LES SES ET LA SÉRIE ES DANS LE LYCÉE DU XXIè SIÈCLE - Apses
8 juil. 2008 ... une licence souche économie de L1 à L3, .... Systématisation des préparations
en TD,; Ramassage des préparations,; Evaluation .... Macroéconomie : emploi-
chômage en économie ouverte ...... On profite en effet du nombre moindre de
copies d'interrogation à corriger pour permettre aux chargés de TD de ...
part of the document
Les SES et la série ES
dans le lycée du XXIème siècle
Les actes du colloque du 17 novembre 2007
Sommaire
TOC \o "1-3" \h \z \u HYPERLINK \l "_Toc191777572" Ouverture et introduction (10h) PAGEREF _Toc191777572 \h 4
HYPERLINK \l "_Toc191777573" Discours douverture de Laurent Batsch - Président de luniversité Paris-Dauphine PAGEREF _Toc191777573 \h 5
HYPERLINK \l "_Toc191777574" Discours introductif de Renaud Chartoire - Co-secrétaire général de lApses PAGEREF _Toc191777574 \h 7
HYPERLINK \l "_Toc191777575" Discours introductif de Marjorie Galy - Co-secrétaire générale de lAPSES PAGEREF _Toc191777575 \h 8
HYPERLINK \l "_Toc191777576" Table ronde n°1 : Pourquoi un bac ES ? (10h30-12h15) PAGEREF _Toc191777576 \h 10
HYPERLINK \l "_Toc191777577" Intervention de Rémi Jeannin - Professeur de SES PAGEREF _Toc191777577 \h 11
HYPERLINK \l "_Toc191777578" Intervention de Bruno Magliulo - IPR de SES, auteur de "Que faire avec un bac ES ?" PAGEREF _Toc191777578 \h 13
HYPERLINK \l "_Toc191777579" Intervention de Bernard Guillochon - Paris IX Dauphine PAGEREF _Toc191777579 \h 16
HYPERLINK \l "_Toc191777580" Questions PAGEREF _Toc191777580 \h 18
HYPERLINK \l "_Toc191777581" Intervention de Dominique Thiébaut - Doyen de la Faculté de Sciences Economiques et de Gestion de Paris 12, vice-président de la conférence des Doyens de FSEG PAGEREF _Toc191777581 \h 20
HYPERLINK \l "_Toc191777582" Intervention dIsabelle Waquet - Professeur de SES en CPGE HEC, vice-présidente de lAPHEC PAGEREF _Toc191777582 \h 21
HYPERLINK \l "_Toc191777583" Intervention de Michel LARMANDE - Directeur département Statistiques à lIUT Paris Descartes. PAGEREF _Toc191777583 \h 24
HYPERLINK \l "_Toc191777584" Intervention de lAFS PAGEREF _Toc191777584 \h 25
HYPERLINK \l "_Toc191777585" Interventions des représentants des syndicats enseignants et des fédérations de parents délèves sur la série ES et les SES (13h45-14h15) PAGEREF _Toc191777585 \h 28
HYPERLINK \l "_Toc191777586" Intervention du SNES-FSU - Roland Hubert, co-secrétaire général PAGEREF _Toc191777586 \h 29
HYPERLINK \l "_Toc191777587" Intervention du SGEN-CFDT PAGEREF _Toc191777587 \h 31
HYPERLINK \l "_Toc191777588" Intervention du SE-UNSA - Julien Maraval, Conseiller technique national second degré. PAGEREF _Toc191777588 \h 32
HYPERLINK \l "_Toc191777589" Communication de la PEEP PAGEREF _Toc191777589 \h 34
HYPERLINK \l "_Toc191777590" Message du SNESUP - Michelle LAUTON PAGEREF _Toc191777590 \h 35
HYPERLINK \l "_Toc191777591" Table ronde n°2 : Quelle complémentarité des disciplines dans la série ES ? (14h20-15h45) PAGEREF _Toc191777591 \h 36
HYPERLINK \l "_Toc191777592" Introduction de la table ronde - Philippe Watrelot PAGEREF _Toc191777592 \h 37
HYPERLINK \l "_Toc191777593" Intervention de Daniel Rallet - Enseignant de SES PAGEREF _Toc191777593 \h 38
HYPERLINK \l "_Toc191777594" Intervention de lAPMEP - Contribution de Louis-Marie BONNEVAL PAGEREF _Toc191777594 \h 40
HYPERLINK \l "_Toc191777595" Intervention des Clionautes - Chantal BEAUCHAMP, Enseignante dHistoire-Géographie PAGEREF _Toc191777595 \h 41
HYPERLINK \l "_Toc191777596" Intervention de lAPHG - Nicolas Lemas PAGEREF _Toc191777596 \h 43
HYPERLINK \l "_Toc191777597" Intervention de lAPPEP - Elisabeth Cassou Barbier PAGEREF _Toc191777597 \h 45
HYPERLINK \l "_Toc191777598" Intervention de lAPLV - Sylvestre Vanuxem, Président de lAPLV PAGEREF _Toc191777598 \h 46
HYPERLINK \l "_Toc191777599" Intervention de lUNL - Léo Moreau, Secrétaire national de lUNL PAGEREF _Toc191777599 \h 48
HYPERLINK \l "_Toc191777600" Intervention de la FIDL - Tristan Rouquier PAGEREF _Toc191777600 \h 49
HYPERLINK \l "_Toc191777601" Table ronde n°3 : Quel enseignement économique et social au lycée ? (15h55-17h30) PAGEREF _Toc191777601 \h 51
HYPERLINK \l "_Toc191777602" Intervention dHenri Lanta - Professeur de SES en prépa BL PAGEREF _Toc191777602 \h 52
HYPERLINK \l "_Toc191777603" Intervention de Pascal Combemale - Enseignant de SES en prépa BL PAGEREF _Toc191777603 \h 54
HYPERLINK \l "_Toc191777604" Intervention de Renaud Chartoire - Co-secrétaire général de lAPSES PAGEREF _Toc191777604 \h 57
HYPERLINK \l "_Toc191777605" Intervention de Michel Lallement - Sociologue PAGEREF _Toc191777605 \h 60
HYPERLINK \l "_Toc191777606" Intervention du MEDEF - Elie de Saint Jores PAGEREF _Toc191777606 \h 62
HYPERLINK \l "_Toc191777607" Intervention de Maryse Dumas pour la CGT - Secrétaire générale de la CGT PAGEREF _Toc191777607 \h 64
HYPERLINK \l "_Toc191777608" Intervention de Leïla De Comarmond - Journaliste Enjeux Les Echos PAGEREF _Toc191777608 \h 67
HYPERLINK \l "_Toc191777609" 17h35 : Conclusion et ouverture PAGEREF _Toc191777609 \h 68
HYPERLINK \l "_Toc191777610" La conclusion de Sylvain DAVID PAGEREF _Toc191777610 \h 69
HYPERLINK \l "_Toc191777611" DECLARATION COMMUNE PAGEREF _Toc191777611 \h 70
Ouverture et introduction (10h)
Mot de bienvenue : Laurent BATSCH (Président de lUniversité Paris-Dauphine)
Introduction : Renaud CHARTOIRE & Marjorie GALY (Co-secrétaires généraux de lApses)
Discours douverture de Laurent Batsch - Président de luniversité Paris-Dauphine
(Retranscription)
Bonjour à chacune et chacun dentre vous, et bienvenue à luniversité Paris-Dauphine. Merci à LAPSES davoir choisi notre établissement pour accueillir vos travaux.
Je voulais simplement vous dire que vous étiez ici chez vous , que vous êtes chez vous dabord parce que nous sommes une université dédiée à léconomie, à la gestion, aux mathématiques appliquées , à linformatique de gestion , à toutes disciplines qui, en général, sont des débouchés importants pour les lycéens de SES lorsquils deviennent étudiants, et puis vous êtes ici chez vous aussi, parce que Paris-Dauphine, contrairement aux clichés quon voit parfois ici ou là, est une université - une université publique. Une université publique, ça veut dire tout simplement que nous sommes une structure, un établissement qui préfigure en quelque sorte ce qui est aujourdhui le modèle denseignement supérieur dans les grands pays développés. Je veux dire par là que ce qui est devenu aujourdhui le modèle détablissement denseignement supérieur, ce ne sont pas les écoles à la française, ce nest pas le modèle napoléonien de la grande école, cest le modèle de luniversité pluridisciplinaire, ouverte, critique, adossée à la recherche. Je le dis parce que jentends parfois dire : oh bien, Dauphine, cest comme une grande école. Cest vrai que les débouchés de nos étudiants, le niveau auquel ils postulent quand ils sortent, cest à peu près celui des trois parisiennes, mais - je narrête pas de le dire- nous avons un avantage
et un avantage qui sera croissant par rapport aux grandes écoles, cest que nous, nous sommes déjà une université. Regardez tous les efforts que déploient les écoles aujourdhui pour essayer de ressembler à une université , regardez la façon dont elles essaient de débaucher à grands frais des chercheurs, regardez la façon dont elles essaient de recruter leurs étudiants pas seulement à la sortie du concours, mais de manière latérale, regardez les efforts quelles font pour sadosser à des alliances universitaires et sintégrer à des structures de type universitaire , vous comprenez à ce moment-là qu elles ont un handicap par rapport aux universités, et en particulier aux universités publiques . Eh bien, nous sommes une université, nous sommes une université publique, et nous nallons sûrement pas - et surtout pas - loublier au moment où les écoles déploient énormément defforts pour essayer de nous ressembler. Jajoute que être une université, ca veut dire aussi être une alternative à un modèle pédagogique de type bachotage, concours et bureau des élèves. Cest une montée en puissance progressive, une montée en charge du travail. Cest un adossement de la formation au modèle de recherche et au modèle dune formation critique. Cest une approche pluridisciplinaire, et vous savez quà Dauphine, on a une particularité, cest que nous ne sommes pas organisés par discipline : nous navons pas une UFR déco, une UFR de gestion, nous avons un département, une UFR de licence, un département, une UFR de master. Cest-à-dire quon est horizontal, tout simplement parce que, ce que nous délivrons, ce ne sont pas des diplômes professionnels au sens technicien du terme, cest des formations qui sont pluridisciplinaires, alors on est professionnalisés, on lassume et puis on va le rester, ça je vous rassure, mais en revanche, on a ce caractère de toute université dêtre pluridisciplinaire, ouvert et critique. Voilà, je voulais vous dire ces quelques mots pour vous dire quon valait peut-être mieux que ce quon disait de nous , mais tout ce quon dit de nous nest pas toujours faux.
Laurent BATSCH (Président de lUniversité Paris-Dauphine)
Cest vrai aussi quon sélectionne à lentrée. Nous avons 600 étudiants en économie, et 200 en mathématiques et beaucoup plus de candidats. Nous navons pas assez de lycéens de SES, Bernard Guillochon, directeur du département de LSO (Licence des Sciences de lOrganisation) va nous le dire, et cest vrai , Bernard, quil faudra quon fasse quelques chose dans ce domaine. Cest vrai que nous sélectionnons , et cest vrai aussi que nous allons augmenter les droits dinscription, pas dans les proportions quon dit, mais nous allons le faire un petit peu, très loin de ce que vos élèves paieront quand ils seront en écoles de commerce, très loin, mais un petit peu quand même. Parce que cest une question déquité, et puis parce que il y a quand même un moment, où quand une université, comme les classes préparatoires dailleurs, reçoit plus de 50 % détudiants dorigine de CSP professions libérales et cadres supérieurs, quand ces catégories sociales-là ont le paquet fiscal dun côté, de lautre côté un service public qui leur est dédié, il y a un petit problème de redistribution à lenvers, et quil faut le traiter. Or vous savez, on dit beaucoup que Dauphine est une fac de riches, vous ne tarderez pas à vous apercevoir quand vous fréquenterez ces locaux que pour une fac de riches, ce nest pas très brillant. On a le sort de toute université. Voilà, simplement, on veut se battre à armes égales, donc on va en prendre les moyens, on va faire de la redistribution à notre mesure, à notre façon, mais on va en faire un petit peu.
Je vous souhaite de très bons travaux, et encore une fois merci dêtre parmi nous, et jespère que vous ne regretterez pas dêtre passés à Paris- Dauphine. A bientôt.
Discours introductif de Renaud Chartoire - Co-secrétaire général de lApses
Bonjour,
Il nous revient, à Marjorie Galy et moi-même, le redoutable honneur douvrir ce colloque. Avant toute chose, nous tenons à remercier tous ceux qui se sont déplacés, les intervenants aux tables rondes comme les participants, malgré les conditions de circulation difficiles. LApses prépare ce colloque depuis plus dun an. Ce colloque nexiste donc pas en réaction aux polémiques sur la série ES ayant émaillé la rentrée 2007, même si les propos qui ont alors pu être tenus par le Ministre de lEducation Nationale ne pourront être absents des discussions que nous pourrons avoir au cours de cette journée.
Renaud CHARTOIRE (Co-secrétaire général de lAPSES), Sylvain DAVID (Président de lAPSES) et Rémi JEANNIN (APSES)
Nous avons construit ce colloque autour de deux grands objectifs : INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET faire le point sur les spécificités de la série ES et sur ses enjeux à venir INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET faire le point sur lenseignement des Sciences Economiques et Sociales, en sachant que les deux questions sont en partie liées puisque les SES ne sont pas enseignées en dehors de la filière ES à partir de la classe de première.
Notre constat de départ est le suivant : la filière ES a joué un rôle majeur dans la démocratisation du système éducatif. De même, les SES jouent un rôle majeur dans la formation du citoyen en donnant aux élèves des grilles de lecture leur permettant de mieux appréhender les grandes questions économiques et sociales contemporaines, à partir dune approche légitimée par le recours aux savoirs universitaires.
Pour penser la série ES et lenseignement des SES dans lécole du 21ème siècle, nous allons organiser notre réflexion autour de trois tables rondes :
1. Une première table ronde le matin pour analyser à quelle demande sociale répond la série ES et quelles sont les forces et faiblesses des bacheliers ES dans le supérieur (Pourquoi un bac ES ?), à partir dinterventions de représentants de formations supérieures qui accueillent des bacheliers ES (Economie, Droit, IEP, IUT etc.).
2. Une seconde table ronde laprès-midi pour débattre de la cohérence du parcours de formation proposé dans la série ES (Quelle complémentarité des disciplines dans la série ES ?), à partir dinterventions denseignants des disciplines représentées (SES, mais aussi Histoire-Géographie, Mathématiques, Philosophie, Langues), mais aussi délèves de la série ES (représentants dorganisations lycéennes).
3. Une troisième table ronde laprès-midi pour discuter de la place de la culture économique et sociale dans les enseignements du lycée (Quel enseignement économique et social au lycée ?), à partir dinterventions de professeurs de SES, déconomistes, de sociologues, de journalistes, et représentants de syndicats de salariés et demployeurs.
Je vais maintenant laisser la parole à Marjorie Galy, co-secrétaire générale de lApses, qui va nous présenter quelques témoignages danciens élèves de la série ES.
Discours introductif de Marjorie Galy - Co-secrétaire générale de lAPSES
Je voudrais centrer mon propos sur les témoignages danciens bacheliers ES ou B que nous avons recueilli depuis notre appel via le site Internet de lAPSES. Jen ai choisi quelques uns parce quils sont significatifs des plus de 300 autres reçus à ce jour et aussi parce quils traduisent bien ce que chaque enseignant de SES cherche à transmettre à ses élèves ainsi que la réussite de la série ES.
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET Anaïs (bac. obtenu en 2006) Etudiante en première année de licence dallemand Mon bac ES ma permis davoir une grande ouverture desprit sur le monde et un enseignement très complet (quasi équivalence des heures de cours en SES, histoire-géo et maths, pas de "favoritisme" dune seule matière), ainsi que laquisition dune réelle méthode de travail, grâce aux analyses économiques notamment, qui demandent une certaine rigueur lors de la recherche de données par exemple puis de leur analyse, ce qui constitue un avantage non négligeable lors des études supérieures.
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET Steven (bac. obtenu en 2004, Lycée Fabert, Metz) Etudiant à lÉcole de journalisme de Toulouse après une licence dhistoire. Sil est un bac qui peut réellement être qualifié de « généraliste » cest sans aucun doute celui-ci. En effet on y apprend louverture desprit tout en restant rigoureux, et il est nécessaire dêtre « bon partout » comme on a coutume de dire, car les coefficients au bac dans cette filière sont les mêmes -ou presque- en Mathématiques, Histoire, Économie ou Langues. Licencié dHistoire à Paris I - Panthéon-Sorbonne, je me destine au journalisme (je viens dintégrer lécole de journalisme de Toulouse), et je ne pense pas que jaurai eu autant de facilité dans mon parcours si je navais pas bénéficié dun enseignement de qualité tant en histoire quen économie, en langues, et en maths...
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET Antoine Etudiant EDHEC LILLE La Filière ES ma apporté une rigueur intellectuelle nécessaire pour des études dans le supérieur ainsi quune ouverture sur le monde grâce à la palette de matières qui nest pas un fourre-tout mais un tout solide et cohérent.
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET Thomas (bac. obtenu en 1996, Camus Bois-Colombes) Actif Conseiller technique La première chose que ma apportée la filière ES, cest la capacité à me situer dans ma scolarité et dans lentreprise. Je suis un pur produit de la filière ES : un "littéraire" qui nest pas allergique aux maths. Cela ma permis dorienter ma carrière dans un domaine technique, linformatique et la communication, que jarticule dans un contexte où les interactions humaines sont très importantes. La filière ES ma décomplexé sur le fait dêtre un "touche-à-tout", tout en me gardant dêtre un "touche à nimporte quoi". Je sais traduire les attentes dun client ou dun employeur, je comprends rapidement ses impératifs car je sais les situer. Sans lautonomie intellectuelle et la curiosité que mont apportées mes professeurs au lycée, les choses se seraient sans doute passées autrement.
Marjorie GALY (Co-secrétaire générale de lAPSES)
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET Pierre (bac. obtenu en 2001 Lycée Notre-Dame de Sion, Marseille) Etudiant Master Carrières publiques - mention administration et entreprises en Europe La série ES fait partie de la pluridisciplinarité permise par notre système déducation, et fournit aux lycéens de solides bases économiques et sociologiques, qui sont la clé de la compréhension de notre monde/société. Elle met laccent sur lhistoire, sans négliger les mathématiques précieuses aux futurs étudiants en économie. La filière ES ma beaucoup aidée quand jai intégré science po après le bac, particulièrement en histoire et en économie. Là où certains souffraient, moi je réussissais !
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET Nadia (bac. obtenu en 2001 Lycée Notre Dame de Sion-Marseille) Etudiant Ecole de Commerce La filière ES me correspondait à tous les niveaux : javais un bon niveau en mathématiques mais je nétais pas attirée pas la filière scientifique, et je trouvait la matière SES particulièrement intéressante puisque cétait la seule matière au lycée en rapport constant avec lactualité. Cette matière ma imposé de lire la presse générale ou spécialisée de façon régulière, habitude qui jai particulièrement réutilisé pendant mes années duniversité dEconomie Appliquée. Cette ouverture à lactualité et cette culture générale sont les principaux facteurs qui mont permis dintégrer une bonne Ecole de Commerce
Que nous apprennent ces témoignages ? Quels sont les mots et les thématiques qui reviennent le plus parmi les 300 déjà recueillis ? Invariablement, 3 aspects sont soulignés :
lacquisition dune culture générale équilibrée,
louverture sur les questions de société et lintérêt pour lactualité,
lapprentissage de la rigueur dans lanalyse et largumentation.
Voilà. Ce sont les 3 aspects qui reviennent invariablement. Et ils sont décisifs. Mais je voudrais encore souligner un dernier élément. Rappeler une évidence pour les enseignants de la série ES et en premier lieu pour les enseignants de SES. Cet élément qui est inquantifiable et rarement présent dans les évaluations et analyses du ministère de lEducation Nationale sur notre système éducatif, pourtant pointé, dans les comparaisons européennes, comme parmi le plus anxiogène pour les élèves.
Il sagit du plaisir dapprendre, de la réalisation de soi et de son épanouissement, de la motivation et de lenthousiasme face aux savoirs, de la maîtrise de son destin et de ses choix tant professionnels que citoyens, que semble permettre dacquérir la série ES, si lon en croit les témoignages de nos anciens et de plus en plus nombreux bacheliers.
Table ronde n°1 : Pourquoi un bac ES ? (10h30-12h15)
Quelle demande sociale pour le bac ES ? Que peut-on faire avec un bac ES ? Quelles sont les forces et faiblesses des bacheliers ES dans lenseignement supérieur ?
Animateur : Rémi JEANNIN
Introduction : Rémi JEANNIN : présentation des principaux résultats concernants les lycéens de la série ES (travaux de Roger Establet Sociologue auteur de "Radiographie du peuple lycéen" 2005)
Intervenants : Bruno MAGLIULO, Inspecteur de SES, auteur de e "Que deviennent les bacheliers ES dans lenseignement supérieur ?", Bernard GUILLOCHON Responsable du département Licence des sciences de lorganisation, Paris IX Dauphine , Dominique THIEBAUT, Doyen de la Faculté de Sciences Economiques et de Gestion de Paris 12, vice-président de la conférence des Doyens de FSEG, Isabelle WAQUET, enseignante de SES en CPGE HEC, Michel LARMANDE, Directeur du département Statistiques à lIUT Paris Descartes, Philippe CIBOIS, Association Française de sociologie.
Intervention de Rémi Jeannin - Professeur de SES
Cette table ronde a pour but dexplorer les raisons de lexistence dun bac ES. Cette question renvoie évidemment aux affirmations de Xavier Darcos début septembre qui estimait que cette série était « sans débouchés évidents ». Mais, avant de répondre à ces interrogations en faisant un état des lieux des débouchés dans le supérieur et dans le monde professionnel des bacheliers ES, la question des raisons de lexistence de ce bac peut être traitée dun point de vue beaucoup plus général, en se demandant à quelle demande sociale répond lexistence dun bac ES. Cette « demande sociale » émane dune multitude dacteurs : élèves, parents délèves, employeurs, syndicalistes, représentants du monde politique etc. Et elle ne se réduit pas à une seule demande de débouchés. Nous sommes placés dans cette salle sous le haut patronage de Raymond Aron, et cette phrase gravée au dessus de nos têtes a toute sa pertinence ici : « La liberté politique contribue à rendre les hommes dignes delle et à en faire des citoyens ni conformistes ni rebelles, critiques et responsables ». Comment repérer les composantes de cette demande sociale ? La série ES et les SES y répondent-elles ? Les témoignages danciens élèves recueillis sur le site de lAPSES sont des éléments de réponse assez éloquents, mais peu scientifiques évidemment. En revanche, nous disposons des résultats dune enquête de très grande ampleur, lenquête dirigée par Philippe Mérieu auprès des lycéens en 1998 (1 812 109 questionnaires !), commandée par le Ministère de lEducation Nationale sous lautorité de Claude Allègre. Ces résultats sont reproduits et interprétés sous la direction de Roger Establet dans Radiographie du peuple lycéen, ESF Editeur, Paris, 2005.
Dans les réponses recueillies, trois grands groupes de disciplines peuvent être distingués selon que les élèves les considèrent comme contribuant efficacement ou pas à leur formation professionnelle et personnelle.
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L440xH140/tr1-jeannin-establet-e07be.jpg" \* MERGEFORMATINET
Ainsi, certaines disciplines sont perçues positivement en fonction dune seule dimension : les « sciences dures » sont valorisées pour leur capacité à ouvrir des débouchés valorisants mais perçues comme ennuyeuses et ne contribuant pas à la formation personnelle, voire même perçues comme « inutiles » ; de lautre côté du spectre, les « humanités classiques » seraient dotées dun fort pouvoir de formation personnelle et morale, mais dune faible utilité professionnelle.
Les résultats de cette enquête auprès des lycéens montrent une particularité des sciences sociales, quelles partagent avec les langues et les SVT aux yeux des lycéens : un bon équilibre entre ces deux dimensions de la « demande » des lycéens. Voici les « valeurs » attribuées aux sciences sociales :
Document 1, Les valeurs attribuées aux sciences sociales INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L440xH181/Establet_valSES-4c1de.jpg" \* MERGEFORMATINET
Roger Establet (dir.), Radiographie du peuple lycéen, ESF Editeur, Paris, 2005.
Lappréciation globale portée par les lycéens sur les différentes disciplines montre le rejet de celles qui sont perçues comme trop abstraites, « nayant dautres buts quelles même » (p. 100). Au contraire, sont plébiscitées les disciplines parvenant à concilier formation professionnelle et formation personnelle.
Document 2, Différence entre citations positives et négatives dans lens. général et technologique (en pts de %)
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L440xH247/Establet_valDiscipl-06adf.jpg" \* MERGEFORMATINET
Lecture : Les SES sont mentionnées 3814 fois, dont 78 % dans un contexte positif et 22 % dans un contexte négatif, soit une différence (78 22) de 56 points de pourcentages.
Roger Establet (dir.), Radiographie du peuple lycéen, ESF Editeur, Paris, 2005.
Le mot de la fin peut être donné à Roger Establet :
Document 3, La série ES : un équilibre entre formation personnelle et professionnelle « Lensemble des académies observées fournit le même résultat : les lycées des sections économiques et commerciales ne présentent pas de dichotomie entre les connaissances quils jugent importantes pour leur vie personnelle et celles quils destinent à leur vie professionnelle : ce sont les mêmes. Cette harmonie est leur spécificité : la filière ES est donc une réussite. »
Roger Establet (dir.), Radiographie du peuple lycéen, ESF Editeur, Paris, 2005, (p. 131)
Les résultats de cette étude sont sans équivoque : la série ES et les SES correspondent bien à une demande sociale en provenance des lycéens. Et la suite de cette table ronde montrera que cette demande se fonde sur de réels débouchés et des taux de réussite très satisfaisants dans lenseignement supérieur.
Intervention de Bruno Magliulo - IPR de SES, auteur de "Que faire avec un bac ES ?"
Que peut-on faire avec un bac ES ?
Comme tous les bacheliers généraux, les bacheliers ES sont presque tous enclins à poursuivre leurs études dans lenseignement supérieur : en 2006, ils furent 95,9% (1) à agir ainsi. En réalité, ils sont plus nombreux car dans les 4,1% classés en « orientation vers la vie active », on mêle ceux qui signent un contrat de travail par lalternance (contrat dapprentissage ou contrat de professionnalisation), qui font donc le choix de se former à un diplôme de lenseignement supérieur professionnel (BTS, DUT, etc.) sous statut salarié, et ceux qui signent un autre type de contrat de travail. Ce chiffre est comparable à ceux observés pour les bacheliers L (99,6%) et S (104,5%) (2), mais significativement supérieur à ceux concernant les bacheliers technologiques (75,9% de poursuites détudes en moyenne, 77,5% pour les bacheliers STT(STG)), et les bacheliers professionnels (22,6% de poursuite détudes en moyenne).
Voici, pour lannée universitaire 2006-2007, la structure des orientations des nouveaux bacheliers ES dans lenseignement supérieur :
(Source : Que faire avec un bac ES ? Editions LEtudiant, édition 2008 à paraître fin janvier 2008 Tableau recomposé à partir des données du MEN)
Bruno MAGLIULO (Inspecteur de SES, auteur de "Que faire avec un bac ES ?" éditions Létudiant)
Des préférences marquées pour :
1) Les études supérieures longues : près de sept bacheliers ES sur dix sengagent dans une filière denseignement supérieur long, soit à luniversité (58% en prenant en compte les inscriptions dans les établissements universitaires privés), soit dans la filière « grandes écoles » (11,7% par addition de ceux qui entrent en CPGE et ceux qui parviennent à se faire admettre dans une grande école à recrutement niveau bac).
Notons quen réalité, les bacheliers ES sont nettement plus nombreux à faire des études supérieures longues : les deux tiers de ceux qui optent pour la préparation dun diplôme de lenseignement supérieur professionnel court parviennent ensuite à se glisser en année de licence professionnelle, puis pour beaucoup en deuxième cycle master, ou en grande école. En prenant en compte ce phénomène, on peut dire que les bacheliers ES sont plus de 85% à avoir une préférence pour les études supérieures longues.
2) Les études supérieures économiques : près de la moitié des bacheliers ES optent pour une filière détudes supérieures économiques (générale ou professionnelle, courte ou longue). 13,7% le font à luniversité publique (filières économie-gestion et AES), 0,5% au titre des universités privées, 4,6% en CPGE économique, 4,5% en entrant dans des grandes écoles de commerce, gestion, comptabilité, etc.) à recrutement niveau bac, et 25% dans des filières tertiaires des IUT, STS ou écoles de niveau bac + 2/3. Ils sont donc plus de 48% à faire un tel choix.
3) Les études professionnalisées oui, mais après un premier cycle général : force est de constater quune majorité de bacheliers ES (près des deux tiers en additionnant ceux qui sinscrivent en premier cycle universitaire et ceux qui entrent en CPGE) préfèrent entamer leurs études supérieures par deux ou trois années denseignement général, avant de choisir leur champ détudes professionnalisées. Corrélativement, ils ne sont quun tiers à plonger dans le bain de la professionnalisation dès laprès-bac.
