Chant grégorien
NB : L'auteur n'a pas corrigé ce texte qui garde une forte marque du style oral. ....
Autour de ce chant lui-même, il n'y a pas que le Latin, il y a une Liturgie, une
tradition ..... Le trait du quatrième dimanche de Carême : Qui confidunt. est un jeu
. .... et il ne reste plus du Psaume lui-même que son premier verset Dixit Dominus
.
part of the document
ontrôle ? 49
Notes sur des pièces particulières :
Rp. Stirps Jesse ; Rp. Descendit ; Gr. Iuravit ; Ant. Hodie Christus ; Co. Quinque ;Al. Quinque ; In. Iusti epulentur ; Al. Corpora ; Of. Mirabilis ; Co. Et si coram ;Rp. Illuminare ; Ant. Dixit paterfamilias ; Co. Passer. 51
Les Hymnes. Texte/mélodie : un rapport particulier 57
Le témoignage de la beauté dans lenseignement de Jean-Paul II 59
écoute mutuelle et rencontre des cultures 60
Grégorien : cuménisme et dialogue inter-religieux 62
En annexe :
Le patronage de saint Grégoire ; Joseph Samson ; le Kyrie de la messe 71
NB : Lauteur na pas corrigé ce texte qui garde une forte marque du style oral. Les titres et sous-titres ont été ajoutés pour faciliter la lecture. Remerciements à Sr Clotilde et à ses collaboratrices.
Introduction
Pie X et le Motu proprio de 1903
Je vous propose dévoquer un instant la figure de saint Pie X : il y a un siècle et quelques jours, il était élu pape. Or, il est le seul pape de lhistoire, jose le dire, à avoir fait de la musique sacrée on dit aujourdhui : le chant liturgique, la chose la plus importante de son pontificat. Je vais vous lire du moins quelques extraits du texte quil a publié le 22 novembre 1903, pour la fête de sainte cécile. Il sagit dun Motu proprio, cest-à-dire dun document qui relève de son initiative propre. Il commence par ces mots :
Au milieu des soucis de notre charge pastorale
le principal est sans nul doute de maintenir et de promouvoir la splendeur de la maison de Dieu où le peuple chrétien
sunit à la prière commune de léglise dans la célébration publique et solennelle des offices liturgiques
il est nécessaire de pourvoir avant toute chose à la sainteté et à la dignité du temple où les fidèles se réunissent précisément pour atteindre la source première et indispensable : la participation active aux saints mystères et à la prière liturgique de léglise.
Sous la forme dun document personnel, saint Pie X se présente comme un précurseur, comme premier rédacteur de lapproche fondamentale de vatican II sur la liturgie. Tout ce qui va se passer, dans le domaine liturgique au XXe siècle sera conditionné par ces dispositions. Et parmi ces dispositions, il y a un paragraphe spécial et très innovant sur le chant grégorien. Après avoir lutter contre un certain nombre dabus de son époque, il présente les qualités principales de la musique sacrée :
La musique sacrée doit, en conséquence, posséder au plus haut degré les qualités qui sont propres à la liturgie et particulièrement la sainteté, la beauté des formes doù jaillit spontanément un autre caractère : luniversalité
Je vous dis cela parce que nous avons souvent tendance à nous considérer comme le centre de lhistoire : il ny a pas de choses intéressantes avant nous et après nous il ny en aura pas ! Le mouvement du chant grégorien est quelque chose qui a mobilisé léglise pendant 50 ans. Il faut savoir quil y a un siècle il ny avait pas dédition officielle du chant grégorien, et quil ny en avait jamais eu.
Ces qualités se rencontrent au plus haut degré dans le chant grégorien, qui est par conséquent le chant propre de léglise romaine (Cest la première fois que lon dit cela), le seul dont elle a hérité des anciens Pères, quelle a conservé jalousement durant des siècles par les manuscrits liturgiques, quelle propose aux fidèles, quelle prescrit exclusivement dans certaines parties de la liturgie et que les études les plus récentes ont heureusement restituées dans son intégrité et sa pureté.
Pour cette raison, le chant grégorien a toujours été considéré comme le modèle suprême de la musique sacrée. On peut établir, en toute raison, cette loi générale : plus une composition déglise est sacrée, liturgique, plus, dans son allure, dans son inspiration, dans sa saveur, elle se rapproche de la mélodie grégorienne
Lantique chant grégorien traditionnel, devra donc être largement rétabli dans les fonctions du culte
En particulier on veillera à rétablir le chant grégorien pour lusage du peuple de telle sorte que les fidèles prennent de nouveau une part active dans les offices ecclésiastiques comme cétait le cas dans lantiquité.
étant réunis pour une session de chant grégorien, il est un peu normal dévoquer des textes comme celui-là qui vont être repris de façon assez nette, de façon à voir à la fois toute limportance quils donnent au chant grégorien, et en même temps, comment un regard serein sur lhistoire nous montre que Pie X est en train de faire une révolution dans léglise. Il va encore aller plus loin lorsquil créera une commission et commandera une édition de chant grégorien. Le graduel paraîtra en 1908 et lAntiphonale Romanum en 1912. Cest la première fois dans lhistoire quil y a eu un livre de mélodie de chant grégorien pour toute la catholicité : auparavant, un tel livre na jamais existé. Penser à cela, nest pas sans conséquence sur notre approche du chant liturgique.
Présentation du thème de la session
Les trois niveaux de lanalyse
Il y a dix ans, quand jai commencé à donner des sessions grégoriennes, jai enseigné pendant une semaine lanalyse du chant grégorien avec Jaan-Eik Tulve, professionnel de la direction de chur. À la fin de la semaine, jai demandé à Jaan-Eik de menseigner la direction pendant une heure ; après un temps de réflexion, il ma répondu : « Celui qui sait analyser sait diriger ». Précisément, nous allons apprendre à analyser le chant grégorien, cette année et les suivantes. Par lanalyse, nous essayons de comprendre la manière dont fonctionne le chant grégorien, sa composition, la logique de sa vie intérieure. Et ensuite, nous tenterons de faire passer cette intelligence à un groupe de chanteurs. Selon ce que vous aurez analysé, vous pourrez le retransmettre.
Dans les gestes de la direction, dans la manière de faire, il y a beaucoup à recevoir de quelquun dont le métier est de diriger le chant grégorien. Mais on ne peut pas se mettre à diriger un chur sans avoir reçu dabord cette formation, cette intelligence du répertoire. Jai parcouru lArchipel du Goulag de Soljenitsyne où il est écrit quà un moment Staline avait organisé des activités culturelles dans les Goulags, sans doute pour des raisons de crédibilité face à lopinion publique internationale. Parmi ces activités, il y avait le chant choral. Or un jour, on a manqué de chef. Le chef du Goulag a désigné quelquun qui a dit : « Mais je ne sais pas faire ! » « Ce nest pas grave, tu te mets devant eux et tu remues les mains : cest tout ce quon te demande » ! En fait, comment faire le geste, quel geste faire : cest une question qui vient en deuxième temps. La première question est de savoir comment on chante une pièce, quest-ce quil y a dedans, pour la comprendre et ensuite, trouver le moyen de retransmettre.
Lanalyse va se situer sur la base de trois niveaux :
1. Cette année, on va parler surtout du texte. Je préfère dire : de la parole, car le texte est un peu prisonnier, un peu enfermé dans des caractères. Dans la parole, il y a déjà beaucoup de mélodie.
2. Lannée prochaine on parlera surtout de la mélodie, de la construction modale et des modes grégoriens.
3. En troisième temps, on parlera du seul témoin qui nous relie à cette musique qui sest tue avant de nous atteindre. Luvre musicale une fois terminée, il ne reste rien, il faut la refaire ; mais à partir de lan 900, on a noté quelque chose de cette musique : les neumes. Létude des neumes médiévaux nous apprend quelque chose sur cette musique.
4. Cest sur la base de ces trois piliers, trois critères, que dans une 4e année, on prendra des pièces en grand nombre et quon essaiera de les analyser.
Rassurez-vous, il nest pas possible détudier un seul critère à la fois : cette année, même si laccent est mis sur la parole, on ne pourra pas ne pas parler des neumes, des modes, au moins des choses de base.
Sur cette parole préparez-vous à entendre tout ce qui est dans la logique, même un peu scolaire. Nous retrouverons les trois niveaux de lanalyse dune pièce de chant : le niveau de la phrase, le niveau du mot, le niveau de la syllabe.
La question rythmique du chant grégorien
Létude des pièces du dossier que je vous ai envoyé, me permettra aussi de répondre peut-être un peu plus explicitement à la question rythmique du chant grégorien. Jai lintention de vous montrer comment lapproche de la méthode de Solesmes et du Nombre musical est une approche à peu près erronée dès le départ : depuis un siècle, on a appris un certain nombre de choses. Et par rapport à la notion même de musique sacrée, il y a peu de chances pour que de telles théories soient satisfaisantes. Ce qui me motive pour poser en même temps les questions de signes rythmiques, de lépisème, etc. ; il y a de vraies questions à se poser avec les signes rythmiques : on a enfermé là aussi la problématique et les communautés ne peuvent pas sen sortir ; cette pseudo-expression du chant grégorien na pas davenir.
Une culture
Je pense, enfin, à cette phrase que Jean-Paul II, quand il a créé le conseil pontifical pour la culture, adressait au cardinal Poupard :
Si la foi ne devient pas culture, elle finira par mourir.
Nous sommes réunis ici au nom du chant grégorien, or le chant grégorien na pas toujours existé. Jésus na pas prié en chant grégorien ; cela doit nous apprendre à relativiser certaines choses. Si nous venons, cest parce que nous y croyons, nous voulons continuer, mais il faut bien se dire que cela se payera. Conserver le chant grégorien seulement pour le conserver, il y a peu de chance que cela dure plus de quelques dizaines dannées à notre époque. Il va falloir entretenir, créer ou recréer une culture. Le chant grégorien est encore à la mode, mais pour combien de temps ? Les gens daujourdhui ne parlent plus latin. En 1903, promouvoir un chant en latin était très facile ; aujourdhui, cest une gageure. Il faut vraiment quil y ait un trésor dans ce chant pour que les gens le réclament. Il faudrait pouvoir dire quel est ce trésor. Autour de ce chant lui-même, il ny a pas que le Latin, il y a une Liturgie, une tradition du chant en occident. Toute une culture serait à restaurer et à refaire vivre. Nous le ferons de façon très discrète en essayant de préparer une ou deux polyphonies primitives, afin douvrir nos oreilles à des choses nouvelles mais très en lien avec la composition grégorienne.
La Voix
Nous sommes seulement deux pour diriger cette session et il manquera donc quelque chose de capital : on ne peut pas aborder la question du chant grégorien sans aborder la question du chant. Cela veut dire une approche de la voix. On ne peut pas aborder le chant liturgique sans commencer par la voix.
Quest-ce que cest que le chant liturgique ? On pense toujours à ladjectif. Or le chant liturgique est défini dans la Constitution conciliaire, (ce nest pas au sujet de la musique sacrée que cela est dit), au n° 83, lintroduction de loffice divin :
Le Souverain Prêtre de la Nouvelle et éternelle Alliance, le Christ Jésus, prenant la nature humaine a introduit dans notre existence terrestre cette hymne qui se chante éternellement dans les demeures célestes ; il sadjoint toute la communauté des hommes, et se lassocie dans ce cantique de louange.
Autrement dit le concert est déjà commencé, la partition est déjà écrite, le Chef est arrivé, un certain nombre de choristes sont là depuis léternité et le concert se passe. Nous sommes invités à venir y prendre une part. Et comment prendre cette part dans la liturgie, dans le chant ? cest en y entrant non pas seulement avec notre cérébralité, mais avec tout notre corps.
Jai découvert que les anges ne chantaient pas
Jai vérifié : à la cathédrale du Mans, il y a la représentation des anges musiciens : il y a des anges qui tiennent une partition grégorienne et montrent du doigt où chanter. Autrement dit les anges montrent aux hommes où chanter, comment chanter. Et nous chantons, comme dit le psaume en présence des anges. Le chant au sens strict est une réalité humaine. Je suis tenté de dire que pendant une grande partie du XXe siècle, on est entré dans le chant liturgique de façon très intellectuelle. Il y a une sorte dangélisme dans lapproche musicale, en particulier du chant grégorien : chose qui ne se trouve pas auparavant et qui coïncide avec un climat général de composition : si vous écoutez le Requiem de Fauré, vous trouverez la même chose ; or Fauré nest pas suspect de faire de la restauration du chant grégorien. Même au théâtre je pense à Péléas et Médisande il y a une tonalité qui ressemble beaucoup à lesthétique du chant grégorien quon va avoir pendant 50 ou 60 ans. On a cru pouvoir faire, pour des raisons qui restent à analyser et qui ne sont pas notre sujet ici, léconomie de la voix. Cest pour cela quà la fin du XXe siècle en Europe occidentale on ne sait plus chanter. Comment va-t-on faire du chant grégorien si on ne sait plus chanter ? Le chant, cest la base.
Je cite quelquun dont on parle très rarement, Dom Delatte, qui prêchait dans une retraite à Sainte-Cécile, à propos de loffice divin :
Ne considérez jamais comme du temps perdu, le temps employé à la préparation, à lexercice, à lassouplissement des voix. Lorsque dans le monde il sagit de ce qui sappelle en terme dopéra une première, vous ne savez pas toutes les répétitions que lon fait, rien nest laissé à larbitraire de chacun et on se prépare ainsi. Et nous ? Je vous demande pardon demployer des comparaisons comme celles-là, vous savez bien que parfois nous pouvons être renseignés par nos ennemis.
Parce que dès le départ, en chant grégorien, on na pris en compte la voix, de grandes questions se posent : je pense en particulier à toutes celles qui sont liées aux neumes. Comment faire un quilisma ? une répercussion ?. On parlera des répercussions avec des gens dont la voix est posée. Il y a une manière de chanter naturelle, je crois, qui convient à dire une parole, (et le chant sacré, cest cette rencontre de la voix humaine et de la parole), dans laquelle on peut insérer ces ornements, ces petites choses vocales quon appelait au Moyen-âge des tremblements. Les répercussions sont dans le sens de la voix, ce ne sont pas des arrêts.
Musique et notation écrite
Je vous cite encore un texte de M. Nicolas Harnoncour, chef de file du retour du mouvement baroque. Ce quil dit de la musique rejoint immédiatement notre préoccupation.
Si les hautes civilisations anciennes ont noté leur musique, on a tout lieu de croire que ce fut toujours a posteriori. Car le compositeur nest pas comme chez nous un assembleur de sons travaillant sur du papier, cest un improvisateur qui joue ou chante ce quil conçoit, quil retient et le répète devant des auditeurs, qui le retiennent à leur tour. Aussi lécriture ne sadresse pas en premier lieu aux praticiens. Si lon cherche à représenter les sons, ce nest ni pour composer, ni pour lire à lexécution, mais dans un but théorique ou pédagogique, ou encore pour rendre hommage à un texte vénéré et jugé digne dêtre transmis à la postérité. Le principe des notations anciennes est donc, en général, dordre analytique, intellectualiste
Lécriture ne sadresse pas en premier lieu aux praticiens. Pensez au chapitre de la règle de saint Benoît sur la sieste : il dit quon pourra lire pendant la sieste, mais sans bruit, pour ne pas gêner les autres, pourquoi ? Parce que chez saint Benoît, quand on lit, on le fait à haute voix. Rappelez-vous aussi la visite de saint Augustin à Milan chez Ambroise (Confessions). La première fois quil a rendez-vous avec Ambroise, il raconte sa stupeur car il navait jamais vu cela : il lisait et ses lèvres ne bougeaient pas. Il pensait quil avait la voix fatiguée
La lecture telle que nous la pratiquons aujourdhui a peu de chose à voir avec la lecture que lon faisait à lépoque où ce chant a été composé en milieu liturgique. Cela vaut aussi pour lécriture : elle a été mise là pour quon retienne. On sest demandé longtemps pourquoi le répertoire romano-franc a été mis par écrit.: pour quil soit conservé ? Ce nest pas vrai. Une fois écrit, il rentre dans le domaine de lintouchable, comme les ordres du roi dans le livre du prophète Daniel. Une fois que cest écrit, on garde : cette liturgie-là pour ce jour-là.
Une réalité qui ne peut sécrire
au début de cette session, je voulais aussi évoquer un personnage assez rare dans lhistoire : un évêque musicologue. Il sappelait Isidore, évêque de Séville. Il a écrit sur tous les sujets, à cette époque où lon savait tout sur tout
Et comme tout le monde, il a fait un traité de la musique où il explique que la musique « cest lart de bien moduler les sons et le chant » ; cette définition, il ne linvente pas, elle se trouve dans tous les traités de la musique qui existent avant lui. Et selon lui, le mot musique dérive du mot muse, cest-à-dire les filles de Jupiter (Au moyen-âge on suit toujours des traditions, on imite des modèles).
Le son est une réalité sensible, præter fuit in præteritum tempus. Il simprime dans la mémoire
Si les sons ne sont pas retenus de mémoire par lhomme, (pereunt, quia scribi non possunt) ils se perdent, car ils ne peuvent être écrits.
On utilise souvent ce témoignage disidore pour montrer quau début du VIIe siècle, (il est mort vers 636), il ny avait pas décriture musicale, dans les milieux chrétiens, au moins dans toute la péninsule ibérique. Mais cela veut dire aussi que le son musical ne sécrit pas et que donc tout ce que nous allons avoir devant les yeux à partir du IXe siècle, tous les systèmes, toutes les prothèses que lon va avoir dans les neumes, dans le solfège et jusque dans les signes rythmiques du XXe siècle correspond à des choses que lon ne peut pas écrire. Il faut délibérément savoir quon ne progressera dans lintelligence du chant liturgique quen le voyant comme une réalité qui ne peut pas sécrire.
La civilisation carolingienne a pris la position inverse : elle établit les bases de la culture sur lécriture, au risque de détruire les autres traditions. On trouvera toujours quelque chose dimperméable qui ne pourra pas passer dans les livres de chant : le donné ne sécrit pas ; la ponctuation dune phrase que nous rendons tant bien que mal, par des barres, demi-barres et quart de barres, ça ne sécrit pas. Dans les inscriptions latines anciennes, il ny a pas de ponctuation. Dans beaucoup de manuscrits de lépoque qui nous intéresse, il ny a aucun système de ponctuation. Cela prouve que le lecteur nest pas prisonnier de son livre, rivé à son livre, mais il recrée le texte. Lire, ce nest pas seulement lire mentalement, en parcourant des yeux, en essayant de comprendre ce quil y a dans le livre mais le rendre en même temps, le proclamer.
Jaime citer deux exemples :
lun est de lépoque dAmalaire, au début du IXe siècle, dans ses descriptions des offices liturgique : quand vient le moment du graduel, le chantre monte à lambon et sine necessitate, bien quil nait pas besoin de lire, il prend le livre pour aller chanter le répons graduel . A lépoque, il y avait donc un livre avec le texte.
Vous connaissez aussi ce passage quon a au martyrologe du 5 avril. Dans une église de lAfrique du Nord au moment de la persécution vandale, un diacre se fait transpercer la gorge pendant le chant de lAlleluia. Dans la chronique qui raconte le fait, il y a cette phrase : « et le livre lui tomba des mains ». Quy avait-il dans ce livre ? Au Ve siècle, il ny avait tout de même pas décriture musicale
Le livre dans notre civilisation, dans notre civilisation musicale, a des connotations quon a peut-être oubliées. Quand on nous dit de prendre notre livre, derrière il y a quelque chose qui dépasse lapprentissage de la musique, car la musique est dans le livre
Je soulève ces questions
Chez vous, bien entendu, il nest pas question de se passer de livres, de partitions, etc. Mais dans ce qui sest passé entre le IXe et le XIe siècle, dans cette mise par écrit du répertoire liturgique, il y a une codification, une manière de prendre distance par rapport à la musique liturgique comme transmission orale. Avant, lart du chantre qui fait autorité, personne ne peut le contester. Le chantre est au-dessus des autres, il transmet son savoir par répétition ; linvention de lécriture et du solfège va changer la mentalité. Le chant liturgique est un chant qui se reçoit, dans lacte et non dans le livre. La liturgie nest pas dans le livre. Le chant nest pas dans le livre, il nest pas dans les partitions. Cest une autre conception de lhistoire de la musique. Cest une chose quil faut avoir toujours présente à lesprit pour bien faire du chant liturgique avec les outils que nous avons et qui sont les livres.
Cela permet aussi de relativiser cette question de diversités dinterprétation : il y a vraiment de quoi faire des choses diverses.
Le texte, la Parole
Je vais vous parler de ce paramètre fondamental, qui est plus quun paramètre, la substance réelle du chant : la parole. On en est ramené à cette première phrase de lévangile de saint jean : Au commencement était la Parole.
Au commencement était la Parole. Cela veut dire que dans la Liturgie, les chants les plus anciens, ceux qui nous apprennent plus sur le sens profond du répertoire liturgique, sont ceux qui suivent les lectures car ils ont toujours existé.
Une lecture, suivie dun Cantique
Il ny a pas toujours eu de chants dentrée, et même deux jours dans lannée nont jamais eu de chant dentrée : le vendredi Saint et la Nuit Pascale. Si vous lisez les commentaires de saint Augustin sur les Psaumes, dans ses évocations de la Liturgie, vous verrez quil ne connaît pas le chant dentrée. Ce chant arrive lorsque la procession dentrée sinstalle, lorsque la basilique est construite et quil faut du temps pour aller de la sacristie à lautel.
Par contre, il ny a jamais eu de liturgie sans proclamation de la Parole de Dieu, et sans doute sans réponse du peuple à cette parole. Le premier témoignage est celui de Tertullien, mort au début du IIIe siècle. Dans un traité, il répond à la question : Quest-ce quon fait chez les chrétiens le dimanche matin ? « On lit les écritures, on chante des Cantiques ou des Psaumes, on fait des homélies et on adresse des prières à Dieu ». La structure lecture-chant nest pas nouvelle chez Tertullien : elle est déjà là dans la Liturgie synagogale. Il y en a des témoins très nombreux même dans la Bible. Quand Dieu fait advenir un grand événement, prononce une grande Parole, le peuple sapproprie cet événement, cette Parole, sous la forme dun chant. On pense ici au Cantique des Fils dIsraël après avoir franchi la Mer Rouge. Nous avons encore ce Cantique dans la liturgie pascale : il y a donc continuité, il ny a pas eu dinterruption de cet usage. Dans la liturgie actuelle, la lecture de la Vigile se termine par deux point : alors les fils dIsraël chantèrent ce chant au Seigneur
et on chante le Cantique : Chantons au Seigneur
il sest couvert de gloire
Cest la forme traditionnelle qui se transmet depuis le début du chant liturgique.
Dans lalternance lecture / chant de la Vigile Pascale, les Cantiques sortent de la lecture. Il sagit de la musique liturgique à létat naissant. On napprofondit pas toujours suffisamment ce domaine et on utilise les noms : répons-graduel, répons de loffice de nuit, répons bref, dans leur premier sens obvie qui nest quà lintérieur de leur composition. Il y a une forme responsoriale. Je pense quon pourrait élargir beaucoup ce sens ; en tout cas, cest conforme à la tradition, à lenseignement, aux rubriques liturgiques officielles. Le chant qui suit la lecture est un chant qui répond à la lecture. Indépendamment de sa forme responsoriale.
Dans les lectures que lhomélie expose, Dieu parle à son peuple. Il ouvre le mystère de la Rédemption et du salut et il offre une nourriture spirituelle. Cest le Christ lui-même qui se trouve présent au milieu des fidèles par sa Parole. Cette Parole divine, le peuple la fait sienne par des chants..
Il y a des jours où, comme à la Vigile pascale, on voit le Cantique sortir de la lecture, ou reprendre la fin de la lecture. Le jour de lépiphanie, après le lecture dIsaïe, vous trouvez le répons : Omnes gentes. Ce nest pas toujours aussi clair mais le rapport, il y est. Dans les micro-catéchèses que nous faisons dans nos communautés, il y a un ressort qui peut les aider à y entrer davantage.
Graduel Christus et trait Deus meus
Deux exemples pour illustrer : je voudrais comparer deux pièces que nous chantons successivement dans la liturgie et qui sont pourtant aux antipodes lune de lautre.
Graduel : Christus factus est (GT p 148)
Le Christ sest fait pour nous obéissant jusquà la mort, et la mort sur la Croix. Cest pourquoi Dieu la exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom.
Ce chant est là, en ce dimanche des Rameaux, parce quon vient de lire lépître de saint Paul aux Philippiens ; et le chant répond à cette lecture. Il est tiré du Nouveau Testament. Or dans la tradition ancienne, on ne prenait pas de chant dans le Nouveau Testament. Bien que situé entre les lectures, ce chant nest donc pas de très haute antiquité.
Dautre part, ce graduel reprend la mélodie dun modèle : Ecce sacerdos magnus, p. 486, un des graduels le plus employé. Le « grand prêtre » est sans doute identifié à saint Pierre, en effet, dans lAntiphonaire de Solesmes, 1934, tout loffice Ecce sacerdos magnus est un office de saint Pierre. Il sagit dun texte du Siracide, donc de lAncien Testament, probablement composé avant le Christus factus est.
Dans le Christus factus est, il y a une éloquence, car entre le plan de la Passion, de la mort, au grave, et le plan de la Résurrection, de lexaltation, à laigu, la composition a progressée : à partir dun chant on a fait une chose géniale : la correspondance entre les deux versants pourtant inséparables de la même pièce, un versant au grave et un versant à laigu.
Il y a encore autre chose qui montre que, non seulement, on a choisi le texte, on a profité dun modèle mélodique pour quil aille avec ce texte-là, mais encore, on est intervenu sur le texte lui-même. Si vous consultez le texte des Philippiens, vous ne trouverez pas : pro nobis. Cest la méditation du compositeur, et aussi la pensée de léglise : un approfondissement sur cette lecture, une orientation. Le compositeur de la mélodie est aussi, dans une certaine mesure, le compositeur du texte. Il intervient sur le texte inspiré, du moins à une certaine époque.
