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Ces ouvrages de métaphysique, philosophie, psychologie et cosmologie, servant
à ...... Après examen, croyez en ce que vous avez expérimenté vous-même et
reconnu ... Chögyam Trungpa, Le c?ur du sujet, Editions du Seuil, 1993 ...... et
cela ne dépend ni du nombre de kôans médités ni du nombre d'années d'
exercice.
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nison à Bréda où il fait la rencontre dun médecin, Isaac Beeckman, qui le force à se mettre pour de bon au travail
En novembre 1619, Descartes fait le rêve dune
science admirable et voit là comme un signe du ciel lui enjoignant de consacrer le reste de son existence à la recherche de la vérité.
Après dautres voyages et des séjours prolongés en province et à Paris, Descartes décide de sinstaller en 1629 définitivement en Hollande afin dy travailler en paix, loin de toutes les connaissances qui interrompent à tout moment sa réflexion et ses activités de savant. Désormais les événements majeurs de sa vie seront ses uvres, peu nombreuses mais régulièrement produites, dont la diversité et la cohérence reflètent lesprit universel et méthodique du philosophe.
DESCARTES
DAMSTERDAM À STOCKHOLM
Mis à part quelques esquisses Descartes ne semble pas avoir beaucoup écrit avant son installation en Hollande. La première uvre de taille qui appartient de plein droit à la pensée cartésienne a été rédigée seulement à ce moment-là, mais Descartes ne la pas achevée. Le titre de cet ouvrage, écrit en latin, est : Règles pour la direction de lesprit. Cest le premier exposé de la méthode cartésienne.
Dès son arrivée à Amsterdam (mais il changera souvent de ville au cours des vingt ans passés en Hollande), Descartes commence un petit traité de métaphysique, inachevé aussi, et sattèle à une tâche de grande ampleur, la rédaction dun traité de physique qui expose la structure du monde. Au moment de le publier, en 1633, Descartes, apprenant la condamnation de Galilée par lEglise, décide den surseoir la publication de peur quune semblable mésaventure ne lui arrive. Quatre ans plus tard, il donne enfin au libraire, mais sans le signer et en français (ce qui est dune grande nouveauté pour lépoque), le livre que tous ses amis attendent, le Discours de la Méthode suivi de trois essais qui sont comme des échantillons de la méthode : La Dioptrique, Les Météores, La Géométrie. Désormais, les grandes uvres se succèdent rapidement : Les Méditations métaphysiques (publiées en latin en 1641), Les Principes de la philosophie (en latin aussi en 1644), une version française de ces Principes que précède une Lettre-préface de la plus grande importance (1647), et enfin Les Passions de lâme, qui paraissent en Hollande et en France en novembre 1649 alors que Descartes est déjà arrivé à Stockholm où il mourra très peu de temps après (le 11 février 1650).
Quel autre lieu pourrait-on choisir au reste du monde, où toutes les commodités de la vie, et toutes les curiosités qui peuvent être souhaitées, soient si faciles à trouver quen celui-ci ? Quel autre pays où lon puisse jouir dune liberté si entière, où lon puisse dormir avec moins
dinquiétude, où il y ait toujours des armées sur pied exprès pour nous garder, où les empoisonnements, les trahisons, les calomnies soient moins connus, et où il soit demeuré plus de reste de linnocence de nos aïeux ? Lettre à Guez de Balzac, 5 mai 1631
LA LUMIÈRE
Limpulsion initiale du travail scientifique de Descartes a été la critique de la physique scolastique, tout encombrée encore de lenseignement dAristote en cette matière. Dès ses premiers écrits, Descartes a rejeté ce qui à ses yeux nétaient quidées confuses : les formes substantielles par lesquelles les scolastiques croyaient expliquer la nature des corps matériels ne sont pour Descartes que des mots qui recouvrent lignorance de la véritable nature de la matière.
Dire par exemple que la lumière est le mouvement des corps lumineux, cest ne rien dire. Or la lumière est, selon Descartes, le phénomène physique fondamental à partir duquel il va décrire la structure du monde. Mais il y a une grande différence entre la lumière telle que chacun la voit et la cause qui produit cette sensation dans les corps quon appelle lumineux (le soleil par exemple). Ce ne sont pas les corps qui sont lumineux, les mouvements des particules matérielles dont ils sont composés produisent dans lesprit le sentiment de la lumière. Mais il ny a rien de commun entre la cause matérielle et leffet sensible. Les qualités sensibles (le chaud, le froid, le sec, lhumide, le dur, les couleurs) sont subjectives, ce ne sont pas des propriétés physiques des corps eux-mêmes. Cette idée, qui pour nous est extrêmement évidente, a mis du temps à le devenir, et Descartes est, avec Galilée, celui qui est parvenu à létablir et à ouvrir ainsi la voie de la physique.
Que sont donc les corps matériels sils ne sont pas en eux-mêmes tels quon les perçoit ? des choses étendues, figurées et en mouvement ou en repos. Voilà les seules propriétés qui leur conviennent vraiment. Or ces notions sont celles que les géomètres considèrent, ils nen connaissent pas dautres. Pour faire une étude scientifique des choses naturelles, une physique donc, il faut utiliser, contre lopinion dAristote, les mathématiques, il faut mesurer et calculer.
LE CORPS
Si la lumière est le fil conducteur de la physique cartésienne, la machine, et plus particulièrement lhorloge, est le terme le plus fréquemment employé par Descartes pour désigner le corps, aussi bien celui de lanimal que celui de lhomme.
Dès ses premiers écrits (dans le Traité non publié de LHomme), Descartes a pensé pouvoir beaucoup mieux expliquer les diverses fonctions corporelles en comparant le corps à
une machine automate quen considérant la vie comme quelque chose dirréductible à
la matière. Contrairement à lenseignement dAristote, ce nest pas lâme qui pour Descartes fait du corps un corps vivant, animé. On doit pouvoir expliquer les principales fonctions corporelles la digestion, la locomotion, la respiration, mais aussi la mémoire et limagination corporelles comme si elles résultaient dun mécanisme que Dieu avait voulu rendre automatique, comme une horloge destinée à montrer les heures par la seule disposition de ses roues et contrepoids. Inutile donc de supposer une petite âme qui dirigerait chaque fonction principale et lui ferait réaliser le but pour lequel elle a été conçue.
Cette représentation, destinée à un grand avenir (la comparaison du corps avec une machine na jamais cessé, de lhorloge à roues à lordinateur), constitue une des pièces maîtresses de la pensée cartésienne. Sur elle va reposer la distinction métaphysique de lâme et du corps, mais aussi lexplication de leur union au sein dun même être, lhomme ; sur elle aussi sappuiera lexplication cartésienne de la formation des passions dans lâme. Car pour comprendre comment les passions se produisent dans lâme, comme pour savoir comment leur résister, il faut dabord pouvoir reconnaître laction du corps seul sur lâme et donc ne pas sous-estimer son rôle et son influence dans la plupart des pensées et des conduites des hommes. Limportance accordée de tout temps par Descartes à la médecine tient aussi à cette conception de lautomatisme corporel.
Je désire que vous considériez que ces fonctions [ digestion, nutrition, respiration, etc. ] suivent toutes naturellement, en cette machine, de la seule disposition de ses organes, ni plus ni moins que font les mouvements dune horloge, ou autre automate, de celle de ses contrepoids et de ses roues. Traité de lhomme
LES ANIMAUX-MACHINES
Une idée de Descartes, relative à sa conception mécaniste du corps, a été particulièrement discutée et a soulevé dinnombrables protestations indignées jusquà aujourdhui, celle selon laquelle lanimal agirait en toutes ses actions comme un automate très perfectionné.
Cette thèse, ou plutôt cette hypothèse, découle directement de ce que Descartes identifie lâme avec la pensée dont le caractère distinctif est la connaissance : lêtre qui pense sait quil pense, et il sarrange pour faire savoir, par un moyen ou par un autre, ce quil pense aux autres. Descartes imagine, dans la cinquième partie du Discours de la Méthode, une sorte de test pour reconnaître une action sensée dune action mécanique, automatique ou naturelle (seulement dictée par la nature, ici synonyme dinstinct). Si lon pouvait construire des machines qui eussent les organes ou la figure dun singe, nous ne pourrions jamais distinguer le singe artificiel du singe naturel
Dans dautres textes, Descartes précise davantage sa pensée en notant que toutes les actions, et surtout les plus accomplies, des animaux peuvent être expliquées par la structure et la disposition de leurs organes et résulter de linstinct (nous dirions aujourdhui : du programme génétique). La perfection même de certaines de leurs actions plaiderait pour le caractère automatique de leur exécution. Au contraire, une action intelligente a toujours quelque chose dimparfait et dinachevé, et peut être encore perfectionnée. Parce quelle est libre (elle procède de la liberté), elle pourrait être autre quelle nest, elle nest donc pas strictement déductible des conditions naturelles.
La différence entre lhomme et lanimal nest donc pas une différence de degré ou de complexité, mais bien une différence de nature. Car lhomme, parce quil pense, parle ou invente un système de signes destiné à communiquer ce quil pense. La parole est le seul signe certain dune pensée enfermée dans le corps. On peut alors conjecturer que si lanimal ne nous communique pas ses pensées, ce nest pas parce que nous ne comprendrions pas le
langage dans lequel il les exprime, mais parce quil ne pense pas. Cela ne veut pas dire quil ne vit pas ou quil nest pas sensible, mais seulement quil nest régi que par un principe mécanique et non aussi par un principe intelligent.
Or il est, ce me semble, fort remarquable que la parole, étant ainsi définie, ne convient quà lhomme seul. Car, bien que Montagne et Charon aient dit quil y a plus de différence dhomme à homme, que dhomme à bête, il ne sest toutefois jamais trouvé aucune bête si parfaite, quelle ait usé de quelque signe, pour faire entendre à dautres animaux quelque chose qui neût point de rapport à ses passions ; et il ny a point dhomme si imparfait, quil nen use ; en sorte que ceux qui sont sourds et muets, inventent des signes particuliers, par lesquels ils expriment leurs pensées. Ce qui me semble un très fort argument pour prouver que ce qui fait que les bêtes ne parlent point comme nous, est quelles nont aucune pensée, et non point que les organes leur manquent. Et on ne peut dire quelles parlent entre elles, mais que nous ne les entendons pas ; car, comme les chiens et quelques autres animaux nous expriment leurs passions, ils nous exprimeraient aussi bien leurs pensées, sils en avaient. Lettre au marquis de Newcastle, 23 novembre 1646
MAÎTRES ET POSSESSEURS DE LA NATURE
Cette expression célèbre utilisée par Descartes dans la sixième partie du Discours de la Méthode lui a été souvent reprochée, surtout dans notre temps où lon sinquiète, à juste titre, des conséquences pour lhomme et la nature de la technique. Il est fréquent dentendre que le cartésianisme est le point de départ de lappropriation et de la défiguration de la nature.
Descartes a été déçu de la très faible portée pratique des savoirs quon lui a enseignés. Il cherchait une science qui puisse guider les hommes dans les divers chemins où ils sengagent. Il espère, dans le Discours, que la philosophie que sa méthode développe sera, à linverse de celle de lEcole, plus pratique que spéculative. Que faut-il entendre par là ? Certes pas quil faille renoncer à rechercher la vérité et accepter dagir sans connaissance de cause, à laveugle en quelque sorte. Par pratique il faut entendre : qui puisse être utile au genre humain. Pour cela, il faut pouvoir agir sur les choses, les transformer, au lieu de les considérer comme immuables et intouchables. Les choses naturelles peuvent changer de figures sans cesser dêtre naturelles, leurs propriétés peuvent être diversement utilisées sans inverser pour cela leur finalité, car les hommes ne savent pas pour quelles fins Dieu les a créés.
Descartes ne prône pas la conquête de la
nature par lhomme mais son utilisation intelligente grâce à la connaissance que la physique apporte. Il dit, on loublie si facilement,
qu avec une telle connaissance des corps naturels nous pourrions nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Que lhomme puisse véritablement être et se considérer le maître de la nature serait, à ses yeux et par rapport aux principes de sa philosophie, une absurdité doublée dune puérilité. La maîtrise technique dun objet ninduit pas une conduite de domination, mais de responsabilité.
LA MÉTHODE
Il vaut mieux, dit Descartes, ne jamais chercher la vérité que de le faire sans méthode. Ce qui a le plus manqué à la philosophie traditionnelle selon lui cest la méthode, aussi bien pour déterminer le sujet que lon recherche que pour tracer la voie quil faut suivre pour parvenir au résultat quon veut obtenir. Il na pas manqué de bons esprits dans les siècles passés, mais sans la vraie méthode ils nont découvert que des vérités détachées, et au hasard, car ce nest pas assez davoir lesprit bon, encore faut-il lappliquer bien .
Dès son premier grand écrit, Descartes cherche à élaborer une méthode qui permette à lesprit de progresser avec assurance dans la recherche de la vérité, dans nimporte quel domaine. Cest dune telle méthode dont se servent (sans quils le sachent) les mathématiciens :
ils partent des choses les plus simples et,
grâce à des enchaînements rigoureux dune
vérité à une autre, ils parviennent à des résultats certains. Évidence et certitude : telles sont les deux bouts de la méthode. Cest ce que lesprit humain recherche par dessus tout, mais que, pour linstant, on na trouvé quen mathématiques. Descartes na jamais eu en ce sens quune seule ambition : étendre à la philosophie, jusque-là le lieu dinterminables et de stériles controverses, lévidence et la certitude que le respect de la méthode permet dobtenir en mathématiques.
Dans la deuxième partie du Discours, Descartes ramène lessentiel de la méthode à quatre règles dont lutilité dépend de la résolution de les appliquer à chaque occasion. La méthode nest efficace que si, au lieu de demeurer une consigne extérieure à lesprit, elle est devenue, par un exercice assidu, sa disposition la plus intérieure. Cest pourquoi Descartes prévient les amateurs de solutions miracles : la méthode, dit-il en substance, consiste en pratique et non en théorie.
LA NATURE DES IMAGES
Le problème général est : comment une chose peut-elle faire penser à une autre ? par exemple, comment le portrait du roi fait penser au roi lui-même (et non au portrait), ou comment puis-je reconnaître une chose vue autrefois ? Dans ces trois cas une chose est limage dune autre : larbre que je vois devant moi est analogue à dautres arbres, je pense au roi dont le portrait est leffigie, jai gardé dans la mémoire limage de cette personne rencontrée autrefois, et ainsi je peux lidentifier. Si lon demande encore pourquoi une image fait penser à la chose dont elle est limage, la plupart répondront que cest parce quelle lui est ressemblante.
Descartes donne à ce problème très ancien (et très actuel aussi) une solution un peu différente quil vaut la peine dévoquer. Les portraits, admettons-le, ressemblent à leurs origi- naux, mais les paroles ne ressemblent en aucune façon aux choses quelles signifient , et pourtant cest bien à larbre ou au roi que je pense lorsque je lis ou jentends prononcer ces mots. La ressemblance nest donc pas toujours nécessaire. Elle nest pas totale non plus, sinon quelle différence y aurait-il entre limage et son objet ? Il suffit, poursuit Descartes, que les images ressemblent en peu de choses à leurs objets, et souvent même, leur perfection dépend de ce quelles ne leur ressemblent pas tant quelles pourraient faire. Comme vous voyez que les tailles-douces, nétant faites que dun peu dencre posée çà et là sur du papier, nous représentent des forêts, des villes, des hommes, et même des batailles et des tempêtes, bien que, dune infinité de diverses qualités quelles nous font concevoir en ces objets, il ny en ait aucune que la figure seule dont elles aient proprement la ressemblance ; et encore est-ce une ressemblance fort imparfaite, vu que, sur une superficie toute plate, elles nous représentent des corps diversement relevés et enfoncés, et que même, suivant les règles de la perspective, souvent elles représentent mieux des cercles par des ovales que par dautres cercles ; et des carrés par des losanges que par dautres carrés ; et ainsi de toutes les autres figures : en sorte que souvent, pour être plus parfaites en qualité dimages, et représenter mieux un objet, elles doivent ne lui pas ressembler (Dioptrique, IV).
La MORALE PAR PROVISION
Dans la troisième partie du Discours, Descartes, interrompant lexposé de sa méthode, expose les maximes de ce quil appelle une morale par provision , nécessaire pour le temps dans lequel sa recherche absolue de la vérité le contraint de remettre tout en doute. Car pendant ce temps, il faut vivre, et vivre, pour Descartes, implique le choix de principes ou de règles qui permettent de sorienter dans la vie, comme la boussole et le compas sont nécessaires pour la navigation. Pour agir dans le monde, une doctrine est dune utilité bien moindre que des règles pratiques que lon suit franchement et fermement. Les trois maximes sont :
1) obéir aux lois et coutumes de mon pays, retenant constamment la religion en laquelle Dieu ma fait la grâce dêtre instruit dès mon enfance, et me gouvernant, en toute autre chose, suivant les opinions les plus modérées, et les plus éloignées de lexcès
;
2) être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je my serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées. ;
3) tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et changer mes désirs que lordre du monde ; et généralement, maccoutumer à croire quil ny a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées
Comme parallèle à la certitude que lentendement peut avoir sur des vérités spéculatives, il y a une certitude qui vient de la volonté lorsque lhomme agit et pense avec résolution dans les diverses situations de la vie où il nest pas raisonnable dattendre des vérités comme celles que lon démontre en mathématique et en métaphysique.
Dans une lettre à Élisabeth du 4 août 1645, Descartes dit que les trois règles de morales exposées dans son Discours permettent à chacun de se rendre content de soi-même et sans rien attendre dailleurs . Il indique ainsi clairement que cette morale a pour but de rendre lhomme indépendant, autosuffisant. La morale est moins un code de devoirs quun exercice daffermissement de la volonté ; chacun doit savoir quil ne lui faut compter que sur soi. la vertu, dit Descartes, nest rien dautre que la fermeté de la résolution. Mais encore faut-il se résoudre à agir, et ne pas se repentir davoir choisi une voie qui na pas été la bonne, si, au moment du choix, nous avons fait de notre mieux, pour connaître et pour agir.
DESCARTES MATHÉMATICIEN
Les maîtres de Descartes à La Flèche ont
été frappés des dons exceptionnels de leur jeune élève en mathématiques. Par la suite, Descartes na pas cessé de souligner la valeur exemplaire de cette science pour donner à lesprit le sens de la rigueur et le goût de lexactitude. Jusquau moment où il rédige le Discours de la méthode (dont lun des essais est La Géométrie), Descartes a pratiqué avec ardeur et bonheur les mathématiques. Sa correspondance avec les plus grands mathématiciens de ce temps qui en compte beaucoup (Fermat, de Beaune, Petit, Hardy, Mydorge, Roberval, Desargues, plus tard le jeune Pascal) témoi-gne de son incessante activité en cette matière où il occupe, cela va sans dire, la première place avec Fermat.
