En route toute vers la précarité - Snes
A la 201ème heure, je suis tout vide, une vieille pile, une pièce usagée,
branlante, qui cahote, cahote juste assez pour atteindre une décharge, et
disparaître, ...
part of the document
ment ont eu un emploi, à la rentrée 2005 , selon les académies et les disciplines et encore sur des temps partiels quand ce nest pas directement comme vacataires.Ils connaissent aussi nombreux la misère de la fin de droits. Alors que le gouvernement prétend mener « la bataille pour lemploi » , avec force publicité nous nacceptons pas que la vacation 6 heures, le CDD/CDI , viennent rejoindre la liste des contrats à la « carte » CNECA, CAE, CIE, CI-RMA , Pacte
..
Ces témoignages sont un contre-feux aux affichages comptables insupportables des dépêches ministérielles et de ces différents rapports de la « stratégie ministérielle de réforme » ou de « la cour des comptes » qui annonce une diminution de la précarité
Ils analysent sans concession le développement de la précarité à lécole.
Et surtout ce sont des témoignages pour revendiquer, continuer à construire la mobilisation de tous contre la précarité .
O rage
« O rage , ô désespoir , ô précarité
ennemie
Nai-je donc enseigné que pour
tant de mépris
Et ne suis-je blanchi (e)
dans les travaux scolaires
que pour voir en un jour
tout foutre en lair » A.J
Elles refleurissent
.les petites annonces de lANPE
« Professeur H/F (Code Métier ROME 22121)
Vous serez chargé de concevoir et préparer le travail à réaliser en classe, Votre domaine dintervention Lettres et Anglais, pour des élèves des BEP et BAC Pro. Vacations avec possibilité dêtre contractuel à la suite de votre contrat.
Lieu de travail : 93 - LE RAINCY
Type de contrat : contrat à durée déterminée de 5 mois
Nature doffre : contrat de travail
Expérience : débutant accepté
Formation et connaissances : licence anglais exigée
Autres connaissances :
Qualification : employé qualifié
Salaire indicatif : mensuel de 1 300 à 1 400 Euros (8 527,44 à 9 183,40 F) nets environ
Durée hebdomadaire de travail : 18 h
Déplacements
Taille de lentreprise 50 à 99 salariés
Secteur dactivité : enseignement second techn/prof.
Si cette offre vous intéresse, veuillez téléphoner à : Lycée Polyvalent René Cassin - Mme PERNET Proviseur - Tél. : 01.43.01.30.30 ou son adjoint Mme BOURGUIGNON »
Commentaires : on apprend quun lycée , cest une entreprise , quun professeur est "CHARGE DE CONCEVOIR ET PREPARER LE TRAVAIL A REALISER EN CLASSE », pas denseigner ! quaucune expérience nest exigée et bien sûr que les frais de déplacement ne sont pas payés.....
Sur le chemin
« Sur le chemin, de retour dune nuit agitée de travail dans un institut déducation spécialisée où javais obtenu un contrat à durée déterminée qui pouvait déboucher sur un CDI, un 15 décembre 2000 je reçois un appel de la Dpe 2 du service du rectorat de Rouen sur mon portable :
- On vous appelle pour un remplacement de CPE
»
- Ah oui ? ! Pour quand ?
- Demain !!!
- Mais je travaille actuellement
il faut que je réfléchisse
- Bah dépêchez-vous..., il-me faut une réponse immédiatement !!!
Depuis le temps que je lespère cet appel !! Jai fait demi-tour et jai rompu mon contrat de travail
Jai commencé dans mon premier collège le 16 décembre 2000
la joie sest vite transformée en angoisse lorsquon ma fait signer mon premier contrat de 3 jours !!! Et oui les vacances de Noël !!! Il ne fallait pas rêver on nallait pas me les payer !! Joyeux Noël et bonne année !!!
Mon deuxième contrat (dans le même établissement et au même poste ) se prolongea jusquà fin mai, un vendredi
mais, lundi, oh ! surprise coup de téléphone du rectorat :
- Vous êtes prête pour un remplacement de principale adjointe ? !!
Cela fait six mois que je suis CPE contractuelle !!! je ne crois pas avoir lexpérience requise pour
- Bon tant pis
vous serez CPE mais à Rouen.
(Jhabite à 65 km de Rouen
à 1090 euros/ mois pour 2080 km
au diable lavarice, ce métier je laime et jouer Zorro au mois de juin dans un établissement très remuant rien de plus motivant !!!
.9 septembre 2001 !!!! sur le chemin dun entretien dembauche à trois minutes de chez moi, le téléphone sonne
- Rectorat de Rouen
on vous propose deux mi-temps (à 70 km dintervalle !!). Vous prenez ?
- Bah ! là je suis
-
Dépêchez-vous sinon on le donne à quelquun dautre
-
Daccord !