Notons cependant que si lon veut bien prendre en compte les premiers vux dorientation des bacheliers ES (et non pas uniquement les constats de rentrée), on a une image plus équilibrée de la répartition des bacheliers ES entre les filières immédiatement professionnalisées (IUT, STS, écoles à recrutement niveau bac) et les autres. Il est en effet important de tenir compte du fait que le nombre des bacheliers ES candidats à ladmission en établissement denseignement supérieur immédiatement professionnalisé est nettement plus important quil ny parait : on estime à près de 40 % le nombre des bacheliers ES candidats à ladmission en IUT, STS ou école professionnelle à recrutement niveau bac, et 10 % ceux qui frappent à la porte des grandes écoles à recrutement niveau bac. Pour la partie dentre eux qui ne parvient pas à sauter positivement lobstacle de la sélection, luniversité est un choix de second rang. Si on veut bien prendre en compte la structure des vux dorientation des bacheliers ES (et pas uniquement celle du constat de rentrée des orientations effectives), on peut estimer la part de ceux qui préfèrent entrer dans une filière (courte ou longue) immédiatement professionnalisée, à 45/48 %.
Réussite à tous les étages :
Il est frappant de constater que dans les diverses voies détudes sur lesquelles les bacheliers ES sengagent, ils sont majoritaires à réussir. Cest certes inégalement vrai, mais les discours misérabilistes trop fréquemment prononcés sur la prétendue « mauvaise potentialité des bacheliers ES dans lenseignement supérieur », y compris parfois par les plus hautes autorités ministérielles, sont largement contredits par les données chiffrées
telles que présentées par le service statistique du ministère de lEducation nationale lui-même. Sans prétendre à lexhaustivité sur ce sujet, signalons quelques données particulièrement significatives à nos yeux.
1) Taux daccès des bacheliers ES en troisième année de lenseignement supérieur universitaire (session de 2006) :
En deux ans pile : 40,8% en droit (33,6% tous bacs confondus) ; 38,5% en économie-gestion./AES (31,3%) ; 45,9% en lettres/langues/sciences humaines (38,2%).
En deux à cinq ans : droit , 72,7% (tous bacs confondus : 60,8%) ; économie-gestion/AES, 67,4% (tous bacs confondus : 60,6%) ; lettres/langues/sciences humaines, 69,5% (tous bacs confondus : 59,2%). Ces taux daccès en troisième année sentendent en deux à cinq ans.
Source : Repères et références statistiques du MEN, 2006
2) Réussite des bacheliers ES en année licence (toutes filières confondues, session de 2006) :
En un an pile : 75,4% (tous bacs confondus : 70,4%) En deux ans : 8,4% (tous bacs confondus : 9,7%) En trois ans : 1,3% (tous bacs confondus : 1,6%) Total en un à trois ans : 85,1% (tous bacs confondus : 81,7%)
Source : Repères et références statistiques du MEN, 2007
3) Réussite des bacheliers ES en IUT (secteur des services, session de 2006) :
En deux ans pile : 75,7% (tous bacs confondus : 74,7%) En trois ans : 6,5% (tous bacs confondus : 7,3%) Total en deux ou trois ans : 82,2% (tous bacs confondus : 82%)
Source : Repères et références statistiques du MEN, 200
4) Réussite des bacheliers ES en STS (secteur des services, session de 2006) :
En deux ou trois ans : 80 % (tous bacs confondus : 66%)
Source : Résultats des BTS, session 2006, Note dinformation du MEN, N° 07.19
5) % des entrants en première année des Instituts détudes politiques par bac dorigine (session 2006 des concours dentrée) :
IEP (1) Aix-en-provence 51% (ES) 33% (L) 15% (S) Lyon 53% (ES) 35% (L) 11% (S) Rennes 51% (ES) 30% (L) 19% (S) Strasbourg 44% (ES) 39% (L) 17% (S) Toulouse 45% (ES) 32% (L) 23% (S) (1) Chiffres non disponibles concernant les IEP de Bordeaux, Grenoble, Lille et Paris
Source : Réussir son entrée à Sciences po, par Sandine Chesnel, collection LEtudiant
Nous aurions pu poursuive cette liste des résultats obtenus par les bacheliers Ss dans les diverses filières denseignement supérieur. Citons par exemple le fait quà lissue des CPGE économique et commerciale, ils sont 90% à réussir, en deux ou trois ans, à un concours au moins daccès dans une grande école de commerce/gestion ; autre exemple intéressant : 60% des bacheliers admis dans les grandes écoles de commerce à recrutement niveau bac sont originaires de la filières ES ; etc.
Au total, les bacheliers ES nont vraiment pas à rougir de leur réussite dans lenseignement supérieur, y compris lorsquon la compare avec celle obtenue par dautres catégories de bacheliers.
(1) Toutes les données statistiques présentées dans cette contribution sont extraites de lédition 2007 de « Repères et références statistiques » (Direction de lévaluation, de la prospective et de la performance, Ministère de lEducation nationale) (2) Ces chiffres sentendent « y compris les doubles inscriptions dans lenseignement supérieur (par exemple : élève de classe préparatoire également inscrit en premier cycle universitaire), ce qui explique que certaines données soient supérieures à 100%
Intervention de Bernard Guillochon - Paris IX Dauphine
Incontestablement les chances dentrer en DUGEAD 1 à Dauphine venant de la filière ES sont un peu moins grandes que dans le cas de la filière S. Toutefois nous avons un lot stable de bacheliers ES qui réussissent bien.
Le département Licence Sciences des Organisations, dont jai la responsabilité, rassemble les niveaux L1, L2 et L3. Il délivre le DUGEAD Diplôme universitaire de gestion et déconomie appliquée et quatre Licences (L3) : une « sciences de gestion » qui a beaucoup de succès, une Licence d « économie appliquée » qui a des effectifs un peu plus réduits, une Licence « sciences de la société » (LISS) et une licence « droit et gestion « . Ce dont nous allons parler ici cest de lentrée en L1, mais il existe aussi des possibilités daccès pour les bacheliers ES au niveau licence en économie appliquée, en LISS et en droit et gestion. Donc limage que nous avons des difficultés que rencontrent les bacheliers ES pour entrer à Dauphine doit être modérée par le fait quil peut y avoir dautres flux qui peuvent entrer après un bac ES ; nous navons pas de statistiques là-dessus, mais il y a beaucoup de bachelier ES qui entrent directement en L3 « économie appliquée ». De même pour les licences sciences de la société et droit et gestion. Il y a par ailleurs pas mal de M2 où de nombreux admis ne sont pas dauphinois. Tout cela doit être pris en compte lorsque lon prend connaissance des statistiques dentrée en DUGEAD 1.
Bernard GUILLOCHON Responsable du département Licence des sciences de lorganisation, Paris IX Dauphine et Dominique THIEBAUT (Doyen de la faculté de Sc. Eco. et Gestion de Paris 12 et vice-pdt de la conférence des Doyens des Facultés de Sciences Economique et Gestion).
Nous avons depuis quelques années un statut de grand établissement et nous pratiquons une sélection à lentrée, sélection sévère pour tous les bacheliers car le taux dentrée est relativement faible. La sélection se fait sur la base des notes obtenues en première et en terminale, sachant que la commission qui procède à cette sélection pondère les notes selon des critères assez proches de ceux du baccalauréat. Les bacheliers S et ES nont donc pas le même régime de cotation et il y a quelques bacheliers L, en nombre extrêmement réduit.
Sur 2006 et 2007, lannée 2006 nétant pas très représentative car il y a une chute très forte du nombre dinscrits par rapport au nombre dadmis, les chiffres montrent quil est plus difficile dentrer à Dauphine avec un bac ES quavec un bac S. Le taux dadmis pour les ES est dun sur cinq pour un taux moyen de 30% ce qui veut dire que le taux dadmis des S est de 45 % environ.
Pourquoi être plus sévère pour les bacs ES ? Parce quil est vrai quà Dauphine, si lon regarde le contenu de lenseignement du DUGEAD 1 et du DUGEAD 2 et le contenu de lenseignement en gestion, et en particulier dans la filière finance, - qui a un très grand succès car un grand nombre détudiants qui entrent en DUGEAD 1 se destinent à aller ensuite en sciences de gestion et non pas en économie et veulent faire de la finance puisquen gestion il y a quatre filières mais cest vraiment la filière finances qui rassemble le plus détudiants - .dans tous ces niveaux, DUGEAD 1 et DUGEAD 2 et licence de gestion option finance, il y a des mathématiques assez sophistiquées. Or il a été constaté que les étudiants ES avaient plus de mal à suivre, aussi bien pour les matières spécifiquement mathématiques que les statistiques, la microéconomie et la macroéconomie. Il existe en effet des UE de macroéconomie qui sont assez formalisées et qui demandent une bonne maîtrise de loutil mathématique. Par rapport à lenseignement qui est diffusé à Dauphine, il faut bien dire que notre exigence dun bon bagage mathématique peut justifier que nous soyons plus sévères avec les bac ES quavec les bac S. Ceci dit beaucoup de dossiers S sont aussi écartés.
Si lon regarde maintenant le destin de ces bac ES ou S, quand ils sont entrés à Dauphine malheureusement nous navons pas énormément de statistiques là-dessus, et notamment nous navons pas de statistiques au niveau des L3, des M1 et des M2, mais on en a pour ceux qui sont entrés en 2004 pour le DUGEAD 1- on constate que les bac S réussissent un peu mieux que les ES mais en ES le taux est également bon, environ les trois quarts réussissent la première année sans redoubler. Une fois entré en deuxième année, presque tout le monde, bac ES ou bac S réussit bien avec un taux de réussite de 90%, voire 95%. Ils sont pratiquement assurés dentrer dans la licence quils veulent, notamment dans la licence gestion.
Voilà ce que je peux dire et qui nest pas entièrement satisfaisant pour vous, je le comprends très bien car je suis plutôt, personnellement, un défenseur des bac ES. Est-ce quon peut ou non infléchir à terme ? Ce nest pas vraiment à moi de le dire. Mais il est certain que les exigences en formalisation mathématique à Dauphine sont fortes et que les enseignants déconomie, de mathématiques, de statistiques ont toujours envoyé le message quil fallait un bon niveau en maths pour entrer à Dauphine. Bien sûr, je ne lai pas précisé mais je pense que vous lavez compris, les bac ES admis à Dauphine sont presque tous les bac ES spécialité maths ce qui fait que le message que vous pouvez envoyer en tant que professeurs de lycée cest que si on veut entrer à Dauphine il faut choisir la spécialité maths. Les bac ES spécialité SES ou langues sont extrêmement peu nombreux à entrer.
Questions
On va prendre les questions sur les filières de gestion, en particulier à Dauphine.
B. Magliulo : il me semble quà lépoque où vous naviez pas le statut duniversité de technologie, et où vous nétiez pas autorisés à réguler les flux dentrée, vous pratiquiez sur dossier avec une vision un peu aprioriste du profil des candidats et les taux daccès des bacheliers ES étaient inférieurs à ce quils sont aujourdhui. Autrement dit, je me demande si les procédures officielles et transparentes qui existent désormais nont pas amené à ce que cette transparence bénéficie, insuffisamment sans doute, comme vous lavez souligné, aux bacheliers ES dont le taux daccès a pratiquement doublé. Le cas de Dauphine semblerait démontrer que la régulation à lentrée ne se fait pas obligatoirement au détriment des bacheliers ES.
R : Effectivement ça a été lié à la révision dun certain nombre de critères au sein même de la commission qui est diverse et qui a été sensible au fait quil y avait un souhait assez net douvrir plus vers les bac ES.
Question inaudible.
R. Effectivement il y a très souvent un arbitrage entre classes préparatoires et Dauphine. Mais on observe depuis deux ou trois ans que la proportion, dans les candidats retenus à Dauphine, des mentions très bien et bien au baccalauréat dépassent 50% des candidats retenus en 2007. Autrement dit, il sagit détudiants qui auraient été pris en classe préparatoire et qui ont quand même préféré Dauphine pour des raisons diverses que vous pouvez imaginer, car Dauphine demande du travail mais moins quand même quen classe préparatoire.
Isabelle Waquet : je voudrais ajouter quil y a des déperditions même dans les filières sélectives. Nous pensons quil sagit de départ vers Sciences Po ou à létranger.
Erwan Le Nader : Olivier Bouba-Olga a fait des statistiques sur luniversité de Poitiers concernant les étudiants en fonction de lorigine scolaire et il a montré quil y a un taux de réussite en première année des bacheliers ES légèrement inférieur à celui des bacheliers S, mais qui est vite corrigé en deuxième et troisième année, alors que cette université ne sélectionne pas. Leffet des mathématiques peut expliquer cela pour la première année mais pour les années suivantes il y a un effet de sélection qui fait que ceux qui sont passés par le tamis de cette première année vont pouvoir suivre après.
Mais pour revenir sur le rôle des mathématiques, le critère de la spécialité jour apparemment un rôle important alors quen terme de volume horaire et de programme, cette spécialité ne concerne que deux heures dans la semaine avec des programmes qui font que des élèves moyens en mathématiques peuvent avoir des résultats très bons en spécialité : au premier trimestre de terminale ils font la théorie des graphes, on a des 15 de moyenne, et ce sont ces notes du premier trimestre qui vont jouer un rôle déterminant dans la sélection, alors que parfois il ny a eu quun seul devoir car il ny a eu que deux heures de cours et que cela porte sur un chapitre dont lutilité peut être discutée. Les professeurs de SES sinterrogent sur cette question
Le rôle déterminant des spécialités dans lorientation nous amène à penser que parfois vous passez à côté de très bons candidats qui ont dexcellentes moyennes en mathématiques (parfois 17, 18 ou 19 de moyenne pour des élèves qui parfois se voient refuser lentrée dans les filières sélectives parce quils nont pas fait la spécialité maths). Il faudrait une évolution des critères de sélection à cet égard.
Réponse M. Guillochon Je vous remercie de ce renseignement qui mamènera à réfléchir à ce problème de la spécialité.
Q. On revient sur le rôle des mathématiques, sur la formalisation, cest plus sur la capacité à poser des problèmes quil y a difficulté, pas uniquement en mathématiques. A la limite dailleurs, la difficulté même si elle existe, ne serait pas tant en mathématiques pures que dans lapplication des mathématiques avec ce côté un peu démotivant (à quoi ça sert les mathématiques ?)
Commentaire B. Magliulo : les statistiques montrent que ce que vous dites est vrai, on vient moins par défaut en économie-gestion quen AES. Tout se passe comme si lélève de terminale ES était bien informé aujourdhui quil y a quand même là une difficulté particulière sans commune mesure avec les difficultés quil va rencontrer dans dautres filières, y compris économiques, notamment en AES ou en LEA et que donc le mauvais élève en mathématiques en ES sabstiendra plus volontiers de sinscrire en éco-gestion et se rabattra, pas forcément par défaut dailleurs, mais par adaptation à son profil, à des formations moins quantitatives. Du coup, vous avez une évaporation moindre parce que la filière est plus voulue consciemment que dans dautres filières où lévaporation peut atteindre 50% comme cest le cas en AES.
Q / Regardez-vous les dossiers des bacheliers ES avec une autre spécialité que la spécialité maths ?
R. Oui, on les regarde tous et ils sont traités totalement comme les autres. Simplement, les barres sont plus hautes, lexigence de notes est plus forte ce qui fait que le nombre détudiants retenus dans cette catégorie est beaucoup plus faible.
Intervention : Je voudrais dire un mot sur les mathématiques parce que je représente ici lAPMEP. Je crois que le rôle des mathématiques dans lenseignement supérieur déconomie nous pose question à nous aussi parce que ça a des répercussions sur la façon dont est ressentie notre discipline par les lycéens. Pour nous cest problématique. Sur la place des maths en série ES au lycée, on a dit « deux heures par semaines, ce nest pas beaucoup » ; en fait, cest considérable parce que si ajoute deux heures aux quatre heures de tronc commun, on augmente lhoraire de moitié sur deux ans ce qui est important non pas tant par le contenu des programmes effectivement on a parlé de la théorie des graphes, les matrices 2 2 ce ne sont pas des choses très difficiles mais par le temps supplémentaire de pratique qui donne aux élèves de laisance, de la confiance, de lesprit logique, etc. Cest important pour la suite des études.
Isabelle Waquet Dans les concours des écoles de management, le poids des mathématiques est important ; cest un gros problème pour nos élèves. Nous avons des élèves de ES qui deviennent excellents en maths, ils ont quand même 9 heures de maths par semaine. Sur la sélection des élèves, nous prenons dans nos classes de prépa HEC des élèves qui nont pas nécessairement fait la spécialité maths. Nous avons une préférence pour les élèves qui ont fait cette spécialité, mais quand on a des élèves qui ont de très bons dossiers avec 17-18 en maths et de très bonnes également dans les autres matières, nous prenons ces élèves. Ils peuvent se révéler très bons en maths en classe prépa. Ce que je veux dire cest que ce nest pas parce quon a fait la spécialité maths quon réussit en maths en classe préparatoire, et mes collègues de maths ne cessent de nous dire que le programme de la spécialité maths de terminale ES ne leur sert strictement à rien dans leurs études en classe préparatoire.
Réponse du représentant de lAPMEP ; cest ce que je voulais dire ; le contenu nest pas vraiment fondamental. Les collègues de maths trouvent quen partie obligatoire il y a un volume considérable à faire passer en peu de temps et on est obligé de cavaler en permanence.
R. Jeannin. On sélectionne des dossiers sur des notes quon a tendance à naturaliser sans nécessairement voir le processus de production de ces notes là. Les notes de tronc commun de maths sont souvent significatives parce quelles portent sur trois, quatre, cinq évaluations sur un trimestre alors quen spécialité elles portent parfois sur une seule évaluation. Comme en terminale on commence par la théorie des graphes il y a des élèves qui ont en tronc commun des notes qui ne sont pas du tout corrélées avec leur note de spécialité et cest ce qui critère qui va être déterminant puisquon va mettre une barre que la note de mathématique qui peut être complètement absolue. Jai eu un élève lan dernier qui avait 19 en mathématiques de tronc commun et qui demandait des classes préparatoires B/L et qui a été refusé dans toutes les prépas B/L parce quil navait pas fait la spécialité maths. Cest un cas réel qui est peut-être spécifique à la région parisienne. En ce qui concerne la spécialité un dialogue entre enseignement secondaire et université est nécessaire pour connaître la réalité des enseignements et des évaluations pour voir quels sont les critères déterminants pour la sélection afin que vous puissiez accueillir les meilleurs étudiants.
Intervention de Dominique Thiébaut - Doyen de la Faculté de Sciences Economiques et de Gestion de Paris 12, vice-président de la conférence des Doyens de FSEG
1) En premier lieu, contrairement à une idée reçue, il faut affirmer que les bacheliers ES réussissent au sein des FSEG de lUniversité. En effet 45 à 55% des effectifs de L1 des FSEG sont constitués par les bacheliers ES (20-30% bacheliers S, 10-20% bacheliers étrangers, 5-10% autres). On les retrouve nettement majoritaires au niveau des Masters 2è année où dominent dorénavant les filières à vocation professionnelle au sens dune insertion en entreprise.
2) Ce type de performance nest pas connu INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET a. Parce que lappareil dinformation statistique sur les performances universitaires est lamentable et donne lieu à des contre-vérités flagrantes (notamment sur léchec à lUniversité) qui discriminent lUniversité au sein de la hiérarchie des nombreuses filières du supérieur dans le domaine de léconomie et de la gestion (CPGE, écoles dites de commerce, IUT, STS,
) INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET b. Parce quen L1 des FSEG il y a une grande hétérogénéité détudiants (les présents de plein gré, les présents par défaut faute davoir pu intégrer une filière sélective, les présents mal informés sur le contenu des études quils avaient confondues avec une initiation à la vie de lentreprise, les inscrits envisageant un parcours pouvant être mené avec dilettantisme) INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET c. Parce quil faut reconnaître une grande faiblesse des relations, voire une défiance, entre le secondaire et le supérieur
3) Une demande très forte des étudiants, et donc des bacheliers ES, pour les filières « appliquées », y compris au sein de lUniversité (ex MSG, ex MSTCF, ex IUP, filières relevant du domaine de la finance, ex DESS
)
4) Des bacheliers qui aujourdhui ne sont pas assez préparés aux objectifs et aux conditions universitaires, alors que les universitaires naccompagnent pas assez les primo-entrants dans leur intégration
5) Enjeux des études de 1ère année au sein des FSEG INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET a. Il existe un savoir dans le domaine de léconomie et de la gestion qui nest pas uniquement une juxtaposition dopinions en ce quil doit fonder les décisions des organismes micro-économiques (entreprises, services, administrations,
) compris dans leur environnement macro-économique. Ce savoir pluridisciplinaire nécessite la maîtrise doutils analytiques. INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET b. Ce savoir, que le citoyen comme le professionnel doivent appréhender, ne peut pas être nié, soit au nom dune critique radicale, soit au nom de lapprentissage de techniques dapplication et de développement personnel. Mais ce savoir ne peut non plus être réduit à un simple calcul économique qui serait désincarné de ses dimensions historique et institutionnelle INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET c. Ce savoir doit aider à formuler des problèmes, à construire des raisonnements, qui doivent sarticuler efficacement à dautres savoirs disciplinaires INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET d. Ce savoir et son exercice impliquent un investissement fort dans les apprentissages, et en ce sens vouloir sinsérer dans la société de la connaissance exige de « faire le métier détudiant » (travailler par soi-même et en coopération, appropriation des disciplines fondamentales, acquisition des savoirs-faire, gestion de lautonomie et des savoirs-être, stages, projets, ouvertures sur lactualité, lectures studieuses, capacité de synthèse,
).
Intervention dIsabelle Waquet - Professeur de SES en CPGE HEC, vice-présidente de lAPHEC
LES CLASSES PREPARATOIRES ECONOMIQUES ET COMMERCIALES : UNE FILIERE DEXCELLENCE POUR LES BACHELIERS ES
Les classes préparatoires économiques et commerciales préparent en deux ans les étudiants aux concours des Ecoles de management. Puis, après trois ans détudes dans ces Ecoles, à des emplois de cadres tertiaires dans les entreprises dans des domaines très variés, notamment laudit, la finance, le marketing, la gestion.
Ces classes présentent une originalité assez forte par rapport aux autres classes préparatoires, celle dêtre organisées en fonction des bacs dorigine : une option scientifique pour les bacs S, option économique pour les bacs ES, option technologique pour les bacs STG (sciences et techniques de gestion). Dans chacune de ces classes, il y a des enseignements identiques (lettres, philosophie, langues vivantes) et des enseignements spécifiques adaptés au bac dorigine.
Il y a aujourdhui une forte demande pour ces classes préparatoires.
On peut dabord remarquer que la CPGE économique est la première destination des bacheliers ES qui entrent dans une classe préparatoire. La répartition des bacheliers ES inscrits en classes préparatoires est la suivante : un peu plus de 60% (61%) sont inscrits en prépas économiques, 10% en prépas ENS Cachan, 23% en prépas littéraires A/L et 5% en prépas B/L.
Tous les ans, entre 3600 et 3700 bacheliers sinscrivent en CPGE économique, soit un peu plus de 4% des bacheliers ES mais la tendance actuelle, cest quils sont de plus en plus nombreux à postuler. Ainsi, en 2007, 9500 bacheliers ES (un peu plus de 10% des bacheliers) ont postulé pour entrer en CPGE économique (2000 de plus quen 2005), 4745 soit 49% (58% en 2005) ont été admis dans une classe préparatoire économique et 3789 se sont finalement inscrits. On a donc une sélectivité de plus en plus forte car la demande augmente sans augmentation de loffre.
Aujourdhui, loption économique représente 43% des effectifs des CPGE EC contre 49% pour loption scientifique et 8% pour loption technologique. Cela signifie que sur 10 candidats aux concours des Ecoles de management, 4 sont des bacheliers ES et que sur 10 cadres recrutés par les entreprises à la sortie de ces Ecoles, 4 sont des bacheliers ES.
Isabelle WAQUET (Vice-Présidente de lAssociation des Professeurs de HEC)
Ces statistiques démentent les propos du ministre de léducation nationale selon lesquels les bacheliers ES naccéderaient pas à des filières dexcellence (et ces CPGE et ces Ecoles ne sont pas les seules filières dexcellence des bacheliers ES) et également les propos de certains groupes de pression selon lesquels limage de lentreprise serait dévalorisée dans lenseignement des SES.
Comment expliquer cette relative attractivité ? Evidemment, dabord, par les débouchés professionnels offerts par les Ecoles de management, par la formation proposée et par les résultats très satisfaisants aux concours des Ecoles.
Les débouchés professionnels sont variés (cf plus haut) avec beaucoup de postes à linternational. Linsertion sur le marché du travail est rapide et sans problème.
La formation proposée en CPGE économique est une formation généraliste et pluridisciplinaire, axée sur les questions contemporaines, et bien adaptée à la formation antérieure. Que font les bacheliers ES dans ces classes ? : des disciplines littéraires (lettres, philosophie, deux langues vivantes) et des disciplines, plus spécifiques, adaptées à la formation antérieure : mathématiques dont le programme tient compte du programme de maths de la terminale ES et analyse économique et historique des sociétés contemporaines qui est un enseignement important en termes dhoraires (8 heures par semaine) mais aussi au niveau des coefficients dans les concours. Cest ce programme danalyse économique qui type la voie. Il se situe dans le prolongement du programme de sciences économiques et sociales du secondaire avec une dimension théorique plus importante et une large dimension historique. Pour enseigner ce programme depuis de nombreuses années, je peux affirmer quil est très apprécié des étudiants non seulement en raison de son ouverture sur les grandes questions économiques et sociales du monde contemporain, mais aussi en raison de larticulation quil propose entre les faits et les théories.
La réussite des bacheliers ES est très satisfaisante aux concours des Ecoles de management
La quasi-totalité des étudiants intègrent en deux ans une Ecole. Il y a très peu de cubes dans ces classes. Une quarantaine décoles recrute sur classes préparatoires et proposent 7000 places soit pratiquement autant de places que de candidats. Le choix est donc large et tout étudiant peut intégrer une école de management, conforme à son niveau. Cela veut dire que les classes préparatoires économiques sadressent aux très bons élèves de terminale ES mais aussi aux élèves plus moyens à condition davoir des résultats corrects dans toutes les disciplines et à condition dêtre motivés pour travailler.
Les bacheliers ES entrent dans les grandes écoles, celles qui ont pignon sur rue, dans ce quon appelle les « Parisiennes », dans des Ecoles comme HEC, lESSEC, ou lESCP-EAP. Ils représentent en moyenne de 25 à 30% des promotions. En 10 ans les progrès ont été spectaculaires : 20 reçus au concours dHEC en 1996, 90 environ tous les ans depuis plusieurs années. Il y a deux ans, la major du concours dHEC était une bachelière ES. Ceci dit, on aurait tord de se focaliser sur les seuls résultats de ces grandes écoles. Les écoles de province sont aussi excellentes, avec une très bonne insertion sur le marché du travail. Et léconomie française na pas uniquement besoin de cadres qui sortent dHEC.
La CPGE économique est bien une filière dexcellence qui permet aux meilleurs bacheliers ES dentrer dans de grandes écoles.
Si la CPGE ECE est une filière dexcellence pour les bacheliers ES, les entreprises et les Ecoles de management ont aussi besoin des ces bacheliers.
- Le point de vue des entreprises et des Ecoles
Les entreprises, et par voie de conséquence, les Ecoles sont aujourdhui confrontées à trois défis majeurs :
* Dabord, de gros besoins quantitatifs en cadres, explicables par la tertiarisation, la mondialisation de nos économies et par les évolutions démographiques et les départs en retraite.
* Ensuite, au niveau qualitatif, il leur faut recruter des hommes et des femmes capables de sadapter aux exigences dun environnement économique nouveau, très différent de celui des années 60, à un environnement incertain et complexe. Il faut aussi des cadres capables dinnover, de trouver des solutions à des questions complexes.
* Elargir lorigine sociale des nouveaux cadres : là, il sagit dun objectif de justice sociale mais aussi defficacité économique. Plus douverture sociale, cest plus de talents, cest aussi permettre aux entreprises de mieux connaître certains marchés, de concevoir des produits et des services adaptés à des cultures différentes.
Les Ecoles aujourdhui doivent recruter plus détudiants et des étudiants issus de tous les milieux sociaux, des étudiants dotés dune solide culture générale qui leur permettra de sadapter, avec des parcours de formation diversifiés.
Comment se situent les bacheliers ES par rapport à ces exigences ?
Les bacheliers ES constituent pour les Ecoles de management un vivier de recrutement important. Environ 90 000 lycéens obtiennent tous les ans un bac ES et seuls un peu plus de 4% poursuivent leurs études en CPGE EC. Ce pourcentage pourrait facilement augmenter si de nouvelles classes étaient créées (plus de 9000 demandes dentrée en CPGE EC cette année). De plus, les bacheliers S sont fortement incités à poursuivre des carrières scientifiques. Il sera donc difficile daugmenter considérablement leur recrutement.
Les Ecoles souhaitent des parcours de formation diversifiés. Or, la présence des bacheliers ES contribue à différencier les parcours de formation. Deux séries de lenseignement secondaire, les séries S et ES alimentent principalement les concours des Ecoles de management. Cest en grande partie, la série ES permet la diversité du recrutement.
Les Ecoles souhaitent élargir leur recrutement social. Or, lorigine sociale des bacheliers ES est moins favorisée que celle des S (même si elle est plus favorisée que celle des bacs technologiques) : quelques chiffres issus du rapport du Sénat sur la diversité sociale en CPGE : 29% des élèves de terminale S ont un père cadre contre 21% des élèves de terminale ES, 13% des élèves de terminale S ont un père employé contre 17% pour les ES, 15% des élèves de terminale S ont un père ouvrier contre 20% pour les terminale ES.