Lapport principal de Descartes consiste dans lapplication des méthodes de lalgèbre (réformée par Viète au début du siècle) aux problèmes traditionnels de la géométrie tels quils ont été pratiqués sans changement majeur
depuis lantiquité grecque (Apollonius et Archimède notamment). Cest parce quil veut épargner une inutile fatigue à limagination que Descartes invente le moyen dexprimer les relations géométriques (entre les droites et les courbes) en équations algébriques, fondant par là ce que lon appellera la géométrie analytique. Pour cela, il utilise le système des coordonnées rectangulaires qui permettent de rapporter les différents points dune courbe à deux axes ayant même origine (coordonnées dites depuis cartésiennes). Le début de La Géométrie montre bien en quoi consiste cette nouvelle méthode de réduction des problèmes géométriques à ceux, plus simples et plus faciles, de lalgèbre ; après avoir comparé les opérations de larithmétique à celles de la géométrie touchant les lignes quon cherche , Descartes ajoute ceci : Ainsi, voulant résoudre quelque problème, on doit dabord le considérer comme déjà fait, et donner des noms à toutes les lignes qui semblent nécessaires pour le construire, aussi bien à celles qui sont inconnues quaux autres. Puis, sans considérer aucune différence entre ces lignes connues et inconnues, on doit parcourir la difficulté selon lordre qui montre, le plus naturellement de tous, en quelle sorte elles dépendent mutuellement les unes des autres... . On reconnaît là la méthode des équations algébriques, pour lesquelles Descartes propose une notation qui sera retenue par la suite. Il montre ainsi, comme le formule un de ses amis mathématiciens, la relation et la convenance mutuelle de larithmétique et de la géométrie . On peut ainsi prendre appui sur lune pour résoudre les problèmes de lautre, et réciproquement. Les barrières élevées entre les disciplines tombent, montrant ainsi, comme Descartes lavait écrit aux premières lignes de son premier grand ouvrage, lunité de lesprit humain et son identité à travers les opérations les plus diverses.
UN CERTAIN MAUVAIS GÉNIE
Descartes est le philosophe qui a fait du doute la méthode par excellence pour distinguer les connaissances certaines de celles qui ne sont que vraisemblables. Mais, sil a emprunté aux sceptiques leur instrument, il sen est servi dune toute autre façon queux, et surtout dans un but diamétralement opposé à celui du scepticisme. Les philosophes sceptiques dit-il en substance se sont servi du doute comme dune fin en soi, ne doutant que pour douter, alors quil lutilise comme pierre de touche de la vérité, dans lespoir darriver à une certitude véritablement indubitable.
Cest pour cela que Descartes, dans lexposition de sa métaphysique, ne limite pas le doute aux choses sensibles, arguant du caractère trompeur des sens ; il létend à tout ce que lesprit peut concevoir et à ce quil tient pour le plus vrai, comme les vérités mathématiques. Certes, je peux nier que les choses que je vois de ma fenêtre sont de véritables choses car il marrive de dormir et de rêver que jen vois de semblables mais comment mettre en doute que deux et trois font cinq ou que le carré a quatre côtés ? Cest alors que Descartes, franchissant la limite du doute naturel, institue un doute métaphysique , cest-à-dire général, radical, et délibérément excessif ( hyperbolique ) :
Je supposerai donc quil y a, non point un vrai Dieu, qui est la souveraine source de vérité, mais un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant, qui a employé toute son industrie à me tromper. Je penserai que le ciel, lair, la terre, les couleurs
et toutes les choses extérieures que nous voyons ne sont que des illusions (
). Je me considérerai moi-même comme nayant point de mains, point dyeux (
). Je demeurerai obstinément attaché à cette pensée, et si, par ce moyen, il nest pas en mon pouvoir de parvenir à la connaissance daucune vérité, à tout le moins il est en ma puissance de suspendre mon jugement. Première méditation
JE PENSE DONC JE SUIS
Cette formule la plus célèbre de toutes en philosophie découle logiquement de la généralisation du doute. Car si je peux douter de toutes choses, y compris des vérités mathématiques, je ne peux pas douter que je doute, ou que cest moi qui doute. Par conséquent, ce moi qui doute existe. Certes, il nexiste peut-être pas en chair et en os , puisque lexistence des choses sensibles a été mise en doute, il se peut que je rêve et que tout ce que jattribue à ma nature soit faux. Mais il est impossible que, pensant voir toutes les choses, je ne sois pas ou je nexiste pas, moi qui pense ainsi les voir, les toucher et les sentir.
Les conséquences de ce raisonnement, si simple en apparence quil en paraît tautologique, sont considérables. Dailleurs la plupart des philosophes qui ont adressé à Descartes (sur sa demande) des objections à ses Médita-tions ont manifesté leur étonnement devant cette démarche qui inverse, semble-t-il, lordre naturel des choses : les choses extérieures
ne précèdent-elles pas la pensée que lesprit
en a ? ne faut-il pas quil existe un monde extérieur pour que son idée se trouve dans lesprit ? Non, leur répond Descartes, lexistence de ce monde est extrêmement vraisemblable tant quon nen doute pas, mais elle ne résiste pas à un doute radical et général, alors que seule la pensée de celui qui doute possède la certitude absolue recherchée en métaphysique.
Comme il faut commencer par ce qui est le plus certain, le cogito devient avec Descartes le premier principe de la philosophie, la terre ferme, dit Descartes, sur laquelle jai posé les fondements de ma philosophie . Un nouveau continent sest alors découvert à lui.
Ne mavouerez-vous pas que vous êtes moins assuré de la présence des objets que vous voyez, que de la vérité de cette proposition : Je pense, donc je suis ? Or cette connaissance nest point un ouvrage de votre raisonnement, ni une instruction que vos maîtres vous aient donnée ; votre esprit la voit, la sent et la manie. Lettre de mars ou avril 1648 à Silhon
LE MORCEAU DE CIRE
Les Méditations métaphysiques, le chef du-vre de Descartes, rompent avec la facture habituelle des ouvrages de philosophie qui sont, pour la plupart (surtout à lépoque de la scolastique dont le long règne sachève alors), des traités systématiques enchaînant questions et réponses, alourdis dinnombrables références aux commentateurs antérieurs. Dans ces six méditations, Descartes ne cite ni ne mentionne personne, il ne sappuie sur aucune autorité (pas même celle des vérités logiques), il chemine seul, pas à pas, relatant son expérience comme sil la formulait à haute voix au fur et à mesure quelle se déroule. Ce tête-à-tête que Descartes a avec lui-même sapparente à ce que Platon appelle le dialogue intérieur de lâme avec elle-même.
Un exemple de cet entretien solitaire ou de conversation à une voix est donné par la célèbre analyse dite du morceau de cire où Descartes, revenant sur le cogito et savouant à lui-même quil nest pas convaincu que cette vérité soit bien plus certaine que celle de lexpérience sensible, fait varier en pensée laspect dun morceau de cire de telle sorte que toutes les propriétés que lon y recense soient changées les unes après les autres. Pourquoi, se demande-t-il alors, dit-on que la même cire demeure alors quaucune des propriétés perçues nest restée la même ? Il en conclut revenant par là à lévidence du cogito renforcée par cette contre-épreuve que ce ne sont ni par les sens ni par limagination que les choses sont connues, mais par une inspection de lesprit .
Lempiriste qui était remonté au créneau est une nouvelle fois repoussé
(
) doù je voudrais presque conclure, que lon connaît la cire par la vision des yeux et non par la seule inspection de lesprit, si par hasard je ne regardais dune fenêtre des hommes qui passent dans la rue, à la vue desquels je ne manque pas de dire que je vois des hommes, tout de même que je dis que je vois de la cire ; et cependant que vois-je de cette fenêtre, sinon des chapeaux et des manteaux, qui peuvent couvrir des spectres ou des hommes feints qui ne se remuent que par ressorts ? Mais je juge que ce sont de vrais hommes, et ainsi je comprends, par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux.
Deuxième méditation
LA VÉRITÉ
La vérité consiste dans laccord entre lidée et la chose. Cette définition traditionnelle et très respectable de la vérité ne nous avance pourtant pas beaucoup quand on recherche un critère ou une marque certaine de la vérité. Lorsque, comme cest le cas pour Descartes, on considère lexistence des choses extérieures comme douteuse, il ne reste plus quà considérer un jugement ou une proposition tenue pour vraie et se demander alors ce qui la fait telle. Une proposition de cette sorte, Descartes vient den découvrir une (et une seule, dailleurs) avec le cogito : Je suis certain que je suis une chose qui pense. Il ajoute aussi-
tôt : mais ne sais-je donc pas aussi ce qui est requis pour me rendre certain de quelque chose ? . En dautres termes, il se demande sil nest pas possible dextraire, pour ainsi dire, de cette proposition ce qui la rend vraie, et de faire de cela la règle générale de la vérité. Je pense, je suis étant lobjet dune claire et distincte perception, et étant vrai pour cette raison, on peut établir pour règle générale que toutes les choses que nous concevons fort clairement et distinctement, sont toutes vraies (troisième méditation).
Lévidence prend ainsi la place de la correspondance dans la définition de la vérité. Le risque est très grand il na pas manqué de philosophes pour le signaler de verser dans une conception arbitraire et subjectiviste de la vérité. Mais, dune part, Descartes se préoccupe de chercher une garantie à lévidence et il la trouve dans lexistence dun Dieu vérace (la vérité nécessite la véracité), et, dautre part, sachant parfaitement que cette règle peut donner lieu à de mauvais usages, il demande à chacun de sassurer du mieux quil peut que lévidence quil ressent en son esprit nest pas quapparente ( Il nappartient quaux personnes sages, dit Descartes, de distinguer entre ce qui est clairement conçu et ce qui semble et paraît seulement lêtre ). Car aucune règle ne dispense de juger.
LIDÉE DE DIEU
A la différence des scolastiques qui partent du monde pour sélever à Dieu (doù le nom de preuve cosmologique attaché à cette démarche), Descartes considère seulement les idées qui se trouvent en son esprit et qui sont, dit-il, comme des tableaux ou des images
des choses . Toute idée représente quel-
que chose ; telle est sa fonction. Lidée étant comme une copie, la cause de lidée est loriginal dont elle est la copie. Les idées imaginaires (chimères, fictions, fantasmes), ne représentant rien de réel, se reconnaissent justement au fait quon peut les composer et les décomposer librement. Ce nest nullement le cas de lidée de Dieu pour Descartes : on ne peut pas ôter à Dieu un seul des attributs qui en définissent la nature (la toute-puissance, léternité, linfinité, lomniscience, la bonté, etc.), ils constituent un ensemble insécable.
Lidée dun être infini (qui se trouve, selon Descartes, en chacun de nous) ne peut pas avoir été produite par un esprit fini, comme celui de lhomme. comment un être fini et imparfait comme lhomme pourrait-il forger cest-à-dire construire de toutes pièces lidée dun être parfait et infini ? Cette idée nest pas une fiction (comme par exemple, lidée dune montagne dor), elle représente un être véritable, et le représente fidèlement. Elle excède, dépasse la capacité de nos esprits,
et, quoique étant parfaitement concevable
et même la plus claire et la plus distincte
de toutes nos idées, elle est incompréhen-sible : lesprit humain nen fait pas le tour, ni ne pénètre létendue de sa profondeur. Autant de preuves pour Descartes que cette idée a été causée ou mise dans lesprit humain par Dieu lui-même. De la seule idée de Dieu quen philosophe-méditant il est allé chercher dans le trésor de (son) esprit , Descartes conclut, selon un raisonnement semblable à celui de Saint Anselme, que Dieu existe, quil est le vrai Dieu et quil ne peut être que vérace.
Descartes ajoute, au terme dune analyse complexe et passionnante, que cette idée qui nest pas comme les autres idées, que cette idée unique dun Dieu unique, est en lhomme comme la signature de louvrier sur son ouvrage. Il faut comprendre que louvrage est par lui-même la marque de son créateur. Comme
la écrit très justement Etienne Gilson, nous sommes les preuves vivantes de Dieu .
LES PASSIONS
Létude des passions, commencée en 1645 et achevée avec la publication des Passions de lâme à la fin 1649, est le dernier grand thème abordé par Descartes. Cette question, différente des principales questions traitées jusque- là dans la philosophie cartésienne, nest pas traitée autrement que les autres. Dans la
préface, Descartes prévient en effet le lec-teur : mon dessein na pas été dexpliquer les passions en orateur, ni même en philosophe moral, mais seulement en physicien.
Loriginalité de Descartes sur ce sujet tient, une fois encore, à la méthode. Les passions sont des phénomènes naturels de lâme, il ne faut donc pas gémir ou discourir sur elles mais les expliquer par leurs causes naturelles. Ces causes sont corporelles, les passions que lâme éprouve en elle-même, au plus intérieur delle-même, sont causées par les divers mouvements des nerfs et des esprits animaux qui se produisent à tout moment dans la machine de
notre corps. Doù limportance accordée par Descartes à lexplication des principales fonctions corporelles au début de son traité afin que lon ne puisse pas confondre ce qui appartient en propre à lâme les actes volontaires avec ce quelle éprouve en elle du fait de son étroite union avec le corps. Ainsi la colère,
la honte, lindignation, la joie, la tristesse lamour, la haine et, généralement, toutes les émotions vives et soudaines sont engendrées et entretenues dans lâme par les divers mouvements qui se font dans le corps, la plupart du temps par réaction avec lenvironnement.
La nature (référence très présente dans ce traité) a institué les passions afin que lâme veuille, en temps opportun, ce qui est nécessaire ou utile au corps. Mais Descartes est bien trop attaché à la liberté humaine pour croire un seul instant que le dernier mot sur les passions est dit avec cette explication physique . Aussi est-ce du point de vue de lâme et de ses jugements propres quil se place par la suite pour parfaire lanalyse des passions et esquisser au passage sa morale.
Car il ne suffit pas de reconnaître qu elles [les passions] sont toutes bonnes Descartes voulant dire par là quelles ont toutes, selon linstitution de la nature , une utilité, un rôle important dans la conservation de la vie , il faut aussi indiquer quels sont les moyens de s'en rendre maître avec adresse afin quelles puissent nous toucher vraiment sans nous rendre esclaves. Car ce sont les hommes quelles peuvent le plus émouvoir [qui] sont capables de goûter le plus de douceur en cette vie , écrit Descartes dans le dernier article de son traité.
LES ÉMOTIONS INTÉRIEURESDE LÂME
Descartes ne cherche pas des remèdes aux passions, non seulement parce que ce ne sont pas des maladies de lâme (comme disaient les
stoïciens), mais parce quelles sont toutes bonnes . Descartes veut dire par là quelles sont toutes bonnes à quelque chose, la nature les ayant toutes destinées à quelque usage. Néanmoins elles peuvent aussi, mal conduites, rendre lâme esclave et malheureuse , com-me dans ces situations que nous connaissons tous où nous ne trouvons pas en nous la force de résister à un mouvement de colère, de peur, de haine.
Descartes noppose pas des lois morales pour faire front aux dangers des passions, mais ce quil nomme les émotions intérieures de lâme qui ne sont excitées en lâme que par lâme même, en quoi elles diffèrent des passions, qui dépendent toujours de quelque mouvement des esprits (animaux) . Par exemple, en se représentant un bien et en y pensant souvent, lâme finit par laimer et par se lapproprier, mais cet amour, fortement et profondément ressenti, ne la touche pas après avoir touché son corps. En un sens, un tel amour (pour Dieu, mais aussi pour des personnes) est causé par la volonté : on finit par aimer ce que lon veut aimer, surtout si ce que lon aime possède une perfection qui le rende véritablement estimable. Un amour destime, un amour dessence intellectuelle, nest pas moins fort mais plus fort quun amour passion, qui ne dure que ce que dure lémotion corporelle produite par son objet. Ainsi la joie que communique à lâme lexercice de la vertu constitue-t-elle un souverain remède contre les passions . Lâme na plus besoin alors de lutter contre celles-ci, parce quelle possède dans ces émotions intérieures la source fertile de son contentement : afin que notre âme ait ainsi de quoi être contente, elle na besoin que de suivre exactement la vertu.
LHOMME GÉNÉREUX
Le beau terme de générosité est indissociable de la philosophie cartésienne, sans doute parce quil en exprime lintuition la plus profonde. Descartes na pas beaucoup écrit sur ce sujet qui le touche pourtant de très près. Cela donnerait raison à Bergson selon qui un philosophe ne parvient jamais à dire ce qui lui importe le plus, et justement pour cette raison.
Aristote avait dans sa morale dressé un portrait mémorable de lhomme magnanime (le mégalopsuchès), trop au-dessus de tous les autres pour pouvoir être affecté par eux. Quelque chose de semblable se retrouve dans la dé-
finition cartésienne de lhomme généreux, homme avant tout indépendant, qui craindrait de sabaisser (et cest là ce quil craint par-dessus tout) en demandant ou en extorquant à autrui une faveur.
Mais la reconnaissance métaphysique du prix infini du libre arbitre jette un éclairage tout autre sur cette indépendance et empêche quelle ne se confonde avec lorgueil.
En effet, le libre arbitre constitue, dans un monde que la science explique désormais
mécaniquement, la perfection qui distingue lhomme de tous les êtres naturels. De ce fait, le bon usage du libre arbitre est ce qui distingue les hommes les uns des autres. Le généreux est lhomme qui sait que sa valeur dépend seulement de cet usage, et quil ne peut légitimement sestimer que pour la volonté quil sent en lui-même duser toujours bien de son libre arbitre. Tous ceux qui conçoivent bonne opinion deux-mêmes pour quelque autre cause (
) nont pas une vraie générosité, mais seulement un orgueil qui est fort vicieux .
Un homme nest pas une fois pour toutes ce quil est au jour de sa naissance. Lhomme se constitue lui-même, et cest pour cela seulement quil est digne destime. La générosité, clé de toutes les vertus, consiste alors dans le pouvoir (dont le généreux croit tout homme capable) de la régénération ou de la renaissance. Nest-ce pas sous ce jour que lhomme découvre quil porte limage et la ressemblance de Dieu ? Mais en même temps que cette similitude, ou plutôt à cause delle, lhomme aperçoit quil est, comme Dieu, le seul maître de lui-même, et que seule cette responsabilité le fait homme. Descartes ira jusquà dire que le libre arbitre est de soi la chose la plus noble qui puisse être en nous, dautant quil nous rend en quelque façon pareils à Dieu et semble nous exempter de lui être sujets .
Madame,
Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir, sil est mieux dêtre gai et content, en imaginant les biens quon possède être plus grands et plus estimables quils ne sont, et ignorant ou ne sarrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que davoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et quon devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point quon ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et japprouverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en lexercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont lacquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction desprit qui suit de cette acquisition. Cest pourquoi, voyant que cest une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même quelle soit à notre désavantage, que lignorer, javoue quil vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi nest-ce pas toujours, lorsquon a le plus de gaieté, quon a lesprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il ny a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je napprouve point quon tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient, ne peut toucher que la superficie dâme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en sapercevant quils sont faux. Et encore quil pourrait arriver quelle fût si continuellement divertie ailleurs, que jamais elle ne sen aperçut, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, parce quelle doit dépendre de notre conduite et cela ne viendrait que de la fortune.
DESCARTES ET LA PRINCESSE ÉLISABETH
La rencontre de la jeune princesse Élisabeth constitue sans doute lun des événements philosophiques et personnels majeurs de la vie de Descartes. En exil en Hollande depuis la destitution de son père, le roi Frédéric de Bohême, Élisabeth, passionnée par les sciences et esprit dune curiosité universelle, fait en 1642 la connaissance de Descartes à La Haye où elle réside avec sa famille et échange avec le philosophe, jusquà sa mort, une correspondance qui ne contient pas seulement les plus belles lettres de Descartes, mais au cours de laquelle Descartes approfondit certains points essentiels de sa philosophie et même donne à
celle-ci un horizon quil neût peut-être pas découvert sil navait pas eu cette occasion de confier ses pensées, au fur et à mesure quil les élabore, à quelquun dont il est certain quil les comprendra.