Une entrée dans le métier porteuse despoir
«Un D.E.A. de géographie en poche en novembre 2001 et nayant aucun revenu personnel, il mest urgent de me tourner vers le monde professionnel. Ayant lenvie de préparer les concours de lenseignement et ayant déjà travaillé auprès denfants, je me décide à envoyer C.V. et lettres de motivations dans plusieurs établissements de lagglomération montpelliéraine, il paraît que le rectorat recrute... Dix jours plus tard, un collège classé en Z.E.P. me propose des vacations jusquaux vacances de Noël. Aucun justificatif demandé, je découvre combien il est facile dentrer dans lEducation Nationale. Au retour des vacances je reçois quatre propositions de remplacements. Jopte pour deux 5èmes dans un établissement montpelliérain, également classé en Z.E.P.. Ce remplacement me permettra de travailler jusquau mois de juin - t ainsi obtenir un revenu mensuel- tout en ne dépassant pas les 200 heures de vacations autorisées. Ce service était auparavant effectué par un surveillant. A peine débuté, le collège dans lequel jétais en décembre me propose de poursuivre le remplacement. Trop tard, mon installation est signée, les élèves connaîtront un troisième professeur dhistoire-géographie en moins de cinq mois ! Au mois de mai, japprends -par lintermédiaire dune collègue vacataire- que le rectorat recrute des contractuels pour la rentrée scolaire 2002. Une réflexion me vient alors à lesprit : le rectorat officialise, par ces recrutements, un besoin en enseignants, or si il en est de même dans toutes les académies, pourquoi ne pas augmenter les places aux concours ? Durant lannée, jai participé à toutes les réunions parents-professeurs, aux conseils de classes, sans que ladministration ne me verse un seul centime, je navais « soit disant » pas à y aller ! Par contre, jai bien reçu la convocation à la correction du Brevet des Collèges alors que je navais pas enseigné en 3ème. Un travail de surveillant dans les écoles de Montpellier ma permis de boucler mes fins de mois. »
Corvéable et déplaçable à merci :
« Habitant dans le Loir et Cher, jai été contactée en janvier pour un remplacement dans lEure et Loire ; jen suis à cinq départements en sept ans
»
« En février 2004, jai été appelée pour un poste en physique au collège de Vierzon ; jai eu deux jours pour préparer mes cours et faire face à 200 élèves. Initialement, on mavait dit que cétait un poste de contractuel jusquà la fin de lannée scolaire. Jai eu au moins 5 contrats. A la fin mars, je nai pas eu de nouveau contrat, mais le prof prévu pour assurer le remplacement nest pas venu ; donc jai reçu un nouveau contrat. Ensuite, rien jusquau mois de décembre, où lon ma proposé un poste à Vendôme, mais Vendôme ce nest pas la porte à côté : plus de 135 km et 1h 30 de route. Cest impensable ; comment veulent-ils quon fasse un enseignement correct si on arrive fatigué ?
En ce mois de février 2005, jai accepté une vacation en math à Bourges ; cest pas de la physique, donc on se replonge dans les bouquins
»
« Je suis maître auxiliaire, jai 15 ans dancienneté. Jai deux enfants âgés de 6 et 2 ans. En début dannée, jai dû effectuer un remplacement de 5 semaines à 200 km de chez moi ; avec le chef détablissement, nous avons dû supprimer une heure par semaine à trois classes despagnol, une seule gardant son horaire normal. Obligée de déstabiliser mes enfants, je nai reçu aucune compensation financière pour les trajets et les frais de logement le soir. »
La valse des contrats
« On décide de me contractualiser mi-janvier, et de prolonger mon contrat ainsi de suite (toutes les trois semaines) jusquà la première semaine de mai, jen étais informée, si possible, le dernier jour de chaque contrat
Tout se déroule plus ou moins bien jusquau mois de mai où, pour une fois, jai su avant le rectorat que la personne que je remplaçais était encore arrêtée.
Du coup, jai eu une interruption de rémunération, la première semaine de mai rémunérée
fin mai, et le reste
fin juin ( fallait pas rêver !).
Mon contrat sest terminé le 30 juin malgré linsistance du chef détablissement qui souhaite ma présence pour les journées administratives. Mais daprès le rectorat, il y avait eu trop de contractuels cette année-là, tous ne pouvaient pas être totalement rémunérés en août, il fallait donc interrompre les contrats le 30 juin !!!
Conclusion : « Durs, durs les remplacements, si on nous prend pour des pions, bien utiles dailleurs ! »
Mon maigre salaire ! :
« Contractuel dArts Plastiques, jai enchaîné lan dernier les CDD sur le même poste. Mes contrats allaient du 15 au 15 du mois suivant, ce qui entraînait dénormes retards de paiement, et je nétais payé quen acomptes très irréguliers. Larnaque sur salaire : mon diplôme dEtat validant un bac + 5, je nétais payé quà un niveau bac+3. »
« Sans emploi et sans assurance chômage depuis lété, je me suis vu proposer une suppléance le 3 novembre au collège de Salbris. Cette suppléance a été reconduite deux fois, jusquau 18 décembre. Fin février, je nétais toujours pas payé ! Je nai pas reçu davance non plus
Jattends toujours mon salaire. A lissue de cette suppléance, je me suis retrouvé dans la même situation quau départ : sans emploi, sans allocation. »
« Incroyable, mais vrai, je ne suis toujours pas payée de la totalité de mon maigre salaire de 2003-2004, une grande partie de mes heures denseignement ayant été déclarée en études dirigées à 15,35 euros/heure au lieu de 34,30 euros par heure denseignement ; pire, ayant été gravement malade et opérée en urgence, je nai pas pu bénéficier des indemnités journalières de la Sécu, car létablissement nétait pas en mesure de me remplir le document, puisque je nétais pas payée
»
Je serai payé quand ?
« - Fin novembre
vous toucherez 80% de 80% de votre salaire brut !!!
- Ils sont où les 20 % restants ?
- Bah normal
vous les toucherez début décembre
- Ah oui normal
et les mois de septembre octobre ?
- Bah tout est décalé
cest comme ça que ça se passe..
Il va être content mon banquier
Les mois senchaînent et aucune aide ni suivis (aides, formations
), aucun renseignement des services du rectorat où de lANPE qui se sent impuissante à gérer les anciens employés de létat. Seul conseil du rectorat «Vous êtes inscrit au concours
?
Il me manque une fiche de paie (août 2003).
On mapprend dans la même foulée que je ne devais pas compter sur une rémunération avant le 26 décembre (alors que javais commencé mi-novembre). Soit, le chèque de 2200 euros tombait à pique, même s il fallait attendre son encaissement pour payer, le loyer arrivé début décembre, ainsi que lEDF, la nourrice, lassurance habitation qui arrivait à échéance et pourquoi pas, quand tout serait réglé, un petit cadeau pour mon bout de chou, mais vraiment petit, car le prochain loyer arrive début janvier !!!