Christus factus est pro nobis
Vous apercevez la ligne horizontale de la déclamation. Derrière les ornements, plus grands sur nobis, il y a une parole en marche et il faudrait que lorsquon chante Christus factus est pro nobis, ce soit cette ligne-là qui domine et que les ornements ne soient que des accidents, quils nempêchent pas la ligne davancer car lessentiel nest pas encore dit. Lessentiel cest le mot qui vient après : obediens. Ce mot occupe tout lespace, va chercher le sommet de la pièce ; ensuite on va redescendre. Cest comme un point de vue de la composition mélodique organisé sur un mot.
Au passage, remarquez comment tous les mots dune pièce comme celle-là sont dessinés selon le principe de laccentuation, cest-à-dire de lélévation mélodique, de lornementation de la syllabe accentuée. Sur nobis, il ny a pas seulement la montée, mais aussi le nombre de notes.
Mortem autem : la fin de la pièce chante encore dans laigu, mais lintention principale ayant été donnée sur obediens, on ne va pas plus loin.
Derrière cette pièce, je veux vous faire sentir un chef-duvre délaboration :
Il y a un texte biblique du Nouveau Testament : saint Paul
Il y a ce texte repris dans la Liturgie, découpé pour correspondre à tel jour de lannée liturgique, modifié quelque peu.
Et un modèle mélodique qui est le graduel Ecce sacerdos magnus qui lui est appliqué et dont lapplication est parfaite.
Trait : Deus, Deus meus (GT 144)
Le même jour des Rameaux, peu de temps avant, nous avons chanté une autre pièce qui est aussi un chant après la lecture, et qui est tout aussi digne de la Semaine Sainte, le trait : Deus, Deus meus. La manière de composer est à lopposée de celle du Christus factus est, très proche de notre conception de la composition et qui de ce fait peut encore nous cacher la profondeur du lien entre la mélodie et la Parole.
À lorigine du chant sacré, on ne trouve aucune composition avant celle du Psaume chanté dun bout à lautre à la suite de la lecture : avec cette pièce, nous sommes à lendroit où naît la composition liturgique.
Cest très simple et pourtant cette pièce fait très peur ! Nous allons voir comment elle marche ; bien sûr, à lorigine, elle était chantée par un soliste et peut-être ensuite avec une alternance entre deux solistes jusquà lépoque carolingienne-même : la schola ne chante pas encore.
Il sagit dun psaume et du procédé musical le plus simple, qui consiste en ce quon appelle la cantillation, cest-à-dire une manière de chant encore très proche du dire et qui nest pas encore ce que nous appelons de la musique.
Regardons et identifions les procédés de composition à lintérieur de ce trait :
Dabord le premier mot : deus.
Ici vous avez quelque chose que pendant toute la pièce vous ne réentendrez pas, quelque chose qui fait que lorsque vous lavez chanté, vous connaissez le mode de la pièce, même si vous nêtes pas doués musicalement, vous y êtes comme installés : vous êtes dedans et vous nen sortirez plus : ré do ré do la do ré do ré mi ré. Le chanteur a posé en quelque sorte les marques du monde sonore quil va utiliser (or ce monde sonore on le chantait tous les jours : ton des oraisons, du Te Deum, du Pater, du Gloria, etc.)
Cest la manière de chanter un psaume, un récitatif, dimproviser, de composer. Nous sommes ici dans un monde où la composition musicale est fonctionnelle, cest-à-dire que la musique nest pas une sorte de chose gratuite, un petit plaisir que lon se fait, un petit supplément. La musique va permettre de chanter le psaume, elle va porter, elle va être liée à la déclamation du psaume. Par essence, le début cest ce quon nentend plus jamais. Donc le début de la composition va avoir une formule quon nentendra plus. Ainsi, sans aucun risque de vous tromper, vous pouvez donner à cette formule le nom A : cest la formule de commencement.
Ensuite le psaume est distribué en versets selon sa structure littéraire. Cest ainsi en hébreu, bien avant que le chant gallican ou grégorien nexiste.
Donc cette musique fonctionnelle, musique qui est là pour mettre en valeur et faire chanter le texte, va respecter dabord ce premier élément de la fin des versets : il y aura alors une formule de conclusion des versets :
B dereliquisti : fa fa mi ré mi mi ré
meorum
mihi
Israel
Une nouveauté à la ligne 5, nouveauté que lon va retrouver :
B liberasti eos
Autre formule : fa mi ré ré do ré do la, que lon va retrouver quatre fois de suite :
B confusi
plebis
caput
eum
ce nest quune variante.
Le verset Ipsi vero est long, à mea, le compositeur a mis la formule de fin de verset (B), mais il y a une sorte de prolongation et finale (B).
B humilitatem meam
Eum
Nous avons donc trouvé une formule qui ouvre le cantique et une autre qui finit chaque verset : cest toujours la même avec des variantes. On retrouve toujours : ré mi mi ré.
Dans un verset de psaume, il y a aussi un milieu, une médiante. On ne chante pas le verset du début jusquà la fin sans aller se poser quelque part, à un endroit logique. Dans toute cantillation ce posé se fait habituellement en dessous, parce que la voix descend du plan où elle était en train de réciter. Dans chacun des versets nous allons rencontrer une ponctuation. Ici cette formule que nous appellerons « C » se retrouve à chaque verset : fa re do ré mi mi ré mi fa sol ré ré do. Cest la formule de médiante qui peut avoir quelques petites variantes surtout si la formule est un peu longue ou plus courte. Cette formule ne se retrouvera jamais ailleurs, jamais on ne finira par celle-là. Vous voyez combien cest balisé. Notre soliste na pas tellement de marche de manuvre . Donc tous les versets sont ponctués en descendant dun ton, pour se poser un moment au degré en dessous de la corde générale de composition qui ici est le Ré. Mais ce posé au milieu du verset, est tout sauf une fin, nous appelons cela cadence, ce qui veut dire que la mélodie va se poser, mais regardez comment cela se passe dans plusieurs versets, par exemple le deuxième après la cadence de mea, sur verba vous avez une nouvelle formule qui repart du même endroit : on est allé se poser sur le degré inférieur de la corde, le DO et cela donne au chanteur de lénergie pour repartir pour la deuxième partie du verset ; il repart à toutes les lignes de la même manière, sauf à la première parce que le texte est trop court. Ce sera la formule « D » ré do ré mi fa sol fa mi fa sol sol fa, formule de ré-intonation. Chaque fois quil y a la formule « C », peu après il y a la formule « D » pour repartir. Il prend appui sur la note grave pour relancer le mouvement vers la note aiguë du mode.
Autrement dit le parcours de notre soliste est très balisé et par quelque chose qui ne vient que du psaume et une manière de chanter de chez lui, bien entendu. Ce qui commande que telle formule doit venir là, cest le chant du psaume. Quand nous arrivons à la fin dun morceau, nous nous sentons obligés de faire deux ou trois ralentendo, de poser des accords (14 pour une symphonie de Beethoven)
lui nen a pas besoin : il a une formule pour commencer, que tout le monde comprend ; et lorsquil finit, cest avec une formule quon naura jamais entendue.
Donc nous avons vu la formule du départ, la ponctuation du verset au milieu, la formule de ré-intonation, sauf si le texte est trop court (deux fois). Tout est balisé, il ne reste quun endroit où le soliste puisse faire valoir son art, et ce nest pas la piété personnelle qui le conduit, ce ne sont pas les idées du temps sur lexégèse ou sur la Liturgie ( !), le seul endroit que lusage laisse libre : ce sont les premiers mots des versets. Lintention mystique que nous sommes très portés à essayer de deviner dans les ornements qui sont ici Longe il pleure sur la distance de son salut
Non : cest orné parce que cest le début du verset, le dernier endroit qui reste pour faire ce que tout soliste fait : inventer de la musique. Ainsi compris, cela prend une valeur déloquence considérable ; ces endroits prennent une force énorme. Le cadre est très strict tout au long du psaume mais au début de chaque verset, le soliste fait pratiquement ce quil veut, soit en développant la mélodie vers le haut, soit au contraire en restant dans un ambitus extrêmement restreint : Ipsi vero.
Puis arrive le dernier verset. Dans ce psaume il est très long : ventura première ponctuation logique, on met la formule « C » ; cli, on pourrait croire que cest la formule de ré-intonation. En réalité, cest le dernier verset : on va donc faire entendre quelque chose quon na jamais encore entendu, ainsi tout le monde saura que cest fini. Dans les cantillations anciennes comme celle-là, on trouve à la fin un « panache », qui en général monte plus haut ; il est plus long, plus mélismatique que tout le reste de la pièce. On entend ici le Sib quon na pas encore entendu, ensuite le compositeur a étalé tout un mélisme sur ce texte un peu long. Une dernière petite chose, il a utilisé, en cours de route la formule « B » déguisée dans justitiam ejus.
Voilà la composition liturgique à létat naissant, on sent toute linventivité du chanteur.
Le dernier verset
Si vous regardez votre graduel à la page 147, vous avez une indication de verset à Populo. Cette double barre a été mise à une époque où on ne comprenait plus ce style dexécution. Quand vous comparez cette mélodie avec celle du trait Qui habitat qui ressemble étrangement à celui-là, vous voyez que ce sont les éléments de la formule finale (cf. GT p.76).
Il ny a pas de psaume régulier, même le psaume 118 avec ses 22 strophes de 8 versets, tous les versets vont deux par deux sauf un, le dernier. Dans les Traits, personne na jamais expliqué pourquoi quelques versets manquent
Lédition Vaticane, que nous avons encore en usage, a suivi lindication de beaucoup de manuscrits. En effet, sur eius, il y a une formule qui ressemble à une formule de finale. Lidée actuelle que nous nous faisons du chant permet de redistribuer et de faire que le dernier verset commence à : Annuntiabitur
Voilà un exemple de composition pleine de santé.
Généralités sur les traits
Vous avez deux chants dont le style est plus ancien : le chant du style des traits du 2 mode que nous venons de voir, et celui des cantica . Il existe un autre style celui des traits des autres dimanches de Carême.
À la veillée pascale, la liturgie actuelle comporte sept cantiques : il ny en a que quatre qui viennent de lantique veillée pascale. La nuit de Pâques on chante les lectiones cum canticum , cest-à-dire le passage de la mer-Rouge avec son chant. La Bible contient toute une collection de cantiques dans : Jonas qui sort de la baleine et chante sa libération, les Trois Enfants dans la fournaise
Nous navons plus Jonas, mais la liturgie bénéventaine le connaissait ; nous navons plus Daniel sauf à Laudes, mais il nous reste le cantique du passage de la Mer Rouge : cantemus Domino. À la veillée pascale, trois cantiques qui ne sont pas tirés des psaumes nous restent donc : Cantemus Domino, Vinea, Attende. Leur mélodie est une mélodie type parfaitement appliquée ; ici, il ny a même plus dinvention.
Regardez cantemus : Vous voyez au départ une formule quon nentendra plus, elle a pour particularité dassimiler le mode romain et le mode gallican. Cest la signature de la composition de cette pièce, elle est née dans le répertoire romano-franc.
Ensuite on diustingue trois teneurs : DO, SOL, SI (écrite en Do dans nos livres). Cest une composition très riche en structure mélodique, avec trois teneurs, des médiantes, des ré-intonations, des fins de verset, et le panache de la finale. Mais il ny a aucune surprise, pas dinvention. Il sagit dune époque où la composition est beaucoup plus systématisée, donc plus tardive (VIIIe s.).
Ces trois cantiques marchent parfaitement dun bout à lautre sans irrégularité. Ensuite venait la procession au fonds baptismaux : comme on était à court de mélodie, on a composé, en prenant un psaume, un chant sur la mélodie des cantiques de la vigile pascale : sicut cervus. Il est presque parfaitement régulier jusquà ce quon arrive à faciem Dei mei. Ici on quitte le modèle. Les principes de composition ont changé. Les autres cantiques, dits de la vigile pascale, sont des traits des dimanches de Carême : Qui confidunt, Jubilate Domino (de la Septuagésime) et Laudate Dominum (des Quatre-temps : nuit de prière au changement de saisons, Liturgie romaine qui sest développée dans lunivers entier, jusquà Vatican II). Chacun de ces traits invente un peu, parfois de façon audacieuse, par exemple, le Jubilate : les formules sont à peu près régulières jusquà ce passage délicieux du dernier verset : Ipse fecit nos.
Le trait du quatrième dimanche de Carême : Qui confidunt. est un jeu. heureusement que cest là, sinon on se linterdirait peut-être
Regardez encore celui du deuxième dimanche de carême : Commivisti (il vient sans doute de la Sexagésime, car il ny avait pas de messe le deuxième dimanche de carême : quatre-temps). La mélodie de sana sest complètement affranchie : il ne reste presque plus rien de la mélodie des Cantiques de la Vigile pascale : le trait a fait son chemin.
Questions :
Le trait ne pourrait-il pas redevenir un chant de soliste ?
Dans la liturgie, il y a toujours eu un chant de soliste, comme il y a toujours eu un chant dassemblée. Il y a toujours eu, du moins à partir de la naissance de la schola, un chant de schola, il y a toujours eu un chant du célébrant. Mais les meilleurs efforts ont toujours eu des conséquences, des effets imprévus. Or une des conséquences de la réforme qui a suivi saint Pie X, fût un aplanissement du répertoire grégorien et lidée est venue que tout le monde chante tout. Cette idée est très servie dans les milieux monastiques. Lorsque saint Benoît parle de la psalmodie ou du chant, il ne parle que de la disposition des chanteurs. Regardez ce que dit saint Crodegang dans sa règle des chanoines. Reprenant la Règle de saint Benoît il ajoute comment il faut bien chanter ensemble, dune seule voix. Cest alors seulement que les communautés se sont appropriées un répertoire qui nétait pas le leur : lassemblée na jamais eu à chanter auparavant. Ce mouvement sest renforcé à partir de cette époque. À ce sujet, il y a de très bonnes pages de Monique Brulat dans sa thèse sur la voix au XVIIe siècle. Par exemple consultez les citations quelle fait sur Port-Royal : « à Port-Royal, elles chantent comme des anges
»
Ensuite, il y a la réforme qui suit saint Pie X et le grégorien style de Solesmes où lhomophonie est mise en valeur de façon complète : je ne dis pas que ce nest pas bien, je ne vais pas dire dans les communautés quil ne faut pas chanter ensemble. Cest un modèle de chant qui na jamais existé dans lhistoire, parce quil y en a eu dautres avant et il y en aura dautres après. Au XXe siècle, le renouveau grégorien est lié à ce mouvement, à la réforme de saint Pie X, au chant grégorien de Solesmes, et à un certains nombres de conditions qui ont eu lieu en ce siècle.
Le renouveau liturgique est solidaire du chant grégorien, car on a compris que dans le chant grégorien il y a les valeurs vraies de participation, du rôle des différents acteurs, et le lien avec la Parole. Il y a eu des expériences plus ou moins bonnes. Maintenant que lon comprend mieux le chant, les réflexions que lon se fait doivent rejaillir sur le chant grégorien. Et les adaptations quon a été amené à faire à loccasion du passage en français, doivent être aussi considérées par les communautés qui gardent le latin. Elles ne pourront pas en faire léconomie pour le chant sinon, elles se condamnent à garder la simple allure que le grégorien a eu au XXe siècle. On ne peut engager la vie liturgique seulement sur lesthétique ; on ne peut pas construire la Liturgie sur lesthétique, parce que dans la Liturgie, il y a des choses qui changent, et dautres qui ne changent pas : cela est lié à des lieux et à des cas.
Aujourdhui ce qui est important cest de se poser des questions, et je peux vous dire quil y a un monastère de la congrégation où, cette année, on a chanté le trait avec un soliste, un verset sur deux. Le chant de soliste nest pas fait pour passer à une assemblée de 80, ce nest pas possible. Il faut respecter la substance du chant. Savoir les choses aide beaucoup et nous aide aussi dans la pratique à savoir ce que lon peut demander.
Le trait est apparu des siècles avant le Christus factus est, et na donc pas le même style.
Au point de vue de lexpression spirituelle.
Dans une pièce comme le graduel Christus factus est, on va chercher le sommet de la mélodie et cela vaut pour presque toutes les pièces, on peut en tirer une certaine animation spirituelle. Si on prend en première lecture une pièce comme le trait du dimanche des rameaux, cette méthode ne marche pas ; nous avons vu sa composition et comment le lieu dinvention musicale a été mis là où il restait de la place.
Peut-on donner une datation ?
Je ne sais pas. Par contre on sait que le gloria ambrosien qui est le type même de psalmodie, malgré ses mélismes fait partie du répertoire de lassemblée. Or ce Gloria a cette forme depuis au moins le IVe siècle. Cependant nous navons pas de preuve : il ny a pas de partition ; mais la place des mélismes montre la structure en strophes et donc laisse penser que la mélodie du Gloria ambrosien remonte à lépoque où le Gloria sarrêtait à propter magnam gloriam tuam. Tout le reste nétait pas encore composé.
Les liturgies gallicanes sont écrites au VIe s. Un épisode historique est intéressant : Grégoire de Tours raconte quun jour il a organisé un synode dévêques à Orléans pour recevoir le roi Gontrand. Cétait pour la saint Martin dété, le 4 juillet. Le 5 juillet, avait lieu la rencontre des évêques de la région avec Gontrand. Or pendant le repas, le roi se tourna vers Grégoire lui disant : « Je serais très honoré si le diacre qui a chanté hier soir le psaume responsorial pouvait venir ici ». Grégoire na pas cru devoir résister au souhait de Gontrand et le diacre est venu donner le psaume responsorial pendant le banquet. Ensuite le roi a exprimé le désir que chaque évêque permette à son chantre de faire de même.
Cest un petit témoignage sur lart du soliste à une époque déjà haute. Les pièces comme Hæc dies et les graduels en IIa devaient exister à ce moment-là : Rome les adoptera pour lAvent et la Passion au VIe siècle. Il y aura alors des remodelages : les Cantiques de la Vigile Pascale sont les mêmes à Rome et dans le chant romano-franc
Ces cantiques remontent au tous premiers siècles.
Les étapes de la formation du Graduel
Le Graduel, cest un souvenir du Psaume reponsorial. Dans le cas du Graduel Juravit, on chante la fête dun pasteur, dun prêtre dans le Grand Prêtre, et donc le Psaume 109. A lorigine, on devait chanter le Psaume 109 au début. Le soliste se levait et on chantait le Psaume jusquau bout. Ensuit, à lépoque où on a voulu une participation active vocale lépoque, en Occident, de st Ambroise et st Augustin , on a adopté une formule responsoriale, le soliste continuant à chanter son Psaume.
Puis arrive la schola, qui développe ce système avec le « Graduel » : on ne peut pas tout chanter parce que ce serait trop long, trop orné. Quest-ce qui reste ? La réponse du peuple Juravit
, le verset du jour, et il ne reste plus du Psaume lui-même que son premier verset Dixit Dominus. Voilà, très résumé comment se construit le Graduel.
La cantillation.
La cantillation est un mot inventé au début du XXe siècle pour désigner un procédé musical dont on navait pas encore pris conscience et que lon rencontre dans les cultures où lon transmet un enseignement de façon solennelle, dans toutes les cultures où il y a une parole à transmettre. Dans lhistoire de léglise, cest le seul point pratiquement auquel elle tienne : que lon fasse attention quand on parle de musique.
Les papes et la musique
Les papes ne parlent pas beaucoup de la musique, même de la musique sacrée, mais quand ils en parlent cest arrivé trois fois, je crois dans lhistoire de léglise , cest de relation entre la Parole et de sa transmission musicale quils parlent.
Je voudrais vous faire connaître un document, une des rares interventions pontificales au cours de lhistoire, sur la musique sacrée. Il y a eu saint Grégoire bien sûr, saint Pie X et un autre que lon connaît peu : le pape Jean XXII. Il était, je crois en Avignon, et se trouvait face à lexplosion des inventions musicales de la fin du Moyen Âge et il est intervenu en 1322, par un document sur la musique sacrée. Ce document est assez court et sappelle : Docta sanctorum patrum auctoritas.
La docte autorité des saints pères a décrété que dans les offices de louange que nous sommes tenus de réciter, la première chose que nous ayons à regarder, cest que la Parole ne trébuche pas.
Nous devons tous être vigilants à cette régularité de la parole, vigilance de lesprit, exactitude de la parole.
Ensuite viennent les dispositions intérieures : Modesta psallentium gravitas et le résultat : placida modulatione decantet, une manière de chanter placida.
Le pape sappuie sur lécriture sainte : In ore eorum dulcis resonabat sonus (Sir. 47, 9) ; il explique cette citation : Le son doux suave résonne dans la bouche de ceux qui psalmodie, quum Deum corde suscipiunt, dum loquantur verbis :ils reçoivent Dieu dans leur cur . Quand les psalmodiants réalisent ce son dune douceur recommandée ? Lorsquils reçoivent Dieu dans leur cur en prononçant les paroles. in ipsum quoque cantibus devotionem accendunt : en faisant cela, ils enflamment la dévotion. Cest un raccourci étonnant et voilà pourquoi, dans lEglise de Dieu, on recommande de chanter la psalmodie.
Lidée de la qualité de la parole revient encore juste après dans le document lorsquil explique comment lon chante dans les offices, la messe, que ce soit pour les clercs ou pour le peuple : Distincta gradatione cantantur [gradatio = passage successif dune idée à une autre] Dans le chant le passage dune idée à une autre se fait distincte, de façon distincte.
Par rapport à cela, il y a un certain nombre de déviations. Cest étonnant ! Il ne commence pas par dire les abus de son temps, mais il rappelle seulement ce quest la musique sacrée ; ensuite il montre comment la musique du temps risque dy échapper. ut eadem distinctione collibeant et maturitate delectent. Par cette distinction, on arrive a donner un certain plaisir .
Aujourdhui les disciples de plusieurs nouvelles écoles oublient de veiller sur la mesure du temps, ils introduisent des nouvelles notes, des semi-brèves, des minimes, percuntiuntur notulis, ils font des répercutions, et ils introduisent, melodias hoquetis intersecant : ils introduisent des hoquets dans les successions des notes
discantibus lubricant, des chants glissants, des paroles vulgaires dans les triplum .
Ce document est très intéressant, car il montre que les procédés musicaux et leur déformation intéressent le jugement de léglise, dans la mesure où cela va interférer sur la Parole. Vous ne trouverez pas mieux dans le document de saint Pie X, et pas mieux surtout dans le texte sur la musique sacrée de Vatican II.
Le livre de Jacques Viret « le chant grégorien »
Je voulais aussi vous recommander un livre avec les précautions dusage. Depuis 15 ans cest un des meilleurs livres qui ait été écrit sur le sujet : Le chant grégorien de Jacques Viret. Cest un livre remarquable pour ce qui concerne la cantillation, un livre passionnant que je vais utiliser notamment pour la question de laccent. Jacques Viret est pour moi celui qui a le mieux écrit sur la cantillation pour des gens de notre espèce. Il a une phrase étonnante lorsque lon sait que cet homme nest pas catholique. Il est professeur à lUniversité de Strasbourg, il est luthérien.
À quelle motivation répond la mélodisation de la Parole sacrée ? Dun point de vue utilitaire, il y a dabord la préoccupation damplifier la sonorité de la Parole afin de permettre à un vaste auditoire de la percevoir plus aisément. Mais au-delà de ce souci defficacité pratique intervient tout le pouvoir de suggestion du son musical en soi. Même lorsque lélément musical se réduit à rien ou presque rien, cest-à-dire dans les récitatifs où les syllabes se débitent presque toutes recto-tono sur une hauteur fixe, même alors se crée un espace spirituelle qui nexisterait pas si le célébrant sen tenait à lintonation ordinaire. En passant de lémission parlée à lémission chantée la voix se hausse sur un plan supérieur pour devenir digne de transmettre le Verbe saint, de même que le corps du prêtre sorne des vêtements sacerdotaux avant de monter à lautel. On pourrait être tenté de négliger cette forme élémentaire du chant à laquelle on donne le nom de cantillation, sous prétexte quelle nest pas vraiment de la musique et se rapproche plutôt de la parole. Mais la cantillation revêt une importance majeure du fait quelle est à la base des formes plus riches et plus élaborées
et dautre part et révèle la priorité de la parole sur la musique. Au service des textes sacrés la modulation musicale a répondu primitivement à une intention surtout fonctionnelle : mettre à profit le timbre de la voix chantée avant tout émergence dune dimension musicale véritable.
Vous avez dans la littérature cette distinction : la messe en plain chant et la messe en musique. Le plain chant sopposera à la musique jusquà ce que lon réhabilite la musique médiévale.
Deux mises en garde cependant concernant ce livre : jattire votre attention sur un premier point, le chapitre VI : « Le cryptogarmme de lhymne à saint Jean-Baptiste et le sens initiatique des modes grégoriens ». Je ny crois pas, pour la bonne raison que lhymne de saint Jean-Baptiste existait avant quon fasse une version musicale solfégique. Dans la littérature liturgique, il existe une hymne : Ut queant laxis resonare fibris. Cest une hymne réellement chrétienne composée pour la fête de saint Jean-Baptiste et qui loue le miracle de saint Jean-Baptiste qui ouvre, délie la langue de son père en naissant. Guy dArezzo au XIe siècle a composé une mélodie dans laquelle chaque verset monte dun ton, de manière à donner un moyen mnémotechnique à des enfants qui voyant les degrés sur la portée apprenaient en quelques jours les notes. Donc cette analyse, à la lumière des mélodies grégoriennes et des noms de ces syllabes : ut, ré, mi, fa, sol, la, conçues comme un cryptogramme : sol étant le soleil au centre du monde
est un anachronisme ! et cela annihile toute linterprétation, mais les grands esprits ont parfois des idées, celle-ci est reprise de Jacques Chaillet dont Jacques Viret était lélève. On doit écarter cette idée sans hésiter.
