation de conflit idéologique entre les partisans de ladoption du point de vue néo-libéral, émanant principalement des communes centrales de lagglomération, et les partisans dune opposition au système économique et politique en place, issus des municipalités de banlieue.
Gestion partenariale des problèmes économiques et conflits politiques
Dans lagglomération lyonnaise, lexistence de la COURLY modifie très fortement la donne politique au sein du système dacteurs de la régulation économique territoriale, puisque les élus municipaux se trouvent soumis au pouvoir intercommunal dans la conduite des politiques urbaines. Les tenants politiques de lopposition au pouvoir en place, tant au niveau gouvernemental que local, éprouvent de grandes difficultés à faire entendre leur point de vue face à la coalition patronale qui se greffe autour des responsables de la COURLY. Ces débats sur lorganisation de la politique économique à léchelle de lagglomération sont toutefois fortement déterminés par les majorités politiques opposées de Lyon et des principales municipalités de la périphérie : Lyon est gouvernée par une équipe de centre-droit plutôt libérale, majoritaire à la COURLY, face au basculement emblématique de Villeurbanne à gauche lors du scrutin municipal de 1977, qui conforte linscription des communes périphériques, notamment de lEst, dans lopposition « socialo-communiste »au pouvoir en place.
Ces forces politiques saffrontent sur les questions de définition et de mise en uvre de la politique urbaine, particulièrement sur les volets économique et urbanistique, qui cristallisent les oppositions de principe (Lojkine, 1974). La mobilisation politique autour du contrôle de lintervention économique locale et des missions de lADERLY marque ainsi lavènement dune forme de gouvernement local au sein de la COURLY, mais reflète également les grandes oppositions idéologiques qui traversent la société française face au choix dune régulation plus libérale du fonctionnement de léconomie.
La montée en puissance des théories libérales dans le débat politique au niveau national, notamment sur la question de laction publique dans le domaine de léconomie, se répercute dans lagglomération lyonnaise au travers de la définition des modalités dintervention partenariales de lassociation. Cest donc aussi le choix de lorientation libérale de la politique économique du nouveau gouvernement qui saccompagne dun désengagement progressif de lEtat de la régulation économique territoriale, qui est attaqué par les partisans socialistes et communistes lyonnais. Le contexte de lapparition de la crise durant les travaux de préparation du 6ème Plan au niveau national, ses conséquences sur la conjoncture économique et sur la question de lemploi, ou encore le problème des monopoles sont mis en avant par les élus de lopposition à la COURLY pour critiquer lattitude ouvertement libérale et le positionnement managérial des responsables politiques et économiques lyonnais, calé sur le virage de lEtat.
Le manque de concertation politique et le parti pris résolument libéral des responsables de la COURLY sont ardemment brocardés durant les séances plénières du Conseil communautaire, essentiellement par les élus communistes de lEst de lagglomération. La soumission du pouvoir de décision en matière de politique économique aux intérêts du grand patronat industriel et financier constitue le principal grief de lopposition socialo-communiste, qui dénonce aussi la responsabilité des grands monopoles soutenus par lEtat dans la survenue de la crise (retraits dinvestissements, suppressions demplois), et dans la pénétration des grandes banques dans la construction immobilière, notamment à la Part Dieu.
Une stratégie de développement endogène émerge cependant dans lagglomération à la fin des années 1970, qui matérialise la prise de conscience des acteurs politiques et économiques lyonnais du rôle du territoire et des atouts spécifiques du contexte local pour le développement de lagglomération : « cela suppose de notre part un effort encore approfondi dinformation pour montrer les « économies internes et externes » que les entreprises peuvent dégager en simplantant dans la région pour décrire aussi les services existants comme le marché à conquérir » (ADERLY, 1977, p.16). F. Collomb définit à partir de ce constat une ambition nouvelle de Ville Internationale pour Lyon, qui doit se répercuter à léchelle de lagglomération grâce à laction politique et technique conjointe de la COURLY et de lADERLY.
Si le pilotage politique de laction économique est jalousement revendiqué et défendu par les élus locaux, son application pratique est confiée aux représentants des intérêts économiques lyonnais (CCIL, représentants patronaux, ACADI), malgré les protestations formulées par les membres de lopposition qui craignent un dévoiement de lintérêt général du à une trop forte implication du secteur privé dans la régulation économique territoriale. Les interventions économiques sont définies de façon concertée par les organismes patronaux et les responsables de la COURLY, et leur mise en uvre est assurée par les techniciens de lADERLY, qui sont largement ouverts aux intérêts et besoins des entreprises.
Ce choix méthodologique et politique dinspiration libérale défendu par la majorité au pouvoir à la COURLY, qui consiste à faire adopter les manière de faire des entreprises dans la conduite de laction publique, notamment par la SERL (voir infra) ou lADERLY, est vivement contesté : « Chercher, comme le fait le GIL, la CCI ou la COURLY à monter une étude de marché afin de savoir comment adapter les ressources locales, géographiques, économiques et humaines aux besoins des grandes puissances financières est à peu près aussi efficace que dappliquer un cautère sur une jambe de bois. Cela na rien à voir avec la définition dune politique économique et daménagement harmonieux du territoire, cela est dangereux pour lavenir ». Lopposition accuse ainsi lADERLY de plus se préoccuper de la satisfaction des attentes des entreprises en matière de développement, que des problèmes de fermeture dusines, de délocalisation industrielle et de chômage, qui frappent pourtant directement les habitants de lagglomération et grèvent en partie les possibilités de développement économique dans lagglomération.
Ils regrettent également la tenue à lécart des élus et des représentants des travailleurs de toute participation aux réflexions sur le contenu de la Charte et à lélaboration des missions de lADERLY. Labsence de dialogue et de débat démocratique au sein de la COURLY, ainsi quavec les structures de représentation des intérêts économiques, est souvent pointée du doigt, mais les responsables syndicaux et les élus de lopposition nobtiennent pas gain de cause sur le terrain politique lyonnais (Perrin, Trassoudaine, 23/04/1974). Leurs représentants au conseil communautaire oeuvrent en 1979 au renforcement du rôle de contrôle et de pilotage politique des élus au sein de lADERLY, qui passe par une augmentation du nombre des représentants de la COURLY dans son conseil de direction. Il passe de deux membres (sur six sièges) à six membres (sur douze sièges), parmi lesquels figurent le Maire de Lyon (Président de la COURLY) et celui de Villeurbanne. Ce dernier (le socialiste C. Hernu) obtient le maintien de son siège, bien que sa commune ne participe pas au financement de lassociation, afin de défendre les intérêts des municipalités de banlieue au sein de lassociation.
Lenjeu est quadruple pour les élus de la COURLY. Il sagit dune part de promouvoir laction économique développée par les communes de lagglomération, qui nest pas prise en considération par les missions de lADERLY, concentrée sur des tâches de prospection et de promotion à léchelle nationale et internationale. Ils souhaitent dautre part limiter la compétition économique qui sinstaure de fait entre la ville centre et les communes du reste de lagglomération à cause de laction de lADERLY, focalisée sur le développement et le rayonnement de Lyon. Lassociation est ainsi perçue par certains élus de banlieue comme « une machine de guerre lyonnaise », qui place la ville et sa périphérie en situation de concurrence pour attirer les opérations de décentralisation industrielle ou tertiaire.
Il sagit aussi de donner un plus grand pouvoir décisionnel et de contrôle des actions aux élus face aux techniciens de léconomie issus du monde des entreprises, qui gèrent lassociation (voir infra), en consolidant le rôle décisionnel de la sphère politique dans la conduite de la régulation économique territoriale dans lagglomération. Le rôle de lEtat, qui se désengage financièrement de laménagement au niveau local en encourageant le recours au partenariat public/privé dans le cadre de structures comme lADERLY (voir le rôle dincitateur de lassociation Bureaux-Provinces en la matière), conduit enfin à une augmentation des charges financières pesant sur les collectivités locales, sans que celles-ci ne gagnent en pouvoir de décision. Cette situation motive les élus dans leur volonté de mieux contrôler le budget et les actions de lADERLY.
Ils refusent en effet que les autorités publiques locales cèdent le pouvoir daction dans le champ de léconomie aux techniciens de la CCIL, venus de la sphère privée, au nom du pragmatisme libéral : « Je voudrais que lADERLY agisse comme le Président Collomb essaie de la faire à la COURLY, à savoir que les élus décident et que les fonctionnaires exécutent. Je crains (
) une ADERLY où les fonctionnaires auront plus tendance à décider quà exécuter ». La crainte des élus vient en partie de la nature nouvelle des interventions déployées par lassociation pour favoriser le développement économique sur le territoire, plus qualitatives et immatérielles, fondées sur la concurrence et le marketing et directement inspirées du monde des entreprises.
LADERLY, comme la SERL, adoptent en effet à la fin des années 1970 une nouvelle démarche de conduite de laction publique, emprunte de management et de pragmatisme économique, qui confirme la victoire des conceptions entrepreneuriales de la sphère privée sur les modes de faire aménagistes plus classiques de la puissance publique.
Le rôle pilote de lADERLY
LADERLY constitue le principal rouage institutionnel de lacculturation progressive des acteurs lyonnais aux logiques de gestion des affaires économiques inspirées de la pensée libérale et du monde des entreprises. Lexposé du président du GIL lors de la conférence de presse de lancement de lADERLY en juin 1973 exprime en effet la nécessité dadopter une démarche de développement stratégique et pragmatique, pour favoriser lattractivité de lagglomération lyonnaise vis-à-vis des investisseurs économiques et de la main duvre qualifiée : « il faut rendre notre agglomération attrayante, en apportant une attention toute particulière aux logements ainsi quaux équipements sportifs et culturels. Lensemble de ces dispositions, pour être efficace, doit faire partie dun plan car il est évident que les moyens financiers ne permettront pas de tout faire immédiatement et tout à la fois ».
Les responsables des syndicats patronaux de branche lyonnais (BTP, industries) et les chefs dentreprises de façon générale, quils soient membres du GIL ou non, sont majoritaires dans les différentes commissions thématiques de lADERLY (structures daccueil, urbanisation et développement des activités, animation dans la ville, communication, coordination, formation). Ils ont une forte influence sur la conduite des réflexions et des actions au sein de lassociation, en termes de méthode de gestion et de conception des problèmes économiques. Lintervention de lassociation permet ainsi de diffuser une nouvelle conception de laction économique au sein du système dacteurs de lagglomération lyonnaise, plus axée sur la dimension qualitative du développement économique et la mise en valeur de lenvironnement territorial et métropolitain des entreprises, fondée sur le contexte densemble de crise et daugmentation de la concurrence économique entre les villes.
Ce positionnement concurrentiel et qualitatif de laction économique exige des compétences techniques très pointues, un savoir-faire que seuls les « hommes de métier » issus de la sphère privé maîtrisent. Limprégnation managériale des interventions de lADERLY en matière de développement économique sexprime ainsi à travers le profil professionnel des responsables et des agents dexécution. Ils sont issus du monde des entreprises et rompus aux nouvelles méthodes de management en provenance des Etats-Unis. Le directeur du Bureau de développement économique consulaire, J. Chemain, ex-PDG dune filiale dUnilever, est qualifié d « homme de concertation et dynamique directeur de marketing »par la direction de la CCIL. Son assistant, B.-H. Hoenecker, ancien publicitaire parisien, est également habitué à travailler dans les milieux daffaires. Ce dernier se charge notamment dorganiser à Lyon la Semaine de la Danse en 1976, première manifestation culturelle de prestige destinée à renforcer le rayonnement international et la promotion médiatique de la métropole lyonnaise.
La communication médiatique autour de la création de lADERLY traduit également louverture de ses responsables aux nouvelles méthodes de gestion stratégique, inspirées par la logique de la guerre et développées par le monde des entreprises : la nécessité de se montrer « agressif » pour atteindre les objectifs fixés ou la nécessité de faire preuve dinnovation et de multiplier les interventions pour être crédible expriment ainsi la nouvelle stratégie offensive du développement économique lyonnais. La référence managériale est aussi perceptible à travers les orientations définies par le Comité de direction de lADERLY : stratégie dactions ponctuelles fondée sur le pragmatisme et la recherche de grandes options de principe, accueil du tertiaire supérieur et renforcement du potentiel de services de lagglomération, qualité du développement, meilleure information des entreprises sur les opérations daménagement réalisées dans la région et sur lévolution de léconomie locale.
Face à la crise, lassociation se positionne donc dans une logique de compétition territoriale, en imitation des exemples étrangers : « nous constations que dautres régions ou pays en Europe se préoccupaient activement de leur développement économique et quils nhésitaient pas à placer leurs actions sous le sceau de la concurrence. Il était donc absolument indispensable de définir une politique (
) qui tienne compte de ces contraintes et de la mettre en uvre (
). Il est indispensable daugmenter le budget de lADERLY pour renforcer les moyens de prospection à létranger : publicité, documentation, représentants à létranger, ainsi que le font (
) lIrlande ou certains pays américains (
). Leffort considérable entrepris par nos voisins allemands, italiens ou britanniques doit nous conduire à un effort plus grand encore dans les années à venir ».
De fait, les actions développées par lassociation sinscrivent dans une approche nouvelle de lintervention économique, plus qualitative et immatérielle que quantitative et aménagiste : le marketing, la promotion du territoire lyonnais auprès des investisseurs, la prospection aux niveaux national et international, lélaboration dun budget publicité, linformation commerciale sur les surfaces dactivités disponibles dans lagglomération constituent le cur de mission de lADERLY. Les aspects promotionnels, publicitaires et communicationnels sont abordés au sein des différentes commissions de travail de lassociation (structures daccueil ; urbanisation et développement des activités ; communication ; coordination ; animation dans la ville), qui élaborent des programmes daction en matière de régulation économique territoriale résolument pragmatiques.
La volonté de développer une offre dimplantation tertiaire et industrielle différente, notamment de loffre disponible en région parisienne, à taille humaine, sinscrit aussi dans une stratégie de positionnement nouvelle, plus commerciale, fondée sur une approche de léconomie lyonnaise et du territoire local en termes de diagnostic, de stratégie, dinformation permanente et de recherche de solutions aux problèmes ou points faibles identifiés. Cette préoccupation quant à ladaptation de loffre immobilière et foncière à la demande des entreprises, notamment en matière de bureaux tertiaires, est liée au rôle de correspondant lyonnais de lassociation Bureaux-Provinces quassure lADERLY. Elle sexprime également à travers les activités de la commission « structures daccueil » de lADERLY, qui rassemble des représentants des entreprises de promotion immobilière et les principaux acteurs publics et économiques locaux (SERL, CCIL, GIL, ATURCO
). Elle se traduit enfin par laccompagnement de laction daménagement tertiaire développée par la SERL et par le soutien apporté à la création dun observatoire du marché de bureaux dans la région lyonnaise (ADERLY, 1976-1977).
Lexpérience acquise au cours des années 1960 par la SERL se limite en effet à laménagement de zones industrielles, i.e. à la production de surfaces à bâtir équipées selon une logique plus quantitative que qualitative, dont le rayonnement escompté est essentiellement local ou régional (voir supra, Section 2), ainsi quà la réalisation déquipements publics (écoles, crèches
). Le développement du marché immobilier tertiaire dans lagglomération à partir de lopération de la part Dieu conduit la SERL à sinitier aux nouvelles techniques commerciales de management des opérations et à adopter un positionnement plus proche de celui des acteurs privés, notamment grâce au recours à la sous-traitance et à lassistance technique des cabinets détudes parisiens de la CDC. Le marketing repose sur des techniques denquête, de promotion et danalyse statistique de données, qui permettent de définir de façon rationnelle le produit immobilier à construire puis de le commercialiser. Il nécessite des compétences techniques spécifiques que la SERL ne possède pas en interne.
Dans une opération tertiaire du niveau de la Part Dieu, la mission de commercialisation de la SERL ne sarrête pas à la vente de terrains aménagés comme cest le cas pour les zones industrielles. Elle comprend également une importante dimension préparatoire en amont (études de marché, marketing) et un volet de prospection et de promotion indispensable en aval. Le caractère très qualitatif affiché par le programme immobilier du quartier daffaires nécessite un travail inédit de création dimage, ainsi que la mise en place dun dispositif dinformation et de communication commerciale très large (échelles nationale et internationale), quoique ciblé sur certains types dinvestisseurs (grandes groupes, sièges sociaux, sociétés financières, services supérieurs aux entreprises
). La SERL doit aussi nouer des contacts avec des firmes et des promoteurs, susceptibles de vouloir investir à la Part Dieu : autant de missions, relevant du marketing urbain et de la promotion immobilière, totalement nouvelles pour la SEM au début des années 1970.
Management et sous-traitance dans les opérations daménagement économique
La modification profonde des méthodes et modalités dintervention de la SERL durant laménagement du quartier de la Part Dieu traduit de façon très explicite lacculturation des acteurs lyonnais au techniques de management stratégique et de promotion commerciale utilisées par les investisseurs privés. Cette démarche opérationnelle novatrice dans le contexte français, mêlant acteurs publics et acteurs privés, sinscrit dans une logique de recherche defficacité économique et de réussite commerciale, déterminante face à lampleur de lopération et à son orientation tertiaire et directionnelle.
La mission daménagement de la SERL est particulièrement difficile, car son statut juridique ne lautorise quà gérer et coordonner lensemble des réalisations, mais pas à intervenir directement sur le marché des études ou de la construction. Pour remédier à ces contraintes, elle bénéficie de lassistance technique de bureaux détudes parisiens, filiales de la CDC (réseau SCET), comme le BETURE, le BETERALP, la SEGESTE et la SOPREC-BETI. Ils diffusent les nouvelles méthodes de management commercial des opérations durbanisme auprès des acteurs locaux de laménagement en France durant les années 1960 et 1970 (dArcy, 1967). Ils interviennent ainsi auprès de la SERL en qualité de sous-traitants et dexperts techniques, sur les questions commerciales, promotionnelles, ainsi que pour pallier les limites légales de laction publique.
La mise en uvre de lopération, de la conception à lanimation, en passant par la commercialisation du nouveau quartier daffaires, implique en effet un dispositif opérationnel très complexe, qui nécessite la participation conjointe des ingénieurs et techniciens des services centraux de lurbanisme et de léquipement, du personnel de lATURCO et de nombreux autres intervenants publics ou privés (promoteurs, bureaux détudes
). Les conventions dassistance technique et détudes signées entre la SERL et les organismes parisiens du réseau CDC lui permettent de remplir sa mission daménageur et de médiateur entre les pouvoirs publics locaux, les investisseurs immobiliers privés et les services de lEtat (Collet, 1986). Lenjeu est aussi, tant pour la SERL que pour ses donneurs dordres publics, de garder la maîtrise des actions foncières et immobilières, dans un domaine de la régulation économique largement dominé par les intérêts privés. Ce partenariat opérationnel, critiqué par les élus de lopposition lyonnaise en raison des dérives spéculatives et programmatiques quil narrive pas à contenir, traduit en outre une certaine convergence dintérêts des investissements financiers publics et privés dans lopération (Lojkine, 1974).
Dès 1968, la SOPREC réalise une étude de localisation et de commercialisation des bureaux sur le périmètre central de la Part Dieu, complétant lexpertise existante (CERAU, 1968). A partir de 1970, elle met à disposition de la SERL deux agents pour assurer la promotion et la commercialisation des programmes immobiliers, dans le cadre dune convention dassistance technique. La SOPREC intervient en amont des réalisations, en gérant le volet marketing, la préparation de lopération et les questions de positionnement qualitatif des programmes immobiliers, mais aussi un peu en aval en participant à la prospection dentreprises candidates à limplantation. La partie publicitaire de la commercialisation de la Part Dieu est confiée à la SEGESTE : démarchage des investisseurs et des entreprises, relations publiques, communication médiatique et campagnes de promotion auprès des milieux daffaires, des grandes firmes, et même des grandes écoles de commerce et de management. La stratégie définit la notoriété de la Part Dieu à léchelle nationale (« premier centre régional de décision » du pays), elle vise également à améliorer limage de Lyon et à inciter les dirigeants des grandes entreprises françaises à venir y installer leurs quartiers généraux.
Les études dimage et de notoriété sinspirent des expériences analogues de réalisation de centres directionnels, à Paris ou à létranger. Le groupe détudes de la Part Dieu interroge des designers et des publicitaires réputés, afin de mieux cerner les impératifs dimage de marque et didentité, nécessaires pour assurer le succès de lopération (SERL, 1988). A partir de 1971, la SEGESTE est épaulé par dautres sociétés parisiennes spécialisées sur les questions de promotion, qui affinent et déclinent de manière opérationnelle les études déjà engagées : mise en uvre de plaquettes publicitaires et dinformation à destination des entreprises, pour soutenir matériellement leffort de prospection ; animation commerciale et études de notoriété.
Cette stratégie de promotion publicitaire se décline également à léchelle locale dès 1971, avec la publication par la SERL dun bulletin dinformation bimensuel sur lavancement de lopération et louverture dun centre dinformation et daccueil sur le site. La SERL y organise une table ronde sur le thème : « Un espace rationnel pour le tertiaire », présidée par L. Pradel et à laquelle sont conviés des directeurs dentreprises, de banques et dadministrations localisées à Lyon. Lobjectif principal de cette rencontre est de définir les critères fondamentaux de choix parmi les différents types de construction de bureaux afin de mieux connaître les besoins des industriels et des prestataires de services supérieurs (SERL, 1971b). Il sagit aussi de faire connaître lopération aux investisseurs lyonnais, aux entreprises françaises et à tous les utilisateurs potentiels, et dinventorier les possibilités offertes par le nouveau quartier daffaires en matière dimage, de notoriété et de capacités daccueil.
La SOPREC permet à la SERL de signer en 1969 une convention dassistance technique et administrative avec la SCIC, portant sur la réalisation du premier programme de bureaux en blanc de lopération. Limmeuble PDG est exceptionnel dans le paysage opérationnel français du moment : il fait partie intégrante de la stratégie de marketing développée par la SERL pour impulser la commercialisation de lopération, étant conçu comme une locomotive et un outil promotionnel destiné à alimenter le marché privé de la location à la Part Dieu. Plus surprenant, il est directement réalisé et commercialisé par la SERL, qui agit ainsi aux limites de la légalité en matière dintervention économique, en faisant assumer à la puissance publique un risque financier important.
Linitiative est soutenue par les autorités politiques locales, qui voient là loccasion pour la SERL de se forger une expérience stratégique en matière de montages opérationnels complexes, daméliorer son efficacité technique et sa crédibilité face aux investisseurs privés, mais aussi une opportunité de favoriser la participation des entreprises lyonnaises du BTP dans la réalisation du programme immobilier de bureaux. Au niveau central, la DAFU et le GCPU mettent en avant le caractère indispensable des missions de contrôle et de maîtrise globale, de représentation, de promotion et de défense de lintérêt général des SEM dans laménagement des centres directionnels intégrés, pour justifier lintervention publique directe dans le marché immobilier local. Les techniciens de la SERL sappuient sur lexpertise diffusée par la SCET pour concevoir lopération immobilière PDG et renforcer leur compétence et leur crédibilité vis-à-vis des interlocuteurs privés (SCET, 1968).
Ladoption par la SERL des méthodes des promoteurs immobiliers participe directement de la stratégie de maintien de léquilibre entre les intérêts relatifs au développement du centre commercial régional, dont les nécessités fonctionnelles risquent de perturber lunité urbanistique comme lorientation directionnelle du projet, et les intérêts divers des autres parties prenantes de lopération (promoteurs immobiliers, entreprises utilisatrices de bureaux, administrations publiques, usagers des grands équipements collectifs). La SERL se doit de figurer, financièrement et opérationnellement, dans lopération aux côtés des promoteurs immobiliers, afin de faciliter leur intervention en amorçant le développement du marché, mais surtout de veiller à ce que certains investisseurs privés ne monopolisent pas les terrains à leur avantage, au détriment des programmes de bureaux attendus (voir supra).
La sous-traitance des tâches techniques de lopération facilite enfin la gestion et lanimation du centre tertiaire lyonnais après sa réalisation. Le Club Part Dieu, réunissant les représentants des utilisateurs est créé en 1975 pour prendre en charge les fonctions daccueil, dinformation, détude et de gestion pratique du nouveau quartier, libérant la SERL des contraintes daccompagnement et de suivi de lopération. A la fin des années 1970, dautres opérations tertiaires importantes nécessitent en effet lengagement de laménageur, à Villeurbanne notamment. Toute la palette offerte par les méthodes du marketing est ainsi utilisée dans la mise en uvre de lopération Part Dieu, des études de marchés aux manifestations médiatiques, en passant par la participation directe de la puissance publique dans le programme immobilier, la prospection et la publicité.
La participation de grandes sociétés de promotion et dinvestissement, nationales et internationales, permet en outre une certaine diffusion des approches managériales auprès des quelques entreprises locales qui arrivent à capter des marchés de construction dans lopération. Malgré un bilan fonctionnel et urbanistique mitigé (voir supra), lopération de la Part Dieu permet donc de développer au niveau local une gestion de la régulation économique par le territoire plus pragmatique et qualitative. La SERL développe une approche globale de laménagement opérationnel, malgré son manque dexpérience en la matière et les contraintes légales liées à son statut semi-public, en évitant de recourir à plusieurs agents immobiliers et publicitaires potentiellement concurrents. Son personnel sacculture aux nouvelles techniques de gestion économique issues du monde des entreprises pour concevoir et commercialiser les importants programmes de bureaux prévus, grâce à la sous-traitance des tâches les plus techniques auprès dorganismes spécialisés appartenant au réseau public du financement et de la mise en uvre de laménagement.
Une gestion pragmatique des surfaces dactivités dans lagglomération
La réalisation du centre directionnel de la Part Dieu amorce ainsi le développement du marché de limmobilier de bureaux dans lagglomération lyonnaise. Conjuguée aux enjeux délaboration du premier POS de Lyon et Villeurbanne au début des années 1970, elle amène les autorités publiques lyonnaises par le biais de leurs bras exécutants techniques : SERL et ATURCO , et les responsables patronaux de lADERLY à réfléchir ensemble aux modalités de gestion de la régulation économique territoriale dans lagglomération. Le contexte de crise, qui touche particulièrement les activités industrielles, rend également problématique le remplissage des nombreuses zones industrielles aménagées dans lagglomération. Le consensus politique qui sétablit autour dun nécessaire renforcement des fonctions tertiaires après lépisode de la Charte Industrielle, mobilise aussi le système dacteurs lyonnais autour de la définition des orientations qualitatives, des objectifs commerciaux et de la stratégie de promotion de la nouvelle politique économique locale.
Au milieu des années 1970, les travaux de la commission « Structure daccueil » de lADERLY mettent en évidence la nécessité de mieux connaître létat du marché des localisations industrielles et tertiaires dans lagglomération. Il sagit de réaliser une meilleure adaptation de loffre de terrains ou de locaux dactivités à la demande des entreprises et de définir de nouveaux produits fonciers et immobiliers aptes en répondre aux besoins de plus en plus diversifiés et pointus des activités économiques (services communs : restauration collective, entretien, gardiennage, bureau de poste
) (ADERLY, 1975). Lenjeu est ainsi de rapprocher la planification spatiale et laménagement des surfaces dactivités dans lagglomération des intérêts économiques des entreprises, dans le but doptimiser lefficacité de laction publique, daméliorer la lisibilité des possibilités dimplantation pour les entreprises et daméliorer, in fine, lattractivité et le développement économique de lagglomération lyonnaise (ADERLY, 1974b).
Lélaboration du POS est donc conduite de manière pragmatique, collective et concertée, en parallèle des travaux de réflexion des commissions thématiques de lADERLY (structures daccueil, urbanisation et développement des activités, ACADI). Ils lalimentent en fournissant notamment des éléments de différenciation qualitative des types de surfaces dactivités, en fonction des besoins des entreprises et des choix sectoriels opérés, que LATURCO et la DDE traduisent ensuite dans le registre de lurbanisme réglementaire. Le POS doit par exemple permettre dassocier les contraintes de desserte et déquipement aux zones dédiées aux fonctions économiques, et de préciser le type dactivités visé par chaque zone. Au-delà de la simple fixation des droits à construire et des prescriptions durbanisme pour chaque parcelle, une hiérarchie spatiale est ainsi introduite dans la localisation des différentes activités industrielles et tertiaires dans lagglomération.
Un nouvel outil de gestion commerciale des surfaces tertiaires est également créé fin 1974 : lobservatoire du marché des bureaux de lagglomération lyonnaise. Il est géré par le Centre dEtude de la Conjoncture immobilière (CECIM) et la société de promotion immobilière lyonnaise Pitance, déjà impliquée dans le marché immobilier par sa participation à la réalisation des programmes de la Part Dieu. Lidée découle des travaux de réflexion de lADERLY sur lintérêt de disposer dinformations fiables et en continu sur létat du marché à Lyon, mais aussi des conseils méthodologiques et conceptuels fournis par la SOPREC dans le cadre de la commercialisation des programmes immobiliers du centre directionnel (voir supra). Elle permet denrichir notablement les informations sur le marché immobilier et foncier, tant industriel que tertiaire, disponibles pour les investisseurs éventuels (promoteurs et entrepreneurs), qui se limitent au début des années 1970 à quelques articles de synthèse dans la presse spécialisée (Reynaud, 1973a et b).
Les enquêtes statistiques trimestrielles du CECIM sappuient sur les informations fournies par les promoteurs et les responsables de commercialisation des programmes immobiliers (dates des livraisons, évolutions et prévisions, rythmes de commercialisation, caractéristiques fonctionnelles et qualitatives des bureaux, surfaces disponibles
). Dabord limitées au marché immobilier neuf et peu détaillées, elles sont élargies à lensemble du marché (bureaux en blanc, pour compte propre, associés à une activité industrielle, réservés à certains types de services, anciens ou de seconde main
) et aux indicateurs de structure demploi du marché tertiaire régional à partir de 1977. La publication des données statistiques de lobservatoire dans « Les Cahiers tertiaires de la région lyonnaise » de lADERLY saccompagne aussi dinformations diverses, sur lapparition de nouveaux produits immobiliers, les activités de lAssociation Bureaux-Provinces, lévolution de la politique urbaine étatique ou les orientations de politique économique décidées au niveau local.
Sur le plan opérationnel enfin, laménagement du centre directionnel de la Part Dieu constitue pour les techniciens de la SERL loccasion de se former aux nouvelles méthodes pragmatiques de gestion commerciale des opérations durbanisme à vocation économique. Pour la SEM locale, lenjeu principal est en effet dapparaître comme un interlocuteur crédible et compétent, bien quagissant pour le compte de la puissance publique, face aux grands investisseurs privés rompus aux logiques commerciales et stratégiques de la promotion immobilière. Lexpérience acquise dans ce cadre est réutilisée pour conduire les opérations tertiaires de Villeurbanne (Tonkin notamment) et de Dardilly à la fin des années 1970.
Conclusion de chapitre
Lémergence de la politique économique lyonnaise est permise par la refondation de lalliance traditionnelle existant entre les responsables politiques et les acteurs économiques à Lyon, sur de nouvelles bases plus en phase avec la mutation du contexte économique dun régime de croissance vers un régime de crise. La signature de la Charte Industrielle puis la création de lADERLY consacrent ainsi lexistence dun certain consensus politique au sein du système dacteurs lyonnais, autour de la volonté de bâtir et de conduire une stratégie de développement et de gestion des affaires économiques résolument locale, mieux adaptée aux enjeux spécifiques du territoire lyonnais et de ses forces économiques.
Cette dynamique nouvelle de développement économique territorialisé, est largement portée par les responsables patronaux, qui cherchent à placer la politique lyonnaise naissante au service des entreprises locales plutôt quau service des grands groupes extra-locaux comme le faisait lEtat. Ils imposent leur domination sur le système dacteurs lyonnais de la régulation économique et territoriale, en semparant de la conduite de lintervention et de la promotion des intérêts économiques locaux. Les compétences daction très limitées de la COURLY ne lui permettent pas de prendre en charge la définition et le pilotage de la politique économique, ses bras exécutants (SERL, ATURCO) se chargeant cependant de la mise en uvre du volet spatial et urbanistique grâce à lassistance technique des cabinets détudes de lEtat.
Le réseau CDC et la SCET en particulier jouent le rôle de courroie de transmission des logiques de négociation et de collaboration entre la puissance publique et les grands groupes de promotion commerciale ou dinvestissement immobilier dans le cadre de la conduite des projets de nouveaux centres urbains comme celui de la Part Dieu. Il sagit de former le personnel de la SERL en lui diffusant les compétences techniques et économiques nécessaires à une meilleure compréhension, voire à lassimilation des stratégies des acteurs privés, pour lui permettre dadapter les opérations à leurs attentes. Ces initiatives déclenchent des protestations de la part des élus locaux de lopposition, qui contestent cette orientation de laction publique tendant à confondre lintérêt général public avec lintérêt des entreprises privées.
Linfluence patronale sur la politique urbaine trouve cependant un écho favorable auprès des responsables gouvernementaux du pays et permet une imprégnation progressive des acteurs locaux aux logiques daction inspirées du monde des entreprises. De nouvelles méthodes daction plus stratégiques et pragmatiques sont utilisées pour conduire la politique économique locale, qui sappuie sur des conceptions et des principes dintervention économique largement étrangers au registre classique de laction publique de lépoque. Le marketing et la dimension commerciale de la régulation développés à Lyon tendent ainsi à reléguer au second plan la dimension aménagiste et matérielle de lintervention étatique. Il ne sagit plus seulement de produire des surfaces daccueil et des équipements pour les activités économiques sur le territoire, mais aussi de valoriser et promouvoir ce territoire pour le rendre compétitif et concurrentiel par rapport aux autres, et plus attractif vis-à-vis des investisseurs privés.
Conclusion de Section
Lévolution de la régulation économique et territoriale à la fin des Trente Glorieuses sopère donc selon plusieurs modalités dans lagglomération lyonnaise, qui correspondent à des registres différents mais plus ou moins emboîtés les uns dans les autres : mutation du cadre économique densemble qui sert de référentiel global à la politique lyonnaise, évolution politique aux niveaux local et national et remise en question de la régulation économique étatique conduite à léchelle du pays, modification de lorganisation et de la répartition des rôles au sein du système dacteurs lyonnais, changement de méthodes dintervention.
La survenue de la crise économique au début des années 1970 entraîne en effet un changement très profond du cadre référentiel de lintervention publique en faveur du développement économique, puisquil fait basculer le système mondial dun régime de croissance vers un régime de stagnation et dexacerbation des logiques de concurrence, remettant en cause la pertinence du niveau territorial et décisionnel national pour conduire la régulation (voir supra, 1ère partie, Section 1). La gestion de la compétition économique territoriale glisse ainsi de léchelle du pays à celle des territoires locaux, sous linfluence conjuguée du renouvellement des élites politiques gouvernementales et locales, et de la montée en puissance de limplication des responsables patronaux dans le débat public.
Lorganisation territoriale de la régulation étatique, conçue en référence au régime de croissance fordiste, savère inadaptée aux nouveaux enjeux économiques du contexte de crise pour les firmes et les territoires. Le niveau local, emmené par ses élites économiques et politiques, prend la mesure des transformations nécessaires dans lorganisation de lintervention publique économique, en sengageant de manière volontaire dans laction collective et territorialisée en faveur du développement et du retour à la croissance. LEtat renonce progressivement à conduire des grandes politiques nationales économique et daménagement du territoire de façon centralisée et dirigiste, ainsi quà défendre et promouvoir seul lintérêt des entreprises du pays, libérant et encourageant lémergence des initiatives locales de développement économique.
La régulation économique dans lagglomération lyonnaise sancre donc dans le territoire à la faveur de sa reprise en main par le système dacteurs local. Elle souvre à la logique partenariale, au gré dune nouvelle organisation du système dacteurs lyonnais fondée sur lalliance institutionnelle et politique entre les organismes patronaux et lintercommunalité, qui émerge comme un véritable pouvoir local porteur de lintérêt général, mais dénué de compétences. La conduite et la mise en uvre des actions sont confiées aux organismes économiques, considérés comme les plus compétents pour répondre aux attentes des entreprises. Les intérêts économiques lyonnais et le territoire de lagglomération sont érigés en référentiels directs de la nouvelle politique économique locale, au même titre que le contexte densemble dexacerbation de la concurrence et des logiques de compétition économique.
Lamorce de la territorialisation de la régulation économique dans la métropole lyonnaise sappuie enfin sur la refondation dune capacité dexpertise économique au niveau local et sur lacculturation des personnels techniques et des responsables politiques du développement économique aux nouvelles méthodes stratégiques et commerciales issues du management des firmes. Ces dynamiques sont portées par les acteurs économiques lyonnais, en position de leaders du système dacteurs de la politique économique locale, et relayées par lassistance des cabinets détudes centraux, qui diffusent la pensée stratégique et le principe de la négociation de la puissance publique avec les investisseurs privés pour conduire les grands opérations daménagement urbain à vocation économique. Elles permettent une meilleure prise en compte par laction publique des besoins et problématiques de développement des entreprises. Lintervention économique devient ainsi beaucoup plus qualitative et immatérielle, en sadaptant de manière pragmatique aux nouveaux enjeux induits par le régime daccumulation post-industriel, flexibiliste et hyperconcurrentiel qui succède à lépoque fordiste.
Conclusion de la 2ème Partie
Lorganisation territoriale de la régulation économique à léchelle nationale durant les trente glorieuses apparaît donc comme étant directement conditionnée et déterminée par le fonctionnement du système économique densemble en régime de croissance. Elle est marquée par la domination très forte du niveau gouvernemental étatique sur la conduite de la politique économique et de la politique daménagement du territoire, qui constitue lun des leviers principaux de mise en application des objectifs du Plan au niveau des territoires locaux aux côtés des dispositifs réglementaires et financiers contraignants ou incitatifs.
Cette toute puissance des services de lEtat sexprime dabord au travers des référentiels et des conceptions du rôle de la puissance publique qui sous-tendent les principes et les modalités de linterventionnisme économique en France. Le système de léconomie dirigée consacre ainsi limplication directe et relativement autoritaire de lEtat central dans le fonctionnement de léconomie nationale par le biais du Plan, nayant certes quune portée indicative, mais dont la force dorientation et dinfluence sur le comportement des entreprises repose sur son élaboration concertée avec les principaux représentants des acteurs économiques du pays. LEtat central porte lintérêt des entreprises françaises, notamment des grands groupes nationaux et internationaux en voie de constitution, en le traduisant sous forme dorientations et dobjectifs de politique économique sur le territoire au nom de lintérêt général.
Le régime daccumulation fordiste organise la compétition économique entre les espaces nationaux à léchelle mondiale. Celle-ci conduit lautorité étatique à définir une forme de régulation qui consiste essentiellement à gérer et à aménager la croissance sur le territoire national, ainsi quà permettre aux structures productives de sadapter aux enjeux de lexpansion, de la modernisation et de la compétition économiques. La politique économique française se décline ainsi selon deux grands volets complémentaires, dont le niveau et les moyens dintervention sont différents : la gestion de la compétitivité de léconomie nationale est prise en charge directement par lEtat central (prise de contrôle des firmes et/ou soutien au développement des activités dans les secteurs productifs et financiers jugés stratégiques, organisation du système de formation de la main duvre, etc.) ; laménagement et la répartition équilibrée de la croissance, comme la mise à niveau structurelle des entreprises sont également pilotés par le niveau central (conception, cadre réglementaire, leviers financiers), mais leur mise en uvre sur le territoire sappuie sur le niveau local (équipement et aménagement du territoire, desserrement industriel et tertiarisation, renforcement métropolitain, etc.).
En termes de contenus, de méthodes et de moyens, la régulation économique sous domination de lEtat consiste essentiellement dans lagglomération lyonnaise à accompagner, faciliter et encadrer le développement des entreprises sur le territoire local. Elle ne mobilise pratiquement que des leviers de nature indirecte, relevant de la planification territoriale, de laménagement de lespace et de lurbanisme, en raison du rôle et des pouvoirs très limités conférés par lEtat aux acteurs locaux, qui subissent plus quils ne maîtrisent la gestion de la croissance et les conceptions fonctionnalistes imposées par la technocratie centrale. Lintervention publique locale en faveur de léconomie relève ainsi dune approche très matérielle et quantitative, qui vise à produire des équipements à vocation économique, des infrastructures nécessaires au bon fonctionnement des activités et des surfaces daccueil pour les entreprises. Le territoire local ne sert donc que de support physique pour les équipements et les zones dactivités, industrielles ou tertiaires, dont la conception relève de la puissance normative des services centraux et déconcentrés de lEtat.
Cette forme daction économique, peu soucieuse des spécificités du territoire et des entreprises locales, est tenue en échec, du moins en mal dadaptation par lévolution radicale du contexte économique densemble au milieu des années 1970. Elle est profondément amendée dans la métropole lyonnaise, tant dans son mode dorganisation et de pilotage que dans ses modalités opératoires, par la reprise en main du volet territorial de la régulation économique par le système dacteurs lyonnais qui accompagne lémergence dune logique de compétition nouvelle entre les territoires. La période des Trente Glorieuses sachève donc sur lémergence dune véritable politique de développement économique local, faisant lobjet dun mode de gouvernance résolument ancré dans le territoire et caractérisé par une réappropriation de la régulation économique territoriale et du portage de lintérêt des entreprises par les acteurs économiques de lagglomération.
La puissance publique locale, incarnée par la Communauté urbaine de Lyon et les municipalités, reste globalement à la remorque des structures de représentation des intérêts des entreprises locales dans la conduite de la régulation économique territoriale, après avoir été linstrument de la politique économique dirigée par lEtat central. Or, cest précisément cet état de soumission aux intérêts économiques nationaux défendus par lEtat puis aux intérêts des entreprises locales promus par les organismes économiques lyonnais, donc cette situation dimpuissance relative à agir dans le champ de léconomie par rapport aux autres participants de système daction collective, qui permet de comprendre le processus de conquête de la compétence technique, de lexpertise stratégique et du leadership politique au sein de la gouvernance de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise, mené par la Communauté urbaine de Lyon à partir des années 1980.
Troisième partie :la territorialisation de la politique économique dans la métropole lyonnaise (1980-2005)
Le processus de territorialisation de laction publique en faveur du développement économique saccompagne dune prise de conscience du rôle central du niveau local dans la régulation économique territoriale : il devient la référence, larbitre, le pouvoir de proposition, dincitation, dorientation de laction, de rassemblement et de coordination des acteurs (Gares, 1980). Ce nouveau rôle de la puissance publique locale sappuie notamment sur une nouvelle conception plus stratégique et managériale de laction économique territoriale. La logique de régulation économique territoriale devient en effet plus endogène, elle sancre dans le territoire local grâce à la mise en uvre et en valeur des ressources économiques et spécifiques locales (argument technopolitain, spécialisation sectorielle, rayonnement et attractivité internationales, etc.). Elle devient également plus partenariale, les pouvoirs publics locaux sappuyant sur lexpertise et le savoir-faire des acteurs économiques pour concevoir et mettre en uvre laction en faveur du développement.
Pour autant, il est possible de sinterroger sur lexistence effective dune véritable politique économique dans le champ de léconomie au niveau local et sur la possibilité de la caractériser, en termes de contenus, de modalités, de mode de pilotage politique et de renouvellement des acteurs. Cette qualification de la politique économique locale peut ainsi être envisagée sur le plan politique, conceptuel et organisationnel du point de vue des seuls pouvoirs publics locaux (Section 1), sur le plan méthodologique et des orientations de lintervention économique (Section 2), et dun point de vue plus organisationnel au sein du système dacteurs local, en envisageant les rôles exercés par les différents acteurs en présence (Section 3).
Dans cette dernière partie, nous souhaitons dabord décrypter la montée en puissance des autorités publiques lyonnaises sur les questions relatives au développement économique local depuis le début des années 1980, ainsi que la manière dont ceux-ci semparent de limpératif économique pour mettre en place une politique daction dans ce domaine. Cela suppose de revenir au préalable sur le cadre référentiel et institutionnel de lémergence dune scène politique de la régulation économique territorialisée, qui accompagne le développement des logiques de concurrence, de compétitivité et de lutte pour lattractivité entre les villes. Cette appropriation de lenjeu de la régulation économique par les responsables politiques lyonnais peut être non seulement abordée par le biais de la mise à lagenda du développement économique, mais aussi en examinant la structuration progressive de lorganigramme de la collectivité publique locale autour de ce nouvel enjeu de politique publique. Il sagit également de comprendre la construction dune compétence daction et dune légitimité à intervenir de la part de lautorité intercommunale.
Ensuite, nous abordons la question des méthodes et des modes de faire mobilisés pour traduire en actions les ambitions de la régulation économique territoriale souhaitée par les pouvoirs publics locaux. Cet angle danalyse permet de mettre en évidence la consécration des approches stratégiques et des considérations managériales, chères aux acteurs économiques, au cur même de laction publique locale. Cette consécration est permise grâce à un processus dacculturation des acteurs de la sphère publics aux logiques de gestion et daction des acteurs économiques privés, qui se réalise essentiellement par le biais dun partenariat et dune sous-traitance renforcés autour des questions dexpertise économique. Les leviers dactions essentiellement spatiaux et indirects que sont laménagement de lespace, lurbanisme et la planification territoriale sont placés au service de limpératif de développement économique, qui devient lenjeu central et la raison dêtre de la globalisation de laction publique.
Il sagit en effet aussi de voir comment les politiques urbaines sont intégrées fonctionnellement par le biais du recours à la démarche de projet territorial et urbain, pour satisfaire linjonction de développement et de compétitivité économique. Toutefois, cette intégration se heurte à des difficultés de mise en cohérence des actions de plus en plus stratégiques déployées par les services économiques de la Communauté urbaine de Lyon avec les actions plus classiques relevant de laménagement de lespace et de la gestion de lurbanisme. La mise en place dun dispositif dintervention économique territorialisé depuis les années 2000 est alors supposé pouvoir résorber les clivages et les doutes concernant le choix entre des logiques purement aménagistes et des approches plus qualitatives de la régulation.
Enfin, la territorialisation de la politique économique dans lagglomération lyonnaise est réinterrogée sous langle politique de lorganisation des rôles au sein du système dacteurs local. Il sagit ainsi de pointer les reconfigurations, mais également les limites de la nouvelle gouvernance économique qui se met en place au niveau local. Nous assistons en effet à un processus de repositionnement relatif des acteurs économiques et des pouvoirs publics locaux, au détriment de la place historique occupée par les premiers dans le dispositif de régulation économique territoriale. Ce renforcement de la domination politique de lorganisme communautaire du Grand Lyon saccompagne en outre dune augmentation significative des relations directes entre les responsables et services techniques de la collectivité publique, et les acteurs économiques locaux. Ceci nous conduit à envisager la gouvernance économique locale comme une forme dintégration de lintérêt des entreprises par les pouvoirs publics locaux, et à interroger les limites possibles de ce phénomène.
Section 1 : IMPERATIF ECONOMIQUE ET MONTEE EN PUISSANCE DES POUVOIRS PUBLICS LOCAUX DEPUIS 1980
Lhypothèse centrale de cette première section réside dans lexistence dune véritable politique publique locale dans le champ de léconomie à léchelle de lagglomération lyonnaise. Il sagit ainsi de rassembler les différents éléments relatifs à lorganisation des pouvoirs publics locaux, qui attestent de cette réalité à partir du début des années 1980.
Une politique publique peut être définie comme un programme daction publique défini et conduit par une autorité politique en réponse à une situation problématique particulière, un dispositif politique et administratif coordonné autour dobjectifs clairement affichés. Sa mise en uvre est servie par une organisation administrative spécifique et son portage politique est assuré grâce au déploiement dune stratégie politique explicite de la part des acteurs publics. Son caractère local est conféré par labsence de lEtat central, tant dans le dispositif de pilotage et de conception des orientations et que dans celui de la mise en uvre des actions (voir supra, 1ère Partie, Section 3).
La territorialisation de la régulation économique passe ainsi dabord par une reprise en main politique des questions économiques par les pouvoirs publics locaux. Elle correspond à une prise de conscience progressive, face à la nouvelle donne économique (mondialisation des échanges, internationalisation de la concurrence, etc.), de la valeur de véritables facteurs de production des territoires (ou des villes) et de leur organisation pour les entreprises soumises au nouveau fonctionnement hyperconcurrentiel de léconomie (Jouve, 2005). Elle se matérialise par un très fort développement de la rhétorique économique dans le champ politique local, au point de faire de cette thématique, largement dévolue au niveau central de lEtat durant les Trente Glorieuses, lun des pivots de laction publique locale, voire un impératif central qui conditionne lensemble des politiques territoriales énoncées par les pouvoirs publics locaux.
La territorialisation de la politique économique dans lagglomération lyonnaise se traduit également par le déploiement dun important dispositif technique de pilotage et de mise en uvre au sein des services de la Communauté urbaine de Lyon. Le contrôle de la mise en application des actions en faveur du développement économique sur le territoire permet aux pouvoirs publics communautaires, non seulement daffirmer leur prédominance au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale, mais aussi dapparaître aux yeux des entreprises comme un allier crédible et compétent par rapport à leurs stratégies de développement propres.
Après avoir rapidement rappeler les principales mutations du cadre référentiel de la régulation économique territoriale depuis 1980, en termes dexacerbation de la concurrence métropolitaine et de changements dans la répartition des compétences dintervention économique en France, nous analysons le processus de réappropriation de limpératif économique par les acteurs politiques locaux. Enfin, la mise en évidence de la montée en puissance de la compétence de développement économique dans lorganigramme communautaire permet douvrir la démonstration vers la thématique des modes de faire et des contenus de la politique de régulation économique territoriale de lagglomération lyonnaise (voir infra, Section 2).
I Les mutations du cadre référentiel de la régulation économique
Au tournant des années 1970 et 1980, la pérennisation de la crise économique conduit les autorités urbaines locales à jouer un rôle différent de celui quelles ont tenu durant les années croissance. Elles deviennent plus actives et impliquées dans la régulation économique territoriale, afin de tenter de remédier à la stagnation de la croissance, à la mutation tertiaire de léconomie et au déclin de lindustrie, qui constitue souvent le gros du tissu dactivités local du potentiel demplois.
Dans les grandes agglomérations urbaines comme celle de Lyon, les instances publiques voient en effet leur rôle politique augmenter en raison de la persistance des difficultés économiques et de laugmentation de la demande sociale sur le territoire (chômage, fermetures dusines, etc.), mais aussi à cause de linadéquation des procédures administratives centralisées de régulation économique avec la grande diversité des situations locales. Aux niveaux national et local, un consensus sétablit ainsi autour de la double nécessité dagir à un niveau territorial plus local, municipal ou intercommunal notamment, et de diversifier les actions de régulation économique territoriale. Il sagit dune profonde remise en question des modes dorganisation politique de lintervention économique très centralisés qui prévalent avant la survenue de la crise, en grande partie motivée par lexacerbation de la concurrence entre les villes et entre les territoires découlant du nouveau contexte de crise et dincertitude.
Cette nouvelle logique de compétition interurbaine sexprime selon des registres daction publique et de valorisation territoriale, calqués sur les logiques du marketing et du management stratégique issues de la sphère des entreprises (voir infra, Section 2). Limpératif de développement économique simpose sur la conduite de lensemble des politiques urbaines locales, il devient le référentiel principal de lintervention des collectivités locales. Si lEtat renonce progressivement à conduire les actions de développement économique de façon centralisée, en référence à une politique nationale, et reconnaît une certaine légitimité dintervention aux collectivités locales (voir supra, 2ème Partie, Section 3), il faut toutefois attendre la promulgation des lois de décentralisation puis la réorganisation de la coopération intercommunale en France pour voir la reconnaissance officielle de la capacité des pouvoirs publics locaux à interférer dans la régulation économique territoriale.
1- La compétitivité économique territoriale au centre des politiques urbaines
La crise économique qui sinstalle durant les années 1970 se manifeste au sein des systèmes productifs locaux des pays développés par un phénomène massif de désindustrialisation, qui saccompagne dune dynamique accrue de tertiarisation et dinnovation, faisant la part belle aux activités technologiques à forte valeur ajoutée (voir supra, 1ère partie, Section 1). Elle entraîne une exacerbation des logiques de concurrence entre les acteurs économiques et entre les territoires, qui sont considérés désormais comme des facteurs de développement et de croissance économique à part entière.
La compétition économique sétend de la sphère des entreprises à celles des territoires, notamment urbains, en raison de louverture des frontières commerciales et de la mondialisation de léconomie qui découlent de la nouvelle situation de crise. Les firmes deviennent en effet plus mobiles et attentives à leurs choix de localisation, en considérant la qualité de leurs lieux dimplantation comme des facteurs de productivité au même titre que le coût de la la main duvre ou des matières premières. Ce faisant, elles mettent en concurrence les villes et/ou les territoires entre eux. Les autorités publiques en charge de leur administration intègrent donc cette logique de concurrence et de compétition, imposée de fait par les stratégies et les intérêts des acteurs économiques, dans leurs modes de gestion locale (Bouinot, 2002).
Linjonction à la compétition économique impose aux territoires urbains de se placer dans une logique dattractivité globale et de marketing : il sagit ainsi désormais de vendre le territoire tel un produit, mais aussi de fournir un accompagnement qualitatif aux entreprises qui lont choisi pour simplanter, afin de renforcer leur ancrage local et de limiter les risques de délocalisation (Demazière, Rivard, 2004). Ce double registre référentiel servant de cadre à la conduite des politiques de régulation économique territoriales renvoie notamment à la notion dexternalités de milieu, de plus en plus centrale en matière daction publique en faveur du développement économique. Elle correspond précisément à lensemble des attributs qualitatifs du territoire local qui peuvent être considérés comme des facteurs de compétitivité et dattraction vis-à-vis des investisseurs privés et des acteurs économiques de façon générale (entreprises, main duvre qualifiée, etc.).
Pour attirer et fidéliser les entreprises, les pouvoirs publics ne peuvent plus se contenter daménager et déquiper lespace pour faciliter laccueil et le développement des entreprises comme cétait le cas durant les années de croissance (voir supra, 2ème Partie, Section 1), ils doivent créer un ensemble de conditions favorables et territorialisées, qui dépassent largement le simple domaine de la production dun environnement physique propice aux activités économiques, cest-à-dire qui vont au-delà des actions relatives à laménagement de surfaces daccueil pour les dactivités, à la réalisation déquipements à vocation économique sur le territoire ou à la formation de la main duvre (voir supra, 1ère Partie, Section 1). Ladoption de méthodes de gestion de laction publique plus stratégiques, la mise en avant dune culture managériale et pragmatique, le recours au partenariat et à la sous-traitance des tâches techniques, le développement dune approche qualitative et flexible de lintervention publique dans le champ de léconomie ou encore lorganisation dun système de gouvernance politique largement ouvert aux intérêts des acteurs économiques, participent directement de la production dexternalités de milieu territorialisées.
Selon cette nouvelle logique dominée par limpératif de la compétitivité économique territoriale, la plupart des champs daction publique sont instrumentalisés par les autorités publiques locales pour être mis au service du développement économique. Cest notamment le cas de la planification territoriale, de laménagement de lespace et de lurbanisme, à travers le développement de nouvelles opérations emblématiques affichées grâce au concept porteur de projet urbain (voir infra, Section 2), mais aussi des politiques culturelles, des politiques patrimoniales, et dans une moindre mesure des politiques de déplacements ou dhabitat (voir infra).
Il sagit de favoriser la différenciation du territoire local par rapport à ses concurrents, en créant des avantages comparatifs par le biais de la conduite de politiques urbaines en grande partie dévolues à la satisfaction de lobjectif dominant de compétitivité. Les autorités politiques locales simprègnent de la nouvelle doctrine hyperconcurrentielle liée à la nature de léconomie en contexte de crise (voir supra, 1ère Partie, Section 1), en intégrant la nécessité de mettre en place des politiques publiques stratégiques permettant le positionnement du territoire sur le marché international des villes. Le nouveau cadre référentiel de la régulation économique territoriale impose donc une sorte dimpératif du développement économique territorialisé, qui fonctionne sur les responsables politiques locaux tel une injonction à se mobiliser autour de la question de la compétitivité économique. Les efforts daffichage médiatiques et politiques en faveur du développement économique local sont ainsi appelés à se multiplier, tout comme lesprit douverture à la prise en compte des intérêts des entreprises (voir infra, Section 3).
Cette prise de conscience politique au niveau local est assez précoce et anticipe globalement les décisions de lEtat concernant le transfert de la charge du développement économique territorial du niveau central aux collectivités locales et plus précisément aux structures intercommunales. La vision de la ville comme un objet de valorisation économique nécessitant la mise en place de politiques urbaines qualitatives capables daméliorer son attractivité, donc la perception de la ville comme un facteur de développement économique en elle-même émergent en effet dès la fin des années 1980 (AMF, 1991). Elle monte ensuite en puissance jusquà entraîner la soumission de toutes les dimensions de laction publique locale à lenjeu de la compétitivité économique.
Ainsi, les logiques dattractivité et de compétitivité économiques semparent des territoires mis en concurrence par les entreprises. Le marketing urbain et la production dexternalités de milieu deviennent les références incontournables de la définition des politiques publiques locales, y compris à travers linstrumentation de la culture dans sa dimension commerciale et le développement des loisirs marchands (Urbanisme, 2005). Les politiques de développement économique local et leurs finalités vis-à-vis des entreprises et des acteurs économiques en général tendent de plus en plus à dominer lensemble de laction publique, à simposer comme un champ dintervention quelque peu à part et « au-dessus de la mêlée ». Lapproche néolibérale du développement justifie cette mise en avant de la problématique économique, notamment dans les métropoles, en conduisant une refondation du mode de régulation du nouveau régime daccumulation flexible, par lapplication de la concurrence aux territoires locaux (Jouve, 2005).
2- Lévolution du cadre législatif français (1982-2002)
Laugmentation des difficultés économiques au cours des années 1970 met en avant lincapacité croissante de lEtat central à assurer une régulation efficace sur le territoire. Les limites dopérabilité des grandes politiques économiques nationales dans ce nouveau contexte de crise entraînent un double mouvement : des initiatives locales apparaissent pour tenter de gérer et résoudre les problèmes économiques, à linstar de ce qui est observé dans lagglomération lyonnaise (voir supra, 2ème Partie, Section 3) ; lEtat et les services centraux tentent de se décharger de la responsabilité du problème sur les échelons territoriaux locaux (Planque, 1985).
La période allant du début de la décennie 1980 à la première moitié des années 2000 est ainsi caractérisée par un vaste mouvement de renvoi du « fardeau » de lattractivité et de la gestion de la compétition économique territoriale sur le niveau local, organisé par les autorités étatiques (Béhar, Estèbe, 1999). Il saccompagne dune volonté de lEtat central de « mettre en projet les territoires », à travers la réorganisation de la coopération intercommunale et de la planification territoriale à léchelle du pays (Azéma, Portier, 2004).
Les lois de décentralisation du 2 mars 1982 et du 7 janvier 1983 entérinent le transfert des compétences du niveau de lEtat à celui des collectivités locales. Le niveau communal (et intercommunal par voie de délégation) obtient les compétences en matière durbanisme et daménagement (planification et opérationnel), de gestion des affaires locales et des services publics locaux (assainissement, gestion des déchets, écoles, voirie, etc.). Linterventionnisme économique constitue cependant un domaine de flou relatif dans la répartition des compétences, la commune comme le département ayant une tradition dintervention dans la vie économique locale pour sauver certaines entreprises ou veiller à la fourniture de certains services indispensables à la collectivité, sans avoir toutefois de véritable compétence institutionnelle pour le faire (Greffe, 1992).
Les communes sont ainsi autorisées à intervenir dans le champ de la régulation économique territoriale, mais uniquement de façon indirecte, par le biais dactions visant lenvironnement des entreprises et des activités économiques en général, le cadre de vie, les infrastructures et équipements collectifs, laménagement et lurbanisme. LEtat central leur reconnaît le droit de concourir à laménagement du territoire, à la politique économique et à la sauvegarde de lemploi, dans le respect du double principe de la liberté du commerce et de lindustrie et de légalité des citoyens devant les charges publiques (Brenas, 1985). Ce sont les régions nouvellement créées en tant que collectivités locales qui héritent de la compétence de développement économique à proprement parler. Celle-ci saccompagne de la possibilité de délivrer, comme lEtat, des aides financières directes aux entreprises, qui peuvent être complétées dans une certaine mesure par les communes et les départements (Falzon, 1996).
Les lois de décentralisation confirment donc globalement les principes rappelés par la circulaire Poniatowski en 1976, en limitant de fait les initiatives dintervention et de soutien économiques aux entreprises déployées par les collectivités locales. Lenjeu est non seulement de protéger léquilibre des finances publiques, mais aussi la prééminence de léquilibre national face aux velléités de développement autonome et de plus en plus concurrentiel des territoires locaux. En vertu du cadre législatif, les collectivités locales ne doivent représenter « qu'un facteur d'accompagnement propre à appuyer la politique des pouvoirs publics en matière industriel au lieu d'être un élément de distorsion dans la mise en oeuvre de la carte des aides » (Chorain, 2001).
La mise en place dune nouvelle répartition des compétences entre les différents niveaux territoriaux qui entretient un certain flou sur les possibilités dintervention de léchelon communal, et le contexte densemble dexacerbation des difficultés économiques et de la concurrence entre les villes, constituent un encouragement implicite à la création de services économiques municipaux (Gaudriault, Gatineau, 1982), voire de services économiques intercommunaux quand il existe une Communauté urbaine comme à Lyon. Les communes industrialisées les plus concernées, notamment dans les grandes agglomérations urbaines, nattendent en effet pas pour la plupart le feu vert officiel donné par les lois de décentralisation pour sorganiser en interne (voir infra).
Les autorités centrales de lEtat se désengagent donc de la conduite de la politique économique dans lagglomération lyonnaise alors que les lois de décentralisation reconnaissent la pertinence des échelons locaux dans la conduite de laction publique au début des années 1980. Durant toute la décennie, de nombreuses études dexpertise et travaux de recherche, commandés notamment par le Service Technique de lUrbanisme (STU) du Ministère de lEquipement (Ministère de lUrbanisme et du Logement, 1981 ; Priat, 1983), le Conseil Economique et Social (Steib, 1987) ou le CGP (SEDES, 1982), ou lancés spontanément par les milieux universitaires (Mélange Besson, 1981 ; Némery, 1981 ; Barge et alii, 1983, Mélange Péquignot, 1984, Bouinot, 1987, Douence, 1988), analysent le nouveau cadre et les nouvelles modalités de lintervention économique locale. Cette première phase de territorialisation de la régulation économique territoriale sopère ainsi essentiellement à léchelle nationale, à linitiative de lEtat et en réponse à son constat dimpossibilité de poursuivre la conduite de sa politique économique centralisée. Elle officialise également les nombreuses initiatives spontanées dintervention économique qui émergent au niveau local depuis le milieu des années 1970, dans lagglomération lyonnaise et ailleurs.
A Lyon, la COURLY bénéficie dune grande partie des compétences de gestion urbaine des communes qui la composent depuis la décentralisation, notamment de lurbanisme et de laménagement de lespace. Elle est amenée par ce biais à exercer une fonction danimation du développement économique territorial importante, quoique indirecte, à travers ses responsabilités en matière de planification urbaine stratégique.
La loi dAdministration Territoriale de la République du 6 février 1992 parachève cette reconnaissance du rôle central du niveau de lagglomération dans lorganisation et la définition de la régulation économique territoriale, particulièrement par rapport à la région. Cette loi réformant la coopération intercommunale confère aux EPCI la compétence de développement économique sur leur territoire, auparavant uniquement dévolue aux collectivités régionales. La COURLY se trouve ainsi autorisée officiellement par lEtat à définir et conduire en propre une politique daction en faveur de léconomie, voyant son pourvoir et son autonomie politique en matière de régulation clairement reconnus institutionnellement.
Lors de la création de la COURLY en 1969, lEtat ne lui a en effet pas confié cette compétence afin de privilégier les organismes patronaux sur lesquels il exerce un certain contrôle notamment les CCI (tutelle financière) au détriment dune prise de pouvoir éventuelle des notables locaux (voir supra, 2ème partie). Il a ainsi limité durablement limplication des élus locaux dans la gestion des affaires économiques sur le territoire (Bardet, Jouve, 1999), du moins à léchelle intercommunale. La modification du contexte légal au début des années 1990 ouvre en revanche de nouvelles perspectives très larges dintervention dans le champ de la régulation économique territoriale à lorganisme communautaire, tout en lui offrant une certaine officialisation institutionnelle de pratiques daction ayant émergés en son sein dès la fin des années 1980 (voir infra).
La légitimité politique du niveau intercommunal à prendre en charge le développement économique de lagglomération est encore renforcée par linjonction à adopter la Taxe Professionnelle Unique (TPU) au 1er janvier 2002 dans les communautés urbaines existantes, promulguée par la loi de renforcement et de simplification de la coopération intercommunale du 12 juillet 1999, dite « Chevènement ». Cette disposition présente notamment lavantage, outre la bonification de la Dotation Globale de Fonctionnement allouée par lEtat, de mettre un terme aux effets de concurrence entre les communes de lagglomération pour lattraction des entreprises. Elle offre également lopportunité de mener une politique de développement économique plus harmonieuse et équilibrée à léchelle du territoire communautaire et de mieux répartir loffre de sites daccueil pour les activités.
La mise en place progressive de la TPU dans lagglomération lyonnaise est ardemment souhaitée depuis le milieu des années 1990 par certaines communes mal loties en matière dactivités économiques, particulièrement lorsque celles-ci doivent faire face à dimportants problèmes de gestion des quartiers dhabitat social présents sur leur territoire (Linossier, 1998). Elle favorise en effet un certain rééquilibrage des ressources financières entre les municipalités grâce aux mécanismes de péréquation, ainsi que lémergence dune forme dintérêt général local au niveau de lagglomération concernant les questions de régulation économique territoriale (Faure, 1997). En remettant en question lautonomie et la légitimité des municipalités à intervenir en faveur du développement économique, la TPU confirme aussi la prééminence de lorganisme communautaire sur le niveau communal pour la conduite de lensemble des politiques urbaines. Ceci est renforcé par la possibilité délargir les compétences intercommunales à la gestion des grands équipements culturels et sportifs prévus par cette même loi (voir infra).
La loi dorientation pour laménagement et le développement durable du territoire (LOADDT) du 25 juin 2000, dite « Voynet » instaure quant à elle la possibilité pour les structures intercommunales détablir un projet de développement du territoire, et dobtenir le soutien de lEtat et du niveau régional pour sa réalisation. La signature du contrat dagglomération est cependant conditionnée par la création dun Conseil de développement par lorganisme communautaire, permettant la participation de la société civile locale à lélaboration du projet. Dans lagglomération lyonnaise, cette loi donne notamment une caution légale et institutionnelle à la démarche de concertation et délaboration dun projet de développement pour lagglomération lancée par la mandature Barre à laube des années 2000 (voir infra).
Plus indirectement enfin, dautres mesures législatives relatives à la planification urbaine et à la Politique de la Ville ont une influence notable sur la manière dont est conduite la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise. La loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU) du 13 décembre 2000 instaure en effet le renouvellement des outils de la planification urbaine, à travers la création des Schémas de Cohérence Territoriale (SCOT) et des Plans Locaux dUrbanisme (PLU), en remplacement des Schémas Directeurs et des POS. Elle vise ainsi à renforcer la cohérence des politiques urbaines et territoriales entre elles et donc une certaine intégration fonctionnelle des différents champs daction publique (voir infra, Section 2). Elle permet notamment une relance de la planification territoriale à léchelle de laire métropolitaine dans lagglomération lyonnaise.
La loi SRU prévoit également des dispositions relatives au développement économique dans les quartiers prioritaires de la Politique de la Ville. Elles concernent le fonds de revitalisation économique des zones urbaines sensibles créé par la LOADT de 1995, destiné à fournir des aides financières aux entreprises ayant des projets sur ces portions de territoire. Elles sinscrivent en complémentarité avec les dispositions du Pacte de Relance pour la Ville de 1996, qui a instauré des Zones Franches Urbaines permettant une certaine insertion par lemploi des populations des quartiers prioritaires, et introduit lenjeu économique dans laction publique territorialisée de la Politique de la Ville. Toutefois, le volet social du développement économique nest pas vraiment intégré dans la politique de développement économique communautaire dans lagglomération lyonnaise, il tend même à en être soigneusement tenu à lécart pour ne pas brouiller le message politique des responsables locaux en faveur de la compétitivité territoriale et de lintérêt des entreprises (voir infra, Section 3).
Conclusion de chapitre
Le renouvellement des référentiels de la régulation économique territoriale, amorcée durant les années 1970 sous linfluence des acteurs économiques locaux (voir supra, 2ème Partie, Section 3), est intégré par les pouvoirs publics urbains à partir des années 1980. Il est mis en application au travers de lorganisation de laction publique locale et encadre ainsi dun point de vue conceptuel la montée en puissance de lintervention économique sur le territoire. Celle-ci est placée sous le signe de la concurrence interurbaine et de la compétitivité territoriale, qui sont essentiellement déclinées selon le registre du marketing et de lattractivité vis-à-vis des acteurs économiques.
Le transfert des compétences opéré par lEtat avec la Décentralisation, puis la réorganisation de la coopération intercommunale confèrent une plus grande légitimité aux autorités publiques locales dans la saisine de la problématique de la régulation économique territoriale. Les municipalités et le pouvoir communautaire de lagglomération lyonnaise autonomisent donc leur capacité dintervention par rapport à la technocratie étatique et développent leurs propres politiques publiques dans le champ du développement économique local.
II Le processus de réappropriation politique de limpératif économique
Avec le désengagement de lEtat central face au nouveau contexte de crise, ce sont les acteurs publics locaux qui sont amenés à prendre en charge la question de la régulation économique territoriale : le rôle des municipalités et de la Communauté urbaine de Lyon devient primordial dans le domaine de lintervention économique. Ils sont cependant limités dans leur capacité de saisine directe et immédiate par différents facteurs : compétences légales daction relativement restreintes dans le champ de léconomie, manque de savoir-faire lié à la domination technique en matière dexpertise exercée durant les Trente Glorieuses par le pouvoir central, dissensions idéologiques au sein de la classe politique concernant la légitimité et le bien fondé dun intervention publique locale dans le domaine économique, rôle très important joué par les structures locales de représentation des intérêts économiques en la matière, qui occupent les premières lespace laissé vacant par les autorités étatiques (voir supra, 2ème Partie, Section 3).
Lagglomération lyonnaise constitue larchétype de la ville française qui développe une véritable stratégie politique entrepreunariale (Bardet, Jouve, 1999), au gré de linstrumentation de la thématique du développement économique par lun de ses dirigeants au tournant des années 1980 et 1990, à des fins de légitimation électorale et surtout de pouvoir politique. Cette dynamique dintégration de limpératif économique par les autorités publiques locales de lagglomération est renforcée et poursuivie par les exécutifs politiques successifs. La rhétorique économique devient ainsi le référent central des politiques urbaines dans la métropole lyonnaise.
La territorialisation de la régulation économique au niveau local peut également se comprendre comme un processus dinscription de la politique économique dans les particularités organisationnelles et fonctionnelles du territoire local : elle est un prétexte à la définition dun nouveau périmètre pertinent de gouvernement local, ainsi quà la remise en question des modes de régulation politique et économique existants, au nom de lobjectif prioritaire du développement économique. Elle correspond aussi plus largement à une mise au service de lenjeu de compétitivité économique et dattractivité territoriale de nombreux champs daction publique, comme la culture ou le tourisme.
1- Les freins à lengagement économique communautaire dans les années 1980
La période de transition entre la politique daménagement étatique et lémergence dune politique de développement économique véritablement portée par les pouvoirs publics locaux, qui couvre la fin des années 1970 et le début des années 1980, est marquée par la grande difficulté politique et méthodologique des autorités publiques locales à trouver un positionnement adapté de laction en faveur du développement économique, alors que les friches industrielles se multiplient dans le périmètre central de lagglomération (Lyon et Villeurbanne), que la stagnation économique rend également difficile le remplissage des nombreuses zones industrielles aménagées dans les communes de périphérie, et que lEtat se retire progressivement de la conduite et du financement des opérations de planification et daménagement dans lagglomération.
Les acteurs politiques cherchent en effet le positionnement politique adapté, le niveau institutionnel pertinent et la méthode de régulation économique territoriale adéquate pour répondre à ces enjeux. Entre laisser-faire et interventionnisme volontaire (Biarez, 1983), les responsables municipaux et les élus communautaires tentent de concilier les diverses opinions concernant la légitimité et la capacité de la puissance publique locale à interférer dans les affaires économiques. Une partie de la majorité au pouvoir prône en effet le laisser-faire et la primauté des intérêts privés en matière de régulation, mais la planification urbaine, lurbanisme et laménagement sont également de plus en plus considérés comme des moyens daction mobilisables pour agir indirectement sur le développement économique du territoire local. Les pouvoirs publics locaux sont en outre confrontés à une forme de concurrence avec les initiatives déployées par les acteurs privés (promoteurs, grandes firmes industrielles
), qui oblige les communes et la COURLY à mieux définir les modalités de leur intervention sur le marché de la construction immobilière et de laménagement de surfaces dactivités équipées pour accueillir les entreprises.
En labsence de compétence spécifique de développement économique au niveau intercommunal, un certain flottement est ainsi à luvre dans la répartition des tâches relatives à lintervention économique entre les municipalités et la COURLY.
Divergences idéologiques au sein de la classe politique lyonnaise
Les divergences dopinion entre élus de droite et de gauche influencent fortement le choix dengager ou non la COURLY dans la conduite dune politique économique dagglomération au début des années 1980. Lincertitude idéologique qui plane sur la pertinence et le bien fondé de lintervention du niveau municipal dans la régulation spatiale de léconomie se répercute logiquement à léchelle intercommunale. Le niveau communautaire, très récent par rapport à lancienneté des communes, est encore considéré comme un outil technocratique de gestion territoriale, peu politisé et ne permettant pas la formulation dun intérêt général dagglomération. Son engagement sur les questions de développement économique nest ainsi conçu que de façon indirecte et externe, à travers le financement et le portage politique de lADERLY (voir infra).
Lappartenance politique divise en effet traditionnellement le personnel politique français à propos de la légitimité et du bien-fondé de lintervention publique dans le domaine économique au niveau local (Barge et alii, 1983). La droite, notamment libérale, est par principe idéologique hostile à toute implication de la puissance publique dans le fonctionnement de léconomie, au nom du respect du libre jeu du marché et de la concurrence. Bien que pour ces élus léconomie reste dabord une affaire dentrepreneurs et de financiers, ils souvrent cependant progressivement à lidée de développer laction économique publique, notamment face à la demande pressante des entreprises en la matière et au contexte de pérennisation de la crise.
Les élus de gauche font en revanche le cheminement idéologique inverse : historiquement engagés dans linterventionnisme économique des collectivités locales voir le volet économique important des expériences de socialisme municipal de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle , ils restent globalement favorables aux aides directes aux entreprises en difficulté, aux garanties demprunt et aux SCOP au nom de la sauvegarde de lemploi. Ils soutiennent ainsi activement les nationalisations dentreprises, la décentralisation des compétences daction économique et lavènement de la dynamique du développement local au début des années 1980. Face aux risques financiers encourus par les communes, ils prônent toutefois la limitation des aides aux entreprises malgré les nombreuses fermetures entraînées par la crise.
Toutefois, il existe un profond décalage entre le niveau local et le niveau national dans les discours et les clivages de la classe politique française. Droite et Gauche campent sur leurs positions idéologiques traditionnelles vis-à-vis de laction économique publique au niveau national, mais se rassemblent sous la même bannière résolument interventionniste au niveau local (Barge et alii, 1983). Il en résulte donc une convergence globale des deux bords à propos de la nécessité de déployer des interventions en faveur des entreprises, face à la pérennisation de la crise économique.
Ce paradoxe politique concernant les questions économiques se retrouve au sein de la classe politique lyonnaise : la majorité municipale de droite, traditionnellement libérale et conservatrice, soppose idéologiquement au principe de linterventionnisme, mais déploie dans le même temps une politique économique ambitieuse, quoi quencore peu structurée et dominée par la logique du « coup par coup » (Biarez, 1983). La décentralisation des compétences au début des années 1980 se traduit par la reconnaissance légale et officielle par lEtat central du rôle de la commune dans la gestion des affaires locales, mais une partie des élus locaux continue à ne pas reconnaître de pouvoir dintervention économique au niveau municipal. Ils sont soutenus dans cette position par les acteurs économiques et les représentants de la population.
Les représentants du patronat lyonnais alimentent en effet la polémique, à travers la définition des missions de lADERLY ou le refus du GIL de participer aux comités locaux pour lemploi (Biarez, 1983). Létroite proximité traditionnelle quentretiennent une partie des responsables politiques lyonnais avec le patronat local (voir supra, 2ème partie, Section 1), comme le système daction particulier qui sinstaure à partir des années 1970 dans lagglomération lyonnaise autour de lADERLY, placée sous la domination des structures de représentations des intérêts économiques locaux (voir supra, 2ème partie, Section 3), renforce cette situation de clivage idéologique et de flottement politique quant à lengagement de la COURLY dans la régulation des affaires économiques locales.
Après avoir porté le projet de promouvoir Lyon comme une métropole européenne aux côtés de la Jeune Chambre Economique (JCE) dans les années 1960, salignant de fait sur les orientations définies par lEtat et soutenues par léquipe politique de L. Pradel, les comités populaires municipaux remettent eux aussi en cause ces priorités de développement international pour Lyon à la fin des les années 1970. La crise économique entraîne certes une évolution des préoccupations, la nécessité de limiter les dépenses et de revoir le programme des grandes opérations durbanisme ou daménagement, mais leurs responsables optent pour lalignement sur la position idéologique traditionnelle et majoritaire des élus et des acteurs économiques lyonnais, en refusant de reconnaître les possibilités dintervention de la collectivité locale dans le domaine économique et linfluence des questions économiques sur lurbanisme ou laménagement du cadre de vie (Biarez, Kukawka, 1986).
« La philosophie de léquipe dirigeante est de ne pas simmiscer dans les décisions économiques. Le discours officiel dans ce domaine est détablir une synergie, cest-à-dire de faire concerter en permanence les parties prenantes de cette action » (Biarez, Kukawka, 1986, p.80). Cependant, ce principe idéologique de positionnement de la sphère politique publique, en retrait par rapport au fonctionnement de léconomie mais conférant aux représentants des entreprises un rôle central dans la définition de la politique dintervention, est remis en question par la nécessité dadapter les modes de régulation de léconomie, notamment territoriaux, aux évolutions structurelles du contexte densemble. Léquipe libérale de Droite, alors au pouvoir à Lyon, reste ainsi fidèle à sa philosophie politique de prudence par rapport aux affaires économiques locales sauf en cas de graves difficultés de la part dune entreprise mais sautorise un certain engagement et une présence de plus en plus active dans léconomie (Lorrain, Kukawka, 1989).
La définition dune nouvelle politique de régulation au niveau local, non plus seulement fondée sur des enjeux daménagement de la croissance sur le territoire national, mais sur un impératif de développement qualitatif et concurrentiel du territoire local, simpose donc progressivement aux acteurs politiques lyonnais. Les pouvoirs publics locaux se doivent de sengager de façon plus volontaire et active dans la conduite de la politique de développement économique de lagglomération, aux côtés des acteurs économiques. Les responsables politiques lyonnais saccordent sur le principe de limiter laide financière directe aux entreprises aux seuls cas extrêmes, et de concentrer leffort public local sur lamélioration de lenvironnement des entreprises, la production dune offre de surfaces dactivités adaptée et qualitative, le marketing urbain et la promotion territoriale, cest-à-dire sur le large panel daides indirectes en faveur de léconomie mise en uvre par lADERLY, de nature essentiellement qualitative, tel que lautorise le cadre législatif et réglementaire (loi Le Chapelier de 1791, lois de Décentralisation de 1982-1983).
Les élus de lopposition critiquent cette domination des intérêts patronaux sur la régulation économique territoriale, initiée par la politique étatique puis entretenue par les responsables de la majorité lyonnaise depuis la crise. Ils lacceptent cependant au nom de la nécessité de développer les interventions publiques dans le domaine de léconomie au niveau local, face à la pérennisation de la crise et à laugmentation de la demande sociale dans lagglomération. Les intérêts dominants sont également perçus comme émanant plus des grands groupes nationaux et internationaux que des firmes lyonnaises, également confrontées à de graves difficultés à cause du contexte économique difficile.
Autres facteurs limitatifs de lengagement économique communautaire
La définition et la mise en uvre dune véritable politique économique par la COURLY au début des années 1980 sont également rendues très difficiles par plusieurs facteurs internes importants. Non seulement lEPCI na pas de compétence dans le domaine économique malgré la décentralisation, ni en propre ni en délégation des communes membres, mais son personnel politique, globalement hostile à toute idée dimmixtion directe des élus locaux dans les affaires économiques de lagglomération, norganise pas de système décisionnel ou technique à vocation spécifiquement économique au sein de lappareil communautaire avant 1984.
Labsence de cellule économique auprès du président et linefficacité de la commission économique, dominée par les élus lyonnais et qui se contente dentériner les décisions et les actions de lADERLY, révèlent en effet le manque dengagement politique des responsables de la COURLY dans le développement économique de lagglomération. Elles contribuent grandement à son incapacité daction. La COURLY ne traite en outre pas les problèmes demploi et de formation professionnelle, quelle laisse à lappréciation de la CCIL. Pour aider les entreprises en difficulté, elle nintervient que très indirectement, par la formulation de vux très généraux et consensuels en faveur du maintien des emplois et des entreprises dans lagglomération (Biarez, 1983).
La structure des comptes administratifs montre également que lintervention de la COURLY dans le domaine de léconomie est quasiment inexistante au début des années 1980 (Biarez, 1983). La part de lurbanisme et de laménagement dans les budgets dinvestissement de la COURLY reste également très minoritaire depuis 1974 de lordre de 5 % au maximum , malgré les augmentations significatives des budgets totaux (1 milliard de Francs en 1974, 2 milliards en 1979, 3 milliards en 1982), même si le montant des réserves foncières et des opérations daménagement urbain (ZAC, réhabilitation des quartiers centraux) augmente sensiblement à partir de 1977.
Les dépenses liées à la réalisation des grands équipements collectifs, « grandes options qui avaient été déterminées en collaboration avec lEtat » (Biarez, Kukawka, 1986, p.54), cèdent en outre la place au début des années 1980 à une politique urbaine plus endogène et qualitative, conditionnée par lessoufflement des capacités financières de la COURLY (endettement, désengagement de lEtat du financement des infrastructures de transport et des grandes opérations daménagement comme la Part Dieu), et par la nécessité de mieux adapter les décisions publiques communautaires aux réalités économiques qui frappent le territoire local en ces temps de crise. La seule participation financière directe de lEPCI à leffort de développement économique se fait ainsi par le biais de sa cotisation à lADERLY.
Le partenariat politique et financier existant entre la COURLY, la CCIL et le GIL au sein de lADERLY depuis les années 1970 permet en effet aux pouvoirs publics communautaires dintervenir de façon indirecte sur les questions économiques, pour lesquelles la COURLY ne possède ni savoir-faire, ni compétence, ni légitimité. Ce rapprochement entre pouvoir politique et forces économiques constitue ainsi une première étape décisive dans le développement dune politique économique locale, adaptée au nouveau contexte de crise et de mise en concurrence des territoires, grâce à la mobilisation collective des compétences en présence dans lagglomération pour promouvoir son développement. Il traduit cependant la position relativement en retrait des autorités communautaires par rapport aux acteurs économiques dans la conduite de la régulation économique locale.
Enfin, lautre obstacle à la mise en place dune politique économique pilotée par la COURLY au début des années 1980 demeure paradoxalement son incapacité à promouvoir le territoire de lagglomération dans son ensemble et non plus seulement à accompagner les stratégies de développement territorial des communes qui la composent. « Cet établissement public élu au second degré fonctionne comme un organisme de redistribution. Doté dune bureaucratie puissante, il ne peut élaborer une véritable politique dagglomération qui porterai atteinte à la spécificité des communes » (Biarez, Kukawka, 1986, p.56). Même si les responsables de la COURLY ont conscience de la nécessité pour la collectivité de dépasser le rôle traditionnel daménagement de structures daccueil et de programmation déquipements pour élaborer une véritable politique économique stratégique et qualitative au niveau local, ils peinent à se défaire des logiques de guichet et dalignement sur le fonctionnement des communes qui prévalent au sein de linstance communautaire depuis sa création.