Je consulte mon compte
Fin novembre, à lheure où tout le monde était payé, je consulte mon compte et constate, non sans effroi que le virement libérateur nest toujours pas crédité. Je vais au rectorat un lundi matin, afin de comprendre la raison pour laquelle le virement nétait pas arrivé. Et là, une gestionnaire, que je ne connaissais pas, mexplique que cest normal, que je ne comprenais pas les mécanismes précis et extrêmement compliqués mis en uvre pour le paiement dun agent non titulaire, qui plus est, dun vacataire (la plèbe, quoi). Nestimant pas être plus stupide quun autre, je demande à comprendre. Soupirs. Tapotages sur ordinateur. Elle sexclame : « mais vous avez été payé ! Par chèque
». Intéressant. Et à quoi sert le RIB que jai remis à la secrétaire de mon lycée en septembre ? (petit cri aigu) « non, mais, ça ne se fait pas tout seul
». Ne souhaitant pas polémiquer avec quelquun qui avait droit de vie ou de mort sur ma prochaine candidature, je décide daller travailler pour la gloire et dattendre larrivée de lhypothétique chèque. Qui arriva. Le lendemain.
Le premier paiement sétant effectué sans peine, je jouis du mois de décembre et de ses délices. Jen profite même pour macheter les cahiers dexercices, ceux que nous, les profs de langues, exigeons aux élèves et que, pour cause de bénévolat, je navais pu moffrir jusqualors. Le 24 décembre, le rectorat me contacte. Il est 11 heures : « Monsieur T, venez vite chercher votre chèque avant midi, parce quon ferme exceptionnellement pour les fêtes». Le chien va chercher son os. Je suis accueilli par un chèque de 400 et quelques euros et par un « bonnes fêtes » du meilleur goût. Jinterroge sur le montant. « Ne vous inquiétez pas, un autre chèque de 700 euros est parti à votre domicile
». Doù lurgence de me faire venir en catastrophe un 24 décembre une heure avant la fermeture des bureaux. »
La vacation :professeurs journaliers , loués à lheure
« Les vacataires sont des « intérimaires » envers qui lEtat na aucune obligation. Recrutés par les chefs détablissement, sans contrat, ils sont payés à lheure (34,30 euros), ne peuvent dépasser 200 heures par an, nont droit ni aux congés payés, ni à louverture de droits pour le chômage, ni à la prise en compte de lancienneté pour le reclassement, ni à la Sécu sils font moins de 6h par semaine, ni aux indemnités que touchent les autres enseignants. Daprès le décret de 1989, ils ne devraient intervenir quà titre occasionnel, ayant un autre emploi ; or, un nombre croissant de vacataires sont des ex-contractuels déclassés nommés sur des temps complets. »
Depuis la rentrée 2005 , les vacations 6 heures se multiplient , or comment vivre avec moins de 700 euros ? .
La palme du cynisme est remportée par le rectorat de Créteil qui après avoir lancé une publicité scandaleuse « Goutez à lenseignement devenez vacataire » fais par voie daffiche un nouveau recrutement de vacataires 6 heures
«Jétais contractuelle depuis 1998 et je nai pas eu de poste cette année alors que je travaillais de septembre à août les années précédentes. Le 5 janvier, on ma proposé un remplacement, et je suis devenue vacataire (jai dû accepter, sinon, jétais démissionnaire). Le remplacement que jeffectue devrait durer, mais je ne pourrai pas finir lannée, car je fais 20 heures hebdomadaires et les 200 h annuelles ne suffiront pas. »
« Pas vraiment le choix que daccepter, sinon pas de poste ; mes chefs détablissement ont téléphoné au rectorat afin de comprendre ce changement de « statut » ; jai entendu au haut-parleur : « Cest ainsi, nouveaux ordres, ne faire que des recrutements en vacations, cest bien clair ! »
« Je fais actuellement 13 heures par semaine en vacations dans un lycée depuis début janvier ; jatteindrai mon quota dheures début avril et ni le Proviseur, ni le Rectorat nont de réponse concrète pour la suite.
Je nai ni fiche de salaire, ni contrat de travail ; à chaque remplacement, on nest payé quaprès deux mois. »
« Depuis un an et demi, je suis vacataire sur un poste en espagnol dans un collège et je ne suis pas la seule : nous sommes trois vacataires ; ce poste que joccupe, jai conscience quil nest pas là pour faire du bien à lEducation nationale, car les trois emplois que nous occupons pourraient se transformer en poste de titulaire (=18h). Malheureusement, je me trouve entraînée dans une spirale dont je ne peux pas sortir pour des raisons financières. A mon âge, travailler au Mac Do ne me semble pas très enrichissant pour la future enseignante que je souhaite devenir.
Les vacataires ne sont payés quà partir du mois doctobre. Ce qui revient à dire quau mois de septembre un vacataire ne vit pas, donc ne mange pas, séclaire à la bougie, ne peut pas aller au travail sil na pas dessence, ne peut pas payer ses factures et se retrouve harcelé
Le problème est que, dans les établissements, il ny a que les vacataires qui soient au courant de tout cela, les autres enseignants ne sen préoccupent pas ou peu. »
« Septembre
octobre
novembre
on me propose un poste à Dieppe, une semaine, ou à Pont Audemer, trois semaines.
Je choisis Pont audemer sachant que la distance nest pas du tout la même, mais au moins, je travaille ! Aussitôt, je mempresse de signaler ma nouvelle situation (de vacataire cette fois) au rectorat aussitôt ma prise de fonction. Et même si je ne suis pas très bien accueillie par léquipe pédagogique qui fonctionne très bien sans CPE depuis septembre !!! (Ce sont le surveillants qui faisaient fonction à tour de rôle, alors que jétais là, chez moi!!!), je tiens bon et organise le service des surveillants, la surveillance des élèves, la demi-pension, les différents clubs le midi, laide au devoirs de la fin de journée, la gestion des consignes, les conseils de classes qui ont commencé
, les trois semaines défilent très rapidement, et ma vacation se termine autour de 160 heures. Malgré lappui de mon chef détablissement, le rectorat souhaite à tout prix nommer une autre personne qui, elle, est contractuelle ! »
INTERDIT DE TRAVAIL (extraits)
« Je suis un être humain qui en remplaçait d'autres. J'étais un enseignant du placard, de ceux que l'on sort en urgence, un pompier du savoir, anonyme et si brave, glissant au fil des routes, ravalant les faces fades des élèves esseulés. J'étais diplômé sans être titulaire, motivé, une superbe affaire ! L'éducation nationale me disait : "Je suis embêtée ! Voudriez-vous gagner ce coin ?, j'y accourais, j'étais heureux. Puis elle rappelait : "Je suis embêtée ! Accepteriez-vous cet autre poste ?", "Mais oui ! "Je m'y revois encore, tendre et acharné ! "Cet autre ci ?," "Cet autre là, un peu plus loin ?",
. Abnégation, quand tu nous tiens !
