de l'informatique - Michel Volle
Il écrit en novembre 1885, au sujet du rapport de Clemenceau sur les mines qui
...... et justice complète que par l'absorption de la propriété capitaliste dans la ......
que les mesures que je vous ai indiquées vous paraîtront digne d'examen. ...... L'
émission de nouvelles obligations sexennaires pour le service du déficit n'est ...
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Fiche de lecture Yvon Pesqueux
GIL DERUDET
UE DSY221
DE L'INFORMATIQUE
Savoir Vivre Avec L'automate
Michel Volle
Auteur : Michel Volle
Date de parution : 08/03/2006
ISBN : 9782717852196
Editeur : Economica
Disponible en ligne : http://www.volle.com/ouvrages/informatique/informatique1.pdf
INCLUDEPICTURE "http://www.alapage.com/resize.php?ref=9782717852196&type=1&w=250&h=250&r=0.4&s=0.6" \* MERGEFORMATINET
Plan du dossier
Biographie de lauteur
Postulats
Hypothèses
Démonstration
Résumé de louvrage
Principales conclusions
Discussion et critique
Actualité de la question
Bibliographie complémentaire éventuelle
1. BIOGRAPHIE DE LAUTEUR
Michel Volle est diplômé de l' HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_polytechnique_(France)" \o "École polytechnique (France)" École polytechnique, de l' HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/ENSAE" \o "ENSAE" ENSAE et docteur en histoire économique. Sa formation, son engagement politique, son parcours professionnel, ses participations à la vie associative lui ont permis dacquérir une vision transverse et pragmatique des organisations et des entreprises. Michel Volle a abordé les différentes perspectives des Systèmes dinformation au sein de grandes organisations auprès des maîtrises d'ouvrage ou comme conseillé auprès de Directeurs généraux. Fort de ces nombreuses expériences et de sa formation multidisciplinaires, Michel Volle a orienté ses recherches sur les usages des statistiques, des sciences économiques et l'informatique au sein des grandes entreprises. Analysant tour à tour leurs différents aspects, il aborde leurs volets techniques, mais également leurs dimensions historiques, politiques, philosophiques, économiques et sociologiques. Ainsi il porte un regard profond et pragmatique sur le processus d'informatisation de la société.
Les ouvrages de Michel Volle constituent la référence humaniste du praticien couplant pensée et action tout en édifiant les bases dune culture encyclopédique des sciences du traitement de linformation que tous les décideurs, les représentants politiques et bien évidement les acteurs des Systèmes dInformation se doivent de maitriser.
La statistique
L' HYPERLINK "http://www.volle.com/articles/nomenclature.htm" \o "http://www.volle.com/articles/nomenclature.htm" essai sur les nomenclatures industrielles par Bernard Guibert, Jean Laganier, Michel Volle " Économie et statistique " n° 20, février 1971
HYPERLINK "http://www.volle.com/ouvrages/statind.htm" \o "http://www.volle.com/ouvrages/statind.htm" Histoire de la statistique industrielle, Economica, 1982
HYPERLINK "http://www.volle.com/ouvrages/metier/metier.htm" \o "http://www.volle.com/ouvrages/metier/metier.htm" Le métier de statisticien ], Economica, 2e édition, 1984
HYPERLINK "http://www.volle.com/ouvrages/andon.htm" \o "http://www.volle.com/ouvrages/andon.htm" Analyse des données, Economica, 4e édition, 1997
Dans ces ouvrages Michel Volle examine dun point de vue historique puis prospectif le passage de la données à la connaissance ainsi que lusage puis linstitutionnalisation des démarches et outils statistiques pour la restitution de linformation.
L'économie et système dinformation
HYPERLINK "http://www.volle.com/ouvrages/econtic/NTIC.htm" \o "http://www.volle.com/ouvrages/econtic/NTIC.htm" Économie des nouvelles technologies , Economica, 1999
HYPERLINK "http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie.htm" \o "http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie.htm" Economie, Economica, 2000.
Dans ce cycle Michel Volle décrit le nouveau paradigme économique du nouveau système technique de production de lère du numérique basé sur la symbiose entre génie logiciel et microélectronique. Louvrage HYPERLINK "http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie.htm" \o "http://www.volle.com/ouvrages/e-conomie.htm" E-conomie enrichit le précèdent corpus en modélisation le problème de dimensionnement des infrastructures. L'automatisation transforme la fonction de production des entreprises, propose de nouveaux produits constitués d'un alliance « biens-services », élaborés par des structures de production partenariales amorçant ainsi une transition vers un équilibre de concurrence monopoliste qui déstabilise la structure de l'emploi, une rupture de l'équilibre du marché du travail. construisant ainsi le modèle de la « nouvelle économie ».
HYPERLINK "http://www.volle.com/ouvrages/informatique/plan.htm" \o "http://www.volle.com/ouvrages/informatique/plan.htm" De l'Informatique : Savoir vivre avec l'automate, Economica, 2006 .
Cet ouvrage est consacré à lanalyse détaillée du processus d'informatisation des organisations et de linnovation technologiques et organisationnelles . Ce livre fait lobjet de cette fiche de lecture.
Prédation et prédateurs, Economica, 2008
Le volet sociopolitique du « système technique informatisé » est décrit dans cet ouvrage et présenté comme bras armé de la prédation doctrine idéologique et fondatrice de léconomie contemporaine. Dans cet opus Michel Volle annonce lère de la prédation comme démarche ultime des théories des échanges et des transactions.
2 . POSTULATS
Michel Volle établit la synthèse de sa culture scientifique et technique (statisticien, d'économiste et d'informaticien). Il émet une analyse critique détaillée de la genèse et du potentiel des systèmes dinformation (SI) basée sur laccumulation des matériaux issues de la maîtrise de nombreuses disciplines, de ses lectures et réflexions, lamenant à définir larticulation entre pensées et actions collectives dans les organisations.
Linformatique au cur de léconomie moderne
Michel Volle estime que l'informatisation est le phénomène le plus important de notre époque . L'entreprise, continuellement renouvelée par de naissances et décès, est la seule institution qui soit capable d'assimiler le système technique automatisé et d'en faire bénéficier la société. Associé à lidéologie de lefficacité et au culte de lentreprise, lordinateur a pénétré lensemble des structures sociales passant des fonctions dautomate en charge de tâches répétitives et assistant leffort physique, excroissance de la machine outil du XIXième siècle au support des tâches intellectuelles et mentales de la conception dartefacts. Linformatisation transforme radicalement notre rapport à la nature et la nature du travail humain en modifiant profondément les règles et rapports sociaux.
Linformatique est une innovation conceptuelle
Pour lauteur, linformatique nest pas quune activité technique mais il sagit à la fois dun système technique au sens de Bertrand Gille et une innovation conceptuelle aux conséquences majeures comparables à linvention de lalphabet. En réduisant le SI à une simple affaire technique on négligence sa dimension sémantique qui dote le SI de son propre langage. La dualité de ce paradigme technologique sappuie sur le couplage dune démarche conceptuelle pure (la finalité de lusage) et dune démarche dingénierie expérimentale orientée vers laction (le comment faire).
Le SI est la sémantique de lentreprise
Le SI nest pas uniquement une composante technologique de lentreprise. Il sétablit maintenant comme sa sémantique, c'est-à-dire son langage organisationnel, coordonnant la coopération, exprimant sa grammaire (ses règles). Ce nouveau langage de lentreprise structure les référentiels qui décrivent les concepts manipulés par lentreprise (clients, produits, organisations, procédures). La maîtrise du SI passe par labstraction et la modélisation pour atteindre la cohérence et la simplicité nécessaires manque de maturité mais cette modélisation du SI est rendue difficile par manque de maturité mais également par le jeu des acteurs de lentreprise où la lutte des castes a remplacé la lutte des classes.
Incompréhension du processus dinformation
Le processus dinformatisation de lentreprise, comme lieu de rencontre entre efficacité économique et lieu de socialisation des individus, pose les questions de savoir-faire (techné) et de savoir-vivre avec lordinateur. Il transforme l'entreprise, dont le « système d'information » structure le langage, et fait par ailleurs accéder la vie quotidienne au travail à son HYPERLINK "http://www.volle.com/travaux/espacelogique.htm" \o "http://www.volle.com/travaux/espacelogique.htm" espace logique. Là saffrontent avec une acuité exacerbée les paradoxes et ambiguïtés de nos langages et concepts naturels et la structure formelle de lautomate programmable apportant la flamme de vie à la « société numérique ». Cette distanciation crée une réelle incompréhension du phénomène dinformatisation et ce pour lensemble des acteurs de lentreprise de lemployé au Directeur Général. Cette absence de lucidité phase à linformatisation conduit à la création de systèmes mal conçus et mal articulés minés par les conflits dintérêts corporatifs et des représentations altérées de leur potentiel et limites. Lentreprise dotée de son système dinformation est partout diffus et sert de support voire de justification à la structure de la société libérale capitaliste de ce XXIème siècle Linformatisation, phénomène majeur et omniprésent reste très mal compris. Linformatique est en crise.
3- HYPOTHESES
Michel Volle propose une explication de la crise dimmaturité actuelle de linformatisation en soulignant la responsabilité pleine et entière des dirigeants et leur manque de discernement du à un déficit de stratégie. Michel Volle fait le constat douloureux que la crise actuelle et son amplification à venir est née dune conjecture de facteurs à la fois au niveau du secteur informatique : depuis les constructeurs au éditeurs de logiciels en passant par les cabinets de consultants jusquaux dirigeants dentreprise utilisatrices dont le manque de connaissance et dintuition face à linformatique entraîne de nombreux échecs au niveau des organisations en ne parvenant pas à dénouer les problèmes sémantiques et organisationnels de lentreprise.
Saisir le SI : un problème épistémologique
Le SI est difficilement préhensible car il nest intelligible quen travers des écrans ou nest matérialisé que par des documents imprimés. Nappartenant au monde des objets naturels, sa modélisation c'est-à-dire sa représentation simplifiée peut être considéré comme un artefact de second ordre. Il se pose alors la question de la pertinence dune approche scientifique du type expérimentale pour analyser des construits sociaux fortement contingents où les notions de conditions expérimentales, de reproductibilité et de modélisation sont difficilement formalisables.
Comprendre linformatisation nécessite une compréhension des technologies
Pour comprendre linformatisation, il faut appréhender les évolutions technologiques et organisationnelles et prendre la mesure des possibilités et des risques qui en résultent en appuyant la réflexion non pas sur des idéologies ou des fantasmes mais sur la connaissance précise des systèmes techniques, de leur histoire et de leur évolution.
Léconomie du virtuel : vers une nouvelle éthique
La dynamique de lentreprise moderne est intimement liée à sa capacité dinnover où les technologies assurant le couplage produit/services permettent de proposer une offre renouvelée personnalisée et de qualité. Dailleurs plus que « économie de limmatériel ou du virtuel » il faudrait parler « déconomie de la conception ».qui apporte un réel changement de valeurs culturelles et philosophiques réintroduisant beauté et esthétique comme liant social.
4- DEMONSTRATIONS
Michel Volle nous propose sa vision du praticien au quotidien de lentreprise son propos ne cherche pas des justifications théoriques ou des arguments dautorité mais illustre son propos de cas de terrain alliant prospectives et rétrospectives historiques pour assimiler le comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle qui nest pas issue ex nihilo ex machina mais bien un construit social de plus de 50 ans maintenant. A travers de nombreux exemples pragmatiques tirés de son expérience professionnelle, Miche Volle, reprenant lhistoire des innovations majeures en terme de SI, propose une démarche analytique qui permet à la fois dappréhender les enjeux pour lorganisation mais aussi de comprendre le processus dynamique de transformation du lieu privilégié de production quest lentreprise.
Le point de vue des décideurs
Lauteur se place du point de vue de lutilisateur dans lentreprise ou plus exactement du coté des dirigeants/décideurs de lentreprise nayant pas une culture informatique prononcée (ce que lon désigne en France par le terme de MOA :maîtrise douvrage)).
Concepts informatiques et informatisation
Michel Volle pose un regard réaliste, distancié et précis sur linformatisation des organisations et leur management. Il s'attache, de façon très argumentée, à décortiquer les principaux concepts liés à linformatisation des entreprises. Il en décrit les origines et les évolutions tout en dénonçant les paradoxes, les contradictions, les effets de mode et les idéologies managériales sous jacentes en soulevant de nombreux points de réflexion poussant à revisiter notre philosophie de laction
Linformatisation est lalliage de lAPU et de lEHO
A travers les concepts dentreprise et dinformatique, Michel Volle se propose détudier les relations indissociables, larticulation qui unissent ce quil nomme lAPU (Automate Programmable doué dubiquité) et lEHO (Etre humain organisé) à travers une démarche pluridisciplinaire appelant tour à tour lhistorien, le physicien, le linguiste, le sociologue, le philosophe, le consultant sans oublier linformaticien pour brosser le parcours de linnovation majeure du XXème siècle que fut la mise au point de lordinateur et la création pensée de son usage au sein des organisations. Laissant le coté les rêveries euphorisantes sur lIntelligence Artificielle, Michel Volle propose de repenser pragmatiquement lessence de lordinateur comme un assistant précieux mais limité de lhumain le bipède assisté par ordinateur (genèse des termes en AO « assisté par Ordinateur » CFAO
).
Repositionner la mission de chacun
Michel Volle se propose dexpliciter la démarche dinformatisation dans la recherche dune meilleure harmonie entre les principaux acteurs qui participent au construit collectif quest un SI.
Les dirigeants doivent prendre conscience de l'enjeu stratégique que constitue l'informatisation de l'entreprise et ses conséquences pratiques : l'automatisation de la production et l'assistance que l'automate apporte à l'être humain dans lamélioration des processus de conception, la transformation des produits en alliages de biens et de services qui en résulte, la nécessité des partenariats qui rend impérative l'interopérabilité du SI. Ces modifications structurelles de loffre imposent un regard stratégique neuf qui ne considère plus l'informatique comme un mal nécessaire extérieur à lentreprise ou comme un centre de coût administratif, mais comme le levier de transformation de l'organisation industrielle, modifiant à la fois la nature de sa production, son positionnement sur le marché, ainsi que ses relations avec ses clients, fournisseurs et partenaires.
Les maîtrises d'ouvrage doivent être les garantes de la pertinence du SI en regard des besoins professionnels. Elles porte la responsabilité de veiller à la sobriété du système en limitant les surcoûts et dysfonctionnements liés à une automatisation excessive source de complications et de rigidités. Enfin il leur faut assumer la cohérence du SI au niveau de la qualité des référentiels, procédures qui mal maîtriser entraîne lentropie du SI source de désordre et d'inefficacité de l'entreprise. Les maîtrises d'ouvrage ont également sous leur responsabilité le contrôle de lefficacité des postes de travail et le bon usage des outils informatiques par les agents opérationnels.
La mission première de la direction informatique est de maîtriser la plate-forme technologique, en maintenant l'état de l'art et en gardant précieusement sa capacité à faire évoluer l'architecture informatique que ce soit au niveau de la réalisation des logiciels, de lintégration de solutions hétérogènes et de lorganisation de la coopération entre compétences expertes internes ou externes (infogérance
).
Michel Volle identifie les directions générales et la maîtrise douvrage comme les maillons faibles du processus dinformatisation. Il part du constat que la majorité des échecs en terme de systèmes dinformation naissent de lincompréhension entre lexpression du besoin identifiée par les décideurs ou leur structure déléguée et les capacités technologique et de réalisation incarnées par la maîtrise duvre.
5- RESUME DE LOUVRAGE
De linformatique » savoir vivre avec lautomate
Guide pratique à lintention de la MOA
Plan :
Introduction, remerciements
Première Partie : Comment l'Automate Programmable doué d'Ubiquité assiste l'Être Humain OrganiséChapitre 1 : Du côté de l'ordinateurChapitre 2 : Automatisme et intelligenceChapitre 3 : Éclairage historique
Deuxième partie : Le côté de l'entrepriseChapitre 4 : Qu'est-ce qu'une entreprise ? Chapitre 5 : A la recherche de la stratégieChapitre 6 : Aspects philosophiques
Troisième partie : L'informatisation de l'entrepriseChapitre 7 : Socle sémantiqueChapitre 8 : Outils et architectureChapitre 9 : Modélisation par objetsChapitre 10 : La conquête de l'ubiquitéChapitre 11 : L'informatique de communication
Quatrième partie : L'informatique dans l'organisationChapitre 12 : Acteurs, fonctions et rôlesChapitre 13 : MéthodesChapitre 14 : Vers la maturité
Cinquième partie : L'informatique dans le fonctionnementChapitre 15 : Économie de l'informatiqueChapitre 16 : Pathologie de l'entreprise
Conclusion
Bibliographie, Index, Table des matières
PARTIE 1 : Comment lAPU assiste lEHO
Chapitre 1 : du coté de lordinateur
Un vocabulaire flou
Dans un premier temps Michel Volle se propose de repositionner le vocabulaire utilisé autour de lordinateur. Si nous reprenons lhistorique de lordinateur, allant de lENIAC au téléphone mobile, force est de constater que le concept dordinateur est à limage du vocabulaire informatique : à la fois flou, peuplé de faux amis et de contre-emplois plus ou moins involontaires sources de contresens et dincompréhensions.