Le deuxième point qui est aussi à écarter, cest une certaine idée de la composition qui magnifie encore le rôle de saint Grégoire et le rôle de Rome dans la composition du chant Romano-franc. Des études récentes vont de plus en plus vers un chant dorigine gallicane. Dans le chant grégorien, nous navons de romain que le texte et lordonnance liturgique.
saint Augustin et la musique
Autour de ces considérations sur la rencontre parole et musique, il faut rappeler le témoignage de saint Augustin dans les Confessions :
Les plaisirs de louïe mavaient captivé, subjugué plus tenacement, mais vous avez dénoué leur lien et men avez délivré. Aujourdhui encore, je lavoue, jécoute avec une certaine complaisance les mélodies que vivifient vos Paroles, [tous les musiciens auraient dit le contraire] lorsque cest une voix agréable et bien conduite qui les chante. Cependant je ne my laisse pas enchaîner, au point de ne pouvoir me lever quand je le veux. Admises en moi avec les pensées grâce auxquelles elles vivent, elles réclament en mon cur une place qui ne soit pas indigne delles mais jai peine à ne me réserver que celles qui me conviennent. Il me semble que quelquefois je leur accorde plus dhonneur quil ne faudrait ; je sens bien que ces paroles saintes, quand elles sont ainsi chantées me pénètrent dune vue religieuse, une plus ardente flamme de piété que si elles ne létaient point. Cest que tous les sentiments infiniment variés de lâme retrouvent chacun leur note propre dans leur voix, dans le chant, et je ne sais quelle mystérieuse affinité qui les stimule. Mais la délectation des sens, à laquelle il ne faut pas permettre dénerver lâme, mabuse souvent, quand la sensation ne veut plus, en accompagnant la raison, passer modestement derrière elle, et, alors quelle ne doit quà celle-ci dêtre accueillie, prétend la précéder et la conduire. Cest là que je pèche sans men apercevoir : je ne men rend compte quaprès coup.
Parfois aussi je mets quelque excès à me garer de ces surprises, et je pèche par trop de sévérité : il est des moments où je voudrais à toute force écarter de mes oreilles, et de léglise même, la mélodie de ces douces cantilènes dont on accompagne dhabitude les psaumes de David. Il me paraît plus sûr de sen tenir à la méthode qui était, ma-t-on dit souvent je me le rappelle, celle dAthanase, lévêque dAlexandrie, qui les faisait réciter avec des modulations de voix si peu marquées quon eût dit une déclamation plutôt quun chant.
Et pourtant quand je me souviens des larmes que me tiraient les chants déglise aux premiers temps de ma foi reconquise, et quaujourdhui même je suis ému moins encore du chant que des paroles chantées, quand elles le sont par une voix pure, et modulées comme il convient, je reconnais de nouveau toute lutilité de cette institution.
Ainsi je flotte entre le péril du plaisir sensuel et lévidence constatée des effets salutaires quelle produit ; et, sans porter une sentence irrévocable, jincline à approuver lusage du chant dans léglise, afin que les oreilles charmées aident lâme, trop faible encore, à sélever vers une tendre piété. Au surplus, quand il marrive dêtre plus ému, du chant que des paroles chantées, cest, je lavoue, une faute qui mérite pénitence et jaimerais mieux alors ne pas entendre chanter.
Voilà où jen suis ! Pleurez avec moi, pleurez pour moi, vous qui sentez dans vos curs ces mouvements vertueux doù sortent les bonnes uvres ; car, vous qui y êtes étrangers, tout cela ne vous touche guère. Mais vous, Seigneur mon Dieu, « écoutez-moi, jetez sur moi votre regard », voyez-moi, « ayez pitié de moi et guérissez-moi ». Je suis devenu pour moi-même, sous vos yeux, une énigme ; et c'est là justement ma faiblesse.
Augustin est témoin dun mouvement que lon va retrouver tout au long de lhistoire. Il est pour la musique dune façon claire, mais cependant, il est de ceux qui sentent bien les deux côtés : parole-musique. Saint Jérôme et un certain nombre des Pères du désert qui ne verront pas plus loin. Toute lhistoire de la musique liturgique de léglise est dans ce mouvement. Cest au cur de notre sujet, car ce qui est en question est cette phrase de saint Bernard : cantus sensum litterae non evacuet sed fecundet : Le chant ne doit pas évacuer le sens du texte mais le féconder. Léglise est très sensible aux dangers et aux risques que lart fait courir dans léglise, en même temps quelle voit que mis au service de la Parole, il a des conséquences étonnantes.
La prononciation
Ceci mamène à vous parler dun aspect très matériel et très pratique de léducation des communautés qui peut beaucoup aider. Il sagit de la prononciation. Tous ces textes que je peux vous donner ne peuvent construire une certaine qualité de chant, ils peuvent, cependant, donner une intériorité. Mais pour construire il faut des moyens très pratiques et il y a un moyen très pratique de faire chanter ensemble, cest la prononciation, parce que dès quon fait un peu attention à bien prononcer la voix sengage autrement. On a des habitudes et souvent on déforme dans la vie courante, et comme nous chantons beaucoup nous avons tendance à faire entrer ces défauts de prononciation dans notre chant liturgique. Il serait donc bon, sinon utile de prendre la communauté, et dapprendre à avoir une prononciation commune. Chaque communauté, en fait, a sa manière de prononcer et chaque nation aussi : il nest pas question de demander à un catalan de chanter le « o » à la manière tourangelle ! Ce sont des régionalismes, des nationalismes.
Depuis un siècle, on sest battu. Mais il faut distinguer. Le mouvement grégorien au début du siècle a promulgué une prononciation dite romaine du latin pour laquelle je voudrais donner deux précisions ; dabord que la prononciation romaine du latin suivant les règles que vous trouvez dans les livres est fondée sur lhistoire, sur les manuscrits, entre autre le dg pour le g et non pas gu. Mais cela vaut pour les consonnes. Tout ce qui a été donné sur les voyelles na rien de romain, sauf la question du u = ou, mais tout le reste vient dailleurs.
Donc nous naurons pas grand chose à dire des consonnes, les règles sont connues. Dans le Graduel il y a un endroit où vous pouvez voir la prononciation du g. Cest au samedi qui précède les Rameaux, p. 136 (Collegerunt), ligne 4. gens. Si cela se prononçait guens le gu se prononce au début de la syllabe, or si vous regardez le neume sur tota vous voyez quil a une forme spéciale, un peu bouclée, cest ce quon appelle la liquescence qui désigne un phénomène selon lequel on commence à prononcer la syllabe suivante sur la finale du mot précédent. Si cétait guens on ne peut pas, par contre avec gens on le peut. Cest le phénomène de ce que lon appelle la liquescence antécédente.
La liquescence
La liquescence est liée à lunité du mot. Ce phénomène nous montre la précision, le souci de la prononciation, le respect des mots. Ici on commence à prononcer la syllabe dgens quand on est dans le mot précédent. Ce phénomène se produit avec trois lettres, le g (regardez dans les Impropères, p. 176) ; le m, lexemple se trouve dans lintroït de la Fête-Dieu : p. 377 de petra melle (je ne dis pas que cela se produit avant tous les m, la liquescence nest pas un phénomène obligatoire, mais ici il est voulu, car ce phénomène met le mot plus en bouche, le corps colle à la Parole dans ce chant traditionnelle ) ; et puis le n, exemple dans le graduel p. 77-78 : cest lintroït du premier lundi de Carême Sicut
miserere nobis (le deuxième). Ceci est à faire remarquer avec précaution.
Le but est de vous montrer que derrière cette exigence de prononciation, il ny a pas quelque chose de froid, car il ny a rien de plus dangereux que larticulation froide : cela devient un chant syllabique. La prononciation participe à un soin à donner à la diction du mot. Là on voit que cela va tellement loin que lon commence à prononcer la consonne sur la syllabe précédente. Donc les règles de prononciation dite romaine du latin, sont des règle qui portent sur les consonnes.
On ne peut pas confondre le Latin de la composition grégorienne, cest-à-dire le Latin du VIIIe siècle avec le Latin de la composition peut-être romaine du Ve, puis avec le Latin de Cicéron. Une langue change surtout sur huit ou neuf siècles. Nous ne sommes pas devant une langue vivante, nous navons pas, nous, grégorianistes à assumer lunité de la langue latine dans lespace et dans le temps. Mais cette prononciation romaine est attestée comme la prononciation dune région qui a parlé latin.
Par contre, je finis sur la question des consonnes et de la liquescence, phénomène lié à la prononciation qui va se trouver lorsque que lon a ces trois lettres m, n, g, ou bien lorsquon a certaines rencontres de consonnes ou bien lorsquon a des semi-voyelles : alleluia. Ce sont les moments où le changement des organes vocaux provoque une interruption du souffle vocale et où la continuité de la musique amène à voiser, à sonoriser. Cest un phénomène tout à fait naturel. Rien nest plus étranger au chant grégorien que ce trou entre les syllabes quand on veut trop articuler.
Donc ce phénomène est lié à larticulation des consonnes, mais aussi à certaines positions mélodiques ; il y a des contextes mélodiques où vous ne trouverez pas de liquescence ; et il est lié encore à lintention du compositeur de souligner quelque chose, de donner une certaine expression, vous lavez vu avec petra melle, miserere nobis qui est une répétition, or ce ne sera que le dernier qui sera marqué par la liquescence. Il y a aussi la communion : Passer, p. 306. Cette communion nest pas simple, (pour les amateurs de modalité, cest un mode amphibie ! Elle oscille entre le premier et le troisième mode) : Turtur, il y a là une intention expressive du mot ; turtur est une onomatopée, mais le compositeur ou le chanteur joue avec. Quand je dis le compositeur ou le chanteur, il ny a pas de distance, la composition nest pas théorique, intellectuelle, cest le mot écouté, et vous voyez les conséquences liturgiques et spirituelles que cela appelle.
Exemple de déclamation : Puer (p. 47)
cujus imperium : Comment interpréter cet uncinus sur im ? Cest un phénomène oratoire où on va retenir un instant le débit, comme dans un barrage, on fait monter leau pour faire monter la pression afin davoir sur laccent quelque chose qui néclate pas mais qui rayonne. Cest une nuance de nuance et dès que vous la faites, vous la perdez.
La liquescence nest pas une chose à exagérer. Par contre cela doit nous apprendre à soigner la prononciation : cest-à-dire que comme dans les instruments à cordes lorsque larchet ne touche plus la corde le son sen va, cest le sens davoir en permanence le son dans la bouche ; depuis le premier instant où le son apparaît jusquau dernier mot, il y a un continuando.
La question des voyelles
Dans nos monastères circulent des règles. En 1983, dom Jean Claire mavait demandé de chercher les règles pour former les lecteurs et jai eu la curiosité de chercher lorigine de ces règles : jai alors découvert que les règles qui circulent pour la prononciation des voyelles sont les règles de la prononciation française. Autrement dit, on nous apprenait à chanter le o avec deux couleurs, le o fermé et le o ouvert, variantes qui existent en français. Il ny a donc pas le même absolu que par rapport aux consonnes. Le plus important est de chanter tous, dans un chur, de la même manière. Lorsque lon cherche tous la même couleur de voyelles, on peut approcher dune pose de voix commune.
diphtongues
Il y a des voyelles et il y a quelques diphtongues. La diphtongue, en latin, cest une première voyelle qui dure tout le temps du son et une deuxième voyelle qui sarticule au moment du changement de syllabe. Donc la couleur dans Euge, est donnée par la première lettre. Chez nous sil y a une deuxième lettre avant le syllabe le son est ouvert. Ceci nexiste pas en français, doù la difficulté. Ce ne sont pas des choses à apprendre en communauté mais individuellement. Lessentiel est que tous les chanteurs pensent à bien prononcer ensemble et à cette occasion un certain nombre de choses vont passer, parce que cest le texte.
Laccentuation
Laccentuation, par rapport à ce que nous avons vu, cette cantillation, ce texte, cette parole qui vient animer la voix, cest le dynamisme vers le haut.
Il y a dans la cantillation deux dynamismes :
La cantillation est une ligne horizontale qui a un dynamisme vers le bas : ce sont les ponctuations qui amènent les phrases les incises à se terminer au grave
et il y a un dynamisme vers laigu qui est propre à chaque langue qui est laccentuation.
Comment formuler ce principe de laccentuation ? La réponse que jaime est celle de Cicéron dans son traité de lart oratoire : est autem in dicendo quidam cantus obscuria. Il y a dans le dire un certain « obscuria ». Cest difficile à traduire, cest un chant un peu caché, un chant latent. « Il y a dans le mot un chant caché, en effet, la nature comme si elle modulait le discours des hommes a dans tout mot posuit acutam vocem, un son aigu, entre la dernière et lantépénultième syllabe ». Donc un chant dans le dire qui est animé par un son aigu.
Selon la position de laccent dans le mot, le rythme du mot sera différent. Cet accent qui est à lorigine une élévation mélodique va jouer avec dautres paramètres suivant les époques de la langue parlée. Dans lancien Latin, il joue avec la longueur des syllabes, dans le Latin plus tardif, celui qui va nous retenir davantage, la position de laccent dominera avec une certaine intensité. En résumé, dans le chant grégorien, il y a trois caractéristiques pour laccent, variables selon les couches de composition et selon les pièces :
La hauteur mélodique, qui serait comme létymologie de laccent. Le mot accent viendrait de ad cantum, pour le chant.
La longueur, qui est resté dans les hymne, du moins certaines.
Lintensité.
Il y a une formulation excellente, du moins tout à fait nuancée de cela dans le livre de Jacques Viret :
La langue latine sest transformée au cours des siècles et lanalyse du répertoire grégorien ne saurait être effectuée par rapport à ce que nous savons de la langue classique de Cicéron ou dHorace. Létat de la langue auquel se réfère le vieux fond grégorien est celui de lépoque post-classique caractérisée par de profondes mutations : disparition de la quantité, et renforcement de lintensité.
cela concerne surtout les endroits où la liturgie est exclusivement en Latin. Dans les oraisons, dans les préfaces et dans les textes ecclésiastique, il y a ce quon appelle les cursus qui sont lordre des clausules des syllabes accentuées, de césures qui se produisent, par exemple : gratiam tuam quæsumus Domine mentibus nóstris infúnde. Il sagit dun cursus de cinq syllabes, un accent, une finale, une césure, et un mot accentué au centre. Ces cursus ne dépendent plus de la quantité, ils sont nés sous la dominance de lintensité.
Ces deux processus, disparition de la quantité et renforcement de lintensité de laccent, sont sans doute corrélatifs à notre époque et sont apparus dès le IIIe siècle. La quantité des syllabes, indépendante de laccent dans la langue classique se subordonne à lui, en raison de son importance rythmique. La longueur sest alors reportée sur les syllabes toniques et la brièveté sur les syllabes non accentuées. Phénomène qui contribuera à engendrer les langues romanes. Parallèlement laccent du mot qui à lépoque classique était vraisemblablement marqué par une élévation de la hauteur de la voix accuse sa valeur intensive, de sorte que la syllabe accentuée se prononce dès lors avec une force démission accrue. Sur ce point le témoignage des grammairiens sont parfaitement explicites.
En résumé, il y a donc trois composantes, mais nous trouverons selon les pièces des choses un peu différentes. Ce qui va dominer dans le discours mélodique, cest la hauteur. Très souvent la syllabe accentuée va être au-dessus des autres. Sur la feuille vous avez de nombreux exemples de ce genre :
N°1 : In cymbális Benesonántibus
Ici il y a certainement une différence entre laccentuation officielle du mot cymbalis, tel quil est écrit dans les livres et laccentuation étymologique, venant du grec et qui est passé même dans les autres langues, en français cymbale. Cela arrive souvent avec les mots exotiques.
Ensuite vous avez une petite collection dexemples où lon voit le mot latin :
N° 2 : Sapiéntia :
exemple pédagogique qui fait comprendre la forme du mot latin qui en soi est un mouvement logique et qui va devenir un mouvement rythmique et aussi un mouvement mélodique. Tant quon na pas entendu la dernière syllabe, on ne comprend pas le mot. On peut penser que logiquement, il en est de même pour la mélodie : la mélodie ne prend son sens que lorsquon arrive à la dernière syllabe, ce qui est étonnamment vrai. Dans le répertoire grégorien, on pose les mots sur des notes particulières de léchelle. La fin dun mot ne sera jamais posé sur un endroit peu solide : cest larchitecture modale.
Les exemples parlent deux-mêmes, reprenez le 1er exemple : nous sommes en mode de Mi où le n° 2 de 4e mode, ou encore le n° 5 : Innuebant
Il ny a pas que les finales dun mode qui soient modales, on va se poser aussi ailleurs. Ceci est un premier critère pour distinguer les pièces non anciennes. Quand la théorie modale simpose à lOccident, on ne pense plus que par elle : en 1er mode, on finit en Ré. Au moment de composer une pièce en 1er mode, on fera bien attention à ce que toutes les cadences intermédiaires soient sur Ré : cest la systématisation. Dans les pièces anciennes, en 1er mode, les cadences sont toujours en dehors de Ré, parce que lorsquon est sur Ré, cest fini. Il est important de voir que lorsquon analyse le texte, la mélodie dans sa structure, le mode ou la mélodie dans son ornementation, on retrouve toujours les autres éléments : ces trois éléments vivent en symbiose.
Dans une vidéo que jai faite sur le chant grégorien, il y a une erreur lorsque jai dit que le mot est un mouvement, car le mot aurait pour étymologie Motus. Et tout le monde ma cru, sauf un professeur détymologie de Strasbourg, qui mécrit une page de compliment et à la fin dans un petit postcriptum : « Lorigine du mot « mot », ce nest pas motus, cest mote mute que vous trouvez dans « motet », cest ce qui est dans la bouche ce qui sort de la bouche ».
Regardez lantienne n° 8 : Venite benedicti Patris mei : Tous ces mots, sauf un, suivent cette loi que laccent chante au-dessus du reste du mot et en particulier au-dessus de la finale.
Cest important. Dans cette approche on privilégie et on a privilégié, dans les années 70-80, le mot : ce qui est vrai, magnifique et profond. Mais attention au danger pédagogique. Le chanoine Jeanneteau et dom Jean Claire ont beaucoup contribué à la valorisation du mot surtout avec cette découverte des finales modales, ce qui est très éclairant sur la composition du répertoire, avec comme risque de faire chanter un certain nombre de churs en coupant après chaque mot. Or une phrase nest pas un ensemble de mots juxtaposés. Cela correspond à ce que je vous disais ce matin : à vouloir trop articuler on ne prononce plus. Or un mot nest pas seulement une juxtaposition de syllabes, cest un mouvement interne, une animation. De même jai entendu des communauté où on ne sait pas sortir de la phrase : cette fois les mots napparaissent plus, dans la phrase on na plus que la courbe générale.
Question : comment faire pour que les mots soient vraiment les mots et ensuite la phrase soit vraiment la phrase ? Où se poser ?
R. La question est difficile. Dans la pédagogie au cours du XXe siècle, il y a eu plusieurs directions, et on a rencontré des difficultés, en particulier lorsquil y a eu un début de rupture avec la méthode de Solesmes, fin des années 60, et cela sest produit en particulier, lors du changement de maître de chur de Solesmes alors que lenseignement du Père Cardine sétait répandu dans le monde entier.
Pour ne pas aller dans une approche uniquement sémiologique, qui était la tentation des élèves de dom cardine et qui nest pas satisfaisante dans les résultats, sest élaboré un discours sur le mot latin, un discours appuyé sur les travaux de dom Jean Claire et du chanoine Jeanneteau et on a alors hyper-magnifié le mot, sans sen rendre compte ; on a obtenu un style dans beaucoup dendroits où la phrase a perdu sa ligne, pour, en quelque sorte idolâtrer le mot.
Le phénomène de déposition de chaque mot a quelque chose de très contagieux
Cest une erreur pédagogique, parce que premièrement, le mot isolé nexiste pas et les mots vivent uniquement en phrase. Je vous raconte une histoire. Il sagit dun concours entre deux philosophes, lun dit : « Jécrirai la lettre la plus courte », (cest une histoire entre Rousseau et Voltaire). Le premier dit : Eo rus, je vais à la campagne, le second répond : I. Mis à part ce cas là, il ny a pas de mots isolés. En pédagogie, quand on magnifie un élément, on est sûr quun an ou deux ans après, si on na pas apporté des correctifs, le groupe chantant va multiplier cela par dix.
En y réfléchissant, les mots ne vivent pas seuls et je pense que le seul niveau logique valable est la phrase.
Trois niveaux : la syllabe, le mot, la phrase.
Il sagit dune pédagogie à trois niveaux : la syllabe, le mot, la phrase. Pour le plaisir analysons Puer en mot : on va voir comment de ce fouillis de notes sortent des points lumineux. La fin des mots vont toujours se poser sur les cordes constructrices du mode.
Puer : ré ; natus est : do ; nobis : ré = mot par mot
Ou bien vous pouvez analyser : Puer natus est nobis : ré
Filius datus est : ré do la do
Laccent chante, tout est possible pour lui.
Si vous secouez votre papier vous trouvez : ré do la sol. cette analyse marche toujours. Sinon, cest que la pièce est mal reconstituée. Vous remarquez cette solidité des finales ; parfois il ny aura quune seule note sur la finale qui équilibre tout le mouvement du mot : Rorate, par exemple.
La phrase mélodique et la phrase littéraire avance absolument en symbiose.
La place de laccent :
Les grammairiens du Ve et VIe siècle employaient beaucoup lexpression anima vocis. Belle expression mais qui reste immatérielle ; je préfère dire : la vie, le mouvement du mot dans son sens mélodique, dans son ordre rythmique est généré dans laccent. Toute la mélodie du mot vient de laccent, il est source, il est celui, comme dit Cicéron, qui lance la mélodie dans le mot. Dautres disaient que laccent est le germe, la semence de musicalité. Il y a vraiment une dialectique dans le mot entre laccent et la finale, entre un jaillissement, une spontanéité, une invention mélodique vers le haut qui se passe sur laccent, qui va avec le nombre de notes, qui va aussi avec la non-solidité, limprovisation, et tout est récupéré sur la finale solide. Le discours mélodique se fait ainsi en lançant les accents et en récupérant sur les finales.
Dans cet ordre-là, selon la position de laccent, il va y avoir une petite terminologie. Laccent se trouve soit sur la dernière, soit sur lavant-dernière, soit sur lantépénultième. Les premiers mots sont
les oxytons : qui sont accentués sur la dernière syllabe, mots rares : addhuc, (Resurrexi), benedic, illic dans la liturgie de saint Laurent. Il y a aussi un certain nombre de mots dorigine étrangère comme beaucoup de mots hébreux : Jerusalem, Jacob, Sion. Communion p. 101. (communion où lon voit très bien les procédés de la cantilation, et où il y a des mots hébreux accentué sur la dernière syllabe) : Quis dabit.
Si vous prenez vos feuilles à la page 2, Ecce ascendimus, le mot Ierusalem est latinisé = Ierosolimam, et donc passé à la mesure de laccent latin.
Il y a aussi un certain nombre de monosyllabes signifiant : cor, rex etc.
Les paroxytons qui sont accentués sur lavant dernière syllabe. Si le mot na que deux syllabes, laccent nest pas écrit. Le problème vient avec les mots de trois syllabes : sapíte, laudáte.
Les proparoxytons : apóstolus, Dóminus.
Question : Comment parler aujourdhui de la manière de faire laccent ?
R. Cette loi du mot dans la phrase avec son accentuation, contrairement à ce quon a dit, nest pas une loi absolue, cest-à-dire que laccentuation des mots est parfois obligée de se soumettre au rythme de la phrase, et le cas typique est la formule dintonation. On verra dans les jours qui viennent, une antienne où tous les mots respectent la loi de laccent, cest rarissime.
Laccent apparaît dans la composition grégorienne avec trois caractéristiques : une élévation mélodique, un souvenir de la longueur, de la quantité et une certaine intensité. Ces trois caractéristiques varient selon les époques, selon les styles de composition.
Quand on dit au chur de faire laccent, en général, on obtient des choses matérielles.
Je peux vous proposer une pédagogie de laccent, très bien mise en valeur, dune façon indépendante par le maître de chur du Barroux. Il faut :
montrer des exemples qui donnent de bonnes idées (ce sera toujours réducteur, un peu théorisé) de ce quest le mot latin chanté :
In cymbalis benesonántibus
faire expérimenter au chur, faire sentir le rythme et ainsi associer les rythmes qui sont dans la composition et les rythmes qui sont dans le corps.
De façon concrète, on peut faire composer de petites mélodies. Par exemple, quand javais à faire préparer linvitatoire, je faisais chanter sur une note et en faisant monter laccent dun ton ou dun demi-ton, de façon à faire découvrir les sensations que cela met en jeu. (On est très proche de la méthode Ward).
Laccent est une chose à sentir et à valoriser ensuite, dans chaque contexte, dune manière différenciée.
Dom Gajard enseignait aussi que lorsquil y a un grand intervalle, on peut planer, cest-à-dire faire chanter laccent de manière que dans le chant de laccent on sente cette tendance vers la finale.
Les différentes syllabes
Pour approfondir, on va donner aussi des noms aux syllabes des mots : on a la syllabe daccent, on a le mouvement qui est lancé par le phénomène de laccentuation qui se répartit sur tout le mot, mais qui dans les livres est marquée sur une syllabe, cest la syllabe tonique. Cest la syllabe la plus importante en corrélation toujours avec la syllabe finale. Autrement dit, comme disait dom Gajard, « ce nest pas lintensité que vous avez donné à laccent qui vous fait réussir à construire le mot, cest quand vous faite sentir la relation délan à retombée entre laccent et la finale ». Faire laccent, dans la pédagogie, cela finira mal. Ce quil faut essayer de faire sentir, cest cet élan à retombée. On ne devrait jamais parler de laccent sans parler de la finale et ne jamais parler de la finale sans parler de laccent.
Vous avez dautres syllabes très importantes, celles qui se trouvent avant laccent, quand il y en a, que lon appelle les syllabes antétoniques, prétoniques. Elles sont importantes, dans loptique que bien chanter un accent, cest lavoir bien préparé. Les prétoniques sont le lieu idéal de cette préparation.
Iusitificatiónibus
Dans les phrases cest la même chose, cest un lieu important que cette préparation des sommets.