Les principaux points de cette correspondance qui égale en profondeur et en richesse les grandes uvres publiées de Descartes sont les problèmes relatifs à lunion de lâme et du corps (mai et juin 1643) et, dans les grandes lettres des années 1645 et 1646, les problèmes de morale. Lune des grandes questions
quÉlisabeth ne cesse de poser à son ami
philosophe, comme si elle sadressait à un directeur de conscience, est de savoir comment lâme à la fois lentendement et la vo-lonté peut par sa propre force surmonter les désagréments, les vicissitudes, les disgrâces de la fortune ? A la manière de Sénèque ou dEpicure, dans les limites de la seule philosophie, et presque sans sappuyer sur les enseignements de la religion, Descartes tente de déduire des vérités mises au jour dans sa métaphysique les raisons qui montrent la supériorité de la vertu et du contentement que son exercice procure à lâme sur les biens exté-rieurs : honneurs, richesses, pouvoirs
Dans la ligne de ces réflexions, Descartes est amené à donner son opinion sur les livres dont lui parle la princesse, ceux de Sénèque et
Le Prince de Machiavel. En ces occasions, il aborde le champ de la politique, et tente dapporter une solution raisonnée au problème des relations avec autrui, notamment au conflit entre les motifs qui nous poussent au dévouement et ceux qui nous recommandent, ou semblent nous recommander, plutôt légoïsme.
Sur tous ces points, nattendons pas que Descartes ait trouvé des réponses définitives et encore moins inédites. Mais il est rare que des questions aussi rebattues aient été repensées et formulées avec autant de clarté et dintelligence.
LES COMPARAISONS
Descartes nest pas seulement le philosophe avec lequel commencent les temps modernes, il est aussi (ou plutôt, inséparablement) lun des grands écrivains français, même sil écrit souvent en latin, surtout lorsquil a à exposer et résoudre des difficultés philosophiques encore solidaires du vocabulaire scolastique. Dans les ouvrages quil écrit et publie en français (faisant en sorte que la philosophie puisse désormais sécrire en langue vulgaire , comme on disait alors), il donne plus de temps à lécriture proprement dite, et laisse sa muse le conduire. Une des particularités de ce style ample et sinueux est lemploi de comparaisons, souvent longues, par lesquelles Descartes cherche à figurer des pensées plus abstraites.
On dirait que la comparaison parle dabord à limagination et facilite la transition du problème jusquà lentendement. Par exemple, la comparaison constante du corps avec une horloge, ou avec dautres instruments (les nerfs comparés à des tuyaux, les esprits animaux au vent qui gonfle les voiles
). La comparaison nest pas un ornement, elle fait comprendre le moins connu par le mieux connu, à condition que lon demeure dans le même registre.
Ainsi, pour expliquer la formation des souvenirs dans la mémoire, Descartes recourt à limage des plis que lon imprime à un linge ou à une feuille de papier et qui font que le papier ou le linge se déplie et se replie plus facilement à certains endroits quà dautres.
Connaît-on meilleure façon de faire comprendre la nécessité de se tenir à la décision quon a une fois prise que limage du voyageur égaré dans la forêt et devant marcher tout droit pour en sortir au lieu de zigzaguer pour retrouver son chemin ? De même la comparaison de la philosophie avec un arbre, etc., etc.
Descartes donne-t-il ainsi libre cours à limagination ? Au contraire, car la comparaison, à
la différence de la métaphore, empêche
lassimilation de deux réalités distinctes en les disposant parallèlement en quelque sorte. Descartes nécrirait sûrement pas comme Pascal : Lhomme est un roseau pensant , mais plutôt : Lhomme est comme un roseau ; de même il ne dit jamais : le corps est une machine, mais comme une machine.
Ce sont là si lon veut des détails, mais ils expriment quelquefois le style propre dune pensée bien mieux et plus fidèlement que les exposés officiels qui en sont faits après coup.
Requise pour figurer une chose corporelle par une autre (on ne connaît pas une chose tant quon ne peut pas la comparer avec une autre, dit en substance Descartes), la comparaison est inversement proscrite dans les matières métaphysiques parce que les choses intellectuelles (lâme, Dieu) ne peuvent pas être figurées sans être dénaturées. Lusage des comparaisons est bien affaire de philosophie et non affaire de style
LA QUERELLE DUTRECHT
La publication du Discours de la Méthode et des Essais a fait de Descartes très rapidement un auteur connu dans toute lEurope savante. Trop, peut-être, car si sa philosophie (entendons par là aussi la physique et, en général, les sciences autres que les mathématiques) lui attire des disciples enthousiastes, elle lui vaut aussi, pour les mêmes raisons, de multiples attaques.
Le disciple hollandais de Descartes, Henri de Rey dit Regius, est devenu, grâce à la science cartésienne, un professeur réputé de médecine à lUniversité dUtrecht. Les étudiants affluent à ses cours, désertant ceux des professeurs plus fidèles à lenseignement scolastique. Le dénommé Gisbert Vt, dit Vtius, alors recteur de lUniversité dUtrecht et professeur de théologie, ne voit pas dun bon il cette progression du cartésianisme au détriment de la scolastique.
Dans une lettre quil adresse au père Dinet pour se plaindre des attaques du père Bourdin (de lordre des jésuites), Descartes commet la maladresse dévoquer en des termes assez durs les manuvres du théologien dUtrecht à lencontre de Regius. Il met ainsi le feu aux poudres et déclenche ce qui va devenir la querelle dUtrecht et qui ne va pas cesser de limportuner, de le harceler même jusquà la fin, ou presque, de son séjour en Hollande. Plaintes devant les magistrats, démarches multiples pour se défendre contre les accusations de Vtius et de ses disciples, ces interminables tracasseries vont jusquà lui faire envisager de quitter ce pays où il était venu chercher la paix, lun des rares pays dEurope où lon trouve
des biens aussi précieux que la liberté de conscience et de culte, la tolérance
La philosophie cartésienne pouvait-elle sélever sur un autre sol que celui de la Hollande ? Jamais plus quen cette occasion Descartes ne semble avoir pris conscience à la fois de la grandeur de la philosophie ( il nest pas détude plus belle, plus digne de lhomme ), et de lhostilité obstinée quelle peut quelquefois susciter.
DESCARTES ET LA POLITIQUE
Descartes est lun des rares philosophes à navoir rien, ou presque rien, écrit sur la politique. On peut sinterroger sur ce silence et y voir leffet dune censure. Bien des textes de Descartes vont dans ce sens. En cette époque de troubles incessants et de guerres civiles, la paix paraît à Descartes (comme à Pascal) le plus grand des biens. Dans le discours Descartes critique ces humeurs brouillonnes et inquiètes, qui, nétant appelées, ni par leur naissance, ni par leur fortune, au maniement des affaires publiques, ne laissent pas dy faire toujours, en idée, quelque nouvelle réformation . Dans ce domaine, semble-t-il, Descartes rejette le radicalisme dont témoignent sa méthode et la recommandation de douter de tout. Le danger de la réformation lui paraît toujours plus grand et plus sûr que lhypothétique amélioration qui en sortirait. À une occasion au moins, Descartes a été amené, à la demande de la princesse Élisabeth, à préciser son opinion sur la politique en commentant pour elle Le Prince de Machiavel. Dans cette lettre de septem-
bre 1646, il désamorce lune après lautre des maximes machiavéliennes, et réprouve ce qui les rend... machiavéliques. On peut alors voir dans ce retrait une conséquence tout à fait cohérente dune philosophie qui fonde métaphysiquement la valeur absolue de lindividu et de son jugement, de la liberté, et qui permet de penser les rapports entre les hornmes autrement quen termes de conflit et de recherche de pouvoir.
Ainsi, dans cette lettre (comme aussi dans quelques passages des Passions de lâme), Descartes souligne avec force les limites de toute action politique et rejette catégoriquement lidée, typiquement machiavélienne, que tous les moyens sont bons pour arriver à sa fin. Au contraire, dit-il, il faut dabord distinguer les princes qui ont suivi des voies justes de ceux qui ont usé de moyens illégitimes , il faut aussi rejeter les préceptes très tyranniques que Machiavel donne à la légère aux princes. Mais surtout et en cela consiste la morale non politique de Descartes et son importance précisément dans le champ politi-
que Descartes sindigne que Machiavel ne fasse pas la différence entre les amis et les ennemis, et quil absolve par avance les princes qui cherchent sciemment à tromper leurs
amis : Jexcepte une espèce de tromperie, qui est si directement contraire à la société, que je ne crois pas quil soit jamais permis de sen servir (
) : cest de feindre dêtre ami de ceux quon veut perdre, afin de les pouvoir mieux surprendre. Lamitié est une chose trop sainte pour en abuser de la sorte . En instruisant la pensée de chacun des moyens qui permettent de résister à la logique de laction politique, Descartes ne fait-il pas uvre plus utile que bien des philosophes politiques ?
LUNION DE LÂME ET DU CORPS
La conception cartésienne de lunion de lâme et du corps, qui tient une place essentielle dans cette philosophie, ne manque pas généralement de surprendre, notamment ceux qui croient que le célèbre esprit cartésien ne consiste quen distinctions rigides et non révisables. En effet, concevoir lâme et le corps comme deux substances entièrement distinctes (ce que montre la métaphysique cartésienne) ne doit pas nous empêcher de penser, comme nous le faisons ordinairement, que nous ne formons quune seule
personne dans laquelle lâme et le corps sont étroitement unies, mélangées même, et agissent continuellement lune sur lautre.
Seulement, précise Descartes à la surprise de ses correspondants (Arnauld, ÉIisabeth), il ne faut pas chercher à comprendre de la même manière, par un même type dévidence, ces deux propositions également vraies : que lâme et le corps sont réellement distincts, et quils ne forment quun seul tout dans lhomme (qui nest pas, comme pour Pascal, un
être déchiré entre deux natures contraires). Pour Descartes, lexpérience ordinaire peut être une preuve aussi certaine quune évidence intellectuelle. Lune ne doit pas abolir lautre, il faut seulement les rattacher à leur domaine respectif, et veiller à ce quelles nen sortent pas. Cest pourquoi Descartes, ne cherchant pas à dissimuler son ignorance derrière une imposante construction spéculative, en appelle à lexpérience que chaque homme fait, tous les jours, et sans doute possible, de lunion intime de son âme et de son corps : Que lesprit, qui est incorporel, puisse faire mouvoir le corps, il ny a ni raisonnement ni comparaison tirée des autres choses qui nous le puisse apprendre ; mais néanmoins nous nen pouvons douter, puisque des expériences trop certaines et trop évidentes nous le font connaître tous les jours manifestement. Et il faut bien prendre garde que cela est lune des choses qui sont connues par elles-mêmes, et que nous obscurcissons toutes les fois que nous les voulons expliquer par dautres (lettre à Arnauld du 29 juillet 1648).
Sur cette même question, il avait écrit quelques années avant à la princesse Élisabeth ces lignes célèbres quil est si rare de lire chez un philosophe : les choses qui appartiennent à lunion de lâme et du corps ne se connaissent quobscurément par lentendement seul, ni même par lentendement aidé de limagination ; mais elles se connaissent très clairement par les sens. Doù vient que ceux qui ne philosophent jamais, et qui ne se servent que de leurs sens, ne doutent point que lâme ne meuve le corps, et que le corps nagisse sur lâme. Quelques lignes plus bas, il ajoute ceci, qui peut servir de conseil : cest en usant seulement de la vie et des conversations ordinaires, et en sabstenant de méditer aux choses qui exercent limagination, quon apprend à concevoir lunion de lâme et du corps . La fin de cette lettre dévoile la sobriété assez surprenante du régime de Descartes en matière détudes mais ne peut-on pas aussi voir dans cette confidence une recommandation discrète faite à Élisabeth ? la principale règle que j ai toujours observée en mes études (
) a été que je nai jamais employé que fort peu dheures, par jour, aux pensées qui occupent limagination (cest-à-dire aux mathématiques), et fort peu dheures, par an, aux pensées qui occupent lentendement seul (cest-à-dire à la métaphysique), et que jai donné tout le reste de mon temps au relâche des sens et au repos de lesprit. (lettre du 28 juin 1643).
QUELQUES CRITIQUES DE LA PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE
De son vivant, Descartes a échangé avec les philosophes et les savants de lEurope une correspondance où la polémique et la critique souvent sévère des thèses et des démonstrations cartésiennes occupent une grande place. Mais cest surtout après sa mort et avec la publication duvres jusque-là inédites que la philosophie cartésienne fait lobjet de critiques densemble, particulièrement dans les milieux influencés par cette philosophie, et par ces philosophes que lon commence à appeler cartésiens : Pascal, Spinoza, Leibniz.
Pascal (qui a rencontré Descartes en 1647 et a parlé avec lui de ses expériences sur le vide) appartient à un milieu assez hostile au cartésianisme, à la fois en désaccord avec la méthode cartésienne dans les sciences, et soupçonnant la philosophie cartésienne de de vouloir demeurer à bonne distance de la religion chrétienne. En témoigne ce jugement sévère (Pensées, fg. 77) :
Je ne puis pardonner à Descartes ; il aurait bien voulu dans sa philosophie, se pouvoir passer de Dieu ; mais il na pu sempêcher de lui faire donner une chiquenaude, pour mettre le monde en mouvement ; après cela, il na plus que faire de Dieu.
Ce sont pour des raisons inverses de celles de Pascal que Spinoza critique Des- cartes : lidée dun Dieu créateur, lidée dune âme disposant librement de ses volontés ne sont que fictions aux yeux de lauteur de lÉthique où la critique du cartésianisme est constante, même si elle nest pas aussi explicite que dans ce passage tiré de la préface de la cinquième partie :
En vérité je ne puis métonner quun philosophe, après sêtre fermement résolu à ne rien déduire que de principes connus deux-mêmes, et à ne rien affirmer quil ne perçût clairement et distinctement, après avoir si souvent reproché aux Scolastiques de vouloir expliquer les choses obscures par des qualités occultes, admette une hypothèse plus occulte quaucune qualité occulte. Quentend-il, je le demande, par lunion de lÂme et du Corps ? Quelle conception claire et distincte a-t-il dune pensée très étroitement liée à une certaine petite portion de létendue ?
Leibniz na pas cessé de ferrailler contre le système de Des-cartes, comme si cet-te critique lui était nécessaire pour formuler sa propre pensée. Mais cest aussi chez ce philosophe que se trouvent les objections les plus profondes quon ait faites à la philosophie et à la science cartésiennes (car ce sont les erreurs de cette science que relève dabord Leibniz).
Lune des plus récurrentes porte sur le critère (aux yeux de Leibniz incertain et arbitraire) du clair et distinct pour reconnaître la vérité.
Mais Leibniz, soucieux de la conformité de la philosophie et de la religion, cherche aussi à
montrer le caractère limité, partiellement vrai seulement, et, dans le fond, dangereux pour la foi, du mécanisme cartésien (Remarques sur les principes de Descartes) :
Il (Descartes) prétend que, dans lexplication des phénomènes de la nature, il nest pas besoin dautres principes que ceux tirés de la mathématique abstraite (
) et il ne reconnaît pas dautre matière que celle qui est lobjet de la géométrie. Jaccorde pleinement que tous les phénomènes particuliers de la nature pourraient être expliqués mécaniquement (
) mais ce quà mon avis il faut toujours garder présent à lesprit, cest que les principes mécaniques mêmes, cest-à-dire les lois générales de la nature, naissent de principes plus élevés et ne sauraient être expliqués par la quantité seule et par des considérations géométriques. Ces principes impliquent, bien au contraire, quelque chose de métaphysique
Car en dehors de létendue et de ses modifications il y a, inhérente à la matière, la force même ou la puissance dagir qui permet le passage de la métaphysique à la nature et des choses matérielles aux choses immatérielles.
DESCARTES AU XXe SIÈCLE
Après une relative éclipse au XVIIIe siècle due à lemprise considérable de la philosophie naturelle de Newton sur le continent, la philosophie cartésienne a connu au XIXe siècle, grâce notamment au militantisme de Victor Cousin, un regain dactualité, mais cest surtout en notre siècle que Descartes a été philosophiquement présent, principalement mais pas seulement dans le courant dit phénoménologique.
Husserl a placé tout son projet philosophique sous le signe de Descartes et a intitulé Méditations cartésiennes les conférences données à Paris pour exposer les idées directrices de la phénoménologie. Pour Husserl, le cogito cartésien constitue le seul point de départ véritablement radical de la philosophie. Mais, selon lui, Descartes na pas approfondi sa découverte et nen a pas vu toutes les conséquences.
Son disciple infidèle, Heidegger, assimilant bien souvent la phénoménologie husserlienne et le cartésianisme, commence son livre majeur Être et Temps par une exposition critique de lontologie cartésienne (fondée selon lui sur le concept de substance) destinée à faire la place à une ontologie fondée sur lexistence. Plus tard, Heidegger ne cessera de multiplier à légard de Descartes les insinuations faisant de lui le philosophe de la technique dont le but serait la domination du monde
En France, et non sans rapport avec ce qui
précède, la présence de Descartes dans la philosophie est ininterrompue depuis Alain jusquà maintenant disons Emmanuel Levinas. Fondamentalement, on peut dire que linspiration de Sartre est cartésienne. Toute sa théorie de la liberté dérive en un sens de celle de Descartes, et dailleurs Sartre, juste après la guerre, a écrit un petit essai sur la liberté cartésienne qui éclaire assez bien
la pensée sartrienne.
Merleau-Ponty na jamais cessé de se référer à Descartes, notamment à la théorie de lunion de lâme et du corps. Dans ses notes de travail qui ont été publiées (à la fin de Le visible et linvisible), de très nombreuses fois Descartes est cité, discuté, critiqué
Il semble que Merleau-Ponty ait toujours eu besoin de Descartes pour préciser et même découvrir sa propre pensée. Dans son dernier écrit, Lil et lesprit (1960), avant dexposer ses propres idées sur la vision, Merleau-Ponty expose, en quelques pages dune densité et dune intelligence remarquables, la théorie cartésienne de la vision dans La Dioptrique.
Enfin, il faut mentionner la reprise philosophique de lidée cartésienne de linfini que Levinas a effectuée dans son maître-livre Totalité et Infini (1962).
Ces quelques indications sont seulement destinées à montrer que, pour peu quelle ait quelque envergure, toute pensée philosophique passe par une explication avec Descartes.
BIBLIOGRAPHIE
Les éditions de Descartes
Lédition de référence, établie pour la première fois au début du XXe siècle, reprise il y a trente ans et aujourdhui disponible en format de poche sous coffret, est celle dAdam et Tannery en onze volumes chez Vrin.
Lédition des uvres de Descartes en Pléiade est en cours de réélaboration et doit remplacer celle dAndré Bridoux (1950).
Ferdinand Alquié a édité il y a près de trente ans les uvres philosophiques de Descartes en trois volumes dans les classiques Garnier (aujourdhui Bordas).
Pour les éditions séparées, signalons seulement car elles sont innombrables :
Discours de la méthode suivi de la Dioptrique,
éd. de Buzon, Folio-Essais
Méditations métaphysiques, éd. Jean-Marie et
Michelle Beyssade, GF-Flammarion
Correspondance avec Elisabeth et autres lettres, éd. Jean-Marie et Michelle Beyssade, GF-Flammarion
Les études sur Descartes
Ouvrages dintroduction
Alquié Ferdinand : Descartes, lhomme et luvre, Hatier
Guenancia Pierre : Descartes, Bordas (à paraître en Folio-Essais)
Guenancia Pierre : Descartes. Bien conduire sa raison, Découvertes Gallimard, 1996
Rodis-Lewis Geneviève : Luvre de Descartes, Vrin, 1971
Rodis-Lewis Geneviève : Descartes (biographie), Calmann-Lévy, 1995
Quelques autres études récentes
(ou republiées)
Alquié Ferdinand : La découverte métaphysique de lhomme, P.U.F.
Beyssade Jean-Marie : La philosophie première de Descartes, Flammarion
Cahné Pierre-Alain : Un autre Descartes : le philosophe et son langage, Vrin
Cavaillé Jean-Pierre : Descartes : la fable du monde, Vrin-E.H.E.S.S.