Les Lyonnais sont historiquement très attachés à lindépendance politique de la commune, attachement qui se vérifie logiquement dans le fonctionnement de la COURLY, imposée par lEtat pour servir ses intérêts, mais aussi ceux des collectivités locales de base que sont les municipalités (Biarez, 1983). Lattitude hégémonique de la Ville de Lyon ou plus simplement intéressée de certaines municipalités de banlieue au sein de lorganisme communautaire illustre bien le goût des communes pour lindépendance et le recours utilitaire à la COURLY, y compris dans le processus de décision politique : les opérations durbanisme doivent par exemple avoir laval du conseil municipal (et de la DDE avant la décentralisation) pour être validées et financées par la Communauté.
Plus globalement, le niveau municipal prime donc encore largement sur le niveau intercommunal pour les élus locaux. Le premier est considéré comme léchelon politique de base et le véritable pilier de la démocratie représentative française, tandis que le second est perçu comme essentiellement technique et gestionnaire, trop éloigné des préoccupations quotidiennes des électeurs. Les communes sont ainsi plus directement impliquées dans le développement de laction économique que la COURLY au début des années 1980, même si le consensus autour de la nécessité dintervenir en la matière au niveau municipal nest pas total, et se reporte en partie sur la pertinence des missions de développement économique territorial assurées par lADERLY.
La primauté des initiatives municipales en faveur de léconomie
En labsence de véritable mobilisation politique en faveur de léconomie au niveau intercommunal au début des années 1980, et faute dune compétence daction en la matière de la COURLY clairement définie par les responsables politiques communautaires, certaines communes de lagglomération se lancent dans linterventionnisme économique, mettant à profit les nouvelles compétences daction transférées par lEtat pour tenter de remédier à la crise. Elles organisent ainsi des services économiques en leur sein et développent des initiatives en faveur de léconomie sur leur territoire. Ce phénomène concerne toutefois surtout les grandes communes centrales (Lyon, Villeurbanne) et de la banlieue Est, plus directement touchées par la stagnation économique et les fermetures dusines, que les municipalités de la périphérie Ouest dont les initiatives sont plus tardives.
La mise en place des services économiques municipaux anticipe dans de nombreux cas les lois de décentralisation. Cependant, la plupart dentre eux se situent encore au stade exploratoire, correspondant plutôt dans les faits à des services de développement et non à de véritables services économiques, dans la mesure où le contexte légal limite très fortement leurs possibilités effectives daction. En outre, la définition et la mise en uvre dune politique économique locale semble déjà être plus pertinente et probante à un niveau géographique plus large que celui de la commune, au niveau de lagglomération notamment (Gaudriault, Gatineau, 1982). Cest dailleurs précisément la mission conférée à lADERLY par la COURLY depuis le milieu des années 1970.
Les communes ont pendant longtemps été cantonnées dans un rôle déquipement et de mise en application des orientations et actions définies par les services de lEtat durant les années de croissance (voir supra, 2ème partie, Section 2). Avec la décentralisation des compétences et la pérennisation de la crise économique, les élus municipaux se trouvent confrontés à de nouveaux défis de positionnement territorial et de décision politique, comme le choix et la prise dinitiatives en matière de développement économique, la détermination dune stratégie dintervention et la conception dune politique daction volontaire (Biarez, 1983). A Lyon comme dans de nombreuses autres villes, les élections municipales de 1983 sont ainsi marquées par une importante prise de conscience de la part des responsables politiques locaux de la nécessité de renforcer les dispositifs institutionnels existants pour affirmer le rôle de la collectivité locale en matière dintervention économique sur le territoire. Un nouveau poste dadjoint chargé des affaires économiques est en effet créé et confié à M. Noir, occupant la troisième position dans la hiérarchie municipale (Lorrain, Kukawka, 1989).
M. Noir constitue la figure idéale typique dun nouveau genre de responsable politique local, proche des jeunes entrepreneurs locaux, bien décidé à développer lintervention de la collectivité locale dans le domaine de léconomie face au nouveau contexte de crise et dexacerbation de la concurrence interurbaine, quitte à bousculer quelque peu les positions traditionnelles des élites économiques et des notables lyonnais sur la question de linterventionnisme des pouvoirs publics. Dans son Livre Blanc sur le développement économique de Lyon (Noir, 1984, p.1), il décrit la municipalité comme « un des acteurs le plus présent de la vie économique », grâce notamment à sa qualité de « puissant investisseur ». Il infirme également la traditionnelle rengaine de ses collègues de la majorité concernant la nécessaire neutralité politique de la collectivité locale dans les affaires économiques et limpossibilité qui en découle pour les élus dagir sur léconomie : « une ville nest pas neutre car elle représente, par lintermédiaire de son Conseil Municipal, la volonté clairement exprimée par le suffrage universel de réaliser une politique définie. (
) Léconomie ne doit pas échapper à ces règles » (Noir, 1984, p.1).
Plusieurs municipalités de lagglomération lyonnaise sengagent ainsi dans des stratégies dintervention propres, adaptées aux enjeux de leur territoire. Certaines disposent dun service économique parfois important dès le début des années 1980, à lexception notable de la Ville de Lyon. Une forme de compétition économique intercommunale sinstaure dans lagglomération, notamment entre les communes de lEst, largement industrialisées mais peinant à remplir les nombreuses zones industrielles programmées en raison des taux élevés de taxe professionnelle, et les communes de lOuest de lagglomération, plus attractives pour les nouveaux investissements économiques grâce à leurs taux plus bas et à leur environnement géographique plus qualitatif.
Malgré laugmentation des injonctions à la solidarité intercommunale, lancées parallèlement au processus délaboration du nouveau schéma directeur par lAgence durbanisme de la COURLY (AGURCO) à partir de 1985 (voir infra, Section 2), les nombreuses initiatives municipales dintervention économique entraînent donc une certaine fragmentation politique du développement économique dans lagglomération lyonnaise.
Lyon dispose dun Comité de Localisation Industrielle à partir de 1978, dont laction vise à définir une démarche globale et cohérente de maintien des entreprises locales et de reconversion des friches industrielles, en collaboration avec la COURLY, lAGURCO, la CCIL et le groupe chargé des questions industrielles au niveau de la RUL (Bonneville, 1982). Cette cellule assure un rôle dobservatoire sur le modèle du dispositif mis en place par lADERLY et le CECIM pour gérer le marché des bureaux (voir supra, 2ème Partie, Section 3), constituant une première réponse technique au phénomène de désindustrialisation et à la difficulté de définir un stratégie dintervention publique locale adaptée aux nouveaux enjeux du développement économique en période de crise. Elle intervient également au niveau opérationnel, en proposant des solutions de réimplantation des entreprises industrielles ou de reconversion des terrains libérés face aux problèmes de départ, de transfert ou de fermeture détablissements.
Cependant, la création dun poste dadjoint et dune commission aux affaires économiques en 1983 ne saccompagne pas de la mise en place de services techniques ad hoc au sein de lappareil municipal lyonnais, mais plutôt, paradoxalement, de la suppression du Comité de Localisation Industrielle. Tous les services techniques municipaux lyonnais sont impliqués dans la gestion des problèmes économiques, sans quil ny ait de structure de coordination spécifique. M. Noir, 3ème adjoint aux affaires économiques et à lemploi, est ainsi contraint de laisser le maire, les membres de son cabinet ou ladjoint à lurbanisme (J. Moulinier) gérer les dossiers relatifs au développement économique, faute déquipe technique spécialement dévolue à son service (Biarez, Kukawka, 1986). Il se tourne donc logiquement vers lorganisme communautaire, pour tenter de développer ses conceptions de lintervention économique à travers lorganisation interne des services (voir infra).
J. Moulinier et M. Noir font en revanche partie dun conseil des adjoints restreint, qui traite des questions jugées importantes et stratégiques dun point de vue politique, comme le développement économique : leur influence sur les processus de décision de la Ville est donc particulièrement forte. Ce système de contrôle politique des décisions municipales par un petit groupe délus est renforcé par le fonctionnement des commissions spécifiques, qui court-circuitent assez largement le pouvoir décisionnel du conseil municipal. La commission des affaires économiques est ainsi créée par F. Collomb en 1983, après sa réélection. Bien quelle nait en théorie quun rôle consultatif en amont des votes du conseil municipal, le choix de lopposition municipale de participer à son fonctionnement traduit le fort degré de politisation et limportance de ses avis, ainsi que lenjeu que représente laccès à linformation pour les élus de Gauche dans ces conditions (Biarez, Kukawka, 1986). La majorité de Droite obtient en effet lapprobation du conseil municipal sur tous les dossiers sans grande difficulté.
La domination politique des élus de la majorité lyonnaise sur la définition des orientations en matière dinterventionnisme économique est également renforcée par le désintérêt des comités locaux dhabitants, plus diversifiés politiquement, pour les préoccupations économiques (voir supra). Depuis larrivée de F. Collomb, la gestion municipale est non seulement plus largement déléguée aux adjoints, mais également plus décentralisée et ouverte à la participation citoyenne. La loi PLM de 1982 instaurant des mairies darrondissement contribue aussi à consolider ce système de consultation démocratique, mais à lexception notable des questions économiques, qui ne sont pas abordées dans le cadre local des quartiers, mais uniquement en mairie centrale.
Le Bureau Villeurbannais de Développement Industriel (BVDI) existe quant à lui depuis la fin des années 1970. Il est maintenu en place et même conforté dans ses missions après les lois de décentralisation. Il permet à la municipalité de Villeurbanne, gagnée par lopposition socialiste en 1977, non seulement de déployer une politique dintervention économique autonome et très volontaire, axée en grande partie sur la gestion des friches industrielles et le renforcement du tissu économique tertiaire, mais aussi de se démarquer politiquement et économiquement vis-à-vis de la domination lyonnaise. Vénissieux, Vaulx-en-Velin, Bron ou Meyzieu développent aussi leurs services économiques au cours des années 1980, adoptant une posture assez similaire, quoique paradoxale, de concurrence teintée de complémentarité avec la ville centre (Ben Mabrouk, Jouve, 1999). LEst de lagglomération sancre ainsi dans lopposition politique par rapport à la majorité lyonnaise, en utilisant notamment le levier de laction économique pour se démarquer.
Début 1986, une association intercommunale est instituée pour regrouper dix municipalités de lEst lyonnais, situées dans et hors du périmètre territorial de la COURLY. Sa vocation est dassurer la promotion de cette portion de lagglomération urbaine (Barbier de Reulle, de Courson, 1988), fortement marquée par la présence des activités productives et lexistence de vastes zones industrielles. Le contexte de crise pèse en effet de façon particulièrement sensible sur cette partie du territoire, fortement industrialisée. Il sagit ainsi de faciliter le maintien et le développement des fonctions productives existantes et daméliorer la gestion des zones industrielles, mais aussi dattirer de nouveaux investissements pour conserver la densité du tissu économique, en contrebalançant la primauté de la partie centrale de lagglomération.
Enfin, lOuest lyonnais sorganise aussi dans la seconde moitié des années 1980, parallèlement à la mise en place du Plan dAction Technopole par lADERLY (voir infra). Une association de communes est créée en 1987 afin de promouvoir le développement économique du secteur, orientée vers laccueil dactivités de recherche et de services à haute valeur ajoutée dans un cadre paysager et environnemental très qualitatif.
La domination politique de la municipalité lyonnaise sur lappareil communautaire
Le manque de souplesse structurel de la COURLY, qui est encore perçue par une partie des élus comme lexpression institutionnelle locale du centralisme et du dirigisme étatique, rend la définition dune politique économique dagglomération très difficile au début des années 1980. Les ambitions internationales, du moins européennes, de la métropole lyonnaise, comme le développement de largument technopolitain se déploient ainsi dabord techniquement au sein de lADERLY (voir supra), mais aussi politiquement au sein de la municipalité lyonnaise, cest-à-dire en dehors de la sphère de pouvoir direct de la COURLY.
Elles contribuent notamment à brouiller les réflexions menées au sein de lAgence durbanisme pour développer une nouvelle politique de régulation économique territoriale et locale à léchelle de lagglomération (voir infra). Cependant, il existe une étroite imbrication politique et institutionnelle entre la Ville de Lyon et la COURLY, qui explique et compense labsence de volonté des élus pour développer une politique économique communautaire.
Le rôle dénonciateur des principes et objectifs de la politique économique et urbaine de lagglomération lyonnaise est ainsi en grande partie tenu par les élus municipaux de la Ville de Lyon, qui sont également les principaux responsables politiques de la COURLY. De fait, les intérêts politiques de la ville centre sont majoritairement représentés au sein de lEPCI : le Maire de Lyon est aussi Président de la COURLY, les élus lyonnais sont nombreux au sein du conseil communautaire grâce au cumul les mandats. Les principaux adjoints municipaux lyonnais, chargés de lurbanisme et du développement économique notamment (J. Moulinier et M. Noir), occupent en effet les mêmes fonctions au sein de lappareil politique communautaire en qualité de vice-présidents. « Le renforcement au sommet des structures administratives instauration de deux cabinets, lun assistant le président, lautre le secrétaire général confirme la volonté du maire de Lyon de mieux contrôler la communauté urbaine » (Biarez, Kukawka, 1986, p.56).
Sur cette base politique et institutionnelle, les orientations de politique économique au niveau communautaire sont essentiellement définies par les élus de la majorité lyonnaise, qui tendent ainsi à confondre les rôles respectifs de la municipalité et de létablissement intercommunal dans la conduite de linterventionnisme économique. Ils sappuient notamment sur leurs très bonnes relations avec les techniciens de lADERLY pour faire appliquer leurs idées de façon concrète et privilégier à loccasion le développement économique de la ville centre au détriment des communes de banlieue, ce que leur reproche dailleurs les élus de lopposition (voir supra).
Les intérêts économiques de Lyon sont notamment partagés entre la volonté de maintenir un tissu industriel dynamique, éventuellement au détriment des communes de banlieue, et la nécessité dassurer le renouvellement des fonctions économiques, en faveur des activités tertiaires et technologiques, en permettant la réutilisation des importantes surfaces de terrain libérées par les grandes entreprises industrielles. Cette hésitation politique se répercute assez nettement sur les capacités de la COURLY à déterminer et à conduire une politique économique cohérente à léchelle de lagglomération.
Ladjoint municipal et vice-président communautaire chargé des affaires économiques à partir de 1983 contribue précisément à faire exister ce lien politique entre la ville centre et lintercommunalité. M. Noir utilise sa fonction au sein de lappareil communal pour mettre en place une offensive politique en matière dintervention économique à travers la publication du « Livre Blanc de léconomie lyonnaise » en 1984 (Noir, 1984). Il axe la politique économique municipale lyonnaise autour de cinq objectifs de développement très ambitieux : « affirmer le rôle de Lyon en tant que métropole internationale [notoriété, image] ; développer sa position de capitale dune région européenne [centre de décision, services de haut niveau] ; faire de Lyon un pôle dactivités industrielles à haut niveau technologique [biotechnologies, électronique, robotique, nucléaire, matériaux nouveaux, chimie fine, parachimie et pharmacie] ; favoriser la création et lémergence dentreprises nouvelles [emplois] ; conserver à la ville un équilibre et un aspect humain [cadre de vie] » (Noir, 1984, p.34).
Le programme de mise en uvre est volontaire et résolument interventionniste. Il souhaite en effet élargir la commission des affaires économiques à lensemble des partenaires institutionnels pour définir et ajuster les objectifs et moyens dactions de la politique de développement économique municipale ; soutenir le « Plan Composants Lyonnais » en facilitant limplantation foncière dune usine de fabrication de composants, nécessaire au développement des activités des entreprises membres du CIEL ; abonder au financement de la PRCEI et adhérer au fond régional de garantie ; favoriser la sauvegarde des activités artisanales et le développement commercial à Lyon, en sappuyant sur la procédure de révision du POS et sur les opérations de réhabilitation des quartiers ; faciliter le maintien dactivités industrielles et technologique à travers la réutilisation des friches industrielles de Gerland (biotechnologies) et de Vaise (électronique) ; baisser le plafond légal de densité et la fiscalité pour aider certaines catégories dentreprises ; développer des actions visant à améliorer limage internationale, technopolitaine et économique de la ville (Noir, 1984).
Sa mise en uvre est forcément conditionnée par la mobilisation de services techniques extérieurs, la ville nayant pas de service économique. LADERLY se charge ainsi des aspects purement économiques, comme le marketing urbain, la promotion territoriale, laccueil des nouveaux investisseurs et la prospection à lextérieur. La COURLY soccupe de la mise en application des volets urbanistiques et spatiaux, notamment en développant ses compétences internes en matière daménagement spatial et durbanisme opérationnel, et ses compétences externes en matière de planification urbaine et dexpertise économique par le biais de son Agence durbanisme (voir infra). Une collaboration étroite et un partage des tâches sopèrent donc entre la COURLY et la Ville de Lyon au début des années 1980. La COURLY se charge de la réalisation des équipements lourds, de laménagement spatial et de lurbanisme. La municipalité lyonnaise se concentre quant à elle sur laction sociale et culturelle.
Si la COURLY peine à mettre en place une politique économique au début des années 1980, la Ville de Lyon sengage donc dans un programme dactions défini par le plan de mandat de F. Collomb de 1983 et le livre blanc de M. Noir, mais aussi largement déterminé par les habitudes et le pragmatisme propres aux responsables politiques lyonnais. La politique économique municipale combine ainsi « prestige et laisser-faire » (Biarez, Kukawka, 1986, p.77), à travers des actions de nature indirecte étroitement imbriquées avec celles de la COURLY (achèvement des grands équipements collectifs et des opérations daménagement ou durbanisme à vocation économique) et de lADERLY. Létablissement communautaire fonde ainsi sa stratégie dintervention dans le domaine économique sur ses compétences de planification urbaine, durbanisme et daménagement spatial, quil exerce pour le compte des communes (voir infra).
Labsence de compétence économique propre et le manque de légitimité démocratique de la COURLY, la préférence municipale des élus, le clivage politique et idéologique qui les divise, et laggravation des phénomènes de concurrence économique entre les communes de lagglomération qui en découle, déjà cristallisés autour des différences de taux de la taxe professionnelle, entraînent donc une certaine incapacité de la COURLY à diriger et mettre en uvre une politique économique unifiée, cohérente et globale à léchelle de lagglomération. A cela sajoute également la difficulté de faire émerger une vision dagglomération portée par le pouvoir politique intercommunal et la nécessité de changer profondément les méthodes dintervention publique en faveur du développement économique afin dadapter le contenu de la politique à lévolution du contexte général. Toutefois, des initiatives existent.
2- Linscription de lenjeu économique dans lagenda politique communautaire
La volonté politique locale dagir dans le domaine de léconomie se renforce à mesure que la crise se pérennise et que lenjeu européen se fait plus fort et plus proche (Perspective du Traité de Maastricht et de lUnion économique) Elle est cristallisée par quelques élus comme M. Noir et F. Collomb. Le premier utilise ses relations parmi les chefs dentreprises lyonnais et le recours à la thématique du développement international et métropolitain de lagglomération pour conforter et légitimer son discours politique très novateur concernant lintervention économique publique au niveau local. Il représente la nouvelle génération des quadras, la relève politique après les maires bâtisseurs : le maire entrepreneur. Le second est également très proche des milieux patronaux, en sa qualité de chef dentreprise, mais sil est favorable à une implication volontaire de la puissance publique dans le champ économique, il semble plutôt enclin à laisser les structures de représentation des intérêts des entreprises soccuper du volet stratégique de la politique économique, dans la continuité du partage des tâches historique à luvre au sein du système dacteurs local (voir supra, 2ème Partie). Il représente ainsi plutôt un pont entre deux mondes, une sorte de transition entre les bâtisseurs et les entrepreneurs.
En labsence de compétence officielle et de légitimité institutionnelle dans le champ économique, tout en sinscrivant en complémentarité directe avec les actions développées par lADERLY, les responsables de la COURLY amorcent ainsi un virage stratégique dans lénonciation et la conduite de la politique urbaine dans le seconde moitié des années 1980 (lancement de grandes opérations daménagement et durbanisme, mise en révision du SDAU), la plaçant de plus en plus au service du développement économique de la métropole. Ceux qui leur succèdent dans les années 1990 et 2000 ont en revanche la légitimité et la compétence légale avec eux pour énoncer une véritable politique économique locale.
Entre rhétorique métropolitaine et consécration légale
Au cours des années 1980, la proximité historique entre les élites politiques et les élites économiques lyonnaises (voir supra, 2ème Partie, Section 2) se recompose autour de larrivée au pouvoir local de nouvelles personnalités politiques. M. Noir notamment, bien quoccupant un poste à responsabilité sous la seconde mandature de F. Collomb et appartenant à la même majorité politique que lui, se positionne progressivement comme son plus sérieux adversaire pour la succession à la mairie de Lyon en 1989, en se servant précisément de ses fonctions délu chargé des affaires économiques pour rallier les représentants des entreprises et une partie de la classe politique sous sa bannière. Il attaque ainsi le premier magistrat lyonnais sur son terrain, celui des entreprises et du monde des affaires, en faisant du rayonnement métropolitain et de linternationalisation de léconomie lyonnaise ses principaux chevaux de bataille.
Les principaux élus communautaires en charge des questions de développement comme J. Rigaud et M. Noir, politiquement proches des milieux économiques lyonnais, placent très tôt lagglomération lyonnaise sur le marché concurrentiel des grandes métropoles européennes, profitant de la décentralisation pour annoncer en 1987 la définition dun grand projet stratégique de développement pour le territoire de lagglomération lyonnaise. Si lenjeu du développement économique et du positionnement concurrentiel de la métropole sur le marché des villes ne peut être abordé de manière directe par les services de la COURLY faute de compétence économique officielle, ses responsables politiques tentent ainsi de participer de plus en plus à la définition de la politique économique de lagglomération, et de placer laction des différents services opérationnels ou de gestion et leur nécessaire coordination, au service de la cause plus globale du développement métropolitain. « Après avoir défini le contour de ses obligations, précisé la mesure de ses ambitions et de ses moyens, la COURLY entame et poursuit la réalisation des équipements qui vont lui donner sa dimension européenne ».
Ces effets dannonce sinscrivent cependant tous dans la même perspective économique ambitieuse tracée par F. Collomb depuis 1977 : améliorer lenvironnement existant, mettre en uvre un nouveau type de croissance et préparer lavenir économique de lagglomération Même si ces options ne sont pas discutées en conseil communautaire et ne débouchent pas sur la définition dune véritable politique économique portée par la COURLY durant son premier mandat (Biarez, 1983), elles sont réaffirmées et approfondies lors de son second mandat (1983-1989), notamment par ladjoint aux affaires économiques M. Noir : faire de Lyon une métropole internationale, favoriser le développement dun pôle économique composés dactivités de haut niveau technologique, tout en permettant la création demplois pour remédier à la crise industrielle et conserver léquilibre général au sein de lagglomération (Biarez, Kukawka, 1986).
Une fois les élections remportées, M. Noir et son équipe sattachent à conduire deux entreprises parallèles de construction dun gouvernement urbain apte à prendre en charge la régulation économique territoriale : la réactivation de la RUL comme lieu de concertation et de décision concernant les questions de développement économique à léchelle métropolitaine, et la réorganisation en profondeur des services et des modes de gestion politique de la COURLY pour en faire un organisme participant de plein pied à la mise en uvre du développement économique local. Les propositions en faveur du développement économique et du rayonnement international de la métropole lyonnaise contenues dans le nouveau schéma directeur en préparation (voir supra, Section 2) lui servent en outre de justification pour son projet politique de mandature.
Les mandats municipal et communautaire de 1989 à 1995 marquent ainsi un tournant dans le rôle joué par la COURLY, et par la sphère politique de manière plus globale, dans la conduite de la politique économique locale, après une campagne axée par M. Noir sur les thématiques du gouvernement métropolitain et du rassemblement nécessaire des compétences daction et de gestion territoriales au sein dun seul même organisme institutionnel, au nom de limpératif du développement économique. Il sagit dinscrire Lyon dans le jeu de la concurrence économique et internationale interurbaine afin den faire une métropole attractive et dynamique pour les entreprises, en développant notamment limplication des services techniques communautaires dans lintervention plus ou directe en faveur du développement économique : création de missions thématiques, en lien avec les différentes politiques urbaines. Le nouveau maire de Lyon et président de la COURLY cherche ainsi à pallier son manque dancrage politique local et à asseoir concrètement son nouveau style managérial de gestion urbaine, par le recours à une démarche stratégique de grands projets et de développement économique territorialisé (Ben Mabrouk, Jouve, 1999).
La recréation de la Conférence de la RUL en 1988 sous la forme dune association de collectivités locales (COURLY et départements) permet également à M. Noir damplifier cette dynamique, en linstrumentalisant à des fins politiciennes. Le nouveau responsable politique lyonnais utilise en effet lassociation pour saffranchir du manque de compétence économique de lorganisme communautaire, en déplaçant la focale du gouvernement urbain lyonnais de léchelle de lagglomération qui correspond grosso modo au territoire de la COURLY à léchelle de la région urbaine, qui représente la réalité territoriale largement fantasmée de la métropole depuis la fin des années 1960 (voir supra, 2ème Partie, Section 1). Les tentatives de M. Noir de semparer de ce nouvel échelon territorial et institutionnel sont motivées par la volonté de renforcer son pouvoir politique sur les questions économiques, y compris au détriment éventuel des autres acteurs publics et privés locaux (maires, Conseils généraux et régional, administrations étatiques, CCIL) (Guéranger, Jouve, 2003).
La démarche politique de M. Noir concernant laction économique en faveur des entreprises sème en effet le trouble parmi les responsables des autres niveaux territoriaux et des structures à vocation économique, dautant plus quil poursuit son offensive en récupérant linitiative de constitution dun observatoire économique dagglomération au profit de lassociation. Le projet, porté par la CCIL et lAGURCO sur la base dune expertise économique et scientifique (TEN, 1989), est ainsi mis au service de la définition du nouveau périmètre économiquement pertinent de la RUL en 1990 (RUL, 1989 ; TEN, 1990). Ce travail de délimitation territoriale fait lobjet dâpres querelles politiciennes et technocratiques jusquà 1994, sur fond de pseudo scientificité économique et statistique, et de retour de lEtat dans la gestion du devenir métropolitain de lensemble lyonnais (SGAR, 1994 ; Bardet, Jouve, 1999).
La RUL apparaît en définitive comme un forum de réflexion collective sur le devenir spatial et économique de la métropole lyonnaise, instrumentalisé tour à tour par les élites lyonnaises et les représentants de lEtat (Ben Mabrouk, Jouve, 1999), mais aussi combattu par les représentants des intérêts économiques locaux (ADERLY, CCIL, GIL), qui craignent la concurrence de cette nouvelle institution et des autorités politiques lyonnaises dans leur pré carré de laction économique territorialisée (voir infra).
Parallèlement, la nouvelle équipe politique réorganise à son arrivée les services communautaires pour les recentrer sur le développement économique de lagglomération, alors que la COURLY na encore aucune compétence en la matière (voir infra). Deux vice-présidents sont chargés des questions de développement : lun des activités économiques, lautre de la stratégie dagglomération. Un groupe restreint composé du président et de quelques vice-présidents, le « G9 », monopolise les décisions, minorant fortement le travail des commissions techniques spécialisées (Guéranger, Jouve, 2004), et remplaçant de fait lancienne logique daction communautaire en matière de développement local, fondée sur le clientélisme municipal et la redistribution, par la formulation et lapplication dune véritable politique économique dagglomération (Bardet, Jouve, 1999). M. Noir sentoure aussi de plusieurs conseillers techniques très au fait des enjeux économiques au sein de son cabinet, dont certains sont issus des milieux daffaires locaux, afin de verrouiller le système dexpertise politique et décisionnelle autour de sa personne tout en sassurant de bons contacts avec le monde économique.
Lannée suivante, copiant les métropoles anglo-saxonnes, la COURLY adopte une nouvelle appellation, plus explicite et en phase avec les objectifs de rayonnement métropolitain et de développement économique international de lagglomération : le Grand Lyon. M. Noir tente également délargir le périmètre communautaire pour quil corresponde mieux à la réalité urbaine et économique de lagglomération, sans succès. Le chef de lexécutif communautaire poursuit ainsi loffensive politique autour de la thématique de la métropolisation économique de Lyon, en labsence de légitimité institutionnelle à intervenir sur ces questions. Laménagement urbain et les grands projets sont donc instrumentalisés pour concrétiser la réalisation de ces ambitions, grâce à la nouvelle configuration des services techniques communautaires (réaménagement des espaces publics centraux, périphérique Nord, Cité Internationale, Manufacture des Tabacs, Boulevard de lEurope, implantation de lENS Lettres à Gerland) (voir infra, Section 2).
En 1992, un nouveau vice-président chargé de léconomie, de lurbanisme commercial et des relations internationales est nommé au sein de lexécutif, en application de la loi ATR qui donne enfin la compétence du développement économique au Grand Lyon (voir supra). La même année voit ladoption du nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise (SEPAL, 1992), qui matérialise à la fois le renouveau de la planification urbaine et territoriale, le virage stratégique de la politique de développement locale et sa soumission totale à lenjeu économique (voir infra, Section 2). Le mandat de M. Noir marque donc la montée en puissance et la consécration de lenjeu économique au cur de lagenda politique de lagglomération lyonnaise.
Léconomie au centre de la politique urbaine lyonnaise
Les deux mandats politiques suivants à la tête de lexécutif communautaire sont résolument et ouvertement placés sous létendard du développement économique du territoire, même si les deux présidents successifs nappartiennent pas au même bord politique. Cette situation consensuelle traduit bien la convergence idéologique que connaissent la Droite et la Gauche françaises sur la problématique de linterventionnisme économique local depuis la survenue de la crise (voir supra). La mandature Barre reste cependant celle qui marque le plus lancrage volontariste de la politique urbaine lyonnaise dans la problématique globale du développement économique et de linscription de la métropole lyonnaise dans le concert des grandes villes européennes. Celle de G. Collomb depuis 2001 apparaît en effet comme essentiellement positionnée dans la continuité des grands jalons stratégiques et dans la réappropriation de thématiques et dorientations économiques définies par son prédécesseur, du moins en ce qui concerne les référentiels mobilisés pour justifier laction publique en faveur de léconomie.
La politique économique figure en première position dans la présentation du plan de mandat 1995-2001 de R. Barre au Grand Lyon. La problématique du développement est présentée comme devant nécessairement simposer aux autres orientations de la politique urbaine, cest-à-dire comme la condition qui détermine lensemble des politiques publiques locales pilotées par la Communauté urbaine : « Le développement de notre agglomération doit être notre objectif prioritaire. Toutes les autres politiques doivent être conduites au service de ce principe clé de notre action ». Le parcours politique et le profil professionnel du nouveau chef de lexécutif lyonnais, qualifié de « meilleur économiste de France » dans les années 1970, peuvent en partie expliquer ce choix de mettre la thématique de léconomie au premier plan de son programme politique pour lagglomération.
Il sinscrit en outre dans une forme de continuité politique par rapport à la dominante centriste de Droite lyonnaise, étant apparenté à lUDF à la différence de son prédécesseur affilié au RPR. Ceci lui permet de rétablir un certain consensus politique dans la région lyonnaise avec les différents échelons institutionnels (Conseil régional, CGR) partenaires du Grand Lyon au sein de la RUL, autour de la volonté de faire de Lyon une métropole internationale puissante économiquement. Il accepte également que lassociation reste un simple forum de réflexion non engagé dans la conduite dune quelconque politique économique, à la satisfaction des organismes représentatifs des intérêts économiques locaux (Bardet, Jouve, 1999).
Le Grand Lyon devient donc lorganisme central et unique énonciateur politique de la stratégie de développement économique de la métropole lyonnaise. Son président sentoure, entre autres, dun directeur de cabinet adjoint chargé de laménagement, de léconomie, de lurbanisme et des transports, ayant une vision très globale des enjeux de politique urbaine en relation directe avec la problématique du développement économique, et dun chargé de mission pour les affaires internationales qui complète le dispositif daide à la décision du chef de lexécutif.
R. Barre définit ainsi la première véritable politique économique communautaire lyonnaise, fort de la compétence attribuée à lEPCI par la loi ATR de 1992 (voir supra). Le programme daction est ambitieux et global, prévoyant pour sa mise en application une nouvelle réorganisation des services du Grand Lyon (effective en 1998, voir infra) et une remise à plat du périmètre territorial et de la fiscalité locale pour les entreprises. Il repose sur une démarche globale de projet stratégique pour le développement économique de lagglomération, organisé autour de lamélioration des conditions daccueil des entreprises sur le territoire et de la mise en uvre dactions destinées à jouer sur les facteurs environnementaux favorables au développement des activités économiques (voir infra, Section 2).
Les grands équipements structurants (universités et grandes écoles, réseaux de télécommunications, équipements sportifs et culturels) sont également mobilisés pour contribuer au développement économique de lagglomération (voir infra, Section 2). Les fonctions supérieures indispensables aux activités économiques sur le territoire (logistique, fonctions décisionnelles et financières, tourisme) sont aussi pointées par la politique de développement économique du Grand Lyon. Leur développement doit permettre de poursuivre la stratégie qui consiste à hisser Lyon au rang de métropole européenne, amorcée sous la mandature précédente.
R. Barre sappuie notamment sur son important réseau de relations à létranger et sur sa notoriété pour faciliter le développement métropolitain et le rayonnement international de la ville : accueil de la réunion du G7 en 1996, obtention de linscription de Lyon sur la liste des sites inscrits au patrimoine mondial de lHumanité par lUNESCO, etc. Il intègre le pilotage du dossier de lENS Lettres dans lorganigramme communautaire, renforçant encore son emprise sur les dossiers économiques. Le rôle central de lADERLY est cependant réaffirmé pour développer lattractivité de lagglomération, tant pour les fonctions supérieures que pour les activités technologiques dans le cadre du Plan Technopole.
Lancé en 1984 par lADERLY et la CCIL mais progressivement tombé dans lombre (voir infra, Section 3), celui-ci est en effet relancé par le Grand Lyon en 1998. Conçue à linitiative du vice-président communautaire chargé des grands équipements dagglomération et des délocalisations, dun agent du service économique du Grand Lyon recruté à cet effet et dun jeune docteur travaillant à la Mission Prospective et Stratégie dAgglomération du Grand Lyon, cette nouvelle démarche politique vise à faire de Lyon une « Ville de lintelligence » et une métropole technopolitaine (Healy, 2002). Elle mise sur le renforcement de limage et du potentiel de lagglomération dans les domaines de la recherche, de linnovation et de la création dentreprises dans les nouvelles technologies (Grand Lyon, 1998). Elle permet à lorganisme communautaire de semparer dun champ de laction économique jusquà lors largement accaparé par la Région, lEtat (DRRT, DRIRE, ANVAR) et les organismes économiques locaux (CCIL et ADERLY).
Plus dun million dEuros par an sont budgétés pour financer le Plan technopole du Grand Lyon de 1999 à 2001, après les 150 000 Euros débloqués en 1998. Sa mise en uvre sorganise autour de la valorisation du potentiel de recherche et dinnovation de lagglomération, du développement de deux domaines dactivités (santé et sciences et technologies du vivant ; nouvelles technologies dinformation et de communication) et de laménagement de sept sites spécialisés dans laccueil des activités technologiques et innovantes répartis sur le territoire communautaire : Lyon-Centre, la Doua, Gerland, Rockefeller, Lyon-Ouest, Vaulx-en-Velin et Porte des Alpes. Seul le dernier volet, éminemment urbanistique et lié à laménagement spatial, relève directement de la compétence du Grand Lyon. La réalisation des deux premiers sappuie donc sur un dispositif flexible de sous-traitance, relevant du principe de subsidiarité, qui consiste pour le Grand Lyon à subventionner différents organismes partenaires pour la mise en uvre des actions (Grand Lyon, 1998) (voir infra, Section 2).
Dès 1996, une vaste démarche de réflexion prospective et stratégique, largement ouverte aux forces vives et aux membres de la société civile lyonnaise, est confiée à la nouvelle Mission Prospective et Stratégie dAgglomération du Grand Lyon. Intitulée Millénaire 3, elle débouche sur la formulation du projet de développement de territoire « 21 priorités pour le 21ème siècle : une agglomération compétitive et rassemblée » à la fin du mandat de R. Barre et sur la mise en place du Conseil de développement du Grand Lyon au début du mandat de G. Collomb, prévue par la loi Voynet de 1999 (voir supra). Elle dépasse toutefois le seul champ de léconomie, mais permet de relier cette thématique, encore fortement cloisonnée et souvent perçue comme un problème dinitiés, aux autres domaines de laction publique et de la vie du territoire local en général. Elle permet également au président de lAgence durbanisme de concrétiser lidée née en fin de mandat précédent délaborer une politique de développement économique pour lagglomération.
La démarche du Schéma de Développement Economique (SDE) est lancée sous la forme dun diagnostic économique de lagglomération en 1997 par lAgence durbanisme. Elle privilégie le partenariat avec les acteurs issus du monde des entreprises (organismes patronaux, chefs dentreprises, experts), au gré dun comité de pilotage majoritairement constitué de structures à vocation économiques (voir infra, Section 3). Le Grand Lyon reprend cependant rapidement linitiative à son compte par lintermédiaire du vice-président chargé des questions économiques, tout en laissant le pilotage technique aux soins de lAgence. Les travaux denquêtes, de prospective, de connaissance des filières et de bilan des actions publiques débouchent fin 1999 début 2000 sur la définition des orientations prioritaires dun futur plan de développement économique territorial.
Cette politique économique est poursuivie par léquipe de G. Collomb depuis son élection en 2001 : « Le Grand Lyon fait (
) de léconomie une de ses priorités. (
) Cest la démarche [que le Grand Lyon] a suivie pour lélaboration du SDE (
) qui inspire largement ce plan de mandat ». Lénonciation de la politique économique et dinternationalisation de lagglomération figure de nouveau en ouverture du projet politique de la mandature. G. Collomb sentoure lui aussi de personnalités très au fait des enjeux économiques, tant au niveau local quau niveau national et international, et très largement reconnus et respectés par les acteurs économiques lyonnais (chefs dentreprises, organismes patronaux). Son adjoint municipal et vice-président communautaire chargé du développement économique et des relations internationales est en effet lancien conseiller du Premier Ministre pour les questions économiques ; son directeur de cabinet au Grand Lyon est quant à lui le chargé de mission qui sest occupé de conduire la démarche du SDE pour le compte de lAgence durbanisme (voir infra, Section 3).
Le nouvel exécutif opère cependant une importante réappropriation des différentes orientations stratégiques initiées sous le mandat précédent, en les rebaptisant progressivement : le Plan Technopole devient ainsi « Lyon Métropole Innovante » (LMI) en 2002, le SDE se poursuit au travers de la démarche de gouvernance économique locale « Grand Lyon lEsprit dEntreprise » (GLEE) en 2003 (voir infra, Section 3), tandis que la démarche de prospective Millénaire 3 cède la place à « Lyon 2020 » en 2004, dont le pilotage est confié à la Direction de la Prospective et de la Stratégie dAgglomération (DPSA). Les grands axes de la politique économique innovation technopolitaine, partenariat et concertation avec les grands acteurs économiques, réflexions prospectives sont ainsi intégrés au sein dune même stratégie de développement du territoire, essentiellement portée par les services économiques et de la prospective stratégique du Grand Lyon.
Le slogan de la nouvelle orientation politique du développement économique, qui vise à hisser Lyon parmi les 15 premières métropoles européennes, marque aussi une certaine rupture. « Voir loin, être proche » implique en effet à la fois un travail de réflexion stratégique et global avec les différents partenaires, notamment économiques, et un travail plus ancré dans le territoire local et plus pragmatique à leur côté (voir infra).
Extension sectorielle du domaine de la lutte économique
Depuis le début des années 1990, à mesure que le pouvoir politique local simplique toujours plus en faveur de la mise en place dune stratégie de régulation économique territoriale, lorientation de la politique économique lyonnaise révèle une globalisation et une mise en transversalité des politiques urbaines au service de lenjeu économique dominant, comme dans la quasi-totalité des métropoles européennes (Boino, 2004).
Les pouvoirs publics communautaires ne pouvant intervenir quà la marge de léconomie, cest-à-dire influencer le fonctionnement de léconomie sur le territoire local quà laide de moyens indirects, ils sont non seulement amenés à mobiliser des compétences daménagement spatial, de régénération du tissu urbain et de planification urbaine (voir infra, Section 2) ce quils font dailleurs depuis assez longtemps (voir supra, 2ème Partie) , mais également des compétences relatives à la promotion internationale, à lanimation culturelle, au tourisme et à la réalisation déquipements variés, nayant pas forcément une vocation économique directe mais pouvant contribuer à améliorer sensiblement le cadre de vie et lenvironnement général des entreprises sur le territoire.
Selon cette conception, cest la ville en elle-même, par le biais de ses attributs spécifiques, qui constitue la ressource centrale de son propre développement économique. Les différentes fonctions du territoire urbain font office de moteurs pour le développement économique local, grâce à leur mise en valeur au travers des politiques publiques, pour servir de support à la production dexternalités positives attractives vis-à-vis des agents économiques (entreprises, investisseurs, travailleurs qualifiés,etc.). Ce phénomène relatif à lévolution des politiques économiques est lune des principales caractéristiques du nouveau modèle de régulation de léconomie instauré depuis la survenue de la crise dans les années 1970. Il saccompagne également dune survalorisation des activités économiques innovantes, exigeant un fort capital de matière grise et une importante dimension technologique, et de la logique de linnovation de manière générale (voir supra, 1ère Partie, Section 1).
Dans lagglomération lyonnaise, linflexion en ce sens est donnée dès la fin des années 1980 par lélaboration du nouveau schéma directeur, qui consacre ladoption de la démarche stratégique et louverture de la sphère politique à lenjeu économique (voir infra, Section 2), ainsi que par larrivée de M. Noir à la tête de lexécutif communautaire. Celui-ci sattache en effet à faire émerger de véritables politiques dagglomération, conçues de manière transversales et complémentaires, au service du développement économique de la métropole. Laccent est ainsi mis sur le réaménagement des espaces publics centraux et la mise en valeur esthétique et environnementale de la ville (Plan Lumière, Plan Bleu, Plan Vert). Lamélioration de limage urbaine doit favoriser lattractivité économique et touristique de Lyon : cette logique est prolongée par linscription du site historique de Lyon sur la liste du patrimoine mondial de lhumanité de lUNESCO sous la mandature Barre.
La culture est également convoquée, dans sa dimension de prestige et de capacité de rayonnement, pour favoriser le développement économique et linternationalisation de Lyon. Le renforcement des grands équipements culturels existants de lagglomération sert de pilier au développement de grands événements culturels, comme les biennales ou les festivals (déménagement de la Maison de la Danse dans les anciens locaux du théâtre du 8ème, rénovation de lOpéra et du Musée des Beaux-Arts, réhabilitation de la halle Tony Garnier, etc.). Dès 1990, une campagne publicitaire ciblée sur les élites new-yorkaises vend ainsi la Biennale de la Danse de Lyon « Un siècle de danse américaine » outre-Atlantique, relayant les efforts pionniers de lADERLY dans ce domaine.
Cette volonté politique dintégrer la promotion culturelle dans la stratégie de développement économique et internationale de lagglomération lyonnaise se traduit notamment par limportance des investissements réalisés en matière déquipements culturels sous la mandature de M. Noir. Une telle convocation de la culture au service du développement économique territorial est directement imputable à linfluence des milieux économiques lyonnais auprès du pouvoir politique local (voir supra, Section 3).
Il existe une certaine stabilité des orientations stratégiques en matière de politique culturelle au fil des mandats successifs. Le renforcement du potentiel déquipements et dévènements autour du choix de la culture vivante (opéra, art contemporain, danse, musique) apparaît comme une constante stratégique des politiques de communication et de développement touristique de la municipalité lyonnaise : création du Musée dArt Contemporain et réhabilitation dune friche militaire pour accueillir les activités de création artistique (Les Subsistances) sous le mandat Barre ; festivalisation et médiatisation dune fête religieuse et traditionnelle lyonnaise (Les Illuminations du 8 décembre, devenues Festival des Lumières), lancement dun nouveau lieu de création et de diffusion dans une friche portuaire réhabilitée (la Sucrière) et dun festival de musique électronique (Les Nuits Sonores) sous la mandature de G. Collomb.
Un autre aspect est révélateur du rapprochement entre développement économique, internationalisation, culture et tourisme selon une logique de marketing urbain et dattractivité par le développement des loisirs marchands (voir infra, Section 2) : la diversification depuis les années 1980 des postes de vice-Présidents communautaires ayant un lien plus ou moins direct avec la culture et le rayonnement économique de la métropole. Au début des années 1990, il ny a quun vice-président chargé de la stratégie dagglomération et un vice-président chargé des relations économiques internationales, qui sintéressent indirectement aux questions culturelles et économiques. Sous la mandature de R. Barre, ces vice-présidences se précisent : Rayonnement international, congrès et tourisme ; Définition dune stratégie de développement dagglomération et implantation des grands équipements structurants (notamment culturels) ; Développement économique et grands projets.
Le dispositif politique est encore affiné à larrivée de G. Collomb, avec un vice-président chargé du rayonnement international de lagglomération, un autre chargé de la relation entre développement économique et rayonnement international, et une vice-présidente chargée du développement et du rayonnement des activités de création. Une politique active de renforcement de lorganisation de salons et autres manifestations relevant du tourisme daffaires est conduite parallèlement à la construction de la nouvelle salle 3 000. Lexécutif a du toutefois revoir ses ambitions à la baisse suite à limpossibilité de déplacer le complexe dexpositions Eurexpo à proximité de laéroport Saint-Exupéry et de la nouvelle ligne de tramway en projet (Leslys). Le principe politique en vigueur dans lagglomération lyonnaise est donc celui de la transversalité entre les préoccupations économiques, internationales, touristiques et culturelles (Domaine, 2002).
Suite à la loi Chevènement (voir supra), la compétence danimation culturelle et de gestion des grands équipements collectifs dagglomération sajoute en outre au panel déjà très large des prérogatives légales communautaires. Au début des années 2000, la culture, jusque là domaine réservé des municipalités, entre ainsi de plein pied dans la stratégie politique globalisante du Grand Lyon au service du développement économique et international de la métropole. La culture, notamment dans sa dimension économique dactivité événementielle, de création et dinnovation, sinscrit non seulement tel un pivot de la politique dinternationalisation et de marketing urbain, mais surtout comme un relais de la politique technopolitaine jusquici principalement centrée sur le secteur industriel. Elle constitue également un pont facile à franchir entre les activités économiques à forte capacité dinnovation et de rayonnement, et les activités touristiques au sens large (congrès, salons, mise en valeur et animation du patrimoine local), qui font aussi une entrée remarquée dans la stratégie de développement économique lyonnaise.
Le mandat de G. Collomb marque ainsi le passage dun cran supplémentaire dans la stratégie dinstrumentalisation des différents champs daction publique locale au service du développement économique. Il sagit désormais dune logique dintégration dune partie de la culture dans la politique de développement économique et le système productif local, et non plus seulement dutilisation de la culture à des fins de marketing territorial. Certains pans de la création culturelle et artistique lyonnaise sont en effet hissés au rang de véritable filière dactivités et dexcellence à promouvoir aux côtés des biotechnologies ou des activités chimiques. Cest notamment le cas du textile habillement et de la bijouterie à travers la nouvelle politique Lyon Vision Mode, et des loisirs marchands multimédia, intégrés dans le portefeuille local de spécialités économiques appuyées par laction de la DAEI.
Ce phénomène est cependant loin dêtre exceptionnel et propre à Lyon. On le retrouve en effet dans les politiques urbaines de la plupart des métropoles européennes, qui tentent avec plus ou moins de succès de revitaliser leurs anciens quartiers industriels ou portuaires, et leur base économique locale de façon plus générale, en sappuyant sur le développement et la promotion des filières numériques, multimédias ou de la mode (Marseille et Lille en France, Anvers en Belgique, etc.). Ce choix politique de promouvoir des industries culturelles « high-tech », ancrées dans le territoire local sous la forme de districts culturels, traduit lengouement des gouvernements urbains pour le développement de nouvelles activités économiques à forte teneur technologique et dinnovation, considérées comme motrices dans la production de richesses sur le territoire (Boino, 2004).
Lune des trois « fonctions leviers » du développement de la métropole, identifiées dans le plan de mandat communautaire de G. Collomb en 2001, inspirées par le projet dagglomération « 21 priorités pour le 21ème siècle » établi sous la mandature de R. Barre, affirme la nécessité de « valoriser la culture et la créativité comme vecteurs dactions économiques ». Le rôle de la DPSA dans limbrication des politiques culturelle, touristique et de développement économique du Grand Lyon est prégnant et déterminant. La nouvelle démarche de prospective « Lyon 2020 », initiée en 2003 autour du rassemblement de plus de 200 acteurs de l'entreprise, de la culture, de la recherche, de l'université et du monde associatif, pousse ainsi encore la politique urbaine et économique lyonnaise dans cette direction (Millénaire 3, 2002 ; Algoé Consultants, 2004).
Conclusion de Chapitre
Depuis le début des années 1980, la thématique économique ne cesse de monter en puissance au sein de lagenda politique de lagglomération lyonnaise. Elle est saisie par les autorités politiques municipales, mais aussi par les pouvoirs publics communautaires à partir de la fin des années 1980. Les motivations qui expliquent cette prise en main de la régulation économique par les autorités politiques locales sont nombreuses : contexte de crise, suppression demplois, mutation de la base productive lyonnaise caractérisée par une importante désindustrialisation du tissu économique qui nest quen partie seulement compensée par le développement des activités tertiaires, légitimité institutionnelle conférée par les transferts de compétences de lEtat, mais aussi ambition politique de certains dirigeants locaux comme M. Noir.
Plus largement, cet engouement progressif de la classe politique lyonnaise pour limpératif économique correspond également à une volonté stratégique daffirmer le pouvoir du niveau communautaire et son rôle en matière de développement économique par rapport aux autres échelons de collectivité locale que sont les communes, le département et la région. Léchelon intercommunal pâtit en effet de son statut détablissement public, dénué de la légitimité démocratique directe : il compense donc en partie cette faiblesse relative en semparant de nouveaux champs dintervention publique considérés comme stratégiques et primordiaux pour le développement du territoire.
La saisine de linjonction à la compétitivité territoriale et à lintégration des logiques de concurrence entre les grandes métropoles européennes par les pouvoirs publics communautaires de lagglomération lyonnaise favorise en outre la soumission de lensemble des politiques urbaines locales à lenjeu global du développement économique. Cette intégration fonctionnelle des différents domaines daction publique au service de la régulation économique territoriale permet notamment de contourner le manque de compétences et de savoir-faire économiques spécifiques de lorganisme intercommunal (voir infra, Section 2).
La difficulté de mettre en place une véritable capacité dintervention au sein du Grand Lyon malgré la reconnaissance légale du rôle de lintercommunalité en matière de développement économique local constitue en effet lune des particularités de lémergence de la politique lyonnaise de régulation économique territoriale.
III - Montée en puissance de la compétence économique dans lorganigramme communautaire
Les évolutions rapides de lorganigramme communautaire à partir des années 1980 sont également révélatrices dun mouvement politique de fond impulsé par léquipe de F. Collomb et amplifié sous le mandat de M. Noir, qui vise à consolider la capacité dintervention du niveau intercommunal dans le champ de léconomie, face au volontarisme de certaines communes et à la domination des structures patronales sur la définition de la politique économique au sein de lADERLY (voir infra, Section 3). Elles sont donc indissociables des efforts daffichage et des effets dannonce réalisés au même moment par les élus en charge des questions de développement pour renforcer la crédibilité et la légitimité du Grand Lyon dans le champ de la régulation économique territoriale, malgré labsence de compétence officielle en la matière.
Un phénomène analogue est observé par la suite : parallèlement à la mise en avant de lenjeu économique et de limpératif de la compétitivité territoriale au sein des agendas politiques locaux successifs, le niveau intercommunal intègre la compétence dintervention économique au cur de ses services. Le sésame légal conféré par la loi ATR et la consolidation de la légitimité institutionnelle de lorganisme communautaire accompagnent ce renforcement des équipes techniques chargées de gérer les questions de développement économique dans lagglomération au cours des années 1990 et 2000. Ils permettent aux services économiques du Grand Lyon de sétoffer et de diversifier leurs prérogatives daction, entre aménagement du territoire au service de léconomie et acculturation aux approches stratégiques.
La mise en place de la TPU dans lagglomération et la conduite de réflexions sur la définition de lintérêt économique communautaire ouvrent enfin une nouvelle phase de domination politique pour les services économiques du Grand Lyon. Ceux-ci ancrent en effet leur action de développement dans le territoire local, alors quils tentent de jouer le premier rôle dans le système dacteurs de la régulation économique territoriale en sappropriant la maîtrise de la poursuite de lintérêt des entreprises.
1- Une difficile saisine technique de la problématique économique dans les années 1980
Un service de lactivité économique apparaît dans lorganigramme de la COURLY dès 1983. Il est chargé de la gestion des marchés publics et du suivi des opérations concédées, mais dépend des services administratifs et non des services techniques comme cest le cas pour laménagement urbain, les opérations immobilières, lurbanisme et le foncier, organisés par secteur géographique. Il ne gère donc pas directement les questions de régulation économique, conformément à labsence de compétence communautaire en la matière. La Décentralisation ne modifie pas vraiment les attributions et compétences de lorganisme communautaire, définies par la loi de 1966 et maintenues en létat dans les grandes lignes par les élus (Biarez, Kukawka, 1986). Elle consacre cependant le renforcement des compétences intercommunales en matière durbanisme, daménagement spatial et de planification urbaine (voir infra, Section 2).
En 1984, une réorganisation générale des services communautaires acte la décentralisation administrative et marque institutionnellement louverture de la sphère politique aux enjeux du développement local, caractérisant le second mandat de F. Collomb (voir supra). Les départements du Développement urbain et de la Planification urbaine sont ainsi créés. Le premier, remanié à plusieurs reprises, englobe les compétences durbanisme et daménagement opérationnels, les Centres dEtudes et de Données urbaines, le service Domaine Public et Environnement urbain, ainsi que deux services aux intitulés relativement flous mais aux contenus assez complémentaires : Activités dagglomération et Activités économiques et Concessions.
Paradoxalement, les questions relatives au développement économique sont gérées par le service des Activités dagglomération, qui dénote certes de la prégnance de la préoccupation intercommunale, mais ne renvoie pas de façon explicite à lidée daction économique, comme cest le cas du service Activités économiques et Concessions. Ce dernier soccupe de la gestion administrative et financière des opérations daménagement urbain et des services publics locaux concédés à des acteurs privés, tandis que le service des Activités dagglomération se charge des relations avec les organismes extérieurs liés à la COURLY (Agence durbanisme et ADERLY notamment). Il gère aussi les actions de promotion et de commercialisation, les opérations expérimentales (Gerland, Quai A. Lignon) et les transports publics.
Face aux enjeux de mise en cohérence globale des actions urbanistiques touchant à la fois les questions relatives au logement, aux activités économiques et à la qualité des espaces publics, qui émergent notamment avec lopération de requalification urbaine de Gerland (voir infra, section 2), le service Activités économiques est de nouveau réorganisé en 1989. Il se voit assigner la responsabilité de la mise en uvre dune politique urbaine globale pour lagglomération, concrétisée par la création de nouvelles fonctions thématiques parmi lesquelles figure léconomie, confiée à une « cellule » ad hoc (étude des marchés, recherche de produits nouveaux et contacts avec les investisseurs). Les services Aménagement urbain et Opérations durbanisme (ZAC et lotissements) du Département Développement récupèrent quant à eux la gestion du partenariat public/privé (voir infra, Section 2).
Cette répartition relativement confuse reflète bien la difficulté de définir un mode dorganisation interne approprié pour la prise en compte de lenjeu économique par lorganisme communautaire, en labsence de compétence officielle en la matière. Le niveau intercommunal reste ainsi dépendant des initiatives des acteurs privés comme de laction municipale, et donc très limité dans ses possibilités de saisine technique des problèmes de développement économique. Seules les nombreuses opérations durbanisme lancées dans lagglomération, dont une partie concernent les activités économiques, permettent à la COURLY dagir de façon indirecte dans le domaine de léconomie (voir infra, Section 2).
2- Anticipation dune compétence attendue (1989-1991)
Laction économique des services de la COURLY est très indirecte dans les années 1980 et sinscrit en complémentarité des actions de promotion territoriale, de développement technopolitain et dinternationalisation de lADERLY (voir infra, Section 3). Elle passe essentiellement par lamélioration du savoir-faire des services communautaires dans le domaine de laménagement spatial et de lurbanisme opérationnel (voir infra, Section 2). Lorganisation progressive des services techniques communautaires dans le domaine du développement économique local à partir de 1989 permet cependant aux exécutifs successifs de la COURLY de construire une compétence économique spécifique en interne, parallèlement à la construction du projet politique.
Une Cellule Economie est en effet instituée en 1989 au sein du service des Activités économiques (Département du Développement). Cette création dénote un nouveau volontarisme au sein de lorganisme communautaire en matière dintervention économique, directement lié à larrivée de léquipe de M. Noir à la tête de lexécutif (voir supra). Elle est placée sous la responsabilité des vice-présidents à lurbanisme et aux activités économiques.
Sa mission est de mettre en uvre les objectifs de développement économique définis pour lagglomération, malgré labsence de compétence légale de la COURLY en ce domaine. Cette mission économique exercée sans légitimité institutionnelle passe donc essentiellement par une meilleure connaissance du système productif local (recensement des bases de données existantes et listage des principaux secteurs dactivités représentés sur le territoire), capable de renforcer la capacité dexpertise économique des services communautaires. Elle participe également à plusieurs groupes de réflexion, constitués pour examiner les conditions de mise en place dobservatoires et de dispositifs détudes particuliers, en lien avec le monde des entreprises (conjoncture économique, marché immobilier, tableau bord des filières dactivités locales).
En 1990, la Cellule Economie devient la Mission Développement économique (MDE), au gré de la réorganisation du département de Développement urbain destinée à adapter la technostructure communautaire aux nouvelles orientations politiques stratégiques du mandat Noir, fondées sur lengagement de grands projets structurants et le développement dune logique plus pragmatique de mission pour leur mise en uvre (voir infra, Section 2). Elle participe dès lors au groupe de travail chargé délaborer un Schéma Directeur dUrbanisme Commercial (SDUC) et de préparer la 5ème enquête ménages aux côtés de la CCIL, de la Chambre des Métiers et de lAGURCO, sinsérant un peu plus profondément dans le système dacteurs local de la régulation économique.
Elle simplique également dans le volet opérationnel du relogement des entreprises chassées par les grands projets daménagement ou durbanisme et poursuit le développement de son expertise technique et économique sur les projets durbanisme (réalisation des études de faisabilité économique en amont des opérations durbanisme lancées dans lagglomération, y compris sur les questions relatives au commerce, notamment dans les quartiers en DSU). Elle se penche de façon plus globale sur la mise en cohérence des actions de la COURLY, au nom de limpératif stratégique du développement économique de la métropole.
La MDE participe enfin aux travaux de la RUL comme représentant de la COURLY sur les questions économiques à partir de 1990, au sein des groupes de travail Parcs dAffaires, Observatoire Economique, Plateforme Logistique et Stratégie Economique. Elle occupe ainsi toujours plus despace dans le système dacteurs local du développement économique, à mesure quelle clarifie ses domaines dintervention (urbanisme économique et urbanisme commercial), identifie ses priorités dactions (analyse et amélioration de loffre de sites daccueil de lagglomération, prise en charge de la réflexion sur le maintien et le développement des activités économiques en milieu urbain dans le cadre de la révision du POS) et met en place les outils nécessaires à la définition des orientations stratégiques de la politique communautaire (observatoires de limmobilier dentreprises et du commerce, fichiers des terrains industriels).
Si le volet « accueil des entreprises » est encore largement géré par lADERLY au tournant des années 1990 (voir infra, Section 3), la nouvelle cellule communautaire dédiée aux questions économiques se met en relation étroite avec les techniciens de lassociation pour sinsérer dans la conduite de la politique daction et participer directement aux contacts avec les entreprises à la recherche dun site dimplantation. Elle offre son assistance dans la proposition de sites aux sociétés candidates dans lagglomération et la recherche de nouveaux lieux dimplantation potentiels. Elle se lance en effet dans des travaux préparatoires concrets pour la définition dune offre de sites dactivités dans lagglomération lyonnaise, directement portée par les services communautaires : diagnostic, prospective, propositions de création dune offre nouvelle en termes de capacité, de différenciation, de qualification, de répartition géographique des sites, mais aussi de services aux entreprises, denvironnement et de qualité des sites.
La MDE intervient donc au début des années 1990 dans un large domaine économique tertiaire, industriel et commercial, en lien direct avec les questions durbanisme en raison de lambiguïté de son existence, non légitimée par une compétence daction officielle de lEPCI dans le champ de léconomie. Elle fait autant office dobservatoire et de lieu de construction dune première expertise économique au sein de lappareil communautaire, que de service durbanisme et détudes produisant des diagnostics et des propositions pour la préparation du volet économique des opérations daménagement et des documents de planification. Elle se positionne également de plus en plus comme une structure daccueil, dorientation et de conseil pour faciliter limplantation des entreprises dans lagglomération.
Elle tend ainsi à empiéter sur les compétences et missions daccueil et de proposition de sites dimplantation aux entreprises dévolues à lADERLY, mais aussi sur certaines tâches assurées jusqualors par lAGURCO (expertise, observatoire, réflexions croisées avec la problématique de la planification territoriale), voire même par certains services de la COURLY (urbanisme opérationnel, aménagement). A partir de 1992, son existence est enfin officiellement légitimée par la nouvelle compétence de développement économique attribuée par la loi ATR : elle peut dès lors prendre en charge directement la fonction daccueil des entreprises en lieu et place de lADERLY et se charger de la réalisation et de la mise en valeur de loffre de sites dimplantation sur le territoire.
Jusquà 1998, la MDE du Grand Lyon gère ainsi loffre de sites daccueil pour les entreprises de lagglomération (observatoire immobilier et foncier, industriel et tertiaire, développement du potentiel doffres aménagées publiques en ZAC et réhabilitation des ZI de première génération), ainsi que linstruction des implantations commerciales dans le cadre du SDUC. Elle contribue activement à lélaboration et à la mise en uvre du volet économique des documents durbanisme (POS, SD), et gère la maîtrise douvrage des projets urbains et des opérations durbanisme à vocation économique (voir infra, Section 2).
3- Le temps de lofficialisation (1992-1998)
En donnant la compétence de développement économique au Grand Lyon en 1992, la Loi ATR ouvre une nouvelle ère de pouvoir au niveau intercommunal dans lagglomération lyonnaise, non seulement politique (voir supra) mais également technocratique et fonctionnel. Les années 1990 sont en effet marquées au sein de lorganigramme communautaire par la montée en puissance rapide dune nouvelle direction technique chargé des questions économiques et internationales, dont les missions et les effectifs ne cessent de croître au fil du temps.
La parenthèse SODERLY
La première mesure de mise en application de la nouvelle compétence économique au sein du Grand Lyon est toutefois, paradoxalement, la création dune nouvelle entité extérieure aux services communautaires, en collaboration avec des sociétés financières privés et la CCIL : la Société de Développement Economique de la Région Lyonnaise (SODERLY). Cette société anonyme déconomie mixte locale (SAEML) a pour objet de « mener toutes actions daménagement et de construction en vue de la réalisation, sur le territoire de la COURLY, de projets concourrant au développement des fonctions supérieures de lagglomération lyonnaise, dans le cadre des compétences des collectivités locales actionnaires ».
Concrètement, la SODERLY assure une mission essentiellement financière, de portage foncier et immobilier des implantations détablissements ou dentreprises jugés stratégiques dun point de vue économique, pour le compte de la COURLY et dans la continuité des actions de prospection et de promotion territoriale de lADERLY. Ses actionnaires sont le Conseil régional Rhône-Alpes, le CGR, la COURLY, la CCIL, la Société Lyonnaise de Banque, le Crédit Lyonnais Développement économique et la Société Dumez Immobilier investissement (DUMINVEST groupe Lyonnaise des Eaux). Elle est présidée par J. Moulinier, vice-président communautaire chargé des implantations tertiaires et administratives ; J. Chemain et R. Maury représentent la CCIL et lADERLY au conseil dadministration. Elle est hébergée dans les locaux de lADERLY situés au sein de la CCIL et bénéficie des moyens humains et techniques de ces deux structures (voir infra, Section 3).
Initialement créée pour faciliter laccueil dEuronews dans lagglomération, elle sempare également des dossiers du maintien / décentralisation de lInstitut Pasteur et de limplantation de la Compagnie des Signaux Technique Informatique à Lyon en 1995, souhaitées à Gerland ou à proximité pour enrichir le technopôle autour de lENS. Elle permet ainsi de prolonger les actions de développement des fonctions supérieures de recherche et des activités technologiques dans lagglomération, initiées au milieu des années 1980 par lADERLY dans le cadre du Plan dActions Technopole et de la politique dinternationalisation de la métropole. Elle nexerce ainsi ses missions que pour des travaux structurants dun point de vue économique sur le périmètre communautaire, sans toutefois concurrencer les opérateurs publics ou privés intervenant dans les parcs daffaires, les zones dactivités et les zones industrielles de lagglomération.
Cependant, son capital savère insuffisant pour couvrir les investissements fonciers et immobiliers nécessaires aux ambitions de ses créateurs. De plus, un recours judiciaire de lopposition contre les délibérations régionales et communautaires bloque la signature du bail entre la SODERLY et Euronews dès 1992, sappuyant sur le fait que le Grand Lyon ne peut pas signer de bail avec des entreprises puisquil na pas officiellement la compétence économique. Les statuts de la SODERLY stipulent en effet quelle ne peut intervenir que sur les champs de compétences avérés des collectivités actionnaires. Or, aucune délibération du conseil communautaire nofficialise cette compétence, ce qui va poser dautres problèmes, notamment dans la négociation de la répartition des tâches entre la DAEI et les municipalités membres du Grand Lyon au début des années 2000 (voir infra).
Le territoire couvert par laction de la SODERLY, trop restreint pour la Région et le CGR, pose également problème, tout comme le caractère trop « affairiste » de son Conseil dadministration, mêlant représentants des pouvoirs publics et sociétés financières privées. En outre, Le Grand Lyon jouit désormais dune plus grande lisibilité et de nouveaux moyens daction plus directs, grâce au développement des services économiques en interne. Elle disparaît donc en 1997, après quelques réflexions sur les possibilités de fusion absorption de ses missions de développement et dingénierie de projet par la SERL, dans le cadre du projet de restructuration des SEM daménagement de la COURLY.
La Direction des Affaires Economiques et Internationales
Lautre action significative de mise en application de la loi ATR est en effet la création de la Direction des Affaires Economiques et Internationales (DAEI) du Grand Lyon en 1993. Ce nouveau service économique concrétise de façon beaucoup plus visible et technocratique que la SODERLY la légitimité institutionnelle communautaire à intervenir de façon officielle et plus directe dans le champ de léconomie sur le territoire.
Tantôt complémentaire, tantôt concurrente de la MDE et de lADERLY, elle est chargée de soccuper de lapproche stratégique de la politique économique communautaire, de la définition des appuis à apporter aux entreprises existantes, des politiques de filières, de la réflexion sur lurbanisme commercial, de la coordination des actions avec les autres organismes impliqués dans le développement économique local (AGURCO, CCIL, ADERLY) et de la sensibilisation des services communautaires aux besoins et contraintes des entreprises.
La DAEI fait partie des services opérationnels du Grand Lyon, qui regroupent les différentes missions techniques de laménagement et de la gestion du territoire communautaire. La professionnalisation du fonctionnement de la nouvelle direction, majoritairement constituée de techniciens formés aux logiques du management et du développement stratégique, est cependant destinée à favoriser lefficacité économique de ses interventions, qui visent lattraction, le développement et limplantation des entreprises sur le territoire (voir infra, Section 2). Des objectifs de qualité, didentification et de différenciation sectorielle ou géographique des projets motivent également cette démarche dencadrement de laction communautaire en faveur du développement économique.
La DAEI se charge de faire se rencontrer loffre de sites daccueil de lagglomération et les demandes des entreprises porteuses de projets, empiétant sur les prérogatives de la MDE, ainsi que sur celles de lADERLY (voir infra, Section 3). Elle sempare également de laccompagnement et laccueil des nouvelles installations détablissements dans lagglomération, sinscrivant dans un rapport ambigu de complémentarité concurrentielle avec lassociation pour le développement économique : il devient de plus en plus difficile dattribuer la réussite dune implantation à lune ou lautre des structures, que chacune revendique dans son bilan dactivités.
Elle se saisit enfin de la problématique industrielle et environnementale, en élaborant une Charte dimplantation dinstallations classées et en sengageant dans la réalisation dune Eco-ZI localisée sur le site à vocation économique de Porte des Alpes (voir infra, Section 2), en collaboration avec la DRIRE, la CCIL et le GIL. Plus largement, La DAEI investit lensemble du champ de la concertation avec les acteurs économiques (syndicats professionnels, artisanat et PME/PMI, grandes entreprises de service public, CCIL, ADERLY) et du dialogue avec les entreprises, empiétant progressivement sur les missions et rôles dévolus aux organismes économiques locaux au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale (voir infra, Section 3).
En 1995, la DAEI organise la mission daccueil des projets des entreprises autour de deux ébauches de services : Entreprises et Projets. Elle change de direction en 1996, mais poursuit les mêmes missions. En 1997, lorganisation interne est encore modifiée pour sadapter aux nouvelles orientations politiques et stratégiques données à laction économique communautaire par la mandature de R. Barre (voir supra). Elle senrichit notamment dun nouveau service chargé du marketing territorial, tandis que le service des projets opérationnels se voit confier la gestion du nouveau Plan Technopole, qui occasionne le développement dactions en faveur de linnovation et des filières technologiques. Elle développe également les fonctions détudes (études des besoins des entreprises et analyse de marchés, identification des filières dactivités et des fonctions économiques) et de coordination / concertation.
Le rôle de la DAEI se trouve ainsi considérablement renforcé à la fin des années 1990 : accueil et accompagnement des projets des entreprises, aide à la décision pour lexécutif politique (information économique et veille conjoncturelle et structurelle, renseignement sur les entreprises de lagglomération, évaluation de la politique économique et définition de la stratégie dagglomération). Elle escamote toujours plus le rôle de lADERLY, qui ne devient quune simple agence de promotion territoriale et de prospection agissant essentiellement à lextérieur de lagglomération, et nayant quune mission subalterne de sous-traitance par rapport aux services économiques communautaires (voir infra, Section 3). Si la DAEI est censée organiser les relations entre lorganisme communautaire et lADERLY (Côté cour, côté jardin, 1996), elle agit dans les faits plutôt dans le sens dune substitution de ses services à ceux de lassociation de développement économique local.
Le volet opérationnel des projets couvre aussi un large panel dactions prises en charge par la DAEI, par filières et fonctions prioritaires (activités technopolitaines et sites stratégiques) ou de façon plus thématique (créations et villages dentreprises, emplois de proximité, équipements structurants). Elle assure plus globalement la mise en lisibilité du potentiel de localisation disponible pour les firmes sur le territoire, en replaçant les différents projets urbains stratégiques au service du développement économique et en veillant à la prise en compte des besoins des entreprises dans les opérations daménagement et durbanisme de lagglomération.
4- La consécration des services économiques communautaires (depuis 1999)
La période récente correspond à une phase de consolidation de limplication des services économiques communautaires dans la régulation économique territoriale. La DAEI élargit son spectre dactions, tant sur le plan stratégique que sur le plan territorial. La réforme de la taxe professionnelle et la reconnaissance institutionnelle de la compétence du Grand Lyon dans le domaine du développement économique lui permettent daffirmer sa place prédominante vis-à-vis de ses partenaires traditionnels que sont les communes et les organismes à vocation économique de lagglomération. Cette tentation hégémonique est notamment organisée par le biais de la mise en place dun nouveau découpage du territoire communautaire, offrant un cadre nouveau pour la conduite de la politique économique.
Renforcement de la capacité daction et tentatives territoriales de la DAEI
La deuxième moitié de la mandature de R. Barre est marquée par une nouvelle réorganisation de la DAEI, consécutivement à la montée en puissance de la politique économique communautaire (Plan Technopole, SDE, Millénaire 3) et à larrivée de nouveaux responsables de services. A cette occasion, la MDE est absorbée par la DAEI, qui regroupe désormais en son sein lensemble des services communautaires en charge des questions économiques. Les années 2000 souvrent ainsi sur la consécration du service de développement économique du Grand Lyon au sein de lorganigramme communautaire, qui accompagne la priorité, voire la primauté conférée à lenjeu stratégique de la régulation économique territoriale par les deux derniers exécutifs politiques.
Cette période est en effet dominée, du point de vue des questions économiques, par la dimension internationale, linnovation et les activités technologiques avec la relance du Plan Technopole, ainsi que par les démarches stratégiques et managériales de prospective (voir le rôle de la Mission Prospective et Stratégie dagglomération dans la démarche Millénaire 3). Les actions de la DAEI, comme son organisation, reflètent alors logiquement ces orientations : études de stratégie et de positionnement, veille et prospective économiques, bench-marking, accent mis sur les filières et les pôles de compétences, etc.
La DAEI est regroupée avec la Direction des Affaires Foncières (DAF) au sein de la nouvelle Délégation Générale au Développement Economique et International (DGDEI). Sa relation hiérarchique avec la présidence du Grand Lyon est plus directe quauparavant, afin doptimiser la réactivité opérationnelle des services et lefficacité économique de ses actions. Les compétences économiques spécifiques des personnels de la DAEI sont encore renforcées, grâce au recrutement de nouveaux techniciens issus des filières économique, du management et du monde de lentreprise. Léquipe compte ainsi moins de 10 personnes jusquà 1998, mais plus dune vingtaine de personnes à partir de 1999, 27 en 2000, et près de 40 fin 2003.
Elle est organisée de façon matricielle, dabord selon 5 missions principales jusquà 2001 : animation territoriale, technopôle, filières et pôles dexcellence, implantation et accompagnement, développement et communication. Les fonctions de veille, de prospective, détudes, dévaluation et de financement sont conduites de façon plus ou moins transversale (DAEI, 2001). Entre 1998 et 2001, la DAEI voit donc ses préoccupations en matière de stratégie économique et de logiques de filières fortement augmenter, avant que ces logiques daction très immatérielles, à la marge du champ de compétences et des savoir-faire techniques du Grand Lyon, ne connaissent un certain repli après larrivée de léquipe politique de G. Collomb, du moins ne soient réinsérées dans un dispositif dintervention économique plus territorialisé et plus proche des prérogatives daction de la collectivité.
Le changement de mandature entraîne en effet un nouveau remaniement de lorganigramme de la DAEI en 2002. Lorganisation matricielle est cependant conservée, mais sous la forme de trois pôles thématiques placés sous la responsabilité danimateurs. La logique transversale est également réaffirmée et renforcée, au gré dun dispositif alliant les démarches « schémas », « transversalité » et « mode projet », centrées sur la logique du développement local (voir infra, Section 2).
Le Pôle Innovation est chargé de lapproche par filières dactivités (Bio-Santé, Numérique et Mode-Création), des relations internationales, des actions en faveur de la création dentreprise et des dynamiques dinnovation à travers la réalisation de schémas thématiques de développement économique. Le Pôle Développement local soccupe de lanimation territoriale économique et technopolitaine, de la requalification des zones industrielles, de la veille économique et des relations avec les plus grandes firmes de la métropole, selon une approche de laction centrée sur la transversalité des actions avec les deux autres pôles. Le Pôle Implantation gère lurbanisme commercial et les loisirs marchands, loffre foncière et immobilière et les salons ou autres dispositifs de communication économique (événements médiatiques, site Internet, etc.).
Cependant, deux postes de chargés de mission « animation territoriale » sont créés au sein de la DAEI en 1999. Ils marquent un tournant dans la conception de laction économique du Grand Lyon, jusque là fortement centralisée et peu territorialisée. Leur rôle est dassurer linterface entre les services communautaires et les acteurs du développement économique présent sur le territoire (communes, entreprises, représentants de la CCIL, associations, etc.). Une démarche analogue est mise en place pour gérer le Plan Technopole au plus près du terrain, concrétisée par le recrutement danimateurs sur les sites technopolitains de Gerland, la Doua et Vaulx-en-Velin (voir infra, Section 2).
Cette territorialisation progressive de lintervention économique amorcée par la DAEI participe dune double dynamique qui vise dune part à rapprocher les services communautaires des entreprises, et dautre part à mieux occuper le terrain au niveau local, notamment en lieu et place des services économiques des communes membres et de la CCIL (voir infra, Section 3). Les premiers ont en effet développé depuis les années 1980 de nombreuses initiatives en faveur du développement économique sur leur territoire municipal, qui concurrencent, doublent ou masquent parfois les interventions communautaires. Les communes sont notamment actives en matière danimation et de promotion économique locale, de soutien aux projets de création ou de développement dentreprises, de gestion du marché immobilier dentreprises et des zones dactivités, de commerce de proximité et dartisanat. Les élus municipaux sont également jaloux des relations souvent étroites et directes quils entretiennent avec les chefs dentreprise et le tissu économique local.
Ainsi, la volonté des responsables du Grand Lyon et de la DAEI dasseoir une action de plus en plus globale et transversale en matière économique se heurte à un problème de légitimité et de concurrence institutionnelle préoccupant, essentiellement vis-à-vis des services économiques municipaux et des élus locaux. En effet, la compétence de développement économique conférée par la loi ATR na pas été actée par un vote officiel du conseil communautaire en 1992, plaçant les interventions communautaires dans une situation de flou juridique problématique, particulièrement vis-à-vis de la légitimité institutionnelle de laction déployée par les communes. La relance de lintercommunalité à travers linstauration de la TPU et lattribution de nouvelles compétences à la Communauté urbaine, promue par la loi Chevènement de 1999 (voir supra), aggrave encore le dilemme, obligeant lorganisme communautaire à revoir ses statuts et la répartition des compétences entre le niveau intercommunal et les municipalités.
Instauration de la TPU et redéfinition de lintérêt économique communautaire
Une première commission spéciale est mise en place fin 1999 par le Grand Lyon afin détudier les conditions dapplication de la TPU et dexercice des compétences à léchelle intercommunale. Sa mission est de proposer pour fin 2000 des modalités pratiques dorganisation de cette réforme dans lagglomération. Le problème de la TPU est ainsi réglé assez rapidement, selon un calendrier de mise en uvre sétalant jusquà 2008 et une organisation de la péréquation financière entre les municipalités définie sous la forme dune dotation de solidarité communautaire, allouée par le Grand Lyon à chaque commune en fonction de sa contribution à laccueil des activités économiques. Elle consiste essentiellement à reverser aux communes une subvention proportionnelle au montant de taxe professionnelle que son territoire recèle.
En revanche, le changement de mandature en 2001 suspend momentanément les réflexions concernant la question des nouvelles compétences et la clarification des compétences déjà exercées. Cependant, si la mise en place de la TPU confère au Grand Lyon une nouvelle légitimité dintervention dans le champ économique, elle le contraint aussi à préciser larticulation des actions communautaires avec celles des communes membres. Une nouvelle commission spéciale est donc créée début 2002, chargée de poursuivre les travaux engagés lors du mandat précédent. Son premier objectif est dactualiser les compétences déjà exercées par le Grand Lyon, notamment en matière de développement économique, afin de permettre la sécurisation juridique des actions développées durant le plan de mandat 2001-2007 au regard du cadre légal.
Elle est ainsi amenée à prendre en considération le principe de spécialité, lié au statut particulier des EPCI qui ne bénéficient que dune compétence dattribution contrairement aux collectivités territoriales qui disposent dune compétence générale. Cela signifie concrètement que le Grand Lyon ne peut régler par ses délibérations que les affaires qui sont officiellement de sa compétence, cest-à-dire celles qui lui sont expressément confiées par les municipalités membres, et non toute question dintérêt public local comme cest le cas pour les communes. La commission spéciale est également amenée à se pencher sut le principe dexclusivité, qui régit la répartition des compétences entre les différents niveaux dinstitutions publiques. Il induit que toute compétence ou partie de compétence transférée à lorganisme communautaire ne peut plus être exercée par les municipalités sur le périmètre considéré.
Certaines compétences peuvent en effet être partagées entre le niveau communal et le niveau intercommunal, à condition que soit clairement définie la ligne de partage permettant la répartition des tâches entre les deux niveaux institutionnels. Cette définition du mode de partition de la compétence est permise par la notion dintérêt communautaire, qui renvoie à léchelle territoriale pertinente de gestion dune problématique dintervention particulière, correspondant dans le cas lyonnais à celle de lagglomération, cest-à-dire au périmètre institutionnel du Grand Lyon. La détermination de lintérêt communautaire pour chaque domaine dactivités partagées, dont font partie les actions de développement économique, est réglée par un vote du conseil communautaire puis un arrêté préfectoral, et non par un simple transfert de compétences de la part des communes. Elle suppose au préalable que soit réalisé un méticuleux travail dinventaire des interventions engagées conjointement par lorganisme communautaire et les municipalités en matière de développement économique, afin de lever les incertitudes et les difficultés juridiques quant à la répartition des rôles et des missions.
Un audit est donc commandé au Cabinet de consultants privé KPMG fin 2002 (KPMG, 2003). Il doit permettre de remédier dun point de vue légal à lambiguïté historique concernant la légitimité de lexercice de la compétence économique par le Grand Lyon, de préciser les contours relativement flous de ce domaine daction et de valider juridiquement les versements financiers réalisés par le Grand Lyon à ses différents partenaires dans la cadre de lexercice de cette compétence. Létude est réalisée sous la forme dune enquête auprès des communes de lagglomération, visant à recueillir leur avis sur le niveau pertinent et le mode de relation souhaité avec les services du Grand Lyon pour chaque type dactions de développement économique.
Les réponses fournies par les communes expriment une certaine contradiction : celles-ci souhaitent en effet maîtriser lintervention économique sur leur territoire et continuer dorienter les politiques daménagement, mais également renforcer le rôle du Grand Lyon en lui confiant lexercice de tâches nouvelles et la prise en charge financière de nombreuses actions (KPMG, 2003). Elles souhaitent aussi être fortement impliquées et associées aux interventions communautaires, par le biais dune concertation étroite entre lorganisme intercommunal et le niveau local. Toute nouvelle organisation doit ainsi nécessairement reposer sur un positionnement très clair des services du Grand Lyon sur les compétences communautaires abandonnées par les communes, et sur une organisation collective qui renforce les liens entre le Grand Lyon et les élus locaux pour lexercice de la politique économique de lagglomération.
Sur cette base, laudit préconise que léchelon communal prenne en charge les politiques en faveur de lemploi et de linsertion, le commerce de proximité et de laccueil et lorientation des chefs dentreprises ou porteurs de projets. Un rôle significatif dans la définition des politiques daménagement, dans la proposition dactions économiques spécifiques et dans la relation avec les entreprises est en outre dévolu aux élus locaux. Léchelle communautaire est en revanche considérée comme mieux adaptée pour gérer limmobilier dentreprises, les zones dactivité, les politiques de filières, la politique technopolitaine, la création dentreprise, lanimation du tissu économique et la promotion économique.
Pour les autres domaines dintervention économique, le niveau pertinent dépend de la nature et de lampleur de laction ou de la taille des entreprises concernées. Le Grand Lyon est ainsi appelé à se positionner sur un certain nombre dactions territoriales liées au développement économique :
lemploi de la main duvre locale à travers la politique de filières,
lamélioration de la mobilité et de la formation des demandeurs demplois de lagglomération,
laccompagnement des grandes entreprises dans leurs projets de développement et des territoires industriels en reconversion,
laide aux montages de projet et de financement lors des créations dentreprises,
les modalités de prise en compte des ambitions municipales de développement des zones dactivité (signalétique, éclairage public et espaces verts notamment),
lorganisation dévénements, de salons professionnels et autres forums économiques de grande ampleur permettant de promouvoir les entreprises et activités locales.
Afin de favoriser la collaboration entre les communes et les services du Grand Lyon, laudit propose de faire exercer certaines compétences économiques à des structures intermédiaires de type associatif, grâce au recours à la sous-traitance. Lorganisation territorialisée de lintervention communautaire à travers la mise en place de « maisons de léconomie » sinscrit également dans la recherche dun dispositif global, flexible et pragmatique en faveur du développement économique local répondant à plusieurs enjeux.