A ce titre les anglo-saxons ne sont pas plus aidés par leur vocabulaire condensé où lon confond « théorie de linformation » avec « théorie de la transmission des données » (cf Shannon) où les langages de programmation sont de purs formalismes conceptuels à la syntaxe rigide nadmettant pas la moindre dénotation contextuelle cette respiration de la pensée qui fait la joie des littéraires. De manière similaire il serait préférable de nommer les langages objets informatiques langages de programmation orienté objets manipulant les notions de classes, attributs et instanciation. Lemploi « numérique » est lui aussi très ambigu il ne traduisait initialement que la transformation du support de stockage ou de transmission permettant le passage du signal digital au signal numérique et assurant la convergence des technologiques voix/images/télécommunication contrôlé par des systèmes électromécaniques vers lunivers du réseau/informatique piloté par lordinateur.
Une innovation de première importance : le modèle en couches
Après avoir définit lordinateur multi usages comme lautomate programmable par excellence Michel Volle présente le modèle en couche largement diffusé au sein de la communauté informatique pour expliquer les relations qui lient les différentes disciplines contribuant à linformatisation de la société.
Au premier niveau, au plus proche du sable ou plus exactement du silicium se trouve la microélectronique et la physique des composants (microprocesseurs, circuits imprimés
).
Au second étage larchitecture des ordinateurs avec leurs systèmes dexploitation, cette machine virtuelle permettant de gérer les mémoires de stockage et les unités de traitements (langage du système opérant) ainsi que les langages de programmation
Puis plus proche de lEHO les sciences sociologiques orchestrant la mise en uvre contextuelle de la technologie au sein des organisations.
SHAPE \* MERGEFORMAT
A limage de Popper, Blondel ou Foucault, Michel Volle fait léloge de cette pensée en strates, ce modèle en couche qui permet grâce à la notion dinterface darticuler des logiques différentes tout en gardant une homogénéité très forte au sein dune même couche par le biais des protocoles. Cette innovation philosophique permet de mieux comprendre et de maîtriser les différents registres de la conversation numérisée dissociant à limage dun De Saussure les parties physique, physiologiques, phonétique, sémantique et logique de la « théorie de linformation élargie ».
Après avoir retracer lépopée de lordinateur et la diffusion des microprocesseurs (loi de Moore) et des ordinateurs personnels, Michel Volle en analysant le taux de pénétration de linformatique met en avant des facteurs structurels de crise : choc du marché de renouvellement face à une production surdimensionnée aboutissant à une crise des débouchés auquel le secteur informatique des composants et des équipements dangereusement endetté après des années de veau dor ne sest pas préparé.
Chapitre 2 Automatisme et intelligence
Lépopée de linformatisation de lentreprise
Michel Volle retrace lensemble de ces différentes phases depuis lorganisation du travail de bureau (loop de Chicago 1880) avec ses pionniers des machines de classement électromécanique assurant la mécanisation du travail de bureau (backoffice) à larrivée des premiers ordinateurs en 1950 qui marqueront une évolution majeure de ces ateliers électromécanique en assurant un partage du travail entre ordinateurs et humains avec de fortes innovations dans les secteurs des assurances et banques (cur de lactivité tertiaire) (distributeur de billet, moyens de paiements.. ). Enfin après lautomatisation des activités de lusine au bureau donnant naissance à des applications ad hoc, apparaîtront dans les années 1970-1980 , les notions de systèmes dinformation (vision systémique de lentreprise) et la bureautique communicante renforçant linformatisation de masse liée à la diffusion massive des ordinateurs personnels et loutillage des processus transverses et du travail collaboratif (workflow). Cette diffusion à grande échelle des TIC dans les organisations et lensemble du corps social est génératrice dentropie et de désordre que les instances de régulation naissantes peinent à endiguer. Le changement technologique apparait tour à tour comme opportunité damélioration de des conditions de vie et source de désordre, dentropie et de déstabilisation
Les limites de linformatisation
Cette croissance en terme de périmètre dusage de lordinateur et des sciences du traitement de linformation, complexifie les notions même de travail et dorganisation et se pose alors le problème des limites de lautomatisation et de linformatisation à la fois en terme de faisable et de souhaitable. Lordinateur peut-il apporter à lhumanité ce supplément dintelligence et de sagesse qui seront indispensables pour relever nos nouveaux défis et éviter à nos civilisations de sombrer comme de nombreuses civilisations antérieures dans le déclin puis la barbarie ? Là encore il convient de démystifier lanimal non pas pour euthanasier le rêve mais pour rendre la technologie utile à lhomme à labri de tous les phantasmes.
Deux termes doivent impérativement être réévalués dans le contexte des NTIC : celui de complexité et celui dintelligence. Que couvrent ces notions dans le cadre qui nous préoccupe ici ? Michel Volle relève trois limites majeures définissant les formes complexe de linformatisation :
Au niveau descriptif ou discursif de la représentation et de la précision du langage
Au niveau de lexplosion combinatoire des assemblages et couplages potentiels des traitements élémentaires
Au niveau de la logique pure des systèmes formels supportant les machines de Turing (Gödel)
La notion dintelligence artificielle et les débats hallucinés des années 1970 autour de ces sujets ont rendu la notion inintelligible. Lanalogie entre cerveau et ordinateur a généré de nombreux fantasmes alors quIl faudrait plus simplement voir le couple ordinateur/logiciel comme un artefact évolué embarquant lintelligence de ces géniteurs humains et conçus non par mimétisme du vivant mais comme une prothèse, une excroissance mécanique, une fonction organique externe à lhomme (ce que Michel Volle nomme lAutomate Programmable Doué dUbiquité).
Linformatiser pour repenser laction dans lorganisation
Revenir sur la notion dassistanat et ainsi réévaluer nos attentes par rapport à lordinateur nous oblige à élucider le fond doctrinal et idéologique rarement explicité soutenant lusage de lordinateur dans lorganisation et issu des premiers objectifs assignés à lordinateur par larmée américaine : c'est-à-dire penser laction
Gérer lincertitude : Eclairer la décision en repoussant lincertitude, anticiper limprévu et les évènements externes à lorganisation (Clausewitz)
Planifier les moyens et événements internes à lorganisation (Jomini)
Lordinateur et le SI napparaissent alors plus comme des êtres semi-humains doués dune relative autonomie mais plutôt comme un système de régulation de lactivité humaine au service des idéologies et pouvoirs dominant encadrant lactivité (action) humaine. LAPU est alors à lorganisation ce que le servomoteur régulateur de Farcot est à la navigation. Ainsi peut-on être certain que lorsque les grands systèmes technocratico-politiques se dérèglent, les systèmes informatiques de contrôles sont également défaillants et les crises actuelles (secteur bancaire en particulier) mettent en évidemment la fragilité du système politique et institutionnel mais aussi la perte de contrôle très préoccupante des systèmes techniques invisibles qui sont cessés réguler le monde économique contemporain.
Linformatisation doit alors être pensée comme une démarche dynamique politique presque une quête initiatique dun idéal organisationnel, un processus de réinvention permanente de solutions au défi de vivre ensemble assurant le syncrétisme entre les hommes et entre lartefact et lhumain. Rejetons toutes les idéologies et le prêt à penser que lindustrie ou les lobbies nous proposent pour concevoir lalliance humain/automate. A chaque déploiement des TIC gardons à lesprit que le système parfait et pur est à la fois contre productif et une hérésie à lintelligence. La perfection cest la sclérose, le totalitarisme des doctrinaires, la flexibilité cest lhumain pour reprendre le mot dordre de Michel Volle organisons le semi-désordre créatif.
Chapitre 3 Eclairage historique
Coté du matériel : une histoire dinnovations
Afin dexpliciter le système technologique au sens de Bertrand Gille, de cerner les clusters de technologies que forme linformatique, Michel Volle passe en revue les innovations technologiques majeures à travers une approche historique de lordinateurs et du logiciel depuis la naissance des incunables machines à calculer de nos musées (Pascal, Hollerith, Babbage), le monde de la micro-informatique et de léthique des ses premiers utilisateurs et lobbyistes ainsi que ses innovations matérielles emblématiques (CDROM, Ethernet, Internet, Mac, Web
) et linvention de lusage de lordinateur dans la vie de chacun (influence Pao Alto Research Center, datawarehouse, groupware, traçabilité).
Evolution du marché des logiciels
Sortant un peu des sentiers déjà très battus de linnovation en terme de matériel informatique, Michel Volle se propose danalyser la naissance et le développement du secteur informatique passant de lédition du logiciel au secteur des services et du consulting. Cette axe de recherche historique sintéresse à la constitution puis la structuration du marché de la technologie et en particulier du marché du logiciel et des différents nouveaux secteurs industriels nés du « unbundling » c'est-à-dire du dégroupage forcés des activités hardware/software issue des luttes nord-américaines contre le monopole (Sherman Act). Ce démantèlement des activités de fabrication du matériel/logiciel intégré aboutit à la naissance du marché des logiciels compilés voire à la tentative de délimiter (enclosure) les droits de propriétés et biens informationnels comme uvre de lesprit. Actuellement la réaction à cette approche est au cur du développement des logiciels libres. Lhistoire de linnovation logicielle et des grands logiciels a diffusion massive tels le traitement de texte (Word, Wordperfect
) ou des tableurs (Visicalc
) est très mal décrite. Michel Volle fait le constat suivant : si les quelques études existantes nous apporte de très riches informations sur le concepteur du produit (sa vie, son uvre
), sur le marché et la concurrence pratiquement rien nest publié sur les choix qui ont guidé la conception des produits. Linnovation semble plus issue des besoins dusage personnel du concepteur que dune pensée organisationnelle de lhomme au travail. Le secteur du logiciel est donc fortement marqué par des individualités programmant de manière empirique leurs outils et pas encore comme des artefacts manufacturés issus dune analyse des besoins de la société. Ce coté fortement artisanal voire accidentel du logiciel structure (ou exactement déstructure) de manière durable les rapports de lautomate assistant lhumanité au travail et son essence profonde : larchitecture du logiciel souffre de tares congénitales (pas de modularité, extensions impossibles, limites dusage
).
Prospective
Les tendances lourdes de linformatisation de la société se structurent autour dun double mouvement convergent : tout dabord lordinateur ou les assistants personnels ont envahis lensemble de la sphère sociale et lon peut parler de poussière dintelligence (« informatique persuasive » ou lordinateur individuel « wearable » pour traduire lubiquité absolue du virtuel couplant sur les équipements miniaturisés voix, image et autres assistants de la vie quotidienne (téléphone mobile, e-papier, vêtements intelligence) avec une myriade de capteurs électroniques qui jalonnent notre quotidien (portique, transport, e-ticket
). Lensemble des ces informations diffuses imprègnent notre quotidien, nos organisations et nos équipements, fournissent la matière à des macro systèmes dinformations, définissent la sémantique organisationnelle de la société et outillent les processus de production des biens matériels mais aussi de plus en plus de notre esthétique cest à dire la représentation mentale de nos environnements (images de synthèse,
).
Cette révolution du quotidien nest pas sans dangers : dépendances et fragilité des grands systèmes techniques, totalitarisme et politique sécuritaire portant atteinte à la vie privée, rejet du positivisme technologique et dérives mystiques. Michel Volle nous invite donc à passer de lordinateur « mythe » à la compréhension des bénéfices de ce nouveau compagnon.
.PARTIE 2 Le coté de lentreprise
Chapitre 4 Quest quune entreprise ?
Pour comprendre le rôle de lordinateur dans lentreprise, deux termes dusage commun et donc banalisés dont le sens profond nous échappe sont à clarifier « Quest ce que lentreprise et quest son système dinformation ? ». Lentreprise dotée de son système dinformation est partout diffus et sert de support voire de justification à la structure de la société libérale capitaliste de ce XXIème siècle. Mais comment sommes-nous passer de linformation à la connaissance, des activités de lentreprise au système dinformation vu comme un véritable langage de description et de représentation de lorganisation.
Lentreprise : un problème de représentation
Pour Michel Volle définir lentreprise cest commencer par présenter les nombreuses représentations de lentreprise. En effet suivant langle de vue et le prisme danalyse, lentreprise peut être perçue de manière très différenciée :
Ainsi pour léconomiste, lentreprise sera lentité de maximisation du profit alors que pour ses dirigeants lentreprise sera la structure hiérarchique lieu dexercice du pouvoir. Les financiers la considéreront comme une entité fiduciaire porteuse dun capital alors que le cadre se représentera lentreprise comme un lieu de reconnaissance et de référence culturelle et sociale. Pour le salarié cest souvent la « boite » source de revenue, alors que le syndicaliste y fera le lieu dexpression des luttes de classes. Les experts du marketing réduiront lentreprise à une image, des marques et des produits alors que lingénieur mettra en avant lusine à transformer des entrants en produits et services. Linformaticien sattachera à gérer un ensemble de moyens de machines et de programmes alors que le comptable résumera lentreprise à son bilan et ses effets de commerce Organisateurs et sociologues focaliseront sur la vision institutionnelle comme centre dalliances/conflits avec les parties prenantes.
La représentation de lentreprise dans toute sa diversité ne peut se réduire à une simple accumulation de descriptions isolées de ces facettes même si elles portent chacune leur part de vérité. Pour comprendre lentreprise et avoir le sentiment de lavoir réellement découverte il faut assembler à la fois sa physiologie, sa sociologie, son histoire culturelle mais aussi « la comédie humaine » qui sy déroule. Cette ambition peut sembler démesurée voire une réelle gageure. Cest pourtant lenjeu de toute informatisation, lexplicitation de ces facettes est indispensables pour réussir le moindre projet informatique.
Du point de vue du système dinformation, lentreprise se définit comme une structure issue de lingénierie des systèmes c'est-à-dire une entité structurée par ce quelle produit et ses processus de production. Dans ce cadre lautomate aura dans un premier temps comme mission dassister les actions et activités de lentreprise pour une meilleure efficacité puis, contrairement à la machine-outil de lère industrielle mono-tâche, dapporter la dynamique de transformation de lorganisation grâce au caractère flexible c'est-à-dire reprogrammable du système. Alors que la révolution industrielle a apporté une vision stable de la production banalisée de masse lère de linformatisation apporte lévolution et la dynamique ainsi que lubiquité dans le système de production. Lentreprise doit être alors vue comme le lieu où le travail des êtres humains sorganise de manière dynamique afin dagir sur la nature pour obtenir des résultats utiles. Lentreprise est le lieu et plus précisément linstitution avec son organisation, ses règles et ses missions où sorganisent les compétences dont le rôle social nest pas de produire du profit (conséquence) mais de produire de lutilité collective sous forme de biens et services (résultats utiles) en agissant sur la nature au sens physique mais aussi sociale et humaine. La physiologie de lentreprise est alors lensemble des tâches liées aux différentes phases de la production (conception, marketing, achats
) organisant le travail de manière immédiate (processus de fabrication) ou différée (le stock, le capital fixe)
La production de lentreprise et certains termes comme produit/production/services doivent être reprécisés. Michel Volle propose une approche déconomiste du produit comme un mixte entre biens et services. Un service consiste à mettre à disposition temporaire dun client soit un bien (location dappartement, de voiture
) soit une capacité intellectuelle (conseil, expertise
) soit un savoir-faire (dépannage, sav .. ) soit une combinaison de plusieurs de ces éléments. Déjà dans léconomie classique ces notions portent à confusion et engendrent de nombreuses difficultés (que mesure le Pib ?). Dans le cadre de léconomie du virtuel ou de limmatériel les erreurs dinterprétation sont encore plus flagrantes. Dailleurs plus que « économie du virtuel ou immatériel » il faudrait parler « déconomie de la conception ».