Mais il y a peu, la même administration m'a imposé un contrat révolutionnaire, un contrat qui dit que je n'ai le droit de la servir que 200 heures dans une année scolaire. 200, pas une seconde de plus. Au-delà, comme je l'interroge et qu'elle ne répond pas, sans doute est-ce ma date de péremption, l'heure "Une" où l'incompétence me taraude les neurones, où l'inaptitude se lance à l'assaut de mon cerveau gorgé de naïveté.
A la 201ème heure, je suis tout vide, une vieille pile, une pièce usagée, branlante, qui cahote, cahote juste assez pour atteindre une décharge, et disparaître, ouf ! encore un peu et je rouillais sur un bureau !
Car aujourd'hui, (
), je suis ce vétéran dont le compteur en classe marque 200, c'est le jour de la quille, ça en jette, j'impressionne, mais la bleusaille ne me salue pas ».
C. M.
Le chômage : euphémismes !
« Je suis toujours en attente dun poste depuis la rentrée de septembre 2004 (jai six ans dancienneté en collège). »
« Ce qui mexaspère, cest que du jour au lendemain, ils nous renvoient, alors quon se donne beaucoup de mal pour eux. Ils voulaient arrêter mon contrat au 20 juin ; heureusement que jai été prolongée jusquau 30 juin, car ainsi je comptabilisais 6 mois et 4 jours de travail. A 4 jours près, je navais le droit à aucune indemnité chômage. Dur
»
« Vacataire, cest une roue de secours. Il ne me restait plus quun mois dindemnités chômage, cela ne fait que repousser léchéance.
Pour obtenir les indemnités chômage, ce fut la croix et la bannière. Au mois de novembre, je me suis inquiétée de navoir rien touché. Le problème est ce fameux DAMA (fiche ASSEDIC), entre le Rectorat et les ASSEDIC, ils se renvoient la balle ; en attendant, cest moi qui passe mon temps au téléphone. Jai touché en décembre les 85% des mois daoût, septembre et octobre ; le reste le 28 janvier. »
« Jai dû faire le forcing pour que mon dossier dARE soit étudié : il avait été mis de côté, car un peu compliqué. »
Protection sociale : pour tous et toutes?
« Mais une bonne nouvelle vient égayer les journées dinactivité ! Je suis enceinte
.La joie est vite suivie dune nouvelle moins gaie. Ma mutuelle, au hasard celle de léducation nationale, mannonce quelle rompt mon contrat
»et oui vous nêtes plus dans la maison
», pourtant je suis allocataire du rectorat de Rouen
« Mais rassurez-vous, on vous propose un autre contrat
» mais 20 % plus cher
Eh oui cest bien connu, on a plus de moyens lorsquon est au chômage !!! »
Passe ton concours.
« Depuis septembre, je participe à la préparation au CAPES interne de SVT ; pour linstant, elle est suspendue faute de crédits ! »
« Je souhaite passer le CAPES interne, mais en alternant périodes de chômage et de vacations de la sorte, je risque de rester, dans cette situation inconfortable et moralement épuisante, assez longtemps avant de pouvoir me présenter à ce concours. »
« Après 10 ans de silence durant lesquels je n'ai fait aucune vague, acceptant toujours tout, je vais vous raconter ce qui m'arrive cette année. MA depuis environ une dizaine d'années, je suis enfin inspectée en décembre 2002 par mon IPR. Tout se passe très bien et je reçois quelque temps plus tard un élogieux rapport de stage.
L'année suivante, je passe l'examen professionnel, je suis recalée avec un 8/20 qui me parait plus ou moins justifié, mais bon, je passe. Mais cette année quand je reçois mes résultats de l'examen professionnel et que je ne suis toujours pas admise, car je n'ai que 9/20, je vois rouge. J'envoie un mail à l'IPR, voilà sa réponse : « Chère collègue, Je comprends votre désarroi, mais le résultat de cet examen ne remet pas en cause votre action auprès des élèves.
Il est évident que vous devez continuer à enseigner et à apporter aux jeunes qui vous sont confiés la richesse en terme de culture et d'éducation que vous portez. »
Motiver les élèves
« Contractualisé, jai commencé à y prendre goût au point daccepter dêtre Prof principal dune classe de 4ème. Cette expérience mavait dautant plus intéressé que beaucoup délèves avaient progressé sur lannée et quaucun ne voulait que je parte. Des projets se montaient avec certains professeurs. A la rentrée, le collège mattendait ; cétait sans compter sur les nouvelles directives ministérielles qui interdisaient le recours aux contractuels. Crac. Trois mois ont passé, 17 classes navaient toujours pas dArts Plastiques. Il a fallu que les parents délèves et lensemble du collège manifestent devant les caméras de France 3 et un journaliste de la presse locale pour que, trois jours plus tard, on me réaffecte sur ce poste ; en tant que vacataire. «
« Je suis P.P. dune classe de 6ème, dont jai dirigé le conseil de classe sans trop les connaître (des collègues mont briefé), et je ne serai pas présent à leur conseil du deuxième trimestre, maintenant que jai des choses à dire (je les vois deux heures par semaine et le courant passe très bien).