Le premier enjeu est la proximité du Grand Lyon avec les élus locaux, les services municipaux et le tissu économique local, notamment en termes de lisibilité de laction auprès de la « clientèle » dentreprises (voir infra, Section 3). Vient ensuite la volonté de répondre aux besoins généraux des entreprises en intégrant les spécificités territoriales locales (soutien à lentreprenariat, accompagnement du marché foncier et immobilier et des projets dimplantation, dextension, de délocalisation des entreprises, animation du territoire par la mise en réseau des acteurs et la valorisation des savoir-faire).
Il sagit aussi de répondre aux attentes spécifiques des acteurs publics essentiellement municipaux sur le territoire, en matière de requalification des zones dactivité, daccompagnement de la restructuration de filières ou de grandes entreprises, de politique technopolitaine et de renforcement des liens entre implantation dentreprises et gestion de la main duvre locale. Enfin, le Grand Lyon cherche à mieux coordonner les projets daménagement de zones et la politique danimation et de développement du tissu économique, cest-à-dire les volets spatial et qualitatif de son intervention en matière de régulation territoriale de léconomie (voir infra, Section 2).
A travers cette proposition de territorialisation de la politique économique du Grand Lyon, laudit ne fait que confirmer et légitimer, sous le couvert de lexpertise extérieure, une démarche expérimentée par lorganisme communautaire depuis la fin des années 1990, mais quil souhaite généraliser à lensemble du périmètre de lagglomération au début des années 2000 à la faveur de la mise en place de la TPU. La clarification de la répartition des compétences de développement économique entre les niveaux communal et intercommunal apparaît donc comme un passage obligé pour légitimer le renforcement territorial de la politique économique du Grand Lyon et lui permettre dasseoir de façon pérenne son leadership sur la régulation économique de lagglomération.
Territorialisation de la politique économique communautaire
La TPU et lofficialisation de la compétence économique confèrent une nouvelle légitimité renforcée à lorganisme communautaire pour prendre en charge la gestion des affaires économiques et lorganisation de la régulation économique territoriale dans lagglomération. Ajoutées à lénorme puissance financière de lEPCI, elles permettent à la DAEI du Grand Lyon de simposer comme lorgane central et directif au sein du système dacteurs local de léconomie.
Alors que la loi « Libertés et responsabilités locales » du 13 août 2004 fixe un délai d'un an aux EPCI existants pour procéder à cet arbitrage concernant la définition de lintérêt communautaire et le partage des compétences entre niveaux communal et intercommunal, le Grand Lyon adopte dès juillet 2004 de nouveaux statuts actualisant ses compétences déjà exercées. Le contenu de la décision sappuie notamment sur lexpertise produite par le Cabinet KPMG dans le domaine du développement économique (KPMG, 2003). Le Grand Lyon se charge donc désormais de :
la création et de laménagement des zones dactivités industrielles, commerciales, tertiaires, artisanales, touristiques, portuaires ou aéroportuaires ;
des actions de développement économique et notamment du soutien à des événements de notoriété nationale ou internationale, à des structures favorisant le rayonnement international de lagglomération, le développement de filières prioritaires et le tourisme, ainsi quà limmobilier dentreprise ;
de la construction, de laménagement et de la gestion du Palais des congrès ;
des actions relatives à lenseignement supérieur, à la recherche et aux hôpitaux dans le cadre de dispositifs contractuels avec lEtat.
Ces nouveaux statuts en matière dintervention économique ne mentionnent pas explicitement lanimation territoriale qui tend pourtant à devenir lélément central de la politique économique communautaire depuis 2002 (voir infra, Section 2), mais lincluent de façon implicite à travers le vocable suffisamment flou et ouvert « des actions de développement économique ». Ils éludent en revanche totalement la question de la participation communautaire à la gestion des politiques en faveur de lemploi et de linsertion, malgré les préconisations de laudit allant dans le sens dune implication de léchelon intercommunal en la matière pour renforcer laction des municipalités. Ils se focalisent ainsi uniquement sur les domaines daction relatifs à la satisfaction des besoins des entreprises sur le territoire local, à la promotion concurrentielle et à lattractivité économique de lagglomération, cest-à-dire sur les interventions motivées par la recherche de lintérêt des entreprises (voir infra, Section 3).
Toutefois, la proposition de sappuyer sur les Conférences des Maires de lagglomération lyonnaise pour mettre en place la territorialisation de la politique économique communautaire est mise en uvre en 2002, avant même la réalisation de laudit. Celui-ci constitue donc plutôt un élément de légitimation a posteriori de la démarche de territorialisation de laction économique déjà lancée par le Grand Lyon malgré le flou juridique encadrant sa compétence officielle dans le champ de léconomie, quun véritable outil daide à la décision permettant à lorganisme communautaire de procéder à des choix organisationnels en amont de toute initiative de réorganisation de la mise en uvre de la politique économique dans lagglomération.
Carte n°3 : Les conférences des maires du Grand Lyon
Source : HYPERLINK "http://www.grandlyon.org" www.grandlyon.org
La territorialisation de lintervention économique communautaire repose sur le découpage de lagglomération en neuf Conférences des Maires institué en 2002, regroupant les communes par secteurs géographiques (voir carte n°3). La création de ce nouvel échelon intermédiaire et normatif, imposé aux municipalités par les autorités communautaires, représente une démarche dinnovation territoriale (Giraut, Antheaume, Maharaj, 2003 ; Antheaume, Giraut, 2005) inédite à léchelle de la métropole lyonnaise, du moins pour la mise en uvre de politiques publiques. Les seules formes de découpage territorial antérieures correspondent en effet à des périmètres de gestion de certains services techniques locaux (voirie, propreté, etc.). Elle nest pas uniquement mis en place pour le développement économique, puisquelle doit permettre à terme de conduire la plupart des politiques urbaines communautaires de façon décentralisée, en lien étroit avec les territoires locaux (planification spatiale, aménagement urbain, déplacements, logement, etc.). Le champ de léconomie est cependant le premier à faire lobjet dune expérimentation poussée de cette nouvelle manière de gérer laction publique territorialisée.
Cette nouvelle organisation est censée permettre lorganisation de relations institutionnelles plus étroites et différenciées entre les communes et le Grand Lyon, par le biais de contrats territoriaux fixant les modalités de lintervention économique et la répartition des rôles entre les différents intervenants sur le territoire local. Elle sinspire directement du maillage territorial défini par les antennes locales de la CCIL (voir infra, Section 3), mais ne se conforme pas totalement à la même logique de découpage de lespace. Si le découpage territorial instauré par la CCIL répond essentiellement aux logiques de fonctionnement des entreprises sur le territoire et notamment aux périmètres définis de manière spontanée par les nombreuses associations dentreprises locales sur la base des zones dactivités auxquelles elles appartiennent, celui qui est mis en place par la Grand Lyon répond plutôt à des dynamiques politiques locales dentente entre les maires des communes ainsi quà des logiques technocratiques de sectorisation géographique du territoire communautaire héritées de la gestion technique de certains services publics locaux (voirie, assainissement, etc.).
Les territoires de régulation économique ainsi créés ne constituent toutefois pas réellement un nouveau niveau de pouvoir décisionnel, car ils nont pas de statut institutionnel clairement défini ni de compétence propre. Ils représentent plutôt de nouvelles scènes de négociation de la décision entre les communes et le Grand Lyon, de mise en cohérence de laction entre les municipalités, le pouvoir intercommunal et les divers partenaires de la régulation économique territoriale en présence (entreprises, associations dentreprises, organismes consulaires, etc.), et dorganisation dun dispositif territorialisé de sous-traitance destiné à faciliter la mise en uvre de la politique économique communautaire sur lensemble de lagglomération.
Ce dispositif organisationnel qui sappuie sur un nouvel « entre-deux » territorial permet ainsi de résoudre en grande partie le dilemme de la gestion de la régulation économique territoriale à léchelle de lagglomération. Celle-ci est en effet tiraillée entre léchelle globale de la gestion politique et stratégique du développement de la métropole, et léchelle locale de lanimation du tissu économique, de la solidarité et de la pratique quotidienne du territoire. Or, les deux éléments qui fondent la légitimité et la nécessité dintervention des pouvoirs publics locaux dans la gestion des affaires économiques sont fondamentalement contradictoires sur le plan territorial.
Dune part, il sagit de dégager une stratégie densemble et des orientations pour le territoire métropolitain, cest-à-dire de prendre de la hauteur et de séloigner des spécificités disparates du terrain afin de définir une politique globale de développement économique. Dautre part, il sagit dans le même temps dêtre suffisamment proche des entreprises et du tissu économique local pour pouvoir répondre au mieux aux besoins exprimés, voire les anticiper, cest-à-dire être présent sur le terrain au quotidien aux côtés des acteurs économiques du territoire et adapter en permanence laction économique aux attentes.
Une telle production de territoires adaptés aux exigences du développement économique local, souhaitée par les responsables du Grand Lyon, soppose à la vision très classique de lorganisation des services communautaires, fortement centralisée et héritée du centralisme étatique des Trente Glorieuses (voir supra, 2ème Partie). Elle correspond à une logique nouvelle de différenciation territoriale fondée sur la démarche stratégique de projet et sur une approche transversale, intégrée de laction publique au niveau local, adaptée aux exigences du développement local et incompatible avec limpératif dhomogénéisation territoriale des politiques économiques qui prévalait avant la Décentralisation (Descoter, 2000).
La tentative dancrage territorial de laction de développement économique communautaire au travers de la déclinaison économique des Conférences des Maires et la création des postes danimateur technopolitain et de développeur économique sur le territoire est donc sans doute laspect le plus novateur dans la reconfiguration des services de la DAEI, comme de lorganisation fonctionnelle du Grand Lyon. Il dénote en outre dun profond changement dapproche méthodologique dans la conduite de la politique économique locale et notamment dun souci nouveau de favoriser à la fois la transversalité au sein laction économique entre les approches spatiales par laménagement et les approches qualitatives par les filières dactivités, et la décentralisation de certaines tâches sur le terrain (voir infra, Section 2).
ou tentations hégémoniques de la part du Grand Lyon ?
La démarche de territorialisation de la politique économique lyonnaise symbolise également le changement dorientation politique en matière de développement économique local, consécutive de linstauration de la TPU dans lagglomération. Celle-ci confère en en effet une plus grande légitimité dintervention en matière de régulation économique territoriale à linstitution communautaire, en même temps quelle concrétise la définition dun intérêt général communautaire dans le domaine du développement économique, supérieur à celui défini au niveau des municipalités.
Le travail de développement économique mené en partenariat avec les acteurs économiques, les autres niveaux de collectivités locales et différents acteurs publics est cependant de plus en plus mis en avant par le Grand Lyon dans ce nouveau cadre territorial, notamment sous la forme de conventions et de projets collectifs. Le volet technopolitain de la politique économique voit ainsi la mise en place de nombreuses structures associatives thématiques et repose sur un recours accru à la sous-traitance des tâches relatives à la mise en uvre concrète du programme dactions. Des salons et autres grandes manifestations thématiques ou sectorielles sont également organisés avec lappui de la DAEI, qui élargit ainsi toujours plus son champ dintervention en faveur du développement économique et du rayonnement international de la métropole lyonnaise, en développant les formes de partenariat politique et opérationnel avec les acteurs économiques et institutionnels locaux.
Le cas de la RUL représente aussi un exemple intéressant pour illustrer les manuvres du Grand Lyon pour saffirmer comme lacteur central et dominant en matière de gestion des questions économiques dans la métropole lyonnaise. Il sagit en effet dune autre maille territoriale, également dénuée de véritable pouvoir politique institutionnalisé comme les Conférences des Maires, mais définie cette fois-ci à une échelle beaucoup plus large que celle de lagglomération. Elle rassemble sous un statut associatif les principales collectivités locales et établissements publics de laire métropolitaine lyonnaise. Réactivée par les responsables politiques communautaires depuis la fin des années 1980 (voir supra), elle constitue un autre moyen détourné pour imposer le leadership politique du Grand Lyon sur la conduite de la régulation économique territoriale.
Celui-ci se décharge en effet de certains volets de laction économique considérés comme peu valorisants pour le positionnement high-tech et tertiaire de la métropole, à limage de la problématique de la logistique notamment, qui est gérée par lAlliance Logistique au niveau de la RUL. Il encourage par contre la mutualisation des efforts de promotion économique territoriale au sein de la RUL, afin de renforcer le positionnement concurrentiel et métropolitain de lagglomération lyonnaise à linternational. La mise en application du principe de subsidiarité (Faure, 1997) par le Grand Lyon dans le cadre de la conduite de la politique économique locale savère donc être particulièrement pragmatique et intéressée dun point de vue politique.
Les services économiques du Grand Lyon tendent ainsi dune part à occuper une place de plus dominante, voire hégémonique au sein du système dacteurs lyonnais de la régulation économique territoriale, mais aussi dautre part à privilégier le développement de démarches associant les entreprises et les intérêts économiques privés de façon plus générale à la conduite de la politique économique locale. Ce positionnement stratégique seffectue notamment au détriment des municipalités de lagglomération, qui se trouvent reléguées au simple rang de réceptacle et de courroie de transmission des objectifs de politique économique définis au niveau communautaire, voir même de simple exécutant des actions décidées par léchelon intercommunal.
Il savère également être largement déconnecté des attentes et intérêts de la population locale, tant en matière de développement économique territorial à proprement parler, que de prise en compte plus large de linsertion de la thématique du développement économique dans lorientation générale des politiques urbaines : urbanisme, qualité du cadre de vie et de lenvironnement, logement, organisation des déplacements, etc. (voir infra, Section 2).
Par contre, un tel choix de positionnement de laction économique communautaire au service des entreprises bénéficie directement à celles-ci et à la poursuite de leurs intérêts de développement spécifiques. Il se matérialise notamment à travers la nouvelle démarche « Grands comptes », mise en place en 2002 sur la base dun principe daction défini à la fin de la mandature de R. Barre. Elle vise les plus grosses firmes implantées dans lagglomération, avec lesquelles les services économiques du Grand Lyon nouent des relations de plus en plus étroites et directes (voir infra, section 3). Elle est essentiellement justifiée politiquement par limportante contribution fiscale apportée par ces grandes entreprises à lorganisme communautaire : les 25 plus gros établissements du Grand Lyon représentent en effet plus dun cinquième des bases de taxe professionnelle de lagglomération.
Cette démarche contribue non seulement au court-circuitage des structures de représentation des intérêts économiques locaux (CCIL, syndicats patronaux), qui perdent ainsi de leur capacité dinfluence au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale, mais aussi à une dissociation croissante entre la logique propre au développement économique, mue pour une large part par lintérêt particulier des entreprises, et la logique plus collective de laménagement urbain, liée à la recherche dune certaine forme dintérêt général partagée par lensemble de la population locale (voir infra, Section 3).
Conclusion de chapitre
La territorialisation de la politique économique du Grand Lyon participe directement de la « troisième révolution territoriale » française (Girault, Antheaume, Maharaj, 2002), qui peut être interprétée comme une adaptation de lorganisation des territoires dintervention de la puissance publique au contexte économique postmoderne et flexible. Elle se traduit notamment par lobjectivation et linstrumentalisation du territoire au niveau local, qui passe dun statut de simple support de laction publique à un double statut de finalité et de moyen pour lintervention publique décentralisée de lorganisme communautaire, sur le même modèle que le processus observé au niveau national depuis la décentralisation (Estèbe, 2003). Elle concrétise enfin la mise en application du principe de subsidiarité dans laction publique territoriale par les pouvoirs publics en charge de la régulation économique et spatiale.
Ce processus dancrage territorial de laction en faveur de léconomie du Grand dénote également sa volonté de saffirmer comme lacteur central et dominant au sein du système dacteurs lyonnais de la régulation économique territoriale (voir infra, Section 3). Lorganisme communautaire se trouve en effet renforcé dans son rôle de conducteur de la politique de développement économique locale par le transfert de la TPU au niveau intercommunal et le travail de définition de lintérêt communautaire dans le champ de lintervention économique.
Cependant, la nature même des modes dintervention en faveur de léconomie du Grand Lyon évolue fortement entre la fin des années 1980 et le début des années 2000 : elle passe dune simple action sur lespace (production de surfaces dactivités et gestion de loffre et de la demande, équipements et infrastructures dédiées), à une démarche de plus en plus qualitative et stratégique, qui dépasse parfois les limites de compétence des services techniques (assistance et conseil aux entreprises, approche stratégie et politique de filières, animation territoriale, événementiel).
En favorisant le rapprochement de ses services avec le terrain, il augmente non seulement leur crédibilité vis-à-vis des entreprises cibles et des partenaires de laction, mais aussi sa capacité plus globale dintégration fonctionnelle des politiques urbaines au service du développement économique, même si celle-ci pose encore des problèmes de cohérence densemble préjudiciables pour la stratégie politique du Grand Lyon en matière de gouvernance économique territoriale (voir infra, Section 2).
Conclusion de section
Au terme de cette première section, il est donc possible daffirmer quil existe une véritable politique publique de développement économique dans lagglomération lyonnaise, pilotée par le Grand Lyon depuis le tournant des années 1980 et 1990. Elle traduit un double processus de territorialisation de la régulation économique au niveau local, qui sopère selon deux phases successives renvoyant à des niveaux scalaires distincts.
Il sagit bien dune politique publique locale, dans la mesure où son existence est limitée à linitiative des pouvoirs publics locaux de lagglomération lyonnaise, cest-à-dire celle des municipalités au début des années 1980 et surtout celle du Grand Lyon à partir des années 1990. Elle est directement liée à la perte de centralité de lEtat dans le système dacteurs local et à son renoncement à conduire des politiques de régulation économique territoriale à léchelle nationale suite à la survenue de la crise (voir supra, 2ème Partie, Section 1), phénomènes concrétisés depuis par les transferts de compétences opérés avec les lois de décentralisation et la réorganisation de la coopération intercommunale.
Le territoire de lagglomération, voire celui de la métropole lyonnaise à léchelle de la RUL, est défini comme lespace problématique de la régulation économique territoriale, formé autour de la construction denjeux collectifs en matière de compétition interurbaine, dattractivité économique et dimpératif de développement concurrentiel. Ceux-ci sont intégrés politiquement par les responsables du Grand Lyon, et justifient en partie lattitude hégémonique de la structure intercommunale au sein du système dacteurs local.
La première étape de la territorialisation de la politique économique consiste ainsi en un transfert de la préoccupation de développement économique du niveau national au niveau local entre 1982 et 1992, à travers sa prise en charge par les pouvoirs publics de lagglomération lyonnaise selon une logique de décentralisation institutionnelle, voulue et organisée par lautorité étatique. La deuxième phase de territorialisation de la régulation économique est en revanche plus locale et impulsée exclusivement par lorganisme communautaire, bien que certaines cautions justifiant son intervention lui soient encore conférées par lEtat central, via lattribution de la taxe professionnelle par exemple. Elle consiste en une réorganisation partiellement décentralisée des services économiques du Grand Lyon, destinée à renforcer le pouvoir politique de lorganisme communautaire, à améliorer le pilotage densemble de la politique économique et à faciliter sa mise en uvre sur le territoire.
Lattribution de la compétence de développement économique aux organismes intercommunaux en 1992 entraîne donc linscription de lenjeu de la compétitivité économique territoriale dans lagenda politique local et la mise en place officielle de services techniques communautaires qui lui sont expressément dédiés. Toutefois, le Grand Lyon nattend pas le feu vert officiel de la loi ATR pour se saisir de la problématique de la régulation économique territoriale dans lagglomération. Les premières formes dorganisation administrative communautaire consacrées à la mise en uvre dactions en faveur du développement économique local existent en effet dès le milieu des années 1980. De la même façon, les effets dannonce politique et lémergence de limpératif économique au cur des plans de mandats précèdent également lattribution légale de la compétence. Lofficialisation complète de cette nouvelle compétence par le vote du Conseil communautaire est en outre très tardive (début des années 2000) : elle montre que la volonté des responsables politiques locaux dagir dans le domaine de léconomie est largement indépendante du cadre légal, et bien plus déterminante que celui-ci pour expliquer lémergence dune telle politique publique dans lagglomération lyonnaise.
Outre un programme daction explicite dans le champ de léconomie, défini et conduit par les autorités publiques du Grand Lyon, lanalyse de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise laisse donc également apparaître une stratégie politique clairement affichée par les exécutifs qui se succèdent à la tête de lorganisme communautaire pour assurer son portage. Celle-ci repose sur une logique de renforcement administratif des prérogatives daction des services techniques communautaires dans le champ du développement économique. Lorganigramme est ainsi étoffé et remanié à plusieurs reprises, afin de couvrir un panel dinterventions toujours plus large : externalités de substrat, externalités de notoriété, externalités de connexion (Cauquil, 2000). Le rôle des communes comme des structures de représentation des intérêts économiques se trouve notablement diminué par les développements récents des missions de la DAEI, qui intègrent non seulement la gestion des surfaces dactivités mais aussi la promotion des filières stratégiques et lanimation territoriale.
Il sagit maintenant dinterroger les modalités et logiques douverture de laction publique aux enjeux du développement économique et aux méthodes stratégiques issues de la sphère des entreprises, afin danalyser les avancées mais aussi les difficultés des services techniques communautaires dans la mise en uvre de cette nouvelle politique économique territorialisée. Les sections suivantes amènent ainsi des éléments complémentaires à la démonstration engagée concernant la réalité de la politique de régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise, notamment en matière de renforcement du caractère flexible et pragmatique de laction publique, de mise en avant des démarches managériales et de réorganisation du mode de gouvernance pour gérer la multiplicité des acteurs en présence.
Section 2 : LA STRATEGIE COMME MODALITE DE REGULATION ECONOMIQUE TERRITORIALE
Cette deuxième section sattache à analyser les ingrédients et les contenus de la politique économique locale mise en uvre dans lagglomération lyonnaise, cest-à-dire laspect méthodologique et conceptuel de la régulation économique territoriale pilotée par les pouvoirs publics communautaires. Il sagit ainsi essentiellement de cerner les différents modes de faire mobilisés depuis les années 1980 pour favoriser le développement économique au niveau local, afin de mettre en évidence deux des caractéristiques des nouvelles politiques publiques locales (Balme, Faure, Mabileau, 1999) : la flexibilisation de laction publique et la minimisation du poids du politique au profit de nouveaux types dintervention, notamment économiques (voir supra, 1ère Partie, Section 3).
Le mouvement dacculturation progressive des acteurs lyonnais de la régulation économique territoriale aux méthodes du management stratégique, amorcé dès la survenue de la crise économique (voir supra, 2ème Partie, Section 3), se poursuit et sintensifie en effet à partir des années 1980. Le pragmatisme propre à la sphère des acteurs économiques (entreprises, organismes patronaux) se diffuse au sein des structures publiques en charge du développement économique local. Lintervention économique devient lobjet central des politiques urbaines dans lagglomération lyonnaise, conduisant à une soumission de celles-ci, notamment dans les champs en plein développement de laménagement spatial, de lurbanisme et de la planification urbaine, à lenjeu global de la compétition économique et de la concurrence territoriale.
Ce virage néolibéral implique non seulement une intégration fonctionnelle des politiques sectorielles pour satisfaire limpératif de compétitivité métropolitaine (Jouve, 2005), mais il se traduit également par une plus grande flexibilité de laction publique dédiée au développement économique. La politique économique locale connaît dimportantes fluctuations dorientation entre 1980 et 2005, quil sagit également de mettre en évidence et danalyser. De la même façon, le nouveau mode dorganisation territorialisé de la mise en uvre de la politique qui émerge au début des années 2000 reflète une certaine propension à la flexibilité de laction publique, découlant des approches managériales. Plus généralement, le recours récurrent à la sous-traitance et au partenariat dans la conduite de la régulation économique territoriale dénote une volonté explicite de la part des pouvoirs publics locaux de reproduire les modes de faire du monde des affaires, tout en palliant le manque de compétences spécifiques de leurs services techniques.
Nous analysons dabord lavènement du management stratégique et lacculturation des pouvoirs publics à ses méthodes de gestion de laction publique en faveur du développement économique dans lagglomération lyonnaise, notamment à travers la conduite dun nouvel exercice de planification permettant la soumission effective de lensemble des politiques urbaines locale à limpératif de compétitivité économique. Nous abordons ensuite les différentes étapes de lintégration fonctionnelle des politiques urbaines au service du développement économique, découlant de lapproche stratégique. Elles traduisent les hésitations en matière dorientation de laction, entre une approche classique et relativement bien maîtrisée techniquement du développement économique, qui passe par laménagement du territoire et lurbanisme, et une approche plus nouvelle et exploratoire, qui favorise plutôt les logiques qualitatives de filières et danimation du milieu local.
I - Lavènement de la méthode stratégique durant la décennie 1980
Les bouleversements survenus dans le couple régime daccumulation / mode de régulation à partir du milieu des années 1970 (voir infra, 1ère Partie, Section 1) ont des répercussions importantes sur les modalités dintervention des collectivités locales. Ils obligent en effet les pouvoirs publics locaux à opérer des choix en matière de régulation économique, notamment entre politique de grands équipements et opérations durbanisme ou daménagement plus légères, mais aussi à développer leur capacité dexpertise dans le champ de léconomie pour adapter laction économique aux enjeux de développement économique du territoire local. Ils sont ainsi amenés à définir les nouveaux objectifs et moyens stratégiques dun développement économique territorial plus qualitatif, adapté au nouvel environnement concurrentiel quimpose le contexte économique densemble.
Lenjeu de la régulation économique territoriale et de la gestion des territoires urbains se déplace notamment de la logique de laménagement et de la production déquipements en contexte de croissance vers la logique de la création de valeur et de la production davantages comparatifs territorialisés en contexte de crise. Il sagit désormais pour les autorités publiques locales de promouvoir un environnement économique attractif pour les entreprises, de différencier qualitativement le territoire local par rapport à ses concurrents et de positionner la ville sur le marché des localisations de firmes. Lenjeu européen et plus largement le défi de la mondialisation débouchent ainsi sur ladoption dune nouvelle démarche stratégique et globale dintervention économique au tournant des années 1980 et 1990.
Les municipalités et lorganisme communautaire sont donc confrontées à un problème de méthode face au nouvel impératif de développement économique qui émerge au début des années 1980 : les élus et les techniciens doivent renoncer aux habitudes de travail construites durant les années de croissance (régulation et structuration de léconomie locale, par simple programmation spatiale de surfaces dactivités et déquipements, gestion technique des services publics locaux) et trouver de nouvelles modalités de définition de la régulation économique territoriale (Biarez, 1983). Ils font également face à la nécessité de dépasser les simples actions dincitation au développement économique par lenvironnement des entreprises, très indirectes car relevant de la réalisation déquipements lourds, ainsi que de lurbanisme et de laménagement de lespace dans une moindre mesure, afin de définir une stratégie de régulation économique territoriale fondée sur des interventions, non seulement plus directes et mieux adaptées au contexte de crise, mais aussi moins coûteuses financièrement et plus qualitatives.
1- Quest-ce que la démarche stratégique ?
Le problème de méthode auquel sont confrontées les autorités publiques lyonnaises dans leur volonté de déployer une véritable politique de développement économique sur le territoire de lagglomération est en partie résolu par ladoption de la démarche stratégique dans les années 1980. Celle-ci offre une approche de laction publique globale, calquée sur les nouvelles techniques de management des firmes par projet et remettant en question les visions sectorielles de la gestion technocratique. Elle permet de concevoir de nouvelles politiques territoriales et intégrées de développement économique, adaptées au contexte de crise et dexacerbation des logiques de concurrence entre les villes (Bouinot, 2002).
Un nouveau principe daction économique pragmatique et flexible
Daprès Gares (1980), la mise en concurrence des territoires et laccroissement des logiques de compétition entre les villes à partir de la survenue de la crise économique dans les années 1970 ont pour corollaire ladoption par les pouvoirs publics locaux des méthodes de management de laction par projet stratégique, issues des techniques de gestion des entreprises développées aux Etats-Unis après la seconde guerre mondiale.
Ce nouveau modèle de développement économique territorialisé est qualifié de stratégique car « ces interventions ne peuvent se faire efficacement et sans danger que si elles sont intégrées dans une stratégie cohérente de développement propre à chaque ville » (Gares, 1980, p.16). Le développement stratégique représente ainsi une arme considérable pour les collectivités locales, dès lors quelles choisissent de participer à laffrontement économique et à la compétition qui sévit entre les territoires urbains. Il sagit dune « réflexion cohérente, à partir dun diagnostic de la situation, visant à déterminer des objectifs et organisant les moyens disponibles pour les atteindre » (Gares, 1980, 16). Elle permet détablir des programmes daction et de mise en uvre de façon globale et pragmatique, cest-à-dire de faire des choix raisonnés dans lorientation des politiques publiques, issus dune réflexion plus ou moins élaborée.
Conceptuellement cependant, la stratégie renvoie dun côté au langage militaire relatif à la guerre (objectifs, positionnement, etc.) et de lautre au langage médical (analyse, diagnostic, crise, remèdes, etc.). Il sagit donc dune approche assez ambiguë, qui se veut tour à tour thérapeutique ou conquérante face à lenjeu économique et à la concurrence. En tant que principe méthodologique daction appliqué à léconomie, la démarche stratégique renvoie à lidée de pragmatisme, de flexibilité et à un certain rejet des théories abstraites, considérées par les acteurs économiques ou politiques comme trop rigides et peu adaptées aux réalités. Elle offre ainsi un champ des possibles très large, une grande souplesse dans lorganisation de laction et peu de limites dogmatiques, renvoyant aussi plus indirectement au double principe libéral du « tout est permis » et de « la fin justifie les moyens ».
Elle est dabord mise en application par les entreprises qui lérigent en méthode de management à part entière, avant dêtre adoptée par les pouvoirs publics pour gérer les problèmes relevant de laction publique. Cette nouvelle méthode permet en effet de mobiliser les moyens existants pour permettre le développement économique territorial en contexte concurrentiel, cest-à-dire de conduire une certaine forme de régulation économique territoriale plus stratégique et adaptée aux nouveaux déterminants du fonctionnement économique densemble depuis la crise.
Ce nouveau modèle de développement économique stratégique se veut plus endogène et différent du modèle qui prévaut durant la période forte croissance des Trente Glorieuses. Il repose sur la mise en valeur des ressources et potentiels économiques du territoire local, à travers la définition dun projet de développement économique et le rassemblement coordonné des volontés daction, avec lillusion que les grands déterminants du fonctionnement de léconomie au niveau global peuvent être maîtrisés localement. Laccent est mis sur le développement et le renforcement des interrelations ou des complémentarités au sein du tissu économique local, sur une attention accrue portée aux PME-PMI qui constituent le gros de la force économique du territoire et sur le soutien aux logiques de sous-traitance, sur la promotion des pôles de compétences locaux et lidentification de spécialisation sectorielles, permettant de différencier positivement le territoire local par rapport à ses concurrents, selon une logique nouvelle de positionnement et de compétitivité.
Le développement économique stratégique est également caractérisé par la volonté nouvelle de favoriser et dencourager lancrage territorial des activités économiques, afin de limiter les phénomènes de délocalisations et dinsécurité économique au niveau local. Il consiste notamment à créer un milieu favorable et un environnement attractif pour les entreprises, grâce à une large mobilisation collective et à la mise en valeur des atouts du territoire local. Il sagit ainsi plutôt de développer les facteurs et attributs économiques existants, et pas seulement de compter sur les éventuels apports extérieurs. En dautres termes, il sagit de distinguer la trajectoire économique du territoire considéré par rapport à la masse des possibilités en matière de localisation économique pour les entreprises, en agissant dabord sur ses caractéristiques internes et spécifiques selon une logique de projet local et partenarial.
Les moyens daction traditionnellement utilisés pour favoriser le développement économique territorial ne sont pas pour autant délaissés, ils sont au contraire mobilisés pour constituer des vecteurs de lintervention publique en faveur du développement stratégique. Laménagement spatial, lurbanisme opérationnel et la planification urbaine, la réalisation dinfrastructures et déquipements comme la production ciblée de zones dactivités complètent ainsi de façon plus efficace la politique de développement économique, en étant utilisés comme des outils au service de la promotion du tissu économique local et de la valorisation qualitative des ressources économiques du territoire.
Lendogénéisation des logiques de développement économique territorial induite par ladoption de la démarche stratégique saccompagne donc de la recherche dune mise en cohérence des objectifs et des moyens propres au développement économique avec les objectifs et les moyens relevant du développement urbain. La logique de projet et le principe de laction collective renforcent également cette tendance à la globalisation de lintervention publique en matière de régulation économique sur le territoire. La démarche stratégique en tant que principe daction souple et pragmatique entraîne une quête de transversalité et dintégration fonctionnelle dans la conduite des politiques publiques, capable de permettre ladaptation des formes daction publique à lenjeu économique de plus en plus dominant et contraignant.
Une méthode daction publique adaptée à la contrainte concurrentielle
Ladoption de la démarche stratégique et de son corollaire le projet de développement de territoire par les pouvoirs publics locaux au cours des années 1980 traduit une profonde mutation des méthodes de laction publique, dont la conception sancre dans le niveau local en même temps quelle sadapte à la nouvelle donne du fonctionnement de léconomie. Elle est censée permettre ladaptation de la gestion territoriale et des politiques publiques à la décentralisation des compétences ainsi quau nouveau contexte économique densemble, caractérisé par une exacerbation de la concurrence, y compris entre les territoires, par une situation générale de crise et de stagnation de la croissance, par une augmentation des incertitudes et une mutation du modèle productif vers plus de flexibilité (Portal, 2002).
Cette nouvelle méthode de gestion publique, de planification urbaine et de définition des politiques territoriales de développement sinspire largement des modèles de gestion privée des entreprises élaborés par le Boston Consulting Group durant les années 1960. Ceux-ci ont été approfondis depuis les années 1980, notamment par lintroduction de la notion de projet stratégique dentreprise, afin dapporter des réponses concrètes et pragmatiques aux évolutions dun environnement économique de moins en moins stable (Bouinot, 1993a). La logique de projet repose sur lidée dune communauté de destin rassemblée autour dun même dessein, ou objectif. La transposition aux territoires, notamment urbains, et aux acteurs publics chargés de leur gestion semble donc relativement aisée.
Au tournant des années 1980, deux grands enjeux simposent ainsi aux gestionnaires des territoires urbains. La compréhension de ce nouveau modèle daction stratégique et pragmatique, afin de pouvoir mieux appréhender les logiques de fonctionnement, notamment de territorialisation, des entreprises, et de pouvoir dialoguer avec elles pour initier des partenariats public/privé dans les champs du développement urbain et du développement économique local. La maîtrise pratique de cette nouvelle approche de la planification et de laction publique, afin dapporter plus defficacité dans la gestion urbaine et territoriale (Bouinot, 1993a).
Pour la collectivité locale, le rôle du territoire est central dans lutilisation du management stratégique, puisquil en constitue lobjet même, alors que pour lentreprise celui-ci ne représente quun support pour lactivité, cest-à-dire un simple facteur de production. La dimension spatiale se trouve donc au cur de la définition et de la mise en uvre du projet local de développement stratégique, celui-ci étant fondamentalement territorialisé. Le projet stratégique territorial, calqué sur celui des firmes, est ainsi le résultat dune triple réflexion pragmatique :
Le diagnostic précis de la situation listant de manière organisée et réfléchie les forces et faiblesses du territoire. Il peut être accompagné dune vision prospective de ce dernier, qui permet de mettre en évidence les opportunités et les menacent qui lentourent.
La prise en compte de lenvironnement global dès le stade de lélaboration du projet (contraintes) : marché européen, mondialisation économique, etc. La référence dominante de ce rapport au contexte densemble est contenue dans la célèbre maxime : « Penser global pour agir au niveau local ».
La répartition harmonieuse des infrastructures et des mesures daccompagnement dans la mise en uvre du projet territorial global, avec une attention particulière portée à larticulation entre les investissements matériels et immatériels afin de tenir compte des besoins des entreprises.
La terminologie stratégique utilisée pour la nouvelle démarche daction publique relève de deux approches différentes mais complémentaires, qui renvoient à une double recherche de sens pour lintervention. Lidée de charte, de vision globale contenue dans la notion de projet, traduit en effet une mise sous tension du territoire par la définition dune ambition stratégique, cest-à-dire un choix réfléchi de direction, dorientation donnée au développement local. Lautre idée de credo daction et de code de conduite, également véhiculée par la notion de projet, renvoie quant à elle à un souci de définition des règles du jeu, de bornage, de limitation des possibles. En dautres termes, elle évoque lénonciation dune signification particulière conférée au développement local (Bouinot, 1993a).
Labandon des approches technocratiques reposant sur des modèles théoriques de développement économique qui misent sur la pérennité de la croissance (production de surfaces dactivités selon une logique quantitativiste essentiellement), au profit dune démarche résolument pragmatique et flexible reposant sur lapproche stratégique et le partenariat dans laction publique, découle avant tout de la nécessité de faire face à la pression concurrentielle qui sévit entre les acteurs économiques au sens large, entités territoriales comprises. Celle-ci se manifeste selon trois registres complémentaires (Bouinot, 1993b) :
La compétition, qui engendre la nécessité didentifier les champs de rivalités et les territoires concurrents potentiels correspondant ;
La compétitivité, qui engendre la nécessité dévaluer les forces et les faiblesses différentielles du territoire ;
Le positionnement, qui correspond à la délimitation dattributs distinctifs du territoire à promouvoir en priorité.
Cette analyse concurrentielle permet de définir le devenir et les possibilités de développement du territoire, en mobilisant différentes techniques complémentaires répondant aux trois dimensions fondamentales de la vision stratégique (Bouinot, Bermils, 1995). La compétition sétablit sur différents marchés complémentaires : locaux dactivités neufs et doccasion, fonction urbaines marchandes (tourismes daffaires et dagrément, offre culturelle), fonctions urbaines publiques (équipements collectifs à vocation économique, réseaux de communications, etc.), ressources humaines et financières, résidents. A chaque marché correspond un certain nombre de villes concurrentes, potentiellement attractives pour les entreprises. Des analyses comparatives, relevant de la technique managériale du bench-marking, permettent de préciser les registres de rivalité.
La compétitivité économique est déterminée à partir dun diagnostic du système productif local, qui dresse létat des lieux du portefeuille local dactivités industrielles et tertiaires. Cette méthode, bien que très mécanique et quantitativiste, permet de pointer les filières stratégiques aptes à dégager un avantage concurrentiel pour le territoire. Les spécialisations relatives et les secteurs moteurs, capables dentraîner le développement de nouvelles branches dactivités grâce à leur maturité, constituent en effet des atouts et des attraits pour les entreprises ou les investisseurs extérieurs. Lanalyse de la compétitivité globale du territoire complète cette approche, en établissant le diagnostic en matière de R&D technologique public et privé (milieu innovateur), de ressources humaines (formations, savoir-faire) et financières (banques, fonds dinvestissements), de services publics offerts par le gouvernement local ou les autres niveaux de pouvoir, ainsi quen termes dimplication dans la vie locale et dattachement territorial des entreprises (réseaux de sous-traitance, clusters, références promotionnelles au site, actions de sponsoring, etc.). Des calculs de vulnérabilité des entreprises et des filières locales peuvent également être mobilisés.
Lanalyse dattractivité différentielle permet enfin de déterminer les avantages relatifs de la ville et darrêter une ambition stratégique de positionnement sur le marché des localisations, sous la forme dun projet global de développement dominé par lenjeu économique. Il sagit de mettre en valeur le territoire local en jouant sur ses caractéristiques réelles ou perçues, dans les domaines de limage (notoriété, réputation), du cadre de vie et de lenvironnement général (qualité des aménagements et de la composition urbaine, accessibilité et facilité des déplacements, offre de sites daccueil pour les entreprises et pour les résidents, etc.), et de lattractivité économique (profitabilité relative du territoire local comme lieu marchand dinvestissement : capacités financières, attraction et ancrage des entreprises, spécialisations sectorielles, main duvre, etc.).
En amont, la réflexion prospective permet lexploration des futurs possibles et la mise en évidence des tendances lourdes dévolution en lien avec le contexte économique et sociétal densemble, des faits émergents et de leurs conséquences éventuelles. Lélaboration de scenarii offre des visions de lavenir et des choix dorientation pour la définition de la stratégie de développement. En aval, la volonté dévaluer les résultats de laction publique amène à produire des batteries dindicateurs statistiques et à lancer des audits de contrôle ou dévaluation (Padioleau, Demesteere, 1992), permettant de modifier le plan dactions et les choix de positionnement en cas dévolution des enjeux politiques ou du contexte.
Le projet stratégique de développement économique territorial, outre la formulation dune ambition globale, est enfin décliné selon deux aspects : un projet urbain proposant des mesures daménagement spatial, durbanisme et déquipement, qui constitue le pendant matériel et physique des orientations sectorielles qualitatives ; un projet organisationnel, permettant la répartition des tâches au sein du système dacteurs et la réalisation du programme daction publique. Ce dernier est cependant plus ou moins explicité et formellement établi selon les cas, le pragmatisme lemportant souvent sur le formalisme dans lélaboration progressive des politiques publiques stratégiques.
2- Lapplication de la méthode stratégique à la politique économique lyonnaise
Les autorités publiques locales conquièrent et renforcent leur rôle dans la conduite du développement économique territorial à partir des années 1980, mais ne sont autorisées à agir en faveur de léconomie que de façon indirecte, en jouant sur la qualité différentielle de leur territoire pour les entreprises et sur la capacité dattraction de lenvironnement économique quelles offrent. Elles sont amenées à ouvrir les politiques urbaines locales à la problématique de la régulation économique territoriale, et à adopter elles aussi la démarche stratégique des acteurs économiques dans leurs modes de faire laction publique, au service du développement économique. Elles souffrent cependant du manque de compétences techniques spécifiques des services municipaux ou intercommunaux en matière daction économique.
Elus et techniciens saccordent donc sur le rôle indirect de la puissance publique locale (COURLY, municipalités, AGURCO, ADERLY), qui doit faciliter, accompagner la mise en uvre de la politique économique, plutôt que la piloter directement et définir ses orientations. Les lois de décentralisation confèrent en effet de nombreuses compétences daction au niveau municipal et au niveau communautaire par délégation, à lexception notable de laction économique. Elles justifient institutionnellement une augmentation et une amélioration des capacités dintervention indirecte des pouvoirs publics locaux dans le fonctionnement de léconomie, essentiellement par le biais de la planification territoriale, de laménagement spatial et de lurbanisme.
La puissance publique locale, municipalité et organisme communautaire, intervient ainsi en instrumentalisant les compétences classiques daménagement spatial, durbanisme et de planification territoriale, au service de lobjectif économique, et en sappuyant sur des organismes extérieurs plus ou moins satellisés, qui agissent comme des services techniques spécialisés et externalisés (association de développement comme lADERLY, Agence durbanisme, SEM, etc.), pour développer des actions plus qualitatives et sectorielles rendues nécessaires par lévolution du contexte économique et le nouveau comportement des firmes.
Lurbanisme et laménagement au service du développement économique territorial
La décentralisation des compétences au niveau local ne constitue pas un blanc-seing en matière dinterventionnisme économique pour les communes. Les principes de limitation des actions municipales aux aides indirectes, énoncés par la circulaire Poniatowski de 1976, sont en effet confirmés, au nom du respect de la liberté de commerce et dindustrie et de légalité des citoyens devant les charges publiques. La défense des finances locales et des intérêts des contribuables locaux, la lutte contre la municipalisation des risques économiques et la volonté dharmoniser les initiatives locales avec les priorités de la politique nationale daménagement du territoire pour éviter une concurrence néfaste entre les différents échelons territoriaux justifient également ce strict encadrement des actions de développement économique au niveau local.
De plus, le pouvoir central réaffirme en 1978 le rôle des pouvoirs publics locaux en matière de régulation économique sur le territoire, rôle nullement remis en question par la décentralisation. Il se limite à lamélioration de lenvironnement des entreprises, à la création et à la reproduction des conditions optimales de fonctionnement des activités économiques sur le territoire : « La vocation des communes nest pas laide directe à lemploi, mais la politique daccueil de lemploi des travailleurs » (BIPE, 1978, p.4). Lintervention du niveau local en faveur du développement économique consiste ainsi à favoriser linstallation et le maintien des entreprises. La loi du 2 mars 1982 stipule cependant que lorsque la protection des intérêts économiques et sociaux de la population locale lexige, la commune peut accorder des aides directes ou indirectes à des entreprises en difficultés (Priat, 1983). Le cadre juridique est donc assez flou, mais globalement limitatif.
La majeure partie des actions déployées par les autorités locales en matière de développement économique dans les années 1980 relève donc de laménagement de lespace, de lurbanisme et de la planification urbaine, dan la continuité des méthodes dintervention employées pour assurer la régulation économique territoriale durant les années de croissance. Elles consistent en effet essentiellement à aménager et produire des zones industrielles, des zones dactivités ou des bâtiments pour accueillir les activités économiques, ainsi que des infrastructures et des équipements collectifs susceptibles de faciliter le fonctionnement des entreprises sur le territoire.
La pérennisation de la crise conduit cependant les pouvoirs publics locaux à diversifier les modalités dintervention économique par le biais de laction physique sur lespace, mais aussi de façon plus immatérielle en déployant des actions qualitatives ou dintermédiation plus directement en lien avec les milieux économiques locaux. Il sagit par là dassurer une double forme de prévention/curation des difficultés économiques, en complément de la simple production dun environnement spatial favorable pour les entreprises.
Le traitement des friches industrielles et la remise sur le marché des terrains libérés par les activités économiques dans les zones centrales, qui se développent à partir des années 1980, sappuient encore largement sur les savoir-faire techniques classiques relevant de laménagement urbain. Par contre, la recherche de nouveaux créneaux de développement pour lindustrie locale, lanimation du milieu économique, le renforcement du potentiel local de formation professionnelle ou la tentative de resserrer les liens entre la sphère de lenseignement supérieur et de la recherche et le monde des entreprises, en dautres termes la valorisation qualitative du territoire, mobilisent de nouvelles compétences, qui sont le plus souvent totalement étrangères à la culture technique des services municipaux et intercommunaux.
Les actions économiques mises en uvre au niveau local par les villes face au constat de lexacerbation de lenjeu du développement économique et de la compétition territoriale sont ainsi de plus en plus dispersées, mais elles sarriment quand même encore majoritairement au socle de base de laménagement urbain. Elles sinscrivent en effet dans le prolongement quasi naturel de lintervention spatiale traditionnelle, à laquelle elles ajoutent une nouvelle dimension qualitative, stratégique et immatérielle. Urbanisme, aménagement et développement économique sont perçus comme étant intimement liés, car « laménagement urbain met en place les conditions physiques du développement économique (
). Mais de plus, lanalogie des situations pousse à des comportements semblables dans les deux domaines : la commune fait lexpérience en creux dune place un peu analogue à prendre dans le développement économique, ses moyens daction dans les deux domaines se recoupant dailleurs largement » (Gares, 1980, p.2).
Les compétences de la collectivité locale sont donc amenées à sélargir de lurbain vers léconomique et à se globaliser au gré de lintégration fonctionnelle progressive de lune et de lautre, du moins de leur articulation de plus en plus étroite. En outre, le contexte économique difficile renforce les situations de concurrence et de compétition entre les villes et les territoires, conduisant à la soumission de plus en plus poussée des logiques daménagement spatial et de planification urbaine à lenjeu du développement économique, cest-à-dire à la mise en avant du point de vue économique, au détriment des considérations urbanistiques qui noccupent plus quune position subalterne, dominée par les questions économiques dans la conception de laction publique locale :
« Si dans les années 1960/1970 les pouvoirs publics se préoccupaient beaucoup de la maîtrise des processus durbanisation, dans les années 1980/1990, la préoccupation principale des autorités locales, qui ont dorénavant pleinement la compétence en matière durbanisme, est avant tout la création demplois. Ayant pris conscience quun certain nombre de qualités urbaines sont des facteurs clefs de leur attractivité, les villes se livrent à une concurrence aiguë sur ces facteurs pour attirer les entreprises » (Ascher, 1992).
Ce déplacement de la focale de la régulation économique territoriale, de laménagement de lespace à la gestion de la concurrence entre les territoires, implique un dépassement des modes classiques dintervention des autorités publiques locales. La production de surfaces dactivités sous forme de zones industrielles équipées ou de quartiers daffaires et les mesures daides fiscales ou financières doivent être complétées par une nouvelle manière de faire, qui permette dintégrer les tendances plus récentes daction économique, fondées sur le qualitatif, le marketing urbain et la mise en valeur des ressources locales. Il sagit ainsi dutiliser différemment les moyens daction existants pour adapter laction publique aux nouveaux enjeux du développement économique concurrentiel et de lattractivité territoriale, conditionnés par le contexte de crise.
Laménagement de lespace, lurbanisme et la planification urbaine sont donc mis au service du développement économique territorial, parallèlement à la montée en puissance des politiques publiques locales. En labsence de compétence économique spécifique, les collectivités locales municipalités ou structure intercommunale se trouvent confrontées à la nécessité de sappuyer sur lintervention dorganismes extérieurs plus ou moins satellisés pour développer une expertise adéquate sur les questions de développement économique. Elles profitent en revanche de leurs compétences techniques en matière durbanisme, de planification et daménagement spatial pour développer un savoir-faire technique interne quelles puissent mettre au service de lobjectif économique, ou en recourant également à la sous-traitance de certaines tâches dexpertise auprès des bras exécutants externalisés que sont lADERLY et la lAGURCO.
Lanalyse succincte de la politique daction économique de la Ville de Lyon au moment de la Décentralisation révèle ainsi particulièrement la période de transition méthodologique entre les modalités dintervention dans le champ économique, qui sont focalisées autour des leviers urbanistiques et spatialistes (planification, aménagement urbain, etc.), et celles qui sont plus résolument tournées vers des considérations stratégiques de positionnement économique et de mise en valeur qualitative du territoire local.
Entre urbanisme économique et stratégie de positionnement international
Lintervention économique de la municipalité lyonnaise au début des années 1980 est caractérisée par une importante contradiction interne de lorientation politique, tiraillée entre la volonté de renforcer le tissu industriel de la ville et la volonté de favoriser le développement des fonctions tertiaires et métropolitaines. Les dispositions du projet de POS, comme les opérations daménagement initiées ou soutenues par les autorités publiques locales, reflètent les hésitations méthodologiques et un certain flottement stratégique de la politique économique lyonnaise, entre nécessité de modernisation du tissu économique et volonté de maintien des activités industrielles par le biais dactions assez classiques daménagement spatial.
Le contexte de crise et de profonde évolution des logiques de développement économique place en effet les décideurs locaux face à la nécessité dadapter les modes de faire et le contenu même des actions publiques de régulation territoriale. Le modèle dominant durant les années de croissance savère de plus en plus obsolète. La situation densemble appelle à un renouvellement en profondeur des logiques et principes de lintervention publique en faveur de léconomie, dont la décentralisation des compétences de lEtat vers le niveau local constitue lune des étapes principales, mais non suffisante.
Lhybridation de lurbanisme et des enjeux économiques de positionnement stratégique territorial sopère essentiellement en raison du caractère limité des possibilités dintervention économique des collectivités locales et du flou juridique relatif qui entoure lattribution de la compétence de développement économique au niveau local (voir supra). Le manque de recul par rapport à la situation de crise et labsence dexpérience ou de compétences des techniciens en charge des interventions expliquent également les difficultés éprouvées par les autorités publiques lyonnaises pour définir une politique de développement économique cohérente et clairement ciblée.
Le Parc de lArtillerie à Gerland est la première opération de ce type, plus qualitative et flexible, censée être mieux adaptée pour accueillir des activités industrielles, mais aussi tertiaires ou de recherche. Elle fait figure dopération pilote, marquant louverture progressive des logiques dintervention économique locale au pragmatisme et à la stratégie, par lutilisation de lurbanisme et des projets daménagement au service de la politique de régulation économique territoriale. Elle constitue lamorce dun croisement entre action quantitative et matérielle en faveur de la production de surfaces daccueil pour les entreprises, et action plus qualitative destinée à modifier lorientation sectorielle de la base économique locale ainsi que limage globale de la ville.
Le concept de parc dactivités permet en effet de résoudre en partie le dilemme dune politique économique tiraillée entre incitation à un certain retour des industries dans la zone centrale de lagglomération, nécessité de réutiliser les nombreuses friches industrielles et volonté de développer le tissu tertiaire en multipliant loffre immobilière. Léquipement du quartier en nouvelles surfaces dactivités permet en effet, comme à Vaise où de nombreux emplois industriels ont disparu, de reconstituer une offre en zones daccueil plus attractive pour les entreprises, permettant à la fois de lutter contre la réduction de la base économique locale et remédier à la multiplication des friches industrielles dans le périmètre central de lagglomération (Lorrain, Kukawka, 1989).
La problématique des friches industrielles, conséquence directe des effets de la crise économique et de la désindustrialisation sur les tissus urbains, est au cur des enjeux de lurbanisme au début des années 1980 (Tomas, 1982). La politique de desserrement industriel, qui prévalait durant la période croissance, a organisé le transfert des entreprises productives du centre de lagglomération vers les zones aménagées et équipées par les pouvoirs publics dans les communes périphériques, libérant dimportants tènements fonciers à Lyon (voir supra, 2ème partie, Section 2). Les programmes résidentiels ou de bureaux remplacent en partie seulement les anciennes activités industrielles, et la survenue de la crise aggrave les phénomènes de vacance des surfaces libérées, en rétractant la demande des investisseurs. La demande sessouffle également dans les zones industrielles de banlieue, rendant plus prégnant le problème de la rigidité fonctionnelle et du manque dadaptabilité des zones dactivités produites par la puissance publique, face aux nouveaux besoins des entreprises.
Lurbanisme réglementaire et la planification sont ainsi mobilisés par les pouvoirs publics locaux pour faire face aux nouveaux enjeux : limiter le transfert des industries vers la périphérie, maintenir des activités dans la ville en permettant limplantation de tous types dentreprises, réutiliser les surfaces dactivités libérées par lindustrie pour dautres fonctions, notamment tertiaires, et favoriser le rétablissement dune certaine mixité des fonctions dans lespace urbain de façon plus générale. La révision du POS de Lyon dès son approbation à la fin des années 1970 permet de faciliter cette dynamique dintervention qualitative. Les POS constituent depuis la LOF de 1967 des outils de planification fonctionnelle des droits à construire sur le territoire, qui permettent dorienter la localisation des sites daccueil à vocation économique et dagir ainsi la régulation de léconomie locale.
Si lintervention publique « classique » permet dorienter spatialement la localisation de la croissance grâce à la politique des zones dactivités (production de surfaces pour les entreprises ayant une portée incitative avérée sur leurs comportements), elle ne correspond que très partiellement aux attentes qualitatives et différenciées des entreprises en matière de localisation (centralité, rapport coût/équipement des terrains, mixité des fonctions). Deux scénarios dintervention des pouvoirs publics locaux se profilent donc face au bouleversement des grands équilibres socioprofessionnels, à la mutation du tissu économique et à léclatement des marchés locaux dactivités et demplois, conséquences de la crise économique, des innovations technologiques et de la constitution des grands groupes industriels intégrés : le laisser-faire ou lengagement de réflexions et dactions sur les nouveaux rapports entre production et formation sur le territoire.
Cette dernière hypothèse débouche sur la nécessité de lier planification spatiale et économique au niveau local et doit conduire à la constitution de nouvelles cohérences économiques par la création de centres technologiques intégrés dans les grandes filières de production prioritaires au niveau régional (Plan), en collaboration avec les grands groupes industriels et leurs réseaux de PME-PMI sous-traitantes. Cependant, ces propositions qui peuvent être interprétées comme une première ébauche dargument technopolitain pour Lyon (Cauquil, 2000) et douverture de laction économique locale à une logique de filières stratégiques pour le développement territorial, ne sont pas discutées par le conseil communautaire en 1983, en raison du double contexte électoral au niveau municipal et de décentralisation administrative au niveau national.
La stratégie visant à faire de Lyon une ville internationale et une métropole technopolitaine, qui émerge également vers le milieu des années 1980, sinscrit en outre dans un champ nouveau daction publique mal, voire pas du tout maîtrisé par les services municipaux, qui ne sont pas organisés en fonction de lenjeu économique (voir supra, Section 1). Les promoteurs du premier Plan Technopole de lagglomération lyonnaise au sein de la CCIL et de lADERLY soutiennent le principe dune relation étroite nécessaire entre les volets spatial et économique de ce programme dactions en faveur du développement économique local. Laménagement spatial et lurbanisme doivent être les moyens de mise en uvre privilégiés des objectifs économiques, en donnant une matérialité physique et visible dans lespace de la ville à lintervention qualitative des pouvoirs publics locaux en faveur du développement territorial.
Les responsables politiques lyonnais utilisent donc le POS pour améliorer les possibilités dimplantation et de transformation des entreprises. Le document de 1984 prévoit en effet un système de zonage plus adaptable et moins restrictif pour laccueil des activités économiques dans le tissu urbain (AGURCO, 1984a). Le projet réglementaire entend donner de nouvelles chances au développement du tissu économique dans la ville, en élargissant la vocation fonctionnelle des zones dactivités, en renforçant les pôles économiques existants, en facilitant le maintien des activités traditionnelles et en assouplissant les prescriptions dimplantation pour accueillir les entreprises innovantes. Cependant, ce ne sont pas les services techniques municipaux qui instruisent la procédure de révision du POS, mais les techniciens de lAGURCO pour le compte de la COURLY, les compétences durbanisme et de planification urbaine ayant été déléguées au niveau intercommunal depuis la Décentralisation.
Ainsi, la Décentralisation permet certes aux autorités politiques lyonnaises dopérer un certain rattrapage dans le processus décisionnel et le pilotage de la politique économique locale, en reprenant à leur compte une partie des orientations de principe définies par lADERLY (voir infra, Section 3), mais ils nont pas les moyens techniques en interne de mettre cette ambition en application, tant en matière de savoir-faire pratique spécifique que dexpertise économique et de moyens détudes. Ils doivent donc se tourner vers laction urbanistique des services de la COURLY, ainsi que vers lintervention des organismes extérieurs spécialisés que sont lADERLY et lAGURCO pour réaliser les objectifs de développement économique, et notamment pour les connecter au mieux aux actions durbanisme et daménagement.
Sous-traitance et partenariat, solutions à la quête de pragmatisme économique
Le contexte de crise et la montée de la concurrence économique entre les villes imposent un changement de conception radical dans lorganisation des moyens daction en faveur du développement économique dans les années 1980. La recherche dune plus grande efficacité et le souci dadopter un pragmatisme proche de celui qui caractérise le comportement des entreprises amènent notamment les autorités publiques locales à se tourner vers la mobilisation dinformations économiques et statistiques pour préparer laction, cest-à-dire à ouvrir le champ de laction publique en faveur du développement économique à des compétences nouvelles relevant du domaine de lexpertise technique de léconomie, quelles ne maîtrisent pas en interne.
Les besoins en moyens de réflexion et de coordination augmentent en effet, tout comme les besoins en matière détudes de marchés, détudes de viabilité économique des projets dintervention ou en matière de diagnostic (sectoriel, territorial, etc.). Ces nouvelles exigences accompagnent ladoption de la démarche stratégique et son application à la conduite de la politique de développement économique locale. Il sagit de sappuyer sur de nouveaux outils dobservation et de connaissance du fonctionnement de lappareil économique local, tant dun point de vue conjoncturel que dun point de vue plus analytique (spécialisations, interdépendances, élaboration de diagnostics, possibilité de mesurer les effets de lintervention dans un souci dévaluation, etc.). Il sagit également de produire des réflexions prospectives, de proposer des pistes dorientation pour laction, cest-à-dire de faciliter la prise de décision en la préparant en amont.
Les autorités lyonnaises municipales et communautaires lyonnaises, bien quétroitement imbriquées et complémentaires (voir supra, Section 1), ne possèdent pas ces compétences techniques dobservation, de production dinformation économique spécialisée et détudes stratégiques en leur sein. En revanche, lADERLY et lAGURCO jouissent dun certain savoir-faire en la matière, la première grâce à son expérience dans la conduite de la politique économique locale durant les années 1970 (voir supra, 2ème Partie, Section 3), la seconde grâce au développement de ses capacités détudes et dexpertise à la fin de cette même décennie (recrutement déconomistes et autres spécialistes contractuels), et à son rattachement institutionnel et technique avec les services de lEtat Ponts et Chaussées notamment (voir infra).
Les pouvoirs publics locaux ont donc recours à lexpertise économique et au savoir-faire managérial de lADERLY dune part, et à lexpertise urbaine et aux moyens détudes de lAGURCO dautre part. Les deux organismes satellites de la COURLY agissent comme des bras exécutants et des sous-traitants de la nouvelle politique économique lyonnaise, dont les objectifs sont par ailleurs de plus en plus directement définis par les instances politiques locales, en lien avec les opérations daménagement et durbanisme lancées dans lagglomération (voir supra, Section 1). Cette nouvelle forme daction publique locale, qualifiée « durbanisme partenarial », sappuie ainsi une certaine restructuration des relations entre pouvoir politique, opérateurs techniques et acteurs locaux (Ascher, 1992).
Fin 1984, lAGURCO organise le colloque de prospective urbaine « Demain lagglomération lyonnaise », avec le concours du Ministère de lEquipement (AGURCO, 1984b). Cet évènement marque lamorce de la révision du SDAU de 1978 et le point de départ dune nouvelle approche globale et stratégique du développement économique par le biais de la planification territoriale à Lyon (TETRA, 1988). Il permet également de réorienter le rôle de lAgence vers la production détudes prospectives sur le devenir de lagglomération et damplifier son influence dans le système dacteurs lyonnais comme lieu dexpertise économique et de réflexion territoriale élargie, dans un contexte densemble marqué par la pérennisation de la crise économique (modes de production, structures de lemploi, comportements sociétaux) et par un certain repli de la pensée urbaine sur léchelle micro-locale des quartiers.
Les techniciens de lAGURCO saisissent en effet lopportunité de conduire et danimer le débat autour de lenjeu de linternationalisation et de la mise en concurrence des villes, « répondant à une attente immuable des élus lyonnais qui sont avant tout des « libéraux-planificateurs » » (TETRA, 1988, p.4). LAGURCO développe une approche générale, ancrée dans des considérations déquilibre spatial et de mobilisation des solidarités communales au service du développement économique et urbain territorial. Elle se place ainsi au centre des nouvelles réflexions menées à léchelle de lagglomération en matière de développement économique local, à la pointe de la prise en considération des nouveaux enjeux de positionnement stratégique et concurrentiel du territoire (TETRA, 1988).
La réflexion collective part du constat dun ralentissement de la croissance économique et démographique dans lagglomération, marqué par une perte demplois massive dans lindustrie (fermeture de grands établissements des groupes Rhône-Poulenc, RVI et PCUK notamment), non compensée par le développement de lemploi tertiaire. Elle porte essentiellement sur la recherche de solutions pour permettre à lagglomération de sadapter à ce nouveau contexte économique dominé par le secteur des services et les logiques dinnovation technologique. Plusieurs champs de prospective sont explorés (habitat, fonctions métropolitaines et activités économiques, planification et gestion urbaines, déplacements), mais un seul fil conducteur relie toutes les contributions produites : le développement économique à venir de la métropole lyonnaise (AGURCO, 1984).
Le volet économique de la démarche est fortement soutenu par lADERLY, qui prône le dépassement des problèmes urbains et des potentialités de lagglomération pour souligner la nécessité dun positionnement international et européen de la métropole (voir infra, Section 3). LADERLY fournit en effet plusieurs contributions au débat.
Dabord, elle dresse un état des lieux des points forts de léconomie lyonnaise en matière de spécialisation sectorielle dans les domaines dactivités de haute technologie (ingénierie nucléaire, chimie fine, pharmacie et phytosanitaire, biotechnologies, matériaux composites, électronique et informatique) et de nouveaux équipements lyonnais à vocation économique (pôle dactivités internationales du Quai A. Lignon, gare TGV de la Part Dieu, parc des expositions Eurexpo, biopôle de Gerland en cours de réalisation autour du site de lENS). Celui-ci constitue à la fois une sorte de premier diagnostic économique du territoire local et une forme de bilan de laction de promotion économique et territoriale déployée à Lyon par lADERLY depuis 1974 (ADERLY, 1984b).
Les chambres consulaires rendent compte quant à elles de leurs actions en faveur du commerce, des entreprises industrielles et de lartisanat dans lagglomération, mais ne participent pas directement à la réflexion stratégique concernant les orientations à donner au développement économique local. Seule lADERLY propose des pistes concrètes pour orienter la définition dune stratégie daction, qualifiées de « moyens dune ambition » (AGURCO, 1984a). Il sagit en fait de la présentation des deux axes de politique économique dans lesquels sengage alors lassociation : faire de Lyon une ville internationale, doublée dune métropole technopolitaine (ADERLY, 1984b).
Ces propositions sinscrivent dans la continuité naturelle du diagnostic économique de lagglomération également réalisé par lADERLY. Elles sont en effet le fruit du travail réalisé par lassociation de développement lyonnaise au cours des dix dernières années, au service des responsables politiques et des acteurs économiques locaux, et dans le cadre du partenariat noué entre la COURLY, la CCIL et le GIL au début des années 1970 (voir supra, 2ème Partie, Section 3). Forte de son expérience et de son expertise, elle occupe ainsi la place centrale dans le système dacteurs local du développement économique aux côtés de la CCIL qui héberge et finance son personnel (voir infra, Section 3), en labsence de compétence spécifique et de véritable savoir-faire technique de la part de la collectivité publique (municipalités comme intercommunalité).
Limpact des conclusions du colloque prospectif est très important sur lévolution de la conduite de la politique urbaine dans lagglomération lyonnaise, et particulièrement sur sa mise au service de lenjeu économique plus global et de la compétitivité territoriale. Certaines réflexions portant sur la planification invitent en effet également à conférer un nouveau rôle au territoire dans lorganisation du développement économique (Rey, 1984b), ou à développer un nouvel urbanisme plus stratégique et global, capable dadapter la planification aux nouveaux enjeux de la compétition économique et de la concurrence (OPAC du Rhône, 1984b).
Il conduit donc les responsables politiques locaux à reconnaître la nécessité de dépasser lancienne planification territoriale et économique, fondée sur lexercice de la prévision et la répartition fonctionnaliste des activités dans lespace mais tenue en échec par les évolutions de la conjoncture, et à se lancer dans une nouvelle démarche de planification résolument stratégique et basée sur la définition dun véritable projet de développement économique du territoire.
3- La planification stratégique, pivot du développement économique local
Ce nécessaire dépassement, qui revient à adopter une autre méthode, se concrétise autour du besoin, partagé par tous les acteurs lyonnais concernés COURLY en tête , dengager une nouvelle forme de planification et au-delà, une nouvelle forme daction publique plus propice à un retour de la croissance , résolument stratégique et en phase avec le nouveau contexte économique densemble (voir infra, Section 2). Celle-ci ce matérialise dès 1985 par le lancement de la révision du SDAU et lélaboration dun nouveau document placé sous le signe de la stratégie : le SD Lyon 2010.
La procédure délaboration et le contenu du schéma directeur de lagglomération lyonnaise (SDAL) font lobjet de plusieurs études dévaluation menées à la fin des années 1980 par des chercheurs français. Il constitue en effet un exemple particulièrement abouti et représentatif du renouveau stratégique de la planification urbaine en France (Offner, 1990). Par rapport au document approuvé en 1978, essentiellement fondé sur les principes réglementaires de zoning spatial et de réservation de terrains pour les grandes infrastructures et les équipements collectifs publics énoncés par la LOF de 1967 (voir supra, 2ème Partie, Section 1), le nouveau document achevé en 1988 présente une dimension stratégique beaucoup plus prononcée. Le remplacement du vocable SDAU par celui de SD, qui découle du nouveau système issu des lois de décentralisation de 1982-1983, est révélateur de ce changement de conception (Ascher, 1992).
Cette conception libérale de la planification urbaine est symptomatique de lévolution profonde des modes de faire en matière de politiques publiques : il sagit désormais de déterminer laction publique en fonction de lintérêt des acteurs privés, i.e. des entreprises, et non plus seulement en fonction de lintérêt général public (voir infra, Section 3). Les politiques urbaines sont conçues comme un accompagnement de la logique de développement économique portée par le marché, plus que comme une véritable force dimpulsion et dorientation volontariste comme cétait le cas notamment durant les Trente Glorieuses (voir supra, 2ème Partie).
Le nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise place lenjeu économique et métropolitain au centre de la planification territoriale, ainsi que son corollaire : laction de valorisation à mener par les acteurs publics locaux, dans une optique de compétition interurbaine à léchelle européenne voire mondiale (SEPAL, 1992). Son contenu, fortement marqué par la pensée stratégique et économique, est déterminé en grande partie par lorganisation institutionnelle prévue pour lélaboration, qui confère une place importante aux acteurs économiques (voir infra). Il formule ainsi un projet de développement de lagglomération fortement marqué par lenjeu du positionnement économique, et consacre ladoption dune nouvelle approche de laction publique locale, pragmatique, transversale et globale, directement inspirée par les attentes et les intérêts des entreprises lyonnaises.
Une nouvelle culture partagée de laction publique
« Cest surtout du fait des traditions et des habitudes que ce rôle de réflexion sur le développement économique réflexion qui, si elle est suivie par la mise en uvre de diverses mesures, devient une politique économique nest pas exercée ou lest très peu par les collectivités locales. Lun des principaux obstacles est donc psychologique » (Gares, 1980, p.10). Le changement de méthode rendu nécessaire par le nouveau contexte économique densemble hyperconcurrentiel est ainsi étroitement lié à un changement de culture politique et technique de la part des pouvoirs publics locaux et de leurs services internes. Il est conditionné par une ouverture aux problématiques économiques et à une sensibilisation accrue aux enjeux du développement stratégique du territoire.
La Décentralisation des compétences de lEtat vers les collectivités locales permet un certain sursaut politique, en libérant et légitimant les initiatives de prise en main de la régulation économique territoriale par les élites locales. Lorganisation des services techniques, particulièrement au niveau communautaire de lintercommunalité, commence à traduire la nouvelle posture politique plus volontaire et ladoption de la vision stratégique du développement économique local (voir supra, Section 1). Un ingénieur des Travaux Publics de lEtat, M. Rivoire, est notamment chargé de la direction du Développement urbain entre 1983 et 1989. Il est à lorigine de la structuration des services durbanisme, qui permet la mise au service du développement économique des principales opérations daménagement urbain lancées dans le périmètre central de lagglomération (Quai A. Lignon, Gerland).
Le colloque prospectif et la révision du SDAU, conduits dans la seconde moitié des années 1980, donnent loccasion au milieu professionnel lyonnais de lurbain (techniciens des collectivités locales, techniciens de lAGURCO et de lADERLY, experts, universitaires, élus
) « doccuper le terrain en élevant le débat » (TETRA, 1988, p.4), et de faire preuve dun certain renouvellement culturel, dune nouvelle posture dans la façon de penser laction publique et le développement territorial. Les réflexions prennent en effet une certaine hauteur conceptuelle et temporelle, elles souvrent à la dimension prospective et stratégique, aux enjeux globaux liés à la planification urbaine et au développement économique, séloignant ainsi des problématiques uniquement opérationnelles et de la seule vision à court terme.
Un réseau très actif de techniciens et de responsables administratifs ou politiques sorganise ainsi pour prendre en main les questions de développement économique et de planification stratégique dans les années 1980, autour de lidée de constituer une nouvelle forme globale davantage territorial comparatif (Ben Mabrouk, Jouve, 1998). Le directeur de lAGURCO fait de la « révolution dans les têtes » et de la constitution de compétences locales dexpertise, des facteurs indispensables de louverture de la planification urbaine et de laction publique territoriale à la dimension pragmatique et managériale, seule garante defficacité économique dans un contexte de concurrence exacerbée entre les villes (voir infra).
Le facteur humain est très important pour comprendre le mode dorganisation du système dacteurs et le fonctionnement du partenariat permettant la mise en cohérence des orientations du développement économique portées par lADERLY, des actions daménagement spatial pilotées par la COURLY, et des travaux de planification urbaine conduits par lAGURCO. Les techniciens de lADERLY et de la CCIL (J. Chemain, P.-Y. Tesse, P. Grandjean, R. Maury) sont très proches de certains techniciens et responsables de services de la COURLY, comme M. Rivoire. Ils entretiennent aussi de très bonnes relations avec le personnel de lAGURCO, notamment avec son directeur J. Frébault. Ils jouissent également dune grande proximité avec certains élus occupant des fonctions clés au sein de lappareil communautaire : J. Moulinier, chargé de lurbanisme, C. Béraudier, chargé des finances, M. Noir, chargé de léconomie. Tous partagent une même culture davant-garde de laction publique stratégique, ainsi que de solides relations amicales et/ou professionnelles (voir infra).
Les nouvelles ambitions de développement économique et métropolitain de lagglomération lyonnaise sont ainsi largement définies par lADERLY mais partiellement mises en uvre par le biais de son action de promotion territoriale (voir infra, Section 3). Elles sont traduites en objectifs daction sur le plan urbain et spatial par lAGURCO, à travers le nouveau schéma directeur daménagement et durbanisme quelle est chargée délaborer. Elles sont aussi déclinées à travers la mise en uvre de lurbanisme opérationnel par les services communautaires, grâce à la très grande proximité culturelle et humaine existant entre les principaux responsables et techniciens des organismes impliqués dans la conduite de la politique économique lyonnaise. Les actions respectives de lADERLY, de lAGURCO et de la COURLY sont donc conçues de façon complémentaire et coordonnée, les deux premières structures agissant comme des bras exécutants du volet économique et de la production dexpertise, en sous-traitance et en partenariat pour le compte de la troisième, représentant lautorité politique et publique.
Les délibérations des conseils municipaux et du conseil communautaire engagent la révision du SDAU en 1985, puis la création du Syndicat dEtudes et de Programmation de lAgglomération Lyonnaise (SEPAL), chargé de la maîtrise douvrage des travaux. Celui-ci est composé délus représentant le COURLY et les communes de la périphérie Sud-est et Ouest, intégrées dans le périmètre du document de planification (SEPAL, 1992). Le poids du portage politique est ainsi assez important dans laffichage institutionnel du nouveau schéma directeur.
Cependant, le rôle des élus et de la sphère politique de façon générale dans le processus de révision du document de planification de 1978 est relativement peu important, notamment par rapport à linfluence exercée par les acteurs économiques, les experts, les consultants et autres bureaux détudes. Le nouveau schéma dagglomération repose en effet sur le principe de la mobilisation des forces vives du territoire dans une logique de développement, et non sur le principe administratif classique de laménagement et de léquipement de lespace (voir infra, Section 3). Les principales collectivités locales impliquées dans le processus (Région Rhône-Alpes, Département du Rhône, COURLY) nont pas de service économique et ne produisent donc pas détudes économiques ni de données ou statistiques particulières pouvant étayer les travaux de préparation (Barbier de Reulle, de Courson, 1988).
Toutefois, si les acteurs économiques dominent en filigrane le processus délaboration, notamment pour ce qui concerne le volet économique et le positionnement stratégique du projet dagglomération, ce sont surtout les organismes de représentation des intérêts économiques lyonnais qui participent à lélaboration du nouveau document de planification, cest-à-dire essentiellement les structures consulaires comme la CCIL (voir infra, Section 3). Les entreprises, en tout cas à titre individuel, sont globalement absentes des travaux (Leblanc, 1993).
Les réflexions du groupe dexperts et les travaux de prospective conduits par le bureau détudes TETRA contribuent également à faire émerger et à diffuser une nouvelle culture stratégique, économique et managériale auprès des pouvoirs publics locaux, à travers la préparation du nouveau schéma directeur (TETRA, 1987). Ils consolident aussi la démarche délaboration collective du projet de développement local, qui soit véritablement partagé et porté par lensemble des acteurs du territoire. La planification stratégique repose en effet en grande partie sur la recherche du consensus et de dénominateurs communs au sein du système dacteur local, selon une logique daction de type « bottom-up » (Ascher, 1992). Il sagit notamment de faire émerger un langage commun, une culture et des représentations partagées du territoire et des enjeux de développement (Lavigne, Dost, 1988).
Grâce à la maîtrise duvre de la préparation du nouveau document de planification de lagglomération qui lui est confiée, volet le plus technique et le plus concret de lélaboration, lAGURCO se trouve donc au cur du nouveau réseau technique, économique et politique local qui soccupe de définir lambition stratégique de développement métropolitain lyonnaise (Ben Mabrouk, Jouve, 1998). Elle soccupe de lanimation des groupes de travail techniques et du groupe dexperts convoqué en marge de la démarche prospective, de la coordination des études et de la réalisation du document final. Ce rôle central lui permet de conforter une base dexpertise somme toute fragile sur les questions économiques (Prudhomme, Davezies, 1989), et de servir de véritable courroie de transmission de la culture managériale et stratégique entre les acteurs économiques lyonnais, qui la portent depuis la survenue de la crise économique, et les acteurs politiques et techniques de la planification urbaine (Lavigne, Dost, 1988).
Une vision stratégique de la planification urbaine portée par les acteurs économiques
La CCIL, très proche de lADERLY quelle finance avec la COURLY, place son expertise économique et stratégique au service de lélaboration du projet de développement territorial du nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise (voir infra, Section 3). Elle apporte en effet sa maîtrise de la démarche managériale au processus de définition de la stratégie de positionnement économique piloté par lAGURCO (Leblanc 1993). Après avoir réalisé le diagnostic de léconomie lyonnaise, qui peut sapparenter à une véritable étude de marché synthétisant les attentes des investisseurs économiques internationaux ou technopolitains vis-à-vis du « produit Lyon » (CCIL, 1987) et les caractéristiques des grandes villes potentiellement concurrentes, lorganisme consulaire énonce en effet un projet de positionnement pour lagglomération : faire de Lyon une métropole internationale et technopolitaine, offrant un cadre de vie attractif.
Sa mise en application à travers le futur schéma directeur repose sur une série de propositions dorientation énoncées sous la forme daxes stratégiques, pouvant être divisée en deux catégories de priorités : celles destinées à améliorer lenvironnement spatial des activités économiques, qui concernent essentiellement ladaptation quantitative et qualitative des infrastructures daccueil et des équipements daccompagnement à vocation économique ; celles destinées à renforcer lattractivité différentielle de lagglomération en la positionnant sur le marché des métropoles internationales et technopolitaines. Ce projet de développement économique de lagglomération est repris quasiment tel quel dans les rapports de présentation successifs du nouveau schéma directeur, y compris en ce concerne le vocabulaire employé et lesprit pragmatico-managérial qui sen dégage (SEPAL, 1988 ; SEPAL, 1992).
Toutefois, ces derniers sont adaptés à la cible « grand public » ainsi quà lessence spatialiste et aménagiste du document de planification urbaine, qui ne peut être uniquement centré sur lénonciation dun projet de développement économique stratégique et qualitatif. La stratégie internationale pour Lyon se matérialise donc par la volonté de hisser la ville au rang de métropole européenne en renforçant son positionnement au sein de larmature urbaine et son potentiel de fonctions métropolitaines, tandis que lobjectif technopolitain est traduit à travers le renforcement des pôles dexcellence en haute technologie de lagglomération et le développement du potentiel universitaire et de recherche lyonnais par le biais des politiques urbaines.
Il est particulièrement significatif que les priorités identifiées par la CCIL sexpriment dans le nouveau schéma directeur essentiellement en matière dinfrastructures, déquipements collectifs et damélioration de lenvironnement des entreprises, eu égard non seulement à la nature de lorganisme consulaire qui représente lintérêt des entreprises sur le territoire local, mais aussi à la vocation doutil dorientation des politiques urbaines et territoriales du document de planification. Les propositions de lorganisme consulaire consistent en effet essentiellement à placer lurbanisme et laménagement au service du lintérêt économique, selon une logique stratégique et pragmatique de mise en valeur de lenvironnement offert aux entreprises par le territoire local, à des fins dattractivité économique différentielle et de développement concurrentiel. Il sagit aussi sans doute dadapter les prescriptions proposées aux compétences daction effectives de la puissance publique locale (urbanisme, aménagement, équipements collectifs, etc.).
Le contournement autoroutier de lagglomération par lEst est ainsi qualifié de priorité absolue, trois équipements collectifs sont identifiés comme étant indispensables au rayonnement de la métropole, et quatre infrastructures de transports sont jugées nécessaires. La vocation internationale de Lyon doit passer par la réalisation de deux opérations daménagement à vocation économique : la Cité Internationale (Quai A. Lignon) et le Sud de la Presquîle (Confluent). Lenjeu technopolitain est matérialisé par les objectifs fonciers et urbanistiques relatifs à laménagement des trois technopôles de lagglomération (la Doua, Gerland, communes de lOuest) : constitution de réserves de terrains suffisantes, réalisation de parcs dactivités haut de gamme présentant une grande qualité paysagère et urbaine, et accueillant des entreprises high-tech à proximité des centres de recherche et denseignement supérieur.
Enfin, des préoccupations plus générales concernant lamélioration de limage de Lyon et de son attractivité économique, grâce au renforcement des fonctions daccueil hôtelier et au développement dun aménagement urbain hautement qualitatif, complètent les prescriptions. Il sagit notamment de produire des aménagements plus qualitatifs dans le centre-ville, de soigner les formes architecturales et laspect des façades, et dembellir les espaces publics, y compris en bordure des fleuves et des principaux axes de transports. Le verdissement de la ville est même présenté comme un élément du paysage urbain « en passe de devenir un facteur de production à part entière » (Leblanc, 1993, p.55).
Toutes ces priorités sinscrivent dans la continuité directe des efforts de promotion et de développement économique de lagglomération lyonnaise réalisés par lADERLY depuis plus dune décennie, dans le cadre de linternationalisation de Lyon comme du développement de largument technopolitain (voir infra, Section 3). Il ne sagit pas uniquement de satisfaire les attentes immédiates des entreprises locales, mais également de valoriser le territoire de lagglomération dun point de vue économique en complétant loffre de grands équipements structurants ou métropolitains, et de faciliter la réalisation des principaux projets daménagement ou durbanisme à vocation économique en améliorant leur accessibilité et leur attractivités potentielles.
Le poids relativement important des organismes patronaux dans la phase amont de préparation des orientations du futur schéma directeur, qui se veut clairement placé sous le signe du développement économique, sexplique essentiellement par labsence de structure institutionnelle ou politique à léchelle du territoire de fonctionnement économique de lagglomération lyonnaise, si tant est bien sûr que celui-ci corresponde au périmètre arrêté pour lexercice de planification (voir supra). « Ni la commune de Lyon, ni la COURLY, ni le département du Rhône ne peuvent parler en son nom » (Prudhomme, Davezies, 1989, p.6) : les structures représentatives des intérêts des entreprises occupent donc lespace de pouvoir laissé vacant par les collectivités locales.
Louverture de lorganisation institutionnelle du processus délaboration du nouveau document de planification à la sphère économique, et plus particulièrement aux experts de la CCIL et de lADERLY (respectivement associée et invitée par le SEPAL), favorise ainsi très directement le glissement des réflexions depuis des considérations uniquement spatiales vers des préoccupations dordre économique et stratégique. Les acteurs économiques placent les enjeux de développement futur de la métropole autour de la vocation internationale de Lyon, du développement des technopôles et de lamélioration du cadre de vie local, selon une perspective de création dun avantage territorial comparatif. Ils sont matérialisés par une liste de nouvelles infrastructures et équipements à réaliser pour créer un environnement plus favorable au développement économique (Lavigne, Dost, 1988).
LAGURCO, vecteur de lacculturation stratégique de la puissance publique locale
Si la démarche pragmatique et stratégique du développement territorial est essentiellement portée par les acteurs économiques durant la seconde moitié des années 1980, en raison notamment de leur grande expérience et de leurs compétences reconnues en matière de développement économique, la diffusion de cette culture managériale au cur du dispositif daction publique locale, cest-à-dire au sein de la classe politique lyonnaise et de la sphère des techniciens de lurbain travaillant pour la COURLY, est assurée par lAGURCO. LAGURCO agit ainsi, non seulement comme un bras exécutant de lorganisme communautaire dans le domaine de lexpertise, mais également comme un vecteur du virage culturel, stratégique et économique de la politique urbaine dans lagglomération lyonnaise.