Et puis il y a un point délicat, la syllabe entre laccent et la finale. Nous pouvons lappeler survenante, ou post-tonique, intermédiaire. Vous trouverez dautres noms plus savants dans lEsthétique grégorienne de dom Ferretti qui est un livre irremplaçable. Cette syllabe est le monnayage de laccent sur la finale, autrement dit elle est la syllabe par où passe lénergie de laccent pour se déposer sur la finale. Donc elle nest pas la finale, il vaut mieux la penser du côté de laccent. Cest la seule solution cohérente avec le répertoire. Elle ne doit pas être abrégée, sinon on casse le rythme du mot, mais elle nest pas non plus à alourdir. Dans les Proparoxytons cette syllabe est toujours brève. Cest donc une syllabe de passage, à traiter avec délicatesse.
Vous avez les formule finales que lon appelle redondantes car sur laccent elles font déjà entendre la note finale. Dans un paroxyton, le neume, plus ou moins développé est sur laccent, par contre pour le proparoxyton, le neume passe sur la post-tonique, ce qui veut dire que cette syllabe est bien du côté de laccent puisquelle prend la mélodie de laccent. Cest le lieu principal où les mélodies grégoriennes ont été défigurées à la Renaissance, car on nadmettait pas que les mélodies puissent être ailleurs que sur laccent. Matériellement laccent est sur Dóminus et la mélodie est sur mi. Même dom Guéranger hésitait beaucoup sur ce sujet dans ses discussions avec le chanoine Gontier. Très honnêtement dom Guéranger a dit que « si les manuscrits le disent, faisons ce que disent les manuscrits ». [p. ??? notes complémentaires au sujet de la syllabe].
Les mots longs
Il y a eu une querelle sur la question des accents secondaires. Vous avez deux types daccents secondaires : laccent secondaire qui est pris en remontant de deux en deux ; cela existe, et cest le plus fréquent. Il y a une exception lorsquil y a trois syllabes avant laccent comme le mot oratiónem. Dans la pratique de la composition grégorienne, on voit que laccent a été mis sur la première syllabe. Ainsi laccent secondaire peut se trouver soit sur la première syllabe du mot, soit de deux en deux en remontant depuis laccent.
Dans les mots composés, cest plus difficile, je ne pense pas que lon puisse donner une règle habituelle. Le mieux est de suivre ce que dit la mélodie.
Dans le même ordre didée il faut signaler la compensation que les scribes font par rapport aux syllabes un peu faibles du point de vue de la sonorité. Vous avez un exemple très net dans une des antiennes du 1er Janvier et dans bien dautres : Mirábile mystérium. (On voit ici le domaine des exceptions). Partout on a tendance à faire Mirabile. Si vous regardez les neumes des manuscrits qui nous donnent des précisions, il y a un appui sur Mi- ; Le scribe a voulu compenser, parce quil sait que les chanteurs vont grossir le a par rapport au i, car le i est une voyelle faible et froide par rapport au a, or le a est laccent. Donc le scribe ajoute un signe sur cette première syllabe pour quon la grossisse. Et il ne met rien sur le a car toute personne connaissant le Latin fera de soi-même laccent, il est inutile de le compenser. Donc on trouve des phénomène de ce genre dans la diction de certains mots longs.
Il y a un mot long qui naccepte jamais la précipitation, cest le mot composé de miséricorde. Dans le répertoire grégorien, quand on applique des formules légères sur le mot misericordia, jamais ces formules ne seront fluides, ce qui arrive pour nimporte quel autre mot. Donc il y a des lois, des directions générales, et ensuite chaque pièce, chaque contexte doit être analysé pour lui-même.
Les fausses accentuations
Vous avez aussi, par rapport aux grammairiens, les fausses accentuations. Dans lantienne : Nolite iudicare
iudicavéritis a mis dom Gajard, mais les manuscrits ne disent pas cela : ils disent : iudicáverítis. Les grammairiens officiellement accentuent iudicavéritis, mais à lépoque où lon mettait par écrit les manuscrits de chant grégorien on accentuait iudicaverítis. Que faut-il faire ? il y a un dilemme.
Je vous montre aussi un petit livre où vous trouverez des choses intéressantes, cest la sémio-esthétique du chant grégorien, daprès le Graduel neumé. Cest sans prétention : dom Cardine avait publié, avant le Triplex un graduel neumé et dans les marges il avait fait quelques annotations, on a édité les exemples : les barres déplacées, les mots accentués sur la dernières syllabes, les mots étrangers, les fausses accentuations etc.
Autre exemple dune contradiction entre laccentuation officielle et celle quimpose la musique : dans le Cantique Vínea de la Vigile Pascale : les grammairiens mettent laccent sur ví, et les musiciens sur né : vinéa.
Les cadences redondantes : Sede a dex-tri-is me-is (cf Gr. Juravit)
Dans la cadence redondante, il y a sacrifice du mot ; le mot se sacrifie à la phrase. Ce qui est grave cest de faire une cadence redondante quand il ny en a pas. Comme dans le Credo I, le moins défiguré de tous. Quand nous voyons deux notes à lunisson à la fin dun mot, nous en faisons une cadence redondante ; quelques fois même si elles ne sont pas à lunisson. Or, dans le répertoire ancien, la cadence redondante, ça nexiste pas. Saepe expugnaverunt me a juventute me-a.
Dernier son, modal, conclusif, sur la dernière syllabe. Il ny a pas de raison de doubler la syllabe qui précède.
Patrem omnipoten-tem » / et in u-num / Deum de De-o / de Deo ve-ro / sa-lu-tem
Pourquoi des points en certains cas et non en dautres ? Je pense que celui qui a mis ces points ne savait pas.
Doubler la note daccent comme sur Pilato, cest faire une cadence redondante là où il ny en a pas. On na pas de manuscrits ; pour tout le répertoire de loffice on a des centaines de manuscrits, et un seul qui donne les signes rythmiques (Hartker). On a transféré de façon indue sur le répertoire de loffice une réflexion qui était légitime, je crois, sur le répertoire de la messe. Autrement dit, lécriture neumatique nest pas une écriture musicale ; cest analogique ; mais les signes dits rythmiques, cest encore plus analogique. Un épisème dans un Graduel, ça na pas du tout le même sens que dans une antienne quasi syllabique. Si lépisème est sur un neume dun seul son (monosonique), il na pas le même sens que sur un neume de deux sons. Dans la cadence finale dantiennes à la rigueur
Quand jai travaillé sur lantiphonaire, javais étudié calmement cette question des signes rythmiques et javais soumis une petite question très prudente à Dom Claire : je lui avais montré le point à la fin dune phrase. Il ma dit : « Celui-là, il est parfaitement explétif. Donc, il faut laisser aller »
Les notations du manuscrit de Hartker
Exemple : 2e dimanche de lAvent : Ecce Dominus noster cum virtute veniet ut illuminet oculos / servorum suorum, alleluia. Pourquoi sarrêter après oculos ? Hartker note statim après le mot oculos
Dans les endroits dangereux, le scribe intervient. Cest la seule indication dans toute lantienne qui ait un intérêt. Le reste
Il y a des choses moins indiscutables dans les petits signes donnés dans les manuscrits :
Ecce veniet Dominus celeriter ut sedeat cum principibus statim et solium gloriæ tenea.
Cest un timbre qui se divise avec ses quatre incises. Hartker invite à ne sarrêter nulle part. On touche aux limites des indications agogiques de ce genre. Le rythme nest pas renversé, la structure de la mélodie de cette antienne reste dépendante de son texte et dans le texte, il y a bien des césures.
Le mode respecte cela en allant poser, comme toujours après lintonation sur Do, la première incise sur Ré, en faisant chanter la deuxième incise autour de Ré, et en faisant chanter le rapport Ré-La pour introduire la dernière incise.
Quelquun qui se jetterait sur lindication du manuscrit détruirait lantienne. Ces petites indications ont été mises plutôt pour adapter, corriger un abus. Prudence. Cf. les épisèmes de Tecum principium. Lépisème nest pas un signe rythmique, il est correction, précision par rapport à un contexte.
Le signe rythmique mis par Hartker lest une fois, ça ne veut pas dire que les autres fois, il ny a pas le même souci : Le Père Ménager, paléographe avisé, qui a vu énormément de choses dans les manuscrits, avait étudié lintonation Do-Ré-Ré-La-Sib-La. Il avait remarqué lépisème sur le La. Et puis, grande énigme, voilà quarrivé à telle page du manuscrit lépisème disparaît ! Pourquoi ? Le manuscrit nest pas systématique : il la fait un certain nombre de fois ; cet épisème est en quelque sorte superflu. Sil ne le met pas, ça ne change pas le sens (cf. P. Jean Claire « Sils nont pas compris, il ne comprendront jamais »).
Dom Mocquereau
Les fondements de sa théorie rythmique
Le chanoine Gontier : Le chant est une lecture.
La question centrale de linterprétation du chant grégorien commence
Hier je vous ai montré la méthode de plain chant du chanoine Gontier, premier travail fait à Solesmes et qui peut être résumé en une phrase : Le chant est une lecture.
La question centrale de linterprétation du chant grégorien commence à se poser à ce moment-là, au milieu du XIXe siècle. Le chant donc est une lecture, bien prononcée, bien accentuée, bien phrasée, cest la règle qui lemporte sur toutes les règles, exceptée dans la mélodie pure (on verra ce quil faut en penser).
Dom Jausions, dom Pothier et Les mélodies grégoriennes
Cela a été suivi, très peu de temps après par lentrée à Solesmes dun moine qui avait déjà une pratique du plain chant, labbé Joseph Pothier. Jusque-là, les travaux de recherches avaient été fait entre dom Guéranger et le chanoine Gontier, sous la forme dun dialogue. La pratique quotidienne du chur des moines y aidait. Il y avait aussi un jeune moine, originaire de Renne, dom Jausions, qui sintéressait surtout à la copie de manuscrits. Dom Guéranger mit assez vite dom Pothier au travail sur la question de linterprétation du chant grégorien, travail quil fera avec le père Jausions. Et ils travailleront, avec dom Guéranger à faire un nouveau livre, pour la Congrégation de France, qui sera un traité sur linterprétation du chant grégorien. Nous savons par des correspondances et des témoignages qui sont restés dans les archives que dom guéranger a vu ces travaux, mais la situation financière de labbaye à la fin de labbatiat de dom Guéranger était catastrophique et dautre part les travaux de dom Pothier et de dom Jausions étaient tellement révolutionnaires quon pouvait se demander quel accueil ce livre recevrait. Dom Guéranger na pas osé. Cest son successeur, dom Couturier, qui va publier en 1880, le premier traité : Les mélodies grégoriennes daprès la tradition, par le révérend père dom Joseph Pothier, édité chez Desclée.
Trois ans après, en 1883, le premier graduel sera publié. Il est très peu différent du point de vue mélodique du graduel du Vatican. Ce livre na pratiquement pas vieilli, il pose tous les fondements de ce quon a appelé ensuite l« école de Solesmes », avec linterprétation du chant grégorien sur la base de son texte, appelé alors le « rythme oratoire », maintenant on dit « style verbal ». Tant quil est question du rythme du texte, vous pouvez tout de suite appliquer ce qui est dit, par exemple, le fait de ne pas respirer entre un nom et son adjectif, à lintérieur dun mot, dune formule afin de ne pas les couper. Ce sont des règles de base. Vous y trouvez aussi les premiers aperçus sur les neumes.
Antonin Schmitt
Dans cette ligne, il y a un moine très peu connu, Antonin Schmitt, qui a enseigné le chant grégorien aux Bénédictines du Temple. Son petit livre donne un enseignement basé sur la pratique de Solesmes en 1880, et donc lenseignement de dom Pothier, avec une foule de conseils pédagogiques que je vous recommande , et dexercices concrets. Je le cite :
On détruit la fonction de laccent en ne le faisant pas du tout, ou en le faisant trop, ou en le faisant sur une syllabe non accentuée, en en faisant plusieurs dans le même mot, en prolongeant laccent. Dans le premier cas, etc
Il y a aussi quelques touches sur lensemble dans le chant commun pour les groupes de schola, à deux ou trois qui sont percutantes ; il a une manière de dire les choses tout à fait merveilleuses. Je vous recommande beaucoup le deuxième volume de ce livre. Vous ny trouverez pas trace dépisème, il nexistait pas encore en 1885.
Les débuts de dom Mocquereau
Au moment où meurt dom Guéranger se présente à labbaye André Mocquereau, musicien qui participait à un orchestre qui avait le bénéfice de recevoir de temps en temps la direction dun musicien parisien. Dom Mocquereau se met au travail sous la direction de dom Pothier. Dabord cela marche assez bien ; il dira au début du Nombre Musical, en 1908 :
Nous avons pu reconnaître le bien fondé des règles dexécution proposées par Les mélodies grégoriennes de dom Pothier. À lenseignement et à la pratique, elles nous ont paru naturelles
Voilà la base du Nombre Musical.
Motivations de dom Mocquereau
Mais je voudrais vous expliquer maintenant les motivations de dom Mocquereau en écrivant le Nombre Musical et vous montrer une logique un peu originale. Dans lintroduction de ce livre, il écrit :
Mais insensiblement la pratique produisait un autre résultat assez inattendu. À mesure que croissait le sentiment des beautés du rythme grégorien, apparaissait en même temps chez les esprits cultivés le désir dune connaissance plus approfondie. Tous voulaient analyser, expliquer les effets entendus.
Vous avez là un point important, cest la connexion entre dom Mocquereau personnellement et le mouvement de restauration du chant grégorien à la fin du XIXe siècle et début du XXe avec les milieux musicologiques contemporains. Dom Mocquereau échangeait énormément avec Vincent DIndy. Claude Debussy est venu à Solesmes, au temps de la transfiguration en 1892, passer deux jours : il mettait alors en chantier Péléas et Mélissande. Cest une fantaisie médiévale où il ny a pas de vocalises, mais seulement des récitatifs avec des échelles qui étonnent pour la musique de lépoque. Cest en fait un office grégorien
Donc première motivation : rendre compte (souvenez-vous quà cette époque, le Moyen Âge nest pas de la musique : la musique naît à la Renaissance
) de la musique médiévale devant lacadémie des musiciens européens.
Deuxième motivation :
Dun autre côté à mesure que le chant, séloignant de son point de départ, se répandait dans les séminaires, les communautés, les paroisses et échappait ainsi à linfluence directe de ses premiers maîtres se produisait en différents lieux des hésitations, des difficultés pratiques que seul lenseignement oral dun professeur initié pouvait distribuer.
Donc la deuxième motivation par rapport au mouvement grégorien, est la pratique. Derrière, il y a un nom qui nest pas écrit, il sagit du Père Louhmaud, qui écrit en 1891, un petit livre sur Laccompagnement et lexécution du chant grégorien, dans lequel il est le premier à proposer lorganisation de toutes les clauses de finales en groupe de deux ou trois. Il ny a pas de doute quil exerce une pression sur dom Mocquereau.
En face de ces faits, les meilleurs esprits furent daccord pour constater les causes et
apporter les remèdes. Il devenait évident que linsuffisance des règles destinées à lexécution du rythme musical oratoire assurer et limperfection de la notation neumatique, au moins pour les détails rythmiques, étaient les causes principales des difficultés et des échecs survenus. Les causes du mal une fois connues, les remèdes se trouvaient tout indiqués :
Premièrement, déterminer, préciser, développer la théorie rythmique jusque dans ses moindres détails
Deuxièmement, fixer ce rythme au moyen dune notation claire et précise..
Autrement dit, dom Mocquereau na pas comme aujourdhui toute la vue sur lhistoire du chant grégorien, lhistoire de la notation ; il commence, il est même le précurseur. Il ne sait donc, pas encore que la notation que lon trouve dans les manuscrits du Moyen-Âge nest pas du même niveau que celle que lon trouve dans les partitions du XIXe siècle. Or dans ces manuscrits il trouve déjà, avec raison, toutes sortes de détails : les fameux épisèmes, les petites lettres, les neumes spéciaux. Et il pense que cest la même chose que les précisions de la partition moderne, moins les allongements, les multiplications, les divisions, les croches. Il fait sortir tout cela des manuscrits pour le mettre devant le chanteur. Il fallait le faire.
Mais son propos dans le nombre musical va glisser
Je continue à lire quelques passages de lintroduction :
Le rythme et sa notation peuvent être donnés presque entièrement dune manière objective. Dabord, nous en sommes en possession certaine de plusieurs principes fondamentaux de principes grégorien qui nous permettent de restaurer le rythme grégorien dans ses grandes lignes
Il renvoie à nouveau au rythme oratoire, sur cette question.
Ces détails, nous navons pas à les inventer, ils étaient connus autrefois aussi bien en théorie quen pratique. Il y a en effet des lois dune rythmique libre et naturelle.
Cest un postulat, il faut le savoir ; le Nombre musical repose sur ce postulat : Il existe une rythmique libre et naturelle. Il ne cherche pas la rythmique du chant grégorien, il cherche la rythmique libre et naturelle. Il précise, et vous allez voir la splendeur : Le chant liturgique, il est vrai, appartient au genre rythmique libre.
Premier appel de notes de tout le Nombre musical :
note 1 : Dans une étude, reproduite des « Harvard Psychological Studies » (vol. 1), contenant 16 expériences sur le rythme faites au laboratoire psychologique du Harvard College, le professeur Robert Macdougall sexprime à peu près en ces termes : Je conclue donc, que les rythmes élémentaires se limitent à un très petit nombre. Il nexiste que deux unités rythmiques, composées respectivement de 2 ou 3 temps simples.
La justification ne sera jamais redonnée. Lexistence de cellules rythmiques de 2 ou 3 temps se fondent pour Dom Mocquereau sur les expériences faites en psychologie au Harvard College par le pr. Macdougall à qui il fait une confiance absolue
Et on ne reviendra jamais là-dessus ! Et il ninvoquera aucun témoin ancien
Cest à retenir, cest le premier point.
Place donnée à létude du rythme
Ce que je voudrais maintenant vous montrer, cest méchant pour ceux qui font un peu trop confiance à Dom Mocquereau. Je vénère le personnage, mais le propos de Dom Mocquereau dans le Nombre musical, ne va pas dans la même ligne que les conceptions de lÉglise sur la Musique Sacrée. Toujours dans lintroduction, p. 20, il va exprimer comment on va rentrer dans lintelligence du rythme musical :
Avant même de parler du matériel oratoire et musical sur lequel sappuie le nombre musical grégorien, nous commençons par étudier le rythme lui-même, sil est permis de parler ainsi, cest-à-dire dégagé, autant quil est possible, de tout ce qui peut le voiler, le compliquer, le dénaturer en ses principes fondamentaux
Quest-ce que cest que ça ? Quest-ce que cest que cette matière qui est dégagée, et quest-ce que ces embarras et ces complication ?
Cette matière est sans contredit le son pur répété à lunisson, ou, ce qui revient au même, une succession de simples voyelles.
Doù ces premiers exemples de Dom Mocquereau, pris sur les a e i o u
à laide de sons et de voyelles, groupés conformément aux lois de la rythmique naturelle, nous assistons à la genèse du mouvement rythmique, à la formation des rythmes élémentaires, des rythmes composés, des incises, des membres de phrase, des phrases, des périodes. Ces notions premières entrent dans lintelligence des lecteurs avec dautant plus de facilité quils nont à soccuper que du rythme, et du rythme seul, sans sembarrasser (devinez de quoi !) ni des intonations mélodiques, ni des textes liturgiques
Et si lon navait pas compris, il va continuer (p. 21),
Ces premières connaissances (que nous avons acquises sur le rythme pur)
sont ensuite appliquées à des matières plus complexes, à la mélodie dabord, cest notre 2e partie. à la mélodie vient sadjoindre, dans une 3e partie le texte liturgique dont linfluence sur le rythme (quand même !) est décisive pour la compréhension parfaite du nombre musical grégorien. De là un rapide coup dil sur lhistoire du latin ecclésiastique et de sa nature rythmique.
Voyez
cest lexposé du plan du Nombre musical, et vous savez que létude du texte ne viendra que dans le volume II, qui est paru vingt ans après, largement sous linfluence de Dom Gajard qui, lui, est toujours resté, quel que soit lenseignement quil a pu donner ici ou là, le maître du texte : il a fait chanter la parole.
Jarrive à la p. 32 ( on est à la première partie du chapitre 3), on na pas encore eu de note après Macdougall
Article 2 : marche à suivre dans létude du rythme
Après cet exposé, on comprendra aisément la citation de M. Vincent dIndy : » Le rythme est lélément primordial, on doit le considérer comme antérieur aux autres éléments de la musique
Moi, je connais quelquun qui aurait répondu : « Au commencement était la Parole »
Il suit de là :
1°) que létude du rythme doit précéder celle de la mélodie, de la parole, de lharmonie.
2°) que dans létude du rythme on aura toujours avantage à procéder du simple au composé
le son pur sans mélodie, sans parole, à lunisson servira dabord de sujet détude
Débrouillez le rythme de toutes ces matières qui lenveloppent, lenlacent, et en font méconnaître la vraie nature : cest le travail qui doit occuper dabord létudiant.
Après quon aura reconnu les lois fondamentales du rythme, on létudiera dans ses rapports de plus en compliqués avec la mélodie, avec la parole, avec lharmonie.
Bon, ça cest pour le propos général. Nallez pas dire non plus que ça ne vaudrait pas la peine détudier le rythme en lui-même
ça veut dire que dans le Nombre musical, vu lusage quen ont fait les successeurs de Dom Mocquereau, il ny a pas le projet de mettre sur la table une théorie a posteriori, une étude de la musique sacrée de lÉglise catholique. Donc nous avons le droit de prendre nos distances
Indivisibilité du temps simple
Chapitre 4, p. 37. Indivisibilité du temps simple en musique grégorienne.
Le temps simple est divisible ou indivisible selon les époques et les différents genres de musique ou de langage. Lart moderne divise et subdivise le temps premier, une croche par exemple, en doubles croches, triples croches, quadruples croches. Rien de semblable dans la rythmique grégorienne.
Point. Personne nest invoqué !
Le temps simple y est indivisible, cest-à-dire que sa durée normale, une fois déterminée, ne peut être divisée en durée plus courte, pas plus dailleurs que la syllabe latine qui lui sert dappui et de règle.
Jamais on ne reviendra sue cette affirmation-là. Je ne dis pas quelle nest pas pratique mais que, pour un ouvrage scientifique, il y a quelque chose qui nest pas à la hauteur.
Question sur la non divisibilité du temps premier chez Dom Mocquereau.
Avec légalité des temps, est-ce deux notions identiques ?
R. Là-dessus, le discours de Dom Gajard est parfaitement ambigu, cest-à-dire que dans les règles, les syllabes sont parfaitement égales. Et puis, dans les règles de style, on corrige
Je nai pas ici Le Rythme musical, on pourrait chercher. Mais ce sont deux notions tout à fait distinctes, il ny a aucun doute, et qui ne viennent pas du même monde. Légalité du temps premier, il emprunte ça à un musicologue allemand de lépoque : Hugo Riemann, les propositions qui sont venues après, dans D. Mocquerau, sont des propositions mensuralistes. D. Mocquereau, surtout D. Gajard, vont se défendre du mensuralisme en disant : nous sommes en rythme libre, à savoir que les mesures alternent de façon imprévue entre deux et trois temps. Les distinctions sont au début de la méthode de Solesmes (1949). Il existe deux sortes de rythme libre ; le nôtre est, dit-il, la liberté dans la succession des mesures.
Question sur les références du Nombre musical
R. Dom Mocquereau donne un grand nombre de citations et tout leur texte est en annexe. Les exemples quil donne sont plus liés à la poésie. Il y a des arts où les temps sont plus marqués comme dans la poésie ou dans la danse. Il faut regarder toutes ces réflexion : je ne peux les énumérer ; il y a énormément de citations de grammairiens ; Hucbald etc. ; les théoriciens du IXe s. sont cités ; mais il ny a pas une réflexion qui aborde la musique de ce point de vue-là. Il y a un professeur de Conservatoire de région de Montpellier il est bien placé pour connaître la méthode de Solesmes parce que son frère est à Triors
qui en a fait une critique en règle ; ce sera publié dans les prochaines études Grégoriennes. Ce ne sera pas facile et un peu compact. M. Maurin montre, en accord avec les grands musiciens daujourdhui, en particulier avec les notions anthropologiques du Père Marcel Jousse, que la rythmique ne peut pas se résumer à arsis / thésis ; on ne serait plus que dans une notion très réduite du rythme musical qui ne se rencontre guère que dans la musique militaire. Il y a des musiques composées dans une essence rythmique binaire, bien-sûr, mais cest très limité comme proposition. Arsis / thésis, ça ne peut pas suffire : il faut au moins quon trouve un troisième terme quon trouve dans LAnthropologie du geste du Père Jousse. ou dans les autres musiques ; la catharsis.
Lapproche rythmique de D. Mocquereau encore une fois, on ne fait pas son procès est uniquement basée sur la quantité. Philosophiquement, ce serait une approche presque pytagoricienne. Cest une approche qui a pu avoir un certain succès ; on peut la comparer avec la mystique de la quantité que nous avons eu, nous, après la guerre : il ny avait que la quantité qui comptait. Dans toute la période qui a suivi la deuxième guerre mondiale, la qualité na pas compté. Le retour à la qualité est venu après, avec la crise du pétrole et lattention à lenvironnement. Ceci apparaît dans le Nombre musical et cest en contradiction avec les écrits précédents. En novembre 1896, il a été invité à faire une conférence à lInstitut Catholique de Paris pour présenter le chant grégorien. Il explique que le rythme est libre et il dit : on peut trouver des mesures de deux, de trois, de quatre, de cinq, de six, de huit
il va jusquà seize. Donc, il y a eu des événements. Il en donne certains : deux pressions (on comprend) :
la pression dun dialogue avec les musiciens et musicologues de son temps, le souci de réhabiliter la musique médiévale, qui va fleurir tout au long du XXe siècle. Il prend la musique médiévale avec les documents des Xe, XIe, XIIe s. et il les analyse avec des concepts qui sont du XIXe. Cest là quest lerreur On naurait pas fait mieux, sans doute
Et puis, la deuxième pression : la pression de la pratique (vous la connaissez !). Elle va contre une certaine qualité, contre une certaine finesse : il faut que ce ne soit pas trop compliqué
Ce que nous disons, à Solesmes, ce que jai toujours entendu dire par le P. Cardine et le P. Jean Claire : quand vous avez un passage difficile, on compte ! Cest ce que les musiciens appellent « décomposer ». On ralentit, on divise le mouvement par deux, on tape
après on remet les choses dans leurs plis ; Mais ce nest pas un système rythmique, cest une pratique pédagogique.
