introduction - Fastef - Ucad
(Tiré de la Collection Eurin Gié, Terminales C et E (1989), Hachette Ed., page 96)
.... Les solutions proposées aux élèves, en classe ou dans les corrigés des .....
faire l'objet d'un examen ou d'un test pour vérifier la compréhension d'une leçon.
part of the document
ses propres conceptions débouche naturellement sur une réflexion sur les motivations et les buts de la recherche en éducation.
De Ketele (1984), repris par De Ketele et Roegiers (1993) a fait une synthèse de sept catégories de recherche, ainsi que leurs caractéristiques principales explicitées à partir de la satisfaction ou non de sept critères (pp. 104-105).
Ces critères ont été établis à partir des réponses apportées à un certain nombre de questions posées à propos de la recherche et que nous avons appelées des questions-critères (Sall, 1997).
Tableau 1. Les critères permettant de caractériser une recherche selon De Ketele (1984)
CritèresQuestions-critèresModalités de réponsesCritère 1La recherche doit prioritairement fonder la validité de quels énoncés ?Enoncés = lois scientifiques fonda-mentales ; lois scientifiques applicables, décisions généralisables, décisions scientifiques, action-formation, hypothèses, lois descriptives.Critère 2Est-il nécessaire de prévoir et de contrôler la mise en uvre dun dispositif de recherche aussi valide que possible ?Oui/nonCritère 3La recherche exige-t-elle de manière stricte des mesures quantitatives et/ou qualitatives valides et fiables (ou du moins dont on peut estimer le degré de fiabilité) ?Oui/nonCritère 4Les résultats de la recherche seront-ils généralisables ?Oui/nonCritère 5La recherche est-elle répétable ?Oui/nonCritère 6Quels sont les destinataires premiers des rapports de recherche ?Chercheurs, décideurs, acteurs, évaluateurs, public cultivé de haut niveauCritère 7Quelle est la valeur prioritaire de la recherche ?Connaissance, efficacité, adéquation, émancipation, créativité, objectivité, compréhension prospective.
Dans cette grille, un type de recherche est défini par les réponses fournies aux questions-critères.
Les exigences méthodologiques pour une recherche descriptive, selon De Ketele, sont prises en charge par les critères 2 et 3. Le critère 2 impose de prévoir et de contrôler la mise en uvre dun dispositif de recherche aussi valide que possible, ce qui nécessite de passer par une phase exploratoire. Le critère 3 met laccent sur lexigence de validité des mesures quantitatives et/ou qualitatives.
Par rapport aux sept critères de De Ketele (1984), nous pouvons définir notre travail comme ayant deux orientations prioritaires.
Nous poursuivons dabord un objectif de production de caractéristiques descriptives pour cerner le contexte des activités scolaires de résolution de problème sous langle des conceptions des enseignants. Cet objectif est poursuivi dans la perspective dune intervention ultérieure pour améliorer la situation.
La recherche revêt également une dimension relationnelle et une dimension processus. En effet il sera question de mettre en évidence linfluence de variables indépendantes sur les conceptions des enseignants en résolution de problème, mais aussi détudier la dynamique des conceptions dans le contexte spécifique dune formation initiale d enseignants.
Les résultats devraient intéresser les chercheurs en éducation, les évaluateurs notamment, mais aussi les formateurs denseignants. Ces derniers, souvent confrontés à un déficit argumentaire pour fonder leurs pratiques, devraient disposer à partir de cette recherche de données empiriques récoltées dans des conditions explicites pour justifier la nécessité de donner une place plus importante à la problématique de la résolution de problème en formation initiale. Les acteurs de terrain engagés dans une perspective réflexive seuls ou en équipes pédagogiques pourraient également trouver dans les résultats de cette recherche une source de questionnement pouvant déboucher sur des innovations ou des amélioration des pratiques pédagogiques.
Toujours dans cette perspective de clarification des champs de la recherche, Van Der Maren (1996, p.5) définit trois buts pour la recherche en éducation :
la contestation des dogmes,
la transgression des savoirs,
une meilleure maîtrise de l'environnement physique et humain.
Le troisième énoncé de Van Der Maren nous semble très proche du but que nous poursuivons.
En résumé le travail que nous entreprenons ne se range pas de manière rigoureuse dans les catégories générales des recherche, qui ne sont en réalité que des cas limites. Notre recherche se veut une articulation entre une recherche descriptive prenant en compte une dimension relationnelle et une recherche expérimentale de type diachronique.
La finalité de notre recherche est de fournir une meilleure connaissance dun aspect de lenvironnement éducatif (Van Der Maren,1996), à travers les conceptions des enseignants en résolution de problème en physique et chimie.
L'environnement est ici constitué par l'éducation formelle mettant en jeu des professeurs, des élèves et deux disciplines, la physique et la chimie, dans une des principales activités enseignement/apprentissage : les activités de résolution de problème. Nous avons choisi cependant, dans le cadre de cette recherche, de nous limiter à la composante « enseignant », de cet environnement éducatif, pour des raisons de faisabilité, mais aussi pour notre intérêt pour le champ de recherche de la pensée des enseignants.
Enfin en termes de contenus, notre recherche se situe dans le champ de la recherche en didactique de la physique et de la chimie. Nous reviendrons sur ce concept de didactique en revisitant son contexte démergence et son évolution.
Mais au-delà de ce repérage dans le cadre général tel quil a été esquissé plus haut, ou la classification dans le champ de la didactique, notre recherche présente quelques particularités du fait de son processus de gestation, de son objet, des démarches mises en uvre, mais aussi par la trajectoire professionnelle de lauteur.
.
2. LObjet de la recherche et SA particularité
2.1. Lobjet de la recherche
Notre recherche a pour objet l'étude des conceptions des enseignants en rapport avec la résolution de problème en physique et chimie. La recherche sera limitée à un secteur de léducation formelle qui, dans le système éducatif sénégalais, recouvre lenseignement moyen et lenseignement secondaire. Il sagit des secteurs qui prennent en charge des élèves de 15 à 21 ans. La physique et la chimie y constituent des matières scolaires aussi bien pour les séries dites scientifiques (série S), que pour les séries dites littéraires (série L).
Alors que lenseignement de la physique et de la chimie dans les séries scientifiques est destiné à préparer les élèves à lentrée dans les filières universitaires scientifiques, ou les formations techniques, dans la série L, il sagit surtout de faire acquérir aux apprenants une culture scientifique et une meilleure connaissance de lenvironnement technologique. Dans les séries scientifiques (S), une bonne partie du temps denseignement-apprentissage est consacrée à des activités de résolution de problème.
2.2. La résolution de problème, une activité au cur du système dévaluation dans lenseignement des sciences
Les problèmes dont il s'agit ici couvrent tous les énoncés proposés aux élèves (exercices ou problèmes), comportant des questions relatives à des systèmes physiques ou chimiques. Les élèves sont amenés à répondre à ces questions qui sont ainsi utilisées comme des révélateurs des acquisitions de connaissances. L'essentiel du système d'évaluation repose sur ces activités qui occupent une bonne partie du temps de travail des élèves et des enseignants.
Les résultats obtenus par les élèves dans ces activités de résolution de problème déterminent pour l'essentiel les décisions de certification, de maintien ou de réorientation des apprenants dans le système d'enseignement des sciences. Autant dire que tout le système dévaluation, dans lenseignement des sciences repose sur des activités de résolution de problème.
Or, force est de constater que les performances des élèves telles que révélées par les différentes formes d'évaluation en vigueur ne sont pas satisfaisantes.
Les résultats obtenus par les élèves des séries scientifiques aux épreuves de physique et chimie, au baccalauréat, en constituent une illustration très significative. En effet, au Sénégal, le baccalauréat continue encore à jouer un rôle déterminant pour laccès à lenseignement supérieur. La classe de Terminale est sans doute celle où les élèves des séries scientifiques fournissent le plus defforts dans les études, particulièrement dans les disciplines scientifiques, dont la physique et la chimie.
Mais les résultats sont là ! Le tableau 2 suivant représente les résultats en physique et chimie, dun échantillon de 1551 élèves, candidats au baccalauréat de la session 2001.
Léchantillon a été tiré de 11 jury, disséminés dans les dix régions administratives du Sénégal et les copies ont été corrigées par 22 correcteurs tous titulaires dun diplôme professionnel et ayant au moins cinq ans dancienneté. Chaque correcteur avait en moyenne 63 copies.
Tableau 2. Quelques données sur les résultats des élèves à la session 2001 du baccalauréat. Sources : Office du Baccalauréat (UCAD), Session de juillet 2000-2001.
N° Corr .Diplôme professionEtablist /VilleMoyenne
/20Nbre de copiesTotaux PointsEcart
type1CAESLMS/Thiès 6,90 52 3602,732CAESLDZ/Ziguinchor5,0870 3563,243CAEMLMSa/Louga5,70673812,984CAEMLAS/Rufisque5,8775 4402,935CAESLSLL/Pikine5,42 764122,796CAEMLFK/Dakar4,09612502,717CAESLDT/Tivaouane5,11613122,408CAEMLDZ/Ziguinchor5,70613472,809CAEMLAF/Saint-Louis3,98642553,7410CAEMLASD/Oussouye5,60653612,7411CAEMLVDN/Kaolack5,00633152,5412CAESLLG/Dakar6,48905833,4813CAESLLG/Dakar6,40905733,7814CAEMLAMB/Kolda6,00653893,5215CAESLTID/Dakar7,10916533,6416CAESLBD/Dakar5,97915432,8017CAEMLMS/Thiès4,58622842,7118CAEMLMS/Thiès4,87572782,919CAESLMMD/Dakar6,411046691,7520CAESLTID/Dakar4,55632873,3921CAESLCG/St-Louis4,90592912,9122CAESLGD/Dakar5,51643313,25Totaux15518670Moyennes5,602,99
Sans entrer dans les considérations dordre docimologique ayant trait à la pertinence, à la validité et à la fiabilité du mode dévaluation, on peut faire cependant quelques constatations. La moyenne de léchantillon est de 5,60/20 ; la moyenne de correction la plus élevée est de 7,1 et la moyenne la plus faible étant égale à 4,00.
Mieux, la valeur des écarts types comparée aux incertitudes liées à la correction dépreuves de sciences montre que les différences entre les notes obtenues par la majorité des élèves ne sont pas réellement significatives.
Cette situation préoccupante ne devrait pas laisser indifférents les responsables du système éducatif , les enseignants et les chercheurs en didactique de la physique et de la chimie, pour plusieurs raisons.
En effet les pouvoirs organisateurs mettent des moyens relativement énormes dans lenseignement des sciences au niveau secondaire, particulièrement dans un pays comme le Sénégal, où les priorités ne manquent pas : problèmes de santé, daccès à leau potable, denvironnement, dinfrastructures stratégiques. De même, les enseignants, les professeurs de sciences notamment, consacrent beaucoup de leur temps denseignement à des activités de résolution de problème. Il faut signaler quen plus des prestations officielles, de nombreux dispositifs informels de renforcement ont été créés pour prendre en charge les élèves engagés dans les séries scientifiques (cours à domiciles individualisés, cours de renforcement collectifs, cours dexcellence, cours de vacances de renforcement et danticipation
). Il y a donc là de lénergie et des moyens qui sont investis sans résultats significatifs pour lécrasante majorité des élèves.
Quant aux chercheurs, la société attend deux quils répondent à une question cruciale : pourquoi les performances des élèves mesurées à partir dactivités de résolution de problème sont-elles si faibles ?
Ce constat étant fait, peut-on aller plus loin pour expliquer et comprendre lorigine de ces contre-performances ? Cest déjà le début des difficultés, les faits éducatifs nétant jamais réductibles à un seul facteur explicatif, même si la littérature scientifique dans ce domaine fournit des repères.
Les faiblesses des élèves en résolution de problème en physique et chimie pourraient par exemple être imputées à une maîtrise insuffisante de la langue denseignement, ici le français, comme lavancent beaucoup denseignants.
Même si on ne peut nier linfluence de la langue dans des disciplines aussi conceptualisée que la physique et la chimie, il nous semble que ce serait là une explication trop commode pour les didacticiens. A côté des recherches sur lefficacité des méthodes denseignement (Crahay et Lafontaine, 1986 ), sur les difficultés
dappropriation par les élèves des concepts scientifiques (Giordan, 1998), sur les pratiques de résolution de problème en classe (Caillot, 1988 ; Goffard, 1993 ; Dumas-Carré et Goffard, 1997), la pensée des enseignants (Tochon,1993) se présente comme un axe de recherche de plus en plus fécond. De manière plus spécifique, Hashweh (1996) met en évidence lémergence de ce qui peut être considéré comme un sous-champ de ce domaine : les croyances et les conceptions des enseignants et leurs visions épistémologiques (Pajares, 1992).
Cette analyse conforte notre approche. Pour apporter notre contribution à la compréhension de cette situation dinefficacité de lenseignement de la physique et de la chimie, nous nous sommes intéressés à ce qui fonde effectivement le travail des enseignants : leurs conceptions des activités denseignementapprentissage, en particulier leurs conceptions à propos de la résolution de problème.
Lapproche par les conceptions : des concepts disciplinaires aux concepts transversaux
De nos jours cest presque devenu une banalité, depuis les travaux de Giordan et De Vecchi (1987) sur les origines du savoir, d'insister sur le rôle des idées que les apprenants ont des concepts scientifiques dans le processus d'acquisition du savoir. Dans le prolongement de cette hypothèse maintenant éprouvée, nous posons comme principe, que les idées à propos des processus et des tâches intellectuels sont également déterminantes dans lexplicitation des performances scolaires. C'est le point de départ de notre recherche. Nous voulons aborder la faiblesse des performances des élèves en résolution de problème sous l'angle des conceptions des enseignants à propos de la résolution de problème. Nous reviendrons plus tard sur les raisons du choix du terme de "conception" à la place d'autres termes qu'on rencontre dans la littérature en didactique des sciences, notamment le terme de "représentation".
Mais de quelles conceptions sagit-il ?
Il est naturel que les élèves soient au centre des préoccupations dès lors quon sintéresse aux performances scolaires. En effet, la nécessité daccorder à lapprenant une place privilégiée dans le processus enseignement/apprentissage est de nos jours communément reconnue (De Vecchi, 1994 ; Giordan, 1994 ; Altet, 1998). Sans vouloir verser dans le « didactiquement correct » (Astolfi, 2001), nous nous situons dans une
perspective délargissement de cette approche. Il sagit de prendre en compte les concepts généraux non disciplinaires dans lexplicitation des facteurs qui influent sur les performances des élèves.
Le faible impact des recherches en éducation sur les pratiques scolaires (Van Der Maren, 1996) nest-il pas dû finalement, au-delà de lexigence de transposition didactique (Toussaint, 1996), à une prise en compte insuffisante des conceptions des enseignants.
Nous ne sommes pas loin de le penser. Cette prise de position justifie notre intérêt pour une étude des conceptions des enseignants.
2.4. La particularité de notre recherche
Cette dernière option nest certainement pas sans lien avec notre position sociale et professionnelle par rapport à lobjet de la recherche. Notre expérience professionnelle de professeur de physique et chimie de l'enseignement secondaire, puis de formateur d'enseignants, constitue ainsi une particularité de notre recherche. Nous avons en effet été placé, au cours de notre carrière professionnelle, dans des positions variées par rapport aux activités de résolution de problème.
Dabord étudiant, nous avons été confrontés à des tâches de résolution de problème, à travers les diverses formes dévaluation. Professeur de lycée, nous avons cherché à entraîner des élèves à être performants dans la résolution de problème.
Enfin formateur de professeurs de physique et chimie, nous avons suscité des démarches systématiques de conduite des activités scolaires de résolution de problème en physique et chimie, auprès denseignants en formation initiale (Kane, Diouf et Sall, 1998).
Lintérêt pour notre objet de recherche est donc le résultat d'un long cheminement. Nous sommes passés d'une centration sur la discipline à la perception de la nécessité, pour comprendre les problèmes que pose l'enseignement d'une discipline, d'articuler l'expérience professionnelle avec les approches théoriques qui permettent de structurer
et de valider le savoir tiré de la pratique. C'est là le fondement de notre motivation pour la recherche. Il sagit du passage dune posture pédagogique à une approche didactique de la résolution de problème, par la recherche.
Cette particularité se répercute dans notre démarche méthodologique et nous amène à concevoir ce travail de recherche en plusieurs étapes, suivant en cela la position épistémologique de Bachelard (1938), pour qui un problème ne vient pas spontanément d'un ensemble de faits: il résulte d'un processus de construction ou, pour utiliser lexpression consacrée par le philosophe Français, dune problématisation.
Cest ce qui fait la particularité de notre démarche articulée en plusieurs étapes.
Une démarche en plusieurs étapes
Notre recherche est subdivisée en quatre parties :
La première partie comprend trois chapitres. Le chapitre I décrit la recherche exploratoire qui nous a permis de confirmer l'intérêt que nous avions d'aborder le problème sous l'angle des conceptions. En effet, au-delà de lintérêt personnel pour une question de recherche, il nous a semblé utile dexplorer le sujet pour en entrevoir les différentes facettes empiriques et méthodologiques.
Il sest sagit dans une première approche, daborder le sujet à partir dune base théorique minimale, en sappuyant sur une démarche méthodologique simple. Cela nous a permis dobtenir des résultats qui nous ont encouragé à aller plus loin, à partir de repères explicites.
La recherche exploratoire a mis en évidence la nécessité dune plus grande conceptualisation et dun approfondissement théorique et méthodologique. Cest lobjet du chapitre II de la première partie qui permettra desquisser un cadre théorique général, puis spécifique à la physique et à la chimie. Lancrage didactique de la recherche sera notamment mis en évidence.
Le cadre problématique général esquissé à partir du modèle denseignement des sciences de White et Tisher (1986) débouche sur un cadre problématique restreint.
Tirant profit des résultats de la recherche exploratoire et des acquis du cadre théorique, le cadre problématique restreint permettra desquisser un espace à sept dimensions, pour décrire les conceptions des enseignants en résolution de problème en physique et chimie. Des questions-problèmes et des hypothèses générales puis spécifiques liées à des hypothèses de recherche, terminent le chapitre III de la première partie.
La recherche exploratoire a montré, sur le plan méthodologique, la nécessité de disposer dun outil valide de description des conceptions à propos de la résolution de problème. Nous avons pris connaissance des outils et méthodes disponibles dans la littérature à propos de la description des représentations sociales (Doise, Clemence et Lorenzi Cioldi, 1992 ; Abric, 1994 ; Flament, 1986). Une des recommandations des chercheurs était de privilégier une combinaison des différentes approches méthodologiques. Cependant la plupart de ces outils rencontrés étaient conçus pour décrire des conceptions à propos de concepts disciplinaires ou de phénomènes sociaux ((Doise, Clemence et Lorenzi Cioldi, 1992). Notre étude portant sur un concept transversal dans le cadre dune discipline, nous avons opté pour la construction dun outil spécifique à la description des conceptions à propos de la résolution de problème en physique et chimie.
Le chapitre I de la deuxième partie est donc consacré à la construction du questionnaire pour recueillir les conceptions des enseignants à propos de la résolution de problème. La construction de ce questionnaire tirera naturellement profit des résultats de la recherche exploratoire et de léclairage théorique précédent, dans un souci de cohérence.
Dans le chapitre II de la deuxième partie, le questionnaire sera testé sur de petits échantillons. Lexploitation de ces données a permis délaborer un modèle de traitement basé sur la construction dindices barycentriques pour une description macroscopique de conceptions.
La structure du questionnaire de recherche permet en effet, dans un premier temps, de recueillir des informations globales exprimées dans le référentiel des sept dimensions, abstraction faite de leur contenu. Cest ce que nous avons appelé une description macroscopique. Le modèle barycentrique de traitement de données (MBTD), qui nous a permis de donner du sens à un ensemble dinformations recueillies de manière progressivement discriminatoire nous semble être une contribution significative à la recherche qualitative en sciences de léducation.
La description macroscopique débouche sur des typologies de conceptions denseignants en résolution de problème.
Cette première description sera ensuite affinée par une description dite microscopique. Il sagit de faire une relecture des informations sur les conceptions des enseignants à partir dune explicitation des réponses des sujets exprimées sur des items indicateurs qui leur ont été proposés pour chaque dimension. Les deux modes de description seront ensuite mis en relation, ce qui devrait fournir des informations plus significatives, tant au niveau épistémologique que didactique.
Les résultats obtenus à partir des échantillons expérimentaux vont faire apparaître des possibilités détudier limpact de trois variables du profil professionnel : le diplôme professionnel, lancienneté dans la fonction enseignante et, de manière plus précise, lexpérience en classe de Terminale, la dernière étape de lenseignement secondaire du système éducatif sénégalais.
Dans la troisième partie, loutil validé dans la deuxième partie et les méthodes de traitement seront appliqués à létude des conceptions de professeurs de l'enseignement moyen et secondaire. Cette étude se fera en deux temps.
Dans le chapitre I, il sagira de décrire les conceptions dun échantillon de recherche de 179 professeurs de physique et chimie du Sénégal. Cette description revêtira deux dimensions. Au cours de la description macroscopique, les conceptions seront décrites à partir de mesures effectuées sur les sept dimensions de la résolution de problème qui ont été identifiées dans le cadre problématique restreint. La description microscopique permettra de décrire la structure interne de ces conceptions. Toujours dans ce chapitre, linfluence des trois variables caractéristiques du profil des enseignants, telles quelles ont été définies plus haut, sera étudiée.
Le chapitre II de la troisième partie sera consacrée à une recherche expérimentale destinée à étudier lévolution des conceptions de trois cohortes denseignants en formation au département de physique et chimie de lEcole Normale Supérieure de Dakar. Ces différentes étapes seront articulées les unes aux autres, aussi bien du point de vue théorique que méthodologique.
Enfin, une quatrième partie permettra de résumer les résultats de la recherche dans ses différentes phases. Ce résumé se fera sur la base dune grille de lecture à quatre niveaux : épistémique, empirique, méthodologique et didactique.
Une conclusion générale permettra desquisser des perspectives ouvertes par les résultats obtenus dans le cadre de cette thèse, aussi bien sur le plan de la recherche que sur celui de la formation des professeurs de physique et chimie.
PREMIERE PARTIE
De la recherche exploratoire au cadre Problematique
PREMIERE PARTIE
CHAPITRE I : LA RECHERCHE EXPLORATOIRE
I.1. Le CONTEXTE ET Les objectifs de la recherche exploratoire
Un aspect très instructif dans la formation à la recherche, est sans doute le processus démergence des questions de recherche, et les fondements de la motivation pour une recherche. A ce propos, la genèse de notre projet est un exemple qui permet de montrer comment des préoccupations utilitaires d'un formateur ont fini par induire un intérêt de recherche qui s'est traduit ensuite par des questions de recherche prenant du sens sous l'éclairage théorique. Nous allons en faire l'économie dans le paragraphe qui va suivre.
Après avoir exercé pendant trois ans la fonction de professeur de physique et chimie dans un lycée, et après une formation pédagogique post-universitaire, nous avons été amené à intégrer léquipe de formation du Département de physique et chimie de lécole Normale Supérieure de Dakar, un institut universitaire de formation de professeurs pour l'enseignement secondaire.
Cest dans ce contexte de formation initiale de professeurs, que nous avons introduit, un module intitulé : " Résolution de problèmes et méthodologie des travaux dirigés en physique et chimie."
Nous allons présenter brièvement lactivité de formation en résolution de problème et les observations qui ont été formulées à leur propos.
I.1.1. Description sommaire dune pratique de formation en résolution de problème en physique et chimie.
L'activité consistait essentiellement à réfléchir sur la forme des énoncés proposés aux élèves et à analyser des algorithmes de résolution de problèmes de physique et chimie proposés dans les manuels scolaires, afin de mettre en évidence leurs limites. Les analyses ainsi faites permettaient de fonder largumentation des recommandations pour la préparation et la gestion pédagogique des séances de travaux dirigés, en rapport avec les stratégies d'apprentissage des élèves.
Exemple danalyse dun énoncé de chimie
On réalise la combustion dun litre de benzène. Le volume total dair disponible est de 4m3. Quels sont les produits restants après réaction et retour aux conditions normales ?
On admettra que si la quantité dair est suffisante pour assurer la combustion complète, il se forme du dioxyde de carbone et de leau ; lorsque la quantité dair est insuffisante, il se forme du carbone et de leau (densité du benzène liquide : 0,88) ; on rappelle que lair contient 1/5 en volume doxygène).
Les élèves-professeurs étaient amenés à se prononcer sur la clarté de lénoncé :
quels sont les termes les plus importants de lénoncé (les termes clés sont soulignés);
la tâche demandée est-elle suffisamment explicitée ?
quelles sont les données du problème : données qualitatives et données quantitatives.
Cest à la suite de cette analyse seulement que lon passait à la recherche de la solution.
La séance était également loccasion danalyser des algorithmes de résolution de problème proposés dans des manuels scolaires ou des annales.
Lobjectif était de faire prendre conscience aux élèves-professeurs des lacunes que recèlent certains schémas, souvent proposés de bonne foi aux apprenants dans divers documents pédagogiques, même parmi ceux qui se situent dans une perspective dinnovation.
Exemple dalgorithme analysé : la résolution dun problème de mécanique
(Tiré de la Collection Eurin Gié, Terminales C et E (1989), Hachette Ed., page 96)
Tableau 3 : Lalgorithme suivant constitue pour les auteurs de ce manuel une démarche générale qui permet de résoudre un problème de mécanique classique.
1) Définir le référentiel galiléen associé au solide (le référentiel terrestre peut être considéré comme galiléen).
2) Préciser le système étudié.
3) Faire le bilan des forces extérieures appliquées au système.
4) Ecrire le théorème du centre dinertie et/ou le théorème de lénergie cinétique qui permettent dexprimer le vecteur accélération et/ou la vitesse du centre dinertie du système.
5) Projeter le théorème du centre dinertie sous forme vectorielle, dans un repère orthonormé adapté. Dans le cas des mouvements circulaires, choisir le repère de Frenet de base (u, n).
Dans certains problèmes, lopération de projection nest pas nécessaire, et on peut raisonner directement sur les vecteurs sans faire apparaître les coordonnées.
6) Procéder à létude cinématique du mouvement du centre dinertie du système.
Pour un mouvement plan , dans un repère(o, i, j) : a = xi +yj .
En prenant les primitives successives de x et y et en tenant compte des conditions initiales, on établit les équations horaires x(t) et y(t) du mouvement.
Lélimination du temps entre ces deux équations permet de connaître léquation y(x) de la trajectoire.
Pour un mouvement circulaire, dans le repère de Freinet laccélération est donnée par :
a = (dv/dt) u + (v2/R) n.
Dans ce tableau les lettres en gras représentent des vecteurs
La séance était ici destinée à faire émerger au niveau des élèves-professeurs une attitude critique vis à vis de tels algorithmes. A la suite des échanges entre stagiaires avec la participation du formateur, des observations étaient formulées et notées dans les cahiers de stage. En voici quelques unes :
la logique interne des algorithmes proposés nest pas explicitée : les élèves peuvent avoir tendance à les considérer comme des recettes à appliquer de manière infaillible;
la dimension fondamentale de la représentation du problème napparaît pas de manière explicite;
on ne donne pas aux élèves les moyens de construire une solution en se posant des questions appropriées et opportunes, et en répondant à celles-ci;
il ny a aucune indication sur les procédures de sortie dimpasses, d évaluation de la démarche et des résultats obtenus;
certaines étapes de lalgorithme font allusion à une catégorie limitée de problèmes et risquent dembrouiller le raisonnement de lélève;
de manière plus spécifique on parle de repère galiléen avant de définir le système à étudier.
Une dernière étape de cette activité de formation consistait à faire travailler les stagiaires en groupe de manière à élaborer un canevas susceptible daider les élèves à réaliser de meilleures performances en résolution de problème.
Exemple de canevas proposé par un groupe délèves professeurs pendant cette activité. Pour une résolution efficace des problèmes de physique et chimie, ce groupe propose lalgorithme suivant :
Lire attentivement tout lénoncé pour se situer dans le cours
Relire la première question
Rechercher dans lénoncé ce quon demande de calculer
Faire linventaire des lois et des formules du cours
En fonction des données, choisir les formules qui permettent de résoudre lexercice ou le problème
Faire dabord un calcul littéral jusquà la solution finale
Faire les applications numériques
Faire la même chose pour chaque question
Les efforts de rationalisation de la démarche de résolution de problème ainsi faits par les futurs enseignants révèlent des lacunes méthodologiques. En effet, dans ce canevas la référence est constituée par le cours et les questions posées dans lénoncé. La lecture de lénoncé na ici quune fonction de repérage dans le cours. Aucune allusion nest faite de manière explicite sur les phénomènes physico-chimiques qui sont au cur des exercices et problèmes posés aux élèves.
Litem 3 est très significatif: Rechercher dans lénoncé ce quon demande de calculer".
Les élèves sont ainsi dirigés vers des problèmes purement quantitatifs. Cest là une vision déformée de la réalité de la résolution de problème où les aspects qualitatifs sont déterminants.
Les solutions proposées aux élèves, en classe ou dans les corrigés des manuels scolaires et les annales dexercices, sont souvent truffées de non-dits. Des approximations et des hypothèses non explicitées sont souvent nécessaires à lélaboration dune solution à partir dun énoncé (Sall et al., 1998).
De manière générale, les activités pédagogiques de formation nous ont permis de faire un certain nombre d'observations qui allaient déclencher le processus de problématisation (Bachelard, 1938) de notre recherche.
I.1.2. Observations générales sur la pratique de formation décrite
La mise en uvre de cette pratique de formation en résolution de problème a conduit aux observations suivantes :
- les algorithmes à limage de celui analysé plus haut, du point de vue même des enseignants en formation, ne rendaient pas compte du processus de résolution lui-même. La préoccupation était surtout de donner des recettes à priori au lieu de développer des compétences à poser le problème et développer un raisonnement non linéaire pour trouver la solution.
- les élèves-professeurs, bien que titulaires d'une licence, d'une maîtrise et parfois d'un DEA (Diplôme d'Études Approfondies) en physique ou en chimie avaient tendance à manifester des comportements similaires à ceux des élèves du second cycle secondaire, face à la résolution de problème. Ainsi, les données particulières, notamment les données quantitatives et les résultats numériques attendus, inhibaient les capacités de lapprenant à sengager dans un processus de construction de solution, à partir des données qualitatives et des connaissances réactivées de manière pertinente.
- le rôle des phénomènes physico-chimiques dans l'élaboration des raisonnements pour résoudre les "problèmes ou exercices" ne semblait pas bien perçu par les stagiaires, malgré tout leur cursus scolaire où cette activité a toujours occupé une partie importante du temps d'enseignement/apprentissage. Quand on donne des consignes à lélève pour lamener à lire attentivement lénoncé, on ninsiste pas sur la nécessité didentifier les phénomènes en jeu. Les formules et les lois évoquées sont surtout celles du cours précédent et non celles qui interviennent effectivement dans létude des phénomènes identifiés.
- les élèves-professeurs arrivaient difficilement à émettre un discours structuré sur leurs activités connues en contexte scolaire comme étant "la résolution de problème".
- enfin la perception du concept de problème semblait surtout se référer à une des pratiques de référence qui caractérise le système d'enseignement des sciences : celle de l'enseignant évaluateur.
La première conclusion que nous avons tirée de ces observations empiriques était que les enseignants en formation ne percevaient pas la finalité des activités de résolution de problème. Mieux, les idées qu'ils avaient du problème et de la résolution de problème ne semblaient pas liées à la maîtrise des concepts scientifiques qui structurent la physique et la chimie.
Des discussions étaient organisées autour de ces observations avec les enseignants en formation et des recommandations étaient formulées sur la manière dont ce travail devait être organisé en classe pour permettre aux élèves d'en tirer le meilleur bénéfice, et à l'enseignant d'être efficace dans ses tâches d'encadrement.
Mais cette approche pédagogique de la résolution de problème a fini par montrer ses limites. Il nous apparaissait en effet, de plus en plus que, pour répondre avec pertinence à certaines questions des élèves-professeurs, et justifier les recommandations formulées, il fallait mettre en avant des concepts et des outils d'analyse plus élaborés, moins généraux et donc plus spécifiques à la discipline et plus particulièrement aux concepts de problème et de résolution de problème en physique et chimie.
Ce questionnement interne qui habitait le formateur praticien allait bientôt créer un besoin daller plus loin. Lidée de faire de la recherche en résolution de problème était née.
I.1.3. Des préoccupations du formateur à la motivation pour la recherche
Le cadre pédagogique se révélait ainsi trop étroit pour l'analyse des différentes observations permettant de fonder nos pratiques de formateur. La nécessité de faire prendre conscience aux futurs professeurs du fait que les idées quils ont du problème et de la résolution de problème, pourraient constituer un obstacle épistémologique à un encadrement efficace de leurs élèves commençait à simposer comme une tâche urgente. Mais un préalable à cette action de remédiation était de bien connaître les structures de ces idées, de les décrire avec des outils étalonnés, de voir linfluence de certaines variables indépendantes, et dans des cas spécifiques, par exemple au cours dune formation initiale denseignants, détudier les conditions de leur évolution .
C'est dans cette posture de questionnement et de recherche d'outils conceptuels que nous avons "rencontré" la littérature sur la didactique des sciences. Ce courant de recherche et d'action s'est particulièrement développé depuis bientôt une trentaine d'années, en Belgique (FUNDP, Namur; UCL, Louvain-La-Neuve), au Québec (Université de Montréal, et particulièrement en France (INRP-CNRS, LIRESPT, INRP-UNESCO) et en Suisse (LDES) (Gil-Perez, 1996; Giordan, 1998). Les Journées Internationales sur l'éducation scientifique dites " de Chamonix" de 1979 sont considérées par Giordan (1998) comme ayant eu un impact fondateur dans le développement du courant de la didactique des sciences. Nous reviendrons dans le cadre théorique spécifique sur lémergence et le développement de ce courant de recherche.
Les premières données fournies par cette littérature mettaient laccent sur limportance des idées premières de lélève sur le processus enseignement/apprentissage. Mieux, ces idées étaient dotées dune grande capacité de résistance même au niveau de personnes très qualifiées sur le plan scientifique, même lorsquelles exercent le métier denseignant. Pour les élèves ces idées pouvaient devenir de véritables obstacles à
lapprentissage (Viennot, 1978, 1988 ; Giordan et de Vecchi, 1987 ; Weil-Barais, 1993).
Une première question surgit à ce niveau de réflexion. Ces obstacles, avant de concerner les concepts disciplinaires déclaratifs, ninterviennent-ils pas aussi à propos de concepts plus généraux, tels que l'apprentissage, la science en tant que concept, l'évaluation ou la résolution de problème.
C'est cette dernière considération qui nous a inspiré l'idée d'adopter une approche constructiviste dans la manière d'aborder la résolution de problème avec les enseignants en formation. Les idées que les enseignants ont du processus de résolution de problème, qui se sont formées tout le long de leur cursus scolaire et universitaire, méritaient dêtre étudiées. La construction dun édifice, ici la didactique de la résolution de problème, nécessite la connaissance de létat du terrain pour éviter de sengager dans un travail de Sisyphe. La première étape dans la mise en oeuvre de cette approche consisterait donc à recueillir les conceptions des élèves-professeurs sur le problème et la résolution de problème: conception, problème et résolution de problème constituent ainsi les concepts centraux de cette recherche exploratoire.
Deux idées de base ont sous-tendu ce travail exploratoire :
Les conceptions des élèves-professeurs à propos de la résolution de problème sont centrées sur la situation de départ décrite par lénoncé et les résultats attendus.
Le processus de résolution nest pas suffisamment pris en compte dans les conceptions des élèves-professeurs.
Cest sur cette base que notre recherche exploratoire sest engagée.
I.2. La méthodologie de la recherche exploratoire
I.2.1. Loutil de recueil de données de la recherche exploratoire
Au moment de passer à la phase de recueil de données, des questions ont surgi, à propos de la méthodologie à adopter. Fallait-il construire un questionnaire et sur quelles bases ? Comment faire pour recueillir les conceptions des enseignants en formation de la manière la plus spontanée possible ? Comment formuler la question de manière accessible pour ces étudiants qui ne possèdent pas encore les concepts de base des sciences de l'éducation ?
Nous avons finalement opté pour un questionnaire réduit à une seule question ouverte pour recueillir les idées des enseignants à propos du problème et de la résolution de problème de manière aussi spontanée que possible.
La question était libellée comme suit :
"Au cours de votre cursus scolaire (enseignements reçus, contrôle continu, compositions, examens, concours) ou dans la vie de tous les jours, vous avez souvent utilisé ou entendu utiliser le mot "problème" . Donnez une définition dun problème.
I.2.2. Léchantillonnage et le dispositif de recueil de données
Pendant quatre années (1991-1992 --> 1994-1995) cette question était posée aux élèves-professeurs du Département de Physique et Chimie et du Département de Mathématiques, dès le début de la formation.
Il faut signaler que pour la première année seuls les élèves-professeurs de physique et chimie avaient été interrogés. Les réponses étaient recueillies et classées. Pour les étudiants de physique et chimie, la question était posée juste avant le début du module "Résolution de problème et méthodologie des travaux dirigés".
Pour les étudiants de mathématique, l'administration du questionnaire était faite dans une plage horaire quelconque suivant les disponibilités offertes par les formateurs.
Nous avons ainsi recueilli sur les quatre années, 157 définitions du concept de problème. La répartition des réponses suivant les strates définies par deux critères (discipline : deux modalités ; année universitaire : quatre modalités) est résumée dans le tableau suivant :
Tableau 4 : Echantillon des sujets interrogés
Discipline ------>Physique et chimieMathématiquesTotalAnnées1991-1992200201992-19932138591993-19942531561994-199514822Total8077157
On voit ainsi que l'échantillon est pratiquement constitué à parts égales de stagiaires de mathématiques et de physique et chimie. L'essentiel de l'échantillon de mathématiques a été constitué en deux ans (1992-1993 et 1993-1994). Nous avons ainsi constitué une base de données susceptible dêtre enrichie dannée en année.
I.2.3. Traitement des données recueillies
La nature des données recueillies ( des définitions fournies par des enseignants en formation) impose un traitement à plusieurs niveaux : un traitement qualitatif fait à partir dune grille danalyse établie sur la base dindicateurs, et un traitement quantitatif sur des variables numériques créées à partir de ces indicateurs.
I.2.3.1. Elaboration dune grille danalyse
Pour faire une analyse de contenu de ces données, deux méthodes étaient à notre disposition : analyser les contenus des discours libres des enseignants à partir d'une grille établie à priori, ou induire une grille à partir des contenus manifestes (Bardin,
1977 ; L'Ecuyer : 1987 ; Jonnaert : 1996). Nous avons combiné ces deux approches.
Nous avons d'abord fait une lecture libre de l'ensemble des réponses avec prise de notes sur les aspects saillants se dégageant du discours des enseignants.
Cette phase nous a permis de constater de manière empirique que les définitions proposées répondaient au moins à une question sous-jacente. Nous avons explicité ces questions. Les résultats de cette explicitation sont donnés par le schéma 1 suivant :
Schéma 1 : Identification et classification des indicateurs
Chacune de ces questions sous-jacentes sera illustrée par un exemple de définition tiré de la banque de données des 157 définitions. Nous préciserons à chaque fois la spécialité du sujet (Physique et Chimie, PC ou Mathématiques , Math) et lannée de recueil de la définition. Naturellement, une même définition peut contenir des réponses à plusieurs questions.
Question sous-jacente 1
* un problème, c'est quoi ? (ce qui renvoie à la situation de départ)
Exemple 1:
situation nouvelle à laquelle on est confronté et que lon cherche à résoudre
(PC, 1992)
Pour ce sujet, un problème cest dabord une situation nouvelle. Cet exemple est assez intéressant, puisquil introduit déjà le concept de nouveauté que lon retrouvera comme critère principal dans la typologie de DHainaut développée par Roegiers(1993).
Question sous-jacente 2
*un problème, pour quoi ? (ce qui renvoie à la finalité du problème)
Exemple 2:
un problème est un moyen de contrôle ou dévaluation des connaissances acquises en classe (Math, 1995)
Cette définition renvoie à une finalité dévaluation. Cest une vision purement scolaire ce qui correspond à lusage le plus courant du problème dans lenseignement des sciences.
Question sous-jacente 3
*un problème, quest-ce que je dois faire ? (ce qui renvoie à la tâche attendue)
Exemple 3:
une situation obscure, ambiguë, à laquelle il faut apporter clarté, lumière, autrement dit, cest un ensemble de questions auxquelles il faudra apporter des solutions précises, des réponses exactes. (PC, 1995)
Cette définition (Exemple 3 indique la nature de la tâche qui attend le sujet qui est confronté à un problème : il doit clarifier une situation, obscure , apporter une solution.
Question sous-jacente 4
un problème, comment le résoudre ? (ce qui renvoie au processus de résolution)
Exemple 4
une situation qui fait appel à une compilation de connaissances pour construire ou déduire des inconnues ou dautres connaissances (PC, 1993)
Cette définition met laccent sur le rôle des connaissances et sur un processus de traitement des connaissances tel que la déduction.
Question sous-jacente 5
un problème, qu'est-ce que je ressens, comment je dois être, quelle attitude ? (aspects affectifs et conatifs)
Exemple 5
un problème cest un phénomène ou une situation ou un procédé qui nest pas familier et dont la présence devant moi perturbe tous mes sens (PC, 1995)
Cette définition est très originale. Elle met laccent sur un état desprit qui est souvent passé sous silence. Les problèmes donnés aux élèves, du fait de leur utilisation comme outil dévaluation et de sélection sont chargés négativement et créent des perturbations psychologiques qui souvent inhibent les capacités des élèves à élaborer une démarche scientifique.
Cette démarche danalyse des définitions proposées par les enseignants va nous permettre de sélectionner des termes et expressions susceptibles de rendre compte de chacun des cinq aspects cités.
I.2.3.2. Identification et classification d'indicateurs
Nous avons ensuite fait une deuxième lecture orientée de l'ensemble des réponses. Nous avons ainsi constaté quon pouvait associer aux questions sous-jacentes des
termes ou des expressions qui pouvaient servir d'indicateurs. Cette opération est résumée dans le tableau suivant :
Tableau 5 : Association dindicateurs aux questions sous-jacentes
Questions sous-jacentes /DimensionsINDICATEURS
un problème c'est quoi ?- situation - informations - énoncé- libellé questions - hypothèse- un besoin- faits données texte - sujet- contraintes équation obstacle.
un problème, pour quoi ?- tester des connaissances - évaluer les élèves - permettre de comprendre - permettre aux élèves d'apprendre -développer des capacités d'apprentissage - mesurer le volume de connaissances - classer - critère d'insertion sociale.
- sanctionner - s'auto-évaluer - passer le temps - solliciter ses cellules grises - développer le sens du raisonnement - se préparer à faire face aux besoins de la vie pratique - développer le sens du raisonnement.
un problème, qu'est-ce que je dois faire ?- trouver une valeur numérique - répondre à une question - trouver
un lien, des connexions logiques entre des faits - expliquer un phénomène - élucider un énigme - surmonter une difficulté, un obstacle - créer un nouveau modèle théorique- satisfaire un besoin- trouver des moyens pour réaliser une action - donner un avis argumenté - appliquer un(des) critères, une(des) règles à une situation - apporter des issues heureuses à une situation - résoudre une équation - découvrir de nouvelles structures.
un problème, comment le résoudre ?
- utiliser des connaissances - utiliser des méthodes - raisonner, raisonnement - réfléchir, réflexion - effort intellectuel - ordonner - traiter, traitement- mettre en relation - utiliser des règles, des conventions - critiquer analyser élaborer simplifier comparer.
un problème, qu'est-ce que je ressens, quelle doit être mon attitude ?- difficile, difficulté - rude épreuve- ennui malaise - refus d'acceptation - obscur ambiguïté confus - conscience humaine - cas de conscience - fatigue l'esprit
- embarras, embarrassant - se débattre - se tirer d'affaire bloqué incapacité - perturbe les sens - contraintes, s'oppose au désir.
Le tableau 5 précédent montre le processus danalyse des définitions. Un énoncé est reconnu par le biais des indicateurs comme contenant la réponse à lune des questions sous-jacentes. Les indicateurs jouent donc le rôle de filtre. Comme indiqué plus haut, une même définition peut contenir la réponse à plusieurs questions sous-jacentes.
I.2.3.3 Création de variables
Les définitions fournies par les enseignants ne pouvaient pas servir de modalités de la variable « conception ». Les dimensions ainsi identifiées à partir d'indicateurs choisis sur les productions des élèves-professeurs vont nous permettre de concevoir la conception comme une macrovariable. A chacune de ces dimensions, nous associons une variable permettant d'indiquer si une définition proposée par un répondant, possède ou non un des indicateurs de la dimension. On obtient ainsi cinq variables V1, V2, V3, V4, V5, définies comme suit :
la situation de départ (Sd) : Elle contient l'ensemble des données de base, qualitatives et quantitatives contenues dans l'énoncé du problème. (Variable V1)
la finalité ou fonction du problème (Fi) : Cette variable rend compte de la prise en compte de la finalité sociale du problème dans les conceptions des enseignants et des apprenants. (Variable V2)
la représentation de la tâche (Rt) : Cette dimension rend compte de la place accordée à la nature de la tâche attendue de l'apprenant. Par exemple, le but à atteindre dans un problème classique de physique dans l'enseignement secondaire est de trouver une valeur numérique, établir des relations. En mathématique il est souvent question de résoudre une équation, c'est-à-dire trouver une ou plusieurs inconnues ou d'établir des relations. (Variable V3)
le processus de résolution (Pr) : Cette variable rend compte de la mesure dans laquelle les conditions, les compétences et les formes de traitement des connaissances mises en jeu dans la résolution de problème sont invoquées dans les conceptions.(Variable V4)
la composante affective (Ca) : La composante affective est une variable destinée à mesurer la part des attitudes et des sentiments associés à la situation de résolution de problème. (Variable V5).
Les tableaux suivants donnent les correspondances respectives entre dune part les questions sous-jacentes et les variables, et dautres parts entre les variables et les indicateurs qui leur sont associés.
Tableau 6 : Association questions sous-jacentes /variables créées
Questions sous-jacentesVariables crééesun problème, cest quoi ?situation de départ (Sd) V1un problème, pourquoi ?finalité (Fi) V2un problème, quest-ce que je dois faire ?représentation de la tâche (Rt) V3un problème, comment le résoudre ?Processus de résolution (Pr) V4un problème, quest-ce que je ressens, quelle doit -être mon attitudeComposante affective (Ca) V5
En associant les variables et les indicateurs on obtient à la page suivante le tableau 7, qui permet de décrire chaque variable.
Tableau 7 : description des variables à laide des indicateurs
Questions sous-jacentes / DimensionsINDICATEURSSituation de départ
(Sd) V1- situation - informations - énoncé- libellé questions - hypothèse- un besoin- faits données texte - sujet- contraintes équation - obstacleFinalité
(Fi) V2- tester des connaissances - évaluer les élèves - permettre de comprendre - permettre aux élèves d'apprendre -développer des capacités d'apprentissage - mesurer le volume de connaissances - classer - critère d'insertion sociale- sanctionner - s'auto-évaluer - passer le temps - solliciter ses cellules grises - développer le sens du raisonnement - se préparer à faire face aux besoins de la vie pratique - développer le sens du raisonnementReprésentation de la tâche
(Rt) V3- trouver une valeur numérique- répondre à une question - trouver un lien, des connexions logiques entre des faits - expliquer un phénomène - élucider un énigme - surmonter une difficulté, un obstacle - créer un nouveau modèle théorique
- satisfaire un besoin- trouver des moyens pour réaliser une action - donner un avis argumenté - appliquer un(des) critères, une(des) règles à une situation - apporter des issues heureuses à une situation - résoudre une équation - découvrir de nouvelles structuresProcessus de résolution
(Pr) V4- utiliser des connaissances - utiliser des méthodes - raisonner, raisonnement - réfléchir, réflexion - effort intellectuel - ordonner - traiter, traitement
- mettre en relation - utiliser des règles, des conventions - critiquer analyser élaborer simplifier - comparerComposante affective
(Ca) V5- difficile, difficulté - rude épreuve- ennui malaise - refus d'acceptation - obscur ambiguïté confus - conscience humaine - cas de conscience - fatigue l'esprit
- embarras, embarrassant - se débattre - se tirer d'affaire bloqué incapacité - perturbe les sens - contraintes, s'oppose au désir
Les définitions fournies par les enseignants en formation ont été analysées sur la base de cette grille. Certains aspects ont été exprimés par des termes légèrement différents, et il a fallu donc procéder à certains correctifs. Mais certaines tournures françaises bien qu'incorrectes ont été maintenues.
A la fin de cette étape, nous disposions ainsi d'une grille d'analyse des définitions s'appuyant sur des indicateurs qui sont des termes et expressions tirés du discours des enseignants.
I.2.3.4 Mesure des variables
Pour être mesurable une variable doit être opérationnalisée , cest-à-dire définie par l'opération qui permet de lui faire correspondre des modalités .
Celles-ci dépendent de la nature de la variable (Howell, 1998). Ces modalités constituent les résultats de l'opération de mesure.
Les variables que nous avons créées étant associées à des indicateurs, nous avons choisi d'en faire des variables dichotomiques. Dans chaque production fournie par un sujet, il y a deux possibilités :
- la définition fournie par le répondant contient un indicateur lié à une variable Vi; celle-ci prend alors la modalité 1(chiffre 1) ;
- la définition fournie par le répondant ne contient pas un indicateur associé à la variable Vi; alors celle-ci prend la modalité 0 (Chiffre Zéro).
Exemples dillustration de la mesure des variables :
A chaque définition on a associé un petit tableau à une ligne et cinq colonnes correspondant aux cinq variables V1,V2, V3, V4, V5.
Dans chacune des cases correspondant à une variable, il sagira dinscrire respectivement le chiffre 1 ou zéro (0) selon que la définition contient ou non un indicateur associé à la variable.
Nous allons illustrer cette démarche sur des définitions du concept de problème que nous avons tirées de notre banque de données.
Définition 1 : On l'utilise dans le langage courant pour signifier une difficulté ou un obstacle auquel l'individu est confronté. En pédagogie : Énoncé d'un exercice (long ou court ) pouvant faire l'objet d'un examen ou d'un test pour vérifier la compréhension d'une leçon.
Les termes ou expressions soulignés dans la définition correspondent à des indicateurs des variables :
difficulté : V5 (Ca) ; obstacle, énoncé : V1 (Sd) vérifier la compréhension : V2 (Fi)
La définition comporte des indicateurs correspondant aux variables V1, V2, V5 qui auront chacune, dans cette définition, la modalité 1.
La définition ne comporte pas dindicateurs correspondant aux variables V3 et V4. Ces variables auront, dans cette définition, la valeur zéro (0).
Ces résultats donnent le tableau de codage de cette définition comme suit :
V1 V2 V3 V4 V5
11001
Définition 2 : Une situation dans laquelle se trouve un individu ou bien une situation qu'on lui présente et à laquelle il propose une résolution.
Cette définition ne renferme que deux indicateurs : situation (V1) et propose une solution (V3). Doù le tableau de codage.
V1 V2 V3 V4 V5
10100
Définition 3 : Un agencement de données plus ou moins désordonné qui nécessite un traitement, un réarrangement pour le comprendre.
Les indicateurs repérés dans cette définition sont : données (V1) , nécessite un traitement (V3), pour comprendre (V2), ce qui donne le tableau de codage :
V1 V2 V3 V4 V5
11100
Pour tester la fiabilité de notre méthode de mesure, nous avons fourni à cinq (5) formateurs-chercheurs de lEcole Normale Supérieure de Dakar un échantillon de 20 définitions choisies au hasard sur la banque de données, le tableau associant les variables et leurs indicateurs respectifs, et lexplication du mode de codage.
Il sagissait dappliquer la méthode de laccord inter-juges aux définitions du concept de problème sur la base des indicateurs présentés en appliquant le mode de codage utilisé.
Le test a donné un accord inter-juges de 80%, ce qui est largement supérieur au taux de 75% souvent admis dans ce mode de validation.. Les écarts semblaient surtout liés à la manipulation des indicateurs de la variables V5. De plus il y a eu quelques hésitations entre les indicateurs des variables V3 et V4.
Mais les résultats du test nous ont semblé acceptables et le mode de codage a été par la suite appliqué par nos soins à lensemble des 157 définitions.
Le tableau de codage obtenu est un tableau à 5 colonnes et 157 lignes.
1.2.3.5. Traitements appliqués
Les valeurs prises par chacune des cinq variables pour chaque définition ont été ensuite cumulées. La somme obtenue est considérée comme « le poids » de chaque variable dans les conceptions des sujets interrogés à propos de résolution de problème.
Deux traitements ont été opérés sur les données transformées :
- on donnera le cumul des variables pour lensemble de léchantillon, puis le cumul de ces mêmes variables pour les deux sous-groupes distincts : les élèves-professeurs de physique et chimie et les élèves-professeurs de mathématiques. La représentation graphique des points cumulés en fonction de la variable permet de mettre en évidence la position relative des cinq dimensions les unes par rapport aux autres ;
le test CHI2 permettant de comparer les conceptions des élèves-professeurs de Mathématiques et ceux de physique et chimie.
I.3 Les résultats de la recherche exploratoire
Dans cette partie, après avoir présenté les résultats de la mesure des variables, nous les discuterons pour en tirer des enseignements.
I.3.1 Présentation des résultats
Notre échantillon étant constitué de 157 élèves-professeurs avec deux spécialités disciplinaires : physique et chimie (PC) et mathématiques (MATHS). Nous présenterons successivement les résultats densemble de léchantillon, les résultats du sous-groupe (PC) et les résultats du sous-groupe (MATHS)
1.3.1.1. Résultats densemble de léchantillon
Le tableau 8 suivant présente le cumul des points obtenus par chaque dimension :
Tableau 8 : Résultat du codage des données à partir des variables créées
DimensionsV1V2V3V4V5Cumul des points15234883244
On voit nettement que la dimension V1 (situation de départ, Sd) est la plus présente (152) dans les conceptions des élèves-professeurs, suivi de très loin par la dimension V3 (représentation de la tâche, Rt) avec 88 points. La dimension processus (Pr) est en dernière position avec 32 points suivie il est vrai de très près par la dimension V2 (Finalité, Fi). La dimension V5 (composante affective, Ca) vient en troisième position avec 44 points.
Ces résultats sont mis en évidence dans le graphe 1 suivant :
Graphe 1 : Positions relatives des dimensions extraites des définitions fournies par les 157 sujets.
EMBED Excel.Chart.8 \s
Légende : V1 = situation de départ (Sd) ; V2 = Finalité (Fi) V3 = Représentation de la tâche (Rt) ;
V4 = Processus de résolution (Pr) ; V5 = composante affective (Ca)
I.3.1.2. Résultats des sous-groupes « Physique et chimie » (PC) et « Mathématiques » (MATHS)
Tableau 9 : description des résultats par sous-groupes
DimensionsV1V2V3V4V5Cumul PC7720421621Cumul Maths7514461623
Les résultats des sous-groupes (PC) et (MATHS) reconduisent la hiérarchie établie entre les dimensions par les résultats densemble. La dimension V1 est toujours largement en tête et la dimension processus est toujours en dernière position. Les graphes 2 et 3 suivants mettent bien en évidence ces résultats.