Il sagit dune association rassemblant lEtat, le département du Rhône et la COURLY, créée en 1978 pour faciliter la gestion de laménagement spatial et de la planification urbaine au niveau intercommunal, notamment dans une perspective de compétitivité territoriale nouvelle. Elle ne fait pas partie de lorganigramme communautaire, contrairement à lATURCO (voir supra, 2ème Partie, Section 2), mais contribue directement au renforcement de laction qualitative, globale et stratégique de la COURLY sur le territoire de lagglomération au cours des années 1980, en intégrant les problématiques économiques, résidentielles, de transport et de cadre de vie dans ses travaux détudes.
La nouvelle approche « utilitariste » et stratégique de lurbanisme et de laménagement au service du développement économique dans lagglomération lyonnaise est en effet portée, entre autres, par le personnel de lAGURCO, et plus précisément par son directeur. Cest un ingénieur des Ponts et Chaussées, très proche des techniciens de lADERLY et de certains responsables de services de la COURLY, particulièrement ouvert aux nouvelles approches stratégiques et managériales du développement urbain en contexte de concurrence économique entre les villes (Frébault, 1987).
Le statut partenarial public de lAGURCO offre plusieurs avantages à la COURLY. Il lui permet en effet de développer ses capacités dexpertise technique en matière daménagement spatial, de planification urbaine et de développement économique, en externe mais de façon étroitement liée aux services communautaires. Il lui permet aussi davoir une certaine autonomie en la matière par rapport aux autorités municipales de lagglomération. En outre, le regroupement de lEtat et des collectivités locales en son sein permet à la fois une démonopolisation du pouvoir dexpertise auparavant détenu par les techniciens de lEtat (voir supra, 2ème Partie, Section 2) et le maintien des possibilités de contrôle et dinfluence de la technocratie étatique sur la mise en place des politiques urbaines au niveau local. Toutefois, la participation financière de lEtat est passablement réduite après la décentralisation, augmentant dautant la dépendance de lAGURCO vis-à-vis de la ville centre (Lavigne, Dost, 1988).
La nouvelle cellule de réflexion et de conception urbaines lyonnaise soccupe donc de faire émerger une véritable culture de laménagement au service du développement économique et de lurbanisme stratégique à vocation métropolitaine au sein du système dacteurs lyonnais (Ben Mabrouk, Jouve, 1999). Elle favorise également une meilleure prise en compte de léchelle de lagglomération par les politiques urbaines communautaires, en conduisant notamment la révision des POS de 1976, en premier lieu dans la zone centre (Lyon et Villeurbanne). LAGURCO établit aussi une amorce de politique de développement économique territoriale globale, plus soucieuse des besoins évolutifs des entreprises et des aspects qualitatifs de lenvironnement économique, à travers ses premiers travaux sur les mutations des bassins demplois et des branches dactivités locales au tournant des années 1980.
Déjà, létat des lieux du tissu économique de lagglomération mené à la fin des années 1970 occasionne une réflexion importante sur les effets et limites de la planification urbaine et économique à léchelle de lagglomération (AGURCO, 1982). Il conduit notamment les responsables techniques, politiques et économiques lyonnais à prendre acte du caractère erroné et obsolète du SDAU approuvé en 1978, et sert de base de diagnostic pour concevoir une nouvelle orientation plus stratégique et pragmatique pour les nouveaux documents de planification de lagglomération à venir (POS, SDAU). LAGURCO affirme ainsi sa vocation doutil de synthèse indispensable pour la préparation de laction et donc complémentaire de la COURLY en matière de politique urbaine à léchelle de lagglomération.
Fin 1983, lAGURCO réalise un document de synthèse sur les principaux enjeux économiques de lagglomération, qui alimente les réflexions du colloque prospectif « Demain lagglomération lyonnaise » et les propositions formulées pour le Plan daction Technopole piloté par lADERLY à partir de 1984 (voir infra, Section 3). Dès avant 1985, date de la mise en révision du SDAU de 1978, lAGURCO présente ainsi une bonne capacité dexpertise et détudes sur léconomie lyonnaise, portant notamment sur la structure des emplois et son évolution, le marché des bureaux et lemploi tertiaire, les zones dactivités, les branches industrielles, le domaine de la recherche et des activités de pointe, lurbanisme commercial, et de nombreuses contributions économiques à des études de quartier en amont des projets daménagement.
A partir du milieu des années 1980, elle permet le basculement de la politique urbaine lyonnaise dans une approche résolument stratégique et vouée à lenjeu central du développement économique, grâce à lorganisation du colloque prospectif « Demain lagglomération lyonnaise » (voir supra), qui débouche sur lélaboration du nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise, « Lyon 2010 ». Par le biais de sa cellule « activités économiques et services urbains » créée en 1985 et placée sous la responsabilité dun économiste, ou par le biais de sa collaboration avec des cabinets de consultants privés extérieurs, elle développe une expertise économique non négligeable dans le cadre de la conduite des travaux préparatoires à la révision du SDAU.
Elle sinscrit ainsi au cours des années 1980 comme lune des structures locales potentiellement porteuse de lintérêt des entreprises, du moins de lexpertise spécifique nécessaire à la préparation de laction en faveur de leur développement sur le territoire de lagglomération lyonnaise. LAGURCO noue des contacts étroits avec les organismes de représentations des intérêts économiques locaux pour la préparation du colloque de prospective urbaine. Elle participe ensuite directement à lorientation économique du nouveau document de planification à létude, en reprenant quasiment à lidentique le diagnostic et les prescriptions fournis par la CCIL et lADERLY (voir supra), à travers les réflexions du groupe de travail « Activités économiques et Espaces ». Celui-ci se réunit cinq fois pour auditionner les différents groupes dacteurs concernés dans lagglomération (voir infra).
LAGURCO assure donc le transfert de la culture managériale, pragmatique et stratégique de laction en faveur du développement économique, largement développée au sein des organismes représentatifs des entreprises que sont la CCIL et lADERLY, auprès des techniciens et des élus de la collectivité publique locale (COURLY, municipalités). « Dans son discours, lAgence soctroie un rôle de formateur vis-à-vis des élus locaux : engendrer une nouvelle prise de conscience des élus face aux potentialités de lagglomération dans la mise en place dun projet global » (Lavigne, Dost, 1988). Lélaboration du nouveau POS de Lyon, lorganisation du colloque de prospective sur le devenir de lagglomération et la conduite de la révision du SDAU confèrent à lAGURCO un rôle déterminant dans le nouveau positionnement proactif des pouvoirs publics en faveur du développement économique au cours des années 1980. Elle anticipe et accompagne le virage méthodologique et politique de la structure intercommunale, telle un éclaireur, en diffusant et en explicitant les nouveaux enjeux économiques et territoriaux de ladaptation de lagglomération au nouveau contexte hyperconcurrentiel.
Le contenu stratégique du nouveau schéma directeur de lagglomération, notamment en ce qui concerne le volet économique et la soumission de lensemble de la politique urbaine à lenjeu du développement économique concurrentiel, est en effet directement issu des réflexions des deux structures patronales locales, mais il est traduit en objectifs urbanistiques et aménagistes par les soins de léquipe technique de lAGURCO, qui favorise ainsi leur appropriation par les responsables politiques de la puissance publique locale. Les travaux délaboration du document de planification, menés par trois commissions composées délus, de membres associés ou invités et de techniciens, sappuient en effet sur le diagnostic territorial et les orientations proposées par lAGURCO pour lorganisation du programme détudes (AGURCO, 1986a et b).
Cette concertation approfondie des acteurs de léconomie permet non seulement à lAGURCO douvrir son champ de compétence à de nouveaux domaines économiques, mais également daméliorer le diagnostic économique du territoire local et de mieux le positionner sur le marché des grandes villes européennes. La participation des cabinets de consultants à la réalisation des scénarii prospectifs renforce en outre linfluence de la pensée stratégique et pragmatique issue de la sphère des entreprises sur lorientation du schéma directeur (TETRA, 1988), qui apparaît ainsi fortement marqué par lenjeu économique et lapproche managériale (Padioleau, Demesteere, 1992).
Lessence stratégique du projet de schéma directeur « Lyon 2010 »
Le nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise est issu dune relecture critique du précédent document de planification urbaine. Adopté en 1978, celui-ci a été élaboré en référence à des principes de prévision et à des critères dorganisation de lespace définis selon une logique de croissance économique (voir supra, 2ème Partie). Suite aux profondes modifications du contexte économique densemble, des décalages urbains et économiques entre les orientations du SDAU et la réalité des évolutions territoriales sont mis en évidence, remettant en cause la forme et le fond du premier schéma, notamment concernant le traitement des problématiques économiques.
Le nombre demplois a en effet moins augmenté que prévu depuis 1975, tandis que lexplosion du secteur tertiaire na comblé quen partie seulement la nette décroissance de lindustrie. Si les activités économiques se sont globalement redéployées dans les zones périphériques de lagglomération, notamment dans le secteur Ouest totalement sous-estimé par le SDAU de 1978, le changement de contexte remet cependant en question le principe des grandes zones industrielles impliquant la constitution dimportantes réserves foncières. Il donne en revanche une nouvelle valeur aux localisations centrales insérées dans le tissu urbain et à la reconquête des friches industrielles, ainsi quaux nouveaux produits fonciers et immobiliers de type « parc dactivités », pouvant mixer industrie, services et recherche (AGURCO, 1986a). Le débat autour de la révision est ainsi centré sur des considérations plus qualitatives que quantitatives, sur une problématique de gestion économique et urbaine globale, et sur des thèmes beaucoup plus stratégiques que précédemment (Lavigne, Dost, 1988).
Cependant, le véritable déclencheur de la mise en révision du SDAU est plus politique et pragmatique que méthodologique ou même conceptuel : le document de 1978 empêche en effet les élus communautaires et municipaux de conférer une orientation tertiaire à la ZAC « Sans souci », projetée à Limonest dans le cadre de laménagement du technopôle Nord-ouest de lagglomération. Le nouveau document sattache donc aussi à remplacer le caractère rigide et fortement contraignant de la planification fonctionnaliste des sols par un nouveau type de planification, présenté comme relativement dépolitisé et uniquement régi par des considérations dordres stratégique et pragmatique, permettant une certaine flexibilité dans laménagement et le développement futur du territoire local.
Il sagit concrètement de retranscrire dans lespace et à travers les prescriptions de la planification urbaine, les grands enjeux de développement et de promotion économiques de la métropole lyonnaise. Le nouveau document de planification se concentre ainsi essentiellement sur limage urbaine globale de lagglomération selon une logique de marketing urbain, sur le développement économique au sens large i.e. la création davantages comparatifs territorialisés et de facteurs locaux dattractivité économique , et sur les équipements structurants qui sont censés laccompagner et le favoriser (Ascher, 1992).
La contribution de laménagement spatial et de lurbanisme au développement économique de la ville est dautant plus légitime que le contexte densemble a profondément changé par rapport à la période de croissance des Trente Glorieuses. La concurrence entre les villes et entre les territoires, qui caractérise le nouveau fonctionnement du système économique dun point de vue spatial, justifie en effet une nouvelle utilisation de ces champs daction publique à des fins de régulation économique au niveau local. La nouvelle logique de développement des territoires urbains ne repose plus simplement sur une dynamique de croissance spatiale, mais plutôt sur une dynamique de transformation qualitative de lespace et de ses contenus (Frébault, 1987).
Cette nouvelle vision de la planification urbaine au service du développement économique est notamment portée par le groupe de travail « Activités économiques et Espaces », chargé dalimenter les réflexions des commissions thématiques en charge de lélaboration du nouveau document (voir supra). Ses membres se focalisent en effet sur la recherche dune articulation entre la dimension économique et la dimension spatiale éléments majeurs de la planification , largement laissée de côté par le schéma de 1978. Ils sinscrivent ainsi dans la mouvance de l« urbanisme concurrentiel » (Lavigne, Dost, 1988), faisant de lattraction de nouvelles activités économiques et de la promotion dune image urbaine valorisante, bâtie autour du cadre de vie et de la performance économique, lenjeu central pour les villes.
Leur conception très managériale de la gestion urbaine rejoint celle du directeur de lAGURCO, qui compare lexercice de la planification et la conduite des politiques urbaines au management des firmes. « Lurbanisme doit aussi concourir à la création de richesses économiques. Lorganisation de lespace, de même que les règles du jeu mise en place peuvent largement valoriser les atouts de lagglomération qui sont facteurs de développement économique. (
) Les villes sont à certains égard des entreprises qui doivent être gérées et managées comme telles, avoir une stratégie de conquête des marchés, faire du marketing et de la publicité, et se donner les moyens de leurs ambitions, y compris à travers leur urbanisme » (Frébault, 1987, pp.19-20). Le recours à lexpertise des cabinets de consultants spécialisés dans les approches stratégiques et managériales de léconomie apparaît donc comme une évidence aux responsables publics de la démarche délaboration.
Le Cabinet Arnaud produit une première réflexion générale et méthodologique concernant les critères de localisation des activités (AGURCO, 1987). Le Cabinet TETRA, un autre bureau détudes parisien, propose une présentation prospective du développement économique et spatial de lagglomération, fondée sur deux scénarii opposés de développement local. Le positionnement compétitif de lagglomération est ainsi laissé au libre choix des responsables politiques locaux, mais orienté selon cinq grands défis à relever (TETRA, 1987). Trois dentre eux sont directement liés à léconomie : le développement économique, qui doit nécessairement passer par le tertiaire et la mondialisation ; la concurrence entre les villes européennes au sein du Marché unique ; la technologie dans lentreprise et la communication.
Le projet de positionnement inscrit ainsi de facto lagglomération lyonnaise dans le jeu de la concurrence interurbaine. Il sagit de gagner la compétition face aux autres ville (la première échéance de temps évoquée, révélatrice, est celle de louverture du marché unique en 1993), mais lhypothèse dune exacerbation de la concurrence territoriale est affirmée sans véritable explication ni démonstration, telle une sorte de fatalité quasiment naturelle et inéluctable, ou peut être plus trivialement une simple mythologie mobilisatrice (Lavigne, Dost, 1988). Lyon vise donc le statut dEurocité, cest-à-dire une place dans le système urbain européen, et pas tant daménager et de gérer lespace urbain local comme le prévoit les exercices de planification urbaine classiques.
Face à ces urgences, la stratégie proposée par TETRA et le groupe dexperts (TETRA, 1987), largement inspirée de la vision des cabinets détudes et des acteurs économiques privés (voir infra, Section 3), repose sur deux volets complémentaires qui renvoient à la fois à la dimension économique et à la dimension symbolique de limage urbaine : linternationalisation et la modernisation de lagglomération. La première passe par la réalisation déquipements et dinfrastructures culturels, métropolitains, technologiques ou de transports, permettant datteindre le statut de métropole européenne, ou Eurocité. La seconde participe dune stratégie plus complexe, interne et sociologique de transformation de la ville, qui repose sur la mutation globale de la société et la recherche dune meilleure qualité de vie (Lavigne, Dost, 1988).
Le projet de développement qui fonde les grands principes du schéma directeur repose ainsi sur un important volet de marketing urbain, qui consiste à distinguer lagglomération lyonnaise sur le marché des villes (SEPAL, 1988 ; SEPAL, 1992). Il vise en priorité la séduction des entreprises et des investisseurs extérieurs, cest-à-dire essentiellement des acteurs économiques. Lagglomération est pensée comme un produit économique, confronté à la concurrence internationale (Padioleau, Demesteere, 1992). Selon cette conception éminemment stratégique et volatile, les prescriptions spatiales et réglementaires ne sont que des déclinaisons graphiques, des simples retranscriptions dune véritable proposition de politique urbaine globale à vocation économique pour Lyon (Lavigne, Dost, 1988).
Une déclinaison spatiale et multisectorielle des enjeux de développement économique
Le document final qui constitue le nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise est résolument placé sous le signe du développement économique de laction publique stratégique (SEPAL, 1992). Il sagit dune proposition politique de développement économique concurrentiel du territoire à retranscrire dans lespace. Le parti pris daménagement vise ainsi à produire une agglomération urbaine de dimension européenne à fort rayonnement, grâce à une nouvelle organisation globale du territoire et à sa mise en valeur à travers une politique ambitieuse dimage. Il équivaut à un engagement de la politique urbaine lyonnaise en faveur de la production dun environnement économique de qualité, attractif pour les entreprises (Lavigne, Dost, 1988).
La stratégie internationale de Lyon repose en effet sur une douzaine de politiques prioritaires de développement, majoritairement conditionnées par limpératif économique. La première consiste à « renforcer les moteurs du développement économique et mieux positionner la région lyonnaise dans la concurrence en diversifiant loffre de sites daccueil ». Cet objectif passe notamment par une politique cohérente daménagement et de valorisation des grands sites économique de lagglomération (lhyper centre : Presquîle, Part Dieu, et Cité Internationale ; les trois technopôles : Gerland et le Confluent, Vaise et le plateau Nord-ouest, la Doua et Vaulx-en-Velin ; les grandes zones industrielles de lEst et du Nord : Mions Corbas, Décines Meyzieu, Les 4 chênes, Rillieux, Neuville Genay, etc.), par un souci particulier pour les secteurs situés aux entrées géographiques de Lyon (voir infra) et par la valorisation de lenvironnement spatial des entreprises (offre foncière variée, paysage de qualité, etc.).
Cette logique de sites et de pôles économiques est complétée par une volonté de renforcement des grands équipements à vocation économique (aéroports, desserte TGV, autoroutes, centre international de congrès et dexposition, télécommunications, World Trade Center, établissements denseignement supérieur, etc.). Le rôle logistique du carrefour lyonnais est également mis en avant, notamment à travers la modernisation du Marché dIntérêt National et laménagement de plateformes logistiques. Cette politique prioritaire, comme les suivantes, reprend de façon très fidèle et dans une large mesure les recommandations faites par la CCIL lors des études préparatoires (diagnostic, identification des enjeux de positionnement), en matière déquipements et dinfrastructures pouvant avoir une influence plus ou moins directe sur lattractivité économique du territoire local (voir supra).
La politique économique comporte aussi un volet plus sectoriel, prévoyant le renforcement des filières industrielles et technologiques dexcellence présentes sur le territoire local, le soutien à lensemble du tissu économique (PME-PMI, artisanat) et le développement des fonctions économiques relevant du tertiaire supérieur. Il sagit de promouvoir un centre daffaires lyonnais de dimension métropolitaine et de rayonnement international. Lune des innovations méthodologiques du document est ainsi darticuler une planification sectorielle par branches dactivités et fonctions économiques ou urbaines, auparavant réservée à la politique économique de lEtat (voir supra, 2ème Partie, Section 1) et donc nouvelle au niveau local, à la planification spatiale plus classiquement utilisée à léchelle des villes (Lavigne, Dost, 1988).
La seconde politique prioritaire est elle aussi en lien direct avec lenjeu économique : « Développer le rayonnement universitaire et le pôle de recherche de la région lyonnaise en sappuyant sur les politiques urbaines ». Elle est présentée comme un levier du développement économique et un facteur dattractivité concurrentielle pour lagglomération. Elle croise également de façon étroite politique dintervention spatiale (aménagement de lespace transports : amélioration de lenvironnement urbain et de la desserte des campus ; urbanisme : réhabilitation de la friche de la Manufacture des Tabacs, gestion appropriée des réserves foncières, etc.) et politique sectorielle ayant trait au renforcement de linternationalisation de Lyon et à la promotion de ses fonctions métropolitaines (favoriser les coopérations technopolitaines internes et les échanges avec lextérieur, privilégier certains domaines dexcellence, etc.). Cette politique sinscrit donc en grande partie dans le prolongement du Plan Technopole porté par lADERLY et la CCIL depuis 1984.
On retrouve aussi cette démarche darticulation entre objectifs sectoriels et objectifs spatiaux dans le contenu des autres politiques prioritaires : transports, réseaux dénergie et de télécommunications, habitat, culture, tourisme, sports et loisirs, cadre de vie et paysages. Les différentes fonctions urbaines sont en effet abordées en mêlant à chaque fois des propositions dordres qualitatif et immatériel, donnant une orientation pour laction publique locale à venir, à des prescriptions plus concrètes dordres spatial, urbanistique et aménagiste.
Certaines identifient ainsi des équipements et des infrastructures à réaliser ou à renforcer, plus ou moins en lien avec les enjeux et objectifs de développement économique de la métropole. Les politiques culturelles et touristiques insistent notamment sur la nécessité de compléter ou de mettre en valeur léquipement muséographique, le patrimoine local existant au sens large, les spécialités et éléments de lidentité lyonnaise, les infrastructures daccueil, etc. La politique de transports évoque le bouclage Nord du boulevard périphérique. Dautres donnent plutôt des indications de principe pouvant favoriser la compétitivité économique lyonnaise : « Utiliser les nouvelles technologies de communication comme moteurs du renouvellement économique (
) » ; « (
) loffre de logements doit être suffisamment large pour répondre à une demande en produits haut de gamme destinés aux cadres quune métropole internationale a besoin dattirer », etc.
La définition relativement flexible daxes ou dorientations de développement est donc préférée à une présentation trop rigide de la forme de lagglomération à un horizon de quinze ou vingt ans : il sagit dindiquer un sens, une trajectoire de développement plutôt que des objectifs définitivement arrêtés. La souplesse guide la définition doptions consensuelles assez floues, qui dénotent dun refus avéré du normatif et du prescriptif : « Si la planification urbaine na plus sa prétention initiale de remplacer le libre jeu des forces du marché dont les conséquences étaient jugées particulièrement désastreuses, lurbanisme ne peut plus viser dabord (
) à interdire. Au contraire la planification urbaine doit tendre ses bras vers la main invisible du marché ! Lenjeu est plus (
) daccompagner, (
) dinventer, (
) dinformer (
). Il sagit de planifier et de gérer le contexte, plutôt que de tenter de guider directement les acteurs et les opérateurs » (Ascher, 1992).
Le parti daménagement sappuie en outre sur de nouveaux concepts de planification spatiale, qui correspondent à des innovations méthodologiques permettant de conférer une dimension plus stratégique et visionnaire, moins prescriptive et réglementaire au contenu du document dorientation : « site stratégique », « secteur à fortes potentialités de développement ». Ils permettent darticuler la géographie et la dynamique économique, la planification économique sectorielle et la planification territoriale, laménagement/lurbanisme et léconomie (Offner, 1990). Il sagit dune application concrète de la méthode globale issue du management des entreprises à la politique urbaine, et de la mise en uvre de la transversalité dans laction publique locale. Ces lieux sont essentiellement porteurs denjeux de développement économique pour le futur. Ils doivent répondre aux exigences dattractivité métropolitaine et douverture internationale de lagglomération lyonnaise, et permettre ainsi une certaine articulation entre espace et développement, une sorte dentre-deux espace / temps (Lavigne, Dost, 1988).
Ces sites sont listés et détaillés, chacun faisant lobjet dune présentation du projet stratégique de développement et de préconisations pour sa mise en uvre. Ils correspondent essentiellement aux secteurs économiques identifiés par la politique prioritaire : le quartier de la Part Dieu (centre directionnel et gare TGV), la Porte du Rhône (de la Cité Internationale au technopôle de la Doua Vaulx-en-Velin), la Porte des Alpes (zone commerciale de Champ du Pont et parc scientifique à proximité de lUniversité Lyon 2, aéroport daffaires de Bron, Eurexpo, aéroport international de Satolas), la Porte Sud de Lyon (technopôle de Gerland, Confluent, Couloir de la chimie), la Porte Nord-ouest (Vaise et technopôle Nord-ouest), le Val de Saône et le plateau Nord, etc.
Cette logique darticulation entre espace et économie, et de recherche de souplesse dans lénonciation du projet, se retrouve aussi dans le jeu des échelles mobilisées par le document de planification stratégique. Il jongle en effet avec les niveaux scalaires, passant du global au local, alors quil est censé traiter les problèmes à léchelle de lagglomération (périmètre de la COURLY plus 16 communes du Sud et de lEst). Le SD évoque lEurope, la région lyonnaise, la RUL, voire la région Rhône-Alpes, utilisant des échelles territoriales de référence qui semblent plus pertinentes que celle de lagglomération stricto sensu, dont le périmètre demeure inchangé depuis le précédent exercice de planification, pour concevoir et orienter le développement économique futur de la métropole lyonnaise.
La question de ladéquation entre territoire fonctionnel de fonctionnement de léconomie lyonnaise et territoire institutionnel de planification de lagglomération semble donc plutôt secondaire dans une perspective pragmatique et stratégique, cest-à-dire dès lors que la démarche est placée sous domination de limpératif de la compétition économique. « Si (
) le SDAU nouveau devient un adjuvant du développement local, un outil de valorisation des territoires et non plus de contrôle, la problématique du bon cadre spatial évolue » (Offner, 1990, p.48). Ainsi, le premier axe de politique prioritaire propose notamment parmi ses options de coordonner la programmation et la promotion des sites économiques des franges orientales de lagglomération avec ceux de lIsle dAbeau et de la Plaine de lAin, situés en dehors du périmètre de planification lyonnais, et le développement de complémentarités à léchelle régionale, entre les pôles dexcellence industriels ou technologiques de Lyon, de Grenoble et de Saint Etienne.
Conclusion de chapitre
« Quittant la problématique de la loi-contrôle, jugée trop contraignante au regard de la liberté à laisser tant aux acteurs économiques quaux pouvoirs municipaux, la planification urbaine semble donc servir dinstrument de positionnement stratégique » (Offner, 1990, p51). Une des fonctions du SDAL est peut-être ainsi de jouer le rôle dune étude de marché, de faire létat des lieux de la situation économique du territoire local et de suggérer les créneaux porteurs pour le développement économique local (Offner, 1990). Il devient alors un prétexte commode et légal pour la puissance publique intercommunale, qui cherche à gagner une nouvelle place dans le système dacteurs local comme énonciatrice dune expertise économique et surtout comme médiatrice et leader parmi les différents partenaires impliqués dan la conduite de la politique de régulation économique territoriale (voir infra, Section 3). Elle doit cependant recourir à des expertises extérieures (AGURCO, organismes économiques, consultants) pour déployer cette nouvelle planification stratégique, dont elle ne maîtrise pas les savoir-faire nécessaires.
Toutefois, le SDAL reste largement incantatoire concernant la problématique économique en tant que telle (filières, structures productives, etc.). Il ne propose pas tant des orientations pour lintervention économique à proprement parler que pour lamélioration de lenvironnement général des activités économiques sur le territoire. Il consiste ainsi essentiellement à identifier les sites stratégiques prioritaires de lagglomération, sur lesquels doit se concentrer laction publique urbaine (aménagement, régénération urbaine, etc.). Il pointe également les principales fonctions économiques lyonnaises à développer, en les rattachant au double objectif international et métropolitain, en lien notamment avec la réalisation ou le renforcement des grands équipements et infrastructures de lagglomération.
Le processus dadoption de la démarche pragmatique et managériale par les planificateurs, sous linfluence des acteurs économiques, dans lagglomération lyonnaise se réalise donc sans reléguer laspect aménagiste et urbanistique au second plan. Il fait plutôt de lurbanisme et de laménagement spatial des instruments mis au service de la création de richesses et de la valorisation des atouts du territoire, cest-à-dire de véritables facteurs de développement économique à part entière, mobilisables par les pouvoirs publics locaux pour agir en matière de régulation économique territoriale en période de crise économique et dexacerbation des logiques de concurrence entre les villes (Sidrot, 1988). « Plus quun abaissement relatif de lenjeu spatial relativement à lenjeu économique, cest plutôt de nouvelle articulation quil convient de parler : le spatial et léconomique sont et seront au triple niveau des concepts, des pratiques et des processus de décision entremêlés et interdépendants. Cest la fin de lautarcie du spatial et déjà maintenant lère de léconomico-spatial » (TETRA, 1987, p.7).
Cette ouverture de laction publique à la complexité et la globalité du monde des entreprises passe ainsi par son ancrage dans lespace local, qui devient parte prenante de la logique de création de valeur et damélioration de lattractivité différentielle. Elle correspond donc à une forme de territorialisation de laction économique, les facteurs du développement économique étant désormais inscrits dans le territoire.
Toutefois, durant la période croissance et de domination de lEtat central sur lorganisation et les modalités de la régulation économique territoriale, lurbanisme et laménagement sont déjà mis aux service de la politique économique, ils en constituent même le levier principal dans lagglomération lyonnaise (voir supra, 2ème Partie). Cela conduit donc à relativiser la prétendue nouveauté de la démarche stratégique en termes de méthode de mise en uvre du développement économique. La nouveauté réside plus en revanche dans la soumission des autres champs daction publique à la logique dominante du développement économique. La recherche de la transversalité et de la globalisation de lintervention publique locale au service du développement économique territorial correspond en effet à un mode daction inédit. On ne le rencontre que dans lautre champ de politique publique qui émerge également au cours des 1980 de manière territorialisée : la Politique de la Ville, destinée à faire face aux problèmes multiples des quartiers dhabitat social (Estèbe, 1999).
Larticulation nouvelle entre la planification sectorielle, par secteurs dactivités et/ou par fonctions urbaines, et la planification spatiale offre cependant de nouvelles perspectives à laction publique locale, notamment dans le champ en pleine structuration du développement économique. Elle sert notamment de guide conceptuel et de légitimation méthodologique pour lorientation résolument stratégique et de soutien aux filières dactivités innovantes, conférée à lintervention des services économiques du Grand Lyon dans la seconde moitié des années 1990 (voir infra). Elle sert également de cadre à ladoption pratique de la démarche de projet urbain dans la conduite opérationnelle de la mise en uvre des politiques urbaines sur le territoire.
II - Lintégration fonctionnelle des politiques urbaines
Lintégration fonctionnelle des politiques urbaines au service du développement économique samorce dans lagglomération lyonnaise dès le milieu des années 1980, à la faveur de la mise en uvre du premier Plan Technopole, lancé par les techniciens de la CCIL et de lADERLY en 1984 (voir infra, Section 3). Celui-ci se décompose en effet en deux volets complémentaires et étroitement imbriqués, lun relatif au développement sectoriel des activités technologiques et des relations entre établissements denseignement supérieur, centres de recherche et entreprises, ayant une portée essentiellement qualitative, lautre relatif à laménagement spatial de sites pour accueillir ces nouvelles fonctions sur le territoire de lagglomération.
Ce second volet, plus matériel et physique, est pris en charge par les services durbanisme communautaires, tandis que les organismes économiques soccupent plutôt de la dimension qualitative de promotion et danimation des réseaux technopolitains locaux (voir infra, Section 3). Les parcs dactivités technologiques, ou technopôles, sont conçus comme la traduction spatiale des pôles de compétences technologiques lyonnais. Ils sintègrent dans la politique technopolitaine lyonnaise tels les signaux urbains dune ambition de développement. Cette complémentarité intime entre dimension urbanistique et dimension fonctionnelle est permise par les relations étroites et la culture de laction publique stratégique commune que partagent les principaux représentants des organismes locaux impliqués dans la régulation économique territoriale (voir supra).
La mise en révision du SDAU de 1978 qui débouche sur lélaboration dun nouveau document stratégique ayant une orientation résolument économique amène également de nouveaux enjeux dans la définition et la conduite des politiques urbaines (voir supra). Celles-ci sont désormais placées sous le signe du développement économique, de la concurrence interurbaine et de lattractivité différentielle du territoire. Leur mise en uvre est conditionnée par ladoption de la démarche stratégique et dune approche globale, transversale de laction publique. Elles sous-entendent lintégration fonctionnelle des différents champs dintervention de la puissance publique sur le territoire, notamment de lurbanisme et de laménagement spatial au service du développement économique.
Les services communautaires construisent progressivement leur savoir-faire en matière de planification, durbanisme et daménagement de lespace, en essayant de les connecter toujours plus aux questions économiques à travers la démarche de projet urbain. La révision du POS menée par lAGURCO pour ladapter au nouveau contexte économique et limplication plus directe des services communautaires dans la conduite des opérations daménagement considérées comme stratégiques pour le développement économique permettent à la puissance publique locale de limiter les effets de la spéculation foncière, de canaliser les opérations privées, de prévoir des zones de projet et dassouplir les conditions dimplantations des activités dans le périmètre central, cest-à-dire dintervenir de façon plus ou moins directe dans le jeu de régulation économique territoriale en contrôlant mieux la production de surfaces dactivités pour les entreprises.
Une démarche de mission opérationnelle sur le terrain est mise en place pour encadrer laction publique urbaine selon une logique de projet stratégique. Mais la montée en puissance des services économiques communautaires à la fin des années 1990 élargit progressivement la distance fonctionnelle et culturelle existant entre les volets spatial et économique de lintervention. Cette dissension nest quen partie résolue par la territorialisation de laction économique au début des années 1990.
Celle-ci est en effet censée permettre dintervenir en faveur du développement économique malgré la limite de compétences des services du Grand Lyon, en mêlant non seulement le niveau de lagglomération et le niveau des sous territoires économiques qui la composent, mais aussi les interventions immatérielles (sur le fonctionnement de léconomie) et les interventions plus physiques (en matière daménagement de lespace). La territorialisation de laction économique combine deux logiques tantôt contradictoires ou complémentaires : selon un système global défini à léchelle du territoire dans son ensemble et visant une action qualitative en direction des filières et des structures productives ; selon des systèmes individualisés et locaux définis à léchelle des territoires locaux de lagglomération lyonnaise, qui vise plutôt une action concrète de proximité relevant de conceptions aménagistes.
1- Projet urbain et globalisation de laction publique au service du développement économique
La montée en puissance de la démarche stratégique dans laction publique durant les années 1980 introduit la logique de projet urbain et/ou de développement comme nouveau concept opérationnel de mise en uvre des politiques publiques sur le territoire, dans un contexte dexacerbation de la concurrence au niveau local. Ce nouveau positionnement stratégique seffectue également en interne, au sein même des services techniques de la COURLY. Il sagit ainsi de développer et daffirmer la sensibilité de lorganisme communautaire aux enjeux de la compétition territoriale et aux logiques daction propres à la sphère économique, focalisées sur les approches qualitatives, la transversalité et la recherche de lefficacité dans laménagement urbain.
Le partage des tâches est encore très étroit avec la municipalité lyonnaise. Cest à ce niveau que son dailleurs annoncés les grands principes de mise en uvre des objectifs économiques : « hommes, finances, urbanisme, fiscalité et notoriété » (Noir, 1984, p.41). La méthode dapplication de la politique économique est ainsi focalisée sur laction indirecte et la démarche partenariale avec la sphère des entreprises, conformément à la doctrine dintervention énoncée par ladjoint aux affaires économiques de Lyon : « Lintervention économique de la ville de Lyon ne peut être quindirecte et viser à favoriser un environnement où sépanouissent [les] deux principes de liberté et de responsabilité. Pas dinterventionnisme tatillon ni de dirigisme étroit mais une politique placée sous le signe de lincitation et de la concertation. Il sagit pour nous de créer un environnement facilitant le développement de la vie économique de Lyon et de mettre en place les conditions favorables à la synergie entre les acteurs du développement » (Noir, 1984, p.1).
La mise en place de nouveaux outils de gestion informatique, le développement du partenariat public/privé dans laménagement ou les services publics locaux, et laugmentation de la communication entre les différents acteurs publics et les services communautaires constituent les éléments centraux du pari stratégique énoncé alors par les élus. « Cette période de sensibilisation des services et dapprentissage des outils marque le début du partenariat de projet, le début dévolution vers un travail de mise en commun des services de la COURLY ». La réorganisation de lorganigramme et lacculturation des services à de nouvelles méthodes de travail, plus transversales et callées sur une démarche de projet territorial, sont ainsi présentées comme des facteurs décisifs pour la modernisation et lamélioration de lefficacité de lintervention publique communautaire. Lobjectif de développement économique est toutefois implicite, en labsence de compétence officielle en la matière.
Le facteur humain est très important pour comprendre la structuration interne des services communautaires et leur ouverture progressive aux logiques dintervention inspirées de la démarche stratégique issue du monde des entreprises, également mises en uvre lors du processus délaboration du SDAL conduit en parallèle (voir supra). En effet, le service durbanisme opérationnel de la COURLY devient la Direction Générale du Développement urbain (DGDU) sous la responsabilité de lingénieur urbaniste M. Rivoire en 1984. Celui-ci occupe une place centrale dans le processus dadaptation des compétences techniques communautaires aux enjeux du développement territorial stratégique, tant urbain quéconomique, en pilotant lévolution des modes dintervention et dorganisation de la COURLY durant la seconde moitié des années 1980 avec le soutien politique des principaux vice-présidents communautaires concernés.
Il est également à lorigine du portage direct dopérations durbanisme et daménagement par les services communautaires ou de leur concessions à des investisseurs privés, au détriment de la SERL, et de lidée de développer des services techniques et opérationnels sous la forme de missions territoriales adaptées à la nouvelle logique de projet. Les services communautaires acquièrent ainsi progressivement un savoir-faire très solide dans le domaine de laménagement et de la conduite de projets urbains complexes, assimilables à une forme dintervention économique indirecte créant un environnement spatial attractif pour les entreprises.
La dimension économique du projet urbain
La démarche de projet urbain est le pendant opérationnel de la démarche de planification stratégique, qui produit des projets de territoire et des projets de ville à léchelle des agglomérations urbaines (voir supra). Elle émerge donc de façon massive dans les pratiques et les modes de faire de la puissance publique au cours des années 1980, parallèlement à la montée en puissance de lenjeu économique au cur des politiques urbaines.
Ce concept daction publique, adapté à la fois de larchitecture et de la gestion managériale, est apparu à la fin des années 1960 à Bologne. Il correspond à une logique post-moderne de production de la ville, définie en opposition au productivisme fonctionnaliste moderne qui caractérise les Trente Glorieuses et en réaction aux logiques daménagement et déquipement intensif de la croissance économique, conduites de façon technocratique et autoritaire par un pouvoir politique éloigné des réalités concrètes du territoire. Plus que le fruit dun modèle pseudo-scientifique, il est ainsi le produit dun choix politique de positionnement libéral de laction publique (Tomas, 1998).
Le projet urbain est également une nouvelle méthode dintervention sur la ville, plus flexible et participative, respectueuse de lidentité des territoires, de leur histoire et de lesprit des lieux ce que certains nomment le génie du lieu (Rey, 1998). Elle savère être plutôt adaptée au traitement de la ville en crise, et plus précisément au traitement des morceaux de la ville touchés par les dysfonctionnements ou lobsolescence. « Lhistoire récente du projet urbain est indissociable de celle de la friche industrielle » (Tomas, 1998, p.25), comme de celle des friches urbaines de façon plus générale.
Le projet urbain apparaît ainsi comme une méthode permettant de gérer lexistant, de procéder au renouvellement des fonctions et des usages des territoires urbains laissés à labandon, notamment ceux ayant une vocation économique plus ou moins ancienne (zones industrielles de première génération essentiellement, situées dans les quartiers péricentraux et/ou à proximité des gares et des ports), afin de contribuer à leur réinsertion dans un processus marchand et dans le fonctionnement général de la ville.
En effet, le contexte de crise économique instaure non seulement un rapport de concurrence nouveau entre les territoires, mais également une nouvelle logique de valorisation compétitive et différentielle de lespace dans la manière de concevoir laction publique en faveur du développement local. Celle-ci répond au processus de valorisation / dévalorisation des espaces qui est à lorigine de linégalité et de la compétition entre les territoires, mais elle contribue aussi assez fortement à son accentuation. Evolutions du contexte et des modalités de laction publique concourent ainsi à donner aux territoires locaux une dimension nouvelle de ressource économique à valoriser, notamment à travers le déploiement de démarches de projets urbains de développement, de régénération (Chaline, 1999) ou de restructuration.
Le recours au management stratégique dans la conduite de laction publique en faveur du développement économique introduit en outre lusage du marketing et son application à laménagement du territoire local (Masson, 1998). Cette technique confère un rôle accru à limage urbaine (Rey, 1998), pour satisfaire aux stratégies dattraction des investisseurs et de remise sur le marché des localisations des morceaux de ville délaissés par les acteurs économiques. Le projet urbain, malgré ses racines puisant dans une philosophie politique tout autant opposée à lurbanisme fonctionnaliste quà « la-urbanisme libéral » (Rey, 1998, p.46), se trouve ainsi progressivement placé au service de la mise en uvre des politiques urbaines transversales à portée globale, issues de limprégnation stratégique et de lacculturation aux enjeux économiques des pouvoirs publics locaux.
Le vocable de « projet urbain » est en effet conféré à la quasi-totalité des opérations daménagement et durbanisme ayant une vocation économique plus ou moins importante, lancées dans lagglomération lyonnaise à partir de la seconde moitié des années 1980. Elles correspondent pour la plupart dentre elles aux différents sites stratégiques pour le développement économique local, localisés à proximité immédiate du centre ville de Lyon et identifiés comme tels par le SDAL. Il en va ainsi notamment de la Cité Internationale, du nouveau quartier technopolitain de Gerland, de la restructuration urbaine du quartier de Vaise lancée au milieu des années 1990 (Jouve, Linossier, Zepf, 2003), comme des opérations plus récentes du Confluent et du Carré de Soie (Villeurbanne Vaulx-en-Velin) (voir cartes n°2 et 3).
A lexception de lopération de Porte des Alpes, également récente mais consistant en un projet daménagement situé sur des terrains anciennement agricoles, donc vierges durbanisation (voir infra), toutes ces opérations emblématiques de renouvellement urbain ont en commun de concerner des zones urbaines péricentrales occupées jusque là par de vastes emprises industrielles et urbaines plus ou moins désaffectées (Linossier et alii, 2004a). Celles-ci représentent le « syndrome le plus évident dune dévitalisation des économies urbaines » (Chaline, 1999) et correspondent au changement de rationalité survenu dans la localisation des activités productives ou logistiques au sein des métropoles. Il sagit de recréer des quartiers intégrés dans le fonctionnement de la métropole en leur conférant notamment une nouvelle vocation économique, grâce à une orientation stratégique vers laccueil dactivités tertiaires, technologiques ou ludiques à forte valeur ajoutée (NTIC, loisirs marchands, etc.). Des effets de leviers économiques importants sont attendus de limplication des acteurs privés dans la conduite des opérations (voir infra).
Ainsi, les projets urbains dont il est question ici cumulent des objectifs primaires dincitation à laugmentation ou au retour de linvestissement économique privé sur des portions clairement définies du territoire local, et des objectifs secondaires damélioration de la position concurrentielle de la ville sur le marché des localisations économiques, définis à léchelle plus large de lagglomération urbaine. Ils sinscrivent donc dans une stratégie de marketing territorial et urbain destiné à séduire les acteurs économiques, quils soient investisseurs immobiliers (promoteurs constructeurs notamment) ou entrepreneurs. Ils correspondent clairement à une instrumentalisation de laménagement spatial et de lurbanisme au service du développement économique local concurrentiel.
La mise en uvre opérationnelle des projets urbains stratégiques
Jusquau début des années 1990, la difficulté de définir une stratégie cohérente et globale de régulation économique territoriale, en labsence de compétence communautaire officielle en la matière, est contrebalancée par lutilisation de lurbanisme et de laménagement comme des moyens indirects de favoriser le développement de activités économiques, essentiellement tertiaires dans la ville centre et industrielles dans le reste de lagglomération. Les quelques zones dactivités de Lyon dédiées exclusivement aux entreprises industrielles par le SDAU de 1978 (Gerland et Vaise) sont ainsi progressivement réorientées vers laccueil des activités tertiaires ou technologiques face à la pérennisation de la crise et à la désindustrialisation massive qui laccompagne.
Dune manière plus générale, les principaux sites stratégiques identifiés par le SDAL font lobjet de démarches de projet urbain à vocation économique, visant la refondation des bases productives de lagglomération : soit autour des activités tertiaires, technologiques ou marchandes (y compris autour des loisirs marchands) dans les zones péricentrales, soit autour des activités industrielles, technologiques et logistiques modernisées, dans les grandes zones dactivités situées dans la banlieue Est de Lyon (à Porte des Alpes notamment). Les opérations les emblématiques sont ainsi situées sur les sites technopolitains (Gerland), le Quai A. Lignon, Vaise, le Confluent et la Part Dieu (prolongement du centre directionnel tertiaire autour de la gare TGV) (voir cartes n°4 et 5).
La COURLY gère lurbanisme et laménagement en lieu et place des communes, mais confie le plus souvent la réalisation des ZAC à la SERL, bras exécutant historique des pouvoirs publics locaux en matière daménagement spatial, durbanisme et de réalisations déquipements collectifs (voir supra, 2ème Partie, Sections 2 et 3). Au cours des années 1980, les opérations daménagement urbain de lagglomération sont ainsi pilotées en régie directe par les services techniques de lurbanisme de la COURLY, concédées à la SERL ou à des opérateurs privés. Le service des Activités économiques et Concessions institué en 1984 soccupe dailleurs expressément des relations avec les acteurs économiques privés qui participent à des opérations daménagement (industriels, grands groupes financiers, promoteurs immobiliers) (voir infra, Section 3).
Le développement des compétences internes de la COURLY en matière de maîtrise douvrage daménagement conduit cependant à une situation assez conflictuelle, où le donneur dordre empiète de plus en plus sur les savoir-faire de son principal bras exécutant opérationnel. Prétextant le déficit financier chronique de nombre dopérations, les responsables communautaires dessaisissent donc la SERL des principales réalisations urbanistiques à vocation économique à la fin des années 1980, pour les conduire en régie directe ou les confier à des acteurs privés. Ce divorce opérationnel entre la SERL et la COURLY permet aux services communautaires de laménagement urbain (DGDU) de récupérer la conduite dun grand nombre dopérations durbanisme dans lagglomération et de développer encore plus leur savoir-faire en matière de conduite de projet.
Toutefois, les lourdeurs techniques et financières inhérentes à la conduite des opérations daménagement urbain en régie directe, comme les difficultés de gestion urbanistique liées à leur concession à des opérateurs privés plus soucieux de la rentabilité immédiate de leurs investissements que de la réussite fonctionnelle des opérations (voir infra, Section 3), conduisent les autorités communautaires à renouer avec les services de la SERL au milieu des années 1990. En outre, la survenue du krach immobilier en 1992-1993, résultant de léclatement de la bulle spéculative initiée à partir de 1985-1986 notamment autour du marché pléthorique de bureaux dans les grandes villes, nest pas totalement étrangère à cette décision.
Carte n°4 : Les ZAC dans le Grand Lyon
Source : HYPERLINK "http://www.grandlyon.org" www.grandlyon.org
Carte n°5 : Les ZAC dans la Ville de Lyon
Source : HYPERLINK "http://www.grandlyon.org" www.grandlyon.org
Dautres SEM daménagement sont également créées par les pouvoirs publics locaux pour prendre en charge la réalisation de certaines grandes opérations complexes, ayant une dimension économique plus ou moins importante. Cest notamment le cas pour le réaménagement du Quai A. Lignon en 1987, mais la SEM Cité Internationale est toutefois éclipsée quelques années par le concessionnaire privé désigné par la mandature de M. Noir pour conduire le projet, avant de reprendre son rôle daménageur en 2000 (voir infra, Section 3). Le projet du Confluent lancé sous la mandature Barre occasionne aussi la création de la SEM Lyon Confluence, chargée de conduire laménagement des ZAC de lopération. Ces deux projets ont également en commun la participation de signatures architecturales et urbanistiques prestigieuses (R. Piano, O. Bohigas, F. Grether), qui contribuent à leur donner une certaine aura médiatique sur le marché international des villes.
Ainsi, la technostructure communautaire lyonnaise construit progressivement son savoir-faire en matière de management stratégique du développement urbain au service du développement économique durant les années 1980 et au début de la décennie 1990, afin de coller avec les grands objectifs énoncés par les responsables politiques après la Décentralisation. Ne pouvant intervenir officiellement en faveur du développement économique, les services techniques en charge des questions daménagement opérationnel, durbanisme et des dossiers jugés stratégiques pour lévolution de dagglomération renforcent considérablement leur savoir-faire pratique dans le champ de laménagement urbain à vocation économique, essentiellement par le biais de la maîtrise douvrage en régie directe des projets durbanisme opérationnel de Gerland et du Quai A. Lignon.
Ils découvrent également lapproche globale et partenariale de laction publique et des politiques urbaines, déployée dans une optique très pragmatique daccompagnement des efforts de positionnement de la métropole lyonnaise sur le marché concurrentiel des territoires économiques. La COURLY gère le volet urbanistique et spatial de laménagement au service du développement économique local (réalisation des surfaces dactivités), tandis que lADERLY soccupe de laction économique plus immatérielle (marketing, promotion, information, prospection, approche stratégique du développement territorial, animation). Lassociation et lEPCI sont ainsi totalement complémentaires, la première rassemblant et mobilisant lensemble des acteurs concernés par léconomie dans la promotion économique du territoire et la définition dune stratégie de développement, le second parachevant cette action en lui donnant une retranscription concrète et physique par le biais de ses compétences daménagement et durbanisme.
Lurbanisme opérationnel à caractère industriel, tertiaire ou commercial sinscrit donc progressivement comme une extension des missions daménagement spatial plus classiques de la puissance publique locale. Il prend ses distances avec les pesanteurs de la bureaucratie administrative communautaire, en souvrant à la logique de mission, plus stratégique, pragmatique et flexible. Cette mutation augure notamment de louverture des services de la COURLY à laction économique au début des années 1990, et plus largement dun vaste processus dévolution en profondeur de ladministration de gestion territoriale, reposant sur lémergence de nouvelles fonctions et de nouveaux métiers (Martin, Novarina, 1989). Dans ce dispositif dintervention publique locale centrée sur le développement économique territorial, « les frontières entre domaines de compétences des techniciens et des politiques tendent à sestomper » (Martin, Novarina, 1989, p.125), tout comme la délimitation entre aménagement urbain et action économique.
Les missions territoriales, vecteurs de transversalité et de proximité dans laction publique
Dans les années 1980, le service des Activités dagglomération de la COURLY se charge notamment des actions spécifiques à caractère expérimental, déployées afin de renforcer le savoir-faire et les compétences techniques communautaires dans le domaine de laménagement urbain à vocation économique. Il sagit essentiellement de lopération de requalification urbaine du quartier industriel de Gerland, situé au Sud de Lyon sur la rive gauche du Rhône, lancée au début des années 1980 en réponse à la crise économique et aux effets négatifs de la désindustrialisation sur le tissu urbain péricentral. Elle est intégrée dans le volet urbanistique et spatial du premier Plan Technopole lyonnais. Lopération du Quai A. Lignon est aussi gérée quelque temps par ce service, avant dêtre confiée à une SEM, expressément créée pour réaliser la Cité Internationale de Lyon (voir infra, Section 3).
Une équipe opérationnelle est constituée en 1982 pour réaliser le suivi des chantiers à Gerland et gérer le projet daménagement de façon globale. Elle fait office de dispositif expérimental concret pour tester les solutions organisationnelles mobilisables dans loptique dadapter laction publique intercommunale à la démarche stratégique du projet territorial à visée économique et urbaine. Elle est enrichie dune cellule technico-administrative chargée de la gestion et de la coordination des travaux daménagement des ZAC et lotissements de lopération. Cette dernière élabore les documents administratifs, participe à la délimitation des nouveaux parcellaires des programmes, à la préparation des baux, aux négociations foncières avec les grandes sociétés propriétaires (voir infra, Section 3), au suivi des chantiers, à la réalisation des études urbanistiques et paysagères amont, et soccupe également de mettre au point la campagne de promotion commerciale et de communication publicitaire de lopération, à travers la réalisation de documents dinformation et dexpositions destinées à un large public.
En 1988, léquipe opérationnelle de Gerland est ainsi organisée selon trois axes déclinant la mission daménagement : la fonction administrative et financière (documents administratifs, passation de marchés, comptabilité, suivi informatique), la fonction dingénierie technique (actes notariés, permis de construire, problèmes fonciers, conditions de vente aux promoteurs) et la fonction travaux (suivi des chantiers). Afin de mieux intégrer les différents aspects de la conduite du projet tout en précisant la répartition des tâches techniques au sein de léquipe maîtrise douvrage, réflexion globale sur le périmètre dintervention, accueil et information des visiteurs, partenaires économiques et professionnels de lurbanisme , lorganisation est modifiée en 1989.
Cinq cellules composent désormais léquipe, les deux nouvelles étant chargées respectivement des études de faisabilité et des diagnostics territoriaux en amont et de la communication en aval. La mission de léquipe de Gerland est également reformulée en termes de conduite de projet et non plus dopération. Elle prend alors lappellation de « Mission Gerland », sur le modèle de la « Mission Quai A. Lignon » créée en 1984 par la Ville de Lyon, propriétaire des terrains et des immeubles de lancien palais de la Foire, pour soccuper des études préalables à la réutilisation du site.
Cette autre équipe technique dédiée à une opération daménagement stratégique ayant une dimension économique importante, est également pluridisciplinaire mais plus axée sur le volet amont des études que sur la dimension opérationnelle de conduite de projet, le contenu de celui-ci restant à définir. Elle est placée sous la responsabilité dune représentante de lAGURCO, et composée dun représentant de la CCIL et de lADERLY P.-Y. Tesse, porteur de la vision stratégique des acteurs économiques (voir infra, Section 3) , de techniciens des services communautaires et municipaux et dune autre représentante de lAGURCO. La Mission Quai A. Lignon disparaît cependant dès 1987, remplacée par la SEM daménagement Cité Internationale qui doit réaliser le nouveau quartier pour le compte de la collectivité (voir infra, Section 3).
A lautre extrémité du dispositif organisationnel prévu pour piloter lopération de Gerland, se trouvent un groupe de direction technique (élus communautaires et municipaux, techniciens des organismes publics) et un groupe de portage politique (élus communautaires et municipaux, vice-présidents et adjoints concernés). « La montée en puissance dune technostructure communautaire, qui entend démontrer sa capacité à prendre en main le développement de lagglomération, accompagne la volonté des élus communaux et communautaires de manifester, à travers la requalification de Gerland, leur capacité à encadrer le développement de la ville » (Bourdin, Petitet, 2002, p.43). Un dispositif décisionnel analogue accompagne lopération du Quai A. Lignon.
A cette quête defficacité et de transversalité de laction publique impulsée par les responsables communautaires, sajoute en parallèle la recherche dune plus grande proximité physique des services techniques de lurbanisme avec le terrain, afin de rendre lintervention communautaire plus visible mais aussi de permettre une meilleure coordination des services de la COURLY avec les acteurs municipaux et les différents partenaires de lopération (entreprises de BTP, usagers, investisseurs, promoteurs, propriétaires fonciers, etc.). Léquipe opérationnelle de Gerland est donc rattachée organiquement au service des Activités dagglomération, mais physiquement installée au cur du quartier en transformation, in situ, sous la forme dune mission territoriale. Elle assure ainsi linterface entre les différents acteurs impliqués dans le projet, tout en soccupant des tâches techniques au plus près du terrain (Bourdin, Petitet, 2002).
Cette innovation organisationnelle destinée à rapprocher léquipe technique de la réalité du terrain et des différents acteurs en présence (habitants, entreprises, promoteurs, exécutants des chantiers), sert de modèle pour la conduite dautres opérations daménagement stratégique dans les années 1990. Le principe de la mission territoriale est effet dupliqué, notamment sur les Pentes de la Croix-Rousse et sur le secteur de la Porte des Alpes à partir de 1993 (voir infra) et dans le quartier de Vaise à partir de 1996. Il permet de faciliter la mise en uvre rapide et cohérente de programmes daction publique complexes, car multisectoriels et globaux, sur ces territoires, tout en offrant une grande souplesse organisationnelle dans la constitution des équipes techniques et dans la délimitation des périmètres dintervention. Dun point de vue opérationnel, les missions assurent la transversalité des projets et le suivi de chaque opération, ainsi que linformation et la concertation du public. Elles gèrent la coordination des opérations et linterface entre les différents acteurs institutionnels impliqués dans la mise en uvre du projet urbain (SERL, maîtres douvrage privés, promoteurs, services techniques communautaires, etc.).
La composition et lorganisation des équipes sont essentiellement empiriques et propres à chaque mission territoriale. Elles reflètent lhistorique de la structuration du projet daction publique sur chacun des territoires concernés. Le seul point commun réside dans leur caractère composite, pluridisciplinaire et multi-partenarial. Le personnel émane ainsi des organismes publics locaux impliqués dans la conduite des différentes opérations ou actions, selon une logique de déconcentration territoriale des services techniques centralisés (Grand Lyon, municipalité, SERL, etc.). Malgré un volet économique parfois important à la Croix-Rousse, à Vaise et à Gerland, il ny a aucun représentant des services économiques du Grand Lyon dans les missions territoriales. Elles sont par contre soumises à un double rattachement institutionnel et politique aux Directions générales du Grand Lyon et de la Ville de Lyon.
Lopération de Porte des Alpes est un cas à part puisquelle ne se situe pas à Lyon mais à cheval sur les communes de Bron et de Saint-Priest, dans la périphérie Est de lagglomération. Son rattachement institutionnel est donc exclusivement communautaire. Seuls les techniciens communautaires travaillent à la Mission (chargés de projets et urbanistes de la DGDU pour la plupart), une chargée de mission de la DAEI soccupant en outre spécifiquement de lanimation territoriale du projet économique et technologique, sans toutefois être présente sur le site. Il sagit aussi en effet dun projet daménagement à vocation économique dominante, qui consiste en la réalisation dun parc technologique à forte dimension environnementale et paysagère (Frénéa, 2001) (voir infra).
Le cabinet de consultants spécialisé dans le management Algoé assiste les missions territoriales dans la gestion de la maîtrise douvrage globale de chaque projet. Ce recours au savoir-faire technique du secteur privé est un bon indicateur de la volonté du Grand Lyon de renforcer la dimension managériale de son intervention. Le choix même du terme de « mission » est révélateur du parti pris stratégique défini par les pouvoirs publics communautaires. Il fait en effet référence à laction denvoyer, à la charge donnée à une personne ou un groupe daller accomplir quelque chose : il renvoie donc à une conception souple et pragmatique de laction publique. La structure nest dailleurs pas pérenne, son existence se limite à la durée de réalisation de lopération ou du projet. Chaque mission définit sa propre stratégie dintervention sur le territoire, jouant le rôle de développeur et de coordinateur local pour répondre à la forte pression politique des autorités municipales et communautaires, mais aussi pour atténuer les contradictions éventuelles et gérer les « dissensus » résultant de la pluralité dacteurs et de logiques dactions sur un même projet urbain (Linossier, Jaton, 2004).
Le choix dune organisation opérationnelle par les missions territoriales dans les années 1990 reflète donc bien la volonté stratégique du Grand Lyon de concilier aménagement urbain et développement économique selon une approche transversale et intégrée de laction publique sur le territoire. Durant la première moitié de la décennie en effet, les compétences et savoir-faire effectifs de lorganisme communautaire restent limités dans le domaine de laction économique à proprement parler, contraignant ses services à favoriser le développement économique par laménagement et la mise en valeur urbanistique du territoire pour les entreprises. En revanche, la montée en puissance des logiques daction économique plus qualitatives, par filières notamment, à la fin des années 1990, ainsi que leur échec relatif, amènent le Grand Lyon et la DAEI à sinspirer du modèle des missions pour réorganiser la mise en uvre de la politique économique au début des années 2000, en misant sur la proximité et la transversalité permises par la démarche territorialisée.
2- Difficultés de mise en cohérence développement urbain / développement économique
Bien que la démarche de projet urbain devienne un aspect central de laction publique locale en faveur du développement économique territorial, notamment grâce à ses vertus de mise au service de lattractivité de la logique transversale, lintervention économique du Grand Lyon senferme progressivement dans une approche stratégique et sectorielle à la fin des années 1990. Ce phénomène est en grande partie lié au cloisonnement professionnel et culturel très important qui se développe au sein de lorganigramme communautaire entre les services daménagement et durbanisme dun côté, et les services économiques de lautre.
Vertus intégratives de laménagement des surfaces dactivités
A partir de 1990, ladaptation des services à la démarche stratégique, globale et transversale de laction publique, ardemment souhaitée par lexécutif communautaire, se généralise ainsi que leur adaptation aux nouvelles missions de conduite de projet sous-tendue par lapproche stratégique. Le service des Activités économiques, qui gère les relations avec les concessionnaires privés des opérations daménagement et les procédures contractuelles de DSQ, est intégré dans le Département Développement urbain qui rassemble aussi les services durbanisme opérationnel, territorial et réglementaire. Il est également découpé en missions thématiques, afin de faciliter la mise en cohérence, la mise en uvre et le pilotage des nouvelles politiques urbaines (habitat, développement économique, déplacements, écologie) et de projets plus ponctuels (espaces publics, DSU), lancés dans lagglomération parallèlement à lélaboration du nouveau schéma directeur Lyon 2010.
Le nouveau dispositif est ainsi censé permettre une intégration fonctionnelle plus souple et pragmatique des politiques urbaines. Les actions économiques déployées par la MDE sinscrivent en effet en relative complémentarité avec celles qui touchent le développement urbain de lagglomération : participation à la gestion de lurbanisme commercial à travers lélaboration conjointe du SDUC, expertise technique et économique sur les projets durbanisme (études de faisabilité, y compris dans les quartiers sensibles concernés par les procédures de DSU), participation à la gestion de loffre de sites daccueil pour les entreprises à travers la création dobservatoires de limmobilier et du foncier à vocation économique, accompagnement de la révision du POS sur la question du maintien de la place des activités économiques dans le tissu urbain, etc. (voir supra, Section 1).
Durant la première moitié des années 1990, la MDE soccupe ainsi plus ou moins directement de laménagement de nouvelles zones dactivités périphériques, qui accompagnent le développement urbain et économique de lagglomération. Elle assure notamment la conduite des études de faisabilité en amont des opérations de réalisation de nouveaux sites dimplantation pour les entreprises, ainsi que lassistance économique au pilotage mené par les services opérationnels de lurbanisme (ZAC du Chêne à Bron, ZAC du Parc dYvours à Pierre Bénite, ZAC du Parc de Gerland).
A partir de 1993, la maîtrise douvrage des principales opérations daménagement des sites économiques retenus comme prioritaires par le SDAL est concédée à la SERL, qui bénéficie dun retour en grâce providentiel aux yeux des autorités communautaires, en raison de léclatement de la bulle immobilière (voir supra). Un potentiel doffres publiques aménagées de plusieurs centaines dhectares est développé à destination des activités industrielles et tertiaires, à travers notamment les ZAC des Pierres Blanches, des Corbèges et le lotissement du Poste aux chevaux à Mions Corbas, la ZAC du Paisy à Dardilly et la ZAC Thiers à proximité de la Part Dieu (voir cartes n°2 et 3).
La prise en main par lorganisme communautaire de la gestion de loffre de sites dimplantation pour les entreprises au travers des démarches dobservatoire est ainsi complétée par la production de surfaces dactivités. La politique de développement économique sappuie sur une certaine transversalité de laction publique, alliant le volet urbanistique opérationnel et de la planification dun côté, et le volet plus directement lié à léconomie de lautre, tous deux portés par la même Direction du Développement Urbain. Laménagement urbain est dès lors encore plus massivement mis au service du développement économique.
Les ZAC des Perches et du Feuilly à Saint-Priest, lancées en 1996 et 1998 et pilotées par la SERL, participent de cette dynamique daménagement spatial à vocation économique. Elles sinscrivent dans la vaste opération de développement économique et urbain du site stratégique de Porte des Alpes, planifiée par le SDAL et permise par le POS de 1994, qui fait partie des projets urbains à vocation économique phares au niveau intercommunal (voir supra). Cette opération représente en effet la principale réalisation du Grand Lyon en matière de création de nouvelles surfaces dactivités pour les entreprises dans lagglomération à la fin des années 1990. Elle est localisée sur les importantes réserves foncières constituées depuis la fin des années 1970 à proximité de la zone commerciale de Champ du Pont, de luniversité Lyon 2 et de la ZAC du Triangle situées à Bron (Frénéa, 2001).
Le projet porte sur laménagement dun parc technologique et scientifique à forte dimension environnementale denviron 120 ha, destiné à laccueil dactivités industrielles non polluantes, tertiaires et de recherche. Il sinscrit dans le volet territorial du Plan Technopole du Grand Lyon, comme lun des sept sites technopolitains de lagglomération, mais sa capacité à recevoir de nouvelles implantations dentreprises est toutefois limitée par son orientation sectorielle très spécifique, positionnée à linterface entre environnement, technologie et activités économiques (voir infra). Celle-ci est notamment déterminée par limplantation sur le site de la firme Mérial dès 1995, assurant le rôle de locomotive économique pour le lancement de lopération et son orientation vers laccueil des activités technologiques innovantes.
Après lélan des années 1990, la dynamique de développement économique et durbanisation du site retombe dautant plus vite depuis 2001 quil ne fait pas partie des priorités de la nouvelle majorité élue en matière de politique économique (Gonet, 2002). Malgré des surfaces disponibles importantes et relativement bien localisées par rapport au centre de la métropole et en termes de desserte autoroutière et aérienne (A43, proximité des aéroports de Bron et Lyon Saint Exupéry), lopération de Porte des Alpes savère inadaptée pour remédier au problème croissant de la pénurie de foncier à vocation économique dans lagglomération (voir infra). Elle constitue pourtant a priori une opportunité intéressante pour répondre à la crise de loffre daccueil pour les entreprises qui sévit dans lagglomération au tournant des années 1990 et 2000.
Renouvellement urbain et développement économique
Parallèlement, la mandature de R. Barre définit une nouvel axe dintervention pour la MDE, qui sinscrit également en relation très étroite avec la politique de développement urbain communautaire : le lancement des premières opérations de requalification des zones industrielles aménagées dans les années 1960-70 (voir supra, 2ème Partie). Une dizaine de zones sont ainsi améliorées par la MDE à partir de 1996, notamment à Dardilly, Décines, Vaulx-en-Velin, La Mouche, Meyzieu Jonage, Corbas, Chassieu Mi-Plaine, Perica, Vallée de la chimie, Craponne, Lyon Nord et Lyon Sud-est. Plus de quatorze millions dEuros sont investis en cinq ans (1997-2002) pour requalifier onze parcs ou zones dactivités de lagglomération (Lensel, Rouzies, Degrugilliers, 2002) (voir carte n°6).
La coordination globale des opérations de requalification est assurée au niveau central par la DGDU du Grand Lyon. Sur chaque site, des comités de pilotage politique et technique regroupent les élus communautaires et municipaux concernés ou les services municipaux et communautaires concernés, la CCIL, les industriels locaux rassemblés en association et un paysagiste chargé de lAMO. Cette organisation en grande partie territorialisée et décentralisée préfigure largement celle qui est mise en place pour laction économique de la DAEI au début des années 2000 (voir infra).
Il sagit dun moyen dagir en faveur du développement économique local commode, concret et relativement facile à mettre en uvre pour les services du Grand Lyon, qui souffrent encore de leur manque de savoir-faire spécialisé dans le domaine économique au milieu des années 1990. En effet, ce type daction permet de mobiliser les compétences techniques plus traditionnelles de lintercommunalité aménagement spatial, urbanisme , qui se trouvent au sein de la DGDU à laquelle appartient aussi la MDE, afin de répondre de façon visible et assez immédiate aux attentes des entreprises en matière de localisation sur le territoire. Il sagit aussi, non seulement de coller aux besoins des entreprises en matière doffre dimplantation et de répondre à leur attente concernant leur environnement urbain immédiat (desserte, signalétique, stationnement, etc.), mais également de redonner de la valeur marchande et économique à des surfaces dactivités en perte de compétitivité face à lévolution du marché des localisations urbaines pour les firmes, tout en palliant la pénurie de foncier disponible en périphérie et les limites posées à lextension urbaine, grâce à la reconquête des quartiers péricentraux frappés par la désindustrialisation.
Les opérations de requalification des zones industrielles sont en effet révélatrices du caractère limité des disponibilités foncières dans lagglomération, comme les nouvelles opérations de réalisation de zones dactivités menées durant les années 1990, qui sont toutes situées aux franges du territoire communautaire (voir supra). Le périmètre central est en effet largement saturé, il ny a plus de foncier disponible pour accueillir les activités économiques, notamment industrielles. Le problème est moins criant pour les activités tertiaires, il est même inversé un temps au début des années 1990 en raison de la crise immobilière qui laisse une offre de bureaux pléthorique en mal de demande
Carte n°6 : Les zones dactivités en requalification du Grand Lyon
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La mise en place par la MDE dun dispositif dobservation de limmobilier dentreprise (bureaux, parcs dactivités) et du foncier industriel avec les professionnels en 1994 sinscrit dailleurs dans ce contexte. Lenjeu est dabord de gérer la crise immobilière, mais ce dispositif sert aussi de plus en plus à limiter les conséquences néfastes de la pénurie de foncier disponible à partir de la fin des années 1990, quand la demande reprend de manière très forte. La situation est en effet encore plus critique dix ans après, au début des années 2000, tant pour les implantations industrielles que pour les activités tertiaires.
Ces opérations de requalification peuvent être mises en parallèle avec les grands projets de régénération urbaine qui touchent zones de friches industrielles ou urbaines de lagglomération, désaffectées ou inadaptées aux évolutions fonctionnelles de la ville post-moderne (voir supra). Les opérations de Gerland et de la Cité Internationale, lancées durant les années 1980, constituent les deux premiers grands projets de renouvellement urbain à vocation économique dominante réalisés dans lagglomération lyonnaise après la Décentralisation. Elles accueillent respectivement des activités économiques et denseignement supérieur liées à la stratégie de développement technopolitaine pour la première (ENS Sciences et Lettres, entreprises liées aux biotechnologies), de grands équipements collectifs à fort rayonnement liés à la logique dinternationalisation de la métropole et des activités de loisirs marchands pour la seconde (siège dInterpol, palais des congrès, Musée dart contemporain, casino, hôtels, multiplex).
Outre des modes de pilotage des projets opposés (lune réalisée en régie directe, lautre concédée à un opérateur privé), elles présentent également un bilan inégal en termes de surfaces dactivités mises sur le marché. Le quartier de Gerland offre en effet beaucoup plus de possibilités dimplantation pour les entreprises, notamment dans le cadre de laménagement du technopôle, que le quartier de la Cité Internationale, qui reste majoritairement dédié aux fonctions commerciales et touristiques daccompagnement du développement économique métropolitain.
Sous le mandat de R. Barre, sont lancées les opérations de régénération urbaine de Vaise et du Confluent. Le plan de développement global de Vaise permet la réalisation de plus de 150 000 m² de nouvelles surfaces dactivités entre 1997 et 2005, réparties sur trois sites qui constituent autant de pôles économiques spécialisés autour dune ou deux filières dactivités : le quartier de lIndustrie (numérique, textile) et le secteur Gorge de Loup/Berthet (formation), aménagés grâce à la procédure de ZAC ; le haut de la rue Marietton (concessionnaires automobiles). Le grand projet du Confluent, qui couvre tout le Sud de la Presquîle, met plus de temps à démarrer : la réalisation de la première phase doit ainsi sachever en 2015 et prévoit environ 90 000 m² de surfaces tertiaires. Les premières réalisations à vocation économique significatives ne portent cependant que sur laménagement dun pôle commercial et de loisirs de 120 000 m², prévu pour 2007.
Malgré la pénurie de terrains disponibles pour réaliser des programmes immobiliers de bureaux ou aménager des surfaces dactivités pour les entreprises dans lagglomération, il en va de même pour le dernier projet de ce genre lancé dans lagglomération par la mandature de G. Collomb. Lopération Carré de Soie, située à cheval sur Villeurbanne et Vaulx-en-Velin, ambitionne en effet de remplacer les anciennes usines TASE par un vaste complexe commercial de 55 000 m², accompagnant un nouveau pôle de loisirs de 7 ha aménagé entre lhippodrome de Villeurbanne et le Canal de Jonage (école de sport, multiplex, bowling, etc.). Le projet ne comporte pas de programme immobilier de bureaux, en dépit dune localisation géographique plutôt intéressante sur la future ligne de tramway Léa-Leslys reliant la Part Dieu à laéroport Saint Exupéry (voir carte n°2).
La politique de requalification des zones dactivités et de régénération économique des vieux quartiers industriels péricentraux de Lyon est donc poursuivie et amplifiée sous la mandature de G. Collomb, malgré labsorption de la MDE par la DAEI en 1999. Entre 1997 et 2002, 14.3 millions dEuros sont investis pour la requalification de onze zones dactivités de lagglomération (DAEI, 2004). Cependant, le volet spatial de la politique économique du Grand Lyon ne devient au tournant des années 2000 quun axe mineur de lintervention des services économiques communautaires. Laction foncière (constitution dun patrimoine communautaire et revente des terrains à un prix avantageux pour les entreprises) est toutefois mise au service du développement des activités économiques, essentiellement pour permettre à des entreprises importantes de se délocaliser au sein de lagglomération (Infogrames, SMI KOYO) (voir infra, Section 3).
Le tertiaire marchand truste les principaux projets urbains de renouvellement conduits récemment dans lagglomération lyonnaise, surfant sur la rhétorique grandissante de lavènement de la société des loisirs et de laccentuation des logiques de consommation (Davezies, 2004). Le marketing urbain sert ainsi le développement économique local en misant sur lattractivité globale de la ville, tant vis-à-vis des entreprises que des individus (Ingallina, Park, 2005). Cette domination est notamment liée au choix politique local de faire de la culture et du tourisme des axes majeurs de la stratégie dattractivité économique lyonnaise (voir supra, Section 1). Elle est également accentuée par le choix des services économiques du Grand Lyon de privilégier le secteur des loisirs marchands à la fin des années 1990, parallèlement au développement de la logique de soutien et de promotion des nouvelles filières dactivités considérées comme stratégiques, en lien avec la relance du Plan Technopole et la nette inflexion conférée à laction économique communautaire en direction de la stratégie.
Le cloisonnement sectoriel de laction économique communautaire
A mesure que la DAEI développe ses services au cours des années 1990, les actions quelle développe prennent une orientation stratégique de plus en plus poussée (voir supra, Section 1). Dès sa création cependant, la mission qui lui est conférée est résolument stratégique et tournée vers la recherche de lefficacité économique. Elle est en effet chargée de concevoir et de porter la politique économique du Grand Lyon, et de favoriser le rayonnement international de la métropole, dénotant dune claire volonté du pouvoir politique local de faire prendre par linstance communautaire le pas sur le rôle de lADERLY (voir supra, Section 3). La MDE nest comparativement quun service durbanisme opérationnel consacré à la problématique économique, qui gère la mise en uvre spatiale de la stratégie de développement économique (aménagement de sites daccueil pour les activités).
La relance du Plan Technopole à partir de 1997, dont le pilotage est confié à la DAEI et non plus à lADERLY comme cétait le cas depuis le milieu des années 1980, marque à la fois une nouvelle étape dans lappropriation de la culture managériale et stratégique par lorganisme communautaire, et la montée en puissance des services économiques du Grand Lyon dans lexpertise économique et dans la prescription des modes de faire liés au développement économique. La DAEI intègre dans ses activités des fonctions de veille économique conjoncturelle et structurelle, de marketing territorial, didentification des filières, pôles dexcellence et fonctions économiques motrices ou émergentes du système productif local, en plus des tâches dassistance aux implantations dentreprises et de définition évaluation de la stratégie dagglomération (aide à la décision). Elle tend à se comporter de plus en plus à la manière dune entreprise, mettant laccent sur une gestion managériale de laction économique.
La logique de filière et de promotion des pôles dexcellence économiques de la métropole lyonnaise est ainsi dominante dans la stratégie dintervention de la DAEI à la fin des années 1990. Cette politique de soutien vise autant les filières industrielles (éco-industries, mécanique automobile, chimie, textile), la logistique (en relation avec lAlliance Logistique créée au niveau de la RUL), les loisirs marchands (multiplex, hôtellerie et tourisme daffaires, produits culturels haut de gamme, etc.), que les secteurs dactivités technologiques inscrits dans le nouveau Plan Technopole : les biotechnologies, sciences du vivant et de la santé, ainsi que les nouvelles technologies dinformation et de communication. La production détudes et la promotion économique complètent cette approche qualitative et très peu spatialisée du développement économique territorial.
La démarche détablissement dune matrice de portefeuille local dactivités, utilisée dans le management stratégique du développement économique local (voir supra), inspire clairement les nouveaux responsables de la DAEI dans la choix de privilégier cette approche du développement par les filières économiques. Elle consiste en effet à identifier les secteurs dactivités dominants, moteurs ou émergents au sein du système productif local, dans le but de définir une stratégie de positionnement pour le territoire (Bouinot, Bermils, 1993). Elle est développée dans lagglomération grâce aux travaux dexpertise économique produits par des chercheurs lyonnais et parisiens pour le compte de la RUL (Beckouche, Davezies, 1993) et du Grand Lyon (Davezies, 1994 ; Beckouche, Davezies, 1995 ; Minelle et Alii, 1996).
La création de lObservatoire Partenarial de lAgglomération Lyonnaise en Economie (OPALE) au début des années 2000 au sein de lAgence durbanisme sinscrit également dans cette logique qualitative de production dindicateurs et dobservation permanente de lévolution économique du territoire par le biais des filières dactivités, propre à lapproche stratégique et managériale du développement économique. Ces démarches directement inspirées des méthodes de gestion stratégique des firmes permettent en outre de conduire une forme dévaluation en continu de laction économique déployée.
Létablissement de rapports dactivités annuels à compter de 1998 marque aussi le virage résolument managérial amorcé par la nouvelle direction de la DAEI : il sagit de gérer le service économique communautaire à la façon dune entreprise privée, en rendant régulièrement compte aux élus et aux différents partenaires de la réalité et de la diversité de lintervention, afin de convaincre de son efficacité économique. Lorganisation des différentes missions qui composent la DAEI entre 1998 et 2000 traduit ainsi très nettement une orientation stratégique de laction de plus en plus coupée de lapproche du développement économique par laménagement de lespace et lintervention urbanistique. Elle dénote cependant également dune certaine confusion dans la répartition des rôles au sein du service économique du Grand Lyon, qui peut être interprétée comme une difficulté à définir de façon précise le sens et le contenu à donner à laction économique communautaire.
Dun côté, une équipe gère le volet danimation territoriale, de suivi des créations dentreprises, de gestion de lurbanisme commercial (et des loisirs marchands) et de loffre de surfaces dactivités qui était auparavant dévolu à la MDE. Elle constitue la seule partie des services économiques communautaires ayant une approche véritablement axée sur le territoire et sur la relation entre développement économique et dimension spatiale de laménagement. De lautre côté, une équipe gère laccompagnement des projets dimplantation, une autre le Plan Technopole (Biotechnologies et Santé, soutien à la recherche et à linnovation) et une troisième soccupe des filières et pôles dexcellence (environnement, textile, logistique, télécommunications, numérique) ainsi que de la veille économique (DAEI, 2001).
En 2001, lorganisation de la mise en uvre de la politique économique par la DAEI se scinde selon trois grandes orientations : laccompagnement des pôles dexcellence économique (sciences du vivant, et technologies de linformation) et des filières en évolution (mécanique, tourisme et loisirs, mode et création, environnement, logistique) ; lintervention en faveur du développement économique et territorial, qui apparaît comme une sorte de fourre-tout pour les actions ayant un lien plus ou moins évident avec lespace (entreprenariat et création dentreprises, offre foncière, marketing territorial, implantation dentreprises, animation territoriale, innovation et animation technopolitaine, urbanisme commercial) ; la veille documentaire et lintelligence économique, qui matérialise la volonté de constituer une capacité dexpertise économique en interne (Meynet, 2002).
Ce cloisonnement apparent est toutefois censé être atténué par le mode de fonctionnement matriciel du service économique. Il demeure que le volet spatial du développement économique, qui constitue pourtant le cur de compétences du Grand Lyon, est assez mal intégré au reste de laction économique, essentiellement qualitative et fondée sur des actions de mise en relation, de soutien aux initiatives des acteurs économiques, aux filières dactivités et aux logiques dinnovation.
Le Plan Technopole fournit une bonne illustration de cette difficulté de la politique économique communautaire à sintégrer aux objectifs plus globaux de développement urbain et territorial de lagglomération, bien que le développement de linnovation soit désigné comme un moyen de renforcer la position concurrentielle de lagglomération (création dun avantage comparatif économique). Si le premier Plan technopole porté par la CCIL et lADERLY dans les années 1980 arrive assez bien à combiner les volets qualitatifs et spatiaux, autour de laménagement et du développement de trois technopôles relativement bien insérés dans le tissu urbain et connectés au milieu universitaire lyonnais, le second lancé par le Grand Lyon peine à véritablement intégrer les entreprises, lenseignement supérieur et laspect urbain au sein dune seule et même dynamique de développement.
Celui-ci comporte en effet une dimension qualitative et immatérielle dominante (soutien, animation, valorisation et promotion des filières et des réseaux technologiques locaux), à laquelle est juxtaposée de façon assez décousue et mal connectée une dimension spatiale matérialisée par sept sites technopolitains : lobjectif daménagement est traité dans une partie à part du programme daction, indépendamment du développement des deux filières prioritaires, du soutien aux entreprises, de lanimation des milieux technopolitains locaux et de la promotion de la culture scientifique et technologique. Ils sont pourtant censés constituer lempreinte spatiale de la stratégie de développement technopolitaine et faciliter la lecture de limage économique et scientifique de lagglomération (Grand Lyon, 2000).
La volonté des nouveaux promoteurs du Plan Technopole de passer dune culture daménagement à une approche plus globale du développement économique se traduit en fait par le renforcement du cloisonnement entre les actions danimation et de promotion conduites au sein du milieu technologique et économique local, et les actions daménagement menées sur les sites. Alors que la promotion de linnovation vise laccroissement de la compétitivité des entreprises, le renforcement de certains secteurs dactivités et la stimulation des logiques de création, nécessitant limplication étroite des acteurs économiques locaux dans la stratégie daction, la mise en valeur des sites technopolitains relève essentiellement de laménagement (action foncière et immobilière, prescriptions urbanistiques), donc de lintervention et des compétences des services techniques communautaires.
Le problème est particulièrement visible dans le remplissage du parc technologique de Porte des Alpes, où le choix dune spécialisation sectorielle et technopolitaine très particulière des entreprises ciblées par lopération contraint fortement sa commercialisation (voir supra). La sélection sopère en effet sur des critères très stricts dappartenance des activités candidates à la filière des éco-industries, afin de correspondre à lesprit de promotion des filières innovantes du Plan Technopole. Conjuguée au respect de certains critères environnementaux spécifiques à ce parc dactivités, elle savère être un frein au processus de mise sur le marché de lopération daménagement spatial à vocation économique (Mouton-Benoît, 1998). Fin 2000, le parc nest ainsi rempli quà hauteur de 15 % de ses capacités daccueil (Frénéa, 2001), malgré son ouverture progressive aux implantations dentreprises plus industrielles ou tertiaires que véritablement technologiques et innovantes. Aucune des firmes localisées dans le parc na en outre de lien avec luniversité voisine, confirmant léchec du pari technopolitain sur ce site.
Plus largement, la conception du Plan Technopole laisse apparaître des problèmes de mise en cohérence de la stratégie technopolitaine non seulement avec la politique daménagement de lespace urbain, mais également avec le reste de la politique économique du Grand Lyon. En effet, malgré les besoins en matière dimmobilier dédié identifiés par la CCIL dès 1998, lengagement des négociations sur le transfert de la compétence de gestion des Novacités en 1999 (voir infra, Section 3) et les instructions du vice-président chargé du volet technopolitain données à la DAEI pour développer une stratégie foncière adaptée fin 2000, la politique technopolitaine communautaire nintègre cette priorité quen 2001, alors que le programme et le mandat sachèvent. De la même façon, le SDE piloté par lAgence durbanisme depuis 1997 nest intégré aux missions de la DAEI quen 2001, une fois les principales orientations stratégiques arrêtées (voir supra, Section 1) : il ne mentionne pas le Plan Technopole ni nimplique les acteurs de la recherche, même sil pointe linnovation et lentreprenariat parmi ses priorités (Reverdy associés, 2002a).
La mise en place danimateurs technopolitains sur le terrain en 2000 tente de redonner du liant à lensemble de laction de développement économique du Grand Lyon, mais le problème de fond semble être une question plus globale de compétences techniques et de moyens effectifs dactions (financiers notamment) à la disposition de la DAEI. Le choix de la sous-traitance pour la mise en uvre du programme technopolitain permet de remédier en partie aux limites de savoir-faire et de capacité dintervention des services communautaires. Il névacue cependant pas totalement le problème des compétences mobilisées pour la conduite de la politique économique et de la pertinence pour lorganisme communautaire de miser sur laction qualitative alors que son savoir-faire traditionnel relève plutôt de laménagement spatial et de lurbanisme.