Question sur arsis / thésis.
Le couple arsis / thésis est pris, dans la tradition en deux sens différents. D. Mocquereau la utilisé en confondant une fois ces deux sens. Ce qui fait que la confusion est définitive. Si vous voulez trouver la critique de ce détail arsis / thésis, vous chercherez dans un livre quon ne peut pas complètement conseiller, cest le dernier livre de Jacques Viret La tradition grégorienne, où il y a beaucoup de choses à critiquer. Mais il y a une réflexion très sérieuse et très fondée sur la rythmique de D. Mocquereau, notamment par létude des textes et la confusion dans la terminologie, dont on ne sort plus ensuite : les ictus arsiques, les ictus thétiques
Comme dit st Benoît, ce nest pas un sujet sur lequel il est tellement nécessaire de sattarder
Je ne lai fait que parce que je pensais devoir le faire. Le portrait de Dom Mocquereau subsiste parfaitement, en place dhonneur dans la « Paléographie musicale », avec la devise de ses travaux
Le Père Gajard et la Méthode de Solesmes
Comme témoignages sur Dom Mocquereau, on a les enregistrements qui nous permettent davoir une idée. On voit que cest très varié selon les cas. Et on a le témoignage des gens parce que le Nombre musical est un ouvrage quon ne peut pas mettre entre toutes les mains. Le Père Gajard, disciple de Dom Mocquereau, disant lui-même quil ne voyait pas de raison dinventer davantage de choses, répand cet enseignement-là de façon pratique il a voyagé dans le monde entier et en 1949, sous la pression toujours de la pratique, il écrit la Méthode de Solesmes, qui est le résumé de ses conférences faites au Mexique lannée précédente. La méthode de Solesmes se répand. Ensuite, si vous prenez les articles du Chanoine Jeanneteau des années 50 dans la Revue Grégorienne : « Tout le monde est daccord, si on fait comme la méthode de Solesmes, on ne chante pas comme à Solesmes. » Les gens disaient : « Vous ne faites pas ce que vous dites dans votre méthode. » On dit à Solesmes : il y avait un seul chur qui chantait « comme Solesmes », aussi bien que Solesmes, cétait le chur de Pierre Carraz de Genève. Mais Pierre Carraz passait quatre ou cinq mois de lannée à Solesmes
Donc il avait une écoute et ce quil transmettait à sa chorale, cétait plus une imitation, un style, quune théorie rythmique.
Quand le Chanoine Jeanneteau, en 1957, a publié larticle Style verbal et modalité (que je ne saurais trop vous recommander de méditer et dintérioriser. On en reparlera dans la session sur les modes), le P. Gajard a demandé que ce numéro de la Revue Grégorienne, qui démolissait tout son enseignement, soit publié en double tirage
Deuxièmement, je vous donne un exemple transmis de vive voix par le Chanoine Jeanneteau. Faisant entendre au P. Gajard lIntroït de Noël, Puer, chanté par les moines de Solesmes et mesurant le temps que durent certaines syllabes avec cet appareil fabuleux quétait le rythmogramme, le Chanoine dit au Père : « Elle dure bien longtemps cette syllabe ? » et le P. Gajard de lui répondre : « ça ne lui fait pas de mal, hein ? » Donc
Je nai pas connu le P. Gajard, mais jai beaucoup écouté ses disques : je crois que dans beaucoup de ses pièces il y a une liberté immense par rapport à cette théorie-là. Ensuite, elle peut être pratique. Par honnêteté, nallez pas me faire dire ce que je ne dis pas (ma réputation est irrécupérable
) : la décomposition des petites cellules de deux ou trois temps, qui détruit immanquablement toute le ligne grégorienne, est pratique quand vous voulez assurer lalternance dun chur dans la Psalmodie. Et là, je ne vous dissuaderai pas de lemployer
Dans un certain nombre de cas denchaînements, si vous comptez intelligemment, en sentant le rythme du mot
Les clausules de deux ou de trois se trouvent partout quand on arrive à la fin ; parce que le paroxyton et le proparoxyton sont des rythmes de base. Quand on est affronté à la rythmique du mot isolé, ça marche presque tout le temps. Le problème, cest que le mot isolé, cest très rare
et que ça ne construit pas une phrase. Celui qui ma introduit au chant Grégorien à Solesmes, le Père Jorrot nous disait, à lépoque très bonne image : « Prenez une rose ; Dom Mocquereau, cest lanalyse de la rose : pétales, sépales
». « Analyser », ça veut dire « tuer » quelque part
Lanalyse de Dom Mocquereau nest pas tout à fait exacte mais en plus, comme analyse, elle ne permet pas de reconstruire lêtre vivant.
Regards sur lenseignement de D. Mocquereau
Père Longeat : Je serais peut être un peu moins sévère que vous sur D. Mocquerau
Malgré tout, la base psychologique à laquelle il fait référence (les unités de deux et trois) risque quand-même davoir une certaine pertinence. Après, le problème cest de savoir ce quon en fait
Il semble que son principe de départ détudier dabord le rythme sans tenir compte du reste, en essayant de faire rentrer le reste ensuite, est à priori fautif. Mais ça ninvalide pas complètement le fait que cette unité psychologique reste pour nous, dans le langage, quelque chose qui existe. Ne serait-ce que pour marcher
Si on est dans une conception moderne tels que nous sommes, marqués par les approches du rythme quon nous a enseignées, comment harmoniser notre savoir avec cette donnée de base ? Je ne sais pas ce que veut dire lexpression « rythme libre » : Chacun va avoir son interprétation du rythme du mot, de la phrase
Que faire de cette référence psychologique, anthropologique, du fait que, pour marcher, il faut mettre un pied devant lautre ? Il y a des unités multiples qui sont nécessaires pour faire une longue marche.
Père Saulnier :
Dans cette citation de Macdougall, ce que je voulais montrer, cest que lappui de Dom Mocquereau nest pas, comme on la laissé entendre, dans les auteurs médiévaux. Ce nest pas dans une tradition musicale quil prend cela.
Mais le deuxième point, cest surtout le mouvement : cest-à-dire que, à remonter de ces appuis, on ne construit pas. Par contre, si on prend toute la réflexion quil fait sur la construction de la phrase, si on la prend à partir du haut et si on descend, cela cest tout à fait nourrissant et valide. Mais on ne pourra pas partir de petites cellules pour construire. Autrement dit, cest lordre dans lequel il présente les choses qui fausse tout parce que, la base, cest la phrase verset biblique ou phrase mélodique , dans laquelle on va trouver des éléments dintelligence partiels : par exemple, au milieu de la phrase, on naura que la moitié du sens, la moitié du discours mélodique, une suspension, etc. Donc, Dom Gajard, interprétant cela dans un livre que je ne conseille pas quand-même, les Leçons sur la rythmique grégorienne, pour montrer lessence du rythme grégorien prend comme exemple « A-do-ro te de-vo-o-te » : il arrive à placer les appuis rythmiques au contraire du texte (et il prend comme exemple de mélodie qui illumine le répertoire grégorien une pièce
dune autre époque). Cest lordre dans lequel on va qui nest pas très réaliste. Cest une approche un peu platonicienne. Alors que lapproche ecclésiastique, le discours magistériel à propos de la musique sacrée, de plus en plus, va aboutir au XXe s. à la notion de chant sacré lié aux paroles, et non pas à une analyse dans laquelle la Parole devrait entrer.
Le neume, chant de la syllabe
Vitalité du neume
On a besoin des neumes : le neume, cest le chant dune syllabe, dans sa synthèse mélodique et rythmique. Dans toute note et dans tout groupe de notes, il y a un mouvement et une vie.
Jaurais pu comprendre cela le jour où je suis rentré dans la vie monastique parce quil y a un petit prodige qui sest produit ce jour-là, le 11 juillet 1980 : pour le centenaire de la naissance de st Benoît, on a chanté la messe à Solesmes dehors
On a apporté un petit orgue électronique parce quon ne peut pas chanter sans accompagnement chez nous, et le Père Claire a accompagné. Il ne peut pas accompagner et diriger en même temps. On a mis la schola, pour ceux qui connaissent, dans le couloir du Prieuré qui rentre dans le cloître, derrière un grand rideau, et le Chanoine Jeanneteau a dirigé la messe de st Benoît. On a pris des photos de la Communion : Semel juravi (Triplex p 492). On pouvait voir le neume à létat souriant : les torculus dont la panse est en train déclater
On a pris une photo au moment où le Chanoine est en train de faire chanter à la schola
sicut luna. Jai la photo, et jai le témoignage des chanteurs : à la fin, le Chanoine leur a dit : « Vous avez vu ce que vous avez fait sur luna ? et les deux petits chantres : « Ah
on a tellement vu que vous vouliez quon le fasse quon la fait ! »
Dans un neume, vous avez une vitalité ; un neume, ce nest pas des notes. à lépoque où on dessine les neumes dans Hartker en lan 1000 et, dans le Cantatorium, en 930 environ , on ne sait pas ce quest une note. Cest lorsque les théoriciens et les scribes vont avoir écrit les petits points et les signes caractéristiques de la notation que le concept de note va apparaître. Avant, le neume cest un continuum, cest un mouvement, un geste vocal ; à tout instant on va quelque part, on ne sennuie pas
La première note dun neume.
Dans La Méthode de Solesmes, il était rappelé que lictus tombait sur la note avant le quilisma, etc
et sur la première note du neume, sil ny avait aucune indication. Dom Gajard appelait leffet donné par lapplication de cette règle : « un petit trottinement sans grâce ! » Effectivement, si vous mettez vocalement un appui sur la première note des neumes, cest fini, vous en avez partout. On devrait mettre un minimum de règles pratiques au début des livres de chant grégorien, par exemple :
La première règle de style est de ne pas mettre dictus sur la première note dun neume !
On serait alors, beaucoup plus dans la vérité, car « ne pas faire quelque chose » nintroduit jamais de matérialité.
Dom Cardine dans lintroduction à lHymnaire dit que la dernière note dun neume tend à récupérer la valeur syllabique. Ceci donne des interprétations qui vont jusquà doubler la note, or cest faux. Le chanoine Jeanneteau avait trouvé une façon beaucoup plus élégante dexprimer la même réalité. Il disait : « Ne jamais sacrifier la dernière note dun neume ». Ainsi, vous ninduisez pas chez le chanteur le désir dajouter.
La dernière note dun neume
De fait, la première note dun neume nest jamais la note la plus importante. Vocalement, logiquement, modalement, sémiologiquement. La note la plus importante dun neume, celle dont on ne peut se passer et sur laquelle les mots et les modes sarticulent, est toujours la dernière. Chanter ainsi permet de découvrir la phrase mélodique.
Dans la deuxième partie de La Méthode de Solesmes : « les règles de style », dom Gajard expose des choses étonnamment intelligentes. Lorsque la mélodie fait chanter le mot, celui-ci nest pas une simple succession de syllabes, cest une relation délan à retombée entre laccent et la finale : in vásis súis ( Ex.de lantienne Quinque prudentes virgines).
La valeur de la dernière note dun neume
On la mesuré avec la sémiologie. La préface de lHymnaire en parle avec des mots terribles
« Elle tend à récupérer la valeur syllabique »
Vous vous rendez compte ! Ce qui est vrai, cest quà la dernière note du neume se joue quelque chose de capital : la solidité du mot, la transmission du flux vocal dune syllabe à lautre. Cest pour cette raison quon trouve là la liquescence.
Question : Le salicus
Le détail de la forme du neume, des éléments neumatiques dun neume ne sont que de simples nuances indiquées par les signes rythmiques ; les épisèmes naffectent pas le rythme général. Vous avez un mouvement mélodique de trois sons qui montent, mais à lintérieur de ses trois sons les nuances peuvent varier. Il peut y avoir un appui sur la première note : un scandicus, ou bien une deuxième note faible : un quilisma ou bien on peut avoir une montée plus directe, plus tendue, cest le salicus, sans quil y ait dinsistance sur la première ou la deuxième note le mouvement est spécialement orienté vers la troisième note. Loriscus indique une tension vers la note suivante, importante en elle-même ou comme corde.
Dans les manuscrits de Saint-Gall, ce neume sappelle un salicus, neume de trois notes. Or tous les neumes montant de trois notes sur fa-sol-la sont écrits comme cela. En poussant les choses à lextrême cela ne veut rien dire. Autrement dit, il y a la forme spéciale du neume dans la montée indique simplement la tension normale dans la montée du neume et rien de plus. Ce nest pas une variante dun autre tracé. Là aussi vous voyez quon est très loin de ce que lon disait avant le père Cardine, de la manière de faire les ictus.
« Signes rythmiques et signes rythmiques »
Le Père Cardine a fait un article qui sappelle Théoriciens et théoriciens ; et bien moi je dis « Signes rythmiques et signes rythmiques »
La bataille sur les signes rythmiques est perdue davance, elle na aucun intérêt parce quon ne parle pas de la même chose.
La première distinction est entre les signes rythmiques présents dans les manuscrits et ceux qui ne le sont pas. Ceux qui ne sont pas présents dans les neumes sont les épisèmes verticaux et les points. Le point dabord, qui est censé, dans la théorie de Dom Mocquereau, doubler le son, napparaît même pas dans les manuscrits. Cest une interprétation dautres signes (La longueur interprétative des cadences, il y met un point). Lépisème vertical nexiste pas, en fait dans les manuscrits.
Signes rythmiques des manuscrits
Ce qui existe dans les manuscrits, cest lépisème horizontal. Dom Mocquereau a reconnu lépisème horizontal, quil rencontre dans les manuscrits, mais il na pas reconnu (ou na pas pu : on ne va pas faire son procès) dautres signes rythmiques qui sont aussi importants. Je pense quà la place dun épisème sur une clivis, on peut mettre un tenete. Ou bien un celeriter. Ces signes, il ne les a pas pris en compte. La forme spéciale dun neume, un oriscus, par exemple, la différence entre la bivirga, la tristropha, il ne la pas prise en compte. Encore une fois, on ne fait pas son procès. Il la dit lui-même : il aurait voulu les prendre, et cest « la mort dans lâme » quil y a renoncé pour des raisons économiques : un signe de plus dans une police, ça coûte une fortune
Signes rythmiques absents des manuscrits
Dautres signes rythmiques ne sont pas dans les manuscrits, ce sont les barres, grandes, petites, moyennes. Je vous montrerai quelques exceptions, quelques signes de phrasé dans les antiennes.
Donc, signes rythmiques qui sont dans les manuscrits et signes rythmiques qui ne le sont pas : on na pas le droit, il nest pas honnête, intellectuellement, de les confondre.
Signes agogiques
Deuxième distinction : signes rythmiques ou signes agogiques.
Je pense que les mots nous trompent et quil y a quelque chose qui nest pas honnête à parler de signe rythmique à propos de lépisème ; parce que lépisème nindique pas le rythme. Le rythme est dans la parole, dans la mélodie et, à la rigueur, dans le neume. Autrement dit, dans le mouvement mélodique ascendant de trois sons, sil y a une nuance agogique sur une note, ce nest pas de lordre du rythme. Cest ce que les musiciens appellent « le tempo du tempo », cest minime, un micro-rythme. Et quand nous faisons travailler nos churs, qui sont des professionnels parce quils chantent pendant cinq heures tous les jours mais qui ne sont pas des musiciens professionnels, il y a erreur sur la matière de leur demander des micro-nuances sil nont pas fait dabord le rythme. Ce qui est important dans un scandicus cest dabord de faire les trois sons qui montent et qui sont bien orientés. Il y a un rythme de base qui est de suivre le mouvement du neume. Ensuite, si lon a fait cela, alors oui, mettons des nuances agogiques
Ne confondons pas une grande barre et un épisème de nuance. Il est très difficile de rendre compte de toutes ces nuances agogiques. Doù le problème des éditions. Jai préparé quelques exemples dans loffice pour vous montrer que cest très difficile de donner cette notation hyper-précise comme le demande Dom Mocquereau, ne serait-ce que pour loffice.
Pédagogie des signes agogiques
Chaque fois que se rencontre une difficulté dans la lecture du répertoire, essayez de la résoudre non pas en termes quantitatifs de neumes (ici, il y a un épisème, un oriscus
) mais en termes de déclamation.
Exemple : lantienne Omnes sitientes, venite ad aquas. (1er dimanche de lAvent )
Concernant le phénomène de la liquescence (Omnes), décomposez-le vous-mêmes en pensant « continuum vocal », continuité, liaison (Ou alors, comme faisait ce cher Monsieur Morin, prêtre sulpicien canadien que certains dentre vous ont dû connaître : Be-ne-di-que-ta tu
). Il ny a jamais de «
me » avec la liquescence en « m » (cf Juravit
ordinem Melchisedech). Dans les livres, vous allez trouver des épisèmes : Omnes sitientes venite
Ils sont dans les manuscrits qui donnent les épisèmes. Pour bien chanter, le chur na pas besoin de lépisème de Omnes : vous avez ici une note qui va avoir à équilibrer tout le mouvement ample de Omnes. Vous retrouvez le fait que les finales de mot viennent se poser sur les endroits où le mode se conclue.
Sur venite par contre, quelle pédagogie avoir ? Par lintermédiaire de cette virga épisémée que le manuscrit de Hartker a placée, ce nest pas tant laccent, la syllabe qui est valorisée, cest le mot. à chaque fois que vous avez un signe agogique qui marque une des syllabes, pensez tout de suite, en pédagogie, à parler du mot. Lidée du compositeur, cest de faire chanter le mot « venite ». Ce quil a marqué sur la syllabe daccent, si vous le faites juste sur cette syllabe, cest raté. Saupoudrez-le sur le mot. Or ça, cest ce pour quoi on va au chur et quon chante
Quaerite Dominum Pes quassus. Il y a vraiment à soigner la « tension vers
», faire un « super podatus ». De toute façon, cela va durer ; il est à larticulation du mot, il est à larticulation de laccent et du reste du mot, il est lendroit solide sur lequel les syllabes vont senchaîner. Derrière, il y a lidée que le fa est important en premier mode. En pédagogie, si vous leur dites dallonger la note den haut, cest fichu ! Peut-être quil faut leur dire de ne pas la sacrifier. La dernière note dun neume ne peut jamais être écourtée, sinon, elle casse le mot. Et maintenant, ce que vous faites sur ce pes quassus, faites-le sur tout le mot. Laccent est là où jaillit la mélodie du mot mais il vaut pour tout le mot.
Questions :
Peut-on imaginer une édition avec une portée et simplement les neumes.
R. Cest un peu lidée sous-jascente à Solesmes depuis le P. Gajard : perfectionner lécriture en quatre lignes ; le P. Gajard a introduit les oriscus, les tristropha ; ses successeurs ont essayé daller plus loin
Naurait-on pas pu faire léconomie des barres ?
R. Cest difficile. Les barres ne sont pas dans les manuscrits, mais ce sont des signes qui parlent bien aux gens daujourdhui en montrant les grandes divisions logiques du texte. Donc elles sont au service de la division du texte. Mais, ceci dit, on verra des exemples où au Moyen-âge ils ne pensaient pas le texte comme nous.
Les barres sont les plus anciens des signes rythmiques : elles étaient dans les éditions de Solesmes à la fin du XIXe siècle et elles étaient dans les livres des religieux, car les religieux ce sont des gens quil faut toujours contrôler ! Chez les Dominicains et encore plus chez les Chartreux, il y a des barres partout. Dans les livres chartreux, vous avez une barre tous les mots ou tous les deux mots
A-t-on la liberté de déplacer les barres ?
R. Les éditions antérieures datent de 1908. Il faut se dire que la redécouverte du chant grégorien navait alors que 50 ans, alors que nous avons 150 derrière nous. Donc ceux qui ont fait cela navait pas la même compétence, la même expérience que nous. Dans le graduel, il y a beaucoup dincohérence dans les barres. Et dans des éditions récentes, il reste encore une grande incohérence : cela na pas été étudié, personne ny a pensé, cest dans les hymnes, par exemple. Mais il arrive un moment où cela devient insoluble : il ny a pas de solution satisfaisante, parce que lusager du livre « conventionnalise » ce quil voit. Donc il faut pouvoir lui dire : la grande barre cest cela, la demi-barre, cest cela le quart de barre cest cela. Il reste que nous avons tendance à égaliser sur tout le livre le système des barres, le phrasé parce que la composition elle-même est différente dans un graduel ou un offertoire, soit une pièce très ornée et une pièce syllabique. Vouloir noter tout avec le même système est une contradiction pour lesprit.
Il faut plutôt avoir un système de notation sobre, réduit et insister auprès de ceux qui vont le lire et lenseigner et leur dire : « Attention cest analogique ! » Le quart de barre, cest une distinction, mais une distinction dans un mélisme qui fait une ligne, ne sera jamais la même chose quune distinction que dans une hymne syllabique construite sur trois notes. Cest toute la composition qui est différente.
Quant au mot « liberté » de déplacer les barres
Oui, tout à fait ; la seule chose que je crains, cest quon maintienne une approche juridique du domaine. Ce quil faut, cest phraser la musique : certaines barres sont trop grandes, il faut leur donner un calibre plus petit. Celui qui dirige le chur doit prendre ce travail à bras le corps : faire une analyse musicale des pièces et la transmettre à la schola et puis forger petit à petit une culture qui soit musicale, vivante, orale et non pas qui soit écrite dans les livres. Cela ne sécrira jamais.
Certains épisèmes, les points ne sont pas toujours dans les manuscrits, ils viennent dune interprétation personnelle, dune interprétation théorique de dom Mocquereau.
Les épisèmes de lantienne Tecum principium
ça ma découragé à jamais des épisèmes. Aux Invalides, il y a une rangée de canons ;vous savez ce qui est marqué en bas ? Ultima ratio regum, le dernier argument des rois
Quand vous aurez tout épuisé et que vous aurez encore un irréductible de lépisème, vous lui amenez « Tecum prince-pi-um in die virtutis tuae, in splendoribus sanc-to-rum ex u-te-ro ante
». Cest inchantable ; et cest comme ça dans lAntiphonaire monastique de 1934. Il ny a pas de solution sinon de leur dire : cest le jour où jamais de chanter ce verset-là avec une certaine ampleur ; on nest pas au soir de Pâques avec des petites anecdotes.
La syllabe, référence rythmique
à propos de lindivisibilité du temps premier, il y a une question fondamentale : il y a bien une base rythmique, un étalon rythmique, une référence rythmique dans le chant grégorien. Et si proche de nous quon loublie. Au cur de la définition de ce chant. En améliorant légèrement la proposition du Chanoine Gontier, qui parlait de « lecture soignée et musicalisée » avec une idée de décodage : je dis que le chant est « une déclamation soignée et musicalisée de la Parole liturgique » ; létalon de référence et il ny en aura jamais dautre cest la syllabe. Il vaut mieux éviter de rentrer dans des conflits de terminologie, de savoir sil faut parler de valeur syllabique, détalon syllabique, du temps syllabique, cest bon pour senliser. Celui qui dit un texte de façon soignée sait pertinemment ce quest la valeur de cet étalon syllabique. La composition grégorienne ne perd jamais de vue cet étalon. Une valeur de rythme de référence, celle de la psalmodie, celle que le chanteur connaît de tradition, expérimente jour après jour. Le chanteur grégorien est pris, conditionné, par ce rythme verbal. Lorsquil chante, il a tendance à faire des successions des syllabes. La valeur de référence rythmique, cest cette syllabe-là, que lon retrouve lorsque, par exemple, on place un neume de plusieurs notes. Que ce soit en latin, que ce soit en français, ça ny change rien : dire la Parole, syllabe après syllabe, cest ça la référence.
Syllabes de différents calibres
Ceci dit, on y regarde de plus près et on voit que les syllabes ont des tailles variées, des calibres différents.
La première chose à laquelle on est sensibles, parce quon est assez matériels dans nos approches, cest la phonétique. De ce point de vue, il y a une différence : des grosses syllabes, les syllabes chaudes (« a », « o ») ; les syllabes froides (« i » ou « é ») ; et ceci est renforcé par les consonnes : celles qui magnifient la prononciation de la syllabe (on chemine vers la liquescence), et dautres qui semblent au contraire la diluer. Le Père Cardine aimait bien prendre trois exemples (jen ai oublié un, mais je peux le reconstituer facilement) : Ita Dominus : ce sont des syllabes ordinaires. Et les syllabes trop légères, trop fluides : filii impii. Il y en a six et ça peut durer pourtant bien moins longtemps. Et puis : non confundentur, il ny en a que cinq et ça dure beaucoup plus longtemps que six. Cest la première approche, vous la savez. Attention dans le style, à ne pas manger les syllabes froides et à ne pas faire exploser les syllabes chaudes ; rien de plus. Je vous ai donné lexemple Mirabile mysterium. Un petit épisème sur Mi
pour quon ne fasse pas Mirabile. On soigne le mot. Ceci, cest ce que tout le monde saisit à la première lecture.
Syllabes accentuées et finales
La valeur des syllabes change selon un autre critère qui, lui, est beaucoup plus important, qui nest pas matériel, qui est beaucoup plus rationnel, beaucoup plus spirituel, du côté de la forme : selon la position, la fonction de la syllabe dans le discours. Vous avez deux syllabes privilégiées. Pour le cas où on voudrait trop matérialiser, on va se trouver devant une relation, dont je vous ai déjà parlé : vous avez laccent, et la finale, inséparables lun de lautre. En tension dialectique lun avec lautre. Ces deux syllabes sont privilégiées ; elles ont un caractère de durée de poids, de force. Ce nest pas la même chose un accent et une finale, mais ils se ressemblent en cela. La mélodie va se poser sur les finales, sélancer sur les accents. On va avoir parfois de véritables articulations sur les accents. Benedíctus Dominus ; benesonántibus
La valeur rythmique va se distinguer plus par la position et la fonction de la syllabe dans le discours que par leur phonétique. Voilà le premier point.