Graphe 2 et Graphe 3 : résultats des sous groupe PC et Maths
EMBED Excel.Chart.8 \s
EMBED Excel.Chart.8 \s
On voit bien que les deux sous-groupes PC et MATHS ont une structure analogue, ce qui sera confirmé par le test du CHI2
1.3.1.3. Confirmation de la similitude des sous groupes (PC) et (MATHS) par le test du CHI2
La méthode du CHI2 a été appliquée aux résultats obtenus à partir d' effectifs cumulés d' étudiants en Mathématiques (effectif : 77) et en physique et chimie (effectif: 80). Elle
montre (degré de liberté dl = 4 ; CHI2 = 1, 32 ) , qu' il n' y a pas de différence significative entre les conceptions des deux types d'étudiants, même avec une probabilité d'erreur inférieure ou égale à 0, 005.
I.3.2. Discussion des résultats
Les résultats montrent que les conceptions des élèves professeurs sont marquées par un accent mis sur la situation de départ (Sd, V1) et la représentation de la tâche
(Rt, V3). La référence au processus de résolution (Pr, V4) est rangée à la dernière place ainsi que la finalité ou fonction du problème (Fi, V2). Les aspects affectifs (Ca, V5) viennent à chaque fois en troisième position. En réalité la différence entre les variables V2,V4,V5 n'est guère significative.
Ces résultats suggèrent l'hypothèse selon laquelle les conceptions des professeurs en formation se concentrent sur les données du problème au détriment de la perception du rôle de l'activité de résolution de problème et surtout du processus lui-même.
La faiblesse de la fréquence obtenue par la variable V2 (Fi) indique clairement le manque de sensibilité des élèves-professeurs à la finalité des activités de résolution de problème.
Les résultats graphiques obtenus révèlent également de manière nette une structure pratiquement identique des conceptions des élèves-professeurs de Mathématiques et de Physique et Chimie, quelque soit l'année d'investigation considérée, ce qui confirme les résultats du test du CHI2.
Le fait que ce résultat soit le même pour élèves-professeurs de Maths et de physique et chimie nous semble également intéressant. La structure de ces conceptions pourrait ne pas dépendre de la discipline scientifique et être une donnée des systèmes scolaires. Les mêmes pratiques de résolution de problème conduiraient à des résultats analogues dune discipline à une autre. Mais pour pouvoir faire des comparaisons de manière valide dune discipline à une autre, il faut être en mesure de décrire avec plus de précision ces conceptions.
Cependant, il est possible de considérer comme une hypothèse plausible que les conceptions des élèves-professeurs à propos de la résolution de problème sont centrées sur la situation de départ (Sd) et la représentation de la tâche (Rt). Il nest peut-être pas inutile de remarquer à ce niveau que léchantillon est constitué délèves-professeurs qui viennent de finir leurs études universitaires et sont encore très marqués par leurs pratiques détudiants.
Les situations de résolution de problème seraient pour eux des situations dans lesquelles ils sont astreints à des tâches dont ils ne se soucieraient pas de la finalité. Celle-ci est évidente pour eux : il sagit davoir la note qui permet davoir le certificat recherché ou le passage en année supérieure. La troisième place occupée par la dimension composante affective (Ca) complète ce « tableau universitaire » connue pour limportance du stress au moment des évaluations. De nombreuses recherches sur lenseignement universitaire (Sall, 1983), ont montré limportance du stress et de lestime de soi dans les performances des étudiants dans le système universitaire.
Cette prudence dans linterprétation des résultats de la recherche exploratoire est liée aux limites des outils et méthodes utilisés dans le cadre de cette phase exploratoire. Nous allons à présent mettre en évidence ces limites.
I.4. Les limites de la recherche exploratoire
Les limites de notre recherche exploratoire sont à la fois dordre théorique et méthodologique.
I.4.1 Sur le plan théorique
Les concepts de problème et de résolution de problème ne sont pas de simples outils pédagogiques, malgré leur usage courant dans le discours scolaire. Ils sont au centre de la théorie de la connaissance. La recherche exploratoire avait des ambitions limitées sur le plan théorique. Ces limites restreignent ainsi linterprétation des résultats obtenus.
On peut par exemple se demander ce que recouvre le concept de situation de départ. Se limite-t-elle simplement à lénoncé, ou ne faudrait-il pas inclure létat des connaissances de lapprenant et le contexte de résolution de problème ? Ce sont là des
questions qui ne trouveront réponse que dans un cadre conceptuel plus approfondi. Un axe central de lapprofondissement théorique serait de présenter les différents concepts dans les paradigmes qui ont tenté de modéliser les processus éducatifs. Cet approfondissement théorique devra cependant être renforcé du point de vue empirique par des exemples dillustration, par des situations-problèmes dans le cadre de la physique et de la chimie.
Plusieurs questions surgissent à cette étape :
- quest-ce quun problème ?
- quels types de problèmes sont généralement posés, en contexte scolaire ou au-delà ?
- les réponses aux questions précédentes sont-elles les mêmes selon que lapproche est dordre philosophique, psychologique, ou didactique (recherche), ou pédagogique (un enseignant dans sa classe) ?
- quelles sont les théories qui sous-tendent la formulation de ces réponses ?
- quelle est la nature du processus de résolution de problème selon les différentes approches théoriques ?
Cest là autant de questions qui ne trouvent pas de réponse dans le cadre de la recherche exploratoire. Ces limites théoriques rejaillissent naturellement sur les aspects méthodologiques.
1.4.2. Sur le plan méthodologique
Loutil de recherche constitué dun questionnaire réduit à une question ouverte constitue à lui seul une limitation dans le recueil de données.
La forme de lunique question ouverte peut fonctionner comme un piège pour les sujets. Etant habitués à des définitions de type essentiel basées sur des substantifs, ils ont pu avoir tendance à utiliser à chaque fois les termes comme « situation » ou « état » dans leurs productions, ce qui a pu favoriser par exemple « la situation de départ ». Il nest donc pas prudent de considérer qu'une dimension telle que le « processus de résolution » soit aussi marginale dans les conceptions des élèves-professeurs.
Sur le plan du traitement, malgré laccord inter-juge obtenu, la manipulation des indicateurs lors de la mesure des variables ne sest pas faite sans quelques dilemmes. Par exemple le terme « difficulté » qui est souvent revenu dans les définitions est assez ambigu. Il peut revêtir un aspect cognitif, mais il contient également une charge
affective.
La méthode de traitement, malgré son originalité et son caractère pratique ne fournit pas des informations fines sur les idées des enseignants à propos du problème et de la résolution de problème.
La méthodologie de la recherche devra donc être mieux articulée avec la partie théorique. Par exemple une option purement constructiviste aura des conséquences sur la démarche et les outils de la recherche. On pourrait par exemple placer le sujet dans une situation qui lui permet de faire des discriminations entre plusieurs idées, ce qui permettrait de reconstituer plus fidèlement sa pensée.
Cest ainsi quil nous semble quun mode d'échantillonnage permettant de prendre en charge certaines caractéristiques des populations-cibles doit être mis en uvre, et cela en vue éventuellement de pouvoir étudier déventuelles variables pertinentes par rapport aux conceptions de la résolution de problème.
Ainsi, un questionnaire plus fouillé, mettant le répondant en situation de construction de sa conception de la résolution de problème, devra être élaboré.
Enfin les traitements appliqués aux données devront être affinés pour tirer profit de la masse dinformations qui seront recueillies.
Malgré ses limites théoriques et méthodologiques, la recherche exploratoire nous a fourni une banque de données pour construire une problématique pertinente sur les conceptions des enseignants à propos de la résolution de problème. Elle nous a également permis de nous situer par rapport aux exigences du processus de recherche en éducation.
I.4.3 La nécessité d'une plus grande conceptualisation
Dans la perspective d'une recherche plus approfondie, la nécessité d'aller vers une conceptualisation plus poussée s'impose à nous, à cette étape de notre recherche. En effet il apparaît clairement que la résolution de problème articulée avec les conceptions mobilisent plusieurs champs théoriques qu'il faudra visiter avec plus de précision.
C'est d'ailleurs là une des caractéristiques de la recherche en didactique, une discipline
emprunteuse par nature (Giordan, 1998). La nécessité de se situer par rapport à plusieurs champs théoriques ne doit cependant pas faire perdre de vue notre encrage dans la didactique de deux disciplines scolaires en interaction, la physique et la chimie.
Si la confection dun outil de recueil de données plus élaboré savère nécessaire, lidentification ou lélaboration dune méthode de traitement de ces données est également une autre exigence, surtout dans une perspective heuristique visant à établir des liens entre les conceptions à propos de la résolution de problème et certaines variables indépendantes telles que les caractéristiques professionnelles des enseignants.
Il nous faut redéfinir un nouveau cadre théorique qui permettra ensuite de reposer la problématique des conceptions des enseignants de manière plus explicite. Cest lobjet des deux prochains chapitres.
PREMIERE PARTIE
CHAPITRE II : CADRE THEORIQUE
II.1. Introduction au cadre theorique
Toute recherche qui ambitionne de se hisser à un niveau scientifique doit être menée dans un cadre théorique explicite. Ce cadre théorique permet en effet de préciser le sens donné aux concepts manipulés. Il assure une lisibilité du texte tout en permettant une articulation entre les différentes parties, de manière à faire du travail un ensemble cohérent, permettant ainsi une interprétation pertinente des données recueillies. Cest une des conditions à remplir pour partager les résultats avec la communauté scientifique. Popper (1973) parlerait de la condition de falsifiabilité.
Ainsi, après avoir justifié notre démarche, nous passerons en revue les champs théoriques qui ont analysé les processus, les phénomènes et les concepts en jeu dans notre recherche.
Dans cette perspective, la revue de la littérature nous a montré que la résolution de problème, dans le cadre de lenseignement et lapprentissage de la physique et de la chimie, convoque au moins deux champs théoriques qui interfèrent dans lanalyse des processus éducatifs : la psychologie, et lépistémologie des sciences. Ces deux domaines de connaissance seront donc revisités en rapport avec la résolution de problème en général, en physique et chimie en particulier.
Mais de manière plus spécifique, notre recherche sinscrit dans le champ de la didactique de la physique et de la chimie. Ainsi, aussi bien au niveau théorique quau niveau de la recherche, le point sera fait, dans le but de préciser lobjet de notre recherche, et de justifier notre démarche méthodologique. Le cadre théorique, notamment son volet spécifique, permettra de bien camper la recherche dans le champ de la didactique de la physique et de la chimie, et plus particulièrement sous langle de la résolution de problème.
II.2. CADRE THÉORIQUE GÉNÉRAL
II.2.1. Justification du cadre théorique général
La résolution de problème peut être décrite comme une activité cognitive finalisée, cest-à-dire au service dune tâche à effectuer dans une situation donnée (Richard, 1990). Elle fait appel à une activité psychique et à des processus intellectuels mettant en jeu des connaissances. Celles-ci sont également acquises ou construites par le biais de processus intellectuels antérieurs. Notre recherche sintéressera donc à lanalyse de ces processus à travers les différents courants psychologiques les plus pertinents qui se sont intéressés aux phénomènes éducatifs en général.
La résolution de problème peut ainsi être abordée sous langle psychologique, en relation avec les processus dacquisition ou mieux, de construction du savoir scientifique. Cest pour cette raison que les activités de résolution de problème sont très valorisées dans les activités scolaires destinées à guider lapprentissage ou à évaluer les acquisitions des élèves. Ceci est particulièrement vrai pour les disciplines scientifiques telles que les mathématiques, la physique et la chimie.
Cet angle dattaque met ainsi en avant un ensemble de concepts qu'il nous faudra passer en revue: enseignement, apprentissage, connaissances, problème, résolution de problème. Certains concepts sont naturellement articulés avec dautres concepts pour en structurer le champ sémantique ou en préciser le contexte pragmatique.
Lenseignement étant indissociable de lapprentissage, le cadre théorique devra expliciter linteraction entre ces deux concepts dans leur rapport avec la résolution de problème.
Ces interactions mettant en jeu des connaissances en amont comme en aval, le cadre théorique devra également prendre en charge la question des connaissances, de leurs modes d'acquisition, de stockage et de transformation, et de leur utilisation dans le processus de résolution de problème.
Il apparaît ainsi indispensable, pour fonder notre recherche, tant du point de vue théorique que méthodologique, de revisiter les concepts-clés ainsi identifiés à la lumière des théories de la connaissance et du comportement humain, cest-à-dire des théories psychologiques, mais en y adjoignant au besoin un éclairage épistémologique.
Cependant, compte tenu des interactions complexes entre ces courants, notre démarche ne sera pas linéaire. La revue des concepts dépendra des cadres théoriques revisités et de la place accordée dans ces courants aux concepts clés de notre recherche.
En cela, nous tiendrons compte de la réalité éducative. Celle-là nous révèle que les activités éducatives sont au carrefour de fondements multiples. Ceux-ci, explicités ou non, déterminent des choix, des prises de décision, des stratégies, des méthodes et des innovations. La psychologie occupe une place privilégiée parmi les nombreux fondements du champ éducatif.
Depuis lémergence au 15ème siècle du néologisme « psychologie » attribué à lAllemand Mélanchton pour désigner létude de lâme et de lactivité mentale, jusquà laccès au statut de science, la psychologie a eu pour objet une question centrale : pourquoi lêtre humain agit-il comme il le fait ? (Raynal et Rieunier, 1997).
Pour répondre à cette question-clé, divers points de vue et approches se sont succédés, ou ont cohabité. Une analyse chronologique des différentes approches psychologiques savère donc difficile, surtout si on prend en compte le point de vue de Popper (1973) sur la logique de la découverte scientifique: la présentation à posteriori des « découvertes » scientifiques correspond rarement à la chronologie de leur avènement.
Il est donc indispensable, dans le cadre de cette recherche, de disposer dune grille de lecture explicite de ces différentes approches psychologiques.
Dans cette perspective,.Gagné (1985) décrit le champ de la psychologie dans un espace à deux dimensions croisant des niveaux danalyse et des types de comportement. Les comportements selon Gagné, ont trois modalités : le comportement social, le comportement intellectuel, le comportement psychomoteur. Ces comportements sont croisés avec deux niveaux danalyse : le niveau cognitif et le niveau affectif.
Nous proposons dajouter comme troisième niveau danalyse, le niveau psychomoteur. On obtient ainsi un tableau à double entrée symétrique. Le croisement de chaque niveau danalyse avec un type de comportement permet de délimiter un objet du champ de la psychologie. Le tableau suivant permet de décrire lespace psychologique selon Gagné(1985) , élargi au troisième niveau danalyse que nous avons introduit.
Tableau 10 : description de lespace psychologique (adapté de Gagné, 1985)
Comportement socialComportement intellectuelComportement psychomoteurNiveau affectif123Niveau cognitif456Niveau psychomoteur789
La première colonne du tableau donne différents niveaux danalyse, alors que la première ligne spécifie les types de comportement. Ainsi chaque case correspondant à un numéro permet de définir une approche psychologique.
Par exemple, la case 1 croise le niveau affectif et le comportement social. Cette case définit ainsi la partie de la psychologie qui sintéresse aux interactions entre les comportements au sein dun groupe et laffectivité. Elle constitue en elle-même un cadre problématique implicite. Elle permet par exemple de poser un certain nombre de questions :
- Comment laffectivité des individus peut-elle influer sur le fonctionnement dun groupe ?
- Les groupes peuvent-ils être caractérisés par des comportements affectifs spécifiques ?
La case 5 quant à elle met en relation le niveau danalyse cognitif et le comportement intellectuel. Comme nous le verrons plus loin, cette case permet de définir le champ de la psychologie cognitive.
Il faut souligner tout de suite que du fait de la globalité du comportement humain, cette décomposition ne met en évidence que des cas limites. Lanalyse la plus complète du comportement humain devra certainement faire appel à plusieurs niveaux.
De manière plus opérationnelle Tardif (1992) définit trois courants psychologiques : la psychologie béhavioriste, la psychologie humaniste et la psychologie cognitive. Ces différents courants psychologiques identifiés par Tardif (1992) sintègrent parfaitement dans lespace proposé par Gagné(1985). Cest ainsi que la psychologie béhavioriste est au croisement du niveau danalyse psychomoteur et du comportement intellectuel. La psychologie humaniste sintéresse au comportement intellectuel analysé sous langle affectif. Quand à la psychologie cognitive, elle croise le comportement intellectuel et le niveau danalyse cognitif.
Cependant, malgré leur caractère opérationnel, les grilles de lecture du champ psychologique ne rendent compte que de manière partielle, de la diversité et de limbrication des différents démembrements de la psychologie telle quelle nous apparaît aujourdhui.
La revue de la littérature nous a permis, malgré la complexité soulignée plus haut, didentifier une constante dans les méta-analyses du champ de la psychologie en relation avec léducation : la dichotomie entre le béhaviorisme et le cognitivisme. Entre ces deux pôles constituant des cas limites, plusieurs courants transitoires se sont naturellement développés.
Si le béhaviorisme se caractérise par une relative homogénéité, par contre le cognitivisme sest rapidement partagé entre le constructivisme et le modèle du traitement de linformation. Cette partie du cognitivisme est souvent désignée par lexpression « psychologie cognitive », ce qui ne facilite pas une bonne lisibilité du champ de la psychologie chez le lecteur non averti.
Puis la cognition, après avoir été confinée dans une perspective individuelle se voulant purement objective, sest enrichie progressivement des dimensions affective et sociale ouvrant la voie à de nombreux courants. Le modèle de base restait cependant essentiellement « computationniste », sappuyant sur larchitecture informatique « de type Von Neumann » mettant en avant la représentation symbolique (Tisseau, 1996).
Mais de nos jours, la question de la cognition est abordée de plus en plus dans une perspective connexionniste associée à une intégration de plusieurs angles danalyse dans une sorte de « galaxie » cognitiviste appelée sciences cognitives.
Après avoir passé en revue lévolution de ces courants psychologiques dans leurs rapports avec léducation en général, nous mettrons en évidence le fait quau-delà des diversités dapproche, le cadre théorique peut être ramené à une dichotomie entre le béhaviorisme et le constructivisme sous langle psychologique ou dun point de vue épistémologique (Astolfi, 2001).
II.2.2. Le béhaviorisme
Dans cette partie seront présentées successivement, les bases théoriques du béhaviorisme, ses applications à léducation de manière générale et ses limites dans le contexte de lenseignement de la physique et de la chimie.
II.2.2.1. Les bases théoriques du béhaviorisme
Le béhaviorisme est une théorie psychologique héritière dune vieille doctrine philosophique axée sur la vie mentale : lassociationnisme. Fondé par Aristote, lassociationnisme a été ensuite réactualisé par John Locke et David Hume au 17ème siècle, puis par Stuart Mill au 19ème siècle (Raynal et Rieuner, 1997). Pour ces philosophes, la vie mentale est constituée de deux éléments premiers issus des sensations : les idées et les images. La doctrine de lassociationnisme considère que la vie mentale est régie par les lois de lassociation de ces deux éléments, doù son nom.
Létude des rapports de ressemblance, de contiguïté ou dopposition entre les idées et les images constitue lobjet de lassociationnisme, que lon désigne aussi sous le nom datomisme. Le principal moyen dinvestigation de la psychologie conçue comme létude de la vie mentale est lintrospection.
Mais au début du 20ème siècle, un nouveau courant a repris la notion dassociation, en la séparant de celle didée, élément non observable, pour établir le schéma S/R (association stimulus/réponse) : cest le béhaviorisme.
Le courant béhavioriste doit beaucoup aux travaux de Fechner (1860), physicien et philosophe allemand, qui entreprit dans les années 1860-1880, des expériences de psychophysique pour étudier les sensations.
Pour contourner les difficultés liées à la mesure des sensations, Fechner se contente de fixer lintensité de lexcitant et de noter le moment dapparition de la sensation. Fechner venait ainsi de mettre au point une démarche expérimentale permettant détudier des comportements sans faire appel à lintrospection. Il sest contenté de proposer différents stimuli et dobserver les réponses.
Fechner considère alors lindividu comme une boîte noire, dont il ignore le fonctionnement. Mais constatant quen proposant des stimuli particuliers à lentrée, il obtient toujours les mêmes résultats à la sortie, il conclue quil peut parfaitement prévoir certains comportements.
Les expériences de Fechner sont connues et bientôt des psychologues (Thorndike et Watson ) proposent de faire du comportement observable lobjet unique de la psychologie.
Watson ( 1924) est généralement présenté comme le « père » du béhaviorisme. Son article publié en 1913 est en effet considéré comme le manifeste de cette nouvelle école psychologique.
Watson sinsurge contre les pratiques de lintrospection et affirme que la psychologie ne doit pas être la science de la vie mentale, mais la science du comportement. (« behaviour » en anglais). Lobjet de la psychologie devient alors le comportement observable des individus et non létude des idées, des motivations, des états de conscience, des sensations et éléments internes que le psychologue devrait, selon Watson sinterdire, désormais, détudier.
Par ailleurs, le béhaviorisme nétudie pas le comportement comme une entité isolée. Par essence associationniste, le béhaviorisme sintéresse au comportement dans sa relation avec lenvironnement, cest-à-dire un ensemble de faits qui peuvent influencer ou déterminer la conduite du sujet observé. Lenvironnement étant comme le comportement, une réalité complexe, lobservateur sattachera à y discerner certaines composantes. Les composantes de lenvironnement que le psychologue sefforce disoler pour en déterminer les effets sont appelés stimuli (Houziaux, 1972).
Du point de vue méthodologique et afin de quantifier les données de lobservation expérimentale, on choisira des stimuli mesurables (en intensité, en fréquence), donnant lieu eux-mêmes à des réponses mesurables (par leur intensité, leur latence ou temps de réponse, leur fréquence, leur durée, leur résistance à lextinction (persistance du comportement après la disparition du stimulus).
La psychologie conquiert enfin un statut de discipline « scientifique ». Malheureusement elle allait ignorer, pendant un quart de siècle, deux caractéristiques importantes du comportement humain : lorientation vers un but, et lintentionnalité.
Dans ce courant du béhaviorisme radical de Watson, lindividu nest quune boîte noire et les concepts de stimulus, réponse, renforcement deviennent les éléments clés de lexplication du comportement humain.
Watson (1924) argumente sur un ton sarcastique en faveur du béhaviorisme en sattaquant avec vigueur aux tenants de la psychanalyse :
« La conscience, oui, tout le monde doit savoir ce quest la conscience !
Quand nous voulons faire quelque chose, quand nous avons lintention de faire quelque chose, ou quand nous désirons faire quelque chose, nous sommes conscients. Tous les chercheurs en psychologie introspective sont illogiques. En dautres termes, ils ne disent pas ce quest la conscience, mais commencent par mettre des choses dedans à laide de suppositions ; ensuite, lorsquils entreprennent danalyser la conscience, ils y trouvent naturellement ce quils y ont mis » ( p.191).
Cependant, même si Watson est considéré comme le « père » du béhaviorisme, Thorndike avant lui, avait déjà préconisé que la psychologie se limitât à létude du comportement observable, faisant abstraction de toute hypothèse sur le comportement mental, considéré comme inaccessible.
Les travaux de Thorndike entamés en 1898 sur lintelligence animale (travaux sur les chats), lui ont permis de formuler en 1908 la loi qui le rendit célèbre : la loi de leffet. La première version de cette loi sénonce ainsi (Lutrin, 1971) :
« Tout comportement qui conduit à un état satisfaisant de lorganisme à tendance à se reproduire ; tout comportement qui conduit à un état insatisfaisant de lorganisme a tendance à séteindre » (pp.242-239).
Mais sous lépreuve des faits, dans certains cas, des comportements renforcés négativement peuvent réapparaître, Thorndike se voit obligé de reformuler cette loi. La loi de leffet sénonce alors comme suit (Lutrin, 1971): « tout comportement qui conduit à un état satisfaisant de lorganisme a tendance à se reproduire »(pp.242-239).
Malgré limportance des contributions de Thorndike et Watson, Skinner ( 1938) fut le représentant le plus célèbre et le plus important du courant béhavioriste aux Etats Unis et dans le monde, par son influence sur léducation.
Sinspirant des travaux de Thorndike sur les chats, Skinner conduit dans la période 1930-1940 plusieurs séries dexpériences sur les rats. Utilisant comme tout béhavioriste la chaîne « stimulus/réponse/renforcement », il met au point expérimentalement le concept de conditionnement opérant, qui se distingue ainsi du conditionnement répondant de Pavlov (ou conditionnement pavlovien). Conditionner au sens psychologique, cest établir un comportement nouveau chez lhomme ou chez lanimal. Skinner conditionne un comportement volontaire (appuyer sur un levier pour obtenir de la nourriture) alors que Pavlov conditionne un réflexe (la salivation).
Lutilisation du conditionnement opérant, a permis à Skinner dobtenir des animaux des comportements étonnants, comme par exemple les pigeons qui jouent au ping-pong
Skinner retrouve avec le conditionnement opérant les mêmes phénomènes quavec le conditionnement répondant de Pavlov : discrimination, extinction, généralisation.
Fort de ce succès avec les animaux, Skinner passe ensuite à lexpérimentation sur lhomme. Il postule que les lois valables pour lanimal sont également valables pour lhomme. Skinner imagine alors pour lêtre humain, une méthode denseignement qui appliquerait les mêmes principes : cest la création de lenseignement programmé (Houziaux, 1972).
Le béhaviorisme allait par la suite exercer une grande influence sur les systèmes éducatifs.
II.2.2.2. Béhaviorisme et éducation
Le paradigme béhavioriste a eu et continue davoir une grande influence dans le domaine de léducation et de la formation. Cette influence sest manifestée dans la conception de lenseignement et de lapprentissage (modèles pédagogique de type algorithmique, enseignement programmé), dans les stratégies de conception et de mise en uvre des projets éducatifs (structuration des contenus, définition dobjectifs, élaboration de taxonomies, évaluation ), dans la formation des enseignants par le micro-enseignement (Wagner, 1988; Altet et Britten, 1983).
II.2.2.2.1. Béhaviorisme, enseignement , apprentissage
L'apprentissage, au sens béhavioriste consiste à sexercer à associer la réponse adéquate (R) à un stimulus (S) donné. A partir d'expériences menées dans des conditions contrôlées, des lois de l'apprentissage ont été établies : les lois du renforcement et du conditionnement.
Lapprentissage au sens béhavioriste met en évidence la nature associationniste de cette approche. En effet les comportements souhaités sont, pour les besoins de leur acquisition par lapprenant, associés à des contextes spécifiques destinés à favoriser leur manifestation.
Les connaissances au sens béhavioriste sont constituées par l'ensemble des réponses adéquates dont dispose un sujet face à des stimuli spécifiques. Le renforcement et le conditionnement sont destinés à permettre au sujet lacquisition dune batterie de réponses appropriées à des stimuli. Cela explique les deux caractéristiques des connaissances au sens béhavioriste: elles sont cumulatives et même quand elles sont complexes on peut les décomposer en éléments simples.
Ainsi un problème au sens béhavioriste est posé à un individu lorsqu'il doit trouver la réponse (R) adaptée à un stimulus (S) donné. Dès lors la résolution de problème consiste en la sélection par le sujet, parmi les réponses dont il dispose, d'une réponse adaptée au stimulus présenté. La résolution de problème dans ce courant n'est que le prolongement de l'apprentissage (Shepard, 1966; Joshua et Dupin, 1993).
Mais cette vision peut-elle prendre en charge les tâches complexes ?
Dans létude de ces tâches complexes, les béhavioristes ont été obligés d'envisager un enchaînement de séquences S-------( R. On retrouve là le principe de décomposition du complexe en éléments simples. Mais lorsquon cherche à justifier leur enchaînement et leur régulation on est obligé de s'intéresser aux processus mentaux, et même dintroduire une hiérarchie. Cest là une des limites du béhaviorisme (Kleinmuntz, 1965).
Malgré le caractère simpliste de cette approche telle qu'elle peut nous apparaître aujourd'hui, le béhaviorisme a dominé la psychologie sur une période dun demi-siècle (1920-1970). Il a eu cependant et continue d'avoir une influence réelle sur les systèmes éducatifs, parfois à linsu des utilisateurs de méthodes ou techniques dans la conception et la mise en uvre de projets éducatifs. (Baars, 1986).
En effet, de nombreux systèmes taxonomiques élaborés à la suite de celui de Bloom (1969), et des modèles variés d'inspiration béhavioriste, ont été à l'origine de techniques et d'approches pédagogiques encore en vigueur dans de nombreux pays, dans l'élaboration des curricula, dans l'enseignement (renforcement, feedback, enseignement programmé, enseignement modulaire, décomposition de certains titres universitaires en unités de valeurs cumulables), dans la formation des enseignants (pédagogie par objectifs : Hameline, 1979) ; dans la recherche en éducation encore dominée par le paradigme processus/produit renforcé par le développement de méthodes de traitements statistiques parfois très complexes.
Ainsi la taxonomie de Bloom dinspiration fortement béhavioriste (Bloom et al., 1956), et ses développements et adaptations ultérieurs ont particulièrement marqué la rénovation des programmes scolaires et les méthodes denseignement préconisées.
Dans sa taxonomie des objectifs cognitifs Bloom distingue trois(3) grandes catégories : la connaissance dinformations isolées, la connaissance des manières de traiter linformation et la connaissance de généralisations et de théories.
Chacune de ces grandes catégories de connaissances est subdivisée respectivement en deux, cinq et deux sous catégories. La classification de Bloom va ainsi de la connaissance des terminologies à celle des synthèses et des théories.
La nécessité de faire des observations et des mesures rigoureuses sur des comportements définis de manière à découvrir les principes et les lois sest traduite au niveau de la conception des curricula et dans lenseignement par un morcellement des tâches dapprentissage proposées aux apprenants.
Lenseignement programmé est peut-être la forme la plus achevée de cette approche de l'apprentissage (Houziaux, 1972).
II.2.2.2.2. Lenseignement programmé
Il existe deux grands types denseignement programmé : lenseignement programmé linéaire (Skinner) et lenseignement programmé ramifié (Crowder).
Skinner, après ses études sur lapprentissage animal, propose dans les années 50-60, de construire un cours qui respecte la plupart des lois de lapprentissage (plutôt des principes généraux) connues à cette époque :
la loi de lactivité de lapprenant
la loi de leffet (Thorndike)
la loi de la connaissance immédiate des résultats (renforcement)
la loi des petites étapes
Persuadé que si lon conçoit un cours de cette façon, les élèves apprendront presque sans sen apercevoir Skinner propose :
de diviser la difficulté en difficultés élémentaires (petites étapes),
de proposer peu dinformations à la fois (limiter le contenu)
de poser des questions visant à rendre lapprenant actif
de faire produire la bonne réponse afin que lapprenant soit en permanence renforcé positivement.
Skinner applique ainsi un principe central de ses positions théoriques : ne jamais provoquer derreurs chez lapprenant, car lerreur, pense-t-il est néfaste pour lapprentissage. Le statut de lerreur apparaîtra comme une différence fondamentale entre le béhaviorisme et le constructivisme.
En conséquence, un cours programmé au sens de Skinner nest jugé valable que si 90% des élèves auxquels il est destiné, répondent juste à 90% des questions. Tant que ce résultat nest pas atteint, il faut reprendre la conception du cours programmé, le tester, le modifier, le tester à nouveau, etc. Ce module de cours programmé est linéaire car on ne peut passer à la question suivante (à litem suivant) sans avoir répondu à celle qui la précède. Lerreur pour Skinner étant néfaste, le cours programmé doit être construit en conséquence. Avec le cours programmé linéaire nous sommes bien sûr dans le droit fil de la philosophie béhavioriste.
Crowder (1958) fut une autre figure de proue de lenseignement programmé (Stones, 1973). Mais, à linverse de Skinner, il pense que lerreur peut être bénéfique si lélève est immédiatement informé de celle-ci, sil en connaît les causes, et sil a les moyens de la corriger. Crowder propose donc que les éléments dinformation soient suivis dune question et dune série de trois ou quatre réponses possibles dont une seule est bonne en général. Cest la technique du QCM (questionnaire à choix multiples), doublée généralement de la technique du livre brouillé.
Lenseignement organisé sur ces principes est appelé enseignement programmé ramifié par opposition à lenseignement programmé linéaire de Skinner.
On le verra plus tard, ce type denseignement programmé est beaucoup plus proche des thèses cognitivistes que lenseignement programmé linéaire.
Une variante de lenseignement programmé ramifié a été mise au point par Kay (Kay et al. 1968), qui sest inspiré des idées de Crowder : cest lenseignement programmé ramifié avec skip jumping
Dans ce type de programmes, certains items sont des items orienteurs. Si lapprenant répond juste à ces items, il saute certaines parties du programme car sa réponse prouve quil connaît déjà la partie qui va suivre.
Les principes appliqués dans lenseignement programmé ont sans aucun doute contribué positivement à lévolution de lenseignement. Selon Monique Linard (1990), « on retiendra en particulier :
lindividualisation du rythme dapprentissage ;
limportance de lanalyse préalable en termes dobjectifs comportementaux explicites, des contenus et des buts pédagogiques poursuivis, ce qui a été à lorigine du courant pédagogique connu sous le nom de pédagogie par objectif (PPO) ;
le recours exclusif, contre le principe aversif de la sanction par léchec, au renforcement positif et aux dispositifs induisant un maximum de chances de réussite pour lélève ;
la vérification immédiate de la correction des réponses ;
et surtout, ce déplacement remarquable de responsabilité qui pose que lerreur chez lapprenant est autant lindicateur dun défaut du programme ( et du maître et du programmeur) que celui dun défaut de lélève » (Linard, 1990, p. 105).
Cependant le béhaviorisme sest heurté à la compréhension des comportements cognitifs complexes. Il sest montré inefficace dans lapprentissage des concepts, des principes et des règles et de la résolution de problème ou encore lapprentissage par problème. Ainsi, il a été incapable d'expliquer le phénomène du langage, un phénomène important dans les sociétés humaines (Skinner, 1957 ; Chomsky, 1957, 1959, 1965 ; Miller, 1965).
Mais le béhaviorisme montre davantage ses limites si on cherche à lutiliser pour analyser et interpréter le système enseignement / apprentissage de disciplines aussi conceptualisées que la physique et la chimie. Ces limites peuvent être illustrées à travers les conceptions de lapprentissage, des connaissances, de la résolution de problème. Nous allons illustrer ces limites par des exemples.
II.2.2.2.3. Béhaviorisme et enseignement/apprentissage de la physique et de la chimie
Les limites du béhaviorisme dans le cadre de la physique et de la chimie seront illustrées dans lapprentissage des concepts, de démarches et techniques spécifiques et dans la résolution de problème. Nous tirerons ensuite des conclusions générales sur la pertinence de cette approche par rapport à notre recherche.
Exemple 1 : le concept de champ électrostatique en physique
Comment interpréter par le schéma stimulus-réponse lapprentissage du concept de champ électrostatique en physique ?
Le schéma S-R peut apparemment marcher. Le champ électrostatique peut être défini de manière opérationnelle comme suit :
On dit quune région de lespace est le siège dun champ électrostatique si une charge électrique y subit une action appelée force électrostatique.
Lexistence du champ se traduit donc par un comportement observable du système constitué par la charge électrique. Lobservation est facilitée ici par un dispositif tel quune petite boule chargée suspendue à une potence par le biais dun fil isolant.
Mais en physique la non-observation dun effet ne signifie pas absence daction. Dans lexemple précité, lexistence dun champ antagoniste non identifié peut masquer lexistence du champ. Cest peut-être là une explication plausible de la longévité de la mécanique dAristote qui, du fait de la non prise en compte des forces de frottements associait lexistence dun mouvement à lapplication dune force. Cest dailleurs là un exemple historique dobstacle épistémologique (Bachelard, 1938).
Exemple 2 : le concept « équilibrer une équation chimique »
Lillustration peut se faire également en chimie. Par exemple comment apprendre aux élèves à équilibrer une équation chimique ?
Ce concept traduit la loi de la conservation de la matière. Il met en jeu plusieurs concepts tels que : corps purs, réaction chimique, formule chimique, transformation chimique, équation chimique.
Réaction 1 : Combustion complète du méthane dans le dioxygène :
CH4 + 2O2 -------( CO2 + 2H2O
Réaction 2 : Oxydation en milieu acide de leau oxygénée H2O2 par les ions permanganate MnO4-
Suivant le pH du milieu les ions MnO4- sont réduits soit en ion Mn2+ ou en dioxyde de manganèse MnO2
2MnO4- + 5H2O2 + 6H+ ------( 5O2 + 2Mn2+ + 6H2O
Les éléments observables ici, (les lettres : les symboles et formules chimiques) ; les chiffres : (indices des éléments dans les formules chimiques et coefficients stchiométriques), ne suffisent manifestement pas à faire comprendre le principe de léquilibration des équations chimiques, une compétence de base de l étudiant en chimie. Si les symboles sont relativement faciles à mémoriser par le biais de techniques consacrées, lobservation de deux types de chiffres qui ont des significations totalement différentes ne suffit pas pour accéder à toutes les informations qui sont à la base de léquilibration. Le problème se complexifie quand on passe de la réaction 1 à la réaction 2, faisant intervenir des ions en solution aqueuse.
La maîtrise des techniques déquilibration des équations chimiques fait appel à des processus intellectuels plus complexes. Les difficultés observées chez les élèves en chimie ne sont certainement pas étrangères à une approche béhavioriste de léquilibre des équations chimiques adoptée par les enseignants.
On voit ainsi quen physique ou en chimie lobservable est insuffisant pour développer un apprentissage ou fonder une connaissance.
Exemple 3 : Résolution de problème en physique
Considérons lénoncé suivant :
On se propose de communiquer à une particule de masse m, une vitesse v1 au bout dun temps to. Etudier les conditions de réalisation de cette tâche.
Peut-on ramener la résolution de ce problème à une sélection de réponse adaptée ?
Même si létudiant peut à la suite dun apprentissage antérieur procéder, sur la base de critères qui lui sont propres ou qui lui ont été suggérés, à une classification des types de problèmes, il ne pourra jamais faire léconomie dune analyse fine de la situation de départ et des conditions dapplication des outils théoriques disponibles( par exemple la deuxième loi de Newton) dont il dispose.
La question reste cependant de savoir si tous les énoncés renferment les exigences ci-dessus énumérées. Les pratiques scolaires de résolution de problème ne sont-elles pas basées de manière implicite sur un arrière-plan béhavioriste ? Des modes dévaluation tels que les QCM ne favorisent-ils pas le maintien dun modèle béhavioriste de lapprentissage, mais aussi hélas, de lenseignement.
II.2.2.3. Conclusion sur les limites du béhaviorisme
Le béhaviorisme continue encore dinfluencer lenseignement et lapprentissage et par conséquent les activités de résolution de problème, qui sont une composante importante des pratiques scolaires. La persistance de cette influence sexplique sans doute par la simplicité et lefficacité relative de certaines méthodes dérivées du béhaviorisme.
La simplicité est née de la décomposition en éléments simples des activités complexes. On pourrait sans doute faire lhypothèse que la simplicité à un effet attractif sur les activités sociales.
Lefficacité relative, quant à elle, est liée aux succès de certaines méthodes simples qui assurent la sécurité psychologique de lutilisateur par les possibilités de contrôle et de mesure, des effets produits.
Un exemple typique des pièges dune approche béhavioriste dans lenseignement de la physique et de la chimie est lutilisation de « la règle de trois » dans la détermination des quantités de matière en jeu dans une réaction chimique.
La « règle de trois » nest opérationnelle dans le calcul des masses de composés en jeu que lorsque les substances sont mélangées dans des proportions dites stchiométriques, cest -à-dire si on a mis en présence les quantités tout juste nécessaires à la réaction de lensemble des réactifs.
Si lun des réactifs est en excès, lapplication de la « règle de trois » donne des résultats dénués de sens, parce que ne respectant pas lune des premières lois de la chimie, la fameuse loi de la conservation de la matière attribuée à Lavoisier (Massain, 1976).
Il sy ajoute laccent mis sur le rôle de la rétroaction ou renforcement dans lenchaînement stimulus-réponse. De nombreuses recherches ont mis laccent sur le rôle de la rétroaction dans lapprentissage. Ici le béhaviorisme assume une continuité avec lidée de sanction et de récompense qui régule déjà les interactions sociales connues (exemple : relation entre lenfant et ses parents).
Le béhaviorisme est allé plus loin en prenant en compte les aspects affectifs du comportement : ceux-ci résulteraient uniquement de facteurs présents dans lenvironnement considérés comme déterminants. Cest là le principe qui fonde les méthodes de conditionnement.
Ainsi comme nous lavons montré avec des exemples précis, le béhaviorisme ne constitue pas un cadre pertinent pour rendre compte de la mise en scène des concepts de base de notre recherche dans le contexte disciplinaire de la physique et de la chimie. Il nest pas possible de sintéresser à la résolution de problème sans se référer aux processus intellectuels en jeu, mais aussi aux éléments motivants qui animent les sujets en action, ce qui revient à prendre en compte la dimension humaine.
A partir des années 60, le mouvement béhavioriste, qui dominait la psychologie aux Etats Unis depuis le début du siècle commence à sessouffler. On assiste alors à laffirmation progressive du paradigme cognitiviste. Ce renouveau de la psychologie est également dû à lapparition des ordinateurs, aux travaux relatifs à lintelligence artificielle, et à la formalisation des théories du traitement de linformation chez lhomme, qui prennent en compte ce que le schéma stimulus/réponse/renforcement na pu intégrer : le caractère intentionnel et finalisé des conduites humaines.
Mais le changement de paradigme ne sest pas produit de manière brutale. En effet le béhaviorisme, expression contemporaine de lassociationnisme, a cohabité avec le point de vue psychanalyste, une approche dessence mentaliste du comportement humain.
Pour les psychanalystes, dont Sigmund Freud (1856-1939) est une des figures de proue, le comportement sexplique essentiellement à partir de processus conflictuels inconscients qui se sont construits progressivement dans la petite enfance, lors de léveil de la sexualité, dans la relation parents/enfants, ou avec le monde extérieur.
Mais plus que la psychanalyse, le passage du béhaviorisme au cognitivisme sest fait par le biais dautres courants psychologiques transitoires.
II.2.3. Du béhaviorisme au cognitivisme : les courants transitoires
Le passage du béhaviorisme au cognitivisme sest fait par une succession de courants quon pourrait qualifier de «pré-cognitivistes », au cours dun processus que certains ont qualifié de révolution tranquille. Nous avons retenu principalement deux courants transitoires : la psychologie de la Forme (Gestalt-théorie) et les théories médiationnelles de Tolman.
II.2.3.1. La psychologie de la Forme ou « Gestalt-théorie »
Ce courant découle des travaux de lEcole de Berlin et se développe dans les années 30-40. Elle soppose à lassociationnisme. Les figures de proue de ce courant psychologique sont les Allemands Wertheimer, Koffka, Köhler, Lewin et le Français Guillaume (Raynal et Rieunier, 1997 ).
Pour les gestaltistes, les formes complexes ne se constituent pas à partir déléments plus simples comme le pensent les associationnistes, mais sont perçues demblée comme entités signifiantes. Pour la Gestalt-théorie, il y a prééminence du principe de totalité.
Exemple : un carré est dabord perçu comme un carré, et non comme quatre segments de droite assemblés.
La perception est globale, et les éléments sont perçus « ensemble ». Il y a de bonnes formes , celles qui simposent demblée, et de mauvaises formes, qui ont tendance à ne pas être perçues en tant quunité. Pour la psychologie de la forme, le tout est autre chose que lensemble des parties, quelque chose de plus riche que lensemble des éléments et qui oriente la perception.
Le concept de « insight » (en allemand, einsicht), introduit par Wolfgang reste attaché à la psychologie de la forme : il désigne le phénomène de « compréhension soudaine » qui se produit lorsquil y a changement dans la perception dune situation.
Köhler est connu pour ses travaux sur les singes. Pour lui linsight est une forme particulière de lapprentissage.
Linterprétation du phénomène dinsight par Köhler est que lintelligence fonctionne par sauts successifs, par restructuration déléments qui, après réflexion, se réorganisent brutalement comme des éléments dun puzzle dont on apercevrait tout à coup la signification. En ce sens, la Gestalt-théorie défend une approche structuraliste de la perception. On voit que ce type dapprentissage par insight sopposait nettement aux apprentissages par essais et erreurs des béhavioristes.
Cependant, la puissance idéologique de ces derniers et leur domination sur la psychologie de la première moitié du XXème devaient en partie occulter la justesse des propositions des gestaltistes, jusquà ce que la dynamique du cognitivisme triomphant les réhabilite, à partir des années 70. Weil-Barais, (1993) écrit à ce propos :
« Lidée la plus intéressante des gestaltistes est sans doute celle qui suppose, quau cours de cette phase réflexive, le sujet opère un traitement global de la situation, de type holistique, et non pas un traitement des parties de type analytique.
Ceci permet de comprendre que beaucoup de découvertes, notamment des découvertes scientifiques, ont été faites par des gens qui ont repris autrement, avec dautres cadres
de pensée, des problèmes qui, à lintérieur dun cadre conceptuel donné, ne trouvaient pas de solutions satisfaisantes. » ( p.543).
Cette vision précognitiviste allait se renforcer avec les travaux de Tolman et les théories médiationnelles.
II.2.3.2 : Les théories médiationnelles de Tolman
Tolman Edwards Chace (1886 1959) fut le parfait représentant dune position intermédiaire entre le béhaviorisme radical de Watson et le mentalisme. Il est à lorigine de ce quon appellera plus tard les théories de lintentionnalité, ou théories « médiationnelles ».
Tolman adopte dabord les positions béhavioristes relatives au comportement , puis , sous linfluence de la gestalt-théorie (psychologie de la Forme), il sen détache sensiblement pour défendre une position plus cognitiviste des conduites. Comme la plupart de ses collègues , il étudie les problèmes dapprentissage en faisant des expériences sur les rats. Ses expériences sur lapprentissage latent le rendent particulièrement célèbre (Raynal et Rieuner, 1997).
Lapprentissage latent selon Tolman est un apprentissage qui se produit pendant une phase exploratoire, alors quon ne cherche pas particulièrement à apprendre. La mise en évidence de ce type dapprentissage ouvrait la voie à une position théorique en contradiction avec les fondements du béhaviorisme radical de Watson pour déboucher sur le concept de « cognitive map » ou carte cognitive. Celle-ci apparaissait en effet comme une hypothèse sur la structure mentale. Boutinet(1990) rend compte de la psychologie de Tolman mettant en évidence lexistence, même chez le rat , dune variable « intermédiaire » qui semble orienter lanimal vers un but.
« Le projet comme variable intermédiaire est « sign-gestalten », cest-à-dire un ensemble organisé doué de signification. Le projet est à la fois ce qui donne du sens au comportement et qui motive lindividu qui agit toujours » dans lattente de quelque chose. La psychologie de Tolman de ce point de vue sidentifie à une psychologie de
lattente, de lexpectation (expectancy psychology), cest-à-dire de lanticipation. Le comportement nest pas la résultante dune adaptation mécanique à lenvironnement en réponse à une stimulation. Il exprime au contraire une adaptation dynamique en anticipant toujours une nouvelle stimulation » (Boutinet, 1990, p. 130).
Les positions théoriques de Tolman découlant de ses recherches expérimentales peuvent être considérées comme lune des transitions les plus explicites entre les points de vue béhavioriste et cognitiviste.
II.2.4. Le cognitivisme
Contrairement au béhaviorisme, le cognitivisme émet des hypothèses, propose des modèles à propos de la structure de la pensée et des processus intellectuels, et s'intéresse aux mécanismes permettant dacquérir, dintégrer et de réutiliser les connaissances.
Le paradigme cognitiviste sera revisité suivant les rubriques suivantes :
le constructivisme (Piaget, Wallon, Vygotsky, Bruner)
le modèle du traitement de linformation souvent désigné par le concept de psychologie cognitive (Newell et Simon, 1972 ; Gagné, 1984 ; Glover et al., 1990)
les théories connexionnistes qui à la suite des données empiriques obtenues en neurosciences, tendent à supplanter le modèle computo-symbolique.
Ces différents courants seront présentés dans leurs fondements théoriques et en rapport avec les concepts de notre recherche.
Enfin quelques éléments des débats actuels seront présentés pour mettre en évidence le rôle croissant dévolue au contexte, aux interactions sociales et à la culture dans la cognition humaine.
II.2.4.1. Le constructivisme
Les deux grandes figures du constructivisme psychologique sont sans nul doute Piaget et Vygotski. Si le psychologue suisse Piaget est sans conteste le plus connu et le plus prolixe par ses nombreux travaux et ceux de ses disciples, luvre de Vygotski,
longtemps méconnue, suscite depuis une vingtaine dannées un intérêt sans cesse
croissant au près des chercheurs en éducation en général et en didactique en particulier.
A côté de ces deux grandes figures, il nous a semblé pertinent de signaler les contributions de Wallon et de Bruner (Bruner et al., 1956, 1957 ; Bruner,1963).
II.2.4.1.1. Le constructivisme de Piaget
Piaget a poursuivi une bonne partie de sa vie le même but, celui de construire une théorie de la genèse des connaissances. Il a cherché à répondre à la question centrale : « Comment les connaissances viennent-elles aux individus ? ». Piaget adopte un point de vue structuraliste (OLoughlin, 1992). La réponse que Piaget donne à sa question, cest le constructivisme: les connaissances ne sont pas transmises par quelquun qui sait vers un autre qui ne sait pas, mais elles ne viennent pas non plus des sensations comme le prétendent les associationnistes. Elles sont construites par lindividu par lintermédiaire des actions quil accomplit sur les objets. Ces actions sont intériorisées et constituent des schèmes. Ceux-ci sinscrivent dans le cerveau, sorganisent en structures opératoires, et permettent à lindividu de répondre de façon satisfaisante à une situation (adaptation).
Sur cette base Piaget et ses collaborateurs ont formulé des hypothèses sur la genèse des conceptions du temps, de l'espace, du réel, du nombre, du mouvement, de la vitesse
, la genèse du langage, du symbole, de la logique, de la morale, du jugement, du raisonnement
Les concepts dassimilation, daccommodation et déquilibration qui expliquent le processus de ladaptation, donnent un ancrage biologique à la théorie piagétienne : léquilibration y est conçue comme une homéostasie des structures cognitives.
Laccommodation est le processus par lequel un organisme se modifie sous la pression de lenvironnement. Pour Piaget, la connaissance sacquiert par lintermédiaire du contact avec les objets et par lintégration de ces objets à la structure mentale. Chaque individu possède dans le cerveau des schèmes daction, cest-à-dire des schémas dactivité quil utilise dans une situation déterminée. Ces schèmes daction permettent à lindividu dêtre efficace sil est confronté à un objet ou à une situation quil connaît.
Si lindividu est confronté à une situation nouvelle (situation quil na jamais rencontrée, où quil ne reconnaisse pas), ses schèmes daction sont inadaptés: il se trouve alors en déséquilibre. Pour retrouver son équilibre, il cherche une solution au problème qui lui est posé.
Lassimilation est le processus complémentaire du processus daccommodation. Cest par lintermédiaire de lassimilation quun individu intègre un objet ou une situation nouvelle à sa structure mentale. Piaget définit lassimilation en ses termes : « dun point de vue biologique, lassimilation est lintégration déléments externes dans les structures en évolution, ou complètes dun organisme » (Piaget, 1970, p. 707).
Quant à laccommodation, elle intervient lorsque le nouvel objet de savoir résiste à la cassure ou à labsorption : le sujet « accommode, cest-à-dire que ses structures sadaptent autant que possible pour que lexpérience soit assimilable, pour quon la rende plus facile à comprendre (Piaget, 1981a). Lassimilation et laccommodation sont les deux processus fondamentaux qui caractérisent ladaptation.
Dans le langage pédagogique, « assimiler » est synonyme de « comprendre » : il a bien « assimilé » sa leçon. On assimile des connaissances »
, ce qui signifie que lorsquun apprenant a assimilé un concept, il est capable de lutiliser dans une nouvelle situation et de sen servir comme un nouvel outil de pensée. Cette nouvelle réponse est bien le signe extérieur dun processus complexe que Piaget nomme adaptation, et quil considère comme lune des formes de lintelligence.
Lorsque par accommodation et assimilation lindividu a modifié ses schèmes daction ou a créé de nouveaux schèmes lui permettant de résoudre le problème auquel il était confronté, il dispose alors dune nouvelle structure mentale, il retrouve son équilibre. Piaget dit quil est en équilibration.
Piaget est donc un psychologue cognitiviste parce quil sest intéressé aux processus mentaux. Il a émis des hypothèses sur lintelligence et sur les connaissances. En cela il se démarque de la psychologie béhavioriste.
Au cours du Colloque International sur le constructivisme (tenu à Genève ; 4-8 septembre 2000, et auquel nous avons eu lhonneur de participer), le Comité scientifique a résumé dans un document inédit, les idées de Piaget. La portée de cette synthèse nous amène à la reproduire entièrement :
« La psychologie de Piaget recouvre un ensemble de thèses issues de ses nombreuses recherches sur le développement de lintelligence et des connaissances les plus générales chez lenfant et sur lhistoire des sciences (Piaget, 1927, 1946). Pour cette raison, ce courant est appelé psychologie génétique ou développemental).
Piaget met dabord en évidence dans le développement de lenfant une succession de structures ou de formes de conduites et de connaissances qualitativement différentes appelées stades.
Piaget et Inhelder (1970) se sont ensuite intéressés aux mécanismes par lesquels le sujet construit de nouvelles connaissances générales (logiques, numériques, spatiales
), ainsi que les savoir-faire opératoires (opérations logico-mathématiques de différents niveaux de complexité) qui leur sont associés.
La caractéristique principale de lévolution de lintelligence et des connaissances se résume par la formule de lintégration constructive du dépassé dans le dépassant . Ainsi, chaque étape de développement se caractérisant par certaines propriétés de structure, létape qui lui succèdera dans le développement verra lapparition de connaissances et de savoir-faire manifestant certaines propriétés structurales à la fois plus riches et plus puissantes (logiquement et mathématiquement parlant).
Lintégration du dépassé dans le dépassant sera complétée par deux autres thèses. La première met laccent sur le rôle fondamental dévolu à lactivité pratique et réflexive des sujets agissant sur le monde extérieur dans la construction des connaissances : cest la psychogenèse des connaissances.
La deuxième thèse affirme que la construction des normes rationnelles (ayant trait à lespace, au temps, au nombre , mais aussi aux normes morales et sociales) relève également de déterminants à la fois biologiques (phylogenèse), psychologiques (psychogenèse), et sociaux (sociogenèse).
Au-delà de ces facteurs cette construction se fait par deux mécanismes permettant de rendre compte de lintégration du dépassé dans le dépassant : léquilibration et labstraction réfléchissante. Ce sont là les caractéristiques du constructivisme génétique de Piaget, dont lobjet est linterprétation de la genèse des connaissances les plus générales (le temps, lespace, le nombre, les conservations physiques
)
Piaget et ses collaborateurs se sont ensuite penchés sur les mécanismes par lesquels les connaissances se construisent progressivement. Ainsi, le constructivisme de Piaget apparaît avec deux composantes : un constructivisme psychogénétique qui prolonge lexplication piagètienne générale de lorigine des connaissances rationnelles, et un constructivisme psychologique qui porte son attention aux activités constructives concrètes de sujets engagés dans des tâches de résolution de problèmes pratiques.
Le constructivisme psychogénétique étudie lévolution des processus constructifs (labstraction réfléchissante, la généralisation constructive, la dialectique du possible et du nécessaire
). Quant au constructivisme psychologique, lobjet détude est la façon dont le sujet, au cours dune tâche, réorganise ses conceptions dun problème, ses moyens de résolution et les notions quil lui associe ( ses stratégies de résolution
).
Dans ce dédoublement du constructivisme génétique les notions épistémiques sont mises à l'arrière-plan. Lactivité des sujets individuels confrontés à des questions ou des problèmes pratiques ou théoriques est au centre des préoccupations. Mais en même temps on sintéresse également à la manière dont les processus étudiés dépassent les frontières de lindividualité psychologique et intègrent les dimensions biologiques, interpsychologiques et épistémiques (Colloque International « Constructivismes : perspectives et usages en éducation, document de synthèse, inédit. Génève, 4-8 septembre, 2000 ).