Enfin, la formation des bacheliers ES est bien adaptée aux exigences des entreprises. La formation des bacheliers ES est une formation pluridisciplinaire, bien équilibrée entre les différentes disciplines. Les sciences économiques et sociales permettent justement daccéder à une culture moderne, indispensable à la culture générale des citoyens du XXIè siècle. De plus, les entreprises souhaitent des cadres capables dappréhender la complexité du monde contemporain. Justement, lenseignement de sciences économiques et sociales montre bien aux élèves que les questions du monde contemporain sont complexes, que les réponses sont diverses, quelles peuvent changer au cours du temps.
Ce constat ne signifie évidemment pas quil faudrait réserver les concours des Ecoles de management aux seuls bacheliers ES. Ce qui fait la richesse de ces concours et des études ultérieures en Ecoles, cest justement le recrutement diversifié, et cest ce type de recrutement quil faut impérativement préserver.
Intervention de Michel LARMANDE - Directeur département Statistiques à lIUT Paris Descartes.
(retranscription)
Les IUT ne sont pas des filières généralistes, mais spécialisées et professionnalisées. Elles ont été réformées de deux manières avec le LMD : semestrialisées dune part pour sarticuler avec les autres filières scientifiques, et elles ont développé dautre part des licences professionnelles. Ce qui fait que beaucoup détudiants sortent avec un niveau bac +3. Les titulaires de bacs généraux, dont les bacs ES, ont un meilleur taux de réussite : 72% dentre eux obtiennent leur DUT en 2 ans, 80 % en 3 ans, avec des taux de réussite supérieurs de 3 points pour les bacheliers ES. Précisons toutefois que les IUT comportent 24 filières différentes et que la réussite des bacheliers ES diffère selon les départements. Par leur formation dorigine, les S réussissent mieux en mesure physique, informatique, génie biologique, chimie. Les ES sont concentrés dans les filières tertiaires : gestion, gestion et transports, techniques de commercialisation, gestion commerciale, carrières sociales, informatique et communication, et la proportion de diplômés y est plus importante que pour les bacheliers STG.
LIUT auquel jappartiens comporte 6 départements : carrières sociales, gestion des entreprises, techniques de commercialisation, information et communication, informatique, statistiques et traitement informatique des données (STID). Les ES sont le premier bac représenté dans les 3 premiers départements. 120 places pour 3 500 dossiers en information et communication, donc la sélection est centrée sur les lettres (ndlr lettre du bac : S>ES>L>STG), les bacs ES sont derrière. Le recrutement de ces départements est donc le reflet des contenus de bac, mais aussi des politiques des départements. Je voudrais souligner une originalité : nous avons deux filières de reconversion scientifique : informatique et STID, dont je moccupe et qui, bien que classées comme filières tertiaires font partie dun département scientifique (mathématiques appliquées), le département "Informatique" étant classé dans le secondaire. Des bacheliers ES, orientés en ES souvent pour des raisons positives mais aussi pour des raisons négatives leur niveau en mathématiques peuvent être admis dans ces départements et y faire une reconversion ou conversion scientifique puisque ensuite, ils réussissent aussi bien dans ces deux filières que les bacheliers S. Ce qui leur permet, lors de leur poursuite détudes, dintégrer des écoles dingénieurs ou dentrer en L3 en Maths appliquées. En particulier dans une licence à Dauphine, dont les effectifs sont à 90 % constitués par des DUT STID et la moitié de ceux qui intègrent Dauphine ont un bac ES. En résumé : les bacheliers ES ont des profils adaptés à nos filières.
Michel LARMANDE, Directeur du département Statistiques à lIUT Paris Descartes.
Si lon interroge les enseignants, ils reconnaissent aux bacheliers ES cette qualité dêtre plus ouverts que les étudiants des autres filières, en particulier S. Ils ont bien sûr en début de scolarité des problèmes dadaptation dans les filières scientifiques que je viens de citer, mais ils y remédient sur 2 ans. Point négatif : une relative insuffisance méthodologique. Jenseigne léconomie, et en 1e année jenseigne de léconomie descriptive. Logiquement les ES devraient être en tête en fin dannée, mais ce nest pas systématique. Les bacheliers S ont, davantage que les bacheliers ES, lhabitude dapprendre les définitions, de faire les exercices etc. Ils savent quils démarrent à zéro, ils construisent leur scolarité et arrivent à remonter leur handicap en fin dannée. Deux ou trois S sont en tête, mais arrive immédiatement derrière une série de ES. Il faudrait insister sur ce qui fait laspect positif des bacheliers S, la construction systématique de leur savoir et lacquisition de définitions. Aspect que les bacheliers ES, avec leur curiosité et leur dynamisme dans la recherche documentaire, ont tendance à négliger. Cela dit, ils sen sortent globalement très honorablement.
Intervention de lAFS
Que deviennent les anciens étudiants de sociologie en France
Odile Piriou (Lise-CNAM-CNRS, Membre du Comité exécutif de lAFS)
Extrait dune communication pour le 8ème Congrès de lESA (European Sociological Association) à Glasgow en septembre 2007. Cette communication a été présentée dans le cadre dune session spéciale du RESU (Réseau des Associations de Sociologie de lEurope du Sud) on : What is happening to sociology students after graduation ? Cette cession était organisée et présidée par Daniel Bertaux, AFS. Lauteur se réserve le droit de republier ces données et ces analyses dans dautres supports de communication, revues, etc.
Evolution des flux de diplômés et opportunités demploi dans lAcadémie
La sociologie en France est dabord caractérisée par ses flux de diplômés. Il en ressort trois éléments principaux : (1) depuis 20 ans, les effectifs de diplômés en sociologie augmentent en moyenne de 6% par an, (2) la sociologie est une des disciplines parmi les sciences humaines qui produit le plus de diplômés notamment à deux niveaux, celui des premiers cycles et celui de la thèse ; (3) le nombre de doctorats délivrés ré-augmente en sociologie après une baisse dans les années 80. Laugmentation des thèses invite dailleurs à mieux considérer lécart entre le nombre de titres produits en sociologie en vue dun « destin académique » et la réalité des offres offertes dans ce secteur aux détenteurs dune thèse de sociologie. En moyenne, de 2000 à 2005, la sociologie délivre par an 141 thèses (Source, DEP). Or le CNRS et les universités offrent en moyenne 45 postes par an (depuis 2000) aux sociologues (Source, Journal officiel). En conséquence, seul un tiers des thésards trouvent et trouveront un poste à luniversité et dans la recherche. Dans le même temps, les deux tiers des docteurs en sociologie trouvent un emploi en dehors de « lAcadémie » (Université et recherche publique). Cest le cas de la totalité des sortants dun Master de sociologie (soit 1351 diplômés dun Master par an). La part du secteur académique (en termes dopportunité demploi) est donc faible en France. Cette faible représentativité concerne plus largement le secteur public (37% demplois) dans lequel les diplômés de sociologie trouvent moins demplois que dans le secteur privé (63% demplois pour les diplômés de sociologie, niveaux L+M+D) (Cereq, 2001). Cest une différence stable avec dautres disciplines des sciences humaines (philosophie, lettres, etc.) et même des sciences sociales (droit, sciences politiques) (Piriou, 2001), sans doute en partie due à la faible organisation de la sociologie comme discipline denseignement secondaire.
Secteurs dembauche des diplômés de sociologie
Phillipe CIBOIS (Secrétaire général de lAssociation Française de Sociologie)
Dans le secteur public, les principaux employeurs de diplômés de sociologie (et de « sociologues ») sont les services décentralisés de lEtat offerts aux personnes, au niveau des régions, des départements, des villes (22%) (Piriou, 2006). Viennent ensuite les services centraux, comme les ministères (15%). Dans le secteur privé, les trois principaux employeurs sont les bureaux indépendants de recherches appliquées, de conseil et détudes (15%) ainsi que les associations (14%). Souvent dailleurs ces deux types demployeurs « cachent » des statuts dindépendants, cest-à-dire de sociologues sur contrats qui sassocient entre eux. Mais seulement 7% se déclarent sous le statut de sociologue professionnel. Dans ce cas, ils exercent seuls ou dirigent seuls un cabinet de recherche, détudes et/ou de conseil en sociologie. Les entreprises (privées et publiques) ont été et restent des employeurs importants pour les diplômés de sociologie (22%) (Piriou, 1999, 2006).
Au-delà des traditionnels secteurs de la formation, du travail social, de létude, les diplômés de sociologie accèdent dorénavant à des secteurs professionnels en développement, où semble-t-il, leurs compétences de sociologie sont mieux reconnues. Il reste cependant à mieux cerner quelles contreparties économiques et socioprofessionnelles les études de sociologie offrent aux étudiants qui sy engagent, à quels niveaux de diplôme et dans quels types de cursus.
Taux de chômage
Une analyse comparée indique que le taux de chômage qui touche les diplômés de sociologie ne varie pas beaucoup de celui de lensemble des diplômés en sciences humaines (Cereq, 2001). Les variations entre les niveaux de diplôme indiquent même que la situation des niveaux 3 (Licence, Maîtrise) est un petit peu plus favorable aux diplômés de sociologie (9% de taux de chômage à ce niveau pour les sociologues, 10% pour lensemble des diplômés en sciences humaines au même niveau). Le taux de chômage des sociologues au niveau 8 (doctorat) (29%) est un peu plus élevé que pour lensemble des SHS (20%). Cet écart reste cependant relatif puisque ce taux rassemble les docteurs en sociologie qui ont soutenu ou non leur thèse, comparativement aux seuls docteurs « titrés » en sciences humaines. Or en France, la qualification protège les détenteurs dun diplôme par rapport à ceux qui ne sont pas allés au bout de celui-ci (CEREQ, 2001). Une autre importante variation est celle constatée entre les deux types de Master. En sociologie, les diplômés dun Master professionnel (3%) subissent moins le chômage que ceux dun Master recherche (conduisant à la thèse) (10%). Les diplômés dun Master professionnel de sociologie, au regard des taux de chômage, sen sortent mieux que lensemble des « Masters pro » en sciences humaines (6%).
Taux daccès au statut « cadre »
Les taux daccès au statut « cadre » montrent que les diplômés de sociologie (excepté au niveau du doctorat) accèdent dans une moindre proportion aux statuts cadres que lensemble des diplômés de lettres et de sciences humaines (45% pour les niveaux L+M+D en sociologie ; 54% pour les mêmes niveaux en sciences humaines). Lanalyse de laccès au statut « cadre » confirme la meilleure situation des diplômés de Master professionnel. En sociologie, les diplômés dun Master professionnel sont 42% à devenir « cadres » pour 28% des titulaires dun Master « recherche » (Cereq, 2001). 8 ans après leur entrée dans la vie active, les diplômés dun Master professionnel sont 67% à accéder à un statut « cadre » (rejoignant le taux moyen de lensemble des SHS : 65%) alors que les diplômés dun Master recherche demeurent en dessous avec 54% seulement daccès au statut « cadre » en milieu de parcours professionnel (Piriou, 2006). Ces différences entre Masters (professionnels et recherche) se vérifient pour lensemble des sciences humaines est sociales (Cereq, 2003).
Lexamen du salaire médian des diplômés de sociologie conduit aux mêmes constats que précédemment. En moyenne, les diplômés de sociologie au niveau L+M+D (1433 euros net par mois) gagnent des salaires plus faibles que ceux des diplômés de sciences humaines (1534) aux mêmes niveaux de diplôme. En sociologie, les Masters professionnels (avec une médiane de rémunération atteignant 1 500 euros, net par mois) offrent aux diplômés une meilleure contrepartie économique que les Masters « recherche » (1 379 euros, net par mois).
Conclusion
Il semble que le développement de la sociologie en France, en ce début de siècle, se joue actuellement à laune du développement des filières professionnelles. Par développement il faut entendre la place, la reconnaissance sociale de la sociologie à la fois en termes de formation, dutilité et sans doute des contreparties socioéconomiques quelle est susceptible doffrir aux futurs entrants à luniversité. Ces enjeux ne seraient-ils pas accrus aujourdhui par le double processus constaté dans la discipline en France, à la fois la faiblesse des opportunités demploi dans les secteurs académiques et le nombre croissant détudiants attirés en sociologie par les filières professionnelles ? Malgré ces différences de ton et de prisme, dans différents pays (Portugal, Italie, Espagne) comme en France, les réformes universitaires et le développement de la sociologie posent des questions assez partagées de professionnalisation des étudiants, dont on sait encore peu de choses, et qui ne trouvent pas encore de stabilisation dans les nouveaux cycles denseignement. La réforme « LMD » qui désigne lapplication au système français denseignement supérieur de la construction de lespace européen de lenseignement supérieur, dit « processus de Bologne », accentue ce flou.
Sources statistiques
CEREQ, 2001, extraction de la base de données Génération 2001, pour les diplômés de sociologie. Pour la population mère, voir : Giret J.F., Moullet S., Thomas G., « Enquête « Génération 1998 », De lenseignement supérieur à lemploi, les trois premières années de vie active de la génération 98 », Cereq, décembre 2002, document pdf, http://www.cereq.fr/enquetegeneration.htm Bref Cereq, enquête « Génération 2001 » - Extension docteurs, Bref n°220, juin 2005, pp. 4 Chenu A., « Une institution sans intentions. La sociologie en France depuis laprès-guerre », Actes de la recherche en sciences sociales, 141-142, 2002, pp.46-59 Bref CEREQ, « Lenseignement supérieur professionnalisé, un atout pour entrer dans la vie active ? », Bref n° 195, mars 2003 Journaux officiels (sur les nombres de postes offerts aux concours au CNRS et à lUniversité pour les sociologues) DEPP Direction des études, de la prospective et de la performance, du Ministère de lEducation nationale (pour les flux de production de diplômés) Piriou O., La face cachée de la sociologie. A la découverte des sociologues praticiens, Préface de Claude Dubar, Belin, Perspective sociologique, 2006 Piriou O., Pour une sociologie des sociologues. Formation, identité, profession, Préface de Renaud Sainsaulieu, Saint-Cloud, Editions de lEcole normale supérieure, 1999
Interventions des représentants des syndicats enseignants et des fédérations de parents délèves sur la série ES et les SES (13h45-14h15)
Roland HUBERT (Co-secrétaire général du SNES-FSU), M. LENOIR (SGEN-CFDT), Julien MARAVAL (Conseiller technique national du second degré, SE-UNSA), Jean-Paul NIVOIX (Membre conseiller de la PEEP), SNESUP
Intervention du SNES-FSU - Roland Hubert, co-secrétaire général
Cest avec plaisir que je représente aujourdhui le SNES au colloque de lAPSES que je remercie de donner la parole aux représentants du mouvement syndical. Finalement les difficultés que nous connaissons ces jours-ci pour rallier Paris, ou pour en repartir, sont évidemment une gêne pour la tenue de cette journée que vous préparez depuis des mois, mais leur origine montre à lévidence limportance pour lEcole de donner aux jeunes qui lui sont confiés les clés pour comprendre le monde.
Roland HUBERT (Co-secrétaire général du SNES-FSU)
Et votre discipline est sûrement une des plus concernées quand il sagit de fournir au citoyen de demain les outils intellectuels et les concepts pour analyser un mouvement social caricaturé par certains médias, souvent réduit à une forme de corporatisme afin déluder les véritables orientations choisies par le pouvoir en place pour lavenir de notre société. Et pourtant le débat et les commentaires brassent des idées et des concepts qui ne sont ni simples ni « naturels » et qui constituent dune certaine façon le quotidien de votre enseignement comme : la justice sociale, léquité, les inégalités, les politiques sociales, les solidarités entre générations, les financements publics, lorganisation même de la société, lentreprise et jen passe
Jentendais la semaine dernière un philosophe très prisé par les médias déclarer que, par essence, lEcole ne peut enseigner que le monde dhier et sûrement pas celui de demain, justifiant ainsi un retour à ce quil considère comme des fondamentaux culturels dont nous connaissons tous bien les limites et surtout les carences. Le SNES combat cette approche et milite, comme vous je le sais, pour une école qui soit en capacité à la fois denseigner le monde daujourdhui et de former le citoyen de demain. Tout le monde saccorde, ou presque, sur la nécessité économique et sociale délever les qualifications, nécessité que la loi de 2005 pour lécole traduit par lobjectif damener 50% dune génération à un diplôme du supérieur tout en en finissant avec les sorties sans qualifications du système éducatif. Nous pensons, au SNES, que cela est possible et luttons pour que ce double objectif soit atteint en diminuant les inégalités qui perdurent dans laccès aux savoirs et aux qualifications. Obtenir que la moitié dune génération soit diplômée du supérieur ne doit pas se réaliser au détriment de lautre moitié. La diversification des voies du lycée est un élément essentiel dans la démocratisation du second degré. Les problèmes ne sont certes pas tous résolus, loin sen faut : importantes différences dans les compositions sociales et de genre des 3 voies et des séries de la voie générale, inégalités dans les poursuites détudes, insuffisance de passerelles entre les voies de formation, faible lisibilité de lensemble du système en particulier pour les familles les plus éloignées de la culture scolaire
Cependant il ne sagit sûrement pas de jeter le bébé avec leau du bain et à ce titre les attaques répétées contre la série ES ne sont pas acceptables. On sait quelles ne tirent pas leur origine uniquement dune volonté de resserrer les voies, par souci déconomie principalement, mais bien de la nature même de ce qui y est enseigné. La question sociale est fondamentale daujourdhui et on peut imaginer quun enseignement critique de lentreprise, de son organisation et de sa place dans la société, quun enseignement critique des mécanismes économiques, puisse déranger quelque peu. Dans ce contexte la dépêche AEF du 15 novembre laisse peu de doutes sur les intentions ministérielles. Je cite : « À lécole, lenseignement de léconomie ne doit pas porter seulement sur la "science sociale", mais aussi sur la façon de diriger une entreprise et "de faire des bénéfices", a estimé Xavier Darcos sur BFM. "LÉducation nationale est en train de changer. Il y a quelques mois, une rencontre avec le Medef naurait pas été envisageable", souligne Xavier Darcos, qui lancera la "Semaine École-entreprise" lundi 19 novembre 2007 lors dun déplacement à Carcassonne (Aude), en compagnie de la présidente du Medef, Laurence Parisot. Je tiens à préciser que nous nacceptons pas plus les attaques contre la voie technologique qui porte aussi, avec la voie professionnelle, la démocratisation du second degré. Nous sommes donc devant un important chantier à mener à bien, dautant que le ministre de lEducation Nationale a déjà annoncé quil ferait des propositions pour le lycée au début de lannée 2008. Ce chantier comporte trois axes qui paraissent incontournables : lorganisation de la classe de seconde générale et technologique, lAPSES a des propositions dont nous devons pouvoir débattre, les équilibres de la série ES et une meilleure lisibilité de ses débouchés, la culture économique et sociale dans lensemble du système éducatif. En tout état de cause nous devrons aborder ces trois questions avec un double souci : dune part, assurer à tous une formation générale qui nenferme pas et ne prédétermine pas, débouchant sur une culture commune construite par des chemins et des approches différentes et sappuyant sur des ensembles de disciplines différents suivant les séries et dautre part, permettre un début de spécialisation ou tout au moins un approfondissement dans certains champs disciplinaires. La série ES le fait assez bien actuellement tandis que lon peut considérer que les difficultés de la série L peuvent provenir en grande partie dun déséquilibre qui ne respecte plus ces deux exigences et non dune concurrence présentée parfois comme plus ou moins déloyale avec les autres séries ! Pour nous, rien nest bouclé, le débat doit être mené, intégrant entre autres les dimensions interdisciplinaires, la recherche documentaire et lutilisation des TICE. Linvestissement particulièrement important des enseignants de SES dans les TPE et leurs pratiques en classe montrent que les SES peuvent un élément moteur dans les évolutions nécessaires du système éducatif. Notre détermination à maintenir une offre de formation diversifiée au lycée, après une scolarité obligatoire au collège pour tous, à construire les parcours nécessaires à la prise en compte des aspirations, des réussites de chacun, à élargir les contours de la culture de la culture commune qui ne doit pas être conçue comme un simple patrimoine à conserver, mais bien comme un héritage commun à faire fructifier et à enrichir (vous voyez que nous ne sommes donc pas toujours opposé à la notion denrichissement) est entière. Le débat sera dautant plus compliqué que la volonté ministérielle de réduire le nombre dheures de cours au lycée risque dentraîner un accroissement du travail personnel de lélève et une concurrence accrue entre les disciplines, sans favoriser réellement la construction des liens nécessaires entre elles. En effet limportante diminution programmée des options pèsera lourd sur lavenir de certaines disciplines déjà fragiles au lycée. Dans ce contexte réussir à imposer de nouvelles options sera difficile !
Je terminerai en remerciant encore une fois lAPSES de son invitation à exprimer devant vous quelques pistes de la réflexion menée par le SNES, et je tiens à réaffirmer lattachement du SNES à la série ES et plus généralement au développement de la culture portée en particulier par les SES. Jespère que nous pourrons continuer à travailler ensemble pour lamélioration du service public déducation au service des jeunes. Cest aussi le sens de notre engagement résolu dans le mouvement de grève et de manifestations de mardi prochain.
Intervention du SGEN-CFDT
Je souhaite, au préalable, excuser Guillaume TOUZÉ qui aurait du être présent mais qui est empêché pour raison de santé ; il ma demandé de présenter son intervention puisque, en tant que prof de SES, je participais à ce colloque.
Le SGEN-CFDT souhaite replacer son intervention dans le contexte général du système éducatif au niveau du lycée. Lenseignement des Sciences Économiques et Sociales, depuis sa création, a démontré que ses objectifs et ses méthodes répondaient clairement à une demande sociale de notre monde contemporain. Cet enseignement a, sans doute à un certain moment, contribué à bouger les lignes si lon peut dire en particulier du fait de linvestissement de ses enseignants dont on peut dire quun grand nombre sont des enseignants « militants ». Cet enseignement joue aussi un rôle important dans la démocratisation du système éducatif et dans lobjectif de progression de lobtention du bac (à noter quelle est arrêtée depuis plus de 10 ans). La réforme en cours des séries de la filière technologique nécessite au moins une réforme de la classe de seconde. De plus, comme lobjectif de ces séries est maintenant la poursuite des études, une modification de la filière générale est sans doute nécessaire.
Le SGEN-CFDT regrette que Darcos ait choisi la pire méthode pour initier une réforme : déclarer une guerre des filières qui risque de se traduire par une guerre des tranchées. Les petits phrases médiatiques en rajoutent
Le SGEN-CFDT poursuit sa réflexion sur la seconde de détermination et la proposition de modules semestriels pour les domaines non abordés au collège.
M. LENOIR (SGEN-CFDT)
Quant au cycle terminal, pour le SGEN-CFDT, une vraie réforme pour parler vrai, passe par une organisation modulaire qui permette des parcours diversifiés et des passerelles dans lintérêt de la réussite des élèves.
Voilà létat de la réflexion du SGEN-CFDT. Les chiffres présentés par Bruno Maglulio et les autres intervenants, les témoignages présentés par Marjorie Galy, la co-secrétaire de lassociation APSES, montrent que lenseignement de la série ES a fait ses preuves. Les anciens élèves de la filière ES lont mis en évidence : « Culture générale socialement utile, esprit danalyse et capacité dargumentation, ouverture sur les questions dactualité ». Ces acquis essentiels doivent être préservés. Il faut par ailleurs sortir des anathèmes et de la polémique, en particulier sur lapproche de lentreprise.
Le SGEN-CFDT souhaite vraiment avant tout mettre lélève au centre du système éducatif et répondre à ses besoins. La prise de conscience actuelle sur la recherche dun véritable développement durable ne peut que nous conforter dans la pertinence des objectifs et des méthodes de lenseignement des SES qui, depuis longtemps, se sont saisis du sujet.
En conclusion, le SGEN-CFDT est daccord pour signer le dernière version du texte commun qui lui a été soumise. Le SGEN-CFDT reste ouvert au dialogue constructif et au partenariat avec lAPSES.
Merci de votre invitation.
Intervention du SE-UNSA - Julien Maraval, Conseiller technique national second degré.
Le contexte éducatif de cette rentrée scolaire nous a donné loccasion de manifester notre inquiétude quant à lavenir des enseignements de sciences économiques et sociales au lycée. Mais avant den venir à cette actualité, permettez-moi de vous situer en quelques mots notre organisation syndicale. Jen soulignerai les principales caractéristiques qui fondent, je dois le reconnaître en toute impartialité, sa profonde originalité
Le SE-UNSA rassemble des professionnels qui enseignent dans des écoles, des collèges ou des lycées. Ce vaste champ de syndicalisation, comme lon dit dans notre jargon, traduit bien notre philosophie et notre identité. Celle-ci repose en effet sur trois choix :
au plan pédagogique : le choix de la continuité éducative. Ce choix nous conduit à éviter les ruptures dans la scolarité, à amoindrir les cloisonnements disciplinaires, à renforcer la professionnalisation du métier denseignant.
Au plan revendicatif, le choix de dépasser les clivages catégoriels/disciplinaires. Nous considérons en effet que la logique de défense dune discipline ne suffit pas à résoudre les problèmes. Il sagit pour nous de démocratiser le système éducatif, de changer les pratiques par plus de travail en équipes. Nous demandons en conséquence que soit intégré dans les services des enseignants du temps pour la concertation et laide individualisée (à raison de 3 heures par semaine).
Au plan général : le choix de se regrouper au sein dune union inter professionnelle, lUNSA, qui avec 400 000 adhérents dont 70 00 dans le secteur privé, est la 4ème organisation syndicale du pays.
Julien MARAVAL (Conseiller technique national du second degré, SE-UNSA)
Ces éléments identitaires se retrouvent dans nos positionnements sur les grandes questions éducatives et scolaires. Loin du dogmatisme et des vérités établies, nous nous efforçons de faire avancer la cause de lEcole, et donnons de la voix lorsque celle-ci est menacée. Ce qui mamène à la problèmatique de cette journée, qui est aussi un des thèmes de lactualité politico-éducative de la rentrée. Il nest pas inutile de rappeler quelques éléments de chronologie. Tout commence fin août, par des attaques grossières de Xavier Darcos contre la série ES, filière « aux débouchés incertains » dans un interview accordée par le ministre à Paris Match. Il ne sagissait pas dun dérapage puisque le ministre enfonçait le clou lors de la conférence de presse de rentrée. En revanche, dans des déclarations ultérieures, Xavier Darcos a élargi son propos et posé le diagnostic du déséquilibre entre les séries générales, mais également celui du dévoiement de la série S. Début octobre, quelques jours après avoir dénoncé le collège unique, selon lui responsable dun mortifère « formatage des élèves », le ministre semblait envisager fort logiquement, au micro de RMC, la fusion des trois séries du bac général en un bac commun avec options ! Depuis lors, Xavier Darcos a mis la sourdine à ces attaques et a évoqué à plusieurs reprises une réflexion qui pourrait débuter en janvier. Nous navons à ce jour aucune information sur ce dossier, si ce nest celle, informelle, selon laquelle le bureau des lycées à la DGESCO plancherait sur le sujet ! Si nous partageons bien le diagnostic dun déséquilibre entre les séries, on est plus que réservé sur le choix du bouc émissaire, le bac ES, et sur les réelles motivations du ministère. Jusquici, il nous semble que Xavier Darcos entre volontiers dans le champ pédagogique par la lucarne budgétaire. On est donc plus que sur nos gardes sur le sujet dune réforme du bac, surtout si elle devait déboucher sur un tronc commun. Lidée dun tronc commun agrémenté doptions et donc dun bac unique est une réponse simpliste à une question complexe et cest surtout une réponse particulièrement économe en moyens. Dans un contexte de réduction du nombre de fonctionnaires et en particulier du nombre denseignants, on voit tout lintérêt dune telle organisation. Un tronc commun important mettrait en difficulté de nombreux élèves, surtout quon peut supposer quune fois de plus, on voudra le meilleur pour tous et quon imposera approximativement les contenus de la série S à tous : on voit bien comment des élèves en difficulté en seconde de détermination sur des contenus communs à tous se trouvent ensuite en réussite en 1ére dans une série où les contenus et les démarches pédagogiques dans les différents champs disciplinaires sont adaptés au profil de la série. Pour lheure, il ne sagit que de scénarios, mais il convient dêtre particulièrement vigilant. Le projet éducatif du SE-UNSA remet en cause le principe dune organisation en séries mais ne troque pas ce projet contre une série unique et un bac unique. Nous proposons en effet une organisation de la formation en modules. Loffre doit être très diversifiée pour répondre aux besoins de tous les élèves : modules de base obligatoires, modules de soutien, modules de niveau avancé, modules disciplinaires et modules interdisciplinaires, modules optionnels. Il ne sagit pas de faire des économies mais de proposer des parcours souples et individualisés. Pour finir, je voudrais dire ici combien nous avons trouvé détestable la méthode du ministère, dont Bruno Magliulo a bien souligné les implications et les enjeux véritables. Il sagit dune manière de faire qui nuit au débat, non seulement légitime mais nécessaire, de léquilibre et de la vocation du lycée général.