Gilson Etienne : Commentaire du Discours de la méthode, Vrin
Gouhier Henri : Descartes : Essais sur le Discours de la méthode, Vrin
Gueroult Martial : Descartes selon lordre des rai-sons, Aubier
Guenancia Pierre : Descartes et lordre politique, P.U.F.
Kambouchner Denis : Lhomme des passions : commentaires sur Descartes, Albin Michel, 2 vol.
Laporte Jean : Le rationalisme de Descartes, P.U.F.
Marion Jean-Luc : Sur la théologie blanche de Descartes, P.U.F.
Rodis-Lewis Geneviève : LAnthropologie cartésienne, P.U.F.
Voltaire
Sommaire
Voltaire, entre la légende et lhistoire
Stéphane Pujol
Bibliographie
Voltaire,entre la légende et lhistoire
Stéphane Pujol
Voltaire nest pas seulement un classique scolaire sur lequel séchinent des générations détudiants. Sa découverte ou sa reconnaissance dépassent depuis longtemps le cadre de lécole, et on le trouve encore fréquemment associé à diverses formes de réflexion et de prise de conscience. Cest dire que le rayonnement de cet écrivain hors pair nest pas seulement dordre littéraire. Voltaire est certainement, avant Sartre, la première figure de lintellectuel moderne : un écrivain engagé , parce que ses prises de position vont sans cesse à la rencontre de lhistoire. à la différence de nos brillants modernes, son militantisme philosophique neut rien dun exercice de style, et rien ne lui fut plus étranger que la tour divoire. Lorsque lémotion le prend à la gorge, lorsque lindignation est trop forte, Voltaire descend dans larène et prend fait et cause pour des inconnus que lhistoire retiendra surtout grâce à lui.
Il y a bien longtemps que lauteur de Candide nappartient plus seulement à la France. Son souvenir hante les campagnes actuelles en faveur de la tolérance et son nom est un signe de ralliement contre tous les intégrismes. En même temps, il est sans doute parmi les écrivains nationaux celui qui définit au mieux lidentité française. Il cumule les attributs dune culture qui est, au dire des observateurs étrangers, spirituelle et gaie, viscéralement critique, un brin superficielle mais lucide, dont léloquence se déploie dans le bonheur dune conversation touche-à-tout. Les qualités de son style (la promptitude du trait, la clarté, la vivacité), comme son tempérament (enjoué et sarcastique), illustrent à merveille lesprit français. Cette image stéréotypée ou mondaine peut bien être insuffisante, mais elle amuse limagination et entretient le mythe. Voltaire est dabord un des grands symboles de notre mémoire culturelle, au même titre que le Louvre ou la Marseillaise.
Fêter le tricentenaire de sa naissance, cest lui témoigner une reconnaissance qui pour une fois narrive pas trop tard : Voltaire fut un vrai dieu de son vivant (un diable aussi), et son génie sera consacré par la République. En 1791, le transfert de ses cendres au Panthéon donna lieu à des démonstrations de liesse populaire et fut orchestrée comme un événement majeur. En 1994, la commémoration prendra simplement place dans lespace officiel des musées et des salles dexpositions, mais il est à souhaiter que ces manifestations déplacent un public plus large que les seuls érudits... Voltaire aurait dailleurs goûté ces honneurs, lui qui aimait la pompe et honorait les grands hommes.
Au XIXe siècle, les jugements sur Voltaire sont franchement contrastés, tous liés au traumatisme révolutionnaire. On est, indépendamment du contenu objectif de ses écrits, pour ou contre Voltaire. Gavroche la dit : Cest la faute à Rousseau, cest la faute à Voltaire. Devenu un saint laïque, il sappauvrit sous les traits dun Homais dans Madame Bovary. Mais la violence du sentiment anti-voltairien est durable et profonde, en particulier dans les milieux catholiques. Un siècle plus tard, cette commémoration est dabord loccasion de reconsidérer notre rapport à lhomme et à luvre. Un Voltaire en chasse un autre. Aujourdhui précisément où il ny a plus de Voltaire, lhomme fait incontestablement défaut. Lorsquon se rappelle sa réaction devant un événement aussi banal en apparence que le tremblement de terre de Lisbonne (en 1755), on se prend à songer à ce que lui aurait suggéré la guerre du Golfe ; on limagine déjà clamant son indignation à Sarajevo... Ne fera-t-on jamais taire cet homme ? , aurait dit Louis XV excédé. De fait, sans doute parce que la censure et les hommes de pouvoir ont cherché sans relâche à le bâillonner, Voltaire a crié toute sa vie plus fort que les autres. Quant à luvre, elle éblouit et terrasse par son volume comme par sa dispersion. Mais attention, au risque de surprendre, il faut oser affirmer quelle est encore largement méconnue du grand public. Sa publicité repose sur quelques titres que les manuels scolaires ont su nous imposer, au gré des collages et des découpages de lhistoire littéraire.
La vie de Voltaire
Voltaire a su construire sa vie comme une légende. Les coups déclat, les humiliations, les honneurs ont été transformés presque instantanément en romans, et ses aventures personnelles sont représentatives dune époque ou dun siècle. De 1718 à 1778, il occupe sans cesse le devant de la scène, ne cessant dintervenir de façon frénétique dans tous les domaines. La boulimie de Voltaire, en même temps que son goût marqué pour la provocation, sont les caractéristiques essentielles de sa personnalité. Porte-parole, animateur et agitateur à la fois, Voltaire est un contre-pouvoir à lui seul. De fait, jamais écrivain naura autant lutté pour la défense de la libre expression, au prix parfois de risques bien réels : Je finirai par renoncer à mon pays ou à la passion de penser tout haut , écrit-il dans sa jeunesse. Lexil fut une conséquence inéluctable : deux années en Angleterre, deux années en Prusse, dix années aux portes de la capitale, vingt années passées à la frontière de la Suisse.
DArouet à Voltaire (1694-1726)
François-Marie Arouet naît un dimanche, à Paris, le 21 novembre 1694. Bien des années plus tard, devant ses nièces ébahies, Voltaire se revendiquera bâtard dun gentilhomme poète et militaire , M. de Rochebrune, déclarant tout de go que le brave Arouet, notaire de son état, nest que son père putatif. Le milieu familial du jeune homme est cossu et austère. Seul son parrain, labbé de Châteauneuf, est dun humour irrésistible. Fasciné par la précocité de lenfant, cet abbé libertin lui fait lire Racine et La Fontaine, mais aussi les livres interdits qui circulent dans la capitale. Il lui présentera la fameuse courtisane Ninon de Lenclos, alors âgée de quatre-vingt-huit ans, que Voltaire jugera sèche comme une momie .
En 1701, alors que zozo na que sept ans, sa mère disparaît. Il reçoit alors une éducation soignée chez les jésuites du collège Louis-le-Grand. Il y fait du latin à outrance , se familiarise avec les auteurs classiques, sinitie au théâtre et à la poésie. Le collège lui fait aussi connaître de grands aristocrates, dont certains seront plus tard ses protecteurs : les frères dArgenson, futurs ministres de Louis XV, le comte dArgental... Cet élève brillant ne sera ni révérend père ni robin. Dévoré de la soif de célébrité selon son confesseur, le jeune Arouet fait des vers et les bons pères font imprimer en 1710 son Ode à sainte Geneviève. A la fin de son année de philosophie, il signifie à son père quil veut être homme de lettres. Il doit sinscrire à Barreau, mais cela ne lempêche pas de fréquenter la société libertine du Temple. Pour lassagir, on lenvoie en 1713 à La Haye, comme secrétaire privé du marquis de Châteauneuf, ambassadeur du roi en Hollande. Mais le rebelle, en fait de sagesse, trouve une jolie compagne : il lenlève et le scandale éclate. Le coupable est renvoyé en France où il est menacé dune lettre de cachet obtenue par son père, puis dune déportation aux Isles . Pardonné en 1714, il entre dans létude de maître Alain, procureur au Châtelet. Cest là quil rencontre Thiriot qui sera son indéfectible ami et son agent littéraire. Mais Voltaire sennuie dans létude et demande sa liberté. Fatigué de ce fils indomptable, Arouet père le confie au marquis de Caumartin. Au château de Saint-Ange, le jeune homme fait des vers, tandis quil goûte le velours et la soie.
En 1715, Louis XIV meurt. Commence laimable Régence, et Voltaire est reçu à la cour de Sceaux, chez la duchesse du Maine, où il donne des contes en vers et des divertissements de salon. Sa veine satirique se révèle dans un poème dirigé contre La Motte, puis un autre contre le Régent, qui se fâche et lexile à Sully-sur-Loire en mai 1716. Un an plus tard, Voltaire récidive son esprit caustique le conduit cette fois à la Bastille. Il en sort le 10 avril 1718. Mais il na pas perdu son temps. Du fond de son cachot, il sest trouvé un nom et une signature : arovet le ieune devient, par anagramme, voltaire. Il a également conçu le projet dune grande épopée, La Ligue (1723), qui deviendra La Henriade (1728).
Sa carrière dhomme de lettres est désormais lancée. Il lui manque la consécration, qui ne tarde pas à venir : cest la représentation, par la Comédie-Française, de sa première tragédie (dipe, 1718) qui lui apporte la reconnaissance officielle et le succès. Le public applaudit ce fameux distique :
Nos prêtres ne sont pas ce quun vain peuple pense.
Notre crédulité fait toute leur science. (IV, 1.)
Avec dipe, Voltaire sest imposé comme auteur dramatique. Il deviendra même le plus important poète de son temps aux yeux de ses contemporains, un nouveau Racine. Cette brillante destinée manque pourtant de tourner court un jour de 1723. Lors dune épidémie de variole, Voltaire est à larticle de la mort mais il en réchappera. En 1725, il participe aux cérémonies officielles du mariage de Louis XV. Son statut de poète de cour lui vaut une pension de la reine, qui vient sajouter à une ancienne pension du Régent. Cest alors que survient une crise imprévue.
Les vertus de lexil (1726-1755)
Le séjour anglais (1726-1728)
Janvier 1726, chez le duc de Sully. Voltaire parle fort, amuse et brille. Le chevalier de Rohan-Chabot, piètre rejeton dune illustre famille, linterpelle dun ton railleur : Mons de Voltaire, Mons Arouet, comment vous appelez-vous ? Voltaire, qui na pas la langue dans sa poche, réplique immédiatement : Je ne suis pas comme ceux qui déshonorent le nom quils ont reçu ; jimmortalise celui que jai pris. Le chevalier lève sa canne puis se ravise et sort. Trois jours plus tard, trois ou quatre gaillards bastonnent Voltaire à tour de bras. Le poète avait cru faire parler le mérite. Mais sous lAncien Régime, cest encore la naissance qui prime, et Voltaire lapprend à ses dépens. Lhomme est pourtant incorrigible, qui ne lentend pas ainsi et provoque le chevalier en duel. Cette fois cest trop. On larrête et on le conduit à la Bastille. Il en sort au bout de quelques jours avec ordre de sexiler loin de Paris.
Le 10 mai 1726, Voltaire sembarque à Calais pour lAngleterre, où il séjournera jusquà lautomne 1728. Rivale de la France depuis toujours, lAngleterre avait pris une sensible avance en politique, en commerce et en philosophie. Létablissement dune monarchie constitutionnelle, admettant la tolérance religieuse et une certaine liberté de pensée, permettait aux progrès des Lumières de se développer. Dans cette île de la Raison , Voltaire fréquente les meilleurs esprits et prend ses notes. Le projet décrire des lettres anglaises fait son chemin. Mais ce nest que six ans après son retour en France, en 1734, quil publie les Lettres philosophiques. Avec cette uvre, la carrière de Voltaire prend un tournant important, et le poète léger sest désormais mué en philosophe audacieux.
Chez madame du Châtelet (1734-1744)
Dès son retour en France, Voltaire se remet au travail. Il commence une Histoire de Charles XII (achevée en 1730), ainsi quune tragédie, Brutus, et grossit son paquet de lettres anglaises. En mars 1730 disparaît son actrice fétiche, Adrienne Lecouvreur. Son corps est jeté à la voirie, comme celui de tous les comédiens qui refusent de se rétracter à leur mort. Voltaire est scandalisé ; il publie un vibrant poème, lOde sur la mort de Mlle Lecouvreur.
Langleterre avait été loccasion de se familiariser avec Newton. La rencontre de Voltaire avec la belle mais savante Emilie du Châtelet va lui permettre de perfectionner ses connaissances en physique, tout en goûtant le bonheur dune amitié durable et réciproque. Les Lettres philosophiques viennent de paraître. Le Parlement de Paris condamne louvrage à être brûlé et lacéré. Voltaire doit échapper aux poursuites, et se réfugie au château de Cirey, propriété de madame du Châtelet en Lorraine. Il y restera dix ans. Cirey fut pour Voltaire une retraite studieuse. Dans ce laboratoire didées, il écrit comme on cause, avec le même entrain, avec la même vivacité : de la métaphysique (Traité de métaphysique, 1735), des satires ou des contes (Zadig, 1748), des poèmes (dont le fameux Mondain, 1736) ; des comédies et de nouvelles tragédies (cinq de 1735 à 1748, dont Mérope et Mahomet).
Dans ce paradis de lintelligence et du cur, Voltaire doit encore subir les affronts de la femme quil aime, même sil pardonne à la volage Emilie qui le fait plusieurs fois cocu. La dernière fois, ce sera avec un médiocre poète du nom de Saint-Lambert. En septembre 1749, Emilie du Châtelet meurt, après avoir accouché dune petite fille qui ne lui survivra pas. Femme sensible et supérieurement intelligente, madame du Châtelet a occupé quinze ans de la vie de Voltaire. Accablé dun profond chagrin, celui-ci revient pour un temps à Paris.
Le séjour prussien (1750-1753)
Mal en cour auprès du pouvoir royal, malgré son titre dhistoriographe de France, Voltaire se venge en sattirant les faveurs dun autre puissant monarque. Depuis 1740, en effet, le jeune Frédéric II de Prusse multiplie ses invites. A la fin de juin 1750, Voltaire fait ses adieux et part pour Berlin. A la cour du roi philosophe arrive le philosophe roi . Il reçoit la clef de chambellan et la croix de lordre du Mérite. Mais assez vite, les relations entre le monarque rimailleur et le poète railleur deviennent orageuses. Certes, Voltaire triomphe aux soupers, corrige les vers du roi, écrit en liberté : il achève et publie Le siècle de Louis XIV, et découvre les vertus du dialogue philosophique (Dialogue entre Marc-Aurèle et un récollet, Dialogue entre un brachmane et un jésuite). Mais le séjour à Potsdam et la cohabitation avec ce roi carnassier deviennent assez vite pesants. Voltaire se brouille avec Frédéric pour affaires (procès Hirschell), puis se réconcilie, et se brouille à nouveau presque définitivement.
A la fin de 1752, le drame éclate. Maupertuis, président de lAcadémie de Berlin, prétend avoir découvert un des secrets de lunivers avec son principe de moindre action. Mais voilà quun membre associé de lAcadémie, König, affirme que cette loi a déjà été formulée par Leibniz dans une lettre dont il ne réussit pas à produire loriginal. König, condamné pour faussaire, est défendu par Voltaire qui accumule les rancurs contre Maupertuis. La réputation de lAcadémie de Berlin étant en jeu, le roi Frédéric II se met de la partie. Cest alors que Voltaire fait circuler une Diatribe du Docteur Akakia, qui ridiculise des rêveries scientifiques que Maupertuis avait eu la faiblesse de publier. Cest la guerre. Frédéric, fou de rage, fait saisir lAkakia, et Voltaire décide de quitter Berlin. En route, il lance une nouvelle ruade contre le pauvre Maupertuis déjà terrassé. Le 31 mai 1753, alors quil compte passer la nuit à Francfort, ville libre, Voltaire est arrêté et soumis aux brutalités des fonctionnaires prussiens. Officiellement, Frédéric veut récupérer un livre de poésie quil avait confié à Voltaire, mais le projet ne fut peut-être que de lhumilier. En tout cas, Voltaire reste prisonnier à Francfort jusquau 7 juillet, date à laquelle le fameux livre est retrouvé.
Lidylle avec Frédéric est apparemment terminée. En réalité, la correspondance entre ces deux grandes figures du siècle reprendra quelques années plus tard, à lâge de la maturité et du déclin des passions. Pour lheure, la situation de Voltaire est une nouvelle fois bien précaire. Que faire et où aller ? Voltaire arrive à Strasbourg où il attend en vain un signe de la France pour continuer sur Paris. Installé à Colmar, il reçoit du roi linterdiction de sapprocher de Paris à cause du scandale causé par une édition pirate de son Abrégé de lHistoire Universelle. Aux côtés de sa nièce, Mme Denis, qui est aussi sa maîtresse depuis 1744, Voltaire prend alors la route de Genève où il arrive le 12 décembre 1754.
Le seigneur de Ferney (1755-1778)
Voltaire aux Délices (1755-1760)
Voltaire était entré dans la jeunesse sous les coups du chevalier de Rohan, il entra dans la vieillesse sous ceux de Fréderic. Restait à trouver le havre où panser ses blessures et instruire les hommes des injustices du monde. Mais nallons pas imaginer lhomme usé, renonçant à ses foucades dans un mutisme boudeur. Voltaire est simplement las de cette errance de cour en cour. A soixante ans, il possède largent et la renommée : il était temps quil devînt son propre maître.
En mars 1755, Voltaire sinstalle avec Mme Denis aux Délices, près de Genève, et loue une propriété à Lausanne. Les calvinistes voient dun mauvais il linstallation de ce pamphlétaire redouté, dont la première préoccupation est de faire construire un théâtre dans sa propriété et de convier les citoyens de Genève à jouer la comédie. Cette retraite fut pourtant vite troublée. Le 1er novembre 1755 la terre tremble à Lisbonne, faisant près de 30 000 morts. Aux décombres du séisme sajoutent les pillages et les incendies. La nouvelle parvient le 24 aux Délices et lon parle de 100 000 victimes. Voltaire est bouleversé. Il se met au travail et achève trois mois plus tard son Poème sur le désastre de Lisbonne. Avant dêtre un chapitre de Candide, le tremblement de terre aura été loccasion dune formidable prise de conscience. Comment concilier la catastrophe avec les desseins de la Providence divine, comment allier linfinie bonté du Créateur et lexistence du mal ? Lélégance impeccable du vers a bien du mal à contenir lémotion et la révolte contre le tout est bien de Pope et des optimistes leibniziens. Par ce poème et les réactions quil suscite, Voltaire réussit à faire du tremblement de terre de Lisbonne un événement intellectuel. Les théologiens ont beau avoir leur réponse toute prête, la question du mal physique ou moral travaille les philosophes et sape une idée neuve en Europe, le bonheur.
Comme un mal ne vient jamais seul, le 18 mai 1756 commence la guerre de sept ans. De son poste genevois, Voltaire observe les hostilités et les renversements dalliance. On ignore encore que cette guerre se terminera sur un désastre français. Toute lannée 1756 est consacrée aux articles de lEncyclopédie que dAlembert lui avait commandés. Larticle Genève du savant va bientôt faire scandale, et on accusera Voltaire de lavoir inspiré. A Paris la campagne anti-philosophique se déchaîne. Lattentat de Damiens contre Louis XV le 5 janvier 1757 ne fait rien pour calmer les esprits. Deux ans plus tard, alors que Voltaire aménage Ferney, sa nouvelle demeure en territoire français, le Parlement condamne au feu lEncyclopédie.