Piaget a ainsi exercé une influence déterminante sur le courant de la psychologie cognitiviste. Sa théorie repose sur une approche constructiviste de la pensée. Cette construction du savoir est perçue comme un processus non linéaire, mais qui comporte des étapes d'équilibre appelées stades.
Malgré le succès important réservé aux conceptions piagétiennes du développement de la pensée et de l'apprentissage, les tentatives de réinvestissement dans un champ disciplinaire ont révélé des limites certaines. Il n y a rien de surprenant à cela : Piaget a surtout étudié les problèmes généraux de la pensée et de lintelligence.
Vergnaud (1981) résume ainsi certaines critiques émises à propos de luvre de Piaget :
- l'intérêt porté sur les instruments généraux de la pensée au détriment des instruments d'acquisition des connaissances scolaires.
- la prédominance de la structure des stades de développement sur l'évolution adaptative des connaissances
- la séparation nette entre la connaissance mathématique et la connaissance de la réalité physique
- la marginalisation des contenus de connaissances (mathématiques ou physiques) au profit des opérations et des structures logiques.
De manière générale, tout en reconnaissant la valeur de la théorie de Piaget en tant que cadre interprétatif pertinent de la genèse et du développement des connaissances et des processus intellectuels, les critiques formulées mettent l'accent sur son manque de sensibilité par rapport aux différences de situations et/ou de contenus. Cela semble logique à OLoughlin (1992) selon lequel Piaget ne sest intéressé principalement quaux principes généraux du raisonnement humain à lexclusion des considérations particulières telles que le contexte historique et social du raisonnement et les histoires personnelles des sujets quil a étudiés.
Ainsi le paradigme piagétien n'a pas eu d'influence directe sur la problématique de la résolution de problème, dans une perspective didactique au sens de science qui étudie les difficultés dappropriation des savoirs et des démarches intellectuelles en jeu dans un champ disciplinaire spécifique tel que la physique ou la chimie.
II.2.4.1.2. Le constructivisme de Wallon
Philosophe, médecin, psychologue et homme politique français, Wallon (1945) est surtout connu pour ses travaux sur le développement psychologique de lenfant et sa contribution au projet de réforme de lenseignement public français, le « Plan Langevin-Wallon », élaboré au lendemain de la Libération (Raynal et Rieunier 1997).
Agrégé de philosophie en 1902, docteur en médecine en 1908, Wallon rédige sa thèse dEtat sur « lEnfant turbulent », première approche du concept démotion. Ce concept
occupera dailleurs une place centrale dans ses thèses ultérieures sur le développement de lenfant.
Wallon développe une approche originale de la psychologie enfantine ordonnée autour de deux axes : un axe biologique, substrat nécessaire des comportements, et un axe social-culturel, en référence « au milieu des vivants » dont fait partie, fondamentalement, dès sa naissance, lenfant.
Pour Wallon en effet, comme pour Vygotski, contrairement à Piaget, le développement de lenfant est dabord social.
Les premières manifestations du psychisme de lenfant prennent, selon Wallon, la forme démotions, car celles-ci sont lexpression des premiers échanges entre le bébé et son entourage. Ainsi « laffectif », en inaugurant les premiers systèmes de communication de lenfant avec le monde extérieur, précède le « cognitif ». Du même coup, Wallon peut poser comme principe directeur de la psychogenèse, laction, qui, dans un mouvement de réaction circulaire, génère des représentations : laction produit des effets, qui produisent de nouvelles actions, dont les nouveaux effets font jaillir des représentations, base de lactivité mentale. Ces représentations vont à nouveau diriger laction, et ces remaniements successifs vont contribuer à « construire » progressivement une architecture de plus en plus complexes des processus psychologiques. Lapproche de Wallon est donc une approche constructiviste : cest le fonctionnement psychologique qui permet le développement psychologique. Celui-ci ressemble donc à un système ouvert, constamment régulé par les transformations successives des structures de représentations, elles-mêmes modifiées par les interactions permanentes entre le biologique et le social, lindividuel et le collectif, laffectif et le cognitif, les maturations physiologiques successives et les schèmes organisateurs correspondants.
Cette vision « totale » du développement de lenfant (non focalisé sur quelques variables), différencie Wallon de Vygotski (dont il ignorait probablement les travaux) malgré un ancrage social commun. En revanche, Piaget nignorait pas Wallon, dont il partageait lhypothèse de paliers successifs. Leur point de polémique (mise à part lapproche logico-mathématique de Piaget), tenait plutôt à linfluence du milieu (social, physique ou symbolique) sur le développement, à la prééminence des états émotionnels
dans les premiers mois de la vie, et à limportance accordée à laffectivité dans lélaboration des processus mentaux.
Sur ces derniers points, Nadel (1992) a souligné avec force la place que Wallon a accordée à l'émotion dans l'établissement d'une communication interindividuelle en dehors de toute relation intellectuelle. L'hypothèse de signaux émotionnels en tant que système d'expression précoce a été confortée par la découverte, cinquante années plus tard des compétences sociales précoces du bébé, notamment ses capacités d'expression et de discrimination des émotions.
II.2.4.1.3. Le constructivisme de Vygotski
Vygotski (1896-1934), est un contemporain de Piaget. Il était passionné par les problèmes du développement de lenfant et la construction de « la pensée ». Ses travaux et ses idées, longtemps ignorés pour des raisons idéologiques, ne parviennent en Occident par le biais des Etats Unis que dans les années 1950, soit trente ans après sa mort.
Il revint à Jérôme Bruner, psychologue Américain, den avoir apprécié le premier toute limportance, en préfaçant la traduction de son ouvrage principal « Pensée et Langage », aux presses du MIT (Massachussets Institute of Technology). Parce que la traduction en français de cet ouvrage devenu une référence en psychologie fut vraiment tardive, le grand public des chercheurs francophones ne le découvre que très récemment (Vygotski,1985).
Lorsque Vygotski commence ses recherches autour des années 1920-1930, le paysage de la psychologie occidentale était traversé par plusieurs courants: le mentalisme de Freud (la psychanalyse), le réductionnisme associationniste du russe Pavlov et de lAméricain Watson (béhaviorisme), ainsi que les différents structuralismes européens : psychologie de lenfant de Wallon et Piaget, psychologie de la Forme des gestaltistes allemands (Köhler, Koffka).
Dans une démarche douverture et de synthèse, le psychologue russe emprunte à tous les courants de pensée quelques éléments dinspiration et de réflexion. Mais en marxiste convaincu, largement pénétré des courants intellectuels pré-révolutionnaires
de la Russie de 1910, il compose sa théorie du développement de lenfant sur une base radicale différente, celle de linteractionnisme social.
Pour Vygotski lenfant est dabord un être social. Le développement de sa pensée, de son langage, de toutes ses fonctions psychiques supérieures, est le fruit dune interaction permanente avec le monde des adultes, qui maîtrise déjà ces « systèmes de signes » que sont le langage et les codes sociaux.
Par lintériorisation progressive, en alternant des phases de maturation physiologique avec des phases dapprentissage, un système « intra psychique » autonome et individuel sélabore progressivement à partir dun système « inter psychique » collectif.
Vygotski affirme donc la genèse sociale du développement de lenfant : la famille, lécole, sont pour lui, les lieux privilégiés de cette évolution.
Astolfi (2001) confirme cette analyse des positions de Vygotski par opposition à Piaget en ces termes :
« Pour Vygotski au contraire, ce sont les interactions sociales entre sujets qui sont demblée décisives, le mouvement réel de la pensée va de linter-psychique vers lintra-psychique. La polémique théorique avec Piaget porta précisément sur le statut second et dérivé que celui-ci accordait au social quand lui considérait que cest le moteur des progrès de la pensée. Lapprentissage représente alors plutôt les « fleurs », ou même les « bourgeons » du développement, plutôt que ses fruits.
On peut donc parler dune théorie centrifuge (ou « inside out »), pour le premier, le mouvement essentiel allant du sujet à son environnement, et dune théorie centripète (ou « outside »), pour le second, qui accorde une place au processus dintériorisation .» (Astolfi, 2001, pp. 115-116).
Les deux approches psychologiques sont résumées par Astolfi (2001, p. 115) dans le schéma suivant :
Tableau 11 : Comparaison entre Piaget et Vygotski selon Astolfi (2001)
PIAGETVYGOTSKIApprentissages déterminés par létat de maturation des structures cognitives
ExternalisationDéveloppement stimulé par les apprentissages intentionnels
Internalisation
Les hypothèses de Vygotski sont extrêmement importantes pour la réflexion éducative. Quoi que daccord avec Piaget sur une conception du développement par stades successifs et hiérarchisés, il estime que le développement cognitif peut subir, dans certaines circonstances favorables, une véritable accélération, grâce à lintervention de ladulte. Le développement de lenfant, dans ce cas sappuie non seulement sur une base de maturité intellectuelle, mais également sur lintervention de ladulte (la famille, lécole) qui par sa médiation, lui donne accès à des formes de représentations plus élaborées, et donc à des processus de pensée plus raffinés.
On peut résumer cela par la formule : lapprentissage accélère le développement. Par apprentissage il faut entendre surtout la médiation dun adulte que Bruner appelle linteraction de tutelle qui prévaut dans tous les systèmes à visée éducative : famille et école principalement, lieu de socialisation par excellence.
Pour expliquer leffet dune bonne médiation, Vygotski (1985) avance le concept de zone de proche développement (ZPD).
« Le psychologue doit nécessairement, pour déterminer létat du développement, prendre en considération non seulement les fonctions venues à maturité, mais aussi celles qui sont au stade de la maturation, non seulement le niveau présent mais aussi la zone de proche développement.
Comment procéder ? Pour déterminer le niveau présent du développement, on utilise des problèmes que lenfant doit résoudre tout seul et qui ne sont indicatifs que par rapport aux fonctions déjà formées et venues à maturité.
Admettons que nous ayons déterminé chez deux enfants un âge mental équivalent à 8 ans. Si lon va plus loin et quon essaie de voir comment les deux enfants résolvent les problèmes destinés aux âges suivants lorsquon leur vient en aide en leur montrant, en leur posant une question qui les met sur la voie, en leur donnant un début de solution, etc., il apparaîtra qu avec laide, en collaboration avec un adulte, lun deux résout des problèmes
correspondant à lâge de 12 ans et lautre des problèmes correspondant à lâge de 9 ans. Cette disparité
détermine précisément la zone de proche développement. Dans notre exemple, pour le premier enfant cette zone est exprimée par le chiffre 4, pour lautre le chiffre 1. (
)
La recherche montre que la zone de proche développement a une signification plus directe pour la dynamique du développement intellectuel et la réussite de lapprentissage que le niveau présent de leur développement »(Vygotski, 1985, p.387).
Contrairement à Piaget et Wallon, les recherches de Vygotski ont surtout porté sur lacquisition du langage, considéré comme instrument privilégié du développement de la pensée. Mais létude de cette variable a donné lieu à de très larges explorations : formation du mot et du concept, langage, conceptualisation, structuration psychologique, pensée formelle, socialisation, implications éducatives, etc.
Vygotski est mort prématurément à lâge de 38 ans. Ses écrits ont été censurés dans son pays, et « négligés » à lOuest jusqu'au moment où, par lintermédiaire de Bruner, certaines orientations de la recherche occidentale en permettent une relecture attentive et un intérêt toujours croissant.
II.2.4.1.4 : Les contributions de Bruner et Ausubel
Le psychologue américain Bruner appartient à la lignée des chercheurs américains qui ont délibérément opté, dès les années 50, pour une approche cognitiviste de la psychologie. Professeur à Havard à partir de 1952, il y fonde, avec Miller, le fameux Centre détudes cognitives.
Ses premiers travaux sur la perception ont eu une portée heuristique considérable. Bruner(1956) a été à lorigine de la théorie des constructs de Kelly sur la perception (constructs = structures conceptuelles internes orientant la perception), et de quelques notions centrales qui fondent la psychologie cognitive elle-même, comme les variables intermédiaires (empruntées à la Gestalt-théorie et à Tolman), ou encore les patterns dactivité automatisée (concept voisin de script). En 1954, ses recherches avec Taguiri sur la perception dautrui et la « théorie implicite de la personnalité » apporteront à la psychologie sociale une contribution non négligeable (Levy, 1975).
Cest en 1956, dans un livre qui fera autorité, "A study of thinking », que Bruner développe ses théories sur lacquisition des catégories conceptuelles : son approche
inductive (exploration ou ajustement), qui na pas manqué déveiller lintérêt des pédagogues, est toujours dactualité et est considérée comme à lorigine du concept de style cognitif.
Psychologue cognitiviste et surtout constructiviste, Bruner sinspire du modèle dacquisition des connaissances « en spirale ». Il faut que dès la petite enfance, les notions enseignées soient vraies, verbalisées correctement, et adaptées à la structure cognitive de lenfant. Par accommodations successives et sous linfluence directe du langage (facteur structurant de la pensée), lenfant parviendra à élaborer des systèmes conceptuels performants, et à accéder aux modes de représentations symboliques.
En éducation, Bruner préconise une pédagogie de la découverte (privilégiant la démarche inductive). Bruner préconise des situations dauto-apprentissage dans lesquelles lélève découvre les règles, les concepts et les lois dune discipline, mais accorde cependant un rôle capital au maître en tant que médiateur des apprentissages. Il prend quelque distance vis à vis de Piaget et rejoint les thèses du psychologue russe Vygotski quil présente aux chercheurs anglophones dès 1962, en préfaçant la traduction américaine de son ouvrage « Pensée et Langage » qui ne paraîtra en français quen 1985.
La contribution de Bruner à la psychologie et aux sciences de léducation est considérable. Ses travaux sur les processus de développement cognitif de lenfant, de la construction de labstraction, la structuration de la pensée et du langage, ses diverses propositions quant à lapprentissage et lenseignement (médiation, tutorat, interaction de tutelle, étayage) en font un théoricien de premier plan.
Promoteur dune pédagogie « culturelle », qui souligne linfluence de lenvironnement symbolique sur le développement psychique, Bruner restera le psychologue cognitiviste qui a le plus tenté dhumaniser les « sciences de la cognition ».
Dans le passage suivant Bruner (1991), cité par Raynal et Rieunier (1997), résume sa vision en matière de psychologie :
« Que signifiait pour nous cette révolution des années 50 ? Cétait un effort acharné pour mettre la signification au centre de la psychologie. Ni le couple stimulus/réponse, ni les comportements observables, ni les déterminants biologiques et leurs transformations : la signification.
Il ne sagissait donc pas dune révolte anti-béhavioriste, qui se serait limitée à transformer le béhaviorisme en lui adjoignant une dose de mentalisme. Edmond Tolman sy était essayé sans grand succès.
Notre ambition était plus radicale : nous voulions découvrir et décrire formellement les significations que lêtre humain crée au contact du monde, et émettre des hypothèses sur les processus à luvre dans cette création. Nous voulions étudier les activités symboliques que lhomme utilise pour construire et donner du sens au monde qui lentoure et à sa propre existence. Il sagissait par conséquent de pousser la psychologie à sunir avec les disciplines interprétatives voisines dans les sciences humaines(
). Lobjectif dune psychologie culturelle nest pas de rejeter la biologie ou léconomie, mais de montrer que lesprit et lexistence sont des reflets de la culture et de lhistoire tout autant que de la biologie et des capacités physiques(
). à terme, les explications causales les mieux affûtées ne peuvent donner un sens plausible à la condition humaine sans être interprétées à la lumière du monde symbolique que constitue la culture humaine" (Bruner, 1991, p.61).
Ausubel (1960, 1968) est également un psychologue cognitiviste. Son option apparaît nettement dans sa théorie de lapprentissage intelligent ou apprentissage verbal signifiant qui met laccent sur les structures cognitives de lapprenant. Partant de son analyse de la structure des disciplines académiques en termes de concepts et de principes organisés verticalement du général au particulier, il élabore sa théorie de lapprentissage verbal signifiant (Ausubel, 1960). Lapprentissage doit sappuyer sur les structures cognitives de lapprenant tout en tenant compte de la structure des contenus denseignement. Ausubel, cité par Meirieu (1988) exprime la place des structures cognitives de lapprenant comme suit : « Le facteur le plus important influençant lapprentissage est la quantité, la clarté et lorganisation des connaissances dont lélève dispose déjà » (p. 129).
Sous ce rapport, on voit bien que Ausubel peut être considéré comme un des inspirateurs de la didactique des disciplines, telle quelle se développera plus tard chez les chercheurs francophones, notamment.
Ainsi, à la place de la méthode inductive sappuyant sur la redécouverte, Ausubel préconise la méthode expositive, mais qui met la signification au cur de lapprentissage. Pour lui, il ny a pas de relation mécanique implicite entre la méthode
expositive et lapprentissage signifiant. Ausubel propose que tout exposé sappuie sur « des idées générales organisatrices » ou « advance organizer », qui servent dancrage pour les autres idées énoncées ultérieurement.
Les structures conceptuelles hiérarchisées et assimilatrices, dont il postule lexistence, sont bien dans le sillage de lorganisation des connaissances telle que lenvisageront plus tard les psychologues cognitivistes, aussi bien les constructivistes à limage de Piaget, que les tenants du modèle du traitement de linformation, que nous allons aborder à présent.
II.2.4.2. Le modèle du traitement de l'information
Le deuxième grand courant de lapproche cognitive est le modèle du traitement de linformation. Il est plus connu sous lappellation de psychologie cognitive.
La psychologie cognitive a pour but la compréhension des processus de traitement de linformation chez lêtre humain.
La psychologie cognitive sappuie sur des concepts qui permettent de structurer un champ de connaissances susceptibles de fonder les activités de planification, de mise en uvre, de gestion et dévaluation de démarches intellectuelles, et de résolution de problème.
Les recherches en psychologie cognitive cherchent alors à vérifier la pertinence de ces connaissances et des modèles dans lesquels elles sont mises en scène, et leur efficacité dans lanalyse de situations précises, par exemple, celles relatives aux apprentissages scolaires.
Glover, Bruning et Ronning (1990) adoptent une démarche pragmatique pour caractériser la psychologie cognitive. Ils présentent ce courant comme une construction théorique qui cherche à répondre à quatre questions fondamentales répertoriées dans le tableau suivant :
Tableau 12 : Quatre questions pour circonscrire la psychologie cognitive, selon Glover et al. (1990, p. 8)
1. Quest-ce que la connaissance et quel rôle joue-t-elle dans la réussite de comportements cognitifs complexes ?
2. Comment les apprenants focalisent-ils leur attention sur certains éléments de leur contexte pendant quils ignorent dautres et quelles sont les capacités de lapprenant à faire preuve dattention ?
3. Comment les apprenants acquièrent-ils de linformation, lui donnent du sens, la gardent en mémoire, et la rappellent pour les utiliser ? Ensuite comment une fois linformation enregistrée, elle est stockée et quest-ce qui la rend ultérieurement plus ou moins accessible quand lapprenant en a besoin ? En dautres termes, comment se souvenir de quelque chose et comment se fait-il que quelque fois quon oublie ?
4. Comment le système de traitement de linformation est-il utilisé pour résoudre des problèmes et quelle est la perspective cognitive en matière de résolution de problème ?
Le modèle de traitement de linformation considère lhumain comme un système de traitement de linformation. Pour répondre à cette question, la psychologie cognitive sappuie sur un modèle de base. Celui-ci subira plusieurs modifications, de Newell et Simon (1960) à Anderson(1983), en passant par Atkinson et Shiffrin (1968), puis Gagné(1974). Le modèle met en avant un ensemble de concepts et de méthodes dinvestigation permettant den établir la pertinence.
II.2.4.2.1 Les fondements du modèle du traitement de linformation.
Les limites du béhaviorisme établies plus haut, le contexte scientifique marqué par des critiques d'ordre épistémologique (Popper, 1973 ; Lakatos, 1970) et des contributions théoriques pertinentes (Kuhn, 1983), modifiant les idées sur la nature de la science et la validité de ses méthodes, ont favorisé l'émergence de la psychologie cognitive (Eysenck et Keane, 1990).
Le développement de l'informatique, permettant enfin de modéliser et de simuler des comportements intelligents a constitué une autre condition favorable au développement de cette théorie. (Broadbent, 1958 ; Newell et Simon, 1972 ; Gagné, R.M., 1970; Rumelhart et Olton : 1977; Anderson, 1983, 1985 ; Glover et al., 1990).
A partir des années (50-60), le mouvement béhavioriste qui dominait la psychologie aux Etats Unis depuis le début du siècle sessouffle : les mécanismes S/R sont apparus comme inadaptés pour comprendre les « variables intermédiaires » : motivation, intention, but, pensée
La psychologie, sous linfluence de multiples courants de recherche (psychologie de la Forme, théories médiationnelles, invention de lordinateur, cybernétique, intelligence artificielle, travaux sur la résolution de problème, perception, mémoire, raisonnement, langage
), soriente alors vers un nouveau modèle général, un nouveau paradigme (Kuhn, 1983), qui rend compte plus efficacement du fonctionnement des activités cognitives : lhomme est vu pour la première fois comme une centrale de traitement de linformation, un superordinateur. Bastien (1987) met en évidence le rôle de lordinateur dans le développement de la psychologie cognitive en ces termes :
« Cest le recours à lordinateur, pour simuler les processus cognitifs des sujets en situation de résolution de problème qui a donné lieu, nous semble-t-il, aux développements théoriques et aux travaux expérimentaux les plus importants et les plus spectaculaires donnant naissance à la théorie du traitement de linformation. »( p.49).
Quant à Atkinson et al. (1987), ils soulignent la fécondité du modèle de traitement de linformation.
« A partir de ces travaux, beaucoup de vieilles questions psychologiques furent reformulées en termes de systèmes de traitement de linformation. On pouvait maintenant concevoir lêtre humain comme un organisme qui traite de linformation. Les sens fournissent une voie dentrée pour linformation ; des opérations mentales agissent sur ces données ; les données transformées créent une structure mentale qui est entreposée en mémoire : cette structure entre en interaction dans la mémoire avec dautres structures pour engendrer une réponse» (p. 682).
Le concept de système de traitement de linformation (STI) a été développé par Newell et Simon à partir des années 60. Leur schéma de base sera ultérieurement repris par Atkinson et Shiffrin en 1968, et encore par Anderson (1983).
Tableau 13 : modèle initial proposé par Newell et Simon (1960)
Pour expliquer le trajet de linformation au travers des structures hypothétiques du cerveau humain, et supposées en totale analogie avec celles de lordinateur, prenons lexemple dun formateur qui pose une question à un élève : « combien font (4x3) ? Nous pouvons imaginer le parcours de cette information jusquà la production de la réponse. Nous nous référons ici au schéma du fonctionnement représenté par le tableau 14, qui est une variante du modèle dAtkinson et Shiffrin, proposée par Gagné (1974).
Tableau 14 : Modèle du traitement de linformation proposé par Atkinson R.C. et Shiffrin R.M. (1968), modifié par Gagné R.M. (1974)
Parmi toutes les informations disponibles (la barbe hirsute de lanimateur, la façon dont il est habillé
), seule une partie sera perçue et codée par le registre sensoriel de lélève (perception sélective), grâce à lintervention du processus exécutif de contrôle (que certains auteurs assimilent aux stratégies cognitives), et du registre des attentes. Linformation sélectionnée transite ensuite par la mémoire à court terme. Le processus exécutif de contrôle (qui correspond au microprocesseur) active les systèmes qui vont chercher linformation souhaitée dans la mémoire à long terme, cest-à-dire le résultat de lopération (4x3). La réponse passe dans le générateur de réponses qui lui donne la forme adéquate (ici une réponse verbale). Celle-ci est alors réalisée par lintermédiaire des effecteurs. Ces structures sont bien sûr, complètement hypothétiques et ne présentent, excepté les récepteurs et les effecteurs, aucune réalité.
Un tel modèle suppose un traitement séquentiel de linformation. Rien détonnant à cela, puisque la métaphore qui sert de base à cette formalisation de la pensée, cest lordinateur.
Or dès son avènement, et jusquà une date très récente (la fin des années 80), lordinateur (du plus élémentaire au plus sophistiqué) est construit selon une architecture « de type Von Neumann », cest-à-dire précisément un traitement en séquences des informations symboliques.
Tisseau (1996) décrit ce type dordinateur en ces termes :
« Lordinateur de type Von Neumann est constitué dune mémoire dans laquelle sont entreposées des données, et dun processeur chargé de gérer des calculs et de contrôler le fonctionnement général. La dissociation « données/procédures de calcul » caractérise donc ce type dordinateur.
Du fait de cette architecture, les calculs sont gérés de manière séquentielle, à partir dalgorithmes de traitement, donc toujours lun après lautre.
La machine est une machine à « états discrets », ce qui signifie quentre les calculs il ny a rien. En conséquence, quelle que soit la vitesse à laquelle sexécutent ces calculs, des limitations à ces capacités de traitement interviennent.
Cette machine est, en outre, conçue selon un principe représentationnel, ce qui signifie que les données sont stockées à une adresse déterminée sous forme de symboles, et que la signification des données est tirée de ces symboles.» ( p.235).
Les informations sont reçues par des récepteurs et transformées en symboles véhiculant du sens. Ces symboles représentent ce à quoi ils correspondent, cest-à-dire leurs référents ; par exemple les mots ampèremètre, balance, sont les « étiquettes » des objets AMPEREMETRE, BALANCE. Ils sont décodés par le cerveau qui va chercher en mémoire les significations véhiculées par ces symboles. Selon ces théories du modèle du traitement de linformation, le monde préexiste à lindividu, ce dernier nétant quune machine à traiter linformation objective qui lui parvient de lextérieur. Le monde tel que nous le percevons est indépendant de celui qui le perçoit.
Nous reviendrons ultérieurement et de manière plus précise sur le fonctionnement de ce modèle dans les parties réservées aux concepts de base du paradigme du traitement de linformation.
II.2.4.2.2. Les concepts de base du modèle du traitement de linformation.
Nous mettrons essentiellement l'accent sur les concepts de connaissance, de mémoire, de représentation et de résolution de problème qui permettent d'éclairer le thème central de notre recherche : la résolution de problème en contexte scolaire dans le champ disciplinaire de la physique et de la chimie. Mais au passage, la perception et l'attention seront également explicités à la lumière de la recherche en psychologie cognitive.
II.2.4.2.2.1. Les connaissances
En psychologie cognitive une connaissance est constituée par la signification, le sens quun sujet attribue à une expérience vécue. Ce sont ces mêmes significations qui vont guider les activités présentes et futures. On assiste ainsi à une réhabilitation des connaissances longtemps négligées dans les recherches psychologiques au profit de processus jugés plus valorisants tels que linsight, la créativité, lintelligence ou la résolution de problème. Grâce à la psychologie cognitive, les connaissances sont revenues au cur de la problématique de la cognition.
Ce rôle des connaissances antérieures dans laction présente a été déjà identifié par Ausubel (1960, 1968) dans sa théorie de lapprentissage signifiant. Les connaissances dun individu sont donc constituées par un faisceau de sens qui représentent sa structure cognitive.
La diversité des significations tirées de nos expériences implique lexistence dune gamme variée de connaissances indispensables à la réalisation de tâches complexes.
Les recherches récentes sur la cognition (Geary et Wideman, 1987) ont montré la nécessité de disposer de plusieurs types de connaissances face aux tâches complexes. Mieux, le rôle des connaissances se situe à la fois en aval et en amont des processus cognitifs tels que la perception, lattention, la conservation des nouvelles connaissances dans la mémoire et la résolution de problème. En particulier, le rôle des connaissances et stratégies spécifiques constituent une donnée fondamentale des acquis de la recherche sur lapprentissage et la résolution de problème (Tardif, 1992).
Toutes les connaissances ne sont donc pas du même type? Comment alors les classer compte tenu de la diversité des expériences et de la spécificité des tâches ?
Une première catégorisation des connaissances découle de la théorie de lacquisition des connaissances de Neves et Anderson (1981).
Ces deux chercheurs partent de lhypothèse que lacquisition des connaissances se fait selon un processus comportant trois étapes distinctes : lencodage, la procéduralisation et la composition ou lorganisation. Cette démarche danalyse se démarque ainsi de lhypothèse traditionnelle de la recherche en psychologie consistant, à ramener létude de tout phénomène, à une tâche aussi simple que possible.
Selon le modèle de Neves et Anderson (1981), les connaissances sont dabord enregistrées (encodées) sous forme dun ensemble de faits relatifs à un domaine. Cette forme de connaissance définit une catégorie constituant les connaissances déclaratives. Ce sont des informations dites passives que lon peut restituer ou déclarer sans aucune modification, sans aucun traitement(voir tableau 15 suivant illustrant le concept de connaissances déclaratives).
Tableau 15 : Exemples de connaissances déclaratives
- Le chlore appartient à la famille des halogènes
- L'eau est constituée des éléments oxygène et hydrogène.
- Des volumes égaux de gaz pris dans les mêmes conditions de température et de pression renferment le même nombre de molécules. (Loi d'Avogadro)
- L'intensité de l'induction magnétique créée par une spire circulaire parcourue par courant électrique est proportionnelle à l'intensité de ce courant.
Mais les connaissances déclaratives bien quutiles, ne permettent pas à lindividu daller directement vers laction. Face à une tâche, le sujet doit dabord procéder à des traitements sous forme dinterprétations pour aller à laction. En termes ergonomiques le travail à effectuer sera lent et les performances sont souvent limitées. On perçoit déjà les conséquences didactiques dun apprentissage basé uniquement sur lenregistrement dinformations si fidèle soit-il, particulièrement en situation de résolution de problème.
Dans la deuxième phase dacquisition de connaissances selon Neves et Anderson, les faits déclaratifs sont transformés en procédures articulées entre elles. Cest un niveau dacquisition où le sujet acquiert des connaissances dites procédurales. Celles-ci peuvent être appliquées directement sans interprétation. Les connaissances procédurales sont constituées par des habiletés à traiter les connaissances déclaratives pour atteindre un but fixé.
La conséquence ou lintérêt de la procéduralisation est que lorsque les informations sont articulées en procédures (on retrouve avec une nouvelle formulation le concept de schème cher à Piaget), il sopère au niveau de lindividu un désencombrement de la mémoire, ce qui se traduit par une plus grande rapidité daction et de meilleures performances.
Tableau 16 : Exemples de connaissances procédurales
- appliquer des critères
- projeter les forces appliquées à un solide sur un système d'axes.
- utiliser une méthode d'approximation lors de la résolution d'un problème de physique
- appliquer un algorithme
- équilibrer une équation chimique
- représenter un système de forces appliquées à un solide
Dans la troisième étape du modèle de Neves et Anderson (1981), la composition les procédures sont intégrées et combinées. Ce sont des connaissances dintégration. Du fait de leur efficacité face à une tâche à effectuer, les connaissances dintégration sont parfois désignées par le terme de connaissances stratégiques. La poursuite de
lacquisition de ce type de connaissance dans le cadre dune formation est appelée objectif terminal dintégration (De Ketele, 1985). Ce terme a lavantage dêtre plus explicite que le concept dobjectif général généralement utilisé dans les plans de formation.
La phase de composition est une suite dans le processus dacquisition de connaissances. Lapprenant continue son apprentissage avec plus defficacité et de meilleures performances. La théorie dacquisition de connaissances de Neves et Anderson est en fait un modèle dapprentissage.
La classification en termes de connaissances déclaratives, connaissances procédurales et dintégration a été ensuite affinée par lintroduction des connaissances contextuelles plus souvent appelées connaissances conditionnelles (Anderson, 1983, 1985 ; Glover et al. 1990). En réalité, les connaissances d'intégration et les connaissances conditionnelles se recoupent.
En effet toute connaissance sacquiert dans un contexte spécifique : un lieu, un moment un environnement, en même temps, à la suite ou après un événement. Le sens donné à un événement et sa structuration ne peuvent se faire en dehors dun contexte. Les effets des contextes sur léducation ont dailleurs été mis en évidence depuis longtemps par le courant gestaltiste, un des précurseurs de la psychologie cognitive.
Lémergence du concept de connaissances conditionnelles découle de létude des facteurs qui influent sur lapprentissage. Wang, Haertel et Walberg (1990), dans le cadre dune méta-analyse sur lapprentissage, ont montré que par rapport à lélève, les facteurs liés à la gestion de la compréhension, au contrôle affectif du niveau dattention et de perception au cours de la réalisation dune tâche sont déterminants. Cette prise de conscience apparaît dailleurs comme une caractéristique de lexpert, ce qui lui permet dutiliser des stratégies efficaces et économes.
Anderson (1983, 1988) a beaucoup contribué à la construction du concept de connaissances conditionnelles. Celles-ci permettent de répondre, face à une tâche, aux deux questions suivantes : pourquoi et quand utiliser des connaissances déclaratives ou procédurales ?
Ce sont donc ces connaissances conditionnelles qui permettent le transfert de connaissances par une lecture appropriées du contexte et des conditions. Ce sont effectivement des connaissances stratégiques (Glover et al.,1990). Limportance des connaissances conditionnelles dans les performances des apprenants dans la résolution des problèmes de mécanique a été récemment confirmée par Bugéreré (1998).
Le tableau 17 suivant permet dillustrer le concept de connaissances conditionnelles dans le cadre de lenseignement de la physique et de la chimie.
Tableau 17 : Exemples de connaissances conditionnelles
- les critères didentification de la nature dun problème de mécanique ;
- les indicateurs permettant de sélectionner une méthode de résolution (application de la 2ème loi de Newton, du théorème de lénergie cinétique ou de la loi de conservation de lénergie) ;
- les critères de choix dun système de coordonnées appropriées pour traduire les lois de la mécanique ;
- le mode de gestion du temps imparti à une épreuve de physique comportant plusieurs exercices à partir dun barème et des niveaux de difficultés variables ;
- la connaissance de ses points forts et des ses points faibles par rapport aux différentes parties dune épreuve.
Les connaissances conditionnelles, contextuelles ou stratégiques peuvent être mises en relation, sous certains aspects, avec le concept de métacognition (Noël, 1991).
En effet, la métacognition met l'accent sur l'importance des procédures de contrôle et de régulation du fonctionnement de l'être humain et des conditions d'utilisation de ses connaissances déclaratives et procédurales. Elle se réfère aux connaissances dont dispose un individu à propos de son propre fonctionnement intellectuel. Ainsi, le sujet impliqué dans des processus intellectuels est lui-même un élément du contexte de la cognition. Les connaissances métacognitives sappuient sur au moins trois dimensions :
la prise de conscience de la nature du processus dans lequel le sujet est engagé ;
le diagnostic situationnel qui permet détablir les difficultés et les exigences de la tâche ;
le contrôle qui permet davoir une idée précise sur lévolution du processus.
Glover et al. (1990) adoptent une autre approche pour classer les connaissances, avec des critères différents. Ils distinguent trois catégories de connaissances : les connaissances spécifiques, les connaissances générales et les connaissances stratégiques. Chacun de ces types de connaissances détermine les performances dans les tâches complexes.
La description des connaissances suivant laxe général/spécifique nintroduit pas de nouvelles catégories transversales. Il sagit dune distinction entre les connaissances propres à un domaine et les connaissances qui transcendent les barrières disciplinaires.
Les connaissances spécifiques sont des connaissances propres à un domaine particulier tel que la chimie et la physique. Le niveau de spécificité peut toujours être affiné. On peut parler de degré de spécificité. Par exemple au sein de la discipline « chimie » on peut distinguer des connaissances relatives à la chimie générale, à la chimie organique, à la cinétique chimique, à la biochimie
Le tableau suivant illustre cette relativité à partir de connaissances choisies dans le domaine de la physique et de la chimie.
Tableau 18 : Illustration du degré de spécificité des connaissances : spécifique/très spécifique
DomaineNiveau spécifiqueTrès spécifiquechimieStructure de la matièreStructure moléculairechimieEquilibrer une équation chimiqueEquilibrer une réaction doxydoréductionphysiqueVisualiser un signal électrique Visualiser une tension continue à loscilloscopephysiqueAdapter une source de tensionRéaliser un montage potentiométrique
Les connaissances générales sont des connaissances qui ne sont pas spécifiques à la réalisation d'une tâche. Elles interviennent dans une gamme très variée de tâches. Leur étendue varie suivant la culture et le niveau de développement de la société.
Ce sont des connaissances liées au vocabulaire, à la connaissance des affaires courantes, à des informations historiques, à certaines compétences utilitaires de base. Ici également on peut distinguer un niveau général et un niveau très général comme le montre le tableau suivant :
Tableau 19 : Illustration du degré de généralité des connaissances :
général/très général
DomaineTrès généralGénéralphysique ou chimieLes concepts généraux de la démarche scientifiqueLes concepts généraux de la démarche expérimentalephysique La loi de modérationLa loi de Lenz (physique)chimieLa loi de modérationLes lois de déplacement de léquilibrePhysique Le principe de superpositionLadditivité de champs électriques
En plus de ces connaissances relatives à des disciplines scientifiques très conceptualisées comme la physique et la chimie, il existe un ensemble de connaissances générales particulièrement utiles dans une société moderne. Il sagit parfois de connaissances dabord spécifiques à une discipline (sciences, économie, droit, technique), mais qui, du fait de leur nécessité pratique dans les sociétés actuelles tendent à constituer un corps de connaissances quon pourrait appeler connaissances du citoyen moderne .
Ces connaissances citoyennes se renouvellent et senrichissent sans cesse au rythme de lévolution technologique et de lémergence de nouveaux problèmes de société.
Tableau 20 : Exemples de connaissances générales
- la maîtrise de langlais, la langue la plus utilisée dans les relations internationales, particulièrement dans le monde des affaires ;
- les connaissances relatives à létablissement dun contrat entre deux parties ;
- les connaissances relatives aux conditions daccès à un pays étranger ;
- le glossaire des termes techniques liés aux nouvelles technologies de linformation et de la communication ;
- les techniques dévaluation des limites et des contraintes d'une situation de prise de décision ;
- les méthodes et techniques relatives aux opérations bancaires et postales de manipulation de fonds ;
- les connaissances relatives au fonctionnement et à la conduite dune voiture ;
- les techniques et méthodes de secours en cas daccident ou sinistre ;
- lutilisation dun courrier électronique ;
- la navigation sur le réseau INTERNET.
Les distinctions faites par Glover et al. (1990) ne font que compléter la trilogie connaissances déclaratives/connaissances procédurales/connaissances conditionnelles. Leurs relations peuvent être mises en évidence dans le tableau croisé suivant, en se limitant à la dichotomie "général/spécifique".
Tableau 21 : Tableau croisé des deux approches du concept de connaissances
GénéralSpécifiqueConnaissances déclarativesLeau est indispensable à la vieLa femelle du mouton est appelée brebis (biologie)Connaissances procéduralesAccomplir les formalités de voyage par avion dun pays à un autreModéliser un phénomène à partir dun tableau de nombres (physique et chimie)Connaissances conditionnellesLes critères de validité de documents de voyageLes critères permettant dappliquer le théorème de lénergie cinétique dans la résolution dun problème de mécanique (physique)
Ainsi, on peut envisager, comme lillustre le tableau ci-dessus, des connaissances déclaratives générales/spécifiques, des connaissances conditionnelles générales/spécifiques ou des connaissances procédurales générales/spécifiques.
Cependant les tâches académiques ou scolaires, de même que la plupart des tâches de la vie courante font appel à toutes les catégories de connaissances qui viennent d'être décrites.
On perçoit nettement à travers ces exemples les limites de ces classifications. Les différentes catégories identifiées sont loin d'être disjointes. Elles permettent cependant d'avoir des repères pour prendre en compte la complexité de nos connaissances actuelles.
Le schéma suivant se propose darticuler les différentes catégories de connaissances autour dune tâche entendue au sens dune ou de plusieurs actions à accomplir en vue dun résultat souhaité.
Schéma 2 :
Synthèse de lanalyse du
Concept de connaissance.
Ce schéma montre nettement les rapports dynamiques entre les différents types de connaissances face à une tâche : les connaissances stratégiques organisent la conception, la mise en uvre, la régulation et lévaluation des actions à combiner pour aboutir à un résultat, à partir des connaissances générales et des connaissances spécifiques, chacune de ces dernières catégories pouvant être déclarative ou procédurale.
Une question reste cependant en suspend. Le modèle dacquisition des connaissances de Neves et Anderson (1981), est plutôt comme on la souligné plus haut, une théorie de lapprentissage. Il nexplicite pas cependant au niveau des processus comment sacquièrent les connaissances. Le modèle du traitement de linformation (MTI) propose des réponses.
En effet, dans le cadre de ce courant psychologique, les expériences humaines sont dabord perçues par des registres sensoriels correspondant à nos différents sens, avant dêtre transformées en structures de connaissances : cela met en jeu le phénomène de perception.
II.2.4.2.2. 2. La perception
La perception est le phénomène de la sensibilité par rapport à un stimulus. Les recherches ont surtout mis l'accent sur la vision et l'ouïe, soit pour en établir l'existence en tant que registre sensoriel, soit pour en étudier les caractéristiques.
C'est ainsi que Sperling (1960) a particulièrement étudié la vision. En appliquant sa méthode du rappel partiel, il a établi trois résultats importants sur la perception visuelle :
- l'être humain est capable de conserver une information visuelle qui lui est présentée même après la disparition du stimulus.
- le temps de rétention d'une information visuelle ne peut dépasser la moitié d'une seconde
- ces deux résultats semblent indépendants du sens donné à l'information.
Darwin, Turvey et Crowder (1972), ont, quant à eux, axé leurs travaux sur la perception des stimulus sonores, à l'image des travaux de Sperling sur la vision. Darwin et ses collègues ont abouti à des résultats qui présentent quelques analogies avec ceux de Sperling (1960), même si des différences nettes ont été observées.
C'est ainsi que le temps de rétention est plus long pour les informations sonores (3 secondes au lieu de 0.5 s). Schwab & Nusbaum (1986), attribuent cette différence au processus du langage.
De même, l'effet de la modalité établi par Pisoni & Luce a montré que les sujets en général, retenaient mieux les informations présentées verbalement que celles exposées sous forme visuelle : "l'écho sonore" semble plus large que l'écho visuel. Le phénomène d'écho apparaît ainsi comme une composante importante de notre système cognitif. Ce dernier aspect a cependant été relativisé dans des recherches ultérieures (Deutsch, 1987), notamment avec les différences notées entre les voyelles et les consonnes.
Ces différentes recherches tendent à montrer que le phénomène de perception constitue le début du processus de traitement de l'information. Les registres sensoriels auditifs et visuels ne constituent cependant que la phase primaire de la perception. La phase supérieure de la perception consiste en effet à donner du sens au stimuli. C'est un phénomène qui passe très souvent inaperçu à moins que le sujet ne soit soumis à des
stimulus inhabituels. La perception fait appel à nos connaissances et apparaît comme le résultat d'un ensemble de sous-processus (Brown & Carr, 1988).
La façon de percevoir d'un individu dépend grandement de ses connaissances. Le jeu d'échecs constitue un exemple classique d'illustration. La même phase de jeu est perçue différemment du débutant au grand maître. Quant à celui qui n'a jamais joué à ce jeu, les déplacements des différentes pièces lui semblent relever de la pure fantaisie des joueurs.
Mais quest-ce qui guide notre perception ?
Selon Mandler (1988) nos connaissances, mais aussi la façon dont nous les enregistrons, nos sentiments et le contexte dans lequel le stimulus intervient, guident toute notre perception, avec des effets de discrimination, et/ou d'accentuation.
Ces considérations sur la perception sont naturellement lourdes de conséquences pour l'enseignement, particulièrement dans la structuration du cours, dans l'identification des pré-requis et le choix du matériel didactique. En effet, les situations de résolution de problème auxquelles les apprenants sont soumis, mettent en jeu des énoncés contenant des schémas, des données à la fois qualitatives et quantitatives. Les élèves sont donc dabord confrontés à des problèmes de perception, avant de se lancer dans des tâches intellectuelles.
Le rôle du contexte dans le phénomène de perception a été particulièrement étudié par la Gestalt-théorie psychologie, ce courant de pensée fondée par Wertheimer, Koffka et Köhler et qui a joué un rôle fondamental dans le développement de la psychologie cognitive (Koffka, 1933).
Piaget (1969) a également mené des recherches sur la perception dans le cadre des principes de la Gestalt-théorie psychologie. Pour Piaget, la cognition et la perception sont deux processus très liés. L'un de ces arguments est la diminution de l'égocentrisme de l'enfant au fur et à mesure de son développement mental. Piaget fait une analogie entre la centration cognitive (tendance à ne considérer qu'une dimension du problème), et la centration perceptuelle (tendance à ne considérer qu'un aspect d'un stimulus).
Les deux premiers concepts abordés, dans le cadre théorique de la psychologie cognitive, la connaissance et la perception apparaissent ainsi comme intimement liés :
la perception est déterminée par nos connaissances antérieures, qui elles-mêmes sont les résultats de nos expériences auxquelles nous avons donné un sens. Cette remarque montre que la psychologie cognitive se démarque de toute approche linéaire des processus psychologiques.
Mais lindividu est rarement soumis à un seul stimulus. Il se pose alors un problème de sélection. Celle-ci est liée à un autre concept de la psychologie de la connaissance : le phénomène dattention.
II.2.4.2.2.3. L'attention
Un autre concept important de la psychologie cognitive est constitué par l'attention, qui interfère avec la perception. L'attention est perçue selon Glover et al. (1990), comme l'ensemble des ressources cognitives qu'une personne peut mobiliser face à une tâche ou une situation données.
Cette approche considère lattention comme un processus de mobilisation de ressources cognitives en vue de la réalisation dune tâche. Cette tâche peut se ramener à une simple prise dinformation qui, comme on le sait requiert de lattention. Mais lattention, cest aussi leffet produit par cette mobilisation de ressources cognitives. On retrouve là un dualisme processus/résultat caractéristique de la plupart des concepts psychologiques qui désignent souvent à la fois un processus et le résultat de ce processus.
La littérature sur le phénomène d'attention notamment Glover et al (1990), Gagné (1985), met l'accent sur l'existence de trois grands modèles, qui ont été l'objet d'expérimentations :
- le modèle de la sélection précoce de Broadbent (1958, 1975)
- le modèle du traitement atténué de Triesman (1964)
le modèle du traitement entier de Shiffrin (1976, 1977)
Le modèle de Broadbent repose sur l'hypothèse que l'attention portée à un stimulus intervient très tôt dans le processus d'analyse d'une information. L'attention sélective serait due à la faible capacité de traitement de l'information de nos registres sensoriels par lesquels se fait la perception. On explique ainsi la perte de la plupart des informations de l'environnement qui n'auront pas été l'objet d'un traitement.
Sur le plan didactique, lattention sélective pose le problème du volume et du débit dinformations à livrer dans le cadre dun enseignement. Les techniques de prise de note dans un cours ne devraient pas ignorer ces résultats de recherche. De même, dans un contexte plus statique, certains énoncés dans le cadre des activités de résolution de problème sont parfois surchargés dinformations qui ne sont pas toujours liées aux objectifs à évaluer. Il faut noter cependant, que cette surcharge dinformations peut correspondre à des intentions précises, dans le cadre de lévaluation des capacités de lapprenant à faire une discrimination entre les informations utiles et les données non pertinentes, face à une tâche donnée.
Les nombreuses expériences menées autour du modèle de Broadbent, par l'utilisation de la méthode des tâches d'écoute dichotomiques, notamment par Triesman ont fini par en déceler des limites certaines, ce qui devait conduire à la recherche d'un modèle plus performant.
Dans le modèle du traitement atténué, Triesman reconduit le principe des capacités limitées des registres sensoriels, mais leur associe l'existence de plusieurs canaux d'information utilisés simultanément. Les limites des capacités de traitement feraient alors que suivant les canaux empruntés, certaines informations sont entièrement traitées, alors que d'autres ne le sont que partiellement (Triesman et Geffen, 1967).
Enfin le modèle du traitement entier dit modèle de Shiffrin (1976, 1977) considère que l'attention sélective sur un stimulus se fait après le processus de reconnaissance de l'information, c'est-à-dire après son traitement. Les limites des capacités d'attention seraient dues plutôt aux limites de la capacité de rétention de la mémoire de travail, concept qui sera explicité ultérieurement.
Les modèles concurrents à propos du phénomène de l'attention, ont été appuyés, chacun en ce qui les concerne, par des résultats de recherche. Les différences entre les résultats obtenus seraient dues aux différences entre les ressources cognitives à mobiliser dans les tâches auxquelles les différents sujets étaient confrontés ( Nusbaum et Schab, 1986). Les ressources cognitives concernent la capacité de la mémoire, le nombre de canaux offerts aux intrants, l'effort cognitif etc.
Ainsi, le modèle de la sélection précoce de Broadbent se justifierait par la présence au niveau d'un sujet de procédures automatiques nécessitant très peu de ressources cognitives. La conduite d'une voiture constitue une belle illustration.
Le modèle du traitement atténué de Triesman a été testé sur des tâches à ressources limitatives (plus les ressources sont mobilisées, plus la performance est grande), alors que Shiffrin à surtout mené des expériences à partir de tâches à données limitatives (la performance est limitée par la qualité des données disponibles).
Ces résultats de recherche sur la perception et l'attention, particulièrement les limites établies des capacités de l'attention portée sur un stimulus et la relation de celle-ci avec la nature de la tâche constituent des données fondamentales pour les enseignants, particulièrement pour les disciplines scientifiques, où la résolution de problème est une activité centrale.
Mais les connaissances, qu'elles soient déclaratives, procédurales, conditionnelles ou stratégiques sont stockées dans la mémoire. Après les connaissances, la mémoire constitue l'un des concepts de base de la psychologie cognitive.
II.2.4.2.2.4. Mémoire et représentations
L'étude scientifique de la mémoire a débuté avec Hermann Ebbinghaus (1850-1909) utilisant la méthode expérimentale. Mais sa première publication nintervint quen 1885. Selon Glover et al. (1990), ce n'est qu'au début des années 1970 que des constructions théoriques valides ont été élaborées, qui ont fait faire d'énormes progrès à la description de la nature des phénomènes d'apprentissage, de la mémoire, le traitement et l' utilisation d'une information dotée de sens.
Lapproche de Ebbinghaus (1913) consiste à explorer la mémoire de manière expérimentale à partir de la mémorisation dinformations simples telles quune liste de syllabes sans signification particulière. Ebbinghaus cherchait à mesurer le pouvoir de rétention de la mémoire. Mais en même temps il jetait les bases dun paradigme de recherche qui allait durer près dun siècle.
Le paradigme de recherche sur la mémoire fondé par Ebbinghaus reposait sur les hypothèses suivantes :
1. Les mots sont les unités mentales de base du langage.
2. Lorsquon utilise les unités ensemble, elles se lient et forment des unités plus grandes.
3. Les comportements complexes et les séquences de pensée sont constitués à partir des unités simples.
4. Les mécanismes qui produisent lapprentissage et la mémorisation sont considérés comme automatiques.
Les théories sur la mémoire basées sur lapprentissage par cur et lextension de principes de base des comportements simples aux comportements complexes ne sintéressaient pas directement aux processus cognitifs complexes doués de sens, tout à lopposé de la psychologie cognitive.
En prenant la mémoire comme objet, les psychologues cognitivistes se sont posés un ensemble de questions :
- quelle est la nature des connaissances ?
- comment les connaissances sont-elles stockées ?
- ya-t-il une différence fondamentale entre un savoir et un savoir-faire ?
- notre expérience personnelle conduit-elle à un stockage spécifique dans les différents domaines de savoir ?
- la mémoire langagière est-elle différente de la mémoire imagée ?
- la mémorisation dévénements récents est-elle la même que celle dévénements plus lointains ?
Pour répondre à ces questions, des modèles ont été proposés et des théories élaborées.
Cest ainsi que Tulving (1972,1983, 1985) propose dabord de faire la distinction entre la mémoire épisodique et la mémoire sémantique.
La mémoire épisode est constituée par les traces de lexpérience personnelle : vécu, date, circonstances, contexte
Quant à la mémoire sémantique, elle renvoie à lenregistrement et au rappel des concepts et principes généraux. La mémoire sémantique nest pas associée à un lieu ou à un moment : elle contient lorganisation des connaissances que nous avons des mots, des concepts et comment ceux-ci sont associés.
La catégorisation de Tulving ne correspond pas à une distinction physique au niveau du cerveau. Il sagit plutôt dune séparation conceptuelle fonctionnelle, indispensable au chercheur. Bien que critiquée dans le fond, le dualisme mémoire épisodique/mémoire sémantique continue encore dalimenter la réflexion à propos de la nature des informations destinées au stockage et au rappel.
La distinction entre connaissances déclaratives et connaissances procédurales (Nevers et Anderson,1981 ; Anderson, 1983,1985), constitue un autre résultat sur létude de la mémoire. En effet elle est très fonctionnelle dans la description des connaissances que les apprenants doivent maîtriser. En réalité lapproche "déclaratif / procédural" est sous-jacente à de nombreux travaux sur les théories de lapprentissage ou les modèles de la connaissance (Gagné, 1977 ; Bloom et al., 1969).
Une question essentielle est cependant restée encore sans réponse: Comment les informations sont-elles stockées en mémoire ?
Alan Paivio (1971, 1986b) propose dans sa théorie du codage dual ou double codage, que linformation puisse être repérée en mémoire par deux composantes principales : linformation verbale et linformation visuelle.
Ainsi le système de codage verbal est adapté aux informations basées sur le langage et met laccent sur les associations verbales : mots, phrases, contenu des conversations, histoires, événements
Les informations non verbales sont stockées par un système de codage visuel.
Paivio et ses collègues ont mis en évidence limportance des référents concrets : les informations verbales associées à des images facilitent lapprentissage et la mémorisation.
La recherche sur la mémoire humaine sest enrichie ensuite dun courant qui a mis laccent sur la conservation de linformation en fonction du temps. Cest ainsi que les concepts de mémoire à court terme (MCT) et de mémoire à long terme (MLT) ont été avancés. (Broadbent, 1958 ; Brown, 1958 ; Melton, 1963). Plusieurs distinctions ont été faites entre la MCT et la MLT.
La mémoire à court terme mettrait en jeu les informations liées à des activités alors que la MLT constituerait les traces des structures dinformation. En dautres termes la MCT serait dépendante des activités électrochimiques du cerveau, alors que la MLT
concernerait les changements relativement stables dans la structure des cellules du cerveau. Cependant, alors que la mémoire à court terme déclinerait de manière autonome en fonction de lattention du sujet, la MLT repose quant à elle sur des traces irréversibles et stables.
Enfin, en matière de capacité de rétention, la mémoire à court terme est limitée alors que la mémoire à long terme a des capacités pratiquement illimitées.
Cette distinction a été un principe de base des premiers modèles de la mémoire. (Atkinson et Shiffrin, 1968). Mais des modèles plus récents privilégient les processus et les structures cognitives à la place du stockage de linformation (Anderson, 1983a ; Collins et Laftus, 1975 ; Jenkins , 1974).
Les unités cognitives de base ou « chunks » :
La mémoire humaine articulée avec la nécessité du sens apparaît comme constituée de structures cognitives. Cinq concepts ont été proposés dans ce nouveau paradigme de létude de la mémoire : les unités de base ou « chunks », les concepts, les propositions, les productions et les schèmes.
Le « chunk » est constitué de tout stimulus (lettre, nombres, symboles, mots, phrase) que notre expérience passée conçoit comme une unité. (Simon, 1986) Mais lunité des structures cognitives nest pas figée. Lapprentissage permet denrichir les « chunks » de la mémoire dun sujet par la construction de nouveaux « chunk » dans un processus de recodage. La capacité de la mémoire se mesure donc en « chunks », unités dinformation dont le contenu de symboles élémentaires est variable. Ce concept permet de mettre laccent sur limportance des connaissances initiales dans le processus de mémorisation.