Communication de la PEEP
En tant que parent délèves, je voudrais souligner tout dabord le risque que présente à nos yeux une focalisation sur un débat qui viserait exclusivement à la défense de telle filière, défense qui implicitement conduit à stigmatiser lune ou lautre de ses concurrentes. Ce qui nous paraît important, cest quaucune dentre elles ne puisse désormais apparaître comme la voie royale conduisant exclusivement au succès. Ce fut le cas en son temps du baccalauréat de la série C. Il nest pas inutile de rappeler comment cette hégémonie était vécue par les élèves et les familles à cette époque. Ne pas être orienté en seconde C était déjà interprété comme un premier échec, souvent immédiatement suivi du drame de lorientation en 1ère D et non pas C. Le succès de la filière B concrétisé par la reconnaissance de la voie ES, reconnaissance à laquelle votre association nest pas étrangère, aura au moins eu comme vertu de limiter cette dérive.
Pour autant, nous, parents délèves, sommes encore trop souvent témoins en particulier lors des conseils de classes de discours qui montrent que ces vieilles représentations sont encore bien présentes dans lesprit de beaucoup denseignants et de personnels de direction. Lorsque par exemple le profil dun élève dans les matières scientifiques lui permettrait de suivre honorablement une filière S, mais quil a fait le vu dêtre orienté en ES ou L, combien de fois nassiste-t-on pas à un étonnement de léquipe pédagogique quand ce nest pas un regret qui va même parfois jusquà convoquer la famille pour sassurer du choix exprimé ? Face à un tel message qui revient à dire « votre enfant est un bon élève, êtes-vous bien sûr de ne pas vouloir lorienter en S ? », élèves et parents ont du mal à faire un choix serein. De tels discours sont sans doute plus rares quavant mais un malaise persiste.
En revanche il faut aussi être conscient que les arguments véhiculés pour la défense de telle ou telle filière ne sont en général pas toujours pertinents pour les familles. Le discours relève sans doute davantage de la mise en évidence des qualités supposées valorisées par la pratique de telle ou telles matière. Nul doute que lesprit critique manque cruellement aux élèves. Mais cest aussi en termes de compétences et de débouchés et douverture vers tel ou tel métier quil faudrait aussi mais pas exclusivement raisonner. Pour faire simple, rares sont les enseignants nous semble-t-il en mesure de préconiser lorientation en ES par exemple à partir dune argumentation pragmatique. Au mieux ce sont des cas particuliers de parcours réussis qui sont évoqués. Il manque assurément pour les élèves et leur famille une lisibilité des opportunités réelles et pratiques que chaque filière peut offrir. Nous sommes bien conscients que les enseignants nont pas à se substituer au service public de lorientation, mais leur discours gagnerait assurément en crédibilité sil apparaissait comme davantage préoccupé des perspectives dinsertion et de réussite que dune défense corporatiste. Au quotidien nul doute que ce soit la préoccupation première de chaque enseignant. Ce qui est à craindre cest que le débat actuel ne conduise à des a priori et des procès dintention.
Message du SNESUP - Michelle LAUTON
En tant quenseignante de mathématiques en département de gestion des IUT, je travaille régulièrement avec des étudiants titulaires du baccalauréat ES et STG. Jaurais aimé participer à vos travaux. Prise par lintensité de la période actuelle, je ne peux venir, et vous adresse ce message de la part du SNESUP.
La protestation contre la loi « liberté et responsabilités des universités » samplifie dans les universités, même si certains cherchent à la freiner y compris en multipliant fermetures administratives et interventions policières-. Cette loi constitue une attaque contre les libertés denseignement et de recherche. Par le droit accordé aux présidents de refuser certaines nominations, cest la pluralité des approches qui est mise en cause, de même quavec le financement de la recherche sur projet, le gouvernement choisit les axes et les thématiques. On voit dans des disciplines comme les Sciences Economiques et Sociales quels biais cela peut induire.
Alors que le gouvernement avait promis « daccompagner les réformes » par les moyens nécessaires, le projet de budget pour lenseignement supérieur et la recherche confirme la logique de régression de la LRU. Cette politique pousse au désengagement des missions de service public de lEtat et encourage la chasse aux financements privés, chasse dont la plupart des universités reviendront bredouilles. Cest la concurrence entre universités que le gouvernement veut développer. En outre, le budget de l enseignement supérieur et de la recherche, soumis au vote des députés le vendredi 16 novembre 2007, ne prévoit aucun recrutement d enseignant-chercheur ou de personnel BI-ATOSS, alors même que le gouvernement annonce comme objectif l augmentation de la réussite en licence. Et seuls 40 M¬ de crédits supplémentaires sont affectés à cet objectif, ce qui correspond à 20 minutes d enseignement par an et par étudiant !
Permettre à plus d étudiants de réussir à l université, c est un objectif à atteindre pour les titulaires des bacs ES qui sinscrivent en Licence ou en DUT. Cela exige un cadrage de la licence, qui a disparu avec la mise en place de la réforme dite LMD, avec des dénominations nationales, une augmentation des volumes horaires et la définition dun même contenu dans toutes les universités, afin dassurer lisibilité et cohérence sur lensemble du territoire. Cela passe par dautres méthodes pédagogiques : cours à 150 environ comme en sciences, TD en petits groupes, tutorat, projets ou TPE, etc. Cela passe par une réflexion sur les modalités dévaluation. Cela passe aussi par le développement de la recherche en éducation, et notamment en didactique de léconomie. Tout cela exige des moyens supplémentaires, alors quil est prévu la suppression de plus de 22 000 postes, dont 11 800 dans lEducation Nationale, dans le projet de budget 2008 porte atteinte au service public et aux débouchés de nombreux étudiants. Permettez moi de souhaiter que nous ayons une intervention convergente sur ces sujets pour la réussite des élèves et des étudiants.
Table ronde n°2 : Quelle complémentarité des disciplines dans la série ES ? (14h20-15h45)
Quelle est la complémentarité des disciplines actuellement au sein de la série ES ? Comment renforcer cette complémentarité ?
Animateur : Philippe WATRELOT (Prof de SES et Cahiers pédagogiques-CRAP)
Introduction : Daniel RALLET, APSES (Membre du GTD lors de lharmonisation des programmes de math et de SES)
Intervenants :
Louis-Marie BONNEVAL, APMEP (math), Clionautes (HG), Nicolas LEMAS, APHG (HG), Elisabeth CASSOU-BARBIER, APPEP (philo), APLV (langues vivantes), Léo MOREAU (UNL), Tristan ROUQUIER (FIDL)
Introduction de la table ronde - Philippe Watrelot
Cest évidemment en tant que professeur de sciences économiques et sociales que je suis présent ici et que janime cet atelier sur les liens entre disciplines au sein de la série ES. Jai été aussi, il y a quelques années trésorier puis secrétaire général de lAPSES. Mais si on ma demandé de participer à cette table ronde cest peut-être aussi parce que je suis membre du bureau du CRAP-Cahiers Pédagogiques. Cette association publie depuis plus de soixante ans, une revue mensuelle (les Cahiers Pédagogiques). Jai coordonné en juin 2004 un dossier dont le titre était les sciences humaines et les savoirs de lécole » (n°425) dont lobjectif était justement de montrer les convergences entre les différentes disciplines rangées sous létiquette « sciences humaines » et tentait de faire le point sur les pratiques et les débats actuels au sujet de lenseignement de ces disciplines qui entretiennent entre elles des rapports souvent conflictuels et maintiennent leurs distances avec les savoirs universitaires qui voudraient les régir.
Nos rapports avec les SES ne datent pas dhier puisque plusieurs numéros ont évoqué notre discipline lun sur « Lenseignement de léconomie » (n°380, novembre 1992). Un numéro est en préparation, coordonné par Gérard Grosse, sur la série ES qui devrait paraître en 2008. Jinvite tous les participants de cette table ronde à y contribuer. Je joins en encadré lappel à contribution qui est aussi lisible sur le site des Cahiers Pédagogiques. HYPERLINK "http://www.cahiers-pedagogiques.com" http://www.cahiers-pedagogiques.com
Intervention de Daniel Rallet - Enseignant de SES
Comment réfléchir aux relations entre les disciplines scolaires pour donner des repères aux élèves ? Une expérience des années 90
Le contexte
La préoccupation de programmes compatibles entre disciplines émerge au début des années 90 quand le souci daider les élèves à faire le lien entre les savoirs dispensés émerge. Elle est liée à une nouvelle conception délaboration des programmes qui apparaît : jusque là monopole de lInspection générale, les programmes sont confiés à des « groupes techniques disciplinaires » placés sous légide dun Conseil national des programmes dont le rôle est de coordonner et donner des orientations générales. Dans les GTD, on retrouve une pluralité dacteurs : experts (universitaires), inspecteurs, enseignants. Après une rude bataille avec le ministère, lApses y participe, non pas en tant que telle, mais nominativement par lintermédiaire de certains de ses principaux dirigeants. Innovation importante : les enseignants sont appelés à être consultés sur les projets. LApses a plusieurs fois pressé linstitution de mettre entre uvre ces consultations, et a développé ses propres moyens de consulter les collègues. Il sagissait pour nous de défendre une conception assez neuve dun enseignant expert, concepteur des programmes, sopposant à la conception dexécutant dans laquelle on voulait le réduire.
Le souci de compatibilité entre les programmes est alors étroitement lié à la configuration des trois nouvelles séries de lenseignement général, et pour nous plus particulièrement à la série ES dont nous attendions quelle soit revalorisée par rapport à limage qui était donnée de la série B. Le discours tenu alors était celui de trois filières dexcellence, avec des recompositions internes aux disciplines dans chaque filière, mais qui sest estompé au fil du temps. A cette fin, nous avions essayé de définir les profils de formation caractérisant la série ES, et un texte, ayant laval de linstitution, avait pu être produit. Pour faire ce travail, lApses sétait rapprochée de certaines associations de spécialistes, notamment lAPMEP, lAFEF,
..qui étaient invités lors de stages organisés par lassociation. Dautre part, il y a eu à un moment donné, au sein de linstitution, la volonté de coordonner les travaux des différents GTD. Cest avec les matheux que le travail a été le plus loin, puisquil a abouti à la rédaction en commun de « Savoir-faire applicables à des données quantitatives » aujourdhui inclus dans nos programmes. De son côté, le GTD de Mathématiques a fait évoluer ses programmes pour mieux prendre en compte lenseignements des statistiques ou de certains éléments nécessaires au calcul économique Il serait intéressant davoir le point de vue de membres du GTD de Mathématiques sur cette expérience.
Philippe WATRELOT (APSES et CRAP-Cahiers pédagogiques) et Daniel RALLET (APSES et ancien membre du GTD SES-Math)
Pourquoi échanger entre disciplines ?
Chaque discipline a ses objectifs propres, sa démarche propre, et elle se préoccupe légitimement de les développer. En même temps, chaque discipline a besoin pour elle-même dautres disciplines, quil sagisse de méta langages, comme le français ou les mathématiques, mais aussi pour nous de contenus quapportent les lettres, la philosophie, lhistoire, la géographie, les mathématiques,
Cet apport dautres disciplines était dautant plus nécessaire que lévolution de nos programmes y concourrait : comment enseigner la partie sociologique de notre programme de terminale sans une connaissance de lhistoire sociale ? Comment évoquer des auteurs ou des thèmes comme le travail, la mondialisation, les Trente Glorieuses, les mutations sociales, que nous savons communs à dautres disciplines sans savoir ce quelles en disent ? Dautant que lorsque nous parlons des mêmes objets, les approches sont souvent différentes, non seulement la façon de voir les contenus, mais aussi les méthodes de travail, comme le travail sur documents, la dissertation, le travail dargumentation, dont nous avons parfois des exigences différentes. Lobjectif nest pas dunifier, mais de donner des repères explicites à nos élèves. Il faut prendre en compte que les disciplines sont des constructions scolaires : il en résulte la nécessité de mettre de la cohérence globale pour les élèves, y compris pour vérifier que certains savoirs ne sont enseignés nulle part.
Un travail inachevé et à reprendre
Cette préoccupation a été largement abandonnée par linstitution. Les collaborations entre GTD ont été rares, et la réflexion sur les profils de formation caractéristiques des filières est passée au second plan au profit de préoccupations budgétaires ou dorientation des flux vers lenseignement supérieur. La principale cause de ce recul se trouve dans la difficulté à conduire cette réflexion inter-disciplinaire, cest-à-dire à penser la difficulté de la rencontre de territoires qui peuvent craindre cette rencontre du fait de leurs proximités. En outre, pour se parler, il faut échanger dans la même langue, il faut donc passer du temps à se comprendre, pour traduire les mots des autres, pour savoir que le même mot ne désigne pas les mêmes choses, pour saisir la spécificité des autres approches. Il y a aussi beaucoup de problèmes à affronter. Comment une discipline peut-elle constituer un apport pour une autre discipline sans que celle-ci ne la voit que comme un instrument ? Comment régler les conflits dapproche ? Faut-il que lenseignement dun savoirs disciplinaire suive une temporalité correspondant à celles des autres enseignements, ou chacun peut-il suivre son rythme propre ? Au niveau de lévaluation des élèves, quest ce qui attendu ? La transférabilité des savoirs ou le strict respect de lapproche disciplinaire ? Pour échanger sur toutes ces questions, il faut 1) du temps 2) des lieux Aucune de ces deux conditions nest réunie par linstitution.
La relation entre les disciplines vue aujourdhui par linstitution : de linjonction idéologique à linjonction budgétaire
A la fin des années 90, la question de linterdisciplinarité a été relancée par le ministère Allègre, mais dans des conditions qui en préparaient léchec. Dabord, elle a pris la forme dune injonction morale adressée den haut à un bas peuple denseignants stigmatisés comme des conservateurs bornés par leur aveuglement disciplinaire. Cet appel général à la pluridisciplinarité, présentée de façon peu crédible comme le remède miracle du système éducatif, a fait léconomie de ce qui aurait pu faire avancer la réflexion sur les pratiques et sur les échanges entre disciplines. On a laissé de côté la question des relations entre les programmes et les méthodes disciplinaires, ce qui était dune certaine façon un renoncement fondateur du nouveau cours politique, pour réserver laction interdisciplinaire (action puisquil ny avait plus de réflexion) à des espaces spécialisés (TPE, ECJS) installés aux marges du système. Avec comme injonction : mettez-vous ensemble, et faites votre tambouille ! Et ce que navaient pas fait les GTD dans les années 90 a été demandé aux élèves des années 2000.
Cette injonction qui avait le double mérite de faire léconomie des travaux de recherche sur la question et sur la formation des enseignants. Pourtant, mêmes réduites à ces espaces, ces deux expériences pourraient nous en apprendre sur linterdisciplinarité, son intérêt, ses limites. Par exemple, un des intérêts des TPE est de créer un lieu où deux enseignants de disciplines différentes se regardent faire (ou ne pas faire) et découvrent ainsi la discipline de lautre. Linstitution se désintéresse totalement du bilan de ces expériences, et quand elle parle aujourdhui de relier les disciplines, cest parce quelle a dégainé larme budgétaire ou parce quelle compte sur les qualités transcendantales du Medef (enfin, nous allons tous parler la même langue).
Il y a donc beaucoup à faire. LEtat étant, pour un temps qui sannonce assez long, privé desprits éclairés, il ny a donc pas dautre solution que de secouer la « société civile », cest-à-dire nous-mêmes.
Intervention de lAPMEP - Contribution de Louis-Marie BONNEVAL
Les relations entre mathématiques et sciences économiques posent problème à deux niveaux :
Dans lenseignement supérieur, la micro-économie est fortement mathématisée. Certains considèrent cette mathématisation comme illusoire (les modèles mathématiques seraient peu adaptés à la réalité économique) et même perverse (lhabillage mathématique serait destiné à donner une caution scientifique à lidéologie dominante). Je nai pas à me prononcer sur le fond, sinon pour rappeler que ce ne sont pas les mathématiques qui sont en cause, mais la pertinence des modèles. Quoi quil en soit, cela a une conséquence lourde pour la filière ES : cest une grosse difficulté pour les étudiants qui en sont issus, dont beaucoup renoncent aux études de sciences économiques à cause du niveau mathématique quelles exigent.
Au lycée, on constate une méconnaissance mutuelle de chaque discipline. Les professeurs de mathématiques désireux de proposer à leurs élèves des ouvertures sur les sciences humaines manquent souvent de la formation nécessaire. Certains sujets de "mathématiques appliquées à léconomie" dans les manuels ou au baccalauréat ES montrent que la bonne volonté ne suffit pas, et quon a vite fait de dire des bêtises dans un domaine quon ne maîtrise pas. De leur côté, les professeurs qui enseignent les sciences économiques et sociales au lycée nont pas tous une formation mathématique consistante : cest le cas pour ceux qui sont passés par une faculté de sciences économiques ; en revanche ceux qui ont une formation de sociologie, dhistoire ou de droit, sont souvent mal à laise avec les mathématiques et ont tendance à sen méfier. Et cela dautant plus quils remettent en cause leur rôle dans la théorie.
Louis-Marie BONNEVAL, APMEP (math), Elisabeth CASSOU-BARBIER, APPEP (philo), Nicolas LEMAS, APHG (HG)
Il en résulte que le travail interdisciplinaire mathématiques-économie est difficile. Néanmoins ce travail est possible, si les enseignants prennent la peine de se parler. Et à mon avis il est indispensable, pour sécuriser les élèves et les faire avancer.
Les thèmes communs sont très nombreux. Il suffit dans les programmes de Première et Terminale S, de reprendre lannexe intitulée"Savoir-faire applicables à des données quantitatives, exigibles à lépreuve de SES du bac ES". Jen cite quelques-uns : pourcentages, indices, moyennes, diagrammes, séries chronologiques, taux de croissance, courbes de Lorenz, coût marginal, tableau de contingence, propension, élasticité, multiplicateurs
Chacun a à gagner à ce travail interdisciplinaire : les enseignants de chaque discipline, et les élèves.
Mais même si la liaison est établie au lycée, le problème reste posé de la place, peut-être excessive, des mathématiques dans les enseignements supérieurs déconomie
Intervention des Clionautes - Chantal BEAUCHAMP, Enseignante dHistoire-Géographie
SES et HISTOIRE-GEOGRAPHIE :
I : DES CONVERGENCES ET UNE COMPLEMENTARITE CERTAINES
Cest enfoncer une porte ouverte que de dire que les SES dune part, et lH-G dautre part, sans oublier cette formation transversale quest lECJS, appartiennent à une catégorie commune, celle des sciences humaines plus précisément encore, des sciences des sociétés humaines.
LHistoire et la Géographie sont en effet, comme disciplines de recherche et denseignement, de grosses « consommatrices » de concepts issus de la science économique, de la sociologie, des sciences politiques. Cela ne veut pas dire que nous, enseignants dH-G considérerions que ces concepts sont acquis ailleurs, hors de notre enseignement spécifique, et que nous naurions plus à les retravailler avec les élèves, sauf à les inscrire dans le temps de lhistoire et dans lespace géographique. Nos élèves ne sont pas en majorité élèves de Première et de Terminale ES, de sorte que, ne serait-ce que pour ceux-là, nous sommes confrontés, nous aussi, à la nécessité de construire le sens et la compréhension des concepts. Mais sans oublier ce qui fait la spécificité des deux disciplines, Histoire et Géographie, qui ne sont pas confiées au même enseignant tout à fait par hasard.
Prenons un exemple simple : en Terminale, le programme de géographie, comme celui de SES, comporte létude incontournable de la mondialisation. Chacun comprend que ce qui est proprement géographique dans la mondialisation lorganisation de lespace mondial, et laménagement des espaces régionaux quelle induit ne peut se comprendre sans létude des logiques économiques et commerciales des acteurs (entreprises, OMC, etc). Aussi utilisons-nous des concepts produits par la science économique par « utiliser » je veux dire que nous nabordons pas ces concepts pour eux-mêmes. La nécessité pour une entreprise de minimiser ses coûts ne nous intéresse pas du point de vue de la gestion de cette entreprise. Elle nous intéresse pour ses conséquences géographiques, entre autres lorganisation despaces de délocalisations industrielles, la multiplication des flux et leurs conséquences sur laménagement des territoires, lirruption, dans le rapport de forces mondial, de puissances émergentes (conséquence géopolitique).
On peut mettre aussi en évidence cet usage quasi instrumental des concepts économiques dans lenseignement de lhistoire. Prenons lexemple de létude de la crise de 1929 en classe de Première. Le mécanisme de la crise, qui est un point central dans les analyses des historiens de léconomie et des économistes, ne nous intéresse que secondairement. Cest moins sur la crise en elle-même dans le détail de son déroulement que nous allons insister, que sur la portée historique de lévénement, les interventions de plus en plus décisives des Etats dans le domaine économique et social, les nouvelles attentes que cet interventionnisme va susciter chez les divers groupes sociaux, avec des conséquences fortement contrastées selon les pays. Autrement dit, nous ne nous attacherons pas en premier lieu à mesurer lefficacité de la politique économique et sociale de Roosevelt, ou celle du Front Populaire, mais plutôt à montrer comment les initiatives gouvernementales ont pu être diversement accueillies, acceptées ou rejetées, par les divers groupes sociaux comment la politique économique est devenue un enjeu de société.
Il me semble que ces deux exemples on pourrait les multiplier montrent bien, non pas lidentité des 3 disciplines (SES, Histoire, Géographie), mais leur étroite complémentarité. Nos élèves de Première et Terminale ES sont évidemment les mieux à même de saisir cette complémentarité, et denclencher les synergies intellectuelles indispensables à leur compréhension du monde et des sociétés.
Un point cependant et, du point de vue des élèves, ce « détail » est très important peut jouer dans le sens inverse à ces synergies souhaitables : celui de lapprentissage des savoirs faire, et de lentraînement aux épreuves du bac.
II :
PAS TOUJOURS EVIDENTES POUR LES ELEVES
A travers les différents exercices que nous proposons aux élèves en H-G, nous leur demandons plusieurs choses :
décrire une situation, ou des phénomènes,
mettre en évidence des relations (entre des intérêts de classe et des choix politiques ; entre des territoires de développement différent etc.),
expliquer une évolution,
évaluer les objectifs parfois contradictoires, parfois convergents, des acteurs
liste non exhaustive.
Ainsi, en Histoire, on « explique » en raisonnant sur lemboîtement des échelles de temps. Un exemple le fera mieux comprendre. Prenons le sujet : « La 3ème République et lEglise catholique ». Pour comprendre les relations difficiles entre ces 2 entités, il convient dinsérer le sujet dans un mouvement de longue durée, étalé sur 2 ou 3 siècles, la sécularisation de la culture à léchelle européenne. Il faut en dégager une des conséquences, le processus de laïcisation de lEtat et ses différentes étapes, processus de « moyenne durée » plus spécifiquement français. On peut alors comprendre le « temps court », celui de lévénement constitué par la loi de 1905 et lopposition de lEglise.
Faut-il prendre encore un autre exemple, en géographique cette fois ? Reprenons létude de la mondialisation. La spécificité de lapproche géographique est létude du phénomène à différentes échelles : au niveau de lespace mondial (flux marchands, flux de capitaux, place de la Triade dans les échanges) ; au niveau régional (constitution despaces régionaux présentant des niveaux dintégration différents, du libre-échange à lUnion économique et monétaire) ; au niveau local (aménagement des interfaces maritimes et continentales, structure des aires métropolitaines, etc).
Ces exemples me semblent mettre en évidence une différence essentielle entre ce que les enseignants dH-G et les enseignants de SES attendent des productions des élèves. En SES, on leur demande de soutenir une argumentation. En H-G, on leur demande de décrire des articulations. Ceci me semble expliquer en partie pourquoi les épreuves du bac sont différentes dans leur conception, ce qui, il faut bien le dire, déroute les élèves. Peut-être devrions-nous, les uns et les autres, trouver les moyens de mieux expliciter nos attentes respectives, et de mieux faire saisir la logique de leurs différences. Ce pourrait être lenjeu dun travail interdisciplinaire à mener dans nos lycées entre collègues des deux disciplines.
Intervention de lAPHG - Nicolas Lemas
(Retranscription)
Mesdames et Messieurs,
Cest parce quelle est très consciente des enjeux et menaces auxquels la série ES est confrontée que lAPHG, que jai lhonneur de représenter ici, a le plaisir de participer à ce colloque. Certes, les attaques contre la section et sa discipline principale, les SES, ne sont pas choses nouvelles : après tout Raymond Barre ne disait-il pas « lagrégé déconomie, cest moi », au moment de la création de lagrégation de SES ? Elles prennent toutefois une acuité nouvelle et pressante dans les propos du ministre de lEducation nationale, soutenues par de puissants intérêts. Accusée dun côté de ne pas être assez "business-friendly" comme si linstruction devait former autre chose que ces citoyens ! -, on lui reproche dun autre côté dêtre trop abstraite, ou encore pas assez cohérente ou trop hétérogène, ou enfin pour sarrêter là pas assez scientifique par rapport aux recherches outrancièrement mathématisées de niveau universitaire.
Au-delà de la défense dune nécessaire pluralité des approches et des disciplines enseignées seule à même de fournir aux futurs citoyens les outils conceptuels et cognitifs adéquats à son orientation dans le monde notre position pourrait apparaître ici paradoxale. En effet, je voudrais ici défendre lenseignement de lhistoire-géographie (HG) que lattaque contre les SES menace également plus quindirectement.
LAPHG pense en effet quil serait peu judicieux et contre-productif de ne pas associer à votre légitime combat les autres disciplines majeures de la série ES, et en particulier lHG. Au-delà de la ES, cest lensemble de léconomie générale des séries dites générales non scientifiques qui est en cause et donc la place et la spécificité de nos disciplines. Régionaliser le combat serait laffaiblir. Il faut au contraire les lier pour sauver la série ES : défendre lHG, cest donc soutenir aussi les SES.
1. Que la légitimité de la ES réside dans limportance, tant au plan horaire quà celui des coefficients du bac, des SES et que cette discipline soit au premier chef concernée par les attaques dont la série fait lobjet ne doit pas en effet conduire à négliger lHG. Elle seule, telle quelle est enseignée, permet de donner aux notions et concepts développés en SES consistance et profondeur. Plus précisément, lHG permet de contourner le risque dune certaine abstraction préjudiciable à la compréhension des choses dans lesprit des élèves, en leur faisant comprendre comment certains principes fonctionnent (ou pas) dans la réalité (tant passée quactuelle). Jai ainsi pu fréquemment constater dans les classes la difficulté des élèves à appliquer certaines notions a priori aussi transparentes (dans le cadre de leur usage scolaire) que les modes de domination ou de légitimité de Weber à lanalyse de cas historiques concrets et particuliers (Napoléon III, Lénine, De Gaulle, etc.). Tout se passe comme si, soigneusement cloisonnés, les savoirs de chaque discipline sexcluait dans leurs esprits. Un autre exemple me semble encore plus significatif du risque inhérent à concevoir une SES coupée de tout ancrage historique ou géographique : cest le cas du marché. Bien que lon fasse sensiblement moins dhistoire économique aujourdhui quil y a 30 ans, cette question est toutefois abordée en classe de 1ere dans le cadre de létude de lindustrialisation européenne et nord-américaine au 19e siècle. Bien que sachant à peu près comment ça marche, les élèves ont beaucoup de mal à comprendre la création dun marché capitaliste à lâge industriel comme une construction sociale, fruit de laction de multiples agents historiques et idéologies. Enfin, comment parler de la mondialisation sans évoquer son impact sélectif sur les lieux et territoires, fruit de la « compression spatio-temporelle » chère au géographe américain David Harvey ? Après tout, selon de nombreux auteurs (Jameson, Harvey, etc.), la mondialisation est dabord un phénomène spatial donc géographique (ce que des économistes reconnaissent, comme Fujita, Krugman ou Venables) !
Ce nest pas dire que lune ou lautre discipline nest (ou ne doive être) ravalée au rang de « science auxiliaire » de lautre. Ces quelques exemples et leur trouver une foultitude de pendants où le raisonnement est inversé inspiré par exemple de léconomie des institutions à la North, nest pas difficile nont pour but que de démontrer combien il serait illusoire de sen tenir les uns et les autres à une vue trop étroitement corporatiste des enjeux actuels. Prenons plutôt acte du fait que lune et lautre disciplines sont complémentaires. Défendre les SES, ce nest donc pas nécessairement ou en tout cas pas seulement plus de SES et encore moins au détriment du reste, mais articuler SES et HG. Ce qui implique sans aucun doute de renforcer, y compris au plan des coefficients du bac lHG dans le cadre dun programme renforcé et remanié, mieux adapté à la série en particulier grâce à un retour à la « cave » de lhistoire sociale et économique, éclipsée par le « grenier » de lhistoire culturelle et des mentalités. Cest à ce prix seulement quil sera possible de défendre la spécificité et la dignité des sciences humaines et sociales dans le secondaire et de structurer une série ES cohérente qui ne soit pas une « classe sans qualité ».
2. Cela est lié au second problème que je voudrais aborder avec vous. Car si la série ES est menacée, ce nest pas seulement parce que sa cohérence épistémologique semble aux yeux de certains problématique, mais aussi en raison de son recrutement. Trop souvent et cela est perceptible dans mon lycée les élèves choisissent-ils ES par défaut et notamment par défaut daccès à la S. Trop souvent encore, dans lesprit des élèves et de leurs parents, la S reste la voie royale, celle qui ouvre toutes les portes. Nombre délèves incapables (par choix, goût ou résultat) daller en S se retrouvent en ES, avec comme conséquence que lon se retrouve avec des classes au niveau global très moyen, composées délèves moyens partout mais bon nulle part ; ils se retrouvent là pour éviter daller en L ou en STG
Faut-il se contenter dun recrutement marqué par limage du « glandeur malin » - soit délèves vifs et tout à fait compétents, mais peu travailleurs, faisant un minimum defforts quand ils en font ?