Lhiver 1757 est occupé par la rédaction de Candide. Voltaire quitte les Délices le 30 juin 1758 pour un dernier voyage. Il rend visite à lElecteur Palatin et séjourne à Schwetzingen où il fait ses premières lectures de Candide. Sur le chemin du retour, il sarrête à Strasbourg,
espérant obtenir par lentremise du cardinal de Bernis, devenu ministre, la permission de revenir à Paris. Espoir déçu. Voltaire comprend que son exil est définitif. Il va acquérir les domaines de Ferney et de Tourney à la frontière franco-suisse, et cette position stratégique lui permettra de donner libre cours à son insolence naturelle. Ferney va bientôt constituer le pôle dattraction de lEurope éclairée.
Le patriarche de Ferney (1760-1772)
Sur le nouveau domaine de Ferney, Voltaire fait raser la vieille ruine gothique qui cachait le paysage, et rebâtit à la place un château simple aux lignes pures dont il a dessiné lui-même les plans. Il fait aussi construire pour ses paysans une petite église avec, sur le porche, une dédicace déiste : Deo erexit Voltaire. Sindignant toujours des injustices, il recueille dans son château la petite-nièce du grand Corneille, qui vit dans la misère et à laquelle le roi vient de refuser une rente. Il entreprend une édition commentée des uvres de Corneille pour servir de dot à la jeune fille. Entre-temps, Voltaire a pris au sérieux ses fonctions de seigneur de Ferney. Entre une campagne dépigrammes contre les anti-philosophes, des dialogues philosophiques et une pièce de théâtre, il bataille contre les jésuites dOrnex, lévêque dAnnecy et le curé de Moens qui a battu un de ses paroissiens. Il veut encore libérer le canton de Gex du monopole du sel. La guérilla est sur tous les fronts. Mais de malheureux événements vont lui permettre dacquérir une nouvelle stature de justicier.
Le 17 septembre 1761, on arrête près de Montauban
un pasteur protestant, Rochette, et trois frères gentilhommes qui voulaient le délivrer. Condamné à mort pour exercice du culte interdit, Rochette est pendu et les frères décapités. Voltaire, à qui lon demande dintervenir, na guère de sympathie pour les prédicants qui lui ont fait du tort à Genève. Mais en mars 1762, la nouvelle de lexécution à Toulouse dun huguenot, Jean Calas, va le mobiliser tout entier. Lhomme est accusé davoir assassiné son fils, dont la rumeur publique dit quil voulait abjurer la religion réformée. Soumis au supplice de la roue, Jean Calas meurt en protestant de son innocence. Voltaire sinforme, enquête et acquiert la conviction quil sagit dune erreur judiciaire commise par des juges fanatiques. Ce procès devient son affaire, et laffaire Calas le procès exemplaire dune justice féodale. Voltaire mène une campagne dopinion à léchelle européenne, mobilise des dizaines de correspondants français et étrangers, fait paraître des requêtes et des mémoires, puis écrit dans la foulée son Traité sur la tolérance. Le 9 mars 1765, Calas est réhabilité.
Alors de toutes parts, on le sollicite. Quand il estime que la justice est bafouée, il écrit, demande des rapports, mène des enquêtes avec la passion dun magistrat. En 1766, il fait délivrer un protestant condamné aux galères pour avoir entendu un prêche clandestin ; il veut réhabiliter Lally-Tollendal, un officier français que lon venait de décapiter parce quon le tenait responsable de la défaite de Pondichéry. A Mazamet, suite à une délation anonyme, un brave huguenot et sa femme, les Sirven, sont condamnés à être pendus sur la place publique. Voltaire est scandalisé par cette triste réplique de laffaire Calas. Il fait venir les Sirven sur ses terres et promet dobtenir la révision du procès. Devant la fureur du poète à défendre les opprimés, le cercle des admirateurs sélargit mais les magistrats commencent à se lasser. Laffaire du chevalier de La Barre va leur founir loccasion de se venger. On trouve, dans les papiers dun jeune aristocrate impie et convaincu de blasphème, un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire. Le chevalier de La Barre est torturé, puis décapité devant le porche dune église où lon lacère et brûle sur son corps le fameux Dictionnaire. Malgré la peur qui le tiraille, Voltaire hurle au crime : le roi avait laissé tuer un adolescent de vingt ans !
Ces multiples croisades aiguillonnent chez le philosophe un désir frénétique décrire. Voltaire alterne les uvres de circonstance (retenons par exemple le morceau De lhorrible danger de la lecture, au titre programmatique !), et les textes philosophiques (Le Philosophe ignorant). Il procède encore à un large tour dhorizon dans ses Questions sur lEncyclopédie (neuf volumes publiés de 1770 à 1772). Voltaire inonde lEurope de ses productions, et le volume des titres donne le vertige. Mais le poète noublie pas ses préoccupations humanistes : en 1770, il se met en tête daffranchir les serfs de Saint-Claude dans le Jura. Car le vieillard croit fermement au progrès des Lumières. La campagne quil mène depuis toujours contre léglise catholique a depuis 1762 un slogan : écrasons linfâme. Lexpulsion des jésuites de France, la même année, lui a donné des raisons supplémentaires de lutter. Dix ans plus tard, on pourrait le croire assagi. Cest mal le connaître.
Les dernières années (1772-1778)
Voltaire est désormais un dieu vivant. On se presse pour le voir ou lapercevoir, et le séjour à Ferney fait partie des étapes obligées pour tout voyageur qui entreprend le tour de lEurope. L aubergiste de Ferney reçoit ainsi un défilé de visiteurs qui le distraient parfois et souvent le fatiguent. Quand il nen peut mais, il senferme à double tour dans sa chambre et écrit quelque fragment historique ou un saignant libelle. Il retrouve même suffisament de verve pour écrire des contes (Le Taureau blanc). Ce vieillard de quatre-vingts ans a encore de lénergie à revendre même si, depuis 1773, les accès de strangurie lépuisent en diminuant sa capacité de travail. Cest pourtant dans ces années difficiles quil mène à bien lédition Cramer de ses uvres complètes en quarante volumes !
A lhiver de sa vie, Voltaire fait encore lobjet dune surveillance tenace. On suppute sa fin prochaine en haut lieu, et quelques mois après son accession au trône, Louis XVI donne des ordres pour que les scellés soient apposés chez le poète à sa mort et que ses papiers soient saisis. Quand, deux ans plus tard, Turgot fait son apparition dans le gouvernement, Voltaire met tout son espoir dans ce politique libéral, éduqué dans lesprit de lEncyclopédie. Mais le 12 mai 1776, Turgot est disgrâcié. Cet espoir déçu vient sajouter aux récentes désillusions de Voltaire à légard du despotisme éclairé : Catherine de Russie et le roi de Prusse nont-ils pas dépecé la Pologne une nouvelle fois ? Quimporte, Voltaire a réussi à Ferney luvre que les plus grands rois ont manquée. Ses vaches, sa vigne, ses vers à soie, sa tuilerie, sont, en miniature, le fruit de ses lumières autant que de son industrie. La petite métairie de Candide est devenue réalité, et Voltaire y cultive soigneusement son jardin.
Et pourtant ! Lidée de revoir Paris le démange. Sa nièce, Mme Denis, et son secrétaire Wagnière lencouragent à quitter le climat rigoureux de Ferney pour un dernier tour dhonneur dans la capitale. Une semaine plus tard, Voltaire fait connaître sa décision : sa dernière tragédie, Irène, allait être jouée à la Comédie-Française ; on avait besoin de lui pour les répétitions. Ce nétait quun prétexte, mais le 5 février 1778, Voltaire se met en route pour Paris.
Laccueil fut naturellement triomphal. Les autorités firent mine de lignorer, mais les anciens et les nouveaux défilent dans sa chambre chez M. de Villette. Malgré les recommandations des médecins, Voltaire multiplie les visites et les réceptions. Epuisé, il commence à cracher son sang. Le 2 mars, il se confesse et obtient labsolution. Cest le prix à payer pour ne pas être jeté à la voirie, et le souvenir de Mlle Lecouvreur est encore vivace. Revigoré, Voltaire assiste à une séance de lAcadémie où il est acclamé. Lapothéose a lieu à la Comédie-Française le soir de la représentation dIrène. Les ovations répétées du public létreignent à la gorge. Il doit quitter la salle, écrasé de bonheur et démotion.
À la mi-mai, cest une nouvelle attaque de strangurie. Les tractations ont commencé entre les proches et les autorités religieuses pour déjouer linterdiction de sépulture et linhumer décemment. On attend du mourant une rétractation qui tarde à venir. Voltaire accepte de rédiger ce dernier billet : Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition. Cette déclaration ne désarme pas les abbés, qui attendent une rétractation en règle. Mais Voltaire nest plus en état de polémiquer. Il meurt le 30 mai 1778, abandonné de tous. On lenterre le 2 juin à Scellières, dans le diocèse de Troyes, juste avant quune lettre de lévêque ne linterdise.
Mais on ne se débarrasse pas facilement de Voltaire qui, dans sa vie posthume, va continuer de sagiter comme par le passé ! Treize ans plus tard, en 1791, sur décret de lAssemblée Constituante la dépouille du philosophe fut déclarée bien national. On exhuma son corps et ses cendres furent déposées dans la crypte de Sainte-Geneviève. Au passage du cortège funèbre, les femmes et les enfants jetaient des fleurs ; et lon pouvait lire, sur le catafalque, cette inscription édifiante : Il combattit les athées et les fanatiques. Il inspira la tolérance. Il réclama les droits de lhomme contre la servitude de la féodalité.
Luvre de Voltaire
La lecture contemporaine de Voltaire relève peut-être dun malentendu. De cet extraordinaire polygraphe, que retient-on aujourdhui ? Les Contes bien entendu. Dabord et surtout Candide, qui caracole en tête de toutes les éditions et figure au palmarès des uvres du Bac. Viennent ensuite quelques morceaux du Traité sur la tolérance, des articles de dictionnaire (le fameux Dictionnaire philosophique), parfois des épigrammes et encore des satires. On continue de le ranger sans trop savoir pourquoi parmi les philosophes des Lumières, mais on ignore tout ou presque de sa philosophie. Face au grincheux Rousseau, Voltaire est lhomme qui rit. Son ironie légendaire est reconnue comme un label ou une appellation contrôlée, mais elle occulte en même temps la gravité des sujets où elle sexprime. On se divertit certes, mais on oublie derrière ces jeux de lesprit les crises qui les ont fait naître.
Si Voltaire revenait sur terre aujourdhui, quelle ne serait pas sa surprise dapprendre quon ne lit que la plus petite partie de ses uvres, et surtout celle à laquelle il attachait le moins dimportance. En héritier respectueux de la tradition classique, Voltaire a réellement bâti sa carrière dhomme de lettres sur les genres littéraires susceptibles de lui assurer la notoriété : la poésie (surtout la poésie épique) et le théâtre (dabord la tragédie). Mais à côté de cette voie royale, Voltaire emprunte bien souvent des chemins écartés pour répondre à lactualité ou satisfaire ses mouvements dhumeur. Son uvre énorme, envahissante, embrasse ainsi toutes les formes de la prose au vers, du traité à lessai , mais aussi tous les genres, du plus noble au plus futile : Tous les genres sont bons sauf le genre ennuyeux.
Dans les rayonnages dune bibliothèque, la place quoccupe Voltaire laisse perplexe. Les dix-sept volumes de ses uvres complètes (auxquels il faut ajouter vingt volumes de Correspondance) seront bientôt remplacés par les cent cinquante tomes de la savante édition en cours à Oxford ! Devant un tel festin, le lecteur risque lindigestion. Alors quoi lire, et comment lire ? Pour entrer dans cet écrasant monument littéraire, on peut feuilleter les pages des Mélanges (dans la bibliothèque de la Pléiade, par exemple). On peut aussi fureter dans les morceaux choisis, et retrouver le chemin des anthologies qui sont les seules éditions capables de rendre compte en un nombre limité de pages dune telle diversité. Cette pratique naurait pas indigné Voltaire, lui qui aimait faire court.
Comparé aux grandes manuvres de lEncyclopédie, son Dictionnaire philosophique (1764) est une machine de guerre au format dun livre de poche. Voltaire fait de la philosophie portative, dira-t-on avec quelque mépris. Mais où réside le plaisir de le lire, sinon dans ses passes darmes étincelantes et dans ses raccourcis lumineux ?
Un génie face à la société
Lhomme de lettres
La fonction dhomme de lettres sous lAncien régime ne suffit pas à assurer le prestige social et un niveau de vie décent. Voltaire, comme beaucoup dautres, se faufile dans les allées du pouvoir et commence par briguer des pensions (du Régent, de la reine). Rares sont les carrières qui ne comportent pas, moyennant quelques serments dallégeance, des gratifications officielles ou le soutien dun mécène. Mais le tempérament fougueux et linsolence de Voltaire ( je ne peux pas louer les gens sérieusement en face , 7 août 1770) lobligent à conquérir une totale indépendance financière. Voltaire fut immensément riche, mais il doit sa fortune à des spéculations financières, des rentes viagères, des créances, plutôt quà sa plume.
Outre lindépendance matérielle, cette fortune lui a permis une incomparable indépendance desprit. Pour un écrivain de sa trempe, les dangers sont réels. Dès la parution des Lettres philosophiques en 1734, Voltaire est sérieusement inquiété ; et à partir de 1750 les sanctions pleuvent autant sur les auteurs que sur les libraires qui diffusent les uvres interdites : en 1768, un colporteur est condamné à cinq ans de galère pour avoir vendu LHomme aux quarante écus. A ces risques graves sajoutent des conditions matérielles souvent déplorables. Lécrivain est mal payé et les contrefaçons se multiplient. Ainsi Voltaire doit souffrir quune troupe de comédiens ambulants représente une parodie du Temple du goût, et quun libraire dAmsterdam publie sans son accord la dangereuse Epître à Uranie.
On comprend dans ces conditions que la découverte de la politique anglaise à légard des gens de lettres lait enthousiasmé : en 1730, en Angleterre, ne rappelle-t-il pas que le parlement sest avisé de promettre vingt mille guinées à celui qui ferait limpossible découverte des longitudes ; et que la célèbre comédienne, Mlle Oldfield, vient dêtre enterrée dans Westminster avec les mêmes honneurs quon a rendus à Newton (Lettres philosophiques, lettre XXIII). Que revendiquent ces critiques implicites du système français ? Sans doute des instances de légitimation du statut dintellectuel : des entreprises collectives (lEncyclopédie viendra à point nommé), des académies moins élitistes qui donnent à chacun sa chance, bref une consécration sociale que le seul mécénat privé ne peut offrir. Voltaire nest pourtant pas à plaindre, lui qui fut historiographe du roi et entra à lAcadémie française en 1746.
Le philosophe
Voltaire est un philosophe au sens où lentendait son temps. Un homme de liberté et daction qui examine les faits sous le contrôle de la raison, et dont lanalyse critique sétend à tous les domaines de pensée, y compris la religion. Les adversaires des Lumières se définissent par rapport à ce modèle quils récusent. Quand paraît le Dictionnaire philosophique de Voltaire, un Dictionnaire antiphilosophique de labbé Chaudon lui répond. Mais pour Voltaire lesprit philosophique est dabord un esprit de tolérance et de modération. Lenthousiasme excessif ne peut conduire quau fanatisme. Je ne sais avec quelle fureur le fanatisme sélève contre la philosophie. Elle a deux filles quil voudrait faire périr comme Calas, ce sont la Vérité et la Tolérance : tandis que la philosophie ne veut que désarmer les enfants du fanatisme, le Mensonge et la Persécution. (Lettre à Damilaville.)
Voltaire nest pas seulement ce défenseur pacifiste de la liberté de pensée. Sans être un vrai savant, il se tourne résolument vers des recherches positives et valorise autant les sciences et les arts que les enquêtes historiques. En revanche, il récuse volontiers les systèmes et désaprouve les métaphysiciens qui parlent tous à la fois, sans sentendre, comme dans le dernier chapitre de Micromégas. Le vrai philosophe pour Voltaire est celui qui reconnaît son ignorance (Le Philosophe ignorant est dailleurs le titre dun de ses ouvrages). Allergique aux constructions déduites a priori, Voltaire admire ceux qui apportent des réponses dictées par les résultats de la science expérimentale. Des Lettres philosophiques aux Eléments de la philosophie de Newton, Voltaire a vulgarisé le principe de lattraction universelle, encensant Newton en qui il voit un héros de la pensée capable de percer les secrets du Créateur. Le philosophe anglais Locke a opéré dans les sciences de lhomme une mutation tout aussi importante. La treizième lettre philosophique vante ainsi les qualités de cette méthode : Locke a développé à lhomme sa raison humaine comme un excellent anatomiste explique les ressorts du corps humain. Il saide parfois du flambeau de la physique ; il ose quelquefois parler affirmativement, mais il ose aussi douter ; au lieu de définir tout dun coup ce que nous ne connaissons pas, il examine par degrés ce que nous voulons connaître. Voltaire fut bien, à sa manière, un vulgarisateur. Il excelle à parler de science dans les exposés courts et clairs sintégrant à la fiction des contes ou au traité didactique. Dans ces conditions, tous les moyens sont justifiés pour agrémenter lexposé : le recours à des anecdotes savoureuses (on lui doit lhistoire de Newton et de sa pomme dans les Lettres philosophiques), la dramatisation, les métaphores énergiques.
Sil nest pas un grand philosophe, Voltaire na éludé aucune des questions importantes que se posait son siècle. Quil sagisse de réflexion morale, de problèmes de fiscalité ou de théories scientifiques, il donne son avis sur tout. Mais il accepte aussi que certaines questions restent sans réponse : cest souvent ce qui arrive quand lhomme sinterroge sur son origine, ou discute indéfiniment de lexistence de Dieu...
Le déiste
Lorsque Candide, dans le pays dEldorado, demande au vieillard si dans son pays il y a une religion, le brave homme rougit un peu . Sa réaction vive prouve que lexistence de Dieu est pour lui une évidence. De fait, Voltaire na jamais nié la nécessité dun être supérieur, moins encore celle de la foi. Ne meurt-il pas en adorant Dieu (...) et en détestant la supersitition ? En ce sens, Voltaire se fait le disciple dune idée peu nouvelle au XVIIIe siècle : le déisme. Il va pourtant en être le porte-parole le plus convaincu.
Dès 1730, dans son poème épique La Henriade, il écrit un hymne à la gloire du géomètre éternel . Dieu a créé le monde et ce monde est une merveille ; car Dieu est architecte , horloger , pragmatique , autant dire philosophe... Voltaire est séduit par les théories de Locke ou de Newton qui posent Dieu comme un impératif de la raison pour résoudre lénigme du monde (lettres XIV et XV des Lettres philosophiques). Ce Dieu-là na pas de nom particulier : il est un être souverain, adoré sous des formes variant selon les murs et les nations. Au chapitre 12 de Zadig, des convives appartenant à des races et à des religions différentes se querellent sur la valeur de leurs croyances respectives : le Celte adore le chêne Teutath, lEgyptien le buf Apis, et le Chaldéen le poisson Oannès. La discussion manque de se terminer dans une tuerie sanglante quand Zadig les réconcilie tous : Vous êtes tous du même avis, et adorez un Être supérieur. Ce que dénonce lallégorie, cest la sottise des dogmes et des hommes, et non celle de Dieu. Ainsi la religion de
Voltaire apparaît plutôt comme une instance morale chargée de rappeler aux hommes quils sont tous frères (Traité sur la tolérance).