Les concepts
Le concept est une structure mentale permettant de représenter une catégorie. Les éléments dune catégorie sont des exemples ou des instances : cest le processus dinstanciation du concept.
Les caractères similaires aux éléments dune catégorie sont appelés attributs. Les attributs essentiels qui permettent de définir un concept sont appelés attributs de définition. Lapprentissage dun concept requiert la découverte des attributs de définition et la règle ou les règles qui relient les uns aux autres.
Le tableau 22 suivant illustre la relation entre concept, attributs et instanciation.
Tableau 22 : Exemple d'illustration de la relation entre concept, attributs et instanciation.
EMBED Word.Picture.8
Létude du concept en psychologie cognitive a mobilisé les chercheurs dans lélaboration de théories. Le problème posé était de savoir comment identifier et acquérir des concepts.
La théorie de la structure conceptuelle basée sur des règles est due à Bruner(1956) et son équipe. Ces chercheurs ont montré que la plupart des individus résolvent le problème de lidentification des concepts en formulant des hypothèses sur les attributs pertinents, et choisissent leurs stimuli en fonction de cela. Mieux Bruner et ses collègues mettent en évidence un deuxième niveau didentification qui consiste à mettre laccent sur les règles qui lient les attributs spécifiques à un concept.
Les règles les plus simples incluent une affirmation (exemple: tout circuit électrique qui comporte un nud est un circuit dérivé), une négation (exemple: tout circuit électrique qui ne comporte pas de nud est un circuit série). Ici il ny a quun seul attribut, le nud.
La plupart des concepts étudiés mettent cependant en jeu plus dun attribut, et donc leur identification sappuie sur des règles plus complexes. Parmi celles-ci on note :
- des règles conjonctives: le concept se définit par deux attributs ou plus. Exemple : une substance chimique appartient à la famille des alcanes si elle contient exclusivement les éléments carbone (C) et hydrogène (H) et que sa formule chimique est du type CxH2x+2, (trois attributs obligatoires).
- des règles disjonctives: un objet est instance dun concept sil a lun ou lautre attribut. Exemple: un composé organique oxygéné contient lune des fonctions suivantes : la fonction acide carboxylique, la fonction alcool, la fonction aldéhyde, la fonction cétone
(un attribut suffit).
La théorie conceptuelle de lidentification des règles sest appuyée sur des travaux de laboratoire sur la formation des concepts. Mais ce contexte artificiel ajouté aux difficultés à classer rigoureusement les concepts suivant des règles de base a fini par révéler les limites de la théorie de Bruner et ses collègues.
Cest ainsi que des théories basées sur les prototypes furent élaborées (Rosch et Mervis, 1975 ; Rosch, 1978). Selon cette théorie, lappartenance à une classe conceptuelle est déterminée par le degré de similitude avec un exemple constituant un prototype.
Ces deux premières théories sur les concepts ont permis de classer plusieurs phénomènes naturels simples. Elles ont été donc relativement efficaces pour les sciences expérimentales comme la physique et la chimie. Cependant, elles ont rencontré des difficultés réelles à développer des catégories claires pour des concepts abstraits. Cest pourquoi, des chercheurs ont suggéré une théorie intégrant à la fois les règles et les prototypes, mais par une approche probabiliste (Wattenmaker, 1986). Lapproche probabiliste ou statistique consiste à faire la somme des attributs dappartenance et à faire la comparaison avec un critère implicite enregistré dans la mémoire du sujet. Si un objet atteint un seuil critique de propriétés caractéristiques du concept, il est considéré comme un exemple ou instance du concept.
Cependant, lidentification et lapprentissage des concepts ou leur utilisation dans des tâches ne sont pas des démarches cognitives neutres. Cest pourquoi, les différentes théories que nous venons de présenter à propos des concepts mettent toutes en évidence
des différences culturelles très marquées, même pour des sphères géographiques relativement voisines telles que les pays de lEurope de lOuest (Schwanefluged et Rey, 1986). Ces différences sont naturellement plus marquées pour les concepts abstraits tels que « juste », « honnête », « sage »
Cependant quelle que soit la culture, il est souhaitable que lapprentissage conduise à une cohérence conceptuelle. Murphy et Medleu (1986).
Les propositions
Le troisième niveau des structures cognitives est constitué par les propositions. Une proposition est la plus petite unité de connaissance énoncée sous-forme dassertion isolée et à propos de laquelle on peut émettre un jugement du type vrai ou faux (Anderson, 1976). Cest le moyen le plus courant par lequel les psychologues cognitivistes représentent les connaissances déclaratives, spécialement, les informations de type linguistique (Anderson, 1976 ; Rumelhart et Norman, 1978).
Certaines propositions ont des éléments en commun. Elles peuvent alors être articulées par des chaînes propositionnelles pour déboucher sur une production : cest le quatrième niveau des structures cognitives. Une production peut être définie comme un ensemble de conditions et de règles daction qui déterminent la réalisation dune action et les conditions dans lesquelles cette action devrait être réalisée. (Glover et al., 1990)
Les productions
A l'image des propositions considérées comme les unités de base des connaissances déclaratives, les productions permettent d'exprimer des connaissances procédurales. Selon Anderson (1983) les productions peuvent être envisagées en termes de conditions, et de règles d'action permettant qui édictent les conditions dans lesquelles une action peut avoir lieu.
Exemple : En travaux pratiques d'électricité : si vous voulez limiter le courant qui traverse votre circuit, utilisez un rhéostat en montage potentiométrique.
Les productions ont un caractère mécanique : si les conditions sont réunies, l'action a lieu ou l'effet est observé. Mais l'idée de production présente plusieurs avantages.
D'abord, le concept de production rend bien compte de la nature automatique de la plupart des activités cognitives, mais également, il joue un rôle important dans la modélisation des processus cognitifs simulés par l'ordinateur.
Les productions sont, comme les propositions, organisées en réseaux appelés systèmes de productions. A partir de ces réseaux, plusieurs productions peuvent être activées à un moment donné. Les résultats sont testés à partir des connaissances courantes. Les résultats de l'application de ces productions permettent de modifier le contenu de la mémoire, d'actionner de nouvelles connaissances qui, à leur tour sollicitent de nouvelles productions. Les productions sont donc à la base de la dynamique des processus cognitifs.
Les schèmes
Enfin, le cinquième et dernier niveau de structure cognitive est constitué par les schèmes. La théorie des schèmes remonte très loin (Bartlett, 1932). Sa prégnance en psychologie sinstalle dans les années 1970 (Piaget, 1970), mais surtout dans létude de la mémoire humaine.
Les « chunk » et les « concepts », en tant que structures cognitives ont été utiles aux théoriciens de la mémoire intéressés par la question de savoir comment des unités spécifiques de connaissances sont stockées dans la mémoire humaine et comment elles sont rappelées.
Les concepts de « proposition » et de « production »se sont révélés pertinents pour la recherche sintéressant à une échelle dorganisation plus grande de la mémoire et à la question de savoir comment le savoir est utilisé pour interpréter notre expérience. La théorie des schèmes sinscrit également dans cette problématique.
Le schème est un savoir organisé sous formes de représentations complexes, qui contrôlent lencodage de la nouvelle information, son stockage en mémoire et son rappel en vue de son utilisation ( Rumelhart, 1980a, 1981, 1984).
Selon Rumelhart (1981), les schèmes sont les structures fondamentales sur lesquelles repose tout le système de traitement de linformation. Ce sont des structures hypothétiques de données dans lesquelles les connaissances stockées en mémoire sont représentées, une sorte de réceptacles organisateurs de lencodage. Cest un réseau de productions permettant dutiliser nos connaissances et dinterpréter notre expérience.
La théorie des schèmes sest révélée plus attrayante pour les éducateurs parce quelle aborde des problèmes quotidiens des apprenants et des enseignants. Même critiquée pour sa généralité, elle occupe cependant dans les recherches en psychologie une place plus importante que les théories des concepts. Initialement développé pour expliquer les phénomènes de perception et de mémoire, le concept de schème est devenu récemment un élément-clé dans la théorie de la résolution de problème (Gick et Holyoak,1983 ; Holyoak,1985 ; Rumelhart, 1984). La résolution de problème se révèle être lactivité intellectuelle supérieure qui nécessite une représentation initiale de la tâche en termes de schèmes et la construction dun espace-problème. Ces aspects sur la résolution de problème seront repris et précisés ultérieurement.
Retour à la mémoire :
Les structures cognitives que nous venons de passer en revue dans le modèle de traitement de linformation constituent des hypothèses sur la forme que peuvent prendre les informations et les connaissances. Mais il reste encore à faire une sorte de topographie de la mémoire. Quest-ce donc la mémoire ?
De nombreux modèles ont été proposés pour répondre à cette question. Dans les années 1970, les modèles de mémoire les plus dominants étaient des modèles basés sur le stockage de linformation tels que ceux de Waugh et Norman (1965) et de Atkinson et Shiffrin (1968). Ces modèles décrivaient la cognition humaine comme le fonctionnement dun ordinateur, un système de traitement de linformation, avec des étapes séquentielles au cours du passage des récepteurs et registres sensoriels, à la mémoire à court terme (MCT), puis à la mémoire à long terme (MLT).
Cette approche séquentielle de la cognition a cependant rapidement montré ses limites. La cognition nest pas un processus divisible de manière mécanique. Par exemple, on a mis en évidence linfluence exercée sur la perception par les connaissances initiales contenues dans la mémoire à long terme. Cette réalité peut difficilement se décliner dans un schéma linéaire, comme le suggère le modèle computationniste.
Ces modèles computationnistes apparaissent statiques et incapables de prendre en charge la plupart des structures cognitives de nature essentiellement dynamique, qui permettent dinterpréter et de restructurer les nouvelles informations pour les insérer dans les anciennes connaissances.
La remise en cause de ces modèles rigides a conduit à des modèles de mémoire sappuyant sur une structure de réseau. Dans ces modèles, les connaissances sont représentées par une toile ou des réseaux. Les réseaux sont conçus comme étant constitués de nuds (unités cognitives = « chunks », concepts, propositions, productions, schèmes) et des liaisons qui unissent les unités cognitives. Cest dans ces réseaux que se déroule le processus de mémorisation.
Deux modèles en réseaux ont particulièrement retenu lattention des chercheurs en psychologie cognitive.
Le modèle de Collins et Quillian (1969) ou « Teachable Langage Comprehender (TLC) » amélioré par Collins et Loftus (1975), a été spécialement élaboré pour la mémoire sémantique. Dans ce modèle, la mémoire pourrait être représentée par un réseau sémantique organisé en structure hiérarchique: les nuds sont des concepts hiérarchisés, les liaisons sont les attributs des concepts. Quand la mémoire est sollicitée, lactivation se propage à partir du nud stimulé par lintermédiaire des liaisons. Lactivation sélargit aux nuds directement liés au nud stimulé.
Mais le modèle TLC est limité par lobjet quil sest choisi: la mémoire sémantique. Le modèle le plus explicite de la mémoire et de la cognition est peut-être le « ACT Model » de Anderson. (Anderson, 1976, 1983a, 1983b). Anderson avait pour ambition délaborer un cadre théorique simple capable de prendre en charge tous les aspects de la cognition : principe dencodage initial de linformation, du stockage, du rappel, que ce soit des connaissances déclaratives ou procédurales.
Anderson propose des unités cognitives de base ou unités modales à dimension variable (mots à signification nominale, images, propositions mots), ensemble déléments
(relations entre les unités et arguments des propositions). Les concepts dactivation et de propagation sont reconduits comme dans le modèle de Collins et Quillian (1969) et tous les modèle en réseaux. Le point de départ de lactivation est appelé point focal.
Le modèle de Anderson a été à lorigine de nombreuses recherches. Du fait de son étendue, il a été adapté à la fois à létude de la mémoire mais aussi aux investigations sur dautres processus cognitifs tels que la résolution de problème.
Malgré le progrès que constituent les modèles de la mémoire et de la cognition conçue en termes de réseaux (Collins et Quillian, 1969 ; Collins et Loftus, 1975 ; Anderson, 1976, 1983a, 1983b) la base reste encore computationniste (Atkinson et Shiffrin, 1968). Les ordinateurs, en plus davoir fourni des modèles cohérents qui ont servi de base à lexplicitation de nombreux aspects de la cognition humaine, y compris la résolution de problème, ont également permis de simuler certains processus mentaux et tester des hypothèses sur le fonctionnement intellectuel de lêtre humain.
Mais ces modèles sont du même coup dépendant de larchitecture des ordinateurs qui, pour lessentiel sont encore du type Von Neumann. Ils fonctionnent sur la base dun enchaînement de traitements en série : les programmes informatiques consistent alors en une série dinstructions que lordinateur exécute très rapidement les unes après les autres.
Les recherches en neurosciences ne semblent cependant pas confirmer ce modèle par rapport aux connaissances disponibles sur le cerveau humain.
Les neurosciences sont constituées par un ensemble de disciplines scientifiques qui se consacrent à létude du système nerveux, tant du point de vue anatomique que fonctionnel : neurologie, neurophysiologie, neurochimie, neurobiologie, neuropsychiatrie, neuro-endocrinologie, neuroembryologie
Chacune de ces parties des neurosciences cherche à répondre à une question spécifique liée à lanatomie et au fonctionnement du cerveau. Par exemple, la neurobiologie cherche à répondre à la question centrale de la psychologie en essayant didentifier les constituants du cerveau qui provoquent tel ou tel comportement sils sont excités électriquement. Il sagit ici de faire une sorte de carte de localisation cérébrale et une théorie électrochimique du comportement.
Une partie des neurosciences actuelles se préoccupe spécialement de comprendre la nature des relations entre le cerveau (brain) et lesprit (mind)., entre structures neuronales et activités mentales. En dautres termes, lesprit peut-il se confondre avec le cerveau ? Le fonctionnement neuronal peut-il rendre compte des activités cognitives ? Ou encore, lapprentissage peut-il sexpliquer par lactivation de certains réseaux neuronaux ?
Ces préoccupations ne sont pas nouvelles mais la recherche, les modes exploratoires, les données expérimentales, les observations systématiques de certaines pathologies, ouvrent des voies nouvelles dans la compréhension de phénomènes « classiques » tels que la perception, les émotions, lapprentissage, la mémoire, le langage
A ce propos deux résultats importants sont mis en évidence :
- les ordinateurs sont plus rapides que le cerveau humain : exemple lordinateur Gray-2 Super computer des années 1990 peut effectuer 4,5 billions dopérations par seconde
- le cerveau humain est plus puissant que lordinateur le plus sophistiqué dans beaucoup de tâches, et peut travailler sous plusieurs contraintes, contrairement aux programmes informatiques.
Or, même sil y a plusieurs processus cognitifs qui se font en série, dans la plupart des tâches naturelles de cognition, lêtre humain est obligé de prendre en charge plusieurs contraintes tout en explorant en même temps plusieurs possibilités. Sa démarche cognitive nest pas linéaire, mais connexionniste.
En opposition aux théories du traitement de linformation, les théories connexionnistes estiment que le monde que connaît lindividu est un monde construit par lui, par lintermédiaire de ses expériences. Ces expériences provoquent « lémergence détats globaux parmi des ensembles neuronaux résonnants » (Varela, 1989, p. 76), et le sens serait lié à des états particuliers de ces réseaux neuronaux (relations particulières entre neurones), états qui se retrouveraient identiques à chaque fois que lindividu est confronté au même ensemble de stimuli.
En neurophysiologie, un réseau neuronal est un système extrêmement dense de neurones interconnectés entre eux par des synapses, et susceptibles dêtre excités pour remplir certaines fonctions. Un neurone peut être connecté avec 5000 autres neurones (Bonnet, 1993 p.647).
Dans le contexte des sciences cognitives (informatique, intelligence artificielle, psychologie cognitive
), un réseau neuronal artificiel est un modèle dautomate formel conçu sur lanalogie des réseaux neuronaux du système nerveux, pour « modéliser » le fonctionnement du cerveau humain, et notamment des processus dapprentissage.
Un « réseau neuronal formel » a été ainsi imaginé en 1943 par « le logicien-neuropsychiatre-philosophe-cybernéticien Warren S. McCulloch et le mathématicien Walter Pitts. Ce modèle connu sous le nom de « neurone de McCulloch et Pitts », « servira de référence pendant plus de quarante ans à bien des chercheurs en sciences cognitives» (Tête et Pelissier, 1995).
En 1948, dans un article célèbre, le psychologue Donald Hebb, suggéra pour la première fois « que lapprentissage pouvait être basé sur les modifications du cerveau émanant du degré dactivité corrélé entre les neurones (Varela, 1989, p. 76).
A la suite Rosenblatt crée en 1958 le « Perceptron », machine construite sur le modèle des réseaux neuronaux, et conçue pour percevoir et reconnaître des formes. Initialement ces modèles artificiels utilisèrent, pour remplacer les neurones, des « tubes à vide » fonctionnant sur un modèle binaire (0, 1). Par la suite, ces tubes furent remplacés par les transistors, puis les puces électroniques.
Aujourdhui, les modèles de McCulloch et Hebb sont développés en intelligence artificielle par le courant connexionniste à partir de « réseaux neuronaux » qui ont la particularité de secréter de lordre et sils sont correctement conçus, et dêtre dotés de la capacité dapprendre.
Selon le point de vue connexionniste, la signification émerge ainsi progressivement dun état particulier du réseau (les poids synaptiques des différentes connexions, entre neurones). Ce processus est à mettre en relation avec le concept dénaction introduit par le biologiste Francisco Valera, concernant le fonctionnement du cerveau humain.
Lénaction est selon Valera, la capacité du cerveau humain à faire émerger du sens à partir de stimuli multiples non organisés. Valera appelle énaction, la caractéristique « la plus importante de notre cognition vivante, la faculté de poser les questions pertinentes qui surgissent à chaque moment de notre vie. Elles ne sont pas prédéfinies mais énactées, on les fait émerger sur un arrière plan. » (p.91).
Pour Valera (1989), « lintelligence la plus profonde et la plus fondamentale nest pas lintelligence de lexpert mais lintelligence du bébé qui acquiert le langage à partir dun flot quotidien de bribes dispersées ou encore qui reconstitue des objets signifiants à partir dun flux informe de lumière. » (p.56).
Cette faculté qua le cerveau humain de faire émerger des significations, de créer du sens, à partir dun ensemble chaotique de stimuli, cest lénaction.
Le connexionisme fait bien entendu disparaître le niveau symbolique, le concept de représentation, le traitement séquentiel des données, et postule que le monde que nous connaissons nest pas prédéfini, mais un monde que nous créons par lintermédiaire de nos connaissances. Le monde tel que nous le percevons dépend de celui qui le perçoit. Alors que dans le modèle du traitement de linformation lesprit humain fonctionne sur la base dune computation symbolique, le connexionisme quant à lui repose sur une émergence sub-symbolique.
Valera admet cependant que « les deux approches sont complémentaires, lune ascendante, lautre descendante. » page 80. De son point de vue «
la relation la plus intéressante entre l émergence subsymbolique et la computation symbolique est une relation dinclusion. » (p. 80)
Le concept dénaction permet de donner un nom à une activité de lesprit que lêtre humain a souvent expérimentée : la capacité de faire émerger du sens à partir dun ensemble de stimuli qui nen contient à priori aucun, la capacité à poser les questions pertinentes, le fameux « bon sens » dont les ordinateurs sont, pour le moment, dépourvus. Pour Valera, si lhomme est un ordinateur, il est évident que ce nest pas un ordinateur de type Von Neumann.
Lénaction est un concept central du connexionisme, théorie qui affirme que la perception ne fonctionne pas uniquement à partir de symboles, mais également à partir du traitement distribué de linformation, effectué par les réseaux neuronaux qui se sont constitués par lintermédiaire de lexpérience de lindividu.
Cest compte tenu des caractéristiques du cerveau humain et de ses performances quun groupe de chercheurs cognitivistes (Mc Clelland, Rumelhart et Hinton, 1986) ont proposé de remplacer le modèle computo-symbolique par des modèles connexionnistes plus proches du modèle du cerveau humain. Parmi eux, le « Parallel Distributed Processing (PDP) » ou Modèle du Traitement Parallèle.
Dans le PDP, ce ne sont pas les unités dinformation qui sont stockées dans la mémoire à long terme, mais les lignes de connexion entre les unités simples de traitement.
Les connaissances sont ici logées sur les lignes de connexion qui relient des unités de traitement. Les connaissances relatives à un domaine spécifique ne sont pas logées dans une unité particulière, mais distribuée dans le réseau à travers un très grand nombre dunités simples de traitement. On parle alors de représentation distribuée. Les unités de traitement ressemblent beaucoup aux neurones ou à un assemblage de neurones et les unités de traitement à des synapses.
Mais les concepteurs du PDP ne considèrent pas ce modèle comme une alternative aux modèles basés sur les hiérarchies sémantiques ou les représentation par réseaux. Selon eux, il sagit plutôt dune voie pour comprendre davantage comment les entités abstraites sont conservées et comment elles interagissent les une sur les autres. De plus des recherches sappuyant sur le PDP dans des domaines variés, (Rumelhart, Mc Clelland et le PDP Groupe, 1986 ; Clelland, 1988), montrent que les modèles connexionnistes sont sans doute appelés à influencer davantage les recherches en psychologie cognitive. Ils ont lavantage de leur pouvoir attractif, aussi bien pour les spécialistes de linformatique que pour les psychologues cognitivistes. De nos jours de plus en plus dordinateurs fonctionnent avec plusieurs processeurs capables de fonctionner indépendamment ou en même temps.
Comme le montre cette revue de la littérature, le concept de mémoire est bien au cur de la cognition humaine. Les investigations parties du modèle computationniste ont à leur tour engendré un autre type dordinateur capable de se rapprocher du fonctionnement du cerveau et de la cognition humains.
Parmi les processus pris en charge par les modèles cognitivistes, la résolution de problème a été lobjet dune attention particulière.
II.2.4.2.2.5. Problème et résolution de problème.
Du point de vue psychologique, « il y a problème chaque fois quun but ayant été fixé, on na pas encore identifié les moyens de latteindre» (Gagné, 1985, p. 138) ou encore « il y a problème lorsquun obstacle sépare notre état actuel dun autre désiré. » (Glover et al., 1990, page 49). Ces deux définitions mettent en évidence deux pôles fondamentaux du problème : la situation de départ et le but à atteindre.
Il est remarquable déjà de constater que limportance de la situation de départ dans les conceptions des enseignants face à la résolution de problème. Cétait un des résultats de notre recherche exploratoire.
Résoudre un problème revient donc à trouver les moyens et leurs combinaisons efficaces pour aller de la situation de départ au but à atteindre.
Newell et Simon (1972) affinent cette vision bipolaire et développent une vision spatiale par le biais du concept despace-problème. Lespaceproblème comprend les dimensions suivantes :
Tableau 23 : Lespace-problème de Newell et Simon (1972)
1. un ensemble déléments, chacun représentant une unité de connaissance à propos de la tâche à faire dans le cadre du problème posé ;
2. un ensemble dopérateurs qui sont des procédures pour combiner les unités dinformation et produire de nouvelles connaissances à partir des connaissances antérieures ;
3. un état initial des connaissances à propos du problème spécifique ;
4. le problème lui-même décrivant le but à atteindre par lapplication de procédures ;
5. lensemble des connaissances du sujet à propos du problème spécifique, mais aussi à propos de méthodes de résolution, de validation dune démarche, de lévaluation dune solution obtenue.
(Glover et al. , 1990, p. 158).
Lespace-problème inclut donc le processus de résolution, les procédures et les contraintes. On peut cependant noter dors et déjà le manque de sensibilité par rapport à la dimension affective et /ou conative : résoudre un problème, cest certainement dabord reconnaître quil y a problème et sengager de manière affective, cognitive tout en évaluant la somme defforts à fournir. Ces trois niveaux dengagement sont naturellement interactifs au lieu dêtre disjoints.
Les approches de Newell et Simon (1972), Gagné (1985) Glover et al. (1990) induisent également une autre typologie de problème.
C'est ainsi quen prenant comme critère le but recherché, on aboutit à une typologie dichotomique permettant de distinguer les problèmes à but défini (well defined problems) et les problèmes à but indéfini (ill defined problems). Du point de vue des connaissances en jeu (le contenu sur lequel portent les questions posées), on peut définir des problèmes à contenu général (exemple: le puzzle, Tour de Hanoï), et des problèmes à contenus disciplinaires spécifiques (physique et chimie, mathématiques), (Chi et al. 1993).
Greeno(1978), cité par Richard(1990) propose une typologie avec comme critère le résultat attendu associé au type de traitement de l'information initiale, à la tâche à réaliser. Il distingue ainsi :
- des problèmes d'induction de structures
- des problèmes de transformation
- des problèmes d'arrangement
Dans les problèmes d'induction de structures, la tâche la plus importante consiste à identifier la structure de relations entre un ensemble d'éléments. Les réponses sont proposées ou à produire.
Dans les problèmes de transformation, la tâche consiste à produire un enchaînement d'opérateurs permettant d'aller de la situation de départ au but recherché. Le problème de la Tour de Hanoï constitue un exemple typique.
Les problèmes d'arrangement posent comme tâche de trouver un ou plusieurs arrangements à partir d'un ensemble d'éléments et sur la base de critères fixés. La littérature sur la psychologie cognitive fournit à ce propos de nombreux exemples darrangements sous forme de cryptogrammes et d'anagrammes.
Certains problèmes sont en réalité des combinaisons de ces différents types.
Exemple : le jeu d'échec est un problème de "transformation/arrangement".
La résolution de problème dans ses aspects généraux, a été lobjet de nombreuses recherches. Une des questions qui a dabord mobilisé les chercheurs était didentifier des stratégies de résolution applicables dans nimporte quel contexte.
Les travaux de Newell et Simon (Human Problem Solving, 1972) ont constitué une étape marquante de la recherche sur la résolution de problème, dans le contexte de la psychologie cognitive. Ces deux chercheurs ont développé pendant une quinzaine dannées un programme de recherche dont les résultats ont été publiés en 1972, jetant les bases de lintelligence artificielle (IA).
Lhistoire de lintelligence artificielle a été en effet fortement marquée par Alan Newell et Herbert Simon, deux chercheurs américains de lUniversité Carnegie-Mellon. Gardner (1992) rend compte de la genèse de leur contribution sur lintelligence artificielle dans le passage suivant :
« Pendant lété 1956, une dizaine de jeunes universitaires spécialisés en mathématiques et en logique se sont réunis sur le campus de Dartmouth College à Hanover (New Hampshire). Leur but : une discussion sur les possibilités de réaliser des programmes informatiques qui puissent « se comporter » ou « penser « intelligemment. Comme ils lont annoncé dans leur projet remis à la Fondation Rockefeller: « Létude proposée sappuiera sur lhypothèse que chaque aspect de lapprentissage ou toute autre caractéristique de lintelligence artificielle peuvent en principe être décrits dune façon suffisamment précise pour quune machine puisse les simuler. » (p. 163).
Parmi eux se trouvaient Marvin Minsky, de Harvard, Mac Carthy (auteur présumé du terme intelligence artificielle), Alan Newell, et Herbert Simon (futur Prix Nobel déconomie) tous quatre considérés comme les pères fondateurs de lintelligence artificielle.
Travaillant depuis 1952 sur la réalisation de programmes informatiques de haut niveau, Newell et Simon présentent en 1956, à Dartmouth, un programme capable de démontrer un théorème de logique propositionnelle. « Logic Theorist », le premier programme dintelligence artificielle (IA) digne de ce nom apporte la preuve que lIA peut simuler des modes de résolution de problèmes identiques à ceux des humains.
Simon, qui a soutenu sa thèse en 1943 sur les processus de décision dans les organisations est un spécialiste du « raisonnement humain en situation. »
Inspirés par la cybernétique de Wiener (1961), et persuadé quune machine peut simuler le comportement humain. Newell et Simon sappuient sur lobservation des modes de résolution utilisés par des hommes réels face à une tâche précise, pour créer les protocoles de résolution de problème du programme (les premiers de lIA) : formation dun but, mesure de lécart, planification, optimisation
Ils utilisent également des formalismes logico-mathématiques, comme par exemple les syllogismes du type [si a implique b est vrai], [si b implique C est vrai], [ alors a implique C est vrai]. Ils résolvent aussi quelques problèmes techniques de structuration de linformation soutenue dans les programmes (couches, structures, listes
). Toutes ces approches auront par la suite, une importance capitale pour lIA et la psychologie cognitive.
Tandis que Newell poursuit ses travaux en IA, Simon poursuit ses observations du comportement humain en situation de décision. Il sait que les individus ne sont pas aussi «rationnels » quon la cru jusquà présent : leurs processus de décision sapparentent plus à des heuristiques adaptées aux contraintes de la situation quà des algorithmes. Les algorithmes sont des stratégies qui produisent à coup sûr des solutions (par exemple les règles de multiplication), tandis que les heuristiques sont des stratégies plus incertaines, dont on se sert quand le problème est mal défini ou quand les règles ne sont pas connues.
Ensemble, Newell et Simon rédigent en 1972, une uvre majeure dont linfluence sur les programmes ultérieurs de recherche fut décisive : Human Problem Solving.
Newell et Simon y présentent un programme très ambitieux, le GPS (General Problem Solver). Selon Richard J-F (1990) : « Cest un modèle général de résolution de problème basé sur une heuristique puissante de construction de sous-buts. Cette méthode consiste à faire une liste des différences entre la situation initiale et la situation-but, à ordonner ces différences, à rechercher un opérateur dont leffet permet de faire disparaître la différence .» (p. 260).
Le GPS est capable de résoudre nimporte quel problème de logique ou de mathématique : jeu déchecs, théorèmes, « Tour de Hanoï », "missionnaires et cannibales », ou encore des cryptogrammes comme celui rapporté par Glover et al. (1990, p. 154) :
« Pouvez-vous résoudre laddition ci-dessous, sachant que D = 5 ? Il y a dix lettres en tout et chaque lettre représente un chiffre. »
Le GPS, selon les auteurs, permettrait de modéliser la pensée humaine dans la résolution de problème, et lordinateur, correctement programmé simulerait ainsi le traitement humain de linformation.
Si par exemple, vous tentez de résoudre laddition « Donald + Gerald », toutes les opérations mentales que vous conduirez jusquà la solution correcte (y compris les hypothèses, les échecs, les impasses, les fixations, les retours en arrière) peuvent être réalisées par un ordinateur.
Une des critiques adressées à Newell et Simon a été que lordinateur ne faisait finalement que ce pour quoi il était programmé, et ne résolvait en fait que des problèmes logico-mathématiques.
Cependant le GSP resta longtemps une grande source dinspiration pour de nombreux chercheurs. Par leur manière dappréhender le problème de symbolisation informatique, Newell et Simon jetèrent les bases de la différenciation des informations en base de données et règles de production (des connaissances et des opérations sur les connaissances), ce qui allait ouvrir la voie aux systèmes experts.
La méthode utilisée dans les recherches sur le GPS consistait à demander à des sujets généralement adultes de verbaliser leur démarche pendant quils tentaient de résoudre des problèmes portant sur des contenus généraux non disciplinaires. Ces problèmes reposaient sur des situations artificielles, qui faisaient appel à beaucoup de connaissances générales et peu de connaissances spécifiques. Cest ainsi que selon Glover et al. (1990), le GPS a permis didentifier trois grandes stratégies générales de résolution de problème :
le «Hill Climbing» que nous traduisons par « gravir la colline», ou démarche ascendante : cette stratégie repose sur lhypothèse que tout ce qui fait avancer, cest-à-dire qui rapproche du but est « bon à prendre.» Pour cela on la qualifie de stratégie de proximité.
Cependant le « Hill Climbing » sest révélé inefficace pour des problèmes nécessitant dabord une distanciation pour accéder à la solution.
le « Means-Ends Analysis » ou stratégie des étapes intermédiaires. Cest également une stratégie de proximité. Mais elle sappuie sur la définition détapes intermédiaires entre la situation de départ et le but à atteindre.
la stratégie du fractionnement consiste à subdiviser un problème en sous-problèmes.
La résolution des sous-problèmes devait correspondre à la solution du problème initial.
Ces stratégies générales qui constituent le Général Problem Solving (GPS), se sont révélées efficaces dans les contextes où elles ont été mises en uvre : problèmes artificiels nécessitant peu de connaissances spécifiques.
Selon Glover et al. (1990), les faiblesses du (GPS) se révèlent face aux problèmes réels de la vie, et pour des situations qui nécessitent des connaissances spécifiques. Néanmoins les stratégies générales peuvent servir de base à des stratégies plus spécifiques.
A la suite des travaux de Newell et Simon, de nombreuses tentatives pour mettre au point des heuristiques de résolution de problème ont été élaborées. Glover et al. (1990), ont fait le bilan de plusieurs programmes de développement dheuristiques de résolution de problème. Mais à limage du General Problem Solving (GPS), tous ces programmes (de Bono, 1973 : « The CoRT Thinking Materials », (Covington, Crutchfield, Davies & Olton, 1974 ; The Productive Thinking Program »), (Feuerstein, Rand, Hoffman and Miller, 1980 : Feuersteins Instrumental Enrichment), (Brandsford et Stein, 1984 : The IDEAL probem Solver), nont pas donné de résultats concluants.
Cependant le GPS a été à la base du développement de systèmes experts en intelligence artificielle (IA).
Un système expert est un programme informatique qui se propose de simuler le comportement dun expert dans un domaine de connaissance particulier : médecine, comptabilité, recherche pétrolière
Un système-expert est constitué de trois éléments : une base de données, des règles de production et un moteur dinférences. La base de données doit être organisée selon les règles de production.
Delahaye J-P (1987), présente ainsi un système-expert :
« Au début des années soixante-dix, une nouvelle sorte de programmes informatiques a été élaborée : les systèmes-experts.
De manière simplifiée, on peut les définir en disant que ce sont des logiciels qui prétendent pouvoir se substituer aux experts dun domaine particulier (médical, financier, géologique, etc. ), et dont la structure fondamentale comporte les éléments suivants :
1. Une base de connaissances, le plus souvent divisée en assertion (appelées faits) et en règles (appelées aussi règles de production) qui, par exemple, sont de la forme :
SI (condition) / Alors (conclusion)
Cette base de connaissances est codifiée dans un langage de représentation des connaissances qui, bien sûr est symbolique, mais qui, malgré tout, peut être proche du langage naturel.
2. Un ensemble dalgorithmes de manipulation de la base de connaissances appelé moteur dinférences, qui rend le système apte à « raisonner » à partir de faits et règles, pour inférer de nouveaux faits.
3. Un certain nombre dinterfaces, plus ou moins sophistiqués, permettant aux experts (en général assistés dinformaticiens spécialisés) de constituer, de modifier, de compléter, les bases de connaissances et aux utilisateurs de les interroger. Le plus souvent la possibilité dobtenir lexplication des raisonnements du moteur dinférence est prévue. » ( p. 3-4).
« Après une période où chaque système-expert possédait son propre langage de représentation des connaissances, son propre système dinterfaces, sont apparus des systèmes-experts généraux (appelés aussi : systèmes-experts nus / systèmes essentiels / Schell) comportant tout ce qui définit un système expert sauf la base de connaissance, cest-à-dire sauf lexpertise particulière dun domaine donné.
Ces systèmes généraux permettent de développer rapidement de nouveaux systèmes-experts, puisque pour cela il suffit de créer de nouvelles bases de connaissances (opération appelée instanciation du système essentiel). » ( pp. 3-4).
Le fonctionnement dun système expert génère de nouvelles informations. La machine devient de plus en plus efficace, lexpertise sélargit jusquau moment où les règles fournies au départ entrent en conflit de manière trop sérieuse avec des inférences non prévues effectuées par le système, cest-à-dire jusquà ce que celui-ci devienne « fou » ou refuse de fonctionner.
La psychologie cognitive a donc permis dexplorer à fond le processus de résolution de problème dans le cadre général. Le GPS, malgré ses limites a permis de rationaliser lanalyse de ce processus cognitif complexe. Mieux, le manque de consistance des
résultats des recherches portant sur les stratégies générales de résolution de problème peut être interprété comme une indication sur le rôle des connaissances spécifiques. Le cadre théorique restreint donnera loccasion de faire le point sur les recherches sur la résolution de problème dans des contextes disciplinaires comme la physique et la chimie.
Synthèse sur le cognitivisme
Le cognitivisme se révèle ainsi comme un cadre théorique riche de possibilités dexpliciter les bases des comportements cognitifs. Son impact sur léducation sélargit de plus en plus malgré la résistance implicite des bases béhavioristes traditionnelles.
Cependant, malgré ou à cause de cette vitalité, le cognitivisme est traversé par un débat continu, parfois passionné, mais surtout destiné à affiner les concepts et les méthodes, pour une plus grande efficacité dans la compréhension de la cognition humaine. On peut considérer, pour reprendre lanalyse de Kuhn (1983) sur la structure des révolutions scientifiques, que le paradigme cognitiviste est encore dans sa phase de consolidation. Il est actuellement lobjet de nombreux débats.
Le paragraphe suivant sera consacré à une brève revue des termes du débat actuel autour du cognitivisme.
II.2.4.3. Débats actuels sur le cadre cognitiviste
Les résultats de la recherche exploratoire avaient mis en évidence la nécessité délaborer un cadre théorique plus large et plus approfondi pour fonder les bases de notre recherche axée sur la résolution de problème en physique et chimie. La revue de la littérature nous a permis dexpliciter les concepts en jeu dans un processus dabord psychologique, correspondant à un comportement spécifique.
Le béhaviorisme, le courant associationniste le plus élaboré, parce quayant défini des méthodes explicites qui lui sont propres, a longtemps marqué et continue encore dinfluencer le champ de léducation et de la formation.
Les limites théoriques du béhaviorisme et son infirmation par des données empiriques, notamment les données linguistiques ont été cependant sans appel. Le béhaviorisme a eu cependant des succès réels dans le champ éducatif. Il a inspiré de nombreux programmes éducatifs et engendré des modèles dapprentissage hélas marqués par les principes sous-jacents du conditionnement humain.
Le cognitivisme, à la suite du déclin programmé du béhaviorisme, sest progressivement imposé, du moins au niveau théorique, et dans le discours des praticiens de léducation et de la formation.
Le constructivisme, chronologiquement, le premier courant cognitiviste, principalement les contributions de Piaget et de Vygotski, ont apporté des éclairages décisifs sur le développement cognitif, malgré leurs itinéraires croisés. En effet, alors que le développement intellectuel chez Piaget sappuie sur des stades qui déterminent lapprentissage dans une dynamique qui va de lintra-psychique vers linter-psychique, Vygotski postule le mouvement inverse. Même si le psychologue russe concède lexistence détapes, cest pour relativiser leur caractère décisif en sintéressant surtout à la zone proche de développement (ZPD).
La psychologie cognitive en partant de bases théoriques sur la structure des connaissances et sur les processus de traitement de linformation a fourni des concepts et des démarches permettant de mieux analyser et de comprendre les processus en jeu dans le système enseignement/apprentissage.
Si lanalogie initiale de la cognition humaine avec le fonctionnement de lordinateur de Von Newman sest révélée très féconde en permettant lexplicitation de nombreux concepts et processus cognitifs (connaissances, perception, attention, résolution de problème) et en stimulant de nombreuses recherches, les neurosciences ont cependant mis en évidence les limites de cette analogie. La cognition humaine sest révélée plus complexe que le fonctionnement de lordinateur.
Les théories connexionnistes devaient donc naturellement proposer une solution à limpasse, créée par un conflit entre un modèle attractif parce que doté dun grand pouvoir dinterprétation, et des données fournies par des expériences très minutieuses des neurosciences. La conséquence inattendue cest quil y a eu une sorte de « renvoi de lascenseur », puisque de nouveaux ordinateurs de type « connexionniste »ont été construits permettant de substituer le traitement computo-symbolique séquentiel à un traitement distribué dans le cadre de réseaux.
La résolution de problème qui nous intéresse dans le cadre de cette recherche se fait dans un système denseignement-apprentissage. Le constructivisme ou les constructivismes, nous permettent de clarifier le processus dapprentissage et, simultanément le processus denseignement qui lui est inséparable.
Le modèle du traitement de linformation permet de nous éclairer de manière fine par rapport au processus de résolution de problème.
Mais lactivité de résolution de problème nimplique pas uniquement des processus cognitifs. De manière générale il est difficile dimaginer une activité purement cognitive. Cest là un des débats actuels sur le constructivisme et le modèle du traitement de linformation.
Pour donner son avis sur le courant dominant de la psychologie cognitive, Gillepsie (1992) part de la grille de lecture des théories scientifiques de Pepper (1942). Ce dernier identifie en effet quatre visions du monde :
le formalisme qui sappuie sur le respect des règles dusage et des symboles conventionnels
lorganicisme qui privilégie limage de lorganisme en évolution,
le mécanicisme (ou mécanisme) qui sappuie sur la relation de cause à effet
le contextualisme pour qui tout est inscrit dans un processus de changement avec trois étapes essentielles: le début, le milieu, la fin.
Cest ainsi que Gillepsie (1992) dans un ouvrage intitulé "The mind We", sinsurge contre la vision mécaniste qui, selon elle détermine encore la psychologie cognitive, ce qui pourrait contribuer à une résurgence du béhaviorisme. Selon Gillepsie, les interactions sociales ne sont pas suffisamment prises en charge : « le mécanisme peut être une vision féconde du monde, mais ignore souvent les nouvelles perspectives et musèle les voix discordantes comme si la diversité était incompatible avec la rationalité. » p. xv.
Gillepsie (1992) préconise le recentrage de la psychologie cognitive sur le contextualisme : « Le contextualisme ouvre la cognition à lexpérience vécue et aux relations avec les autres, à travers le monde. » (p. 25).
Proctor et Capaldi (1992) ont cependant émis de sérieuses réserves sur les critiques de Gillepsie. Selon eux, le mécanisme (ou mécanicisme) ne soppose pas au contextualisme. Ce sont plutôt des visions qui doivent être complémentaires dans le cadre de la psychologie cognitive.
Shanon (1992) qui a également procédé à une lecture critique de louvrage de Gillepsie, sest montré plus sévère. Le caractère mécaniste dénoncé est lié à lobjet même de la psychologie cognitive qui propose des modèles à propos des processus cognitifs, conçus comme des séquences dopérations de traitement appliquées sur les représentations symboliques des structures mentales. Bien que favorable au contexte, Shanon réfute lopposition entre le contextualisme et le mécanisme.
De son coté, OLoughlin (1992) critique le constructivisme piagétien. Selon lui, le constructivisme de Piaget ignore la subjectivité de lapprenant et la nature historique et sociale des connaissances. Ces éléments interviennent dans les processus cognitifs dans lesquels lapprenant est engagé, y compris la résolution de problème.
Les deux critiques présentées se recoupent. Le contexte tel que lenvisage Gillepsie (1992), ne diffère pas des aspects historiques et sociaux soulignés par OLoughlin (1992). Selon OLoughlin, le constructivisme de Piaget est inapte à prendre en charge les données essentielles de la culture, du pouvoir et du discours au sein de la classe.
Ces différentes critiques sont cependant à relativiser.
En effet, la place du contexte a été bien abordée dans le cadre de la psychologie cognitive, particulièrement dans le domaine des connaissances. Les connaissances contextuelles ou conditionnelles (Anderson, 1983) indiquent bien que la cognition ne peut être réduite à une mécanique. Lutilisation des connaissances dans la réalisation dune tâche se fait toujours en aval dun processus de prises de décision en fonction du contexte.
Mieux le constructivisme de Piaget pose de manière claire la construction des connaissances : elles ne sont pas transmises de manière mécanique du maître vers lélève; elles sont construites par lindividu à partir dactions sur des objets. Ce sont ces actions qui sont intériorisées en schèmes qui vont sorganiser dans le cerveau en structures opératoires. Louverture au milieu se fait ici parle biais de lassimilation ou de laccommodation. Il est vrai quun éducateur centré sur une discipline donnée peut rester sur sa fin devant lapproche de Piaget. Mais ce dernier sintéressait au développement général de la pensée, et non à une discipline.
Quant à Vygotski, il place les interactions sociales au cur de son constructivisme. Selon lui, ce sont les interactions avec le contexte qui favorisent le développement
cognitif. Lapprentissage en situation par le biais des interactions détermine le développement de lenfant. Les critiques du constructivisme de Piaget semblent révéler chez certains auteurs une perception insuffisante des objectifs du psychologue suisse ou une découverte trop récente de luvre de Vygotski.
Toujours est-il que lensemble de ces critiques a fini par induire plusieurs approches psychologiques qui se veulent un approfondissement de Piaget et/ou de Vygotski.
Cest dans ce contexte que sest développé le courant du socio-constructivisme.
Perret-Clermont (1979), Doise et Mugny (1981) étudient le rôle des interactions sociales entre pairs dans le développement de lintelligence selon une perspective piagétienne. Ces auteurs reconnaissent un rôle important au conflit cognitif, mais dans une perspective sociale, ils avancent le concept de conflit socio-cognitif : les confrontations entre individus sont à la source du développement cognitif. Le modèle mis au point est un modèle en spirales avec une succession de phases alternées : confrontations interindividuelles et construction de schèmes cognitifs, nouvelles compétences acquises et activité autonome du sujet permettant de nouvelles constructions qui seront à leur tour confrontées à la pratique.
Plus récemment encore, Perret-Clermont (2001) envisage un niveau plus élevé du socio-constructivisme : une psychologie sociale de la construction dun espace de pensée. Toute entreprise de cognition, (dont les situations pédagogiques) se déroulerait dans un contexte comprenant des rôles interdépendants, des procédures admises, des modes de régulation, des normes de pensée. La situation pédagogique, selon Perret-Clermont constitue le cadre et le contexte « le cadre du cadre. » Le tout se déroule dans une enveloppe constituée par le champ socio-cultuel avec sa division du travail, une répartition des biens, des langues et des cultures.
Perret-Clermont (2001) résume le concept despace de pensée en ses termes :
« ce terme névoque plus les limites, mais la surface, les contenus multiples, les champs sémantiques, les éléments de savoir, etc. Il est à la fois interne et externe au cadre et au contexte. Introduire un cadre dans lespace permet une concentration du regard, de lattention. Cest un cadre pour mieux voir. Le cadre qui fait la frontière entre lespace thérapeutique et le
monde, ou lespace didactique et la réalité sociale externe, permet la distinction. Distinguer lici et lailleurs, le maintenant de lavant et laprès, le soi du non soi, linterne de lexterne. »
( p. 75).
Dautres psychologues néo-constructivistes, à partir de lapproche socio-historique de Vygotski et en sinspirant de Bruner, développent une psychologie culturelle (Bruner, 1991, 1996). Ce courant psychologique envisage le développement humain à partir des thématiques suivantes :
le développement humain en contexte: dans cette optique le savoir est un produit culturel. Il est né de léchange et fait lobjet dun partage. Cest une interprétation culturelle, historique et sociale. La culture est alors conçue comme un filtre qui permet de donner sens à la réalité par divers moyens : intellectuels ( modes danalyse, technologies) et moyens symboliques (systèmes symboliques);
les savoirs initiaux : ils font souvent obstacle à lélaboration des savoirs, obstacles avec lesquels il faut composer. On retrouve ici un des éléments clés du constructivisme épistémologique de Bachelard. Bien quon en parle en termes de conflit socio-cognitif, on privilégie les modèles coopératifs et la médiation comme moyen visant la régulation;
lattention conjointe: cette disposition (centration et langage partagé) permet aux individus de travailler à atteindre une signification commune. La rencontre des idées facilite cette visée;
la participation: elle est un élément central car lindividu est vu comme un acteur en quête dadaptation à la culture. Bien qu« enculturé » par laction commune, le dialogue lui permettra den construire et den réorganiser la signification. On reconnaît donc lintentionnalité du sujet;
la métacognition: elle renvoie à la compréhension de sa propre pensée ainsi que celle dautrui. La réflexivité permet à lindividu dexercer un contrôle partiel sur son activité cognitive et sur son agir en général;
Le narratif : dans cette perspective, cest un moyen pour lindividu de « penser sa propre pensée » (Bruner, 1996). Le narratif est une manière de structurer notre vécu, de le comprendre et de sen souvenir.
Un autre aspect du débat autour du cognitivisme concerne lusage du constructivisme en éducation. Ce nest pas un hasard si le thème du colloque international organisé en septembre 2000 à lUniversité de Genève soit intitulé : Constructivismes : usages et perspectives en éducation.
Par rapport à notre recherche, la contribution de Astolfi intitulé « Qui nest pas constructiviste ? » nous semble bien camper le débat. Astolfi (2001) met ainsi en évidence la généralisation en éducation de la référence au constructivisme, avec des risques que cela ne soit quune manière de montrer « quon est dans le lair du temps » ou, comme le dit Astolfi, den faire simplement « des emplois didactiquement corrects » (Astolfi, 2001, p.113).
Cette référence généralisée conduit, selon Astolfi, à de nombreux amalgames. En effet, les référents au constructivisme sont divers et pas nécessairement convergents. En ne considérant que les trois figures de proue du constructivisme, Piaget, Bachelard, Vygotski, on identifie des discours et des cadres problématiques qui ne se recoupent pas harmonieusement, dans une perspective didactique.
Cest pourquoi, les usages du constructivisme en didactique se font souvent par des oppositions bipolaires variables suivant quon est dans les domaines de la psychologie (constructivisme / béhaviorisme), de lépistémologie (constructivisme / positivisme) ou de la pédagogie (constructivisme / dogmatisme).
Astolfi propose pour une référence au constructivisme, « sans amalgames », de bien distinguer ce que les trois figures de proue ont en commun et ce qui les différencie.
En comparant Piaget et Bachelard, Astolfi constate que ces deux auteurs sinscrivent dans deux épistémologies nettement distinctes. Lépistémologie de Piaget est selon Astolfi « une épistémologie logique et structurale, qui cherche à mettre à jour des opérations logico-mathématiques impliquées par lactivité ou que celle-ci requiert, et à dégager des situations les plus diverses des invariants opératoires dans les conduites cognitives. » (Astolfi, 2001, p. 115).
Toujours, selon Astolfi, cette approche est opposée à celle de Bachelard qui, « à contrario considère la connaissance générale comme le premier des obstacles à surmonter et appelle à une épistémologie critique et régionale
»(Astolfi, 2001, p. 115).
En résumé selon Astolfi, Piaget sintéresse aux opérations logiques impliquées ou requises par lactivité, et donc à la cognition, à lors que Bachelard cible le processus de conquête des concepts scientifiques contre le sens commun, cest-à-dire à la conceptualisation.
La comparaison de Piaget et Vygotski laisse apparaître du point de vue de Astolfi, deux psychologies opposées : alors que selon Piaget, les apprentissages sont déterminés par létat de maturation des structures cognitives, Vygotski fait des apprentissages le stimulant du développement cognitif.
Enfin, Astolfi oppose Bachelard et Vygotski du point de vue culturel. Les deux références constructivistes se situeraient sur deux anthropologies distinctes. Les processus dacculturation chez Bachelard passe par un renoncement aux facilités du sens commun, « grâce à une ascèse intellectuelle produite par une philosophie du non. » (Astolfi, 2001, p. 116). Quant à Vygotski, il considère que « lacculturation est la fille de médiations portées par des institutions (dont lécole, émanation de la société), la maîtrise du langage étant lun des vecteurs principaux de cette domestication de lesprit » (Astolfi, 2001, p. 116).
Astolfi résume son exploration éclairante de la galaxie constructiviste par un schéma synthétique sous forme de triangle dont chacun des sommets est occupé par lun des trois référents classiques du constructivisme et quil appelle « la trinité didactique». Nous sommes plutôt tentés de lappeler « le triangle constructiviste ». Chacun de trois auteurs (Piaget, Bachelard, Vygotski), y joue sa partition.
Dans ce schéma dAstolfi, Piaget est considéré comme « le réaliste » qui explique les mécanismes de la cognition, dont le « possible évolutif », alors que Bachelard apparaît comme le pôle « pessimiste », par son appel à la « vigilance critique » face au bon sens, considéré comme un obstacle majeur dans lacquisition des connaissances scientifiques. Quant à Vygotski, cest le pôle optimiste, par son ambition dynamique symbolisée par sa notion de zone proche de développement.
Cet éclatement de la galaxie constructiviste permet selon nous, de comprendre les couleurs différenciées de ces usages, mais aussi sa richesse en tant que cadre théorique englobant. Il sagit simplement de veiller à ce que la référence soit consciente de ces différentes facettes, de leurs rôles et de leur pertinence, par rapport aux usages multiples en éducation.
II.2.5. Conclusion sur le cadre théorique général
Ce passage en revue des débats actuels sur les différents courants cognitivistes montre la pertinence et lactualité de ce cadre théorique. Cette pertinence et cette actualité peuvent être affirmées dans le domaine de léducation en général où des processus cognitifs sont développés par des sujets en situation. La résolution de problème en physique et chimie nous semble une des situations privilégiées où ces processus complexes sont impliqués.
Le constructivisme et le modèle du traitement de linformation sont deux composantes essentielles qui ont permis déclairer les questions liées à lapprentissage et à la résolution de problème.
Le modèle du traitement de linformation permet dopérationnaliser lanalyse des processus cognitifs complexes en rapport avec les connaissances et la mémoire, deux éléments essentiels pour le sujet en situation de résolution de problème. Lanalyse des concepts de connaissances et de résolution de problème, au travers de la psychologie cognitive fournit une base importante à la compréhension même du concept de problème.
Lespace-problème de Newell et Simon (1972) constitue un cadre fécond pour linvestigation sur le concept de problème et de résolution de problème. Il restera à compléter léclairage théorique par une spécification par rapport au contexte disciplinaire de la physique et de la chimie, au niveau théorique, mais aussi et surtout sur la base des recherches en didactique de la résolution de problème.
Le constructivisme (ou les constructivismes) constitue lautre facette du cognitivisme que nous avons revisitée. Lanalyse pertinente faite par Astolfi, et qui a abouti à ce que nous avons proposé dappeler le triangle constructiviste, nous indique simplement que les trois références principales interfèrent dans le processus de résolution de problème en contexte scolaire. En effet, les composantes psychologiques, épistémologiques et anthropologiques nous semblent indissociables au cours des activités de résolution de problème auxquelles les élèves sont souvent soumis.
Enfin, que ce soit pour le constructivisme ou la psychologie cognitive, les réserves ou les critiques appellent avec force à la prise en compte, dans les approches cognitivistes, du contexte, de la motivation et des interactions sociales (Vygotski 1985 ; Bruner, 1996). Le socio-constructivisme et la psychologie culturelle nous y invitent vivement.
Dans la suite de ce travail ces considérations devront être prises en compte, en particulier, dans le cadre théorique restreint, dans le cadre problématique et plus tard dans lanalyse des données de la recherche.
II.3. Cadre théorique spécifique
La présente recherche porte sur les conceptions en résolution de problème en physique et chimie. Elle sinscrit donc dans le cadre de disciplines denseignement et nous référons donc à une didactique, celle de la physique et chimie. Ainsi, pour marquer cet ancrage disciplinaire, le cadre théorique esquissé plus haut doit être contextualisé. Cest le but du cadre théorique spécifique.
II.3.1. Articulations entre les différents concepts théoriques de la recherche :
Mémoire, représentations, connaissances, conceptions et tâches
La description du contenu de la mémoire comme un ensemble d'unités cognitives reliées les unes aux autres, dont lorganisation supérieure est constituée par les schèmes, a des implications didactiques, particulièrement dans le cadre de l'enseignement des sciences.