Ce problème est dautant plus accentué que les projets post-bac des élèves semblent flous et globalement ils apparaissent peu motivés par les disciplines proposées et sans projet précis. Ils ne semblent donc pas choisir la série ES par goût des matières enseignées, mais au contraire à raison même de lindétermination supposée de la série et de leurs attentes. Bien que les études scientifiques soient impossibles, la série ES permet de toucher, pour le reste, à tout, de manière un peu dilatoire quant aux choix à faire. Avec un bac ES en poche, en effet, les portes de la prépa (commerciales le plus souvent) comme celles de la Fac de droit ou encore de psychologie ou dHistoire sont ouvertes. Il me semble que peu choisissent daller suivre des études déconomie et inversement, beaucoup suivent un cursus dhistoire preuve en est que la place de cette discipline doit être renforcée. Preuve également quil faut repenser larticulation Secondaire/Supérieur, dans la mesure où ce que les enseignants de luniversité attendent et enseignent en économie ne correspond quassez peu à ce quon enseigne en ES nombre se plaignent de cela (jai vu cela à Sciences-po, et à lIEP de Lille) et préfèrent travailler avec des étudiants vierges de principes et concepts en économie.
Il pourrait être objecté quil en est de même pour la série L en pire qui plus est. Cela est vrai, mais au lieu dinfirmer lidée dalliance, cela la renforce. En effet il apparaît quà travers la ES, cest la L que le ministre vise ou plutôt la suppression de ces deux séries en tant que telles, concomitamment. Aux termes en effet dun rapport mené par les inspecteurs généraux dhistoire, il apparaît que la L soit une série se dégradant de plus en plus : recrutement de plus en plus incertain, débouchés médiocres et très faible réussite post-bac, faiblesse générale du niveau en littérature, langues et sciences humaines en raison de la prédominance des disciplines dites artistiques. La liste est longue. Or, il semble bien que le ministère souhaite purement et simplement la disparition de cette section. Ce serait bien entendu une catastrophe pour lHG, mais également pour les SES. La suppression de la L en effet rendrait la ES en tant que série spécifique, inutile, et conduirait à la fusion de ces deux séries, ou à la création dune série faisant pendant à la S, se contentant dun saupoudrage de nos disciplines comme pôle littérature et sciences humaines faisant pendant à la S une sorte de classe de Philo dautrefois aménagée
Ainsi la création dune « Philo améliorée » menace de diluer lHG et les SES ensemble au nom dune sorte de conformité accordée à létat desprit dominant marqué par un utilitarisme un peu court, et daboutir à une série générale dépotoir pour élèves de série générale médiocres. Cest donc pour préserver la spécificité et loriginalité de nos disciplines quil apparaît important dassocier, et sans esprit dhégémonie, dans un même combat, SES et HG !
Intervention de lAPPEP - Elisabeth Cassou Barbier
Les professeurs de sciences économiques et sociales sont très mobilisés pour défendre leur enseignement et lexistence de la série ES. LAPPEP était conviée à participer à une table ronde consacrée à la question de la complémentarité des disciplines. Les associations des professeurs de Mathématiques, dHistoire-Géographie étaient représentées, les associations de Langues vivantes (APLV) et de Lettres (APL) avaient envoyé une contribution écrite faute davoir pu se déplacer. Les organisations lycéennes (UNL et FIDL) étaient aussi représentées.
Cette réunion a mis en évidence lurgence pour toutes les associations de spécialistes de développer la réflexion en commun de façon à réaffirmer conjointement la spécificité des disciplines et à clarifier nos discours respectifs. Les élèves se plaignent de ne pas bien arriver à passer dune approche disciplinaire à lautre, et nous le voyons bien au bac chaque année lorsquun sujet leur donne loccasion de faire le lien entre économie, sociologie et philosophie ils échouent à le faire. Cest à lévidence le signe quil nous faut travailler à larticulation des champs disciplinaires Chaque discipline gagnerait à un travail darticulation des savoirs et des exigences et méthodes spécifiques .
En outre, au nom de lAPPEP, par exemple jai rappelé toute la méfiance quil convient davoir à légard de notions trop vagues comme celle de « culture générale » et quil ne faut pas conclure de la dimension généraliste de la philosophie quelle dispenserait un enseignement de culture générale. Jai aussi souligné que nous étions désireux de ne pas voir les disciplines se positionner en termes de concurrence (à cet égard le représentant de lAPHG a tenu un discours qui nétait pas très rassurant), mais jai ajouté que pour autant les professeurs de philosophies ne pourraient accepter de voir leur discipline absorbée par lappellation « Sciences Humaines », il ne faut pas confondre pacification et colonisation même si lHistoire est en la matière mauvaise conseillère. Enfin, jai exprimé notre volonté dêtre associés avec les autres associations à lélaboration des projets de refonte des filières et notre inquiétude devant lexcessive discrétion ministérielle à cet égard. Ce colloque a réuni cent quarante personnes malgré les grèves dans les transports, souhaitons nous au moins la même chose pour fin janvier
je ne parle pas des grèves !
Intervention de lAPLV - Sylvestre Vanuxem, Président de lAPLV
Réflexions à propos de la complémentarité des enseignements de langues vivantes avec les autres matières en série ES
La notion de complémentarité avec les autres matières fait partie intégrante des enseignements de langues vivantes, dune part parce que les professeurs de langues nenseignent pas de contenus mais un vecteur de communication qui, en situation réelle, contribuera à léchange dinformations dans des domaines particuliers, ou, en milieu scolaire, pourra être mis au service dautres matières, à condition que la concertation entre professeurs évite de transformer la complémentarité en redondance. Dautre part parce que louverture vers dautres pays et dautres cultures est un des objectifs essentiels de lenseignement dune langue en France et quune certaine connaissance des autres pays est nécessaire à la compréhension de notions enseignées dans les autres matières. Au-delà de ces deux aspects, la complémentarité intervient aussi au niveau des enseignants eux-mêmes, les professeurs de langues pouvant aider leurs collègues à mieux comprendre ou à produire des documents en langue étrangère dans le cadre de la préparation de leurs cours, de leurs recherches ou leur enrichissement personnel. Réciproquement, les professeurs de langues peuvent faire appel à leurs collègues dautres matières pour obtenir des renseignements dans les mêmes cadres. Notons que dans tous ces aspects, la complémentarité entre les enseignements de langues et ceux de sciences économiques et sociales est particulièrement nette.
En classe de première et de terminale les conditions de mise en oeuvre de cette complémentarité existent, là aussi, cest particulièrement vrai en série ES, ce qui plaide déjà en faveur du maintien de son maintien. Malgré leur suppression en terminale, les TPE réalisés en première permettent aux élèves de faire jouer la complémentarité entre les enseignants de langues et ceux des autres matières. Les candidats au baccalauréat des séries L et ES peuvent passer une épreuve en langue vivante 1 « de complément » après avoir reçu un enseignement plus conséquent dans cette discipline. Dans les sections européennes, des contenus sont enseignés en langue étrangère. Selon les disponibilités, il est dailleurs possible que ces contenus concernent les sciences économiques et sociales. Ces enseignements nécessitent évidemment un travail de concertation de la part des professeurs. Ces conditions ne concernent malheureusement pas tous les élèves, car tous les professeurs de langues ne sont pas impliqués dans des TPE, tous les élèves des séries ES ne choisissent pas la LV1 « de complément » et les sections européennes, même si elles sont présentes dans la plupart des établissements, ne concernent quune minorité délèves.
Pourtant, on pourrait aller encore plus loin en matière de complémentarité langues/ autres matières compte tenu des dernières évolutions en matière denseignement des langues. Les programmes de lycée on été révisés pour toutes les séries et sont désormais établis en fonction du Cadre Européen Commun de Référence. Par contre, les épreuves actuelles du baccalauréat nont elles pas été modifiées pour tenir compte de ces changements, sauf pour les sections STG. Si les nouvelles épreuves de langues du bac STG doivent servir de modèle à celles des autres séries, le passage anticipé de certaines épreuves de langues (la compréhension audio et la production orale par exemple) sera généralisé. Le CECR permet une évaluation tout au long de la période dapprentissage dune langue. Dès lors quun niveau de compétence à atteindre a été fixé en début de scolarité et que des épreuves anticipées auront vérifié que ce niveau a été atteint pour les compétences de communication, il deviendra possible pour les élèves de consacrer leur temps à dautres apprentissages, comme de nouvelles langues (noublions pas quen série ES, la connaissance de plusieurs langues est un atout, non seulement pour une future vie professionnelle mais pour permettre un ouverture vers un maximum de cultures) mais aussi de contenus dautres disciplines, généralisant ainsi ce qui se pratique en sections européennes. Les élèves qui arrivent actuellement au lycée ont en majorité débuté lapprentissage dune langue à lécole primaire. Doit-on encore leur apprendre les langues de façon isolée, surtout sils ont fait le choix dune filière ? Ne peut-on pas en profiter pour les remotiver à ce stade en faisant justement jouer la complémentarité entre les matières ? Des épreuves finales du baccalauréat adaptées pourraient évaluer ces nouvelles compétences. Pourquoi ne pas sinspirer de la « perspective actionnelle » selon laquelle les compétences en langues ne peuvent être correctement évaluées que par une mise en situation de communication. Le Diplôme de Compétences en Langues utilise ainsi une série de scenarii pour évaluer les compétences linguistiques. Ce mode de fonctionnement pourrait par exemple être adapté pour le baccalauréat ES où les scenarii permettraient de tester des connaissances en économie par le biais dune langue étrangère à la fois à lécrit et à loral. Dautres perspectives existent. Les élèves français passant lAbibac franco-allemand passent une épreuve dhistoire-géographie en allemand. Pourquoi pas à lavenir une épreuve déconomie en allemand et dans dautres langues puisquon envisage détendre ceci à dautres pays.
Ce type dévolution exige quon insiste sur la notion de complémentarité entre les matières dès la formation des enseignants en parlant de ce qui existe sur le terrain. Cela exige aussi que lon donne aux enseignants le temps et les moyens de se concerter pour travailler ensemble.
Les conditions semblent être réunies. Une grande partie de ce qui se fait au lycée est conditionné par le baccalauréat, pour une fois, on a fait les choses dans lordre : on a dabord révisé les programmes ensuite, on lespère, on révisera les épreuves, ce qui offre des possibilités de travailler différemment. Evidemment, tant que lon nenvisagera pas la scolarité dans sa globalité (du primaire à la terminale), tant quon instaurera des systèmes à la va-vite pour les supprimer presque aussitôt (TPE), tant quon affirmera de façon péremptoire quune série du bac et donc les enseignements qui y sont principalement dispensés ne servent à rien, tant que la perception du rôle des enseignants sera faussée et tant quune gestion seulement comptable de léducation nationale prévaudra, ces réflexions pour un meilleur travail en complémentarité risquent malheureusement davoir peu de suites.
Intervention de lUNL - Léo Moreau, Secrétaire national de lUNL
La série ES, de par sa nature et les enseignements qui y sont dispensés, se prête particulièrement bien au développement de linterdisciplinarité auquel lUNL est très favorable en général. La complémentarité des matières dans le « bloc sciences humaines » que forment les SES, lhistoire-géographie et la philosophie est la plus apparente.
Toutefois, si les relations entre SES et histoire-géographie sont aujourdhui assez présentes dans les enseignements, ainsi que dans une certaine mesure entre SES et mathématiques, cest beaucoup moins le cas pour les autres disciplines.
Léo MOREAU (UNL)
La série ES mérite le développement dune interdisciplinarité globale et réelle qui suppose un travail en équipe des professeurs, et une vraie réflexion sur la complémentarité de chaque matière avec les autres, dans les sciences humaines bien sûr mais aussi au-delà.
Actuellement, les programmes très chargés, surtout en classe de terminale en SES et en histoire-géographie, ne permettent pas forcément dapprofondir des points qui mériteraient un examen plus poussé dans un cadre interdisciplinaire.
De plus, certains points de cours font parfois lobjet de répétitions dune matière à lautre, et la mise en place dune pédagogie rénovée, en filière ES particulièrement, permettrait aussi de mieux coordonner cet aspect. Un réexamen des programmes serait nécessaire dans cette optique. Des progrès ont déjà été faits et cette démarche doit se poursuivre.
Des cours plus interactifs où les élèves sont véritablement des acteurs de leurs apprentissages doivent être aussi un objectif. Les élèves qui suivent la série ES ont la possibilité daccéder à une culture en sciences humaines qui doit être renforcée notamment en donnant une réelle place à lenseignement de lECJS qui est aujourdhui trop souvent sacrifié. Des possibilités de liaisons entre les disciplines sont là encore nombreuses et riches, par exemple avec la science politique et la philosophie. Par ailleurs, loutil des TPE est tout à fait adapté en ES pour renforcer linterdisciplinarité. LUNL est favorable au rétablissement des TPE en terminale et à une évolution de leur fonctionnement pour pouvoir faire de cette vraie innovation pédagogique un moyen, entre autres, dutiliser la complémentarité des disciplines et de la mettre en évidence pour tous les élèves.
Les TPE, en ES comme en général, doivent en effet voir leur déroulement évoluer, avec une meilleure formation des professeurs et des élèves à lutilisation de cet outil notamment. Linterdisciplinarité suppose en effet également le développement dun état desprit chez les lycéens et les enseignants qui favorise les relations entre les matières et les travaux communs.
La complémentarité des disciplines en série ES offre donc de nombreuses opportunités qui doivent être saisies pour perfectionner lapport spécifique de cette filière aux élèves qui la suivent.
Dune manière plus globale, lUNL a entendu linquiétude de nombreux lycéens en ES après notamment la controverse autour des débouchés de cette filière. Cest loccasion de rappeler que toute réforme du bac devra être précédée dune large concertation et que la simplification et la précipitation sont rarement les gages dun dialogue efficace.
Intervention de la FIDL - Tristan Rouquier
Déjà, je tiens à remercier lApses de nous avoir invité à cette table ronde, parce quil est vrai quil nest pas courant que les lycéens soient associés aux tables rondes dassociation de professeurs. Et après, pour répondre à lAssociation des Professeurs dHistoire-Géographie, je suis daccord quen ES, il y a un certain nombre de « glandeurs malins » : moi, très honnêtement, jen suis un par exemple. Mais pourquoi est-ce quon trouve finalement plus de ces « glandeurs malins » en ES que dans les autres filières ? Parce que cest une filière qui demande à être bon ou à ne pas être mauvais partout, du fait des coefficients équilibrés, contrairement à par exemple la série S, dans laquelle jétais lan dernier (jétais en terminale S lan dernier et jai redoublé pour une terminale ES cette année). Et en S, jai vu tous mes camarades qui ont eu leur bac à la fin de lannée, parce quils avaient eu 13-14 en mathématiques, 13-14 en Sciences de lingénieur ou SVT suivant leur section et finalement qui se retrouvaient avec 4-5 en histoire-géographie, 4-5 en philosophie, 4-5 dans toutes les autres matières, mais avec des coefficients tellement forts dans les matières scientifiques quil suffisait de travailler dans 2-3 matières pour avoir le bac. Cest la réalité en S et il faut se le dire. Donc aujourdhui, je juge que la filière ES est celle qui demande le plus de travail à un lycéen. Pourquoi ? Parce quil faut travailler dans toutes les matières et connaître les notions de chaque matière. Par contre, le défaut que lon retrouve en ES, cest quil ny a pas assez de travail commun entre les différentes matières. Ainsi, on a des sujets différents ou même des sujets communs, qui sont abordés à des moments différents. A ce sujet, la FIDL pense quil faudrait, dans les programmes et dans la façon de traiter les sujets, synchroniser les différents programmes pour avoir des façons différentes daborder les sujets. Par exemple les Trente glorieuses peuvent être abordées dun point de vue historique, géographique, économique, social et philosophique aussi (pour ne pas oublier la philosophie qui je pense a toute sa place ; dailleurs, on devrait trouver la philosophie enseignée largement avant la terminale à mon goût ; mais cest un autre sujet). Donc on a un certain nombre de sujets qui ne sont pas mis en commun et finalement on se retrouve avec un quiproquo assez important au travers de lannée et un manque de résultat évident lié à cette dispersion des sujets. Pour continuer, je reviens sur certaines déclarations, et qui nous ont tous mis en action sur ce thème-là : il sagit des déclarations de Xavier Darcos, qui disaient que les filières ES navaient pas de débouchés évidents. Les mots sont importants, parce que, effectivement, la filière ES permet de faire une série de débouchés multiples : des sciences humaines, de la géographie pure, du droit
, on peut même faire un BTS communication ou autre. Cest une filière vraiment très ouverte. Alors quel problème existe-t-il à ce que ce soit une filière qui nous ouvre des portes multiples ? Personnellement, je nen vois pas. Peut-être faudrait-il faire plus de travail dans la vision quon a des filières : les gouvernements quels quils soient depuis un certain nombre de temps ont instauré une image à travers les filières qui était que la filière S était une voie royale, la filière L était une voie pour devenir professeur et la filière ES était la voie des autres, qui ne voulaient pas aller vers lenseignement professionnel ou technologique.
Tristan ROUQUIER (FIDL)
Ceci est, en gros, le schéma qui a été insidieusement instauré dans léducation. Aujourdhui, je pense que le travail que lon a à faire dici janvier pour avoir des propositions cohérentes et constructives de la part du ministre, cest de mettre toutes les filières sur un pied dégalité quelles soient générales, professionnelles ou technologiques, quelles soient économiques, scientifiques ou que ce soit la menuiserie par exemple en enseignement professionnel. Il faut que toutes les filières soient mises sur un même pied dégalité. Comme je lai vu sur le site de lApses, le fait davoir en seconde générale un tronc pour tout le monde de découverte de lenseignement économique et social (comme on peut découvrir les mathématiques depuis que lon a 6 ans) est une très bonne idée. Pourquoi interdirait-on, au moment où lon doit choisir, davoir une découverte de cet enseignement, même si ce ne sont pas les SES quon a en seconde mais un enseignement vraiment plus global pour tout le monde. Et pour finir, je vais terminer sur lECJS, qui est finalement le point de convergence, quelle que soit la filière, entre lhistoire-géographie, la philosophie, les mathématiques (parce quon parle dun peu de tout, quand on fait de lECJS). Ce nest pas fait actuellement, mais on devrait aborder un peu les différents thèmes qui se proposent à la société et cest comme cela que lon forme les futurs citoyens. Un intervenant précédent disait que le rôle du lycée et de lécole en général est de former les futurs citoyens. Je crois quun des moyens darriver à son rôle final, est de permettre à tous les élèves daccéder aux sciences sociales. La formation des futurs citoyens passe par une éducation et donne comme résultat un accès aux sciences sociales. Aujourdhui lECJS permet la découverte dautres perspectives que lon ne découvre pas dans sa propre filière. Donc je pense quil faut revaloriser lECJS et y associer plus de notions économiques et sociales. Et cest là où je voulais en arriver : on met totalement de côté dans lECJS laspect économique et social, tel quon peut lavoir dans les cours de SES. Vraiment, je pense que la clé permettant daccroître la complémentarité dans la filière ES est daborder de façon différente des points communs et les mettre en relation.
Table ronde n°3 : Quel enseignement économique et social au lycée ? (15h55-17h30)
Pourquoi croiser les différentes sciences sociales ?
Comment étudier lentreprise et le monde du travail aujourdhui ?
Quelle place pour lenseignement des SES au lycée ?
Animateur : Philippe FREMEAUX
Introduction : Henri LANTA (professeur de SES en prépa BL)
Intervenants :
Pascal COMBEMALE, enseignant de SES en CPGE BL, Renaud CHARTOIRE, enseignant de SES (APSES), Michel LALLEMENT (Sociologue), Elie DE SAINT JORES (Chef du service Education et Formation Initiale du MEDEF, Mandataire MEDEF au conseil supérieur de lEducation (CSE) et au Conseil national de lEnseignement Supérieur et de la recherche (CNESER), Maryse DUMAS (Secrétaire générale de la CGT), Leïla DE COMARMOND (Journaliste Les échos)
Intervention dHenri Lanta - Professeur de SES en prépa BL
Sèvres 1967, Paris-Dauphine 2007
Après avoir entendu Bruno Magliulo apporter la preuve que les débouchés des bacheliers ES sont réellement satisfaisants, suivi avec attention les propos duniversitaires qui savent, eux, de quoi ils parlent puisquils ont devant eux, dans leurs cours, ces bacheliers, mêtre réjoui de la volonté dapprofondir les relations avec les SES exprimée par tous les représentants sauf un des disciplines présentes dans la section ES, je me demandais ce que jallais bien pouvoir dire en guise dintroduction à la dernière partie du colloque. Parce quen 2007, si je réfléchis un peu, je ne dispose que dun atout, et encore : je participais au stage de Sèvres de novembre 1967
.
Henri Lanta (APSES) et Philippe Frémeaux (Directeur de la revue Alternatives économiques)
En novembre 1967, à la tribune de la salle de conférences, Marcel Roncayolo présentait aux professeurs dHistoire-Géographie et de Sciences et Techniques Economiques chargés de lenseigner, le programme de la classe de Seconde AB élaboré avec Guy Palmade, Louis et Huguette Bergeron Jacques Lautman etc
quelques mois auparavant. Pour les professeurs de Sciences et Techniques Economiques (S.T.E.) dont jétais, regroupés autour dA. Cénat, futur doyen de lI.G. de Gestion, Marcel Roncayolo, cétait lennemi, lusurpateur, celui qui nous volait un enseignement de léconomie bien à nous, un enseignement étroitement calqué sur le savoir savant des années 1960, un enseignement sérieux, exclusivement économique par conséquent. Ah !
il navait rien dinductif cet enseignement ; chaque chapitre commençait, bien entendu, par les définitions les plus savantes, tirées si possible du manuel de R. Barre, et assénées avec lassurance de celui qui sait avoir la science derrière lui à des élèves dont les interventions et les questions occupaient 2 minutes par heure de cours, 3 quelquefois. Si les partisans du modèle savoir savant- épistémologie constructiviste étaient venus minspecter dans ces années 1960, ils mauraient félicité, jen suis sûr.
« La difficulté avec ceux qui étaient présents à Sèvres en 1967, cest quils se laissent aller
» est en train de se dire Philippe Frémeaux, les yeux fixés sur la pendule.
En réalité, jai réfléchi au choix des deux ou trois moments de lhistoire des SES susceptibles dintéresser toutes celles et tous ceux qui ont la chance de navoir pas lâge de sêtre trouvés à Sèvres en 1967. Quand on connaît, raconté par lintéressé, en 2004, le cheminement qui a conduit à confier à Marcel Roncayolo, « linvention » de lenseignement des SES (se garder, surtout, de parler de discipline), on se dit que les partisans du modèle savoir savant- épistémologie constructiviste nont vraiment pas eu de chance. Parce quenfin, supposons que le projet ait été confié au grand professeur de Sciences Economiques du moment, R. Barre, des centaines de milliers de lycéens nauraient pas été pervertis par le modèle analyse sociale-épistémologie inductive (oui, oui, cest comme ça quil faut sexprimer). Récapitulons :
En 1965, le ministre de lEducation nationale, le très gaulliste Christian Fouchet a le projet de créer, entre la section A (littéraire) et la section C (scientifique) une troisième section denseignement général désignée en conséquence par la lettre B ;
Fait partie du cabinet du Ministre un normalien, J.Knapp ; des normaliens dans les cabinets ministériels, cest la norme.
le hasard (la Providence, qui sait ?) se met à jouer un rôle lorsque, début 1966, à loccasion du repas organisé en lhonneur du caïman de géographie Roncayolo, Knapp mange à côté dudit caïman, lui parle du projet du Ministère et lui demande si cela lintéresse.
Fin 1966, les jeux sont faits : en dépit de son mendésisme affiché, soutenu par les gaullistes purs et durs du Ministère, Marcel Roncayolo (puis Guy Palmade), partisan acharné du décloisonnement des disciplines universitaires, va faire des SES un « enfant » de lEcole des Annales. Le modèle « savoir savant-épistémologie constructiviste » vient de perdre la première manche. Dans les stages de Sèvres, dans les salles de classe, il va perdre la seconde, celle des pratiques pédagogiques.
Sur la pédagogie des SES, rassure-toi Philippe, je serai bref. Cependant, pour comprendre la place prise par la « fameuse » pédagogie des SES, je crois utile de souligner la différence fondamentale séparant la fin des années 1960 de la fin des années 1980. A la fin des années 1960, les professeurs de SES, lApses et lInspection Générale, étroitement solidaires (mais oui, mais oui, cela a existé et duré !) ne disposaient pas de laide, combien précieuse, des sciences de léducation. On navait pas encore pris conscience de la tragédie inductive ; lexpression « savoir savant » nétait pas encore inventée. Cest dire létat de barbarie dans lequel nous nous débattions. La priorité était « daccueillir » les dizaines de milliers délèves qui, sans la section B, nauraient pas connu lenseignement général, ce qui, au passage, fournit quelques renseignements sur leur origine sociale. Dun point de vue pédagogique, les enseignants dH.G.et de STE, volontaires pour se lancer dans laventure SES, ignoraient peut-être les dernières découvertes des chercheurs en didactique mais étaient certains dun fait, mille fois constaté : si le cours est magistral, sil parlent 58 minutes sur 60, les élèves cessent découter. Ce dont nous étions tous convaincus dans les années 1970, cest que les élèves doivent parler et, comme il nest pas question quils racontent leur vie, il faut quils travaillent avant de prendre la parole. Pour cela, les documents sur lesquels ils travaillent, seuls ou en petit groupe ne peuvent pas être tirés du manuel « du meilleur économiste de France ». La méthode inductive, on ne la pas vraiment choisie, elle sest imposée parce que « ça marche ». Il ne faut pas chercher plus loin limportance accordée depuis 40 ans aux TD qui doivent précéder, on la bien compris, le moment, tout aussi essentiel, des mises au point cest à dire des définitions précises, rédigées avec soin, des raisonnements rigoureux dans lesquels les « donc », les « par conséquent » sont bien à leur place etc
. Lintervention du professeur est alors essentielle : à lécoute des élèves, sétant donné le temps de repérer leurs difficultés, il est en mesure dajuster son discours, dinsister sur tel point mal compris etc
Cette pratique a fait lunanimité (et notre force) pendant près de vingt ans. Si lintérêt des élèves, si la nécessaire amélioration de nos pratiques pédagogiques étaient restés au centre des préoccupations des professeurs de SES, laffrontement pédagogique qui nous a déchirés naurait jamais eu lieu. Méthodes inductive et déductive doivent cohabiter, bien sûr : limportance relative de chacune delles nest pas la même en Seconde et en Terminale. En réalité, cet affrontement masquait une banale lutte de pouvoir, avec ambitions contrariées, création dune deuxième association de professeurs de SES, manipulations, dénigrements, recherche de places dans les commissions ministérielles etc
ce que connaissent toutes les associations. Pitoyable ! Les sciences de léducation, elles, ont poursuivi leur chemin. Jai récemment pris connaissance dune nouvelle recherche intitulée « Ré-forme des SES : savoir total, mais savoirs pluriels » sappuyant notamment sur les travaux de E. Morin et la notion de pensée complexe qui réunit, comme chacun sait, « les travaux de la systémique, des sciences cognitives et de constructivisme ». Pour résoudre les difficultés rencontrées, chaque jour, devant les élèves, nous sommes sur la bonne voie !
Je termine (enfin !
se dit Philippe, les yeux fixés sur la pendule) en rappelant une fois encore ce que nous savons tous : la tradition de lutte de notre Association, pour lexistence dabord, pour un adjectif ensuite, pour le maintien des heures de TD souvent, très récemment encore. Pierre Bourdieu (en voilà un qui savait se battre et nous a toujours soutenus) fournit linstrument danalyse le plus convaincant pour expliquer la nécessité dans laquelle nous nous sommes trouvés de défendre notre existence puis notre identité : en 1967, nous pénétrions avec assurance (arrogance ?) dans un champ, celui de lenseignement, au niveau des lycéens, des sciences humaines parmi lesquelles, léconomie. Ce champ était déjà bien occupé ; se faire une place ne pouvait manquer de soulever « quelques » difficultés. Aujourdhui, cela ne fait aucun doute, lApses doit à nouveau se préparer à affronter les projets ministériels. Elle sait faire. Une des preuves en est ce Colloque qui a montré, chiffres à lappui, la réussite de la section ES, ouvert des perspectives de collaboration entre les disciplines qui la composent et « remonté à bloc pour dix ans » ses participants. Il reste que le travail de ses responsables, du front office, va devenir encore plus considérable. Cher Sylvain David, tu nas pas le souci de te faire élire président mais je ne serais pas étonné que, dans les mois qui viennent, chaque matin, en te rasant, tu ne penses quà ça
. Moi, du fond du back office, je me permets de tinformer : tous les matins, je me rase.