Economie de la conception
En effet les coûts marginaux de production ainsi que le transport sont de plus en plus faibles. La phase de conception intégrant le marketing devient déterminante dans létablissement du coût total. Il convient alors de réévaluer le potentiel économique de lordinateur lors du passage dune économie de pénurie basée sur la quantité produite à une économie de la qualité basée sur la différenciation et la segmentation des besoins : de laccumulation productiviste à la diversification consumériste. Le bien-être du consommateur ne sévaluant plus par la quantité consommée mais par la diversité qualitative des biens et services auxquels il a accès. La dynamique de « léconomie de limmatériel » est donc basée léconomie de la conception et de la qualité. A ce titre la standardisation et la banalisation des styles aboutissent aux médiocrités emblématiques de larchitecture industrielle du XIXème siècle. Fort heureusement alimenté par le niveau de vie atteint grâce à la révolution industrielle, le nouveau système technique (au sens de Bertrand Gille) supporté par les TIC apporte un réel changement des valeurs culturelles et philosophiques déjà souligné par le modernisme du design industriel (Loewy) en réintroduisant la beauté et lesthétique comme liant social. Ainsi léconomie industrielle basée sur des produits banalisés sappuyant sur la mécanique et la chimie, établissant la division du travail rigide formant une main duvre nombreuse, interchangeable et à bas coûts, a eu son apogée dans les années 50. Elle se voit progressivement supplantée par une économie de la flexibilité depuis lapparition du système technique informatisé qui basé sur un marketing à laffut des attentes du consommateur organise de manière souple et réticulée son réseau de production et dintermédiation.
Economie de la qualité
Lart de lentreprise consiste à renouveler ses capacités dinnovation et de conception en anticipant la demande tout en dimensionnant au plus juste ses infrastructures et en pilotant finement les frontières entre coûts fixes et coûts variables. Malheureusement la perversité dun système uniquement basé sur les coûts et les prix et les systèmes productifs et de distribution actuels pervertis par une approche basée sur les prix cassés empêchent de concevoir conjointement et en complémentarité produits et services. La qualité totale pour tous ne doit plus être le privilège des nantis mais, alors que diktat actuel du prix cassé tire vers le bas lensemble de notre économie, la dynamique damélioration de notre quotidien et source de différenciation par les prix (degré de finition) ou aussi par le goût (choix des coloris). Cette approche du rôle social de lentreprise comme vecteur damélioration de la qualité de vie de lhumanité fondée sur la qualité des produits et services proposés impose une approche respectueuse du client citoyen et une intention culturelle voire une esthétique nouvelle de la consommation
Missions de lentreprise et de ses dirigeants
La maison est à la fois, un projet darchitecture, un lieu de désir, le lieu daction du maçon et lincarnation de la personnalité, du sens esthétique et des valeurs de ses occupants matérialisés par son plan. Le bâtiment finalisé sera ainsi laboutissement et la matérialisation des rêves, des discussions et du savoir-faire incarnant les rapports créateur/création et Intention/réalisation. De manière similaire le SI incarne les missions, les intentions et les lieux de laction organisée dans lentreprise. Le vivre ensemble à lintérieur de la maison commune quest lentreprise pose le problème de la formulation de ses missions dont lorganisation est lenjeu des luttes dinfluence, le lieu symbolique du paroxysme des antagonistes et des violences en résumé lexpression du pouvoir. Cest pourquoi le rôle et la mission du dirigeant sont primordiaux. Il doit à la fois formaliser et mobiliser lorganisation pour latteinte des missions, éviter les luttes intestines meurtrières tout en gardant une saine compétition entre technostructure mais également apporter le supplément dâme qui démultiplie laction individuelle. Sans organisation la mission sombre dans la pure velléité, sans ce supplément dâme lorganisation sombre dans lorganigramme. La phase ultime de déliquescence de lorganisation est atteinte lorsque lintuition et lautorité ont disparues pour ne laisser place quà des structures sclérosées ou lautoreproduction et la survivance des archaïsmes et privilèges petits ou grands font office de mission. On peut déplorer ces dérives menaçant toutes les institutions et ce bien avant la naissance de lentreprise moderne mais comment réévaluer lorganisation sans redéfinir strictement ses missions ? Comment remettre en cause le modèle globale et le système sans fustiger les défaillances individuelles. Il ne sagit bien évidemment pas dignorer les déviances individuelles, linstitutionnalisation de la trahison des corporations professionnelles, lassimilation de la triche des Rastignac comme facteur de progression sociale, le manque de rationalité des agents économiques, les capacités et le pouvoir usurpés de certains dirigeants mais bien plutôt de revoir les fondements de lentreprise sans se laisser aveugler par lillusion de larbre qui cache la forêt ou plus pratiquement de stigmatiser les comportements individuels des joueurs et dune équipe pour éviter de sinterroger sur la pertinence des règles. Mais se pose également la question du cadre objectif permettant danalyser les missions de lentreprise. Faut-il adopter la démarche de lécole objective pour décrire lentreprise telle quelle est ou se référer à une vision darwinienne pour décrire lentreprise telle quelle est devenue.
Lorganisation de lentreprise vue comme lieu de production efficace de choses utiles doit être évaluée sous langle critère objectif de son adéquation à sa mission première en procédant à lexamen radiologique de son SI permettant den détailler les organes internes.
La mission première de lentreprise est dinnover
La capacité dinnover apparait alors dans le cercle vertueux de la production dutilités comme une mission majeure de lentreprise bien avant la création demplois, la croissance du cours de bourse ou le bénéfice géré qui nen sont que des conséquences. Sous le terme dinnovation il faut bien comprendre un mouvement de fond, « un new deal » transformant à la fois les produits de lentreprise mais aussi ses fonctions de production, ses marchés et ses modes de commercialisation.
Une institution se nourrit de consensus fragiles, déquilibres précaires et est donc en perpétuel recherche de stabilité se traduisant par une résistance au changement dautant plus forte que les centres de pouvoir et donc la Direction générale est menacée. Dans la plupart des cas lensemble du corps social de lentreprise refuse linnovation et linvention considérée comme hérétique par les grands pontes et mandarins institutionnalisés. Pourquoi alors quelle est rejetée par certaines institutions et « lestablishment », linnovation est-elle portée par dautres entreprises ? Par quelle magie, quelle force de conviction, un décideur, un comité de direction prennent-ils la décision de basculer dans les champs incertains et inconnus de linnovation ? Michel Volle nabordera pas létude sociologique de la prise de décision et de la phase préparatoire à la décision mais focalise son analyse sur les approches de léconomie classique de linnovation revenant sur les notions assez éculées de concurrence parfaite comme clef de lefficacité, des dérives monopolistes et leur justification sous le concept de « monopole naturel ». Linnovation comme source de profit semble réfuter ses théories statiques en brisant temporairement le cercle de la concurrence pour rechercher le monopole temporaire seul capable de générer suffisamment de profits pour rémunérer la poids de la R&D dans une économie de la conception. Le moteur à quatre temps de lentreprise innovante est fondé sur la dynamique vertueuse de la croissance endogène de Romer et du résidu de Solow :
Léconomie de la considération
Outre le caractère endogène de linnovation, une seconde caractéristique est très importante pour définir lentreprise « postmoderne » ou « ultramoderne ». Fortement marquée par les services tertiaires (près de 75% de la population active occidentale), lentreprise ultramoderne se focalise sur la satisfaction des classes moyennes. Dans ce contexte, lorganisation contemporaine se doit de valoriser lesprit de synthèse et lexpertise diversifiée. Cette nouvelle donne devrait aboutir à un plus grand respect entre personnes aux compétentes complémentaires constituant lorganisation et accroître la considération réciproque ce que Michel Volle nomme « léconomie de la considération ».
CHAPITRE 5 A la recherche de la stratégie
Stratégie & stratèges
La base sociale de cette économie de la considération nest pas actuellement reconnue au sein des organisations où le comportement et les apparences priment sur la compétence professionnelle. Les élites de lentreprise, ses stratèges plus hommes de pouvoir ou simples mondains offrent un curieux mélange entre « le fidèle serviteur du Roi » et « le plat courtisan » et ne sont que rarement des modèles de respect vis-à-vis de leurs collaborateurs, ces experts et spécialistes surdiplômés. Aussi faut-il reposer la question du rôle social du dirigeant en tant que stratège et de redéfinir la notion de stratégie. Etymologiquement la stratégie est lart de la manuvre militaire ou par analogie lart de commander une institution ou plus généralement lart de décider pour atteindre un but donné en univers incertain. Le caractère stratégique de linformatique ou sa participation à latteinte des objectifs stratégiques de lorganisation se posent donc avec une très grande acuité.
Linformatique est-elle stratégique ?
Dans la lignée des désillusions concernant les TIC, R. Solow puis NG Carr dans un article retentissant paru dans lHarvard Business Review (« IT doesnt matter ») ont déclaré la fin de lhégémonie de linformatique dans léconomie contemporaine, la fin des apports stratégiques pris dans le sens de Porter c'est-à-dire comme ferments davantages compétitifs. Lextrême diffusion et la banalisation de linformatique limitent selon Carr son caractère différentiateur et donc lavantage concurrentiel pouvant en découler. Linformatique étant de partout elle ne peut plus être considérée comme une ressource rare et doit être considérée comme une « utilité » au même titre que les grands réseaux (électricité, chemin de fer). Dune manière très pertinente, Michel Volle réfute ces effets journalistiques réductionnistes basés sur des analogies avec les grands réseaux de la fin du XIXème siècle qui sont à la fois biaisées et inadéquates mais particulièrement révélateurs sur le manque de compréhension et de discernement des « spécialistes » de léconomie dont les raisonnements à lemporte-pièce reposent sur des données statistiques moyennées lissées macroscopique mesurant personne ne sait trop quelle réalité. Tout dabord linformatisation est un construit spécifique à un secteur, marque la culture particulière de lentreprise et répond aux problématiques propres à cette organisation. Avec les mêmes logiciels et le même matériel certaines organisations savent se réinventer et garder le contrôle économique de leur écosystème alors que leurs concurrents avec les mêmes moyens matériels et parfois une capacité dinvestissement bien supérieure soit par manque de compréhension du phénomène dinformatisation soit par des insuffisantes graves de leur personnel naboutissent quà créer désordre et entropie. Linvestissement et la choix en terme de TIC ne sont donc pas déterministes. Même si lon partage avec Carr le sentiment dune crise de linformatique ou de linformatisation (plus que de linformatique), il faut relever avec Michel Volle quil sagit plus dun mauvais usage généralisé de la technologie et lexpression de nos incapacités à modéliser voire à conceptualiser les rapports de lhomme au travail et lordinateur. Le problème majeure est lié à une non maîtrise par les acteurs, dans et hors de lentreprise, des concepts, de la sémantique des métiers et des activités et en réalité de lorganisation du travail de plus en plus conceptuel et assisté par lordinateur. Le cur du problème ne réside pas dans notre capacité à maîtriser et développer des TIC mais à repenser nos outils et notre philosophie du travail, de définir une sociologie du progrès technique . Le changement de savoir-faire impose ladaptation du savoir-vivre ainsi que la redéfinition des liens entre ingénierie, philosophie et économie politique.
Lalignement stratégique
La question la plus débattue alors en comité de direction est de savoir si le SI est bien adapté à la stratégie de lentreprise c'est-à-dire en accord avec le positionnement à date du comité de direction. Cette question est résumée sous langlicisme dalignement stratégique. Mais avant de savoir si les outils, les ressources, les compétences fournis par le SI et la DSI voire le secteur de lindustrie IT tout entier sont en phase avec la stratégie des grands décideurs encore faut-il que ces derniers sachent expliciter leur stratégie quand celle-ci est avouable. Lemploi propagandiste de slogans simplistes exigés quotidiennement et à toute occasion au SI (plus de souplesse, plus de flexibilité, plus vite, moins cher, soyez pragmatique faites simple
) cache en réalité le désarroi et le manque de pertinence opérationnel c'est-à-dire de capacité de synthèse et dabstraction source authentique dun réel pragmatisme dans laction. Les dirigeants dentreprise ou dinstitutions, au demeurant mal informés et mal formés dans lart de la prise de décision et incapables dévaluer limpact des technologies, se trouvent complètement démunis face aux effets erratiques boursiers, aux retournements de tendances et aux nombreuses volte-face des gouvernants. Lefficacité du SI dépend de sa précision mais comment peut-il être performant lorsque les élites confondent volonté et velléité, prospective et divination, complexité et complication, ouverture des possibles et flou artistique. Comment établir la stabilité stratégique indispensable à lélaboration dun SI pertinent lorsque la valse à quatre temps des comités exécutifs passe pour une preuve de dynamisme et les changements incessants de lieux, les déplacements de cloisons passent pour de la dynamique organisationnelle. ?
Du coté des dirigeants
Sans contester la légitimité du dirigeant, indispensable pour larbitrage au sein des organisations, Michel Volle juge lengagement en terme de SI comme très insuffisant. Le dirigeant moderne tel le cybernaute grec antique est-il capable damener le vaisseau à bon port tout en évitant Charybde et Scylla ? La liturgie du conseil dadministration adoubant le dirigeant, si elle lui confère la légitimité de lactionnaire et du détenteur du capital, ne lui transmet pas la flamme du stratège. Mais alors quelles sont les qualités nécessaires pour être un dirigeant ?
Etre dirigeant est tout dabord une histoire de caste car il faut être coopté par dautres dirigeants c'est-à-dire partager la même distinction discrète qui fait de vous un élu. Le raffinement naturel, le bon goût travaillé ainsi que lallégeance hypocrite à un grand ponte en vue, forgent lautorité naturelle du dominant. Certains vont même jusquà penser que lassurance basée sur un sentiment de supériorité sans borne permet dimposer la crédibilité de lentreprise auprès de ses bailleurs de fonds. Le stratège est alors assimilé au financier ou au trésorier communicant hors pair. Sans nier limportance de lanimal politique, de la communication financière et institutionnelle, Michel Volle affirme que ces compétences ne constituent pas lessence du stratège et que lorsque le dirigeant mondain possède les qualités requises à lexercice de ses responsabilités ce nest que pur hasard. Citant lart de la guerre (Xénophon, Lawrence) ou les grands penseurs de la stratégie des organisations (Grandall, Kelleher) Michel Volle propose de retrouver les valeurs du stratège comme celui qui donne du sens à laction organisée. Son intuition alliée à une profonde connaissance des psychologies de son organisation lui permettent lallocation dynamique des ressources dans un environnement incertain et instable. Être un stratège cest non seulement avoir des idées et la capacité de les évaluer mais surtout de savoir les mettre en uvre en estimant objectivement la capacité à faire de son organisation. Pour Michel Volle la pierre de touche permettant de jauger les qualités du stratège dans lentreprise est lévaluer les qualités du SI. Les dirigeants ayant le système quils méritent, la pertinence des tableaux de bord , la cohérence des informations manipulées ne sont que le reflet des orientations et priorités données par les successifs comités de direction et traduisent leur vision du marché, leur expertise opérationnelle et leur maitrise des fonctions de production. Ainsi lhistorique des arbitrages se matérialise dans les différentes couches géologiques de sédimentation du SI marquant les délimitations des projets, les errements des versions successives où le manque de discernement et de cohérence aboutissent à des scléroses en plaques.
Devant le constat si pathétique des manquements des élites nous sommes en droit de nous demander par quel miracle certaines organisations et leur SI ont néanmoins fortement progressé. Pour Michel Volle la réponse tient à la main invisible du cadre moyen, au rôle aussi obstiné quobscur, qui très loin du monde médiatique des mondains assure le bien collectif. Cest bien la main invisible du professionnel en fin de carrière (le candidat malgré lui à quelques ultimes plans dexternalisation source de fierté des dirigeants qui sans le moindre émoi annoncent les chutes drastiques des effectifs tout en vidant consciencieusement lentreprise de sa substance), cest bien cette « patte de lours » qui assure que tous les jours nos grands systèmes, dont notre survie au quotidien dépend, « tombent miraculeusement en marche ».
Malgré un réquisitoire féroce Michel Volle se défend de mettre au pilori lensemble de la classe dirigeante car notre bien-être collectif dépend de lefficacité du pilote stratège. Néanmoins il fulmine à lidée que le rôle du SI, structure de base de toute stratégie organisationnelle soit à la fois très mal compris et totalement dévoyé sur lautel du compromis managérial, dalliances, des «cartels de petits amis » et des conflits de pouvoirs. Il devient alors indispensable de réévaluer les sens profond des termes SI et informatique au sein des organisations en proie aux managers dont leur formation et leur compétence de généraliste généralisante leur permet tout juste de diriger leur équipe avec lefficacité quapporte le couteau suisse au bucheron. Une révision complète de notre vocabulaire est à réaliser pour ne plus confondre informatisation et technologie, informatique et infrastructure, linformation comme science et information comme idéologie.