Un problème de compétences techniques en matière daction économique ?
Suite au changement de mandature de 2001, une évaluation du Plan Technopole est réalisée par un cabinet de consultants grenoblois (Reverdy associés, 2002a, b et c). Elle fait apparaître que les principales réussites de la politique économique communautaire relèvent dabord du domaine de laménagement de lespace : la réalisation dune offre dimmobilier dédié permettant laccompagnement du développement des nouvelles activités et la qualification des sites technopolitains de la Doua et de Gerland, dont la mise en valeur technopolitaine a cependant été amorcée avec le lancement du premier Plan Technopole dans les années 1980. Il note également une certaine reconnaissance du positionnement de lagglomération sur les deux thématiques prioritaires, notamment grâce à larticulation de la thématique des biotechnologies avec la logique de site, ainsi que la qualité du soutien apporté à la création dactivités innovantes, qui est toutefois en grande partie lié au volet territorial du programme daction technopolitain par le biais de limmobilier dédié (DAEI, 2002).
En revanche, les points faibles concernent plutôt les actions qualitatives de stimulation des réseaux scientifiques et techniques locaux et le caractère limité des effets de levier effectifs au regard de linvestissement financier consenti. Seule la partie de la communauté scientifique en lien avec les activités industrielles a été véritablement mobilisée. Linformation et la communication ont mal circulé entre les différents acteurs, qui ont bien souvent négligé dengager leurs établissements dans le programme par le biais de leurs stratégies propres de développement. Le rapport reconnaît toutefois un certain effet fédérateur au Plan Technopole, notamment grâce à la mise en place du Pôle Universitaire Lyonnais (PUL), la création dun continuum intéressant entre recherche, développement économique et attractivité territoriale dans lagglomération, ainsi quune bonne capacité dincubation de grands projets de la part du Grand Lyon (création de manifestations, dassociations et de produits immobiliers thématiques essentiellement).
Enfin, les modalités de pilotage savèrent être mal définies, ce qui influe sur la lisibilité et lefficacité globale du programme dactions technopolitain. Les changements importants survenus dans lorganisation du leadership du Plan Technopole au sein du Grand Lyon expliquent en grande partie ce problème. Dune part, le technicien de la DAEI ayant lancé le projet en 1998 (publication des documents dorientation, organisation et valorisation de la production des groupes de travail) a été remplacé de façon un peu chaotique fin 1999. Dautre part, son départ sest accompagné de labandon de lidée de faire porter le Plan Technopole par une association expressément créée. Cette situation dhésitation nempêche cependant pas la signature des conventions de partenariats pour la mise en uvre des actions, mais induit toutefois une certaine faiblesse du travail de synthèse et de diffusion de linformation dévolu à la DAEI (Reverdy associés, 2002 ; Healy, 2002).
En bref, lévaluation du Plan Technopole met en évidence le caractère limité des compétences effectives de la DAEI en matière danimation du milieu économique local et de management de projet de développement. Par contre, il pointe la pertinence et lefficacité de son intervention en matière daménagement et de mise en valeur des territoires à vocation économique (ou technopolitaine en loccurrence). Indirectement, puisque tel nest pas son objectif affiché, le rapport daudit révèle ainsi le travers principal de lorientation stratégique et managériale prise par la politique économique du Grand Lyon à la faveur de la relance du Plan Technopole à la fin des années 1990 : sa relative inefficacité et son inadaptation par rapport aux compétences et savoir-faire des services techniques de la DAEI en matière de développement économique, malgré le recours à la sous-traitance.
Le processus de montée en régime de laction de prescription de stratégie de la part de la DAEI est fortement lié au profil de formation très spécifique de la plupart des personnels techniques du service, chargés détudes comme responsables, recrutés à partir de 1998. Ceux-ci sont en effet majoritairement issus de cursus économiques et décoles de commerce ou de management, voire directement issus du monde de lentreprise pour certains. Seuls les techniciens qui soccupent des opérations de requalification des zones industrielles ont un parcours lié à lurbanisme ou à laménagement, leur permettant de saisir les problématiques propres à la gestion de lespace et à lapproche dintervention globale, transversale et pluridisciplinaire du projet urbain.
En outre, un tel profil managérial du personnel technique nest que partiellement mis à profit par lintervention effective de la DAEI, en raison de la double nécessité politique de limiter les dépenses publiques communautaires et de privilégier les actions qui sont aisément lisibles et perceptibles par les contribuables comme par les acteurs économiques. Les actions physiques et matérielles relevant plutôt de laménagement sont donc prioritairement mises en uvre par les services communautaires (ou par la SERL, bras exécutant de la collectivité), tandis que les actions plus immatérielles relatives à lanimation et à la promotion des filières stratégiques sont sous-traitées aux partenaires économiques, associatifs ou universitaires par le biais du PUL. Ce système dexternalisation des tâches techniques de mise en uvre permet de pallier les carences de compétences spécifiques de la DAEI.
Le recours à la sous-traitance constitue ainsi une solution organisationnelle pour la mise en application de la politique économique, satisfaisante du point de vue de la culture professionnelle de la DAEI (culte du management), comme des impératifs de gestion économe et de prise de leadership du Grand Lyon au sein du système dacteurs local (voir infra, Section 3). La sous-traitance des tâches les plus techniques permet de sappuyer sur les compétences spécifiques très pointues des différents acteurs économiques, institutionnels ou universitaires impliqués dans le Plan Technopole, qui ne sont pas forcément maîtrisées en interne par les techniciens de la DAEI, et de mobiliser plus directement tous les partenaires autour de lobjectif politique communautaire. Elle permet aussi à la DAEI de mettre en uvre lun des principes centraux des démarches pragmatiques et stratégiques développées par les entreprises, afin dapparaître comme un interlocuteur crédibles à leurs yeux : la flexibilité des dispositifs et lexternalisation des tâches subalternes dexécution (Veltz, 2002).
Le profil économique et managérial dominant rend les techniciens de la DAEI particulièrement sensibles aux logiques de fonctionnement du marché, aux démarches stratégiques, à lapproche en termes de marketing et de bench-marking, et de façon plus globale à la recherche de la défense de lintérêt des entreprises, mais beaucoup moins aux logiques plus classiques de promotion de lintérêt général public ou simplement daménagement équilibré du territoire local. En cela, ils se démarquent très nettement de leurs collègues des services du développement urbain (DGDU), plutôt issus de formations en urbanisme, aménagement ou décoles darchitecture et rompus à la logique de laction transversale et à a recherche de la cohérence densemble au sein de laction publique locale.
Pourtant, le développement économique est également a priori un domaine fondamentalement transversal et politique de laction publique locale où la recherche de conciliations entre des points de vues divergents doit primer (entreprises et intérêts privés versus pouvoirs publics et intérêt général essentiellement). Il demande donc à ses protagonistes relevant de la sphère publique, cest-à-dire au personnel technique de la collectivité locale, une formation plutôt pluridisciplinaire à même de permettre la mise en adéquation, du moins en cohérence, de lintervention spécifique en faveur de léconomie avec la logique globale dintervention urbanistique et spatiale liée à laménagement du territoire.
Or, léquipe technique de la DAEI du Grand Lyon cultive, outre son origine disciplinaire peu diversifiée, un certain enfermement autour de ses compétences économiques et managériales et de sa relative proximité culturelle avec le monde des entreprises, au détriment du décloisonnement nécessaire en direction des autres services communautaires, notamment ceux de la DGDU qui gèrent lurbanisme opérationnel, lurbanisme territorial et la planification donc laménagement spatial dans lagglomération. Les techniciens des services économiques privilégient le plus souvent les aspects qualitatifs et immatériels de lintervention sur le milieu économique local et tendent à négliger ou à sous-estimer la dimension spatiale et urbanistique du développement économique.
Il résulte de cette situation une opposition assez forte entre des visions fondamentales de léconomie et de lurbain très différentes, et un éloignement problématique entre la logique de soutien aux entreprises locales pour des motifs de développement économique promue par la DAEI, et la logique densemble de développement urbain et de coordination globale des différents volets de laction publique au sein des démarches de projet daménagement, soutenue par la DGDU (voir infra, Section 3).
Plus simplement, les services économiques du Grand Lyon ne jouissent pas encore de compétences légales ni dun savoir-faire très développés en matière de régulation économique territoriale (Linossier, 2004a). Le développement économique nest en effet exercé que depuis une dizaine dannées au sein de lorganisme communautaire et constitue de surcroît un champ daction publique très spécifique quant aux modalités dintervention quil mobilise (action indirecte à la marge de léconomie, instrumentation des autres champs dintervention publique comme lurbanisme, laménagement, la planification, etc.). Ces particularités contribuent à fragiliser la légitimité et la crédibilité des initiatives de la DAEI, tant vis-à-vis des entreprises que vis-à-vis des autres acteurs de la régulation économique territoriale, partenaires institutionnels du Grand Lyon qui sont souvent plus expérimentés que ses services techniques et reconnus de longue date dans la conduite dactions de développement économique (communes et structures de représentation des intérêts économiques locaux notamment).
Sajoute enfin le problème de lhypercentralisation des services économiques, confinés dans lHôtel de la Communauté Urbaine de Lyon à la Part Dieu. Ils imposent depuis le haut, ou plutôt depuis le centre géographique du pouvoir intercommunal dans lagglomération, une vision très technocratique, qui nest pas sans rappeler lattitude des autorités centrales de lEtat durant les Trente Glorieuses (voir supra, 2ème Partie). Ce problème nest dailleurs pas spécifique au domaine de laction économique, mais il se pose avec une force particulière pour celui-ci en raison de lenjeu stratégique et politique très important accordé par les responsables communautaires à la question du développement économique (voir supra, section 1). Il nécessite de la part des services de la DAEI une grande efficacité et une meilleure lisibilité de leur action vis-à-vis de ses cibles, que sont les entreprises et les acteurs économiques présents sur le territoire.
3- De lanimation territoriale au développement économique décentralisé
Au tournant des années 1990 et 2000, la DAEI souffre dun manque de proximité avec les entreprises, malgré les efforts réalisés dans le sens dune augmentation des relations directes avec la sphère des entreprises depuis sa création (voir infra, section 3). Il se traduit notamment par une certaine difficulté à adapter les dispositifs dintervention en faveur du développement économique aux besoins concrets et relativement mouvants des entreprises. La DAEI pâtit également du trop grand éloignement de ses techniciens par rapport aux spécificités contrastées du terrain, essentiellement dun point de vue plus opérationnel de mise en uvre de la politique économique communautaire sur le territoire. Ceux-ci éprouvent en effet des difficultés à saisir la pluralité des enjeux locaux, du fait de la grande diversité des contextes économiques et territoriaux existant au sein de lagglomération. La politique économique communautaire manque aussi de visibilité pour les entreprises quelle cible, son caractère relativement dispersé et multi-partenarial ne facilitant pas une perception claire et unifiée des actions.
La solution réside-t-elle dans lancrage territorial de lintervention économique du Grand Lyon ? Cette démarche de territorialisation de la régulation économique exercée par les pouvoirs publics locaux est en effet censée favoriser à la fois la transversalité de laction publique en faveur du développement économique, une plus grande proximité avec les entreprises dans lécoute et la réponse à leurs besoins et la présence des services techniques communautaires sur le terrain, cest-à-dire une certaine décentralisation de la gestion urbaine.
La recherche de la proximité avec les acteurs de terrain (municipalités, organismes consulaires, entreprises, etc.) dans la conduite de lintervention du Grand Lyon nest pas forcément une nouveauté, bien quelle soit placée au centre de laction économique communautaire depuis 2002 (voir supra, Section 1). Elle est en effet déjà identifiée comme un des volets de la mise en uvre de la politique économique communautaire sous la mandature Barre. Il est même possible de faire remonter la volonté plus globale de décentraliser la gestion de laction publique locale à la mandature de M. Noir.
Dans le cadre des réflexions menées pour la rénovation des pratiques de management des politiques publiques locales, le bilan dactivités de 1991 de la COURLY fait déjà état de la nécessité de « poursuivre les efforts dans le sens de la responsabilisation des équipes de travail les plus proches du terrain et les mieux capables datteindre des résultats (
). La décentralisation doit devenir à ce titre notre culture dominante et nous devons à ce titre valoriser le rôle des responsables territoriaux et des responsables de projets ». Cette injonction au rapprochement des services techniques intercommunaux avec le terrain sinscrit dans la continuité de lexpérimentation opérationnelle menée à travers la mise en place des missions territoriales (voir supra).
Cependant, la volonté daccompagner spécifiquement le développement économique local en renforçant la présence des services du Grand Lyon sur le territoire est effectivement un aspect plutôt récent, révélateur des stratégies de repositionnement relatif de lorganisme communautaire au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale (voir infra, Section 3). Il est en grande partie destiné à remédier aux difficultés de mise en cohérence des différents champs de politiques urbaines autour de lenjeu économique, considéré comme central par les responsables politiques.
La réorganisation territorialisée de lintervention économique
Depuis 2002, la DAEI recentre la conduite de la politique économique communautaire autour la double nécessité de proximité avec le tissu local dentreprises et dancrage de lintervention dans le territoire métropolitain. Elle met ainsi en application le mot dordre politique de la mandature de G. Collomb : « Voir loin, être proche », en conférant une nouvelle dimension territorialisée à lintervention économique communautaire.
Cette démarche de réorientation de la stratégie dintervention économique consiste à croiser les deux grands types dapproche du développement économique développés successivement par les services du Grand Lyon, mais qui ont jusqualors été très difficilement conciliables : lintervention économique par le territoire et laménagement de lespace, largement déployée par la MDE et la DGDU à travers la conduite de projets urbains et dopérations daménagement à vocation économique au cours des années 1990, et laction économique par les aspects qualitatifs et immatériels, liée à la promotion des filières dactivités prioritaires et au soutien apporté à la création dentreprises, telle que la développée la DAEI depuis 1998. Elle ne supprime pas lapproche par filières privilégiée depuis la relance du plan technopole, mais lui est plutôt associée et la complète.
La territorialisation de la politique économique du Grand Lyon se traduit dabord par la réorganisation des services de la DAEI selon une double logique transversale et thématique. Elle sinspire ensuite du principe de décentralisation des services communautaires et damélioration des conditions de la coordination opérationnelle entre les différents acteurs impliqués par les projets, mis en place avec les missions territoriales (voir supra). La principale nouveauté induite par la réorganisation des services de la DAEI réside ainsi dans la création de nouveaux postes techniques décentralisés sur le territoire : les animateurs technopolitains et les développeurs économiques. Ils sont chargés de représenter le Grand Lyon au plus près des besoins de entreprises sur le terrain et de développer un système dintervention communautaire de proximité capable de relayer au niveau local les grandes orientations de laction définies par les services de la DAEI.
Il ne sagit toutefois pas dune véritable décentralisation des services techniques de la DAEI, qui restent dans lensemble localisés dans le centre de Lyon et organisés de façon matricielle, mais plutôt de la mise en place dun dispositif territorialisé dexternalisation dune partie de leur capacité dintervention économique de proximité auprès de structures partenaires à vocation économique présentes sur le territoire local (Linossier, 2004b). Les chargés de projet des opérations de requalification des zones industrielles sont ainsi toujours localisés dans lHôtel du Grand Lyon et non sur le terrain, même sils soccupent chacun dun secteur géographique particulier de lagglomération, comme les responsables du Pôle développement local et de lanimation territoriale de la DAEI qui encadrent lapproche territoriale.
Ce système de sous-traitance territorialisée dune partie de laction économique communautaire est organisé grâce à la constitution de pôles de développement économique territorial, sur le principe des « maisons de léconomie » (KPMG, 2003) proposé par laudit réalisé pour clarifier la répartition des compétences entre les niveaux intercommunal et municipal (voir supra, Section 1). Il sagit de structures souples et partenariales, assurant la présence du Grand Lyon sur le terrain, par le truchement dune procédure de financement complexe et dun dispositif technique en partie externalisé. Le recours à la sous-traitance pour le portage technique et opérationnel du dispositif dintervention illustre une nouvelle fois la mise en application par la puissance publique des principes de pragmatisme et de flexibilité inspirés du management stratégique des entreprises : organisation des activités en réseau et externalisation des tâches techniques non stratégiques (Veltz, 2002).
Les instances communautaires ont en effet choisi de confier la mission de développement économique local, cest-à-dire lanimation économique de proximité, à des structures agissant dans le domaine de la régulation économique déjà présentes au niveau local, en leur versant les financements nécessaires à la mise en uvre des actions et à la gestion du dispositif des pôles de développement économique territorial. Concrètement, le portage technique et financier des postes de développeurs créés dans chaque territoire est externalisé par le Grand Lyon auprès dorganismes économiques reconnus pour leur efficacité et leur bonne connaissance des entreprises locales sur chacun des territoires locaux. Un dispositif analogue est également en projet pour les quartiers dhabitat social concernés par la création de Zones Franches Urbaines (ZFU), dont la prise en charge opérationnelle est confiée au Cabinet privé NH Conseil, spécialisé dans la gestion des entreprises et des collectivités. Ce volet plus social et intégré à la Politique de la Ville de laction économique communautaire nest toutefois pas géré pas la DAEI, mais par un service de la DGDU.
La structure de portage peut ainsi être un syndicat intercommunal, une association dentreprises et/ou dacteurs institutionnels (Pôle de Compétence en Urbanisme à Vaulx-en-Velin), un comité de bassin demploi, une antenne de la CCIL, ou une grande école publique (INSA de Lyon à la Doua, ENS Sciences à Gerland) dans le cas des sites technopolitains. Il sagit pour la DAEI du Grand Lyon de se décharger du portage technique et opérationnel du dispositif dintervention, en sappuyant sur le réseau dacteurs partenaires de la politique économique communautaire et présents sur le terrain. Des contrats territoriaux, adaptés aux potentialités organisationnelles locales, sont signés au cas par cas entre le Grand Lyon, les communes de la Conférence des Maires concernée et la structure de portage, qui fixent les modalités de lintervention économique et la répartition des rôles entre les différents partenaires impliqués pour chaque territoire (voir carte n°7).
Ce système de contractualisation partenariale de la gestion du développement économique territorial est dabord expérimenté sur quelques territoires de lagglomération à la fin du mandat de R. Barre, avant dêtre généralisé à lensemble. Il se met en place à partir dinitiatives de développement économique émergeant de façon spontanée au niveau local et que la DAEI du Grand Lyon tente dintégrer dans sa stratégie daction, alors que des prémices de territorialisation de lintervention se font sentir en son sein avec la création des postes danimateurs territoriaux dans le cadre du Plan Technopole.
Depuis 1998, le Grand Lyon abonde au financement du Syndicat de communes Territoire Saône Mont dOr pour quil soccupe de la gestion de la pépinière dentreprises et du développement économique du Val de Saône, en collaboration avec lassociation dentreprises locale. Avant la réorganisation des compétences entre municipalités et Grand Lyon de 2002, les communes du secteur abondent également au financement du dispositif (réhabilitation du bâtiment accueillant la pépinière, salaire du permanent de la CCIL présent sur le site). En 2001, un nouveau contrat territorial est signé avec lantenne de la CCIL du Plateau Nord, afin de lui confier la gestion du développement économique de PERICA : le Grand Lyon finance un poste de chargé danimation économique sur la zone industrielle.
Le cas de lassociation Techlid qui regroupe les communes concernées par la gestion du technopôle Nord-ouest est quant à lui un peu particulier, sa création remontant aux années 1980 et au lancement du premier Plan Technopole de lagglomération lyonnaise. Le Grand Lyon simplique dans la conduite du développement économique sur ce territoire à partir de la relance du Plan Technopole en 1998, en signant avec Techlid une Charte daménagement et de développement économique. Le projet territorial et la nouvelle organisation sont mis en place au sein de lEspace EDEL-Ouest entre 1999 et 2001, en collaboration étroite avec les associations dentreprises locales et lantenne de la CCIL (Touré, 2003).
Ces conventions de partenariat à base territoriale sont donc mises en place à lorigine pour faciliter la réalisation de projets de développement économique en grande partie portés par les acteurs locaux, collectivités locales et groupements dentreprises. Le Grand Lyon se contente dabonder au portage financier des structures de portage et des opérations de mise en uvre des actions, sans avoir de véritable stratégie de territorialisation de sa politique économique. Dans le technopôle Nord-ouest, la mission danimation technopolitaine est assurée par Techlid, tandis que les autres animateurs territoriaux mis en place en 1999 pour soccuper des technopôles de Gerland, de la Doua et de Porte des Alpes font partie des services centraux de la DAEI et sont localisés dans lHôtel communautaire. La généralisation de cette démarche de territorialisation de laction économique du Grand Lyon après 2002 saccompagne toutefois de modifications, concernant le portage des postes danimateurs et laugmentation du rôle directif de la DAEI sur la gestion des projets de développement économique territorial (voir infra).
Les développeurs économiques et les animateurs technopolitains ne figurent pas dans lorganigramme du Grand Lyon, afin de respecter le double objectif politique communautaire de ne pas augmenter la masse salariale interne et de favoriser la mise en uvre du principe de partenariat au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale (voir infra, Section 3). Laudit de la répartition des compétences entre communes et intercommunalité préconise pourtant leur appartenance directe à lorganisme communautaire (KPMG, 2003). Ils sont mis à disposition du Grand Lyon par leur organisme ou leur collectivité locale de rattachement pour assurer lanimation du pôle de développement économique territorial au sein de chaque Conférence des Maires et sont placés sous la direction technique de la DAEI. Ils assurent ainsi le relais de la politique économique communautaire sur le territoire, gèrent linterface entre les différents acteurs en présence (entreprises, collectivités, associations, CCIL
), absorbant aussi à loccasion les conflits dintérêt ou de légitimité survenant entre ces mêmes acteurs (Linossier, 2004c).
Carte n°7 : Le dispositif daccueil et danimation économique territorialisé du Grand Lyon
Source : HYPERLINK "http://www.entreprendre.grandlyon.com" www.entreprendre.grandlyon.com
Si le découpage des périmètres dintervention économique est globalement calé sur celui des Conférences des Maires (voir carte n°8), il fait aussi lobjet dadaptations pragmatiques ponctuelles, en fonction des configurations particulières du système dacteurs ou de la spécificité du tissu économique au niveau local. Certaines Conférences sont ainsi regroupées autour dune seul Pôle de développement économique territorial, tandis que dautres sont au contraire subdivisées pour permettre la création dun périmètre dintervention supplémentaire situé à cheval sur deux Conférences (Vallée de la Chimie). Cette flexibilité des découpages opérationnels est destinée à faciliter la prise en compte des différents contextes économiques locaux dans la nouvelle démarche danimation territorialisée du développement économique du Grand Lyon. Les périmètres des sites technopolitains et des zones franches urbaines sont plus restreints spatialement, puisque généralement définis à léchelle dune zone dactivité ou dun quartier dhabitat social (géographie prioritaire de la Politique de la Ville) : ils ne posent donc pas de problème pour organiser la gestion des dispositifs.
Carte n°8 : Les conférences des maires du Grand Lyon
Zone hachurée : Couloir de la Chimie.
Source : HYPERLINK "http://www.entreprendre.grandlyon.com" www.entreprendre.grandlyon.com
Cependant, si la définition des territoires de développement économique ne pose pas de grande difficulté sur les communes de la périphérie, il nen va pas de même dans le secteur central de la métropole. Pour la Conférence du centre (Lyon et Villeurbanne), la réflexion se poursuit pour adapter le dispositif à la complexité spécifique de cette portion du territoire communautaire, marquée par la grande variété des sites et des contextes économiques locaux. Il est possible de greffer le dispositif des pôles de développement économique sur celui des missions territoriales existant à Lyon, celles-ci constituant justement des structures intermédiaires territorialisées chargées de faciliter et de coordonner la mise en uvre des actions au niveau local. Cela nécessite toutefois délargir leurs périmètres dintervention respectifs, afin dassurer une couverture totale du territoire central. Les missions territoriales sinscrivent en effet dans des périmètres restreints de projet urbain correspondant à des quartiers. Porte des Alpes est la seule qui couvre un vaste territoire à cheval sur deux communes et peut donc servir de modèle éventuel à ladaptation de ce dispositif dans la zone centrale.
Il reste enfin à régler la question de lapplication du dispositif sur la commune de Villeurbanne, dont les services économiques municipaux agissent de manière relativement autonome par rapport aux services communautaires et municipaux lyonnais, particulièrement dans le champ de léconomie. La mise en place de la territorialisation de la politique économique du Grand Lyon est ainsi aussi freinée sur certaines Conférences, tant en périphérie que dans le centre, par labsence ou linadaptation des structures à vocation économique mobilisables pour en assurer le portage (associations dentreprises à vocation municipale trop limitées spatialement, structures communales trop limitées dans leurs thématiques dintervention, conflits de légitimité avec les antennes de la CCIL
). Pour la Conférence du Centre, linternalisation du portage du dispositif par les services du Grand Lyon est même envisagée en dernier recours, afin de contourner les difficultés de réorganisation des missions territoriales, voire de négociation sur le partage des tâches et du territoire avec les puissants services économiques municipaux de Lyon et de Villeurbanne ou avec ceux de la CCIL (voir infra, Section 3).
Avantages et limites du développement économique territorialisé
La mission des développeurs économiques et des animateurs territoriaux consiste à transposer la politique économique du Grand Lyon à léchelle des territoires et à faire émerger ou à soutenir les initiatives et projets de développement locaux. Ils accompagnent les entreprises et les communes dans leur développement interne et dans la gestion des problèmes collectifs daménagement de lespace urbain et damélioration de lenvironnement des entreprises, en assurant linterface stratégique entre les services centraux communautaires et les acteurs de terrain. Ils contribuent donc directement au renforcement des relations de proximité entre les pouvoirs publics qui conduisent la politique de développement économique dans lagglomération, et les principales cibles de cette politique que sont les entreprises. Plus largement, ils facilitent les contacts entre acteurs économiques et partenaires institutionnels divers de la régulation économique territoriale.
Les développeurs assurent ainsi la liaison entre les besoins économiques du territoire et les services techniques du Grand Lyon ou des autres partenaires de la régulation économique. Ce sont les véritables nuds du réseau dacteurs de laction publique en faveur du développement local, les charnières ou « chevilles ouvrières » chargées de faciliter la transversalité, la coordination et la mise en cohérence de lintervention territorialisée. Ils constituent une interface pragmatique et nécessaire pour renforcer la visibilité et lefficacité de la politique économique du Grand Lyon dans lagglomération. Ils permettent en effet de mettre en application de façon très concrète les objectifs dintégration fonctionnelle et de coordination des politiques publiques locales, à la fois au sein de laction économique des différents services de la DAEI et au sein de laction globale de lensemble des services techniques communautaires. Leur mission vise à favoriser, à terme, le rapprochement des logiques daménagement spatial, durbanisme et de planification urbaine avec les logiques de la régulation économique territoriale.
Cependant, la principale difficulté pour les développeurs est darriver à se positionner en « VRP » des grands instruments économiques ou urbanistiques développés par le Grand Lyon et ses partenaires, alors quils nen maîtrisent pas toujours les aspects techniques ou organisationnels. Une autre difficulté est dagir au service du développement territorial et des entreprises, mais dans le respect de la libre concurrence et du marché : ils ne peuvent pas agir tels des consultants en économie, mais seulement détecter les besoins, mettre en relation et mobiliser les acteurs publics et privés autour de projets de développement, ce qui limite assez fortement leur champ daction pour satisfaire les entreprises.
Le travail collectif et transversal entre les développeurs et les autres services du Grand Lyon nécessite encore un profond changement des mentalités, de la culture et des habitudes techniques, tant du côté de laménagement que du côté du développement économique. Par exemple, la DAF doit penser à interpeller le développeur quand une entreprise manifeste de lintérêt pour une localisation, et les urbanistes territoriaux de la DGDU doivent intégrer les développeurs dans lexercice de la planification ou la conduite des opérations daménagement. A linverse, les développeurs doivent penser à recourir aux services techniques ou aux outils de développement économiques transversaux mis en place par le Grand Lyon et ses partenaires pour répondre aux demandes des entreprises ou des communes. Ils ont aussi très souvent une vision très économique et managériale, mais une assez faible sensibilité aux questions relatives à laménagement de lespace, à lurbanisme ou à la planification. Les propositions de laudit concernant la réorganisation de la compétence économique dans lagglomération (KPMG, 2003) vont dailleurs dans ce sens : la territorialisation doit permettre la concertation entre léchelle locale et les services centralisés du Grand Lyon, notamment avec la DGDU, les services de la voirie et de la propreté pour la gestion des zones dactivités.
Lorganisation territorialisée du développement économique dans lagglomération présente aussi certaines limites dun point de vue plus politique, qui renvoient à la tentation hégémonique et dominatrice du Grand Lyon au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale. Les élus communautaires et les services centraux de la DAEI tiennent en effet à conserver le pilotage politique du dispositif danimation territoriale et lencadrement technique global de la mission des développeurs. Ils reproduisent en cela lapproche technocratique et fortement centralisée développée par lEtat français durant les Trente Glorieuses (Béhar, 2000), la logique décisionnelle descendante primant encore largement sur la logique ascendante de projet dans lorganisation de la territorialisation de la politique économique du Grand Lyon.
Le système de suivi du dispositif territorialisé est ainsi organisé selon une double hiérarchie, technique et politique :
Entre les comités techniques locaux (rassemblant les représentants des services municipaux, ceux de lantenne de la CCIL et des autres organismes, associatifs notamment, impliqués dans le suivi opérationnel sur chaque territoire) et les services centraux de la DAEI (coordination des différentes actions dans le cadre de la conduite de la politique économique à léchelle communautaire) ;
Entre les comités de pilotage locaux (élus municipaux et responsables des structures partenaires) et le niveau central de validation politique (élus communautaires et responsables de la DAEI), qui monopolise le volet décisionnel de la régulation économique territoriale à travers le contrôle des tableaux de bords et des programmes dintervention.
Les pôles de développement locaux sont intégrés dans le dispositif global dintervention économique du Grand Lyon comme des espaces daction collective, sorte de guichets uniques territoriaux censés permettre la coordination de la régulation économique locale dans une logique descendante (mise en application de la politique économique communautaire sur le territoire local), mais aussi lémergence de projets communs selon une démarche plutôt ascendante. Ce dernier aspect tarde cependant à se concrétiser, en raison du manque de motivation des élus municipaux ou des associations locales, qui se trouvent quelque peu écrasés par la domination politique et technocratique du Grand Lyon.
La territorialisation de la politique économique ne permet pas encore une totale implication des maires des communes dans la définition de la stratégie de développement local. Elle est dautant plus freinée que linstauration de la TPU au niveau communautaire diminue assez fortement lintérêt daccueillir des activités économiques sur leur territoire pour les municipalités. Le renouvellement des documents réglementaires de planification urbaine à travers lélaboration du SCOT et du PLU de lagglomération lyonnaise est en revanche censé offrir une occasion de mobiliser les responsables politiques locaux. Si le contenu du second nest quune reprise du POS de 2001 annulé pour vice de procédure, le premier constitue une bonne opportunité pour favoriser lémergence de véritables projets de développement économique territorial.
Une réflexion stratégique sur les Plans de Développement Territorial (PDT) est en effet lancée par lAgence durbanisme dans le cadre de lélaboration du PADD du SCOT. Ils doivent permettre de mettre en cohérence les différents volets des politiques urbaines et dassocier les acteurs publics de chaque Conférence à la définition du projet de développement (Agence durbanisme, 2005). Toutefois, les diagnostics économiques de chaque territoire sont réalisés de façon centralisée par lOPALE : ce sont les techniciens spécialisés de lAgence durbanisme de lagglomération qui assurent la veille cartographique et statistique de léconomie à léchelle des Conférences pour le compte du Grand Lyon, ce qui ne va pas forcément dans le sens dune plus grande implication des acteurs locaux.
Le Grand Lyon sappuie donc sur la mission dinterface des développeurs et animateurs pour imposer ses choix daction économique aux territoires locaux et sa domination politique à ses partenaires institutionnels : il recherche avant tout le leadership décisionnel en matière de régulation économique territoriale (voir infra, section 3). Les développeurs jouent ainsi le rôle damortisseur, de « tampon » absorbant les tensions et conflits entre les municipalités, la CCIL et le Grand Lyon. Toutefois, le technocratisme centralisé du Grand Lyon sinscrit en porte-à-faux avec le recours au pragmatisme libéral et la double recherche de flexibilité et de transversalité dans lintervention économique, qui justifient pourtant la mission des développeurs, inspirée de la gestion stratégique des entreprises (Bouinot et Bermils, 1995) et des principes daction définis par lARADEL pour mieux coller aux attentes des entreprises.
Conclusion de chapitre
Lintégration fonctionnelle des politiques urbaines au travers de la territorialisation de laction publique permet donc au Grand Lyon de contrôler de plus en plus la mise en uvre de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise. Face à lincapacité technique et juridique de ses services dagir en faveur du développement économique autrement quà la marge du fonctionnement de léconomie, lautorité publique communautaire sappuie sur la mise en application des approches stratégiques de laction publique au travers de la démarche de projet urbain. Laménagement spatial et lurbanisme sont ainsi placés au service du développement économique dans les années 1980, selon une logique de valorisation urbaine et de marketing territorial relativement nouvelle par rapport à lutilisation de ces mêmes domaines daction à des fins de développement économique durant les Trente Glorieuses (voir supra, 2ème Partie, Section 1).
De 1985 à 1995 environ, la politique de développement économique locale déployée par lorganisme communautaire consiste essentiellement à aménager le territoire de lagglomération lyonnaise et à léquiper, selon une logique nouvelle de renforcement de lattractivité territoriale et de création davantages comparatifs vis-à-vis des entreprises. La gestion pragmatique et flexible de laction publique par le biais du projet urbain et des missions territoriales sappuie sur la réorganisation des services techniques communautaires et lapprofondissement de leur savoir-faire opérationnel. Cette période correspond à une première étape, un premier niveau dans lintégration fonctionnelle des politiques urbaines à des fins de régulation économique territoriale. Méthodologiquement, la production de surfaces dactivités, qui représente encore la majeure partie de lintervention économique locale, est territorialisée à travers le développement dune forme daménagement urbain adaptée aux impératifs dattractivité concurrentielle et en cohérence avec lenjeu économique.
Cependant, la volonté de mettre en place les ingrédients dune véritable politique économique saffirme à partir des années 1990, après lattribution dune compétence officielle au niveau intercommunal en la matière. Les services économiques communautaires sont en effet tentés de reproduire une forme de régulation économique territoriale plus stratégique et qualitative, sur le modèle de la politique sectorielle étatique des années de croissance (voir supra, 2ème Partie, Section 1). La DAEI souvre ainsi largement à une approche du développement économique par filières, plus immatérielle et qualitative, mais beaucoup moins reliée à la dimension spatiale. Pour le Grand Lyon, lenjeu est notamment de se positionner par rapport aux instances régionales et aux différentes agences spécialisées de lEtat, qui sont très actives dans le champ du soutien à linnovation et aux activités technologiques, de plus en plus porteur pour le développement économique (voir supra, 1ère partie, Section 1). La politique économique se trouve ainsi passablement coupée du champ de laménagement et de lurbanisme, donc très peu territorialisée, alors que la vision managériale et purement stratégique devient prépondérante au sein des services économiques communautaires.
Face au constat déchec relatif de ce type dapproche du développement économique au début des années 2000, la politique de régulation du Grand Lyon connaît finalement un nouveau revirement. Un nouveau dispositif territorialisé de gestion de la politique économique communautaire est mis en place. Il permet de recréer du lien entre les volets spatiaux assez classiques du développement économique intervention à la marge du fonctionnement de léconomie mais qui reste le principal et le plus efficace levier daction de la puissance publique au niveau local et les volets plus qualitatifs de la logique stratégique et immatérielle des filières. Une organisation recourant à la sous-traitance permet en outre au Grand Lyon de pallier les carences de compétences de la DAEI et dimposer son leadership au sein du système dacteurs de la régulation économique territoriale (voir infra, Section 3).
Conclusion de section
Dans la métropole lyonnaise, la territorialisation de la régulation économique sopère donc selon deux phases chronologiques distinctes, non seulement sur le plan politique (voir supra, section 1), mais aussi sur le plan technique du développement des modalités de mise en uvre et des savoir-faire nécessaires.
La première phase, consécutive à la Décentralisation puis à la loi ATR, permet à linstance communautaire de développer des capacités dexpertise sur les questions économiques (en interne et au sein de lAgence durbanisme) et des compétences en matière de planification stratégique, de conduite de politiques urbaines, daménagement de lespace et de gestion des services et équipements publics locaux. Lémergence dune politique de développement économique pilotée par le Grand Lyon saccompagne ainsi de lacculturation progressive des services et des élus communautaires aux méthodes de gestion de laction inspirées des techniques du management stratégique (Bouinot, Bermils, 1995). Celles-ci sont déclinées à travers des démarches de projet et par lintégration fonctionnelle des politiques daménagement urbain et de développement économique, au service du développement global de la métropole et de son positionnement dans le jeu de la concurrence économique internationale.
La deuxième phase de territorialisation de la politique économique communautaire, plus récente, répond quant à elle au besoin de consolidation de la capacité dintervention et du leadership politique du Grand Lyon dans la régulation économique métropolitaine. Elle sinscrit dans une dynamique nouvelle de recherche dun « entre-deux » territorial (Girault, Antheaume, Maharaj, 2002), permettant de dépasser les limites fonctionnelles et opérationnelles des découpages institutionnels existants : pluralité des organismes compétents et légitimes à intervenir dans la régulation économique métropolitaine, pluralité et contradiction éventuelle des enjeux de développement à léchelle de la métropole et à léchelle des territoires locaux qui la composent, difficulté des services du Grand Lyon à mettre en cohérence les différentes approches spatiales et stratégiques de laction économique.
Ce processus dinnovation territoriale est ainsi destiné à renforcer la capacité dintervention économique de lorganisme communautaire et son contrôle sur le système daction collective. Il repose sur la mise en application opérationnelle du partenariat public/privé et des principes de laction collective, à partir de linvention dune nouvelle maille territoriale à vocation essentiellement opérationnelle pour le moment, située entre le niveau communautaire et les communes, au plus proche des entreprises et des acteurs économiques. Le pragmatisme et la flexibilité sont au cur du dispositif.
Ce qui se joue avec ladoption et la mise en application de la méthode stratégique au cur de laction publique en faveur de léconomie, notamment par le biais de la planification urbaine, de laménagement de lespace et de lurbanisme avec un rôle très important joué par des expériences pilotes comme celle de lélaboration du SDAL ou de la conduite de projets urbains au travers des missions territoriales , cest donc lintégration de la culture managériale et des modes de faire des entreprises par la puissance publique locale. Le recours à la sous-traitance, lexternalisation des tâches techniques ou de lexpertise économique nécessitant des compétences spécifiques auprès dorganismes extérieurs satellisés par le Grand Lyon participent aussi de cette recherche de flexibilité et de pragmatisme au sein de laction publique en faveur du développement économique. La nouvelle territorialisation de laction de la DAEI cherche ainsi à dépasser les fluctuations dorientation et de contenus de laction économique en intégrant ses différents volets et acteurs par le territoire.
Cette section montre donc une certaine victoire des conceptions méthodologiques libérales sur la gestion de la régulation économique territoriale, qui place lenjeu économique au-dessus des autres champs de politiques publiques : « (
) le planning stratégique correspond à une rhétorique pratique visant à rendre acceptables, concevables de nouvelles modalités de laction publique urbaine » (Padioleau, Demesteere, 1992, p.32). La démarche stratégique apparaît comme une méthode pour gérer, voire enclencher et faire accepter le changement dans les modes de faire de laction publique. Il renvoie à la complexité du développement urbain dès lors que celui-ci se veut plus global et placé sous la domination de limpératif économique, cest-à-dire au service de lintérêt des entreprises.
Ladoption de la démarche stratégique permet en outre de faire accepter lidée de la participation active et plus ou moins directe des acteurs économiques dans la conduite de la régulation économique territoriale, voire le principe dune intégration pure et simple de leurs intérêts par la puissance publique en charge de la politique de développement économique au niveau local (voir infra, Section 3).
Section 3 : CONFIGURATIONS ET LIMITES DE LA NOUVELLE GOUVERNANCE ECONOMIQUE LYONNAISE
Cette dernière section porte sur lanalyse des recompositions du système dacteurs de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise depuis le début des années 1980 et sur le mode dorganisation de la gouvernance de la politique économique locale. Après avoir mis en évidence son existence à travers lengagement politique des élus et la mise en place de services techniques dédiés au sein de la structure intercommunale du Grand Lyon, puis après avoir constaté le caractère hautement stratégique et fluctuant de ses modes de faire et contenus, il sagit enfin de comprendre la manière dont se structurent les relations de pouvoir au sein de la multiplicité des acteurs impliqués dans sa conduite (Balme, Faure, Mabileau, 1999). Dans cette optique, la gouvernance est envisagée comme un outil de gouvernement et de pilotage politique du développement économique territorialisé, adapté à lenjeu dominant de la compétitivité économique (Jouve, 2005).
La question de la gouvernance de la régulation économique territoriale est ainsi essentiellement envisagée ici à partir du rôle joué par les acteurs économiques lyonnais dans le système de pilotage et de mise en uvre de la politique économique locale, et de la place qui leur est conférée par les pouvoirs publics communautaires dans le système décisionnel. Nous souhaitons mettre en évidence le renouvellement des positions relatives respectives des structures de représentation des intérêts économiques locaux et de lorganisme communautaire, parallèlement à la montée en puissance de celui-ci sur les questions de développement économique. La mobilisation des responsables politiques et la structuration progressive des services économiques du Grand Lyon (voir supra, Section 1) entraînent en effet une évolution sensible du leadership exercé sur la conduite de la politique de régulation économique locale, conduisant à la remise en question du rôle central joué par les organismes à vocation économique.
Lanalyse de lémergence dune nouvelle forme de gouvernance économique territorialisée, dominée par les autorités publiques locales dans lagglomération lyonnaise, nous amène aussi à réinterroger la question plus large du portage de lintérêt des entreprises et de sa prise en compte dans la conduite de la politique économique locale. La manière dont le système dacteurs lyonnais se réorganise pour assurer le développement économique local et le développement de relations plus directes entre les pouvoirs publics et les entreprises changent en effet la donne concernant le pouvoir dinfluence et la légitimité à intervenir des organismes à vocation économique que sont la CCIL et les syndicats patronaux. Lengagement très volontaire de lorganisme communautaire sur les questions de régulation économique territoriale participe ainsi dune logique dintégration politique de lintérêt des entreprises au sein même de la puissance publique locale, qui interroge cependant le positionnement des limites entre intérêt général et intérêt économique.
Dans un premier temps, nous envisageons lévolution de la place occupée par les structures locales de représentation des entreprises dans le pilotage de la politique économique lyonnaise, ainsi que les logiques de repositionnement relativement contraint de ces organismes, sous linfluence conjuguée de lapparition de nouvelles structures de représentation potentiellement concurrentes et de la montée en charge de la Communauté urbaine de Lyon en matière de régulation économique territoriale. Enfin, lanalyse se porte sur le rapprochement progressif qui sopère durant la même période entre les autorités publiques lyonnaises et les entreprises, indépendamment des organismes chargés de les représenter auprès de la sphère politique. Cette approche nous permet douvrir la réflexion concernant lorganisation de la gouvernance économique locale sous domination du Grand Lyon, sur la question des limites de la prise en charge de lintérêt des entreprises par la puissance publique.
I Le repositionnement contraint des organismes à vocation économique
Jusquà la fin des années 1990, les structures de représentation des intérêts économiques lyonnais occupent une place centrale et directrice dans la définition et la conduite de la politique économique locale. En effet, malgré la décentralisation des compétences opérée par lEtat central au profit des collectivités locales, le champ de la régulation économique territoriale reste globalement peu maîtrisé par les pouvoirs publics locaux, tant au niveau politique que sur le plan technique des compétences et savoir-faire (voir supra, Sections 1 et 2). Les organismes émanant du milieu patronal jouissent en revanche dune solide crédibilité dans la conduite des affaires économiques locales, résultant de leur implication de longue date dans ce domaine et plus particulièrement de leur reprise en main de la promotion de lintérêt des entreprises locales sur le territoire au début des années 1970 (voir supra, 2ème partie, Section 3).
Les nouvelles dispositions législatives prises en faveur des structures intercommunales au cours des années 1990 changent cependant profondément la donne. Les organismes patronaux et leurs principales émanations institutionnelles, au premier rang desquelles figurent la CCIL et lADERLY, se trouvent en effet progressivement relégués au second plan par la réorganisation du système dacteurs de la régulation économique territoriale, à mesure que le Grand Lyon prend acte de ses nouvelles prérogatives dintervention dans le champ de léconomie. Celui-ci énonce désormais des orientations de politique économique et travaille au renforcement de ses services techniques internes chargés de léconomie (voir supra, Section 1). Il simprègne également de la vision stratégique propre à la sphère des entreprises et tend à intégrer lensemble de ses politiques urbaines au service du développement économique local (vois supra, Section 2).
Les acteurs économiques de lagglomération lyonnaise passent ainsi en moins dune décennie dune position centrale et directrice dans le dispositif décisionnel et opérationnel de la politique économique locale, à une position de subordination aux orientations et actions décidées par le Grand Lyon. La nouvelle domination politique et institutionnelle de lorganisme communautaire sur le système dacteurs local se fait essentiellement à travers lorganisation de la gouvernance économique territoriale.
1- Le rôle pilote des acteurs économiques dans les années 1980
Les représentants patronaux revendiquent tantôt la liberté de gestion des localisations économiques par le marché privé, tantôt leur nécessaire gestion par les pouvoirs publics à travers les documents de planification et la réalisation (cest-à-dire le financement) des grandes infrastructures de transport et des grands équipements collectifs à vocation économique (routes, autoroutes, voies de chemin de fer, voies fluviales, barrages et écluses, aéroports, ports industriels, palais des congrès
). Cette ambivalence de la position patronale vis-à-vis de linterventionnisme public est une constante des relations entre sphères économique et politique partout en France, au moins depuis le 19ème siècle (Autin, 1984). Les acteurs économiques lyonnais (industriels, promoteurs et investisseurs) entendent ainsi faciliter la réalisation de leurs projets de développement, en maintenant leur position avantageuse de « conseiller du prince » dans le système dacteurs local. Dans lagglomération lyonnaise, ils bénéficient du rôle central conféré à leurs organismes de représentation (CCIL, GIL) dans le système dacteurs de la régulation économique territoriale, par le truchement de lADERLY.
Le partenariat politique et financier existant entre la COURLY, la CCIL et le GIL matérialise en effet létablissement au niveau local dun dialogue étroit et permanent entre les organismes professionnels, les syndicats patronaux, les grands groupes, les entreprises industrielles locales et les collectivités locales (municipalités, CGR, COURLY), au service du développement économique et de lintérêt des entreprises (voir supra, 2ème Partie, Section 3). La très forte intégration politique et technique existant entre les différents organismes partenaires au sein de lADERLY durant les années 1980 (voir supra, Section 2) favorise le fonctionnement optimal du système dacteurs au service de la politique économique locale, chacun sattachant à harmoniser et coordonner les diverses initiatives sous une bannière unique.
Elle permet aux autorités politiques lyonnaises dadapter lintervention en faveur de léconomie aux attentes et intérêts des acteurs économiques lyonnais à léchelle du territoire local, de renforcer le pragmatisme de la régulation économique et de faciliter la mise en uvre de certains volets de lintervention, pour lesquels la COURLY na ni compétences, ni savoir-faire, ni légitimité daction.
LADERLY, et la CCIL qui héberge son personnel technique, occupent ainsi le principal rôle dans la conduite et la mise en uvre de la politique économique locale jusquaux années 1990, en gérant la promotion territoriale, la prospection à lextérieur, laccueil des entreprises dans lagglomération et linformation concernant le marché foncier et immobilier à vocation économique. Elles portent aussi la vision stratégique du développement économique de lagglomération lyonnaise : réflexions sur la pertinence de léchelle métropolitaine pour le développement économique (Région lyonnaise) ; stratégie dinternationalisation, et portage de largument technopolitain avec le lancement du premier Plan Technopole en 1984.
LADERLY au cur de la conception stratégique de la politique économique territoriale
LADERLY exerce une forme de lobbying proactif permanent auprès des pouvoirs publics locaux durant les années 1980, afin de diffuser le point de vue et les intérêts des entreprises et de contribuer à un changement profond de culture professionnelle concernant les modalités dintervention de la puissance publique dans le domaine de léconomie : plus de pragmatisme, de qualité et defficacité, mais aussi une dimension aménagiste complétée par une approche plus stratégique et flexible, ciblée sur les logiques de promotion et dattractivité territoriales, calquée sur le mode de gestion et de fonctionnement des firmes.
Bien que limitée à quatre personnes, léquipe technique de lADERLY déploie en effet dans les années 1980 un large panel dactions qui sinscrivent, pour certaines dans la continuité du travail de promotion territoriale et damélioration de lattractivité locale engagé depuis les années 1970, pour dautres dans une nouvelle approche plus endogène et stratégique du développement économique local, fondée sur la création de nouvelles ressources territoriales et sur le positionnement de lagglomération sur le marché des grandes métropoles internationales post-industrielles. Lintervention de lassociation en faveur de léconomie locale relève ainsi essentiellement du marketing territorial et de la publicité. Elle sorganise à partir de 1980 autour de quatre axes daction principaux : connaître, promouvoir, prospecter et accueillir (ADERLY, 1980).
Le budget de fonctionnement de lADERLY ne cesse daugmenter dannée en année, passant ainsi de 1,5 millions de Francs en 1979 à 3 millions de Francs en 1984. La part dinvestissement reste très marginale, en raison de la nature essentiellement qualitative et humaine de laction de lassociation (représentations à Paris et à létranger, conception de campagnes de publicité, production dargumentaires stratégiques de développement et de promotion, etc.). Après 1985, le budget de lassociation augmente encore, afin de couvrir les frais de fonctionnement occasionnés par les nouvelles orientations stratégiques données à la politique économique locale, en faveur du rayonnement international et du développement technopolitain de la métropole.
En 1984, lADERLY fait réaliser une étude comparative de limage de Lyon par rapport aux autres villes françaises auprès des acteurs économiques parisiens (ADERLY, 1984a). Ses conclusions permettent dévaluer positivement laction menée par lassociation depuis 10 ans, mais aussi didentifier de façon précise les avantages que présente lagglomération lyonnaise aux yeux des dirigeants dentreprises parisiens et de leurs collaborateurs, tant dun point de vue strictement économique que dun point de vue plus personnel et subjectif. Lévaluation des actions de lADERLY sappuie également sur le décompte et le listage régulier des nouvelles implantations dentreprises ou détablissements publics (grandes écoles, services publics et administrations), obtenues dans lagglomération lyonnaise.
Ces travaux réflexifs et autres comptes-rendus très fréquents servent autant à justifier lintervention et les initiatives des techniciens de lADERLY auprès des principaux responsables politiques et économiques qui financent lassociation (COURLY, CCIL, GIL, CGR à partir de 1989, etc.), quà préparer les nouvelles orientations de laction de développement économique pour lagglomération. Bien que les structures de représentations des intérêts patronaux lyonnais détiennent la maîtrise technique et une large part de la définition des orientations dactions de lassociation, la plus importante cotisation financière est apportée par la COURLY, qui représente les pouvoirs publics et lintérêt général local. Sa part diminue toutefois au profit des plus petits actionnaires, couvrant près des trois-quarts des dépenses annuelles de fonctionnement en 1981, mais à peine la moitié en 1984. Les cotisations de la CCIL et du GIL suivent la même évolution à la baisse, représentant respectivement environ 40 % et 7 % du budget de lADERLY en 1981, contre 28 % et 5 % en 1984.
Largumentaire général porte sur la région lyonnaise et les missions de conseils de lADERLY au service des investisseurs et des entreprises. Il cible plus précisément la nécessité de promouvoir le « produit » ou « concept » Lyon (ADERLY, 1982, p.2), en mettant en avant pêle-mêle son important marché de consommation, sa position de carrefour et de point de contact entre Europe du Nord, ensemble méditerranéen et Proche Orient, les qualités méridionales du cadre de vie lyonnais associées à une rigueur comportementale plus septentrionale, le bon niveau de développement économique et la masse critique déjà atteints par la métropole, le caractère valorisant et alternatif de limplantation à Lyon par rapport aux autres villes européennes et à Paris. Lassociation met en avant le professionnalisme, la pertinence, la continuité et la confidentialité de son implication dans les processus dimplantation aux côtés des entreprises, ainsi que ses capacités de persuasion et daccompagnement des personnels des établissements décentralisés depuis Paris.
Une nouvelle campagne publicitaire est lancée dans la presse en 1982, après la lecture par les responsables de lassociation dun article de la revue américaine « Institutional Investor » de mai 1981, signalant lémergence dune forme nouvelle de concurrence entre les états américains pour attirer les entreprises (ADERLY, 1982). Ce phénomène se cristallise notamment autour des critères de choix des sites dimplantation, annonçant lavènement dune nouvelle science de la localisation des firmes en contexte hyperconcurrentiel, fondée sur les externalités positives. A partir de ce constat, lassociation modifie le contenu de son argumentaire de communication extérieure et de promotion territoriale. Elle définit également une nouvelle stratégie dintervention, développée par cible géographique et par secteurs dactivités, soutenue par de nouveaux moyens daction.
La nouvelle stratégie de lADERLY se veut ainsi très offensive et plus réfléchie, sinspirant notamment des techniques militaires classiques et de leur application au monde des entreprises et à la logique économique concurrentielle. Elle prévoît des actions « en tenaille », qui consistent à agir à la fois au niveau des établissements des firmes multinationales déjà localisés en France (Paris) et au niveau des maisons mères situées aux Etats-Unis, au Japon, ou dans dautres pays dEurope. Une dynamique analogue est poursuivie à léchelle française, auprès des grandes entreprises nationales implantées dans la capitale, des PME-PMI et de sous-traitants des grands groupes industriels confrontés à des problèmes dagrandissement ou de restructuration. Elle met en lien les cibles géographiques et sectorielles avec les moyens de communication et le plan média, privilégiant les filières dactivités porteuses pour lagglomération lyonnaise : chimie, pharmacie, informatique et électronique.
La promotion économique du territoire local et la prospection sont ainsi les volets les plus importants de lintervention de lADERLY. Elle édite et diffuse des fiches techniques en quatre langues, délivrant une information chiffrée sur 64 thèmes relatifs à la vie et à lenvironnement des entreprises dans la métropole lyonnaise, destinées à sensibiliser, séduire et convaincre les investisseurs potentiels. Lassociation vise lEurope et les Etats-Unis, où une représentation permanente sorganise à partir de 1981. En 1982, laire géographique de promotion est encore élargie au Japon. La CCIL entretient de son côté des contacts permanents avec dautres organismes consulaires européens, notamment en Allemagne et au Benelux, pour sensibiliser les industriels et banquiers étrangers aux qualités économiques de Lyon.
LADERLY joue également de sa proximité avec la CCIL, qui gère laéroport international de Satolas, pour favoriser la création de certaines liaisons aériennes considérées comme nécessaires à la vitalité économique de la métropole. Elles participent aussi ensemble au financement de quatre organismes de promotion de la région lyonnaise à lextérieur, et de prospection aux niveaux national et international : lAssociation Bureaux-Provinces, en collaboration avec la DATAR (voir supra, 2ème partie, Section 3), qui permet de nouer des contacts réguliers avec les grands groupes français et dencourager les opérations de décentralisation de leurs services de décision ou de recherche ; Promolyon, structure locale intégrée à la CCIL ; Rhône-Accueil, en partenariat avec le CGR ; Lyon-International, nouvellement créée pour porter la nouvelle stratégie douverture et de rayonnement de lagglomération, souhaitée par les acteurs lyonnais.
Si cette dernière structure a un impact limité en dehors de la ville centre en raison de son portage quasi exclusif par la Ville de Lyon, lADERLY est cependant tenue de prendre en considération dans ses actions lensemble du département du Rhône, le CGR et la CCIL figurant parmi les principaux financeurs, et plus largement le périmètre de la RUL pour satisfaire les services déconcentrés de lEtat. Les actions de développement territorial de lADERLY sont essentiellement situées dans les Monts du Lyonnais, cest-à-dire en dehors de lagglomération. Les actions de promotion internationale, de prospection et de marketing sont par contre majoritairement consacrées à la métropole lyonnaise, en particulier à sa ville centre. Le territoire couvert par les actions de lassociation est ainsi à géométrie variable, en fonction de leur nature et de leurs cibles.
Accueil, promotion, internationalisation et rhétorique technopolitaine
LADERLY poursuit la gestion de lobservatoire de limmobilier dentreprise (voir supra, 2ème partie, Section 3) en linformatisant au début des années 1980, afin daméliorer la tenue des fichiers, laccès à linformation et la meilleure perception des volontés de relocalisation des entreprises locales et de leurs besoins qualitatifs en matière de surfaces dimplantation. Toutefois, cette mission daccompagnement des entreprises est rapidement stoppée à la demande des conseillers en immobilier et des commercialisateurs privés, qui constituent la principale source de renseignement de lobservatoire. Ceux-ci se plaignent en effet de la concurrence implicite exercée par lassociation à leur égard et souhaitent préserver leur marché : à la différence de lADERLY qui fournit quasiment gratuitement linformation sur loffre disponible dans lagglomération, les agents immobiliers vendent ce service à leurs clients ; en lui fournissant leurs fichiers régulièrement, ils bradent leur expertise très pointue du marché local et mettent en péril leur fond de commerce.
LADERLY poursuit en revanche les actions en faveur du développement des salons et des congrès à Lyon initiées en 1978, en menant des études de faisabilité et de détermination des différents types ou domaines de manifestations envisageables pour inscrire Lyon sur le marché des métropoles européennes. Elles sont complétées par des études comparatives internationales et nationales de Lyon avec dautres grandes villes, menées conjointement avec lAGURCO (voir infra). Un part importante de laction de lADERLY est en effet destinée à améliorer limage de la métropole lyonnaise vis-à-vis de lextérieur et à renforcer sa notoriété. Le volet touristique et culturel de la politique économique fait notamment lobjet dune attention croissante, afin de contrebalancer le déficit dimage de la ville dans le domaine des loisirs.
De nombreux argumentaires thématiques complètent les productions de lassociation, destinés à répondre aux attentes des investisseurs potentiels en matière de possibilités dimplantation dans lagglomération. La promotion économique du territoire local soriente toutefois vers une distinction qualitative, entre activités tertiaires dun côté (publication dannuaire et dun guide des compétences des sociétés lyonnaises de services aux entreprises), et promotion de quelques filières industrielles de lautre. Lassociation est également engagée depuis 1978 dans une démarche de suivi de lévolution structurelle de lindustrie à léchelle de la RUL, à la demande de la COURLY et des services de lEtat. Les enquêtes qui alimentent le tableau de bord sont destinées à faire émerger une stratégie de développement à moyen et long terme pour la métropole lyonnaise.
La stratégie de communication et de prospection est précisée : elle sappuie davantage sur leffet dentraînement et de séduction attendu des témoignages relatifs aux opérations de décentralisation et dimplantation détablissements prestigieux déjà réalisées dans la région lyonnaise. Les « bons interlocuteurs » sont mieux ciblés dans les entreprises visées, et le plan média est renforcé par la mise en place dune démarche de publicité directe, par envoi de courriers personnalisés aux responsables des firmes dans les principaux pays ciblés.
La fonction « Accueil » de lADERLY est également renforcée au milieu des années 1980, à travers un effort de personnalisation des propositions et de différenciation des prestations offertes par rapport aux autres villes concurrentes de Lyon. Laction de lassociation dans ce domaine vise lintégration des chercheurs, stagiaires et étudiants étrangers lors de leur séjour à Lyon, ainsi que laccueil du personnel des entreprises qui acceptent de décentraliser tout ou partie de leurs services décisionnels et de recherche.
A partir de lévaluation des actions, la politique économique prend surtout un nouveau virage décisif à partir de 1984. Elle soriente en effet dune part vers un positionnement sur le créneau de la haute technologie et des industries de pointe, en développant largument technopolitain, dautre part vers un projet de contrat « Lyon, Ville internationale », procédure proposée par le rapport Arrighi de Casanova sur les fonctions internationales des grandes villes françaises, dans le cadre de laquelle lassociation veut négocier un contrat avec la DATAR susceptible de concilier la volonté étatique de relancer laménagement du territoire et le désir local de favoriser le développement économique (ADERLY, 1983).
Lorientation de lintervention en faveur de largument technopolitain émerge à Lyon en réaction à la médiatisation nationale des opérations de Sophia-Antipolis et de la ZIRST de Meylan au début des années 1980, qui relègue au second plan les efforts daffichage de la métropole lyonnaise réalisés par lADERLY. Elle est également motivée par la montée en puissance de la concurrence entre les villes aux niveau national et européen, et par la suppression de lagrément industriel en région parisienne, puis de celui portant sur les surfaces de bureaux, qui annulent lavantage de Lyon sur Paris sur le marché des localisations industrielles et tertiaires en France (Biarez, Kukawka, 1986).
Le contexte de crise économique et dexacerbation de la compétition entre les firmes fait en outre la part belle aux dynamiques dinnovation dans les nouvelles logiques de croissance et de développement (voir supra, 1ère partie, Section 1). Lobjectif est donc de favoriser la valorisation des activités technologiques dans lagglomération et le développement des entreprises innovantes, en sappuyant sur le renforcement des relations entre les mondes de lentreprise, de la recherche et de lenseignement supérieur.
Le Plan Technopole, approuvé par la COURLY, est piloté par la CCIL par le biais de lADERLY à partir de 1984-1985. Il sagit dimiter le modèle des technopôles français existants et des grandes technopoles américaines, en combinant une triple stratégie daménagement de nouvelles zones dactivités sous la forme de parcs scientifiques, de sélection des entreprises candidates à limplantation en fonction de critères dinnovation et de recherche technologique, et dattraction de nouvelles implantations de laboratoires de recherche publics et de grandes écoles prestigieuses en jouant sur la nouvelle image économique de la métropole.
Le programme daction est ainsi sous-tendu par des principes de transfert technologique et dessaimage des laboratoires publics ou privés vers les PME-PMI, daménagement et danimation de parcs scientifiques ou technopôles localisés à Gerland (Lyon 7ème), La Doua (Villeurbanne) et Lyon Ouest (à cheval sur Lyon 9ème et les communes périphériques), de prospection et dincitation à la création dentreprises innovantes. La première phase du plan consiste concrètement à aménager des structures daccueil spécifiques sous forme de pépinières dentreprises sur chacun des sites technopolitains de lagglomération (voir infra, Section 2).
Lambition de faire de Lyon une ville internationale constitue lautre volet de la nouvelle orientation de la politique économique conduite par lADERLY, dans la continuité des efforts déployés depuis le début des années 1970 pour donner à lagglomération une dimension métropolitaine. Toujours promue par les techniciens de lADERLY, elle sappuie en grande partie sur les travaux de recherche et dexpertise de J. Labasse (1981 ; 1987), qui offrent une conceptualisation de la dimension internationale des villes appliquée à la capitale des Gaules.
Sur certains aspects, lobjectif international sinscrit en complémentarité avec la promotion de la rhétorique technopolitaine : outre lattraction des sièges sociaux et de grands centres internationaux, limplantation de grandes écoles comme lENS et le développement des établissements de recherche participent en effet directement de la construction dune nouvelle image de marque pour la métropole lyonnaise à léchelle européenne voire mondiale, notamment dans les domaines de la science et des fonctions métropolitaines stratégiques.
Expertise économique et vision stratégique du développement économique local
Dune façon plus générale, lADERLY et la CCIL, dont les services techniques sont étroitement imbriqués depuis lorigine (voir supra, 2ème Partie, Section 3), constituent dans les années 1980 les principales sources de linspiration stratégique et de lacculturation des acteurs locaux aux nouvelles méthodes de management de laction publique en faveur du développement économique territorial dans lagglomération lyonnaise (voir supra, Section 2).
En 1986-1987, lAGURCO choisit en effet de coopérer avec lADERLY et la Commission du Développement économique de la CCIL pour réaliser le diagnostic économique de lagglomération et les études destinées à positionner la métropole lyonnaise par rapport aux autres métropoles françaises et européennes non capitales dEtat, menées dans le cadre des travaux préparatoires à lélaboration du nouveau schéma directeur de lagglomération (voir supra, Section 2). Dès 1984 lors du Colloque de prospective urbaine demain lagglomération lyonnaise (AGURCO, 1984), la CCIL et lADERLY sont fortement impliquées dans les travaux de réflexion, cette dernière produisant même lessentiel des orientations stratégiques daction pour le développement économique à venir de lagglomération, tandis que la première se contente de présenter ses missions daccompagnement des entreprises et de gestion des grands équipements.
Les services communautaires comme les élus sont en revanche assez faiblement mobilisés sur le volet économique du futur document de planification, en raison de leur manque de compétence spécifique en la matière. Les techniciens économistes de lAGURCO entretiennent donc des liens très étroits avec les organismes représentatifs des intérêts patronaux, afin daborder la réalisation du diagnostic économique puis du projet de développement territorial en ayant une conscience assez aiguisée des enjeux de développement territorial propres aux entreprises (Barbier de Reulle, de Courson, 1988). Les acteurs économiques sont en effet plus naturellement et traditionnellement porteurs de la vision stratégique et des enjeux du développement économique, même territorial, du fait de leur culture entrepreneuriale, que les techniciens de lurbain et le personnel politique local.
Même si des dirigeants ou des représentants dentreprises sont amenés à participer personnellement à lélaboration du schéma directeur de lagglomération de façon ponctuelle, notamment à travers des séminaires de prospective thématiques et autres consultations dexperts (voir infra), ce sont ainsi surtout les organismes institutionnels représentant traditionnellement les intérêts du monde économique local CCIL, GIL et ADERLY qui sont impliqués directement et durablement dans les travaux. Les chambres consulaires sont dailleurs officiellement associées au Syndicat dEtudes et de Programmation de lAgglomération Lyonnaise (SEPAL) tandis que lADERLY, structure partenariale rassemblant intérêts public et privés, est invitée à participer aux réflexions des commissions thématiques.
La CCIL joue en effet un rôle très important dans la préparation du nouveau schéma directeur, en produisant sa propre expertise permettant de faire prendre en compte les préoccupations et les objectifs des industriels, des commerçants et des prestataires de services dans les projets dorientation et daménagement spatial de lagglomération lyonnaise (Leblanc, 1993). Début 1987, la Commission « Développement économique » de lorganisme consulaire présente ses propositions concernant les grands équipements publics collectifs à vocation économique et les principaux aménagements à réaliser, établies à partir dune évaluation des perspectives de développement de léconomie lyonnaise (CCIL, 1987).
La réflexion de la CCIL pour préparer le nouveau document de planification urbaine de lagglomération sorganise en deux temps, reflétant de façon particulièrement significative la grande maîtrise de la démarche stratégique dont font preuve les services techniques consulaires, à un moment le milieu des années 1980 où le reste des acteurs locaux du développement économique (COURLY, AGURCO) nen est encore quau stade de lacculturation progressive à ces nouvelles méthodes (voir supra, Section 2). Un diagnostic économique du territoire est dabord réalisé, analysant les forces et faiblesses du tissu industriel et tertiaire, des structures daccueil et des infrastructures de communications, mais aussi les opportunités et les menaces de son environnement national et international. La question de la concurrence élargie entre les régions et entre les villes, ainsi quune approche par le marché des implantations dactivités, inscrivent le travail de la CCIL dans la droite ligne des méthodes stratégiques issues du management des entreprises, fondées sur le recours aux études de marché et aux logiques de positionnement compétitif (Leblanc, 1993).
Le second temps de la réflexion menée par la CCIL consiste à élaborer des axes stratégiques dorientation pour le futur schéma directeur. Ils correspondent à une liste déquipements et dopérations daménagement à réaliser dans lagglomération lyonnaise, considérés comme prioritaires pour répondre aux besoins et enjeux de développement économique identifiés par le diagnostic. Ils doivent notamment permettre de conforter le positionnement de Lyon sur le marché des métropoles internationales et des grandes technopoles. La stratégie proposée consiste donc à mettre lurbanisme et laménagement au service du développement économique, selon une logique de valorisation de lenvironnement des entreprises (Lavigne, Dost, 1988).
Ce projet de développement pour lagglomération, comme le diagnostic de léconomie lyonnaise qui le précède, correspond directement aux orientations stratégiques de laction de lADERLY depuis le milieu des années 1970, fondées sur la mise en application de la culture pragmatique et managériale du monde des entreprises au service du développement économique (voir supra, 2ème Partie, Section 3). Il comporte en effet un volet prônant la vocation internationale de Lyon, devant sappuyer sur de vastes opérations daménagement à vocation économique, un volet technopolitain, exprimé à travers lenjeu foncier et urbanistique relatif à laménagement des trois sites de la technopole lyonnaise (La Doua, Gerland et Lyon Ouest) et un volet urbain plus global, visant à renforcer lattractivité de lagglomération et à améliorer limage de Lyon (CCIL, 1987).
Cette démarche stratégique, véhiculée par les organismes patronaux locaux depuis la survenue de la crise (voir supra, 2ème Partie, Section 3), ainsi que la présentation préalable dun diagnostic économique élargi du territoire de lagglomération et la mise en avant du thème de la concurrence entre les territoires, sont directement reprises par lAGURCO dans la rédaction du document de planification lyonnais final (SEPAL, 1992). Ceci traduit bien linfluence très forte dans la conduite de la politique économique locale et le rôle central des structures de représentation des intérêts économiques au sein du système dacteurs lyonnais à la fin des années 1980, notamment en matière de transfert de la culture managériale et stratégique auprès de la sphère des techniciens de laction publique territoriale et des responsables du pouvoir politique local (voir supra, Section 2).
Toutefois, si limplication des organismes de représentation des entreprises dans le processus délaboration du nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise est certaine, elle nest pas pour autant automatiquement synonyme de prise en compte réelle des attentes et aspirations des entreprises concernant le développement économique du territoire local. Les chefs dentreprises ne participent guère directement aux réflexions et travaux (voir infra) : « aucun industriel, aucun banquier, aucun commerçant, aucun directeur de firme de services parmi les membres du SEPAL, ses associés, ses invités. Peu de chefs dentreprise parmi les dizaines dexperts consultés. De la région et a fortiori du reste du monde. Cette lacune jure avec la volonté affichée dorienter le Schéma Directeur du côté de léconomie » (Prudhomme, Davezies, 1989, p.13). La représentativité véritable des organismes consulaires (CCIL, Chambres des métiers et de lAgriculture) comme de lADERLY, associées ou invitée par le SEPAL, vis-à-vis des souhaits des entreprises est en outre discutable.
Enfin, les actions préconisées par la CCIL et lADERLY pour favoriser le développement économique local restent globalement assez classiques, cest-à-dire de lordre de laccompagnement des entreprises dans leurs choix dimplantation : amélioration de lenvironnement urbanistique et spatial des entreprises, production de surfaces dactivités et déquipements collectifs à vocation économique. Elles sont également fortement imprégnées de la logique du marketing urbain, qui consiste à produire une image valorisante et attractive du territoire local vis-à-vis des acteurs économiques. En revanche, elles ne sous-entendent pas dintervention des pouvoirs publics locaux dans le domaine de la stratégie économique et de la prescription dorientations auprès des entreprises ; tout au plus tendent-elles à encourager le soutien à certaines filières industrielles, technologiques ou tertiaires moteurs pour le système productif local.
La volonté de plus en plus affirmée du Grand Lyon de semparer de lapproche stratégique au cours des années 1990, non seulement pour conduite lensemble des politiques urbaines de façon intégrée au service de lenjeu économique, mais surtout pour développer sa propre capacité dintervention dans le champ même de léconomie au sein de la DAEI (voir supra, Section 2), dénote donc une ambition nouvelle de prendre lascendant sur les organismes de représentation des intérêts économiques dans la conduite de la régulation économique territoriale. Le Grand Lyon sarroge ainsi progressivement un rôle central en matière dexpertise économique et de vision stratégique du développement économique local, au détriment relatif de ses partenaires historiques qui sont pourtant porteurs de lintérêt des entreprises.
2- La subordination des structures représentatives des intérêts économiques au Grand Lyon
A partir des années 1990, les autorités politiques du Grand Lyon semparent de la thématique du développement économique, confortées dans leur démarche par le nouveau cadre légal de lintercommunalité (voir supra, Section 1). Lorganisme communautaire revendique une nouvelle légitimité institutionnelle en matière de régulation économique territoriale, quil entend exercer au détriment des structures occupant traditionnellement le rôle central au sein du système dacteurs local que sont notamment la CCIL et lADERLY. Celles-ci, après avoir permis lémergence de la politique économique locale dans lagglomération lyonnaise, se trouvent ainsi progressivement reléguées au second plan, par la montée en puissance de la DAEI du Grand Lyon et par son influence croissante, tant sur la composition du système de représentation des intérêts économiques au niveau local que sur lorganisation de la gouvernance économique dans lagglomération lyonnaise.
Les structures patronales, acteurs incontournables du développement économique local
La CCIL est historiquement et institutionnellement, pour les entreprises du moins, un acteur économique incontournable de la régulation territoriale. En matière de développement économique, il sagit en effet dun point de passage obligé dans le système dacteurs local, du fait de ses missions traditionnelles daccompagnement et de conseil auprès des entreprises, de son implication très directe dans le fonctionnement de lADERLY depuis les années 1970, de sa participation à lélaboration du nouveau schéma directeur et de son implication plus récente dans le SDE, au sein de lOPALE ou dans la démarche de gouvernance économique territoriale Grand Lyon lEsprit dEntreprise (GLEE).
Lorganisme consulaire bénéficie dune double légitimité institutionnelle et économique à intervenir dans la gestion de la régulation économique territoriale, grâce à son statut détablissement public oeuvrant pour lintérêt général, à sa représentativité de quelques 50 000 entreprises locales par le biais des élections consulaires et à sa proximité historique avec le GIL, principal syndicat patronal lyonnais représentant la puissante industrie locale (voir supra, 2ème Partie, Section 2). Elle gère notamment des grands équipements collectifs à vocation économique comme les aéroports, accompagne les entreprises dans leur fonctionnement et leurs stratégies de développement et prend en charge une partie de la formation professionnelle.
Les missions daccompagnement, dassistance et de conseil aux entreprises sont sans doute les plus développées au sein de la CCIL, même si elles consistent surtout à orienter les entreprises demandeuses vers des organismes spécialisés après avoir diagnostiquer le problème et à organiser des actions collectives. Elles couvrent essentiellement les questions de développements industriel (innovation technologique, sous-traitance, etc.), commercial (études de marché, fichiers de clientèle, etc.) ou international (exportation, fournisseurs, etc.). La CCIL apporte également son expertise très pointue aux entreprises sur les questions relatives à la stratégie de développement et au management. Elle sappuie notamment pour cela sur son potentiel en matière de formation professionnelle, développé depuis les années 1980 à travers lEcole de Management de Lyon (EM Lyon), le centre de formation de Vaise et lEcole de Chimie, Physique et Electronique.
Depuis 1974, la CCIL finance aussi lintégralité des salaires, des charges sociales et des frais généraux de léquipe danimation de lADERLY, quelle héberge dans ses locaux. Elle participe ainsi de manière directe à laction de promotion territoriale, de prospection internationale et daccueil des investisseurs extérieurs dans lagglomération lyonnaise. Elle est directement impliquée dans la conduite du premier Plan Technopole lancé au milieu des années 1980, à travers la gestion des trois pépinières dentreprises innovantes et technologiques implantées dans les principaux pôles denseignement supérieur et de recherche de lagglomération. Elle participe aussi aux actions qui visent à faire de Lyon une métropole internationale (voir supra).
« (
) la région lyonnaise dispose de chambres consulaires qui, tout à la fois par tradition et modernisme, interviennent dans laction publique. La CCI dispose dun pouvoir dinfluence incontestable sur le développement économique et laménagement, dont peu de CCI, sinon aucune autre, ne disposent en France
Le développement économique apparaît en région lyonnaise vraiment porté par la CCI. Ces jugements dobservateurs se fondent en particulier sur les activités dune institution originale comme on dit à Lyon lADERLY (
) » (Padioleau, Demesteere, 1992, p.37).
La CCIL et lADERLY, intégrées organiquement et partageant la même culture économique et managériale, participent notamment très activement aux réflexions prospectives du Colloque « Demain lagglomération lyonnaise » organisé par lAgence durbanisme de la COURLY (AGURCO) en 1984, ainsi quà lélaboration du nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise de 1986 à 1988. A ces occasions, elles énoncent au nom des entreprises lyonnaises, la nécessité de se saisir de lenjeu international et de largument technopolitain pour assurer le développement économique de la métropole (voir supra). De 1992 à 1997, la CCIL porte également les services techniques de la SODERLY, SAEML prolongeant laction de promotion territoriale et de prospection de lADERLY, sorte de bras exécutant externalisé de la politique économique communautaire naissante agissant pour le compte de la COURLY (voir supra, Section 1).
La CCIL détient donc le quasi monopole de lexpertise économique dans lagglomération lyonnaise grâce à ses services internes, ses missions de portage technique et à son étroite imbrication avec lADERLY, du moins jusquà ce que les services du Grand Lyon ne la rattrapent dans ce domaine à la fin des années 1990 (Jouve, 2001a). Les organismes de représentation des intérêts économiques lyonnais font ainsi office de creuset méthodologique et conceptuel pour la définition des orientations stratégiques de la politique économique locale dans les années 1980, alors que les responsables politiques des collectivités locales, et notamment de la COURLY, sont encore faiblement mobilisés sur ces questions et que linstitution communautaire na aucun moyen daction, tant légal que technique en interne, dans le champ spécifique du développement économique.
Dix ans plus tard, la CCIL est à nouveau impliquée par lAgence durbanisme dans la démarche dobservation et de diagnostic territorial du SDE. Elle accueille certaines réunions dans ses locaux, mais participe cependant à la démarche avec un regard assez critique sur la méthode et sur les articulations partenariales choisies, ne voyant pas forcément dun très bonne il la volonté des responsables de la démarche de privilégier la participation directe des entreprises au détriment des organismes institutionnels chargés traditionnellement de représenter leurs intérêts dans ce type de dispositif. De la même façon, les syndicats patronaux et la Chambre des Métiers sont relativement en retrait par rapport à la très forte implication des représentants dentreprises dans les différents groupes de travail. Ils ne participent au SDE quà travers le Comité de pilotage, dont le rôle est plus de légitimer et de valider politiquement la démarche que de véritablement conduire les travaux de réflexion.
Les organismes patronaux lyonnais (CCIL, GIL) doutent en particulier de la capacité dexpertise de lAgence durbanisme et des pouvoirs publics locaux i.e. du Grand Lyon, qui se profile derrière la démarche en tant que structure politique donneuse dordre (Jouve, 2001a). La légitimité fonctionnelle de lorganisme détudes financé par lEtat et le Grand Lyon est en effet bien mince, son seul fait darmes notable en matière de développement économique étant lélaboration du schéma directeur de lagglomération dix ans plus tôt, dont le contenu économique reste finalement largement incantatoire et mal connecté aux attentes des milieux économiques locaux. Ils estiment également que la vision stratégique des entrepreneurs, trop contingente et calquée sur les problématiques de développement propres à leur firme, ne peut se substituer complètement à celle des techniciens du développement économique territorial, qui sont plus en mesure de concilier les aspects collectifs relatifs à laménagement du territoire et la vision pragmatique de la compétitivité économique.
Ils voient ainsi dans la démarche du SDE, à juste titre, une tentative des pouvoirs publics locaux de court-circuiter les acteurs économiques institutionnels au profit de relations plus directes et individuelles avec les entrepreneurs. En effet, les responsables de la démarche du SDE au sein de lAgence durbanisme et du Grand Lyon ont tendance à privilégier la participation des représentants directs des entreprises (dirigeants et grands cadres) au détriment de celle des organismes institutionnels comme la CCIL ou lADERLY, quils considèrent comme trop imprégnés de la culture administrative et non économique de la puissance publique (voir infra).
Pourtant, la CCIL réorganise ses services sur le territoire communautaire durant les années 1990, afin dadapter ses prestations aux réalités différenciées des contextes économiques locaux à lintérieur de lagglomération, et de renforcer sa présence auprès des entreprises. Elle fait ainsi preuve dune grande capacité de réaction face aux exigences du « marché » et de ses cibles (cest-à-dire ses ressortissants), donc dun certain pragmatisme dans le management de ses services dénotant une étroite proximité culturelle avec le monde des entreprises. Ce dispositif territorialisé permet en effet aux services consulaires, non seulement de se rapprocher des entreprises à titre individuel, mais également de nouer de plus étroites relations de proximité avec les nombreuses associations dentreprises présentes sur le territoire, qui rassemblent les entreprises présentes sur la même zone dactivités. Elle soutient activement ces dynamiques de regroupement, en participant notamment à des actions collectives thématiques et localisées (gestion des déchets, animation commerciale, etc.).
La première antenne de proximité est ainsi créée en 1990 à Chassieu, au cur de la vaste zone industrielle de Mi-Plaine. La seconde est mise en place en 1993 à Limonest, pour desservir le technopôle vert de Techlid, suivi dune troisième à Corbas en 1996, chargée de couvrir les vastes zones industrielles du Sud-est de lagglomération. En 2001, le découpage territorial senrichit de deux nouvelles antennes : à Villeurbanne pour satisfaire la demande des entreprises (et de la municipalité ?) visant à bénéficier dune lisibilité différenciée par rapport à Lyon, et à Rillieux-la-Pape pour desservir le Val de Saône, où une pépinière dentreprises généraliste a vu le jour en 1996, et les zones dactivités du plateau Nord. Enfin, la dernière est créée en 2003 à Oullins, tandis que le Palais de la Bourse continue de répondre aux demandes des entreprises implantées à Lyon.
La CCIL apparaît donc comme un organisme de développement économique particulièrement crédible dun point de vue économique et compétent historiquement, voir même précurseur en matière dorganisation territoriale décentralisée de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise (voir supra, Section 2). Elle présente une importante réactivité stratégique et une certaine capacité damélioration de lefficacité de ses services et prestations en matière de régulation économique territoriale, se montrant notamment capable dadapter son maillage territorial pour satisfaire ses adhérents et mieux répondre aux besoins différenciés des entreprises sur le territoire.
Cependant, la CCIL souffre également depuis une dizaine dannées dune perte relative de légitimité et de représentativité vis-à-vis du tissu économique local. Celle-ci est essentiellement due à lémergence dun nouveau patronat local et de nouvelles structures plus ou moins formelles de représentation des intérêts des entreprises (Jouve, 2001b). Ajoutées aux contraintes financières très fortes qui pèsent sur le fonctionnement de lorganisme consulaire du fait de la tutelle étatique, elles contribuent à diminuer linfluence de la CCIL sur le terrain de la représentation des intérêts économiques locaux et confortent la prise de leadership du Grand Lyon sur lorganisation de la régulation économique dans lagglomération.
Soumis à la concurrence de nouveaux organismes de représentation des entreprises
De nouvelles structures représentant des intérêts économiques lyonnais apparaissent dans lagglomération et gagnent en visibilité politique au cours des années 1990. Elles sont certes le plus souvent à base sectorielle, dune portée institutionnelle parfois limitée et moins bien ancrées historiquement dans les milieux socio-économiques et politiques lyonnais que le GIL et la CCIL, mais elles jouissent malgré tout dune influence de plus en plus grande auprès des autorités politiques communautaires. Certaines sont soutenues financièrement par le Grand Lyon et incluses dans le dispositif de mise en application de la politique économique communautaire par le biais du versement de subventions, dans le cadre du Plan Technopole et dans celui de la sous-traitance des tâches dexécution prévue par la nouvelle gouvernance économique lyonnaise instaurée en 2003 (voir infra).
Ce phénomène samorce avec la mutation tertiaire que connaît le tissu économique lyonnais durant les années 1980, parallèlement à lémergence de nouvelles entreprises locales très dynamiques économiquement, mais qui demeurent largement étrangères aux traditionnels milieux industriels et négociants lyonnais. Elles conduisent en effet à dimportants changements dans le paysage des structures de socialisation du patronat local (Jouve, 2001a). Même la Jeune Chambre Economique (JCE), fidèle soutien de la CCIL dans sa volonté de faire de Lyon une métropole européenne durant les Trente Glorieuses, cherche à sémanciper de la toute puissance des structures de représentation économiques historiques pour définir sa propre stratégie de développement.