Ainsi "il est utile de songer au schéma comme à une sorte de théorie générale informelle, privée, inarticulée, concernant la nature des événements, des objets, des situations que nous rencontrons" (Rumelhart, cité par Joshua et Dupin, 1993, p. 101).
Les performances des élèves seraient donc liées à des schémas prototypes que ceux-ci réactivent, en situation de résolution de problème.
Dans cette approche l'apprentissage a une fonction de modification des schèmes des apprenants. L'enseignement aurait alors pour but, de permettre à lélève, la construction de schémas qui puissent rendre compte de manière rigoureuse des faits scientifiques et des interprétations qui leur sont associées.
Sur cette base, certains chercheurs se sont évertués à trouver, mais en vain, des schèmes prototypes dont l'instanciation rendrait compte de l'ensemble des connaissances scientifiques, passant ainsi d'une "microgénèse des connaissances à une macrogénèse des connaissances"(Joshua et Dupin, 1993, page104).
Le problème de la généralisation inter-domaine des connaissances n'a pas été éclairci par la psychologie cognitive. Mais elle a permis de mettre en évidence un problème de fond : l'appropriation des connaissances scientifiques se heurte aux schèmes acquis par
l'apprenant tels que les décrit Rumelhart (1980), et qui ne correspondent pas aux schèmes scientifiques. Cela a donné naissance à la notion de conception, parfois appelée "conception naïve" ou "misconception".
Dans la littérature, les termes de représentation et de conception sont parfois confondus. Des controverses existent même à leur propos. Selon Astolfi et Develay (1989), " le concept utilisé en didactique des sciences dont le succès a été le plus spectaculaire au cours des dix dernières années est assurément celui de représentation." (p. 31)
Des auteurs comme Giordan (1987) proposent qu'on fasse une distinction nette entre représentation et conception. De nombreuses recherches ont mis en évidence une particularité des conceptions : elles peuvent être opérationnelles dans certains contextes et constituer ailleurs des obstacles à l'apprentissage. Bachelard (1938) avait, bien avant le développement du modèle de traitement de l'information perçu, cette difficulté qui ne l'était pas encore par les professeurs de sciences notamment, dans le cadre de son constructivisme épistémologique. Goffard (1994) cite cette réflexion profonde de Bachelard :
" J'ai toujours été frappé du fait que les professeurs de sciences, plus encore que les autres si c'est possible, ne comprennent pas que l'on ne comprenne pas. Ils n'ont pas réfléchi au fait que l'élève arrive en classe avec des connaissances empiriques déjà constituées ; il ne s'agit pas d'acquérir une culture expérimentale, mais bien de changer de culture, de renverser les obstacles amoncelés par la vie quotidienne." (Goffard, 1994, p.12).
Ridao (1993) défend l'usage du concept de représentation, en montrant son utilité dans le cadre de la biologie. Mais dans le même article, Ridao (1993) met en évidence le marquage historique et pluridisciplinaire du concept de représentation :
- philosophie (Bachelard, 1938)
psychologie génétique (Piaget, 1923)
- modèle du traitement de linformation (Newell et Simon, 1972) : représentation des connaissances, représentation du problème
- psychologie sociale : Moscovici, (1961, 1976), Doise (1989): représentations sociales
didactique du problème : Kuhn (1983) ; Popper (1973) .
Les arguments avancés par Ridao (1993) sont certes pertinents, en particulier l'aptitude du concept de représentation à jouer un rôle de carrefour de plusieurs disciplines.
Le Ny (1989) considère cependant que les représentations sont essentiellement des interprétations. Il les oppose ainsi aux " représentations-types " que Ehrlich (1985) appelle des " structures permanentes ", qui seraient des constructions stables stockées dans la mémoire à long terme. Les représentations-types doivent être réactivées en cas de besoin.
Richard (1990), dans son ouvrage consacré aux activités cognitives finalisées, permet de faire la différence entre représentations et conceptions.
Les représentations constituent véritablement les clés qui permettent à lindividu de décoder quantité de situations, de comprendre le monde et dy agir. Lorsquune situation se présente à lindividu (par exemple sinscrire à luniversité, acheter un nouvel ordinateur, souscrire à une police dassurance
), celui-ci peut la comparer à une situation déjà connue (vécue) antérieurement et dont les enchaînements caractéristiques sont codés sous forme de schèmes ou de scripts. Donner du sens à la situation, répondre, agir, conceptualiser, consiste alors à activer ces réseaux ou ces schèmes en les particularisant selon les variables situationnelles. Pour Richard (1990), construire une représentation, cest comprendre :
« Nous distinguons plusieurs processus de construction des représentations, qui sont autant de sens du mot « comprendre » :
1. la construction dune représentation par particularisation dun schéma (remplir les cases vides dun scénario stéréotypé disponible en mémoire, par des informations venues de la situation);
2. la construction dune structure conceptuelle (lindividu construit un réseau de significations construites pour la circonstance (inférences);
3. la construction dun modèle particularisé de situation (un graphique, une forme algébrique, une image
);
4. la construction dune interprétation par analogie avec une situation connue (recours à des modèles préexistants). (p.97).
En même temps, Richard (1990) met en évidence lessentiel des concepts en relation avec la résolution de problème. Ainsi selon lui, les représentations et les conceptions sont toutes des structures mentales. On distingue deux grands types de structures mentales: les structures mentales stabilisées et les structures mentales circonstancielles.
Les structures mentales circonstancielles sont celles qui sont construites en vue de la réalisation dune tâche. Richard désigne celles-ci par le terme de « représentation ». Les représentations sont stockées dans la mémoire de travail.
Les structures mentales stabilisées sont de deux ordres. Les structures mentales individuelles sont appelées « conceptions ». Les structures stabilisées construites de manière scientifique, par des démarches validées, sont appelées « connaissances ». Les conceptions et les connaissances sont stockées dans la mémoire à long terme (MLT).
Nous interprétons lanalyse conceptuelle de Richard (1990) des connaissances, des représentations et des conceptions par le schéma suivant.
Schéma 3 : Schéma interprétatif des relations entre représentation, conception, connaissance, tâches, mémoire. (adapté de Richard, 1990)
Ce schéma montre que la réalisation dune tâche, par exemple dans le cadre dune résolution de problème, sappuie essentiellement sur les constructions circonstancielles que sont les représentations au sens de Richard. Celles-ci qui sont dans la mémoire de travail sont influencées par les connaissances antérieures dont certaines sont déjà stockées sous formes de schèmes, mais aussi par les conceptions du sujet. Le schéma met en relief le caractère stratégique des conceptions, qui influencent lapprentissage, mais aussi le processus de construction dune représentation face à une tâche et la tâche elle-même. Dans la perspective constructiviste, le processus denseignement-apprentissage doit sappuyer sur les conceptions pour faire évoluer celles-ci.
Ainsi, au plan cognitif, le concept de « représentation » revêt deux significations : il désigne le mode de stockage des connaissances dans la mémoire à long terme (MLT), mais aussi les réorganisations circonstancielles de ces connaissances en vue de lexécution dune tâche spécifique.
Mais ces deux formes de représentations sont en fait liées. En effet, dans certains cas, lorganisation circonstancielle nest que le fruit dune réactivation orientée de schèmes déjà structurés dans la mémoire à long terme (MLT, Rummelhart, 1980). Dans le cadre de la résolution de problème, lexpert pourrait être celui qui dispose dune gamme très variée de schèmes spécifiques ou des modèles de schèmes susceptibles dêtre lobjet dune instanciation pertinente dans une situation donnée.
Les conceptions au sens de Richard (1990) sont alors des organisations personnalisées de ces connaissances qui intègrent des dimensions extracognitives : histoire personnelle, expérience, jugements de valeur, affectivité.
Il y a donc toujours un écart entre les connaissances scientifiques et les conceptions. Les connaissances scientifiques sont de lordre de lidéal puisque le processus dappropriation dune connaissance comporte toujours une marque personnelle qui est un des éléments constitutifs des conceptions.
Lapprentissage a donc une première fonction qui est de permettre au sujet dacquérir ou de construire des connaissances. Cette construction de connaissances comporte naturellement plusieurs paliers. Neves et Anderson (1981) en ont proposé trois : lencodage, la procéduralisation, et la composition ou organisation. La deuxième
fonction consiste à permettre à lapprenant de faire évoluer ses conceptions. La troisième fonction est de développer la capacité de construire des représentations efficaces face à une tâche spécifique.
Ces trois fonctions de lapprentissage ne sont pas indépendantes. Elles sont même en interaction. En effet, lacquisition des connaissances dans une perspective constructiviste se fait en sappuyant sur les conceptions des apprenants en vue de les faire évoluer. De même, la capacité de construire des représentations pertinentes se développe déjà dans le processus dacquisition du nouveau savoir, par la médiation de lenseignement.
Les conceptions, quant à elles, sont constituées par lensemble des significations personnelles associées à un phénomène, à une activité, à un savoir scientifique, à une démarche, à une tâche.
Nous avons déjà justifié notre préférence pour le terme de "conception", à la place de du terme de "représentation", que nous avons estimé trop polysémique. Mais, comme nous venons de le voir, avec Richard (1990), le contenu que nous donnons au terme de conception recouvre ce que les chercheurs en psychologie sociale appellent "représentations sociales" (Moscovici, 1961).
La théorie des représentations sociales nous permet ainsi de préciser ce que nous entendons par conception. Cette théorie, dont Moscovici est le pionnier, a eu pour point de départ la comparaison entre la pensée de l'enfant et la pensée de l'adolescent. L'interprétation des résultats par Moscovici (1976) est que ces pensées sont le siège d'une interaction entre deux systèmes cognitifs : un système opératoire et un système de régulation.
"
nous voyons à l'uvre deux systèmes cognitifs, l'un qui procède à des associations, inclusions, discriminations, déductions, c'est-à-dire le système opératoire, et l'autre qui contrôle, vérifie, sélectionne à l'aide de règles, logiques ou non; il s'agit d'une sorte de méta-système qui retravaille la matière produite par le premier" (Moscovici, 1976, p. 254).
Selon Abric (1994), la théorie des représentations sociales constitue une remise en cause de la distinction si chère aux béhavioristes entre le sujet et l'objet, entre le stimulus et la réponse : un objet n'existe pas en lui-même, il existe pour un individu ou un groupe et par rapport à eux" (p.12).
La théorie des représentations sociales, on le voit, remet en cause le concept de réalité objective. Abric (1994) précise cette idée: "
toute réalité est représentée, c'est-à-dire appropriée par l'individu ou le groupe, reconstruite dans son système cognitif, intégrée dans son système de valeurs dépendant de son histoire et du contexte social, idéologique qui l'environne" (p. 12).
Moscovici (1961) identifie les deux processus en jeu dans les représentations sociales: les processus d'objectivation et d'ancrage.
L'objectivation est un processus qui transforme l'abstrait en concret, le relationnel du savoir scientifique en une image de quelque chose (Doise et al. , 1992). Par exemple le concept physique de générateur électrique est identifié à l'objet "pile électrique".
L'objectivation tend donc à dissocier un concept ou un énoncé, d'avec le cadre conceptuel scientifique ou idéologique.
Quant au processus d'ancrage il consiste en l'incorporation de nouveaux éléments de savoir dans un réseau de catégories plus familières. Il semble donc s'opposer à l'objectivation. Alors que celle-ci vise à créer des vérités évidentes pour tous et indépendantes de tout déterminisme social ou psychologique, l'ancrage met l'accent sur l'intervention de tels déterminismes dans la genèse et les transformations des représentations sociales (Doise et al., 1992).
Abric (1994) a fait faire une avancée significative à la théorie des représentations sociales par la modélisation de leur structure reposant sur l'hypothèse dite du "noyau central": "
l'organisation d'une représentation présente une modalité particulière spécifique: non seulement les éléments de la représentation sont hiérarchisés mais, par ailleurs, toute représentation est organisée autour d'un noyau central, constitué d'un ou de plusieurs éléments qui donnent à la représentation sa signification" (p. 19).
L'hypothèse du noyau central a par la suite été complétée par la théorie des schèmes périphériques (Flament, 1986). On aboutit alors à un modèle heuristique construit sur une idée simple : "les représentations sociales sont des ensembles sociocognitifs organisés de manière spécifique et régis par des règles de fonctionnement qui leur sont propres" (Doise et al., 1992, p. 8).
Cet éclairage sur les conceptions, par le détour des représentations sociales, ne manquera pas d'avoir des incidences sur la partie méthodologique de notre travail. En
effet, l'objectif d'identifier le noyau central des conceptions et d'hiérarchiser les éléments constitutifs fournit déjà des repères, aussi bien pour le processus de construction de l'outil de recueil de données, que pour les modèles de traitement de données.
Mais les conceptions ne portent pas seulement sur des connaissances disciplinaires déclaratives ou procédurales. Elles portent également sur des processus intellectuels et des concepts transversaux. On peut par exemple sintéresser aux conceptions délèves-professeurs à propos de lenseignement, de lapprentissage, de lévaluation, de la recherche, de la démonstration
Ainsi, dans le cadre de cette recherche, nous nous intéressons aux conceptions des professeurs de physique et chimie de lenseignement secondaire à propos de la résolution de problème dans le contexte de leur discipline, dans une perspective didactique.
II.3.2. La didactique de la physique et de la chimie.
La didactique de la physique et de la chimie appartient au courant de recherche de la didactique des sciences. Après un bref passage en revue de quelques définitions de référence, nous mettrons laccent sur les spécificités de la physique et de la chimie, sur la didactique de la résolution de problème et les différents courants de recherche.
La revue des données empiriques et méthodologiques servira ensuite de point de départ à un questionnement servant de transition vers un cadre problématique.
II.3.2.1. La didactique des sciences
La première littérature en didactique que nous avons parcourue indiquait que la fin des années 1980 marquait le passage de la didactique des sciences, de l'étape pré-paradigmatique (Berger, 1979 ; Klopfer, 1983) à l'étape paradigmatique, correspondant à une rupture épistémologique (Kuhn, 1983 ; Bachelard, 1938). La didactique des sciences s'est progressivement constituée en un corps de connaissances de plus en plus cohérent, affinant ses concepts et ses méthodes de recherche (Astolfi et Develay,1989 ; Gil-Pérez, 1996).
Après avoir précisé le contexte démergence et de développement de la didactique des disciplines, nous présenterons quelques définitions qui posent avec clarté lobjet de la didactique.
Toussaint (1996) décrit de manière pertinente le contexte démergence de la didactique des disciplines en ces termes : La didactique est née, dans ces années 1970, dun besoin dactualiser les sciences de léducation et la pédagogie par la nécessaire prise en compte des contenus disciplinaires qui sont véhiculés par lenseignement. Pédagogie et sciences de léducation avaient apporté et construit des notions intéressantes (
), mais dans lesquelles la référence aux contenus de savoir et à leur mode délaboration (leur épistémologie) était trop souvent éloignée, voire absente. Il devenait impératif, dans un souci defficacité (en direction de la réussite des élèves, bien sûr) des faits denseignement, de prendre en compte ces divers savoirs sur lesquels lenseignement de toute discipline sappuie » (p. 60).
De même Astolfi (1989) définit la didactique à partir de ce quil appelle lapproche didactique:
l'approche didactique travaille d'une part, en amont de la réflexion pédagogique, en prenant en compte les contenus d'enseignement comme objet d'étude. La didactique permet alors le repérage des principaux concepts qui fonctionnent dans la discipline et l'analyse de leurs relations. Elle s'intéresse à leur histoire, leurs rectifications respectives, les modalités de leur introduction dans l'enseignement. Elle examine le fonctionnement social des concepts, les pratiques sociales auxquelles ils renvoient » (p. 9).
Cette vision de la didactique comme une approche centrée sur une discipline spécifique est encore soulignée par Joshua et Dupin (1993). Selon ces deux auteurs la didactique est « la science qui étudie, pour un domaine particulier, les phénomènes d'enseignement, les conditions de la transmission de la « culture » propre à une institution (singulièrement ici les institutions scientifiques) et les conditions de l'acquisition de connaissances par un apprenant »( p. 2).
Ces définitions posent la question des rapports entre didactique et pédagogie, parfois objet de débats passionnés . La Revue Française de Pédagogie (1997, N° 20) a consacré un débat très riche à ce sujet. Plusieurs chercheurs, y compris parmi les précurseurs du courant de la didactique des disciplines, se sont exprimés dans cette publication. Certaines positions adoptées, sappuyant sur la genèse du courant de la didactique des disciplines, sont apparues moins tranchées (Meirieu, 1997 ; Soëtard, 1997).
Le débat entre pédagogie et didactique nest pas lobjet de ce travail. Les différentes définitions et prises de position montrent cependant que, dans ce nouveau courant de recherche, la didactique renvoie toujours à une discipline. L'hypothèse de base est ici qu'il existe des difficultés d'appropriation, intrinsèques à un savoir disciplinaire ; il faut alors les diagnostiquer et les analyser avec une grande précision pour faire réussir les élèves. L'intérêt porte à la fois sur les savoirs, les démarches délaboration et de validation et les stratégies de son enseignement et de son apprentissage.
Cette rencontre avec la littérature sur la didactique des sciences allait modifier notre perception du processus enseignement/apprentissage de la physique et amplifier notre désir d'approfondir notre réflexion par l'investigation. Une revue bibliographique sommaire nous permettait déjà d'avoir quelques repères théoriques en didactique.
Deux aspects ont retenu notre attention lors de ces premiers contacts avec le champ de la didactique des sciences.
D'abord, le paradigme de l'apprentissage des sciences par la méthode de la redécouverte (Bruner, 1956), qui avait comme arrière-plan psychologique le conditionnement, montrait ses limites.
Ensuite on note que la didactique des sciences convoque plutôt le constructivisme comme cadre théorique. Ce courant psychologique, comme nous lavons déjà vu dans le cadre théorique général, met lapprenant au cur du processus de construction du savoir procédural ou déclaratif. Cette centration nest pas seulement affective. Si cétait le cas, le constructivisme naurait pas été un système original. En effet beaucoup de courants pédagogiques ont antérieurement mis laccent sur les besoins de lapprenant. Le constructivisme met dabord laccent sur les activités cognitives de construction du savoir. Piaget, un des pionniers du constructivisme, dit en substance que lapprenant est larchitecte de son savoir.
Cette activité de construction est rythmée par les processus dassimilation et daccommodation. Lassimilation est le processus de construction dune notion, de reconnaissance du rôle dun facteur qui mène à une réponse appropriée par rapport à un problème posé. Laccommodation est le processus dapplication pertinente de la notion construite ou du facteur reconnu à des situations nouvelles.
Cest ici le lieu de préciser ici en quoi la présente recherche adopte une perspective constructiviste, comme nous lavons proclamé dès le début de ce travail.
Dans une perspective constructiviste, nous lavons déjà souligné, le rôle du sujet apprenant est central. Par rapport à lélève, plusieurs axes de recherche en didactique se sont développés : les modes dappréhension des contenus par lapprenant, la nature des idées premières (conceptions dans notre option terminologique) et leur évolution, les niveaux de formulation des contenus, les éléments de transposition didactique...
Notre recherche sintéresse à une activité denseignement/apprentissage à partir du pôle enseignant. De la même façon que le constructivisme considère que les idées premières des élèves sont déterminantes pour lapprentissage, nous faisons lhypothèse que dans la préparation et dans la conduite des activités scolaires de résolution de problème, les conceptions des enseignants et leur évolution sont déterminantes. En cela nous rejoignons les positions de Hashew (1996) qui a mis en évidence le rôle des conceptions épistémologiques dans les pratiques pédagogiques des professeurs de sciences.
Les conceptions des enseignants méritent dêtre étudiées pour une amélioration de la formation des enseignants. Notre travail sinscrit donc dans un projet constructiviste global au service de la formation des enseignants. Les conceptions des professeurs en matière de résolution de problème font partie intégrante de la pensée des enseignants (Tochon, 1995).
Notre option pour une approche didactique nous amène à nous intéresser, à présent, aux spécificités de la physique et de la chimie, sciences expérimentales par excellence.
II.3.2.2. Les spécificités de la physique et de la chimie
La physique et le chimie sont des sciences de modélisation et de mesurage. La modélisation permet de se distancer par rapport à un monde réel par essence complexe et de générer des connaissances scientifiques. Celles-ci sont toujours approchées,
partielles et provisoires. Il y a une sorte de relation circulaire entre les caractéristiques des connaissances et les processus de modélisation.
Ces considérations ont naturellement un impact sur le processus dapprentissage des sciences. En effet, pour être pertinent, lenseignement doit impliquer lapprenant dans lentreprise de construction des sciences. Les connaissances englobent donc, de manière spécifique, à la fois le processus de construction , les règles de fonctionnement et les résultats du processus. Nous entrons au cur de la perspective de la didactique des sciences.
Pour accompagner cette construction progressive des connaissances par lapprenant, lenseignant assure une fonction de médiateur.
Lenseignement de la physique et de la chimie doit prendre en compte toutes ces données tout en étant sensible à un processus latent qui se dévoile au grand jour: la physique et la chimie tendent à se rapprocher des mathématiques comme discipline de sélection dans lenseignement secondaire, même si leur caractère prédictif dans la réussite scolaire nest pas établi.
Les données que nous avons fournies dans lintroduction de ce travail (les résultats à lexamen du baccalauréat, session 2000-2001) dans le contexte du Sénégal constituent une illustration. La didactique de la physique et de la chimie est donc plus que jamais interpellée.
Le courant de recherche de la didactique des disciplines a été amorcé par les mathématiciens dans les années 1970, qui ont construit des concepts de didactique, progressivement adoptés par les autre disciplines, ce qui ne pouvait pas manquer dengendrer des ambiguïtés et parfois des controverses (Astolfi et Develay, 1989).
Mais un consensus sest fait autour dun ensemble de concepts devenus les éléments identitaires de la didactique des sciences (Toussaint, 1996). Ainsi toute situation denseignement met en présence lenseignant, lélève et le savoir à enseigner qui constituent respectivement, le pôle sociologique, le pôle psychologique et le pôle épistémologique. La didactique prend en charge à la fois les trois pôles et leurs interactions.
La didactique de la physique et de la chimie sest singularisée par laccent mis sur la relation entre lélève et le savoir. Cela sest traduit par de nombreuses recherches sur
les conceptions des apprenants (les auteurs ont souvent préféré le terme de représentation). Nous avons déjà expliqué pourquoi nous avons choisi le terme de conception.
Lenseignant est considéré comme le pôle sociologique de cette approche didactique. On peut cependant sinterroger sur la pertinence de cette qualification. Lenseignant de physique et/ou de chimie est également en interaction avec le savoir par essence en mouvement. Il est lui-même constamment confronté en sa qualité de médiateur au processus de construction, avec ses "va et vient".
Il nous semble donc que les recherches en didactique devraient également sintéresser à lenseignant, non pas seulement en tant que pôle sociologique participant de lenvironnement social, mais aussi en tant quacteur cognitif. Ses conceptions du savoir scientifique, de lapprentissage, des démarches intellectuelles, de la résolution de problème pourraient faciliter ou entraver lentreprise de construction des connaissances par lélève.
Nous verrons dans la suite comment la recherche en didactique de la résolution de problème en physique et chimie na pas suffisamment pris en compte cet aspect de lanalyse.
II.3.3. La didactique de la résolution de problème
La résolution de problème au niveau didactique est prise en charge à travers trois perspectives : lévaluation, lapprentissage, la recherche.
II.3.3.1. La résolution de problème comme outil dévaluation
Dans le système denseignement des sciences, la résolution de problème est considérée comme lactivité intellectuelle à travers laquelle on évalue les compétences de lélève. Dans lenseignement secondaire, cette évaluation se fait à travers une liste dénoncés qui portent les noms d« exercices » ou de « problèmes », sans quon puisse en déterminer avec précision les limites. Où sarrête lexercice et où commence le problème ?
Les récentes recherches en didactique ont commencé à produire quelques résultats timides dans la formulation des exercices et problèmes, avec un accent mis sur les
phénomènes physico-chimiques et le développement des exercices « qualitatifs ». Mais le résultat numérique continue encore à « faire la loi » et à déterminer le sort de milliers délèves.
Il y a encore une sorte de tension entre les recommandations sappuyant sur les recherches en didactique, notamment sur les processus dacquisition du savoir scientifique et les modes dévaluation qui se caractérisent par une grande inertie (Ratziu, 2000).
Les énoncés décrivent en effet des situations souvent très artificielles construites sur mesure pour « balayer tout le programme », et qui ne sont donc pas assez signifiantes par rapport aux élèves et parfois même pour les enseignants. Une caractéristique de ces problèmes dévaluation est leur caractère fermé : il y a un résultat unique à trouver et parfois certains énoncés vont jusquà limiter le type de solution à élaborer.
De plus, dans la plupart des examens nationaux où la physique et la chimie interviennent, les épreuves orales ne sont considérées que comme des situation de rattrapage et non des occasions de sassurer des efforts faits par lélève pour sapproprier de manière contextuelle les savoirs scientifiques. La résolution de problème est rarement mis au service de lapprentissage.
II.3.3.2. La résolution de problème comme activité dapprentissage des concepts scientifiques
En plus de la finalité évaluative, dans le système enseignement/apprentissage de la physique et de la chimie, les activités de résolution de problème sont organisées soit à lintérieur du cours , soit dans des séances particulières appelées séances de travaux dirigés.
A lintérieur du cours, il sagit souvent de ce quon appelle des exercices dapplication. Le professeur après avoir établi une relation de manière théorique ou expérimentale, propose une situation qui permet de mettre en scène les nouveaux concepts par une application de la nouvelle relation. Il sagit dun renforcement de lapprentissage.
Lexpérience montre que très souvent les exercices dapplication sont traités de manière mécanique, sans exploiter le potentiel dapprentissage quils recèlent (Sall et al., 1998).
Même si cela narrive pas souvent, certains concepts de la physique et de la chimie peuvent être approchés par résolution de problème.
En physique par exemple, le théorème des moments peut être appris à partir dune situation-problème consistant à demander à rétablir léquilibre dun solide mobile autour dun axe fixe, par la détermination expérimentale de la force à appliquer et avec un bras de levier déterminé. Légalité des moments des deux catégories antagonistes de forces permettra ensuite dénoncer le théorème des moments.
La chimie fournit également de nombreux exemples. Le concept dacide faible peut être construit à partir dun exercice consistant à déterminer la concentration des différentes espèces chimiques en présence lorsquon met en solution un acide, le PH de la solution finale étant donné.
Ainsi, en comparant la concentration initiale de lacide à la concentration des ions hydronium, on découvre une nouvelle catégorie dacides qui se dissocient partiellement, et qui, pour cela , sont appelés acides faibles.
Lapprentissage par situation-problème, est une nouvelle approche de lapprentissage qui est appelée à se développer, compte tenu des modifications de lenvironnement éducatif, notamment avec le développement des nouvelles technologies de la communication. Ce courant sinscrit parfaitement dans le courant constructiviste, lapprenant étant ici véritablement au centre de la construction du savoir.
Au Sénégal, des activités de recherche-action sur lapproche par situation-problème (Projet ENS de Dakar/ Université de Montpellier II / Université de Fez au Maroc , 1998-1999) ont été initiées avec des professeurs de physique et chimie. Les résultats obtenus ont été daprès le rapport de recherche tout à fait concluant.
En application de ces résultats, une équipe constituée de participants au séminaire a illustré cette démarche par un film portant sur le concept de masse volumique (Ratziu, Sall et Sow, 2000). La démarche consiste, à partir dune situation-problème (Le bijou acheté par la maman dun élève à très bon marché est-il vraiment en or ?), à mener les élèves, à partir dinteractions au sein de petits groupes et avec la médiation du professeur, à reconstruire le concept de masse volumique.
Lorsque lapprentissage par situation-problème est érigé en principe de base dun système de formation, on aboutit à lapprentissage par problème (APP) comme cela se pratique à Maastricht. Dans un environnement très riche en ressources documentaires, létudiant, dans un cadre interactif, apprend en faisant directement face à des problèmes réels de la vie professionnelle. Il sagit là dune démarche socioconstructiviste. Lespace de pensée (Perret-Clermont, 2001) sarticule ainsi avec un espace daction pour forger des compétences in situ.
II.3.3. 3. La résolution de problème comme support à la recherche
Lapprentissage par résolution de problème débouche naturellement sur lactivité de recherche. Celle-ci est peut être sous certains aspects, une activité de résolution de problème. Faire de la recherche, cest résoudre un problème. Mais ici le problème est construit par le chercheur qui donne du sens à des faits. Bachelard (1938) parle de « problématisation ». Il en va de même souvent, pour les concepts et les démarches elles-mêmes . Il faut signaler que cette activité est très peu utilisée en contexte scolaire. Le concept de recherche dans le domaine de léducation reste encore marqué par des connotations généralement académiques, particulièrement dans le système universitaire sénégalais.
II.3.4. Vers des typologies spécifiques du problème en physique et chimie
Les typologies spécifiques du problème de physique et chimie s'inspireront des différents niveaux d'analyse : psychologique, épistémologique, pédagogique et didactique, tel que cela ressort de la littérature (Richard, 1990 ; Roegiers, 1993 ; Fabre, 1993 ; Ridao, 1993). Dans le cadre théorique général nous avons traité le niveau psychologique.
II.3.4.1. Approches épistémologiques
Du point de vue épistémologique ( entendu comme signification des problèmes par rapport aux connaissances), trois auteurs ont retenu notre attention.
Une autre approche consiste à adopter une typologie dichotomique qui distingue les problèmes empiriques (ou d'ordre premier) et les problèmes conceptuels (Hempel, 1972).
Le problème empirique est défini alors comme ce qui pose problème dans un contexte spécifique et par rapport aux idées en vigueur (souvent préconçues), et qui demande une explication (des faits, des données).
Le problème conceptuel est relatif à la plausibilité ou à la cohérence d'une théorie. Les problèmes conceptuels se subdivisent en problèmes conceptuels internes (au sein d'une même théorie), et problèmes conceptuels externes (conflit entre deux théories, qui nécessitent de mettre au point une ou des expériences dites cruciales (Hempel, 1972).
Le problème résulte alors d'un processus d'élaboration théorique. En cela cette approche du problème rejoint d'une certaine manière celle de Bachelard (1938) pour qui, tout passe par un processus délaboration, quil désigne par le concept de problématisation.
Thomas Kuhn (1983) fait la distinction entre les problèmes normaux (définis au sein d'un même paradigme) et les problèmes de rupture (qui préfigurent l'émergence d'un nouveau paradigme. La typologie de Kuhn semble incluse dans la catégorie des problèmes conceptuels, dont les problèmes empiriques ressemblent fort aux problèmes normaux.
Bachelard(1938) s'intéresse surtout à la nature du problème. Selon lui le problème n'est pas un simple constat, c'est une construction. Maîtriser un problème, c'est être capable de le formuler et de le résoudre. En cela il se distingue de Popper(1972) qui parle de "ce qui fait problème" alors que Bachelard aborde le concept de problème sous l'angle de la problématisation (Ridao, 1993).
Les cadres épistémologiques et psychologiques des typologies de problème vont alimenter la réflexion au niveau didactique.
II.3.4.2. Approches pédagogiques et didactiques
Roegiers (1993), s'appuyant à la fois sur Goguelin(1967) et D'Hainaut (1983) élabore une typologie sur la base du critère de nouveauté croisé avec les caractéristiques des trois éléments de base de l'espace-problème de Newell et Simon : le produit (but), la démarche(processus) et la situation de départ.
Roegiers établit dabord une typologie simple basée sur la nouveauté dune dimension :
- le produit est nouveau :« problèmes inducteurs dapprentissages notionnels »
- la démarche est nouvelle : « problèmes inducteurs de démarches de résolution »
- la situation est nouvelle : « problèmes de mise en uvre de notions et de démarches.
La dimension « nouveauté» est ensuite affinée pour dépasser la dichotomie nouveau/familier. Le tableau 24 suivant que nous avons conçu tente de rendre compte de cet éclatement opéré par Roegiers (1993).
Tableau 24 : Résumé synthétique de la typologie de problème de Roegiers (1993)
Dans ce schéma chaque variante est définie en associant les chiffres correspondant à la caractéristique de chacune des dimensions. Nous donnons ci-dessous quelques exemples de types de problème définis par :
Problème de type 1 (produit nouveau) :
Variante ( 14 ; 21 ; 31) variante ( 14 ; 22 ; 31 ) variante ( 14 ; 22 : 34 ) variante (14 ; 24 ; 34).
Problème de type 2 (démarche nouvelle) :
Variante ( 24 ; 11 ; 31) variante (24 ; 12 ; 31) variante (24 ; 34 ; 11 )
Problème de type 3 (situation nouvelle) :
Variante (34 ; 22 ; 11) variante (34 ; 22 ; 14) variante (34 ; 24 ; 11)
Dans cette schématisation, on peut définir un problème en regroupant les nombres qui définissent une position dans le tableau, sous forme triplets.
Par exemple la première variante du problème de type 1 (le produit est nouveau), le triplet (14, 21, 31) définit un problème dont le produit est nouveau, la démarche de résolution évidente et la situation familière. De même, le triplet (34, 22,11) définit un problème dans une situation nouvelle, la démarche devant être sélectionnée parmi des démarches connues, le produit étant familier.
Les critères de Roegiers sont faciles à définir. Il se pose cependant un problème pratique à cause du caractère relatif de la notion de nouveauté, particulièrement dans des contextes de classes hétérogènes : on ne peut connaître à priori, face à une situation, quels sont les élèves qui sont réellement devant un problème.
Cette question de la relativité du problème est importante. En effet, suivant que la situation est un problème ou non, les démarches de résolution ne sont pas les mêmes. La position par rapport à un « problème » influe sur les démarches cognitives à mettre en uvre.
Par exemple, lorsquon présente à quelqu'un un sujet qui lui est familier, dont il connaît la solution , son effort intellectuel se limitera à une restitution. Lorsquil ne connaît que la règle qui permet de résoudre son « problème » il fera au plus une application. le sujet pour lequel la situation et/ou les procédures à utiliser sont nouvelles, sera confronté à un véritable problème dont la solution devra être construite.
Nous pensons quil est possible de rendre le tableau synthétique de Roegiers plus homogène en affinant davantage léchelle de nouveauté. Toutes les cases du tableau seraient alors occupées, comme lindique le tableau 26.
Tableau 25 : Version affinée du tableau 24
Produit
1Familier
11Assez familier
12Peu familier
13Nouveau
14Démarche
2Evidente
21Démarche familière à sélectionner
22Ensemble de démarches familières 23
Nouvelle
24Situation
3
Familière
31Assez familière
(beaucoup de similitudes avec des situations familières 32Situation peu familière (quelques similitudes avec des situations vécues)
33Nouvelle
(aucune similitude avec un vécu)
34
Même si le tableau 25 ne résout pas entièrement les questions aux difficultés inhérentes au concept de nouveauté, il a l'avantage, à notre avis, denrichir lanalyse des types de problèmes.
Enfin, toujours au niveau didactique, Dumas-Carré et Goffard (1997) font la distinction entre les problèmes de la vie quotidienne ou professionnelle et les problèmes scolaires ou académiques. En effet le terme « problème » semploie pour désigner des situations de la vie courante ou professionnelle ou des activités scolaires spécifiques. Ces deux auteurs résument cette distinction par le tableau suivant :
Tableau 26 : Typologie dichotomique de Dumas-Carré et Goffard (1997, p. 9).
Problèmes de la vie quotidienne ou professionnelleProblèmes scolaires ou académiquesSouvent plusieurs solutions sont possiblesUn seul résultat est « juste »La situation est floue, mal définie ; il y a du travail pour « définir » le problème avant de chercher à le résoudre
La situation est totalement définieUne solution est jugée en termes de pertinence ou de cohérence ou davantagesLa solution est jugée en termes de « juste » ou « faux » La résolution est à construire complètementLa résolution est guidée par les données Cest le résultat obtenu qui compteLe résultat importe peu, cest la façon dont il a été obtenu qui importe
Ce tableau a lavantage davoir bien contrasté les deux types de problèmes identifiés. Cependant, comme cela arrive souvent, la nécessité dune modélisation aboutit à des affirmations qui contredisent la réalité.
En effet, sur la deuxième ligne des items caractérisant les deux catégories, il est surprenant de considérer que les situations présentées aux élèves sont totalement définies. A notre avis , cest une simple impression de lenseignant. Dans un travail antérieur, nous avons montré, sur la base dun exemple de problème de chimie, que pour élaborer une solution en toute rigueur, il y a toujours des hypothèses auxiliaires à faire intervenir par rapport aux systèmes physico-chimiques en jeu (Sall et al. 1998). Même si les énoncés contiennent en eux-mêmes des modélisations à priori ( il ny a pas de frottements, le système est thermiquement isolé, le gaz est considéré comme parfait,
la dissolution de la substance ne modifie pas le volume initial
), il y a toujours des choix à faire, ne serait-ce quen termes dinterprétation du texte.
De même, à lavant-dernière ligne du tableau, on a opposé « la solution est à construire entièrement » et « la résolution est guidée par les données ». En réalité, même pour les problèmes de la vie quotidienne, ce sont les données qui guident la résolution, particulièrement les données qualitatives.
De même, dans les faits (dernière ligne du tableau 26), pour les problèmes scolaires ou académiques, les résultats comptent souvent plus que la démarche utilisée, malgré quelques innovations en matière dévaluation.
Ainsi, toute approche du concept de problème saccompagne de manière explicite ou non dune conception de la résolution de problème. Mais celle-ci fait toujours appel à des activités cognitives dun sujet. Cest le processus qui consiste à atteindre le but à partir dune situation de départ.
Cependant, un sujet aborde un problème avec ses connaissances, ses conceptions, tout en demeurant sensible aux stimulus de lenvironnement.
Jonnaert (1988), cité par Roegiers (1993) exprime de manière originale le rôle des connaissances dans cette étape ; « Avant même dêtre confronté à tout autre savoir, lélève est donc dabord confronté à son propre savoir » (p.219)
En résumé sur le processus de résolution de problème, à travers la littérature que nous avons parcourue (DHainaut, 1977, 1983 ; Gagné, 1985 ; Newell et Simon, 1972 ; Glover et al., 1990 ; Roegiers, 1993 ; Goffard, 1994), une convergence apparaît sur lexistence de quatre étapes générales :1. lanalyse de la situation ; 2. la résolution ; 3.la validation ; 4 la communication de la démarche.
La plupart des analyses portant sur la résolution sont axées sur une explicitation de ces quatre étapes fondamentales.
Lanalyse de la situation met laccent sur la représentation du problème. Le terme de représentation a ici une signification situationnelle : il est relatif à un problème donné. La représentation est une construction : cest le produit de la compréhension du problème.
Le concept de compréhension renvoie à deux perspectives qui sont en fait liées : la perspective épistémique renvoie à une intégration de la nouvelle information dans les structures cognitives du sujet : la deuxième perspective dite pragmatique a pour finalité lidentification du résultat à atteindre.
La compréhension prise au sens pragmatique renvoie à la notion de tâche. La situation à analyser comprend deux pôles : le sujet et la tâche, cest-à-dire ce que le sujet a à faire.
La tâche est au cur de la résolution de problème. Dumas-Carré et Goffard (1997) mettent en garde contre la confusion entre problème et tâche. Une même tâche peut être une simple exécution de procédures déjà maîtrisées et donc qui « ne pose pas problème »au sujet, alors quelle peut constituer un véritable problème pour un autre.
Richard (1990) quant à lui conçoit la tâche comme lunité qui permet de découper et danalyser le travail cognitif en composantes qui ont une certaine autonomie. Elle est caractérisée par un résultat à atteindre, par des contraintes dans lobtention de ce résultat, et par un domaine de connaissances spécifiques.
En réalité, il nous semble que cette notion de tâche comporte également une dimension épistémique: c'est la représentation du problème qui renvoie à une interprétation de lensemble des données de la situation initiale.
Létape de résolution est prise en charge par lespace-problème de Newell et Simon (1972). Il sagit de construire un chemin entre la situation de départ et le but à atteindre. La résolution est donc un processus, une construction, une dynamique. Elle appelle à une mobilisation de connaissances générales et spécifiques, à des opérateurs ou une combinaison dopérateurs. Les processus suivis face à un même problème peuvent donc varier dun sujet à un autre tout en étant efficaces.
La validation justement consiste à sassurer que la solution proposée permet bien daboutir au but à atteindre, mais avec une dimension économique : une solution peut être valide sans être économique. La solution élaborée et validée est appliquée. La dernière phase de communication des résultats est particulièrement importante dans le contexte scolaire. Elle permet en même temps de contrôler une dernière fois la valeur de la solution.
En partant de ces différentes typologies, il est possible d'élaborer une typologie souple et adapté à la physique et à la chimique. Les problèmes utilisés dans l'enseignement secondaire sont essentiellement des problèmes normaux au sens de Kuhn (1983), dans les contextes d'évaluation sommative ou certificative. Mais des problèmes de rupture sont parfois utilisés dans une perspective de sélection ou de construction de nouveaux concepts, de nouveaux savoirs.
La typologie de Levy-Leblond (1980) nous semble être une bonne transition entre les typologies générales et les typologies plus spécifiques. Il distingue trois types de questions comme outil pédagogique en physique :
- la question de contrôle qui permet de vérifier la compréhension des concepts et des lois enseignées avec des choix dichotomiques ou multichotomiques;
- la question d'application qui permet de mettre en jeu les lois fondamentales de la physique dans des situations concrètes simples, proches de la situation quotidienne;
la question de critique conceptuelle dont la tâche consiste à examiner la logique interne et/ ou la validité des concepts utilisés.
La typologie que nous proposons contient essentiellement des problèmes normaux associés à quelques problèmes de rupture. Le critère utilisé est l'objectif de l'énoncé par rapport à l'apprenant .
Tableau 27 : Typologie de problème simplifiée réalisée à la suite de la revue de la littérature sur les typologies de problème.
Problèmes normauxProblèmes de rupture1. Problème d'instanciation des concepts :
objectif : maîtriser les concepts-clés du cours par leur utilisation qualitative dans des contextes variés.6. Problème de domaine de validité
objectif : découvrir les limites du domaine de validité d'une loi, d'une méthode ou d'un principe.2. Problème d'application :
objectif : comprendre comment on applique une loi, une convention, une méthode, un principe dans une situation familière.7. Problème de "problématisation"
objectif : identifier l'existence d'une nouvelle problématique liée aux limites des outils théoriques et méthodologiques disponibles face à des faits nouveaux.3. Problème d'illustration
objectif : faire un lien entre les situations-problèmes abordées en classe et des situations de l'environnement familier.4. Problème de comparaison
objectif : comparer des démarches théoriques et/ou expérimentales et faire un choix argumenté.
5. Problème d'extrapolation
objectif : en partant d'une question résolue portant sur une situation connue ou étudiée en classe, imaginer les possibilités de transfert à des situations ou à des données empiriques non familières.
Nous nous proposons dans un travail ultérieur dexpérimenter cette typologie pour en faire un outil didactique au service de la résolution de problème. Cependant, dans le cadre de nos activités au département de physique et chimie de l'Ecole Normale Supérieure de Dakar, nous avons encadré un travail de fin détudes sur une adaptation de cette grille (Cissé, 2000).
Après une brève analyse de la typologie, lauteur, compte tenu du temps dont il disposait pour faire le travail, a extrait une typologie simple de quatre catégories : problème de restitution, problème dapplication , problème didentification, problème dextension.
En sinspirant des objectifs définis dans la typologie que nous avons proposée, Cissé (2000) a sélectionné des indicateurs pour chaque catégorie.
Après avoir testé les indicateurs sur 8 problèmes classiques (3 problèmes de chimie et 5 problèmes de physique), lauteur a procédé à une validation de sa nouvelle typologie
par les enseignants. Il a demandé à un échantillon de 15 enseignants en exercice de ranger, à partir dun questionnaire, une liste de problèmes dans les quatre catégories.
Les résultats ont montré que seule la catégorie « problème de restitution » avait fait lunanimité des enseignants. Par contre certains « problèmes dapplication » ont été classés dans la catégorie « restitution » (six enseignants sur 15). Les catégories « identification » et « extension» nont fait lobjet que dune confusion.
Ces résultats, obtenus dans le cadre dun petit exercice à la recherche en éducation, montrent que pour arriver à faire de cette typologie un outil didactique, surtout dans la formation des enseignants, un travail ultérieur devra être mené. La recherche en résolution de problème en contexte scolaire doit faire lobjet dune attention particulière.
II.3.5. Les recherches en résolution de problème en physique et chimie
Nous présenterons des illustrations de trois courants de recherche :
les recherche centrées sur le paradigme expert/novice ;
les recherches destinées à développer les compétences des élèves en résolution de problème;
les recherches qui veulent transformer la résolution de problème en stratégie dapprentissage de la physique et de la chimie par la construction de concepts.
II.3.5.1. Les recherches axées sur le paradigme expert/novice
Parmi les courants de recherche en didactique de la résolution de problème, il faut signaler le paradigme expert/novice dans lequel se sont particulièrement investis (Chi, Feltovitch et Glaser, 1981).
Le paradigme expert/novice est une approche de la résolution de problème basée sur une catégorisation des sujets en face dun problème. Cette catégorisation sappuie sur lobservation de différences significatives de comportement entre les sujets qui réussissent le plus à résoudre les problèmes et les sujets qui ne réussissent pas. Le premier groupe qui est marqué par une connaissances approfondie de la matière est appelé « groupe des experts ». Le second groupe est composé de sujets nayant pas une
grande connaissance de la matière : pour cela ils sont appelés « novices », doù le nom du paradigme.
Chi et al. (1981) ont fait leurs recherches dans le contexte des sciences, particulièrement en physique. Des différences manifestes ont été observées entre les experts et les novices. La reconnaissance des stratégies des « experts » et des « novices » a reposé sur le protocole suivant :
on identifie les domaines de connaissances spécifiques ;
on identifie les experts dans les domaines de connaissances spécifiques par un test ;
on demande aux « experts » et aux « novices » de résoudre un ensemble de problème tout en verbalisant le protocole suivi, y compris les aspects affectifs ;
- les chercheurs procèdent ensuite à une analyse des protocoles verbalisés.
Cest ainsi quon a identifié les différences suivantes entre lexpert et le novice comme lindique le tableau 28.
Tableau 28 : Comparaison entre lexpert et le novice dans un domaine de connaissances face à la résolution de problème selon Chi et al. (1981).
Observations faites sur l « expert »Observations faites sur le « novice »1. Il a beaucoup de connaissances1.Il na pas assez de connaissances2. Il possède assez de connaissances procédurales2. Il possède plutôt des connaissances déclaratives3. Il est plus efficace dans la mobilisation de ses connaissances3. Il mobilise difficilement ses connaissances4. Il réactive ses connaissances sous forme de réseaux cohérents4. Il réactive ses connaissances sous forme de contenus disjoints5. Il reformule le problème initial en mettant en évidence les phénomènes, les concepts, les lois et principes de base5. Il se limite à lénoncé dans sa forme initiale ou en fait une lecture superficielle6. Il utilise une stratégie de résolution progressive : identifie les variables, génère des équations et les résout6. Il utilise une stratégie régressive : il part dune équation contenant la grandeur à mesurer et cherche les données manquantes.7. Il résout plus rapidement les problèmes (4 fois plus rapide que le novice)7. Il est lent dans la résolution8. Il réussit le plus souvent à résoudre le problème8. Il échoue le plus souvent dans ses tentatives de résolution9. Il évalue les résultats obtenus9. Il névalue pas les résultats
On retrouve chez « lexpert » une démarche qui intègre deux étapes importantes du processus de résolution de problème esquissé dans la littérature : la construction dune représentation personnalisée du problème qui se traduit par une reformulation originale et lévaluation de la solution élaborée.
Limportance des connaissances de manière générale et des connaissances procédurales en particulier, dans la réalisation dune tâche induite par le problème à résoudre est également un autre résultat important de cette recherche.
Les connaissances ninterviennent pas seulement par leur volume, mais aussi par la qualité de leur stockage qui détermine lefficacité de leur réactivation au service dune tâche à réaliser.
Lopposition entre lexpert et le novice en résolution de problème est illustré par Chi et al.(1981) dans un schéma devenu classique reproduit par Gagné (1985 ; p.273-274) : la comparaison entre les démarches de lexpert et du novice dans le cadre dun problème portant sur le plan incliné dans les problèmes de mécanique.
On observe une différence nette entre les deux structures conceptuelles qui traduisent bien les démarches progressive et régressive qui caractérisent respectivement lexpert et le novice. Alors que lexpert part des principes généraux de la mécanique et identifie les lois et leurs conditions dapplication, le novice se caractérise par une structure conceptuelle désorganisée.
On peut ici émettre lhypothèse que les connaissances conditionnelles ont joué un rôle déterminant dans la structuration du champ conceptuel des sujets. Plusieurs travaux dont certains ont été déjà signalés viennent à lappui de cette hypothèse, dont Bugerere (1998).
Cependant, cette dichotomisation des sujets en experts et novice nous semble trop manichéenne.
Sur le plan pédagogique cette description nous semble trop figée, même si ce paradigme donne une base danalyse et des données empiriques sur la résolution de problème en science. La question du passage du novice à lexpert, ou plus précisément le développement des compétences en résolution de problème, nous semble être cruciale pour faire face à la faiblesse des élèves en résolution de problème.
II.3.5.2. Les recherches de développement des compétences en résolution de problème
Dans ce type de recherche, lapprentissage porte sur la résolution de problème et non sur les concepts disciplinaires. Les situations expérimentales sont constituées par des problèmes classiques donnés dans lenseignement secondaire ou dans les premiers cycles universitaires. Il sagissait danalyser le processus de résolution en mettant laccent sur limportance de phases qui structurent la démarche de lexpert. Les activités cognitives de lélève sont également prises en compte dans lexpérimentation.
Dans ce courant de recherche il faut signaler Rief (1981), Heller et Rief (1984) qui ont insisté sur limportance de la représentation du problème que ces auteurs considèrent également comme une phase critique.
La méthode utilisée est un entraînement systématique et une explicitation du produit attendu. Les rapports de recherche de Rief et al. ne renseignement cependant pas assez selon Goffard (1993) sur le mode de travail pédagogique et le traitement des données recueillies lors de lévaluation.
Une équipe de recherche des Pays-Bas (Mettes et al. 1980) appartient également à ce courant. A partir de problèmes de niveau premier cycle universitaire, ils ont axé leurs activités sur une résolution modèle qui cependant se démarque de celle de lexpert. Le processus de résolution est décomposé en phases décrites en termes dactivités cognitives. Laction menée par ce groupe de recherche consistait surtout à apprendre aux étudiants à reconnaître des problèmes dits « standards » et à leur appliquer des routines qui ont été développées. Mais Mettes et ses collègues nont pas fourni assez dinformations sur les stratégies pédagogiques mises en uvre, qui apparaissent ainsi comme le contenu dune boîte noire. On voit là que dans le cadre scolaire les tâches d'application sont également désignées par le terme de problème.
Une autre équipe de recherche du LIREST (Université de Paris 7) a mené de nombreuses recherches quon peut ranger dans ce courant (Dumas-Carré, 1987 ; Caillot, Dumas-Carré et al., 1988 ; Caillot et al., 1990 ; Goffard, 1993 ; Dumas-Carré et Goffard, 1997).
Cest ainsi que cette équipe a développé une méthode pour résoudre des problèmes de physique appelée méthode PROPHY (PROblèmes de PHYsique).
Lélaboration de cette méthode a été précédée denquêtes auprès denseignants en formation et délèves en situation de résolution de problème.
Aux enseignants en formation il était demandé de donner des explications de la faiblesse des élèves en résolution de problème. Ils ont ainsi identifié trois éléments : les difficultés pour lire lénoncé, une connaissance insuffisante de la matière et des difficultés dordre mathématique.
Lenquête auprès des élèves reposaient sur des entretiens réalisés en situation de résolution de problème et une analyse de contenu faite sur des copies dévaluation. Les difficultés identifiées auprès des élèves étaient observées à deux niveaux .
Selon lenquête, les élèves éprouvaient dabord des difficultés pour comprendre les concepts de physique au-delà de la connaissance de la définition. Même lorsque la signification des concepts était acceptable, le champ dapplication nétait pas délimité et les conditions dutilisation peu maîtrisées (connaissances conditionnelles).
La deuxième difficulté était liée à la construction dune représentation du problème au sens de Newell et Simon (1972). Cette enquête confirme des données déjà révélées par plusieurs études antérieures, notamment dans le paradigme expert/novice.
Lapprentissage de la résolution de problème développé par cette équipe de recherche, dans le cadre de la méthode PROPHY se faisait surtout par la mise au point daides cognitives spécifiques pour guider le processus délaboration de la représentation du problème, dans le sillage des travaux de Rief (1983) et de Mettes (1980).
Limpact de telles aides a été testé dans de nombreuses recherches par les membres de léquipe de recherche. Les conclusions tirées de cette recherches sont les suivantes :
- lorsque les aides cognitives sont fournies à la suite dun cours classique, les résultats ont été peu significatifs.
- par contre, lorsque les aides sont intégrées dans lenseignement, les résultats obtenus ont été nettement concluants.
Linterprétation que nous pouvons donner des expérimentations de la méthode PROPHY est que la résolution de problème, pour quelle puisse être développée doit être intégrée dans un projet pédagogique cohérent. On ne peut pas la développer en dehors du cours lui-même, cest -à - dire en dehors du travail de lenseignant. Quand on pense que lenseignant agit en fonction de ses conceptions de cette activité, on perçoit déjà lintérêt à sintéresser à ces conceptions.
II.3.5.3. Les recherches axées sur la résolution de problème comme contexte dapprentissage
Ce courant de recherche en didactique de la résolution de problème na pas pour objectif exclusif dapprendre aux élèves à résoudre des problèmes. Lintérêt est porté sur lapprentissage des concepts, des modèles et de la modélisation.
Le point de départ est la construction du savoir de lélève à partir de leurs conceptions. En plus des problèmes scolaires, il y avait également des tâches dordre expérimental. Mais certains aspects de la résolution de problème, notamment la représentation, étaient pris en compte.
Léquipe de Gil Perez (Gil et Martinez-Terregosa, 1983 ; Dumas-Carréet al. 1990), a travaillé sur des problèmes ouverts, sans données. Lactivité de résolution de problème est ici considérée comme une activité du chercheur dont les pratiques sont prises comme référence. Lexpérimentation a lieu dans lenseignement secondaire. Le processus de résolution est ici découpé en six phases dont la première est la problématisation, et la dernière, louverture, un prolongement du problème. Les élèves travaillent par petits groupes pour élaborer le produit de chaque phase. La stratégie pédagogique utilisée inclue des échanges élèves-élèves et élèves-professeurs. Cependant cette recherche ne nous renseigne pas sur les résultats obtenus.
Weil-Barais et Lemeignan (1990) ont effectué des recherches sur lapprentissage des modèles et des concepts. Létude de ces concepts implique des analyses épistémologiques et psychologiques. La suite de la résolution de problème est destinée à la construction des concepts. Mais nous navons pas dindications sur les résultats obtenus par Weil-Barais et Lemeignan (1990).
Robardet (1989) a également mené des recherches en résolution de problème avec pour finalité le développement de compétences en modélisation, à partir des idées initiales des élèves en physique. Des interventions didactiques appropriées sont fournies aux élèves face à des situations-problèmes emboîtées permettant, en passant par des modèles intermédiaires, de construire le concept.
Cette trajectoire de modélisation est guidée par des hypothèses émises lors de la première phase du schéma suivant : action formulation validation. Mais dans cette recherche également on ne fournit pas dinformations sur les résultats obtenus par Robardet.