Les Lumières impliquent un nouveau rapport de lhomme à Dieu contre ceux qui se disent ses interprètes ou ses représentants. Le refus de confondre le spirituel et le temporel doit se traduire par un recul de lemprise de léglise sur létat. Mais Voltaire est également hostile à la vision janséniste et tragique de lhomme, telle que la exprimée Pascal. A lhomme misérable, dont la condition est prise dans labîme du péché originel, Voltaire oppose la vision simple et rassurante dune créature en quête de son épanouissement. En sattaquant au misanthrope sublime (cest-à-dire Pascal), lauteur du Mondain refuse langoisse existentielle, valorise laction de lhomme dans le monde et avec ses semblables ; il légitime également lamour propre et les passions qui poussent lhomme à faire le bien autant quà faire le mal. Le bonheur nest donc plus dans un au-delà inaccessible mais ici-bas. De même, au Dieu sévère des jansénistes qui ne donne la grâce quavec parcimonie, Voltaire oppose la figure idéale dun Dieu bon et dune Providence qui peut transformer les misères en bienfaits.
Voltaire a donc mené la lutte sur deux fronts : contre le Dieu incarné du christianisme et ses représentants ; contre lathéisme de ses amis philosophes, quil combat au nom de la raison et dont il craint les conséquences sociales.
Voltaire à tous les vents
Lhomme de théâtre
Cinquante-deux ! Cest le nombre de pièces écrites par Voltaire, alors que Corneille nous en a laissé à peine trente-trois et Racine douze. Cette supériorité de production nest pas un gage de qualité, certes, mais les pièces de Voltaire (aujourdhui oubliées) eurent un retentissement considérable au XVIIIe siècle. La première représentation ddipe, le 18 novembre 1718, fut un prodigieux succès. La pièce est jouée quarante-cinq fois consécutives devant un public enthousiaste. Première tragédie philosophique , dipe traite de politique et de religion sans y mêler aucune intrigue damour. Le choix du sujet montre néanmoins lattachement de Voltaire pour les auteurs classiques. Toute une partie de son uvre tend à faire léloge du classicisme : il ny a quà lire ses Commentaires sur Corneille ; dans Le Temple du goût trônent les grands auteurs du siècle de Périclès, dAuguste ou de Louis XIV. Aussi, malgré son anglophilie tenace, ne manque-t-il pas de regarder Shakespeare dun il critique : ses pièces sont barbares, dépourvues dordre, de vraisemblance , écrit-il dans les Lettres philosophiques (lettre XVIII).
Pourtant, les tragédies de Voltaire nont presque rien de classique, malgré les intentions de leur auteur. Sil y a bien un genre littéraire où il innove, cest le théâtre. A lunité daction paralysante des classiques, il oppose les coups de théâtre les plus tonitruants : méprises, reconnaissances, situations imprévues, intrigues enchevêtrées. Voltaire fait léconomie des récits, et aux dialogues interminables il préfère les scènes daction à létat brut : échafauds, sacrifices, duels, empoisonnements, batailles... Dans César arrive un personnage ensanglanté, le bras en écharpe : la scène choque les censeurs, mais le public applaudit. Ce théâtre annonce les rebondissements pathétiques du mélodrame bourgeois de la fin du siècle. Voltaire a réellement voulu réformer la tragédie classique. Lexemple de Zaïre (1732) indique des changements significatifs dans le traitement des sujets et des personnages. Laction ne va plus se perdre dans un temps ou un espace mythiques, elle prend racine dans le réel et sinscrit dans le passé national (à lépoque des croisades de saint Louis). Avec Voltaire, la tragédie shumanise, et Dieu na plus sa place dans les affaires humaines. Le destin des personnages est pris dans des contradictions bien réelles et séloigne de toute transcendance. Ainsi la tragédie voltairienne est-elle, au fond, anti-tragique.
Le conteur
Le vieux Bélus, roi de Babylone, se croyait le premier homme de la terre ; car tous ses courtisans le lui disaient et ses historiographes le lui prouvaient. (La Princesse de Babylone.) à limage du château de Thunder-Ten-Tronck dans les premières pages de Candide, le plus beau et le plus agréable des châteaux possibles , le palais de Bélus est des plus magnifiques. Le schéma initial du conte est donc mis en place : dans un lieu en apparence paradisiaque se préparent dinvisibles revers. Lexcès ne peut conduire quà la dégénérescence et lorgueil au châtiment. Introduction indispensable au conte philosophique qui montre comment lhomme transforme son paradis en enfer, et le bonheur au sein de sa patrie en une suite de mésaventures dans le vaste monde.
Le conte voltairien joue avec nos rêveries denfance, caresse notre goût des fables et des prodiges, des aventures et des passions. Véritable Sésame ouvre-toi , les premières pages des contes nous introduisent demblée dans un univers où tout devient possible : des animaux doués dintelligence (Le Taureau blanc), des planètes lointaines (Micromégas), ou encore un palais aux proportions démesurées (La Princesse de Babylone). Les descriptions multiplient les invraisemblances au mépris du réalisme le plus élémentaire, et nous entraînent vers des rivages enchantés . Le procédé est habile et connu. Il procède dabord dun désir de plaire au public : en 1714, Galland traduit les Mille et une nuits, cinq ans plus tard paraît Robinson Crusoé.
Pourtant, dès les premières pages, une fêlure surgit au cur du rêve. Le conte voltairien ne tarde jamais à démystifier son propre merveilleux. Lexotisme lui-même nest bien souvent quun déguisement. Babylone, cest Paris, et les derviches sont nos prêtres. Mais Voltaire mise aussi sur la confrontation des expériences et des cultures. Il délègue souvent ses observations à un regard étranger qui autorise létonnement critique. Le géant de Micromégas renvoie les terriens à leur petitesse, et nous rappelle que la grandeur dun homme comme dune civilisation est dabord une affaire de proportions, de rapports, de points de vue. Le conte nous apprend ainsi la relativité des murs et des coutumes en partant dune expérience concrète et physique. Les héros voltairiens ont souvent la pureté et la naïveté qui renversent la solide assurance des préjugés. Le regard détaché de Babouc, Candide, Memnon, lIngénu, appréhende les contradictions les moins voyantes. Le huron de lIngénu se rit du baptème chrétien quil juge ridicule, réprimande ses hôtes de leur manque de courtoisie, conteste lintégrité des juges qui lenvoient en prison. Voltaire a compris quel instrument de critique comme de propagande pouvait être le conte. Limagination la plus folle sy allie avec la raison, parce que le monde est sage et fou à la fois.
Lhistorien
De la production historique de Voltaire, plus rien nest lu aujourdhui. Cest à la fois normal et injuste. Normal, parce que son histoire est alourdie dun esprit de propagande irritant. Injuste, parce que Voltaire est un extra-ordinaire pionnier. Jusquà lui, lhistoire nest le plus souvent quune mythification fantaisiste des événements que les colportages successifs ont déformés. Tout le monde a en mémoire la fameuse dent dor de Fontenelle où de faux historiens, forts de leur suppositions, ne songent pas un seul instant à examiner le fait réel. Lhistoire, encouragée par le pouvoir royal, est un récit à la gloire des grands hommes, une succession de faits militaires ou politiques. Ecartant tout compromis, Voltaire adopte une démarche radicalement différente : observe, interroge, doute , telle est la devise quil lance à ses confrères historiens. Le philosophe applique ainsi à lhistoire les méthodes expérimentales du savant. Plutôt que de lire les gros livres de ses prédécesseurs, il traque la vérité là où elle est restée, cest-à-dire à la source. Il cherche les témoignages, les preuves, recoupe les faits avant de les juger comme établis. Pour son Siècle de Louis XIV, il enquête auprès du cardinal de Fleury, de la duchesse de Saint-Pierre, interroge les survivants du grand règne au Temple, à Sully, à Sceaux. Il descend également dans les archives du Louvre pour y examiner tous les manuscrits. De cette nouvelle méthode naît une histoire nouvelle. Quelle est-elle ?
Voltaire commence par écarter la Providence de lenchaînement des événements. La succession des faits ne peut sexpliquer que par lanalyse des causes naturelles, et non par le recours à une intervention divine. Il faut explorer tout ce qui constitue une civilisation, les courants didées, le progrès technique et scientifique, le commerce, les arts... plutôt que de brosser le portrait des chefs de guerre ou des souverains : Quand je vous ai demandé des anecdotes sur le siècle de Louis XIV, cest moins sur sa personne que sur les arts qui ont fleuri de son temps. Jaimerais mieux des détails sur Racine et Despréaux, sur Quinault, Lully, Molière, Lebrun, Bossuet, Poussin, Descartes, etc., que sur la bataille de Steinkerque. Il ne reste plus rien que le nom de ceux qui ont conduit des bataillons et des escadrons. Ils ne revient rien au genre humain de cent batailles données, mais les grands hommes dont je vous parle ont préparé des plaisirs purs et durables aux hommes qui ne sont point encore nés. Lhistoire, telle que la conçoit Voltaire, est donc un travail de longue haleine. Il commence le Siècle de Louis XIV en 1734 ; médité depuis 1729, louvrage ne verra le jour quen 1768. Même parcours laborieux pour lEssai sur les murs : de 1756 à 1769, Voltaire ne cesse dy revenir pour le nourrir de nouvelles remarques.
Certes, on pourrait adresser bien des reproches à ces ouvrages. Le tempérament et la philosophie de Voltaire ont quelquefois transformé son observation en jugement. Cest quau fond il conçoit lhistoire comme une pédagogie destinée non à informer les hommes du passé, mais à les instruire des erreurs à ne pas commettre ou des modèles à suivre. Tous les moyens sont permis pour former lesprit public . Ainsi a-t-il exagérément flatté les civilisations chinoise, hindoue ou musulmane tout simplement parce quelles nétaient pas chrétiennes. Mais il rompt du même coup avec les découpages qui reflètent la domination culturelle européenne. En élargissant le cadre géographique et la trame chronologique, il replace un événement dans son contexte historique, voire dans celui de plusieurs continents à la fois. Cest encore à lui que lon doit la notion de philosophie de lhistoire , expression qui investit les hommes de la responsabilité dun devenir, celui de leur civilisation.
Le témoin de son temps
Voltaire est né journaliste. Son goût de lobservation le poste aux aguets de tous les événements quil commente à chaud. Le désastre de Lisbonne, lattentat de Damiens, la réforme des parlements... il nest pas de sujet sur lequel il ne prononce quelques mots décisifs. Cette tendance saccroît au fil des ans. Durant toute sa vieillesse, il dispose dune véritable audience médiatique. Dans ses retraites suisses, il entretient un réseau de correspondants à léchelle européenne, quil sait mobiliser lorsque lactualité le demande. En vrai journaliste denquête, Voltaire dispose dobservateurs bien placés. Chroniqueur des erreurs judiciaires ou témoin compatissant dune catastrophe naturelle, lui seul sait donner à un événement en apparence insignifiant une dimension universelle. Laffaire Calas montre comment, à propos dun cas particulier, on impose à lopinion publique la reconnaissance dun principe.
Jécris pour agir , affirme-t-il. Ce journaliste-là est un militant. Voltaire aime laction et il vit son métier décrivain comme un apostolat : Jaime passionnément à dire des vérités que dautres nosent pas dire et à remplir des devoirs que dautres nosent pas remplir. Si sa philosophie manque de profondeur, cest aussi parce quelle refuse de se cantonner dans les sphères de labstraction. Elle reste inscrite dans le réel qui lentoure et soriente vers des réformes concrètes ; elle est pratique avant dêtre théorie. On comprend dès lors que les positions de Voltaire soient instables, changeantes, soumises au pour et au contre. Sa pensée est sensible aux contradictions de la condition humaine, elle se forge au contact des événements les plus révoltants. Cest encore ce qui la rend perpétuellement disponible.
Sa contribution aux périodiques proprement dits est assez mince. Voltaire méprisait dailleurs les folliculaires. Ses textes trouveraient pourtant souvent place dans des hebdomadaires satiriques. On le sait, cest dans ce registre que Voltaire excelle, parce que la polémique fait partie de son hygiène de vie. Sil a de nombreux ennemis, cest quil na pas son pareil pour susciter les animosités. Il riposte à la moindre escarmouche et terrasse son adversaire impitoyablement. Témoins Desfontaines, Mau-pertuis et tant dautres, moins connus mais passés grâce à lui à une postérité encombrante. Larme privilégiée de Voltaire, cest le pamphlet écrit au pied levé, ou fusée volante , inséparable de la pensée dun homme en perpétuelle alerte et qui recherche le combat. Couvert sous une multitude de déguisements ou de pseudonymes transparents pour les lecteurs avisés, Voltaire dénonce ladversaire par son faible. Relation, facétie, dialogue, édit, lettre supposée, mémoire, sermon ou discours se succèdent avec alacrité.
Ces disputes pourraient avoir vieilli ou navoir quun intérêt historique. Cest tout le contraire qui se produit. On se moque aujourdhui du contexte, on oublie les enjeux pour ne retenir quun formidable éclat de rire. La virtuosité diabolique de la langue, limagination cruelle et gaie nous entraîne continûment. On a peine à concevoir lénorme quantité dénergie et le talent que ces métamorphoses supposent. Mais on est saisi par la variété de tons, les gags, les jeux du propre et du figuré. Dans son théâtre de Ferney, Voltaire fut un redoutable montreur de marionnettes. Ce pourfendeur de vrais et de faux mystiques, ce dévoreur de petits abbés sinvente même un allié puissant, bien quinattendu : Jai toujours fait une prière à Dieu, qui est fort courte. La voici : Mon Dieu, rendez nos ennemis bien ridicules ! Dieu ma exaucé.
Bibliographie
Biographies
La plus ancienne
Desnoiresterres (Gustave)
1871- Voltaire et la société
1876 française au XVIIIe siècle
7 volumes
1967 Réédition Slatkine
La plus savante, la mieux informée
Pomeau (René) (sous la direction de)
Voltaire en son temps
1985 I. DArouet à Voltaire, 1694-1734
1988 II. Avec Mme du Châtelet, 1734-1749
1991 III. De la cour au jardin, 1750-1759
1994 IV. Ecraser lInfâme, 1759- 1770
V. On a voulu lenterrer
(Cette monumentale biographie remplace tous les récits antérieurs, qui puisaient lessentiel de leur matière dans le travail de Gustave Desnoiresterres. Bibliographie à la fin de chaque volume.)
Voltaire Foundation
La plus brillante
Orieux (Jean)
1966 Voltaire, ou la royauté de lesprit
Flammarion
La plus courte, la plus vivante, la mieux illustrée
Goldzink (Jean)
1989 Voltaire - La légende de saint Arouet
Gallimard
Sur lhomme et luvre
La meilleure introduction à luvre de Voltaire
Magnan (André)
1987 article Voltaire in Dictionnaire des littératures de langue française
(sous la direction de J.-P. de Beaumarchais, D. Couty, A. Rey) Bordas
On consultera utilement au format de poche
Mervaud (Christiane)
1991 Voltaire
Bordas
Pomeau (René)
1959 Voltaire par lui-même
Le Seuil
Pour plus de détails on consultera également
Besterman (Théodore)
1976 Voltaire
Voltaire Foundation
Bijaoui (Rémy)
1994 Voltaire avocat
Tallandier
Collini (Côme-Alexandre)
1970 Mon séjour auprès de Voltaire et lettres inédites que mécrivit cet homme célèbre jusquà la dernière année de sa vie
Slatkine
Condorcet (Marie Jean Antoine de)
1994 Vie de Voltaire, 1786 (en tête des uvres complètes de Voltaire, 1877-1885, Louis Moland)
Quai Volaire
Delattre (André)
1957 Voltaire limpétueux
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1949 De quoi vivait Voltaire ?
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Haroche-Bouzinac (Geneviève)
1992 Voltaire dans ses lettres de jeunesse, 1711-1733
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Hearsey
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1976 Voltaire
Constable
Lanson (Gustave)
1960 Voltaire
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Magnan (André)
1986 Dossier Voltaire en Prusse, 1750-1753
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1985 Voltaire témoin de son temps
Aux amateurs de livres
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1981 Voltaire : a biography
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Mervaud (Christiane)
1985 Voltaire et Frédéric II : une dramaturgie des Lumières,
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1979 Voltaire et Rousseau dans lenseignement français actuel
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Aspects de luvre
1. uvres complètes
1877- uvres complètes
1882 de Voltaire
Louis Moland
(Cette ancienne édition est remplacée progressivement par celle de la Voltaire Foundation, Oxford, 17 volumes parus et 50 volumes de Correspondance)
Garnier
2. Le philosophe
1955 Dialogues et anecdotes philosophiques
(sous la direction de Raymond Naves)
Garnier
1961 Mélanges
(sous la direction de Jacques Van Den Heuvel)
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1964 Dictionnaire philosophique
(sous la direction de René Pomeau) Garnier-Flammarion
1970 Traité sur la Tolérance
(sous la direction de René Pomeau) Garnier-Flammarion
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(sous la direction de Jacques Van Den Heuvel)
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1987 Lettres philosophiques
(sous la direction de René Pomeau)
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1981 Le bestiaire du Dictionnaire philosophique portatif
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1966 étude sur le style polémique de Voltaire : le Dictionnaire philosophique
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Voltaire Foundation
Moureaux (José-Michel)
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in Revue dhistoire littéraire de la France n° 81
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1990 Voltaire lecteur de Descartes, de Locke, de Bayle, dans la XIIIe lettre philosophique
in Travaux de littérature
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Pomeau (René)
1979 Les Lettres philosophiques : le projet de Voltaire
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Voltaire Foundation
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1979 Naissance dun livre et dun texte : les Letters concerning the English nation
Studies on Voltaire n° 179
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1985 Les quatre premières lettres philosophiques ou les complications du jeu satirique in
The Romanic review n° 76
3. Lhistorien
1957 uvres historiques
(sous la direction de René Pomeau) Gallimard
1963 Essai sur les murs et lesprit des nations
(sous la direction de René Pomeau) Garnier
1966 Le siècle de Louis XIV
(sous la direction de A. Adam)
Garnier-Flammarion
1968 Histoire de Charles XII
(sous la direction de Georges Mailhos) Garnier-Flammarion
1971 Histoire de la guerre de 1741
(sous la direction de Jacques Maurens) Garnier
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1958 Voltaire historian
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1977 LHistoire de lesprit humain dans la pensée française de Fontenelle à Condorcet
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1977 Voltaire : recherches sur les origines du matérialisme historique
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(présentation André Magnan)
Bordas
1985 (présentation Jean Goldzink)
Magnard
1992 Contes en Vers et en Prose
(présentation
S. Menant)
Bordas
1966 Romans et contes
(présentation
F. Deloffre et J. Van Den Heuvel) Gallimard
1969 (présentation
R. Pomeau)
Garnier-Flammarion
Etudes
Barchillon (Jacques)
1973 Le Conte merveilleux de 1690 à 1790 - Cent ans de féérie et de poésie ignorées de lhistoire littéraire
Slatkine
Bienaime (Rigo et Dora)
1974 Gli Ultimi racconti di Voltaire
Goliardica
Bonneville
(A. Douglas)
1976 Voltaire and the form of the novel
Studies on Voltaire n° 158
Voltaire Foundation
Coulet (Henri)
1967 Le Roman jusquà la Révolution
Armand Colin
Faudemay (Alain)
1987 Voltaire allégoriste : essai sur les rapports entre conte et philosophie chez Voltaire
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Martin (Angus)
1981 Anthologie du conte en France, 1750-1799 - Philosophes et curs sensibles
UGE
Mylne
(G. Vivienne)
1967 Literary techniques and methods
in Voltaires contes philosophiques
Studies on Voltaire n° 57
Voltaire Foundation
Sareil (Jean)
1975 Lexagération comique dans les contes de Voltaire
in The french short story, French literature series
n° 2
1983 Le rythme comique, accélération et ralentissement dans les contes de Voltaire
in Colloque 76 : Voltaire
Schick (Ursula)
1968 Zur Erzählungtechnick in Voltaires contes
Wilhem Fink Verlag
Sherman (Carol)
1985 Reading Voltaires contes : a semiotic of philosophical narration
University of North Carolina
Van Den Heuvel (Jacques)
1982 Voltaire dans ses contes - De Micromégas à lIngénu
Armand Colin
Virolle (Roland)
1978 Voltaire et les matérialistes, daprès ses derniers contes
in Dix-huitième siècle n° 11
Sur Candide
Bottiglia (W.F.)