Revitaliser la notion de système dinformation
Il est impératif de revenir à la notion de système dinformation que Jacques Mélèse introduisit dès 1970 en France suite aux travaux dHerbert Simon. Pour ce dernier la structure de lentreprise repose sur trois systèmes complémentaires
Le système de décision (règles et comportements)
Le système de production (procédés mis en uvre)
Le système dinformation (langage de lentreprise)
Cette théorie a permis darticuler les premières applications informatiques à travers une vision très mécaniste de lorganisation pour ne pas dire post-taylorienne. Cette approche autrefois très novatrice se révèle actuellement extrêmement réductrice. Linformatique et le SI dans lentreprise tissent une nouvelle sensibilité, des nouvelles portes de perception du réel, à limage dune seconde peau. Michel Volle nomme ces artefacts diffus embarquant une forme dintelligence humaine, ces automates programmables lAPU (automate programmable doué dubiquité).Organisation dentreprise et système dinformation deviennent alors synonymes : la modélisation de lentreprise selon les trois axes énoncés par Simon apparait alors comme très réductrice. Michel Volle propose un découpage selon un nouveau canevas en introduisant la notion durbanisation des SI couplant de manière beaucoup plus étroite information, production et décision. Bien évidemment toute modélisation est un choix arbitraire, lexpression dune intention. Il nexiste pas un modèle unique mais certains modèles permettent une représentation réduite mais objective de lentreprise. Sous le concept durbanisation cadastrale Michel Volle trace la frontière de lautomatisation le lieu réticulaire entre lindividu et lautomate. Le EHO (Être Humain Organisé) représente lindividu au travail dans une structure organisationnelle et lAPU (Automate Programmable doué dUbiquité) caractérise lautomate flexible à laction découplée géographiquement par lapport des réseaux et télécommunications. La flexibilité entière du SI et de lorganisation repose sur cette articulation EHO/APU et les degrés de liberté de cette « cheville ». Par cette image Michel Volle réitère son apologie de couplage lâche du désordre organisé.
Ainsi le terme de SI relève de la sémantique et la structure systémique des organisations. Linformatique sous-tend larticulation dynamique et complémentaire de lAPU/EHO. Le terme un peu désuet de télématique traduit bien le don dubiquité né de la fusion des sciences des communications et des réseaux informatiques par le passage au tout numérique permettant à lordinateur dunifier et de contrôler lensemble des technologies. Quand au terme informatique introduit en 1962 par Philippe Dreyfus pour désigner la science du traitement de linformation il caractérise par lemploi du suffixe en tique les sciences de lautomate : le coté APU de la force en quelque sorte. Les anglo-saxons utilisent quant à eux le terme de « computer science » pour désigner la science du traitement automatique, IT (Information Technology) pour la plate-forme technique et IS (information strategy) pour ses applications dans la société. Loin dêtre un pur exercice de sémiologues puristes la compréhension de ces nuances est fondamentale pour aborder les différences culturelles entre la vision nord-américaine du progrès technique et son exégète européenne. En nous réappropriant le vocabulaire des sciences des calculateurs nous appréhendons de manière plus distincte les différentes facettes de linformatisation de nos sociétés modernes.
Problème de représentation du SI
De nombreuse approches parcellaires non corrélées et non coordonnées ont forgé dans les entreprises des visions déformées et abscons de linformatique qui apparait comme un pur de centre de coûts, maîtrisé par une corporation de professionnel au discours incompréhensible au commun des dirigeants. Linformatique est tour à tour, le bouc émissaire cristallisant lensemble des incompétences de lentreprise, un destin inévitable, une préoccupation permanente (le fameux problème informatique), un idéal fantasmé (lautomate sans frontière, le robot travailleur sans friction), le lieu de magique où officient de merveilleux gourous cravatés en costumes gris avec leurs formules incantatoires si rassurantes (outsourcing, offshoring, costs killing..) pour lélite assoupie tiraillée par les espoirs de rentabilité formidable de lactionnaire impatient
Les sciences du traitement de linformation, les sciences sociales ou économiques, elles mêmes hantées par leurs mandarins en mal de reconnaissance, ont fourni leur lot de mythologies brumeuses selon lair du temps et les effets de mode. Combien de thèses, douvrages qui dans la lignée des travaux de Von Neumann et de Turing autour de lintelligence artificielle ont exalté les métaphores biologiques avec le cerveau humain. Combien de discours creux qui au nom dun humanisme lénifiant rejettent la notion de progrès technique, lapport de lautomate pour alléger le travail de lhomme en exaltant lorganisation séculaire et traditionnelle du travail, vantant lefficacité du Sud (cétait pourtant bien »), la douceur élégiaque du travail dans la Grèce antique, dans la Rome impériale ou dans lislam esclavagiste.
Epistémologie de la science de linformatisation
A juste tire Michel Volle déplore le manque de réflexion théorique et même philosophique autour de cette prothèse de lhomme moderne quest devenu lordinateur. Cet auxiliaire du quotidien est devenu indispensable à notre quête existentielle de conception de nouveaux outils, cette capacité fabuleuse qui nous sépare fondamentalement de lanimal pourtant si proche génétiquement. Quelles sont donc les points de vue, les méthodes épistémologiques qui séparent linformatique des sciences « dures » dont les Mathématiques sont lexpression la plus aboutie ?
Alors que les Mathématiques travaillent sur des approches déclaratives et topologiques de définition de lunivers (il sagit de répondre au « quest-ce que cest »), linformatique se focalise sur lunivers de laction « le comment ça marche ». Les limites de lune fournissant les capacités explicatives de lautre. La notion de SI permet de dépasser limplémentation chirurgicale de progiciels sous formes de greffons artificiels et par un effort de compréhension de la physiologie de lorganisation danalyser ses processus et procédés. Linformatique pour permettre quune information, quune connaissance, quun procédé puissent être traduits en programmes et données impose une stricte interprétation des besoins de lorganisation de manière univoque et explicite. La difficulté du praticien est alors double, sortir de léquivoque organisationnelle pour cerner le besoin et définir le souhaitable puis maitriser les technologies pour établir le faisable.
Le risque lié aux grands systèmes technologiques
Ainsi linformatique tel un immense fleuve fédère ainsi tout lunivers du numérique agrégeant bureautique, automatisations des tâches (workflow), communication (téléphonie, télévision, messagerie, multimédia), médias (e-journaux), information individuelle (cartes à puce). En baissant les coûts de production, cette numération de notre univers a permis dembarquer lautomate dans les objets de notre quotidien les plus anodins. Mais aujourdhui nous sommes arrivés à un nud Gôdelien de ce processus dinformatisation. Alors que linformatique constitue à la fois le système sensoriel de lentreprise avec ses capteurs diffus (« persuasive IT » ) et la tour de contrôle de son activité économique (tableaux de bord, systèmes daide à la décision..) sa fragilité si difficilement décelable par un il non averti est source de crises profondes que nous révèlent constamment les dysfonctionnements si têtus.
CHAPITRE 6 Aspects philosophiques
Le SI comme représentation de lentreprise est la source de mythes et légendes modernes désormais inscrite dans les inconscients collectifs de lemployé du XXIème siècle. Comment philosophie et sociologie peuvent-ils nous aider à élucider à la fois son fonctionnement et sa finalité ?
Encore faudrait-il que ces immenses savants daignent sintéresser à ce sujet et avant de sextasier sur leurs pseudo découvertes en réalité maitrisées depuis laube de linformatique par les praticiens en entreprise, se penchent, du haut de leur tour divoire, sur les outils empiriques nés de lexpérience du praticien de terrain.
Analyser les techniques et outils permettant de modéliser le réel de lentreprise et décortiquer le processus empirique dinformatisation tel quil se pratique dans les organisations leur éviterait de philosopher sur des illusions qui ne sont que leur représentation fantasmée de lautomation.
Apologie du modèle en couches
Concernant une « science » balbutiante et tellement heuristique quest linformatisation des organisations comment tenir un discours théorique sans se pencher un minimum sur son mode de production et de diffusion. Comment alors na pas sémerveiller devant ces modèles dune grande ingéniosité, ces « modèles en couche » qui articulent des logiques différentes voire antagonistes tout en garantissant lintercommunication entre technologies à cycle de vie diamétralement opposé tout en organisant le découplage client/consommateur serveur/producteur. Analyser dun peu plus près ces modèles dingénuité, ces artefacts technologiques de lingénieur moderne permettraient aux philosophes professionnels de les appréhender comme de réelles innovations conceptuelles. Aussi la richesse du raisonnement en couches stratifiant la pensée permet de structurer et dagréger les syncrétismes, dunifier les incompatibilités et de concevoir les liens et interactions dans des univers organisationnels multidimensionnels. Dans un tel modèle, les nombreux facettes de lorganisme et les systèmes complexes de lentreprise peuvent être synthétisés dans un hyperplan permettant par simple projection et coupes sur ses axes danalyse une compréhension fine de ses mécanismes internes. Cest cette même démarche qui permet de passer du niveau du code informatique au langage de programmation puis à la sémantique dun langage compréhensible par lhomme et enfin au jargon de lexpert dun domaine particulier. Les définitions du surcode ou les métalangages sont des distanciations indispensables évitant les problèmes dautoréférence et nullement le croisement des codes et du commentaire « philosophique » sur le code. Il faut ainsi comprendre que le code produit également des modèle de représentation basés sur ce dernier qui sont des construits élaborés jour après jour et issus dun processus fragile pouvant un jour se figer et devenir le ciment fossilisant de lorganisation. Lévolution et la pertinence des métalangages sont aussi importantes que la puissance expressive des langages opératoires. Mais pour comprendre le métalangage, humus de germination des langages de programmation générateurs du code informatique, il faut revenir à lintentionnalité de ses concepteurs. Dans une approche dhistorien, il faut redonner le sens et la dynamique du contexte originel, retrouver un peu la virginité des pionniers de lorganisation et se réapproprier lhistoire et lintentionnalité du système de codification et donc rétablir le sens et les valeurs qui ont guidées à leur édification.
Réhabilitation de lingénierie des systèmes
Lignorance du contexte technologique et même le mépris des modèles dingénierie (et du génie logiciel en particulier) caractérisent lincapacité de nos penseurs à appréhender le syncrétisme hommes/artefacts/organisation cimenté par linformatique. Cest appeler « complexité » ou « contradiction » lincapacité de discerner les points darticulation dans un modèle de cohérence technologique qui associe des logiques différentes voire paradoxalement divergentes. Là où les sciences de lingénieur permettent de présenter un modèle pertinent en vue de laction, lintellectuel et le dirigeant peinent à assimiler les bases de la démarche. Michel Volle propose de sortir de cette léthargie intellectuelle dogmatique discréditant depuis plus de 20 ans les sciences de lingénieur. Si cette attitude anti technologie rassure des générations dintellectuels perchés dans leur tour divoire et les patrons dindustrie arc-boutés sur leurs « business schools » inféodées au modèle nord-américain, elle contribue néanmoins à obscurcir la vision des SI, attitude suicidaire car source de déstabilisations et de fragilisation du système technique qui assure notre productivité et notre bien-être depuis près de 40 ans.
Sans vouloir juger au Cassandre, Michel Violle stigmatise les « managers » de tout poil qui au nom de « lefficency » et laction désordonnée, génèrent un mépris affiché pour leffort intellectuel dabstraction et qui sont les réels responsables des catastrophes systémiques actuelles ou à venir. Les enjeux sont très clairs : Il sagit pour les philosophes et intellectuels de passer du modèle contemplatif de leurs représentations préconçues à laction et pour les dirigeants dentreprise de la velléité et de lagitation désordonnée à la maturité du stratège. Michel Volle propose donc une approche plus scientifique donc plus expérimentale du SI et donc de lentreprise pour sortir des concepts stéréotypés massivement vulgarisés (la logique du flou, leffet du papillon anxiogène, la complexité du compliquée, la systémique des systèmes, le code le surcode et le ça et autres éloges du freudisme ordinaire), qui non seulement ne proposent aucune aide opératoire pragmatique mais font obstacles à la construction méthodique et intelligible de notre maison du futur, de la cité de demain. Il sagit de passer « du système technique mécanisé » cher à Bertrand Gille rigidement institutionnalisé aux XIX et XXème siècles à une vision clairvoyante de la cité de linformation et de lautomatisation. Comprendre la logique et les motivations du bâtisseur cest le premier pas pour appréhender luvre.
Eloge de la philosophie pour articuler la pensée à laction
Est-il politiquement correct de définir cette charnière pensée/action dans lentreprise ? Comment, dans des organisations aveuglées par les résultats court terme articuler cette interaction sans passer pour un pur intellectuel oisif ? Nous appréhendons le monde de la nature par la perception des événements qui enrichissent en retour notre expérience. Le discernement, mécanisme premier de la compréhension, nous permet de classer ces évènements à travers une grille conceptuelle analytique pratique c'est-à-dire tournée vers laction et dexprimer lexpérience en retour par le biais du langage. La boucle positive de notre modèle de raisonnement est le suivant : évènement / expérience / perception / compréhension / décision / action génératrice dévènement en rétroaction. Les pathologies de lentreprise sont multiples. La dynamique positive de lentreprise peut être dévoyée par la boucle pernicieuse du faux semblant : volontarisme / velléité / activisme voire inhibée si les grilles conceptuelles des dirigeants se trouvent figées à des stéréotypes rebattus par la propagande au quotidien et les habitudes,
Lincapacité de créer de nouvelles idées ou de changer de point de vue en passant à un autre méta-modèle de représentation accélère alors la sclérose de lorganisation. Contrairement à lopinion répandue, les concepts et modèles permettent déquiper notre action et ne sont pas des abstractions intellectuelles tournées vers la connaissance ou la contemplation. La philosophie apparaît alors comme lart délucider les valeurs et permet de repérer les incohérences, les injonctions paradoxales et autres abstracteurs étranges du monde moderne.
La concrétisation de la réflexion sur laction dans lentreprise passe par la démarche durbanisation dont la finalité est de répondre aux exigences dune situation en investissant le champ des méta-modèles facilitant la transformation et le changement de paradigme organisationnel. Seule cette gymnastique de lesprit permet dobtenir lagilité nécessaire pour remodeler au gré des aléas et évènements le SI en élaborant de nouveaux concepts et modèles (cycle vertueux urbaniser modéliser les processus définir les référentiels administrer les données)
Complexité et complication
Cette philosophie de laction, véritable plaidoyer pour labstraction, proposée par Michel Volle se doit dêtre génératrice de concepts pragmatiques manipulables dans lorganisation tout en gardant à lesprit le célèbre aphorisme de Paul Valery « Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne lest pas est inutilisable ». Lobjet concret est caractérisé par des déterminations abstraites infinies que nos schémas conceptuels réduisent à des représentations finies plus ou moins pertinentes dans un domaine spécifique. En dautres termes nos capacités dabstraction, notre cadre conceptuel permettent de résumer le concret observable à des vues, des classifications ou ontologies abstraites simplificatrices. Tout cadre conceptuel est donc un construit à la fois partiel et partial qui porte en lui nos choix et nos intentions. Nos modèles, nos théories, nos artifices, nos programmes informatiques, nos organisations relèvent de la pensée (processus concret et complexe) qui lorsquelle est explicite et simplificatrice permet de passer dobjets concrets à la détermination infinie à un monde fini de concepts. La pensée en confrontant le réel et lexpérience sur la base du principe de non contradiction permet de garantir la pertinence dune théorie (ou dun modèle) pour un périmètre (domaine) particulier. Si lintelligence formelle, joie de la pensée adolescente des mathématiciens ou du joueur déchecs permet une maîtrise du raisonnement structuré, lâge mature de la pensée ne recherche plus lexcellence dans la démarche mais lefficacité dans laction. Le refus de la théorie et de labstraction conduisent à la pensée compliquée où laccumulation énumérative des indéterminations ne représente quune complexité faussée du monde et ne traduit que lincapacité chronique à synthétiser, à résumer, à saisir lessentiel en noyant le débat dans des considérations de second ordre. Ainsi le SI repose sur des abstractions représentées par des classes, des entités manipulées au quotidien (le client, fournisseur, produit
) avec leur nombre fini dattributs et de règles de gestion. Sans hiérarchiser et décrire ses concepts et les liens les unissant, on aboutit à linflation des réunions de cadrage entre les métiers de lentreprise et son informatique, lieux dexposition des anecdotes et cas particuliers mais où lessence des objets manipulés reste indéterminée où lon pérore très souvent dans le vague sans savoir de quoi ni de qui lon débat (quest ce quun client, un prospect et comment le déterminer
?). La seule question dimportance jamais abordée dans ces réunions est la définition dun modèle (ou dun point de vue adopté explicitement) qui fournit aux projets dinformatisation un cadre simplificateur pertinent. Les procédés amenant à une démarche efficace sont très connus mais au pays de Descartes le cartésianisme est bel et bien le grand absent des comités de décision. Là où lon devrait trouver une capacité découte suffisante pour accepter la grille analytique et les différentes représentations de lentreprise, là où le raisonnement probabiliste et les approches par grappes (les « clusters » liant les fagots chers à Descartes) devraient permettre de circonscrire lincertitude, nous assistons à des débats de politiciens où la rhétorique remplace la pensée où lart de lenfumage fait office de pensée unique.