Le vénérable Cercle du Commerce disparaît en 1984, victime de la crise économique et de la disparition des grandes sociétés lyonnaises de négoce. Le Cercle de lUnion et le Rotary Club de Lyon, qui monopolisent les relations sociales au sein de lélite économique lyonnaises, sont rejoints et concurrencés par le Prisme en 1990, créé par R. Caille et lun des frères Pitance. Laccès à ce nouveau club, dont leffectif est limité à 200 membres non retraités, est financièrement très sélectif. Il se définit comme « une structure daccueil pour les chefs dentreprises. Un lieu où ils peuvent se retrouver, confronter leurs idées. Sans protocole. (
) Un club moderne de la nouvelle bourgeoisie daffaires prospère » (Angleraud, Pellissier, 2003, p.772).
La préférence pour les actifs marque particulièrement la volonté des dirigeants du Prisme de se distinguer des clubs traditionnels ayant une moyenne dâge relativement élevée. Le Cercle va encore plus loin dans la guerre des générations, bien que parrainé par C. Mérieux : composé de 20 décideurs âgés de trente à quarante ans, ce nouveau club fondé dans les années 1990 se veut être un réseau dentraide, pour parvenir au statut de nouvelle bourgeoisie économique lyonnaise. Il reste lui aussi très sélectif, malgré un affichage alternatif (moins de cinquante ans, pas de femmes, sensibilité aux grands noms de léconomie lyonnaise, etc.) (Angleraud, Pellissier, 2003).
Dautres structures, plus ou moins formelles et sectorielles, voient aussi le jour dans les années 1990 : le Cercle de lOurs rassemblant des acteurs de limmobilier ; lAura ciblant des patrons, professions libérales et décideurs de la fonction publique, de la finance ou de la culture à une échelle régionale, conviés à partagés des repas en petits groupes dans des restaurants renommés ; etc. (Sapy, 2005). Tous ces clubs de dirigeants entretiennent le même concept : celui dun regroupement plus ou moins intéressé délites économiques locales, qui cultivent un certain entre soi censé être le garant de la pérennité et de la prospérité de leurs affaires, mais aussi une prise de distance entre ancien et nouveau patronat lyonnais.
Le Club des 100, également créé à la fin des années 1990, reflète particulièrement cette tendance. Il rassemble en effet les dirigeants des sociétés qui sponsorisent le club de football de Lyon : lOlympique Lyonnais (OL). Son créateur est J.-M. Aulas, patron de la société de progiciels CEGID et surtout président de lOL. Ses membres lyonnais les plus illustres sont B. Bonnel (Infogrames), J. Seydoux (Groupe Pathé) et A. Dreyfus (Web-City) (Jouve, 2001a). Ils partagent avec dautres nouveaux patrons lyonnais comme T. Ehrmann (PDG du Groupe Serveur) et S. Challon (Editing Serveur), une même appartenance au secteur dactivités high-tech émergent des loisirs marchands, qui explose à Lyon et partout dans le monde avec le développement de la technologie numérique. Ils figurent également tous parmi les signataires dune pétition appelant à voter pour G. Collomb lors des élections municipales de 2001 (Demir, 2001), renouant ainsi avec la vieille tradition lyonnaise de grande proximité entre le responsables politiques et les sphères économiques locales (voir supra, 2ème Partie, Section 2).
Le nouveau patronat lyonnais, dont les membres ne sont pas toujours originaires de la région, sinscrit cependant en rupture avec les institutions traditionnelles de représentation des intérêts économiques locaux comme la CCIL ou le GIL, voire sen détourne ouvertement. La presse régionale relaie notamment lopinion très négative que les dirigeants lyonnais de la Nouvelle Economie ont de la CCIL en 2000, jugée, comme les autres organismes consulaires et sans doute à tort, trop archaïque et dispersée dans lexercice de ses missions et compétences (Jouve, 2001a). En critiquant la CCIL, ils sattaquent aussi de façon indirecte au principal syndicat patronal lyonnais, longtemps majoritaire au sein de lassemblée consulaire. Ils partagent ainsi tous une certaine distance vis-à-vis du GIL, pilier historique de la sociabilité des acteurs économiques locaux et de leurs relations avec le pouvoir politique local, mais souffrant désormais dune connotation industrielle et passéiste trop marquée.
Y compris au sein du patronat industriel et négociant traditionnel lyonnais, les grands équilibres favorables au GIL sont remis en question à partir des années 1980. Le Centre des Jeunes Dirigeants (CJD), « aile innovante du patronat », attire quelques héritiers résolument progressistes et bien décidés à faire bouger le milieu patronal local et le CNPF au niveau national, comme J. Gontard, A. Riboud et C. Boiron (Angleraud, Pellissier, 2003, p.760). Si la quarantaine de membres du CJD reste partisane de lexistence des réseaux patronaux « à lancienne », elle privilégie aussi le principe dune organisation plus sociale, propice aux échanges et aux réflexions hors business, plutôt quun fonctionnement de simple club daffaires (Grange, 2001). Leur influence dans la refondation des instances nationales autour du MEDEF en 1998 est loin dêtre négligeable.
Dans les années 1990, le monopole du GIL au sein de la CCIL prend donc fin, en raison également de la concurrence nouvelle exercée par lantenne départementale de la CGPME, représentant les PME-PMI qui sont largement majoritaires dans le tissu économique local. Au début des années 2000, celle-ci détient en effet près de la moitié des sièges au sein de lassemblée consulaire, après être passé dune trentaine dadhérents à environ 3000 en une décennie. Elle joue cependant la carte de lalliance avec le GIL-Medef au sein de lassemblée consulaire, malgré des relations politiquement conflictuelles et une opinion sur le fonctionnement de la CCIL parfois très critique. Les reproches formulés sont assez proches de ceux énoncés par le nouveau patronat lyonnais : archaïsme, immobilisme, conservatisme, etc.
Son fonctionnement se veut moins secret que celui du GIL, en affichant ouvertement son rôle de groupe de pression et de club daffaires : « (
) on fait du business ensemble. On est aussi là pour donner des coups de pouce, simplifier les contacts. Cest ce que jappelle le syndicalisme de services » (Grange, 2001). La CGPME revendique également une culture de petits patrons personnellement impliqués dans la vie quotidienne de leurs entreprises, une certaine convivialité interne et une grande proximité avec les chefs dentreprises, en opposition avec la culture gestionnaire et distante des cadres de grandes entreprises rassemblés au sein du GIL (Guillot, 2004).
La perte dinfluence relative du GIL au sein de la CCIL saccompagne ainsi dune remise en question de sa représentativité du tissu économique local. Le syndicat interprofessionnel pâtit notamment de sa configuration proche dune forme de holding rassemblant une quarantaine de syndicats de branche, qui le rend structurellement très éloigné des réalités bigarrées du terrain. Son manque de proximité avec les entreprises se double en outre dune grande difficulté à concilier les intérêts des grandes firmes internationalisées présentes sur le territoire avec celui des PME-PMI locales, ainsi que les intérêts de secteurs dactivités aussi différents que le BTP et les nouvelles technologies ou la métallurgie et le consulting en management (Lafay, 2005).
Au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale, la CCIL souffre non seulement des critiques assez dures formulées par une partie croissante du patronat, mais également de la montée en puissance des interventions de la Région et de la réorganisation des instances consulaires à cette échelle. La CCIL est en effet concurrencée dans ses missions daccompagnement des projets de développement à létranger des sociétés locales par une agence créée par le Conseil Régional Rhône-Alpes au début des années 1990 : Entreprises Rhône-Alpes International (ERAI). La mise en place de la Chambre Régionale de Commerce et dIndustrie, fédérant les 12 CCI de Rhône-Alpes et mutualisant certains services, affaiblit aussi la capacité dintervention de la CCIL.
Toutefois, la coordination entre les structures patronales de branches, dans la chimie et le textile notamment, et entre lensemble des acteurs économiques, fortement encouragée par le niveau régional, ne remet pas en cause lexistence de structures de représentation des intérêts économiques au niveau local. « La gouvernance régionale en constitution se surajoute à la gouvernance métropolitaine » (Jouve, 2001a, p.12)
Le Grand Lyon participe directement à cette fragmentation des structures de représentation des intérêts économiques locaux depuis 1995, notamment par le biais du versement de subventions et par une incitation à la création de nouveaux organismes associatifs pour accompagner certaines orientations majeures de sa politique économique. Le Plan Technopole à travers le soutien à certaines filières dactivités technologiques innovantes et la démarche de prospective Millénaire 3, lancés durant la seconde moitié des années 1990, sont en effet loccasion pour lorganisme communautaire de soutenir lémergences de nouvelles structures, comme Lyon Infocité et Lyon Game par exemple, qui rassemblent les entreprises lyonnaises du numérique. Des démarches associatives analogues sont également encouragées dans le domaine des biotechnologies, concourant directement à court-circuiter la vocation historique de représentation de lintérêt des entreprises assumée par la CCIL et le GIL-Medef auprès des pouvoirs publics locaux.
Ainsi, les structures traditionnelles de représentation des intérêts économiques lyonnais voient leur influence sur la gestion de la régulation économique territoriale être remise en question par lémergence de nouveaux organismes associatifs ou syndicaux dans lagglomération. Même linstitution communautaire, pourtant partenaire de la CCIL et du GIL au sein de lADERLY, semble chercher à remettre en question leur place et leur rôle au sein du système dacteurs local depuis le début des années 2000, parallèlement à lorganisation de la nouvelle gouvernance économique territoriale.
et progressivement relégués au second plan par la DAEI du Grand Lyon
Il semble que ce travail de sape de fond soit motivé en partie par la stratégie des responsables du Grand Lyon de conquérir le leadership politique et dexpertise au sein du système de gouvernance de la régulation économique territoriale, au détriment des acteurs économiques locaux. Celle-ci est particulièrement visible à travers lorganisation territorialisée de la politique économique communautaire, qui sappuie sur un mode de répartition des rôles directement inspiré de la méthode de gestion des entreprises fondée sur la sous-traitance et lexternalisation des tâches les plus techniques (Veltz, 2002). Dans cette entreprise peu avouée de domination du Grand Lyon sur le dispositif collectif dintervention économique territorialisé, la DAEI joue un rôle relativement important, en contribuant au court-circuitage des services de la CCIL par le biais notamment dun volontarisme conquérant et de la culture managériale de ses techniciens ou chargés de mission.
Le Grand Lyon profite amplement du processus de perte de légitimité des organismes patronaux traditionnels de lagglomération lyonnaise à participer en tant que pilotes à la conduite de la régulation économique territoriale. Il lui permet en effet daffirmer progressivement sa domination politique sur le système dacteurs local dans le domaine du développement économique, et dorganiser ainsi la gouvernance économique locale autour de son leadership (voir infra). Si linvestissement sur léconomie de la part du Grand Lyon reste largement incantatoire durant les années 1990 (Jouve, 2000), puisque essentiellement fondé sur des annonces politiques et des interventions très indirectes dans le champ des politiques urbaines (aménagement, urbanisme, grands équipements, etc.), la restructuration de la DAEI parallèlement au lancement du nouveau Plan technopole en 1998 et la territorialisation de laction économique au sein des Conférences des Maires opérée au début des années 2000 inversent radicalement la tendance (voir supra, Section 2).
Pour remodeler le système dacteurs local sous sa domination, lorganisme communautaire sappuie sur plusieurs avantages relatifs, dordres financier, politique et institutionnel : une très grande capacité financière un budget annuel en constante augmentation depuis les années 1990 et avoisinant 1,3 milliard deuros en 2003, dont 1/100ème est consacré uniquement au développement économique ; la montée en puissance de la politique économique communautaire qui se décline sur un panel dactions de plus en plus large (Plan Technopole Lyon Métropole Innovante, animation territoriale, réhabilitation des zones dactivités, veille et prospective économiques, etc.) ; une nouvelle légitimité officielle à intervenir dans le champ économique conférée par la captation de la TPU au détriment des communes, permettant la construction dun intérêt général communautaire sur les questions relatives au développement économique (voir supra, Section 1).
Le choix politique des responsables du Grand Lyon de privilégier les contacts directs avec les entreprises (voir infra), lapparition de nouvelles structures de représentation des intérêts économiques locaux et la prise en main de largument technopolitain, auparavant porté par les acteurs économiques (voir supra) ont également pour conséquence principale la perte de centralité progressive de la CCIL et de lADERLY dans la conduite et la définition des orientations de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise, ainsi que leur subordination progressive au leadership de la DAEI dans la conduite de la politique économique locale. La DAEI du Grand Lyon saccapare ainsi le contrôle de lexpertise économique (par le biais de la sous-traitance notamment) et de lapproche stratégique du développement économique.
LADERLY voit son rôle et ses missions être de plus en plus concurrencées par laction croissante des services économiques du Grand Lyon dans le champ de laction économique dans la seconde moitié des années 1990. Déjà, la MDE empiète progressivement sur ses prérogatives en matière de gestion de loffre de sites daccueil pour les entreprises à partir de 1990 (voir supra, Section 1). La DAEI développe également très largement ses services à partir de 1996, prenant en charge certains volets de la promotion territoriale, lassistance aux implantations dentreprises dans lagglomération et le soutien aux filières technologiques ou innovantes grâce à la relance du Plan Technopole. En 1998, une Mission ENS est attachée au secrétariat général du Grand Lyon pour accompagner les décentralisations détablissements jugés stratégiques depuis Paris ou les nouvelles implantations à la place de lADERLY. En 2004, cette dernière se voit retirer complètement la gestion du dossier des implantations publiques, désormais internaliser dans les missions du Grand Lyon par les autorités communautaires.
Les missions de lADERLY sont donc recentrées sur sa vocation de base : la promotion de la région lyonnaise et la prospection de projets susceptibles de sy implanter, en France et à létranger, et laccueil des nouveaux prospects ainsi identifiés (CCIL, 1997). Elle devient un simple exécutant au service de la politique communautaire, parfois même concurrencée plus ou moins directement par laction débordante des services de la DAEI du Grand Lyon, après avoir été à la pointe de la régulation économique territoriale et des approches managériales et concurrentielles du développement économique local durant deux décennies.
La DAEI participe par ailleurs dès 1994 au groupe de travail SPIRAL, qui organise la concertation des acteurs économiques lyonnais sur la question de la conciliation entre protection de lenvironnement et développement industriel sur le territoire local. Elle représente le Grand Lyon dans la préparation de la Charte des implantations industrielles, signée par la CCIL, le Grand Lyon et le GIL-Patronat du Rhône début 1995 (voir supra). Cette démarche renouvelle en quelque sorte le partenariat institué entre les principaux acteurs politiques et économiques de lagglomération à travers la Charte Industrielle et la création de lADERLY au début des années 1970 (voir supra, 2ème Partie, Section 3). Cependant, cette nouvelle coopération est beaucoup plus placée sous la domination politique de la communauté urbaine qui porte linitiative, que celle initiée par les structures de représentation des entreprises locales vingt ans plus tôt.
La CCIL et lADERLY se trouvent ainsi reléguées dans une position quelque peu à la remorque des initiatives de développement économique territorial portées par le Grand Lyon. Le cas du parc technologique et environnemental de Porte des Alpes est très éclairant sur ce sujet (voir supra, Section 2). Les services économiques de la DAEI, qui portent la réalisation du nouveau Plan Technopole dans lagglomération, confinent les structures économiques à un simple rôle de promotion et de communication, qui sajoutent aux efforts de publicité réalisés directement par la DAEI et la SERL (plaquettes, brochures, présentation dans des salons spécialisés comme le MIPIM de Cannes) (Frénéa, 2001). Les techniciens de la CCIL et de lADERLY jouent pourtant un rôle central durant la phase amont du projet au début des années 1990, au sein du comité de pilotage chargé de définir le contenu fonctionnel de lopération : ils sont notamment à lorigine de son orientation scientifique et environnementale, étant encore porteurs à ce moment-là de la démarche technopolitaine et de la gestion de loffre de sites daccueil pour les entreprises dans lagglomération.
lADERLY, qui porte en grande partie le premier Plan Technopole de lagglomération lyonnaise dans les années 1980 (voir supra) se trouve en effet complètement mise sur la touche du pilotage et de la mise en uvre du second Plan Technopole relancé en 1998 par la mandature de R. Barre. Le nouveau programme piloté par le Grand Lyon ne mentionne lassociation de développement économique que de façon très marginale, uniquement pour rappeler sa mission de promotion territoriale et de prospection à lextérieur du territoire métropolitain lyonnais. LADERLY nassure ainsi, au mieux, que des tâches subalternes de diffusion de supports promotionnels vantant les compétences spécifiques de certains pôles dexcellence ou des filières innovantes de lagglomération.
Il en va de même pour la CCIL. Le Plan Technopole de 1998, plutôt que de renforcer le partenariat historique existant entre lorganisme communautaire et la CCIL dans le domaine de la régulation économique territoriale, agit comme un révélateur des stratégies dévitement, ou du moins de non prise en compte déployées par le Grand Lyon. En effet, il ne mentionne pas les projets daccueil des jeunes entreprises technologiques ou innovantes souhaités par lorganisme consulaire dans des programmes dimmobilier dédié (pépinières, hôtels ou villages dentreprises) spécifiques à chaque site technopolitain. Pourtant, la CCIL, gestionnaire des pépinières Novacités, réalise un audit qui montre dès 1998 date du lancement de lélaboration du programme daction technopolitain que le parc existant ne suffit plus pour répondre aux besoins des créateurs. Celui-ci préconise donc une double opération de réhabilitation et daugmentation de loffre dans lagglomération, notamment sur les sites principaux de Gerland, la Doua et Lyon Ouest.
La réponse du Grand Lyon consiste plutôt à entamer des négociations pour transférer la compétence de gestion des Novacités depuis la CCIL vers la DAEI en 1999. Fin 2000, le vice-président chargé du dossier technopolitain demande à cette dernière de mettre en place une stratégie foncière et immobilière intégrant la problématique des pépinières, qui est adoptée début 2001 (Reverdy associés, 2002a). La CCIL nest ainsi pas vraiment incluse dans le système dacteurs du nouveau Plan Technopole piloté par le Grand Lyon, alors quelle est à lorigine du premier programme daction technopolitain lancé dans les années 1980. Elle en est non seulement dépossédée par linitiative politique communautaire, mais également délestée de la gestion du volet territorial du Plan technopole la gestion des pépinières alors que celui-ci savère être au final la plus pertinente et la plus efficace des actions contenues dans le programme (voir supra, Section 2).
En revanche, la CCIL reste impliquée dans le pilotage de la démarche Centre Européen dEntreprise et dInnovation Novacité mise en place en 1991 dans lagglomération lyonnaise. Celle-ci sinscrit dans le dispositif « Lyon_Ville de lentreprenariat » inclus dans la politique économique communautaire depuis 2001. Il sagit dun service dincubation et daccompagnement des projets de création de services ou de produits répondant aux besoins du marché, exploitant les technologies émergentes et comprenant ou non une dimension innovante. Cette mission de service aux entreprises portée par la CCIL correspond ainsi à une forme de sous-traitance de lintervention économique en faveur du développement économique territorial, assurée pour le compte du Grand Lyon dans le cadre de la nouvelle organisation de la gouvernance économique instaurée depuis 2003 (voir infra).
La CCIL voit également sa crédibilité et sa légitimité concernant la gestion les grands équipements à vocation économique, dont elle a traditionnellement la charge (voir supra, 2ème Partie, Section 2), être mises à mal par les choix du Grand Lyon en matière de politique économique. Après avoir acquis les terrains destinés à accueillir le nouveau Marché dIntérêt National de lagglomération, le Grand Lyon se désengage en effet du financement de la réalisation des bâtiments en 2003, laissant la CCIL porter seule lopération de délocalisation. Lorganisme communautaire multiplie par contre les offensives visant à renforcer son contrôle sur la gestion certains grands équipements considérés comme stratégiques en termes de développement économique.
Dans le cadre de la Décentralisation, un projet de loi examiné en 2004 prévoit la création de Sociétés dExploitation Aéroportuaires rassemblant à terme lEtat, les CCI et les collectivités locales (conseils généraux notamment). Le Grand Lyon est ainsi à lorigine de la création du Club des entrepreneurs pour laéroport Lyon Saint-Exupéry fin 2003, mobilisant les forces économiques locales et régionales pour conduire des actions de lobbying auprès des autorités centrales et dAir France. Lassociation, imposée à la CCIL qui en devient partenaire, permet notamment au Grand Lyon de mieux exercer son influence et de revendiquer sa part de compétence dans la gestion du grand équipement dagglomération, en linscrivant dans le contenu de la politique économique territoriale.
Lorganisme communautaire lyonnais se positionne donc progressivement comme lacteur dominant du système dacteurs de la régulation économique territoriale dans lagglomération. Il impose son leadership à ses partenaires traditionnels représentant les intérêts des entreprises locales, en empiétant toujours plus sur leurs compétences et prérogatives daction. La DAEI joue un rôle non négligeable dans la mise en uvre technique et opérationnelle de cette stratégie hégémonique, légitimée dun point de vue plus politique par lorganisation dune nouvelle forme de gouvernance économique territoriale pilotée par le Grand Lyon.
3- La gouvernance économique lyonnaise
Le partenariat entre le Grand Lyon et les structures de représentation des entreprises de lagglomération lyonnaise pour la gestion de la régulation économique territoriale est assez ancien et notamment matérialisé par lexistence de lADERLY (voir supra, 2ème Partie, Section 3). Suite à la montée en puissance de lorganisme communautaire sur les questions relatives à la régulation économique territoriale, celui-ci est réaffirmé par la signature dune Charte de partenariat avec la CCIL en 1997 notamment, destinée à accélérer le développement économique de lagglomération (CCIL, 1997, p.17), mais également passablement modifié pour conférer un rôle directeur plus important au Grand Lyon.
Les prolongements récents de la démarche du SDE lancée par lAgence durbanisme, et notamment son intégration politique par le Grand Lyon depuis 2001, permettent en effet à lorganisme communautaire de structurer le partenariat au sein du système dacteurs local à son avantage et dorganiser la répartition des tâches entre les différents organismes impliqués dans la conduite de la politique économique sous sa direction. La démarche est rebaptisée Grand Lyon, lEsprit dEntreprise en 2003, lors du lancement officiel de la nouvelle phase de mise en application de la politique économique territoriale définie dans le cadre du SDE. Le Grand Lyon sarroge le leadership et la CCIL apparaît dans ce nouveau contexte politique local comme la principale perdante de la mise en place de la gouvernance de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise.
Toutefois, le même constat plus large peut être formulé pour les autres organismes de représentation des intérêts économiques locaux (Chambre des Métiers, GIL-Medef, CGPME) : ils sont tous placés par le nouveau dispositif de gouvernance dans une position légèrement inférieure de partenaires sous-traitants par rapport au Grand Lyon. Celui-ci détient la plus grande capacité financière au sein du système dacteurs de la régulation économique territoriale, ce qui lui permet de le contrôler et dimposer son leadership à grand renfort de subventions. Cest lui également qui perçoit limpôt économique sur les entreprises par le biais de la TPU (voir supra, Section 1) : cette ressource représente le tiers du budget communautaire depuis 2003, qui sélève à plus d1.3 milliards dEuros par an. Le Grand Lyon affirme ainsi également son leadership et sa domination sur ses partenaires à travers sa puissance financière, largement supérieure à celle des autres acteurs.
Le nom même du dispositif politique de gouvernance de la régulation économique territoriale dénote la totale domination de lorganisme communautaire. Certains partenaires, notamment la CCIL et le GIL-Medef qui voient leur rôle fortement diminué au sein du système dacteurs par rapport à leur primauté historique, napprécient ainsi guère la méthode GLEE, ni la dénomination choisie. Celles-ci confèrent en effet au Grand Lyon, non seulement le rôle central et directeur dans la conduite de la régulation économique territoriale, mais aussi la légitimité de la défense de lintérêt des entreprises, alors que cette mission leur est traditionnellement dévolue.
Les partenaires institutionnels représentatifs du monde économique (CCIL, GIL-Medef, CGPME, etc.), relativement dominants au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale jusquà la fin années 1990 (voir supra), ont désormais bien moins de liberté de manuvre quauparavant au sein de GLEE, car ils se trouvent soumis à la domination politique et aux tentations hégémoniques du Grand Lyon sur le système daction collective. Il se sert notamment du dispositif partenarial de gouvernance économique pour organiser un vaste système de sous-traitance de la mise en uvre de la politique économique dagglomération, dont il est le principal donneur dordres et le chef dorchestre. La DAEI du Grand Lyon se charge de la coordination générale des aspects techniques du dispositif GLEE, et le plan de mandat de G. Collomb fait office de programme pour lencadrement politique des orientations stratégiques de laction. Celui-ci reprend les grandes orientations résultant de la démarche du SDE, arrêtées en 2001 (voir infra).
Les axes prioritaires dintervention du nouveau plan stratégique de développement économique territorial sont ainsi « Lyon_Ville de lentreprenariat », « Rapprocher et innover », « Renforcer les pôles dexcellence », « Promouvoir le territoire métropolitain », « Aménager et gérer le territoire » et « Eco-développer » (GLEE, 2004). Ils sont déclinés en plusieurs actions qui sont toutes plus ou moins directement financées par le Grand Lyon, grâce à des subventions de fonctionnement versées aux différents partenaires chargés de leur mise en uvre.
Le partenariat entre le pouvoir politique lyonnais et les principaux acteurs économiques au sein de la démarche GLEE est cependant organisé de façon à établir un double pilotage politique et technique collectif. Au niveau politique, lanimation du dispositif est ainsi assurée par le Groupe de gouvernance, qui réunit deux ou trois fois par an les cinq présidents du Grand Lyon, de la CCIL, de la Chambre des Métiers du Rhône, du GIL-Medef et de la CGPME, et par le Directoire, qui rassemble toutes les six semaines les cinq directeurs généraux des organismes partenaires. Au niveau technique et opérationnel, une vingtaine dactions prioritaires sont choisies parmi les 64 identifiées en 2001 à lissue de la démarche du SDE : chaque partenaire se voit confier la responsabilité du pilotage de plusieurs de ces actions, en fonction de ses compétences particulières.
De nombreux autres partenaires sont associés à la démarche pour assurer la mise en uvre de projets spécifiques : la Fédération des Associations dEntreprises des Zones dActivités (FAEZA) pour lanimation économique locale (GLEE, 2005a) et la requalification des zones dactivités, la Villa Créatis pour la gestion de lEspace Numérique Entreprises, lassociation Lyon Game pour le développement du cluster des loisirs numériques, lOffice du Tourisme et des Congrès pour la promotion culturelle et touristique, la SERL pour laménagement des zones dactivités, le SPIRAL et lAPPEL pour la gestion du cluster environnement, lEM Lyon pour le soutien à lentreprenariat, etc. Des institutions publiques nationales, régionales, locales, ainsi que des organisations professionnelles, des établissements denseignement et de formation, des experts et des investisseurs, et de nombreuses associations participent également à la mise en uvre de certaines actions (GLEE, 2005).
Ils forment un large réseau dacteurs économiques publics et privés qui contribuent à légitimer la démarche aux yeux des investisseurs et des responsables dentreprises, en concrétisant la mise en application des principes du partenariat et de la concertation public/privé par lorganisme communautaire. Il sagit aussi de réduire la distance entre la technocratie communautaire et les « administrés » qui paient la taxe professionnelle, de rendre laction plus lisible et daméliorer la visibilité du travail des équipes techniques de la DAEI, souvent raillées par les acteurs économiques (chefs dentreprises notamment) pour leur manque de connaissance des réalités du monde des entreprises et de leurs contraintes au quotidien, malgré leurs efforts dacculturation managériale (voir supra, Section 2).
Le Grand Lyon peut ainsi sappuyer sur cette démarche nouvelle de gouvernance économique territorialisée pour renforcer sa crédibilité et sa légitimité vis-à-vis du monde économique, en affirmant sa présence au plus proche des entreprises au niveau politique comme sur le terrain de laction. Le dispositif partenarial de sous-traitance des tâches les plus techniques du développement économique lui permet aussi de pallier avantageusement son manque de compétence et de savoir-faire spécifiques en la matière. La volonté de se positionner comme un acteur central de léconomie locale, dagir tel un véritable prescripteur de stratégique économique auprès des entreprises, de favoriser le développement de certaines filières dactivités et autres clusters, nécessite en effet pour les pouvoirs publics communautaires de pouvoir capter et sapproprier lexpertise développée au sein du monde économique.
Lintégration de la nouvelle organisation territorialisée de la politique économique du Grand Lyon au sein de la démarche GLEE permet en outre de contrer la présence et linfluence très forte de la CCIL sur le terrain depuis le début des années 1990, par le biais de ses antennes locales (voir supra). La DAEI apparaît ainsi plus clairement comme linterlocuteur principal et central aux yeux des entreprises sur le territoire, grâce à la nouvelle tutelle organisationnelle de fait exercée sur les services déconcentrés de lorganisme consulaire à travers la mise en place du système dexternalisation du portage de lanimation économique territoriale par le Grand Lyon.
La situation de concurrence larvée tend même à devenir conflictuelle sur le terrain, y compris avec les associations dentreprises locales qui ont souvent des liens étroits et anciens avec les antennes de la CCIL. Les développeurs économiques mis en place par le Grand Lyon au sein des Conférences des Maires sont notamment accusés dempiéter sur le rôle des organismes à vocation économique présents de plus longue date sur le territoire, du moins de navoir avec eux quun rapport utilitariste destiné à pallier les carences de compétences techniques dont ils souffrent, à limage de la DAEI (voir supra, Section 2).
La politique de développement économique communautaire est donc désormais confondue avec celle organisée de façon partenariale au sein de la gouvernance économique Grand Lyon, lEsprit dEntreprise (Grand Lyon, 2004a), ce qui permet à la structure intercommunale de safficher comme lacteur dominant de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise, en lieu et place des organismes patronaux et autres structures de représentation des intérêts économiques locaux. Les autorités politiques lyonnaises semblent ainsi avoir conquis le premier rôle au sein du système dacteurs local au détriment des organismes économiques et patronaux, et gagné la bataille relative au portage de lintérêt des entreprises, en lintégrant directement dans leurs prérogatives de conduite de laction publique sur le territoire.
Conclusion de chapitre
LADERLY et la CCIL constituent les acteurs centraux et moteurs de la politique économique dans lagglomération lyonnaise durant la première moitié des années 1980. Elles sont mêmes les véritables sources de conception de la régulation économique territoriale, agissant tels des éclaireurs vis-à-vis des autorités communautaires en matière dacculturation aux méthodes stratégiques. Il est en effet impossible de comprendre lavant-gardisme du Grand Lyon concernant le positionnement stratégique et managérial de ses politiques urbaines, et particulièrement de sa politique économique, durant les années 1990, sans prendre en considération le rôle précurseur et leader des structures patronales lyonnaises en la matière.
Pour autant, les pouvoirs publics locaux de la COURLY soutiennent totalement laction déployée par lassociation, que ce soit à travers les responsables politiques élus ou par le biais du personnel technique qui travaille au service des différentes structures partenaires. Il y a ainsi une très forte intégration politique et technique entre les partenaires institutionnels qui composent lADERLY. La COURLY et la CCIL travaillent ensemble de façon très étroite, ainsi quavec lAgence durbanisme : le partenariat institutionnel est encore très peu médiatisé, hormis dans la presse spécialisée, mais il fonctionne très bien et rend la conduite de la politique économique lyonnaise particulièrement efficace, voire réactive et novatrice en matière de méthodes (voir supra, Section 2).
Cette situation dentente opportune entre les personnels des différents organismes locaux travaillant sur la question du développement économique permet donc au système dacteurs lyonnais de mettre en place une véritable politique économique dès le début des années 1980, malgré linexpérience et les oppositions politiques au principe de lintervention économique locale de la puissance publique (voir supra, Section 1). LADERLY poursuit ainsi son uvre dintroduction et de développement des nouvelles approches de laction économique dans la métropole lyonnaise, amorcée dès les années 1970 (voir supra, 2ème Partie, Section 3), en donnant une nouvelle orientation technopolitaine et internationale à la politique économique locale. Sa relative autonomie daction sappuie sur la confiance accordée par les élus et par les représentants des entreprises à lassociation. Ce statut permet notamment de limiter la survenue des conflits politiques entre les organismes patronaux et les pouvoirs publics locaux, et de mettre en uvre des interventions économiques directes sur le territoire (Martin, Novarina, 1989).
En revanche, lélargissement des compétences de lorganisme communautaire dans les années 1990 entraîne une profonde réorganisation des rôles au sein du système dacteurs local de la régulation économique. Le Grand Lyon favorise lémergence de nouvelles structures de représentation des intérêts économiques dans lagglomération, qui affaiblissent linfluence de la CCIL et du GIL-Medef. Une dynamique analogue, interne aux services techniques communautaires, relègue lADERLY au second plan.
La mise en place de la démarche de gouvernance économique territoriale Grand Lyon, lEsprit dEntreprise parachève le processus de conquête du pouvoir en matière de régulation économique initié par la sphère politique locale. Ce dispositif censé faciliter le partenariat et la collaboration entre acteurs pour la conduite de la politique économique dans lagglomération lyonnaise favorise en effet surtout la domination politique et institutionnelle du Grand Lyon sur le système dacteurs, qui se positionne désormais comme le principal défenseur de lintérêt des entreprises, au risque de remettre en cause la vision plus classique et démocratique de la puissance publique garante de lintérêt général.
II Linstauration de relations directes entre le Grand Lyon et les entreprises
Au tournant des années 1990, les autorités politiques lyonnaises semparent de la thématique du développement économique au sein du Grand Lyon. Elles multiplient les relations directes avec les entreprises, confortées et légitimées dans cette démarche par le nouveau cadre légal de lintercommunalité en France, qui confère la compétence de laction économique au niveau intercommunal. Ladoption de la TPU en application de la loi Chevènement de 1999 accélère encore le processus daffirmation du pouvoir politique du Grand Lyon sur les questions relatives à la régulation économique territoriale. Elle permet en effet à lorganisme communautaire de revendiquer une nouvelle légitimité institutionnelle à se saisir des questions de développement économique.
La DAEI du Grand Lyon sapproprie la culture managériale et le sens de la défense des intérêts des acteurs économiques au contact direct avec les entreprises. Le renforcement des relations et des échanges avec ce milieu à partir du milieu des années 1990, que ce soit par le biais des opérations durbanisme concédées à des opérateurs privés ou par lentremise dune augmentation de la participation des entreprises à la conduite de la politique économique, favorise en effet les logiques dimprégnation culturelle des services techniques et de transfert de compétences de la sphère privée vers la sphère publique.
La principale conséquence de ce mouvement de rapprochement entre pouvoirs publics locaux en charge de la politique économique et acteurs économiques privés porteurs de lintérêt spécifique des entreprises, tant du point de vue des méthodes daction que des approches culturelles et professionnelles (voir supra, Section 2), est un phénomène dintégration progressive de la défense de lintérêt des entreprises par lorganisme communautaire. Celui-ci interroge les limites de laction publique en faveur du développement économique territorial sous un jour nouveau, puisquil conduit à confondre lintérêt général, collectif ou public local, avec celui dune partie seulement des acteurs présents sur le territoire local.
1- Un nouveau rapport du politique aux entreprises
La mutation de fond du fonctionnement du système économique (déclin relatif de lindustrie, montée en puissance du secteur tertiaire et des activités liées à linnovation technologique, exacerbation des logiques de concurrence) entraîne lémergence dun nouveau référentiel en matière de régulation économique territoriale pour les entreprises et pour les pouvoirs publics, fondé sur le principe de compétitivité et de la concurrence. Lévolution du cadre législatif (Décentralisation, renouvellement des conditions dexercice de lintercommunalité, etc.) confère aussi aux collectivités locales une plus grande liberté daction et de régulation sur le territoire, en accompagnant les mutations du contexte économique densemble (voir supra, Section 1). Elle saccompagne du recours à de nouvelles méthodes de conduite laction publique en faveur du développement économique, qui repose sur lutilisation de la démarche stratégique, directement inspirée du monde des entreprises et ladoption dune nouvelle culture dintervention plus pragmatique et adaptée aux attentes des acteurs économiques vis-à-vis du territoire (voir supra, Section 2).
Ces nouvelles logiques de développement local donnent aux acteurs économiques privés un nouveau statut vis-à-vis des pouvoirs publics locaux et une plus grande reconnaissance de la pertinence de leur intervention directe dans les dispositifs de régulation économique au niveau local. Les entreprises obtiennent donc une meilleure écoute auprès des instances politiques publiques, particulièrement sur la scène locale. Elles parviennent même à faire intégrer leur propre culture et la défense de leurs intérêts spécifiques par les pouvoirs publics locaux, au nom de la poursuite de lintérêt général, qui passe de plus en plus par la promotion du développement des activités économiques en période de crise.
Laugmentation de la contrainte économique et limpératif de lutte contre la crise confèrent en effet à leur connaissance fine des problématiques de développement un caractère précieux de ressource à mobiliser pour les autorités publiques locales. A mesure que les pouvoirs publics locaux acquièrent des compétences et des possibilités daction plus importantes sur leur territoire, ils sont amenés à considérer les entreprises comme des acteurs à part entière, quil est nécessaire, voir indispensable dimpliquer directement dans la conduite de la gestion publique locale, et non plus seulement par le truchement de leurs organismes de représentation (chambres consulaires, syndicats patronaux). Les intérêts des acteurs économiques locaux sont ainsi de plus en plus pris en compte de façon directe par les collectivités territoriales, qui bâtissent de nouveaux rapports de coopération et de partenariat avec eux, au service du développement économique local et de la régulation territoriale.
Ce nouveau rapport du politique aux entreprises et aux acteurs économiques privés de façon générale occasionne un repositionnement relatif global des acteurs de la régulation économique au niveau local. LEtat central se recentre sur ses missions régaliennes de base, en transférant une grande partie des compétences indirectes de régulation économique aux échelons locaux. Toutefois, il conserve la maîtrise des principaux leviers de la régulation économique densemble que sont la monnaie, lorganisation de la concurrence et lédiction des lois ou règlements concernant les rapports salariaux et lorganisation des entreprises (transférées cependant en tout ou partie au niveau européen). Il transfert en revanche une grande partie des responsabilités relatives à la régulation économique territoriale sur le niveau local, en amenant implicitement les collectivités locales ou leurs groupements à prendre en charge la promotion et la défense de lintérêts des entreprises au nom de lintérêt général.
Le nouveau rôle de lEtat dans la gestion de léconomie sur le territoire, défini en creux à partir des lois de décentralisation, légitime ainsi le nouveau positionnement des collectivités locales et notamment des structures de coopération intercommunale comme la Communauté urbaine de Lyon dans la prise en charge et dans lorganisation de la forme territoriale de la régulation économique (voir supra, 1ère Partie, Section 1). Celle-ci passe donc dun statut dacteur passif, quelque peu à la traîne dans le système dacteurs local de la régulation économique territoriale jusquà la fin des années 1980, à un statut dacteur réactif et proactif, qui se veut prescripteur de stratégie de développement, expert et moteur de la régulation économique en système concurrentiel.
Durant les Trente Glorieuses en effet, lEtat central développe des relations étroites et directes avec les acteurs économiques, notamment les très grandes entreprises, à travers la conduite dune politique économique et daménagement du territoire conçue au niveau national, mais déclinée sur les différentes portions de lespace pour ladapter à leurs intérêts et besoins (voir supra, 2ème Partie, Section 1). De la même façon en période de crise et de retrait de la puissance étatique par rapport aux enjeux économiques locaux, les collectivités territoriales, dotées de nouvelles compétences daction issues des lois de décentralisation, placent leur intervention au service des intérêts et attentes des entreprises locales. La territorialisation de la régulation économique, du moins de sa dimension « intervention publique en faveur du développement des activités sur le territoire », correspond ainsi en grande partie à la prise en charge de lintérêt des entreprises par les pouvoirs publics locaux.
Le nouveau système de référence économique, hyperconcurrentiel et dominé par les logiques de marché, place lintérêt économique des firmes au même niveau que lintérêt général local, territorial. Il tend même à être confondu avec cette nouvelle forme dintérêt général territorialisé porté par les pouvoirs publics locaux, ce qui nest toutefois pas sans poser des problèmes dordres politique et technique (voir supra).
2- Du partenariat public/privé à lintégration de lintérêt des entreprises
Cependant que les structures de représentations des intérêts économiques poursuivent leurs missions au service du développement économique local en occupant le devant de la scène de la régulation économique territoriale, les autorités communautaires lyonnaises tendent à multiplier les occasions de travailler plus étroitement et plus directement avec les entreprises présentes sur le territoire de lagglomération. Les services techniques et les responsables politiques de la Communauté urbaine de Lyon reconnaissent ainsi progressivement le rôle opérationnel des entreprises dans les opérations daménagement et durbanisme à vocation économique, ainsi que leur rôle dexpert sur la dimension économique du développement territorial, alors quils ne possèdent pas encore de compétence très pointue en la matière.
A partir des années 1990, les entreprises constituent en effet lune des cibles privilégiées des politiques urbaines communautaires et de laction publique locale en général, même si elles ne votent pas et ne peuvent donc pas sanctionner de façon directe les responsables politiques. Elles peuvent en revanche valider ou sanctionner les choix daction et dorientation en décidant de sinstaller sur le territoire du Grand Lyon, de sy maintenir ou de le quitter pour une autre localisation plus avantageuse compte tenu de leurs attentes. En outre, les entreprises versent la taxe professionnelle à la collectivité locale : leur localisation territoriale représente donc un intérêt certain pour cette dernière.
Lintérêt de la collectivité à satisfaire les entreprises est ainsi dordre symbolique et financier. Un chef dentreprise satisfait des prestations offertes par un lieu dimplantation va en vanter les mérites et en faire la promotion auprès de ses partenaires économiques, entraînant éventuellement dautres implantations et contribuant ainsi à véhiculer une image positive et attractive du territoire. A linverse, il risque de diffuser également son point de vue en cas de mécontentement. Financièrement, les entreprises sont les principales pourvoyeuses de ressources fiscales pour les collectivités locales, par le biais de la taxe professionnelle : les attirer et les conserver sur le territoire local est donc un enjeu stratégique, afin de dégager la plus grande marge de manuvre possible pour développer des actions. Ladoption de la TPU et son transfert au niveau intercommunal au début des années 2000 renforcent donc la volonté des autorités communautaires dagir en faveur des intérêts des entreprises.
Les entreprises sont également considérées par les pouvoirs publics locaux comme des partenaires privilégiés dans la conception et la mise en uvre de lintervention publique dans le domaine économique, voire des vecteurs de développement à part entière. Elles sont ainsi de plus en plus invitées à définir les orientations de la politique de régulation économique aux côtés des acteurs institutionnels et à imposer plus ou moins ouvertement leurs vues sur les modalités du développement économique du territoire, en échange de leur ancrage.
Le recours aux entreprises privées dans laménagement urbain
Le premier signe dune place nouvelle conférée aux acteurs économiques de la part des acteurs politiques locaux peut être perçu à travers la concession de certaines opérations daménagement ou durbanisme à des investisseurs privés durant les années 1980. Plus quune véritable évolution cependant, ce phénomène déjà observé sous dautres formes et à dautres époques traduit plutôt le pragmatisme et une certaine volonté dencadrement des initiatives privées de la part de la puissance publique, pour des opérations correspondant avant tout à des opportunités de valorisation du patrimoine foncier détenu par une entreprise.
Le groupe Rhône-Poulenc offre lexemple le plus emblématique de ce type dopération durbanisme privée destinée à remettre sur le marché des terrains dont il est propriétaire, en raison de son attachement historique à Lyon et de limportance de son patrimoine foncier au niveau local. Le groupe est en effet directement impliqué dans la réutilisation urbanistique et économique de ses friches industrielles dans lagglomération lyonnaise, à Vaulx-en-Velin, Vénissieux et à Lyon. A Vaise, la ZAC M. Berthet à proximité de la gare de Gorge de Loup est ainsi prise en charge à partir de 1986 par la société TISA, une filiale du groupe spécialisée dans la conduite des opérations daménagement et de restructuration urbaine de son important patrimoine foncier (Laferrère, 1989). Cette opération, mêlant réalisation de programmes immobiliers de bureaux et de logements, ne décolle cependant véritablement que dans la seconde moitié des années 1990, après larrivée du métro et avec le lancement du vaste projet de réaménagement de Vaise.
A Gerland également, des opérations importantes sont directement réalisées par des investisseurs privés. La ZAC des Berges du Rhône est ainsi lancée en 1981 par la société Plastic Omnium, pour la réalisation de son siège social, de celui de la société Mérieux et dun grand complexe hôtelier. Les Magasins Généraux aménagent également certains de leurs entrepôts en parcs dactivités, tandis quun partenariat entre propriétaires privés et puissance publique est expérimenté sur les ZAC Porte Ampère et Massimy (Bourdin, Petitet, 2002).
Ce phénomène dimplication des acteurs privés en lieu et place de la puissance publique peut sexpliquer par différents facteurs. Le principal est directement lié au problème du portage foncier sur les périmètres en friches. Les parcelles appartiennent en effet le plus souvent à lentreprise qui libère les terrains, il est donc plus facile pour elle, et souvent plus intéressant et rentable financièrement, de soccuper de leur réutilisation à des fins de programmes immobiliers tertiaires ou de logements puis de leur commercialisation une fois aménagés, que de les céder à la collectivité au prix du terrain industriel pour que celle-ci se charge de leur revalorisation urbanistique et de leur remise sur le marché au prix des nouveaux usages.
De plus, la pensée dominante au sein du milieu politique au pouvoir à Lyon privilégie plutôt une gestion des questions de régulation économique par les principaux intéressés, à savoir les acteurs économiques que sont les entreprises ou leurs organismes de représentation comme les chambres consulaires. Le problème des friches industrielles est également perçu comme un problème essentiellement économique au début de la crise, dont la résolution dépend du fonctionnement du marché foncier et immobilier privé (remplacement quasi immédiat des usines par des immeubles de bureaux ou de logements, surtout dans le périmètre central des agglomérations urbaines), conformément à la situation générale durant les années de croissance. La multiplication des vacances et laugmentation de leur durée entraînent cependant un changement de point de vue au cours des années 1980 : les friches deviennent ainsi un problème urbanistique à part entière, nécessitant lintervention croissante et plus directe de la puissance publique (Tomas, 1982).
Enfin, si la COURLY na pas encore de véritable compétence en matière de développement économique durant les années 1980, elle dispose déjà de compétences en matière daménagement urbain et de conduite de projet de plus en plus développées en interne. Les services communautaires chargés de laménagement et des opérations durbanisme sont alors en effet en pleine phase de structuration et de développement de leur savoir-faire opérationnel, notamment grâce à la réalisation de lopération de requalification du quartier de Gerland en régie directe (voir supra, Section 2). Le suivi des opérations daménagement privées permet ainsi de compléter lexpertise communautaire en matière durbanisme opérationnel, en combinant lexpérimentation du travail en partenariat avec des propriétaires fonciers privés et lencadrement réglementaire de leurs initiatives par le biais de la procédure de ZAC.
Il résulte donc de cette situation une intense coopération juridique et urbanistique entre les entreprises lyonnaises impliquées dans des opérations de réaménagement de leurs terrains suite à la fermeture détablissements productifs et les pouvoirs publics communautaires. Dès le début des années 1980, près de la moitié des opérations durbanisme en procédure de ZAC sont ainsi concédées à des acteurs privés. Un service du département Développement de la COURLY se charge même expressément de la gestion des relations avec les investisseurs privés et les entreprises bénéficiant de concessions durbanisme ou de gestion de services publics locaux à partir de 1983 (voir supra, Section 2).
Un cas décole, la Cité Internationale
Parallèlement à la montée en puissance des préoccupations politiques en faveur du développement économique au cours des années 1980, les responsables de la Ville de Lyon et de la COURLY, comme les techniciens de lAgence durbanisme chargés de lélaboration des documents de planification urbaine et territoriale, sont amenés à rechercher lexpertise spécialisée des chefs dentreprises et des représentants du monde des affaires pour définir les orientations et même réaliser les grandes opérations daménagement considérées comme stratégiques pour le développement économique local. Ces derniers sont en effet considérés comme étant plus au fait des enjeux stratégiques du développement dans un contexte dexacerbation des logiques de concurrence, ainsi que des attentes du monde économique vis-à-vis du territoire.
Ainsi, la définition du programme de lopération de rénovation urbaine à vocation économique située sur le site de lancien Palais de la Foire (Quai A. Lignon), lancée en 1984-1985 par la COURLY et la Ville de Lyon à linitiative de F. Collomb, est loccasion pour léquipe politique qui lui succède de mobiliser une partie du patronat local au service de la conception du programme. Ce grand projet durbanisme est destiné à combler le déficit tertiaire et dinternationalité de lagglomération lyonnaise, grâce à limplantation dInterpol et à la réalisation dun nouveau palais des congrès. Les premières années cependant, lopération a du mal à décoller faute dun contenu urbanistique et fonctionnel précis, comme dun nom porteur de développement et dattractivité, autre que celui correspondant à sa localisation géographique.
Après son élection en 1989, M. Noir demande donc à son adjoint aux implantations tertiaires et administratives de constituer un groupe de réflexion et de proposition rassemblant les principaux chefs dentreprises lyonnais et des dirigeants de grands organismes internationaux présents dans lagglomération. Ils sont en effet considérés comme les meilleurs experts locaux sur les questions relatives à lenjeu international de Lyon, et les mieux à même dexprimer les attentes du monde économique en matière de nouveaux produits urbanistiques. Ce rassemblement dexperts, baptisé Conseil International de Lyon (CIL), est constitué notamment de représentants dInterpol, des Laboratoires Mérieux, de Péchiney, des sociétés Boiron et BSN Danone ou encore du Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC). Il est chargé détudier la faisabilité et les modalités de linternationalisation de la métropole lyonnaise, et plus précisément de trouver un contenu et une substance concrète au concept de Cité Internationale, nouveau nom de lopération.
Il fait office de bureau de consultants et de conseil de compétence économique auprès du pouvoir politique local, qui bénéficie ainsi de précieuses entrées et de relais utiles au sein des milieux daffaires lyonnais. Leurs préconisations influencent aussi notablement les orientations stratégiques du SDAL élaboré à la fin des années 1980 (voir infra), et les choix de rénover lOpéra de Lyon ou de transformer les anciens abattoirs de Gerland en nouvelle salle de spectacles et dexpositions polyvalente. Les préconisations du CIL mettent ainsi laccent sur la nécessité de ne pas uniquement travailler sur les seuls aspects économiques des projets urbains en cours de réalisation, mais aussi sur les atouts induits par une politique culturelle ciblée et orientée en faveur du rayonnement international (voir supra, Section 1).
C. Boiron pointe en effet dès son arrivée dans léquipe politique de M. Noir la nécessité délargir le champ de laction de promotion territoriale à dautres domaines que le simple affichage dune économie compétitive, et la nécessité douvrir la ville sur lextérieur en intégrant la dimension culturelle dans la stratégie dinternationalisation de la métropole : « On pense souvent « international » sur le seul plan économique. On doit aller plus loin que la simple évidence. Une ville doit lier des contacts culturels » ; « le patrimoine culturel et artistique est sous-exploité dans nos relations internationales. La politique culturelle lyonnaise doit être conçue comme un ambassadeur de notre volonté de développement politique international ».
Lextension considérable de la gestion déléguée des travaux et des services urbains au bénéfice de grandes sociétés privées est par ailleurs lune des caractéristiques principales de la réorganisation de laction publique au niveau local après les lois de décentralisation. Une partie croissante des responsables politiques français les jeunes cadres de Droite très influencés par la pensée libérale comme M. Noir en tête , considère que le partenariat public/privé constitue la solution idéale à lépuisement des ressources publiques, à la difficulté de gestion économique des projets ou des services urbains et au manque dexpertise stratégique des collectivités locales.
Les grandes firmes privées du secteur se recomposent donc autour dun rapprochement entre leurs activités de gestion des réseaux techniques et leurs activités de construction immobilière à partir du milieu des années 1980, selon un « schéma ensemblier » leur permettant de proposer des contrats de réalisation clés en main aux collectivités locales pour les grandes opérations durbanisme (Lorrain, 1992 ; Lorrain, 1993).
La Cité Internationale de Lyon est ainsi le théâtre du recours à la concession durbanisme, cette fois-ci non plus rendu nécessaire par les conditions de portage du foncier (voir supra), mais motivé par des raisons idéologiques et politiques de développement du partenariat public/privé dans laménagement urbain. M. Noir plaide pour un financement totalement privé de lopération, qui est confiée dès 1989 à la SARI, filiale spécialisée dans limmobilier de la CGE (Bourdin, Petitet, 2002). Celle-ci, soutenue par la vision stratégique du CIL, privilégie la rentabilité des investissements engagés au détriment de la valeur patrimoniale du site, pour rejeter le projet architectural initial prévoyant la réhabilitation de lancien palais de la Foire. Elle se satisfait du nouveau parti architectural plus moderne et dense défini par R. Piano, mais pâtit de la crise immobilière du début des années 1990 pour commercialiser les programmes, qui accueillent au final plus dinvestisseurs locaux quinternationaux.
La SPAICIL, créée par la CGE pour conduire la seconde tranche de lopération de 1993 à 1999, finit même par se désengager de linvestissement et de laménagement en raison des difficultés économiques de lopération, pour ne plus intervenir quen qualité de constructeur opérateur. Cest donc la SEM de la Cité Internationale, créée par la COURLY en 1987 et premier aménageur historique de lopération, qui se charge de son achèvement et de sa commercialisation depuis 2001, après avoir été confinée dans des missions de pilotage global, de coordination des actions, de suivi de la maîtrise douvrage, de garantie du respect du parti architectural et de lieu de concertation durant linterlude décennal de concession de lopération au secteur privé (Bourdin, Petitet, 2002).
Une participation accrue des acteurs économiques à la planification urbaine
Lélaboration du nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise à partir de 1985 constitue une autre occasion douvrir la sphère publique de laménagement, du moins létape de la préparation de la décision en matière de planification urbaine située en amont de laménagement à proprement parler, à la participation active des acteurs économiques. Le recours à la démarche de la planification stratégique, inspiré des méthodes de management des firmes et justifié par le contexte de crise et dexacerbation de la concurrence interurbaine, permet en effet aux pouvoirs publics à la fois de mobiliser les représentants des entreprises au sein du système daction local en faveur du développement économique, et de légitimer cette participation accrue des acteurs privés (Padioleau, Demesteere, 1992).
Ces derniers semblent beaucoup plus adhérer au principe de la planification spatiale, jugée moins contraignante et même nécessaire pour la réussite des objectifs de développement économique du territoire local, que durant les années 1970 (voir supra, 2ème Partie). Ils bénéficient pour cela de lécoute attentive de la Cellule Economie de lAGURCO, à travers les contacts déchanges et de travail noués avec les acteurs économiques lyonnais dans le cadre des nombreux exercices de concertation et de réflexion collective quelle anime (Barbier de Reulle, de Courson, 1988) (voir supra, Section 2).
LAGURCO, chargé de conduire lélaboration du SDAL, privilégie ainsi les représentants du monde des entreprises dans ses consultations dexperts et dacteurs, au détriment notable des représentants politiques des collectivités locales et surtout du reste de la société civile : habitants, usagers, syndicats, associations
(Prudhomme, Davezies, 1989). Les communes et la COURLY nont encore quune très faible légitimité sur les questions de développement local, notamment économique, malgré la Décentralisation, et leurs services économiques, quand ils existent, sont très techniques et assez éloignés des enjeux stratégiques de développement du territoire pour les entreprises. En revanche, les acteurs économiques locaux, quil sagissent des entreprises ou surtout de leurs organismes de représentation (voir supra), jouissent dune très grande crédibilité et dune certaine expérience en matière de vision stratégique et de logique de positionnement territorial à des fins de développement économique.
Le choix dadopter une démarche stratégique pour élaborer le SDAL peut être mis en parallèle avec le modèle interactionniste défini en référence à lanalyse des politiques publiques (Padioleau, Demesteere, 1992). Celui-ci renvoie à la reconnaissance du statut de protagonistes agissants aux acteurs qui sont directement concernés par lobjet de laction publique, cest-à-dire à la principale cible du développement économique territorial : les entreprises. Le nouvel exercice de planification, dicté par le constat de linadaptation du précédent document aux évolutions du contexte économique, est en effet largement placé sous la domination de lenjeu économique. Il appelle donc la participation active des représentants du monde économique. Ceux-ci peuvent confronter leurs intérêts économiques privés à lintérêt général des pouvoirs publics, notamment concernant la question des temporalités et des modalités du développement, voire imposer leurs intérêts et points de vue spécifiques en matière dorientation des politiques urbaines locales.
« Ces partenaires proches ou éloignés, outre les enjeux dont ils sont porteurs, projettent sur la ville des jugements, des attentes. (
) Si dans le modèle classique les bonnes réponses, les solutions, simposent par la force irrésistible de lévidence, le rapport social fondamental sur lequel repose le modèle interactionniste est celui de linfluence. Les consensus ne sont pas donnés mais à faire, en activant les solidarités dintérêts et de sentiments (valeurs, idéologies, etc.) entre partenaires de laction publique. Une telle problématique nécessite de créer des situations déchange et dapprentissage favorables à la mise au point de positions communes » (Padioleau, Demesteere, 1992, p.31). Cependant, le nombre et la représentativité des entrepreneurs consultés au cours du processus délaboration du schéma restent globalement très limités.
Quatre auditions dexperts et onze groupes de travail concernant les problèmes économiques au sens large, incluant aussi à loccasion les questions culturelles ou les enjeux relatifs à laménagement, sont organisés par lAGURCO entre 1986 à 1988, sous la forme de séminaires prospectifs ou de réunions de travail. Les représentants des organismes patronaux participent à la plupart de ces rencontres, ainsi que quelques chefs dentreprises. Seulement cinq patrons ou cadres dentreprises lyonnaises sont en effet conviés à prendre part aux débats et études autour de la préparation du projet territorial de lagglomération, lors dun séminaire de prospective se déroulant sous la direction du cabinet détudes TETRA (TETRA, 1987).
Ils sont tous issus de PME et de grands groupes particulièrement performants, appartenant à des secteurs dactivités en lien avec la haute technologie la mieux représentée dans lagglomération et fortement exportateurs (électronique médicale, biotechnologie, chimie pharmaceutique, vaccins, etc.). Ils ont été sélectionnés par le truchement des réseaux dinterconnaissance des techniciens ou des responsables de la COURLY et de lAGURCO, qui assistent le cabinet de consultants dans lorganisation des consultations dexperts. Certains appartiennent au CIL, chargé de mettre ses compétences économiques au service de la stratégie de développement local (voir supra). Ils sont censés représenter lensemble des acteurs économiques du territoire, mais rendent en fait plutôt compte du point de vue et des enjeux territoriaux propres à leur firme dappartenance, sans réelle recherche dune quelconque représentativité des témoignages de la part des auditeurs (Leblanc, 1993).
Lun dentre eux est le président de la Commission « Développement économique » de la CCIL, désigné pour présenter la contribution de lorganisme consulaire aux réflexions sur lélaboration du nouveau document. Sa présence traduit bien la volonté de fond des promoteurs du futur schéma directeur à létude de plutôt privilégier la participation indirecte des acteurs économiques locaux, cest-à-dire par lentremise de leurs structures de représentation, que de véritablement consulter de façon élargie et directe les chefs dentreprises lyonnais.
Les experts consultés sont donc essentiellement sollicités comme un groupe de proposition et de réaction, assurant la fonction de consultant collectif mis à contribution à la fois pour élaborer et pour valider les différentes étapes de la démarche prospective : rédaction de documents synthétiques ciblant les enjeux principaux de la planification, diagnostic territorial, document préliminaire, scénarii de développement, première ébauche du document final, etc. Ils expriment notamment leur préférence à propos des deux scénarii identifiés (TETRA, 1987) : le développement intensif ou extensif de la métropole (i.e. une ville géographiquement concentrée versus une conquête de lEst), le second remportant largement leurs suffrages.
Leur rôle et leurs méthodes de travail savèrent ainsi plus politiques que réellement prospectifs, restreignant de fait la marge de manuvre stratégique des élus qui fondent en grande partie leur décision finale sur les consultations dexperts et sur le résultat de la réflexion prospective (Lavigne, Dost, 1988). Les deux scénarii qui servent de base de choix aux responsables politiques sont en effet des produits exclusivement issus de la réflexion des acteurs économiques. La démarche de prospective économique choisie est en outre délibérément fondée sur les logiques et les ressorts des acteurs privés, issus du monde de lentreprise : concurrence, compétition, positionnement. Elle se base sur leurs logiques de comportement dans lespace, qui sont essentiellement définies en référence au fonctionnement du marché et à leurs besoins économiques au sens large : choix de localisation, mode darbitrage entre les différents avantages comparatifs des territoires, etc. (TETRA, 1987).
Quelques chefs dentreprises sont également conviés a posteriori, pour exprimer leur point de vue sur le document de planification final, lors dune discussion organisée fin 1988, à lissue du processus délaboration (Prudhomme, Davezies, 1989). Toutefois, ces efforts de consultation des acteurs économiques à titre individuel demeurent relativement anecdotiques et relèvent surtout dune double volonté pédagogique et promotionnelle de la part des porteurs de la démarche de révision du schéma directeur lyonnais. Ceux-ci cherchent en effet à diffuser une certaine culture prospectiviste et territoriale au sein des acteurs économiques locaux, afin de les entraîner de façon plus ou moins implicite à participer à la politique de communication médiatique qui accompagne les travaux délaboration et de diffusion des principes stratégiques du SDAL. Laudition de représentants dentreprises lyonnaises de haut rang permet ainsi à la fois dafficher un certain élitisme économique, en phase avec lorientation attendue du contenu du nouveau schéma, mais aussi de mettre en avant la participation du monde économique à lélaboration de celui-ci (Lavigne, Dost, 1988).
Lorientation résolument stratégique et managériale conférée au projet de planification qui découle des travaux délaboration, dénote donc une très forte influence conceptuelle et méthodologique de la part des acteurs économiques impliqués, organismes de représentations des intérêts économiques locaux, chefs dentreprises, mais aussi consultants. Ces derniers jouent également un rôle non négligeable dans la diffusion de la nouvelle culture managériale et stratégique auprès de la sphère technique et décisionnelle publique. Plusieurs cabinets de consultants privés sont conviés par les responsables de la démarche délaboration du SDAL, pour fournir leur expertise et définir implicitement un nouveau cadre conceptuel aux réflexions en matière de planification. Linjonction au développement et la mise en avant de limpératif économique dans un contexte dexacerbation de la concurrence internationale sont en effet directement issues des travaux de prospective réalisés par ces cabinets privés (voir supra, Section 2).
Après les concessions dopérations durbanisme opérées par la COURLY au début des années 1980, lAGURCO ouvre ainsi le chemin à une nouvelle prise en considération, des conceptions, des intérêts et des attentes économiques des entreprises par les pouvoirs publics dans lorganisation de la gestion territoriale. A travers lanimation du colloque « Demain lagglomération lyonnaise » en 1984, puis lélaboration du SDAL, elle incarne la nouvelle démarche stratégique de la planification urbaine et de définition de laction publique locale, plus pragmatique et mieux à lécoute des acteurs économiques présents sur le territoire, résolument placée au service de lenjeu central du développement économique métropolitain et concurrentiel (voir infra, Section 2).
Les entreprises et les représentants de la sphère économique privée de façon générale apparaissent ainsi progressivement comme les principaux acteurs susceptibles daccompagner les pouvoirs publics locaux dans leurs efforts de redéfinition et de conduite de nouvelles politiques urbaines, qui soient plus en phase avec les enjeux du développement économique territorial et de la gestion de la concurrence.
Les entreprises, cibles, partenaires et vecteurs directs du développement économique territorialisé
Dès lors que le Grand Lyon se voit reconnaître officiellement la compétence de développement économique en 1992, une des préoccupations récurrentes des équipes politiques à la tête de lexécutif comme des services techniques en charge de laction économique est de renforcer les relations avec les entreprises de lagglomération. Les enjeux sont multiples : aider à la définition du contenu de laction économique, ce champ de compétence étant nouveau pour lorganisme communautaire, améliorer lefficacité de lintervention publique en faveur du développement économique en ladaptant au mieux aux besoins des entreprises, augmenter la crédibilité des équipes techniques aux yeux des acteurs économiques (chefs dentreprises, organismes consulaires, syndicats patronaux), qui nont pas toujours une image très positive de lintervention des pouvoirs publics dans le domaine de léconomie, renforcer le soutien du monde économique aux autorités politiques communautaires, répondre aux attentes des entreprises, etc.
Lune des premières actions de la DAEI à sa création en 1993 est ainsi de nouer des relations étroites de confiance et dattention avec les acteurs économiques lyonnais, avec pour objectif central : « être à lécoute du monde économique ». 160 entretiens sont organisés avec les organisations professionnelles, la CCIL et des chefs dentreprises, de telle sorte que les entreprises de toutes activités, de toutes tailles et de tous secteurs géographiques dimplantation dans lagglomération soient rencontrées. Deux centres dintérêts principaux guident les entretiens : les possibilités damélioration des performances des entreprises grâce à de nouvelles actions déployées dans le cadre des compétences du Grand Lyon et les projets de développement des entreprises auxquels le Grand Lyon peut apporter son concours.
Il ressort notamment de ces entretiens que les firmes souffrent du manque déquipements et dinfrastructures de lagglomération (attributs dignes dune métropole européenne, comme des transports en commun de qualité, une meilleure desserte aérienne, une offre hôtelière de standing, etc.), de la fiscalité trop élevée et non différenciée entre le centre et la périphérie, du manque de stationnement et des problèmes de signalisation qui rendent laccès à leurs établissements malaisé pour les collaborateurs, fournisseurs et clients. Les entreprises se plaignent aussi dêtre trop peu informées sur les projets daménagement et durbanisme dans lagglomération et dune absence plus générale de concertation de la part des pouvoirs publics.
Ces doléances relèvent toutefois essentiellement dun discours non directement économique, relatif à lenvironnement territorial des activités économiques et aux éléments situés à la marge du fonctionnement des entreprises. Il renvoie à la perception, ou plutôt à la représentation quont les entreprises du rôle de la puissance publique en matière daccompagnement du développement économique, cest-à-dire implicitement à leur incapacité plus ou moins légitime de reconnaître une véritable influence sur le fonctionnement direct de léconomie aux politiques publiques dédiées à la régulation économique territoriale, malgré les efforts déployés en ce sens par les autorités locales.
Les entreprises de lagglomération nexpriment à aucun moment en effet une quelconque attente en matière de stratégie de filière ou dorientation sectorielle des activités économiques vis-à-vis de la DAEI, mais uniquement des besoins très banals, liés à ce que leurs dirigeants considèrent comme relevant de la compétence traditionnelle de la puissance publique communautaire : des infrastructures de transports et une meilleure desserte tant internationale que de proximité, des opportunités de localisation foncière et immobilière, des équipements collectifs, et une bonne information sur le projets daction publique les concernant. Ce constat ne semble pourtant pas vraiment être réalisé par les services économiques communautaires, qui sattachent plutôt à développer leurs actions qualitatives en matière de stratégie et de filières durant la seconde moitié des années 1990 (voir supra, Section 2), ainsi quà adopter un point de vue toujours plus proche de celui des entreprises (voir infra).
La DAEI assure donc une mission de sensibilisation des services communautaires et du pouvoir politique aux besoins et contraintes des entreprises, en répercutant les résultats des entretiens en interne. La vaste politique de construction de parcs de stationnement menée depuis le début des années 1990 dans le centre de lagglomération peut ainsi être interprétée comme une réponse aux attentes de firmes locales, même si dautres enjeux commerciaux et résidentiels rentrent en ligne de compte. Un constat analogue peut être fait concernant le Plan des Déplacements Urbains, le conventionnement de laéroport international par le Grand Lyon ou la politique hôtelière et touristique conduite depuis 1995. La DAEI sattache aussi à structurer des programmes daction qui soient adaptés aux besoins et demandes très concrets et matériels des entreprises : requalification des vieilles zones dactivités de lagglomération (voir supra, Section 2), qui passe notamment par une nouvelle conception des signalisations intérieures, publication de plaquettes dinformation et de communication pour permettre aux entreprises de connaître les actions du Grand Lyon, etc.
Le plan de mandat de R. Barre, qui place la politique économique comme prioritaire par rapport aux autres champs de laction publique locale (voir supra, section 1), pointe en effet limportance pour les services communautaires dêtre à lécoute des acteurs économiques : « servir au mieux les intérêts des entreprises installées ou appelées à sinstaller dans le Grand Lyon » (p.5). Il insiste sur la nécessité de développer le dialogue, de tisser des liens étroits et daméliorer la concertation avec les entreprises et le monde économique en général, par le biais des organismes de représentations ou en direct. Des rencontres annuelles avec les chefs dentreprises sont donc organisées dans les locaux du GIL à partir de 1996, au cours desquelles les élus présentent le budget prévisionnel, les orientations de politique publique et les investissements prévus par la collectivité et recueillent lavis des entrepreneurs.
En 1997, le groupe Lyon Entreprendre (LYEN) est créé en lien avec lEcole de Management (EM Lyon). Il rassemble une dizaine dentreprises lyonnaises dynamiques, chargées de donner leur avis sur les projets daction de la DAEI pour lui permettre dintégrer leurs attentes (Jouve, 2001a). La DAEI favorise enfin la participation des représentants du monde économique aux réflexions de prospective territoriale Millénaire 3 à partir de 1996 et au nouveau Plan Technopole lancé en 1998, que ce soit selon une logique de filières dactivités (entreprises innovantes des secteurs du numérique et des biotechnologies notamment) ou selon une approche plus globale des enjeux du développement économique local.
Certains patrons de la Nouvelle Economie se servent de cet engouement politique du Grand Lyon en faveur de lapproche qualitative et stratégique, et notamment de la promotion de la filière numérique, pour développer leurs affaires et apparaître comme des vecteurs à part entière du développement économique local, voire même des acteurs centraux dans la définition du contenu des grandes opérations durbanisme à vocation économique. B. Bonnell, PDG de la société Infogrames originaire de Villeurbanne, traite ainsi directement avec les responsables du Grand Lyon pour négocier la nouvelle implantation de son siège social à Lyon en 1999. Il entraîne plusieurs de ces amis dirigeants dentreprises du numérique et des loisirs marchands dans ce nouveau sillage de collaboration, qui marque le renforcement des liens directs entre sphère politique et sphère économique dans la conduite des politiques urbaines au niveau local (voir supra).
En échange du renoncement à partir simplanter à Londres au profit dun vieux quartier industriel de Lyon frappé par les difficultés de régénération urbaine de ses friches, il obtient en effet la cession dun terrain et des options dachat sur dautres tènements à un prix très avantageux au cur de lopération durbanisme de Vaise-Industrie (9ème arrondissement), pour installer ses nouveaux locaux et pour des investissements futurs. Cette transaction particulièrement bénéfique pour les intérêts financiers de lentreprise est également justifiée par son rôle emblématique de locomotive économique dans le lancement du projet de renouvellement urbain. Lentreprise impose ainsi ses vues sur lorientation urbanistique et économique de lopération, en privilégiant limplantation de sociétés appartenant au même secteur des loisirs marchands et du numérique, et en exigeant certains aménagements de lespace public en accompagnement de son développement sur le site (Jouve, Linossier, Zepf, 2003).
Infogrames acquiert la parcelle dimplantation de son siège social au prix du m² de terrain et non au prix du m² de SHON. La même condition de prix, valable deux ans, est négociée pour laccessibilité des trois parcelles adjacentes réservées par la firme. Les trois années suivantes, le prix dachat de ces terrains est doublé mais reste encore largement compétitif au regard de la flambée des prix dans lagglomération depuis la fin des années 1990. La pénurie foncière est particulièrement visible à Vaise-Industrie : en dehors des terrains réservés par Infogrames, il ny a pas de parcelle disponible pour accueillir de nouvelles entreprises sur le périmètre de lopération, du moins à court et moyen terme.
Cette situation dextrême tension du marché des localisations économiques contraint la société à renoncer à lune de ses options au profit de la firme Cegid, qui envisage elle aussi de délocaliser son siège social de la banlieue Ouest (Tassin) à Vaise-Industrie. La négociation de laccord est orchestrée par G. Collomb, alors maire du 9ème arrondissement, et par la SERL chargée de la maîtrise douvrage des ZAC : Infogrames cède le terrain en échange dun contrat de sponsoring avec lOL et de lobtention dune nouvelle option dachat équivalente dans la deuxième tranche de lopération. Un autre des terrains réservés est acheté par Infogrames dix jours seulement avant le doublement de son prix, avant dêtre revendu au groupe Pathé pour limplantation dun nouveau multiplex. B. Bonnell voit sans doute dans ses transactions loccasion doffrir un environnement économique de qualité au nouveau siège social de sa société, constitué dentreprises appartenant à la même filière dactivités du numérique et des loisirs marchands.
Depuis larrivée de léquipe de G. Collomb à la tête de lexécutif communautaire, lidée de développer des liens renforcés et privilégiés avec les plus grosses entreprises présentes sur le territoire de lagglomération est par ailleurs directement intégrée dans laction de développement économique de la DAEI. Deux techniciens de la DAEI se chargent de linstauration dun dialogue direct avec les plus gros employeurs de lagglomération lyonnaise au sein du pôle de développement local. Une dizaine dentreprises sont ainsi concernées par la démarche « Grands comptes » du Grand Lyon depuis 2002, qui vise à mieux répondre à leurs attentes, à solidifier leur ancrage lyonnais et à fidéliser leur attachement territorial.
Elle est directement inspirée des dispositifs de fidélisation de la clientèle déployés par ces mêmes sociétés privées. Lobjectif central est de créer un nouvel avantage comparatif territorial aux yeux des entreprises en matière découte personnalisée, mais également de mieux sécuriser les emplois et le potentiel de R&D quelles recèlent, tout en les amenant à simpliquer plus directement dans les politiques daménagement et de développement de lagglomération. Il sagit pour la puissance publique communautaire de renforcer sa capacité daccompagnement des intérêts ou des stratégies de développement des grandes firmes présentes sur le territoire.
Certaines sont notamment porteuses de stratégies foncières importantes à suivre pour la collectivité locale : souvent propriétaires de grands tènements fonciers et/ou densembles immobiliers, les grandes entreprises sont amenées par le tendance économique actuelle à se recentrer sur leur cur de métier et à se désengager de la gestion de ce patrimoine, voir à sen séparer définitivement. Dans un contexte de pénurie de loffre de sites daccueil économique dans lagglomération, les pouvoirs publics locaux qui encadrent aussi les processus daménagement spatial se doivent dagir en tant que partenaires privilégiés de ces stratégies.
Cette démarche daccompagnement des grandes firmes doit également permettre daméliorer la lisibilité de laction du Grand Lyon pour les entreprises. Celles-ci sont demandeuses dinformations concernant les choix daction publique dans la mesure où ils peuvent influencer parfois assez notablement lévolution de leurs propres activités, mais la pluralité des acteurs institutionnels impliqués et la diversité des interventions mises en uvre rendent la politique économique communautaire relativement opaque à leurs yeux.
Les relations nouées entre les services économiques du Grand Lyon et les entreprises locales sont donc de plus en plus étroites et directes. Il en va de même pour les services durbanisme opérationnel de la DGDU, pour les services fonciers communautaires et pour la SERL dans le cadre de la conduite des opérations durbanisme à vocation économique. Les entreprises deviennent non seulement des cibles, mais des partenaires de laction publique en faveur du développement économique local, voir des vecteurs dimpulsion et dorientation des choix sectoriels ou qualitatifs définis par les pouvoirs publics. Leurs intérêts économiques privés et leur point de vue tendent ainsi à simposer dans le processus de construction et de pilotage de la politique économique territoriale.
Du SDE au GLEE : lavènement de lintérêt des entreprises au cur de la politique économique
Le SDE, piloté par lAgence durbanisme de 1997 à 2002, puis la démarche de gouvernance économique Grand Lyon lEsprit dEntreprise lancée sous la mandature de G. Collomb, concrétisent la volonté politique affichée par les responsables du Grand Lyon de renforcer les relations directes avec les chefs dentreprises présents sur le territoire de lagglomération, voire de se saisir directement de la poursuite de lintérêt des entreprises à travers laction publique en faveur du développement économique.
La phase de diagnostic du SDE bénéficie plus aux chefs dentreprises, cadres dirigeants et aux structures syndicales de représentation des entreprises (GIL, CGPME) quaux organismes consulaires et à lADERLY. Les premiers sont effet considérés comme naturellement légitimes à participer aux travaux en raison de leur pragmatisme et de leur intime connaissance des problèmes économiques, tandis que les seconds sont considérés par les porteurs de la démarche comme étant trop proches de la culture peu économique de la puissance publique. La faveur donnée au point de vue des entrepreneurs est encore accentuée après le changement de mandature de 2001. Le programme économique du mandat de G. Collomb est en effet totalement calqué sur les résultats de la démarche de diagnostic du SDE achevée en 2000, cest-à-dire sur un programme dactions qui est en grande partie conçu et défini par les chefs dentreprises et leurs représentants patronaux lyonnais.
Les autorités politiques du Grand Lyon ne sont toutefois pas directement à lorigine du lancement de la démarche et ne la récupèrent quaprès coup à leur compte, une fois la dynamique installée (après 1999). Le diagnostic du SDE est en effet initié par le président de lAgence durbanisme pour préparer un nouveau programme daction économique pour lagglomération, avec une attention très particulière portée à la grande implication des acteurs économiques privés et non institutionnels, chefs dentreprises notamment, dans le processus délaboration et de suivi de la démarche. La méthode choisie pour lélaboration du SDE est ainsi fondamentalement participative : il doit avant tout exister pour et par les entreprises (Agence durbanisme, 2002).
Si la première phase de mise en place du Comité de pilotage du SDE réunit les principaux organismes institutionnels représentatifs des pouvoirs publics et des acteurs économiques (Grand Lyon, GIL-Medef, CGPME, Chambres consulaires), les réflexions en groupe de travail et la préparation du diagnostic économique de lagglomération à partir de 1998 mobilisent en effet essentiellement des représentants directs dentreprises locales, et moins les structures institutionnelles. Les syndicats de branche participent cependant étroitement à lidentification des filières, aux travaux de prospective économique, aux bilan des actions publiques et aux travaux de benchmarking. Les structures représentatives du monde économique (organismes consulaires, syndicats patronaux) jouent donc essentiellement un rôle de facilitateur dans la démarche de coopération entre chefs dentreprises et pouvoirs publics. « [Le SDE] saffirme ainsi comme une pratique innovante de gouvernance territoriale, cest-à-dire plus souple et plus sensible aux attentes des chefs dentreprises. (
) [Il] ouvre le champ de laction économique publique aux entreprises » (Agence durbanisme, 2002).
Lappui à la conduite et à la réalisation des travaux du SDE est en outre confié dès le départ à lexpertise technique du cabinet de consultants privé Algoé, afin de renforcer la crédibilité et la légitimité de la démarche aux yeux des acteurs économiques, et des entreprises en particulier. Les enquêtes épistolaires et les interviews auprès des responsables dentreprises permettent non seulement de glaner des informations sur leurs besoins, sur le fonctionnement et les enjeux de léconomie lyonnaise, mais surtout de mobiliser les acteurs économiques privés et individuels autour de cette nouvelle démarche dagglomération qui entend associer les entreprises dans la définition de la politique économique locale. Les représentants dentreprises (dirigeants, cadres) apportent leur point de vue critique sur le bien fondé et la pertinence de la démarche par rapport aux intérêts et préoccupations des entreprises. Ils sont également convoqués pour fournir et valider une méthode adaptée à la problématique économique.
Les responsables de la démarche SDE au sein de lAgence affichent ainsi une très forte volonté de privilégier la participation des entreprises et du tissu économique local de base de lagglomération, au détriment des « hommes dappareil », des techniciens et des responsables des organismes institutionnels économiques ou publics. La démarche est également tenue le plus possible éloignée de la sphère dinfluence des responsables politiques communautaires, afin de mettre en évidence sa dimension résolument économique et tournée vers lintérêt des acteurs économiques privés appartenant au monde des entreprises.
Cette préférence peut sexpliquer par le profil professionnel libéral antérieur des responsables du SDE, et par lopinion assez négative quils en ont gardé concernant la pertinence et lefficacité de la puissance publique en matière de régulation économique. Cette volonté participe aussi sans doute de la stratégie politicienne du président de lAgence durbanisme : il sagit en effet pour lui de préparer sa plate-forme économique pour le scrutin municipal de 2001, en cherchant le soutien politique et lappui médiatique des milieux économiques lyonnais, dont il est lui-même issu (Guéranger, Jouve, 2004).
Les entreprises qui participent, notamment celles impliquées dès le départ, ne sont toutefois pas forcément représentatives du tissu économique local. Elles ont en effet été choisies plutôt en raison de liens dinterconnaissance existants entre les responsables techniques ou politiques impliqués dans la démarche et leurs dirigeants. Ce nest quavec lavancement de la démarche que des entreprises dhorizons plus divers sont intégrées dans les équipes de travail (environ 250 au total). En outre, les filières dactivités identifiées par le SDE ne sont pas non plus choisies au hasard ou de manière forcément représentative des effectifs salariés ou du nombre détablissements sur le territoire. Elles correspondent en grande partie aux secteurs identifiés comme prioritaires par les politiques économiques antérieures du Grand Lyon, comme les biotechnologies et le numérique notamment.
On retrouve dailleurs les mêmes limites de représentativité des entreprises locales dans le panel dacteurs économiques invités à participer au Plan Technopole depuis 1998. Ceux-ci sont plus choisis en fonction de leurs bonnes relations avec les porteurs de projets ou de leur disponibilité par rapport au souci de mobilisation collective que sur des critères objectifs de représentation des filières dactivités innovantes locales (Healy, 2002).
Le contenu du programme daction qui découle de la phase de diagnostic du SDE correspond à une politique économique territoriale globale, très peu spatialisée mais fortement qualitative et majoritairement orientée vers la satisfaction des attentes des entreprises vis-à-vis du territoire local (Agence durbanisme, 2002). Il recense dabord cinq enjeux prioritaires, présentés comme des impératifs en matière daménagement spatial, préalables pour le développement économique de lagglomération lyonnaise : laugmentation de loffre foncière et immobilière pour les entreprises, le développement de laéroport international Lyon Saint-Exupéry, lamélioration du réseau de transports en commun, le développement dun maillage en réseaux numériques et le développement des équipement daccueil (hôtellerie de standing, centre de congrès et salons, etc.).
Le SDE identifie ensuite les trois grandes priorités du développement économique local, déclinées chacune en plusieurs actions thématiques :
Entreprendre et développer : soutien à la création dentreprises de technologies médianes, soutien à la création dentreprises tertiaires liées aux nouvelles technologies, organisation et structuration de lingénierie de la formation à lentreprenariat ;
Régénérer et innover : renforcement de la sous-traitance dexcellence industrielle, stimulation de linnovation technologique, organisationnelle ou managériale, promotion des technologies de linformation et de la communication (TIC) comme vecteur de compétitivité ;
Choisir pour se spécialiser : affirmation du positionnement de lagglomération lyonnaise dans deux domaines de pointe, les sciences de la vie (biotechnologies) et les TIC (numérique). Un troisième secteur plus traditionnel et transversal est aussi mis en avant, comme outil de développement à valoriser : la logistique.
Ces priorités saccompagnent de deux propositions complémentaires concernant le soutien à lémergence de clusters (voir supra, 1ère Partie, Section 1), notamment dans les activités de services, et linternationalisation de loffre de formation et de recherche de la métropole. Enfin, le SDE met en évidence trois leviers nécessaires pour assurer la mise en application des grandes priorités économiques. Il sagit du développement des ressources du marketing territorial (animation économique, mise en valeur des atouts qualitatifs et culturels de lagglomération comme son inscription au patrimoine mondial de lUNESCO), de laménagement du territoire (infrastructures, grands équipements collectifs à vocation économique, espaces publics et cadre urbain de qualité) et de la prise en compte des préoccupations sociales et environnementales.