Intervention de Pascal Combemale - Enseignant de SES en prépa BL
Je ne sais trop quelle est la question posée, mais je vais essayer dapporter des éléments de réponse, car cest toujours, finalement, la même question qui est posée, celle de la légitimité des SES. Lenjeu nest plus aujourdhui, du moins je lespère, lexistence même de cette toujours jeune discipline, car on voit mal au nom de quoi on pourrait nier la nécessité dun enseignement économique et social en 2007. Il sagit plutôt de la question lancinante des contenus, de ce que lon met dans les SES. Car il en va pour nous comme pour certaines catégories de la population : nous sommes sans cesse soumis à des contrôles didentité. Sous le moindre prétexte, on nous arrête, on nous demande nos papiers : cest quoi ça, les SES ? Ca vient doù ? Ca ne serait pas dangereux ? Cest autorisé ? Pourtant, nous sommes présents sur le territoire national depuis 40 ans, nous avons déjà une histoire. Et cest à cette histoire quil faut revenir pour éclairer les débats présents. Je commence donc par un bref rappel des épisodes précédents, dont on peut chaque fois retirer une leçon. Le contexte dans lequel les SES sont nées nétait pas du tout le même que celui que nous connaissons aujourdhui. Pour situer les choses, rappelons aux plus jeunes quil existait alors un Plan ; à lépoque, cétait le Vème Plan (66-70). Lun des objectifs est la modernisation de léconomie et de la société. Dans ce cadre, les SES sont chargées dune mission dalphabétisation : dispenser une initiation au faits économiques et sociaux. Pour des raisons tenant à létat du champ des sciences sociales, à côté des modernisateurs humanistes, les fondateurs sont, pour la plupart, issus de lEcole des Annales. Mais, très raisonnablement, on se contente en effet dune initiation à du vocabulaire et à quelques mécanismes (le best seller dAlbertini sappelle « les rouages de léconomie nationale ») : lapproche est assez largement descriptive, historique, démographique, géographique, mais aussi méthodologique. Le refus dune théorisation jugée trop précoce est explicite. Cela nexclut pas toute problématisation : lépoque est à lanalyse comparée des grands systèmes, qualifiés de libéral et socialiste dans les programmes, et le test comparatif est le développement. A cette époque, je suis élève en série B, comme Nicolas Sarkozy. Nul nest parfait. Mes quelques souvenirs sont à peu près cohérents avec ce qui a dû caractériser cette phase : je me suis un peu ennuyé en seconde, où jai fait beaucoup de démographie (heureusement, il y avait aussi des cours de dactylo en option) ; en première, jai dû dessiner avec émotion mon premier circuit et jai été fasciné par une cérémonie vaudoue au cours de laquelle le professeur nous a initiés, par la magie dune calculatrice programmable, à la toute puissance du multiplicateur keynésien ; en terminale, cela devenait plus intéressant encore, avec la question du développement, mais il y avait aussi des cours moins stimulants, de géographie économique, sur des pays, tels que le Mexique ; le sujet de bac fut toutefois « linflation est-elle toujours et partout un phénomène monétaire ? », il devait donc bien y avoir un économiste caché quelque part. Au cours de cette période, dont lacquis est cet objectif raisonnable dinitiation, il ny a pas de tension entre lenseignement supérieur et les SES, qui sont encore invisibles.
Léconomie universitaire est dans lenfance, cest à dire littéraire, comme en atteste le manuel de Barre ; son successeur, le manuel de Samuelson ne sera pas très formalisé non plus. Quant à la sociologie, elle cherchait avant tout à exister (surtout si lon prend comme critère de la sociologie, le travail denquête), entre la philosophie et lanthropologie. Pour la plupart, les professeurs de SES ne sont alors ni économistes, ni sociologues de formation. La génération qui prend le pouvoir à la fin des années 1970 promeut le travail sur documents, et ces documents sont souvent des dossiers de presse. Le but est alors clair et accessible : il sagit de donner aux élèves les outils leur permettant de lire intelligemment, donc de comprendre et de critiquer, les pages économiques et sociales du Monde. Cet acquis là reste évidemment dactualité au moment où les élèves citoyens sont submergés par un déluge dinformation : le problème nest plus de la trouver, dy accéder, il est de savoir lévaluer, lanalyser, la décoder, donc de savoir la sélectionner, la hiérarchiser, la critiquer. Il ny a pas non plus de tension lors de la période suivante alors que nous prenons pourtant un tournant assez lourd de conséquences vers la théorie. Pendant les années 1980, en effet, les SES sont en quelque sorte parrainées par lécole de la Régulation et par Bourdieu, le point commun entre les ces deux sources étant le maintien dune référence à lunité des sciences sociales. Jusque là, les SES sont en phase avec le mouvement historique, si jose dire. Lacquis de cette période est quil est possible dinciter les élèves à travailler et à réfléchir en partant de questions sujettes à débat, qui nappellent pas de réponses simples et immédiates. Mais, le vent tourne progressivement au cours des années 1990. Beaucoup de choses changent : le monde, les enseignants, les élèves, et les sciences sociales. Je pourrais bien sûr parler de leffondrement des alternatives réelles au capitalisme, de la vague néo-libérale, du réenchantement de lentreprise, etc
Dans le champ des sciences sociales, les rapports de force évoluent aussi. On pourrait évoquer de nombreuses bifurcations ou retours en arrière : vers lindividualisme méthodologique, le retour du sujet, de la phénoménologie, de lherméneutique, du pragmatisme, etc
Quelques regards se tournent alors vers les SES : pourquoi ne changeraient-elles pas, elles aussi ? Doù une série de procès en sorcellerie pour nous convertir au nouveau siècle et à toutes ses promesses. Comme sil fallait nous rééduquer : éliminer les derniers vestiges darchéo-marxisme, de keynésianisme hydraulique, de régulationnisme polymorphe, de bourdieusisme radical, etc.., autant dire se débarrasser de toutes ces pathologies dadolescents attardés, et accepter enfin de sadapter au monde tel quil est. Beaucoup de ces critiques furent de mauvaise-foi, ou tout simplement purement idéologiques. De toute façon, en retard dune bataille. Il suffit de consulter les programmes, de feuilleter les manuels, de consulter les forums de professeurs de SES, et bien sûr de lire Alter-Eco pour constater que lenseignement des SES a, dans ce registre, considérablement changé depuis les années 1970. Dailleurs les enseignants eux-mêmes ne viennent pas de la planète Mars, ils nont pas été congelés pendant la guerre froide, comme tous leurs collègues ils ont dabord été formés dans les Universités, le plus souvent dans les UFR dEconomie. Alors où est le problème ? Plus le temps passe et moins je vois de problème réel, car il ny a pas dalternative sensée à ce que nous essayons de faire. Pour le montrer, je pourrais jouer des contradictions entre les critiques qui nous sont faites : pour les uns, notre enseignement nest pas assez théorique, pas assez formel, il est donc trop descriptif, empirique, méthodologique, institutionnel ; pour les autres, il est au contraire trop loin de la réalité, la réalité des entreprises par exemple, il nest pas assez concret, il est trop spéculatif. Je préfère suggérer rapidement que les autres orientations sont impraticables. Les SES ne peuvent notamment pas devenir un enseignement dEconomie, ou de pure Economie, car celle-ci est devenue bien trop complexe, technique, formalisée, et surtout fragmentée en une mosaïque de spécialités, au point quen trois ans dUniversité on acquiert seulement un aperçu fragmentaire de son étendue et de son relief. On la constaté récemment lorsquil a fallu expliquer aux élèves pour quelles raisons précisément on avait attribué le faux Nobel à Leonid Hurwicz, Eric Maskin et Roger Myerson. Le « mechanism design » vous connaissez bien ? Dans ces conditions, la seule possibilité serait de transformer la première et la terminale en propédeutique, en année préparatoire du cursus universitaire, ce qui indépendamment de linadéquation de la formation ainsi apportée à la très grande majorité délèves qui ne sont pas destinés à suivre ensuite un tel cursus, poserait demblée deux problèmes : 1) un tel enseignement naurait pas de sens pour les élèves car sa finalité se trouverait à lextérieur de lui-même, comme si lon demandait à ces élèves de grimper deux ou trois marches seulement dun escalier dont ils ne verraient pas où il mène et que peu dentre eux seraient destinés à gravir jusquen haut ; 2) un tel enseignement reposerait nécessairement sur des choix qui resteraient inquestionnés, interdisant toute distance critique, fermant la réflexion ; il se présenterait inévitablement comme un catéchisme que lon récite ou que lapplique à une série limitée de cas stéréotypés ; Je doute que cela soit ce que lon puisse attendre dune véritable formation intellectuelle, dun investissement éducatif redéployable sur un horizon long, qui excède largement le cycle des modes et des querelles académiques. Les SES pourraient plus facilement devenir une propédeutique aux cursus de sociologie, mais les problèmes sont là dune autre nature :
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET à la différence de léconomie, il ny a pas de cursus standard de sociologie ; INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET lacquisition dun regard sociologique ou dun sens sociologique, requiert un long apprentissage, une certaine maturité ; en lespèce cest la méthode qui importe, jy reviendrai.
On pourrait songer aussi à la gestion, dautant quelle se nomme désormais « sciences de la gestion », mais cela na pas beaucoup de justification dans une série générale, quatre ou cinq ans avant linsertion professionnelle. Notre vocation nest pas de dispenser un enseignement professionnel, mais une enseignement de culture générale. Non, ce quil convient de faire, et surtout, ce quil ne faut pas faire, nous le savons, parce que nous avons désormais accumulé une expérience collective, résultat dun long processus dessais, derreurs et de succès. Dabord, il faut rappeler que les meilleurs programmes et les meilleures intentions sont voués à léchec sils sont déconnectés de la réalité de la classe ; un enseignement efficace présuppose des élèves intéressés, mobilisés, en mouvement ; il faut donc prendre comme point de départ ce qui peut avoir du sens pour les élèves tels quils sont, ce qui ne signifie pas sen remettre démagogiquement à leur curiosité spontanée, mais qui implique de partir de questions sur la société dans laquelle ils vivent, questions qui les concernent directement ou indirectement, sur un horizon court ou long (par exemple les questions du développement dit soutenable, des inégalités). Je me permets dinsister sur ce point, constitutif de notre identité, et pourtant souvent mal compris : il est inefficace et finalement vain de partir des savoirs constitués, que lon enseignerait pour eux-mêmes, sous le seul prétexte quils existent : il faut partir des fins et non des moyens, donc entrer par les questions, les interrogations qui suscitent le besoin de savoir, qui justifient lacquisition de connaissances ; lélève nest pas un perroquet qui apprend pour apprendre, il apprend pour comprendre ; cest dailleurs à cette condition quil sapproprie le savoir, tout simplement car il le met en uvre, il lapplique, il sen sert pour lui. Les questions précèdent donc les savoir, mais quels savoirs ? Parce quil sagit de questions sur léconomie et la société, pour lessentiel, évidemment des savoirs économiques et sociologiques. Lesquels précisément ? Ceux qui sont requis pour apporter des éléments de réponse, tout en étant à la portée des élèves, suffisamment à leur portée, non seulement pour quils les assimilent mais aussi pour quils en perçoivent les limites, la relativité. Car un enseignement de sciences sociales à ce niveau ne saurait être fermé, sur le mode du QCM, pour au moins deux raisons :
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET la dimension normative de ce type denseignement conduit à exiger le respect intransigeant du pluralisme ;
INCLUDEPICTURE "http://www.apses.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" \* MERGEFORMATINET le savoir évoluant très vite, il serait vain dinfliger aux élèves des apprentissages condamnés à une obsolescence accélérée ; Cest pourquoi, deuxième point, nous insistons autant sur les méthodes. Ce qui importe avant tout, cest lacquisition de bonnes habitudes, je dirais presque dune hygiène intellectuelle. Confronté à une question, lélève apprend à ne pas se laisse pas aller paresseusement au « je sais, yaka, faucon ». Il prend lhabitude de chercher des données, de sinterroger sur leur construction, leur significativité, leur interprétation. Ce faisant il rencontre aussi des problèmes de définition, de vocabulaire, de conceptualisation. Il découvre que dautres ont réfléchi avant lui, qui proposent des explications, sous la forme de théories, de modèles, quil faut tester. Cet apprentissage, cest celui de la démarche scientifique dans ce domaine particulier des sciences de la société. Il me semble que lon assiste depuis quelque temps à un renversement inattendu. Longtemps les SES ont été suspectées dêtre contaminées par lidéologie et elles étaient critiquées au nom de la science. Aujourdhui ce sont elles qui subissent des attaques purement idéologiques, visant un adversaire inexistant, fantasmé, et les faisant apparaître, par contraste, pour ce quelles sont désormais, de façon beaucoup plus sereine et assurée que jadis, à lâge de 40 ans : un enseignement plébiscité par les élèves, qui répond à une demande sociale, parce quil apporte des outils danalyse et de compréhension des économies et sociétés contemporaines. Les véritables interrogations, toujours à reprendre collectivement, portent sur les questions à privilégier, sur les fondamentaux dune pensée rationnelle, ouverte, autonome, sur les méthodes à maîtriser, et non sur tel ou tel détail dun contenu contingent, dans la liste infinie des savoirs académiques.
Intervention de Renaud Chartoire - Co-secrétaire général de lAPSES
Lenseignement de lentreprise en sciences économiques et sociales fait lobjet depuis quelques années de controverses récurrentes. La dernière en date est celle initiée par lassociation « Positive entreprise », qui estime que les manuels scolaires donnent une vision déformée de la réalité de lentreprise.
Les critiques formulées à légard de notre enseignement
Il est possible de regrouper les critiques apportées à cet enseignement en quatre grands types : Première critique : certains aspects de lentreprise ne seraient pas enseignés en sciences économiques et sociales (SES), tel que la gestion, la comptabilité, ou encore le management
Sur lantenne de BFM, Xavier Darcos a ainsi déclaré quil fallait enseigner comment faire du profit dans une entreprise, comme si cet enseignement était étranger aux programmes de SES. Il faudrait alors compléter cet enseignement aujourdhui incomplet, en sappuyant sur une approche plus micro-économique.
Deuxième critique : ce qui est enseigné sur lentreprise serait mal enseigné, car les programmes seraient trop abstraits, trop théoriques, et donc trop éloignés de la réalité de lentreprise. Il faudrait donc que les enseignants de SES fassent des stages en entreprise afin de connaître le vécu nécessaire à un enseignement visant à comprendre la réalité de cet acteur économique majeur quest lentreprise.
Troisième critique : lapproche des SES serait trop critique et mettrait trop en avant les conflits et les aspects négatifs de la gestion des entreprises. Il faudrait au contraire mettre en avant la réussite des entreprises, en proposant aux élèves létudes de cas concrets dentrepreneurs ayant réussi et en mettant en avant les progrès sociaux que permettent la réussite des entreprises.
Quatrième critique : lenseignement des SES serait trop fondé sur les sciences sociales. Il faudrait revenir aux fondements micro-économiques de la théorie économique pour mieux comprendre lentreprise.
Les réponses possibles à ces critiques À ces critiques, il est possible dapporter quelques éléments de réponse.
Concernant la première critique, il est possible de dire quelle nest pas dénuée de tout fondement. En effet il est exact que dans le programme de SES portant sur lentreprise, certains aspects de la réalité de lentreprise ne sont pas enseignés. La raison en est simple : lenseignement des sciences économiques et sociales nest pas un enseignement professionnalisant, mais un enseignement de culture générale permettant aux élèves dappréhender les grands problèmes économiques et sociaux contemporains. Par conséquent, certains outils ne sont pas retenus par les sciences économiques et sociales car ils ne permettent pas en tant que tel dapporter déléments de réponse aux problématiques qui sont les siennes. Ainsi, la connaissance de la gestion et de la comptabilité ne semblent pas essentielles dans le cadre des sciences économiques et sociales, alors quelles le sont dans le cadre dun enseignement d éco-gestion en STG par exemple. Cependant, cette critique est aussi erronée au sens où le plus souvent elle laisse à penser que certains aspects de la réalité de lentreprise ne sont pas enseignés, alors même quils sont au coeur du programme de SES. Ainsi qui sait réellement, parmi les contempteurs des sciences économiques et sociales, que les notions de compétitivité, dinnovation, de rentabilité, de valeur ajoutée, de facteurs de production, de profit, de productivité, de stratégies dentreprise, sont inclus dans les différents programmes de SES ? Il semble donc quune meilleure connaissance des programmes et des pratiques des enseignants de SES soit un préalable nécessaire avant la remise en question de cet enseignement.
Concernant à présent la seconde critique, il nest pas possible dy répondre sans un petit détour épistémologique préliminaire. Au fondement de notre enseignement, il y a la référence à des savoirs universitaires qui légitiment nos programmes. Si lillustration de ce savoir à partir dexemples réels est une démarche pédagogique essentielle pour permettre aux élèves de mieux appréhender les concepts parfois abstraits, ces exemples ne sauraient se substituer à un savoir universitaire qui seul est à même de donner aux élèves une grille de lecture leur permettant de mieux appréhender les grandes thématiques économiques et sociales du monde contemporain. Par conséquent, la connaissance concrète du fonctionnement de lentreprise ne peut pas être au fondement de la constitution de nos programmes, car sinon il faudrait créer un véritable Grenelle de la constitution du programme de sciences économiques et sociales, avec la présence dassociations de consommateurs pour le chapitre sur la consommation, dassociations familiales pour le chapitre sur la famille, de syndicats pour le chapitre sur les conflits sociaux... Que les acteurs économiques et sociaux dont nous parlons veuillent prendre connaissance de nos programmes et souhaitent discuter avec les enseignants de SES est tout à fait légitime. Par contre, la constitution des programmes doit rester extérieure à tout groupe de pression, car sinon les programmes scolaires ne seraient plus là pour aider les élèves à penser, mais uniquement pour répondre à des intérêts particularistes qui en tant que telle doivent rester en dehors de linstitution scolaire. Nous illustrerons cette idée par une petite métaphore : sil est normal quune personne ou quun acteur économique ou social réagisse à un article dun journaliste le concernant, il serait par contre totalement illégitime que le journaliste se voit dicter à lavance son article par ces acteurs. Il en est de même pour nous : nous ne dénions pas le droit aux chefs dentreprise de porter un jugement sur nos programmes, nous de dénions pas le droit aux chefs dentreprise de souhaiter discuter avec nous et de nous faire des propositions, mais nous pensons quils ne sont pas légitimes pour déterminer ce que nous devons enseigner. Pour finir pour cette seconde critique, il nous faut répondre à une interrogation : peut-on parler de lentreprise si nous nous ne connaissons pas son fonctionnement concret ? Nous pouvons apporter trois éléments de réponse à cette question : 1) dans un premier temps, nul nimaginerait avancer quun professeur dhistoire-géographie ne peut pas enseigner la première guerre mondiale si il ne la pas fait lui même, de même que nul nimaginerait avancer quun enseignant de physique ne peut enseigner la physique quantique sil na pas lui-même fait un stage dans un laboratoire de recherche. Il en est de même pour les enseignants de SES : la présentation des mécanismes au coeur du fonctionnement de lentreprise peut se faire quand bien même lenseignant nait pas lui-même vécu au coeur de cette entreprise 2) dans un second temps, il ne faut pas oublier que de nombreux enseignements ont déjà travaillé entreprise. 3) Enfin, il faut rappeler que lAssociation des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES) ne soppose pas aux stages en entreprise. Au contraire, nous pensons que la connaissance concrète de lentreprise peut nous apporter un plus dans notre démarche pédagogique, à partir du moment où cette connaissance concrète ne se substitue pas à la référence à des savoirs universitaires. Par contre, lAPSES sinterroge sur la légitimité du monopole actuel de lInstitut de lEntreprise sur ces stages et préconise au contraire une ouverture de ces stages vers dautres acteurs économiques et sociaux (petites entreprises, entreprises coopératives, centres de recherche, administrations, associations
)
Concernant la troisième critique, celle mettant en avant quune autre approche serait trop critique, il nous semble quelle repose sur une méconnaissance profonde de nos programmes. En effet, les programmes de sciences économiques et sociales, comme tous les programmes scolaires, reposent sur une neutralité axiologique. De ce fait, ils donnent une vision qui nest ni positive, ni négative de lentreprise. Leur objectif est simplement de montrer que lentreprise est un acteur économique central dans la création de richesses, et quil doit mettre en place des stratégies pour pouvoir gagner ou maintenir ses parts de marché dans un environnement concurrentiel mouvant. Il ny a dans les programmes de sciences économiques et sociales aucun jugement de valeur sur lentreprise : il ny a que la présentation de mécanismes économiques et sociaux permettant de comprendre son fonctionnement. Cependant, cette critique porte parfois non sur le programme, mais sur les manuels scolaires. Sur ce point, nous pouvons apporter deux éléments de réponse :
1) les manuels sont réalisés par des éditeurs privés, à partir dobjectifs et de choix qui leur sont propres. Ils ne sauraient donc constituer une référence à lenseignement de sciences économiques et sociales ; ils ne sont quun outil au service des enseignants, outil quils savent utiliser avec le recul nécessaire à la réalisation de leurs missions.
2) Une étude réalisée par Rémy Jeannin, Marjorie Galy et Romain Geny a clairement montré que les manuels de seconde napportaient pas de vision négative de lentreprise. Si une phrase ou un texte sorti de son contexte peut parfois laisser une telle impression, la recontextualisation de cette phrase ou de ce document dans la séquence pédagogique permet une mise en perspective rendant illégitime ce type de critique. LAPSES propose de faire un travail systématique danalyse des manuels pour pouvoir définitivement montrer que cette critique nest pas recevable. Enfin, cette critique porte aussi parfois sur le travail et même sur les enseignants, sur leur manque dobjectivité, et en particulier dans leurs choix des documents de référence. Pour dire les choses clairement, les enseignants limiteraient leur choix à quelques revues marquées à gauche, avec une appétence particulière pour le mensuel Alternatives économiques. Il nexiste pas détude sur ce sujet. LAPSES, au regard des échanges quelle peut avoir avec les enseignants de sciences économiques et sociales, estime que là aussi cette critique nest pas fondée. Dailleurs la référence à Alternatives économiques est minoritaire dans les manuels de sciences économiques et sociales. Là aussi, une étude systématique réalisée par lApses, le Ministère ou lInspection Générale serait seule à même dapporter une réponse définitive à cette critique, qui ne repose pour linstant que sur une vague impression. Sils utilisent Alternatives Economiques, les enseignants de SES connaissent limportance décisive de la diversité des sources et ils lappliquent.
Enfin, la quatrième et dernière critique, celle consistant à penser que notre enseignement serait « trop social » et pas assez « économique », touche au fondement même de lenseignement des sciences économiques et sociales. Les enseignants de SES membres de lApses mettent en avant la nécessité de croiser des approches économiques et sociales, fondées sur des savoirs universitaires reconnus, pour mieux appréhender la complexité du réel. Se priver dune partie de ce savoir semble dommageable dans la formation de nos élèves en tant que futur citoyen.
Et demain ?
Quels sont les perspectives quant à lenseignement de lentreprise par les sciences économiques et sociales ? Nous allons à présent ouvrir quelques pistes de réflexion : 1) lApses pense que le croisement de savoir économiques et sociaux est au fondement de lenseignement des SES. Létude de lentreprise ne pourrait donc quêtre appauvrie sans la référence à lun de ces savoirs. 2) De même, la connaissance du fonctionnement concret de lentreprise via des stages ne nous semble pas en soi critiquable. Ce qui le serait, ce serait que cette connaissance se substitue à des savoirs universitaires qui seuls sont à même de fonder la légitimité de notre enseignement. De même, la possibilité pour les enseignants de sciences économiques et sociales davoir un accès plus ouvert à lentreprise pour, par exemple, organiser des visites dentreprises avec les élèves semble une excellente chose. 3) LApses est une organisation ouverte à la discussion. Nous pensons que les critiques qui sont portées proviennent avant tout dune méconnaissance de nos programmes et de nos pratiques, et nous sommes donc ouvert à la rencontre avec tous les acteurs économiques et sociaux souhaitant sinformer et discuter avec nous de lenseignement des sciences économiques et sociales. De même, nous sommes ouverts à toute proposition venant dinterlocuteurs légitimes visant à compléter notre enseignement. 4) Pourquoi nos élèves auraient-ils une si mauvaise image de lentreprise et par-delà de léconomie de marché ? Notre enseignement les pousse-t-il à une vision aussi critique, comme on lentend parfois ? Il nous semble là aussi que cest la méconnaissance de nos pratiques qui est à la base de ce type de critique. En effet, nous recevons des élèves qui parfois ont effectivement une image plutôt négative et méfiante de lentreprise, car leur seule source dinformation sont celles que leur donnent leurs parents, et les médias, qui portent une image pour le moins controversée de lentreprise, en ne parlant à son sujet que de délocalisations, restructuration, plans sociaux, délits dinitiés
À linverse, la connaissance des mécanismes qui sont à la base de léconomie de marché et du fonctionnement des entreprises les aide à prendre du recul par rapport à leurs prénotions. Cette remise en question des prénotions pour être efficace et légitime ne peut que reposer sur lapprentissage de savoir reconnus dans le domaine scientifique, et non sur lintériorisation dun vécu idéologiquement orienté se substituant à ces savoirs. Lentreprise est un objet complexe. Cest la méconnaissance qui conduit à la méfiance. Les SES en ce quelles permettent de mieux comprendre lentreprise et ses enjeux, contribuent à donner une vision moins passionnée et moins erronée de lentreprise.
Enfin, nous rappellerons que lenseignement des sciences économiques et sociales repose sur trois grands objectifs :
1) former des citoyens en donnant à nos élèves des grilles de lecture leur permettant de mieux appréhender le monde dans lequel ils vivent
2) préparer nos élèves à lenseignement supérieur 3) préparer nos élèves au monde du travail, non en professionnalisant notre enseignement, mais en transmettant une culture générale qui est aujourdhui essentielle dans le cadre dune économie en perpétuelle évolution.
Nous sommes donc ouverts à la discussion avec les acteurs économiques et sociaux, pour peu que cette discussion ne repose pas sur des présupposés erronés.
Intervention de Michel Lallement - Sociologue
Référence sociologique oblige, je voudrais placer cette courte intervention sous les auspices du dernier ouvrage dA. Honneth grand sociologue allemand contemporain qui vient de publier La réification. En mobilisant ce terme qui appartient au patrimoine de la sociologie critique, je voudrais participer au débat en procédant à laide de trois affirmations relatives à la manière denseigner les mondes du travail aujourdhui. Première affirmation : lEntreprise avec un grand E nexiste pas. Comme nous lont appris aussi bien Max Weber que Pierre Bourdieu, une des missions de la sociologie, comme des sciences sociales en général, consiste à se défaire des hypostasies qui, sous les dehors de lévidence les plus communes, emportent avec elle un rapport faussé au monde. Il en va bien ainsi lorsque lon évoque lentreprise avec un E, qui constitue typiquement une forme de réification sémantique objective, dont lusage prend place dans une rhétorique dont la source est assez aisément identifiable dans le monde social.