Linformatique un nouveau paradigme philosophique
Les difficultés de mise en uvre des SI sont également liées à lhéritage philosophique grec. Il faut passer dune vision dobjets dessence intemporelle à un processus constructiviste délaboration dobjets évolutifs à la fois enfants et adultes potentiels. Le SI couple étroitement ses processus fonctionnels et sa dynamique de transformation, les référentiels et les processus métiers, les activités récurrentes et les projets, ou pour parler Merise dans le MCD et le MCT. Là où la logique classique procède par déduction à partir daxiomes, la programmation nous oblige à penser la transition, le flux, la dynamique des fluides c'est-à-dire le passage au comment. Lart du SI passe par lanalyse des interactions entre systèmes duaux : la vie de lentreprise et la physique de linformation tout en gardant à lesprit la frontière du rêve et du possible, de la velléité mégalomaniaque et du techniquement faisable. La difficulté de penser le SI réside, même pour les individus doués, dans la manipulation dabstractions dynamiques propres à articuler des concepts systémiques relevant de disciplines très différentes mais interconnectées.
Linformatisation est alors le champ privilégié dexpérimentations philosophiques étendant lexploration des domaines des sciences de lingénieur au monde de la pensée sociale au sein du phalanstère virtuel quest devenu Internet. Le SI en définissant ses abstractions génériques (classes dobjets, attributs des objets, les vues de représentation) est lincarnation de larticulation pensée/action dans un contexte historique, sociologie et économique donné. Linformatique nest plus alors réduite à la prothèse technique emblématique iconifiée par lordinateur mais bien plus le prisme (la lunette de Galilée) où se reflètent les représentations abstraites de nos organisations humaines.
Pour réussir nos SI il est donc nécessaire de changer de paradigme au sens premier de Kuhn c'est-à-dire de revoir nos bases philosophiques. Là où Parménide voyait lêtre réel comme une sphère homogène et immuable, là où Platon voyait la pensée et les concepts comme seuls réels et où Aristote lessence des choses comme les représentations dans notre pensée façonnant la science objective, linformatique préfère le point de vue subjectif du photographe ou du peintre en privilégiant des points de vue particuliers. Cest la frontière de lexistence et de lessence base de la pensée gréco-juive de Thomas dAquin qui résume le mieux « lopacité de lexistant » et la diversité infinie des points de vue légitimes marquant la démesure gôdelienne des théories de la complexité, la dialectique hégélienne et lillusionnisme de Boileau. Le « ce qui se conçoit bien sénonce clairement » est dans le domaine des sciences de linformation bien souvent battu en brèche.
PARTIE 3 LINFORMATISATION DE LENTREPRISE
Chapitre 7 : Le socle sémantique
Différences entre langages naturels et langages de programmation
Le langage est un système de signes à la fois signifiant (phonétique) et signifié (concept) (De Saussure) mais la différence fondamentale entre nos langages naturels tels le français et les langages de programmation est le caractère totalement explicite et non ambigu de ses derniers. Là où le langage naturel est fortement allusif et suggestif (joie du poète ou de lhumoriste), les langages théoriques manient des concepts dépourvus de connotations (joie du mathématicien ou du logicien), les langages de programmation proposent une syntaxe de laction (joie de lautomate et de linformaticien). De ces différences de nature naissent les faux amis et les contresens sources de confusions entretenues par lignorance, de puissants intérêts économiques et denjeux de pouvoir. Dans le périmètre danalyse de langages naturels un adjectif comme « logique » traduit lensemble des règles formelles garantes de la cohérence du raisonnement. Dans le cadre des langages de programmation le terme « logique » sappliquera aux règles syntaxiques du langage. Là où la sémantique permet de distinguer la forme du fond de nos langages naturels, il ne sera question que de structures et de typages de données dans les langages de programmation. Là où la donnée est une mesure, une observation, une valeur expérimentale linformaticien traduira donnée comme lattribut évalué dun objet métier dans lentreprise. Ainsi puisque la sémantique formelle informatique est dédiée à la description des composants abstraits ou axiomatiques manipulés par les langages de programmation, il ne reste plus de place pour définir le langage de lentreprise et de ses métiers incarnés dans le SI. De cette ambigüité découle un manque qui, bien que peu visible du néophyte, donne naissance à des solutions informatiques inadaptées aux métiers et à ses usages : des référentiels mal conçus, des problèmes de correspondance (mapping) de données où lon confond choux et carottes et des pertes de signification dans lentreprise issus de la méconnaissance de la nature profonde de linformatique.
Limportance et la spécificité de lingénierie du SI
Les fonctions et lusage premier du SI dans lentreprise est de fournir des capacités de mémorisation, de classement, de calcul et de recherche de linformation. Ces fonctions première ont crée les organes de base du SI à savoir :
Des socles référentiels et sémantiques de lentreprise (gestion des données, composants et objets métiers)
Une infrastructure composée de plates-formes technologiques (architectures matériel/logiciel)
Des applications de lentreprise liant programmes / traitements / données / structures de données / processus (workflow)
Des systèmes de communication permettant léchange la publication et la diffusion de linformation (messagerie, groupware .. )
Lingénierie des SI relève de lingénierie des systèmes mais dans un domaine très particulier celui de lorganisation du travail avec lautomate. Les conditions de succès sont plus liées aux implicites des intentions et aux périmètres de légitimations des pouvoirs organisationnelles réelles ou en devenir quà la qualité intrinsèque des technologies. Les principes rationnels dingénierie traditionnels ne sont plus suffisants sans la sensibilité raisonnable de sociologues et de linguistes exprimant la personnalité et les spécificités de lorganisation. La majorité des échecs en termes dinformatisation des organisations est liée à cette difficulté sémantique, alors que le pilotage de systèmes techniques embarqués ou lasservissement des automates par lordinateur même très contraints sont désormais bien maitrisés.
Le SI : système vasculaire et squelette de lorganisation
Lanalyse des processus de lorganisation conduit à redéfinir les entités légitimes et les centres de décision réels en distinguant les fonctions de production structurelles (les métiers de lentreprise) des facteurs de production conjoncturels (les organisations dans lentreprise). Cest au sein du SI que sétablit lalchimie subtile de transmutation des forces extérieures à lentreprise (marché,..) et la physique newtonienne régissant lécosystème interne à lentreprise. Le SI incarne à la fois la physiologie des fluides de lentreprise (son système vasculaire) et sa structure stable (son squelette). Toute analyse du SI est à la fois une radiographie et une échographie vasculaire de lorganisation. Linformatique est la science de lintermédiation, lincarnation de la sociologie des acteurs de larticulation entre le monde physique et la sociologie de lorganisation.
Lindispensable administration des données
La donnée informatique se caractérise par le couple Définition/Mesure ( Sémantique / Propriété). Lorsque lhumain est capable dinterpréter ce couple alors la donnée devient information. La pertinence du SI et donc entièrement dépendant de ce couple et lon appelle administration des données la gestion de sa qualité sémantique et de la justesse des mesures stockées. Son but est lélimination les homonymies les synonymes pour assurer lexhaustivité et lintégrité de la donnée. Les définitions, les règles, les identifiants et les nomenclatures sont stockées dans des référentiels. Une partie de lart de linformaticien est de choisir avec pertinence les nomenclatures, les attributs, les identifiants, les codifications adaptés au traitement automatique. Des pathologies usuelles de lentreprise sont le dévoiement de la donnée de référence dans des applications locales, la difficulté de faire évoluer des nomenclatures alimentant des applications interdépendantes alimentées en cascade et sappropriant puis transformant à chaque étapes les données de référence pouvant aboutir à une dérive de sa signification initiale. Dans des cas pathologiques extrêmes, linterconnexion de SI est quasi impossible lorsque les données ne sont pas administrées ou lorsque les nomenclatures employées ne sont pas bijectives. De plus à ces erreurs de conception ou de modélisation viennent sajouter des erreurs de capture des données qui font que linformation stockée sans un contrôle humain pointilleux est très souvent sujette à caution.
Les bases de données : une technologie fiable mais un simple outil
Deux innovations majeures permettent daccéder à linformation : les bases de données qui outre le stockage fournissent des fonctions de recherche des données et les moniteurs transactionnels qui donnent accès aux systèmes. La théorie des bases de données sous son aspect rationnel passe sous silence limportance majeure des choix et conventions qui ont présidés à la conception du SI et des applications. Laspect structurant des choix (population sélectionnée, attributs observés, classification, codification) est occulté par la facilité apparente et fallacieuse de créer des enveloppes physiques daccueil (fichiers ou bases de données). De plus le choix des techniques de modélisations est loin dêtre neutre et impose son vocabulaire et ses concepts implicites. On parle alors de manière abusive de modèle entité-relation dans un schéma entité-association, et plutôt de classes dans un modèle objet, de relations dans un modèle relationnelle. Le modèle relationnel basé sur la théorie ensembliste et son algèbre manipulera des tables et tableaux (lignes = individus/ colonnes = attributs de la relation) les identifiants servant de clef de jointure inter-tables alors que dans les modèles décisionnels on privilégiera les modèles en étoile ou flocon liant tables de faits et dimensions. Les technologies telles que les bases de données ne sont donc que des outils et pas un produit final, il sagit de la glaise façonnée par linformaticien pour une organisation particulière.
La construction dun SI peut sembler un processus parfaitement codifié basé sur des théories et méthodes cartésiennes éprouvées. En réalité les choix arbitraires des concepteurs, conscients ou non, font quun SI est toujours un construit social heuristique unique et dépendant dun contexte donné. A ce titre la lisibilité du SI est une condition nécessaire pour une appréhension pertinente de linformation. Le SI est linterface permettant à lagent opérationnel de consulter, saisir traiter linformation. Lorganisation du travail, vue à travers le prisme de lécran informatique (ou son complément papier quest le rapport) doit être compréhensible c'est-à-dire lisible par lhumain. Cest à travers cette fenêtre numérique que lemployé interagit avec les processus de production de son entreprise. Cest dans ce sens que lon peut dire quun SI élucide lentreprise. La cohérence du SI est à la fois source de compréhension des attentes de lorganisation et générateur de sens. A linverse un SI mal adapté au contexte opérationnel symbolisera lentropie source de désorganisation de lentreprise (« la cathédrale et le bazar »).
CHAPITRE 8 Outils et Architecture
Ainsi la compréhension de lévolution des composants technologiques fournissant lensemble des briques constituant les SI contemporains et les raisons qui ont amené les informaticiens à les concevoir est indispensable pour maîtriser les systèmes ainsi constitués. Le foisonnement et la richesse des champs couverts par les innovations technologiques ne peuvent plus être ignorés du décideur même si leur analyse est aride et difficile car ils constituent lessence même de linformatique.
Bref historique des langages de programmation
Les années 50 furent une période dintense innovation en terme de langages de programmation (plus de 120 dénombrés en 1967). Tous les besoins et problèmes donnèrent lieu à la naissance dun langage ad-hoc
Lassembleur pour programmer le matériel (1950)
Le fortran (Backus 1954) et Algol (1958) pour le calcul scientifique
Le Cobol (1959) pour linformatique de gestion
Le Basic (1964) pour lapprentissage de la programmation
Le C (1972) pour accéder aux fonctions primaires des composants matériels
Le Pascal (1970) pour la programmation structurée
LAPT pour le contrôle des machines numériques
Le GPSS pour les modèles de simulation
Le Lisp et Scheme pour la manipulation des listes
Le Perl comme langage de commande
SQL , Focus et Dbase pour laccès aux bases de données
Simula (1969), Smalltalk (1980), C++ (1983), Java (1995) pour les langages objets
A limage de lindustrie automobile, la programmation est passée du stade artisanal, passe-temps individuelle de hobbyistes passionnés à une activité industrielle de développement de code mobilisant et structurant de grandes équipes multinationales.
Les langages de programmation des systèmes dexploitation
Les systèmes dexploitation (MS-DOS, OS400, MVS, VMS, Linux, Unix, Windows
) sont le cur opérationnel, le noyau (Kernel) de lordinateur. Ces programmes prennent en charge le fonctionnement interne de lordinateur (gestion de fichiers, de la mémoire, de lexécution des programmes, des équipements périphériques, de linterface homme-machine
). La mission de ces programmes est de masquer le fonctionnement interne de lordinateur pour permettre à lutilisateur ou linformaticien de focaliser son effort sur la création et lexécution de ses propres programmes sans se soucier de la réalité physique matériel en proposant un environnement opérationnel simplifié ou virtuel (mémoire virtuelle, espace dadressage virtuel
). Dans ce sens la virtualisation ou abstraction simplificatrice logique est lessence même de linformatique.
Le SI est un être hybride découpé en applications
Tout programme informatique est une fonction de transformation de données fournies en entrée du système informatique et fournissant les résultats attendus en sortie. Historiquement lexécution dun programme nécessite de définir conjointement les traitements à opérer et les structures de données à manipuler. Lorsque les traitements sont compliqués, on découpe les travaux de transformation en plusieurs programmes plus petits ou plus spécialisés. Les programmes sont appelés systèmes lorsquils concernent les fonctions internes de lordinateur proches du système dexploitation et applications pour les programmes spécifiques aux métiers de lentreprise ou les progiciels du commerce. Lart du découpage du SI en applications est appelé urbanisation (discipline très empirique). Historiquement les programmes furent développés de manière ad hoc pour les besoins spécifiques de chaque département dans lentreprise utilisatrice (logiciel sur mesure) puis loffre du logiciel prêt à lemploi sest progressivement structurée par la diffusion de progiciels sectoriels (logiciels packagés dont les versions intégrées les plus abouties sont appelées ERP Enterprise Ressource Planning tels Sap, Baan, PeopleSoft, JD Edwards
) et la diffusion massive de logiciels multi usages grand public (bureautique, communication
). Lhistoire de la société allemande SAP (Waldorff 1972) actuellement leader sur le marché de lERP est à ce titre très emblématique de lévolution du marché du logiciel. Issue dune souche logicielle développée en sur-mesure pour lun de ses clients, lentreprise Sap a su structurer lensemble des besoins dinformatisation de lentreprise autour dune base de données unique constituant un SI intégré assurant techniquement sa cohérence et son intégrité. Ainsi pendant plus de 20 ans les différentes versions du logiciel (R2 sur mainframe dès 1981 puis R3 en client/serveur à partir de 1992) ont supporté les approches de BPR (Hammer & Champy) en proposant des processus et bonnes pratiques métiers paramétrables prêts à lemploi en condamnant le développement spécifique sur mesure. Cette approche extrême de standardisation des processus se fit au prix dune grande rigidité et donna naissance à dautres courants de pensée qui proposèrent des approches dintégration dapplications moins fortes et des couplages basés sur des échanges de messages par lintermédiaire de couches dites middleware (EAI, ESB , Corba
) permettant de coordonner le SI sans passer par le modèle de la base de données unique..
Dautres solutions spécialisées sont également apparues pour consolider et historier les données de gestion de lentreprise dans le but de suivre lévolution de lactivité en fournissant des tableaux de bord, des rapports, des alertes et des indicateurs de pilotage opérationnel voire des hypercubes (ou tableaux multidimensionnels) permettant lanalyse de séries chronologiques et facilitant lanalyse des grands volumes de données (ou datamining). Ces SIAD (système dinformation daide à la décision) sont accompagnés de méthode de modélisation et dun vocabulaire qui leurs sont propres. On parle ainsi de modélisation en étoile ou en flocon, de bases de faits, modélisation des agrégats, de cubes et hypercubes ou de traitements de type Olap Molap Rolap Holap.
CHAPITRE 9 La modélisation par objets
Les « technologies objets ou orientées objets » couvrent deux aspects de la construction des systèmes informatiques :
La modélisation pour définir les fonctionnalités attendues à base dobjets : concepts séparant la partie métier (besoin) et la partie technique (intégration) avec sa notation graphique (langage de modélisation UML).