Est-ce en démotivant les profs quon compte motiver les élèves ? Finir lannée aurait été un minimum moral vis-à-vis des élèves. Quant à limage du système quon leur demande daccepter
, heureusement quils ne sont pas dupes. »
Ladministration : le service public à votre service
« Le Rectorat ma contacté une première fois mi-septembre pour me proposer un remplacement en math-physiques en LP. Jai accepté. Le Rectorat ma alors recontacté pour annuler le remplacement : « On ne recrute pas quelquun pour une semaine.»
« Quand jai précisé à mon interlocutrice que je nétais pas vacataire mais contractuelle, elle ma gentiment répondu : «Les contractuels seront réemployés quand les titulaires seront partis ». Comprenne qui voudra ! »
Encore ladministration !
« En septembre 2004, mon contrat na pas été renouvelé, sans aucune explication de la part du Rectorat, ni information sur mes droits à indemnisation, ce que je trouve scandaleux. Jai découvert, par hasard, sur le site du Rectorat, lexistence dun dossier à télécharger et à compléter. Comment font les collègues qui nont pas internet à leur domicile ? »
« Javais besoin de renseignements, entre autres à quoi correspondait ce que javais touché. Je me suis déplacée au Rectorat, à la DPE . Ils ne mont même pas reçue. »
Comme on nous parle !
« Cher Monsieur, Nous sommes sensibles à votre situation professionnelle et répondons à nouveau à vos appels incessants afin de vous préciser une fois de plus les choses : Mme Z professeur chargée de mission dinspection sest rendue à deux reprises dans vos classes afin dévaluer la qualité de votre travail et vous prodiguer aide et conseils. Un rapport a été à chaque fois établi après les visites, dont vous avez été le destinataire ainsi que votre chef détablissement, linspection pédagogique régionale et les services du rectorat. Dans la mesure où les besoins en professeurs contractuels ont été considérablement réduits pour lannée scolaire 2003-2004, il na pu être fait appel à tous les professeurs contractuels. ! Les critères de réemploi du Rectorat sont des critères qualitatifs, (qualités pédagogiques reconnues lors des visites, précédente admissibilité à un concours de recrutement, diplômes) base sur laquelle les contrats sont proposés dabord aux professeurs qui présentent le meilleur profil pour le remplacement à effectuer. Cest la raison pour laquelle il ne vous a pas été proposé de contrat cette année. Jajoute que vous avez eu toute latitude cette année pour préparer au mieux les concours de recrutement des professeurs, en profitant pleinement de la formation mise en place dans notre académie.! La réussite à un concours est, je vous le rappelle le seul moyen pour devenir professeur titulaire dans léducation nationale et donc "préparer au mieux votre avenir". Jespère que vous réussirez aux épreuves du CAPES ; en cas déchec, sachez que nous étudierons à nouveau votre dossier de contractuel en fonction des besoins des établissements. Je peux vous recevoir brièvement lundi à 13 h (secrétariat des IPR au 5ème étage) pour vous écouter, mais nattendez rien de plus de notre entretien que ce que je vous expose à nouveau ci-dessus ».
PS : . Sur place, ce fut bien pire puisque Mme Q ma accueilli en ces termes : « Je vous rappelle M. que vous ne faites pas partie de lEducation Nationale et que je vous fais une faveur en acceptant de vous rencontrer. Je ne suis disponible que pour les personnels titulaires. »
Et nous alors ? Qui peut nous rencontrer ? Qui peut nous écouter, nous renseigner ? Personne... ».
Original Message ----- Subject : Demande de rendez-vous
Bonjour Madame, jai été professeur-contractuel deux années (entre septembre 2001 et août 2003). Je nai pas été réemployé à la rentrée 2003 malgré des rapports administratifs et pédagogiques satisfaisants. Je nai eu aucune indication quant à cette décision. Jai même trouvé trois postes qui nont pu mêtre finalement accordés. Vous serait-il possible de maccorder une entrevue afin de discuter ensemble des raisons qui vous ont poussé à ne pas maffecter depuis le mois de septembre 2003 ? Jhabite à 130 kilomètres du Rectorat. Dautre part, mes appels téléphoniques passés à votre secrétariat (je demandais un rendez-vous) sont restés vains depuis le mois doctobre. A chaque fois, la secrétaire a bien noté mon appel mais il ny a jamais eu de suite. La fin de lannée approche, la rentrée 2004 sannonce bien pire en ce qui concerne le nombre de personnels recrutés. Je souhaite préparer au mieux mon avenir et donc avoir des compléments dinformations sur le travail que jai pu effectuer pendant deux ans. Je pense mêtre investi dans ce métier tant au niveau de ma matière, que de mes élèves et des différents projets détablissement... Dans lattente dune réponse, veuille croire, Madame, en lassurance de ma considération. »
« Il faut songer à se reconvertir
Alors je mengage dans une reconnaissance des acquis professionnels
Le dossier est important et nécessite une méthodologie spécifique
Le DAVA (organisme qui gère cette reconnaissance au rectorat) propose un organisme de formation pour laccompagnement du dossier
Oui, mais voilà, aucune aide financière pour cette formation, et aucune aide pour le transport de la part du rectorat
Finalement il est plus facile de profiter du chômage que de tenter de se recycler
»
Si je devais résumer
..
« Si je devais résumer ma situation, oh ! Combien courte de contractuelle CPE (4 ans) je reprendrais les termes dune personne du rectorat : « Nous vous contacterons si nous avons besoin (au moins 20 fois)
Nattendez pas du rectorat quil vous trouve du travail !!! (une fois cest déjà trop). Ce nest pas une agence pour lemploi !!! (Heureusement). »
« Jai 34 ans, divorcée depuis 2000, un enfant âgé de 6 ans. Jai été surveillante dexternat de 1994 à 1999 dans lacadémie de Versailles, puis à Rouen de 1999 à 2000 suite à un rapprochement de conjoints.
Toutes ces années, jai eu loccasion de travailler avec des conseillers principaux déducation qui voyaient en moins une future CPE. Tentée par laventure ».