1959 Voltaires Candide - Analysis of a classic
Studies on Voltaire
n° 7
Voltaire Foundation
Fenaux (J.-P.) (sous la direction de)
1982 Analyses et réflexions sur Candide de Voltaire
Marketing
Magnan (André)
1987 Voltaire, Candide ou loptimisme
PUF
Masson (Haydn)
1992 Candide - Optimism Demolished
Twaine Publishers
Sareil (Jean)
1967 Essai sur Candide
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Starobinski (Jean)
1989 Sur le style philosophique de Candide
in Le Remède dans le mal : Critique et légitimation de lartifice à lâge des Lumières
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Wade (I.O.)
1959 Voltaire and Candide
Princeton University Press
Waldinger (R.) (sous la direction de)
1987 Approaches to teatching Candide
Modern Language Association of America
Sur Micromegas
Nachtergael (Vic)
1981 Micromégas, ou le dysfonctionnement des procédés de la narration
Studies on Voltaire n° 199
Voltaire Foundation
Sareil (Jean)
1973 Le vocabulaire de la relativité dans Micromégas de Voltaire in The Romanic Review n° 64
Wade (I.O.)
1950 Voltaires Micromégas, a study in the fusion of science, myth and art
Sur Histoire de Jenni
Demoris (René)
1981 Genèse et symbolique de lHistoire de Jenni, ou le sage et lathée de Voltaire
Studies on Voltaire n° 199
Voltaire Foundation
Sur LHomme aux quarante écus
Albina (Larissa)
1986 Les sources du conte antiphysiocratique - LHomme aux quarante écus
Studies on Voltaire n° 242
Voltaire Foundation
Ginsberg (Robert)
1967 The argument of Voltaires LHomme aux quarante écus :
a study in philosophic rhetoric
Studies on Voltaire
n° 56
Voltaire Foundation
Kotta (Nuçi)
1966 LHomme aux quarante écus : a study of Voltairian themes
Mouton
Sur LIngénu
Clouston (S. John)
1986 Voltaires masterpiece LIngénu reconsidered
Peter Lang
Henein (Eglal)
1981 Hercule ou le pessimisme - Analyse de LIngénu
in The Romanic review
n° 72
Lévy (Zvi)
1980 LIngénu ou lanti-Candide
Studies on Voltaire n° 183
Voltaire Foundation
Sclippa (Norbert)
1987 Texte et idéologie : images de la noblesse et de la bourgeoisie dans le roman français, des années 1750 à 1830
Peter Lang
Starobinski (Jean)
1989 Le fusil à deux coups de Voltaire : la philosophie dun style et le style dune philosophie
in Le Remède dans le mal...
Gallimard
Taylor (S.S.B.)
1967 Voltaires LIngénu, the Huguenots and Choiseul
in The Age of Enlightenment (Mélanges offerts à Théodore Besterman)
Oliver and Boyd
Sur La princesse de Babylone
Hellegouarch (Jacqueline)
1989 Les dénivellations dans un conte de Voltaire
in Cahiers de lassociation internationale des études françaises n° 41
Sur Zadig
Bianco (Joseph)
1986 Zadig et lorigine du conte philosophique : aux antipodes de lunité
in Poétique n° 68
Derche (Roland)
1967 Etudes de textes français
CDU-Sedes
Eco (Umberto)
1980 Il cane e il cavallo : un testo visivo e alcuni equivoci verbali
in Versus : quaderni di studi semiotici
n° 25
Gaillard (Pol)
1983 A propos de Zadig
in Raison présente
n° 67
Trapnell
(H. William)
1990 Destiny in Voltaires Zadig and The Arabian nights
Studies on Voltaire n° 278
Voltaire Foundation
Vartanian (Aram)
1989 Zadig : theme and counter-theme in Dilemmes du roman (Mélanges offerts à G. May)
Stanford French and Italian Studies
n° 65
5. Le poète
1961 Mélanges
(présentation Jacques Van den Heuvel)
(Le Temple du goût, Le Mondain, Discours en vers sur lhomme, Poème sur la loi naturelle, Poème sur le désastre de Lisbonne)
Bibliothèque de la Pléiade
Etudes
Menant (Sylvain)
1981 La Chute dIcare : la crise de la poésie française, 1700-1750
Droz
Nablow (A. Ralph)
1974 A study of Voltaires lighter verse
Studies on Voltaire
n° 126
Voltaire Foundation
6. Le dramaturge
1967 Voltaire and Shakespeare
(sous la direction de Théodore Besterman) Studies on Voltaire n° 54
Voltaire Foundation
1972- Théâtre du XVIIIe
1974 siècle
(sous la direction de
J. Truchet) (dipe, Zaïre, Mahomet, Mérope, Nanine, La Femme qui a raison, Lécossaise)
Bibliothèque de la Pléiade
Etudes
Lancaster (Henry Carrington)
1950 French tragedy in the time of Louis XV and Voltaire, 1715-1774
John Hopkins Press
Lion (Henri)
1970 Les Tragédies et les théories dramatiques de Voltaire
Slatkine
Vrooman (R. Jack)
1970 Voltaires theatre : the cycle from dipe to Mérope
Studies on Voltaire n° 75
Voltaire Foundation
Willens (Liliane)
1975 Voltaires comic theatre : composition, conflicts and critics
Studies on Voltaire n° 136
Voltaire Foundation
7. Lépistolier
1968- Correspondence and
1977 related documents
(présentation Théodore Besterman) in uvres complète, vol. 85 à 135 (notes en anglais ; reproduit partiellement plusieurs milliers de lettres des correspondants)
Voltaire Foundation
1977 Correspondance
(présentation Frédéric Deloffre)
12 volumes parus
Bibliothèque de la Pléiade
1990 Correspondance choisie
(présentation Jacqueline Hellegouarch) (traduction et adaptation des notes de Besterman)
Livre de poche
1990 Correspondance choisie
(présentation Jacqueline Hellegouarch)
(906 lettres)
Livre de poche
Etudes
Ages (Arnold)
1971 The private Voltaire : three studies in the correspondence
Studies on Voltaire
n° 81
Voltaire Foundation
Haroche-Bouzinac (Geneviève)
1992 Voltaire dans ses lettres de jeunesse, 1711-1733
Klincksiek
Magnan (André)
1989 Le Voltaire inconnu de Jean-Louis Wagnière
in LInfini
n° 25
May (Georges)
1967 La littérature épistolaire date-t-elle du dix-huitième siècle ?
Studies on Voltaire
n° 56
Voltaire Foundation
Mervaux (Christiane)
1985 Voltaire et Frédéric II
Studies on Voltaire n° 234
Voltaire Foundation
Instruments bibliographiques
Barr (H. Mary-Margaret)
1929 A century of Voltaire study : a bibliography of writings on Voltaire, 1825-1925
Institut of French Studies
Barr (H. Mary-Margaret) et Spear (A. Frederick)
1968 Quarante années détudes voltairiennes : bibliographie analytique des livres et articles sur Voltaire, 1926-1965
Armand Colin
Spear
(A. Frederick)
1992 Bibliographie analytique des écrits relatifs à Voltaire, 1966-1990
Voltaire Foundation
Réalisation : adpf
A. Parian, A. Raynouard
9, rue Anatole-de-la-forge
75017 Paris
© Ministère des Affaires étrangères - adpf
juillet 1994
Ministère des Affaires étrangères
Sous-Direction de la politique du livre et de lécrit
La guerre de Troie
Les sources
L'époque à laquelle elle s'est déroulée reste encore incertaine (sans doute entre 1190 et 1180) ; elle nous est connue uniquement par des poèmes épiques qui n'ont pas été composés à la même époque que la guerre mais beaucoup plus tard, pour célébrer les exploits des héros du passé et aider à former la conscience collective des auditeurs aux vertus de courage et d'entreprise. Ce sont, chez les Grecs, l'Iliade (la guerre elle-même) et l'Odyssée (le retour d'Ulysse, Odysseus en grec), dues à un poète nommé Homère et, chez les Latins, une partie de l'Enéide (livre II) due à Virgile, et qui raconte la chute de Troie.
La guerre : ses origines historiques...
Cette guerre mit aux prises les anciennes tribus grecques (les Achéens), apparues en Grèce au deuxième millénaire avant J.C. et les Troyens. Ces tribus guerrières pratiquaient sur mer et le long des côtes la piraterie ; la dernière de leurs expéditions fut l'attaque de la ville de Troie, en Asie Mineure, puissante cité qui, placée non loin du détroit des Dardanelles, s'était enrichie en prélevant des droits sur les marchands qui gagnaient la Mer Noire par voie de terre. Les fouilles effectuées par l'allemand Schliemann au XIXème siècle à Troie ont démontré la richesse de cette ville.
... et la légende
Les raisons de la guerre ont donc, en fait, été économiques, mais les poètes ont imaginé des raisons héroïques : Pâris, un des fils du roi Priam, auquel Aphrodite avait promis de donner la plus belle femme du monde (HYPERLINK "troietx1.htm"Euripide, les Troyennes), séduit et enlève Hélène, femme du roi de Sparte Ménélas ; il l'a emmenée à Troie (HYPERLINK "troietx2.htm"Euripide, Iphigénie à Aulis). Pour venger l'honneur de Ménélas, les chefs grecs, sous la conduite d'Agamemnon (roi d'Argos et de Mycènes, frère de Ménélas) entreprennent une expédition contre Troie. La flotte grecque se réunit à Aulis, port de Béotie ; mais le vent s'obstine à ne pas se lever et la flotte est immobilisée. (HYPERLINK "troietx3.htm"Euripide, Iphigénie à Aulis)
Le devin Calchas révèle que, seul, le sacrifice d'Iphigénie, fille d'Agamemnon, peut permettre le départ de la flotte. (HYPERLINK "troietx4.htm"Racine, Iphigénie) Iphigénie va donc être sacrifiée quand Artémis, prise de pitié, lui substitue une biche...
Le déroulement de la guerre : dix ans de combats
Le siège de la ville dura dix ans avec des alternances de succès et de revers des deux côtés. L'Iliade raconte la dernière année de la guerre. Son sujet est la colère d'Achille (HYPERLINK "troietx5.htm"Homère, Iliade) : Agamemnon lui ayant pris sa captive, Achille s'est retiré sous sa tente et a cessé de combattre. (HYPERLINK "troietx6.htm"Homère, Iliade) On essaie de régler le conflit par un combat singulier entre Pâris et Ménélas, (HYPERLINK "troietx7.htm"Homère, Iliade) combat regardé avec émotion par Hélène du haut des remparts (HYPERLINK "troietx8.htm"Homère, Iliade) ; au dernier moment, Aphrodite subtilise Pâris dans un nuage et le met à l'abri. Le combat général reprend, où s'illustrent des héros comme Diomède et Ajax.
Cependant Hector, fils de Priam, donne bientôt l'assaut au camp des Grecs, commence à incendier leur flotte et tue le meilleur ami d'Achille, Patrocle. (HYPERLINK "troietx9.htm"Homère, Iliade) Alors Achille, désespéré et furieux, après avoir rendu les honneurs funèbres à son ami, retourne au combat et après une longue poursuite parvient à tuer Hector ; il traîne le corps de celui-ci, attaché à son char, dans la poussière mais finit par rendre le cadavre d'Hector, sur les prières de Priam, aux Troyens.
Le poème se termine sur les lamentations d'Andromaque, femme d'Hector, d'Hécube, sa mère et d'Hélène.
La fin de la guerre et la chute de Troie
La fin de la guerre ne nous est connue que par des poèmes postérieurs à l'Iliade (laquelle a été composée sans doute au VIIIème siècle), comme l'Ethiopide (VIIème siècle) : Pâris, aidé par Apollon, tuera Achille d'une flèche au talon. La chute de la ville nous est relatée par Virgile dans l'Enéide, récit des courses errantes du troyen, Enée, après la chute de Troie, jusqu'au pays que les oracles lui ont assigné : l'Italie. Après un naufrage, Enée est arrivé en Afrique à Carthage, au pays de la reine Didon ; celle-ci l'accueille et le prie de lui raconter les malheurs de Troie. La ville a été prise par la ruse : inspirés par Pallas Athéna, les Grecs ont fait construire un énorme cheval de bois qu'ils laissent sur le rivage, cependant qu'ils feindront de regagner leur pays. (HYPERLINK "troiet10.htm"Virgile, Enéide) En fait les vaisseaux grecs se dissimulent derrière une île proche de Troie (Ténédos) ; dans le cheval se sont dissimulés plusieurs chefs grecs, dont Ulysse. Un traître incite les Troyens à faire entrer le cheval (prétendument une offrande à Pallas Athéna) dans la ville ; (HYPERLINK "troiet11.htm"Virgile, Enéide) le prêtre Laocoon s'oppose à cette idée (HYPERLINK "troiet12.htm"Virgile, Enéide) mais deux énormes serpents, venus de la mer, l'enveloppent, lui et ses deux enfants, dans leurs anneaux et les étouffent. (HYPERLINK "troiet13.htm"Virgile, Enéide) Ce que voyant, les Troyens font entrer le cheval dans la ville. Dans la nuit les guerriers en sortent, ouvrent les portes de la ville à leurs compatriotes revenus en silence de Ténédos ; la ville est prise, incendiée, saccagée, (HYPERLINK "troiet14.htm"Virgile, Enéide) Priam égorgé (HYPERLINK "troiet15.htm"Racine, Andromaque) ; les dieux eux-mêmes s'acharnent à la chute de Troie. (HYPERLINK "troiet16.htm"Virgile, Enéide)
Le retour des chefs grecs :
sauf pour Nestor, ces retours furent longs et difficiles : Ménélas met huit ans à rentrer à Sparte, Agamemnon est assassiné par sa femme Clytemnestre à son arrivée à Mycènes... Le retour le plus long et le plus difficile fut celui d'Ulysse, que nous raconte l'Odyssée : une série d'aventures plus ou moins féeriques ou magiques où se manifestent constamment l'intelligence et la ténacité d'Ulysse, "l'homme aux mille tours" : dix ans s'écoulèrent avant qu'il pût rentrer à Ithaque sa patrie, pour y retrouver sa femme Pénélope.
Achille
Originaire de Phthie en Thessalie, fils du héros Pélée et de la Néréïde Thétis, il règne sur les Myrmidons. Caractère ardent et sensible, il déteste le mensonge. Il préfère mourir jeune et glorieux plutôt que vieux et obscur (HYPERLINK "achiltx1.htm"Racine, Iphigénie)
A sa naissance, sa mère le plonge dans le Styx, fleuve des Enfers, pour le rendre invulnérable. Seul son talon n'y fut pas plongé. Il est élevé par le Centaure Chiron et participe à la guerre de Troie. Un conflit l'oppose à Agamemnon et Achille se retire sous sa tente. Mais la situation devenant critique pour les Grecs, son ami Patrocle, revêtu des armes d'Achille, part au combat, se fait tuer par Hector. Douleur d'Achille.( HYPERLINK "achiltx2.htm"Homère, Iliade)
Revêtu d'une nouvelle armure forgée par Héphaïstos, il poursuit en vain Hector. Zeus, alors, pèse le destin des deux hommes : c'est Achille qui tuera Hector. Il outrage son cadavre en le traînant derrière son char autour du tombeau de Patrocle. Mais pris de compassion devant la douleur de Priam, il lui rend la dépouille de son fils. (HYPERLINK "achiltx3.htm"Homère, Iliade)
Quelque temps plus tard, Achille sera tué à son tour par Pâris qui l'atteint d'une flèche au talon. (HYPERLINK "achiltx4.htm"Ovide, Les Métamorphoses) Enterré avec Patrocle au Cap Sygée. Son tombeau devient un lieu de pèlerinage (HYPERLINK "achiltx5.htm"Plutarque, Vie d'Alexandre).
Le Minotaure
Fils de Pasiphaé, épouse de Minos, et d'un taureau envoyé par Poséidon à Minos.( HYPERLINK "minotxt1.htm"Virgile, Enéide) Le Minotaure est mortel. Issu, d'une union contre-nature, le Minotaure porte le stigmate de sa naissance. Minos, pour le cacher aux yeux du monde, fit construire par Dédale un énorme palais (souterrain?), appelé Labyrinthe, d'une telle complication que personne n'aurait pu s'y retrouver.( HYPERLINK "minotxt2.htm"Virgile Enéide,) Dans ce palais étaient amenés les jeunes gens qui constituaient le triste tribut humain payé par Athènes, et qui finissaient dévorés par le monstre.
Thésée, à qui Ariane, la demi-soeur du Minotaure a fourni le célèbre fil qui lui permettra de sortir du Labyrinthe après le combat, débarrassera finalement la Terre d'un être aussi malfaisant.
On représente le Minotaure avec un corps d'homme monté d'une tête de taureau, comme pour rappeler la faute de sa mère Pasiphaé. Cependant, à la différence des taureaux ordinaires, il se nourrit non d'herbe ou de foin, mais de chair humaine.
Thésée
Héros athénien, fils du roi Egée (HYPERLINK "thesetx1.htm"Homère, Iliade) tueur de monstres (HYPERLINK "thesetx2.htm"Racine, Phèdre), qui se laisse parfois entraîner par des amis dans des aventures galantes (HYPERLINK "thesetx3.htm"Racine, Phèdre) ; bienfaiteur d'Athènes.
Caché par sa mère à sa naissance; il rentre adolescent à Athènes : son père le reconnaît à ses sandales et à son épée. Pour éviter aux Athéniens de payer régulièrement un tribut de sept jeunes gens et sept jeunes filles au roi Crétois Minos, qui les livrait ensuite au Minotaure, monstre mi-homme mi-taureau (HYPERLINK "thesetx4.htm"Catulle), il se rend en Crète. Il tue le monstre qui vivait dans le labyrinthe (HYPERLINK "thesetx5.htm"Virgile, Enéide) d'où il sort grâce au fil que lui avait donné Ariane, la fille du roi Minos (HYPERLINK "thesetx6.htm"Catulle), dont il tombe amoureux; mais il l'abandonne bientôt pour sa soeur Phèdre (HYPERLINK "thesetx7.htm"Catulle). A son retour à Athènes, son père croit que la mission a échoué (la voile du navire n'a pas été changée comme il avait été convenu), et se précipite dans la mer qui porte désormais son nom (HYPERLINK "thesetx8.htm"Catulle).
Thésée devient le roi législateur d'Athènes. Il avait eu d'Antiope, reine des Amazones, un fils, Hippolyte, dont s'éprit Phèdre ; croyant son fils coupable, Thésée appela sur lui la vengeance de Neptune (HYPERLINK "thesetx9.htm"Racine, Phèdre).
Plusieurs temples sont dédiés à Thésée en Attique, (le Thésaion à Athènes); des théséia sont célébrées chaque année en son honneur; il inaugure les Panathénées.
Hector
Son nom signifie : celui qui tient fortement, celui qui résiste. C'est le fils (aîné sans doute) de Priam, roi de Troie (ou Ilion) en Phrygie, et d'Hécube. Pendant la guerre de Troie il se montre comme le plus ardent défenseur de sa ville. On le voit, durant les nombreux combats qu'il livre sous les murs de Troie, faire preuve d'une très grande bravoure et d'une non moindre grande audace. Il lance même les Troyens jusqu'au camp des Grecs dont les vaisseaux sont menacés d'incendie (HYPERLINK "hectotx0.htm"Homère, Iliade). L'intervention de Patrocle sauve les Grecs mais Hector tue Patrocle.