La programmation par objets (java
).
Passage du processus à lobjet
La modélisation des processus permet élucider le comment produit lentreprise. Il sagit de décrire à la fois lenchainement (ordonnancement ou chorégraphie) des activités opérationnelles (comprenant lensemble des tâches intellectuelles ou physiques réalisées par un acteur dans une étape de production) et le contenu de chacune de ces activités (acteurs, données manipulées, traitements réalisés, contrôles de productivité
) que ces activités soient réalisées par un humain ou par lautomate. Contrairement au management taylorien basé sur un contrôle isolé des activités de production, la gestion opérationnelle des processus est fondée sur le suivi à postériori de la production par la fourniture et lanalyse de statistiques qualitatives et quantitatives. Les processus ainsi modélisés sont entièrement instrumentés par le SI qui réalise de manière homogène lassistance de lutilisateur dans lexécution de ses taches (fournir les interfaces de dialogue, réaliser les échanges dinformations nécessaires entre tâches) et la collecte dindicateurs de suivi des performance du processus. Il est essentiel de bien comprendre que linformatisation des processus nest pas lautomatisation intégrale des activités de production mais lassistance par lordinateur de lutilisateur dans laccomplissement de ses activités (notion de workflow) et le suivi des indicateurs complets de performance du couple humain/automate. Dans ce contexte, le terme dobjets informatiques est employé pour désigner un modèle unifié de programmes et de données représentant les entités de gestion du monde réel de lentreprise (client, facture, employé, dossier, produit
).
De la programmation impérative à lobjet
Les programmes informatiques exprimés dans des langages de programmation basés sur une machine de Turing se composent de trois composants intimement couplés :
Les structures de données manipulées
Les algorithmes de traitement appliqués aux données
Les appels et enchainements données/traitements
Tous ces langages ont une expressivité identique mais ils diffèrent suivant la manière darticuler ces trois composants et par les facilités dusage pratique suivant les contextes demploi particuliers. Avant de coder le programme, la phase de modélisation permet de définir les structures de données et les traitements à réaliser. Les langages classiques de type impératif (Cobol, Fortan, C, Pascal ..) sont basés sur la dichotomie traitements/données où il est difficile de faire évoluer de manière cohérente les traitements et les structures de données. Pour contourner cette difficulté, les langages de programmation dits objets (Simula 1961 Dahl & Nygaard, Smalltalk 1976 Kay, C++ 1980 Stroudstrups, Java 1985 Sun) encapsulent données et traitements au sein dun objet unique qui représente des classes (les populations), des attributs (les données) et des méthodes (traitements). Lobjet doit donc être compris comme un niveau dabstraction complémentaire c'est-à-dire un élément de modélisation opérant sur des classes et embarquant des notions dhéritage, de polymorphisme et dagrégation bien éloignées des concepts de classification/objet/méthode du langage naturel. Dans le contexte objets, modéliser une application cest spécifier conceptuellement les classes, leurs relations, les attributs, les méthodes manipulés au niveau général (modèle métier) et au niveau détaillé (modèle de programmation) en utilisant des langages (ou notations) de représentation.
Le langage de modélisation UML (Unified modeling Language)
Dans les années 80, des méthodes de conceptualisation séparant données et traitements (MCD/MCT de Merise) ont accompagné la programmation impérative. Dès 1990, la diffusion du paradigme objets a donné naissance à de nombreuses méthodes de conception orientées objet (OMT de Raumbaugh, OOD de Booch, OOSE de Jacobson). Ces trois gourous (appelés les amigos) ont, fait rarissime, fusionné leurs travaux au sein du langage UML actuellement normalisé par lOMG (Object Management Group). Le langage UML intègre à la fois une description normative formalisant les étapes de modélisation mais aussi un langage graphique permettant de représenter le langage de lentreprise. Pour représenter les SI ces systèmes organiques multidimensionnels, UML propose une approche par vues soit 12 diagrammes standards décrivant : la structure statique de lapplication (diagramme de classes, dobjets, de composants, de déploiement), son comportement dynamique (cas dutilisation, diagrammes de séquences, de collaboration, dactivités, et détats), le modèle dorganisation du code en modules (packages, systèmes, modèles). Le but de ces modélisations est de lutter contre la versatilité, lambigüité et le caractère équivoque des spécifications basées uniquement sur des langages naturels. Un modèle UML complet comporte :
Un modèle métier couvrant lexhaustivité des aspects stratégiques (intentions, buts, calendriers) et les processus de travail concernés
Les principes et choix de modélisation
Un modèle formel décrit en UML
Chapitre 10 La conquête de lubiquité
On ne serait être complet dans lévocation des technologies majeures constituant un SI sans évoquer lépopée des réseaux informatiques. Issue du télégraphe du XIXième siècle, lindustrie des télécommunications avec ses commutateurs électromécaniques puis électroniques ne relevait pas du secteur informatique. Ces deux secteurs furent longtemps antagonistes et ne convergèrent que lors de la digitalisation (numérisation) des signaux et de leurs supports. Leurs querelles dallemands donnèrent naissance à de nombreuses approches technologiques concurrentes : le routage dynamique de datagrammes pour les réseaux informatiques nécessitant de fortes consommations de puissance de calcul (protocole TCP/IP) contre la réservation de capacités et circuits virtuels (protocole X25) forts consommateurs de bande passante Télécom. La première étape de convergence fut la mise en place de réseaux dordinateurs, ce qui neut rien dévident et se fit même dans lhostile des acteurs majeurs du secteur informatique alors focalisés sur lordinateur et ses périphériques (IBM
) et les opérateurs Télécoms (AT&T
) obnubilés par la téléphonie et refusant linnovation que constituait la complémentarité de ces secteurs. La conquête de lubiquité pour linformatique fut donc le fruit du hasard et de la nécessité. Lévolution du réseau a été basée sur le modèle en couches permettant lunification de protocoles permettant lévolution parallèles des technologies physiques (câble cuivre, fibre optique, liaison radio
) tout en capitalisant sur des protocoles dadressage des ordinateurs (TCP/IP) permettant linterconnexion des réseaux hétérogènes. Les grandes étapes de lépopée de la mise en réseaux des ordinateurs sont les suivantes :
Phase 1 : naissance des réseaux dordinateurs
1962 : Travaux de Licklider sur le temps partagé au sein de lARPA
Travaux sur les réseaux maillés (Baran) et la commutation de paquets pour le transport des données numériques en remplacement de la commutation de circuits du monde des Télécom.
1965 : Marill définit le premier protocole déchanges entre ordinateurs
1969 : Arpanet premier réseau universitaire basés sur des petits ordinateurs spécialisés (IMP Interface Message Processor dHoneywell)
1973 :Naissance des premiers protocoles et gestion du trafic pour des premiers réseaux locaux dordinateurs (LAN de type .Ethernet (Metcalfe). Norme IEEE 802.3 (1980). Token Ring
) interconnectés par des ponts et routeurs (WAN).
Phase 2 : naissance de la toile
1969 Création du comité de normalisation (NWG) pour la spécification (RFC) des protocoles déchanges sur Internet (telnet)
1972 : RFC pour FTP pour léchange de fichiers
1974 : RFC pour TCP (Cerf & Kalen) transport des datagrammes entre ordinateurs
1976 : Adventure (Crowther & Woods) premier jeu de type Donjon & Dragons en réseau
1978 : RFC pour IP spécialisé dans le routage des datagrammes entre réseaux
1981 : RFC pour SMTP messagerie inter-ordinateurs
1985 : Naissance de lInternet universitaire fédérateur des réseaux existants (backbone NFSNET) en remplacement de lARPANET de la Défense américaine.
1988 : Modèle OSI (Open Systems Interconnection) issu de lindustrie IT concurrence en vain le modèle universitaire TCP/IP
1991 : Naissance de la Toile (Web) (Berners-Lee) réseau logique facilitant le travail collaboratif né de la fusion de lInternet et de lhypertexte permettant la navigation dans les documents numériques (technologies du web sémantique URL http HTML XML
).
Les premières applications normalisées (messagerie, échange de fichiers ) vont rapidement donner naissance à la toile (World Wide Web) capable dadresser non plus des ordinateurs mais des pages dinformations via des navigateurs (Mosaic). Ces innovations apportèrent la notion dhypertexte constitué de textes, dimages, des documents multimédia numérisés (films, musiques) reliés par des protocoles daccès (URL HTML http XML) et aboutissant à une structuration sémantique de linformatique numérique indexée par des moteurs de recherche posant des rapports neufs entre rédacteurs et lecteurs tout en reposant les bases de la diffusion de la pensée et du droit dauteur.
Chapitre 11 Linformatique de communication
Initialement structurée autour de la saisie, du traitement et de la mise à disposition dinformations structurées, linformatique historique a vu son champ daction démultiplié par lintroduction dune informatique communicante couplant de nombreuses applications (messagerie, gestion des agendas, forums.. ;) offrant la possibilité de gérer des données non structurées et connotées au grand dam des informaticiens rétrogrades. Lautomatisation des fonctions de traitement de ces éléments a été rendue possible par lapparition de logiciel de gestion des flux de documents (workflow) permettant de supporter et doutiller les processus de lentreprise en maîtrisant le contrôle, la qualité et les délais de propagation (formulaires, abonnement, statistiques, tables dadressage .. )
PARTIE 4 LINFORMATIQUE DANS LORGANISATION
Chapitre 12 Acteurs, fonctions et rôles
Après avoir analyser lévolution de loffre technologique, Michel Volle sapplique à déterminer le besoin des organisations en terme dinformatisation en différentiant précisément le besoin de la demande. Si certains besoins sont très généraux (un SI qui fonctionne, être formé, avoir du support
) dautres par contre sont propres à certaines fonctions de lentreprise ou dépendent directement dactivités particulières et de leur contexte opérationnel.
Organisation et responsabilités MOA - MOE
Dans le contexte français, les rapports entre lexpression des besoins et la réalisation sont formalisées par les relations contractuelles maitrise douvrage MOA (définition des besoins et organisation du travail pour produire) et maitrise duvre MOE (fourniture du travail nécessaire pour produire). Pour simplifier, la MOA représente la personne morale qui passe un contrat formalisant la demande alors que la MOE est la personne morale qui livre un produit en coordonnant la sous-traitance. Dans cette structure, le principe essentiel est de séparer les fonctions dexpert des fonctions de décision. Dans ce diptyque, les missions principales de la MOA sont diverses :
Spécifier le besoin stratégique du point de vue du décideur
Maîtriser des processus supportés par lapplication informatique
Assurer lexpertise métier durant les phases de spécification et de recette
Coordonne les maîtrises duvre
Expliciter les arbitrages et gérer les risques.
Concevoir lorganisation des agents opérationnels et modéliser lactivité
La MOA porte lexpression du besoin métier (le modèle métier formalisé ou non à travers les spécifications générales) et la validation de la solution technique (spécification détaillée) proposée par la MOE. La maîtrise doeuvre est souvent réalisée par la DSI (Direction des Systèmes dInformation) en ce qui concerne les applications métiers. Dans ce cadre les missions principales de la MOE sont de conduire le chantier, de suivre le planning de réalisation, réaliser les recettes techniques, et assurer lassistance à la MOA pour les recettes fonctionnelles.
La DSI agit également comme une maitrise douvrage pour les choix en termes de plateforme technique.
La communication MOA MOE : un dialogue de sourds ?
Michel Volle analyse les causes déchecs des grands projets informatiques et identifie les causes usuelles de dysfonctionnements qui sont le manque de clarté des besoins, la versatilité des spécifications en cours de réalisation et laveuglement coupable des Directions de projets qui étouffent les alertes des Cassandres souvent bien intentionnés. Pour Michel Volle lensemble de ces dysfonctionnements sont du domaine de responsabilité de la MOA. Il devient impératif de professionnaliser ces MOA et les décideurs pour les amener à mieux appréhender les problématiques de conception des SI. La MOA pour dialoguer efficacement avec la MOE et apporter le support indispensable aux décideurs doit être capable de comprendre les éléments clefs de la conception dun SI et en particulier de maîtriser les aspects ergonomiques des postes de travail, la volumétrie concernée, la définition claire des services attendus, le traitement des rejets, le fonctionnement des plateformes et des suites logicielles industrielles, les outils de modélisation, de test et dintégration. Cette maîtrise du processus dinformatisation passe par le développement des savoir-faire de la MOA en terme durbanisation et de modélisation. Le langage UML serait comme la lingua référencia de la MOA dans une approche cognitive du savoir-faire métier.
CHAPITRE 13 Méthodes
Une démarche rationnelle de conception des SI est devenue indispensable bien quen terme dinformatisation il faille éviter les écueils liés à la survalorisation des projets au détriment du fonctionnement au quotidien et lapplication dogmatique de méthodes. Lidée force est de vulgariser et mettre à la disposition de tous un schéma dévolution du SI en dépassant lobstacle de labstraction et de la représentation pour assimiler et guider les aspects pratiques sa mise en uvre. Mais lélargissement du champ daction de linformatique dans les organisations a accru le caractère transdisciplinaire du processus dinformatisation et donc rendue la coordination dun grand nombre de spécialités très difficile et réactualisé la question des frontières de lentreprise.
Démarche durbanisation et modélisation des processus
La difficulté rencontrée actuellement par la MOA est son incapacité quasi générale à concevoir une démarche durbanisation cest à dire la définition dun référentiel qui documente et formalise les domaines, processus, activités, composants, données, structurant la plateforme technique et permettant de maîtriser les évolutions du portefeuille applicatif. Après avoir explicité la production de lentreprise il est nécessaire délucider les processus de production (le comment) et porter une vison de haut niveau apportant simplicité et clarté. Pour faire passer lorganisation des taches de limplicite à lexplicite il faut vaincre les difficultés et la méfiance entre les organisateurs et les informaticiens. Létablissement dun dialogue constructif passe par létablissement dun modèle de description commun permettant de simuler mentalement le fonctionnement de lorganisation. Pour fournir à la fois des concepts et des relations les unissant, ces modèles doivent être orientés vers laction et vus comme des outils de communication et déchange A laction de modeler du mode projet correspond limplication des acteurs du mode récurrent exprimant le point de vue de lutilisateur des services à la frontière entre conditions de fonctionnement et interfaces homme/machine. Modéliser au niveau de lentreprise cest documenter les taches faites par lhomme ou lordinateur, clarifier le vocabulaire, ordonner le langage, définir lorganisation en terme de misions et de responsabilités. Lurbanisation est une approche globale de lentreprise (qui identifie les grands domaines, activités de lorganisation) basée sur un socle sémantique (le référentiel identifiants et nomenclatures) et le modèle des processus.
Dans de nombreuses organisations, la modélisation est considérée comme une pure spéculation intellectuelle sans intérêt opérationnelle. Néanmoins la modélisation a deux buts majeurs : sur le plan intellectuel elle permet de partager une représentation du fonctionnement du système et sur le plan technique cest la première étape de construction. Le modèle doit donc à la fois être approprié à lentreprise et être approprié par lentreprise. Le besoin de modélisation est alors dautant plus fort que le contexte est évolutif et devient indispensable pour rendre le SI adaptable ou flexible. La modélisation métier est indispensable lorsquon informatise le cur métier de lentreprise ou lorsque lentreprise possède des expertises et des savoir-faire rares et pointus
Chapitre 14 Vers la maturité
Lorganisation nest pas lorganigramme mais ce dernier est la représentation du compromis managérial. Il traduit la culture de lentreprise (Culture dingénieur Production/commercial, culture médiatique Finance/Communication
). Il faut le connoter pour le rendre utilisable ajouter des poignées aux concepts pour les rendre actionnables. Mais les concepts fondateurs sont très difficiles à expliciter et relèvent dune démarche dethnologue prospectiviste. En effet dans la maison-entreprise les activités réalisées par les différents métiers sont le résultat dune fossilisation stratifiée des couches géologiques formées dhabitudes, de rites, de méthodes, d outils et de logiques figés dans le temps par les us et coutumes dont tout le monde saccommode très bien dont seul le danger proche peut expliquer la remise en cause.