Ce programme dactions pour la définition dune nouvelle politique économique territoriale lyonnaise, issu dun travail centré sur lintérêt et les attentes des entreprises, met donc en avant la problématique de lattractivité globale du territoire vis-à-vis des acteurs économiques au sens large : investisseurs, entreprises, cadres et dirigeants, main duvre qualifiée. Le vice-président du Grand Lyon chargé des relations avec les entreprises sous la mandature de R. Barre pointe ainsi lenjeu central du SDE : « une mise en cohérence de la fiscalité, des infrastructures, des relations entre les collectivités et les entreprises, de la création dentreprises, de lenvironnement
afin de mieux vendre notre territoire auprès des entreprises (
) [et de] renforcer ce quil convient dappeler le marketing territorial, cest-à-dire le dispositif daction destiné à prouver aux entreprises quelles ont intérêt à venir simplanter chez nous et y rester » (Agence durbanisme, 2002).
La démarche partenariale avec les acteurs économiques locaux et les orientations de politique économique du SDE sont véritablement intégrées au sein de la politique économique communautaire après le changement de mandature de 2001, qui correspond aussi à lachèvement de la phase de diagnostic et délaboration du projet économique pour le territoire. Le Grand Lyon sempare alors politiquement du dispositif et en confie le pilotage technique aux services économiques de la DAEI. Seul le volet de veille économique territorialisée reste géré par lAgence durbanisme, à travers lOPALE. Le SDE constitue une phase de diagnostic relativement technique, qui peut légitimement être portée en externe par rapport à linstitution communautaire. En revanche, la phase de mise en uvre du programme daction est éminemment plus politique, ce qui justifie sa récupération par le Grand Lyon. Elle ne peut en effet plus être confiée à lAgence durbanisme, qui est avant tout un organisme détudes et de préparation de la décision (logiques dobservatoire, préparation des documents de planification, etc.).
La gouvernance économique territoriale de lagglomération lyonnaise initiée par la démarche du SDE est rebaptisée Grand Lyon lEsprit dEntreprise (GLEE) en juin 2003 (voir supra), lors des premiers Etats Généraux de léconomie lyonnaise. Cette grande manifestation médiatique, largement relayée par la presse régionale, consacre lintégration de lintérêt des entreprises par les autorités politiques et publiques communautaires. Près de 70 % des participants sont issus du monde des entreprises et près du quart représentent les organismes à vocation économique partenaires de la régulation économique territoriale. En revanche, les citoyens et le reste de la société civile ne sont pas représentés (voir infra).
Quatre tables rondes thématiques reflètent les grandes orientations de laction définies par le SDE et déjà mises en uvre de façon partenariale : le développement de lentreprenariat, ladaptation et linnovation par les TIC et les alliances dentreprises, lanimation et la promotion des pôles dexcellence (mode/création, Cancéropôle, TIC, biotechnologies), et la maîtrise de lenjeu environnemental. Les trois grands enjeux du développement économique local sont également présentés attractivité et rayonnement international, accueil des activités économiques, développement des grandes infrastructures. Enfin, un grand débat est organisé pour répondre aux attentes des chefs dentreprises en matière de foncier et dimmobilier, durbanisme et dorganisation des déplacements, de requalification des zones dactivités, de commerce, de TIC, de biotechnologies, de création dentreprises, de relations avec lenseignement supérieur ou de modalités de définition des orientations de la politique économique.
La seconde édition des Etats Généraux de léconomie lyonnaise se tient fin 2005 en présence de 1800 participants. Louverture à la participation plus large de la société civile se limite cependant à linvitation du président du PUL, au titre de la forte implication de cette association dans la mise en uvre de la politique technopolitaine et des nouveaux pôles de compétitivité labellisés par lEtat et intégrés dans la politique économique partenariale de GLEE. La participation des entreprises et des acteurs économiques à la définition des orientations de la politique économique de lagglomération est encore plus directe et calquée sur le processus démocratique : des votes consultatifs sont en effet organisés lors de la manifestation pour valider les différents aspects de laction collective. Cependant, ce pseudo jeu démocratique se limite à lexpression des entrepreneurs et à la prise en compte de leur seul point de vue concernant la primauté dune économie de la valeur ajoutée et de la compétitivité territoriale à léchelle européenne voire mondiale (voir infra).
Un site Internet est mis en place parallèlement par les cinq partenaires de la gouvernance pour offrir aux acteurs économiques un portail daccès unique au développement économique de lagglomération lyonnaise. Un journal dinformation semestriel est également diffusé à partir de mi 2003 afin de rendre compte de lavancement des différentes initiatives en faveur du développement économique local gérées dans le cadre de GLEE. Enfin, une identité graphique commune (lempreinte dun lion laissée par des hommes et femmes daffaires), une devise accrocheuse (« ce qui nous rapproche nous distingue ») et de nombreux supports de communication (affiches, plaquette, dossier de presse) accompagnent les efforts de diffusion de la démarche auprès des acteurs économiques (GLEE, 2004).
La communication est ainsi un élément central de la démarche de gouvernance économique territoriale alliant les entreprises aux pouvoirs publics communautaires. Une montée en puissance progressive de lintégration des deux sphères est même prévue, visant à faire passer les acteurs économiques privés dun rôle de spectateurs de la politique économique, à un rôle dambassadeurs, en passant par celui dacteurs à part entière. La mission des partenaires du GLEE est en effet dabord de diffuser linformation et faire comprendre le bien-fondé de la démarche aux entreprises, afin dobtenir leur adhésion et leur participation, puis enfin de susciter de la fierté et une volonté de contribuer au rayonnement de léconomie lyonnaise de leur part au final (GLEE, 2004).
Malgré lorganisation collective de la mise en uvre de la politique économique de lagglomération, grâce à la répartition des différentes tâches entre les cinq partenaires en fonction de leurs spécialités, la mainmise technique et la domination politique des services économiques communautaires de la DAEI sur le dispositif est évidente (voir supra). Lintitulé même de la démarche de gouvernance économique reflète cet accaparement du portage de lintérêt des entreprises par le Grand Lyon, qui est désormais placé au centre de la politique économique publique locale. Il reflète également de façon très explicite le nouveau choix de positionnement de lorganisme communautaire au service du développement économique concurrentiel et du point de vue des entreprises, aux attentes et stratégies desquelles il entend ménager une écoute attentive.
Celui-ci interroge cependant le positionnement politique et les limites éthiques de laction publique en faveur du développement économique, notamment vis-à-vis de la représentation démocratique et du respect de lintérêt général collectif, émanant essentiellement de la population locale et qui fondent théoriquement la légitimité des pouvoirs publics locaux à engager les deniers publics par le biais des politiques urbaines. Trop mettre en avant lintérêt des entreprises peut savérer contradictoire avec les grands objectifs déquilibre et déquité de laction publique locale, motivée par la poursuite de lintérêt général et la défense des intérêts de la collectivité.
3- Limites politiques de lintégration de lintérêt des entreprises par le Grand Lyon
La prise de contrôle du système de gouvernance économique par le Grand Lyon se traduit par lintégration du portage de lintérêt des entreprises par les services économiques de lorganisme communautaire, cest-à-dire par la puissance publique locale. Elle se manifeste également par une tentative de fédérer la multiplicité des acteurs impliqués dans la régulation économique territoriale sous la bannière unique des pouvoirs publics de lagglomération lyonnaise et par une certaine relégation des organismes patronaux au simple rang de sous-traitants ou dexécutants des actions portées au niveau politique par le Grand Lyon. La CCIL se trouve en particulier quelque peu affaiblie par cette nouvelle situation, voire même remise en question dans sa légitimité à intervenir en matière de développement économique local (voir supra).
Lintégration de lintérêt des entreprises par le Grand Lyon pose également plusieurs problèmes, en raison de son statut détablissement public de coopération intercommunale au service de la poursuite de lintérêt général et de ses prérogatives daction publique couvrant dautres champs et dautres finalités que le seul développement économique. Ce dernier occupe désormais une place centrale et directrice parmi les politiques urbaines (voir supra, Section 1), mais il savère être parfois en contradiction avec les autres domaines de laction publique locale comme lurbanisme, laménagement spatial, la préservation du patrimoine ou la protection de lenvironnement.
Plus largement, limpératif de développement économique, du moins dans sa dimension dominante dexacerbation des logiques de concurrence et dattractivité entre les territoires métropolitains, correspond essentiellement au point de vue des acteurs économiques privés que sont les entreprises, mais pas forcément aux intérêts de lensemble de la société locale (habitants, citoyens, usagers, etc.). Il est cependant indissociable de lidéologie néolibérale qui se généralise dans les sociétés contemporaines et relève dun parti pris politique en faveur des lois du marché. Il tend ainsi à simposer sur les politiques urbaines parce que les pouvoirs publics dagglomération font le choix de privilégier lintérêt des entreprises par rapport à celui de la population locale, qui intègre certes en partie celui des acteurs économiques, mais ne peut pas se résumer à celui-ci. Lintégration de lintérêt des entreprises par le Grand Lyon pose donc un problème démocratique nouveau, qui peut remettre en question la légitimité et la capacité de la puissance publique locale à garantir lintérêt général.
Contradictions entre les objectifs spatiaux de laction publique et le développement économique
Lintervention de la DAEI est de plus en plus conditionnée par des objectifs pragmatiques de réponse immédiate aux demandes spécifiques formulées par les entreprises quant à la qualité de leur environnement quotidien et quant à leur intérêt économique particulier en matière de développement de leurs activités, et de moins en moins déterminée par des enjeux plus généraux de qualité urbanistique globale et daménagement du territoire local. La volonté des services économiques du Grand Lyon de prendre en considération les attentes des entreprises en matière de développement économique, sans forcément bien comprendre quelles sont les demandes réelles de celles-ci, est un aspect particulièrement problématique de la définition du rôle de la puissance publique dans ce champ daction publique.
Il existe en effet un décalage parfois fort entre les attentes très banales et non directement économiques des chefs dentreprises vis-à-vis du territoire (qualité des aménagements et des équipements, fiscalité modérée, externalités de milieu relatives à loffre culturelle, hôtelière, de logements, etc.), et la volonté des techniciens de la DAEI comme de certains responsables politiques de privilégier une approche toujours plus stratégique et très prescriptive de lintervention économique, au travers dactions sur les filières et secteurs dactivités ou par le biais dune prise de contrôle politique sur le système dacteurs de la régulation économique territoriale (voir supra). Les organismes de représentation des entreprises partenaires de la démarche de pilotage de la politique économique locale Grand Lyon, lEsprit dEntreprise expriment dailleurs très clairement leurs attentes : « cette gouvernance doit servir à améliorer lenvironnement de nos entreprises (
) et non pas à intervenir au sein même de lentreprise ».
Confortés par la mise en place de la gouvernance économique du GLEE dans lagglomération, les techniciens de la DAEI ont ainsi tendance à privilégier lintérêt économique et la vision des entreprises en termes de démarche stratégique de développement, ce qui ne va pas forcément dans le sens de ce que souhaitent les acteurs économiques notamment leurs structures institutionnelles ou syndicales de représentation (organismes consulaires, syndicats patronaux) mais peut même parfois se traduire par une difficile mise en cohérence des différents volets urbanistiques et économiques de lintervention des pouvoirs publics locaux sur le territoire. Les logiques daction poursuivies par les différents services du Grand Lyon, urbains et économiques notamment, peuvent ainsi savérer contradictoires, du fait de la complexité pour une même institution publique de protéger les intérêts privés et de poursuivre en même temps un but daction collectif, motivé par lintérêt général (Rousset, 2005).
Ces difficultés inhérentes au rôle de la puissance publique locale au sein du système dacteurs de la régulation économique territoriale sont en outre renforcées par une conception de la temporalité des projets très différente, entre la logique de développement économique portée par les entreprises et les techniciens de la DAEI dun côté, et celle de laménagement urbain portée par les services communautaires de lurbanisme (DGDU) ou leurs opérateurs comme la SERL de lautre. Souvent en effet, le court terme des investissements économiques privés saccommode assez mal du moyen ou long terme des opérations durbanisme. Le rapport au temps sajoute donc au problème plus large de la relation entre intérêt général et intérêt économique spécifique des entreprises pour expliquer lapparition de contradictions importantes au sein de laction du Grand Lyon liées à un trop grand parti pris en faveur de limpératif économique.
Plusieurs exemples récents dopérations daménagement urbain dans lagglomération lyonnaise peuvent être mobilisés pour étayer ce constat concernant la propension de la DAEI à imposer la primauté de la prise en compte des intérêts privés dans les décisions relevant de lurbanisme et de laménagement.
Les opérations de renouvellement urbain des vieux quartiers industriels en friches comme celle de Vaise et de Carré de Soie sinscrivent dans une démarche stratégique de création dune nouvelle image économique et urbaine, qui doit profiter autant au quartier visé quà lensemble de lagglomération. (Linossier et alii, 2004b). Elles allient de façon étroite un important travail de marketing territorial et des actions visant à permettre limplantation de nouvelles entreprises dynamiques, porteuses de développement économique. En cela, elles sont comparables à des opérations comme les Docklands de Londres et Euroméditerranée à Marseille, qui misent fortement sur le recyclage identitaire et architectural du passé industriel des quartiers pour offrir une assise culturelle et commercialement séduisante au processus de recréation de valeur économique préalable à leur remise sur le marché. Lopération Vaise Industrie donne à voir cette rencontre entre le passé et lavenir économiques de la ville : la toponymie industrielle et portuaire héritée du quartier est utilisée comme un outil de marketing au service du nouveau développement axé sur laccueil dactivités high-tech liées aux loisirs marchands et à la création (Linossier et alli, 2004a).
Cependant, cette mise en avant de la valeur culturelle et patrimoniale du quartier repose également sur la présence déléments bâtis remarquables, représentatifs de lhéritage économique et historique : trois dentre eux font lobjet de prescriptions réglementaires concernant leur préservation dans les documents durbanisme successifs. Lyon senorgueillit en effet de voir son site historique être inscrit sur la liste du patrimoine mondial de lHumanité de lUNESCO depuis 1998 et des efforts notables sont réalisés dans lagglomération pour protéger les bâtiments ayant une valeur patrimoniale reconnue. Pourtant, lempressement conjoint des acteurs privés à rentabiliser leurs investissements (entreprises, promoteurs) et dune partie des pouvoirs publics locaux à voir lopération de développement économique aboutir à Vaise (DAEI et certains élus notamment), conduit à reléguer la mise en valeur du patrimoine architectural et urbain au second plan : la nomination dun architecte-conseil sur le quartier date de 2002 alors que les principales opérations de démolition/réaménagement ont été réalisées dès 1999, tandis que le délai nécessaire aux fouilles archéologiques est remis en question. Enfin, la volonté du principal investisseur privé simpose sur le choix des acteurs publics (SERL, DGDU) dans la définition du contenu urbanistique et fonctionnel du projet daménagement comme dans lorganisation du calendrier de réalisation, au titre de sa prise de risque en tant que locomotive économique de lopération (voir supra).
Dans le Couloir de la chimie, la volonté de redonner à moyen terme une qualité urbaine, paysagère et environnementale à cette entrée de ville, portée par les élus locaux, les services de la DGDU et la majeure partie de la population locale, se heurte aux intérêts économiques des grands groupes industriels chimiques et pétroliers, notamment défendus par la DAEI. Le nouveau dispositif de suivi des grands comptes de lagglomération (voir supra) sinscrit en effet en porte-à-faux par rapport à la volonté collective publique de changer les fonctions et de limiter les nuisances dans le secteur, et place le Grand Lyon dans une position relativement ambiguë. La reconquête des bords du Rhône en aval de Lyon, ardemment souhaitée par une grande partie de la société civile et envisagée par les services durbanisme communautaire, semble ainsi être difficilement conciliable avec lenjeu économique porté par les grandes firmes industrielles et légitimé par leur poids fiscal et en matière demplois.
LAgenda 21 de lagglomération prévoit dintégrer les problématiques industrielles (activités économiques, risques) et environnementales (pollution, paysage et milieu naturel) au sein dun même projet territorial faisant du Couloir de la chimie un laboratoire en matière de développement durable, mais il prévoit aussi de redynamiser économiquement le site, en diversifiant les activités et en faisant évoluer les productions. Ce dernier aspect est susceptible de contrecarrer les intérêts des grands comptes en présence (Total et Rhodia notamment), qui sont invités à participer aux réflexions et à la définition des politiques territoriales de développement. La DAEI ménage donc leurs intérêts et reste très prudente dans sa présentation des actions communautaires concernant la requalification de la Vallée de la chimie : les nombreux travaux sur les voiries de la zone industrielle sont engagés « sans préjuger des évolutions à long terme de tout ce secteur », tel un gage de non agression conféré implicitement aux entreprises du complexe chimique lyonnais.
A Villeurbanne Grandclément, cest la répartition des zonages entre fonction résidentielle et activités économiques définie par les services durbanisme du Grand Lyon qui se heurte aux intérêts financiers particuliers dune entreprise publique en cours de privatisation, soutenue par les services de la DAEI. AREVA considérée comme un grand compte en raison de sa filiation avec EDF est implantée sur le périmètre du projet de renouvellement urbain qui accompagne la réalisation de la nouvelle ligne de tramway Léa-Leslys. Elle souhaite vendre 2.5 ha de terrain dont elle propriétaire sur le site à des promoteurs immobiliers de logements, afin de se décharger du portage dune partie de son patrimoine foncier tout en réalisant une intéressante opération financière. Ces terrains se trouvent cependant dans le secteur Est de lopération, prévu pour accueillir des activités et non sur la zone Ouest à vocation résidentielle. Lentreprise fait donc pression sur le Grand Lyon par le biais du service Grands Comptes pour obtenir un changement daffectation des sols, arguant de difficultés économiques et de risques de délocalisation pour justifier sa volonté.
La DAEI demande au groupe de travail chargé de la définition urbanistique du projet auquel elle participe aux côtés des représentants de la DGDU (service de lurbanisme opérationnel, urbaniste territorial notamment), de modifier les prescriptions dusage des sols pour satisfaire la demande de lentreprise. Cette position défendue par les services économiques du Grand Lyon, consistant à déroger aux décisions publiques validées en amont afin daccorder un avantage à un acteur économique au nom de ses intérêts particuliers et « privés », est très mal acceptée par les autres services communautaires et les élus municipaux.
Le conflit est donc latent entre les services du Grand Lyon sur de nombreux projets, en raison dune perception différente de la limite entre défense de lintérêt des entreprises et action publique dintérêt général. Il met en évidence limpossibilité de faire coïncider une logique trop partisane du développement économique avec la logique de laménagement urbain, qui se veut plus neutre et motivée par lintérêt général ou collectif. Pour les aménageurs et les urbanistes, ce dernier intègre notamment lintérêt des entreprises, mais ne peut se réduire à celui-ci, ne serait-ce que pour des raisons de temporalité. Changer dans lurgence laffectation de terrains pour satisfaire lintérêt immédiat dune entreprise conduit à orienter durablement loccupation des parcelles. Or, non seulement cette entreprise peut décider à tout moment de quitter lagglomération, rendant vain leffort de flexibilité consenti par la puissance publique au nom du dynamisme économique, mais il est aussi très difficile de modifier à nouveau lusage des sols une fois occupés (Rousset, 2005). Plus largement, les techniciens de laménagement et de lurbanisme acceptent mal la primauté donnée aux intérêts économiques sous linfluence de la DAEI, au détriment de lintérêt général, considéré comme plus neutre, global et légitimement porté par le Grand Lyon.
Le dernier exemple ne met pas en cause la stratégie daction en faveur de lintérêt des entreprises de la DAEI, mais illustre le risque fréquent dincompatibilité entre les objectifs urbanistiques et architecturaux dun projet urbain et les intérêts économiques et financiers dun investisseur privé. Le projet dimplantation dun hôtel Marriott à la Cité Internationale a en effet avorté en raison des contraintes urbanistiques et architecturales liées à lambition qualitative et à la configuration interne du projet urbain, allant à lencontre des perspectives de rentabilité de linvestissement escomptées par la chaîne hôtelière. Larchitecture dessinée par R. Piano impose des surcoûts de construction, le parti daménagement ne prévoît pas de parking dédié à lhôtel, lemplacement proposé dans le quartier nest pas optimal, les délais imposés par la puissance publique sont trop courts (extension du palais des congrès), les négociations concernant le niveau de taxation de lopération séternisent
, tandis que dautres opportunités dimplantation plus rentables se profilent pour la chaîne hôtelière. Limplantation de lhôtel Hilton quelques années auparavant a elle abouti, mais au prix defforts et de concessions importantes de la part des pouvoirs publics (Perreton, 2005).
Lanalyse de quelques cas récents de prise en compte des intérêts des entreprises dans des projets durbanisme permet donc de pointer la position relativement ambiguë de laction développée par la DAEI du Grand Lyon, qui savère être plus motivée par la volonté de favoriser les intérêts privés des entreprises que par le souci de respecter le principe de neutralité et de défense de lintérêt général. Plus largement, elle permet aussi de mettre en évidence la difficulté de faire coïncider les logiques collectives de laménagement urbain avec les logiques propres à la défense des intérêts économiques particuliers des entreprises. Elle constitue une première approche du problème des limites de laction publique en faveur du développement économique local déployée par la collectivité communautaire, qui se trouve être à la fois porteuse de lintérêt général local par le truchement de la délégation des compétences des municipalités, et acteur central de la promotion de lintérêt des entreprises depuis la mise en place de démarche de gouvernance économique territoriale GLEE (voir supra).
Le développement économique territorialisé au risque de la représentation démocratique
La question de la participation de lensemble des représentants de la société civile à la définition de la politique économique locale, et donc à lorganisation de la gouvernance économique territoriale, constitue un autre aspect de la confrontation entre intérêt général et intérêt des entreprises au sein de laction publique. Le problème nest pas nouveau en ce qui concerne le développement économique : déjà lors de la création de lADERLY dans les années 1970, les élus de lopposition reprochent au pouvoir politique en place de privilégier un dialogue fermé avec les représentants des entreprises plutôt que de tenir compte de lavis des salariés (et de la population dans son ensemble, tous les habitants de lagglomération nappartenant pas forcément à la majorité de centre-droit au pouvoir) dans la conduite de la régulation économique territoriale (voir supra, 2ème partie, Section 3).
Au cours des années 1980, la révision du SDAU de 1978 occasionne aussi un certain repli de la sphère décisionnelle autour de lexpression du seul intérêt des acteurs économiques locaux et des entreprises en général pour définir lorientation de la politique économique. Labsence des syndicats de salariés comme des représentants des habitants est ainsi notable lors du processus délaboration du SDAL (Prudhomme, Davezies, 1989), alors que celui-ci est résolument placé sous la domination de lenjeu économique, qui concerne a priori autant les travailleurs et la population locale que les entreprises lyonnaises. La question de la création demplois, de la lutte contre le chômage ou de ladaptation de la base productive locale et du territoire aux nouveaux impératifs du fonctionnement économique mondial nest ainsi pas vraiment discutée avec des représentants de la société civile autres que les chefs dentreprises ou leurs organismes de représentation, et se trouve de fait assujettie à la problématique dominante de la compétitivité économique territoriale (voir supra, Section 2).
Cette situation ne semble pourtant pas poser de problème particulier à la classe politique dirigeante au niveau local. Seuls les communistes émettent alors des critiques sur le projet dagglomération, qui est essentiellement défini à partir de limpératif économique et de la mise en concurrence des villes, accentué par louverture du marché unique européen en 1993 : « A la lecture de ce texte, on ressent dabord une formidable absence : celle de la population, des hommes et des femmes qui vivent dans cette grande agglomération. Des mots, des réalités sont pudiquement gommées : chômage, précarité, pauvreté, pouvoir dachat (
). Ces détails nentrent pas dans les préoccupations et les finalités de nos penseurs des beaux quartiers » (Offner, 1990, p.47). Linjonction au développement économique et au positionnement concurrentiel domine ainsi largement le débat concernant le SDAL, qui est résolument placé sous le signe de la stratégie (voir supra, Section 2).
Le recours massif au travail des cabinets de consultants, rompus à la logique managériale issue du monde de lentreprise et porteurs de la démarche stratégique, sinscrit aussi dans cette nouvelle logique de conduite de laction publique promue par léquipe politique au pouvoir au niveau local. La sous-traitance des tâches techniques du développement économique territorial à des entreprises privées porteuses dune vision pragmatique et le recours au partenariat participe de lapplication des méthodes libérales par la puissance publique. Selon cette conception, ladoption par la collectivité du point de vue des entreprises est le meilleur gage de lefficacité de son intervention dans le champ économique et de sa gestion urbaine. Elle justifie de fait la tenue à lécart des représentants des autres sphères de la société civile : « (
) la rhétorique du planning stratégique promeut lidée de partenariat public/privé. (
) Les domaines privilégiés de lapproche stratégique (développement urbain et économique) avantagent de facto des acteurs sociaux (organismes financiers, promoteurs, bâtiment, etc.) » (Padioleau, Demesteere, 1992, p.32).
Le volet économique du projet stratégique de développement de lagglomération, qui justifie en grande partie lensemble du contenu du schéma directeur, est ainsi luvre quasiment exclusive de la CCIL et de lADERLY, que lAGURCO et le SEPAL se contentent de reproduire dans le document final (voir supra, Section 2). Faisant uvre dévènement majeur permettant lacculturation collective et durable du système dacteurs lyonnais à la logique managériale et stratégique du monde économique, lélaboration du SDAL marque le début de ladoption du point de vue des entreprises par les autorités publiques locales. Dès lors, cest ce point de vue et les intérêts spécifiques quil véhicule qui priment dans lorientation des choix politiques pour le développement de lagglomération.
Quinze ans plus tard, la composition du Conseil de développement (CD) mis en place par le Grand Lyon pour accompagner la définition du projet dagglomération, du moins celle du groupe de travail (GT) chargé des questions économiques, est en effet révélatrice du manque de représentation des acteurs nappartenant pas au monde des entreprises dans lorganisation de la gouvernance économique de lagglomération lyonnaise. Elle conduit à interroger le parti pris très favorable à lintérêt des entreprises dont fait preuve le Gand Lyon, et sur les raisons de la tenue à lécart des représentants de la société civile porteurs du point de vue des habitants et des électeurs, qui laccompagne.
Le CD du Grand Lyon est mis en place en 2001, suite à ladoption du projet dagglomération « 21 priorités pour le 21ème siècle : une agglomération compétitive et rassemblée » et en application de la loi Voynet de 1999 (voir supra, Section 1). Il est censé faciliter lassociation de la société civile aux réflexions sur le développement du territoire, en permettant à ses représentants de formuler des avis sur le projet dagglomération et sur les différentes politiques publiques décidées par lexécutif communautaire. Il est chargé détablir un cahier des charges pour le plan de mandat de G. Collomb, puis de réaliser une évaluation de la politique communautaire à mi-mandat (2004-2005). Il constitue une première étape dans linstauration dune nouvelle forme de gouvernance locale destinée à élargir la participation à la définition de la stratégie de développement de la ville, au-delà de la sphère des élus et des services techniques de la collectivité publique. Il apparaît également comme un puissant instrument de légitimation de pouvoir décisionnel des autorités politiques locales et comme un moyen de diffuser une certaine culture pragmatique et partenariale de laction publique au sein de la société civile.
Il est présidé par lancien responsable politique de la démarche Millénaire 3 de 2001 à 2003, puis par un ancien dirigeant de firme multinationale en 2004 : deux personnalités appartenant certes à la société civile, mais ayant des liens très étroits avec les milieux politique et économique locaux. Le second réorganise en profondeur le CD : renforcement du pilotage politique du dispositif de concertation, reconfiguration des groupes de travail thématiques en fonction des attentes politiques de lexécutif communautaire, introduction de logiques managériales dans le pilotage densemble. Sa composition reflète également la forte mainmise des acteurs économiques sur ses activités. Les représentants des organismes consulaires, des syndicats patronaux (GIL-Medef, CGPME, JCE, CJD, Club Lyon) et des syndicats de salariés figurent parmi les cinquante membres de droit du CD. Ils jouissent ainsi dun statut plus favorable que les citoyens et représentants dassociations, simples membres actifs. Les représentants de la CCIL, de lADERLY et du Conseil Economique et Social régional appuient lidée dun positionnement compétitif, attractif et concurrentiel nécessaire de la métropole lyonnaise, qui soit en mesure de satisfaire les exigences des acteurs économiques vis-à-vis du territoire (promotion des fonctions décisionnelles et des pôles de compétence, accueil des investisseurs, etc.) (Grand Lyon, 2001).
Le GT développement économique se caractérise par un petit nombre de membres et une assez faible représentativité, tant de la population locale que de la diversité des entreprises. Sil est en effet composé au départ de chefs dentreprises, de cadres, de syndicalistes, de dirigeants dorganisations professionnelles, de membres des organisations consulaires, de représentants des associations dinsertion, des universités, des grandes écoles, etc., il ne reste plus que quelques anciens techniciens de la CCIL et quelques représentants dentreprises à partir de 2003, qui cherchent plus à imposer leur point de vue partisan sur les réflexions quà réellement jouer le jeu de la concertation démocratique. Son président en 2001 plaide aussi pour lintégration du SDE dans le plan de mandat de G. Collomb et pour que le projet de développement territorial soit mis au service de lintérêt des entreprises.
Le premier sujet détude du GT est en effet explicite : « favoriser lesprit dentreprendre ». Il consiste essentiellement à diffuser les principes de développement et la culture économique, prônés par le SDE (voir supra). Lévaluation du volet économique du nouveau plan de mandat reflète les préoccupations traditionnelles du patronat industriel lyonnais (voir supra, 2ème Partie, Sections 2 et 3) : nécessité de réaffirmer les relations ville/industrie et nouvelles activités technologiques innovantes/socle industriel local, de renforcer lambition entrepreneuriale et la diffusion de la culture économique, de relancer la réflexion sur la promotion internationale, etc..
Des avis favorables à une meilleure prise en compte de la problématique de linsertion par le travail et de la lutte contre le chômage au niveau communautaire sont cependant émis au sein du CD, y compris par le GT « Développement économique ». En 2002, celui-ci se penche donc sur la question du développement de léconomie sociale et solidaire, afin de prendre en considération la thématique de lemploi. Mais il reprend rapidement ses réflexions plus favorables au point de vue des entreprises et à la logique du développement économique local concurrentiel, en auto saisine et sans commande politique après 2003. Le GT sempare ainsi des thématiques phares de la politique économique (sciences du vivant, industries de léphémère), en lien avec la problématique de lattractivité internationale de lagglomération. Il cherche à devenir une force de proposition et de réflexion stratégique pour le Grand Lyon sur les questions économiques, en portant notamment les projets de Biocluster et de pôle énergie.
En 2004, le GT soccupe de lévaluation du Plan de mandat à mi parcours et sintéresse plus particulièrement à la relance du Plan Technopole (Lyon Métropole Innovante). Enfin, la mise en place dun Eurobiocluster et laudition de représentants détablissements denseignement supérieur concernés par les thématiques du développement durable, des biotechnologies et de léthique dans le management des entreprises occupent le GT en 2005, qui soriente vers un rôle dobservatoire des engagements politiques dans le domaine de léconomie.
Linfluence de la CCIL sur les travaux du GT est de plus en plus importante. Elle peut être interprétée comme une stratégie de maintien de lorganisme communautaire à proximité de la sphère décisionnelle de la régulation économique territoriale, alors que le Grand Lyon tend à devenir hégémonique au sein du système de gouvernance économique territorialisé (voir supra). Elle tente ainsi de réaffirmer son rôle en matière dexpertise économique et de représentation des intérêts des entreprises, en accompagnant les réflexions autour de la mise en place des pôles de compétitivité.
Hormis linitiative éphémère du GT sur le thème du développement de léconomie sociale et solidaire de 2002, la dimension sociale de la problématique économique nest donc pas vraiment présente dans les réflexions du CD. Les représentants des organismes patronaux sattachent même plutôt à limiter la prise en compte des objectifs sociaux et environnementaux dans la définition de la politique économique dagglomération, afin de privilégier les objectifs strictement économiques relevant dune approche en termes de compétitivité territoriale. Lagglomération est ainsi dabord conçue par les élites politiques et économiques comme le niveau territorial de base de lorganisation de la régulation économique du point de vue des entreprises, et pas tant du point de la population et des citoyens.
On retrouve le même parti pris en faveur du seul point de vue des acteurs économiques dominants dans la nouvelle démarche de prospective territoriale « Lyon 2020 » lancée en 2004. Celle-ci est largement callée sur le dispositif GLEE et consiste essentiellement à réfléchir collectivement sur les emblèmes et les marqueurs de lidentité économique et culturelle de lagglomération, en relation avec la définition dune vision métropolitaine mobilisable dans le cadre des politiques de développement locales visant à améliorer la compétitivité économique du territoire (planification, pôles de compétitivité, politique économique, etc.). La tradition humaniste et dinnovation sociale de Lyon est mise en avant dans ce cadre, ainsi que la nécessité de mettre en uvre une véritable politique dinsertion dans le cadre du volet économique des politiques urbaines (Grand Lyon, 2004b).
Cependant, force est de constater que la politique économique du Grand Lyon, telle que la reflètent les missions de la DAEI, ne couvre pas la dimension sociale et collective relative notamment aux questions de formation et dinsertion des populations en demande demploi, mais uniquement le volet de laction publique destiné à renforcer lattractivité concurrentielle territoriale, à répondre aux attentes des entreprises et à favoriser lesprit dentreprendre (voir supra, Section 2). Le niveau intercommunal est pourtant de plus en plus largement reconnu comme lune des échelles territoriales pertinentes pour soccuper de la régulation économique territoriale, tant par le niveau étatique que par les acteurs économiques. La démarche « Lyon 2020 » place plutôt la définition de la vision métropolitaine en lien avec lenjeu principal de la compétition économique internationale : « Faire exister notre métropole dans un contexte de concurrence qui se joue désormais à léchelle planétaire ». La volonté de développer linsertion apparaît donc comme un vu pieux et incantatoire, largement déconnecté de la réalité de la politique économique communautaire.
La délibération du conseil communautaire du 12 juillet 2004 fixant les statuts et compétences communautaires dans le champ du développement économique, est dailleurs très claire sur cette question (voir supra, Section 1). Les propos du président du Grand Lyon lors du lancement du CD sont aussi très explicites : celui-ci envisage en effet lagglomération lyonnaise de la même façon quune entreprise et transpose donc les méthodes et conceptions de développement pensées pour la seconde à la première. « Je pensais à une réflexion de monsieur Laurent, président du GIL-Medef, ce qui est pour moi une référence. (
) Il parlait de performance globale (
) pour lentreprise et il disait que, pour que les entreprises puissent réussir, il ne fallait pas simplement quelles soient performantes elles-mêmes économiquement mais que leur environnement soit aussi performant. Je crois quil en va de même pour les agglomérations (
). Si notre agglomération veut réussir, il faut évidemment quelle soit compétitive économiquement par rapport aux agglomérations, mais il faut quelle ait une performance globale (
) ».
Le pouvoir politique local intègre ainsi très largement la culture, le point de vue et les intérêts propres au monde économique, reléguant la question de la lutte contre le chômage et lexclusion économique à des effets de communication réalisés dans le cadre de démarches de concertation ou de prospective, dénuées de véritables engagements décisionnels. Le Grand Lyon se décharge plutôt sur les niveaux communal et départemental pour gérer ces questions. Il est conforté en cela par les choix de décentralisation des compétences opérés par lEtat central en 2004 (transfert de la gestion du RMI aux départements) et par laudit de la répartition des compétences réalisé sur lagglomération, qui préconise la gestion des politiques en faveur de lemploi et de linsertion par les communes, malgré leur souhait de voir le Grand Lyon intégrer ces questions dans son action (KPMG, 2003).
Poursuite de lintérêt général ou défense de lintérêt des entreprises ?
« Il nappartient pas aux communes de prendre, directement ou indirectement, les risques propres à lentreprise » (BIPE, 1978, p.4). Ce principe de séparation très nette entre lintérêt public général et lintérêt des entreprises na toujours pas été infirmé depuis son énonciation en 1978 par les instances gouvernementales nationales. Il renvoie à la limitation des possibilités daction des collectivités locales ou de leurs groupements dans le champ de la régulation économique territoriale. Il est cependant implicitement remis en question à travers lorganisation de la gouvernance économique dans lagglomération lyonnaise et lintégration de lintérêt des entreprises par le Grand Lyon.
Lentreprise ne vote pas pour désigner les responsables politiques locaux chargés, entre autres, de la conduite de la politique économique, mais elle paie la taxe professionnelle. Celle-ci constitue une ressource très importante la première même pour le Grand Lyon : depuis 2003, elle représente en effet un tiers des recettes du budget communautaire. Cette situation nouvelle renforce la légitimité de lorganisme communautaire à piloter la régulation économique territoriale (voir supra, Section 1), et justifie en grande partie la prise en compte du seul point de vue des acteurs économiques dans la définition et la conduite de la politique économique de lagglomération lyonnaise. La reconnaissance du rôle majeur du niveau intercommunal dans lorganisation de la politique économique territoriale conférée par la loi Chevènement permet également de justifier le choix de privilégier les approches du développement économique reposant sur lenjeu dominant de lattractivité et de la compétitivité. La légitimité à participer au débat public sur la régulation économique dans lagglomération est ainsi essentiellement conférée par le versement de la taxe professionnelle du point de vue des acteurs économiques et des responsables politiques locaux, donc monopolisée de fait par les entreprises.
Pourtant, il peut sembler hasardeux, voire même risqué, de tout miser sur la logique de création davantages comparatifs et de richesses territorialisées, au nom de ladaptation à la logique de la mondialisation et de la subordination de la conception de la politique économique locale aux seuls intérêts des entreprises. Ces dernières peuvent en effet quitter le territoire à tout moment pour une autre localisation ou faire des choix de réorganisation en fonction de leurs propres enjeux de développement économique, qui peuvent savérer être très dommageables pour le fonctionnement économique de lagglomération ou le bien être de la population locale.
La régulation économique territoriale assurée par les pouvoirs publics relève plutôt, a priori, de la poursuite de lintérêt général, cest-à-dire de lintérêt de tous les membres de la société civile locale et pas seulement de celui des entreprises. Elle doit donc être également soucieuse de lemploi, des conditions de travail, du cadre de vie des habitants et de leurs possibilités dinsertion dans la vie économique, le tout en cohérence avec les politiques de logement, de déplacements, daménagement spatial et durbanisme.
Le rôle théorique des autorités politiques est ainsi darbitrer entre les différents intérêts en présence et de défendre leur choix, motivé par la recherche de lintérêt général au nom des populations quelles représentent. Elles tirent en effet leur légitimité à gérer la chose publique dabord du processus démocratique de lélection, et pas tant du prélèvement de limpôt. En ne privilégiant que la concertation des forces économiques du territoire, elles jouent donc un jeu dangereux dun point de vue politique et démocratique. Non seulement elles ne fondent leurs orientations de politique économique que sur un tout petit dénominateur commun partagé uniquement avec les acteurs économiques, à savoir le choix du libéralisme concurrentiel et de lattractivité territoriale pour les entreprises (Jouve, 2001b), mais elles tiennent à lécart volontairement tout le reste de la société civile, de qui elles tirent leur légitimité à conduire laction publique et qui est également directement concernée par les problèmes de régulation économique (chômage, emploi, niveau de vie, etc.).
Les habitants, citoyens, usagers et autres salariés nont pas forcément les mêmes intérêts que les entreprises, ils peuvent même être porteurs de visions politiques du développement économique différentes de lapproche libérale qui sous-tend la logique de compétitivité territoriale et dattractivité concurrentielle poursuivie par la plupart des gouvernements urbains actuels, y compris dans lagglomération lyonnaise, mais ils ne sont pas pour autant concertés par les pouvoirs publics locaux sur les questions économiques.
Maintenant que la taxe professionnelle est perçue par le niveau communautaire, il y a même une très nette dissociation entre le niveau municipal, qui porte plutôt lintérêt des habitants en matière économique, à savoir la gestion de lemploi, les logiques dinsertion et de lutte contre le chômage, et le niveau intercommunal, qui soccupe du développement économique du point de vue des entreprises, cest-à-dire en termes de compétitivité concurrentielle. Pour autant, les responsables politiques du Grand Lyon tirent encore leur légitimité représentative de lélection au suffrage universel, même si celui-ci nest quindirect et contribue à élargir le fossé existant entre les lieux de décision, de financement et mise en uvre de lintervention économique et les lieux dexpression de la citoyenneté au quotidien.
Il y a donc une forme de dérive ou du moins dinstrumentation de lintérêt général par les pouvoirs publics communautaires à travers la conduite de laction publique en faveur de léconomie, au service de lintérêt des entreprises, et au risque de la prise en compte des attentes dune grande partie de la société civile, non directement liée à la sphère des entreprises et ne partageant donc pas forcément leur point de vue sur les enjeux économiques.
La séance de formation à laction publique des Conseils de quartier de la Ville de Lyon de juin 2005 concernant le développement économique peut éclairer cette affirmation. Cette réunion est en effet censée fournir linformation nécessaire aux représentants de la population locale pour comprendre les enjeux de la politique économique municipale de la Ville de Lyon. Toutefois, il est rappelé aux participants que la compétence de développement économique est largement transférée au niveau intercommunal du Grand Lyon : les grandes actions significatives (pôles de compétitivité et développement technopolitain, animation de proximité, compétitivité globale du territoire) ne relèvent donc pas des prérogatives de la municipalité, qui ne gère que les questions relatives au commerce de proximité et aux villages dentreprises. La réunion est animée par ladjoint aux affaires économiques, également vice-président communautaire chargé de ces questions, et par le directeur de cabinet du Président du Grand Lyon, spécialisé sur les questions économiques.
Certains habitants ne partagent pas la vision du développement économique telle que tente de limposer les responsables politiques du Grand Lyon. Lors de cette formation, ils expriment notamment leur préférence pour une approche moins libérale ou plus respectueuse de léquilibre social et de lenvironnement dans la conception du développement économique territorial. La réponse adressée par les représentants du pouvoir politique communautaire est sans ambiguïté : le pessimisme contreproductif doit laisser la place à une vision positive permettant de réfléchir aux problèmes environnementaux avec les entreprises, selon une approche responsable de lindustrialisation écologique, inspirée du développement durable. Cependant, sil est nécessaire de concilier aménagement raisonné et développement économique du territoire, la compétition internationale « simpose à nous » et oblige à raisonner dune façon différente, cest-à-dire essentiellement en termes dattractivité et de défense des intérêts des entreprises, au détriment éventuel de lintérêt général des populations et des autres enjeux des politiques urbaines (environnement, solidarité, qualité du cadre de vie, etc.). Un constat analogue est formulé à plusieurs reprises lors des seconds Etats Généraux de léconomie lyonnaise.
Il apparaît ainsi que la concertation de la population sur les questions de développement économique est seulement esquissée au niveau municipal, alors que la politique économique est essentiellement conduite à léchelle intercommunale du Grand Lyon. Des positions hostiles au choix politique dun développement économique local défini selon des logiques de croissance et de compétitivité concurrentielle sont certes exprimées par quelques participants, mais dans une enceinte trop éloignée des véritables sphères décisionnelles de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise pour avoir une quelconque influence.
Le dispositif de gouvernance économique territoriale GLEE organisé à léchelle de lagglomération reste fermé à toute représentation des intérêts de la population et des citoyens de lagglomération, malgré le leadership affiché du Grand Lyon, acteur public dont les responsables sont issus du suffrage universel indirect. Le communiqué de presse annonçant la tenue des seconds Etats Généraux de léconomie lyonnaise reflète particulièrement la tenue à lécart des représentants des habitants, considérés de fait comme étant non concernés par léconomie locale : « Cet évènement de première importance concerne tous les publics de lactivité économique lyonnaise : artisans, commerçants, professions libérales, TPE, PME et PMI, grandes entreprises et multinationales, analystes, institutions. Parce que tout le monde partage la même préoccupation dun territoire dont lessor se nourrit de lactivités des entreprises et se construit avec laction conjuguée des institutions ». Le thème même de la manifestation annonce clairement le parti pris en faveur du seul point de vue des entreprises dans la définition de la politique économique locale : « Besoins des entreprises & politique dagglomération ».
Linjonction à la compétitivité territoriale et à lattractivité économique concurrentielle qui domine la régulation économique pilotée par le Grand Lyon résulte donc sans doute dun choix politique plus quil nest imposé par le régime de crise. Ce dernier a effectivement des conséquences très importantes en termes de concurrence, dinstabilité, demploi, de chômage, etc., qui touchent non seulement les entreprises mais également les habitants. Mais la prise en considération du seul point de vue des premières dans la définition du cadre référentiel servant à lélaboration de la politique de développement économique dans lagglomération lyonnaise dénote une volonté délibérée des pouvoirs publics communautaires de privilégier lintérêt des entreprises en matière de régulation économique territoriale, et non celui de la population.
La légitimité conférée à lorganisme communautaire pour intervenir dans le champ de léconomie par la perception de la taxe professionnelle semble primer sur la légitimité démocratique qui détermine lintervention du Grand Lyon dans le domaine des politiques urbaines, au nom de la poursuite de lintérêt général pour le compte des communes et des habitants. Les représentants de la société civile qui nappartiennent pas directement au monde des entreprises sont tenus à lécart du processus de définition des orientations de la régulation économique territoriale pour éviter tout débat remettant en question le parti pris libéral des responsables politiques communautaires en faveur du point de vue des acteurs économiques, bien que ce domaine daction publique ne relève théoriquement quen partie seulement de lintérêt des entreprises comme composante légitime de lintérêt général.
Ceci est dautant plus surprenant et problématique que les acteurs économiques, et notamment les représentants des entreprises locales, sont en revanche invités de façon quasi systématique aux démarches de concertation et de participation concernant les autres champs de laction publique relatifs à lintérêt général, tels lurbanisme, laménagement spatial, la planification territoriale ou les déplacements.
Enfin, au-delà de la simple question de la légitimité démocratique du Grand Lyon à conduire laction publique en faveur du développement économique local en ne tenant compte que de la vision libérale et concurrentielle des entreprises, cette situation pose aussi le problème plus technique des compétences et savoir-faire réels de lorganisme communautaire. Les pouvoirs publics territoriaux défendent et promeuvent en effet lintérêt des entreprises au nom de lintérêt général local, essayant de reproduire le rôle de lEtat durant les Trente Glorieuses (voir supra, 2ème Partie, Section 1), mais sans avoir toutefois toutes les prérogatives daction directe dans le champ économique dont jouit le niveau étatique. Le Grand Lyon essaie de renforcer ses prérogatives en matière de prescription de stratégie économique et dintervention structurelle sur les filières dactivités du système productif local, mais ses moyens daction restent limités et grèvent de fait lefficacité de sa politique de régulation (voir supra, Section 2).
De la même façon que la politique de lEtat durant les années de croissance a connu des échecs en raison notamment de la difficulté à concilier intérêt public et intérêts économiques privés, le choix des responsables du Grand Lyon de sengager presque exclusivement dans le portage de lintérêt des acteurs économiques en matière de développement économique peut donc savérer être un pari risqué, entraînant des conflits de légitimité avec les organismes patronaux, une perte de crédibilité vis-à-vis de la population quant à la défense objective de lintérêt général et un certain brouillage de la lisibilité du discours politique, du fait de limplication poussée des pouvoirs publics dans le fonctionnement de léconomie au nom de lenjeu libéral. LEurope semble cependant aller dans le sens de linterdiction pour les Etats et la puissance publique de façon générale dintervenir de manière directe dans le libre jeu du marché et de la concurrence, limitant ainsi ces risques inhérents à la reconfiguration de la régulation économique territoriale par la montée en puissance des gouvernements locaux.
Conclusion de chapitre
Le développement et le renforcement des liens directs entre les pouvoirs publics locaux et les entreprises constituent donc un leitmotiv croissant de la politique économique du Grand Lyon depuis une quinzaine dannées. Le développement récent de lanimation territoriale dans le champ de laction économique, destiné à assurer la présence des services communautaires au niveau local au nom de la recherche dune plus grande proximité avec les acteurs économiques présents sur le territoire, en est lune des dernières déclinaisons. Il sagit ainsi de permettre linterface au quotidien entre les services du Grand Lyon, encore fortement centralisés, et les réalités du terrain, autant pour une meilleure mise en application des orientations politiques et de la stratégie de développement communautaire, que pour se rapprocher encore plus de la demande et des besoins des entreprises.
Le point de vue et les intérêts spécifiques des acteurs économiques privés sont ainsi de plus en plus directement et exclusivement pris en compte par les pouvoirs publics locaux, qui les considèrent comme des acteurs légitimes et compétents, dautant plus lorsquil sagit de favoriser le développement économique local et daméliorer lattractivité ou la compétitivité économiques territoriales. La vision très particulière du développement économique portée par les entreprises, fortement imprégnée des théories néolibérales, tend donc à se confondre avec lintérêt général, les deux étant défendus et promus par la même institution publique dans lagglomération lyonnaise : le Grand Lyon.
Toutefois, ce dernier aspect nest pas sans poser problème, notamment en matière de cohérence globale des objectifs des politiques urbaines et de laction publique sur le territoire. Certes, les grandes firmes peuvent être des partenaires et des vecteurs privilégiés pour les projets daménagement ou de développement économique du Grand Lyon, en raison de leurs importantes propriétés foncières et immobilières dans lagglomération et de leur grande lisibilité sur les marchés. Mais leurs intérêts économiques et stratégiques en matière de développement ne sont pas toujours en phase avec ceux de la collectivité, ils peuvent même être totalement contraires. Cest notamment le cas pour les questions relatives à la préservation du patrimoine ou de lenvironnement, ainsi quà laménagement spatial et à lurbanisme, qui sont de plus en plus assujetties à lintérêt économique des entreprises.
Sur un plan plus politique et démocratique, le point de vue des salariés et des habitants - citoyens de façon plus générale nest pas pris en considération dans lélaboration ou la conduite de la politique économique au niveau local. La problématique de lemploi et de la lutte contre le chômage, qui justifie pourtant lintervention publique dans le domaine de léconomie au sein des discours politiques des responsables du Grand Lyon, est recouverte voire mise à lécart par la problématique de lintérêt des entreprises dès lors quil sagit de mettre en application les grandes orientations de la politique économique locale. Les thèmes de la solidarité sociale et de la protection environnementale sont ainsi instrumentalisés, quand ce nest pas complètement pervertis et dénaturés, par la vision dominante des acteurs économiques au sein des politiques urbaines. Ils deviennent des problèmes de cohésion sociale et de développement durable, au gré dun changement de vocable qui scelle également leur asservissement à la logique néolibérale de la compétitivité territoriale (Jouve, 2005).
Conclusion de section
Lémergence et le développement de la politique économique dans lagglomération lyonnaise depuis le début des années 1980 est conditionné par lorganisation dune démarche partenariale de gouvernance, rassemblant les principaux acteurs économiques et publics locaux. Les relations et la répartition des rôles mises en place au cours des années 1970 au sein du système dacteurs local pour répondre aux nouvelles contraintes du contexte économique densemble et au désengagement progressif de lEtat (voir supra, 2ème Partie, Section 3), connaissent cependant une profonde réorganisation à partir des années 1990.
La reprise en main de la gestion des affaires économiques locales par les autorités politiques lyonnaises se fait en effet en grande partie au détriment des structures de représentation des intérêts économiques. Les organismes à vocation économique de lagglomération sont historiquement des acteurs collectifs incontournables, centraux dans la conduite de la régulation économique locale. Ils jouent un rôle de premier ordre dans la conduite de la politique économique lyonnaise tant que le niveau intercommunal na pas de compétence spécifique en matière de développement économique. Durant la première phase de territorialisation qui sachève au début des années 1990, ils portent ainsi la défense et la promotion de lesprit dentreprise dans lagglomération en assurant la prise en compte des intérêts économiques par laction publique. Ils diffusent également la culture managériale, les méthodes de gestion stratégique de laction et les logiques de compétition territoriale, de concurrence économique et dattractivité à des fins de développement auprès des pouvoirs publics locaux.
La volonté du Grand Lyon de saffirmer comme lacteur central et dominant du système de régulation économique territoriale dans les années 1990, tant dun point de vue politique que technique, conduit à la remise en question de la légitimité dintervention et du rôle des organismes économiques traditionnels dans la conduite de la politique économique locale. Elle est confortée par lémergence de nouvelles structures de représentation des intérêts économiques dans lagglomération, par la montée en puissance technique de la DAEI et par le développement de relations directes entre les services ou responsables communautaires et les entreprises. A travers cette présence au plus près des autorités politiques locales, les acteurs économiques (chefs dentreprises, consultants) jouent ainsi non seulement le rôle de conseiller du prince et dexpert sur les questions de développement et de définition des politiques urbaines, mais ils imposent aussi progressivement lidée dune certaine priorité de leur point de vue sur les conceptions relatives à lintérêt général.
Lorganisation communautaire en arrive donc à intégrer de plus en plus le portage de lintérêt des entreprises au sein de ses missions politiques et techniques, en lieu et place des organismes patronaux et des structures à vocation économique ad hoc comme lADERLY. La mise en place de la démarche de gouvernance économique Grand Lyon, lEsprit dEntreprise consacre la prise de leadership du Grand Lyon au sein du système dacteurs local de la régulation économique territoriale et confirme cette intégration de lintérêt économique par la puissance publique communautaire. La CCIL et les syndicats patronaux se trouvent relégués dans une position de simples exécutants et de partenaires relativement dominés, par un organisme intercommunal ayant des tentations hégémoniques au sein du dispositif de gouvernance économique. Le Grand Lyon répond ainsi aux nouveaux enjeux de positionnement des acteurs de la régulation au sein du mécano des territoires, liés à la globalisation de léconomie, à lexacerbation des logiques de concurrence et à la recomposition territoriale de laction publique qui en découle, en affirmant lengagement politique de la sphère publique locale au service du développement économique et de lintérêt des entreprises.
Toutefois, cette situation nouvelle interroge la pertinence du choix politique de privilégier le point de vue et les intérêts des acteurs économiques dans la conduite de la politique économique, au détriment notable de la poursuite de lintérêt général et du respect de la pluralité des points de vue émanant de la représentation démocratique. La politique de régulation économique territoriale conduite sous la domination politique et technique du Grand Lyon, dont les compétences effectives en matière dintervention économique demeurent très limitées (voir supra, Section 2), na pas forcément les moyens datteindre ses objectifs et doit encore faire la démonstration de son efficacité, non seulement en termes de compétitivité concurrentielle de lagglomération lyonnaise vis-à-vis des investisseurs économiques, mais également par rapport aux arguments de légitimation portant sur la volonté de lutter contre le chômage et de favoriser lemploi, affichés vis-à-vis des citoyens et habitants du territoire.
Sa mise en uvre repose donc sur une alliance nécessaire avec les organismes représentant les intérêts économiques locaux, car ils possèdent une partie de la crédibilité, de lexpertise et des savoir-faire spécifiques qui font toujours défaut à la puissance publique locale. Ce partenariat technique du Grand Lyon avec les représentants des entreprises conduit cependant dune part à des conflits de légitimité, notamment avec la CCIL qui voit son rôle historique remis en question, et dautre part à une recrudescence des problèmes de mise en cohérence des volets économique et environnemental, urbanistique ou patrimonial des politiques urbaines. Lintérêt particulier des entreprises est en effet parfois en contradiction avec lintérêt général poursuivi par laction publique : dès lors que le premier est également pris en charge par la puissance publique, surviennent des situations de conflit latent au sein même des services techniques communautaires, qui peuvent remettre en question la crédibilité et la légitimité du Grand Lyon.
En outre, lalliance politique des responsables politiques avec les acteurs économiques entraîne la mise à lécart des éventuels intérêts divergents pouvant émaner de la population à propos des choix faits par les instances politiques locales en matière de développement économique concurrentiel. Lintérêt général se trouve ainsi être de plus en plus dominé par lintérêt des entreprises, tendant même à séloigner de lintérêt des habitants et des citoyens sous leffet de la contrainte économique. Il y a là un risque politique réel pour la collectivité publique de se couper de sa base démocratique, et dapparaître comme un acteur technocratique dabord placé au service dintérêts économiques particuliers, à limage de lEtat durant les Trente Glorieuses (voir supra, 2ème Partie).
Conclusion de la 3ème Partie
La territorialisation de la régulation économique territoriale dans lagglomération lyonnaise correspond ainsi à un double processus politique et méthodologique de glissement de laction économique et du portage de lintérêt des entreprises du niveau étatique durant les années de croissance, au niveau local depuis la survenue de la crise économique. Lavènement du nouveau régime daccumulation ultra flexible saccompagne dun mode de régulation territoriale qui repose sur la mise en concurrence des villes et des territoires locaux et sur la remise en question de la validité des échelles nationales dans le fonctionnement de léconomie, permettant de conférer un rôle déterminant aux responsables politiques locaux dans la conduite des politiques économiques. Le transfert de charge samorce avec la Décentralisation au début des années 1980, mais il se poursuit jusquau tournant des années 2000 afin de conforter la légitimité institutionnelle nouvelle des pouvoirs publics locaux à interférer dans le jeu de la régulation économique et à organiser leurs services techniques à cette fin.
La politique de développement économique conduite par le Grand Lyon dans lagglomération lyonnaise correspond donc à un nouveau type de politique publique territorialisée, caractérisé par des modes daction et de pilotage technique et politique inédits.
Elle résulte en effet de limplication croissante des responsables politiques locaux, grâce au transfert de compétences opéré par lEtat au profit des collectivités territoriales et des structures intercommunales. Ceux-ci semparent de la thématique du développement économique et linscrivent à lagenda politique local. Ils mettent aussi en place des services techniques dédiés aux affaires économiques, dont les prérogatives daction sont de plus en plus larges (voir supra, Section 1).
Elle repose également sur une approche transversale et globale de laction publique, qui consiste à mettre les différents domaines de politique publique au service de limpératif du développement économique compétitif et du renforcement de lattractivité concurrentielle du territoire local. Cette démarche méthodologique nouvelle sous-entend notamment labandon de la vision fonctionnelle et cloisonnée du traitement des problématiques locales, ainsi que ladoption de la culture stratégique et managériale de laction des acteurs économiques par la puissance publique. Selon ce nouveau schéma conceptuel, les leviers dintervention économique essentiellement indirects et assez classiques que sont laménagement spatial, lurbanisme, la planification territoriale, déjà mis en uvre par lEtat durant la période précédente (voir supra, 2ème partie), sont réutilisés par les acteurs locaux et placés au service du développement économique dans une perspective de mis en valeur différentielle du territoire.
Cette intégration fonctionnelle des différents champs de laction publique sur le territoire est également censée favoriser la proximité avec les cibles de la politique économique et permettre la différenciation de laction en fonction des attentes. Le pragmatisme et la flexibilité apparaissent ainsi comme des piliers de la politique économique locale, tant en termes de recherche defficacité quen termes de renforcement de la légitimité des pouvoirs publics locaux à intervenir en matière de régulation économique territoriale pour satisfaire les besoins des entreprises.
Ceux-ci sont cependant tentés, par excès de zèle technique ou par stratégie plus politique de positionnement au sein du système dacteurs de la régulation économique territoriale, de développer des actions économiques plus immatérielles, structurelles et qualitatives, de lordre de la prescription de stratégie économique ou de filière et donc susceptibles dinfluencer le fonctionnement même des entreprises. Une telle politique économique très, voire trop soucieuse de saligner sur lintérêt des entreprises, apparaît ainsi comme étant à la limite des compétences et des savoir-faire de la puissance publique locale.
Ceci nous conduit à pointer le rôle très important joué par les acteurs économiques et les représentants des entreprises dans le dispositif de pilotage et de mise en uvre de laction, ainsi que la place privilégiée accordée à leur point de vue sur lenjeu économique. Ce nouveau type de politique publique territorialisée est en effet également caractérisé par une très large ouverture aux enjeux économiques portés par les entreprises, rendant nécessaire le recours à la démarche partenariale et aux logiques de gouvernance collective. La participation très active des acteurs économiques est ainsi à la fois justifiée par les limites techniques et en matière dexpertise des pouvoirs publics sur les questions économiques, et par le fait que laction économique cible dabord le développement des entreprises. Elle est donc censée prendre en compte prioritairement leurs conceptions, leurs intérêts et leurs attentes.
Le mode de gouvernance économique organisé par les pouvoirs publics lyonnais privilégie cependant la prise en compte des intérêts des entreprises au détriment du point de vue plus général des citoyens et des habitants, cest-à-dire de lensemble de la société civile locale. La politique publique de régulation économique conduite sous lautorité du Grand Lyon dans lagglomération lyonnaise apparaît donc comme étant de plus en plus exclusivement assujettie aux seuls intérêts des acteurs économiques, qui sont porteurs dune vision libérale très spécifique du développement économique local, dominée par la contrainte de la compétitivité concurrentielle et les logiques dattractivité.
Ce pari est risqué dans la mesure où les entreprises ne sont pas forcément à la recherche dun intérêt général dans leur relation au pouvoir et aux territoire locaux, mais plutôt à la recherche de la satisfaction de leurs besoins immédiats, liés à des problématiques de développement économique et de fonctionnement spécifiques. Les acteurs économiques entretiennent en effet un rapport utilitariste au territoire et au politique, ils sont de plus en plus mobiles et pas forcément fidèles. Lintégration du portage de lintérêt des entreprises par le Grand Lyon au travers de lorganisation de la gouvernance économique dans lagglomération lyonnaise marque donc lémergence dun nouveau type de politique publique locale, certes défini en fonction du contexte de mondialisation et de limpératif de compétitivité territoriale globale, mais qui interroge sous un jour nouveau les limites de lengagement de la collectivité et de lintérêt général au service de lenjeu économique dominant.
Conclusion
Ce travail sur le processus de territorialisation de la régulation économique dans lagglomération lyonnaise depuis les années 1950 nous permet au final de proposer une mise en perspective historique et politique des évolutions que connaît le champ de laction publique en faveur de léconomie. Celle-ci se concentre plus précisément sur la question de la prise en compte et de la défense de lintérêt des entreprises par la puissance publique, lue à travers les réorganisations conceptuelles, méthodologiques, politiques et idéologiques de la régulation économique territoriale.
En système économique pré-fordiste classique, concurrentiel et peu régulé par les pouvoirs publics, lintérêt des entreprises est essentiellement porté par les acteurs économiques, organisés parfois au niveau national mais surtout au niveau local. Lavènement du système fordiste en régime de croissance saccompagne de lintégration de lintérêt des entreprises au sein de lintérêt général par la puissance publique étatique, parallèlement à la mise en place du modèle de léconomie dirigée. Le développement de la politique économique nationale contribue directement à déstructurer la régulation territoriale classique existant au niveau local, au sein de laquelle les liens entre élites politiques et élites économiques sont très étroits (voir supra, 2ère Partie).
La survenue de la crise remet en question cette centralisation et cette monopolisation au niveau national par lEtat : les acteurs économiques locaux semparent ainsi à nouveau de la défense et de la promotion de leurs intérêts, au nom du pragmatisme stratégique et de la pensée managériale qui sont imposés par les nouvelles logiques de concurrence et de dérégulations émergentes. Cependant, la pérennisation et laccentuation du contexte économique concurrentiel et flexible confère aux territoires locaux un rôle nouveau par rapport aux dynamiques de développement : cette situation conduit à la reconnaissance institutionnelle du rôle des pouvoirs publics locaux dans la conduite de la régulation économique territoriale, qui les amène à revendiquer à leur tour le portage de lintérêt des entreprises au nom de lintérêt général local et de limpératif de développement économique (voir supra, 3ème Partie).
Le nouveau fonctionnement hyperconcurrentiel du système économique permet donc un retour à des situations proches de ce qui existait en Europe avant lavènement des grands Etats Nations en matière de régulation économique territoriale. Le pouvoir des villes et de leurs élites politiques et économiques dans le domaine de léconomie est en effet beaucoup plus important aujourdhui quil y a quarante ans. Les discours élaborés sur le caractère stratégique de la nouvelle planification urbaine et la participation des acteurs économiques privés à la conduite des politiques urbaines de façon générale masquent ainsi le plus souvent un transfert pur et simple de la gouvernance urbaine vers les logiques du marché économique (Dormois, 2004 ; Lorrain, Barthélémy, 1989).
« Limpératif de gouverner la ville met en valeur le rôle central des phénomènes symboliques dans les démarches stratégiques. Celles-ci, influencées en France par la vogue des projets dentreprises, aspirent par la mobilisation dhistoires vécues ensemble, de valeurs, par la mise en scène de défis collectifs, à faire naître dune part de sentiments didentité et de consensus collectifs, dautre part à formuler un intérêt général urbain. (
) De plus, tout se passe comme si les modes de construction symbolique de la ville-acteur reproduisaient la notion française dintérêt général, dont lEtat jacobin se veut le dépositaire » (Padioleau, Demesteere, 1992, p.39).
En réponse à lhypothèse formulée au départ dune hybridation entre libéralisme et interventionnisme, il est possible, à partir du cas de Lyon, de parler dintégration des intérêts économiques au sein de la stratégie collective de développement économique local, qui samorce avec le processus délaboration du nouveau schéma directeur Lyon 2010 à la fin des années 1980. Le projet est en effet en majeure partie défini et conçu par les représentants des entreprises, et le volet économique apparaît comme très dominant, il simpose à lensemble des politiques urbaines. Depuis, cette logique dintégration politique et fonctionnelle se poursuit et se développe, selon un consensus idéologique partagé par les différentes équipes politiques aux commandes du Grand Lyon.
Le transfert du portage de lintérêt économique des firmes de lEtat central vers les pouvoirs publics locaux, notamment métropolitains, semble donc être en passe davoir véritablement abouti dans certaines grandes villes européennes comme Lyon, après une période de transition dune vingtaine dannées, allant grosso modo de la survenue de la crise à la reconnaissance de la compétence officielle de la puissance publique locale à soccuper des problèmes de régulation économique territoriale. Durant cette phase de transition, ce sont les acteurs économiques locaux eux-mêmes, du moins leurs organismes de représentation institutionnels (chambres consulaires, syndicats patronaux), qui prennent en charge seuls la défense et à la promotion des intérêts des entreprises.
Le nouveau mode dorganisation de la régulation par le territoire peut être ainsi vu comme un moyen de limiter non seulement les capacités de régulation keynésienne de lEtat, mais aussi dimposer un point de vue politique et idéologique concernant lorientation concurrentielle dominante du développement économique, au détriment de la représentation de la pluralité démocratique. Il contribue également à restaurer une forme de régulation classique et libérale, caractérisée par labsence de politique publique économique pouvant avoir des vertus correctrices par rapport aux dysfonctionnements inévitables du système, notamment concernant les inégalités sociales, très proche finalement de celle qui existait avant lapparition de lEtat Providence.
Cependant, dans la nouvelle situation actuelle, des politiques économiques existent au niveau local, mais elles sont comme on la vu dans notre développement entièrement dominées par la logique daction pragmatique et stratégique véhiculée par les acteurs économiques dominants, et se présentent comme étant globalement plutôt acquises à la promotion des intérêts des entreprises.
En termes de contenus, ce type de politique économique territorialisée réutilise largement les outils et les leviers, essentiellement indirects, mis en place par lEtat durant la période de croissance des Trente Glorieuses. Laménagement de lespace, lurbanisme et la planification territoriale sont instrumentalisés pour servir la finalité de lattractivité comparative du territoire vis-à-vis des acteurs économiques. Lensemble des domaines dintervention des pouvoirs publics locaux sont potentiellement placés sous la domination de lenjeu dominant du développement économique et de la compétitivité territoriale, à limage de la culture ou du patrimoine.
A Lyon, les services techniques intercommunaux chargés de laction économique se hasardent même à développer une politique majoritairement qualitative et stratégique, en tentant dagir sur le fonctionnement même de léconomie et sur la structuration des filières dactivités. Ils se heurtent cependant au caractère limité de leurs capacités effectives daction en la matière (compétences, savoir-faire, expertise spécifique), quand ils ne risquent pas de reproduire les erreurs passées de la technocratie étatique dans sa volonté hégémonique dencadrer et de diriger lensemble de léconomie sur le territoire. Le recours à un dispositif territorialisé dintervention permet aux services économiques du Grand Lyon de concilier cette approche stratégique du développement avec les considérations aménagistes plus classiques et avec les impératifs de gestion de la proximité avec les entreprises.
LEtat central participe largement à lorganisation de ce processus depuis plus de 30 ans en France, en sappuyant sur le contexte de crise et sur limpératif de compétition généralisée découlant de la mondialisation de léconomie pour justifier son repositionnement très en retrait sur le champ de la régulation. Lacculturation progressive des personnels politiques et techniques des collectivités locales et de leurs bras exécutants aux méthodes daction et de gestion inspirées du monde des entreprises, engagée par lEtat dès le début des années 1970 parallèlement à son repli progressif sur les fonctions régaliennes, est en effet cautionnée et justifiée par linstallation de léconomie mondiale dans un régime de crise et par la mise en concurrence des territoires comme par linjonction à lattractivité territoriale qui en découle.
La décentralisation des compétences au début des années 1980 et la consolidation de la construction européenne entérinent et institutionnalisent ce fait dans le champ politique, tandis que la mondialisation le consacre dans le domaine économique. LEtat portait lenjeu de la compétitivité à léchelle nationale, conformément à la vision des grands acteurs économiques (grands groupes) durant les années de croissance (régime daccumulation fordiste accompagné par une régulation keynésienne très volontaire et dirigiste). Sa conception intégrée de lintérêt économique et de lintérêt général était en grande partie justifiée et légitimée par le fait quune grande partie des grands secteurs stratégiques de léconomie nationale étaient contrôlés par la puissance publique.
Désormais, lenjeu de la compétitivité est transféré au niveau européen (non abordé ici) et au niveau local, cest-à-dire à léchelle des territoires infranationaux et des collectivités locales. Le gouvernement local lyonnais, comme les autres, métropolitains ou mêmes ruraux, est donc appelé à se saisir de la question de la concurrence, de lattractivité et de laction économique, sous la triple influence des préconisations de lEtat central, de lUnion Européenne et de la rhétorique pressante dispensée par les entreprises.
Ce système de régulation économique territoriale dominée par les intérêts économiques, émergeant dans les grandes métropoles européennes comme Lyon, facilite en outre la réorganisation de systèmes élitistes et notabiliaires tels quils existent en Europe au début du 19ème siècle, au sein desquels pouvoir économique et pouvoir politique sont confondus (voir la théorie des coalitions de croissance inspirée par le modèle américain de gouvernement local, qui savère être très proche de ce que lon peut observer dans les villes européennes du tournant 18ème-19ème siècles).
Lanalyse de la politique économique dans lagglomération lyonnaise peut donc nous amener à revoir le positionnement généralement admis pour les métropoles européennes par rapport à lopposition théorique entre lapproche par les coalitions de croissance et lapproche par les régimes urbains (voir supra, 1ère Partie, Section 3). Linjonction à lattractivité et à la compétitivité économiques territoriales, prétendument imposée par le régime de crise mais dans les faits largement véhiculée par les représentants des entreprises et les responsables politiques locaux, peut en effet être considérée comme une contrainte importante, une obligation économique incontournable, qui détermine à la base le positionnement des pouvoirs publics locaux et leur soumission totale aux intérêts portés par les acteurs économiques. Lexistence de cette contrainte est dailleurs clairement mise en avant dans les discours des acteurs de la gouvernance économique locale.
La notion de coalition de croissance savère ainsi tout à fait valable pour qualifier le mode de gouvernance de la régulation économique territoriale dans les villes européennes, ne serait-ce que par défaut vis-à-vis de la notion de régime urbain, qui pose comme postulat que la collusion entre pouvoir politique et forces économiques locales se fait « sans contrainte ni obligation économique ». Le cas lyonnais nous en offre un exemple très intéressant et particulièrement bien développé.
Lintérêt général qui est poursuivi dans le cadre de la politique économique locale est essentiellement celui qui découle de lintérêt des entreprises, lopposition classique existant entre les deux tendant dailleurs à être gommée en raison même de la contrainte très forte exercée par le contexte économique densemble (le régime daccumulation hyper flexible et hyperconcurrentiel). Si les territoires veulent sen sortir, tirer leur épingle du jeu dans cette guerre économique totale, il faut que leurs gouvernants salignent de manière absolue sur les enjeux, les intérêts et les objectifs propres à la sphère économique. Dans ce système cognitif de référence de la gouvernance économique territoriale, la place des habitants et des citoyens est très secondaire, voire inexistante.
La contrainte économique constitue enfin un élément rhétorique très utile du point de vue politique de lorganisation des systèmes de gouvernance au niveau local. Limpératif de compétition noppose en effet pas tant les territoires métropolitains que les gouvernements locaux entre eux. « Lattractivité apparaîtrait alors comme un discours permettant de justifier à la fois lexistence des institutions de développement locales et le type daction quelles mettent en uvre, plutôt que comme un enjeu économique réellement partagé par tous les acteurs présents sur le territoire » (Hatem, 2004, p.36).
Or, ce mode de gouvernance économique territoriale, reposant sur un partenariat étroit avec les représentants des entreprises, est difficile à établir en raison de la fragmentation des intérêts privés lyonnais, malgré le profil global de « market city oriented » de la métropole (Jouve, 2001a). Il interroge donc doublement les responsables politiques dans leurs choix de privilégier le développement économique concurrentiel, linternationalisation de la sphère productive locale (vecteur de métropolisation) et le volet technologique, cest-à-dire une vision de léconomie et de la compétitivité territoriale comme noyau central de la politique urbaine.
Il est en effet non seulement quasiment impossible de dégager une coalition de croissance stable dans le temps et intégrée politiquement car les intérêts des firmes sont divergents, dun secteur à lautre mais aussi au sein dune même filière, selon la taille et la trajectoire de positionnement de chaque entreprise (voir les travaux de F. Tannery), mais cette hypothétique coalition de croissance est de surcroît bâtie sur le déni des intérêts éventuellement différents du reste de la société civile locale.
La territorialisation de la régulation économique au niveau local consacre ainsi lancrage des logiques de compétition économique et de concurrence au cur des systèmes politiques locaux et de laction publique locale. Elle ouvre de nouvelles perspectives de recherche, non seulement concernant les aspects méthodologiques et conceptuels de lintervention territoriale en faveur du développement économique, mais également dans le domaine plus politique de la légitimité daction des nouvelles structures de coopération intercommunale dans le champ économique.
Celles-ci, sur le modèle et dans la continuité de la voie tracée par la Communauté urbaine de Lyon depuis les années 1980, se lancent en effet de façon souvent très volontaire et parfois hasardeuse dans la conduite de politiques de régulation économique. Elles sont certes ambitieuses et innovantes, appuyées sur des principes louables douverture de la sphère décisionnelle à la participation de la société civile et de mise en application des méthodes de management stratégique et pragmatique des projets, inspirées de la sphère économique. Mais elles prennent le risque de faire la part belle aux intérêts des entreprises, au détriment éventuel de lintérêt général local comme du simple respect du vieux principe de la concurrence libre et parfaite, pourtant prôné par les acteurs économiques quelles ciblent en priorité.