Lavenir radieux :
« Pensez-vous que la situation va se débloquer dans lannée à venir ou les contractuels vont-ils devoir penser à une réorientation professionnelle ? »
« Soit, je ferai un autre métier. Ce ne sera pas le premier et ce sera difficilement plus absurde quun emploi au statut aussi précaire et au salaire-fantôme
»
« Et lan prochain, ce sera encore une autre histoire. »
« Je suis inquiet, car fin mars, je ne percevrai plus rien, et jai deux enfants à charge
»
« Je vais effectivement adhérer au SNES, cela correspond à un besoin évident de défendre les droits de tous et dessayer de contribuer à plus de justice sociale. »
Les huit jours de Picasso contre la précarité
« Vendredi 21 janvier, les personnels du lycée Pablo Picasso à Fontenay-sous-Bois (94) ont décidé larrêt des cours pour demander la contractualisation de Pierre Kermorvant, vacataire de Lettres Modernes, qui vient darriver au bout de ses 200 heures et que le rectorat veut remplacer par un autre vacataire. Une cinquantaine de personnes (profs, élèves, parents) piétinent devant le rectorat en vain : aucun secrétaire général nest disponible pour les écouter.
Le lundi, trois cents personnes sont là ! La presse sest déplacée. Une délégation est reçue. Elle essuie un refus catégorique de ladministration : impossible de contractualiser un vacataire alors quon vient de trouver un TZR disponible pour 12 heures sur les 18 à assurer. Le complément sera assuré par un autre vacataire (dont on est ainsi sûr que les 200 heures le mèneront jusquà la fin de lannée !). Le rectorat est très fier de son montage et de labsence de temps mort entre les deux remplacements !
Le mardi, le lycée est toujours massivement en grève.
Les contacts avec les autres établissements sapprofondissent, les discussions en AG aussi, tant en salle des profs que dans le hall pour les élèves. Ceux-ci vont manifester dans la ville, distribuent des tracts, parlent aux automobilistes pour expliquer leur revendication.
Ils reçoivent un accueil très favorable de la population : on voit fleurir les affichages de soutien : ici dans une boulangerie, là dans une crèche
Le mercredi, le proviseur supprime tous les cours : il entend ainsi permettre le bon déroulement des épreuves de TPE (épreuves anticipées du bac). Il annule aussi la journée Portes Ouvertes du samedi.
Le jeudi, grande manifestation des élèves (sept cents selon la police !) à Saint Mandé (94) à loccasion de la venue du Ministre pour la pose dune plaque commémorative dans une école. Une délégation (un enseignant, deux élèves et deux élus locaux) est reçue par un conseiller du Ministre et le Secrétaire Général Adjoint du Rectorat. Il y a une « avancée » : une TZR disponible à temps complet et jusquà la fin de lannée a pu être trouvée. Ladministration confirme son mode de gestion : que ce soit au début dune suppléance ou bien à la suite dune vacation de 200 heures, la priorité est dans lordre : un TZR sil y en a un de disponible ou bien un autre vacataire. La contractualisation du vacataire en poste nest envisageable que si les deux autres voies nont pas abouti (dans quelques disciplines comme les maths ou la physique).
Le vendredi, le recteur lui-même reçoit pendant une heure et demie une délégation denseignants (il ne veut pas délèves !) : mêmes arguments, même situation bloquée. Le recteur laisse entendre que le collègue pourrait se voir proposé un accompagnement pour passer les concours. Pour le reste, pas question de donner satisfaction à ce vacataire au risque devoir faire de même pour tous les autres !
Dans la salle des profs comme dans lAG élèves, lenthousiasme décroît, la grève nest plus aussi suivie quen début de semaine (même sils sont encore une centaine à aller manifester laprès-midi devant le ministère). Il est temps de passer à une autre forme daction : puisque le recteur met en avant la nécessaire égalité de traitement des situations, les élèves et les enseignants décident de reprendre les cours le lundi et de se lancer dans une action de fond, mettant en jeu les autres établissements de lacadémie, pour demander la contractualisation de tous les vacataires !
Mais différents établissements se mobilisent sur cette question dans lacadémie et il semble que le rectorat commence à sinquiéter de lextension de la revendication. Nous avons un premier exemple de vacataire contractualisé suite à une mobilisation dans une discipline non-déficitaire en candidats à la fonction de vacataire. Si tous les établissements concernés réagissent, le rectorat devra forcément revoir sa position de principe. Clémentine Fardoux - SNES Créteil »
Pastiche
Discours dabolition de la vacation prononcé le devant le ministère*
Matignon annonce la création dun ministère de la précaritE*
La situation de lemploi devient vraiment préoccupante. De mois en mois, le chômage poursuit sa hausse, laissant à lécart des milliers de personnes sans emploi. Il ne cesse daugmenter depuis le début de lannée et touche désormais 10,2% des actifs en France. Le nombre de demandeurs demploi avoisine désormais la barre des 2,5 millions de personnes. Le gouvernement a enfin décidé de sortir de son mutisme, dabandonner les promesses stériles, les paroles faussement rassurantes et de passer à laction. La première étape est la création dun nouveau ministère : le ministère de la précarité. La place si préoccupante que prend ce fléau, notamment au travail, justifie la naissance dun ministère qui lui sera entièrement consacré. Dans un pays où des milliers de gens perdent leur emploi, la situation des travailleurs se dégrade également : ils sont des millions à vivre de boulots qui noffrent aucune garantie. Le gouvernement, par souci de proximité avec « la France den bas », a décidé de confier la responsabilité de ce ministère à des Français qui vivent la précarité au quotidien et sont prêts à agir pour faire évoluer cette situation qui menace profondément la « cohésion sociale ». Cest une ancienne vacataire de lEducation Nationale qui a pris ce matin ses fonctions à la tête du ministère. Propulsée haut fonctionnaire de lEtat en quelques jours, la première déclaration de cette ministre de la précarité a été : « Je noublierai jamais lexpérience de la précarité et ma première tâche consistera à mattaquer aux formes les plus avilissantes des contrats de travail. Cest la raison pour laquelle le ministère de la précarité demandera à lAssemblée Nationale, dans les tout prochains jours, labolition de la vacation comme première mesure : cette mesure nous paraît la plus urgente. »
Discours pour labolition de la vacation prononcée à lAssemblée Nationale
« Messieurs les députés, un pays de droit comme la France ne peut pas renier le résultat de luttes qui ont duré plusieurs dizaines dannées, voire plusieurs siècles. Ce fut la protection sociale du salarié ; ce fut louverture du droit à la retraite ; ce fut le droit aux congés payés pour tous les travailleurs mis en uvre sous le Front Populaire. Il ne viendrait à personne lidée de remettre en question ces droits tant ils semblent aujourdhui des droits élémentaires et essentiels. Et pourtant, le gouvernement a recours de plus en plus massivement à une forme de contrat à lheure qui nouvre aucun droit : droit au chômage, droit aux congés payés, droit aux congés maladie, droit au congé maternité. Ce type de recrutement nest pas un contrat, cest la vacation.