Tempo plus fluide dans les neumes
Deuxième point, pour tourner autour de ces questions de valeur rythmique et de syllabes. Lorsquon est dans un discours comme les antiennes qui encadrent la psalmodie (Ecce nomen Domini, Ecce Dominus veniet
) ce que le chanteur a dans loreille, sa référence, cest le tempo des syllabes.
Lorsquil y a une note par syllabe, il ny a aucune question qui se pose. Les syllabes vont prendre leur valeur rythmique en fonction de leur phonétique, bien sûr, mais en fonction de leur situation dans le discours.
Là où les choses changent, cest lorsque plusieurs notes interviennent sur la syllabe (deux ou plus). Lorsquon arrive dans un neume, le tempo se fluidifie, parce quon garde le contact avec la diction, on est entré dans une syllabe qui va chanter un certain temps ; il ne va plus y avoir de consonnes, darticulation syllabique : le tempo va passer légèrement plus vite.
Les trois valeurs de la syllabe
On a un étalon de référence, qui est la syllabe de la déclamation. Nous avons vu que, dans les pièces simples, semi-ornées du style des antiennes de loffice, Temporal et Sanctoral, lépisème sur un groupe de notes signifie seulement quon conserve ce tempo. Cela signifie que, sil ny a pas dépisème, lorsquon chante une syllabe, le tempo se fluidifie. Ce que vous voyez dans les neumes, habituellement, par des graphies cursives.
Dans les premiers temps de létude de la sémiologie où on a vu ces phénomènes, le Père Cardine a proposé une classification en trois valeurs :
la valeur centrale, ce serait cette valeur syllabique moyenne.
Et puis, on a peut-être en deçà un tempo plus fluide : il a parlé dune « valeur diminuée ».
Ou bien, on peut être plus fort ; cest le cas de lépisème sur une seule note dans les antiennes (rex, cor
).
Et le Père Cardine avait commencé à enseigner lidée de trois valeurs : la valeur de référence, la valeur augmentée, la valeur diminuée. Vous trouvez cette explication dans la petite introduction du Liber Hymnarius (1983). Au bout de deux ans, lédition a été épuisée, ils ont refait lédition et éprouvé le besoin de changer (cest toujours dommage ce genre de chose
) Ils ont maintenu la valeur syllabique moyenne, la valeur augmentée, la valeur diminuée, mais ils ont inventé la valeur « diminutia » « encore plus diminuée ». Et depuis, ça a jeté un flou complet sur cette question de létalon, de la référence rythmique. Voilà vingt ans maintenant que cette édition de lhymnaire est parue. Je pense quon la sans doute rédigée un peu trop vite en voulant réagir par rapport à une situation antérieure, contre méthode de Solesmes. Le Père Claire et le Père Cardine ont été un peu trop rapides. La réalité on le sent bien à travers les pièces que nous étudions est beaucoup plus nuancée. Et si vous devez mettre dans la tête de vos chanteurs quil y a cinq valeurs, je ne sais pas comment vont finir les classes de chant !
Cétait tellement populaire quil y a un livre qui est sorti il y a vingt ans, le graduel Lagal (Laon-st Gall). Cest un hollandais qui a fait ça. Il a corrigé un peu les mélodies pour retrouver les versions plus authentiques en général. Et puis, il a dessiné des notes qui sont des carrés ou des rectangles, avec six gabarits. Toutes les notes de tout le répertoire sont classées en six valeurs. Dieu merci, ça na pas eu de succès et toute la gent érudite sest jetée dessus pour le condamner.
Je crois quil faut laisser tout cela et garder cette ligne de crête : il y a une valeur de référence, celle de la déclamation. Le chur la connaît, la retrouve tous les jours. Et puis, il faut dire que le mélisme se fluidifie, en comparaison de la récitation qui vient juste avant. Voilà pour le cadre de la syllabe.
Signification de lépisème sur un neume de plusieurs notes.
Exemple des antiennes dites « IV A »
Dans certains cas, le compositeur ne souhaite pas que le tempo se fluidifie sur une syllabe, parce que le rythme de la composition est mémorisé par ses chanteurs. Le meilleur exemple de cela ce sont les antiennes que vous connaissez (Dans Hartker, le manuscrit de lan mille, le premier manuscrit noté, il y en a une centaine
) : ces antiennes
qui nappartiennent à aucun mode daprès le P. Gajard. Quaerite Dominum dum inveniri potest
On a fait des tableaux et on a vu que dans cette antienne, qui est une sentence, un rythme Je pense que Joseph Samson aurait dit un nom, un être, une sorte de loi, de dicton bien frappé, on ne peut pas changer la mélodie. Quand le texte se raccourcit, on est obligé de mettre plusieurs notes sur une syllabe. Le chanteur, normalement devrait fluidifier son débit, mais la tradition len empêche parce que le rythme est syllabique. Pour signifier quon ne doit pas fluidifier son débit dans ces synérèses, le scribe de Hartker met un épisème sur les neumes. Autrement dit, dans les antiennes de loffice de ce niveau-là, quand vous voyez un épisème sur un groupe de notes, ça na jamais voulu dire de ralentir, dinsister, ça na jamais eu une prétention musicale mystique : il sagit de vous dire : gardez la valeur de la déclamation.
et des- cen- det su- per nos (Exspectetur. p 218)
mo- or- su- us tu- u- us (O mors p 445)
Cest lépisème sur un groupe de notes. Sur un neume dune seule note, lépisème a une valeur magnifiante : ce mot-là, renforcez-le, soignez-le. Ecce Dominus veniet ; le mot de lAvent, on le magnifie, Hartker met un épisème. Eructavit cor meum
: même dans la psalmodie des versets dIntroït et de Communion, on met un épisème sur ce mot cor.
Autrement dit le même signe a deux significations différentes dans les mêmes compositions selon quil est appliqué à des neumes dune seule note et à des neumes de deux, trois, quatre notes.
Léditeur, un théoricien.
Les options du nouvel Antiphonaire
Double signification de lépisème.
Question : lambiguité du signe de lépisème sera-t-elle maintenue dans le nouvelle édition ?
R. Ce nest pas parti pour
(cf lantienne Ecce Dominus veniet : plus dépisème, mais une virgule). Ce qui serait possible on nen est pas là , ce serait de mettre les neumes ; cest une hypothèse à laquelle on pense sérieusement. Quand on aura lapprobation, on sortira lAntiphonaire le plus rapidement possible pour rendre le service liturgique quon doit rendre. Mais ensuite, si on veut améliorer, ce sera plutôt en mettant les neumes parce que je ne me vois pas prolongeant une ambiguïté comme celle-là. Vous, vous avez compris, et vous allez me dire, mettez-moi lépisème là-dessus ; et je serai daccord. Moi aussi, si je fais chanter un petit groupe, je vais le mettre lépisème. Mais limmense opinion public dira : Pourquoi mettez-vous lépisème sur cette note et pas sur celle-là ?
Léditeur : un théoricien
Dans un éditeur de musique, quelquun qui, comme on dit aujourdhui, restitue de la musique ancienne, il y aura, quon le veuille ou non, un théoricien. Autrement dit, la manière dont jécris ce qui nest pas fait pour être écrit va le trahir. Tout ce que je peut faire, cest voir que, dune manière ou dune autre, je vais trahir quelque-chose et choisir la trahison qui me paraît la moins grave
Comme pour la traduction. Mais ici, cest plus fort parce que souvent il y a des correspondances entre les langues. Ici, on nest pas au même niveau, celui dun discours rationnel, comme cest le cas dune langue à lautre.
En Occident, on va parler, quand on trace des neumes, dune écriture cursive, ou bien anguleuse, appuyée. On peut faire glisser la notion depuis le tracé (cursif) jusquaux valeurs (fluides). Il y a une continuité notionnelle. En Lituanien, le mot « cursif », pour lécriture, nexiste pas. On na pas trouvé comment transmettre le concept pour linstant. Mais ici, on est sur un phénomène qui nest pas dordre rationnel.
Les manuscrits, première théorisation ; la question du si bémol.
Lautre exemple, cest la question du si bémol
Tecum princi-i-pium : Quand vous ouvrez le Graduel Romain qui reprend lédition Vaticane (qui a été faite par Dom Potier et reprend les livres de Solesmes de la fin du XIXe, à peu de choses près), vous trouverez que cette intonation a toujours le si bémol : Gaudea-a-a-mus. Si vous allez voir lAntiphonaire édité par Solesmes à la fin du XIXe s., lédition Vaticane de lAntiphonaire romain publié en 1912, vous trouvez toujours le si bémol à ces endroits. Allez encore voir les livres de chant des Mauristes : si bémol, bien-sûr.
Puis, vous allez voir les manuscrits du Moyen-Age : en Espagne, en Aquitaine, au Sud de la France, les manuscrits anciens nont pas de signe pour le bémol. En Italie, dans le Sud, le Centre, même le Nord, ils ne connaissent pas le signe du bémol. Ils écrivent ré-la-si-la et savent en chantant si le si est haut ou bas.
Dans les manuscrits allemands, il y a eu un phénomène un peu particulier. Cette zone étant instable, lornement du la est monté (ré-la-do-la) pour rejoindre une zone plus solide dans léchelle. Les manuscrits français (Metz ; lAntiphonaire utilisé à Saint Maur des Fossés au XIIe s. ; lAntiphonaire qui était utilisé à Saint Denis au XIIe s.) souvent, presque toujours, mettent un si bémol. Mais Je prends le manuscrit de Saint Denis O Doctor optime
Gregori-i : si bémol. Dans les antiennes O, qui sont écrites toutes à la suite, la première, O sapientia, a le si bémol, et dans la deuxième, on ne la pas mis. On devait sen rappeler sans doute. Puis à la troisième, on la mis
Autrement dit, ce que la tradition chante sans hésiter, le scribe, lui, na pas toujours la nécessité de le noter. Et tout le Sud de lEurope a écrit cet intervalle sans le préciser parce que personne ne sy trompait.
Jusquà 1934, partout, on a chanté mi-do-ré-la-sib-la. En 1934 (un peu avant), sous la pression certainement dune préférence personnelle, sous la pression dune musique médiévale naissante (il se devait dêtre un peu exotique), le P. Gajard a dit : regardez les manuscrits bénéventins auxquels on fait tellement confiance, nécrivent pas le si bémol
cest quils ne lont pas ! Il fait chanter mi-do-ré-la-si-la, et personne ne le contredit parce que personne na pensé à dire : pourquoi a-t-on chanté toujours dune manière et aujourdhui, au nom dun témoignage scientifique, a-t-on changé ? Mais la musique nest pas faite pour être écrite
le si bémol peut très bien ne pas être écrit
Quest-ce que je fais, moi, éditeur du XXIe siècle ? Si jécris comme les manuscrits du Sud de lItalie, tous les contemporains vont comprendre si bécarre, parce que, pour nous, ça sécrit dune autre manière, parce que la théorie musicale a évolué. Alors, quest-ce-que je fais ? Je fais de larchéologie, jécris comme au XIIe ? Ou bien jécris si bémol et jaffronte dautres critiques
Mais de toute façon, je vais mentir : si je nécris pas si bémol, je ne respecte pas la réalité de ce qui était chanté. Si je lécris, je ne respecte pas la vision élémentaire, du moins au premier degré, de larchéologue : il ny a pas de si bémol dans le manuscrit, pourquoi en mettez-vous un
Tout éditeur de musique ancienne est un théoricien. Et je pense que ça commence dès les manuscrits. Le meilleur exemple : luncinus de Laon, cest une théorisation : cest la valeur syllabique et on a créé un signe pour le dire.
La tradition allemande
La tradition allemande nous renseigne mais de ce point de vue-là, elle a une mélodie différente. La première édition de l« Ordo cantus officii » a été publiée en 1983. Lannée suivante les moines dEinsiedeln ont publié lAntiphonaire monastique dans le dialecte germanique. Le répons bref de lAvent, IVe mode, finit sur fa
Le « ré-la-do-la », ils ne le lâcheront pour rien au monde. Il y a quatre ans, quand les travaux ont repris, en 1998 ou 99, lorsque le Père Abbé Dupont (cest une petite indiscrétion, mais je peux vous le dire !), devant les abbés Présidents, a annoncé son intention de lancer lAntiphonaire monastique, lAbbé dEinsiedeln a dit : « Depuis quand on demande au Saint Siège de publier nos livres ! ? » Eux lont fait sans aucune autorisation ; je dis ça sans la moindre critique.
In illa die, stillabunt monte-es dulcedinem » : si bémol ; les chartreux ont toujours chanté ça. En Allemagne on va trouver do. Il y a un autre manuscrit, dont jai oublié le nom, qui a un si bémol. Dans tout le répertoire ailleurs, quand on a cette formule, elle est avec si bémol.. Astiterunt reges terrae (sib)
adversus Dominum (si bécarre). Cest une richesse
Aux premières Vêpres du premier dimanche de lAvent, Ecce nomen Domini, on a déjà une formule semblable, à peine modifiée. Le jour où commence lAvent, on introduit le mot du jour, venit, tellement fort que la mélodie échappe au cadre habituel du timbre ; venit, si bécarre, personne nhésite.
In illa die x = exspectare : cest léquivalent de notre quart de barre.
montes dulcedinem x : Pas un épisème dans cette antienne.
Formules de conclusions des antiennes « O »
Leur conclusion pose un problème insoluble. Même dans la semaine qui précède Noël, vous avez des cadences qui ne sont pas homogènes entre elles : il y a plusieurs conclusions. Le cas est semblable dans Ante luciferum genitus (Ant. 1934 p 290)
do-ré- fa mi-do-mi-ré
mu-un-do ap-pa-ru-it
do-ré- fa mi-do-domi ré
mu-un-do ap-pa-ruu- it
do-réfa mi-do- dofa-ré
mu-un-do ap-pa- ruu- it (chez les Allemands).
Ce que jai proposé, cest que cette formule soit toujours la même, de manière à ce quon nait pas, la dernière semaine avant Noël, des cadences qui, pour la même mélodie, dun jour à lautre, sans explication, changent. Non quil y ait une version qui soit meilleure quune autre, mais quand on fait un livre, on est obligé de faire des choix, comme on la vu hier ; un éditeur, cest toujours un théoricien.
Le si bécarre en IVe mode.
Exemple de la version restituée du répons Vidi speciosam
La difficulté, cest quon est habitués à la version où le IVe mode a officiellement un si bécarre ; depuis 1934. Mais pendant plusieurs siècles avant, il ne lavait pas Il suffit daller voir lAntiphonaire de la Congrégation de France. Avant, on chantait un si bémol. Sauf après les passages où le IIIe mode impose tellement le si bécarre sur inaestimabilis odor erat nimis, in vestimentis ejus : on reprend avec un bécarre ;
et sicut dies verni. Et à verni, on retrouve le bémol. Cest ainsi dans les manuscrits bénédictins, Saint Maur des Fossés par exemple (XIIe s.)
Le si bécarre est dans le IVe mode, dans le ton psalmodique. Voilà comment naît le IVe mode (une partie) :
Lauda Jerusalem Dominum mode de Mi, E
Descente des finales une quinte vers le bas, ré : Laudate Dominum de caelis ; le ton psalmodique ne bouge pas.
Et, plus tard, on varie : le ton psalmodique descend à la quarte, mi : Rectos decet collaudatio (Psalterium p 85). Et là, on ne trouve jamais le Ier ton psalmodique, mais toujours un ton avec mi. Pourquoi ? Parce que lantienne naît dans son mouvement, elle naît du La qui appelle le si bémol au-dessus de lui, ce quon appellera le mode archaïque de Mi. Mais quand on monte de mi pour aller rejoindre la, en général on fait mi-sol-la : le ton psalmodique. Et ça, ça appelle le si bécarre
Dans le IVe mode, à la naissance, vous avez le si bémol
et dans le ton psalmodique, vous avez le si bécarre !
Une vraie chirurgie. Si on en doute, on prend le ton solennel de lIntroït : mi-sol-la-la la
sol-si
avec des formules de ré. Donc, dans le IVe mode, il y a la connexion du mode archaïque de mi et de ré sur le même point (Je ne dis pas quon peut déterminer tous les bémols et tous les bécarres).
Cest le dernier cas où jai résisté longtemps, mais jai été obligé dadmettre que les manuscrits (Saint Maur,etc.) ne se trompaient pas quand ils mettaient un bémol (cf. formules finales du Subvenite). Ensuite, en théorisant à mon avis, pas avant le XXe s. on a imposé le bécarre ; parce que ça fait
plus viril.
But des notateurs des manuscrits :
mémorisation ou contrôle ?
Il y avait en Europe occidentale différents répertoires de chants latins. Ils avaient en commun dêtre en latin, dans le style que nous appelons chant grégorien. Ce sont des répertoires régionaux, locaux. Ils nont jamais été écrits, les premiers manuscrits datant de Xe siècle environ. Le milieu du VIIIe s. est marqué par une réforme liturgique : un nouveau répertoire apparaît, métissage de Romain par son texte et de Gallican par sa musique : on est de plus en plus persuadés aujourdhui que ce nest pas vrai. à quelques exceptions près, il est Gallican par sa musique. Donc il est nouveau. Et on a dit pendant vingt ans, pendant trente ans, que le répertoire a été mis par écrit pour assurer sa pérennité. Or cela ne tient pas : Le répertoire, on sait quil est né avant que Charlemagne soit empereur et on na aucun livre de chant avec des indications musicales, style neumes, avant les premières années du Xe s. Donc si on avait eu besoin de lécrire pour le transmettre, on laurait écrit plus tôt. Il nétait pas nécessaire de lécrire pour le transmettre.
Il faut faire rentrer la mise par écrit du répertoire et les premiers neumes surtout, dans une nouvelle logique. Les carolingiens ont voulu tout écrire. Ce sont des barbares éclairés. Le premier Siècle des Lumières, cest la renaissance carolingienne. Ce sont des barbares, étrangers à la culture hellénique et à la culture latine. Ce sont des chefs militaires, des hommes de pouvoir, de petits nobles terriens. Ils ont conscience quavant eux, il y a eu des richesses et ils veulent les sauver. Pour cela, ils font de larchivage, ils recopient les traités de lantiquité, ils les éditent dune manière qui permet de les commenter avec le système de la gnose ; ils les commentent, et tout y passe
Le cas le plus éclairant, cest les traités de musique : il ny est presque jamais question de chant grégorien. Il y est question daccorder une corde de « monocorde » (on dirait aujourdhui de violon). Mais, comment chanter le Grégorien, ils nen parlent jamais. On a le témoignage le plus intéressant au milieu du IXe siècle. Quelquun dit quil faut écrire de manière à codifier, montrer par écrit ce que lon chante. « Il existe bien des notations, mais tout le monde sait bien quon ne peut pas chanter avec ça : il faut déjà savoir la musique. » On les connaît, ces notations, ce sont les notations régionales. « Et moi, je proposerais décrire une lettre pour chaque son. »
Il propose son système, qui ne débouche pas ; aucun système ne débouche.
Donc il semble que la mise par écrit du répertoire soit une sorte de nouvelle approche du chant qui consiste à le « manger » (je cherche encore les mots pour le dire) par lécriture. La musique, elle nest pas faite pour être écrite, elle nest pas dans les livres, comme la Liturgie nest pas dans les livres. Cest une action humaine, ça ne peut pas sécrire. Lécrire, dans cette civilisation, cest le meilleur moyen de prendre le pouvoir sur elle, de la contrôler. On arrive au même phénomène que dans le domaine des lois. Précision, jurisprudence
lépisème, cest ça.
Le cas le plus significatif, cest le manuscrit dEinsiedeln (vers 960). Allez voir lintonation de lOffertoire de la Pentecôte. Au-dessus de la première syllabe, une main a écrit un petit i (sur le Triplex vous ne le verrez pas). Une autre main, avec une encre différente, avec une taille différente, a écrit un s par-dessus. Une année, le
? maître de chur ? je ne sais comment lappeler, celui qui tient larmoire des livres a fait écrire là une lettre. Lannée suivante, il a trouvé cette lettre inadaptée, il a fait écrire une autre lettre par dessus. Vous avez beaucoup dindications comme ça : celeriter, mediocriter
Ce ne sont pas des choses qui apparaissent au chur : ils ne lemportent pas, les chantres ne lont pas. Cest un témoin qui est dans larmoire, un témoin auquel on peut se rapporter pour dire : cest ça quon fait. ça nétait pas possible dans le domaine musical alors que ça létait dans celui des lectionnaires, des cérémoniaux, les « ordines ». Avec ce système-là, la musique va être un tant soit peu contrôlable. Je pense que cest ça, la raison (je balbutie) : faire rentrer dans une culture du contrôle.
Fixation du répertoire par les théoriciens médiévaux du XIe s
Je vous ai montré que, dans les antiennes, lépisème sur un son isolé a une signification différente que lorsquil est sur un neume de plusieurs sons. Donc, le musique nest pas dans les signes. Mais si vous connaissez la convention, ça ne vous gêne pas. Même chose avec lorthographe française : ça a été fixé à un moment donné pour dire « il y a ceux qui savent et il y a les autres
». Cest un parallèle, il ne faut pas le forcer plus.
Il y a un autre phénomène : la codification, cest pour les neumes ; le répertoire que vous voyez codifié dans un manuscrit (cf. Triplex) est possédé, fixé, chanté par le soliste, la schola. Un peu plus tard, à partir du XIe s., apparaît une autre codification, qui a une autre essence : cest la fixation des érudits (des «
ologues », musicologues, paléologues etc. ceux qui font un discours sur ce que font les autres). Dans lhistoire de la musique, il y a deux courants qui se côtoient en permanence, qui communiquent assez peu. Ceux qui font de la musique et ceux qui en parlent (En ce moment, je suis dans le deuxième courant
). Les musicologues, cest la critique de disques, si vous voulez. On est incapables de chanter et de jouer, mais on peut tout dire sur tout. On arrive à enfermer le répertoire dans des lignes.
Le travail quont fait les théoriciens médiévaux à partir de ce milieu du XIe s. va partir dans toutes les directions. Le but, cest denfermer le son dans un carré, un point, un signe. Faire rentrer dans les boîtes ; le contrôle par linvestigation scientifique. Nous rejoignons cette musique et la seule, cest celle du geste chanté dans la Liturgie et nous navons que ça pour la chanter. Nous faisons un déchiffrage, un décryptage, une interprétation. ça rejoint toutes nos études de philosophie : le Quadrivium est plein de choses comme ça. Tout le milieu monastique a baigné là-dedans avec un objet chanté au chur, de façon assez naturelle, traditionnelle. Et, dans le scriptorium, à côté, des gens qui réfléchissent là-dessus, qui regardent ce que chantent les autres (parfois eux-mêmes) à travers les catégories de la musique grecque ancienne (avec les erreurs de traduction en latin
).
Lépoque carolingienne, cest la plus haute de tout. Peut-être est-elle dépassée maintenant avec un autre changement technologique (on est dans lordre technologique). Elle crée son écriture, la Caroline.
Notes sur plusieurs pièces
Répons Stirps Jesse
Vous connaissez le lyrisme avec lequel le P. Gajard parle de ces répons, cest presque du Victor Hugo. Les trois répons Solem justitiae (Ier mode), Stirps Jesse (IIe mode), Ad nutum Domini (IIIe mode) ont été composés pour la fête patronale de la cathédrale de Chartres qui est la Nativité de Marie. Ce sont des répons qui ont été composés tardivement à lépoque de lévêque Fulbert. Chacun possède un mélisme important un peu avant le fin : rappel du Jubilus qui annonçait la fin.
Le premier répons, Solem justitiae, est le plus inamovible de tous parce quil a le mot hodie.
Exemples de suppressions de passages antisémites
Ad nutum Domini possède un passage vaguement mais réellement antisémite : Sicut spina rosam, Judea genuit Mariam comme lépine a produit la rose, la Judée a engendré Marie. Comparaison poétique ? on sait quil y a dautres compositions dans le répertoire ancien ou un peu tardif où il y a des propos semblables, peu respectueux de la question juive.
Un de ces passages a été supprimé dans la Séquence : Victimae paschali laudes. Vous vous êtes peut-être demandé pourquoi, quand on arrive à la fin de la Séquence, le balancement ne marche plus. Il manque une phrase qui a été enlevée, je pense pendant le Concile de Trente : Magis credendum est Mariae veraci quam Judaeorum turbae fallaci Il vaut mieux croire Marie la véridique que la foule des Juifs menteurs.
Vous avez, dans le même genre, le répons qui est actuellement aux premières Vêpres de lAnnonciation, qui est le répons soit du 2 février soit de lAssomption : Gaude virgo Maria, qui met fin à toutes les hérésies ; cest un très beau texte, une belle mélodie aussi, faite pour chanter le mystère de lIncarnation. Dans le verset vous trouvez : Erubescat Judeus infelix qui dicit
que Jésus est né de Joseph. Cest vraiment un courant qui a existé.
Venons-en à Stirps Jesse, le plus beau de tous sans aucun doute. Il avait tellement impressionné Pierre le Vénérable quil en a fait faire un Benedicamus Domino pour les grandes fêtes (cest à dire, sans doute, les nôtres plus la Transfiguration). Ce répons sest répandu à toute vitesse dans toute lEurope. Il nest jamais rentré au Bréviaire Romain. Dom Guéranger la fait rentrer au Bréviaire Monastique.
Je vous le montre pour le mélisme (almus). Pour une pièce de la fin du XIe s., il ny aura jamais de neumes, ni dépisèmes, de points et de toutes ces choses-là ; seulement une analyse mélodique. Avec, dans les mélismes un petit souvenir de la composition par mots mélodiques. Dans ce neume, ne pas respirer mais distinguer les motifs, les petits mots qui le construisent. Vous remarquez quon ne se pose jamais ailleurs que sur la tonique, la finale du mode. Cest la mode nouvelle pour composer. Dans tous les livres, cétait marqué : bien affirmer le mode.
Répons Descendit (Nativité du Seigneur)
Il est descendu du ciel envoyé depuis la ville, la cité, la citadelle du Père, il est entré par loreille de la Vierge, dans notre région, revêtu du vêtement de pourpre et il est sorti par la porte dor, lui qui est la lumière et la splendeur de toute la création, la fabrique du monde.