Michel LALLEMENT (Sociologue, CNRS et CNAM)
Pourquoi se défaire dune telle façon de voir dont, pourtant, la microéconomie standard ou même une certaine vulgate néo-gestionnaire pourraient nous convaincre quelle fait sens dun point de vue scientifique ? Tout simplement parce que, pour le sociologue, il nexiste pas un modèle ou un type idéal dentreprise mais des mondes sociaux dentreprise. En déclinant au pluriel la réalité des espaces productifs, il ne sagit pas ce qui serait bien évidemment contraire aux règles de méthode les plus élémentaires dexalter la singularité mais bien de repérer des acteurs (salariés dexécution, cadres, actionnaires, clients, syndicats
), des composantes (entreprises/établissements, structures organisationnelles
) et des processus (production, négociation, gestion
) qui composent des mondes quil est possible de typer. En procédant de la sorte, on peut voir apparaître des figures plurielles de lentreprise : entreprise duale, entreprise bureaucratique, entreprise modernisée, entreprise en crise ou encore entreprise communauté
pour reprendre par exemple une typologie qui fait aujourdhui autorité. Cest bien une des missions premières des SES que de faire comprendre aux élèves quil nexiste pas un modèle unique dentreprise, pas plus quil nexiste de modèle universel de famille, de ville ou encore de parti politique. Dans un même esprit, louverture internationale me paraît la meilleure garantie pour éviter de verser dans un ethnocentrisme si caractéristique dune certaine doxa qui tend trop souvent à assimiler le particulier au général. Seconde affirmation : il convient certainement dans les programmes de SES, et dans la philosophie qui les imprègnent, denvisager un enseignement intitulé « les mondes du travail », en considérant ceux de lentreprise comme un sous-ensemble des précédents. La seconde question qui structure la présente table ronde est révélatrice de ce point de vue des ambiguïtés qui demeurent, qui prend la forme suivante : « Comment étudier lentreprise et le monde du travail aujourdhui ? ». Par delà lanecdote, le point important sur lequel je voudrais insister est que les mondes du travail sont à la fois pluriels et en profonde mutation. Ils sont pluriels : nul na besoin dêtre un sociologue averti pour savoir que les conditions de travail, létat des relations professionnelles, les espérances de carrières, les formes de domination et dinégalités
nont rien à voir, quand on les compare, dans une PME familiale de province, dans un grand supermarché de la banlieue parisienne, dans un lycée de centre ville ou encore dans une grande entreprise industrielle de lautomobile. Il convient donc de mettre à mal les fausses dichotomies entre mondes du service public et « milieux professionnels » (expression contestable qui sert souvent à désigner un segment restreint de léconomie marchande) pour montrer quil y a parfois plus points communs entre les salariés des grosses entreprises bureaucratiques publics et privées quon ne limagine bien souvent. Opérer ce type de constat cest déjà rapprocher ce que, par une forme de quasi réflexe social, lon a parfois tendance à séparer, et donc apprendre à aiguiser son imagination sociologique. Ils sont en pleine recomposition : le taylorisme a disparu pour partie de notre horizon productif, pour laisser place à de nouvelles formes dorganisation du travail et des entreprises aux effets multiples, et parfois fort délétères (que lon songe à la montée en puissance de la thématique de la souffrance des suicides, du mal-être
). On touche, avec cet élément, à dautres formes de la réification évoquée précédemment - réification intersubjective et réification subjective - qui réapparaissent sous des habits nouveaux. Mais sen tenir, comme ly invitent certains points de vue actuel, à cette seule perspective serait de bien courte vue dans la mesure où elle me paraît tout aussi schématique que celle qui consiste à écrire lentreprise avec un E majuscule. Prendre acte des recompositions signifie quil faut inscrire à lagenda de lenseignement, non seulement celle de la souffrance ou de la domination, mais aussi des thématiques telles que la pluralité des identités et des formes de reconnaissance dans et par le travail, lémergence de nouvelles formes de régulation encore en jachère (je pense par exemple à la thématique de la flexicurité), la réalité de ce que peut signifier aujourdhui la responsabilité sociale des entreprises, les questions de conciliation travail-hors travail, etc. Troisième affirmation : tout comme il existe des modes pluriels danalyse des mondes du travail (observation, entretien, enquêtes et traitements statistiques, films, analyses de documents
) qui ne sont pas substituables parce que porteurs chacun denjeux et dinterrogations différents, il existe bien évidemment plusieurs manières denseigner les mondes du travail : films, textes, visites dentreprises ou dadministration, recours à la littérature sociologique ou autre
A défaut dentrer ici dans les cuisines de la pédagogie, plusieurs impératifs me semblent plus que jamais dactualité en ce domaine. Il convient dabord dutiliser les sciences sociales comme un instrument qui désenchante les discours qui écrasent les réalités de façon unilinéaire, quil sagisse des discours sur lentreprise comme nouvelle communauté enchantée, des complaintes sur les contraintes, de la dénonciation outrancière du travail comme activité ontologiquement délétère ou encore de lexaltation dune technicité gestionnaire (qui va souvent de pair avec lignorance, plus ou moins feintes, du caractère socialement construit des dispositifs de gestion)
Il convient ensuite dutiliser les sciences sociales pour situer les mondes du travail sur un jeux déchelle micro-macro : les logiques de système existent et les comprendre cest déjà participer à une forme de déculpabilisation individuelle et collective qui relève pleinement de la mission des sciences sociales (à nouveau donc la réification
). Il convient enfin dutiliser les sciences sociales pour explorer la multiplicité des logiques qui gouvernent les mondes du travail : porter intérêt au travail et à la trajectoire demploi dun jeune en galère présente autant dintérêt sociologique que lanalyse des histoires à succès des entrepreneurs schumpétériens ; comprendre comment fonctionne une association, voire même plus généralement le tiers secteurs, fait autant sens que danalyser les stratégies des grandes multinationales
Dans une telle perspective, le croisement des regards disciplinaires richesse pédagogique depuis toujours des SES simpose plus que jamais : les mondes du travail sont, par excellence, des lieux de lencastrement de léconomique, du social et du politique. A défaut de savoir mobiliser ces différentes registres - ceux de léconomie de lentreprise, de la sociologie du travail, de lanalyse de laction publique
- on se condamnerait à ne fournir quune vue partielle, et certainement partiale, de mondes sociaux qui, quoiquon en dise, demeure centraux pour la vie quotidienne de millions de personnes, en France comme ailleurs. Cest donc bien le moins que lon doive aux élèves que de fournir, grâce aux SES, des données, des images, des grilles des lectures, etc., bref un sens à lune des pratiques le travail qui demeure lun des pivots majeurs de notre identité moderne.
Intervention du MEDEF - Elie de Saint Jores
(retranscription)
Présentation de lintervenant par Philippe Frémeaux (animateur) :
Je rebondis sur une question posée par Renaud Chartoire. Personne nest ici présent pour représenter linstitut de lentreprise qui édite par ailleurs une excellente revue, « Sociétal », très soutenue, avec une périodicité plus lente [quAlternatives Economiques] et nayant pas la même résonance par rapport aux thèmes dactualité. Je tiens à le souligner dautant plus que le champ de recouvrement de ses rédacteurs recoupe de 50 à 60 % celui des rédacteurs dAlternatives Economiques. Cest une bonne revue et très honorable. Je donne maintenant la parole à Elie De Saint Jores qui est venu ici courageusement défendre le MEDEF. Vous avez bien compris quil y a des représentants dune discipline persuadés de son utilité sociale, y compris dailleurs, et cest ma conviction personnelle, pour former une main duvre de qualité qui peut ainsi sintégrer dans la vie active à tous les niveaux de responsabilité, et qui pensent également que les critiques dont ils font lobjet sont au fond, pour une partie, illégitimes. Ce qui intéressent ces représentants de la filière SES est davoir aujourdhui le point de vue des différents partenaires sociaux sur cette question.
Elie de Saint Jores
Je vous remercie. Me poser la question de savoir si jétais téméraire ou insouciant est une première contradiction. La deuxième contradiction très intéressante vient du fait que le nombre de fois où les items rapport du travail, syndicat, conflit du travail et production apparaissant dans les programmes rend légitime létude de lentreprise dans lenseignement de S.E.S. alors que le dernier intervenant a précisé que lon met le couteau sous la gorge des professeurs pour parler de lentreprise. Je comprends ce quil a voulu dire, à savoir que lentreprise nexistait pas en tant quobjet, ce qui signifie que les choses ne sont pas tout à fait réglées
Je suis venu donner le point de vue du MEDEF - qui est évolutif bien entendu - afin de préciser certains points. Je souhaite tout dabord rebondir sur la dernière intervention qui a soulevé un point tout à fait intéressant. Les professeurs sont des travailleurs, et, du point de vue de lentreprise, les questions sont les suivantes : Qui sont les clients ? Qui paie ? Quelles sont les évaluations ? Quelles sont les sanctions ? Qui décide des programmes ? Est-ce que le décideur qui fait le programme, qui le vend et qui peut en être satisfait sera évalué ? Si lon va jusquau bout de la logique que vous avez présentée, y compris au niveau des travailleurs de même nature, cela pose une vraie question de légitimité dans la conception des programmes qui doivent être faits, cest une proposition, en collaboration avec des chefs dentreprise. Ceci semble être normal. Jai cru entendre que cétait une de vos propositions. Un enseignement de S.E.S. légitime doit associer dans sa conception un certain nombre de chefs dentreprise, non pas du tout pour emporter une vue sur lautre, mais pour quil y ait une pluralité de visions, dexemples, etc.
Elie DE SAINT JORES (Chef du service Education et Formation Initiale du MEDEF, Mandataire MEDEF au conseil supérieur de lEducation (CSE) et au Conseil national de lEnseignement Supérieur et de la recherche (CNESER)) et Leïla DE COMARMOND (Journaliste au quotidien Les échos)
Par ailleurs, vous avez dit que le travail nétait pas que souffrance, et je vous en remercie. Vous avez indiquez également que cela serait bien de montrer des exemples de réussite de chefs dentreprise. Je confirme que nous souhaiterions quil y ait davantage de chefs dentreprise qui soient conviés dans les enseignements de S.E.S. Je suis daccord avec vous sur le fait que lorganisation des stages nest pas toujours simple mais nous pouvons progresser et nous le faisons dans le dialogue « éducation / entreprise » que nous effectuons actuellement à tous les niveaux du système éducatif. Cest vrai quil doit y avoir une meilleure convergence sur ce sujet. Il y a un point qui na pas été du tout soulevé et qui napparaît pas, me semble-t-il, suffisamment dans les programmes. Lentreprise peut être aussi facteur de progrès social. Lenseignement doit être critique mais dans la critique il y a des aspects positifs et négatifs. On peut peut-être mettre plus en avant le fait que lentreprise apporte à notre société - parmi les plus riches du monde - et aux individus des éléments que lon peut qualifier comme positifs en clôture de ce débat. Ensuite, aux yeux du MEDEF, le croisement des disciplines dans lenseignement des S.E.S. est tout à fait légitime ; il ny a pas de soucis sur ce point. Nous trouvons même très bien quil y ait cet enseignement de S.E.S. Simplement, en tant que représentant du MEDEF, cest sur le comment on lenseigne que jinterviens. Il ne sagit pas de mettre des mots comme « innovation » par exemple. Il faut les traduire dune façon critique. Une critique négative gomme peut-être tout lapport de linnovation du point de vue des profits, des progrès sociaux, des fonctions de lentreprise mais aussi du rôle économique et social de lentreprise. Ceci nous semble insuffisamment montré mais je le dis de façon prudente comme nous le pensons. Ces aspects le seraient davantage si justement dans cet enseignement de S.E.S. il y avait des participations des acteurs économiques directs. Evidemment, en tant que représentant du MEDEF, nous pensons que lentreprise est un des acteurs importants du monde économique et social. Jai tout à lheure évoqué la participation des chefs dentreprise à la conception des programmes de S.E.S., mais je précise maintenant que le MEDEF ne souhaite pas intervenir directement dans la conception des programmes de lEducation nationale, et particulièrement de lenseignement général. Cest un grief quon lui fait parfois. Le MEDEF veut bien y contribuer, amener son éclairage mais il na pas vocation, comme semblent le reprocher certains étudiants à luniversité, à se substituer à lEducation nationale. Vous parliez de culture générale ; il y a un certain nombre dacteurs, dont lentreprise fait partie. Le MEDEF doit participer au débat et apporter son apport critique mais sans vouloir absolument régir lensemble des enseignements. Une autre difficulté réside dans le problème posé par le croisement des disciplines qui ne doit pas donner naissance à un objet virtuel trop éloigné de la réalité concrète du monde. Cest pourquoi, lorsquon aborde un certain nombre de thèmes tels que linnovation ou la recherche, il faut quils soient, nous semble-t-il, mis en prise directe avec la réalité et lévolution du monde. Par exemple, sagissant des contraintes sur lenvironnement, il est évident quelles vont impacter de manière forte un certain nombre de secteurs économiques et de filières, ce qui est un élément très important à montrer dans lenseignement des S.E.S. Sans résoudre tous les problèmes, ce sont quelques pistes que je dessine là. Concernant lentreprise, et cest un point fort de mon intervention en tant que représentant du MEDEF, nous considérons quelle est un des acteurs centraux de lenseignement des S.E.S. Donc sa place, son rôle, les fonctions dans lentreprise, comme le management, doivent en faire partie, sans doute de manière critique mais aussi concrète. Nous souhaitons aussi que lon montre davantage les réussites des entreprises, le progrès social quelles apportent mais également les contraintes auxquelles elles doivent faire face. Pour compléter la confluence des disciplines, il y a une discipline qui apporterait un complément et qui napparaît pas : cest le droit comme le droit du travail, le droit commercial ou le droit des contrats. Cela ne veut pas dire quil faut faire un enseignement de droit mais il est en lien direct avec un certain nombre de sujets. Alors, à la lecture du programme, celui-ci apparaît, pardonnez moi, peu attrayant. Il faut le rendre aussi attrayant. Il faut viser lintérêt des élèves en développant le partenariat avec les chefs entreprises, organiser des visites dentreprises. Bien entendu, dans un programme, il doit y avoir du recul avec les sciences enseignées mais le fait de plonger dans le concret de lentreprise, nous semble-t-il, ramènerait du sens et de lintérêt aux S.E.S. Voilà les points principaux que je voulais amener à ce débat.
Intervention de Maryse Dumas pour la CGT - Secrétaire générale de la CGT
Cest avec enthousiasme que jai accepté la proposition dintervenir dans ce débat. En raison de lintérêt du sujet, bien sûr, mais aussi pour des raisons plus personnelles. Je suis en effet une ancienne bachelière du bac B. Je lai eu en 1969, je viens dapprendre quil avait été créé en 1966 donc jai fait partie des générations qui ont « essuyé les plâtres » comme il a été dit tout à lheure et pourtant jen garde un excellent souvenir.
Maryse DUMAS (Secrétaire générale de la CGT), Pascal COMBEMALE (Enseignant SES en BL), Philippe FREMEAUX (Alternatives économiques)
Jai, par la suite, été plutôt déçue de lenseignement universitaire en Science Economique qui ma donné limpression de cultiver un véritable complexe vis-à-vis des matières dites scientifiques notamment les mathématiques. Jen comprends mieux lorigine aujourdhui, jai souvent eu le sentiment que les formules mathématiques étaient utilisées en substitut aux argumentations politiques.
Je ne sais évidemment pas quel est le contenu des programmes pratiques aujourdhui en filière ES. Mais je veux témoigner du très bon souvenir que ma laissé celui qui ma été dispensé.
Passées ces remarques anecdotiques, jen viens au cur de mon intervention. Jai réfléchi à partir de 3 préoccupations.
1. Un enseignement pour de futurs citoyens dont une majorité de salariés. 89 % de la population active de notre pays étant salariée, on peut légitimement estimer quune bonne part des élèves de Bac ES le deviendront.
Cet enseignement leur sera-t-il utile ?
Il y a au moins deux lignes de réponses possibles à ce sujet. Javoue ne pas avoir entendu celles de Monsieur Darcos auxquelles ce débat fait référence. Mais je connais les orientations patronales, celles du Medef à ce sujet, elles me paraissent assez convergentes. Depuis la lutte victorieuse contre le CPE, le débat sest beaucoup focalisé sur les difficultés dentrée des jeunes dans lemploi.
Le patronat conteste fortement lenseignement public, lEducation Nationale qui ne produiraient que de léchec et ne prépareraient pas à lemploi.
Doù la recherche dune plus grande et plus rapide professionnalisation des études et la contestation de lutilité de matière ou de filières telles que les sciences humaines, la sociologie, lhistoire, etc
Notre vision syndicale est différente et cest la deuxième ligne de réponses possible. Bien sûr que nous nous préoccupons de ce que toutes les filières denseignement permettent aux jeunes dentrer dans lemploi, et, plus tard de pouvoir construire des carrières professionnelles, daccéder à différents niveaux de qualification voire de pouvoir changer de filière et de métier.
Or, statistiquement, il est incontestable que les filières professionnalisantes sont celles qui permettent aux jeunes daccéder plus vite à lemploi. Encore que cela dépende du niveau.
Mais, sur une carrière entière le différentiel sinverse, non seulement en fonction du niveau de diplôme de départ, mais aussi et peut être surtout en fonction du degré de culture générale, de vision transversale des problèmes.
Finalement ceux et celles qui, au long de leur vie professionnelle, seront le plus en situation daffronter les défis des mobilités professionnelles, les évolutions des entreprises, les évolutions économiques et sociales diverses et variées, ce sont ceux qui auront au départ le bagage en termes de culture générale le plus élevé. Or, cest le facteur le plus discriminant. Quand vous êtes issu dun milieu populaire, ce nest pas votre famille qui vous permet daccéder à un certain niveau de culture générale : soit cest lécole, soit vous êtes enfoncé dans une inégalité de départ qui se cumulera tout au long de votre vie.
Bien sûr, que le développement du multimédia permet à beaucoup de jeunes daccéder à des connaissances dans des conditions extraordinairement facilitées. Mais il creuse les écarts aussi et de nouvelles inégalités culturelles se font jour.
Il y a un vrai défi à ce que lenseignement général permette un bagage culturel de départ qui mette le plus possible les jeunes en bonnes conditions pour construire leurs carrières, en affrontant des réalités de plus en plus complexes et en mutations rapides.
Dans cette même idée de culture générale, on ne peut pas séparer lhistoire, de la géographie, de la géopolitique, de létude des populations, de léconomique et du social.
Le dernier rapport du Conseil dOrientation pour lEmploi identifie le mauvais état des relations sociales en France comme un frein à la croissance. Les chercheurs qui défendent ce point de vue font remonter aux origines de la révolution industrielle la grande méfiance entre employeurs et salariés qui caractérise notre pays. Autant dire que pour comprendre le présent, anticiper lavenir, il faut savoir faire retour au passé.
La littérature aussi permet de comprendre ce quun rapport statistique ne suffit pas à expliquer de même que la sociologie, létude des comportements, les références culturelles.
2. Intérêt dune filière économique et sociale et pas seulement économique Il suffit de regarder lactualité pour comprendre que les choses ne peuvent pas sisoler les unes des autres. Nous sommes en plein conflit sur les régimes spéciaux de retraites. Sagit-il dune question économique, dune question sociale ou dune question politique ? Jaurais tendance à répondre, les trois à la fois mais avec un poids différent de chacune selon la position que lon occupe.
Il sagit dune question sociale pour les salariés concernés liée à leur parcours de vie, à ce quils ressentent comme le contrat qui les lie à leur entreprise, à son statut. Elle fait surgir la question du salaire, de lemploi, des composantes du contrat de travail.
Cest une question économique pour beaucoup dobservateurs, de spécialistes qui abordent les prévisions démographiques, financières.
Mais cest une question politique pour les décideurs gouvernementaux et parlementaires. Permettre à des jeunes de devenir citoyens cest leur permettre dappréhender cette imbrication et cette complexité là et dêtre capables den dénouer les fils.
Il faut en particulier remarquer loffensive pour que léconomique et un économique très marqué idéologiquement, lemporte sur le social, sur les retraites, les salaires, la durée du travail, le pouvoir dachat, lévolution des prix, les restructurations industrielles, les délocalisations, etc. Systématiquement on nous dit que les préoccupations sociales doivent seffacer derrière la raison économique. Les femmes, les hommes, les travailleurs et travailleuses sont ainsi sommés de se plier à des raisons économiques pour lesquelles on estime quils nont pas voix au chapitre.
Les lois économiques devraient ainsi simposer à tous sans être lobjet de contestation, de débats, de reculs. Plus, même ! On nous demande aujourdhui de les aimer !
Depuis quelle est présidente du Medef, Laurent Parisot affirme en effet lobjectif de nous faire « aimer léconomie de marché ». Non seulement la subir, non seulement ladmettre, mais laimer !!! Ca va quand même très loin.
En tant que syndicat, nous pensons quil faut un lien entre léconomique et le social, mais que dans ce lien, le social doit lemporter sur léconomique.
La préoccupation du progrès social doit être le moteur qui doit conduire les économistes à réfléchir autrement, à mettre autrement les curseurs. On a eu récemment un « Grenelle » sur le développement durable. Je ne développe pas sur le contenu, je veux simplement dire quon a bien admis que dans le monde, au stade où il en est aujourdhui, il fallait que les préoccupations du devenir de la planète intègrent un certain nombre de critères économiques. Et pourquoi la préoccupation du devenir humain, du devenir social, ne devrait pas aussi intégrer la vie économique ?
3. La question de lentreprise. Plusieurs points mériteraient dêtre notés : quest-ce que lentreprise ? Comment comparer un groupe multinational avec une entreprise artisanale ? Il ne faut pas non plus laisser de côté ceux qui composent lentreprise, et en particulier, les salariés qui la font vivre.
Ce nest pas parce que le Medef a décidé un jour de sappeler « Mouvement des Entreprises de France » que du coup le seul représentant de lentreprise cest le patronat. Qui fait vivre lentreprise ? Le capital et le travail. Le travail a besoin du capital, cest sûr, mais le capital a encore plus besoin du travail. Parce que sans le travail, il ny a pas de production du tout. La preuve : quand les travailleurs sarrêtent, tout sarrête.
Je pense donc que la question de lentreprise est une question de rapport social, et que sil y a quelque chose qui doit mieux être pris en compte dans les programmes, cest justement cette question des rapports sociaux. Où en est-on des questions de contradiction dintérêts ? Des rapports entre capital et travail ? Et puis où en est-on du travail en tant que tel ? Parce que le travail ce nest pas seulement la souffrance. La France est le pays qui met le travail au 1er rang de ses valeurs, par rapport à tous les autres pays du monde. Le travail est en train de profondément changer aujourdhui. Et je pense que parce que le contenu du travail change et quil sindividualise, il a des répercussions sur tous les phénomènes de société, sur le rapport au collectif, sur le rapport au syndicalisme, mais aussi sur le rapport à la politique, et sur un certain nombre de phénomènes globaux qui mériteraient dêtre vraiment approfondis.
Intervention de Leïla De Comarmond - Journaliste Enjeux Les Echos
Cest en tant que journaliste, journaliste spécialisée dans le social au quotidien Les Echos mais aussi que secrétaire du bureau de la Société des journalistes des Echos, engagé dans un combat pour lavenir de mon journal mais aussi du pluralisme de la presse.
Ce point de vue mamène à soulever plusieurs points. Dabord, lobjectif du bac SES nest à mon sens pas de permettre à lissue du cursus dêtre directement employable dans un secteur précis pour un métier précis. Donc de ce fait pour moi, lenseignement qui est dispensé dans cette filière, contrairement à la filière STG, doit être un enseignement généraliste, comme celui dispensé dans la filière littéraire ou scientifique. Il sagit à la fois de transmettre une culture générale et déduquer des citoyens qui sont ensuite appelés à poursuivre leurs études pour acquérir un métier. Dans ce cadre, il y a un enjeu majeur de pluridisciplinarité, que lon retrouve aussi dans le journalisme. Cest simple si on na quun oeil, on ne voit pas le relief. Pour décrypter, analyser une réalité, il faut utiliser plusieurs outils, dont certains conceptuels parfois difficiles à faire comprendre, dautres plus concrets, et je pense là au travail de la presse économique, en particulier sur la vie des entreprises. On a aussi besoin de plusieurs sources, doù lintérêt des textes dorigines diverses proposées dans les manuels.
Je ne pense donc pas quil faille recentrer la filière sur lenseignement des sciences économiques. Comme si elles étaient une science exacte. Cest mon point de vue personnel. Je vais vous citer un exemple à ce propos : celui du contrat unique. Un très bel objet théorique défendu par de ours économistes
Mais le seul problème cest que dans la réalité personne nen voit lintérêt, pas plus au Medef, quà la CGT.
Autre point : je ne crois pas contrairement à Michel Lallement que les enseignants sont légitimes à parler du monde du travail parce quils font partie du monde du travail. Moi journaliste, je fais aussi partie du monde du travail et ce nest pas de là que je tire ma légitimité. Ma légitimité, si tant est que jen ai une, cest dêtre un observateur dont la mission est avec mes moyens on peut critiquer ce que jécris de croiser les informations pour essayer de décrypter la réalité. Je pense que la légitimité de lenseignant se rapproche de celle du journaliste. Il y a là un enjeu majeur, nous le mesurons tout particulièrement aux Echos, cest celui de lindépendance.
Alors faut-il, comme le demande le Medef, que les entreprises participent à lélaboration des programmes ? Je me disais en écoutant le débat que Maryse Dumas allait dire quil faut aussi que les syndicats le fassent
Mais lenseignement doit-il être construit par consensus ? Doit-on faire une négociation tripartite patronat syndicats Etat _ suivie par les journalistes _ sur ce que doit être le contenu du programme de la filière de sciences économiques et sociales. Je vais là encore faire un parallèle avec mon métier : quand jécris un article sur le marché du travail faudrait-il que je fasse relire mon article par les 3 organisations patronales et les 5 organisations syndicales représentatives au niveau interprofessionnel ? Pensez-vous que cela permettrait dinformer mieux le lecteur. En presse comme en enseignement, à nous de trouver le juste équilibre, de ne pas faire dangélisme ni de misérabilisme. Ce nest évidemment pas le plus facile.
Jestime, enfin, que les sciences économiques et sociales nont pas la place quelles devraient avoir dans lenseignement secondaire en général. Je trouve anormal que la plupart des futurs salariés naient aucune vision de ce quest le droit du travail, un contrat de travail
. Là dessus, en tout cas, tout le monde me paraît daccord autour de cette table.
17h35 : Conclusion et ouverture
La conclusion de Sylvain DAVID
Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont permis de rendre très intéressante cette journée de rencontre, déchange et de dialogue que nous souhaitions la plus constructive possible entre des interlocuteurs dhorizons très divers. Nous avons constaté notamment, il me semble, que ce qui nous rapproche est sans doute plus important que ce qui nous sépare. Des points dachoppement existent bien évidemment. Nous avons ainsi un vrai désaccord avec le MEDEF, entre autres, sur la place qui peut revenir aux chefs dentreprise dans la procédure délaboration des programmes. Pourquoi les chefs dentreprise seraient les seuls à pouvoir définir ce dont on doit parler à propos de lentreprise ? Pourquoi pas les représentants des salariés ? En appliquant ce principe à tous les thèmes figurant dans les programmes de SES, nous risquons vite de nous retrouver avec tous les acteurs économiques et sociaux avec qui il faudra négocier pour tenter de définir les contenus denseignement. Plus fondamentalement, cette demande met à mal le principe de laïcité qui me semble devoir prévaloir dans lenseignement. Je pense que la question de la confiance est une trame importante : peut-on faire confiance aux universitaires et aux enseignants qui participent à lélaboration des programmes ? Peut-on faire confiance aux enseignants de SES dans leur capacité à exercer leur enseignement avec une grande conscience professionnelle ? Beaucoup des critiques qui sont adressées aux SES semblent empreintes dune certaine méconnaissance, voire dune espèce de suspicion par rapport à la réalité de lenseignement de SES tel quil est dispensé par les collègues. Ces critiques deviennent agaçantes à la longue . Il est temps que cessent les polémiques afin que nous puissions engager un travail serein et constructif sur lavenir de notre enseignement. Il me semble justement que les perspectives de travail sont nombreuses et très stimulantes. Des discussions doivent être nouées avec les enseignants du supérieur, comme cela sest déjà produit lorsque lAPSES a été invitée par lASES, lAFS ou lAFSE. Nous devons être en capacité de faire des propositions concrètes. De même, la question de la complémentarité des disciplines dans la formation des lycéens a été abordée. Sur cette question aussi nous devons être à linitiative. Nous ne pouvons laisser à linstitution, qui a été cruellement absente aujourdhui, le soin de prendre en charge, éventuellement, cette thématique. La contribution des représentants lycéens a aussi été très intéressante. Leur parole doit être entendue dans la perspective des réformes à venir. Pour terminer, je tiens à dire que nous devons nous appuyer sur les réussites incontestables que constituent les SES et la série ES dans le paysage éducatif actuel. Cela ne veut pas dire que nous devons prôner le statu quo, évidemment, mais les éventuelles pistes dévolution, damélioration devront sappuyer sur ce qui apparaît comme des principes intangibles, non négociables. Ce nest pas en brusquant un corps social que lon favorise son évolution et si nous devons être amenés à résister face à des évolutions qui dénatureraient notre enseignement, nous résisterons, fortement, et sans aucune vergogne .
DECLARATION COMMUNE
A la suite du colloque "La série ES et les SES dans le lycée du XXIe siècle" Paris-Dauphine, le 17 novembre 2007
Signataires :
Conférence des doyens et directeurs des facultés de sciences économiques et de gestions (FSEG), Association Française de Sociologie (AFS), Association des Professeurs des Classes Préparatoires Economiques et Commerciales (APHEC), Association des professeurs de sciences économiques et sociales en khâgne et hypokhâgne Lettres et sciences sociales (APKHKSES), Association des professeurs dhistoire et de géographie (APHG)Associations des Professeurs de Langues Vivantes (APLV), Association des Professeurs de Mathématiques de lEnseignement Public (APMEP), Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES), Association des Sociologues Enseignants du Supérieur (ASES), Les Clionautes, FCPE, FIDL, PEEP, SGEN-CFDT, SE-UNSA, SNES-FSU, SUD-Education, UNL
Depuis sa création, la série Economique et Sociale a permis laccueil de « nouveaux lycéens ». Elle a été et reste une série qui permet de répondre à une demande sociale forte pour acquérir une connaissance particulière du monde qui nous entoure. Elle est enfin une série qui permet une ouverture en termes de débouchés importants et variés qui correspondent aux principales évolutions de la société : tertiarisation accrue des emplois, demande forte de culture générale qui reste le principal outil pour se situer et évoluer dans une société qui ne cesse de se complexifier.
Elle trouve son originalité dans lenseignement disciplinaire particulier qui est celui des Sciences Economiques et Sociales. Celui-ci a pour caractéristique détudier des faits économiques et sociaux en convoquant, en son sein et sur un même objet, les différentes sciences sociales : principalement léconomie, la sociologie et la science politique.