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Table des matières
TOC \o "1-5" \h \z \u HYPERLINK \l "_Toc121899048" Sommaire PAGEREF _Toc121899048 \h 5
HYPERLINK \l "_Toc121899049" Introduction PAGEREF _Toc121899049 \h 7
HYPERLINK \l "_Toc121899050" Première partie : Le territoire local à la rencontre de lEconomie et de la Politique Cadrage théorique PAGEREF _Toc121899050 \h 15
HYPERLINK \l "_Toc121899051" Section 1 : REGULATION, ECONOMIE ET TERRITOIRE PAGEREF _Toc121899051 \h 19
HYPERLINK \l "_Toc121899052" I - La caractérisation théorique de la régulation économique PAGEREF _Toc121899052 \h 19
HYPERLINK \l "_Toc121899053" 1- Régulation et accumulation du capital PAGEREF _Toc121899053 \h 20
HYPERLINK \l "_Toc121899054" Les formes institutionnelles du mode de régulation PAGEREF _Toc121899054 \h 21
HYPERLINK \l "_Toc121899055" Crise économique et régulation PAGEREF _Toc121899055 \h 22
HYPERLINK \l "_Toc121899056" 2- Lorganisation territoriale comme forme institutionnelle partielle de la régulation économique PAGEREF _Toc121899056 \h 22
HYPERLINK \l "_Toc121899057" Régulation économique et dépassement de la dichotomie espace/territoire PAGEREF _Toc121899057 \h 24
HYPERLINK \l "_Toc121899058" La dimension territoriale de la crise du mode de régulation PAGEREF _Toc121899058 \h 25
HYPERLINK \l "_Toc121899059" 3- Lémergence du niveau local comme solution à la crise territoriale du mode de régulation PAGEREF _Toc121899059 \h 26
HYPERLINK \l "_Toc121899060" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899060 \h 27
HYPERLINK \l "_Toc121899061" II - Les enjeux spatiaux du développement économique en période de crise PAGEREF _Toc121899061 \h 28
HYPERLINK \l "_Toc121899062" 1- Flexibilité organisationnelle et innovation, les nouveaux paradigmes du système économique capitaliste PAGEREF _Toc121899062 \h 29
HYPERLINK \l "_Toc121899063" 2- Les conséquences spatiales de la mutation du système économique PAGEREF _Toc121899063 \h 31
HYPERLINK \l "_Toc121899064" 3- Un nouveau modèle de développement post-fordiste centré sur le rôle du territoire PAGEREF _Toc121899064 \h 33
HYPERLINK \l "_Toc121899065" 4- Système productif local et dynamiques dinnovation PAGEREF _Toc121899065 \h 35
HYPERLINK \l "_Toc121899066" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899066 \h 37
HYPERLINK \l "_Toc121899067" III - Les atouts du système productif Lyonnais face au modèle de développement economique territorial PAGEREF _Toc121899067 \h 38
HYPERLINK \l "_Toc121899068" 1- Géographie et histoire du système productif lyonnais PAGEREF _Toc121899068 \h 38
HYPERLINK \l "_Toc121899069" 2- La base productive lyonnaise PAGEREF _Toc121899069 \h 41
HYPERLINK \l "_Toc121899070" Piliers et moteurs du système productif lyonnais PAGEREF _Toc121899070 \h 43
HYPERLINK \l "_Toc121899071" Linscription territoriale du système productif métropolitain lyonnais PAGEREF _Toc121899071 \h 46
HYPERLINK \l "_Toc121899072" Rayonnement métropolitain et diversité du tertiaire lyonnais PAGEREF _Toc121899072 \h 50
HYPERLINK \l "_Toc121899073" Le potentiel de rayonnement international de la métropole lyonnaise (économique, culturel, touristique) PAGEREF _Toc121899073 \h 52
HYPERLINK \l "_Toc121899074" Les grands équipements structurants (infrastructures et superstructures) PAGEREF _Toc121899074 \h 55
HYPERLINK \l "_Toc121899075" Les milieux innovateurs (R&D) et la dynamique technopolitaine de Lyon PAGEREF _Toc121899075 \h 57
HYPERLINK \l "_Toc121899076" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899076 \h 59
HYPERLINK \l "_Toc121899077" Conclusion de Section PAGEREF _Toc121899077 \h 59
HYPERLINK \l "_Toc121899078" Section 2 : REGULATION, POLITIQUE ET TERRITOIRE PAGEREF _Toc121899078 \h 61
HYPERLINK \l "_Toc121899079" I - Aménagement et représentations du territoire PAGEREF _Toc121899079 \h 62
HYPERLINK \l "_Toc121899080" 1- La variabilité du territoire de référence ou la question de léchelle danalyse PAGEREF _Toc121899080 \h 63
HYPERLINK \l "_Toc121899081" 2- Contingence historique et sociopolitique des représentations territoriales PAGEREF _Toc121899081 \h 66
HYPERLINK \l "_Toc121899082" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899082 \h 68
HYPERLINK \l "_Toc121899083" II - La territorialisation des politiques économiques PAGEREF _Toc121899083 \h 68
HYPERLINK \l "_Toc121899084" 1- Les politiques publiques locales de développement économique PAGEREF _Toc121899084 \h 70
HYPERLINK \l "_Toc121899085" 2- La territorialisation de la régulation économique PAGEREF _Toc121899085 \h 73
HYPERLINK \l "_Toc121899086" 3- Le système dacteurs local PAGEREF _Toc121899086 \h 77
HYPERLINK \l "_Toc121899087" 4- Représentation des intérêts économiques et poursuite de lintérêt général local PAGEREF _Toc121899087 \h 79
HYPERLINK \l "_Toc121899088" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899088 \h 82
HYPERLINK \l "_Toc121899089" III - La ville comme territoire politique et scène de régulation locale PAGEREF _Toc121899089 \h 83
HYPERLINK \l "_Toc121899090" 1- La ville comme société locale (incomplète) PAGEREF _Toc121899090 \h 83
HYPERLINK \l "_Toc121899091" 2- De la régulation économique à la régulation politique PAGEREF _Toc121899091 \h 85
HYPERLINK \l "_Toc121899092" 3- Territoire, régulation économique et gouvernance PAGEREF _Toc121899092 \h 87
HYPERLINK \l "_Toc121899093" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899093 \h 88
HYPERLINK \l "_Toc121899094" IV - La gouvernance urbaine et territoriale face à la question économique PAGEREF _Toc121899094 \h 89
HYPERLINK \l "_Toc121899095" 1- Les apports de la notion de gouvernance
PAGEREF _Toc121899095 \h 89
HYPERLINK \l "_Toc121899096" 2-
Et les limites de la notion de gouvernance PAGEREF _Toc121899096 \h 91
HYPERLINK \l "_Toc121899097" La gouvernance, une fausse nouveauté ? PAGEREF _Toc121899097 \h 91
HYPERLINK \l "_Toc121899098" La gouvernance, Cheval de Troie néolibéral ? PAGEREF _Toc121899098 \h 94
HYPERLINK \l "_Toc121899099" 3- Territoire, gouvernance et stratégie : un nouveau discours sur la méthode ? PAGEREF _Toc121899099 \h 96
HYPERLINK \l "_Toc121899100" Lintégration de lintérêt des entreprises par les pouvoirs publics locaux PAGEREF _Toc121899100 \h 97
HYPERLINK \l "_Toc121899101" Les limites techniques et démocratiques du modèle de la régulation économique territorialisé PAGEREF _Toc121899101 \h 99
HYPERLINK \l "_Toc121899102" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899102 \h 102
HYPERLINK \l "_Toc121899103" Conclusion de Section PAGEREF _Toc121899103 \h 102
HYPERLINK \l "_Toc121899104" Conclusion de la 1ère Partie PAGEREF _Toc121899104 \h 105
HYPERLINK \l "_Toc121899105" Deuxième partie : La régulation économique sous domination étatique (1950-1980) PAGEREF _Toc121899105 \h 107
HYPERLINK \l "_Toc121899106" Section 1 : LA POLITIQUE ECONOMIQUE NATIONALE ET SES DECLINAISONS A LYON PAGEREF _Toc121899106 \h 111
HYPERLINK \l "_Toc121899107" I - Cadre référentiel, principes et moyens de la politique économique française PAGEREF _Toc121899107 \h 112
HYPERLINK \l "_Toc121899108" 1- Le principe interventionniste de léconomie mixte en contexte de croissance PAGEREF _Toc121899108 \h 113
HYPERLINK \l "_Toc121899109" 2- Lencadrement de la politique économique structurelle par la planification PAGEREF _Toc121899109 \h 116
HYPERLINK \l "_Toc121899110" Une planification déconnectée des enjeux territoriaux PAGEREF _Toc121899110 \h 117
HYPERLINK \l "_Toc121899111" La régionalisation du Plan et louverture de la régulation aux logiques spatiales PAGEREF _Toc121899111 \h 118
HYPERLINK \l "_Toc121899112" Lintégration des logiques spatiales dans la régulation économique PAGEREF _Toc121899112 \h 119
HYPERLINK \l "_Toc121899113" 3- Le rôle du patronat français dans la régulation économique étatique PAGEREF _Toc121899113 \h 121
HYPERLINK \l "_Toc121899114" Le patronat français face au principe de léconomie dirigée PAGEREF _Toc121899114 \h 121
HYPERLINK \l "_Toc121899115" Une alliance de lEtat et du grand capital au service de la croissance PAGEREF _Toc121899115 \h 122
HYPERLINK \l "_Toc121899116" 4- Les moyens directs de la régulation économique structurelle étatique PAGEREF _Toc121899116 \h 124
HYPERLINK \l "_Toc121899117" La formation du secteur public et la logique de concentration économique PAGEREF _Toc121899117 \h 124
HYPERLINK \l "_Toc121899118" Les leviers financiers et réglementaires PAGEREF _Toc121899118 \h 126
HYPERLINK \l "_Toc121899119" 5- Lurbanisme et laménagement au service de la régulation économique territoriale PAGEREF _Toc121899119 \h 128
HYPERLINK \l "_Toc121899120" Planification urbaine, zones industrielles et régulation économique territoriale PAGEREF _Toc121899120 \h 129
HYPERLINK \l "_Toc121899121" La politique nationale daménagement du territoire PAGEREF _Toc121899121 \h 131
HYPERLINK \l "_Toc121899122" La consolidation du dispositif de régulation économique territoriale par la LOF PAGEREF _Toc121899122 \h 133
HYPERLINK \l "_Toc121899123" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899123 \h 134
HYPERLINK \l "_Toc121899124" II - La régulation économique étatique face au cas lyonnais PAGEREF _Toc121899124 \h 136
HYPERLINK \l "_Toc121899125" 1- Limpact limité des dispositifs financiers au niveau local PAGEREF _Toc121899125 \h 136
HYPERLINK \l "_Toc121899126" 2- Lintégration de la planification territoriale locale dans la politique nationale daménagement au service du développement économique PAGEREF _Toc121899126 \h 139
HYPERLINK \l "_Toc121899127" Le PDGU, reflet des intérêts industriels lyonnais PAGEREF _Toc121899127 \h 140
HYPERLINK \l "_Toc121899128" Les avancées territoriale et étatique du PADOG PAGEREF _Toc121899128 \h 142
HYPERLINK \l "_Toc121899129" Les impératifs tertiaire et industriel du SDAM, au service de la politique économique PAGEREF _Toc121899129 \h 143
HYPERLINK \l "_Toc121899130" La Région Urbaine de Lyon : matérialisation territoriale du projet économique de lEtat PAGEREF _Toc121899130 \h 146
HYPERLINK \l "_Toc121899131" 3- Laménagement économique de la métropole au service des grands groupes industriels et tertiaires PAGEREF _Toc121899131 \h 148
HYPERLINK \l "_Toc121899132" Répartition fonctionnelle et hiérarchisée des activités économiques sur le territoire PAGEREF _Toc121899132 \h 148
HYPERLINK \l "_Toc121899133" Un outil spatial et conceptuel à la mesure des objectifs industriels PAGEREF _Toc121899133 \h 150
HYPERLINK \l "_Toc121899134" Lopération Part Dieu, instrument de la décentralisation tertiaire souhaitée par lEtat PAGEREF _Toc121899134 \h 151
HYPERLINK \l "_Toc121899135" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899135 \h 155
HYPERLINK \l "_Toc121899136" Conclusion de section PAGEREF _Toc121899136 \h 156
HYPERLINK \l "_Toc121899137" Section 2 : LA PLACE DU SYSTEME DACTEURS LYONNAIS DANS LA CONDUITE DE LA POLITIQUE ECONOMIQUE PAGEREF _Toc121899137 \h 157
HYPERLINK \l "_Toc121899138" I Le rôle des structures patronales locales dans la régulation économique PAGEREF _Toc121899138 \h 158
HYPERLINK \l "_Toc121899139" 1- Une alliance entre patronat et pouvoirs publics plus nuancée au niveau local PAGEREF _Toc121899139 \h 159
HYPERLINK \l "_Toc121899140" 2- La représentation des intérêts économiques locaux de lagglomération lyonnaise PAGEREF _Toc121899140 \h 160
HYPERLINK \l "_Toc121899141" La Chambre de Commerce et dIndustrie de Lyon (CCIL) PAGEREF _Toc121899141 \h 161
HYPERLINK \l "_Toc121899142" Le Groupement Interprofessionnel Lyonnais PAGEREF _Toc121899142 \h 164
HYPERLINK \l "_Toc121899143" 3- Le Comité dexpansion économique lyonnais, creuset pour une capacité dexpertise économique territoriale PAGEREF _Toc121899143 \h 167
HYPERLINK \l "_Toc121899144" Les principes de lexpertise portée par le patronat lyonnais PAGEREF _Toc121899144 \h 168
HYPERLINK \l "_Toc121899145" Lintégration de linitiative dexpertise locale dans le dispositif de planification étatique PAGEREF _Toc121899145 \h 171
HYPERLINK \l "_Toc121899146" Une « guerre » de lexpertise économique perdue face à lEtat central PAGEREF _Toc121899146 \h 174
HYPERLINK \l "_Toc121899147" 4- Lévolution des relations entre le milieu économique et le pouvoir politique à Lyon PAGEREF _Toc121899147 \h 176
HYPERLINK \l "_Toc121899148" Le clientélisme municipal lyonnais PAGEREF _Toc121899148 \h 177
HYPERLINK \l "_Toc121899149" Louverture des relations aux intérêts extra-locaux PAGEREF _Toc121899149 \h 180
HYPERLINK \l "_Toc121899150" Conclusion de Chapitre PAGEREF _Toc121899150 \h 182
HYPERLINK \l "_Toc121899151" II La reconfiguration du paysage institutionnel et opérationnel PAGEREF _Toc121899151 \h 183
HYPERLINK \l "_Toc121899152" 1- Hégémonie étatique et concertation limitée dans la conduite de la politique daménagement à Lyon PAGEREF _Toc121899152 \h 184
HYPERLINK \l "_Toc121899153" 2- Les insuffisances du niveau municipal en matière de régulation économique PAGEREF _Toc121899153 \h 186
HYPERLINK \l "_Toc121899154" 3- De nouvelles structures dagglomération au service de la politique économique étatique PAGEREF _Toc121899154 \h 190
HYPERLINK \l "_Toc121899155" Avantages et limites politiques de la COURLY PAGEREF _Toc121899155 \h 190
HYPERLINK \l "_Toc121899156" De lATURVIL à lATURCO PAGEREF _Toc121899156 \h 193
HYPERLINK \l "_Toc121899157" La SERL, bras opérationnel des collectivités locales PAGEREF _Toc121899157 \h 195
HYPERLINK \l "_Toc121899158" 4- Laccompagnement spatial du développement économique PAGEREF _Toc121899158 \h 198
HYPERLINK \l "_Toc121899159" Léviction des activités industrielles hors du centre de lagglomération PAGEREF _Toc121899159 \h 199
HYPERLINK \l "_Toc121899160" Lorganisation du desserrement industriel autour de Lyon PAGEREF _Toc121899160 \h 201
HYPERLINK \l "_Toc121899161" Le développement de loffre dimplantation tertiaire PAGEREF _Toc121899161 \h 204
HYPERLINK \l "_Toc121899162" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899162 \h 207
HYPERLINK \l "_Toc121899163" Conclusion de section PAGEREF _Toc121899163 \h 208
HYPERLINK \l "_Toc121899164" Section 3 : VERS LA TERRITORIALISATION DE LA REGULATION ECONOMIQUE SPATIALE PAGEREF _Toc121899164 \h 211
HYPERLINK \l "_Toc121899165" I Le désengagement de lEtat des affaires économiques lyonnaises PAGEREF _Toc121899165 \h 212
HYPERLINK \l "_Toc121899166" 1- Léchec de la décentralisation industrielle et tertiaire PAGEREF _Toc121899166 \h 212
HYPERLINK \l "_Toc121899167" Des complexes industriels régionaux inadaptés aux réalités économiques PAGEREF _Toc121899167 \h 213
HYPERLINK \l "_Toc121899168" Limpact limité de la Part Dieu sur la décentralisation tertiaire PAGEREF _Toc121899168 \h 214
HYPERLINK \l "_Toc121899169" Lyon, métropole financière ? PAGEREF _Toc121899169 \h 217
HYPERLINK \l "_Toc121899170" 2- La Charte Industrielle ou le réveil du patronat lyonnais PAGEREF _Toc121899170 \h 220
HYPERLINK \l "_Toc121899171" La contestation de lexpertise économique technocratique PAGEREF _Toc121899171 \h 221
HYPERLINK \l "_Toc121899172" Un nouveau positionnement patronal hostile à linterventionnisme public PAGEREF _Toc121899172 \h 223
HYPERLINK \l "_Toc121899173" De lart et de la manière de reprendre le leadership PAGEREF _Toc121899173 \h 225
HYPERLINK \l "_Toc121899174" Remise en cause de lorganisation de la régulation économique au niveau local PAGEREF _Toc121899174 \h 228
HYPERLINK \l "_Toc121899175" 3- Le basculement dans un régime économique de crise PAGEREF _Toc121899175 \h 230
HYPERLINK \l "_Toc121899176" Thèmes et concepts de référence : de la croissance à la crise PAGEREF _Toc121899176 \h 231
HYPERLINK \l "_Toc121899177" Prémices dune territorialisation de lintervention en faveur de léconomie PAGEREF _Toc121899177 \h 232
HYPERLINK \l "_Toc121899178" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899178 \h 234
HYPERLINK \l "_Toc121899179" II - Lémergence de la politique économique lyonnaise PAGEREF _Toc121899179 \h 235
HYPERLINK \l "_Toc121899180" 1- Une nouvelle alliance entre patronat et responsables politiques lyonnais PAGEREF _Toc121899180 \h 236
HYPERLINK \l "_Toc121899181" Un positionnement hostile à la politique économique de lEtat PAGEREF _Toc121899181 \h 236
HYPERLINK \l "_Toc121899182" Missions et positionnement stratégique de lADERLY PAGEREF _Toc121899182 \h 239
HYPERLINK \l "_Toc121899183" Lorganisation du système dacteurs local au service des intérêts économiques lyonnais PAGEREF _Toc121899183 \h 241
HYPERLINK \l "_Toc121899184" 2- Lacculturation managériale des acteurs lyonnais PAGEREF _Toc121899184 \h 244
HYPERLINK \l "_Toc121899185" Louverture des responsables lyonnais à la gestion partenariale du développement économique PAGEREF _Toc121899185 \h 245
HYPERLINK \l "_Toc121899186" Gestion partenariale des problèmes économiques et conflits politiques PAGEREF _Toc121899186 \h 248
HYPERLINK \l "_Toc121899187" Le rôle pilote de lADERLY PAGEREF _Toc121899187 \h 251
HYPERLINK \l "_Toc121899188" Management et sous-traitance dans les opérations daménagement économique PAGEREF _Toc121899188 \h 254
HYPERLINK \l "_Toc121899189" Une gestion pragmatique des surfaces dactivités dans lagglomération PAGEREF _Toc121899189 \h 257
HYPERLINK \l "_Toc121899190" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899190 \h 259
HYPERLINK \l "_Toc121899191" Conclusion de Section PAGEREF _Toc121899191 \h 260
HYPERLINK \l "_Toc121899192" Conclusion de la 2ème Partie PAGEREF _Toc121899192 \h 263
HYPERLINK \l "_Toc121899193" Troisième partie : la territorialisation de la politique économique dans la métropole lyonnaise (1980-2005) PAGEREF _Toc121899193 \h 265
HYPERLINK \l "_Toc121899194" Section 1 : IMPERATIF ECONOMIQUE ET MONTEE EN PUISSANCE DES POUVOIRS PUBLICS LOCAUX DEPUIS 1980 PAGEREF _Toc121899194 \h 269
HYPERLINK \l "_Toc121899195" I Les mutations du cadre référentiel de la régulation économique PAGEREF _Toc121899195 \h 270
HYPERLINK \l "_Toc121899196" 1- La compétitivité économique territoriale au centre des politiques urbaines PAGEREF _Toc121899196 \h 270
HYPERLINK \l "_Toc121899197" 2- Lévolution du cadre législatif français (1982-2002) PAGEREF _Toc121899197 \h 272
HYPERLINK \l "_Toc121899198" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899198 \h 276
HYPERLINK \l "_Toc121899199" II Le processus de réappropriation politique de limpératif économique PAGEREF _Toc121899199 \h 276
HYPERLINK \l "_Toc121899200" 1- Les freins à lengagement économique communautaire dans les années 1980 PAGEREF _Toc121899200 \h 277
HYPERLINK \l "_Toc121899201" Divergences idéologiques au sein de la classe politique lyonnaise PAGEREF _Toc121899201 \h 278
HYPERLINK \l "_Toc121899202" Autres facteurs limitatifs de lengagement économique communautaire PAGEREF _Toc121899202 \h 280
HYPERLINK \l "_Toc121899203" La primauté des initiatives municipales en faveur de léconomie PAGEREF _Toc121899203 \h 282
HYPERLINK \l "_Toc121899204" La domination politique de la municipalité lyonnaise sur lappareil communautaire PAGEREF _Toc121899204 \h 285
HYPERLINK \l "_Toc121899205" 2- Linscription de lenjeu économique dans lagenda politique communautaire PAGEREF _Toc121899205 \h 287
HYPERLINK \l "_Toc121899206" Entre rhétorique métropolitaine et consécration légale PAGEREF _Toc121899206 \h 288
HYPERLINK \l "_Toc121899207" Léconomie au centre de la politique urbaine lyonnaise PAGEREF _Toc121899207 \h 291
HYPERLINK \l "_Toc121899208" Extension sectorielle du domaine de la lutte économique PAGEREF _Toc121899208 \h 295
HYPERLINK \l "_Toc121899209" Conclusion de Chapitre PAGEREF _Toc121899209 \h 298
HYPERLINK \l "_Toc121899210" III - Montée en puissance de la compétence économique dans lorganigramme communautaire PAGEREF _Toc121899210 \h 299
HYPERLINK \l "_Toc121899211" 1- Une difficile saisine technique de la problématique économique dans les années 1980 PAGEREF _Toc121899211 \h 300
HYPERLINK \l "_Toc121899212" 2- Anticipation dune compétence attendue (1989-1991) PAGEREF _Toc121899212 \h 301
HYPERLINK \l "_Toc121899213" 3- Le temps de lofficialisation (1992-1998) PAGEREF _Toc121899213 \h 303
HYPERLINK \l "_Toc121899214" La parenthèse SODERLY PAGEREF _Toc121899214 \h 303
HYPERLINK \l "_Toc121899215" La Direction des Affaires Economiques et Internationales PAGEREF _Toc121899215 \h 305
HYPERLINK \l "_Toc121899216" 4- La consécration des services économiques communautaires (depuis 1999) PAGEREF _Toc121899216 \h 307
HYPERLINK \l "_Toc121899217" Renforcement de la capacité daction et tentatives territoriales de la DAEI PAGEREF _Toc121899217 \h 307
HYPERLINK \l "_Toc121899218" Instauration de la TPU et redéfinition de lintérêt économique communautaire PAGEREF _Toc121899218 \h 309
HYPERLINK \l "_Toc121899219" Territorialisation de la politique économique communautaire
PAGEREF _Toc121899219 \h 312
HYPERLINK \l "_Toc121899220"
ou tentations hégémoniques de la part du Grand Lyon ? PAGEREF _Toc121899220 \h 315
HYPERLINK \l "_Toc121899221" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899221 \h 317
HYPERLINK \l "_Toc121899222" Conclusion de section PAGEREF _Toc121899222 \h 317
HYPERLINK \l "_Toc121899223" Section 2 : LA STRATEGIE COMME MODALITE DE REGULATION ECONOMIQUE TERRITORIALE PAGEREF _Toc121899223 \h 321
HYPERLINK \l "_Toc121899224" I - Lavènement de la méthode stratégique durant la décennie 1980 PAGEREF _Toc121899224 \h 322
HYPERLINK \l "_Toc121899225" 1- Quest-ce que la démarche stratégique ? PAGEREF _Toc121899225 \h 323
HYPERLINK \l "_Toc121899226" Un nouveau principe daction économique pragmatique et flexible PAGEREF _Toc121899226 \h 323
HYPERLINK \l "_Toc121899227" Une méthode daction publique adaptée à la contrainte concurrentielle PAGEREF _Toc121899227 \h 324
HYPERLINK \l "_Toc121899228" 2- Lapplication de la méthode stratégique à la politique économique lyonnaise PAGEREF _Toc121899228 \h 327
HYPERLINK \l "_Toc121899229" Lurbanisme et laménagement au service du développement économique territorial PAGEREF _Toc121899229 \h 328
HYPERLINK \l "_Toc121899230" Entre urbanisme économique et stratégie de positionnement international PAGEREF _Toc121899230 \h 330
HYPERLINK \l "_Toc121899231" Sous-traitance et partenariat, solutions à la quête de pragmatisme économique PAGEREF _Toc121899231 \h 333
HYPERLINK \l "_Toc121899232" 3- La planification stratégique, pivot du développement économique local PAGEREF _Toc121899232 \h 336
HYPERLINK \l "_Toc121899233" Une nouvelle culture partagée de laction publique PAGEREF _Toc121899233 \h 337
HYPERLINK \l "_Toc121899234" Une vision stratégique de la planification urbaine portée par les acteurs économiques PAGEREF _Toc121899234 \h 339
HYPERLINK \l "_Toc121899235" LAGURCO, vecteur de lacculturation stratégique de la puissance publique locale PAGEREF _Toc121899235 \h 342
HYPERLINK \l "_Toc121899236" Lessence stratégique du projet de schéma directeur « Lyon 2010 » PAGEREF _Toc121899236 \h 345
HYPERLINK \l "_Toc121899237" Une déclinaison spatiale et multisectorielle des enjeux de développement économique PAGEREF _Toc121899237 \h 347
HYPERLINK \l "_Toc121899238" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899238 \h 350
HYPERLINK \l "_Toc121899239" II - Lintégration fonctionnelle des politiques urbaines PAGEREF _Toc121899239 \h 352
HYPERLINK \l "_Toc121899240" 1- Projet urbain et globalisation de laction publique au service du développement économique PAGEREF _Toc121899240 \h 353
HYPERLINK \l "_Toc121899241" La dimension économique du projet urbain PAGEREF _Toc121899241 \h 354
HYPERLINK \l "_Toc121899242" La mise en uvre opérationnelle des projets urbains stratégiques PAGEREF _Toc121899242 \h 356
HYPERLINK \l "_Toc121899243" Les missions territoriales, vecteurs de transversalité et de proximité dans laction publique PAGEREF _Toc121899243 \h 360
HYPERLINK \l "_Toc121899244" 2- Difficultés de mise en cohérence développement urbain / développement économique PAGEREF _Toc121899244 \h 364
HYPERLINK \l "_Toc121899245" Vertus intégratives de laménagement des surfaces dactivités PAGEREF _Toc121899245 \h 364
HYPERLINK \l "_Toc121899246" Renouvellement urbain et développement économique PAGEREF _Toc121899246 \h 366
HYPERLINK \l "_Toc121899247" Le cloisonnement sectoriel de laction économique communautaire PAGEREF _Toc121899247 \h 369
HYPERLINK \l "_Toc121899248" Un problème de compétences techniques en matière daction économique ? PAGEREF _Toc121899248 \h 373
HYPERLINK \l "_Toc121899249" 3- De lanimation territoriale au développement économique décentralisé PAGEREF _Toc121899249 \h 376
HYPERLINK \l "_Toc121899250" La réorganisation territorialisée de lintervention économique PAGEREF _Toc121899250 \h 377
HYPERLINK \l "_Toc121899251" Avantages et limites du développement économique territorialisé PAGEREF _Toc121899251 \h 382
HYPERLINK \l "_Toc121899252" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899252 \h 384
HYPERLINK \l "_Toc121899253" Conclusion de section PAGEREF _Toc121899253 \h 385
HYPERLINK \l "_Toc121899254" Section 3 : CONFIGURATIONS ET LIMITES DE LA NOUVELLE GOUVERNANCE ECONOMIQUE LYONNAISE PAGEREF _Toc121899254 \h 389
HYPERLINK \l "_Toc121899255" I Le repositionnement contraint des organismes à vocation économique PAGEREF _Toc121899255 \h 390
HYPERLINK \l "_Toc121899256" 1- Le rôle pilote des acteurs économiques dans les années 1980 PAGEREF _Toc121899256 \h 391
HYPERLINK \l "_Toc121899257" LADERLY au cur de la conception stratégique de la politique économique territoriale PAGEREF _Toc121899257 \h 391
HYPERLINK \l "_Toc121899258" Accueil, promotion, internationalisation et rhétorique technopolitaine PAGEREF _Toc121899258 \h 394
HYPERLINK \l "_Toc121899259" Expertise économique et vision stratégique du développement économique local PAGEREF _Toc121899259 \h 397
HYPERLINK \l "_Toc121899260" 2- La subordination des structures représentatives des intérêts économiques au Grand Lyon PAGEREF _Toc121899260 \h 400
HYPERLINK \l "_Toc121899261" Les structures patronales, acteurs incontournables du développement économique local
PAGEREF _Toc121899261 \h 400
HYPERLINK \l "_Toc121899262"
Soumis à la concurrence de nouveaux organismes de représentation des entreprises
PAGEREF _Toc121899262 \h 403
HYPERLINK \l "_Toc121899263"
et progressivement relégués au second plan par la DAEI du Grand Lyon PAGEREF _Toc121899263 \h 407
HYPERLINK \l "_Toc121899264" 3- La gouvernance économique lyonnaise PAGEREF _Toc121899264 \h 411
HYPERLINK \l "_Toc121899265" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899265 \h 414
HYPERLINK \l "_Toc121899266" II Linstauration de relations directes entre le Grand Lyon et les entreprises PAGEREF _Toc121899266 \h 415
HYPERLINK \l "_Toc121899267" 1- Un nouveau rapport du politique aux entreprises PAGEREF _Toc121899267 \h 415
HYPERLINK \l "_Toc121899268" 2- Du partenariat public/privé à lintégration de lintérêt des entreprises PAGEREF _Toc121899268 \h 417
HYPERLINK \l "_Toc121899269" Le recours aux entreprises privées dans laménagement urbain PAGEREF _Toc121899269 \h 418
HYPERLINK \l "_Toc121899270" Un cas décole, la Cité Internationale PAGEREF _Toc121899270 \h 419
HYPERLINK \l "_Toc121899271" Une participation accrue des acteurs économiques à la planification urbaine PAGEREF _Toc121899271 \h 422
HYPERLINK \l "_Toc121899272" Les entreprises, cibles, partenaires et vecteurs directs du développement économique territorialisé PAGEREF _Toc121899272 \h 425
HYPERLINK \l "_Toc121899273" Du SDE au GLEE : lavènement de lintérêt des entreprises au cur de la politique économique PAGEREF _Toc121899273 \h 429
HYPERLINK \l "_Toc121899274" 3- Limites politiques de lintégration de lintérêt des entreprises par le Grand Lyon PAGEREF _Toc121899274 \h 434
HYPERLINK \l "_Toc121899275" Contradictions entre les objectifs spatiaux de laction publique et le développement économique PAGEREF _Toc121899275 \h 435
HYPERLINK \l "_Toc121899276" Le développement économique territorialisé au risque de la représentation démocratique PAGEREF _Toc121899276 \h 439
HYPERLINK \l "_Toc121899277" Poursuite de lintérêt général ou défense de lintérêt des entreprises ? PAGEREF _Toc121899277 \h 445
HYPERLINK \l "_Toc121899278" Conclusion de chapitre PAGEREF _Toc121899278 \h 449
HYPERLINK \l "_Toc121899279" Conclusion de section PAGEREF _Toc121899279 \h 450
HYPERLINK \l "_Toc121899280" Conclusion de la 3ème Partie PAGEREF _Toc121899280 \h 453
HYPERLINK \l "_Toc121899281" Conclusion PAGEREF _Toc121899281 \h 455
HYPERLINK \l "_Toc121899282" Bibliographie générale PAGEREF _Toc121899282 \h 461
HYPERLINK \l "_Toc121899283" Table des matières PAGEREF _Toc121899283 \h 481
www.unine.ch/geographie/download/geoeco/Geoeco6.pdf.
Pour plus de précision concernant le processus de maturation et dadaptation des structures productives locales au progrès technologique, et de façon générale pour une présentation historique plus complète du système productif lyonnais, nous renvoyons le lecteur aux ouvrages suivants :
Bayard F. et Cayez P., 1990, Histoire de Lyon. Des origines à nos jours, 2 tomes, Editions Horvath.
Kleinclausz A. (dir.), 1948-1952, Histoire de Lyon, 4 tomes, P. Masson.
Latreille A. (dir.), 1988, Histoire de Lyon et du Lyonnais, Privat, 519 p.
Source : www.entreprendre.grandlyon.com.
Les 11 fonctions stratégiques identifiées par P. Beckouche et F. Damette (1993) sont : la gestion, la recherche industrielle, le commerce industriel, linformatique, la recherche, linformation, les services aux entreprises, la banque et lassurance, le commerce de gros, les télécommunications et les transports.
Le périmètre détude dun rayon de 45 km autour de Lyon correspond à la zone où est obtenue légalité comptable entre les emplois et les actifs.
Indice de spécificité = poids du secteur dans la zone / poids du secteur en Rhône-Alpes. Un indice supérieur à 1 indique une spécialisation de la zone dans ce secteur dactivité.
Voir en particulier la carte établie selon 16 critères économiques, démographiques et culturels daprès les travaux du GIP Reclus pour la DATAR.
Daprès une étude la CCIL sur le tourisme urbain en région lyonnaise.
Luniversité lyonnaise na été créée quen 1896.
Voir Maillat D. (1999) et Pecqueur B. (2000), qui basent leurs travaux sur des études de cas situées plutôt en dehors des grandes villes, i.e. en milieu rural et dans des villes petites ou moyennes.
Selon le Petit Robert.
Définition du Petit Robert.
Le nouveau périmètre du SCOT à létude couvre 72 communes (55 du Grand Lyon et 17 extérieures, qui ne sont pas toutes les mêmes que celles du périmètre du SD : Brignais, Chaponost et Vourles en sont sorties, tandis que Communay, Givors, Grigny et Ternay y sont entrées).
Daprès le Petit Robert.
Ce paragraphe est essentiellement inspiré de lintervention de J.-P. Gaudin lors des Journées détudes des 13 et 14 mai 2004, Quelle sociologie pour une « sociologie de laction publique » ?, Laboratoire RIVES, ENTPE, Vaulx-en-Velin (Rhône, France).
Terme emprunté à P. Amphoux (Linossier, Jaton, 2004).
Peterson P. (1981) et Moloch H. (1976), (Jouve B., 2000).
Stone C. et Elkin S. au milieu des années 1980 (Jouve B., 2000).
Sur cette aspect, et pour un complément sur les stratégies dintervention économique : Demazière C. (éd.), 1996, Du local au global. Les initiatives locales pour le développement économique en Europe et en Amérique, LHarmattan.
Saraceno C., Bonny Y., Garcia M., Guftasson B., Mingione E., Oberti M., Pereirinha J., Voges W. (eds), « Evaluation of social policies at the local urban level : income support for the able bodied », Research report for DX XII, European Union, 1998.
Barbarisme issu de la compression des termes « coopération » et « compétition », qui sont les nouveaux paradigmes de la gestion publique locale (Bouinot, Bermils, 1995).
Il existe depuis 1949 une Direction de lAménagement du Territoire au sein du Ministère de la Reconstruction et du Logement.
Décret du 31 décembre 1958.
Les huit métropoles déquilibre sont : Lyon Saint Etienne Grenoble, Bordeaux, Marseille Aix-en-Provence Delta du Rhône, Metz Nancy - Thionville, Lille Roubaix Tourcoing, Strasbourg, Toulouse, Nantes Saint Nazaire (Laborie, Langumier, De Roo, 1985).
Le gouvernement de Vichy a ordonné la dissolution de la Confédération Générale de la Production Française en 1940, quil remplace par les Comités dOrganisation industrielle. Les CO ont pour but de relancer lactivité industrielle par une planification par branches. A la Libération, ils servent de point dappui pour la reconstruction du mouvement patronal.
Président dune entreprise moyenne, notable et résistant lyonnais (il assure lintérim à la Mairie de Lyon après la destitution dE. Herriot par le gouvernement de Vichy, avant dêtre arrêté et déporté), il participe à la fondation du Comité Interprofessionnel Lyonnais après la Libération. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône (dépouillement réalisé par R. Linossier en avril 2004).
Il fonde lAssociation de la Libre Entreprise en 1947 et le Conseil des Fédérations Industrielles dEurope en 1949, dont il est le 1er président.
G. Villiers cède la présidence à P. Huvelin.
Ces rédacteurs (A. Roux et P. Huvelin notamment) constituent la « relève » au sein des dirigeants du CNPF.
14 septembre 1954.
10 novembre 1954.
30 juin 1955.
Loi Cornudet de 1919 prévoyant des plans dembellissement et dextension pour les villes de plus de 10 000 habitants, complétée en 1924, puis en 1935 par ladoption de la notion de « groupement de communes »
Ordonnance du 23 octobre 1958.
Décrets du 14 février 1963.
Ils sont intégrés aux Directions Départementales de lEquipement, créées par le nouveau Ministère en 1966.
Fusion des ministères des Travaux Publics et de la Construction au sein du Ministère de lEquipement.
Société de Développement Régional, créée en 1955.
Exonération partielle ou totale de la taxe professionnelle pendant 5 ans et réduction des droits de mutation, en fonction du nombre demplois créés.
La commission dagrément de la région lyonnaise est présidée par Claudius-Petit, et assure le rôle dune commission durbanisme donnant ou non son accord aux projets dimplantations industrielles nouvelles. La même procédure dagrément est par contre maintenue dans la région parisienne après 1971.
Lagglomération stéphanoise est également contactée mais naccepte de sengager dans une démarche commune de planification urbaine avec Lyon que plus tard, après la reprise en main de la politique daménagement régional par la DATAR (1963) et la création de lOREAM.
Ministère de lEquipement, DATAR.
Saint Etienne et Grenoble ont également leur propre schéma au sein du SDAM.
Groupe Central de Recherche.
Les zones industrielles aménagées alors dans lagglomération lyonnaise nexcèdent pas 200 ha dun seul tenant (voir infra, Section 2).
La Bourse de Lyon est la première de province et la plus ancienne de France, sa création datant dune ordonnance royale du XVème siècle.
British Petroleum.
3 grandes barres de logements, la nouvelle bibliothèque municipale, la Maison de la Radio (ORTF), lauditorium M. Ravel, le centre régional de gestion EDF, des administrations publiques et parapubliques (Cité Administrative dEtat).
Confédération Général des Petites et Moyennes Entreprises.
Elles adoptent lintitulé « Chambre de Commerce et dIndustrie » à cette occasion.
Le patronat industriel lyonnais, rassemblé au sein du GIL, sassure le contrôle politique de la CCIL en encourageant ses membres à se présenter systématiquement aux élections consulaires.
Le plus emblématique est celui du groupe Rhône-Poulenc formé en 1969.
Statuts publiés au Journal Officiel du 21 février 1946. Source : archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Assemblée générale du CIL du 22 mars 1958, Résolutions et rapports, Bosc Frères, 27 p. Source : archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Assemblée Générale du GIL du 10 juin 1960, Bosc Frères, 61 p. Source : archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Edouard AYNARD est une figure emblématique de la droite libérale du début du 20ème siècle à Lyon.
Jean-Baptiste SAY (1767-1832), banquier, journaliste, industriel et économiste lyonnais, a marqué lhistoire de la pensée économique en professant la doctrine du libre-échange dans son «Traité d'économie politique ou Simple Exposé de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses» (1803) et dans son « Cours complet d'économie politique pratique : ouvrage destiné à mettre sous les yeux des hommes d'état, des propriétaires fonciers et des capitalistes, des savants, des agriculteurs, des manufacturiés, des négociants, et en général de tous les citoyens, l'économie des sociétés » (1828-1830). Il a été professeur au CNAM puis au Collège de France.
Fédération de la Soierie et Syndicat des Fabricants de Soieries et Tissus de Lyon, Groupement Professionnel Auxiliaire du Moulinage, Groupement Professionnel de lIndustrie Cotonnière de la région Sud-Est, Groupement des Syndicats Patronaux des Industries Chimiques et Connexes de la région lyonnaise, Chambre syndicale des Industries Métallurgiques du Rhône
Centre lyonnais détudes et de gestion des entreprises.
Association Lyonnaise dEnseignement Scientifique, Technique et Economique.
Conservatoire National des Arts et Métiers.
Association pour la Formation Professionnelle dans les Industries Chimiques.
Assemblée générale du GIL du 10 juin 1960, Op. Cit.
Idem, p.6.
R. Poisson (Président du Syndicat des Entrepreneurs du Bâtiment et des Travaux Publics du Département du Rhône), R. Truchot (Président du CIL et Président dhonneur du Syndicat des Fabricants de Soieries et de Tissus de Lyon), F. Traverse (Président de la Chambre syndicale des Industries métallurgiques du Rhône)
Société des Films Lumière, spécialisée dans les plaques, pellicules et papiers photographiques.
Cette banque contribue à la croissance économique daprès-guerre en poursuivant une politique dexpansion dans le cadre dune « concurrence aménagée » (loi de nationalisation du 2 décembre 1945), par le rachat de banques locales, la création de succursales, la prise de participation dans des entreprises et le concours financier dans diverses sociétés, comités détudes et banques daffaires.
Banquier et géographe installé à Lyon.
Notamment à Reims et à Metz où des Comités daménagement analogues à celui de Lyon ont déjà vu le jour.
Procès-verbal de lAssemblée Générale ordinaire du Comité pour lAménagement du Territoire de la Région lyonnaise du 28 mars 1955. Source : Archives J. Labasse, IUL.
Cette association lyonnaise créée au début des années 1940 est spécialisée techniquement et scientifiquement dans ce type de travail. Elle présente pour les responsables du Comité lavantage dêtre indépendante statutairement et forte dune bonne expérience en la matière.
La future Région Urbaine de Lyon (RUL) définie par lOREAM en 1970. Cette région immédiate de Lyon est comprise dans un périmètre délimité par Beaujeu, Chatillon, Villars-en-Dombes, Ambérieu, Morestel, Pont-de-Bonvoisin, la Côte-Saint-André, Beaurepaire, Saint-Vallier, Annonay, Rive-de-Gier, Chazelles et Thizy.
La grande région Centre Sud-est, comprise entre Tournus au Nord, Montélimard au Sud, le Puy et Langogne au Sud Ouest, les Monts du Forez et de la Madeleine à lOuest, la frontière alpine à lEst. Ce périmètre, ramené à 8 départements, servira de référence pour délimiter la région Rhône-Alpes en 1972.
Cest le Comité Régional dExpansion économique du Centre-Sud Est, rassemblant tous les comités départementaux de la grande région lyonnaise (Rhône-Alpes), qui soccupe de la préparation du PAR à partir de 1956.
Six branches principales sont identifiées : BTP, chimie, métallurgie, textile, alimentation et divers.
Propos du Ministre.
Journal Officiel du 2 juillet 1955.
Ministère de la Construction, CGP, CDC, Inspection Régionale de lEconomie Nationale.
La préparation des dossiers du FDES et le suivi de la décentralisation industrielle sont assurés au niveau local par lAssociation Rhodanienne dorientation et détudes économiques et financières, créée en 1957 par les chambres consulaires, les organisations interprofessionnelles et les comités daménagement de la région lyonnaise pour aider laction des municipalités et de la SERL.
Procès-verbal de lAssemblée Générale extraordinaire du 28 mars 1955 du Comité pour lAménagement du Territoire de la Région lyonnaise. Source : Archives J. Labasse, IUL.
M. Hermans, directeur de la CIBA et vice-président du Groupement des Syndicats Patronaux des Industries Chimiques et Connexes de la région lyonnaise.
M. Laferrère, en conclusion à lexposé des travaux du Comité.
En 1967, ils sont regroupés au sein du CERAU.
Le Comité pour laménagement et lexpansion économique de la région lyonnaise publie une revue trimestrielle entre 1962 et 1970 (24 numéros), intitulée « Connaissance de léconomie lyonnaise ». Elle cesse de paraître en 1970.
Edouard Herriot est maire de Lyon de 1905 à 1957, avec une interruption entre 1941 et 1945 imposée par le gouvernement de Vichy.
Conseil Général du Rhône.
Société dEnseignement Professionnel du Rhône.
Institut National des Sciences Appliquées.
Cercle de lUnion, Cercle du Commerce, Rotary Club.
Edouard AYNARD est une figure emblématique de la droite libérale du début du 20ème siècle à Lyon.
Le Parti Républicain pour la Liberté (PRL) rassemble les défenseurs français du capitalisme libéral et de la démocratie représentative de 1945 à 1951.
F. Collomb le choisit nomme adjoint à la culture de la Ville de Lyon en 1976.
Le Cercle de lUnion, créé durant la Première guerre mondiale pour limiter la fragilisation des élites locales, constitue depuis la Libération la principale association de chefs dentreprises et le lieu central de lintégration sociale des milieux industriels et daffaires lyonnais.
Aménagement de la voie fluviale Rhin-Rhône, réalisation dun pipe-line reliant Fos (Lavera) à Karlsruhe en Allemagne.
Egalement président de la Société Routière du Midi, administrateur de la Cie Lyonnaise Immobilière et de la Société du tunnel de Fréjus.
Cité Administrative dEtat, Hôtel de la COURLY, auditorium, bibliothèque municipale, halles centrales, station de métro.
Immeubles PDG, M+M, UAP, Caisse dEpargne.
Entreprise de gravure chimique pour la fabrication de plaques métalliques, installée à Gerland.
Charles Béraudier est le premier président du Conseil Régional Rhône-Alpes dans les années 1970.
Respectivement C. Delfante (Atelier durbanisme de la Ville de Lyon) et J. Meyer (Ministère de la Reconstruction et du Logement).
Préfets des 3 départements concernés et directeurs départementaux du Ministère de la Construction.
Préfets et représentants ministériels.
Notamment la création et lexploitation de services à caractère industriel ou social trop peu rentables pour intéresser le secteur privé (transports, distribution de leau et de lénergie, loisirs collectifs).
Cantons de Rillieux (5 communes) et de Meyzieu (8 communes), qui comportent dimportantes zones industrielles accueillant le desserrement des entreprises industrielles lyonnaises.
A lexception de lopposition communiste, les socialistes sétant rangés aux côtés des radicaux herriotistes et de la droite lyonnaise depuis 1945.
Ils sont délégués par les communes membres sur la base dun représentant pour 15 000 habitants, ce qui contraint les plus petites communes à se regrouper pour être représentées.
Daprès le compte rendu du Conseil communautaire présenté dans le Bulletin officiel de la COURLY, octobre, 1972.
Architecte-urbaniste de lEtat, Ministère de la Construction.
Centre dEtudes et de Recherche sur lAménagement Urbain, bureau détudes rattaché à la Caisse des Dépôts et Consignations, remplace le SEDES à partir de 1968.
Lenquête concerne les entreprises industrielles de plus de 50 salariés. Les PME-PMI et structures artisanales sont laissées de côté car elles ne sont pas présumées concernées par les problématiques de transfert spatial. Elle porte sur les besoins spécifiques (énergie, eau, communications
), sur le nombre de salariés et les besoins éventuels en logement des entreprises pour leur personnel, en cas de transplantation, dextension ou de regroupement spatial des établissements.
Bureau détudes spécialisé sur les problèmes de déplacement et de circulation.
Les zones industrielles, 6 p., Rapport dactylographié annexé au dossier concernant laménagement de la zone industrielle de Loyettes Saint-Vulbas (Ain). Source : Archives J. Labasse (IUL).
Ce nombre et les suivants correspondent aux volumes totaux de surfaces enregistrés à léchelle du périmètre « pôle de Lyon » dans létude du CRAI (1977), auxquels nous avons soustrait les surfaces situées dans les ZI de Trévoux et Reyrieux (Ain) soit environ 80 ha , car celles-ci sont comptabilisées avec le pôle de Lyon mais ne font pas partie de la COURLY.
La ZI de Chaponost se spécialise dans la production métallurgique légère, celles de Brignais et Lentilly dans la logistique industrielle.
Immobilière Construction de Paris : SEFIMEG, COFIMEG.
Le troisième est rattaché à la dynamique de développement de la région urbaine stéphanoise dans la plaine du Forez. Il est situé dans la Loire (Andrézieux-Bouthéon).
Gare de triage de Sibelin (SNCF), usine hydroélectrique et écluse de Pierre-Bénite (Compagnie Nationale du Rhône), autoroute A7, Port industriel et fluvial E. Herriot à Gerland (Lyon).
Rhodiaceta, RP Chimie, RP Spécia.
Institut Français du Pétrole à Feyzin, usine expérimentale dAthochem au 1/5ème à Pierre-Bénite, Centre de recherche des Carrières Rhône-Poulenc à St Fons,
Rhône-Poulenc, Shell Chimie, Chimiotechnic, Société Lumière SA/LIFORD (CIBA-GEICY), Société Chimique de Gerland (BP), Fil Dynamo (Général Electrics), Société des Electrodes, Société Industrielle Générale de Mécanique Appliquée (Rexroth), RVI (Renault), etc.
Fonds National pour lAménagement Foncier et lUrbanisme.
Société lyonnaise de BTP.
VALORIND du groupe Société Générale, SNCT du Groupe Paribas et Peachey Poperty Corporation Ltd.
Société des Centres Commerciaux du groupe Balkany et Solal.
SCC Balkany, UNIF du groupe SUEZ et Crédit Lyonnais.
Certains occupent toutefois une partie des surfaces de bureaux.
En 1967, le programme de lopération du Ministère de lEquipement ne prévoit que 50 000 à 80 000 m² de surfaces commerciales, conformément aux préconisations du Cabinet international Larry Smith. Une nouvelle étude de marché commandé en 1971 par la SCC Balkany Solal, promoteur du centre commercial, permet de monter sa surface à 110 000 m², au détriment des programmes immobiliers de bureaux privés (150 000 m² au lieu de 200 000 m², malgré les reports de surface utile opérés suite à la révision à la baisse du programme de tours, les 225 000 m² de surfaces publiques étant par ailleurs intouchables car déjà entièrement réalisés) (SERL, 1988).
Société Civile Immobilière.
SCC Balkany.
« télé-midi » (Information Première) du 6 mai 1971.
Lémission présente des reportages sur Lyon et un débat sur la place de Lyon dans lEurope industrielle, auquel participent notamment le ministre de lEquipement A. Chalandon, le maire de Lyon L. Pradel, des journalistes lyonnais et des représentants de la population lyonnaise (Bulletin dinformation de la SERL, mai 1971).
La société bancaire BSN sest en effet heurtée à un véritable mur lorsque son PDG, le lyonnais A. Riboud, a envisagé un replis massif de ses activités et des quelques 400 employés de son siège social parisien sur la région lyonnaise en 1968 (source : bulletin dinformation de la SERL, n°1, mars 1971).
Banque Nationale de Paris.
Union des Assurances Parisiennes.
Suez, Banque de Paris et des Pays-Bas, Discount Bank, Westminster Forein Bank, Bank of America en 1969, Chase Manhattan Bank en 1971, Banco di Roma dès 1950, Banco Popular Espanol en 1970, Banques de Bilbao et Franco-Portugaise en 1971.
Commission Locale dAménagement et dUrbanisme.
Le Centre dEtudes et de Recherche sur lAménagement Urbain est affilié à la Caisse des Dépôts et Consignations, qui participe à son financement, par le biais du groupe de la Société Centrale dEquipement du Territoire.
Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône (dépouillement réalisé par R. Linossier en avril 2004).
Extrait dun courrier adressé par M. Hermans (président du syndicat des industries chimiques de la région lyonnaise et du Comité dexpansion régional) à M. De Valence (président du GIL et du syndicat du BTP lyonnais), septembre 1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
« Politique industrielle et commerciale de lagglomération lyonnaise Remise dune brochure », Bulletin officiel de la COURLY, octobre 1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône
Perrin P., Trassoudaine L., « Quelques absences remarquée à la COURLY qui adopte, à lunanimité, la création de lADERLY », LEcho Liberté, 23/04/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Extrait dun courrier adressé par le directeur du GIL aux responsables syndicaux de branche et à divers chefs dentreprises en décembre 1971. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Extrait dun courrier adressé par le président de la CCIL à C. Delafante, responsable de lATURCO, en janvier 1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
« Trois études régionales vers une Charte industrielle lyonnaise », Bref Rhône-Alpes, 05/07/1972, pp.1-2. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Idem.
Masson J.-P., « Lyon va se doter dune Charte de développement industriel », LEcho Liberté, 11/07/1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Trassoudaine L., « Les dossiers de la rentrée : créer des emplois. Un projet pour industrialiser lOuest lyonnais », LEcho Liberté, 16/09/1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Trassoudaine L., « La Charte de développement industriel de lagglomération lyonnaise : le passage obligé de lexpansion », LEcho Liberté, 26/09/1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Cadoret J.-P., « Lyon : lindustrie dans la ville », LUsine Nouvelle, n°43, 26/10/1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
« La Communauté urbaine et la politique industrielle de lagglomération lyonnaise », Le Progrès, 20/09/1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Résumé du discours du Délégué à lAménagement du territoire lors du Colloque de lAssociation Bureaux-Provinces de décembre 1977.
« Politique industrielle et commerciale de lagglomération lyonnaise Remise dune brochure », Bulletin officiel de la COURLY, octobre 1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Cadoret J.-P., « Lyon : lindustrie dans la ville », LUsine Nouvelle, n°43, 26/10/1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
R.L.M., « LADERLY : Restons Lyonnais », LUsine Nouvelle, Novembre 1973. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
La région urbaine de Lyon correspond approximativement au bassin demploi de Lyon défini par lINSEE. Elle intègre cependant Vienne et Villefranche-sur-Saône qui ne sont pas dans le bassin.
Bonnot J.-L., « Lyon en quête dusines », Vie française, 26/07/1973. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Commercialisation de produits, fabrications complémentaires, sous-traitance, échanges
J. Chemain, responsable du Bureau de développement économique de la CCIL et directeur de lADERLY, est également président dInnovexpert.
Chemain J., « LADERLY au service de la région lyonnaise et de la région Rhône-Alpes », Entreprises Rhône-Alpes », juin 1974, p.35. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
« Adoption des statuts à la COURLY à lunanimité », Bref Rhône-Alpes, 01/05/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Masson J.-P., « Lyon redécouvre sa vocation industrielle », Le Progrès, 07/05/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
« Adoption des statuts à la COURLY à lunanimité », Bref Rhône-Alpes, 01/05/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Conférence de presse organisée par L. Pradel le 9 juillet 1973. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Compagnie Générale dElectricité.
Péchiney Ugine Kuhlmann.
Trassoudaine L., « Les dossiers de la rentrée : créer des emplois. Un projet pour industrialiser lOuest lyonnais », LEcho Liberté, 16/09/1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Trassoudaine L., « Les zones industrielles : lextension de Meyzieu (80 hectares) présentée ce soir, à la Communauté urbaine. Le dossier St-Priest Mi-Plaine en préparation », LEcho Liberté, 25/09/1972. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
« Communauté urbaine : avec lADERLY, une association avec le patronat lyonnais », LHumanité Dimanche, 07/05/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
« Laffaiblissement du développement économique de la région en débat à loccasion de ladhésion de la Communauté urbaine à lADERLY », Lessentiel Lyon Région, 30/04/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Propos cités dans larticle « Communauté urbaine : avec lADERLY, une association avec le patronat lyonnais », LHumanité Dimanche, 07/05/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
COURLY, « Extrait du procès-verbal de la séance du conseil communautaire du 25 juin 1979. n°79-1.990 Subvention accordée à lADERLY (commission des affaires économiques, industrielles et commerciales et commission des finances) ». Source : Dossier ADERLY - Archives du Grand Lyon.
Ce sont déjà les deux représentants de la COURLY au conseil de direction de lADERLY « 1ère formule ».
Propos de M. Fischer, COURLY, « Extrait du procès-verbal de la séance du conseil communautaire du 25 juin 1979. n°79-1.990 Subvention accordée à lADERLY (commission des affaires économiques, industrielles et commerciales et commission des finances) ». Source : Dossier ADERLY - Archives du Grand Lyon.
Propos de C. Hernu, Maire de Villeurbanne, COURLY, « Extrait du procès-verbal de la séance du conseil communautaire du 25 juin 1979. n°79-1.990 Subvention accordée à lADERLY (commission des affaires économiques, industrielles et commerciales et commission des finances) ». Source : Dossier ADERLY - Archives du Grand Lyon.
Idem.
Extrait dun courrier adressé par le président de la CCIL au président du GIL en juin 1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
J. Chemain est recruté par la CCIL en 1971 pour soccuper de la création de laéroport international de Satolas, inauguré en 1976.
Trassoudaine L., « LADERLY va devenir opérationnelle : un travail difficile », LEcho Liberté, 15/01/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Pierron R., « Les entreprises et les hommes de la vie économique. Objectifs prioritaires de laction de lADERLY : accueil du tertiaire et qualité du développement », Le Progrès, 05/11/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Propos de M. Soulier, rapporteur, COURLY, « Extrait du procès-verbal de la séance du conseil communautaire du 25 juin 1979. n°79-1.990 Subvention accordée à lADERLY (commission des affaires économiques, industrielles et commerciales et commission des finances) ». Source : Dossier ADERLY - Archives du Grand Lyon.
Trassoudaine L., « LADERLY, première réunion attendue en juillet », LEcho Liberté, 20/06/1974. Source : Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône.
Bureau dEtudes Techniques pour lUrbanisme et lEquipement.
Filiale Rhône-Alpes du BETURE (infrastructures et aménagement urbain), assure la promotion des programmes immobiliers, en relais de la SOPREC-BETI).
Société de conseils Expression et Gestion, basée en région parisienne.
Société dEtudes pour les implantations industrielles, la promotion et la commercialisation des opérations durbanisme, basée à Paris. Elle est absorbée par le BETURE en 1968 et devient sa division commerciale à partir de 1971.
Ministère, DATAR, OREAM, réseau CDC-SCET.
Ville de Lyon, COURLY
Typologies de clientèles visées et des produits immobiliers correspondants (sièges sociaux, programmes en blanc, locaux commerciaux), contraintes de dimensionnement, propriété des sols, calendriers de réalisation, localisation par rapport aux axes de desserte...
Lun est chargé du centre commercial, lautre des bureaux.
Conseils et assistance auprès des architectes pour la conception des projets, participation aux montages financiers et juridiques des dossiers, étude des formules de gestion, veille économique et commerciale
La Part Dieu constitue un exemple novateur daménagement à vocation économique en France, décrit et analysé lors des Journées détudes sur le marketing immobilier et lurbanisme de HEC-Immobilier en 1971.
SEGESTE, 1971, Programme Part Dieu : avant-projet sur laction à mener auprès des grandes écoles, document dactylographié, non paginé. Source : Archives SERL, dépouillement réalisé par F. Menez.
La Défense, Maine-Montparnasse.
P. Cardin, par exemple.
Société Chourgnoz Publicité, société RPS Conseils.
Environnement, image de marque, ambiance, liaisons, accessibilité, restauration collective, parkings, aménagement fonctionnel des surfaces, etc.
Société Centrale Immobilière de Construction (réseau CDC).
Part Dieu Garibaldi (en référence à sa localisation), mais aussi Président Directeur Général (clin dil marketing au milieu des affaires).
La loi Le Chapelier de 1791, toujours en vigueur, nautorise lintervention directe de la puissance publique dans le domaine économique (i.e. sur le marché, quel quil soit) quen cas de carence ou de défaillance avérée de linitiative privée.
Direction des Affaires Foncières et de lUrbanisme, Ministère de lEquipement.
Administrations, services publics, commerces, entreprises.
Voir la diffusion décentralisée exceptionnelle du journal télévisé depuis la Maison de lORTF de la Part Dieu, opération de communication médiatique destinée à promouvoir le nouveau quartier daffaires au niveau national.
Les promoteurs français se fient encore majoritairement au début des années 1970 à leur expérience ou à leur intuition pour adapter leur production à la demande réelle, contrairement à leurs homologues anglo-saxons qui ont déjà adopté les nouvelles méthodes de gestion du marketing.
Dossier ADERLY, Archives du GIL-MEDEF Lyon-Rhône (dépouillement ; R. Linossier).
Le CECIM est une association loi 1901 créée en 1970 par la Société Pitance, regroupant lADERLY, la COURLY, les chambres syndicales locales des professionnels de la construction et de la promotion immobilière, des administrateurs de biens, du BTP, la Chambre des notaires du Rhône, ainsi que la plupart des agents immobiliers et promoteurs intéressés par le marché de limmobilier de lagglomération lyonnaise. Ses activités portent sur le marché du logement et sur celui des surfaces dactivités économiques. Il réalise des études statistiques et de prospective sur limmobilier. Il participe également à la défense des intérêts des professionnels de limmobilier, par la production détudes dintérêt général (économique, social, législatif et réglementaire) et lorganisation de réunions et de campagnes dinformation.
Dossier « La ville marketing », Urbanisme, n°344, septembre-octobre 2005, pp.45-74.
Circulaire du 10 septembre 1976.
Par ailleurs vice-président du CGR et député RPR du Rhône.
Bron, Chassieu, Corbas, Décines, Genas, Meyzieu, Mions, Pusignan, St Bonnet de Mure, St Priest.
Un autre adjoint municipal (également vice-président de la COURLY) se charge des relations avec luniversité et les organismes de recherche.
Club Informatique, Electronique de Lyon.
Prime Régionale à la Création dEntreprises Industrielles. En application des lois de décentralisation, les communes peuvent aider financièrement les entreprises, en complétant les primes directes accordées par la Région ou lEtat dans le respect des plafonds légaux.
La région Rhône-Alpes offre une contre garantie à cinq sociétés de caution, pouvant aller jusquà 50 % des risques financiers dune opération. La participation de la ville permet daugmenter le taux de couverture et daccroître la capacité de recours à lemprunt des PMI lyonnaises.
Taxes foncière et professionnelle.
Lycée international, jumelages, équipements daccueil touristique, grandes manifestations médiatiques, etc.
Les compétences transférées par lEtat à la commune lors de la décentralisation sont déléguées à lEPCI.
Métro, gare et quartier de la Part Dieu, palais des congrès, nouveau parc des expositions Eurexpo.
M. Noir fait partie de la Droite française, mais il appartient à une autre famille politique que le maire de Lyon, le RPR de J. Chirac, dont il a été ministre de 1986 à 1988. F. Collomb est quant à lui plus proche des centristes de lUDF, famille politique fortement ancrée dans la région lyonnaise, tenant également le CGR et la Région Rhône-Alpes à partir de 1986.
Extrait de lintroduction de F. Collomb, 1987, Bilan dactivités de la COURLY. Source : Archives du Grand Lyon.
Ain, Isère, Loire, Rhône.
Secrétariat Général à lAction Régionale (SGAR) notamment, qui remplace lOREAM à partir de la fin des années 1970 sur le périmètre de la RUL. Il est rattaché à la Préfecture de la Région Rhône-Alpes.
Résultat détudes commandées par la Préfecture de Région à des organismes détudes (Beckouche, Davezies, Schébath, 1993 ; Beckouche, Davezies, 1993b).
Il préside également le SEPAL, syndicat détudes chargé de lélaboration du nouveau schéma directeur de lagglomération lyonnaise (voir infra, Section 2).
G. Besson soccupe du contrôle de gestion, des finances et des affaires économiques, F. Pons et C. Boiron, adjoint au maire chargé du développement économique et des relations internationales durant une partie du mandat, apportent leur connaissance du monde économique, M. Rivoire (ingénieur TPE) gère lurbanisme, les grands projets et les déplacements urbains.
Greater London, Greater Manchester, Greater Philadelphia, Greater Cincinnati.
Grand Lyon, Plan de mandat 1995-2001. 5 sur 5, Les documents thématiques des 55 communes du Grand Lyon, p.4, non daté.
R. Barre est notamment agrégé déconomie, diplômé de lInstitut dEtudes Politiques de Paris et professeur déconomie. Après avoir été Vice-président de la Commission européenne, il a été Ministre du commerce extérieur, Premier Ministre et Ministre de léconomie et des finances de Valéry Giscard dEstaing.
J. Moulinier, vice-président chargé de lurbanisme sous le mandat de F. Collomb et vice-président chargé des systèmes dinformation, des nouvelles technologies et des implantations tertiaires et administratives sous le mandat de M. Noir. Il est ainsi fortement impliqué dans laccompagnement par la COURLY du premier Plan dAction Technopole piloté par la CCIL et lADERLY à partir de 1984 (voir infra). Après la refonte des services en 1998 suite au lancement du Plan Technopole et de la Mission Prospective et Stratégie, il devient vice-président chargé de la stratégie dagglomération, des équipements structurants, des implantations publiques depuis Paris, le recherche et de lenseignement supérieur et des relations avec la RUL, la DTA et lEPIDA.
Il sagit de J.-L. Molin, dont la thèse met en évidence le manque de synergie entre les milieux industriels et universitaires lyonnais, ainsi que la faiblesse des politiques publiques locales pour inverser cette tendance.
H. Chabert, auparavant vice-président à lurbanisme de M. Noir de 1989 à 1995. Il appartient au RPR et se présente contre R. Barre lors du scrutin municipal de 1995. Il se retrouve dans lopposition politique à léquipe de R. Barre à lissu du scrutin, ce dernier ayant choisi de sallier avec le PS plutôt quavec la famille politique de lancien maire, poursuivi par les tribunaux pour des problèmes de corruption et dabus de biens sociaux.
Entretien réalisé avec M. Bardel, Agence durbanisme pour le développement de lagglomération lyonnaise par M. Zepf (UMR 5600), le 01/12/1999.
M. Forien, proche dH. Chabert, plus précisément chargé des relations avec les entreprises, les chambres consulaires et lADERLY, du développement de lactivité économique de lagglomération et de lemploi.
Grand Lyon, 2001, Plan de mandat 2001-2007, PDF disponible sur le site web du Grand Lyon, p.11.
P.-A. Muet, auparavant conseiller de L. Jospin à Matignon.
C. Cizeron, auparavant chargé du projet de SDE au sien du cabinet de consultants Algoé (voir infra, Section 3).
Elle est confiée à lAgence Euro TSG, dirigée notamment par D. Trouxe, futur adjoint à la culture de R. Barre.
Ce poste est occupé par G. Collomb.
Dune capacité daccueil de 3 000 places, elle est située dans le prolongement du palais des congrès de la Cité Internationale.
Ex-Mission Prospective Millénaire 3 sous la mandature Barre.
Abattoirs, Marché dIntérêt National, transports urbains, parcs de stationnement et opérations durbanisme.
Archives du Grand Lyon.
Concessions et affermages, études de réalisations et conventions opérationnelles, concessions durbanisme, concessions et occupations du domaine public.
Les autres fonctions sont lhabitat (cellule chargée du Plan Local de lHabitat, des Opérations Programmées dAmélioration de lhabitat et des dossiers dagglomération), la maîtrise duvre urbaine et les conventions de plan, les espaces publics (groupe « cadre de rue » chargé de la gestion du domaine public de lagglomération).
Opérations daménagement dont la réalisation est concédée à des entreprises privées.
H. Chabert et P. Voegel.
Périphérique Nord, Cité Internationale, Manufacture des Tabacs, Boulevard de lEurope, Aménagement des espaces publics centraux.
Statuts de la SODERLY, document dactylographié du 02/12/1992, Archives du Grand Lyon.
Les collectivités locales sont majoritaires avec une cotisation annuelle de 5 000 KF chacune, contre 3 750 KF pour chaque actionnaire privé ou assimilé.
Y. Berger, vice-président chargé de léconomie, de lurbanisme commercial et des relations internationales, et J. Rigaud, VP chargé de la stratégie dagglomération, font également partie du CA.
Prêt participatif aux investissements nécessaires à son installation et achat de la propriété de Hewlett Packard à Ecully, louée pour 99 ans à la chaîne dinformation.
Cette société, filiale de CS Equipements électriques, fait de la recherche fondamentale en lien avec les études de réalisation du super calculateur européen, après avoir racheté la société ACRI.
A linitiative dE. Tête, conseiller élu.
Le prêt consenti à Euronews a selon toute vraisemblance été transféré à lune des collectivités locales actionnaires.
Rapports dactivités de la DAEI dans le Rapport annuel du Grand Lyon, 1994, 1995, 1996, 1997, 1998. Source : Archives du Grand Lyon dépouillées par R. Linossier en juin 2004.
Charte des implantations industrielles, Grand Lyon / CCIL / GIL Patronat du Rhône, 10 janvier 1995.
Concept de zone industrielle expérimentale, pilote en matière de protection de lenvironnement, de services intégrés de traitement des déchets et des effluents, et de partenariat institutionnel pour son portage.
Biotechnologies et Technologies de la Santé, nouvelles technologies de linformation et de la communication.
Agro-alimentaire, textile habillement, environnement et génie des procédés, logistique, équipement automobile, etc.
J.-L. Meynet, délégué général au développement économique et international et F. Payebien, son adjoint chargé de diriger la DAEI avec N. Sibeud, ancienne responsable de la MDE.
Innovation et politique technopolitaine, politique de filières, création dentreprises, immobilier dentreprises commercial et non commercial, maintien et développement du tissu économique, animation des territoires, zones dactivité, politique commerciale et artisanale, promotion économique, politiques en faveur de lemploi et de linsertion.
Délibération n°2004-2042 du Conseil communautaire du Grand Lyon, « Adoption de statuts pour la Communauté urbaine, actualisation des compétences dans des domaines dactivités déjà exercées, travaux de la commission spéciale dans le cadre de la loi Chevènement en date du 12 juillet 1999 », Séance publique du 12 juillet 2004.
Délibération du Conseil communautaire du Grand Lyon n°2002-0870, « Organisation de relations institutionnelles entre les maires et la Communauté urbaine sur la base de conférences locales de maires », Direction Générale des services Mission de coordination territoriale.
Agence Régionale du Numérique (ANR), Agence Rhône-Alpes pour le développement des Technologies médicales et des Biotechnologies (ARTEB), Lyon Life Science Network, etc.
Conseils régionaux du Rhône, de lAin, de lIsère et de la Loire, Conseil régional Rhône-Alpes, Grand Lyon, Communauté dagglomération Saint Etienne Métropole.
Voir les travaux de M. Porter sur la concurrence entre les firmes, établissant les règles de lanalyse structurelle des secteurs dactivités (Porter, 1992 ; Porter, 1985)
Eneko Landaburu, Directeur général des politiques régionales à la Commission de la Communauté Européenne (Bouinot J., Bermils B., 1993).
Méthodes danalyses structurelles/résiduelles, calculs de coefficients de localisation des secteurs dactivités, etc.
Ainsi que la limitation des rabais consentis pour les baux et les ventes de terrains ou de locaux et la limitation des bonifications dintérêts des prêts.
Allocution du Président de la République V. Giscard dEstaing lors de la Conférence nationale daménagement du territoire à Vichy.
Plan Urbain.
La future Cité Internationale.
Ouverture de lENS Sciences en 1987.
Les autres contributions du volet « Développement économique et fonctions métropolitaines » traitent de lartisanat dans la ville, de lagriculture périurbaine, de la ville nouvelle de lIsle dAbeau, du développement économique dans les quartiers dhabitat social du Sud de lagglomération, du marché des locaux dactivités, de la télématique et de la planification des implantations commerciales.
J. Frébault, colloque sur la planification urbaine organisé à Lyon en 1989 (Ascher, 1992).
Il rassemble une quarantaine de représentants du « monde » lyonnais, parmi lesquels figurent notamment 9 universitaires, une dizaine de fonctionnaires et 5 représentants du monde des affaires (voir supra, Section 3).
Quatre séminaires de prospective (parmi dautres) portent directement sur lenjeu économique : nouvelles technologies, problèmes des entreprises, risque industriel, transports.
Organismes internationaux, sièges sociaux et centres de décision, services supérieurs aux entreprises, etc.
Grandes écoles, universités, laboratoires de recherche, firmes appartenant à des secteurs dactivités à forte valeur ajoutée (biotechnologies, informatique, électronique, robotique, nouveaux matériaux, etc.).
Un centre de congrès international (complexe hôtelier, commerces et services du même niveau), une gare ferroviaire TGV couplée à laéroport international de Satolas, un lycée international.
Le développement du réseau de métro en direction des quartiers de Lyon faisant lobjet dopérations daménagement à vocation économique (Gerland et lENS, La Doua et Vaise, qui ouvre vers les communes de lOuest, concernés par le Plan Technopole, et le Quai A. Lignon, future Cité Internationale), la réalisation de nouveaux parcs de stationnement en terminus des lignes de métro (pôles multimodaux), le raccordement de Satolas et dEurexpo au centre-ville par les transports en commun, le contournement routier de Vaise.
Elle est composée de 3 personnes.
Conseils aux entreprises, aménageurs publics et privés, chercheurs en sciences économiques de luniversité, services économiques municipaux existants, élus.
« Espaces », « Réseaux et infrastructures », « Fonctions métropolitaines », placées sous lautorité du Comité du SEPAL (19 élus et des représentants des organismes membres associés ou invités).
Transports de marchandises, culture, activités financières et boursières, télécommunications, etc.
Bien mal nommée en ces circonstances, cette ZAC sinscrit en effet sur une portion du territoire réservée aux activités industrielles dans le SDAU de 1978.
Chimie et pharmacie, biotechnologies et santé, matériaux, électronique et informatique, automobile, mécanique et robotique, énergie, génie urbain et transports, etc.
Ou pour les fonctions de loisirs, le document précisant que les opérations de réhabilitation de logements et les réserves foncières inscrites aux POS suffisent à répondre aux besoins prévisibles en matière dhabitat. Ceci renforce notre conviction de voir dans le SD LYON 2010 un document quasiment entièrement dévolu à lenjeu économique et à lattractivité concurrentielle territoriale, i.e. dominé par lintérêt des acteurs économiques (voir supra, Section 3).
En gras dans le document dorigine.
Entretien réalisé avec P.-Y. Tesse (CCIL) en juillet 2004.
Présentation de M. Noir, 1987, Bilan dactivités de la COURLY. Source : Archives du Grand Lyon.
Dabord constitué sous la forme dune cellule Programmation et Coordination rattachée au secrétariat général au début des années 1980.
Ancien ingénieur des travaux publics de lEtat ayant travaillé pour lOREAM à la fin des années 1960, il est chargé de mission sur les problèmes de développement urbain en 1981 puis directeur du Développement urbain de la COURLY à partir de 1984. Il est nommé conseiller sur les questions durbanisme, de grands projets et de déplacements urbains au sein du cabinet de M. Noir en 1989.
C. Béraudier, chargé des finances, J. Moulinier, en charge de lurbanisme, M. Noir, chargé des affaires économiques et des zones dactivités.
Opération mieux connue depuis sous le nom de Cité Internationale, située sur le site de lancien Palais de la Foire de Lyon délocalisé en 1984 à Chassieu dans la banlieue Est (Eurexpo).
Plus dune centaine au total, dont 92 ZAC (30 à Lyon, 4 à Villeurbanne, 26 dans le secteur Ouest, 32 dans le secteur Ouest) : 28 sont confiées à la SERL, 6 sont réalisées en régie directe, 42 par convention avec un opérateur privé). Source : Archives du Grand Lyon.
ZAC de lEcole Normale Supérieure de Sciences de Lyon, ZAC du Bassin de plaisance, lotissement de lArtillerie.
Plastic Omnium, Laboratoires Aguettant.
Les missions territoriales apparaissent dans lorganigramme communautaire à la faveur de la refonte générale des services en 1999. Auparavant, elles dépendent du Secrétariat Général et de la Direction du Développement Urbain.
Daprès le Petit Robert.
Développement Social des Quartiers (contrats Etat - collectivités locales dans le cadre du 9ème Plan national 1984-1988, participant de la Politique de la Ville, en faveur des quartiers dits sensibles).
Développement Social Urbain (nouvelle appellation du DSQ à partir de 1990, dans le cadre des Contrats de Plan 1988-1992).
Source : liste des ZAC du Grand Lyon fournie par F. Menez (RIVES/ENTPE).
Filiale du groupe Rhône-Mérieux, spécialisée dans la biologie vétérinaire (vaccins).
Pierre-Bénite Irigny Saint-Genis-Laval.
Rillieux Caluire Sathonay Camp.
Neuville Genay.
Vénissieux Saint Priest Mions Corbas.
Economique, urbanisme, voirie, eau, assainissement.
Assistance à Maîtrise dOuvrage.
Textiles Artificiels du Sud-Est, fermées au début des années 1980.
Bilan dactivités du Grand Lyon, rubrique Economie (1999, 2000).
Entretien réalisé avec L. Martinez, Chargé de mission Numérique à la DAEI, le 28/11/2001.
Constitution dune offre immobilière dédiée, sous la forme de pépinières dentreprises (Alpha, Delta, Omega, sur les trois sites du premier Plan Technopole), dun incubateur (Créalys), du Centre Scientifique et Technique Einstein (CSTE de la Doua), dun village dentreprises (pôle santé Rockefeller).
Budget total effectif 1999-2002 : 4.9 Millions dEuros, soit un peu plus d1.2 million dEuros par an (au lieu dun million dEuros par an prévu initialement).
Source : archives du Grand Lyon (dépouillement du 22/06/2004).
Rillieux-la-Pape, Vaulx-en-Velin et Vénissieux bénéficient de cette procédure, qui facilite les implantations et créations dentreprises dans les quartiers en difficulté grâce à des exonérations de taxe professionnelle et à la mise en place de dispositifs daccompagnement des projets.
« Les entreprises franchement épaulées », Lyon Plus, 25/10/2005.
Délibérations du Conseil communautaire du Grand Lyon n°2002-0906, n° 2002-0908, n°2003-1525, n°2003-1527, n°2003-1529, n°2003-1063, n°2003-1577.
Pôle Economique de Caluire et Rillieux (auquel est également rattaché la zone dactivités de Sathonay Camp).
Communes fondatrices : Ecully, Champagne au Mont dOr, Dardilly, Limonest. Elles sont rejointes par la Tour de Salvagny en 1997. Techlid a depuis signé des conventions de coopération avec les communes voisines de Tassin la Demi Lune, Charbonnières-les-Bains, Marcy lEtoile, Saint Didier au Mont dOr et Saint Cyr au Mont dOr.
Espace Entreprises et Développement Economique Lyon Ouest, bâtiment regroupant tous les acteurs locaux.
Délibérations du Conseil communautaire du Grand Lyon n°2001-6344, n°2002-0801, n°2003-1578.
Association Rhône-Alpes du Développement Economique Local.
Par le Cabinet détudes Exponentiel et linstitut du recherche lyonnais IFCC.
Pour exemple, on peut citer lobtention de la localisation de FRAMATOME, CGE ALSTHOM, le SEPTEN (entres autres) dans le domaine de lénergie électrique ; la décentralisation de lENS Sciences, qui quitte Saint Cloud pour Gerland ; Hewlett Packard à Ecully ; plusieurs établissements de Rhône-Poulenc, ainsi quune soixantaine dautres établissements divers depuis 1974. Source : Archives du Grand Lyon, Rapports dactivités de lADERLY 1979-1980-1981-1982-1983.
Français, anglais, allemand, italien.
LADERLY verse une subvention de 400 000 francs à Air France en 1982 pour assurer la liaison Lyon Copenhague. La création dune liaison permanente avec New York constitue par ailleurs une préoccupation récurrente de lassociation.
Ils sorganisent alors en créant la Section des Conseillers en Immobiliers dEntreprises de Lyon (SCIEL).
Dans le cadre daccords passés avec le Centre International dEtudiants et Stagiaires du Ministère des Affaires étrangères, les universités et grandes écoles lyonnaises, des grandes écoles étrangères et le Bureau International du Travail.
Nous navons pas trouvé ce document, sans doute présenté au début des années 1980 au Conseil Economique et Social, ou alors sagit-il de la référence suivante, qui reste cependant très vague sur la thématique internationale (Arrighi de Casanova, 1981).
Zone dactivités vouée aux entreprises innovantes et aux établissements de recherche située dans larrière-pays de Nice, née à linitiative de Pierre Lafitte (directeur de lEcole Nationale des Mines de Paris).
Zone dInnovation et de Recherche Scientifique et Technologique, située dans la périphérie de Grenoble. Elle est le fruit de linitiative audacieuse de 3 élus de la commune de Meylan, appartenant à la communauté scientifique fortement représentée à Grenoble (CNRS).
Route 128 près de Boston (Massachusetts), Silicon Valley près de San Francisco (Californie).
Obtention de limplantation à Lyon du siège dInterpol, notamment.
Centre International de Recherche sur le Cancer.
10 villes françaises (tertiaire supérieur) et 10 villes européennes (Düsseldorf, Munich, Zurich, Milan, Manchester, Francfort, Genève, Barcelone, Amsterdam).
Aménagement de lespace, réseaux et infrastructures de transports, activités économiques et fonctions métropolitaines.
Une centaine de personnes environ au début des années 2000.
Le président et le directeur de lAgence durbanisme, comme le vice-président communautaire chargé du dossier, sont des anciens dirigeants dentreprises ou des anciens travailleurs indépendants, qui gardent une préférence très nette pour la culture libérale et le point de vue des chefs dentreprises face aux conceptions et modes de faire technocratiques ou trop rigides de la puissance publique.
Dès les années 1970, la CCIL possède déjà deux antennes territoriales (Lyon, Tarare). En 1983, elle en crée une nouvelle à Givors, confirmant ainsi une logique de découpage territorial dabord uniquement fondée sur la dichotomie agglomération lyonnaise / reste du territoire de compétence.
Dirigeant de la société Jet Service.
Les Frères Pitance sont à la tête de lune des principale société de BTP de la région lyonnaise (voir supra, 2ème Partie, Sections 2 et 3).
PDG des Docks Lyonnais.
PDG de BSN Danone.
PDG des Laboratoires Boiron.
CH.M., « Medef et CGPME dévoilent leur liste dunion », Le Progrès, 12/10/2004.
J. Turcas, Président de la CGPME du Rhône.
Union des industries chimiques et UNITEX.
Création de la Conférence économique régionale en 1999, à linitiative de la CGPME du Rhône, du GIL et des 12 CCI de la région Rhône-Alpes.
J.-M. Daclin, consultant en communication de profession, est le vice-président communautaire chargé du rayonnement international de lagglomération qui est à lorigine de ce transfert de compétence.
Secrétariat Permanent pour la prévention des pollutions Industrielles et des Risques dans lAgglomération Lyonnaise.
Initiative créée par la commission des communautés européennes (DG XVI) pour favoriser une dynamique économique s'appuyant sur le potentiel local. Dans lagglomération lyonnaise, elle est née du partenariat entre la CCIL, le Grand Lyon, le CGR et les communes de Lyon, Villeurbanne et Ecully, rassemblés au sein du Syndicat Mixte pour la Promotion des Pépinières d'Entreprises Innovantes (SMPPEI) créé dans le cadre du premier Plan Technopole.
Le déplacement du MIN du quartier de Perrache vers la zone dactivités de Corbas est prévu depuis 1991, mais il est rendu impératif dici 2007 par la réalisation du projet de renouvellement urbain de Lyon Confluence.
Lettres dinformations du Club des entrepreneurs pour laéroport Lyon Saint-Exupéry, 5 n° de novembre 2003 à mars 2005. Disponibles sur le site économique du Grand Lyon (http://www.entreprendre.grandlyon.com).
Voir notamment lurbanisme haussmanien de la fin du 19ème siècle, largement porté par des investisseurs privés, ou plus récemment certaines opérations de rénovation urbaine conduites dans les vieux centres-villes après la seconde guerre mondiale.
Archives du Grand Lyon.
Il a été adjoint municipal chargé de la Foire de Lyon dans les années 1960, sous le « règne » de L. Pradel.
Il sagit encore de lincontournable J. Moulinier, que lon retrouve dans les exécutifs de F. Collomb, M. Noir et R. Barre. Il est sans doute mobilisé ici en raison de sa très bonne connaissance du projet, quil a contribué à mettre en place sous la mandature précédente, en ses qualités dadjoint municipal et de vice-président communautaire à lurbanisme.
16 personnes au total.
Adjoint au Maire de Lyon chargé du développement économique et international, héritier du célèbre fabriquant lyonnais de médicaments homéopathiques.
C. Boiron, cité dans « Tempête cérébrale pour Lyon internationale », Lyon Libération, 13/10/1989.
C. Boiron, cité dans « La culture, ambassadeur du rayonnement économique international », Le Progrès, 28/04/1990.
La Compagnie Générale des Eaux est la société bénéficiant, en majorité et entre autres, du contrat daffermage de la production et de la distribution deau potable dans lagglomération lyonnaise.
Il est conçu par larchitecte italien Renzo Piano, qui est également le concepteur du projet finalement réalisé à partir de 1993.
Musée dArt Contemporain de Lyon, multiplexe UGC Ciné-Cité, Hôtel Hilton et Casino le Pharaon (Groupe Partouche). Les surfaces de bureaux sont en outre occupées en partie par dautres filiales de la CGE.
Société Privée dAménagement et dInvestissement de la Cité Internationale de Lyon.
De mi-1999 (liquidation de la concession daménagement privée) à 2001, le service durbanisme opérationnel du Grand Lyon (DGDU) gère lopération en régie directe, le temps de modifier les statuts de la SEM daménagement pour lui permettre de reprendre la maîtrise douvrage.
Infrastructures, proximité de la clientèle et des fournisseurs, disponibilités foncières et immobilières, prestations de services aux entreprises et aux ménages (salariés), etc.
Rencontre thématique intitulée « Le projet dagglomération et le développement économique ».
Bilan dactivités 1993 de la DAEI. Source : Archives du Grand Lyon.
Entretien du 12/04/04 avec N. Farrere, Directeur du GIL-Medef.
N° 2 mondial des jeux vidéo et informatiques, la société a changé de nom suite à des difficultés économiques en 2002, pour sappeler désormais Atari (elle a racheté cette célèbre marque de jeux vidéo des années 1980).
Cest-à-dire environ 130 euros/m².
Lopération Vaise-Industrie est en effet décomposée en deux ZAC, Sud et Nord. La première tranche, lancée en 1999 avec linstallation dInfogrames, est déjà entièrement commercialisée (y compris les terrains réservés par la firme phare). La totalité des gisements fonciers de la seconde tranche ne sont mis sur le marché que très progressivement jusquà 2010, au fur et à mesure de la délocalisation des activités existant sur le site.
Firme spécialisée dans la conception et lédition de progiciels, dirigée par J.-M. Aulas qui est aussi le PDG du club de football lOlympique Lyonnais.
Egalement sponsor de lOL.
Renault Trucks, Total, Rhodia, Aventis, Koyo, Merck, BioMérieux, Adecco, Lyonnaise de Banque, EDF.
Entretien réalisé par M. Zepf (chercheur invité à lENTPE) avec M. Bardel, Agence durbanisme pour le développement de lagglomération lyonnaise, le 1er décembre 1999.
« Léconomie lyonnaise fait bloc pour se développer », Le Progrès, 30/06/03 ; « Le SDE devient Grand Lyon, lesprit dentreprendre », Petites Affiches Lyonnaises, n°645, 28/06-04/07/2003 ; « La grande messe des patrons lyonnais », Lyon Figaro, 30/06/2003 ; « Grand Lyon, lEsprit dEntreprise », Rhône Métiers, Juillet-août 2003.
www.lyon-business.org.
Développeurs, 5 numéros publiés par la DAEI du Grand Lyon : juin 2003, octobre 2003, mai 2004, novembre 2004, juin 2005.
N. Farrer, Directeur général du GIL-Medef du Rhône, « Gouvernance économique. Se rassembler pour être performant », Encart spécial Etats Généraux de léconomie lyonnaise, Le Tout Lyon en Rhône-Alpes, 5-11 novembre 2005, 4 p.
Loccupation humaine du site, au pied de la colline de Fourvière, remonte au moins à lépoque gallo-romaine. Cette précipitation dans lexécution des fouilles est dailleurs sans doute à lorigine de leffondrement de la Halle de la Navigation, lun des trois bâtiments censés être protégés de la démolition puis réhabilités, celui-ci pour accueillir le siège social de Cegid.
Atari, ex-Infogrames.
HYPERLINK "http://www.entreprendre.grandlyon.com/Vallee_de_la_Chimie_et_Industrie_chimique.472.0.html" http://www.entreprendre.grandlyon.com/Vallee_de_la_Chimie_et_Industrie_chimique.472.0.html.
Cet établissement appartient à la branche Transmission et Distribution dénergie la plus rentable dAlsthom, rachetée par la holding AREVA début 2004 pour garantir le maintien des productions déquipements électriques. Fin 2004, le groupe annonce pourtant la restructuration de cette branche : ouverture du capital aux investisseurs privés, suppression de 120 postes sur le site, externalisation, cession ou délocalisation dactivités vers des pays à bas coûts de main duvre. Cest dans cette stratégie globale que sinscrit la volonté de lentreprise de se délester dun patrimoine foncier potentiellement valorisable et dont elle naura pas usage.
Le cas est un peu spécifique puisquil sagit dune entreprise publique en voie de privatisation
Propos de C. Fiterman extraits de Lyon Libération du 05/11/1988.
J. Moulinier, vice-président du Grand Lyon sous les mandats de M. Noir et de R. Barre, chargé notamment des nouvelles technologies, des implantations tertiaires et administratives, des grands équipements dagglomération, de la recherche et de lenseignement supérieur et de la stratégie dagglomération.
A. Godard, ex dirigeant dAventis Cropscience (ex-Rhône-Poulenc).
Le secrétariat général est assuré par la DPSA, dans la continuité de la démarche Millénaire 3 et en lien avec la nouvelle démarche de prospective « Lyon 2020 ».
Douze personnes qualifiées choisies par le Président du Grand Lyon en dehors de lagglomération et les représentants des principales institutions locales politiques, économiques, culturelles, cultuelles, sportives, des syndicats salariés, de lenseignement et de la recherche.
J.-F. Chemain, grand cadre dEDF, ancien consultant en développement économique et fils de J. Chemain, responsable de lADERLY pendant près de 30 ans (voir supra, 2ème Partie, Section 3)
GT1 Développement économique, Compte rendu de la séance du 23 octobre 2001, Conseil de développement, Séminaire Plan de mandat, 3 p.
Grand Lyon, Avis sur le projet de Plan de mandat, Conseil de développement, Réunion plénière du 16 novembre 2001, Synthèse, non paginé.
Idem.
GT 5, 2002, Le développement de léconomie sociale et solidaire, Document Power Point, non paginé.
Conseil de développement de lagglomération lyonnaise, 2003, Groupe de travail n°5 « Développement économique », Compte rendu, Document PDF, non paginé.
Conseil de développement de lagglomération lyonnaise, Groupe de travail « Evaluation du Plan de mandat », Groupe Développement économique, Compte rendu, Séance du 29 juin 2004 ; Conseil de développement, GT Développement économique, Compte rendu du 21 septembre 2004 ; Conseil de développement de lagglomération lyonnaise, Groupe de travail, Observatoire des engagements du Plan de mandat, Développement économique, Compte rendu, Séance du 16 novembre 2004 par Bernard Crouzet, rapporteur.
http://www.grandlyon.com/fileadmin/user_upload/Pdf/vie_democratique/conseil_developpement.
Conseil de développement du Grand Lyon, Groupe de travail Economie, Séance plénière du 05/04/05 ; Réunion du GT Economie 10/05/05 ; Groupe de travail Economie, Réunion du 07/06/05.
http://www.grandlyon.com/fileadmin/user_upload/Pdf/vie_democratique/conseil_developpement.
Les pôles de compétitivité, calqués sur le modèle des clusters, constituent le cur de la nouvelle politique de développement industriel de lEtat, portée par la DATAR en 2005 suite au rapport du député C. Blanc sur « les écosystèmes de la croissance ». Il sagit de grands projets technologiques rassemblant des entreprises, des établissements denseignement supérieur et de recherche et des collectivités locales, cofinancés par les pouvoirs publics et le secteur privé. http://www.competitivite.gouv.fr.
Collomb G., « Lyon 2020, Vision métropolitaine », Lettre dinformation de Lyon 2020, n°1, juin 2005, 4 p.
Grand Lyon, Conseil de développement, Séance plénière du vendredi 6 juillet 2001, Compte rendu, Document PDF, 43 p.
HYPERLINK "http://www.grandlyon.com/fileadmin/user_upload/Pdf/vie_democratique/conseil_developpement" http://www.grandlyon.com/fileadmin/user_upload/Pdf/vie_democratique/conseil_developpement.
Allocution du Président de la République V. Giscard dEstaing lors de la Conférence nationale daménagement du territoire à Vichy.
C. Cizeron, Directeur de Cabinet du Grand Lyon, ancien consultant chargé du pilotage de la démarche du SDE au sein du cabinet privé Algoé.
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