Dans la suite de leurs travaux antérieurs, et sous linfluence de la perspective ouverte par léquipe de Gil Perez, Dumas-Carré et Goffard (1997) ont développé des recherches tendant à mettre au point des outils pour « apprendre de la physique en résolvant des problèmes » et promouvoir des « activités de résolution de problème semblables à des activités de recherche pour apprendre la physique ».
Dumas-Carré et Goffard (1997) , pour mettre la résolution de problème au service de lapprentissage de la mécanique, ont mis au point des outils : le diagramme objets-interactions (DOI) et le découpage spatio-temporel. Les auteurs désigne lensemble par le terme de « bande dessinée ».
En réalité la démarche de Dumas-Carré et Goffard, qui se veut novatrice, reste toujours marquée par les préoccupations antérieures, particulièrement le développement de la phase de représentation du problème.
Le diagramme objets-interactions (DOI), selon les auteurs, est une schématisation qui se veut une représentation des objets et des interactions entre les objets. Il a pour fonction de servir dinterface entre :
- une représentation figurative des objets et leur symbolisation par le physicien. En mécanique du point, les objets sont représentés par des points auxquels sont associés des grandeurs physiques;
- une description phénoménologique des situations (lobjet A agit sur lobjet B) et une description faisant intervenir le concept de force (lobjet C est soumis à une force).
Le DOI est selon les auteurs une mise en forme symbolique des constructions conceptuelles dobjets, de manière à aider lélève à comprendre et à appliquer les notions de physique. Ainsi la construction de la représentation dun problème trouve en amont un support dans lenseignement dispensé. Cela nous ramène encore une fois au rôle de lenseignant.
Quand au découpage temporel, il avait principalement deux objectifs :
- faire la distinction entre le concept dinstant (durée nulle) et celui de phase (durée non nulle);
relier les phases dun mouvement à lanalyse des forces sexerçant sur le système étudié.
Lapprentissage de ces deux outils a été mis en uvre dans des conditions ordinaires, sous forme de travaux pratiques, avec des groupes de discussion impliquant les élèves et le professeur.
Après lexpérimentation, les auteurs ont évalué deux aspects de leur innovation : limpact sur les acquisitions conceptuelles des élèves et la pertinence de lutilisation des aides. Il sagissait de comparer les performances dun groupe expérimental de 36 élèves (qui a bénéficié dune formation sur le DOI) et celles de 112 élèves constituant un échantillon-témoin.
Lévaluation a révélé une amélioration nette du concept dinteraction chez les élèves ayant bénéficié de cette formation, même si les différences ne sont pas du même ordre de grandeur suivant les items du test dévaluation. Un autre résultat, obtenu à partir de lanalyse des copies des sujets faite par les auteurs, est une modification de lapproche que les élèves avaient de la résolution de problème.
Cest pour approfondir ces premiers résultats que Dumas-Carré et Goffard (1997) ont mis ensuite au point des « activités de résolution de problème semblables à des activités de recherche pour apprendre la physique ».
Les auteurs placent ce deuxième volet de leur recherche dans une perspective de changement conceptuel, cest-à-dire de modification des conceptions sur les connaissances scientifiques que véhicule de manière implicite ou explicite lenseignement traditionnel des sciences. La physique apparaît dans lenseignement comme un corpus de connaissances définitivement établies et reconnues. Les problèmes à résoudre ne peuvent être dans ce cadre que des questions fermées, qui ont des solutions connues par les experts que lélève doit simplement reconstruire, pou ne pas dire, rappeler.
A cette vision statique de la physique, les activités nouvelles de résolution de problème devraient substituer une vision dynamique, ouverte, donnant des occasions de questionnements divergents, dimpasses et de remises en cause.
Les activités nouvelles ont été construites par les chercheurs à partir dune explicitation de la démarche scientifique en sept étapes :
élaborer une problématique ;
choisir un cadre théorique et/ou un niveau de modélisation;
émettre des hypothèses;
définir les données quil faudra recueillir pour tester les hypothèses;
établir un plan dexpériences, lexécuter en contrôlant la méthodologie;
interpréter les résultats et conclure à propos des hypothèses;
déterminer de nouvelles questions, maintenant abordables, et susceptibles de conduire à de nouvelles recherches.
La mise en uvre de ces activités implique naturellement une préparation spécifique, le mode de gestion de la classe étant radicalement modifié, en particulier le rôle du professeur, qui devient alternativement un guide et une personne-ressources (travaux de groupe des élèves), professeur animateur ( au cours des discussion en séance plénière) et un professeur « institutionnalisateur » (quand devant le groupe-classe élèves il rappelle cadre, recentre les activités, et les met en perspective).
Lévaluation de lexpérimentation de cette approche a été faite sur deux axes : les modifications des comportements des élèves face aux activités de résolution de problème et les performances des élèves en résolution.
Le comportement a été décomposé en six (6) dimensions :
les activités des élèves au début de la résolution (les élèves consacrent-ils du temps à lanalyse qualitative, lidentification du contexte et des conditions ?)
les activités démission dhypothèses ( les élèves émettent-ils de manière explicite des hypothèses avec prise en compte de cas limites ?).
les stratégies (les élèves explorent-ils plusieurs pistes avant de choisir une stratégie conduite qualitativement jusquau bout avant le traitement mathématique ?)
lexplicitation du raisonnement (les élèves donnent-ils clairement des explications dordre physique au lieu daligner des calculs mathématiques ?)
les résultats obtenus (sont-ils analysés par les élèves ? sont-ils mis en relation avec les hypothèses ?)
lattitude en face de la résolution de problème (les élèves sont ils devenus plus persévérants ? Y a-t-il moins dabandons en cours de résolution ?)
Les chercheurs ont opté pour une évaluation globale des performances. En plus de la dichotomie réussite/échec, on a adopté par le biais de consignes claires données aux élèves une méthodologie permettant de recueillir le maximum dinformations sur le déroulement de la résolution : « verbaliser le raisonnement, ne rien effacer ou barrer même lorsque il y a eu erreur ou abandon dun chemin
»
Les révélateurs des comportements et des performances des élèves ont été constitués de problèmes classiques de difficulté moyenne, des problèmes comportant une ou des données inutiles, et des problèmes classiques de difficulté supérieure à la moyenne.
Le groupe expérimental était constitué dune classe de 40 élèves de 1ère ayant travaillé avec la méthode pendant une année scolaire. Deux groupes témoins étaient constitués de 38 élèves de la classe de 1ère) et de 68 élèves de Terminale.
Sur les six dimensions du comportement des élèves, les résultats ont une différence significative (p< 0,1), entre les élèves de la classe expérimentale et les élèves des groupes témoins, particulièrement au niveau du comportement de départ (précipitation sur les données numériques) et sur lutilisation de données superflues (très nette chez les élèves-témoins).
Les élèves expérimentaux réussissent mieux en performance globale, particulièrement lorsque le problème est de difficulté au-dessus de la moyenne. De même le pourcentage dabandon est de loin plus faible chez les élèves du groupe expérimental.
Les recherches menées par Dumas-Carré et Goffard ont permis de mettre en évidence la place de la résolution de problème dans lenseignement de la physique et de la chimie. Il ne sagit pas dactivités destinées uniquement à évaluer les élèves. Elles participent de la construction du savoir scientifique. La résolution de problème est au cur du système enseignement/apprentissage des sciences.
II.3.5.4. Conclusion sur les recherches en didactique de la résolution de problème en physique et chimie
La revue précédente a montré que la résolution de problème est lobjet de beaucoup dattention de la part des chercheurs en didactique. Les recherches que nous avons
répertoriées se distribuent comme nous lavons montré, en différents courants allant du paradigme expert/novice (Chi et al.1981) aux recherches axées sur le développement des capacités en résolution de problème dans une perspective daugmenter les performances des élèves mesurées par les évaluations de type classique (Caillot, Dumas-Carré et al., 1988 ; Rief, 1983 ; Mettes, 1984).
Mais très vite, la résolution de problème sest révélée être une stratégie de modélisation (Robardet, 1989 ; Weil-Barais et Lemeignan , 1990).
Les récents travaux de Dumas-Carré et Goffard, dans leurs tentatives de mettre la résolution de problème au service de la construction des concepts de physique, ont abouti à des résultats qui montrent quil est possible de dépasser la situation actuelle des apprenants face aux problèmes de physique et de chimie.
Sur le plan méthodologique, les recherches se sont appuyées sur lobservation des apprenants en situation de résolution de problème et/ou lanalyse de productions délèves. Certaines recherches nont pu aboutir à des conclusions sans que les auteurs aient apporté des justifications.
Dans de nombreuses recherches (Chi et Feltovich, 1981, ; Caillot, 1988 ; Dumas-Carré et Goffard, 1997), le rôle des connaissances, notamment les connaissances procédurales qui permettent de faire une bonne représentation du problème, est apparu comme une donnée incontournable( le paradigme expert/novice).
Le cadre problématique implicite de toutes ces recherches place les élèves au centre des préoccupations, ce qui est parfaitement en adéquation avec les positions les plus novatrices en psychologie de lapprentissage. Cependant le rôle de lenseignant est souvent passé sous silence même si Dumas-Carré et Goffard admettent que les outils quelles proposent impliquent une modification du mode de gestion de la classe et du rôle du professeur.
Il apparaît que quelque soit le contexte dinnovation, lenseignant est appelé à jouer un rôle important pour transformer les activités scolaires de résolution de problème, à la fois dans le sens dune plus grande efficacité interne (performances par rapport aux critères institutionnels de réussite), mais aussi dans le sens dun changement de
perspective de lenseignement de la physique et de la chimie, à la lumière des apports de la didactique.
Malgré ou à cause de la prégnance de plus en plus marquée du constructivisme dans la didactique des sciences, la pensée des enseignants (Tochon,1995), leurs croyances pédagogiques ou didactiques, leurs perceptions des activités denseignement-apprentissage, bref leurs conceptions, constituent, à notre avis, des variables dignes dintérêt pour la recherche en didactique des sciences. Les situations de classe sont le lieu dinterférence de plusieurs épistémologies : celles des élèves loin dêtre homogènes, et celle de lenseignant détenant encore une position de pouvoir lié au crédit que lui accorde linstitution scolaire.
Il nous faudra voir comment replacer lenseignant dans ces nouvelles perspectives. Pourquoi ne pas sintéresser par exemple à ses conceptions celles-là même qui guident leurs actions et surtout qui déterminent leur engagement dans toute entreprise dinnovation en milieu scolaire ?
Cette dernière question nous sert de transition vers notre cadre problématique, lobjet du prochain chapitre.
PREMIERE PARTIE
CHAPITRE III. CADRE PROBLEMATIQUE
Introduction
Les résultats de la recherche exploratoire (Chapitre 1) ont fait ressortir la nécessité dapprofondir le cadre théorique de la résolution de problème. Le cognitivisme est apparu comme le cadre théorique général le plus pertinent pour clarifier les concepts de connaissance, de conception, de problème et de résolution de problème. Le cadre théorique restreint sinscrivant dans une perspective didactique a ouvert la voie à lélaboration dun cadre problématique qui a pour fonction de donner du sens à la recherche.
Mais compte tenu du rôle des connaissances dans la résolution de problème et de ses rapports avec lapprentissage, il nous a semblé utile de nous situer par rapport à la psychologie de lapprentissage. Dans cette perspective nous avons opté pour une approche constructiviste des connaissances et de lapprentissage.
La revue des recherches en résolution de problème, particulièrement les recherches en didactique de la physique et de la chimie a permis de mettre en évidence les tendances actuelles. Une constante apparaît : les activités de résolution de problème dans lenseignement secondaire souffrent dun manque defficacité. Compte tenu de leur place dans les activités enseignement/apprentissage, il est urgent pour la recherche de renouveler les angles dattaque si on veut fournir des bases décisionnelles pertinentes à lamélioration des pratiques pédagogiques.
Le cadre problématique donne loccasion de reposer les problèmes, dabord de manière générale, puis de manière spécifique pour déboucher sur des questions précises de recherche.
III.1. Cadre problématique général
La résolution de problème est une activité individuelle dun apprenant face à une situation donnée. Son importance dans la vie de tous les jours et les compétences cognitives quelle permet de mobiliser et de développer font quelle constitue une activité au cur du système enseignement/apprentissage, particulièrement dans lenseignement de la physique et de la chimie.
Cest pourquoi notre entrée dans la problématique de la recherche se fera à partir dun modèle enseignement/apprentissage des sciences: le modèle de White et Tisher (1986). Lanalyse critique de ce modèle nous permettra de larticuler avec la problématique de la résolution de problème.
III.1.1. Entrée par le modèle de White et Tisher
Dans la littérature sur l'enseignement en général de nombreux modèles ont été proposés mettant l'accent sur les contenus, sur le travail de l'enseignant, sur les activités d'apprentissage ou sur les relations entre ces différents éléments ( De Corte et al., 1990).
Pour l'enseignement des sciences nous avons choisi de nous appuyer sur le modèle proposé par White et Tisher (1986) qui met en jeu des variables externes, les caractéristiques individuelles de l'apprenant et ses performances. Le schéma suivant est une adaptation de ce modèle.
Schéma 4 : Modèle adapté de White et Tisher (1986 ).
Handbook of Research on Teaching, Wittrock ( p. 875)
Le modèle de White et Tisher met bien en évidence le rôle des facteurs externes dans la détermination des caractéristiques de l'apprenant, lesquelles déterminent à leur tour les performances réalisées. Les influences externes sont, selon White et Tisher, de trois ordres: le contexte, les expériences de l'apprenant et l'enseignement qu'il reçoit.
Les caractéristiques de l'apprenant sont décrites en termes de perception du contexte, d'attitudes et de traits de personnalité, de contenu initial de la mémoire et de ses aptitudes de départ. Les effets de l'interaction entre les influences externes et les caractéristiques de l'apprenant sont des performances qui comportent une dimension d'attitude ou de savoir-être.
Plusieurs hypothèses peuvent être induites à partir de ce modèle. Par exemple, la perception du contexte serait influencée par les expériences personnelles de l'apprenant et par le contexte lui-même. De même, les modifications du contenu initial de la mémoire se feraient sous l'action conjuguée des aptitudes de l'apprenant et de l'enseignement qu'il reçoit. Quant aux performances, elles résulteraient du contenu de la mémoire, de l'enseignement reçu et de la nouvelle attitude de l'apprenant.
La place réservée au contexte comme facteur externe, l'inclusion de la perception du contexte par l'apprenant dans ses caractéristiques fondamentales, et l'accent mis sur les expériences antérieures nous semblent être parmi les aspects les plus marquants de ce modèle.
Lenseignement se présente comme un facteur externe à lapprenant et ninflue quindirectement sur les performances. Se pose alors la question suivante. Par rapport à notre objectif de contribuer à lamélioration des performances manifestement insuffisantes en résolution de problème, comment envisager notre problématique de recherche ?
Une critique du modèle de White et Tisher va nous permettre de clarifier cette problématique.
III. 1 2. Critique du modèle de White et Tisher : vers un cadre problématique général
Comme tout modèle, le schéma proposé par White et Tisher est une simplification de relations complexes. Il suggère une linéarité qui masque certains aspects déterminants du processus. C'est ainsi que le modèle n'explicite pas le type d'interactions entre les facteurs externes et les caractéristiques de l'apprenant pour aboutir à des performances. Cette remarque peut être mise en relation avec le paradigme processus-produit (Lafontaine et Crahay, 1986).
Il semblerait alors que la nouvelle attitude et le contenu de la mémoire de l'étudiant et ses aptitudes suffiraient à produire la performance attendue. Cette dernière est cependant le résultat d'un processus contextualisé. Nous rejoignons ici Fenstermacher (1986) pour dire que la relation entre d'une part, les aptitudes, le contenu de la mémoire et les attitudes, et, d'autre part, la performance, ne saurait être une relation de cause à effet. Il s'agirait plutôt d'une relation de type "ontologique" (Fenstermacher, 1986).
On note également une certaine dissymétrie dans le modèle. En effet bien que le contexte, les expériences de l'apprenant et l'enseignement soient placés au même niveau d'analyse (les influences externes), la notion de perception n'est appliquée qu'au contexte. En d'autres termes, le modèle reste muet sur les relations éventuelles entre les perceptions par l'apprenant de ses expériences personnelles et de l'enseignement qu'il reçoit dans la réalisation des performances. Finalement, face à une tâche à réaliser, l'apprenant n'est-il pas tributaire de toutes ses perceptions du contexte, de ses expériences et de l'enseignement?
Le modèle de White et Tisher peut être résumé comme suit: l'apprenant réalise des performances à partir de ses caractéristiques propres, résultat de l'action de trois types de facteurs externes: le contexte, les expériences personnelles, et l'enseignement. Les caractéristiques de l'apprenant jouent donc ici le rôle de variables d'entrée et les performances sont des effets mesurables. Le processus de réalisation de la tâche n'est pas mentionné de manière explicite et se présente sous forme de boîte noire. Le schéma 5 illustre cette synthèse (voir page suivante) :
Schéma 5 : Schéma interprétatif du modèle de White et Tisher
Ce schéma interprétatif rend bien compte de la non explicitation des aspects de processus. Il présente également l'avantage de distinguer les trois dimensions de toute activité éducative: l'entrée , le processus et les effets. Nous convenons d'appuyer notre analyse de la résolution de problème dans un contexte scolaire sur ces trois dimensions, qui permettent ainsi une description macroscopique de notre cadre problématique général. On distingue ainsi trois types de variables:
des variables d'entrée (Ve) constituées par lenseignement, lexpérience et les caractéristiques propres du sujet et le contexte;
des variables de processus (Vp), qui ne sont pas explicitées par le modèle;
des variables d'effet (Vef) constituées par les différents aspects des performances.
Suivant le type de recherche envisagé, le cadre problématique général peut sappuyer sur une articulation spécifique entre ces trois catégories de variables.
Par exemple, dans une recherche de type explicative ou prédictive (De Ketele, 1984), on pourrait se poser plusieurs questions à propos des relations entre les trois catégories de variables.
Une autre approche consisterait à sintéresser à une meilleure connaissance de chacun des types de variables. La recherche pourrait alors porter sur une meilleure connaissance des méthodes denseignement de la résolution de problème (Dumas Carré, 1989 ; Goffard, 1993), sur une étude des stratégies de résolution de problème (Caillot, 1989 ; Gil Perez, 1989 ), ou létude des performances en résolution de problème (Chi et al. , 1983), dans une perspective évaluative ou docimologique (De Ketele et Roegiers, 1993).
De nombreuses recherches ont été déjà menées sur lenseignement des stratégies de résolution de problème. Mais on ne sest pas intéressé au rôle des enseignants dans les performances des apprenants en résolution de problème. Pourtant, beaucoup de recherches ont été menées sur la pensée des enseignants (Tochon, 1993 ; Hashweh, 1996 ; Klaassen et Lijnse, 1996).
Hashew (1996) suggère que les travaux sur la pensée des enseignants devraient plutôt sorienter vers lanalyse des croyances et des conceptions des enseignants. Cette perspective semble selon lui plus fructueuse dans lentreprise de compréhension des comportements des enseignants. Hashew renforce ainsi les assertions déjà émises par Fenstermacher (1979) et Clark (1989).
De même, à la suite de sa méta-analyse des recherches sur la pensée des enseignants, Pajares (1992) avait clairement indiqué que « la pensée des enseignants pouvait et devrait constituer un thème important dans la recherche en éducation
Cela nécessiterait cependant, une clarification conceptuelle,
et létablissement de faits spécifiques par linvestigation sur les conceptions » (p. 307).
Hashew (1996) a mené des recherches sur linfluence des conceptions des professeurs de sciences (physique et chimie, mathématiques, biologie), sur les pratiques pédagogiques. A partir dune dichotomisation dun groupe denseignants en « type constructiviste » et « type empirique », Hashew obtient des résultats qui révèlent nettement des différences de comportement face aux réponses fournies par les élèves en situation de classe, mais aussi dans le choix des stratégies pédagogiques.
Cependant, parmi les nombreux travaux sur la pensée des enseignants, sur leurs conceptions épistémologiques à propos de la science et des connaissances scientifiques,
très peu ont porté sur la résolution de problème. Hashew (1996) signale cependant les travaux de Martens (1992). Celui-ci a mené une étude sur les changements en cours chez des enseignants en activité au niveau élémentaire. Martens a montré comment les conceptions des sujets faisaient obstacle lors dune implantation dune approche en résolution de problème au niveau élémentaire.
Notre travail se propose darticuler le courant de recherche en résolution de problème et la problématique des conceptions des enseignants dans le sillage des travaux de Pajares (1992), Gallagher (1991), Hashew (1996) et Klaassen et Lijnse (1996).
Ainsi, nous avons choisi de nous intéresser aux conceptions des professeurs de physique et de chimie, en résolution de problème, comme préalable à lamélioration des performances des élèves dans lenseignement secondaire. Il sagira dexpliciter la structure de ces conceptions, didentifier des facteurs qui pourraient influer sur ces structures, et enfin de voir dans quelle mesure elles pourraient évoluer.
Nous ne cherchons pas à établir linfluence directe de ces conceptions dans les performances. Il sagit ici, pour reprendre lidée de Fenstermacher (1986), dune dépendance « ontologique ». Nous ne sommes pas dans le paradigme de recherche du type processus/produit. La pensée des enseignants ninflue sur les performances des élèves que de manière indirecte. En effet, les enseignants organisent des activités enseignement/apprentissage de la résolution de problème, choisissent des exercices et des problèmes, exposent des stratégies de résolution, adoptent des attitudes qui vont influer sur les démarches de résolution et donc sur les performances des élèves.
La question qui se pose est alors celle-ci : est-il possible de connaître ces idées des enseignants ? Quelles sont les caractéristiques de ces conceptions ? De quelles variables spécifiques dépendent-elles ?
Ce cadre problématique général étant circonscrit, il sagira à présent de délimiter un cadre problématique restreint permettant didentifier les variables sur lesquelles portera la recherche. Cest lobjet du cadre problématique restreint.
III. 2. Cadre problématique restreint
La question centrale de notre recherche est de décrire de manière aussi fine que possible les conceptions des enseignants en résolution de problème. Il sagira didentifier des facteurs pertinents par rapport à ces conceptions, et détudier leur évolution dans un cadre spécifique. Cela fait des conceptions des enseignants la variable-clé du cadre problématique restreint.
Ce cadre doit être articulé dune part avec les données de la recherche exploratoire, et dautre part avec les données à la fois théoriques et empiriques fournies par le cadre théorique général et le cadre théorique spécifique.
La recherche exploratoire a permis une approche des conceptions à propos de la résolution de problème comme une combinaison de cinq (5) dimensions.
A partir dun questionnaire ouvert, cinq dimensions ont été identifiées : la situation de départ (Sd), la finalité ou fonction du problème (Fi), la représentation de la tâche (Rt), le processus de résolution (Pr), la composante affective (Ca).
Cette décomposition est-elle suffisante à la lumière de notre revue théorique ? Dans le cadre théorique, la revue de la littérature a mis en évidence une sorte de consensus sur quatre étapes générales de la résolution de problème : lanalyse de la situation, la résolution, la validation et la communication de la démarche.
Lespace-problème de Newell et Simon (1972) peut constituer une autre grille danalyse de la décomposition de la macrovariable « conceptions des enseignants ».
Il faut remarquer tout de suite que ces deux référentiels nont pas les mêmes objectifs. Les quatre étapes citées plus haut sont relatives à la résolution elle-même, alors que lespace de Newell et Simon envisage à la fois lénoncé du problème, les moyens pour le résoudre, et la résolution elle-même.
Le tableau 29 permet une vue densemble des dimensions issues de la recherche exploratoire, les quatre étapes générales de la résolution et lespace-problème de Newell et Simon (page suivante).
Tableau 29 : Comparaison entre variables exploratoires, étapes générales de résolution de problème lespace-problème de Newell et Simon.
Variables de la recherche exploratoireLes quatre étapes générales de la résolutionLespace-problème de Newell et Simon
1. Sd = Situation de départ
2. Fi = Finalité
3. Rt = Représentation de la tâche
4. Pr = Processus de résolution
5. Ca = Charge affective
1. lanalyse de la situation
2. la résolution
3. la validation
4. la communication de la démarche
1. un ensemble déléments, chacun représentant une unité de connaissance à propos de la tâche à faire dans le cadre du problème posé;
2. un ensemble dopérateurs qui sont des procédures pour combiner les unités dinformation et produire de nouvelles connaissances à partir de connaissances antérieures;
3. un état initial des connaissances à propos du problème spécifique;
4. le problème lui-même décrivant le but à atteindre par lapplication de procédures;
5. lensemble des connaissances du sujet à propos du problème spécifique, mais aussi à propos de méthodes de résolution, de validation dune démarche, de lévaluation dune solution obtenue.
Nous allons voir dans quelle mesure les dimensions utilisées dans la recherche exploratoire peuvent être reconduites ou reformulées pour construire le cadre problématique.
La variable (Sd) est prise en compte par la première étape de la résolution de problème : lanalyse de la situation. Mieux, elle est exprimée de manière explicite dans lespace-problème de Newell et Simon.
La variable « situation de départ » sera donc reconduite dans notre cadre problématique restreint. Mais, pour lui donner un sens plus concret dans une perspective disciplinaire, nous lappellerons « Enoncé » (En). Lénoncé est en effet une description de la situation de départ indiquant les données, les contraintes, avec une explicitation de la tâche à réaliser.
La variable « Finalité » va au-delà du processus de résolution. Compte tenu de lintérêt de la recherche en didactique pour la signification à donner aux activités de résolution de problème (Dumas-Carré, 1989 ; Michel Caillot, 1998), cette variable sera reconduite. Elle recouvre à la fois la finalité et la fonction scolaire de la résolution de problème. Elle sera appelée « Finalité et fonction » et notée (Ff) dans notre cadre problématique restreint.
La troisième dimension « représentation de la tâche » est en fait un aspect du processus de résolution ; elle découle de lanalyse de la situation. Elle ne sera pas reconduite de manière distincte dans la suite de la recherche. Par contre on peut lassocier, dans une perspective purement didactique, au résultat attendu dans les problèmes de physique et de chimie. Nous substituons à la dimension Rt (représentation de la tâche), la dimension plus opérationnelle de « résultat attendu », notée (Ra).
Il peut paraître surprenant de remplacer une variable de processus (la représentation de la tâche, Rt ) par une variable plus statique (le résultat attendu, Ra). Le choix a été dicté par la nécessité, dans une perspective didactique, dutiliser une terminologie plus familière. Mais, dans le fond, le résultat attendu (Ra), est un élément de la représentation de la tâche.
La quatrième dimension de la recherche exploratoire « processus de résolution » est bien prise en charge aussi bien dans les quatre étapes générales que dans lespace-problème de Newell et Simon. Elle sera donc maintenue avec la même notation (Pr).
La dernière dimension (composante affective) telle que définie dans la recherche exploratoire était en troisième position dans les conceptions des élèves-professeurs interrogés lors de la recherche exploratoire. Mais les indicateurs qui lui ont été associés étaient les plus difficiles à manipuler.
Cependant, les analyses les plus récentes des processus cognitifs ont mis en évidence limportance de la dimension affective et motivationnelle. Lespace qui permet de décrire les conceptions des enseignants doit nécessairement prendre en compte cette dimension.
Cest pourquoi, dans le cadre problématique restreint nous allons définir une variable qui englobe la dimension affective tout en prenant en charge les aspects motivationnels et conatifs (conatifs: liés à la somme d'efforts à fournir et l'énergie à la fois physique et psychique à investir dans une tâche). Cette variable nous lappelons variable « motivation ». Elle sera notée (Mo).
Mais les cinq dimensions ainsi validées suffisent-elles à décrire les conceptions à propos de la résolution de problème ?
Lespace-problème de Newell et Simon, qui nous sert de référence, a cependant beaucoup mis laccent sur les connaissances: connaissances spécifiques au problème, connaissances des moyens de traiter les connaissances, connaissances des procédures et stratégies. De manière générale, la littérature que nous avons parcourue montre bien la place stratégique occupée par les connaissances dans la réalisation de toute action finalisée dont la résolution de problème.
Cela nous amène à introduire ainsi une dimension qui nous semble pertinente : la dimension « connaissances » notée (Cn).
Enfin, au-delà des variables identifiées dans la recherche exploratoire, le rôle du contexte dans la cognition humaine a été largement établie dans la littérature (Anderson, 1981 ; Gillepsie, 1992). Nous sommes donc fondés, dans la description des conceptions des enseignants en résolution de problème, à tenir compte de la variable « contexte » que nous noterons « Ctx ».
En résumé, la problématique de la description des conceptions des enseignants sarticulera autour de sept dimensions dont la pertinence a été fondée sur la recherche exploratoire, sur le cadre théorique et les tendances actuelles des approches cognitives.
Ces sept dimensions sont présentées et explicitées dans le tableau 30 de la page suivante.
Tableau 30 : explicitation des différentes dimensions de la résolution de problème
Dimensions de la résolution
de problèmeExplicitation des dimensionsFinalité et fonction la résolution de problème (Ff)La place de la résolution de problème dans lenseignement, les objectifs visés dans les activités scolaires de résolution de problème, les critères de réussite utilisés, les décisions induites par les performancesMotivation (Mo)La volonté, les efforts à fournir, les attitudes qui influent sur la résolution de problème, les sentiments exprimésEnoncé du problème (En)Le type de problème, les systèmes étudiés, la forme et la longueur de lénoncé, la clarté du texte, les types de données fournies, les symboles et les notations, les graphes et les schémas, la description des expériences et des schémas, lexplicitation des contraintes et des niveaux d'exigence
Résultats (Ra)Le type de résultats (numérique ou littéral), la signification des résultats, les systèmes dunités, la précision exigée, la présentation matérielle, la communication des résultats
Connaissances exigées pour résoudre le problème(Cn)Les phénomènes en jeu, les systèmes étudiés, les concepts mis en scène, les définitions, les principes, les lois scientifiques , les règles et les conventions, les nomenclature, les symboles, les unités, les schémas conventionnels, les procédures à appliquer, les conditions et domaines dapplication
Processus de résolution (Pr)Faire une représentation du problème, identifier la tâche à faire, comprendre les phénomènes en jeu, raisonner, démontrer, articuler les différentes étapes, contrôler la rigueur de la démarche et la justifier, expliciter les hypothèse , exploiter les données du problème, simplifier, faire des inférences
Contexte des activités scolaires de résolution de problème (Ctx)Le degré dautonomie, laccessibilité à des sources extérieures, situation dapprentissage (pour comprendre et sentraîner), situation dévaluation (composition, devoir, examen, concours), conditions matérielles (salle aérée ou exigüe ), contraintes horaires ou administratives
Le tableau 30 laisse apparaître sept variables constituées par les sept dimensions ainsi identifiées. En même temps on perçoit quune description des conceptions qui sappuierait uniquement sur ses sept dimensions laisserait beaucoup dinformations dans lombre. Chaque dimension revêt plusieurs aspects qui méritent dêtre explicités.
Cette considération nous amène à faire une distinction entre deux approches de la description des conceptions : une description macroscopique et une description microscopique.
Nous entendons par description macroscopique, une description qui se fonde sur les grandes dimensions qui ont été identifiées. Elle ne donne aucune information sur le contenu de la dimension. La description macroscopique des conceptions se fera dans un espace à sept dimensions : la finalité ou la fonction de la résolution de problème (Ff), la motivation (Mo), les résultats attendus (Ra), lénoncé du problème (En), les connaissances (Cn), le processus de résolution (Pr), le contexte de résolution de problème (Ctx).
Quant à la description microscopique, elle devra rendre compte de la structure interne de ces différentes dimensions lorsquelles sont évoquées dans les conceptions des enseignants. Il sera certainement nécessaire de se servir ditems descriptifs associés à chaque dimension et qui serviront dindicateurs (voir ANNEXE A).
Par exemple la dimension connaissance « Cn » sera décrite par des indicateurs tels que: les lois, les théories, les formules, les théorèmes, les conventions, les unités
La dimension processus est quant à elle explicitée par des indicateurs tels que: calculer, mobiliser ses connaissances, expliquer, résoudre, simplifier, schématiser
Les sept dimensions ayant été retenues sur la base de leur pertinence, il sagit à présent daffiner la problématique sous forme de questions précises pouvant déboucher sur des objectifs de recherche.
Mais au paravent il est utile dans le cadre problématique de sinterroger sur les variables susceptibles de discriminer les conceptions des enseignants, en particulier les variables liées au profil professionnel tel que le diplôme ou lancienneté dans la fonction, le genre, et les classes où les professeurs ont exercé lors des cinq dernières années qui ont précédé lenquête.
Cela enrichit le cadre problématique dans un premier temps de trois nouvelles variables :
le diplôme professionnel (dp)
l ancienneté dans la fonction (anc)
le genre (ge)
Pour les classes dans lesquelles les professeurs ont exercé, nous nous limiterons aux classes de terminale, dans un souci de simplification. Cette variable Terminale (Term) que nous avons choisie sera une variable dichotomique : lenseignant a enseigné en classe de terminale ou na pas enseigné dans cette classe. La variable Term variable sera considérée comme une variable secondaire qui permettra daffiner lanalyse.
Enfin, une dernière question permet de structurer le cadre problématique. Est-il possible de suivre la dynamique dévolution des conceptions ? Si nous disposons dun outil capable de décrire les conceptions des professeurs de physique et de chimie, il sera possible de mener la deuxième phase de la recherche. Il sagira de répondre à une question simple : quelles modifications au sein des conceptions dun échantillon de professeurs peut-on observer après une action finalisée telle que la formation initiale ?.
Le cadre problématique ainsi esquissé est résumé dans le schéma 6 suivant :
Shéma 6 : Synthèse du cadre problématique restreint
dp
Le modèle de White et Tisher, relatif à lenseignement des sciences mettait en évidence trois types de variables : entrée, processus, effet ou produit. En partant de ce modèle nous avons abouti à un cadre problématique restreint mettant en jeu neuf variables.
Les sept variables concernent les différentes dimensions de la résolution de problème telles quelles ont été identifiées. Ces différentes variables peuvent être, par rapport à lactivité scolaire de résolution de problème en physique et chimie, classées suivant la grille entrée, processus, effets.
Les variables Ff, En, Mo, Cn, peuvent être classées comme des variables dentrée.
Les variables Pr et Ctx peuvent être rangées dans les variables de processus pour la résolution de problème en contexte scolaire.
La variable Ra est une variable deffet.
On pourrait disposer là dune autre grille de lecture de la structure des conceptions à la fin de létude. Cependant une analyse attentive des différentes dimensions montre que cette catégorisation est très relative.
En effet, les variables Mo et Cn peuvent également être vues comme des variables de processus: en situation réelle, il y a certainement une interaction forte entre les processus de résolution mis en uvre, les connaissances et la motivation des apprenants.
De même, le contexte est à la fois une variable dentrée et une variable de processus, le contexte lui-même agissant sur la motivation.
Les variables étant précisées, nous allons à présent aborder les questions-problèmes et les hypothèses de recherche.
III.3. Questions et hypothèses de recherche
Les questions-problèmes seront formulées à un niveau général, puis à un niveau spécifique. Quelque soit leur niveau de formulation, des hypothèses leur seront associées.
III.3.1. Questions-problèmes et hypothèses générales
Le cadre problématique restreint ci-dessus suggère un ensemble de questions-problèmes générales auxquelles seront associées des hypothèses générales, comme lindique le tableau 31 suivant :
Tableau 31 : Questions-problèmes et hypothèses générales
Questions-problèmes générales (QP-G). Hypothèses Générales (HG)
(QP-G1) :Quelles sont les conceptions des professeurs de physique et chimie par rapport à la résolution de problème dans leur discipline ?
(HG1) : Les sept dimensions choisies nont pas le même degré dimportance dans les conceptions des professeurs à propos de la résolution de problème en physique et chimie
(QP-G.2) :Quelle est linfluence du profil professionnel sur les conceptions de professeurs de physique et chimie en résolution de problème ?
(HG.2) : Le profil professionnel (diplôme, ancienneté) ne discrimine pas de manière significative les conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème
(QP-G.3) : Comment évoluent les conceptions à propos de la résolution de problème, au cours dune formation initiale denseignants ?
(HG 3) : Lévolution des conceptions en résolution de problème au cours de la formation initiale des enseignants ne sobserve pas de manière significative
Dans le cadre dune recherche, les hypothèses peuvent se justifier par des considérations dordre théorique ou empirique ou par des expériences personnelles.
Cest ainsi que la première hypothèse générale (HG1) nous a été inspirée par les résultats de notre recherche exploratoire, mais aussi par les observations sur le terrain de la formation initiale et continuée de professeurs de physique et chimie. Aussi bien dans lenseignement que dans lapprentissage, notre expérience de formateur et de membre de jury dévaluation denseignants tend à montrer que, par exemple, le volet processus fait très peu lobjet dune attention particulière, même si les calculs numériques sont très valorisés. Nous avons dailleurs montré à partir dun exemple en chimie, (Sall et al., 1998) combien le processus de constructionn dune solution est souvent escamoté, même dans des manuels scolaires inscrits dans une perspective dinnovation. Par contre laccent est mis sur les résultats attendus souvent réduits à des chiffres.
La revue de la littérature (Glover et al., 1990 ; Giordan, 1987 ; Gagné, 1985, Chi et al. , 1983 ) a montré la grande capacité de résistance des conceptions. Ces données nous ont suggéré notre deuxième hypothèse générale (HG2).
A ces données sajoutent les caractéristiques de notre échantillon : compte tenu de la diversité des expériences des enseignants, le diplôme professionnel et lancienneté pourraient ne pas avoir de corrélation avec les conceptions à propos de la résolution de problème. En effet, les modifications des conceptions sont liées aux activités et aux situations réellement vécues. Or celles-ci napparaissent pas de manière explicite dans la structure des variables « ancienneté » (anc), et « diplôme professionnel »,(dip).
La troisième hypothèse générale (HG3) peut également se justifier par les mêmes raisons tirées de la littérature sur la capacité de résistance des conceptions. La formation initiale a pour but de mettre le futur professeur en mouvement vers des changements conceptuels et des modifications de conceptions à propos de lenseignement et de lapprentissage.
A ce propos il nous a été donné de recueillir des témoignages danciens élèves-professeurs qui confirment que leffet de la formation initiale se fait sentir sur le terrain, lorsque le professeur est confronté à des situations réelles.
Cette sorte de confession à posteriori, était formulée ainsi : « Monsieur, cest maintenant que nous avons compris la pertinence des cours que nous recevions à lEcole Normale Supérieure ».
A présent les questions-problèmes générales vont être démultipliées en plusieurs questions-problèmes spécifiques qui seront associées ensuite à des hypothèses spécifiques.
III.3.2. Questions-problèmes et hypothèses spécifiques
Les questions-problèmes générales se démultiplient en questions-problèmes spécifiques. Chaque question-problème spécifique peut être associée à plusieurs hypothèses spécifiques.
Dans une première étape nous présentons dans le tableau suivant la décomposition des questions-problèmes générales (QP-G) en questions-problèmes spécifiques
(QP-S).
III.3.2.1. Les questions-problèmes spécifiques
La démultiplication des questions-problèmes générales en questions-problèmes spécifiques est présentée dans le tableau 32. Pour une compréhension de ce tableau, il est utile de rappeler les deux axes de description des conceptions, tel que cela ressort du cadre problématique général.
La structure macroscopique concerne la description des conceptions basée uniquement sur le poids accordé à chacune des sept dimensions. Quant à la structure microscopique, elle sappuie sur des indicateurs plus fins associés à chaque dimension.
Tableau 32 : Démultiplication des questions-problèmes générales en questions-problèmes spécifiques.
(QP-G)Questions-problèmes spécifiques (H-S)
(QP-G1) : Quelles sont les conceptions des professeurs de physique et chimie par rapport à la résolution de problème dans leur discipline ?
QP-S11:Quelle est la structure macroscopique des conceptions des professeurs de physique et chimie par rapport à la résolution de problème ?
QP-S12 : Quelle est la structure microscopique des conceptions des professeurs de physique et chimie par rapport à la résolution de problème ?
(QP-G2) : Quelle est linfluence du profil professionnel sur les conceptions de professeurs de physique et chimie en résolution de problème ?
QP-S21 : Les conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème varient-elle avec le diplôme professionnel ?
QP-S22 : Les conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème varient-elle avec lancienneté dans le métier ?
QP-S23 : Les conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème varient-elle avec la pratique en classe de Terminale ?
(QP-G3) : Comment évoluent les conceptions des professeurs de physique et chimie, à propos de la résolution de problème ?
QP-S31 : Comment évoluent les conceptions à propos de la résolution de problème, au cours dune formation initiale denseignants au niveau macroscopique?
QP-S32 : Comment évoluent les conceptions à propos de la résolution de problème, au cours dune formation initiale denseignants au niveau microscopique?
Nous allons à présent associer aux questions-problèmes spécifiques des hypothèses qui
seront testées à partir des données à recueillir.
III.3.2.2. Hypothèses spécifiques
Ce sont les hypothèses spécifiques qui constituent lenjeu de la recherche. Ce sont des formulations orientées vers des assertions explicites, qui peuvent être soumises à la grille oui/non ou vrai/faux. Nous ne perdons cependant pas de vue lavertissement de lépistémologue Poper (1973). Il sagira plus détablir un degré de corroboration que datteindre une vérité. Les hypothèses seront donc soumises à lépreuve des données recueillies. Elles sont alors soit corroborées au sens Poper (1972), soit rejetées. Lorsque les résultats ne sont pas significatifs, aucune conclusion ne pourra cependant être tirée.
Le tableau 33 suivant fait correspondre à chaque question-problème spécifique (QP-S) une ou plusieurs hypothèses spécifiques (H-S).
Tableau 33 : Questions-problèmes spécifiques et hypothèses spécifiques associées
QP-SHypothèses Spécifiques (H-S)
QP-S11:Quelle est la structure macroscopique des conceptions des professeurs de physique et chimie par rapport à la résolution de problème ?H-S1. : La structure macroscopique des conceptions des enseignants est marquée par les dimensions « Enoncé» (En), « Résultats attendus» (Ra) et « connaissance » (Cn).
Cette hypothèse H-S1 à propos de la description macroscopique se justifie par les résultats de notre recherche exploratoire. En effet « la situation de départ (Sd) » qui a été remplacé par lénoncé (En), expression qui désigne la situation de départ (Sd), dans la résolution de problème en contexte scolaire et la représentation de la tâche (Rt) devenue « résultat attendu, (Ra) étaient les dimensions les plus présente dans les 157 définitions qui ont été traitées.
La dimension « connaissance » (Cn) a été ajoutée à ces deux dimensions, compte tenu de limportance des connaissances dans la résolution de problème tel que cela est ressorti du cadre théorique constituant le chapitre précédent.
H-S2. : Les dimensions « Motivation » (Mo) et « Finalité et fonction » (Ff) sont moyennement représentées dans les conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème.
Cette hypothèse H-S2 découle également de notre recherche exploratoire.
H-S3 : Les dimensions « Processus de résolution » (Pr) et
« contexte » (Ctx) sont les dimensions les moins représentées dans les conceptions des professeurs de physique et chimie en résolution de problème.
Cette hypothèse se justifie par la place du processus de résolution dans les résultats de notre recherche exploratoire, mais aussi sappuie sur notre expérience denseignant et de formateur. En effet, le contexte de résolution ne nous semble pas suffisamment pris en compte par les enseignants.
Les travaux de Dumas-Carré et Goffard (1998) permettent dappuyer la pertinence de cette hypothèse.
Tableau 33 (suite)
QP-S12 : Quelle est la structure microscopique des conceptions des professeurs de physique et chimie par rapport à la résolution de problème ?H-S4. : La structure microscopique de la dimension « connaissance » contient plus de connaissances déclaratives que de connaissances procédurales ou conditionnelles.
Nous faisons ici lhypothèse que les professeurs de physique et chimie ne sont pas assez sensibles au rôle des connaissances conditionnelles dans la résolution de problème. Cette hypothèse H-S4 peut tirer sa pertinence de nombreux travaux en résolution de problème (Chi et Feltovitch, 1981 ; Dumas-Carré et Goffard, 1993, Sall et al.(1998).
H-S5. : La structure microscopique de la dimension « énoncé » est plus marquée par les aspects quantitatifs et de forme que par les aspects qualitatifs et de fond.
Cette hypothèse découle de notre expérience personnelle de formateur, observant des situations de résolution de problème en physique et chimique. Lexploitation de lénoncé devant conduire à une représentation du problème est souvent réduite aux aspects qualitatifs. Nous faisons lhypothèse que cela devait se refléter dans les conceptions des professeurs de physique et chimie.
H-S6 : La structure microscopique de la dimension « résultats attendus » est plus marquée par les produits des démarches, que par les démarches elles-mêmes.
Nous faisons ici lhypothèse que les professeurs sintéressent plus aux résultats numériques quà la démarche et à la signification qualitative des résultats obtenus par les élèves en résolvant un exercice ou un problème.
H-S7. : La structure microscopique de la dimension « processus » est plus marquée par les procédures et démarches spécifiques que par des procédures et démarches générales de représentation de la tâche et de construction dune solution.
Cette hypothèse H-S7 postule que les professeurs de physique et chimie insistent plus sur les démarches spécifiques sans sassurer que les élèves ont compris le cadre méthodologique général qui sert de repère dans la démarche de résolution.
H-S8. : La structure microscopique de la dimension « motivation » est plus marquée par des aspects cognitifs et/ou conatifs, que par des aspects affectifs
Lhypothèse H-S8. prévoit que les enseignants ne mettent pas assez laccent sur les aspects affectifs de la résolution de problème.
H-S9. La structure microscopique de la dimension « finalité » est plus marquée par la perspective évaluative ou diagnostique que par la perspective dapprentissage.
Lhypothèse H-S9 permet de tester lidée selon laquelle les professeurs perçoivent les activités de résolution de problème plus comme des moments dévaluation que comme des opportunités offertes aux élèves pour apprendre.
Tableau 33 (suite)
QP-S21 : Le diplôme professionnel de lenseignant discrimine-t-il les conceptions des professeurs de physique et chimie, à propos de la résolution de problème ?H-S10. : Au niveau macroscopique le diplôme professionnel ne discrimine pas les conceptions des enseignants.
En dautres termes, lhypothèse H-S10 avance quil nest pas possible de trouver des différences significations entre les visions globales des professeurs de physique et chimie sur la base du diplôme professionnel. Globalement tous les professeurs sortant du même système scolaire puis universitaire auraient les mêmes visions face à la résolution de problème.
En appui à cette hypothèse on peut citer le caractère résistant des conceptions, comme cela a été mis en évidence dans plusieurs recherches.
H-S11. : Au niveau microscopique, le diplôme professionnel discrimine les conceptions des professeurs de physique et chimie en résolution de problème pour la dimensions Cn
Lhypothèse H-S11 est une sorte dantithèse de lhypothèse H-S10 . Malgré la résistance des conceptions, lexpérience personnelle des enseignants pourrait malgré tout faire apparaître quelques différences notamment au niveau de certaines dimensions. Par exemple un professeur titulaire du diplôme professionnel « CAES », pourrait être plus sensible aux connaissances ou au processus, du fait dune expérience personnelle vécue en qualité détudiant de licence ou de maîtrise en physique et chimie.
Un professeur qui na pas atteint ce niveau académique peut être moins sensible à ces aspects. Le diplôme professionnel peut en effet cacher le diplôme universitaire.
De plus, la formation professionnelle subie peut introduire des différences quant à la prise de conscience de certaines caractéristiques propres à la physique et à la chimie, cest-à-dire de la didactique de la physique et la chimie.
Tableau 33 (suite)
QP-S22 : Lancienneté dans la fonction discrimine-t-elle les conceptions des professeurs de physique et chimie par rapport à la résolution de problème ?
H-S12. : Au niveau macroscopique, lancienneté ne discrimine pas les conceptions des professeurs de physique et chimie en résolution de problème.
Cette hypothèse se justifie aussi par la résistance de conceptions qui se sont formées pendant tout le cursus de lenseignant de physique et chimie. Un autre argument en faveur de cette hypothèse est que lancienneté est à distinguer de lexpérience. Ce nest pas le nombre dannées qui permet de modifier de manière mécanique les conceptions, mais plutôt les expériences pédagogiques concrètes vécues par le professeur qui permettraient une dynamique de changement et de reconstruction de ces conceptions.
H-S13. : Au niveau microscopique, lancienneté discrimine les conceptions des professeurs de physique et chimie en résolution de problème particulièrement pour les dimensions Pr.
On retrouve ici également une sorte dantithèse de lhypothèse H-S12. Lancienneté aurait malgré tout la possibilité de séparer la vision que les professeurs ont de certaine dimensions. Par exemple, les plus anciens seraient moins sensibles à certains aspects de la motivation que les plus jeunes enseignants.
De même les enseignants les plus jeunes pourraient être moins sensibles, dans les énoncés aux aspects qualitatifs qui sont en fait les fondements de lélaboration de la solution.
Tableau 33 (suite)
QP-S23 : Lexpérience en classe de Terminale, discrimine-t-elle les conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème ?H-S14 : Les professeurs qui ont une pratique des classes de Terminale manifestent des conceptions plus centrées sur les dimensions Cn et En.
Cette hypothèse H-S14 stipule que le fait denseigner en classe de Terminale (celle qui prépare au baccalauréat) influe sur la structure des conceptions des professeurs de physique et chimie dans le sens dune plus grande centration sur les dimensions Cn et En.
H-S15 : Les professeurs ayant une pratique de la classe de Terminale, sont moins sensibles à la dimension « motivation », Mo.
En dautres termes, les professeurs de Terminale ne soccupent pas des aspects de motivation, lidée étant que pour des élèves qui préparent le baccalauréat, la motivation ( sur les plan cognitif, conatif et motivationnel) doit aller de soi.
QP-S31 : Comment évoluent les conceptions à propos de la résolution de problème, au cours dune formation initiale de professeurs de physique et chimie, au niveau macroscopique?
H-S16 : Au cours de la formation initiale des enseignants les conceptions évoluent très peu au niveau macroscopique.
Cette hypothèse H-S18 se justifie par le caractère très lent de lévolution des conceptions tel que révélé par la recherche et les observations courantes des praticiens de léducation. Les effets de la formation initiale sur les conceptions des professeurs ne devraient sobserver que plus tard au contact du terrain pédagogique réel.
QP-S32 : Comment évoluent les conceptions à propos de la résolution de problème, au cours dune formation initiale de professeurs de physique et chimie au niveau microscopique?H-S17 : Au cours de la formation initiale des enseignants les conceptions évoluent très peu au niveau microscopique .
Cette hypothèse H-S19 est dans le même registre que lhypothèse H-S18 et se justifie par les mêmes raisons.
Sur la base du cadre problématique restreint, nous avons pu formuler dix sept hypothèses spécifiques sur les caractéristiques et les propriétés des conceptions des enseignants en résolution de problème. Il sagira ensuite de les confronter aux données recueillies. Mais il faudra au préalable de se doter dinstruments de recherche fiables pour le recueil et le traitement des données.
III.4. Nécessité de la construction doutils de recherche
Il était important après la recherche exploratoire de faire un travail de conceptualisation permettant de situer les différents concepts manipulés. Après sêtre assuré dune base théorique explicite, et construit un cadre problématique opérationnel, notre démarche a abouti à un ensemble dhypothèses spécifiques qui seront confrontées aux données à recueillir. La méthodologie de recueil de données est une question stratégique dans une recherche (De Ketele, 1984 ; De Ketele et Roegiers , 1993).
Un problème pratique se pose alors à cette étape de la recherche : comment mesurer les conceptions à propos de la résolution de problème. Quel outil approprié pour mesurer ces conceptions ? Quel outil et quelle validation ? Cest là une tâche qui sera abordée dans la deuxième partie de ce travail.
DEUXIEME PARTIE
Construction ET EXPERIMENTATION DE LOUTIL DE RECHERCHE
DEUXIEME PARTIE
CHAPITRE 1 : Construction dun questionnaire POUR recueillir les conceptions a propos de la resolution de probleme en Physique et chimie.
I.1. Du questionnaire exploratoire au questionnaire de recherche
A limage de la partie théorique, la partie méthodologique sarticule avec la recherche exploratoire tout en tirant profit de léclairage théorique et du cadre problématique.
Les questions méthodologiques liées à l'étude des conceptions ont été abordées plusieurs auteurs (Abric, 1976, 1987, 1994 ; Flament, 1986 ; Doise, Clemence et Lorenzo-Cioldi, 1992). Deux aspects ont été l'objet d'une attention particulière : la méthodologie de recueil de données et les méthodes d'analyse.
La méthodologie de recueil de données, considérée comme un point-clé, est déterminée par la nature de l'objet étudié, le type de population et les contraintes du contexte de récolte d'informations. Le tout s'inscrit dans le cadre théorique que constitue la théorie des représentations sociales.
Quant à l'outil de recueil de données, il devra permettre d'atteindre au moins trois objectifs:
le repérage du contenu des conceptions (les éléments qui les composent);
l'étude des relations entre les éléments constitutifs, leur importance relative et leur hiérarchie;
la détermination et le contrôle du noyau central.
Abric (1994) distingue trois grandes catégories de méthodes pour étudier les conceptions: les méthodes de recueil du contenu des conceptions, les méthodes de repérage de l'organisation et de la structure des conceptions, et les méthodes de contrôle de la centralité du noyau.
La première catégorie comprend des méthodes interrogatives et des méthodes associatives. Les méthodes interrogatives sont constituées par l'entretien, le questionnaire, les planches inductrices, les dessins et supports graphiques et l'approche monographique.
Quant à la deuxième catégorie, elle englobe des méthodes de repérage de liens entre éléments de la conception et des méthodes de hiérarchisation des items. Mais cette deuxième catégorie peut faire appel aux méthodes interrogatives telles que le questionnaire ou l'entretien.
Les méthodes de repérage des liens entre les éléments de la conception s'appuient sur la constitution de couples de mots significatifs, les comparaisons par paires, ou la constitution d'ensemble de mots.
Pour les méthodes de hiérarchisation des items, les poids respectifs des items dans la conception sont repérés directement par l'analyse de mots ou de regroupements de mots. Ces méthodes visent à amener le sujet à produire lui-même la hiérarchie entre les éléments constitutifs des conceptions. On distingue ainsi les tris hiérarchisés successifs et les choix successifs par blocs. En particulier, la méthode des choix successifs par blocs permet de calculer des indices permettant d'explorer les distances entre les divers éléments constitutifs.
Enfin, les méthodes de contrôle de la centralité sont constituées par des techniques de remise en cause de noyau central et la méthode d'induction de scénario ambigu.
La méthode de remise en cause du noyau central cherche à identifier les éléments dont la remise en cause amène le sujet à changer de conception. L'ensemble de ces éléments, qui apparaissent alors comme les fondements de la conception, constitue ainsi le noyau central.
La méthode d'induction de scénario ambigu s'appuie sur la propriété dynamique des conceptions comme outil de repérage. Le sujet est confronté à une description ambiguë de l'objet de la conception, qui peut mener à deux types de description distincts. L'analyse et la comparaison de ces descriptions permet alors d'identifier les éléments centraux.
Mais, malgré cette distinction analytique assez explicite, les auteurs s'accordent sur l'intérêt de mettre en uvre des approches qui combinent les différentes méthodes considérées comme des cas limites. En effet, concourant à des objetifs communs, ces méthodes, loin d'être exclusives, peuvent se compléter dans le cadre d'une recherche (Abric, 1994).
C'est dans cette perspective que nous avons opté pour la construction d'un outil qui, dans une approche plurielle, nous permettra de recueillir des données principalement sur le contenu des conceptions, la hiérarchie entre les éléments constitutifs et la détermination du noyau central : il s'agit d'un questionnaire dont la structure devrait permettre de fournir des données appropriées.