Rétablir des points de repère
Du coté de la maitrise douvrage, la partie immergée de lorganisation incarnée par le SI nest perçu que par lintermédiaire de lécran. Cette intermédiation pose des problèmes dinterprétation car il faut avoir lil exercé pour découvrir déceler là ou réside la gabegie intellectuelle, la laideur conceptuelle et les lignes de force usées et devenues obsolètes. Peu de personnes sont capables de percevoir les défauts et les vices cachés dune conception de systèmes informatiques. Les MOA sous-traitées et sous pression manquent de pertinence et les éléments fondamentaux dorientation, les points de repère fondateurs se perdent dans le flou organisationnel. Le processus de décision des arbitrages métiers est alors plus symbolique que rationnel. Il sétablit à la charnière entre le monde de la stratégie et le monde de lingénierie où seuls les dysfonctionnements perçus révèlent les faiblesses dun système dinformations invisible et mal conçu bien quomniprésent.
Du coté de la DSI la position est schizophrénique. En effet sous le terme de DSI se cache en réalité un Janus à deux faces : coté pile les besoins des métiers de lentreprise et coté face loffre technologique. Le grand écart est permanent : dun coté une plateforme technique doit fonctionner tous les jours sans défaillance tout en absorbant les changements et les progrès technologiques et de lautre les métiers posent sans cesse des problèmes de cohérences sémantique et dalignement stratégique. Les DSI sont donc en crise : crise de nature, crise de reconnaissance alors que leur puissance dans les organisations na jamais été aussi importante. Les DG qui ne sont pas familières avec les SI et pensent souvent se débarrasser du problème informatique en fourguant à un tiers le bébé leau du bain et laprès rasage de belle maman. Bien que la question de savoir quelles sont les activités et taches devant être réalisées en interne est dune importance majeure les réponses apportées, par leur manque chronique de mise en perspective et de questionnement profond, sont marquées du sceau de la grégarité et leffet mimétique issu des bons tuyaux entre amis bien intentionnés et très souvent très intéressés, des coteries de fournisseurs vendant des contrats dexternalisation juteux par des commerciaux grassement rémunérés mais créant des problèmes insurmontables à la fois chez lexternalisé et lexternaliseur. La difficulté pour le DSI est dobtenir le meilleur de corporations de spécialistes et dexperts souvent antagonistes couplant approches métiers et approches techniques. Mais quelle que soit les qualités dune DSI, le problème reste lévaluation dun SI. Comment vérifier quun SI est de qualité ? Quelles sont les pierres de touche permettant de déceler sa maturité (qualité du poste de travail, pertinences des tableaux de bord des dirigeants ou des managers opérationnels, respect des normes ITIL
) ? La difficulté est encore un positionnement spatial, c'est-à-dire dassimiler le passage macrocosme microcosme ou plus prosaïquement le domaine de la spécification générale de la spécification détaillée, de distinguer le gros uvre des finitions.
La maturité des entreprises des organisations et leur capacité dassimiler les TIC et la conception des SI, sera le grand défi du XXIème siècle. Si les SI utiles présentent tous les mêmes caractéristiques (système urbanisé permettant de trouver léquilibre entre stabilité et changements, vie courante et projets) force est de constater quactuellement aucune approche rationnelle ou empirique ne nous permet détablir aisément ce point déquilibre global du SI au delà des optimums applicatifs locaux.
PARTIE 5 : Linformatique dans le fonctionnement
Chapitre 15 : Economie de linformatique
La recherche du point déquilibre, latteinte de loptimum global sont les questions quasi métaphysique de léconomie moderne dentreprise. Malheureusement les enjeux macroéconomiques des TIC sont très mal connues et ceci pour deux principales raisons :au niveau microéconomique, lentreprise qui peine à clarifier son organisation a une très faible connaissance de ses coûts informatiques et de leur dynamique. La compréhension de la valeur générée par des technologies est encore plus floue. Dautre part, la trivialité des discours économiques (optimisation, maximisation du profit
) couplée à lindigence du discours managérial (business plan, création de valeur pour lactionnaire
) masquent le besoin de finesse et de discernement doù le paradoxe de Solow.
Dans ce contexte, lefficacité de linvestissement informatique se pose avec une grande acuité. Il faut revoir le SI sous langle dun capital et dun stock accumulé, « une intensité capitalistique » faisant apparaître de nouveaux critères pour évaluer une entreprise : critères premiers (qualité de lorganisation, du marketing et maîtrise de la production) et critères secondaires (qualité des produits, des compétences, de la direction, satisfaction du client, engagements financiers, satisfaction des créanciers et actionnaires).
Calcul économique
La maîtrise du budget informatique passe par des logiques très différentes : vision économique et vision comptable difficiles à concilier. En particulier pour évaluer le retour sur investissement Il est impératif de comprendre le phénomène dusure et dobsolescence dun SI ou dune application informatique. La durée de vie du logiciel dépend de son coût de maintenance qui croit avec lâge et le taux dobsolescence des applications qui dépendent de lévolution des besoins de lentreprise. Michel Volle propose pour évaluer la fonction de production dun SI de le découper selon trois couches régies par les cycles et logiques économiques différentes :plateforme physique, plateforme logicielle, programmes et applications
CHAPITRE 16 Pathologie de lentreprise
Lentreprise peut être vue sous différents aspects dont elle assure la synthèse et la cohérence : langle économique (facteurs de production, coûts, marchés .. ), langle juridique (propriété du capital, contrat de travail ..), langle sociologique (valeurs, légitimité, pouvoirs) Concevoir un SI cest rencontrer lensemble des phénomènes et représentations qui influencent les décisions et les comportements dans lentreprise. Lanalyse du système ne peut en aucun cas se réduire à lexamen dune seule facette. Plus le système est dynamique, plus lentreprise doit être perçue comme une trajectoire donnant la primauté à la qualité aux attentes aux valeurs modelées par les attentes et même linconscient collectif de lensemble de son personnel. Le SI sorte dhorloge biologique de lorganisation est chronologiquement dépend du cycle de vie de lentreprise. Le compromis managérial amène lentreprise à être conditionnée soit par une approche marché (marketing/client) soit sur son fonctionnement interne (management/organisation).
Ere des pionniers
Cest la période où lentreprise souhaite changer le monde avec des idéaux daventuriers le SI est alors souple et modeste
Ere des organisateurs
Les recettes de succès ont été transformées en règles en normes de comportements, détique de culture. Le SI se structure autour dapplications fédératrices.
Ere des financiers
Le temps des fusions approche. Pour contourner le manque dimagination au pouvoir il faut profiter de la rente financière, lidée fixe est à la croissance externe, le montage financier, labsorption, la fusion.. Le SI devient un grand organe de contrôle financier sclérosé coûteux en accumulant les dysfonctionnements nés des systèmes hétérogènes et de lintégration incomplète des organisations. La DSI et linformatique deviennent des problèmes.
Ere des prédateurs
Les corporatismes, le clanisme, les luttes tribales règnent en maître. Le partage du gâteau avant labime attise toutes les convoitises, le temps des mercenaires et des condottieres est venu. Le SI devient lenjeu de toutes les luttes, le consensus nécessaire à son développement est impossible, il sossifie, totalement couturé de tous cotés. Le déclin est inéluctable.
Lentreprise malade de son management
Les styles de direction caractérisent aussi les différentes étapes de ce cycle de vie de lorganisation. En effet les valeurs modèlent le format de distribution des pouvoirs proposant le système des caciques, une logique rationalisée par la comptabilité ou des visions organiques transverses liées aux processus. La légitimité du décideur se situe au niveau de larbitrage entre ces différentes forces centrifuges de lentreprise. Pour Michel Volle, quatre pôles de légitimité marquent le décideur moderne le Politique et la gestion de limage de marque, lAdministratif et lorganisation du contrôle, lexpertise professionnelle des Métiers de lentreprise et lInformatique
Ladministration (ou le management) des organisations est le grand malade de lentreprise. Les SI de mauvaise qualité en sont les symptômes les plus évidents. Nombrilisme et féodalisme entraînent une mauvaise qualité des référentiels. Le manque de compréhension du SI par les experts en charge de soigner lorganisation (sociologues, juristes économistes
) ajoutent aux maux opérationnels. Ces derniers jaloux du pouvoir de levier des TIC quils ne maitrisent ni ne comprennent rendent très difficile la dialectique positive indispensable entre les constructeurs et usagers du SI. Le DSI apparaît alors plus comme un potentat dont le pouvoir dépend de la taille de son budget. Il est considéré comme lauxiliaire ancillaire des métiers et de ladministration de linformatique et a beaucoup de mal à imposer sa logique économique et sa cohérence dans la durée. Le DSI doit concilier ses deux hémisphères sinon il court le risque dhémiplégie : coté gauche la plate-forme technique, la rigueur, la physique de lentreprise et coté droit la conception, la vision prospective, le langage et la physiologie de lentreprise La clef du succès est dorganiser la symbiose et léquilibre entre ces deux facettes complémentaires.
Besoin de sapproprier les sciences de linformatisation
Les métiers au cur du savoir faire de lentreprise éprouvent également les plus grandes difficultés pour communiquer en dehors de leur quotidien et pour formaliser les bases de leur discipline. La capitalisation passe la formalisation du savoir métiers et leur modélisation. Cette phase de consolidation des savoir-faire est souvent bâclée car trois étapes sont indispensables pour dapproprier lorganisation et son SI : maîtriser lexistence de solutions techniques, comprendre le comment ça marche, savoir se servir des technologies. Il faut à la fois définir le modèle de représentation et dimensionner la plateforme technique ce qui suppose une capacité à anticiper le plan de charge ainsi que le comportement des futurs utilisateurs. Ceci nécessite une phase danalyse et dassimilation des problèmes et des solutions que peu de personnes et en tout cas rares sont les dirigeants et les sponsors impatients qui en soupçonnent lutilité élémentaire. Ce qui semble si évident à un praticien chevronné est incompréhensible pour le dirigeant vivant dans un microcosme sans inertie ou les velléités du prince font office de possible.
La compréhension des phénomènes réels passe également par la maîtrise doutils additionnels de simplifications et de synthèse. Comprendre les sciences statistiques facilite la conception et linterprétation de tableaux de bord pertinents, la lecture de courbe de ventes. Lanalyses en composantes principales et autres disciplines issue de la recherche opérationnelle permettent de structurer de la réalité dun secteur, dune organisation. Pour Michel Volle ne pas maîtriser les sciences et technologies qui supportent laction et la prise de décision (sciences statistiques, recherche opérationnelle, informatique) cest être incapable danalyser rigoureusement les phénomènes globaux, dextrapoler les études de cas particuliers contextuels et de questionner les présupposés issus de sa sphère dexpérience personnelle toujours parcellaire.
Lentreprise en crise
.
Les crises sont liés à des incidents et dérèglements répétitifs dont les causes sont communes à de très nombreuses organisations. Le processus de décision est mal défini avec lusage abusif du pifomètre arbitraire sans intuition fondée sur la précision des faits et des statistiques. Les missions sont mal définies ou à contre emploi. La recherche systématique du bouc émissaire (fingerpointing) inhibe velléité dinnovation. Le langage est dévalué, miné par un vocabulaire incertain, jargonnant et une langue de bois omniprésente employant des superlatifs sans fondement. Lorganisation perd son sens et son âme et la tyrannie du pragmatisme masque une imagination stérilisée et une vision atrophiée. Les dirigeants confondent comptabilité et économie. L « éthique » de la communication privilégie limage médiatique et la propagande à lexpertise. .La culture du non dit simpose sans partage avec ses adages du « pas de vagues » au « pas vu pas pris » en passant par « après moi le déluge » qui favorise un management autiste et court-termiste valorisant la stratégie de la renonciation. La volupté du pouvoir ne réside plus dans la prise de décision partagée mais dans la jouissance de larbitraire.
Michel Volle propose de proposer une stratégie des petits pas, des petites étapes loin des triomphes éclatants mais éphémères, le pointillisme systématique diffusant le progrès par petites touches les petits bonheurs du quotidien. Mais peut-on réellement changer de paradigme, transformer nos organisations et notre rapport au travail sans bouleverser les certitudes sans révolutionner les points de vue et régénérer des peurs et angoisse séculaires ? La précision, la concision, le retour de lefficacité du langage simple et modestie tracent une voie homéopathique de la recherche de pureté de patience.
6. CONCLUSION : comment vivre avec lautomate
Lautomate, comme tous nos artefacts, a profondément modifié nos rapports à lenvironnement, lespace le temps. Les institutions si difficilement élaborées sont devenues obsolètes et mènent la lutte plus pour leur survie que pour servir. Linformatique est devenue lesperanto de lentreprise. Cest au niveau du langage et de la communication que ce trouve le nud gordien. Il faut passer de la description du langage descriptif au langage opératoire. Cette pensée pratique orientée par laction doit être abstraite et polysémique c'est-à-dire articuler plusieurs couches structurelles de langages. Les langages de programmation, lart de lalgorithme, les systèmes dexploitation et larchitecture sont les disciplines clefs de la science informatique mais les souffrance de lapprentissage doivent nous rappeler les vertus indispensables pour réenchanter notre environnement économique : travail, abnégation, modestie et solidarité.
Comment réconcilier lhomme et lautomate et retrouver la connivence nécessaire ?
Dans un premier temps il faut intégrer la dimension SI dans la stratégie générale de lentreprise ; c'est-à-dire développer une vision analytique pertinente du rôle de linformatique dans les organisations en comprenant le processus dinformatisation ce qui passe par la modélisation des relations entre EHO et APU et exige la maîtrise de labstraction. Apprendre à vivre avec lautomate devient un objectif à la fois individuel et collectif. Il nous faut apprendre à concevoir nos prothèses au niveau des individus, des entreprises et de la société toute entière. Lautomate est sans intention il transforme le monde en déplaçant les frontières du possible. Il pose simplement la question de la cible. Que voulons-nous faire de nos entreprises ? Comment les rendre plus efficaces ? En modifiant le contenu et la division du travail, il nous oblige à trouver de nouveaux équilibres : équilibre de léchange, équilibre de la coopération, commerce de la considération.
Malgré notre adoration hypnotique pour la violence, la force, la beauté du tueur et la prédation symboles dactions déclat, la société de linformation nécessite léchange équilibré où lautomate reste un outil neutre nous apportant sa puissance pour lépanouissement de lhomme ou son asservissement.
7. Discussion et critiques
Petit guide de savoir faire et savoir-vivre
à lattention des élites mal comprenant
« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux. » HYPERLINK "http://www.maphilo.net/citations_marcel-proust-140.html" Marcel Proust
Introduction
Avant tout, remercions Michel Volle pour cet ouvrage salutaire qui permet de clarifier et délucider cette science naissante des systèmes dinformation mais déjà si mal comprise et si fortement controversée. Néanmoins, au nom de tous ceux qui pensent que la lecture de quelques chapitres de « De linformatique » participe à une meilleure digestion après labsorption dun pack de bière durant un match de léquipe de France de football suivi par lépreuve intellectuelle que représente la compréhension du discours sibyllin du grand Raymond, nous pardonnerons à Michel Volle quelques redites récurrentes qui ont pour vertu de rappeler les principes philosophiques soutenant lépistémologie du génie informatique mais qui ne facilitent pas toujours la recherche de sa page après un endormissement subit. Une astuce simple pour retrouver cette page si palpitante cest lusage du marque-page en fer forgé version rasoir doccam, concept un peu lourd demploi mais qui posé entre Parménide et Thomas dAquin matérialise joliment cette si foudroyante pensée de Kant qui vous a plongé dans un sommeil semi comateux.
Autre remarque stylistique, Michel Volle ne peut sempêcher de retrouver les joies juvéniles des classes préparatoires scientifiques, le temps béni où lintégrale sentait bon le Biactol et lacné adolescent, les premiers émois pour Evariste Gallois (le Bolivar de léquation polynomiale, le Che Guevara de lintégrale triple) et sa voisine du premier rang. Quelle volupté nostalgique de retrouver cette période bénie de la découverte un peu puéril de la puissance formelle des mathématiques qui ravissent le micro-économiste esthète et le sociologue positiviste ! Joie ineffable qui permet de démontrer consécutivement la conjecture de Goldbach, le monopole naturel et la quadrature du cercle. Loin de la sécheresse formelle de la pensée philosophique, quil est bon de retrouver les certitudes et la puissance évocatrice de ces gracieuses courbes et équations qui embellissent si aimablement les doctes thèses de la puissance magique irréfutable de symboles mathématiques sublimes, de cette incantation chamanique si propice à convaincre le béotien le plus récalcitrant.