Cest le vrai répons de Noël, celui que nous chantons dans la liturgie a été défiguré par toutes les époques est une correction, car ce texte-là ne peut pas venir dOccident, il ne peut venir de Rome ; mais il était certainement chanté dans les églises des Gaules très influencées par la liturgie orientale dans lantiquité. Cest un texte poétique qui se rattache par plein dendroits à lécriture Sainte, mais qui nest absolument pas de lécriture Sainte. Ces textes-là effrayaient les contrôleurs de lorthodoxie occidentale, à Rome et surtout à Lyon, où larchevêque Agobard écartait tous les textes de ce genre. Celui-là il na pu lécarter à cause de sa popularité, alors il la modifié. Vous connaissez ce que cela donne. Quand le texte est allongé vous avez des récitations tout à fait filandreuses, qui utilise des termes sans doute parfaits et orthodoxes pour la théologie, mais tout le charme du répons est perdu.
Nous allons le lire une fois. Une bonne manière de rentrer dans le rythme, cest, dans cette dimension de la parole, de ne pas commencer par la musique, mais cependant il faut y venir vite, car dans les bonnes pièces, dans les pièces du vieux fonts, la mélodie et le texte sentendent toujours parfaitement. Mais pédagogiquement, pour vous, quand vous préparez une pièce que vous allez avoir à enseigner, et ensuite, même par exemple avec la schola, il est important de la faire dire. Ainsi dès le début vous allez obtenir la synthèse. Ici, par exemple, la moitié des chanteurs sont tentés de chanter : descendit. La mélodie fléchit et cest terminé. Or la phrase est ici : Descendit de clis Cest aussi cela que la mélodie veut faire aussi ; si on a bien lu le texte ainsi, il y a des chances quen le chantant il sera en place puisque la musique sert le texte.
La première chose est vraiment de lire ; ensuite on perfectionne en se rappelant que le latin est une langue accentuée. On fait chanter délicatement les accents au passage. Alors petit à petit, on commence à sentir le texte on est mieux dedans, on a la parole en bouche. Cest le minimum pour pouvoir commencer à chanter.
Question : Quel a été le créateur pour le répons Descendit ?
R. Pour ce répons cest une schola, un petit groupe de chanteurs, ou un soliste.
Il est bon de regarder un peu comment se présente la mélodie : Descendit de clis, on nira pas plus haut, toute la pièce va descendre ; il est important de voir aussi les récitations : nous avons tendance à dire introívit per aurem vírginis. Laccent chante il monte, mais le tonus de la déclamation de faiblit pas après. Il faudra lier introívit per aurem vírginis, parce que la mélodie veut le faire, comme dans la psalmodie. Cela veut dire quà la fin des mots le tonus ne sécroule pas complètement. Il y a une sorte de continuum vocal qui se passe. Même si la mélodie descend, la voix ne descend jamais, il y a toujours dans la déclamation, dans la psalmodie, une légère montée.
Ici vous avez une pièce pour laquelle la mélodie a été pensée, on est dans un style de répons, orné mais suffisamment simple pour servir le texte et vous voyez quil ny a pas de difficulté à mettre en place, même des mélismes un peu long comme celui de patris. Tout se met en place dans la logique de la diction du texte. Cest pour cette raison que dans ces feuilles, antiennes ou répons simples on na pas mis de signes rythmiques, épisème ou point parce que lu but ici est dacquérir dabord dans le chant cette déclamation de la parole. Ce ne serait pas possible de faire la même chose, par exemple dans un mélisme dun graduel ou dun alleluia ; là vous auriez le droit de me dire : « on a des notes et le chant grégorien ce ne sont pas des notes ». là on aurait besoin des neumes.
La critique que je fais aux signes rythmiques, (il y en a de différentes sortes dailleurs), cest lorsque nos chanteurs, surtout dans les monastères, voient ces signes qui nont pas été faits pour eux, mais pour des gens qui avaient une autre culture, une autre approche de la musique. Ils font alors ce que tout le monde fait : ils font, or ces signes ne sont pas là pour être faits. Je raconte souvent cette histoire : la première fois que, jeune ingénieur, jarrive à Lyon en voiture, je me présente comme tout bon parisien qui se rend à Lyon, par le tunnel qui passe sous Fourvière et là, jai vu au moins 20 panneaux : il faut ne pas aller plus vite que tant, il faut ne pas aller moins vite que tant. Il ne faut pas klaxonner, il faut allumer vos phares
Vous imaginez bien qualors pour lire on sarrête. Pour les épisèmes, cest pareil sauf que dans plusieurs communautés, cest passé à létat de culture
Il y a des signes, cela est vrai, dans les manuscrits, mais ils ne veulent pas dire que lon sarrête. Ils veulent dire autre chose pour des gens qui ont déjà acquis et par la parole et par la mélodie, le rythme général de la composition. Quils reçoivent, eux, de tradition. car à lépoque jusquau milieu du XIe siècle et probablement bien après dans certains milieux, le chant liturgique se transmet uniquement par répétitions. Je vous donnerai lexemple de cette lettre de Guy dArrezo à des amis où il raconte comment avant lui, il fallait 10 ans pour être maître de chur, cest-à-dire quil fallait 10 ans pour mémoriser le répertoire, moyennant plusieurs heures par jour. « Maintenant grâce à notre invention, même les plus difficiles en moins de deux ans y arrivent » !
Graduel Juravit (GT 426).
Présence de si bémol en 2e mode
Vous remarquez que le Graduel romain trouve normal de mettre des si bémols dans des graduels du 2e ton. Je dis ça pour que vous ne soyez pas trop surpris si un jour, vous les voyez revenir ! La dominante 2e ton, cest le si bécarre, et pourtant, dans certains passages comme la formule finale, ici, le si bémol a toujours été chanté
Le groupement des strophae
Deuxième chose : en lien avec ce que disait le P. abbé (Longeat) sur les petites cellules et le témoignage de Macdougall, vous en avez un exemple ici à la fin de Melchisedech : six do en strophae. Chaque manuscrit a sa manière de les écrire. La plupart nosent pas, comme celui du Triplex (Graduel de Compiègne), le plus ancien, en écrire six parce que cest un peu périlleux. Ils lécrivent par deux ou par trois, comme la fait la Vaticane par la suite. Le P. Cardine dans la Sémiologie a fait la comparaison et a montré quil ny a pas de cohérence entre ces groupements : ils sont faits pour la lecture.
La tierce finale ré-mi-fa-mi-ré-mi-mi-ré : lépisème marque une note qui sonne avec un rien de plénitude. Dom Mocquereau, quelque part dit, de laccent : « Il brille comme lécume sur la crête des vagues » ? Lauditeur modal entend le mode bien compris.
Lantienne Hodie Christus natus est (Ant. 1934 p 249)
Le P. Gajard et le pes quassus
exsultent justi / dicentes gloria
Quest-ce qui a induit le Père Gajard en erreur pour quil place ainsi son quart de barre ? Il a vu que dans les manuscrits, il y a un podatus carré et un pes quassus. Ne sachant pas trop ce que cétait, pensant que cétait un signe important (Dom Mocquereau lavait signalé dans le Graduel en mettant un petit trait dessous), il sest dit, ça doit signifier plus important, plus long, plus retardé que lautre graphie. Donc, il a placé là le quart de barre, ce qui fait une faute de diction. Alors que si on respecte simplement la diction, on devrait dire
exsultent justi dicentes : gloria
Depuis, on a fait des progrès dans la connaissance de ce neume. Ce nest pas toujours un phénomène rythmique fort (un podatus est toujours tendu vers sa dernière note), mais cest simplement quon va vers la note importante, celle sur laquelle on chante depuis le début, la corde de la cantillation. Et comme on la rappelle sur la syllabe finale, il ny a pas le mouvement dun mot pour la ramener.
Lalleluia en fin de pièce
Nous avons peut-être perdu de vue ce que cest que de truffer une pièce avec des alleluias. Lalleluia ajouté en fin de pièce, quand il est seul, ce nest pas une petite maison à part : il manquait pour finir la phrase, la plupart du temps. Vous trouverez ça dans larticle du Père Cardine « Théoriciens et théoriciens », je crois. Il explique que dans tant de pièces qui se finissent par « alleluia », in aeternum ou dicit Dominus (même à des paroles qui ne sont pas du Seigneur, on met « dicit Dominus »), la raison de cette finale, cest quil manque quatre notes pour finir lantienne. La pire, pour cela cest Serve nequam : « Mauvais serviteur ! je tavais remis toute la dette car tu mavais supplié. Est-ce quil ne fallait pas, toi aussi, prendre pitié de ton collègue de service
sicut et ego tui misertus sum, alleluia. Lalleluia équilibre la composition. Et ce nest donc pas une petite maison à part. Quand il y en a deux, a fortiori trois, comme, par exemple, les grands alleluias que vous trouvez à la fin de lOffertoire Erit vobis, ou bien à la fin de lIntroït Vocem jucunditatis, Repleatur
ils sont pour eux-mêmes, cest une incise ou une phrase alleluiatique pour elle-même.
Les plans sonores dans cette antienne Hodie Christus natus est.
Cela nous ramène à notre sujet, la cantillation. Dans Hodie on trouve le La, comme corde dynamique, et la corde de contraste, Sol. Cet équilibre de composition est déjà dans le texte.
Survenante intercalaire et accent
cf. Angeli ; elle est encore « de laccent ». Voir pour cela le livre de Jacques Viret où on trouve un passage très bon sur léquilibre du mot latin, les accents secondaires, le mouvement de la tonique vers la finale ; sil y a une survenante, elle est du côté de laccent, dans le mouvement. Elle emporte le mélodie, en quelque sorte, sur son dos. Quand on est à la syllabe, toujours revenir au mot, quand on est au mot, revenir à la phrase.
Étude de deux pièces : même texte, mélodies différentes :
Communion :Quinque GT p. 507
La communion Quinque est assez répandue dans un grand nombre de manuscrits. Elle est intéressante pour introduire et expliquer ce quest un chant de communion. Le chant de communion, en effet, est une pièce qui souvent met en relation la table de la Parole et la table eucharistique. Voilà pourquoi les textes dantiennes de communion citent lévangile du jour.
Ici nous avons un comprimé de la scène évangélique de la parabole des dix vierges. Seulement quelques éléments sont mis ensemble.
Ainsi nous avons dabord le récit : Quinque prudentes virgines
Puis vient lévénement : Media nocte
clamor factus est. Après une ligne horizontale, vous avez le cri lui-même, doù la rupture de mélodie à mi-pente. Cependant le sommet nest pas sur clamor, mais sur exite : allez, sortez. Là nous voyons bien que le rôle de lantienne est daccompagner la procession de ceux qui vont recevoir le Corps du Christ.
Obviam Christo Domino. Normalement ce serait : obviam ei. Il nest pas question du Christ dans lévangile, lexégèse le dira après. Le compositeur a coupé et mis Christo. Alors la mélodie change du tout au tout ; vous avez là, le seul mélisme de la pièce.
Alleluia, Quinque GT p 502
Voyez la différence : la même idée, le même fond modal, à quelque chose près, (le 5e et 7e moyennant un bémol, se recoupent), mais ici laccent est sur clamor et le mélisme de clamor ne sera pas répété sur exite. Vous avez la réponse à la question : qui a imité lautre ? Le fait que cette dernière pièce na pas de neumes, pas de référence dans les manuscrits anciens montre quelle est certainement beaucoup plus tardive que lautre. Elle est une imitation de la communion par quelquun qui na pas compris la pensée du premier compositeur. Cest un phénomène de mode. La culture du chant grégorien a passé très vite. Les gens, au départ ont su composer en chant grégorien à un moment donné, et cinquante ans plus tard on ne savait plus. À cet égard, je vous renvoie à la messe de la fête de la trinité : toutes les pièces imitent des pièces du vieux fonds, or elles sont quasi imbuvables ! Et dans le monde des antiennes, cest pire !
Introït Justi epulentur GT p 450
Les justes festoient et ils exulteront, comme traduit le père Lonsagne, dans le regard de Dieu. Ils se réjouiront dans lallégresse.
Regardez comment les accents montent, cest délicieux comme construction. Essayer de faire en sorte que lon comprenne que ça va marcher. La première note nous dit tout. « Ne vous appuyez pas sur les longues, disait le père Gajard, marchez ». Allez vers le mot suivant.
Les pièces du 6e mode, selon les conseils de dom Gajard, vous les ralentissez le moins possible. On est toujours sur la même note, on raconte son texte et quand sest fini, cest fini ; cela ne veut pas dire dêtre brutal, mais comprendre ce que lon chante.
P. 526 loquebar : Il sagit de la même pièce, avec la récitation sur do, simplement dans Loquebar, on a mis « des pieds à la table ». Le principe de cantillation est là, on chante la récitation sur do. Cela vous montre que les modes ont quelque chose dartificiel.
Alleluia : Corpora sanctorum, GT p.459
Je vais vous donner un petit secret pour les alleluia, pour les pièces mélismatiques, cest de faire exactement comme si il y avait des mots mélodiques.
Vous avez derrière une intonation du style du 1er mode : ré do fa sol la et ensuite vous avez les petits mots mélodiques : la sol fa ré mi ré do avec un jonction : mi fa sol la. Exemple typique de ces pièces où il ny a pas à ralentir. Dans les compositions les plus anciennes la dernière note est la dernière
vous avez cela tous les jours dans loffice férial.
Cette pièce na pas une grande antiquité, car on ne sait pas très bien où lon est. Or dans le géni grégorien romano-franc, tout était dune très grande clarté, tant sur les paroles que sur le mode. Ce, mi ré fa ré permet de mieux faire chanter le mode, cela donne un point de repère.
Offertoire : Mirabilis Deus in sanctis suis GT p 469
Le mot alléluia peut être accentué de trois manières. À lorigine, il était certainement accentué sur ia, cest ce qui nous a donné les alleluias, les grands mélismes ; il est accentué par les romains sur lu, vous en avez quelques exemples, voir p. 708 dans le Vidi aquam. ; mais chez nos pères et mères gaulois et gauloises, il était accentué sur le. Or cet offertoire est fortement influencé par la musique gallicane. Loffertoire du vendredi de Pâques est un exemple caractéristique, p. 213.
Dieu est admirable dans ses saints, lui-même donnera la puissance la force à son peuple. Béni soit Dieu, alleluia.
Mirabilis Deus : mélismes avec sur les finales une seule note : récupérez lélan du mot sur la finale en mouvement vers Deus.
Les épisèmes se font bien quand on ne les regarde pas de trop près.
sanctis suis : Quand vous avez le texte et la mélodie en tête, à ce moment là vous pouvez regarder les neumes et vous voyez si cest plutôt fluide ou serré. Il faut faire sentir cette alternance entre les moments tendus et ceux plus détendus, cest constitutif de lart grégorien, parce que cest constitutif de la parole. Cest dans lorigine lessence de la parole latine dêtre élan et retombée.
Quelques petits détails : cest long et cest fatigant. Je mexplique. Au bout dun moment, on est engagé dans la pièce et on doit faire sentir quelle nest pas arrêtée, on est toujours en train daller quelque part ou de revenir de quelque part en attendant daller ailleurs. Pour cela il faut profiter des mouvements de la mélodie.
La première phrase : Mirabilis Deus in sanctis suis : dom Gajard disait : « Fuir le démon de la liaison ». Il y a une grande barre, elle est bonne. Cest une phrase. Les phrases cependant ne sont pas les finales de pièces.
Regardez aussi les mélodie de virtutem et de fortitudinem . Elles se ressemblent étonnamment avec le même accent. Alors il faut faire chanter la mélodie dans ce sens-là, avec un renchérissement.
On est dans un art consommé ; la fin de phrase, nest pas la fin de pièce, donc on ne sarrête pas sur le sol. Ensuite on repart dans une acclamation : benedictus Deus. Là les dessins mélodiques peuvent nous aider, nous les trouvons souvent dans les offertoires. Benedictus, comme dans Mirabilis, les neumes sont appuyés, un peu larges et dès la première note de Deus, les neumes sont plus légers : autrement dit élan, tension Benedictus De- et laisser filer ensuite. Cette alternance entre les moments plus tendus et plus détendus, cest ce qui fait le rythme de la vie.
LAlleluia peut être un peu détaché pour lui-même. Bien construire cet alleluia. Après le sommet, vous avez la formule au trois quilisma, comme lappelait le chanoine Jeanneteau, plus ou moins déguisée. Il faut donc maintenir le tonus vocal dans la descente.
Communion : Et si coram GT p 470
Même si en présence des homme,s ils ont souffert des tourments, cest que Dieu les tentait, les éprouvait. Comme lor dans la fournaise, il les éprouvait et comme holocauste il les a reçus.
Vous avez le mot tormenta à soigner, cest le sommet de la pièce. Remarquez aussi la triple conclusion : eos. La mélodie entend bien mettre en parallèle les trois phrases qui sont différentes et les faire converger vers une idée : devant la souffrance nous devons lanalyser, la comprendre pour trois raisons : la mise à lépreuve, au sens de la tentation, chose difficile à vivre, la tentation qui purifie, révèle létat précieux, probavit, et loffrande quils ont fait deux-mêmes à Dieu.
Tormenta, on est au sommet de la pièce, le ré peu durer.
Deus tentavit eos : ce nest pas fini.
Répons : Illuminare
Regardez dabord le verset : et ambulabunt gentes. Tous les manuscrits sont daccord nous trouvons le si bécarre au début du verset, et le si bémol à la fin. Il y a quelque chose qui est propre au 5e mode : une mobilité apparente du Si et de façon très rapprochée.
Iérusalem, vous avez une stropha, or la stropha est un neume qui signe la note supérieure du demi-ton, ce ne peut donc être un si bécarre.
Question : Est-ce vraiment un si bémol ou un si bécarre, ou bien le si qui est attiré vers le do ou bien attiré vers le sol ?
R. Cest la vraie manière de poser la question. De toute façon il est mobile. Dun manuscrit à lautre on voit lun ou lautre qui va bouger et ne pas être marqué. Mais lalternance apparaît dans tous les manuscrits qui ont les signes.
Cette formule se rencontre plusieurs fois dans les répons de la Semaine Sainte, le quilisma à lunisson, elle se rencontre aussi dans les répons de la « création du monde ». On la aussi dans des pièces du 1er mode et à chaque fois que cette formule arrive : la do la la sib la sib sib la, cest toujours pour un mot très évocateur. Ici cest le mot Iérusalem.
Antienne Dixit paterfamilias (dossier fourni p. 2)
Cest une « historia », cest-à-dire que lorsque cet évangile est arrivé (je crois que cétait la Septuagésime à lépoque), on a eu une antienne dabord au Magnificat et au Benedictus pour illustrer lévangile. Puis on a tellement aimé quon a voulu remplir : on ne pouvait plus chanter lalléluia, cétait la Septuagésime, on a pris des antiennes de lévangile dont on a composé toute une collection pour les Petites Heures et pendant la semaine, on a répété des antiennes tirées de lévangile de la Septuagésime. Donc, vous avez une douzaine dantiennes sur ce thème.
Communion Passer (GT p. 306)
Cette communion est au XVe dimanche per annum, mais aussi au troisième dimanche du Carême, dimanche oculi, où la station se faisait à saint-Laurent hors les murs. Ce jour-là, le pape venait célébrer, on sortait ce que lon avait de plus beau et aussi ce que lon chantait le mieux : cétait le chant de la belle église de Saint-Laurent qui venait dêtre refaite (au temps du Pape Pélage, juste avant saint Grégoire). Au lieu de chanter le Carême, on chantait le bonheur des paroissiens de saint-laurent ! Le troisième dimanche de Carême et le deuxième de lAvent sont dominés par Jérusalem, parce que la station se faisait à la basilique Sainte-Croix de Jérusalem.
Les Hymnes
texte/mélodie : un rapport particulier
Dernière chose que je voulais ouvrir cest un dossier immense ce sont les Hymnes. Je ne fais quouvrir. Pas question de traiter tout cela.
Dans un premier temps, il faut dire que tout ce que nous disons sur la composition grégorienne, en particulier sur le primat de la parole, tombe quand on parle des hymnes : les mélodies dhymnes sont stéréotypées (On peut prendre une mélodie et la chanter plusieurs strophes de suite, donc, dire la même chose musicalement).
1. Une mélodie, plusieurs textes
Mais plus encore
Nous avons pu en faire lexpérience ces jours-ci : pour lhymne des Pasteurs et des Docteurs, le P. Joseph (Cistercien de Poblet, Catalogne) a dit « Chez-nous, cest la musique de Pâques »
Effectivement, si vous ouvrez les Hymnaires anciens , lHymnaire Cistercien, celui de Milan, de Moissac, Hymnaires de régions différentes, vous voyez que la même mélodie dhymne voyage dans le répertoire. Cela montre bien quil ny a pas, en règle générale, de coïncidence : il ny a pas une mélodie qui aille pour une hymne unique. Sans doute y en a-t-il quelques-unes pour lesquelles cest vrai. Il faudrait faire létude pour voir, par exemple, si une hymne na jamais reçu, toujours et partout, quune seule et même mélodie et quaucune autre nait reçu celle-là. Un des cas les plus probables, cest Crux fidelis, le premier Pange lingua, quon trouve avec des neumes dans les manuscrits : il na jamais reçu dautre mélodie. Mais ce sont des exceptions. Autre exemple Optatus vobis omnium : cest très possible. Une pièce régionale. ça cest la première ligne.
2. Un rapport qui varie selon le style de composition.
Concernant le mètre, il y a les hymnes à quatre vers de 8 syllabes (mètre iambique) ; les hymnes saphiques : des vers de 11/11/11/et 5. Très élégantes. Ce sont des rythmes anciens qui auraient été relancés par la Renaissance Carolingienne.
La différence nest pas là: elle vient du fait que lhymne est plus ou moins ornée musicalement.
ex. lhymne saphique des saintes Femmes : Ad sacros virgo. Elle est tardive. Le Père Cardine disait : cest malheureux, le seule hymne saphique qui marche partout, avec les longueurs etc., elle apparaît au XVIIe s. ! Vous navez pas le choix : ou bien vous respectez la longueur (long ou bref) ou bien
faites ce que vous voulez, mais il ny a pas dargument qui puisse le justifier.
Dans les hymnes de Temps Ordinaire, la mélodie, cest le jeu des accents. Idem dans le cas des cantillations ; les mots peuvent ressortir. à lintérieur de la ligne mélodique, on les fait chanter.
Quand la mélodie sorne, ou dès quon quitte lallure de la cantillation horizontale, le primat, cest la mélodie. Elle ne va pas contre les mots (contre accentuation), mais les mots se placent dans ce primat de la mélodie : cest un autre genre.
Exemple de lhymne des Apôtres Exsultet cælum laudibus. Hymne carolingienne, je crois, dans le genre orné (grands intervalles). Elle sauvegarde quelque chose de très ancien sur lequel je men veux de ne pas avoir insisté assez au début : le mélisme qui apparaît à la fin des phrases. Dans le mélisme, vous vous rappelez quon rechante tout le mode. Cf. gloriam, placé en un lieu stratégique, celui qui annonce la dernière incise.
Le témoignage de la Beauté
dans lenseignement de Jean-Paul II
A propos du concert donné par lensemble « Absalon », de M. Manolo Gonzalez..
à la fin de la semaine, on ma demandé de faire une conférence aux Amis de Solesmes sur Le chant Grégorien, un siècle après Pie X . Jai pris trois directions parce que je pense quon peut aborder le chant grégorien et les répertoires médiévaux de plusieurs manières vous lirez la conférence ; la troisième, elle, concerne ceci : le Concile Vatican II avait envoyé un message aux artistes. Il leur disait :
Ce monde a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté, comme la vérité, cest ce qui met la joie au cur des hommes, cest ce fruit précieux qui résiste à lusure du temps, qui unit les générations et les fait communiquer dans ladmiration.
Jean-Paul II a voulu reprendre cela bien longtemps après, en 1999, il a écrit aux artistes et il explique que
la connaissance de Dieu se manifeste mieux, que la prédication devient plus facile à saisir par lintelligence des hommes grâce aux artistes. LÉglise a besoin de lart, spécialement des musiciens
la foi est expérimentée comme un cri éclatant de joie et damour ; une attente confiante de lintervention salvifique de Dieu.
Jinterprète un peu ce quil dit : luvre artistique suscite cest ça le but un émerveillement, un enthousiasme qui jaillissent du fond de lâme. Et je suis tombé par hasard sur une expression dun grand poète contemporain qui dit cela. Il parle de sa conversion du 25 décembre 1886 : « Javais eu tout à coup le sentiment de linnocence, de léternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable ». Le vrai et le bien sadressent à ce quil y a de plus spirituel en nous (lintelligence) et il y a une évangélisation par le vrai. Mais le beau, qui est, dans une certaine mesure convertible avec le vrai et le bien, sadresse aussi à lintelligence et à la volonté, mais il le fait en traversant tout le monde de la connaissance et des émotions sensibles je nai jamais pu me faire au mot « appétits » Jean-Paul II la très bien senti, il va y revenir après ; cal veut dire que le beau se fraye en nous un chemin à la manière dune blessure. Il souvre un chemin ; et ouvrir un chemin dans un être de chair, cela sappelle une blessure. Il ne laisse pas lhomme intact. Et voici la fin du discours de Jean-Paul II :
Les hommes daujourdhui et de demain ont besoin de cet enthousiasme pour affronter et dépasser les défis cruciaux qui pointent à lhorizon. Grâce à lui, lhumanité, après chaque défaillance, pourra encore se relever et reprendre son chemin. Cest en ce sens que lon a dit avec une intuition profonde que la beauté sauvera le monde. La beauté est la clé du mystère et elle renvoie à la transcendance. Elle est une invitation à savourer la vie et à rêver de lavenir. Cest pourquoi la beauté des choses créées ne peut satisfaire, et elle suscite une secrète nostalgie de Dieu.