Le questionnaire à concevoir devra être en mesure de recueillir des données permettant de répondre aux questions soulevées par la mise à lépreuve des hypothèses émises.
Les conceptions seront dabord décrites à partir des sept dimensions définies à propos de la résolution de problème. Le choix de ces sept dimensions a été justifié par les résultats de la recherche exploratoire, mais aussi par l'éclairage théorique fourni par la littérature. Nous avons appelé cette première phase de description, une description macroscopique.
La description macroscopique cherche à identifier le contenu général des conceptions et la hiérarchie entre les éléments constitutifs. Cette hiérarchie permettra en même temps de délimiter le noyau central.
La description microscopique quant à elle, devrait permettre déclairer le contenu que les enseignants mettent dans les différentes dimensions, une fois quil se sont prononcés au niveau macroscopique. Elle sert donc à expliciter le contenu des sept dimensions de la résolution de problème par le biais des items descriptifs.
Mais comme cela a été souligné dans de nombreuses recherches, le questionnaire est un outil dont la simplicité apparente masque plusieurs difficultés qui lui sont intrinsèques. Celles-ci sont renforcées par le statut didactique des conceptions.
Selon Astolfi et Develay (1989), lutilisation dun questionnaire pour recueillir des conceptions (il lui préfère le terme de représentation) à propos dun phénomène, soulève au moins trois préoccupations :
- une conception est sous-tendue par des stratégies cognitives face à une situation. Il faut donc rapporter lexplicitation des conceptions à leur contexte de production;
- la réponse fournie à une question par un sujet est dabord une réponse à lexpérimentateur;
- le sujet réagit par rapport à des attentes supposées et par rapport à la préservation de limage de soi;
toute interprétation intègre les cadres conceptuels de lexpérimentateur. Mettre au point un dispositif de recueil de conceptions, donner du sens à lexpression de celles-ci, ne relèvent pas dun processus neutre.
Moscovici (1976) cité par Astolfi et Develay (1989) dit à ce propos :
« Une personne qui répond à un questionnaire ne fait pas que choisir une catégorie de réponses, elle nous transmet un message particulier. Elle cherche lapprobation, ou espère que sa réponse lui apportera une satisfaction dordre intellectuel ou personnel. Cette personne est parfaitement consciente de ce quen face dun autre enquêteur, ou dans dautres circonstances, son message serait différent » (p.36).
Ces considérations restent valables dans le cadre de cette recherche. Cest presque une tâche vaine que de les considérer comme des tares à supprimer. Mais les propos de Moscovici constituent à notre avis, un appel à la prudence dans lélaboration des outils, dans les dispositifs dapplication et dans linterprétation des données recueillies par questionnaire.
I.2. La structure du questionnaire de recherche
Le questionnaire à construire devait dabord tenir compte des mises en garde à propos des limites liées à cet outil de recueil de données. Ensuite, à limage de la partie théorique et du cadre problématique, le questionnaire devrait être articulé avec la recherche exploratoire.
Cest ainsi que notre questionnaire de recherche a été structuré en quatre trois grandes parties que nous allons expliciter et justifier.
I.2.1. Une partie introductive de motivation
Il sagit dun message adressé aux enseignants pour leur expliquer le sens du questionnaire et le cadre dans lequel il sinscrit. Un autre objectif était également de les motiver et de les sécuriser quant au caractère anonyme des réponses au questionnaire et de leur traitement.
Cest un aspect essentiel dun questionnaire. En effet, répondre à un questionnaire, cest toujours se révéler à lautre, sans avoir la garantie de lusage des réponses que lon fournit. Dans le cadre spécifique de notre recherche, parler de résolution de problème à des professeurs de physique et chimie peut paraître trop abstrait, et très coûteux au niveau psychologique. Les professeurs de physique et chimie sont plus habitués à
donner des problèmes aux élèves, à exposer des solutions quà répondre à des questions à propos de résolution de problème.
De plus, compte tenu de leur surcharge horaire, dû plus particulièrement, dans le cas du Sénégal, à des heures de vacation dans des établissements privés, il fallait les motiver de manière spécifique pour quils consentent à remplir avec soin le questionnaire.
Le message de motivation se termine par des remerciements.
I.2.2. La description du profil du (de la ) répondant(e)
Cette partie est destinée à recueillir le profil professionnel du répondant ou de la répondante. Nous avons choisi comme variables constitutives de ce profil, le diplôme professionnel (dp) et lancienneté dans la profession (anc). Nous avons cherché ensuite à affiner la variable « ancienneté » par la variable (Term), définie par lexpérience de lenseignant dans la prise en charge de la classe de Terminale, la dernière année de lenseignement secondaire préparant au baccalauréat.
I.2.2.1. Le diplôme professionnel de lenseignant
Le diplôme professionnel (dp) a quatre modalités :
- 1= Aucun : Ce sont des enseignants qui nont pas encore de diplôme professionnel. Ce sont soit des enseignants en formation initiale, soit des diplômés de la Faculté des Sciences et Techniques qui ont été directement recrutés dans lenseignement.
2 = CAE/CEM (Certificat daptitude à lenseignement dans les collèges denseignement moyen). Ce sont des enseignants formés à lEcole Normale Supérieure de Dakar, en deux années. Certains sont des bacheliers fraîchement sortis de lenseignement secondaire, dautres danciens étudiants inscrits à la Faculté des Sciences et Techniques, mais qui ont épuisé leur droit à une inscription, cest-à-dire qui se sont mis en position déchec. A lUniversité Cheikh Anta Diop de Dakar, ils sont communément appelés « cartouchards » ( ils ont épuisé leurs "cartouches" ).
On peut considérer cette catégorie de professeurs comme équivalente aux régents, dans le système éducatif de la Belgique.
3 = CAEM : (Certificat dAptitude à lenseignement moyen). Ce sont des enseignants qui, statutairement, sont appelés à enseigner au premier cycle du secondaire, à linstar des titulaires du CAE/CEM. Mais ils ont un diplôme universitaire plus élevé : ils sont titulaire dune licence en physique et chimie (Bac + 3 ans) et sont formés à lEcole Normale Supérieure de Dakar en une année.
Il faut signaler que très souvent, suivant les besoins du pouvoir organisateur (ici le Ministère de lEducation), les professeurs titulaires du CAEM enseignent au niveau secondaire ( 2nde, 1ère, Terminale).
4 = CAES : (Certificat dAptitude à lenseignement secondaire). Ce sont des enseignants qui sont titulaires dun diplôme universitaire de maîtrise en sciences physiques. Dabord formés à lENS en une année, ils sont depuis quelques années formés en deux ans. Ils sont destinés à enseigner au second cycle, même si parfois la réalité du terrain les oblige à enseigner au premier cycle.
Le diplôme professionnel (dp) a été introduit dans le questionnaire puisquil constitue lune des variables indépendante à tester pour voir son influence sur les conceptions des enseignants.
I.2.2.2. Lancienneté de lenseignant dans la profession
On a demandé aux enseignants dindiquer le nombre dannées quils ont passées dans lenseignement. Lancienneté est la deuxième variable indépendante retenue dans le cadre problématique restreint. Les modalités sont sur une échelle discontinue exprimée en années denseignement allant de 0 (débutant ) à plus de vingt ans.
I.2.2.3. Les classes tenues les cinq dernière années
Cette question a été introduite pour recueillir des informations plus fines sur le profil professionnel. Les classes tenues par les enseignants (certains sont spécialistes des classes de terminale) pourraient en effet influer davantage sur les conceptions que lancienneté brute exprimée en nombre dannées. Le questionnaire prévoit de recueillir des informations sur les classes du cycle secondaire (.2nde , 1ère, Terminale ). Cest un choix délibéré, lobjectif étant ici de pouvoir éventuellement tester cette sous-variable sur une partie de léchantillon.
Lintérêt porte cependant essentiellement sur la classe de Terminale. Cest pourquoi, nous navons défini que la variable « expérience en classe de Terminale», notée « Term ».
I.2.2.4. Le genre
Il sagit ici de créer la possibilité daborder la description des conceptions sous langle du genre. Même si leffectif féminin est très faible parmi le personnel enseignant scientifique, il nous a semblé intéressant de prévoir cette question sur le genre. La question du genre et de lenseignement scientifique est un thème très actuel au Sénégal comme en témoigne la création de la structure (FEMSA), spécialement chargée de promouvoir léducation scientifique des filles, en mathématiques, en physique et chimie, et en sciences de la vie et de la terre (Kane, 2002).
I.2.3. La description des conceptions
Cette partie commence par un préambule expliquant le contenu des sept dimensions de la résolution de problème telles quelles ont été identifiées. Suivent ensuite quatre questions hiérarchisées. La description comprend deux parties : une partie permettant une description macroscopique des conceptions et une partie permettant une description microscopique (cinquième question).
I.2.3.1. La description macroscopique
Nous avons essayé de prendre en compte certaines critiques à propos du questionnaire comme outil de recueil de conceptions. En effet, beaucoup de questionnaires utilisent des questions fermées avec des possibilités de choix parmi un ensemble de propositions. Parfois, en plus du caractère ouvert de la question, (le répondant / la répondante) avait aussi la possibilité de faire des propositions.
Nous avons combiné la réponse qualitative et la réponse quantitative. En effet, pour chaque question de cette partie, le sujet devait faire un classement (qualitatif) sur la base dune pondération (quantitative): le sujet devait affecter un nombre à chaque dimension.
La pondération dans lensemble du questionnaire devait se faire sur une échelle continue allant de 0 à 100. La pondération elle-même avait une signification qualitative.
Barème :
0 = cette dimension nest pas du tout importante
25 = cette dimension est peu importante
50 = cette dimension est assez importante
75 = cette dimension est importante
100 = cette dimension est très importante
Nous avons évité de mettre le sujet dans une position incommode consistant à lui demander son avis, à partir dune question. Astolfi et Develay (1989) considère que les conceptions ne sexpriment pas de manière figée. Nous avons voulu mettre les sujets en situation-problème pour les amener à révéler leur pensée. Nous avons opté pour une question « absolue » et trois questions « relatives »
La première question de cette série de quatre demandait au répondant de pondérer de manière absolue, sans comparaison avec les autres, chacune des dimensions sur la même échelle. Il fallait affecter lun des nombres du barème (de 0 à 100) à chaque dimension. Nous avons appelé cette question, une question « absolue ».
Dans les trois questions suivantes de cette série de quatre il était demandé au sujet de sélectionner, à partir des sept dimensions, successivement :
- cinq dimensions ; exemple : (Mo, Ra, Cn, Pr, Ctx)
- trois dimensions ; exemple : (Ctx, Ra, Cn)
- deux dimensions ; exemple : (Ctx, Ra)
Il sagit dune sélectivité croissante : le choix des trois dimensions se fait à partir des cinq dimensions et celui des deux dimensions à partir des trois dimensions sélectionnées.
Ensuite pour chaque sélection, le répondant devait distribuer les 100 points entre les dimensions choisies. La pondération est ici relative. Le nombre de points affectés à chaque dimension indique un rapport hiérarchique entre les dimensions dune même sélection. La somme des points affectés à chaque dimension dans une sélection donnée doit être égale à 100. Ces trois questions sont appelées des questions »relatives ».
Exemple : sélection de trois dimensions ; (Ctx, Ra, Cn)
Pondérations : Ctx (20) ; Ra (30) ; Cn (50)
20 + 30 + 50 = 100
Nous convenons dappeler cette forme de réponse, une réponse à hiérarchie double : en effet il y a une hiérarchie induite par la sélection des dimensions et une deuxième hiérarchie introduite par les différences de pondération entre les dimensions sélectionnées. Le sujet est contraint à un travail cognitif de discrimination. On espère ainsi que ses réponses éventuellement hasardeuses seront corrigées par cette sélectivité des questions.
I.2.3. 2. La description microscopique
Pour avoir des informations plus fines sur les conceptions des enseignants, chaque dimension a été décomposée en items correspondant à des indicateurs. Compte tenu des différences conceptuelles entre les dimensions, le nombre ditems retenus nest pas le même pour toutes les dimensions.
Mais ces indicateurs nont pas été choisis au hasard. Nous avons procédé à un petit test appliqué à un groupe de six professeurs de physique et chimie, en exercice dans deux lycées dapplication de lEcole Normale Supérieure de Dakar : le Lycée Thierno Saïdou Nourou Tall et le Lycée Galandou Diouf.
On avait demandé à ces professeurs de mettre un contenu dans les sept dimensions, par rapport à la résolution de problème. Cest lanalyse du contenu de ces réponses qui a été à la base de la confection de la liste de ces indicateurs. Nous avons finalisé la liste en nous appuyant sur la littérature consacrée à lenseignement de la physique et de la chimie et sur notre propre expérience de formateur de professeurs de physique et chimie. Le tableau 35 suivant indique le nombre dindicateurs par dimension :
Tableau 35 : le nombre dindicateurs par dimension
DimensionsNombre dindicateursFinalité ou fonction (Ff)10Motivation (Mo)26Enoncé (En)24Résultats attendus (Ra)12Connaissances (Cn)32Processus (Pr)54Contexte (Ctx)14
Chaque indicateur devait être pondéré par le répondant (ou la répondante) sur la base du barème de léchelle initiale. On donnait ainsi loccasion au sujet daffiner sa position sur chaque dimension de la résolution de problème.
Lobjectif est par exemple de pouvoir répondre à des questions du type de celles-ci :
Quand lenseignant valorise la dimension connaissance, quel en est le contenu ? Sont-ce des connaissances déclaratives ou procédurales ?
Lorsque des conceptions sont centrées sur la motivation telle que définie, met-il laccent sur les aspects affectifs ou conatifs ? Sa motivation est-elle plutôt cognitive ?
Cest avec cet outil que les conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème seront recueillies. Ce questionnaire sera dabord testé sur des échantillons expérimentaux, avant dêtre appliqué à notre échantillon de recherche. Lexpérimentation sera loccasion de mettre au point des modes de traitements adaptés à la structure du questionnaire et à la nature des informations recueillies. Cest lobjet du chapitre II de la deuxième partie de ce travail.
DEUXIEME PARTIE
CHAPITRE II. EXPERIMENTATION DU QUESTIONNAIRE DE RECHERCHE ET DU MODELE DE TRAITEMENT
II.1. Echantillons de la pré-expérimentation
Lexpérimentation du questionnaire a eu lieu sur deux échantillons. Le premier échantillon expérimental est constitué par un groupe de six enseignants chercheurs en stage au Département de Physique de la Faculté des Sciences de lUCL pendant lautomne 1998. Ils assurent tous des enseignements dans leurs universités respectives. Léchantillon est constitué essentiellement dassistants et de maîtres assistants qui interviennent particulièrement dans les séances de travaux dirigés.
Lorigine géographique de ces stagiaires se présente comme suit : Afrique de lOuest : 1 ; Afrique Centrale 3 ; Caraïbes : 1 ; Magrheb : 1 .
Le deuxième échantillon expérimental est constitué de dix sept élèves-professeurs qui viennent tout juste de commencer leur formation initiale pour lenseignement, après avoir obtenu leur diplôme universitaire à la Faculté des Sciences et Techniques de lUniversité Cheikh Anta Diop de Dakar. Parmi eux dix sont titulaires dune maîtrise et sept nont obtenu que leur licence.
II.2. Tableaux de codage des données
Chaque type de description est lobjet dun codage spécifique.
II.2.1. Tableau de codage de la description macroscopique
Le tableau de codage doit recueillir les modalités prises par toutes les variables de profil et les pondérations attribuées à chaque dimension pour chacune des quatre premières questions. Comme nous lavons explicité dans le cadre problématique, les variables du profil sont au nombre de six :.
- diplôme professionnel (dp)
- ancienneté (anc)
- nombre de classes de 2nde (sec)
- nombre de classes de 1ère (prem)
- nombre de classes de Terminale (term)
- le genre (ge)
A chacune des sept dimensions de la résolution de problème et pour chaque question ( de 1 à 4) il correspond une variable. Rappelons ces quatre questions permettent une discrimination progressive entre les dimensions. (voir ANNEXE B).
Ainsi ces variables seront notées respectivement :
pour la question 1: Ff1, Mo1, En1, Ra1 , Cn1, Pr1, Ctx1. Les modalités sont des pondérations (des points) variant de 0 à 100. Les pondérations sont indépendantes.
pour la question 2 : Ff2, Mo2, En2, Ra2, Cn2, Pr2, Ctx2. On choisit un bloc de cinq dimensions. Les dimensions éliminées ont pour pondération la valeur 0. Les cinq dimensions sélectionnées se partagent les 100 points.
pour la question 3: Ff3, Mo3, En3, Ra3, Cn3, Pr3, Ctx3. Deux nouvelles dimensions sont éliminées et ont pour modalité 0. Les trois dimensions restantes "se partagent" les 100 points.
pour la question 4 : Ff4, Mo4, En4, Ra4, Cn4, Pr4, Ctx4. Il ne reste plus qu'un bloc de 2 dimensions qui "se partagent" les 100 points. Toutes les autres ont pour modalité 0.
Exemples :
Ff1 représente la variable « pondération de la dimension Ff à la question 1 »
Mo2 représente la variable « pondération de la dimension Mo à la question 2 »
En3 représente la variable « pondération de la dimension En à la question 3 »
Cn4 représente la variable « pondération de la dimension Cn à la question 4 »
Le traitement de chacune des quatre première questions nécessite donc lintroduction de sept variables. Les quatre questions correspondront donc à 28 variables, cest -à - dire à autant de colonnes dans le tableau. Ce sont des variables numériques dont les modalités peuvent prendre toutes les valeurs allant de 0 à 100.
Pour les questions sélectives (questions 2,3,4), lorsquune dimension est éliminée, sa pondération sera égale à zéro.
Le tableau de codage de la partie macroscopique sera donc constitué de : 6 + (4x7) = 34 colonnes. Le nombre de lignes dépendra de la taille de léchantillon.
II.2.2. Tableau de codage de la description microscopique
Pour les données microscopiques, chaque dimension sera lobjet dune étude spécifique. Chaque indicateur sera considéré comme une variable dont les modalités sont des valeurs numériques correspondant aux pondérations qui leur ont été attribuées. Mais , puisque nous voulons mesurer limpact des variables du profil professionnel sur la structure microscopique des conceptions, nous allons, pour chaque tableau de codage dune dimension, reconduire les colonnes correspondant aux variables de profil.
Le nombre de colonnes des tableaux de codage dépendra du nombre ditems ou indicateurs utilisés pour décrire chaque dimension. Cest la somme du nombre de variables de profil (6) et du nombre ditems descriptifs associés à la dimension considérée.
Exemples :
Finalité ou fonction (Ff) : 10 items ; 6 variables de profil ; nombre de colonnes :
10 + 6 = 16.
Processus (Pr) : 54 items ; 6 variables de profil ; nombre de colonnes : 54 + 6 = 60.
Le tableau 36 suivant indique le nombre de colonnes des tableaux de codage pour chaque dimension, dans la description microscopique.
Tableau 36 : nombre de colonnes de codage par dimension
DimensionsNombre de colonnesFinalité ou fonction (Ff)16Motivation (Mo)32Enoncé (En)30Résultats attendus (Ra)18Connaissances (Cn)38Processus (Pr)60Contexte (Ctx)20
II.3. TRAITEMENT DES DONNEES
La littérature (Doise et al., 1992) montre que les recherches sur les représentations sociales sappuient généralement sur des méthodes quantitatives de traitement de
données permettant de mettre à jour des principes organisateurs de différences entre réponses individuelles, dillustrer et dexpliciter empiriquement les dynamiques internes de ces représentations.
Ces différentes méthodes (analyse factorielles, analyse factorielle de correspondances) doivent sinscrire dans le contexte théorique des représentations sociales, mais également tenir compte des contraintes imposées par la nature des données recueillies. Ces données sont généralement constituées par des recueils dopinions, dattitudes ou de préjugés individuels.
Dans le processus de construction de notre questionnaire de recherche, nous nous sommes efforcés denrichir le processus de recueil par lintroduction de questions imposant une sélectivité croissante au sujet, de manière à faire émerger le noyau central des conceptions et la hiérarchie entre les éléments constitutifs.
De même, dans lélaboration de notre modèle danalyse, nous faisons nôtre, la mise en garde de Howell (1998) : lessentiel dans la recherche nest pas de sappliquer dans lutilisation de méthodes consacrées, mais de choisir des méthodes adaptées aux données recueillies et aux objectifs poursuivis.
Il sagit dans le cadre de cette recherche, dadopter un mode de traitement permettant de « faire parler » les données recueillies. De manière plus précise, il sagit dexpliciter la hiérarchie entre les éléments constitutifs des conceptions (ici les sept dimensions de la résolution de problème), didentifier le noyau central, et dexplorer la structure microscopique de ces conceptions. Les données de base sont des pondérations affectées aux sept dimensions dans les quatre premières questions, et aux items descriptifs ou indicateurs dans la cinquième question.
Les données étant recueillies et codifiées, il reste à trouver un traitement qui puisse leur donner un sens, pour répondre aux questions-problèmes soulevées par le biais des hypothèses émises. Pour les échantillons de la pré-expérimentation, la question était de voir comment « faire parler » les données.
Nous distinguerons deux phases : le traitement des données macroscopiques et le traitement des données microscopiques.
II.3.1.Traitement des données macroscopiques
Le mode de traitement, est naturellement lié à la nature des données, mais aussi à la forme des questions posées. Les données macroscopiques devraient permettre de répondre à la question suivante : quelles sont les conceptions des professeurs de physique et chimie exprimées à partir des sept dimensions ? De manière plus spécifique, il sagit dabord ici détablir la hiérarchie entre les sept dimensions de la résolution de problème par le biais des pondérations affectées par les sujets pour les quatre premières questions.
Le problème méthodologique était donc de savoir comment transformer les réponses aux quatre premières questions en une seule information. Il fallait appliquer ou élaborer un modèle qui tienne compte à la fois du niveau de sélectivité de la réponse et des pondérations attribuées.
Le concept mathématique de barycentre nous a semblé être une solution à notre problème méthodologique. Nous avons opté pour la construction dun modèle mathématique, le Modèle Barycentrique de Traitement de Données (MBTD).
Mais en plus, la forme des questions (la sélectivité croissante) permet dinduire une typologie de conceptions des enseignants qui peut avoir plusieurs dimensions. Ainsi les professeurs de physique et chimie pourraient être classés dans plusieurs types de conceptions:
- les deux dimensions quils ont choisies à la quatrième question, on a alors une typologie à deux dimensions (X1, X2)
- les trois dimensions sélectionnées à la troisième question, on alors une typologie à trois dimensions (X1, X2, X3)
- les cinq dimensions choisies à la deuxième question, on a alors une typologie à cinq dimensions (X1, X2, X3, X4, X5)
II.3.1.1 Le modèle barycentrique de traitement de données (MBTD)
Pour résoudre la question méthodologique de transformer de manière pertinente les informations recueillies dans les quatre questions, nous nous sommes inspirés de la mécanique du point matériel.
En effet, lorsque nous avons fait une représentation de notre problème méthodologique au sens de Newell et Simon (1972) , nous nous sommes rendus compte que notre tâche était de déterminer le « poids » de chaque dimension de la résolution de problème à partir des pondérations obtenues sur les quatre questions. Et il fallait en même temps tenir compte du fait que les pondérations obtenues dune question à une autre navait pas la même signification.
Par exemple la pondération obtenue à la quatrième question devait contribuer davantage au « poids global » de la dimension que la pondération obtenue à la deuxième question.
On devrait donc affecter chaque pondération dun coefficient qui devrait être dautant plus important que le niveau de sélection est élevé. Dans tous les cas la valeur trouvée pour chaque dimension devrait représenter un indice caractéristique de la dimension. Cest une grandeur macroscopique que nous avons convenu dappeler « indice barycentrique », et qui permettait en même temps destimer les « distance » entre les dimensions. Le modèle de traitement sera appelé « modèle barycentrique de traitement de données » (MBTD)
Cest un modèle qui se veut une contribution méthodologique à une question souvent rencontrée en sciences de léducation : comment traiter un ensemble dinformations hiérarchisées relatives à un même objet pour en faire une donnée prenant en compte la sélectivité et la pondération relative ?
Or la mécanique du point matériel, nous apprend quon peut remplacer un système de points M1, M2, M3 , M4, affectés respectivement des coefficients a, b ,c , d, par un seul point G tel que :
OG = ( aOM1 + bOM2 +cOM3 +dOM4) / (a+b+c+d)
Dans cette relation, OG, OM1, OM2, OM3, OM4, sont des vecteurs. Le point G est appelé barycentre des points M1 , M2, M3, M4, affectés des coefficients a, b, c, d qui sont des grandeurs scalaires.
Dans le cadre de notre travail, nous avons considéré chacune des quatre questions comme correspondant à un niveau de sélectivité.
On distingue ainsi :
Niveau 1 = première question pour laquelle la pondération est absolue sans référence explicite aux pondérations attribuées aux autres dimensions.
Niveau 2 = deuxième question : sélection de 5 dimensions sur les 7 et pondération relative (distribution de 100 points entre les 5 dimensions)
Niveau 3 = troisième question : sélection de 3 dimensions sur les 5 précédentes et pondération relative (distribution de 100 points entre les 3 dimensions sélectionnées)
Niveau 4 = quatrième question : sélection de 2 dimensions sur les 3 précédentes et pondération relative (distribution de 100 points entre les deux dernières dimensions sélectionnées.
Le modèle barycentrique de traitement de données (MBTD) prend en compte lensemble des réponses fournies par léchantillon aux quatre premières questions du questionnaire. Il sappuie sur les notations suivantes :
Le (la) répondant(e) est noté(e) i ( i = 1,
N, N = taille de léchantillon)
Chaque dimension est notée j ( j = 1,
7 )
Le niveau de sélectivité est noté k ( k = 1,
4)
La pondération affectée à la dimension j par un sujet i à un niveau k sera notée aðik(j). Lorsque à un niveau donné une dimension n a pas été sélectionnée, alors aðik(j) prend la valeur zéro.
La moyenne des pondérations attribuées à une dimension par l ensemble des sujets pour un niveau k donné, peut être considérée comme une mesure de l importance attribuée à cette dimension par l échantillon. Nous appellerons indice d importance de la dimension j au niveau k, par Ik(j).
Ik(j). = (1/N)Sð ðaðik(j) est appelé indice d importance macroscopique de niveau k,
i = 1,& N. N est la taille de léchantillon
Lindice dimportance macroscopique de la dimension j qui nous permet de prendre en compte toutes les pondérations relatives à cette dimensions dans les différents niveaux de sélection (1,2,3,4) sera appelé indice barycentrique de la dimension j, et noté Ibar(j). Il sera naturellement définis à partir des indices dimportance de niveau Ik(j), et cela sur lensemble de léchantillon.
Par analogie avec le barycentre, pour déterminer lindice macroscopique Ibar(j), nous allons utiliser les indices d importance de niveau, tout en les pondérant par des coefficients ak appropriés pour tenir compte de leur contribution. L indice barycentrique d une dimension j, noté Ibar(j) s écrirait alors :
Ibar(j) = Sð ð[ð Ik(j)ak ] /( ðSð ak ) j = constante ; k = 1, 2, 3, 4
Avec Ik(j) = 1/N [Sðaðik (j)]
Ibar(j) = ð[ð a1 I1(j) + a2 I2(j) + a3 I3(j) + a4 I4(j) ] /( ð a1 ð+ð a2 ð+ð a3 ð+ð a4 )
L indice barycentrique est une grandeur macroscopique attachée à une dimension j. Mais sa valeur dépend de pondérations effectuées par les sujets.
Par exemple lindice barycentrique de la dimension « processus », (Pr) sera noté Ibar(Pr), celui de la dimension « motivation » (Mo) sera notée Ibar(Mo).
La question finale réside dans le choix des coefficients ak à affecter aux indices dimportance de niveau Ik(j). Pour cela, nous allons tenir compte de la sélectivité qui caractérise les quatre questions. Ainsi, la sélection dune dimension à la quatrième question par un répondant doit être considérée comme un signal fort de limportance quil lui accorde. La moyenne des pondérations obtenues par une dimension à la quatrième question doit bénéficier dun coefficient important pour influer sur le résultat global. Ceci est dautant plus nécessaire que les trois dernières questions (niveaux 2, 3, 4) sappuient sur une pondération relative (distribuer 100 points sur 5, 3, 2 dimensions).
Le choix le plus simple est constitué par les quatre premiers nombres entiers
1, 2, 3, 4, cest-à-dire : a1 = 1 ; a2 = 2 ; a3 = 3 ; a4 = 4
Lexpression de l indice barycentrique devient alors :
Ibar(j) = ð[ð I1(j) + 2 I2(j) + 3 I3(j) + 4I4(j) ] /( ð1ð+ð2ð+ð3ð+ð4ð )
Ibar(j) = ð[ð I1(j) + 2 I2(j) + 3 I3(j) + 4I4(j) ] /1ð0ð M1
Nous appelons cette expression le Modèle 1 , noté M1
Mais pour discriminer davantage les dimensions en tenant compte des considérations précédentes, on peut aussi, par exemple, affecter à chaque indice dimportance de niveau k, Ik(j) un coefficient ak = 2k (avec k = 1, 2, 3, 4). En effet, la fonction puissance a un pouvoir d'amplification plus important. On a alors :
a1 = 21 = 2 ; a2 = 22 = 4 ; a3 = 23 = 8 ; a4 = 24 = 16
Lexpression de lindice barycentrique devient alors :
Ibar(j) = ð[ð 2I1(j) + 4I2(j) + 8I3(j) + 16I4(j) ] /( ð2ð ð+ð ð4ð ð+ð ð8ð ð+ð ð1ð6ð)ð )
Ibar(j) = ð[ð 2I1(j) + 4I2(j) + 8I3(j) +16I4(j) ] /( ð3ð0ð )
En simplifiant par 2 cette équation on obtient une deuxième expression du modèle barycentrique que nous appelons « Modèle 2 » , noté M2 :
Ibar(j) = ð[ð I1(j) + 2I2(j) + 4I3(j) + 8I4(j) ] /( ð1ð5ð ) M2
Comparons ce modèle M2, avec le modèle M1.
Ibar(j) = ð[ð I1(j) + 2 I2(j) + 3 I3(j) + 4I4(j) ] /1ð0ð M1
On peut faire les observations suivantes :
- le modèle M1 est plus maniable : il est plus facile de diviser par 10 que par 15
- le modèle M1 pourrait cependant défavoriser les dimensions qui sont sélectionnées aux troisième et quatrième questions.
La question du choix entre ces deux modèles sera résolue avec les données de la pré-expérimentation.
Lindice barycentrique, Ibar(j), dont nous venons détablir deux expressions (modèles M1 et M2) reflète de manière absolue le poids de chaque dimension de la résolution de problème. Nous pouvons ainsi le qualifier dindice absolu. Ainsi, lorsque les indices barycentriques absolus des différentes dimensions seront calculés pour un échantillon donné, il sera possible de calculer alors les indices barycentriques relatifs. Ces derniers seront notés Ibar(j).
Lindice relatif dune dimension jo sobtient par un calcul simple à partir des indices absolus :
Ibar(jo) = [Ibar(jo)] /[SðIbar(j)] j = 1,& 7
L indice relatif représente la contribution de chaque dimension dans la conception que le groupe se fait de la résolution de problème.
L avantage attendu des indices barycentriques relatifs, c est de permettre de situer de manière plus visible les dimensions les unes par rapport aux autres. Lindice barycentrique relatif est un outil de comparaison des dimensions de la résolution de problème.
Enfin, de même qu'on a calculé l'indice barycentrique d'une dimension par rapport à un groupe, on peut faire le même calcul pour chaque sujet. Les indices d'importance de niveau Ik(j) seront simplement remplacés dans chacun des modèles par les pondérations affectées par le sujet à la dimension j au niveau k, c'est à dire aðik(j). L'indice barycentrique d'une dimension j, par rapport à un sujet i que nous allons noter Ibar(j)i est donné par :
Pour le Modèle M1 : Ibar(j)i = ð[ð aði1(j) + 2 aði2(j + 3 aði3(j) + 4aði4(j) ] /1ð0ð
Pour le Modèle M2 : Ibar(j)i = ð[ð aði1(j) + 2aði2(j) + 4aði3(j) + 8aði4(j) ] /( ð1ð5ð )
L indice barycentrique d une dimension j, pour un groupe de taille N est la moyenne arithmétique des indices barycentriques individuels.
Ibar(j) = Sð Ibar(j)i
Avec i = 1,& N.
Les modèles de traitement ayant été définis, nous allons à présent les tester sur les échantillons de la pré-expérimentation.
II.3.1.1.1 Application du modèle barycentrique de traitement de données (MBTD) aux échantillons de la pré-expérimentation.
Les deux modèles M1 et M2 seront appliqués aux deux échantillons pré-expérimentaux constitués respectivement de 6 enseignants-chercheurs et de 17 élèves-professeurs en formation à lEcole Normale Supérieure de Dakar (Sénégal).
Cette application est destinée à établir dans quelle mesure les modèles de traitement sont capables de générer un sens à partir des donnés recueillies, mais aussi à départager les deux modèles.
II.3.1.1.1.1. Application du modèle barycentrique aux données de léchantillon des 6 enseignants-chercheurs
Les indices barycentriques se calculent à partir des indices dimportance de niveau Ik(j). Le tableau 37 suivant donne les indices dimportance de niveau des différentes dimensions.
Tableau 37 : Indices dimportance de niveau Ik(j) des sept dimensions sur léchantillon des 6 enseignants-chercheurs.
Dimension j (FfMoEnRaCnPrCtxI1( j )74, 8379,1786,8383,8391,6776,6763,33I2( j )12,512,161013,6725,3321,335I3( j )6,6711514,538,1724,670I4( j )6,679,168,338,8351,1715,830
Quelques observations sur le tableau 37 :
Les indices de niveau k =1 , I1(j), sont de loin plus élevés que les indices des niveaux suivants. Cela s'explique par le fait qu'à la première question les sujets pouvaient mettre des pondérations absolues allant de 0 à 100 pour chaque dimension, alors que dans les niveaux suivants, les 100 points étaient partagés entre 5 (niveau k = 2), puis 3 (niveau k = 3), puis 2 (niveau k = 4) dimensions.
Ce tableau montre également que le premier niveau discrimine très peu les dimensions : les sept valeurs de I1(j) varient de 66,33 (Ctx) à 91,67 (Cn). La dimension Cn devance toutes les autres dimensions à tous les niveaux alors que la dimension « processus » (Pr), à partir du deuxième niveau, arrive toujours en deuxième position.
Entre M1 et M2, nous choisirons le modèle qui attribue l'indice barycentrique le plus élevé à la dimensions qui a les indices de niveaux les plus élevés aux deux derniers niveaux, c'est-à-dire Cn.
A partir des indices de niveau, lapplication des modèle M1 et M2 permet dobtenir lindice macroscopique Ibar(j) de chaque dimension, comme indiqué dans le tableau suivant :
Tableau 38a : Indices barycentriques Ibar(j) : échantillon
des 6 enseignants-chercheurs calculés avec le modèle M2 et M1
Dimensions (FfMoEnRaCnPrCtxIndices barycentriques absolus Ibar(j) calculés avec M2
11,99
14,72
12,9
15,99
46,95
22,98
4,89
Indices barycentriques absolus Ibar(j) calculés avec M114,6517,3115,5119,0046,1525,677,33
Les données du tableau 38 montrent qu'en passant du modèle M2 au modèle M1, toutes les dimensions voient leur indice augmenter sauf la dimension Cn dont l'indice diminue légèrement. Pourtant c'est la dimension qui a les indices de niveau les plus élevés. Même si le classement est resté inchangé, le modèle M2 est celui qui maintient les écarts les plus importants entre Cn et les autres dimensions.
Dans la suite de ce travail, nous adopterons donc le modèle barycentrique M2 qui s'écrit :
Ibar(j) = ð[ð I1(j) + 2I2(j) + 4I3(j) + 8I4(j) ] /( ð1ð5ð ) pour un groupe
Pour un sujet, l'indice barycentrique de la dimension j pour le sujet i est donné par :
Ibar(j)i = ð[ð aði1(j) + 2aði2(j) + 4aði3(j) + 8aði4(j) ] /( ð1ð5ð ) pour un sujet i
Ainsi, à partir des valeurs fournies par le Modèle 2 nous pouvons représenter les indices barycentriques des sept dimensions pour le groupe des enseignants-chercheurs.
Graphe 4 : Indices barycentriques Ibar(j) des différentes dimensions dans léchantillon des 6 enseignants-chercheurs
II.3.1.1.1.2 Axes d analyse des résultats
Il faut remarquer dabord que le tableau des indices dimportance de niveau met en évidence la cohérence des données recueillies. En effet, les pondérations faites au niveau k =1 sont nettement supérieures à celles des niveaux suivants. Cela est lié à la différence des échelles utilisées dans les types de question. De plus la somme des indices de niveau pour (2, 3, 4 ) est pratiquement égale pour chaque ligne à 100, ce qui rend compte de la distribution des 100 points.
Lobjectif de discrimination des différentes dimensions est également atteint à partir de lindice macroscopique, ce qui facilite linterprétation des résultats. La formule barycentrique a agi comme amplificateur des écarts entre les pondérations des différents niveaux.
Le tableau 37 des indices barycentriques montre que les conceptions des enseignants-chercheurs interrogés sont centrées sur la dimension connaissances (Cn) qui obtient un indice Ibar(Cn)= 46,95. La dimension processus de résolution (Pr) vient en deuxième position, mais avec seulement Ibar(Pr)= 22,98 . Le contexte (Ctx) se présente
comme la dimension la moins importante dans les conceptions des enseignants-chercheurs à propos de la résolution de problème.
Les indices barycentriques permettent donc de mettre en évidence de manière nette la hiérarchie des dimensions de la résolution de problème. Il est possible ensuite danalyser les résultats par rapport aux données de la recherche et par rapport au cadre théorique général ou spécifique.
Les indices barycentriques relatifs permettent dexpliciter la hiérarchie entre les dimensions. Ainsi, si les conceptions en résolution de problème sont représentées par un espace, la dimension connaissance (Cn) occupe à elle seule 36% de cet espace des conceptions par rapport à la résolution de problème. Mieux, le cumul des indices relatifs des dimensions Cn et Pr représente (36+18) = 54% de cet espace.
La structure des semble marquée par un noyau central constitué par les dimensions Cn et Pr, des dimensions périphériques constituées par les dimensions Ff, Mo, En et Ra dont les indices barycentriques ont des écarts qui ne semblent pas significatifs. Enfin la dimension "contexte" (Ctx) apparaît comme marginale.
On voit bien que les indices barycentriques constituent des données qui permettent une meilleure lecture des conceptions des professeurs.
Un autre élément danalyse de ces résultats est de répondre à la question suivante : la hiérarchie établie à la première question (indices dimportance de niveau 1 = (I1(j) ) est-elle confirmée par les indices barycentriques Ibar(j)?
Le tableau 39 suivant va fournir des éléments de réponses. Les dimensions sont placées par ordre décroissant de leurs indices de gauche à droite.
Tableau 39 : Comparaison entre les classements des dimensions
à la question 1 et à partir des indices barycentriques Ibar(j)
Classement à partir de la question 1CnEnRaMoPrFfCtxClassement à partir des indices barycentriquesCnPrRaMoEnFfCtx
Seules deux dimensions ne conservent pas leur position : Pr et En. Il y a donc une cohérence interne à lexception de ces deux dimensions qui permutent. En fait tout se passe comme si lorsquon astreint les enseignants à sélectionner, ils prennent davantage conscience de limportance du processus de résolution.
Ce constat, sil se confirmait serait en lui-même une contribution importante dans le recueil de conceptions. Il pourrait y avoir une différence entre une prise de position exprimée de manière absolue et celle qui sexprime dans une situation de comparaison.
Au niveau méthodologique, la forme de notre questionnaire, où le répondant est mis dans une sorte de situation-problème, semble enrichir la panoplie des outils de recueil de conceptions. Les chercheurs qui sintéressent au recueil de conceptions ont peut-être intérêt à recueillir ces conceptions, à la fois dans des situations absolues et dans des situations qui obligent le sujet à opérer des discriminations qualitatives ou quantitatives.
Cette démarche illustre la possibilité de dépasser, dans le recueil de données, lopposition entre les approches qualitatives et les approches quantitatives.
II.3.1.1.1.3. Application du modèle barycentrique aux données de léchantillon de 17 enseignants en formation initiale à lEcole Normale Supérieure de Dakar
Les résultats sont résumés dans les tableaux 40 et 41 suivants.
Tableau 40 : Indices dimportance de niveau des différentes dimensions (élèves-professeurs.)
Dimensions j (FfMoEnRaCnPrCtxI1( j )61,562,2962,5961,3586,6578,5232,88I2( j )12,1111,4113,2314,6426,4120,531,65I3( j )10,418,4113,418,523622,051,17I4( j )109,1110,298,6542,3519,590
A partir des indices de niveau on obtient par le calcul les indices barycentriques dans le tableau 41 suivant :
Tableau 41 : Indices barycentriques Ibar(j) des différentes dimensions (élèves- professeurs)
DimensionsFfMoEnRaCnPrCtxIndices barycentriques Ibar(j)13,7711,651512,9341,4924,292,71Indices barycentriques relatifs I'bar(j)0,110,100,120,110,340,200,02
Le graphe 5 met en évidence les positions relatives des dimensions.
Graphe 5 : indices barycentriques des différentes dimensions
dans léchantillon des 17 élèves-professeurs.
Par rapport au modèle MBTD les remarques formulées dans le premier test restent valables, aussi bien pour la cohérence des données que pour leffet de discrimination obtenu.
Les conceptions des élèves-professeurs restent également marquées par la dimension connaissances (Cn) suivie du processus (Pr). On retrouve toujours le même noyau central (Cn, Pr) et des éléments périphériques (Ff, Mo, En, Ra) et une dimension marginale (Ctx).
On note par rapport aux enseignants universitaires, quelques permutations entre les dimensions moyennes ou périphériques, sans grande signification. Lénoncé du problème (En) est placé en troisième position, suivi de la finalité (Ff). Bien que fraîchement sortis de lambiance des salles de travaux dirigés universitaires, les enseignants en formation semblent amorcer un démarcage par rapport à leurs maîtres.
Cependant, seuls des tests de comparaisons pourraient établir l'existence de différences significatives. Mais, à cette étape de la recherche notre objectif se limite à voir, dans quelle mesure le modèle barycentrique est opérationnel.
Quand on compare le classement fait à partir de la première question (pondération absolue) et celui qui découle de lapplication du modèle barycentrique, on constate que toutes les dimensions conservent leur position à lexception de la motivation (Mo) et de la finalité (Ff). Dans ce cas également, la nécessité de sélectionner semble avoir modifié la positions des élèves-professeurs par rapport à ces deux dimensions.
Dans les deux cas le MBTD a montré son caractère fonctionnel. Appliqué à des données, il donne des résultats qui peuvent être interprétés et mis en relation avec certains résultats de recherches où des approches théoriques considérées comme pertinentes. Il constitue à présent un outil de recherche, parce que permettant de répondre aux questions-problèmes spécifiques.
Le deuxième traitement applicable aux données macroscopiques est linduction dune typologie de conceptions.
II.3.1.2. Linduction dune typologie de conceptions des enseignants
Nous présenterons dabord le principe de linduction des typologies de conceptions avant dappliquer ce mode de traitement à un échantillon de 62 professeurs.
II.3.1.2.1. Le principe de linduction des typologies de conceptions
Lindice macroscopique dune dimension permet de rendre compte de limportance accordée à chaque dimension par l échantillon interrogé. Mais ce qui est peut-être plus intéressant est de connaître limportance accordée à chaque dimension par un sujet donné. En dautres termes existent-ils des groupes nettement distincts qui se caractérisent par des positions particulières par rapport à une ou plusieurs dimensions ?
Une façon pratique dapprocher cette question est de sintéresser aux sélections successives opérées par les sujets interrogés. Les choix opérés par les répondants aux
différents niveaux pourraient donc être utilisés pour définir des types denseignants : on aboutit ainsi à des typologies denseignant à plusieurs dimensions.
En effet, la sélectivité croissante introduite au départ dans la structure du questionnaire, conduit le(la) répondant(e) à choisir les deux dimensions quil considère comme les plus importantes. En considérant ces deux dimensions choisies en dernier lieu comme caractéristiques du sujet, on peut considérer ce choix comme définissant un type de
conception caractérisé par une centration sur ces deux dimensions. On a ainsi une typologie de conceptions à deux dimensions (X1, X2).
Par extension on peut même envisager une typologie à trois dimensions (X1, X2, X3), ou même à cinq dimensions (X1, X2, X3, X4, X5) lorsquon considère les sélections opérées aux questions 2 et 3.
Lexpérimentation de ce mode de traitement des données macroscopiques, a été réalisée sur un échantillon de 62 professeurs de physique et chimie. Ce nouvel échantillon pré-expérimental a été choisi pour avoir des groupes d'enseignants avec des effectifs significatifs.
Typologie à 5 dimensions : lenseignant serait défini par les dimensions quil a choisies à la question 2. Un type denseignant sera défini par le choix dun quintuplé.
(X1, X2, X 3, X4, X5)
Exemple : (Cn, Pr, Ff, Mo, Ra)
Un type denseignant sera donc défini de manière qualitative. On ne sintéresse pas à la distribution des pondérations, ce qui laisse déjà entrevoir la possibilité dexistence de sous-groupes correspondant à la discrimination entre les dimensions opérée par chaque membre du groupe.
Le nombre de types de conceptions à cinq dimensions choisies parmi sept(7) est donné par lanalyse combinatoire : il correspond aux nombres de combinaisons de p = 5 objets pris parmi n = 7 objets.
Cn p = n !/ (p! x (n-p)! ) ; C75 = 7x6x5!/(5! x 2 !) = 21
Typologie à 3 dimensions : lenseignant est défini par les trois dimensions (X1, X2, X3) quil a choisies à la question 3 .
Exemple : (Mo, Ra, Ctx)
Le nombre de groupes théoriquement possibles est égal à 42
Typologie à 2 dimensions : lenseignant est défini par les dimensions quil a choisies à la quatrième question.
Exemple : (Ra, Pr).
Le nombre de groupes constituant cette typologie est théoriquement égal à 21.
La typologie à deux dimensions est naturellement la plus sélective. Le sujet a été poussé dans ses derniers retranchements et on peut considérer que , même sil a pu hésiter, les deux dimensions quil a choisies à la question 4 occupent une place déterminante dans sa vision de la résolution de problème. Nous commencerons donc par classer les conceptions de léchantillon des 62 enseignants par rapport à la résolution de problème en nous servant de la typologie à deux dimensions.
II.3.1.2.2. Application de la typologie des conceptions
Si léchantillon était homogène par rapport aux types de conceptions, chaque groupe caractérisé par (X1,X2) aurait un effectif de 62/21 éléments.
Rappels des sept(7) dimensions :
Ff = finalité ou fonction du problème ; Mo = motivation ; En = Enoncé du problème, Ra = résultats attendus ; Cn = connaissances ; Pr = processus de résolution, Ctx = contexte.
Le tableau 42 fait correspondre à chaque couple (X1, X2) de dimensions choisies à la quatrième question, le nombre denseignants qui lont sélectionné.
Tableau 42 : Types (X1,X2) tirés de la quatrième question
(échantillon de 62 professeurs)
Types de conceptionsEffectifsTypes de conceptionsEffectifsCn-Pr14En-Pr1En-Cn11Cn-Ctx2Ff-Cn10Ff-En1Mo-Cn4Ff-Ctx0Ff-Ra3Mo-Pr2Mo-En3 En-Ctx1En-Ra3Ra-Pr2Ff-Mo3 Ra-Ctx0Ra-Cn2 Pr-Ctx1Ff-Pr0 Mo-Ctx0Mo-Ra2
Les résultats montrent que 3 types de conceptions se dégagent nettement lorsquon les décrit dans un espace à deux dimensions : les types Cn-Pr (14), En-Cn (11), Ff-Cn (10). Ces couples sont constitués de 4 quatre dimensions : Cn, Pr, En, Ff. On retrouve dailleurs cette hiérarchie si on compte le nombre de fois que chaque dimension a été sélectionnée à la quatrième question.
Tableau 43 : Fréquence des différentes dimensions à la quatrième question
CnPrEnFfMoRaCtx4020201613113
Le modèle barycentrique donne une image globale des conceptions. On devait légitiment sattendre à des déviations par rapport aux résultats obtenus avec les indices macroscopiques. Cest surtout au niveau des dimensions Ff, Mo, et Ra que ce phénomène sobserve.
La typologie à deux dimensions même si elle est plus facile manipuler pourrait cependant masquer certaines caractéristiques des groupes denseignants ayant des visions plus complexes.
Lanalyse de chacun des trois types les plus représentatifs tenant compte des pondérations des différentes dimensions pourrait peut-être nous fournir des informations plus fines sur la structure des conceptions.
Nous allons montrer comment il est possible danalyser une typologie à deux dimensions. Nous avons choisi lexemple du type le plus fréquent, le type Cn-Pr.
Etude du type Cn-Pr
Si on étudie les pondérations effectuées par le groupe Cn-Pr (14 sujets), on note :
Cn moyenne : 48,23 ; écart-type : 4,4
Pr moyenne : 51, 77 ; écart-type : 17, 90.
Compte tenu des écarts-types calculés, on peut dire que la différence entre les moyennes n'est pas significative. Mais on peut interpréter ces écarts-types en disant que le groupe Cn-Pr est plus homogène par rapport à la dimension connaissances (Cn), et plus dispersée par rapport au processus.
Les graphes suivants donnent les histogrammes des fonctions Pr =f(n) et Cn = f(n).
Graphe 6 : Histogramme des pondérations de la dimension (Pr) des 14 sujets ayant choisi le couple (Cn, Pr) à la question 4
EMBED Excel.Chart.8 \s
Graphe 7 : Histogramme des pondérations de la dimension (Cn) des 14 sujets ayant choisi le couple (Cn, Pr) à la question 4.
EMBED Excel.Chart.8 \s
Il est possible également de montrer comment se distribuent les pondérations affectées à chaque dimension dans les couples Cn-Pr des 14 sujets.
Tableau 44 : Répartition des pondérations dans
les différents couples Cn-Pr
CnPrCnPr65355545604080205545406040606040208060406040257525754258
Si on place chaque sujet dans un repère Pr, Cn, on obtient la répartition donnée par le graphe 8 suivant :
Graphe 8 : Répartition des sujets suivant les pondérations
affectées aux dimensions Pr et Cn
La représentation graphique Pr = f(Cn) montre un groupe nettement éclaté en deux sous groupes pratiquement de même effectif, lun centré sur les connaissances et lautre sur le processus, le premier sous-groupe étant plus modéré (plus proche du point déquilibre 50/50).
Le groupe Cn-Pr est donc caractérisé par une distribution symétrique, avec une plus grande sensibilité au processus de résolution. On le voit bien, même si la dimension connaissance a toujours dominé la dimension processus, lorsque la compétition devient frontale le processus a pris le dessus. La typologie à deux dimensions masquent des informations plus fines sur les types de conceptions.
Ce mode danalyse peut être étendu aux deux autres sous-groupes les plus représentatifs En-Cn et Ff-Cn .
Ainsi, on montre que le sous-groupe En-Cn conserve la hiérarchie établie entre les dimensions par les indices barycentriques, alors que le sous-groupe Ff-Cn se singularise par une égalité parfaite entre les dimensions Ff et Cn tant du point de vue de la moyenne que de la dispersion.
Le nombre de dimensions utilisées pour définir un type de conception semble donc influer sur la hiérarchie établie entre les dimensions. Pour affiner lanalyse il nous semble intéressant de faire intervenir la typologie à trois dimensions.
Nous allons montrer, sur un exemple, comment le passage à une typologie à trois dimensions permet daffiner lanalyse des conceptions des enseignants.
Comment la typologie des conceptions à trois dimensions permet-elle daffiner la description macroscopique ?
Lanalyse combinatoire prévoie lexistence de 42 types de conceptions à trois dimensions. Il sagit de combinaisons de trois éléments pris parmi sept éléments.
Un problème pratique se pose compte tenu du nombre de groupes possibles. Pour des raisons pratiques et compte tenu des groupes émergents dans lapplication de la typologie à deux dimensions, nous ne considérerons que les triplets ( X1, X2, X3 ) ayant pour base les doublés (Cn-Pr), (En,Cn) et (Ff-Cn).
Les types que nous recherchons sont obtenus à partir des réponses fournies à la troisième question du questionnaire-professeur. Linventaire des types rencontrés est donné dans le Tableau 11.
Tableau 45 : Type (X1, X2, X3) tirés de la troisième question
TypesEffectifsTypesEffectifsEn-Cn-Pr13Mo-Ra-Cn3Ff-Cn-Pr6Ff-Ra-Pr2Ff-En-Cn5En-Ra-Ctx2Mo-Ff-Cn3Mo-En-Ra2Mo-Cn-Pr5En-Cn-Ctx2Mo-En-Cn5Mo-En-Pr1Ra-Cn-Pr6Ef-En-Pr1Ra-En-Cn1En-Ra-Pr1Ef-Mo-Ra2Cn-Pr-Ctx2
On constate que seuls 18 types sont apparus dans le décompte. Nous allons maintenant nous intéresser aux triplets (X1, X2, X3), ayant pour base respectivement Cn-Pr, En-Cn et Ff-Cn.
Un autre constat, sans surprise, est que le type En-Cn-Pr arrive en tête en termes d'effectif. Les dimensions En (énoncé), Ff (finalité) et Ra (résultats attendus) sont celles qui accompagnent le plus la base Cn-Pr. Viennent ensuite la motivation(Mo) et le contexte toujours marginalisé.
Pour bien analyser les rapports entre les connaissances (Cn) et le processus de résolution (Pr) nous allons comparer le comportement de ces deux dimensions sur lensemble des triplets ayant pour base Cn-Pr
Ces triplets seront notés de manière générale (Cn,Pr,X), X étant une dimension pouvant être Ff, Mo, En, Ra, Ctx. Toutes les pondérations de chaque dimension seront cumulées.
On a ainsi des éléments dune typologie à trois dimensions avec une base constituée par le couple Cn-Pr
A partir du tableau 44 précédent, on obtient par extraction tous les types (X1, X2, X3) ayant pour base Cn-Pr , ce qui donne le tableau 45.
Tableau 45 :Types (X1, X2, X3) ayant pour base Cn-Pr
TypesEffectifsEn-Cn-Pr13Ff-Cn-Pr6Ra-Cn-Pr6Mo-Cn-Pr3Ctx-Cn-Pr1Total29
Le tableau 46 suivant va faire abstraction de la signification de la troisième dimension qui est ainsi notée X. Les numéros des sujets ayant répondu sont également mentionnés(page suivante).
Tableau 46 : Les triplets (Cn, Pr, X) , X étant lune des cinq autres dimensions
N°XCnPr1502030310603072050301120552513256015142030501518226016305020182050302150302022254535252560152610306027204535281070202940402032203050343344233530601037353035394040204120503042353332472840325112187052354025573020506027314262354025
Le graphe 9 suivant représente la distribution des sujets du groupe Cn-Pr-X dans le plan (Cn, Pr).
Graphe 9 : la distribution des sujets du groupe Cn-Pr-X dans le plan (Cn, Pr)
EMBED Excel.Chart.8 \s
Commentaires :
Leffectif du sous-groupe Cn-Pr-X est de 29 soit plus de 48 % des effectifs de léchantillon. Le groupe comprend trois sous-groupes nettement distincts :
un groupe « connaissances » majoritaire ;
un groupe « processus » ;
un groupe « centriste » (voir graphe 9).
Ainsi lorsquon considère les trois dimensions, les connaissances reprennent leur place de dimension dominante dans les conceptions des enseignants.