Combien sont-ils, ces professeurs journaliers toujours plus nombreux, sommés daccepter une embauche à lheure, forme de travail qui correspond à une pratique que lon croyait pourtant révolue depuis le 19ème siècle, le louage de service ? Combien sont-ils à lEducation Nationale où, depuis deux ans, près de 20 000 non-titulaires ont été rayés de la carte ? Oui, messieurs, mesdames les députés, ils étaient 43 500 en 2002-2003. Ils ne sont plus que 24 000 actuellement. Et encore, ceux qui sont employés nont pas de quoi se réjouir. Combien sont-ils, contraints daccepter des vacations ? Plusieurs milliers et demain encore plus si nous nagissons pas.
Encore faut-il que je vous rappelle, mesdames et messieurs les députés, ce quest la vacation, un pur produit de la technocratie, que vous-mêmes rejetteriez unanimement sil vous était proposé. La vacation impose un salaire à lheure, salaire alléchant qui dissimule mal des réalités moins mirobolantes. Les 28,39 euros net que donnent les décideurs pour une heure de vacation ne font pas illusion et ne compensent pas tous les droits sociaux réduits à néant.
Le vacataire, cest cet enseignant remplaçant licencié en plein cours , car il a atteint la fatidique 200éme heure, au détriment de sa classe qui verra défiler trois professeurs Cest cet enseignant dévoué qui, pour ses élèves, va à des conseils de classe qui ne lui sont pas rémunérés . Cest cet homme qui, pour avoir été vacataire toute sa vie, ne pourra bénéficier de sa pleine pension , sa retraite venue. Cest cette femme qui ne pourra pas être enceinte parce que sa condition de vacataire ne lui permet pas de prendre un congé maternité. Cest encore celui-là qui naura pas le droit de tomber malade car la vacation ne lui apporte aucune couverture sociale. On ne peut plus accepter que lEtat se mette hors-la-loi et applique ce quil condamnerait chez un employeur du privé.
Cest lEtat-employeur qui se décharge de toute responsabilité vis-à-vis de celui ou de celle quil emploie. Comme le disait un philosophe , voulez-vous maintenir la tyrannie , laissez vos sujets dans lincertitude !
On ne peut plus accepter que lEtat ne respecte pas les engagements quil avait pris lors de la mise en place de la vacation. LEtat avait assuré que ces vacations ne seraient proposées quà des hommes et des femmes ayant déjà un emploi leur assurant une couverture sociale et quil ne serait fait recours à la vacation quà titre exceptionnel dans les disciplines spécialisées où il est difficile de recruter. Il sétait engagé à la continuité pédagogique. Il sagit bien, en définitive, dans labolition de la vacation dun choix moral fondamental, dune certaine conception du travailleur et du service public, de lidée que lon ne peut pas tuer certains droits fondamentaux, de lidée que cest à lEtat de donner lexemple.
Pour conclure, je dirais donc quaucun argument ne pourrait légitimer la vacation et que rien ne pourrait améliorer un fonctionnement aussi inique. En la supprimant, nous ne résoudrons pas cette plaie quest la précarité pour celui qui en est victime il restera encore beaucoup de chemin à parcourir-, mais nous rendrons au moins leur dignité à des milliers dhommes et de femmes. Le ministère de la précarité refuse que la précarité soit banalisée et quelle devienne un statut. Cest pourquoi je vous demande, Mesdames et Messieurs les députés, de voter labolition du recours à la vacation , le réemployer, de titulariser les non titulaires et d e faire assurer par des personnels statutaires les remplacements et lensemble des missions du service public déducation »
*Ce nest pas vrai mais ce serait juste !
Lettre au Ministre de la part de quelquun qui aime lEcole
Campement de Créteil : trentième journée.
Depuis le 17 octobre, une quarantaine de non titulaires au chômage se relayent devant le rectorat de Créteil pour réclamer le réemploi , labolition du recours à la vacation et un plan de titularisation. Cette action est soutenue par lintersyndicale SNES , CGT, CNT, SUD,SGEN.
La tente, ils lont montée eux même, dautant plus quils y couchent, chacun, leur tour, inlassablement, depuis le 17/10.
Choses vues et entendues :
Un chapiteau qui ploie sous les rafales de vent, un square fréquenté par des enfants peu nombreux mais motivés, à vingt mètres, un bloc de béton peu hospitalier : le rectorat de Créteil, un vigile, plutôt âgé, fait les 100 pas devant lentrée « Il nous fait du café le matin, et puis on peut parfois prendre une douche. ».
Deux collègues sous le chapiteau, autour dune table, des restes de victuailles : il faut tenir.