Ainsi, en collaboration avec les autres disciplines de cette série, lenseignement des SES permet de dispenser un enseignement cohérent et de diffuser une troisième culture et/ou un troisième savoir nécessaire dans le monde daujourdhui. Elle correspond é 478>?@ADmòæÓÀ«ÀjWD1%h&¢h&¢B*CJ$OJQJaJ$phÿ%h&¢h&¢B*CJOJQJaJphÿ%h&¢hJh7B*CJOJQJaJphÿ7jh&¢B*CJ8OJQJUaJ8mHnHphÿtHu%h&¢hY
æB*CJ8OJQJaJ8phÿ"h&¢B*CJ8H*OJQJaJ8phÿ(h&¢h&¢B*CJ8H*OJQJaJ8phÿ%h&¢h&¢B*CJ8OJQJaJ8phÿ%h&¢h&¢B*CJHOJQJaJHphÿh&¢CJ0OJQJaJ0jh&¢UmHnHu ?BCDnop|}ø
¦
)£÷n#ø÷n#ø÷n#ø÷n#ø÷n#ø÷n#ø÷n#ø÷n#ø÷n#sÖ ÷n#̦÷n#÷n#÷n#÷n#:ëïn#ëeïn#ëeïïn#ëeíçççíççç
Æd#
$a$gd"è$a$gd&¢I-n-þþmnprs|}~´µ¶·Öרòóôõö÷ìÝÏݼݯ§¯vnanSanaj}hú^>hú^>Ujhú^>hú^>Uhú^>hú^>'jhú^>hú^>>*B*Uphÿhú^>hú^>hú^>hú^>0Jjhú^>hú^>0JUhú^>hü+¤\jhú^>hü+¤U\%h&¢hJh7B*CJOJQJaJphÿjh&¢UmHnHuhëJhJh7CJOJQJaJ%h&¢hÁB*CJ$OJQJaJ$phÿ÷øùú j k l ª « ¬ ø ù ú
ëØÊ¾Ê¤ØÊpØ`ØÊ¾ÊFØÊ2jôhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>CJmHnHtHu&jwhú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHu2júhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu(hú^>hú^>5B*CJmHnHphÿtH
8
9
:
;
¡
¢
£
¤
¥
¦
§
¨
Ä
Å
ìÚÌÚ¹©¹u¹ÌÚÌaÚÌÚ¹©TKDKhú^>hú^>hú^>hú^>0Jjhú^>hú^>0JU&jkhú^>hú^>UmHnHu2jîhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu$jhú^>hú^>0JUmHnHuhú^>hú^>mHnHu#jhú^>hú^>UmHnHu&jqhú^>hú^>UmHnHuÅ
Æ
Ç
û
ü
ý
<=>?opëÞÕÍÀͲÀÍÀÞ|p|V|Hhú^>hú^>mHnHu2jâhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu(hú^>hú^>5B*CJmHnHphÿtHjehú^>hú^>Ujhú^>hú^>Uhú^>hú^>hú^>hú^>0Jjhú^>hú^>0JU'jèhú^>hú^>>*B*Uphÿpq°±²³"#$&'()*+GHíßËíßí¸¨¸t¸ßíß`íßí¸¨¸&jYhú^>hú^>UmHnHu2jÜhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu&j_hú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuHIJ ¡¢£¤¥ÁÂÃÄÍÎÏéêëíîïæÓÅ·¥·¥·¥ÓÓÅuÅ[ÓÅ·¥·G¥·¥Ó&jMhú^>hú^>UmHnHu2jÐhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu&jShú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu2jÖhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿu£ðÒ
pj7º°sû}}óvúhý{ÿ÷fòùùùùù÷ùùùùù÷ùùùùùùùùù÷ùùùùùù
Æd#
ïðñò
¯
°
±
Ë
Ì
Í
Ï
Ð
Ñ
Ò
Ó
Ô
ð
ñ
ò
ó
MNOiïÜÎÂΨÜÎtÜïÜÎÂÎZÜÎ2jÄ hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿu&jG hú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHu2jÊhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHuijkmnopqrîïð
/01ìÚÌÚ¹©¹u¹ÌÚÌaÚÌÚ¹©¹G2j¸hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿu&j;hú^>hú^>UmHnHu2j¾
hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu$jhú^>hú^>0JUmHnHuhú^>hú^>mHnHu#jhú^>hú^>UmHnHu&jA
hú^>hú^>UmHnHu12GHIcdeghijkl012456íßѿѫ¿Ñ¿í
~
j
bUbGUbUj/
hú^>hú^>Ujhú^>hú^>Uhú^>hú^>'j²hú^>hú^>>*B*Uphÿhú^>hú^>hú^>hú^>0Jjhú^>hú^>0JUhú^>hú^>CJmHnHtHu&j5hú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu6789UVWX³´µ·¸¹º»¼ØÙÚÛôõöëØÊ¾Ê¤ØÊpØ`ØÊ¾ÊFØÊ2j¦hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>CJmHnHtHu&j)hú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHu2j¬
hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu(hú^>hú^>5B*CJmHnHphÿtH5678©ª«®¯°±²ÎÏÐìÚÌÚ¹©¹u¹ÌÚÌaÚÌÚ¹©¹G2jhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿu&jhú^>hú^>UmHnHu2j hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu$jhú^>hú^>0JUmHnHuhú^>hú^>mHnHu#jhú^>hú^>UmHnHu&j#hú^>hú^>UmHnHuÐÑéêë
*+,-PQRlmnpqrstuíßѿѫ¿Ñ¿ííßßuíßÑ¿Ña¿Ñ¿íTKhú^>hú^>0Jjhú^>hú^>0JU&jhú^>hú^>UmHnHu2jhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu&jhú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHuuíîï
./01cdùðÜÏðǺǬºÇºÏvjvPvBhú^>hú^>mHnHu2jhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu(hú^>hú^>5B*CJmHnHphÿtHjhú^>hú^>Ujhú^>hú^>Uhú^>hú^>jhú^>hú^>0JU'jhú^>hú^>>*B*Uphÿhú^>hú^>0Jhú^>hú^>de
¤¥¦§ØÙÚôõöøùúûüýíßËíßí¸¨¸t¸ßíß`íßí¸¨¸&jÿhú^>hú^>UmHnHu2jhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu&jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuZ[\vwxz{|}~ðñò
æÓÅ·¥·¥·¥ÓÓÅuÅ[ÓÅ·¥·G¥·¥Ó&jóhú^>hú^>UmHnHu2jvhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu&jùhú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu2j|hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿu1234Z[\vwxz{|}~ÐÑÒìïÜÎÂΨÜÎtÜïÜÎÂÎZÜÎ2jjhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿu&jíhú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHu2jphú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHuìíîðñòóôõSTUopqstuvwxìÚÌÚ¹©¹u¹ÌÚÌaÚÌÚ¹©¹G2j^hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿu&jáhú^>hú^>UmHnHu2jdhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu$jhú^>hú^>0JUmHnHuhú^>hú^>mHnHu#jhú^>hú^>UmHnHu&jçhú^>hú^>UmHnHuרÙóôõ÷øùúûüEFGabcefghijíßѿѫ¿Ñ¿ííßßuíßÑ¿Ña¿Ñ¿íTKhú^>hú^>0Jjhú^>hú^>0JU&jÕhú^>hú^>UmHnHu2jXhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu&jÛhú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHujÚÛÜö÷øúûüýþÿXYùðÜÏðǺǬºÇºÏvjvPvBhú^>hú^>mHnHu2jLhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu(hú^>hú^>5B*CJmHnHphÿtHjÏhú^>hú^>Ujhú^>hú^>Uhú^>hú^>jhú^>hú^>0JU'jRhú^>hú^>>*B*Uphÿhú^>hú^>0Jhú^>hú^>YZtuvxyz{|}ÜÝÞøùúüýþÿíßËíßí¸¨¸t¸ßíß`íßí¸¨¸&jÃhú^>hú^>UmHnHu2jFhú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu&jÉhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHu#jhú^>hú^>UmHnHu cde
¤¥¦§ÔÕÖðñòôõöæÓÅ·¥·¥·¥ÓÓÅuÅ[ÓÅ·¥·G¥·¥Ó&j· hú^>hú^>UmHnHu2j: hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu&j½hú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu2j@hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuö÷øùCDE_`acdefgh
ÏÐÑëïÜÎÂΨÜÎtÜïÜÎÂÎZÜÎ2j."hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿu&j±!hú^>hú^>UmHnHu#jhú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHu2j4!hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHuëìíïðñòóôTUVpqrtuvwxyìÚÌÚ¹©¹u¹ÌÚÌaÚÌÚ¹©TKDKhú^>hú^>hú^>hú^>0Jjhú^>hú^>0JU&j¥#hú^>hú^>UmHnHu2j(#hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHuhú^>hú^>CJmHnHtHu$jhú^>hú^>0JUmHnHuhú^>hú^>mHnHu#jhú^>hú^>UmHnHu&j«"hú^>hú^>UmHnHuòwÚhú^>mHnHu2j%hú^>hú^>>*B*UmHnHphÿuhú^>hú^>mHnHuhú^>hú^>0JmHnHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu(hú^>hú^>5B*CJmHnHphÿtHj$hú^>hú^>Ujhú^>hú^>Uhú^>hú^>hú^>hú^>0Jjhú^>hú^>0JU'j"$hú^>hú^>>*B*Uphÿ5679:;Z[\]pqríßËíßí¸¨woboTbob?(hú^>hú^>5B*CJmHnHphÿtHj&hú^>hú^>Ujhú^>hú^>Uhú^>hú^>'j&hú^>hú^>>*B*Uphÿhú^>hú^>hú^>hú^>0Jjhú^>hú^>0JUhú^>hú^>CJmHnHtHu$jhú^>hú^>0JUmHnHu&j%hú^>hú^>UmHnHuhú^>hú^>mHnHu#jhú^>hú^>UmHnHu¥¼¾ÁÔâ
/2?defçàÜɶ§s`ssP9,h&¢hJh70J6B*CJOJQJaJphÿhA,ùB*CJOJQJaJphÿ%hA,ùhzLÉB*CJOJQJaJphÿ(hA,ùh"è5B*CJOJQJaJphÿ%hA,ùh"èB*CJOJQJaJphÿhA,ùCJOJQJaJhëJhJh7CJOJQJaJ%hA,ùh"èB*CJ0OJQJaJ0phÿ%hA,ùhJh7B*CJ0OJQJaJ0phÿhA,ùhëJhJh70jhú^>hü+¤CJKHOJQJU\^JaJ·¸¹ºÌÍO![!º!Ä!"%"z"
"Ü"ã";#C#e#q#$!$?'K'µ'¿'×'ß'"(+( (³(Ú(è(L)T)c)o))))§)¾)É)à)ä)=*C*b*v*Ç*éÒ»²££££££££££££££££££££££££hëJhJh7CJOJQJaJhëJCJOJQJaJhëJh"èCJOJQJaJhü+¤hJh70J,h&¢hJh70J6B*CJOJQJaJphÿ,h&¢hü+¤0J6B*CJOJQJaJphÿ,h&¢hzLÉ0J6B*CJOJQJaJphÿ5Ç*Ï*+"+-+7+Æ+å+ç+è+é+#,¤,¯,Ô,Ø,--&-5--/8/¶/Á/ý/02080f0o0e1w11¥1ñ1ø1Ñ2Ò2Ó2û2ü2ñâÓâÓâÇâ´Ç¤âñâñâÓâÓâñâñâñâÓâÓâñâñâñâ|g(htCh¨î6B*CJOJQJaJphÿ(htChJh76B*CJOJQJaJphÿhëJhJh7hëJCJOJQJaJh4h46CJOJQJaJ%j'hü+¤h4CJOJQJUaJh4CJOJQJaJhëJhY
æCJOJQJaJhëJhJh7CJOJQJaJhëJh"èCJOJQJaJ(*2Ñ2Ò23 3!3*3+3555þ5ÿ5K8L8ç9è9~:Ê;]=µ>¶>[?\?§?¨?©?8AÜC÷÷ò÷÷÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷UL÷U.÷Uëe÷ Uëe÷Uëe÷
Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷
Uëe÷Uëe÷Uëe÷÷ò÷÷÷ Uëe÷
UëegdzLÉ$a$gd"èü2þ233 3!3*3+33
3;4¶>[?\?]???
?¦?ìÙÊÙÊÙ·ÙʨʨʨʨʨÊs^I(htChJh76B*CJOJQJaJphÿ(htChzLÉ6B*CJOJQJaJphÿhtCh¨î6B*phÿ(htChJh76B*CJOJQJaJphÿhëJhJh7hëJCJOJQJaJhëJhY
æCJOJQJaJ%jjkhëJhJh7CJOJQJUaJhëJhJh7CJOJQJaJ%jhëJhJh7CJOJQJUaJ%jÀihëJhJh7CJOJQJUaJ¦?§?¨?©?8A9AA A¡A¢AÜCÝCCDDDEDFDzG{GáGâGãGäGåHæHLIMINIOI·L¸LëÜÐÁ®Á®®Á®Á®®Á®Á®u®Á®Á®b®ÁVhJh7CJOJQJaJ%jrhëJhJh7CJOJQJUaJ%jhphëJhJh7CJOJQJUaJ%j¾nhëJhJh7CJOJQJUaJ%jmhëJhJh7CJOJQJUaJ%jhëJhJh7CJOJQJUaJhëJhJh7CJOJQJaJhëJCJOJQJaJhëJhY
æCJOJQJaJ(htChJh76B*CJOJQJaJphÿÜCzGåH¸L¹L»LíLîLåOSÀSòS;T|TkVÌWÍWÏWÐWÑWÒWÓWX X
X¯X°X÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷UL÷U.÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷UëeìUëeìUëeìUëe÷Uëe÷çââp#¼âp#¼âp#¼âp#¼âp#øçp#ëeçp#«çp#«çp#ëegdzLÉgdY
æ$
&Fa$gdY
æ$a$gd"è¸L¹LºL»LíLîLïLUMVMWMXMåOæOLPMPNPOP÷PQñSòS:T;TWWÌWÍWÎWÓWX XôáôÑô¾¯¾¾¯¾¯¾¾¯z¯z¯z¯z¯ngcPz%hA,ùhY
æB*CJ0OJQJaJ0phÿhA,ùhëJhQÂhëJCJOJQJaJhëJhY
æCJOJQJaJ%jôßhëJhJh7CJOJQJUaJ%jJÞhëJhJh7CJOJQJUaJhëJhJh7CJOJQJaJ%jhëJhJh7CJOJQJUaJh4h46CJOJQJaJ%j¼shü+¤h4CJOJQJUaJh4CJOJQJaJ X
X¯X°X³X¿XËXÜXèXY¬YòYZ#ZyZ{ZZêZ
[[[PQRSøù ËÌͥΥХѥۥܥݥޥëÖﳤ¤
ui¤¿¤³¿bM8¿³(htChQÂ6B*CJOJQJaJphÿ(htChY
æ6B*CJOJQJaJphÿhëJhY
æh4CJOJQJaJh4h46CJOJQJaJ%j«Hhü+¤h4CJOJQJUaJhBbCJOJQJaJhëJhQÂCJOJQJaJhëJCJOJQJaJhëJhY
æCJOJQJaJhtChQÂ6(htChQÂ6B*CJOJQJaJphÿ(htChzLÉ6B*CJOJQJaJphÿ«³ ´µÕ¸:¹0ºÔ½´ÁıDzÇRÈSÈTÈ ÊïÎÈÏÐ«×¬×Ø Ø
ØrØsشٵÙÛ÷Uëe÷ Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷÷ò÷÷÷
Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷÷í÷÷÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëegd´gAgdzLÉ$a$gd"èÞ¥±Ç²Ç³ÇÕÇÖÇØÇQÈRÈTÈKÊLʲʳʴʵÊ)Ì*ÌÌÌÌÌÎ ÎoÎpÎñåÞÉÁ¬ñpñp]pñpñpJpñpñp%jï«hëJhQÂCJOJQJUaJ%jEªhëJhQÂCJOJQJUaJ%jhëJhQÂCJOJQJUaJhzLÉCJOJQJaJhtChQÂ6(htChQÂ6B*CJOJQJaJphÿ(htChzLÉ6B*CJOJQJaJphÿhtCh¨î6(htChQÂ6B*CJOJQJaJphÿhëJhQÂhëJCJOJQJaJhëJhQÂCJOJQJaJpÎqÎrÎÉÐÊÐ0Ñ1Ñ2Ñ3ÑÒÒÓÓÓÓyÔzÔàÔáÔâÔãÔ~ÕÕåÕæÕçÕèի׬××Ë×ìÙÊÙÊÙ·ÙÊÙÊÙ¤ÙÊÙÊÙÙÊÙÊÙ~ÙÊrkV(htChQÂ6B*CJOJQJaJphÿhëJhQÂhzLÉCJOJQJaJ%jA´hëJhQÂCJOJQJUaJ%j²hëJhQÂCJOJQJUaJ%jí°hëJhQÂCJOJQJUaJ%jC¯hëJhQÂCJOJQJUaJhëJhQÂCJOJQJaJ%jhëJhQÂCJOJQJUaJ%jhëJhQÂCJOJQJUaJË×Ì×Îר Ø
ØrØsشٵÙÒÛÓÛ*:/;/P/444÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷*Uëe÷Uëe÷Uëe÷UL÷U.÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷÷ògdA,ù$a$gd"è44444555è5(6)6*6888K8L8·QÑSÒSíSîSïSðS×TÄX¢Yúp#¼úp#¼úp#¼úp#¼úp#øòp#ëeíp#ëeèèp#|GòòòUëeòUëeòULòU.òUëeòUëeòòãòp#ëeòòòUëeòUëeòUëegd´gAgdzLÉgd60o$a$gd"ègdA,ù45555)5.5O5X5f5t55¯5¿5Ý5à5æ5ç5è5ü566ìÙìʹª¹¹ª¹ª¹u^G,hú^>hzLÉ0J6B*CJOJQJaJphÿ,hú^>hú^>0J6B*CJOJQJaJphÿ,hú^>hQÂ0J6B*CJOJQJaJphÿ
hú^>0JhA,ùhQÂ0JhA,ùhA,ùB*OJQJphÿhA,ùh60oB*OJQJphÿ hA,ùh60o5B*OJQJphÿhëJh60oCJOJQJaJ%hA,ùhü+¤B*CJ0OJQJaJ0phÿ%hA,ùhQÂB*CJ0OJQJaJ0phÿ666'6(6)6*68888K8L8ÑSÒSÓSíSïSðS7ZéÒ»¬vcvSvL7(htChQÂ6B*CJOJQJaJphÿhëJhQÂhw ihw i6CJOJQJaJ%jÈ¿hü+¤hw iCJOJQJUaJhw iCJOJQJaJhëJhQÂCJOJQJaJhzLÉCJOJQJaJhëJh60oCJOJQJaJhú^>hQÂ0J6B*phÿ,hú^>hú^>0J6B*CJOJQJaJphÿ,hú^>hQÂ0J6B*CJOJQJaJphÿ,hú^>h´gA0J6B*CJOJQJaJphÿ¢Y8Z:ZPZQZ)[
]ã^¥_À_Á_```ÌaÒbºceefff¯f°fpuquuuu=yÅ|÷Uëe÷UL÷U.÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷÷ò÷÷÷
Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷ÿUh÷Uëe÷÷ò÷÷÷Uëe÷Uëegd´gA$a$gd"è7Z8Z9Z:ZPZQZÀ_Á_Â_Ù_Ú_Ü_````¹cºceôáÕŶ§jU@1§1§hëJh60oCJOJQJaJ(htChQÂ6B*CJOJQJaJphÿ(htCh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(htCh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(htChQÂ6B*CJOJQJaJphÿhëJhQÂhzLÉCJOJQJaJhëJhQÂCJOJQJaJhw ihw iCJOJQJaJhw ihw i6CJOJQJaJhw iCJOJQJaJ%j8)hü+¤hw iCJOJQJUaJhQÂCJOJQJaJeeefffgf¯f°fpuquruuuu"#$568GHJK./05ñâñÏ¿³â§ ñ§â§ vaLñ§â§ HhA,ù(h¨îhQÂ6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îhQÂ6B*CJOJQJaJphÿhëJhQÂhzLÉCJOJQJaJh4CJOJQJaJh4h46CJOJQJaJ%jÃhü+¤h4CJOJQJUaJhëJhQÂCJOJQJaJhëJh60oCJOJQJaJÅ|"#HIJK\./12345^_÷÷ò÷p#ëe÷÷÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷÷ííp#¼íp#¼íp#¼íp#¼íp#ø÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëe÷p#«÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëegdA,ùgd´gA$a$gd"è5CDE!2^_n{ÌÍÜßìÜìɽ±¢r_J_7_J_7_J%hA,ùh60oB*CJOJQJaJphÿ(hA,ùhQÂ5B*CJOJQJaJphÿ%hA,ùhQÂB*CJOJQJaJphÿhA,ùB*CJOJQJaJphÿhëJhQÂCJOJQJaJ hA,ùhQÂ5B*OJQJphÿhëJhA,ùCJOJQJaJhA,ùCJOJQJaJh60oCJOJQJaJ%hA,ùhQÂB*CJ0OJQJaJ0phÿhA,ùB*CJ0OJQJaJ0phÿ%hA,ùhA,ùB*CJ0OJQJaJ0phÿ_ÌÍÜËÌÍßòó&'(ª«·n¤
¤~¤¤¥¤OªPªsª9°µ°µ÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëeò÷÷÷Uëe÷÷ò÷÷÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷UL÷U.÷Uëe÷Uëe÷ Uëe÷Uëe÷Uëe÷ Uëe÷Uëe÷Uëegd´gA$a$gd"èßð+3Cmw«¶·¹ÊËëÛÈÛëÛ³ëÛë۳ȬmXC(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh60o6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿhëJhH#È(hA,ùhQÂ5B*CJOJQJaJphÿ%hA,ùhQÂB*CJOJQJaJphÿhA,ùB*CJOJQJaJphÿ(hA,ùhA,ù5B*CJOJQJaJphÿËÌÍÌÍðñòóô%&'(ª«·¤ñåÖÃÖòÃÖå«lWñåÖñGÖhw ihH#È5CJOJQJaJ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿhëJhH#È hëJhH#È0JCJOJQJaJ%jhëJhH#ÈCJOJQJUaJhëJhH#ÈCJOJQJaJhzLÉCJOJQJaJhëJh60oCJOJQJaJ¤¤
¤~¤¤¥¤§§OªPªsªÍ¸Î¸Ï¸Ð¸ç¸è¸ê¸ìàÐÁ±¢¢±¢xq\G2(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿhëJhH#ÈhzLÉCJOJQJaJhëJh60oCJOJQJaJhëJhw iCJOJQJaJhëJhH#ÈCJOJQJaJhw ihH#È5CJOJQJaJh.Mh.MCJOJQJaJh.Mh.M6CJOJQJaJh60oCJOJQJaJ%jéÜhü+¤h.MCJOJQJUaJµþ·Î¸Ï¸¹¹¹l¹>¼Ï¿8À8ÁíÂVÃþÃÿÃSÄTÄUÄrÄsĪīÄÂÅ2É4ÍÑ#Ó÷Uëe÷÷ò÷÷÷Uëe÷Uëe÷UëeíÿUü#÷Uëe÷
Uëe÷Uëe÷÷ò÷÷÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷ Uëegd4gd´gA$a$gd"è긹¹¹¹Ï¿Ð¿Ñ¿6À7À8ÀþÃÿÃÄÄÄSÄTÄUÄrÄsĪīÄÔÔ¯Ô°Ô»ÔÛÔMÕÕÑÕØÕðÕñռݽݾÝëÖÇ»¬{Ǭ»tÖ_ëÇ»¬Ç¬Ç¬Ç¬Ç¬Ç¬Ç¬Ç¬Ç¬»t(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿhëJhH#È"h4h46CJOJQJ\aJh4CJOJQJaJ%j`Ahü+¤hü+¤CJOJQJUaJhëJhH#ÈCJOJQJaJhzLÉCJOJQJaJhëJh60oCJOJQJaJ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿ%#ÓÔÔ?Ô°ÔÛÔmÕÕØÕðÕñÕ¨ØêڼݽÝåÝæÝøÝùÝúÝÞÞÇákãiåjåÚí÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷UëeìUA´ìÿUæ ìUA´ìÿU,ìUA´÷Uëe÷Uëe÷
Uëe÷÷ç÷p#ëe÷p#ëe÷÷÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷
Uëe÷Uëe÷Uëe÷0Uëegd´gA$
&Fa$gd60o$a$gd"è¾ÝÔÝÕÝ×ÝäÝåÝæÝøÝùÝúÝÞÞÈáÉáiåjåËòÌò¦§nop¢£¤¥ Þý¯Ba
$%'MNOPÅëÖÁ¬ë{ëÖÁ¬ë{ëÖÁ¬ëhëJhH#ÈhzLÉCJOJQJaJhëJhH#ÈCJOJQJaJhëJh60oCJOJQJaJ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿ0ÚíËòÌò¿öÄû¦§no£¤¥Ê
NOPÅÆPh!"&&E&F&÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷÷ò÷÷÷
Uëe÷Uëe÷÷ò÷÷÷Uëe÷Uëe÷ Uëe÷Uëe÷:Uëe÷Uëe÷÷ò÷gd´gA$a$gd"èÅÆ&&&&&&D&E&F&G&(((((((ñâÖϺ¥{ºñÖâocPc@1hË9hË9CJOJQJaJhË9hË96CJOJQJaJ%j)hü+¤hË9CJOJQJUaJhË9CJOJQJaJhH#ÈCJOJQJaJ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(h¨îhH#È6B*CJOJQJaJphÿhëJhH#ÈhzLÉCJOJQJaJhëJhH#ÈCJOJQJaJhëJh60oCJOJQJaJF&G&'(((((ª)*ø+g/Ú01ô2õ2!3"3#3û@ý@AAJJJJJ÷÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷UL÷U.÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷ Uëe÷Uëe÷÷ò÷÷÷KUëe÷UL÷U.÷Uëe÷÷ííp#¼íp#¼gdA,ùgd´gA$a$gd"è(ô2õ2ö2
333 3!3"3#3ú@û@ü@ý@AAJJJJñåÞÉ´É{åño\oLoñåÞHhA,ùhw ihw i6CJOJQJaJ%j
Öhü+¤hw iCJOJQJUaJhw iCJOJQJaJhëJh60oCJOJQJaJ(htChH#È6B*CJOJQJaJphÿ(htCh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(htCh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(htChH#È6B*CJOJQJaJphÿhëJhH#ÈhzLÉCJOJQJaJhëJhH#ÈCJOJQJaJJJJkJlJmJnJ¤JæJKKKK;KãÙãÚã ä
ääèèè@èAè÷
Uëe÷ Uëe÷ Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷%Uëe÷VUëe÷Uëe÷Uëe÷$Uëe÷Uëe÷Uëe÷=Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷÷ò÷÷÷Uëe÷Uëe÷UL÷U.÷Uëe÷gd´gA$a$gd"èÚãÛãûãüãþãä ä
ääèèèè@èAè+,.3ùäϺ¥ä{o\oLo{ùäϺ¥hw ihw i6CJOJQJaJ%jhü+¤hw iCJOJQJUaJhw iCJOJQJaJhëJh"èCJOJQJaJhzLÉCJOJQJaJhëJhëJCJOJQJaJ(htCh"è6B*CJOJQJaJphÿ(htCh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(htCh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(htCh"è6B*CJOJQJaJphÿhëJh"èBCDEWX1
2
F
XY[pq&&P&Q&R&((((*÷ò÷p#ëe÷÷÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷Uëe÷&UëeêUëeêULêU.êUëe÷÷ò÷÷÷
Uëe÷UL÷U.÷Uëe÷ Uëe$a$gdw igd´gA$a$gd"è34ABDEWX1
2
7
8
WYZ[opq&&&/&ëÖÁ²¦²²²²xh[¦TÁhëJh"èhw i6CJOJQJaJhw ihw i6CJOJQJaJ%jÒàhü+¤hw iCJOJQJUaJhw iCJOJQJaJhëJh"èCJOJQJaJhzLÉCJOJQJaJhëJhëJCJOJQJaJ(htCh"è6B*CJOJQJaJphÿ(htCh"è6B*CJOJQJaJphÿ(htChw i6B*CJOJQJaJphÿ/&0&2&P&Q&R&
((((((]K^K_KKKK KëÖÁ²¦xl\l¦U@/ÖÁ htCh´gA6B*OJQJphÿ(htCh"è6B*CJOJQJaJphÿhëJh"èhw ihw i6CJOJQJaJhw iCJOJQJaJ%jò0hü+¤hw iCJOJQJUaJh"èCJOJQJaJhëJh"èCJOJQJaJhzLÉCJOJQJaJhëJhëJCJOJQJaJ(htCh"è6B*CJOJQJaJphÿ(htCh´gA6B*CJOJQJaJphÿ(htCh´gA6B*CJOJQJaJphÿ*Ô*L+%,M,Ú-m.m@mn n¡n¡o,ïàÔÅàÅÔ¾º§ àÔÅÔŧÅÔziàÅZàÔÅàÅÔàÅXUh¨îh"èCJOJQJaJ h¨îh"è5B*OJQJphÿ h¨îh¨î5B*OJQJphÿ(htCh"è6B*CJOJQJaJphÿhëJh"è%h¨îh"èB*CJ0OJQJaJ0phÿh¨îhëJhëJhëJh"èCJOJQJaJhzLÉCJOJQJaJhëJhëJCJOJQJaJ htCh"è6B*OJQJphÿ"ôgüjýjþj?m@m n¡nf,g,C-D-E-F-G-H-I-K-L-N-O-Q-R-T-÷ p#ëe÷p#ëeÍp#U°Íp#ëeÍp#ëeÍp#ëeÍp#ëeÍp#ëeÍp#ëeÍp#ëeÍÿp#U°÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëe÷p#ëeËËËËËËË)$$d%d&d'dNÆÿOÆÿPÆÿQÆÿa$gdzLÉ$a$gd"ègalement à un profil particulier de certains élèves qui ne se retrouvent pas dans les autres séries.
Après une évaluation objective de lexistant, une éventuelle réforme du lycée devra prendre en compte les éléments ci-dessus. Elle devra se faire en concertation avec lensemble des acteurs de lenseignement secondaire.
PAGE
PAGE 2