Cet exemple montre quune analyse des conceptions articulant les typologies à deux dimensions et les typologies à trois dimensions permet daffiner de manière significative lanalyse des conceptions des enseignants.
Les limites du questionnaire en tant quinstrument de recueil de conceptions peuvent être en partie atténuées, par cette démarche danalyse.
II.3.1.2.3. Type de conception et profil professionnel
Cette partie ne sera développée que sur léchantillon de recherche. Il faut en effet un effectif assez important pour distinguer des strates significatives.
II.3.1.3. Conclusion sur le traitement des données macroscopiques.
La description macroscopique a permis jusquici de dégager la structure générale des conceptions des enseignants à propos de la résolution de problème. La prédominance des dimensions connaissances (Cn) et processus(Pr) est apparue nettement dans lapplication du modèle barycentrique.
Lidentification de types de conceptions permettant de faire apparaître des groupes nettement distincts de conceptions en rapport avec la hiérarchie établie à partir des indices macroscopiques a été possible grâce à la définition de typologies correspondant à des sélections successives opérées par les enseignants. Cette démarche a permis daffiner la hiérarchie entre les différentes dimensions.
Lutilisation de la typologie à deux dimensions a permis de confirmer la position des dimensions les unes par rapport aux autres, malgré quelques irrégularités qui se sont traduites par des inversions hiérarchiques entre les dimensions qui sont apparues dimportance moyenne.
Les irrégularités observées ont suggéré détudier la typologie à trois dimensions, en sappuyant sur les résultats obtenus avec la typologie à deux dimensions. La prédominance des connaissances a été confirmée, mais le processus se révèle très important pour les enseignants lorsquils sont contraints à des choix plus pointus.
Une autre particularité de la dimension processus (Pr), cest quelle apparaît moins importante pour les enseignants universitaires qui mettent laccent sur la finalité et la motivation, que pour les élèves-professeurs.
Cette description macroscopique nest quune première approche. Même si les résultats obtenus peuvent déjà fournir des renseignements utiles dans la compréhension du comportement des enseignants dans leurs activités de résolution de problème en classe, du point de vue didactique il est indispensable daller plus loin en explicitant les contenus que les enseignants mettent dans les dimensions. Ce sera lobjet de la description microscopique.
II.3.2. Traitement des données microscopiques
Les données microscopiques sont constituées par des pondérations affectées à des indicateurs des différentes dimensions. Il sagit de voir quels sont les items les plus valorisés. Par exemple, quest-ce que les enseignants mettent dans la dimension connaissances (Cn) ?
Quels processus sont privilégiés par les enseignants quand ils choisissent la dimension Pr?
Les réponses à ces questions devraient venir des pondérations affectées aux indicateurs associées à chaque dimension.
II.3.2.1. Classement des indicateurs associés aux différentes dimensions
Nous proposons de classer les indicateurs suivant la moyenne de leurs pondérations sur lensemble de léchantillon. Les indicateurs dune dimension qui ont les moyennes arithmétiques les plus élevées sont sensés être les plus représentatifs de la dimension du point de vue de léchantillon des enseignants interrogés.
Lécart-type permettra de voir quels sont les indicateurs les plus homogènes par rapport léchantillon, cest-à-dire pour lesquelles les avis sont les moins dispersés.
Par exemple pour un échantillon de 62 professeurs voici comment les 21 premiers indicateurs de la dimension « processus » (Pr) ont été classés sur un total de 54 indicateurs :
1.Comprendre 2. Mobiliser ses connaissances 3. Schématiser 4. analyser 5. Interpréter 6. Interpréter 7. Identifier les phénomènes en jeu 8. Expliquer.
9. Justifier 10. Résoudre 11.obsrever 12. Calculer 13. Appliquer 14. Résoudre 15. Démontrer 16. Vérifier 17. Contextualiser 18. Formuler 19. Argumenter 20. Manipuler 21. Evaluer
Sur le plan didactique ce résultat est riche de significations. Il apparaît ainsi quil est possible de comprendre en profondeur les conceptions des enseignants. Dans un contexte disciplinaire de la physique et de la chimie, sciences expérimentales par excellence. Aussi bien en relation avec le cadre théorique général qu'avec le cadre
restreint, la position de chaque item peut être interprétée, en relation avec la résolution de problème. Les indicateurs permettent ainsi de révéler les aspects cachés de la classification macroscopique à partir des indices barycentriques.
II.3.2.2. Mise en relation de la structure des conceptions et du profil professionnel.
Tous les outils de traitement qui ont été utilisés peuvent être croisés avec les variables du profil professionnel. En particulier il sera possible de répondre aux questions suivantes :
Quelle est la hiérarchie des conceptions mesurées avec le modèle barycentrique de traitement de données pour les professeurs qui ont tel diplôme professionnel ou qui ont telle ancienneté dans lenseignement. ?
Quelle est la structure microscopique des conceptions pour les sous-groupes qui ont émergé de linduction de typologies de conceptions ?
Quelle est la structure microscopique des conceptions des sous-groupes définis par le diplôme professionnel ou par lancienneté ? Y a-t-il un recoupement entre les types de conceptions identifiés au niveau macroscopique et les strates définies par les variables de profil ?
Ainsi, la variété des questions qui surgissent à la suite de lexpérimentation de loutil de recherche associée à des méthodes de traitement spécifiques, peut être considérée à priori comme un indicateur de la validité opérationnelle de notre démarche empirique. Mais dans tout les cas, il sera nécessaire de procéder à des test de signification appropriés pour établir les différences entre sujets et entre groupes d'enseignants définis par des variables de profil.
II.4. Qualité des outils et des méthodes de la recherche
Il sagit ici, sur la base de lexpérimentation du questionnaire et des modes traitement initiés, de donner un premier avis sur nos outils de recherche et nos modes de traitement.
II.4.1. Avis sur la qualité du questionnaire
Après avoir construit notre cadre problématique restreint, nous avons élaboré notre outil de recherche, un questionnaire de description de conceptions structuré en deux niveaux : un niveau macroscopique et un niveau microscopique. La partie macroscopique a été conçue de manière à éviter des réponses mécaniques.
Le questionnaire a été construit en cohérence avec les questions-problèmes associées à des hypothèses spécifiques.
Lexpérimentation de loutil que nous venons de décrire montre que le questionnaire a permis de recueillir les informations que nous voulions réellement recueillir. En cela nous pouvons estimer que notre outil de recueil de données est valide (De Ketele, 1984). De même loutil est pertinent (De Ketele, 1984 ; De Ketele et Roegiers, 1993), puisquil a permis de recueillir les informations qui permettent effectivement de répondre aux questions de la recherche que nous nous sommes posées. Nous pouvons considérer que notre outil peut être accrédité dune validité certaine.
II.4.2. Validité des méthodes de traitement
La validité dune démarche empirique ne dépend pas seulement de loutil de recueil de données. Cest lensemble (outil de recueil de données + méthodes de traitement) qui assure la validité. Nous avons montré que de manière intrinsèque, notre outil de recherche est valide.
Les traitements que nous avons proposés ont renforcé la validité de loutil de recueil de données.
Cependant, le modèle barycentrique, tel que nous lavons appliqué, pourrait être lobjet dune critique. Et dans notre objectif de transformer des informations fournies sur
quatre questions, nous avons appliqué la formule du barycentre à deux types de données.
La première question fournit des données absolues, les sujet nayant pas à comparer les dimensions. Ne fallait-il pas alors limiter la formule barycentrique aux pondérations fournies par les questions 2, 3 et 4, à lexclusion de la question 1 ?
Ou faudrait-il faire la différence entre des indices barycentriques bruts (avec les données des quatre questions) dune part et des indices corrigés (limités aux questions 2, 3, 4), dautre part ?
Nous considérons que lindice barycentrique, tel que nous lavons défini est plus riche. En effet la réponse à la première question est une donnée importante quil ne faut pas occulter dans lanalyse. De plus malgré les apparences cette question contient une comparaison implicite liée à la nature de léchelle proposée aux sujets interrogés.
La typologie des conceptions limitée à deux dimensions pourrait apparaître comme une méthode grossière de catégorisation. Léclairage de la typologie à trois dimensions est venue heureusement atténuer cette impression.
Nous pensons à présent disposer dun cadre méthodologique fiable pour étudier les conceptions des professeurs de physique et chimie en résolution de problème.
TROISIEME PARTIE
ETUDE DES CONCEPTIONS DES PROFESSEURS DE PHYSIQUE ET CHIMIE EN RESOLUTION DE PROBLEME
TROISIEME PARTIE
CHAPITRE I. DESCRIPTION DES CONCEPTIONS DES PROFESSEURS DE PHYSIQUE ET CHIMIE A PROPOS DE LA RESOLUTION DE PROBLEME
I.1. Notre échantillon de recherche
Dans la deuxième partie de ce travail, nous avons construit et expérimenté notre questionnaire de recherche. Le questionnaire a été testé sur des échantillons réduits. Cette expérimentation a permis de définir des méthodes de traitement aussi bien pour les données macroscopiques que pour les données microscopiques.
Cest fort de cette validation opérationnelle de notre outil et de nos méthodes que nous allons maintenant nous atteler à décrire les conceptions dun échantillon de 179 professeurs de physique et chimie du Sénégal.
Léchantillon peut être décrit en strates en prenant comme critères trois variables indépendantes : le diplôme professionnel (dp) ; lancienneté dans la profession (anc) et le genre (ge).
Lancienneté mesurée par le nombre dannées dexercice de la fonction de professeur sera complétée par une variable associée à la pratique en classe de Terminale (Term).
On notera cependant la très faible représentation des femmes dans léchantillon. Malgré tout, limportance actuelle de la question de laccès des femmes à lenseignement scientifique (UNESCO, 1992) nous oblige à réserver au sous-groupe des femmes un paragraphe destiné à faire émerger des hypothèses susceptibles dêtre lobjet de recherches ultérieures.
Nous navons pas retenu un critère géographique de stratification même si toutes les dix régions administratives que compte le Sénégal sont représentées, la région de Dakar à elle seule réunissant plus du tiers des répondant(e)s.
La description de léchantillon de recherche en strates se fera à partir des modalités des variables indépendantes que sont le diplôme professionnel (dp), lancienneté (anc) , lexpérience en classe de Terminale (Term) et le genre (ge).
I.1.1. Description de léchantillon suivant le diplôme professionnel (dp)
Les modalités de la variable nominale « diplôme professionnel » (dp) sont les suivantes :
1 = Aucun (diplôme professionnel) : cette modalité prend en compte les enseignants interrogés qui sont en formation initiale à lEcole Normale Supérieure ou qui exercent sur le terrain sans avoir reçu une formation professionnelle.
2 = CAE/CEM : Certificat dAptitude à lenseignement dans les collèges denseignement moyen. Recrutés par concours sur la base du niveau du baccalauréat, les enseignants titulaires du CAE/CEM sont formés en deux ans à lEcole Normale Supérieure. Leur formation comporte un renforcement académique en mathématique, en physique et en chimie, et une formation professionnelle.
3 = CAEM : Certificat dAptitude à lEnseignement Moyen. Ce diplôme professionnel sanctionne la formation reçue par des étudiants titulaires dune licence en physique et chimie et formés à lENS en une année académique. Ils sont statutairement destinés à servir au premier cycle. Cependant, par nécessité de service, ils exercent souvent au niveau du second cycle.
4 = CAES : Certificat dAptitude à lEnseignement Secondaire. Les professeurs titulaires de ce diplôme entrent à lENS avec une maîtrise en physique et chimie et sont formés en deux ans. Ils sont sensés être des enseignants très qualifiés de lenseignement secondaire.
Lexplicitation des modalités de la variable étant faite, voici comment se répartit léchantillon suivant le diplôme professionnel :
Tableau 47 : Description de léchantillon suivant le diplôme professionnel
1= aucun2 = CAE/CEM3 = CAEM4= CAESTotalEffectif78283637179%43,615,620,120,7100Cumul43,659,279,3100
On voit que notre échantillon est constitué pour plus de la moitié de professeurs ayant reçu une formation professionnelle.
En effet le cumul des fréquences pour les trois certificats daptitude à lenseignement
( CAE/CEM et CAEM pour les premiers cycles des lycées et les collèges, CAES, pour le second cycle des lycées ) est égal à 101, soit 56,3% de léchantillon. Le ratio sujets formés/ sujets non formés est donc de 101/78.
Dans le groupe des enseignants formés, 73 soit 40,8% de léchantillon sont titulaires dune licence ou dune maîtrise en physique et chimie.
I.1.1.2. Description de léchantillon selon lancienneté (anc).
Les valeurs prises par la variable « ancienneté » (anc) dans notre échantillon varient de zéro (professeur en formation initiale ou débutant sans formation), à 26 ans. La variable « ancienneté » est initialement une variable numérique discrète. Mais pour les besoins de létude elle sera transformée en variable catégorielle. Létendue des données sera subdivisée en cinq strates : 0 (débutant) ; 0 5 ans ; 5 10 ans ; 10 15 ans ; plus de 15 ans. Pour les besoins de la codification les catégories ont été associées respectivement aux lettres a, b, c, d, e. Ainsi on a :
0 = « a » ; 0-5ans = « b » ; 5-10ans = « c » ; 10-15 = « d » ; plus de 15 ans = « e ».
Tableau 48 : Description de léchantillon suivant lancienneté
ModalitésEffectifsCumul%Cumul%a = 0646435,7535,75b = ]0-5]4410824,6060,35c = ]5-10]2513313,9674,31d = ]10-15]2615914,5288,83e = plu de 15ans2017911,17100
On observe que léchantillon est constitué de 35,75% denseignants débutants. Près de 25% des sujets interrogés ont une ancienneté comprise entre 1an et 5 ans. Plus 25% des professeurs ayant répondu au questionnaire ont une ancienneté au moins égale à 10 ans, dont 11,17% denseignants ayant exercé depuis plus de 15 ans.
Une autre façon de lire la structure de léchantillon est de faire une dichotomie entre débutants (de 0 à 5 ans) et anciens (plus de 5 ans dexpérience). On obtient ainsi en arrondissant les chiffres, 60% de débutants et 40% danciens.
I.1.3. Description de léchantillon suivant lexpérience en classe de Terminale
Lexpérience dans lenseignement en classe de Terminale a été est représentée par une variable dichotomique. Il y a dune part, les professeurs qui ont au moins exercé une fois en classe de Terminale (Term ( 0), et ceux qui nont jamais exercé en classe de Terminale (Term = 0).
Le tableau 49 résume la description de léchantillon suivant la variable Term.
Tableau 49 : Description de léchantillon suivant lexpérience
en classe de Terminale
ModalitésEffectifs%Term = 010960,9Term (7039,1Total179100
I.1.4. Description de léchantillon selon le genre
Laccès des femmes à lenseignement des sciences est encore très faible, en physique et chimie. Notre échantillon est à ce propos particulièrement discriminatoire. Le tableau suivant est assez explicite.
Tableau 50 : Description de léchantillon suivant le genre
ModalitésEffectifs%1= féminin137,262 = masculin16692,74Total179100
Malgré le nombre très réduit denseignantes dans léchantillon de recherche nous essayerons de voir à titre indicatif si la structure des conceptions du sous-groupe des femmes se singularise par rapport à celle des conceptions des hommes.
I.2. Description macroscopique
La description macroscopique se fera selon deux axes. Le premier axe consistera à classer les sept dimensions qui structurent le cadre problématique restreint de notre recherche. Cette classification se fera à partir des indices barycentriques que nous avons définis lors du traitement des données obtenues sur les échantillons expérimentaux.
Le second niveau de description se fera à partir des typologies de conceptions induites par la forme sélective des questions 2, 3 et 4 du questionnaire.
Ces différents niveaux de description seront mis en relation avec les variables indépendantes que sont le diplôme professionnel, lancienneté et lexpérience en classe de Terminale. Le groupe des femmes enseignantes dans léchantillon de recherche ne sera pris en compte qu'à titre indicatif.
I.2.1. Application du modèle de traitement barycentrique à léchantillon de recherche : description des conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème
I.2.1.1. Présentation des résultats de léchantillon de recherche
Les indices barycentriques sont calculés à partir dune formule que nous avons élaborée lors de lexpérimentation. Lindice barycentrique dune dimension j, noté Ibar(j) est une grandeur macroscopique permettant de situer les dimensions les unes par rapport aux autres. Il constitue une mesure synthétique des pondérations affectées à chaque dimension dans les quatre premières questions du questionnaire. Ces questions ont été formulées de manière à imposer au répondant une sélectivité croissante.
Rappel :
Ibar (j) = [ I1(j) + 2 I2(j) + 4 I3(j) + 8 I4(j)]/15
Avec Ik(j) = 1/N Sðaðik(j) k est le niveau de sélectivité correspondant aux quatre premières questions du questionnaire ( k = 1, 2, 3, 4)
i désigne un sujet ; 1, 2, & N ; N = taille de l échantillon
j désigne une dimension ( j = 1, 2, 3, 4, 5, 6,7 )
aðik(j) = pondération affectée par le sujet i, à la dimension j, au niveau de sélectivité k.
Lindice barycentrique de la dimension j, noté Ibar(j) est calculé à partir des valeurs des
Ik(j), moyennes des pondérations affectées à la dimension j au niveau k (à la question k).
Pour mieux situer les dimensions les unes par rapport aux autres, nous avons proposé, au cours de lexpérimentation de loutil de recherche, la distinction entre les indices barycentriques absolus Ibar(j), et les indices relatifs Ibar(j). Pour une dimension jo :
I bar(jo) = Ibar(jo)/( ðSð Ibar(j))
Les valeurs des Ik(j) pour notre échantillon de recherche sont données par le tableau 51 suivant :
Tableau 51 : Indices de niveau Ik(j) de l échantillon de recherche.
DimensionsFfMoEnRaCnPrCtxI1(j)59, 8761,2568,3759,1381,6874,9845,15I2(j)11,0113,8816,0811,3324,7918,954,52I3(j)11,4613,8214,177,5929,0720,503,44I4(j)11,5215,3012,096,3332,3618,923,35
Rappelons également que les coefficients barycentriques ont étés choisis de manière à accorder un poids plus important aux pondérations attribuées aux différentes dimensions, au fur et à mesure que la sélectivité augmente de la question 1 à la question 4.
Les indices barycentriques absolus Ibar(j) des sept dimensions, calculés sur léchantillon de recherche à partir des valeurs des indices de niveau, Ik(j) et les indices barycentriques relatifs Ibar (j) sont donnés dans le tableau 52 suivant :
Tableau 52 : Indices barycentriques absolus Ibar (j) et indices barycentriques relatifs Ibar (j) des sept dimensions dans léchantillon de recherche
FfMoEnRaCnPrCtxIbar (j)14, 6617,7816,9310,8533,7623,086,32Ibar (j)0,120,140,130,090,270,190,05
Le graphe 10 permet de mettre en évidence les positions relatives des différentes dimensions de la résolution de problème.
Graphe 10 : Indices barycentriques des sept dimensions
de la résolution de problème
Le graphe 10 précédent permet de distinguer quatre séries de dimensions :
une série de deux dimensions nettement prédominantes, constituées par les « connaissances » (Cn, Ibar(Cn) = 33,76)et le « processus » (Pr, Ibar (Pr) = 23,08). Dans cette série la dimension « connaissances » constitue un pôle dominant.
une série constituée par ce quon pourrait appeler des « dimensions moyennes » : la finalité (Ff), la motivation (Mo) et lénoncé du problème (En). Dans cette série la dimension « motivation » se détache légèrement suivie de la dimension « énoncé ».
une série très moyenne constituée par la seule dimension « résultats attendus » (Ra) ;
une série nettement marginale constituée par la dimension contexte (Ctx) ;
I.2.1.2. Discussion des résultats de léchantillon de recherche
Nous discuterons dabord les résultats généraux fournis par les indices barycentriques des différentes dimensions à léchelle de léchantillon de recherche. Ensuite les discussions porteront sur les résultats des différentes strates définies à partir des variables de profil. Enfin nous tirerons une conclusion provisoire quant à la description des conceptions des professeurs de physique et chimie en résolution de problème par les indices barycentriques.
I.2.1.2.1. Discussion des résultats généraux
Les discussions porteront sur la mise en relation des hypothèses avec les résultats présentés, sur les aspects méthodologiques et sur la comparaison des résultats de léchantillon de recherche et ceux obtenus avec les échantillons expérimentaux.
Il nous semble utile de rappeler ici les indices barycentriques des différentes dimensions, dans léchantillon de recherche (Tableau 52) :
Tableau 52 bis
FfMoEnRaCnPrCtxIbar (j)14, 6617,7816,9310,8533,7623,086,32Ibar (j)0,120,140,130,090,270,190,05
I.2.1.2.1.1. Par rapport aux hypothèses de recherche
Le tableau précédent montre que les conceptions des professeurs interrogés sont centrées sur la dimension « connaissances » (Cn), Ibar(Cn) = 33,76). La dimension « processus de résolution » (Pr) vient en deuxième position, mais avec Ibar(Pr) = 23,08. La dimension « motivation » (Mo), est en troisième position avec Ibar(Mo) = 17,78, avant la dimension « énoncé », Ibar(En) = 16, 93. La dimension « résultat attendu » est en avant-dernière position avec un indice Ibar(Ra) = 10,85.
Le contexte (Ctx, Ibar (Ctx) = 6,32) se présente comme la dimension la moins présente dans les conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème.
Cette hiérarchie est plus explicite avec les indices barycentriques relatifs. Ainsi la dimension connaissance (Cn) qui a lindice barycentrique le plus élevé , Ibar(Cn) = 33,76, a un indice relatif de Ibar(Cn) 0,27, suivie par la dimension Pr (Ibar(Pr) = 23,08 et
Ibar(Pr) = 0,19. En dautres termes, les dimensions Cn et Pr représentent à elles seules 46% de lespace des conceptions des professeurs de physique et chimie.
On voit bien que les dimensions (Mo, En, Ff), que nous avons qualifiées de dimensions moyennes ont des indices relatifs très voisins, alors que les dimensions Ra et Ctx ne représentent respectivement que 9% et 5% de lespace des conceptions.
Il est maintenant possible dexaminer nos hypothèses sur la structure macroscopique des conceptions.
H-S1. : La structure macroscopique des conceptions des enseignants est marquée par les dimensions « Enoncé» (En), « Résultats attendus» (Ra) et « connaissance » (Cn).
Parmi les trois dimensions annoncées comme les plus présentes dans les conceptions des enseignants, seule la dimension « connaissance » (Cn) confirme lhypothèse. La dimension Pr qui, sur la base des résultats de la recherche exploratoire semblait marginalisée se retrouve en deuxième position. Il semble bien que la forme du questionnaire (qui oblige le répondant à sélectionner et à affecter des pondérations relatives) a amené les sujets à prendre conscience de limportance de la dimension Pr. Une autre explication résiderait dans le mode didentification des aspects liés au processus de résolution dans les définitions fournies par les sujets dans la recherche exploratoire.
Les dimensions Ra et En, ne semblent pas occuper la place attendue, précédées quelles sont par la dimension Mo. Cette position de la dimension Mo est un résultat important du point de vue didactique. Globalement, les professeurs semblent plus sensibles quils ne le laissent apparaître aux aspects motivationnels des activités de résolution de problème en physique et chimie.
Il restera cependant à voir quels aspects motivationnels sont privilégiés par les enseignants. La réponse à cette question découlera de la description microscopique.
Quant à lhypothèse H-S2 , elle était libellée comme suit :
H-S2 : Les dimensions « Motivation », (Mo), « Finalité et fonction » (Ff), sont moyennement représentées dans les conceptions des professeurs de physique et chimie à propos de la résolution de problème.
Les résultats ne corroborent que partiellement lhypothèse H-S2 . En effet, si la dimension Ff occupe le rend prédit par lhypothèse, la « Motivation » comme nous venons de le voir plus haut apparaît comme plus présente dans les conceptions des enseignants, en intégrant le peloton de tête.
Quen est-t-il à présent de lhypothèse H-S3 relative à la description macroscopique ?
H-S3 : Les dimensions « Processus de résolution » (Pr) « contexte » (Ctx) sont les dimensions les moins représentées dans les conceptions des professeurs de physique et chimie en résolution de problème.
Lhypothèse H-S3 prédisait donc une marginalisation des dimensions Pr et Ctx. Si le contexte est effectivement marginalisé, la dimension Pr apparaît comme la plus importante pour les professeurs de physique et chimie, après les connaissances (Cn). Lhypothèse n a été quà moitié corroborée au sens de Popper (1973).
Cette marginalisation du contexte dans les conceptions des professeurs de physique et chimie en résolution de problème peut être lobjet de nombreuses questions pédagogiques et didactiques. En effet, il est admis aujourdhui que les activités mentales finalisées telles que la résolution de problème (Richard, 1990) doivent tenir compte du contexte.
Ainsi on peut se poser des questions sur la signification de la faiblesse des notes obtenues par les élèves dans les évaluations en physique et chimie. Les contextes dapprentissage sont-elles isomorphes aux contextes dévaluation ? De même, selon que lélève évolue dans une séance de travaux dirigés où la présence de lenseignant rassure ou inhibe, ou se trouve face à une épreuve dexamen, obligé danalyser la situation-problème, de sélectionner les connaissances et les démarches, les exigences sont très variables.
Ces résultats à propos du contexte interpellent donc les formateurs denseignants. Il sagira dinsister sur les conséquences dun manque de sensibilité au contexte dans les activités denseignement/apprentissage en général et de la résolution de problème en physique et chimie en particulier.
La confrontation des résultats de la recherche avec les hypothèses relatives à la structure macroscopique des conceptions des professeurs de physique et chimie montre que certaines prévisions nont pas été confirmées. Seules les dimensions Cn , Ctx et Ff se sont révélées en adéquation avec les hypothèses spécifiques, alors que les prévisions à propos des dimensions Pr, En, Ra, Mo ont été infirmées de manière nette. Les écarts observés entre les résultats de la recherche exploratoire et la recherche proprement dite semblent liés aux limites méthodologiques que nous avions alors signalées.
La recherche exploratoire a cependant joué son rôle de base dappui à la construction de notre problématique de recherche, à lélaboration de nouveaux outils de recueil de données et à lélaboration dhypothèses de recherche.
Cette interprétation des résultats au niveau méthodologique sera abordée ultérieurement. Auparavant, nous allons faire quelques remarques sur les relations entre les résultats des échantillons expérimentaux et léchantillon de recherche.
I.2.1.2.1.2 Par rapport aux échantillons expérimentaux
Les résultats obtenus sur léchantillon de recherche confirment ceux obtenus à partir des échantillons expérimentaux. Mais, pour une meilleure comparaison, nous allons regrouper à la page suivante les résultats des échantillons expérimentaux et de léchantillon de recherche. Les graphes 11, 12, 10 bis, permettent de comparer les trois résultats.
Graphe 11. Echantillon expérimental de 6 enseignants-chercheurs
Graphe 12. Echantillon expérimental des 17 élèves-professeurs
Graphe 10 bis :. Echantillon de recherche
Les trois courbes obtenues avec des échantillons différents aussi bien sur le plan qualitatif que quantitatif révèlent une constante : les conceptions des enseignants à propos de la résolution de problème en physique et chimie sont nettement marquées par une prédominance des dimensions « connaissance » et « processus », alors que la dimension « contexte » se présente comme la dimension la moins présente dans la vision des professeurs.
La différence se situe au niveau de la hiérarchie entre les dimensions Ff, Mo, En, et Ra.
Si au niveau des échantillons expérimentaux (6 enseignants-chercheurs ; 16 élèves-professeurs ) les dimensions Ff, Mo, En ont des indices très voisins, au niveau de léchantillon de recherche, les dimensions Mo et En se détachent dans le sens croissant tandis que la dimension Ra fléchit de manière appréciable.
Léchantillon de recherche accorde relativement beaucoup plus dimportance au processus de résolution que les échantillons expérimentaux. Le fait que lécart Ibar(Cn) et Ibar(Pr) soit plus important pour les universitaires est en soi très significatif. Laccent mis sur les connaissances à luniversité par rapport aux autres aspects de lapprentissage est une donnée soulignée souvent dans les recherches en pédagogie universitaire (Chi et Feltovich, 1982 ; Sall, 2002).
I.2.1.2.1.3. Par rapport aux aspects méthodologiques
Les indices macroscopiques de niveau Ik(j) permettent également de classer les dimensions conformément au tableau suivant :
Tableau 53 : Classement des dimensions sur les quatre niveau de sélectivité
NiveauxClassement des 7 dimensions à partir des indices de niveau par ordre décroissantk = 1CnPrEnMoFfRaCtxk = 2CnPrEnMoRaFfCtxk = 3CnPrEnMoFfRaCtxk = 4CnPrMoEnFfRaCtx
Trois dimensions gardent une position constante dans la hiérarchie : Cn, Pr, Ctx. Les dimensions Cn et Pr sont toujours restées respectivement 1ère et 2ème dans les réponses aux quatre questions, et dans le classement fait à partir des indices barycentriques, ce qui dénote de leur prépondérance dans les conceptions des enseignants à propos de la résolution de problème.
De même la dimension Ctx a été marginalisée, non seulement à partir de sa position dans le classement, mais aussi à partir des indices qui lui ont été attribués.
Enfin on observe des dimensions moins stables, cest-à-dire qui noccupent pas le même rang dans les classements faits aux différents niveaux de sélectivité : (En, Mo), (Ra, Ff).
En fait linversion observée entre Ra et Ff peut être attribuée à des fluctuations introduites par léchelle de mesure. En effet, au niveau 1 les indices des deux dimensions étaient très proches (59,87 pour Ff et 59,34 pour Ra), mais la différence était en faveur de Ff. Au niveau 2, les indices restent encore très voisins, mais cette fois-ci au détriment de la dimension Ff (11, 33 contre 11,01). A partir du niveau k = 3, la dimension Ff lemporte définitivement. Mais à larrivée, au niveau de sélectivité k = 4, la dimension motivation Mo dépasse la dimension En.
Loutil de recueil de données que nous avons utilisé révèle ainsi ses qualités : une fiabilité pour les dimensions qui occupent les positions extrêmes et des fluctuations intermédiaires qui montrent que les sujets interrogés étaient véritablement placés dans une situation-problème qui les oblige à faire des discriminations de plus en plus poussées. La réponse au questionnaire devient ainsi une activité intellectuelle au cours de laquelle le sujet ne réagit pas de manière mécanique.
Mais ces résultats globaux concernent léchantillon de recherche considéré comme une entité. Il sagit dun cumul dinformations sur des sujets définis par certaines variables de profil. Nous allons à présent faire une relecture des résultats à travers le prisme des variables de profil.
I.2.1.2.2. Indices barycentriques et variables de profil
I.2.1.2.2. 1. Présentation des résultats par strates
Dans cette partie, nous présenterons les indices barycentriques des différentes dimensions suivant les strates définies par les variables de profil (diplôme professionnel, ancienneté, genre, pratique en classe de Terminale).
I.2.1.2.2. 1. 1. Indices barycentriques et diplôme professionnel (dp)
Nous analyserons successivement les résultats obtenus pour les différentes strates définies par le diplôme professionnel.
I.2.1.2.2.1.1. 1. Les professeurs sans aucun diplôme professionnel
Les indices barycentriques de cette strate sont donnés par le tableau 54
Tableau 54 : Indices barycentriques et diplôme professionnel : dp = aucun
AucunFfMoEnRaCnPrCtxI1(j)61,0663,9361,8759,6582,5472,0242,96I2(j)12,2215,7812,6712,2627,0418,773,28I3(j)12,4516,0410,47,0232,5119,472,30I4(j)12,5918,217,765,2836,5217,961,41Ibar (j)15,7320,3512,7210,3037,2522,074,67Ibar (j)0,130,170,100,080,300,180,04
On retrouve la même hiérarchie entre les différentes dimensions que pour léchantillon global, sauf que la dimension Ff (Ibar (Ff) = 15,73) devance la dimension Ra (Ibar(j) = 12,72). Les mêmes observations peuvent donc être faites par rapport aux hypothèses spécifiques de la recherche. Il est cependant remarquable de constater que la dimension motivation (Ibar (Mo) = 0,17) est très proche de la dimension Pr, Ibar (Pr) = 0,18).
Ainsi, la dimension Mo représente 17% de lespace des conceptions des professeurs de physique sans diplôme professionnel. Tout se passe comme si, la prise de conscience de leur manque de certification professionnelle rendaient ces enseignants, obligés de déployer beaucoup dénergie pour assurer leurs enseignements, plus sensibles aux aspects motivationnels et conatifs.
I.2.1.2.2.1.1.2. Les professeurs titulaires du CAE/CEM
Les indices barycentriques de cette strate sont donnés par le tableau 55.
Tableau 55 : Indices barycentriques et diplôme professionnel : dp = CAE/CEM
CAE/CEMFfMoEnRaCnPrCtxI1(j)49,354,6467,7554,7178,5773,6838,46I2(j)8,5713,7117,7512,3922,3219,265,96I3(j)8,0414,1018,299,4626,0722,61,43I4(j)8,0316,4316,829,7526,8521,360,50Ibar (j)10,8617,9920,7313,0229,4924,904,01Ibar (j)0,090,150,170,110,240,210,03
Pour les professeurs titulaires du CAE/CEM, la hiérarchie établie sur léchantillon de recherche nest respectée que pour les dimensions extrêmes : Cn et Pr restent en tête de même que le contexte est toujours marginalisé. Mais la dimension En (Ibar (En) = 0,17) précède la dimension Mo (Ibar (Mo) = 0,15). On note un rapprochement entre les dimensions Cn (Ibar (Cn) = 0,24 et Pr ((Ibar (Pr) = 0,21).
Mieux, non seulement la dimension Ra est pour la première fois en 5ème position, avant la dimension Ff, mais son indice relatif montre quelle représente 11% de lespace des conceptions.
I.2.1.2.2.1.1.3. Les professeurs titulaires du CAEM
Les indices barycentriques de cette strate sont donnés par le tableau 56.
Tableau 56 : Indices barycentriques et diplôme professionnel : dp = CAEM
CAEMFfMoEnRaCnPrCtxI1(j)64,5655,2877,0256,3378,6176,449,08I2(j)10,9510,2719,929,7024,4718,565,02I3(j)14,308,1918,476,4529,1118,834,64I4(j)13,477,6417,414,6732,5819,15,28Ibar (j)16,7611,3122,009,2633,6422,787,99Ibar (j)0,140,090,180,070,270,180,06
Pour les professeurs titulaires du CAEM, on retrouve la même hiérarchie pour les dimensions en position extrême (Cn, Pr, Ctx). Mais la dimension En, Ibar (En) = 22 est presque à égalité avec la dimension Pr, Ibar (Pr) = 22,78. La dimension Mo, Ibar (Mo) =
11,31 se retrouve en cinquième position, précédée par la dimension Ff, Ibar (Ff) = 16,76.
On peut donc dire que du point de vue macroscopique, les conceptions des professeurs titulaires du CAEM sont marquées par une valorisation de lénoncé dans la résolution de problème et une relative marginalisation de la dimension Mo, si on compare sa position dans cette strate à celle dans léchantillon de recherche. Cette position de la dimension Mo dans les conceptions des professeurs titulaires du CAEM pourrait être liée au passage trop bref à lENS (durée 1 an).
I.2.1.2.2.1.1.4. Les professeurs titulaires du CAES
Les indices barycentriques de cette strate sont donnés par le tableau 57
Tableau 57 : Indices barycentriques et diplôme professionnel : dp = CAES
CAESFfMoEnRaCnPrCtxI1(j)60,8166,4074,1064,1085,2280,8151,00I2(j)10,3513,5118,310,1922,2119,465,54I3(j)9,1914,4014,818,4924,0522,686,21I4(j)10,0015,7812,487,5727,5118,957,70Ibar (j)13,2118,4817,9911,9329,7324,149,90Ibar (j)0,110,150,140,100,240,190,08
La strate constituée par les professeurs titulaires du CAES confirme parfaitement les résultats de léchantillon de recherche. La dimension Mo retrouve sa 3ème position. On peut remarquer cependant que cette catégorie de professeurs valorise les dimensions Ra, (Ibar (Ra) = 0,10) et Ctx, (Ibar (Ctx) = 0,08), plus que toutes les autres catégories définies par le diplôme professionnel. De manière générale la répartition spatiale des sept dimensions dans lespace des conceptions est plus équilibrée pour les professeurs titulaires du CAES, le diplôme professionnel le plus élevé.
Conclusion sur les indices barycentriques et le diplôme professionnel
Pour les quatre modalités du diplôme professionnel (dp), les dimensions Cn et Pr viennent toujours en tête dans cet ordre. Si lindice barycentrique de la dimension Pr est du même ordre de grandeurs dans les différentes strates (Ibar (j) = 0,18 ; 0,21 ; 0,18 ; 0,19), la dimension Cn est particulièrement valorisée dans les conceptions des
professeurs qui nont pas de diplôme professionnel. En effet, en passant des professeurs sans diplôme professionnel aux titulaires du CAES, les indices barycentriques relatifs de la dimension « connaissance » varient comme suit : (Ibar (j) = 0,30 ; 0,24 ; 0,27, 0,24).
De même, le contexte (Ctx) reste toujours la dimension qui a lindice barycentrique le plus faible, suivie par la dimension Ra, à lexception des CAE/CEM.
La marginalisation du contexte est plus accentuée au niveau des deux premières modalités (Aucun diplôme, CAE/CEM). La dimension Mo arrive en troisième position sauf pour les professeurs titulaires du CAEM ou du CAE/CEM. Ce sont les enseignants qui ne passent quune année de formation à lEcole Normale Supérieure (CAEM), ou qui ne sont pas titulaires dune licence (CAE/CEM). Il est difficile dans ces conditions démettre une hypothèse solide quant à une éventuelle corrélation entre la structure des conceptions et le diplôme professionnel, le diplôme universitaire ou le nombre dannées de formation professionnelle.
Le tableau 58 suivant présente la hiérarchie des dimensions selon le diplôme professionnel.
Tableau 58 : Hiérarchie entre les dimensions suivant le diplôme professionnel
AucunCnPrMoFfEnRaCtxCAE/CEMCnPrEnMoRaFfCtxCAEMCnPrEnFfMoRaCtxCAESCnPrMoEnFfRaCtx
Ce tableau permet de se prononcer sur lhypothèse spécifique H-S10 libellée ainsi :
H-S10 : Au niveau macroscopique, le diplôme professionnel ne discrimine pas les conceptions des professeurs de physique et chimie.
Le tableau 58 montre que le diplôme professionnel ne discrimine pas les conceptions des professeurs de physique et chimie pour les dimensions extrêmes de léchelle des indices barycentriques : les dimensions les plus représentées (Cn, Pr) et la dimension la moins représentée (Ctx).
Pour les dimensions intermédiaires, la position sur léchelle des indices barycentriques varie avec le diplôme professionnel. La description microscopique permettra de voir si les positions identiques dune dimension correspondent au même contenu décrit à partir des indicateurs proposés.
I.2.1.2.2.2. Indices barycentriques et ancienneté (anc)
Dans cette partie, seront présentés et discutés les indices barycentriques des sept dimensions dans les différentes strates définies à partir de lancienneté de lenseignant.
I.2.1.2.2.2. 1. Indices barycentriques et ancienneté : anc = 0
Tableau 59 : Indices barycentriques des dimensions dans la strate
définie par anc = 0
ANC = 0FfMoEnRaCnPrCtxI1(j)59,3662,358,557,1282,3473,1543,67I2(j)11,7815,0111,4512,9826,0319,824,19I3(j)10,9416,59,347,6931,8420,753,34I4(j)10,5618,96,46,4336,2319,012,03Ibar (j)14,0820,6311,3311,0236,7723,195,44Ibar (j)0,110,170,090,090,300,190,05
On retrouve dans cette strate les principaux résultats de léchantillon de recherche. La dimension Cn arrive en tête suivie de Pr et Mo, Ctx étant en dernière position. Mais lécart entre Cn et Pr est relativement important (Ibar (Cn) = 0,30 et Ibar (Pr) = 0,19 ). La motivation a un indice relatif très proche de celui de Pr (Ibar (Mo) = 0,17).
Ces résultats de la strate (anc = 0) sont similaires aux résultats de la strate (dp = 0). Cest là un indicateur de cohérence. En effet les enseignants non diplômés de notre échantillon sont le plus souvent des enseignants en formation initiale, donc avec une ancienneté égale à zéro.
1.2.1.2.2. 2. 2. Indices barycentriques et ancienneté : anc = 0 5 ans
Tableau 60 : Indices barycentriques des dimensions dans la strate (anc = 0 5 ans)
ANC 0 - 5 ansFfMoEnRaCnPrCtxI1(j)55,0962,4578,2256,8182,4375,4348,63I2(j)9,8115,417,58,4523,2720,065,25I3(j)8,661616,185,0527,3422,813,75I4(j)10,0217,914,591,7730,3121,973,4Ibar (j)12,6320,0319,647,2032,0525,506,76Ibar (j)0,100,160,160,060,260,210,05
La hiérarchie de léchantillon de recherche est confirmée par la strate (anc = 0 5 ans) avec les trois dimensions Cn, Pr, Mo et le Ctx en dernière position. Cependant la dimension En est presque à égalité avec la dimension Mo. Tout se passe comme si, après cinq ans de pratique, limportance de lénoncé dans la résolution de problème apparaissait de plus en plus aux enseignants. Nous verrons si cette hypothèse sera confirmée par les autres strates. La finalité (Ff) est toujours en cinquième position.
1.2.1.2.2. 2. 3. Indices barycentriques et ancienneté : anc = 5 10 ans
Tableau 61 : Indices barycentriques des dimensions dans la strate
(anc = 5 10 ans)
ANC 5 - 10 ansFfMoEnRaCnPrCtxI1(j)71,461,9674,6863,0876,9676,1644,08I2(j)12,813,3220,0412,6421,5615,843I3(j)1512,818,068,8823,7618,042,68I4(j)1516,0815,889,5223,1217,43,2Ibar (j)18,4717,9020,9413,3426,6721,285,76Ibar (j)0,150,140,170,110,210,170,05
Au niveau de la strate (anc = 5 10ans), seules les positions des dimensions Cn, Pr, et Ctx sont confirmées. Mais la dimension En Ibar (En) = 20,94 occupe désormais la troisième place devant la finalité (Ibar (Ff) = 18,47) et Mo (Ibar (Mo) = 17,90). Limportance de la place de la dimension En avec lancienneté se confirme. De même, la finalité (Ff) connaît une progression notable et occupe la quatrième place, alors que la dimension Ra atteint pour la première fois un indice barycentrique relatif Ibar (Ra) = 0,11. Notons également que de manière générale la répartition des dimensions dans lespace des conceptions des professeurs ayant une ancienneté comprise entre 5 et 10
ans est plus homogène, alors que les deux premières strates sont caractérisées par une pointe très marquée au niveau de la dimension Cn et Pr.
Il semble quavec lancienneté les professeurs de physique et chimie, tout en privilégiant les dimensions Cn et Pr, deviennent plus sensibles aux autres dimensions dans leur vision de la résolution de problème. Cette évolution se fait au détriment de la dimension Mo et au profit de lénoncé(En) et de la finalité (Ff).
1.2.1.2.2. 2. 4. Indices barycentriques et ancienneté : anc = 10 15 ans
Tableau 62 : Indices barycentriques des dimensions dans la strate (anc = 10 15 ans)
ANC 10 - 15 ansFfMoEnRaCnPrCtxI1(j)61,6960,1980,6958,8485,476,7346,53I2(j)10,0710,9619,468,7327,2317,774,23I3(j)15,199,6117,155,0733,1916,882,88I4(j)14,86,92153,4633,2717,34,23Ibar (j)17,4011,7320,558,2835,9221,216,69Ibar (j)0,140,100,170,070,290,170,05
Les tendances notées dans la strate (anc = 5 10 ans) se confirment avec la strate (anc = 10 15 ans). Les dimensions Cn, Pr, En, occupent respectivement les trois premières places, la dimension Ctx restant toujours en dernière position. La dimension Ff est encore en quatrième position devant la dimension Mo. Les indices barycentriques relatifs montrent cependant un accent mis sur la dimension Cn (Ibar (Cn) = 0,29).
Lancienneté apparaît de plus en plus comme une variable susceptible dinfluer sur la structure macroscopique des conceptions des professeurs de physique et chimie.
1.2.1.2.2.1.2. 5. Indices barycentriques et ancienneté : anc = plus de 15 ans
Tableau 63 : Indices barycentriques des dimensions dans
la strate (anc = plus de 15 ans)
ANC 15 ans+FfMoEnRaCnPrCtxI1(j)55,2555,7567,6566,17976,0541,75I2(j)10,1511,417,4514,152519,16,25I3(j)107,2515,7514,625,322,354,75I4(j)9,25816,315,7528,315,96,5Ibar (j)12,6411,4419,7318,5930,4422,068,35Ibar (j)0,100,090,160,150,250,180,07
Les dimensions Cn, Pr, En, occupent respectivement les trois premières places, le contexte toujours marginalisé est à la dernière place. La motivation est rejetée à la sixième place par les professeurs ayant une ancienneté de plus de 15 ans après les dimensions Ra, Ff. Elle ne dépasse le contexte que très peu (Ibar (Mo) = 0,09 et Ibar (Ctx) = 0,07).
Les résultats de cette strate confirment bien que la prise en compte des aspects motivationnels dans les conceptions des professeurs de physique et chimie diminue avec lancienneté. Il semble ainsi que plus lenseignant dure dans le métier plus il adopte une attitude « rationnelle » qui privilégie les connaissances(Cn), les processus de résolution (Pr), lénoncé (En), les résultats attendus (Ra) et la finalité (Ff).
Ce résultat nous semble très important. Compte tenu des notes obtenues par les élèves dans toutes les formes dévaluation, la marginalisation des aspects de motivation (conatifs, intellectuel, affectifs) pourrait être un facteur explicatif des faibles performances des élèves.
La classification des différentes dimensions dans les strates définies suivant les modalités de la variable « ancienneté » est présentée dans le tableau 64 suivant :
Tableau 64 : Classification des différentes dimensions dans les différentes strates définies par lancienneté.
Anc = 0CnPrMoFfEnRaCtx0 5 ansCnPrMoEnFfRaCtx5 10 ansCnPrEnFfMoRaCtx10 -15 ansCnPrEnFfMoRaCtx+de 15 ansCnPrEnRaFfMoCtx
Conclusion sur les indices barycentriques et lancienneté : lhypothèse H-S12
H-S12 : Au niveau macroscopique, lancienneté ne discrimine pas les
conceptions des professeurs de physique et chimie en résolution de problème
Lancienneté ne discrimine pas les conceptions des professeurs de physique et chimie par rapport aux dimensions extrêmes (Cn , Pr) et (Ctx). La discrimination par rapport à la dimension Ra nintervient quavec les enseignants qui ont plus de 15 ans dancienneté.
Les dimensions intermédiaires fluctuent avec lancienneté comme avec le diplôme professionnel. Cependant, on peut noter deux sous-groupes nettement distincts : le sous-groupe (Anc = 0 - 5 ans) a une structure qui met la motivation (Mo), au troisième niveau, alors que le sous-groupe (5 - 15 ans ou plus) est caractérisé par la hiérarchie (Cn, Pr, En). Ces sous-groupes correspondent à la classification « débutant/ancien ».
Tout se passe comme si avec lancienneté, les professeurs adoptaient une vision plus « rationnelle » de la résolution de problème. La trajectoire suivie par la dimension En est remarquable : dabord en cinquième position (Anc = 0), puis en quatrième position (0 5 ans), elle occupe définitivement la troisième place à partir de 5 ans.
De même, la motivation (Mo) dabord en troisième recule progressivement pour se retrouver à la 6ème place chez les enseignants de plus de 15 ans dactivité professionnelle.
Une question-problème générale peut donc être formulée à ce niveau : la prise en compte des aspects motivationnels dans les activités denseignement/apprentissage décroît-elle avec lancienneté des professeurs ? Cest là un thème général de recherche qui ne manquera pas dintéresser les chercheurs en éducation.
I.2.1.2.2.1.3. Indices barycentriques et pratique en classe de Terminale
La variable « pratique en classe de Terminale » (Term) a été dichotomisée en deux modalités:
Term = 0 pour les professeurs qui nont jamais enseigné en classe de Terminale et Term (0 pour les autres.
I.2.1.2.2.3.1. Indices barycentriques dans la strate Term = 0
Tableau 65 :Indices barycentriques des sept dimensions dans la strate Term = 0
Terminale = 0FfMoEnRaCnPrCtxIk(j)57,6362,8764,0857,7982,3373,7143,5Ik(j)10,8615,6313,9811,6525,9819,294,23Ik(j)10,315,9412,267,5830,8920,722,46Ik(j)10,6617,789,46,634,2519,191,85Ibar (j)13,7220,0114,4210,9535,4623,255,11Ibar (j)0,110,160,120,090,290,190,04
On retrouve chez les professeurs nayant jamais exercé en classe de Terminale le même classement pour les dimesnions Cn, Pr, Ctx.. La motivation (Mo) retrouve sa troisième place devant En, Ff, Ra. De nouveau la dimension connaissance a un indice relatif très élevé (Ibar(Cn) = 0,29). De manière générale, il est remarquable de noter les similitudes entre les tableaux 58 (ancienneté = 0) et 64 (Term = 0).
Cest là une deuxième indication sur la cohérence des données et du mode de traitement. En effet, ces deux strates devraient pratiquement se recouper, puisque la totalité des enseignants débutants (anc = 0) devrait se retrouver dans la strate Term = 0. Lexpérience montre effectivement que les chefs détablissement, dans la distribution des classes aux professeurs, consentent rarement à donner des classes de Terminale aux professeurs débutants, sauf cas de force majeure.
I.2.1.2.2.1.3.2. Indices barycentriques dans la strate Term = (0
Tableau 66 :Indices barycentriques des sept dimensions dans la strate Term (0
Terminale (0FfMoEnRaCnPrCtxI1(j)63,8458,1777,2162,7881,4778,1447,24I2(j)11,210,8820,2611,232318,434,44I3(j)13,0010,0018,288,0826,320,383,86I4(j)13,510,1716,996,4028,9718,975,07Ibar (j)16,4213,4221,7811,2530,9623,227,47Ibar (j)0,130,110,170,090,250,190,06
Les professeurs exerçant dans les classes de Terminale devraient avoir une structure de conceptions analogue à celles des professeurs ayant au moins cinq ans dancienneté. Cela est effectivement confirmé par les indices barycentriques ( Cn, Pr, En, Ff, Mo,Ra).
Le tableau 67 résume cette classification des dimensions.
Tableau 6 7 : Classification des dimensions suivant la variable Term.
Term = 0CnPrMoEnFfRaCtxTerm (0CnPrEnFfMoRaCtx
Lhypothèse H-S14 peut être examinée à ce niveau.
H-S14: Les professeurs qui ont une pratique en classe de Terminale manifestent des conceptions plus centrées sur les dimensions Cn et En.
Comme lindique le tableau 67, pour les professeurs « spécialisés » dans les classes de Terminale, les conceptions par rapport à la résolution de problème sont centrées, comme le perçoit la majorité des professeurs interrogés, sur les connaissances (Cn) et les processus (méthodes). Mais lénoncé occupe une place importante. Cependant, étant placés dans une position où ils préparent des élèves à lexamen du baccalauréat, les professeurs de Terminale perçoivent bien limportance de la finalité (Ff) et à un degré moindre, de la motivation (Mo).
Lhypothèse H-S15, peut être examinée ici :
H-S15: Les professeurs ayant une pratique en classe de Terminale, sont moins sensible à la dimension « motivation », Mo.
Sans être confirmée de manière nette, lhypothèse H-S15 ne peut cependant pas être rejetée compte tenu dun décalage de deux rangs, de la dimension Mo entre les deux catégories de professeurs.
La pratique de la classe de Terminale semble donc discriminer les conceptions des enseignants par la place accordée aux dimensions Mo et En. Le fait dexercer dans cette classe préparant au baccalauréat conduirait lenseignant à privilégier la dimension En au détriment de la dimension Mo.
I.2.1.2.2.4. Indices barycentriques et genre
Tableau 68 : Indices barycentriques dans le sous-groupe des femmes
GenreFfMoEnRaCnPrCtxI1(j)62,357,377,350,7666,537049,23I2(j)10,1518,320,546,1523,4612,929,2I3(j)13,4616,9220,612,6928,8411,535,92I4(j)6,9220,3817,691,5330,6112,3810,00Ibar (j)12,7921,6422,825,7431,5816,0711,42Ibar (j)0,100,180,190,050,260,130,09
Le sous-groupe des femmes se présente avec des résultats qui bousculent la hiérarchie établie. Seule la variable Cn conserve la place occupée dans léchantillon de recherche et dans les strates définies à partir de lancienneté, du diplôme professionnel, de la pratique en classe de terminale.
La dimension Cn est suivie respectivement par les dimensions En, Mo, Pr, Ff, Ctx, Ra. Pour la première fois, le Ctx ne vient pas en dernière position, devançant la dimension Ra qui ne représente ici que les 5% de lespace des conceptions.
Mais compte tenu de leffectif très faible de la strate des femmes (13/179), il ne nous semble pas prudent de tirer des conclusions sur des différences significatives entre les conceptions des femmes et celles des hommes par rapport aux activités de résolution de problème en contexte scolaire.
Cependant si ces résultats se confirmaient sur un échantillon plus important, des études sur les conceptions de lenseignement/apprentissage et le genre devraient constituer un champ de recherche en devenir. Ce serait alors une deuxième question-problème induite par notre recherche : les conceptions des enseignants à propos de lenseignement/apprentissage sont-elles fonction de la variable « genre » ?
Les résultats que nous venons de décrire semblent indiquer des caractéristiques propres aux différents groupes. Ils nindiquent cependant pas si les différences observées entre les groupes sont statistiquement significatives. Cest la statistique inférentielle qui nous permet de nous prononcer.
I.2.1.2.2.2. Application de tests statistiques aux résultats descriptifs.
Le calcul des indices barycentriques en fonction différentes strates définies par les variables de profil (ancienneté, diplôme professionnel, pratique en classe de Terminale), a laissé apparaître des tendances au sein des groupes. Lanalyse de ces tendances a été lobjet du paragraphe précédent.
Il sagit maintenant de voir si les différences observées au niveau descriptif entre les différents groupes et pour les sept dimensions, sont statistiquement significatives. Les questions suivantes peuvent par exemple être posées :
Existe-t-il une différence significative entre les professeurs titulaires du CAES et ceux titulaires du CAEM par rapport à la dimension « connaissance » ?
Existe-t-il une différence significative entre les professeurs qui ont enseigné pendant 5 ans seulement et ceux qui ont exercé pendant plus de 10 ans et si oui dans quel sens ?
Nous avons fait appel à lanalyse de variance (ANOVA) à un facteur. Cette analyse de variance est complétée par des tests de comparaison multiples: test de Scheffé et test de Bonferroni. Les seuils de signification seront respectivement p< 0,10 et p< 0,05.
Pour la variable de profit « diplôme professionnel », (dp), nous avons cherché a voir si les différences observées entre les quatre groupes définis par ce critère sont statistiquement significatives: Aucun diplôme ; CAE/CEM ; CAEM ; CAES.
Lanalyse de variance montre que les différences entre groupes ne sont significatives que pour la dimension Enoncé (p< 0,05). Pour toutes les autres dimensions, il ny a pas de différences significatives entre les groupes.
Ce résultat global à propos de la dimension En est explicité par les tests de comparaison multiple. Sur les quatre groupes (Aucun diplôme, CAE/CEM, CAEM, CAES), la différence nest significative quentre les enseignants sans diplôme professionnel et les enseignants titulaires dune licence si on prend comme base le test de Scheffé seulement, (p