Il est valeureux mais non belliqueux : dans un texte célèbre (HYPERLINK "hectotx1.htm"Homère, Iliade) il exprime toute sa tendresse pour son épouse Andromaque et son jeune fils Astyanax. Sa sérénité devant l'adversité est également remarquable.
Après la mort de Patrocle, Achille revient au combat, tue Hector qui lui prédit, en mourant, sa propre mort (HYPERLINK "hectotx2.htm"Homère, Iliade). Le corps d'Hector est traîné dans la poussière (HYPERLINK "hectotx3.htm"Homère, Iliade) avant d'être rendu à Priam. L'Iliade se termine sur les funérailles d'Hector, pleuré par Hécube, Andromaque (HYPERLINK "hectotx4.htm"Homère, Iliade) et Hélène.
Jeux et distractions des enfants
Le petit enfant s'amuse, comme aujourd'hui, avec des jouets adaptés à son âge : le bébé agite une sorte de castagnette ou de crécelle (HYPERLINK "jdgr1t1.htm"Aristote, Politique) . Dès qu'il sait marcher, il traîne derrière lui de petits chariots (HYPERLINK "jdgr1t2.htm"Aristophane, Nuées) . Les poupées sont en cire ou en terre cuite, certaines articulées ; en terre cuite également des jouets représentant des animaux, oiseaux, lièvres, grenouilles (HYPERLINK "jdgr1t3.htm"Aristophane, Nuées).
Les enfants jouent très souvent aussi avec des animaux vivants, chiens, cailles, canards et hannetons ! Le garçon peut jouer au cheval avec un bâton (HYPERLINK "jdgr1t4.htm"Plutarque, Agésilas). Le cerceau, garni d'anneaux ou de grelots, est également un jouet apprécié, comme la toupie ; on connaît aussi la balançoire.
Devenus plus grands, les enfants jouent à des jeux collectifs : Colin-maillard - "le roi et sa cour" (HYPERLINK "jdgr1t5.htm"Hérodote, Histoires), jeux de balle variés, avec des balles plus ou moins dures, des ballons plus ou moins gros (HYPERLINK "jdgr1t6.htm"Homère, Odyssée), pratiqués parfois avec accompagnement de chants et de danses.
D'une manière générale ces jeux, pour le philosophe Platon, ont pour utilité d'indiquer les tendances des enfants et de pouvoir ainsi les orienter vers leur futur métier ; ils ont également une grande importance sociale (HYPERLINK "jdgr1t7.htm"Platon, Lois) et (HYPERLINK "jdgr1t8.htm"Platon, Lois).
Jeux et distractions des adultes dans le privé
Dans les pays méditerranéens, le soleil aidant, la vie des citadins, comme celle des paysans, se déroule essentiellement dehors. Nous verrons, dans la troisième partie, les distractions, fêtes, jeux qui réunissent la communauté des citoyens.
Dans la vie quotidienne, en ville, le premier plaisir est d'abord de rencontrer d'autres citoyens, de bavarder avec eux, de s'arrêter devant les boutiques et de regarder les artisans travailler , bref, de flâner et de faire le badaud. Seul, un être redoutable comme le sycophante (=dénonciateur professionnel) se tient à l'écart de cette vie pacifique (HYPERLINK "jdgr2t1.htm"Démosthène, Contre Aristogiton).
Parfois aussi, une belle bagarre constitue le spectacle (HYPERLINK "jdgr2t2.htm"Lysias, Contre Simon), à moins qu'un forain, un illusionniste quelconque ne retienne l'attention des passants (HYPERLINK "jdgr2t3.htm"Athénée, Deipnosophites).
Comme les enfants, les adultes aiment les jeux : on s'amuse au yoyo, à la balançoire; à des exercices d'acrobatie, d'équilibre sur une outre pleine de vin (aux fêtes de Dionysos) ; on joue beaucoup à la balle et au ballon.
Les jeux de hasard ont la faveur de tous : les Lydiens prétendaient les avoir inventés ; on joue à pile ou face avec une coquille, blanche d'un côté et noire de l'autre ; à "pair et impair" avec des pièces de monnaie, des fèves ou des osselets (HYPERLINK "jdgr2t4.htm"Platon, Lysis) et (HYPERLINK "jdgr2t5.htm"Apollonios de Rhodes, Argonautiques) ; on joue également aux dés : le meilleur coup était celui "de Vénus" (trois fois six), le moins bon celui "du chien" (trois fois un). Un jeu très ancien ressemblait au jeu de tric-trac ou au jeu de l'oie; on a retrouvé en Crète, à Cnossos, une sorte d'échiquier (1m sur 0,58m) sur lequel se déplaçaient des pions.
Une grande distraction, aussi, résidait dans les combats d'animaux, surtout des combats de coqs à l'ergot desquels on attachait un éperon de bronze ; des paris s'engageaient sur le vainqueur comme aujourd'hui sur les chevaux.
Surtout, les Grecs, depuis la plus haute antiquité, ont pratiqué différents sports : course à pied, lutte, lancer du disque, tir à l'arc (HYPERLINK "jdgr2t6.htm"Homère, Iliade), natation, aviron, course de chars dans l'hippodrome.
Enfin, la chasse et la pêche tenaient aussi une grande place. On chassait le sanglier et le cerf avec des pièges à fosse, mais surtout du petit gibier, comme les lièvres, que des chiens rabattaient vers des filets, et comme des oiseaux, qu'on attrapait avec des bâtons de glu, des collets, des pièges à ressort, des appeaux (HYPERLINK "jdgr2t7.htm"Aristophane, les Oiseaux) et (HYPERLINK "jdgr2t8.htm"Aristophane, les Oiseaux).
La pêche semblait un sport moins noble, exigeant plus de ruse que de qualités physiques et elle était plutôt réservée aux gens de métier; elle pouvait néanmoins constituer aussi une distraction et les moyens utilisés étaient assez semblables à ceux d'aujourd'hui : pêche à la ligne, filets, nasses variées ; pour les gros poissons, on employait le harpon ou le trident; le système du "lamparo" existait également.
A la fin d'une journée bien remplie par des activités politiques ou judiciaires ou par des activités sportives variées, les Grecs aimaient se réunir pour le repas du soir (deipnon) chez des amis. On s'invite souvent lors d'une rencontre sur l'agora, au retour d'un spectacle au stade ou au théâtre, parfois pour fêter un vainqueur (HYPERLINK "jdgr2t9.htm"Platon, Banquet).
A ces "réunions de buveurs" (sumposia) n'assistent jamais les femmes (qui ont, lors de certaines fêtes religieuses comme les Thesmophories, des banquets réservés à elles seules).
Les convives arrivent au "sumposion" la tête en général couronnée de feuillage ou de fleurs (HYPERLINK "jdgr2t10.htm"Platon, Banquet), portant parfois une longue guirlande sur la poitrine. Le "sumposion" se déroule en deux temps : d'abord le repas proprement dit, pour apaiser la faim ; puis (et c'est la partie la plus longue) l'absorption de boisson, accompagnée de toutes sortes de distractions. Après une libation, un hymne en l'honneur de Dionysos, on élit un "roi du banquet" qui doit fixer le nombre de coupes que chaque convive devra vider - sous peine de gages variés.
Quelles distractions animent cette seconde partie du festin ?
En général de la musique, des spectacles de danses ou mimes, des numéros d'acrobatie (HYPERLINK "jdgr2t11.htm"Xénophon, Banquet), des jeux d'esprit (charades, portraits, des débats littéraires ou philosophiques - ou simplement des propos à bâtons rompus. Quand l'ivresse commence à envahir les convives, on joue au jeu du cottabe : il s'agit d'une libation, avec le vin qui reste au fond de la coupe, non plus en l'honneur du dieu mais de la personne aimée (HYPERLINK "jdgr2t12.htm"Xénophon, Helléniques) ; on jette ces gouttes de vin non sur le sol mais en direction d'un but visé (plat ou coupe) ; on perfectionna même ce jeu d'adresse, devenu fort à la mode: il fallait viser de petites coupes flottant dans l'eau d'un vase par exemple... L'adresse du joueur, mais aussi l'élégance de son geste servaient à proclamer le vainqueur.
A Sparte, les syssities (repas en commun quasi obligatoires) étaient, eux, austères et dépourvus de tout divertissement....
La préparation au baccalauréat se fait toute l'année, on s'en doute.
On trouvera dans tous les manuels de classe, ou dans les annales, des conseils efficaces pour préparer le baccalauréat.
Il s'agit ici plutôt de proposer quelques éléments de réflexion fondés sur ce que demandent mes élèves.
HYPERLINK \l "Bac"Haut de la page
L'écrit :
Les 3 sujets devraient être également préparés. Le sujet 1, que choisissent la plupart des élèves ne doit faire l'objet d'une forme de superstition: il ne porte pas plus chance qu'un autre. Tout est une question de préparation.
Ne pas oublier que le meilleur moyen de se préparer consiste d'une part à travailler son expression ...en écrivant ! En plus de l'écriture -à propos d'ailleurs de n'importe quel motif- il faut aussi apprendre à traiter des sujets. Chacun nécessite une technique particulière qu'il faut acquérir.
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PRIVATEINCLUDEPICTURE \d "Images/blcheck.gif"Le sujet 1 :
Pour le choisir, prendre le temps de lire toutes les questions et notamment celles de la seconde partie, qui concernent le travail d'écriture. Certains sujets peuvent vous être bien difficiles.
Ne pas oublier que les questions de la première partie ont généralement deux objectifs:
d'abord une étude stylistique, et linguistique
ensuite, une interprétation qui vise en gros à souligner qu'une écriture, pour produire des effets, met en oeuvre des pratiques particulières que l'on peut repérer.
Quant au travail d'écriture, il cherche avant tout à montrer que vous êtes capable de procéder à une analyse de l'argumentation du texte étudié. A partir de cette analyse, on vous demandera soit de refaire une argumentation (soutenant ou contredisant la ou les thèses du texte), soit d'analyser des arguments qui s'opposent pour donner votre avis, soit de tenter une reformulation du texte. Ne jamais oublier que ce travail, nécessite presque toujours des arguments solides, des exemples, un raisonnement clairement identifiable. Attention toutefois à la variété possible du travail d'écriture. Il peut vous être demandé de reproduire un style, un procédé d'argumentation, une forme particulière d'énonciation : le travail d'écriture peut tendre à devenir au-delà d'un travail de raisonnement, voire plus qu'un travail de raisonnement, un exercice de style.
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PRIVATEINCLUDEPICTURE \d "Images/blcheck.gif"Le sujet 2
Bien que ce ne soit pas en fin d'année qu'on puisse donner des conseils à un élève qui passe le bac, le sujet 2 devrait intéresser les élèves qui ont acquis la technique du commentaire composé. Ce ne sont pas les 4 points des questions de la première partie du sujet -même si ces 4 points sont loin d'être négligeables ! - qui vous permettront d'avoir une note au moins convenable à ce type de travail. Ces questions de la première partie ont pour fonction d'attirer votre attention, tout en vérifiant votre aptitude à "lire" un texe et à l'analyser, sur des procédés stylistiques qui ne sont pas neutres. Ainsi, ces questions visent à préparer votre regard sur le texte, à préparer votre commentaire composé.
Sans qu'il puisse être question ici de vous fournir une clé du commentaire composé, on peut toutefois attirer votre attention sur un ensemble de remarques :
Le commentaire composé repose sur une analyse du texte qui n'est pas qu'une pseudo traduction de son sens. Il faut fuir tout travail qui se présenterait sous la forme d'une liste d'images ou d'expressions prises dans le texte et pour lesquelles on ferait coïncider un sens. Un tel travail ne tient pas tout simplement parce qu'il ne semble pas être organisé selon un ordre général. Ne pas oublier qu'un commentaire composé, vu sous l'angle de chaque partie ou vu sous l'angle du devoir entier, est un travail argumentatif !
Autre particularité, ce travail -comme tout texte- répond à des codes, à des usages qui permettent au lecteur de s'y retrouver.[Bien entendu, comme tout travail qui s'inscrit à l'intérieur d'un genre, le commentaire composé renaît à tout moment de ces règles. Autrement dit, mes propos doivent aider ceux qui ont besoin de se familiariser avec le genre; mais tout l'art de l'expression consiste à s'affranchir de ces guides... autrement dit, peu importe comment vous volez et comment vous avez appris à voler..., si vous savez voler!]
Dès lors, construisez votre argumentation en essayant autant que possible de commencer par le particulier pour aller au général, par le concret pour aller à l'abstrait, par le secondaire pour aller à l'essentiel. Cela, pour la construction d'ensemble.
Cela peut aussi être appliqué à l'intérieur de chaque partie. Mais, il me semble utile avant tout, pour chaque partie d'annoncer d'abord la thèse que l'on va mettre en évidence, que l'on va étayer.
En somme, le commentaire composé, dans son exercie achevé, est un travail qui part d'une analyse d'un texte (qui déstructure ce dernier) pour ensuite composer une vision structurante du texte à travers le regard de celui qui étudie le texte. C'est dire combien un commentaire composé n'est pas une liste mais un travail argumentatif construit.
Est-il nécessaire après cela de rappeler que comme tout travail d'écriture construit, le commentaire nécessite une introduction et une conclusion ?
Plus tard -c'est-à-dire quand j'en aurai eu le temps !- je vous proposerai des formes schématiques de construction d'un commentaire composé, des différentes parties, de l'introduction et de la conclusion. C'est promis !
En contrepartie, je souhaite que vous réagissiez à ces propos. Ce sera le signe de questionnements, de réflexion et pour moi le moyen de mieux adapter mes propos à vos problèmes. Merci !
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PRIVATEINCLUDEPICTURE \d "Images/blcheck.gif"Le sujet 3
En principe, le sujet de type 3 est le sujet qui semble faire le plus peur aux élèves. En tout cas, au dernier bac, dans mon établissement -et si j'en crois les échos que j'ai d'autres établissements dans l'académie-, ce sujet est en passe de devenir le sujet le moins choisi.
Et pourtant, c'est sans doute celui qui devrait préparer les élèves le plus au travail de la dissertation philosophique, voire de tous les travaux d'écriture construit à partir d'une problèmatique qui n'est pas totalement fournie. Bien sûr, la philo... c'est demain ! et demain c'est loin ! Et pourtant, si vous saviez !...
En réalité, ce type de devoir repose au fond sur un travail qui est celui de tous les jours : celui du cours quotidien de français. En effet, la dissertation nécessite d'abord de connaître les oeuvres du progamme (3 en L, 2 ailleurs) : autant dire que l'on fait d'une pierre deux coups ! Tout en suivant le cours et en travaillant pour son oral, on travaille pour son écrit ! De plus, on ne risque guère de surprise, le sujet ne peut tomber que sur l'une des oeuvres au programme de la série.
Par contre, c'est un exercice exigeant dans la mesure où il repose sur un travail d'argumentation qui suppose de fonder ses propos sur des illustrations précises. Il nécessite aussi un minimum de maîtrise d'une argumentation longue et construite. Enfin, il peut aussi se révéler difficile par la complexité d'un sujet qu'il faut d'abord analyser puis décomposer en différentes parties pour comprendre où se trouve la réponse. Autant dire que le devoir sur le sujet 3 nécessite de s'y être habitué pendant l'année. On ne peut pas imaginer de faire un devoir sans s'entraîner à écrire !
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PRIVATEINCLUDEPICTURE \d "Images/blcheck.gif"ORAL : fiche de travail et de révision
voir aussi les conseils de Jeg :HYPERLINK "http://www.bplorraine.fr/jeg/conseils-oral.htm"http://www.bplorraine.fr/jeg/conseils-oral.htm
L'oral se prépare sans difficulté en classe, en prenant la parole, en s'inscrivant pour faire des exposés... Avant tout, il importe de comprendre que l'oral n'est pas l'épreuve que l'on s'imagine en général. Il se passe pour le plus grand nombre de la manière la plus simple et anodine qui soit. Mais, parce que c'est là que l'on imagine la confrontation avec l'examinateur, on a tendance à avoir peur, et on le redoute plus que l'écrit qui est souvent moins gratifiant dans ses notes.
Néanmoins, un oral se prépare. On ne perd rien à travailler, à condition que cela soit fait méthodiquement et avec calme.
En dehors du travail régulier tout au long de l'année, il faut, pour les révisions, faire d'abord un bilan des textes que l'on a à revoir, des oeuvres à relire (si,si !). Une simple division vous indiquera le temps disponible pour chaque texte. Prévoyez aussi si vous le pouvez des pauses de lectures d'études critiques qui stimuleront votre regard, vous apporteront d'autre manières de voir... et vous feront réviser ! Ne jamais travailler trop sur un même sujet et faire des pauses : tous les manuels vous le diront.
Les fiches de travail sont d'un usage personnel. C'est dire qu' a priori elles doivent répondre à des besoins et des méthodes de travail personnels. Aussi ce n'est qu'à titre indicatif que l'on peut vous proposer une forme de fiche de travail pour vos textes.
Ainsi, pour un livre comme les Confessions , il faut réfléchir à ce que l'on veut :
connaissance de l'auteur ? Cernons alors les dates essentielles (les événements principaux de sa vie, les dates qui concernent les livres I à IV des Confessions ) , rappelons les oeuvres principales ou mieux celles dont on a pu étudier un extrait en classe.
connaissance de l'oeuvre ? Là on entre un peu plus dans le vif du sujet !
A quelle période a-t-elle été écrite ? Pourquoi ? Combien comprend-elle de livres? Que représente la partie qui s'étend des livres I à IV ?
Que contient le livre I, le livre II, le livre III, le livre IV ? [vous le trouverez partout... mais l'écrire aide à le retenir. Et puis, en le mettant en fiche sous forme de notes, on y jette plus vite un coup d'oeil rafraîchissant.
Les thèmes / ensemble des Confessions , par rapport aussi aux livres I à IV, enfin, à l'intérieur de chaque livre. Certains livres insistent en effet plus sur certains thèmes que l'on voit certes ailleurs, mais sur un mode mineur.
Les passages étudiés : à partir des notes, des lectures d'études que vous glanez à droite et à gauche, commencez à préparer un travail de présentation de ces passages, de mise en évidences des aspects stylistiques, argumentatifs, des intérêts littéraires.
Travail de réalisation sur les passages étudiés d'une lecture méthodique (lecture, introduction, axes d'étude, exposé, conclusion)
Ne pas oublier que l'oral est un exercice d'expression orale ! Il faut s'entraîner à parler.
Ne pas oublier :
que l'etude d'un texte à l'oral dure 10 minutes + 10 minutes pour préparer l'entretien (mais pour arriver à ces dix minutes, il faut avoir travaillé à mon avis sur plus longtemps pour peu à peu prendre la mesure de ce qui est essentiel)
que l'étude d'un texte ne consiste pas à se cacher derrière le travail du professeur que l'on chercherait à apprendre par coeur. Le but d'un examen est de vérifier que vous avez appris une méthode. Que cette méthode repose sur des connaissances littéraires est une évidence, que vous commenciez par reprendre ce que le professeur vous apprend pour vous aider à faire, rien de plus normal. Mais il ne faut pas en rester là. L'entretien se chargerait de vous le faire comprendre.
l'entretien - et avant les questions du professeur lors de l'étude du texte- a pour but de mettre en valeur vos qualités littéraires, le travail que vous avez accompli et les acquisitions personnelles que vous avez faites sur les oeuvres étudiées en classe, votre culture et votre curiosité, votre capacité à vous exprimer et à réfléchir.
En d'autre terme, le travail accompli est toujours payant. Si vous n'avez rien fait, il n'y a pas non plus lieu de paniquer : c'est au contraire le moment le penser ! C'est ce que l'on vous demande de faire !