Cest un peu lexpérience que jai faite hier soir. Je trouve que le chant nous ouvre cette « secrète nostalgie ». Ça va loin. Surtout en France, mais aussi en dautres régions européennes, on a eu de grosses difficultés avec loccupation des églises pour les activités artistiques. Dans tous les diocèses maintenant, il y a les instructions assez précises. Lorsque le pape Jean-Paul II sest adressé aux membres du Congrès international de Musique Sacrée, les 25-27 janvier 2001, il a fait pour la première fois dans lhistoire de léglise un éloge du concert spirituel. En expliquant que notre chant permet de faire expérimenter de façon unique, personnelle et existentielle combien le Seigneur est beau. Une nouvelle évangélisation du concert spirituel cest très nouveau, les concerts de musique médiévale à une époque où beaucoup de gens semblent ne plus avoir le sens de Dieu, où se perd le sens du péché, où beaucoup de jeunes ne savent plus où se trouve le bien et le mal, et même rejettent un certain discours moralisateur ; dans notre monde reste étonnamment vivant le sens du beau. Le pape continuait en parlant de faire jaillir le beau à la face du monde comme une véritable épiphanie du mystère. Je le crois vraiment. Cest comme ça que jai entendu hier soir
Après ça, je souhaiterais quon puisse parler entre musiciens, amateurs éclairés du chant ancien et quon mette en commun des expériences parce quon a sans doute beaucoup de choses à sapprendre.
écoute mutuelle, rencontre des cultures
Je ne voudrais pas quon déduise de léloge que jai fait quil faut chanter comme ça dans les monastères. Je maintiens ce que jai dit mais jajoute deux choses. Il se trouve que, pour des raisons peut-être personnelles, depuis que je suis en charge de ces études, peut-être parce que jai trouvé à Solesmes une situation assez divisée sur linterprétation du chant grégorien, jai toujours donné le primat à lentente, à lécoute mutuelle, à lappréciation mutuelle.
Et voici un extrait dun journal (je nai pas retrouvé lannée, ça na pas loin de vingt ans) « Splendeur du Grégorien ». Il sagit dun concert (France Musique 12h 30) donné à lépoque par lensemble « Venance Fortunat ». On interviewe ladministrateur de cet ensemble, Gabriel Lacascade je crois que cest toujours lui ; il est aussi chanteur.
Nous interprétons le chant grégorien dune façon tout à fait profane Bien que, disait-il juste avant, la plupart dentre nous sommes croyants et ne nous en cachons pas. Nous devons beaucoup aux moines de labbaye de Solesmes et les avons souvent consultés. Nous les admirons, les respectons, mais nos points de vue divergent sur un plan strictement musical. Disons que le nôtre est dordre esthétique, et le leur, spirituel. Nous chantons par exemple certains versets très développés comportant de belles envolées lyriques qui ne sont plus utilisés dans la Liturgie depuis des siècles. Les Cisterciens les ont supprimés sans doute parce quune beauté trop ostentatoire peut détourner de Dieu. Là je ne suis pas trop daccord
Les moines cherchent lépure, et nous, nous mettons en évidence les contrastes et le lyrisme ; mais nous noublions jamais que nous pouvons chanter ces merveilles grâce à des siècles de tradition monastique.
Il sagit des mêmes pièces, il sagit du même art, il sagit dune recherche scientifique, et pourtant, la mise en uvre est fondamentalement différente parce que le contexte, le but immédiat est fondamentalement différent. Dans un concert, ce quon va mettre en valeur, cest le lyrisme, les contrastes, linvention. Et ces groupes, comme « Absalon » et beaucoup dautres, ne sont pas tenus, contrôlés, par une fonctionnalité liturgique. Nous, nous étudions le même chant, nous devons mettre en uvre autant que possible la même qualité vocale, le même enthousiasme dinvention, de re-création de luvre, qui est propre à la musique, mais nous sommes contrôlés
Dabord par lambitus de la Liturgie et cest tout à fait légitime et par les médiations humaines, et par nos chanteurs qui nont pas et nauront pas ce degré de compétence. On ne peut pas attendre la même chose de ces groupes. On sapporte beaucoup en sécoutant, en en parlant, en se comprenant ; cest la rencontre des cultures qui se fait ainsi mais sans confondre les rôles.
Il y a beaucoup à sapporter. Je me rappelle avoir entendu, après un enregistrement, sur France musique aussi, quelques années après, une série démissions sur le chant sacré et il y avait un interview de Dominique Vélard. Linterviewer, avec ses gros souliers, lui a demandé : « Et les moines, quest-ce que vous pensez de leur manière de chanter ? » Alors il les a surpris. Cest vrai que Dominique Vélard fréquente les monastères. Il a répondu : « Les moines, pour des gens qui font vingt minutes de répétition par semaine, je trouve que, quand je vais chez eux, jentends le texte, la ligne mélodique, le mode, et je trouve que cest beaucoup
»
ça, je trouve que cest beaucoup plus que de lentente cordiale
Quand jentends le chanteur qui était à la droite de Manolo Gonzalez, le grand, qui chantait si bien, japprends quelque chose. Je ne dis pas que demain, je vais chanter comme ça, mais ça maintient un certain idéal. On a besoin toujours cest une parole de lécriture de « souvrir loreille » et on ne souvre pas loreille avec des choses que lon entend tous les jours. On souvre loreille avec une nouveauté. Cela ne veut pas dire quon adhère. Cest une provocation de loreille qui se fait. Pour cette question vocale encore une fois, je pense à cette phrase de Jacques Charpentier : « Quand on entre dans une église, la première chose quon entend, ce nest pas la justesse, le rythme et le style, cest le timbre » : ça, ça touche la peau
La Questions des ornements
La deuxième précision que jajouterais reste sous forme de question. Je lai dite hier au directeur de lensemble « Absalon », cest la question des ornements. Cest une hypothèse sur laquelle les études manquent. Dans les manuscrits les plus anciens on a des signes spéciaux qui ne nous disent pas quils doivent être chantés comme nous avons entendu.
Jai envie détudier la question des ornements vocaux, je ne lai pas fait mais cest possible ; il y a des choses à découvrir
Ce qui est certain cest que les unissons sur do, les strophae, les trigons, les virga strata, les pressus, correspondent souvent à des mots importants, à une idée importante. Dans lOffertoire de la veille de la Pentecôte par exemple (Triplex p 250) sit gloria Domini in saecula sept fois ! Cela veut dire quelque chose, léternité
Question sur les thèses de Marcel Pérès (ensemble « Organum »)
Concernant lexemple des polyphonies corses (il ny a pas que Marcel Pérès qui en parle, maintenant), on sait maintenant que ça a été composé au XVIIe-XVIIIe siècle, probablement, par des Franciscains Italiens
Quon naille pas me parler de traditions ancestrales et de choses cachées depuis lorigine du monde ! La « Grande tradition » orthodoxe russe, cest le XVIIIe siècle italien ! Il faut gratter pour trouver derrière quelque chose certainement ! de valable. Mais ce que tout le monde connaît, non !
La deuxième objection est la suivante : elle est plus fine. Le chant grégorien nous est arrivé comme cette « association lourde et assommante de notes carrées ». Nous sommes à peu près tous rentrés dedans comme de la musique de solfège, nous lavons presque tous lue et abordée comme une partition. Et, grâce aux sessions, nous découvrons que ce nest pas tout à fait ça ! Nous découvrons quil y a, plus quune racine, une composante énorme, qui est traditionnelle : loralité. Cela nen fait pas un chant purement oral qui se transmet depuis les origines de façon orale et vivante, parce que la médiation à laquelle nous recourrons et que certains vénèrent avec un culte de « lâtrie », ce sont les neumes. Et les neumes (je vous lai montré hier avec luncinus, par exemple. On peut le faire avec les lettres celeriter, augete), ce sont les théoriciens
Autrement dit, ce que nous avons, la seule chose que nous ayons de ce répertoire, ce nest plus son oralité jaillissante, cest ce quen ont fait les premiers notateurs, qui sont les premiers théoriciens. Avec le chant grégorien, qui ensuite se transmet toujours de façon vivante, reconnaissons-le, dans léglise nous avons un chant qui nest ni purement oral (auquel on pourrait appliquer toutes les théories de lethnomusicologie), ni purement « proposé » ex nihilo, écrit, comme on le fait avec la musique. Quelque chose dextrêmement spécifique ! Donc, il y a une certaine réserve à adopter
Oui, lethnomusicologie nous ouvre : jai fait entendre, dautres années, des cantillations
cela « ouvre loreille », cest vrai. Comment un prêtre éthiopien, encore aujourdhui, vous lance ses phrases
Même chose dans un registre non religieux
Mais ça ne veut pas dire que cest pareil. Lanalogie, cest « un peu de pareil et beaucoup de différence ».
Grégorien, cuménisme et dialogue inter-religieux.
Les Luthériens
Avec le chant grégorien, on est amenés, à notre grande surprise, à avoir des aventures cuméniques. Nous avons à Solesmes chaque année, plusieurs groupes de churs de pasteurs, de musiciens, des pays scandinaves, en particulier, qui viennent avec un attrait pour la vie monastique, quils nont pas dans leur tradition, mais aussi parce que cest le lieu du chant grégorien et quils lont conservé, avec des paroles qui sont dans leur langue. Il y a deux ans, jai été invité par léglise nationale dIslande à faire un cours de chant grégorien pendant trois jours, pour les pasteurs et les théologiens. Il y avait des musiciens de lInstitut pontifical de Musique Sacrée. On avait loffice du matin dans la cathédrale, lancienne cathédrale catholique, maintenant luthérienne, en islandais, et loffice du soir était en latin. Quand je suis arrivé à loffice le matin, les premiers jours, jai tout reconnu
il y a eu un : Deus in adjutorium meum, en islandais, mais fait pareil. Il y a eu une hymne, celle quon chante toutes les nuits à Vigile, on a eu un psaume, cétait le IIIe ton, que nous avons le mercredi soir puis la conclusion de loffice. Étonnant ! Il y a quelque chose de très profond derrière !
Jai retrouvé, grâce à Mlle Weber, qui est à la retraite maintenant et qui a passé des dizaines dannées à la Sorbonne à favoriser létude du chant ancien et surtout du chant réformé, cette parole de Luther, qui paraît deux fois dans ses uvres :
Et je ne crains pas de laffirmer quaprès la théologie il nest aucun art qui puisse être égal à la musique, car seule, après la théologie, elle produit ce que la théologie est seule à produire, à savoir une âme tranquille et joyeuse. Et cest évidemment à cause de cela que le diable, auteur des tristes soucis, des troubles et inquiétudes, fuit en entendant la musique, comme il fuit à la voix de la théologie. Dès ma jeunesse, en effet, le cantus firmus ma ravi et il me ravit maintenant bien plus encore depuis que je comprends les paroles.
Jai dit ça un jour devant une assemblée de pasteurs. Un norvégien ma dit avec un grand sourire : « Eh oui, mon père ! Alors vous savez pourquoi la réforme a réussi ! »
Les Bouddhistes
On a des contacts qui vont plus loin, avec les religions non-chrétiennes en particulier. Nous avons eu il y a quelques années la visite de moines bouddhistes (moines et moniales, il ne faut pas trop le dire : les moniales bouddhistes se dissimulaient sous lallure de jeunes moines). Et le sujet du chant est venu dans la conversation. Ils ont le même mot pour désigner leur chant « liturgique » et le nôtre shô-myô, voix radieuse. On trouve des traités, dans une uvre perdue du moine chinois Pao Chang, écrite au début du VIe siècle ap J-C :
La psalmodie est là pour réprimer les facteurs extérieurs et apaiser ainsi lesprit, indispensable préparation à laccomplissement du rite. [Et comme ils sont très avancés dans leur pastorale intérieure, communautaire, ils étudient comme nous les défauts de la psalmodie, les risques]. Ce but est compromis quand leur récitation est chantée dune façon trop profane, trop expressive, trop passionnée : complaisance du chantre dans ses intonations, entraînement des autres, altération du sens du texte, perte de respect pour les non-initiés, concentration extatique troublée ; au contraire, la tradition demande modestie, sobriété et prononciation distincte.
Voyez comme on est proche
A travers la petite classe de chant de mon monastère, il y a quelque chose de très large que je rejoins, cet universel de la cantillation.
En annexe
Le patronage de saint Grégoire
Le chant grégorien ne sest pas toujours appelé grégorien, notamment, pendant plusieurs siècles, ceux de la fin du Moyen-âge et début de la renaissance. On ne parlait pas de chant grégorien, mais de plain chant, titre lié à la manière dont il était exécuté. Donc le moment où le chant liturgique romain se répand en Gaule, moment de rencontre entre les deux liturgies romaine et franque, à lépoque de Pépin le Bref (en fait cela a commencé un peu avant), on ne parle pas de chant grégorien, on parle de chant romain. Lorsquon admire le chant romain chanté à Metz, on ne lappelle pas chant grégorien, mais chant messin. Cest plus tard, sous deux indices que lon va voir apparaître le patronage de Grégoire.
Le patronage de grégoire habite dabord dans les livres de chant. Au début du livre, une dédicace, sous la forme dun petit poème dédit à Grégoire ce que lon va chanter. Grégoire a été représenté très souvent inspiré par le Saint-Esprit, sous la forme dune colombe. Cest tout son enseignement il est Docteur de léglise qui est manifesté ainsi. Lidée va se répandre que du bec de cette colombe jusquà loreille de Grégoire, les neumes eux-mêmes seraient passés
Doù les deux petits prologues de lAntiphonaire de la messe : le gregorius præsul ou bien le Sanctissimus qui a été enregistré par les moines de Solesmes le père Claire : cest un trope du premier dimanche de lAvent, composé sur la mélodie du Ad te levavi.
Presque deux siècles après la mort de Grégoire, une de ses biographies, montre quil a compiler lAntiphonaire et créer la Schola. À rome, on montre encore la pièce quil avait confié aux membres de la Schola et surtout le bâton avec lequel il corrigeait les fautes
Dom Guéranger a rendu justice à sa mémoire dans lAnnée Liturgique. Et dans un autre endroit que je nai pas retrouvé, il y a une expression particulièrement dubitative sur le rôle de saint Grégoire. Ce qui est sûr, vous le retrouverez dans le tome du Carême, à la fête de saint Grégoire, cest quil a composé quelques hymnes (un certain nombre dhymnes du Carême sont attribuées à Grégoire). Mais cela na rien de musical, car ces hymnes pourraient recevoir dautres mélodies et elles passeraient de même dans la tradition, car ce sont des hymne iambiques, cest-à-dire quelles peuvent recevoir toute sorte de mélodies. Donc, même sil y a une maternité littéraire de Grégoire sur ces hymnes, cela noblige pas à croire à une maternité musicale. Aucun élément dans la biographie de Grégoire, dans sa vie, dans ses uvres surtout, névoque une composition musicale.
Par contre, au début de son pontificat, saint Grégoire a eu une intervention musclée dans le domaine du chant. Cétait en 595, cinq ans après son élection, le 5 juillet, dans un concile local où le chant des solistes donnait lieu à des débordements. Cf recension du livre de Philippe Bernard sur les échanges entre la Gaule et Rome, études grégoriennes 1997 p 169.
Cétait la coutume ancienne de léglise romaine de nommer diacre les hommes doués dune belle voix et de leur confier le chant de certains morceaux, au lieu de les faire prêcher, de soccuper des soins des pauvres. De la vient que pour recevoir quelquun aux ordres sacrés, on a beaucoup plus égard à une belle voix quà une vie irréprochable.
À la suite de ce synode Grégoire décide quon ne devra plus réserver aux diacres le chant sur les gradins.
Donc ce qui est sûr, cest que Grégoire retira aux diacres de Rome le chant du graduel, ils nauront plus à chanter que lévangile à la messe. Les autres leçons et psaumes seront chantés par des sous-diacres et même si cela est nécessaire, par des clercs dun ordre inférieur. Cest une intervention précise de saint Grégoire dans la musique sacrée.
Cest le seul témoignage que nous avons de saint Grégoire, tous les autres témoignages arrivent deux siècles après. Grégoire meurt en 640, et le premier manuscrit rapportant sa mention dans un livre de chant est de 900 environ.
Sur les écrits de Joseph Samson
Joseph Samson (Dijon) qui sentendait assez mal, sinon avec Solesmes, du moins avec le Père Gajard, a écrit quelques livres où il y a beaucoup de paroles mais aussi beaucoup de belles choses ; beaucoup de « trucs » pédagogiques pour dire comment intéresser
Deux exemples :
Le premier mérite dune mélodie ou dune chose, cest dêtre une fête pour loreille.
Lécole fait de nous des littéraires. Elle nous entraîne à ne considérer comme compris que ce qui est ramené au langage parlé ou écrit, à ce quon explique avec des mots, des phrases. Or, un musicien pense des mélodies, des harmonies. Un statuaire pense des formes et des forces, un peintre des lignes et des couleurs, chacun deux exprime dans sa langue des choses indicibles autrement. Comprendre la musique, concevoir les thèmes comme de beaux êtres sonores, que nous voulons introduire dans notre familiarité, dont nous faisons nos amis, des amis dont nous recevons la muette confidence. [Et alors là, je crois quil aurait rencontré Jeanneteau
] Dans la forêt, ici domine le hêtre, ici le pin, ce sont les thèmes. Ils apportent à lensemble, à cette symphonie, leur couleur, leur forme ; je my promène solitaire, sans les qualifier, sans les nommer
je comprends la forêt, je la prends avec moi, elle me prend avec elle, elle me parle. Son langage nest pas si obscur que je ne lentende. Elle chante. Son chant me pénètre, il devient mon chant. La forêt est devenue moi..
Le sens du Kyrie
à propos du chant du trope « Cunctipotens genitor Deus »
Janticipe sur une chose dite dans une Lettre de Ligugé : on ne devrait peut-être pas toujours ignorer les première polyphonies dans le répertoire de lEglise
Le trope du Kyrie a été restauré, il faut oser le dire, par la réforme de Vatican II : « Seigneur Jésus envoyé par le Père pour guérir et sauver tous les hommes », cest un trope, et ça sappelle comme ça !
Seul problème que je nai pas résolu, pour réconcilier les théologiens et les liturgistes
Pourquoi les Kyrie sont-ils si festifs ? Cest quils ne sont pas seulement imploration de la miséricorde divine, mais acclamation de sa Seigneurie ; cest un chant christologique, comme il lest à la fin de loffice de st Benoît. Or, il a pris assez tôt une note trinitaire puisquil lest toujours dans les tropes.
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La méthode de Solesmes 1951
Le Nombre musical 1908
Lorsquune part de chur baisse, il y a parfois de très bonnes volontés qui prennent un timbre de voix qui ne va pas aider. Le professeur Tomatis mavait résumé cela : vous avez deux catégories : les bouledogues et les seringues
Toute la qualité du geste vocal, qui est énorme, qui comprend le style, le timbre, le mouvement, vient se réduire à un son qui est privé de presque toutes les harmoniques et dans lequel le chur ne se retrouvera pas.
Dom Delatte, 27 novembre 1895
Le discours musical, Ch. 1, La musique dans notre vie.
« Introduction générale du Missel Romain », n° 33.
Crodegang (saint) 712-766, évêque de Metz
JEAN XXII (Jacques Duèze, pape sous le nom de). Il régna de 1316 à 1334. On cite souvent la lettre (une décrétale datée de 1324) qu'il adressa au clergé au sujet de la musique ecclésiastique. Le pape se borne à réclamer une grande modération dans le traitement du texte liturgique, à condamner le hoquet, 1a trop grande subdivision des valeurs et, comme Boèce et la plupart des théoriciens, le cantus lascivus et l'usage de la langue vulgaire à l'église. En voici le texte :
Docta sanctorum Patrum decrevit auctoritas ut in divinae laudis officiis, quae debitae servitutis obsequio exhibentur, cunctorum mens vigilet, sermo non cespitet, et modesta psallentium gravitas placida modulatione decantet. Nam in ore eorum dulcis resonabat sonus. Dulcis quippe omnino sonus in ore psallentium resonat, quum Deum corde suscipiunt, dum loquantur verbis, in ipsum quoque cantibus devotionem accendunt. Inde etenim in ecclesiis Dei psalmodia cantanda praecipitur, ut fidelium devotio excitetur ; in hoc nocturnum diurnumque officium, et missarum celebritates assidue clero ac populo sub maturo tenore distinctaque gradatione cantantur, ut eadem distinctione collibeant et maturitate delectent. Sed nonnulli novellae scholae discipuli, dum temporibus mensurandis invigilant, novis notis intendunt fingere, suas quam antiquas cantare malunt, in semibreves et minimas ecclesiastica cantantur, notulis percutiuntur.
Nam melodias hoquetis intersecant, discantibus lubricant, triplis et motetis vulgaribus nonnunquam inculcant adeo, ut interdum antiphonarii et gradualis fundamenta despiciant, ignorent super quo aedificant, tonos nesciant. quos nos discernunt, immo confondunt, quum ex earum multitudine notarum adscensiones pudicae, descensionesque temperatae, plani cantus, quibus toni ipsi secernuntur ad invicem, obfuscentur. Currunt enim et non quiescunt ; aures inebriant et non medentur, gestibus simulant quod depromunt, quibus devotio quaerenda contemnitur, vitanda lascivia propalatur. Non enim inquit frustra ipse Boetius, lascivus animus vel lascivioribus delectatur modis, vel eosdem saepe audiens emollitur et frangitur. Hoc ideo dudum nos et fratres nostri correctione indigere percepimus ; hoc relegare, prorsus immo abjicere, et ab eadem ecclesia Dei profligare efficacius properamus. Quo circa de ipsorum fratrum consilio districte praecipimus, et nullus deinceps talia vel his similia in dictis officiis, praesertim horis canonicis, vel quum missarum solemnia celebrantur, attntare praesumat. Si quis vero contra fecerit, per ordinarios locorum, ubi ista commissa fuerint, vel deputandos ab eis in non exemptis, in exemptis per praepositos seu praelotos suos, ad quos alias correctio et punitio culparum et excessorum hujusmodi vel similium pertinere dignoscitur, vel deputandos ab eisdem, per suspensionem ab officio per octo dies auctoritate hujus canonis puniatur. Per hoc autem non intendimus prohibere, quin interdum diebus festis praecipue, sive solennibus in missis et praefatis divinis officiis aliquae consonantiae quae melodiam sapiunt. Puta octavae, quintae, quartae et hujusmodi supra cantum ecclesiasticum simplicem proferantur, sic tamen, ut ipsius cantus integritas illibata permaneat, et nihil ex hoc de bene morata musica immutetur, maxime quum hujusmodi consonantia auditum demulceant, devotionem provocent, et psallentium Deo animos torpere non sinant. Datum Avenione, pontificatus nostri anno IX. Encyclopédie de la Musique, Fasquelle, col. 620-621.
Le chant Grégorien, musique de la Parole sacrée. Jacques VIRET. Éd. Lâge dhomme 1986
idem. Chapitre Ier « Une musique contemplative », p 26.
confessions, Ch 10, traduction de Labriolle.
cf. Esthétique grégorienne. dom Ferretti
Jacques Viret :Le chant grégorien, 1986. ch 5 p. 140
idem p 140.
Dom Prosper Guéranger 1805-1875
Chanoine Augustin-Mathurin Gontier, du Mans. 1802-1881
Hartker, moine de Saint Gall. + 1011 ou 1017. Antiphonale oficii monastici n° 390-391 de la Bibliothèque de Saint Gall. Publié dans la Paléographie musicale. 2e série. Vol. 1. Solesmes 1900
Antiph. 1934 p. 197
Antiph. 1934 p. 215
Dom Joseph Pothier. 1835-1923
Dom Paul Jausions 1824-1870
Dom Jausions était décédé.
Dom André Mocquereau 1849-1930
je ne suis pas en train de faire un procès à dom Mocquereau, mais jessaie de comprendre ce qui sest passé, car nous sommes tous confrontés à ses interrogations.
Bernard MAURIN, « Pour une anthropologie du rythme musical », dans études Grégoriennes XXI. 2003. pp 151-170
voir notes de larticle de B. MAURIN. op. cité
n° 4. juillet-août 1957
Notions sur la rythmique grégorienne, 1935.
Antienne du répertoire cistercien
études Grégoriennes II. 1957. pp 27-35
D. Cardine Sémiologie grégorienne, p 22
En grec, nomos : loi, mode musical
LAntiphonaire Monastique a été approuvé par la Congrégation pour le Culte divin le 6 février 2004.
« Sémiologie grégorienne », pp 58-59
Dom Eugène Cardine : « Théoriciens et théoriciens » dans études Grégoriennes II. 1957. pp 27-35
Jacques Viret, Le chant grégorien. éd. LAge dhomme 1986
Monumenta monodica Medii Aevi. 1ère partie Hymnen éd. Bruno Stäblein 1956
Hymnaire p 75
Hymnaire p 544
ton D, Hymnaire p 162
Hymnaire p 232
Concert offert aux sessionnistes. LEnsemble Absalon est une formation à géométrie variable de 3 à 25 musiciens, de la région de Poitiers, qui entretient des liens étroits avec les moines de Ligugé. Son répertoire sétend de la musique médiévale à la musique contemporaine. Cf Lettre de Ligugé n° 301 p 11
Dom Daniel Saulnier «1903 2003 : Le chant grégorien un siècle après saint Pie X, nouveaux enjeux, nouvelles perspectives » dans Lettre aux Amis de Solesmes n° 115. juillet-Septembre 2003 pp 11-21
Message aux artistes (Concile Vatican II), 8 décembre 1965
Lettre aux artistes, du 4 avril 1990, § 16
Paul Claudel
F. Dostoïevsky "L'idiot". ch V. p 3
cf. Antiph. 1934 p. 81, IIe mode
Psalterium, p. 332-333.
« Propos de table » ; Lettre doctobre 1530
« Encyclopédie des musiques sacrées », Labergerie, vol. I, p. 199
Cf recension du livre de Philippe Bernard sur les échanges entre la Gaule et Rome, études grégoriennes 1997 p 169.
Musique et vie intérieure
f Jean-Pierre Longeat « Le chant grégorien et léglise catholique », Lettre de Ligugé 301. juillet 2002 p. 10. Il serait nécessaire que la célébration de lEglise puisse accueillir en certaines occasions le fruit du travail des musiciens au sein même de la Liturgie, non seulement pour ce qui concerne le chant grégorien, mais aussi pour ce patrimoine à jamais oublié dans le culte, des premières polyphonies médiévales /
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