Noura, en lettres : « Je suis devenue contractuelle en 2000, lan dernier, jai refusé de devenir vacataire, cest une situation inhumaine, 200 heures maximum, 34 euros de lheure, sans droit au chômage, sans aucune garantie sociale
or lEtat a des besoins, des collègues expérimentés sont au chômage et lacadémie se permet de recruter dans les facs de jeunes étudiants comme « jobs », pour quelques heures, parfois 6 heures, cest lamentable. »
Jean Remy, en lettres également, renchérit :« Vacataire depuis le 31 janvier 2005, en poste en terminale L au lycée dAlfortville, jai été licencié au bout de 200 heures, le Rectorat a refusé de me transformer en contractuel, un autre collègue a été recruté, toujours pour 200 heures, jusquen mai ; les autres professeurs et les élèves ont manifesté leur solidarité, mais en vain. Aujourdhui, je suis sans poste. »
Noura : « Ce que nous demandons, cest le droit au réemploi et la titularisation de tous les non titulaires, comme en 1983 ou en 1998. »
JR : « Comme jai travaillé pendant 24 mois daffilée, jai droit pour le moment à 1200 euros par mois, pendant 700 jours, puis cest le RMI. Le recteur a reçu des consignes pour embaucher non pas des contractuels mais des vacataires. »
En contrebas, des passants, les uns lèvent les yeux vers ce campement précaire, les autres, sortant du bloc, restent tête droite : beaucoup de costume cravates, hasard sans doute.
Mustapha, contractuel en poste, en mathématiques, lui, sest arrêté, « par solidarité » : « Jai un contrat de 3 mois, renouvelable ; on avait commencé par me dire denseigner en physique !
en fait, quand le recteur a besoin de non titulaires, il les cherche , et puis il les jette ! »
Noura : « Il ne soccupe pas de savoir ce que deviennent les enfants dans cette situation, avec une telle discontinuité dans lenseignement, ces collègues vacataires qui se succèdent
»
Mustapha : « Ils disent : avec un professeur, on comprend, avec plusieurs, cest difficile, alors pourquoi on change ? »
JR : « Cest évident quil y a des besoins, mais on est face à une logique purement gestionnaire. Actuellement le mouvement est minoritaire ; le jour où il y aura la masse , ça changera, on la entendu dans les couloirs du rectorat. »
Nous voulons récupérer une affiche rectorale invitant les étudiants à « goûter lenseignement » ; entrée sans difficulté, le vigile, celui du café matinal, a un peu froid « vous savez, moi aussi je suis un salarié
». Laccueil manque un peu de chaleur, dautres vigiles, plus jeunes, mieux habillés, mais on finit, grâce à une hôtesse plutôt compréhensive, par avoir laffiche, une photocopie, pas de crédits décidément.
Thierry BOERES , responsable du secteur non titulaires au S3 de Créteil, vient darriver, cest un habitué des lieux : « Derrière laggravation de la précarité, il faut aussi voir les attaques contre les statuts des titulaires, il ny a quà voir la question du remplacement, cest pour cela quil est nécessaire de populariser ce mouvement des « oubliés de lEducation nationale », dautres académies pourraient les relayer, pour former un mouvement national. Il faut obtenir larrêt du recrutement de vacataires, le réemploi des contractuels, comme on lavait fait pour les anciens MA, un plan de titularisation quoi ! Les capes internes et externes sont insuffisants en postes à pourvoir, on accepte les lauréats au compte goutte ! On peut même se demander si à Créteil , lun des objectifs rectoraux ne serait pas de se débarrasser des « vieux » non titulaires pour les remplacer par des jeunes étudiants, plus malléables car ils ne connaissent pas le passé des luttes de la catégorie
On est passé de 3000 contractuels en 2004 à moins de 600 à la rentrée 05. Voilà comment ce recteur, qui préfère recevoir FR3 que le collectifs des non titulaires, entend « résorber la précarité. »
Un jeune garçon, Alex, 11 ans, en sixième, passe au campement pour bénéficier du soutien aux devoirs organisé sur place par les non titulaires en lutte.
Catherine MEZAAD, en histoire géographie, ex vacataire, ex contractuelle, au chômage depuis juin 05, elle a adhéré au Snes depuis peu, elle naime pas que le campement soit en désordre, question de dignité : « Jai loupé de quelques points le capes interne ; ce quil y dintéressant cest que dans son rapport global sur le concours, le jury fait état de laugmentation de la précarité et du chômage comme dun facteur de difficulté supplémentaires pour les candidats ; lépreuve ne devrait elle pas tenir compte de cette évolution ? Ce qui menrage, cest cette impression de non reconnaissance, de silence sur linjustice que nous inflige ladministration, pas les collègues, ni les élèves ou les parents. On vaut quelque chose, bon sang, on est quelque chose ! Et en face (désignant les bâtiments du rectorat, tout proches :NDLA), rien, le mépris
»
Hassan, nouveau venu : « le ministère est incapable de mettre en valeur ses propres ressources humaines, alors la fuite des cerveaux, faut pas sétonner !
»
Catherine : « Un concours, ça se prépare ! Suivre les formations dune journée, cela devient de la haute voltige, rien que pour pouvoir y assister. Rien nest reconnu, même pas les admissibilités : on na vraiment aucune reconnaissance
Mais nous navons pas de lassitude, bon, ça dépend des jours, il y a les temps forts qui nous remontent le moral. On saccroche, parce que notre combat est juste. »
Regardant la tente, sous une petite pluie, en souriant : « Cest un peu triste, tu ne trouves pas ? »
Non, je ne trouve pas.
Témoignages recueillis par le secteur non titulaires du SNES/FSU : Jean- Marie BARBAZANGES, Isa CHEVIET , Véronique CORRECH, Florence DURSAPT, Nicolas KILLMANN, Patrick LAINE ,Corinne LETOURNEAU, Vincent LOMBARD, Félicité MONTAGNAC, Jean Louis INNOCENTI , ,
Merci à tous pour leurs témoignages et recherches : à Emmanuelle KRAEMER , Anne JADOT , Sébastien RIPERPLEY , Pierre ANDRE Cristelle MARTEL , Eric TURPIN , Catherine MEZAAD , Hassan et tous nos autres collègues qui témoignent au HYPERLINK "mailto:nontitulaires@snes.edu" nontitulaires@snes.edu
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