Plus sérieusement, si la caricature de lingénieur économiste mathématicien philosophe positiviste est facile, reconnaissons à Michel Volle dintroduire de façon très synthétique labsolue nécessité, si lon veut disséquer les liens entre lautomate et lhumain, de réintroduire des notions philosophiques humanistes indispensables à la compréhension de la période contemporaine source de confusions programmées et dinjonctions paradoxales déstabilisantes Les luttes dinfluence, de frontières, les cicatrices laissées par les spécialistes de la restructuration, les coups de bistouris des chirurgiens du « cost killing », les effets collatéraux des cabinets de consultants, les boursouflures des discours lénifiant du marketing des fournisseurs, les promesses jamais tenues, la sueur pour stabiliser les plate-forme techniques souffrant de rhumes de cerveau chroniques, la métis et les ruses tactiques des apprentis machiavel, les rêves paranoïaques dempire au Sahara ou de châteaux en Espagne des industriels du sucre, toutes ses péripéties, toutes ces incuries sont autant de vestiges fossilisés ancrés dans les couches géologiques des SI de lentreprise et expliquent ces référentiels mal conçus, ses applications incohérentes, ses silos informationnels déconnectés du reste de lentreprise.
Nous allons reprendre les différents points de points de vue des ethnotypes qui modèlent par leurs représentations le système dinformation de lentreprise, théâtre où se trame lintrigue et se déploie le jeu des différents acteurs. Pour exprimer le gouffre séparant les champs de signification et dinterprétations, nous avons choisi pour reprendre lexpression dHorace « de joindre lutile à lagréable » en décrivant sur le ton du conte et de la fable, lesthétique carnavalesque des masques et des tragicomédies qui se tissent autour du concept de système dinformation. Bien évidemment satire et caricature nont comme but que de mettre en lumière des comportements excessifs très loin de la réalité des faits.
INCLUDEPICTURE "http://www.dechetcom.com/comptes/jcamille/pleure_rire.jpg" \* MERGEFORMATINET
Horace L'Art poétique ou Épître aux Pisons
[334] La poésie veut instruire ou plaire; [335] parfois son objet est de plaire et d'instruire en même temps. Pour instruire, sois concis; l'esprit reçoit avec docilité et retient fidèlement un court précepte; s'il est trop plein, il laisse échapper tout ce qu'il a reçu de trop. La fiction, imaginée pour amuser, doit, le plus possible, se rapprocher de la vérité; elle n'a pourtant pas le droit de nous entraîner partout où il lui plaît, [340] par exemple devant une Lamie qui retirerait de ses entrailles un enfant vivant qu'elle vient de dévorer. Les vieillards ne veulent pas d'un poème sans enseignement moral; les chevaliers dédaigneux ne vont pas voir un drame trop austère; mais il obtient tous les suffrages celui qui unit l'utile à l'agréable, et plaît et instruit en même temps; [345] son livre enrichit Sosie le libraire, va même au delà des mers, et donne au poète une notoriété durable.
Du coté des dirigeants, des gouvernants, des élites et des hauts potentiels
Du coté des dirigeants, nos héros convulsifs, ces surmales des temps modernes, la perception des sciences de linformation se limite souvent à lusage daccessoires et gadgets électroniques Pour Michel Volle le rôle du dirigeant, du stratège est de penser laction ce qui dans nos organisations actuelles passe nécessairement par une réflexion approfondie sur les systèmes dinformations et leur adaptation aux contextes incertains. Encore eut-il fallut que nos élites comprissent lIT ou que la technologie ne serve pas de faire valoir idéologique aux dirigeants ou aux politiques.
Dans lorganisation de monsieur tout le monde, la décision repose plus sur la peur ou le déjà fait ailleurs que sur des analyses préalables des résultats factuels. En effet les données objectives modifient la structure du pouvoir en mettant à mal tout principe dautorité basé sur lomniscience présupposée due à une position hiérarchique élevée. Cest ce principe dinfaillibilité du chef qui rend toute vérité contredisant la pensée hiérarchique politiquement incorrecte et qui fait que les données et études produites toujours conformes au préjugées initiaux des décideurs. La capacité détonnement source dinnovation et douverture desprit portée par des analyses sortant des sentiers battues est alors battue en brèche. On ne montre que ce que le pouvoir souhaite voir, lorganisation « alignée » se fabrique ses propres illères !!!
Le dirigeant français typique ne semble pas réellement connaitre lentreprise. Il est issu dun milieu social, dune culture où le culte de linfaillibilité de la caste élue ne crée pas terreaux favorable à linnovation. Lhéritage culturel du dirigeant français tient énormément à lEglise et au dogme séculier permettant daffronter léternité se caractérise par la sacralisation du pouvoir hiérarchique et sur la grâce inspirée par le saint esprit et accompagnée par la liturgie pastorale des courtisans. Alors que nos dirigeants obnubilés par lentreprise américaine support économique de la pensée protestantes puritaine accusent létat français de rigidités étouffantes ils oublient de renforcer nos valeurs, nos points différentiant en évitant de copier en plus mal dautres cultures et en désacraliser le veau dor pour fonder une réelle stratégie.
Comme dans toute approche scientifique expérimentale, pour saisir les rôles et les fonctions des acteurs majeurs animant un SI, plutôt quun long discours nous allons analyser un exemple de terrain pratique.
« Lart du franchissement des difficultés : le cas de la Bonape Sarl »
Etude de cas : Harvard Business School
Année 1812 Vol. 111546 p 4 4-50 Actes du Colloque de Moscou 26 novembre 1812
Amphithéatre Henri Viard
Rappel des épisodes précédents. Léon Bonape grandissime dirigeant dune multinationale règne sans partage sur un empire de camions frigorifiques. Mais la concurrence fait rage les « déménageurs Brittons » de Wellington Ltd assurent déjà le transport du saumon fumé écossais en Norvège et ont le monopole de la morue de régime au Portugal. De plus il a récemment du se passer des services de son ancien DSI Duc Dengh Yen soupçonné davoir passé une alliance avec les Conserveries de la Baltique du Grand saptrape Blücher de Walldorf partenaire des transporteurs de Coblence de Louis Lecèze concurrent malheureux de Léon. LEbit dérive, le bilan chancelle, lactionnaire simpatiente, il neige, bref la crise enfle. Les troupes vont souffrir.
Acte 1 : Le recrutement de M. de Grouchy
Dans les périodes difficiles le SI devient stratégique. Un choix pertinent du successeur de lancien DSI Duc Dengh Yen simpose. Léon Bonape réunit donc son grand Etat-major : Le Baron Fouché de Schulewebmeister DRH et responsable de la communication institutionnelle, le Prince Murat-Lesgrosbras Directeur de la Supply Chain, le Maréchal Pas-Neyt Directeur des Ventes et du marketing, Accentué de Tallleyronds Ministre des Relations extérieures et le petit Nicolas dEtretat (en souvenir de Lupin) de Ponzy (en souvenir de la campagne dItalie) Grand Argentier de lEmpire, spécialiste en cavalerie et en pyramides financières (souvenir de la campagne dEgypte).
Le projet ERP BRZNA (Etretat-Roscoff-Plougastel) est prêt. La roadmap est excellente. Les logisticiens de chez Von Clausewitz des Conserveries de la Baltique vont apprendre ce que cest que linformatique stratégique.
Reste à trouver le grand architecte patron de la MOE.
Léon Bonape
« Le choix est délicat. Reprenons nos grands principes stratégiques formalisés par Peter Jomini. Il nous faut nommer comme DSI un incompétent notoire qui na pas le sens du possible ni du ridicule. Ainsi on pourrait lui demander nimporte quoi et en bon béni oui-oui il ne sera dans limpossibilité de refuser. Pour reprendre la formule du général Audiard « les cons ça ose tout, cest même à ça quon les reconnaît »..
Fouché de Schulewebmeister
« Sire ce Monsieur de Grouchy sera parfait. La classe mondiale... Peut-être même le champion du monde . Il a une belle tête de vainqueur. Il est de la caste des Rastignac invertébrés. De plus il est certain dêtre lun des nôtres et davoir le sang bleu : il a lu toute luvre à colorier de Jeff Koons. Nous tenons là notre champion du monde cest un vrai ! Organisons un dîner ou plutôt un souper avec M. de Talleyronds. »
Acte 2 lexhortation des braves
Ayant brillamment réussi lépreuve décisive du dîner, M. de Grouchy est intronisé Grand DSI en chef fonction qui outre le prestige du commandement lui confère également dimmenses responsabilités en cas de déroute. Léon Bonape en organisateur avisé féru de littérature managériale et expert en art de motiver le personnel lui adresse la harangue suivante :
- Allons de laudace, encore de laudace, toujours de laudace, Monsieur de Grouchy vous nallez pas nous refaire le coup de la vitesse de la lumière. Il faut faire plus vite. Nos marchés, nos actionnaires, nos clients
(à remplacer par la formule appropriée au contexte) nous attendent. Soyons réalistes demandons limpossible. Au moins si le résultat nest pas là personne ne nous reprochera de ne pas avoir su être exigeant avec la piétaille. Il faut remuer le grognard. Désaper le sapeur. Et puis on nest jamais à labri du miracle et que « tout tombe en marche » dans le timing et le budget prévu.
- Mais Sire nous navons pas le temps pour faire une campagne de qualité ni construire une infrastructure solide. Ne risque-t-on pas un accouchement prématuré du projet ? Je pense quun gel temporaire ou un moratoire serait plus prudent.
- Diantre exhorter les troupes. Poussez la conscription volontaire. Trouver les bénévoles. Renforcer le mercenariat. Que diable, je vous laisse la liberté de tous les moyens qui ne me coûteront rien. Apprenez quil n'est HYPERLINK "http://www.citations.com/litterature-et-pas/citations-et-phrases-celebres-pour-pas-385-.htm" pas de HYPERLINK "http://www.citations.com/litterature-et-probleme/citations-et-phrases-celebres-pour-probleme-878-.htm" problème dont une HYPERLINK "http://www.citations.com/litterature-et-absence/citations-et-phrases-celebres-pour-absence-4-.htm" absence de HYPERLINK "http://www.citations.com/litterature-et-solution/citations-et-phrases-celebres-pour-solution-513-.htm" solution ne finisse par venir à bout. Depuis quand ne peut-on plus faire un enfant en 3 mois avec 3 femmes ? Vous le pouvez car je le veux.
- Mais Sire nos grognards auront-ils une prime sils réussissent ce prodige ?
- Allons soyons un peu concret, il faut être pragmatique. Surpassons nos inhibitions ancrées dans la rigidité de vos cerveaux timorés. Être payé pour le travail réalisé mais cest une idée darrière garde. Allons de lavant et soyons modernes, un peu de courage que diable laissez là ces méditations intellectuelles abstraites, ces rigidités et ces archaïsmes, Retroussons nos manches et scions la branche sur laquelle vous êtes assis. Reprenez en main vos équipes que dailleurs je ne vois plus beaucoup à la tâche ces temps-ci. Hier soir (ce matin, ce week-end remplacer par lexpression consacrée
) jai traversé vos bivouacs. On ne peut pas dire que ça se bousculait au boulot. Que faisaient donc M. Kléber et ses collaborateurs ? Ah oui joubliais que nous les avons délocalisés au Caire. Néanmoins ny aurait-il pas un problème de motivation M. De Grouchy ? Etes-vous réellement lhomme de la situation ? Sachez Monsieur de Grouchy que HYPERLINK "http://www.citations.com/citations-motcle-absence/henri-queuille/absence-la-politique-ne-consiste-pas-a-faire-taire-les-problemes-mais-a-faire-taire-ceux-qui-les-posent--4-306360--.htm" la politique ne consiste pas à faire taire les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent. Bref mon brave au boulot, je compte sur vous pour agir ».
Acte 3. la stratégie de M. de Grouchy
Dès sa nomination, se sachant condamné par avance, M. de Grouchy se posait la question métaphysique de la durée. Comment être perpétuellement en retard sans en assumer la responsabilité ?
Heureusement grâce aux arguments sommaires et les discours trompeurs de M. Accentué de Tallleyronds et sa sainte ligue de diplomates aguerris, le miracle semblait faisable avec un peu dadresse et à condition de bien identifier dès le début les futurs boucs émissaires.
A cet effet, Accentué de Tallleyronds lui remit le testament posthume de M. Duc Dengh Yen sous forme de trois enveloppes scellées.
La première enveloppe contenait un conseil simple : charger la mule et mettre lensemble des dysfonctionnements sur le compte de lincurie de son prédécesseur puis identifier un grand projet en rupture avec le passé connu.
Mette en place un ER, externaliser, délocaliser, refondre le SI (les plus audacieux mélangeant les 4 options du SI macédonien en prenant grand soin de choisir les bons condiments et le cabinet davocats adéquat). En résumé, moderniser tout le SI devenu obsolète.
Après quelques dizaines de millions deuros et un an plus tard, les retards et surcoûts sétant accumulés les besoins ayant changés il sera temps douvrir la seconde enveloppe.
Sur la seconde enveloppe il était indiqué de mettre lensemble des dysfonctionnements sur le compte de la conjoncture et de la mauvaise volonté ou lincompétence de boucs émissaires opérationnels préalablement sélectionnés (de préférence les maillons faibles ou les candides). Ne pas hésiter à stigmatiser les errements des directions métiers et la conjoncture économique mouvantes. Mais pour, sans perdre la face, faire linverse du plan initial il est indispensable de lâcher un peu de leste et offrir quelques têtes à la vindicte directoriale (un adjoint zélé mais mal comprenant, un chef de projet incompétent, un éditeur de logiciel filou
). Avec une bonne dose de chance et lobstination qui fait de vous un leader incontesté, vous aurez réussi à déstabiliser lancien système qui fonctionnait relativement correctement depuis 15 ans sans livrer aucun logiciel réellement opérationnel.
Là éclatera votre génie car vous deviendrez indispensable. Plus personne ne comprendra plus rien. Les anciens ne reconnaîtront plus le système dont vous aurez pris grand soin damputer de ses fonctions de base. Les nouveaux systèmes inopérants enregistreront défaillance sur défaillance mais vous aborderez sereinement les 2 prochaines années à corriger les montagnes de bugs auto reproducteurs, à faire du développement spécifique autour de lERP et ré internaliser les équipes délocalisées. Et puis bientôt un bon gros web 8.0 permettra de résoudre par magie tous ces soucis, cest du moins ce que vous garantira sans sourciller un célèbre cabinet de consultants.
Si malgré tout votre Art, linéluctable survient alors il ne vous restera plus quà ouvrir la troisième enveloppe qui indiquera comment préparer 3 enveloppes pour votre successeur puis votre fuite à Coblence. Grâce à son réseau, Accentué de Tallleyronds vous garantira lasile politique et limpunité si bien évidemment vous lui avez confié moyennant finance la réalisation des projets de « modernisation » du SI .
L'EXPIATION
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.Pour la première fois l'aigle baissait la tête.
Victor Hugo, Les Châtiments, V
HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Berezyna.jpg" \o "Napoléon traversant la BérézinaHuile sur toile de January Suchodolski, 1866, Musée national de PoznaD" INCLUDEPICTURE "http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d9/Berezyna.jpg/300px-Berezyna.jpg" \* MERGEFORMATINET
Le scientifique et le décideur : la fable des esprits faibles
Pour le dirigeant contemporain, la question première est de savoir comment passer dune expérience individuelle à une vérité collective. Les sciences des grands nombres apportent aux politiques un arsenal doutils danalyse adaptés. Mais le politique, rompu aux alliances dalcôves, aux machinations de sous-préfecture, se trouve en très grandes difficultés devant les statistiques. En effet le politique, avec lesprit pragmatique qui le caractérise, amalgame rapidement rationalité statistique, probabilité, espérance, chance, vux pieux, promesses électorales, roue du destin, oracle pompidolien, prévision de Mme Soleil et autres sciences divinatoires. Dailleurs les aphorismes de superette (« les chiffres ont leur fait dire ce que lon veut » ou « les chiffres si on ne les a pas on les invente ») sont là pour rappeler le mépris affiché pour lobjectivité statistique. A leurs yeux la prospective devient le support rhétorique des conspirateurs du futur, lart du discours compensatoire, de lexplication à posteriori de la décision déjà prise.
Dans nos démocraties de masse, le grand public est submergé dinformations scientifiques sur les sujets allant des questions majeures pour lavenir du lhumanité au plus anodines (le réchauffement climatique, le nucléaire civile aux sondages de lIfop concernant la marque du dentifrice de miss France). La tentation est forte pour le politique, lexpert en relations publiques et autres faiseurs dopinion de tout poil de manipuler lirrationalité et la versatilité du peuple en appuyant leur démonstration sur des études et données statistiques élaborées pour justifier leurs intérêts clientélistes. Quoi de plus simple quune bonne analyse structurelle pour démontrer la non homogénéité des opinions et pour confisquer les choix démocratiques au nom du paradoxe de Condorcet. On comprend mieux alors le mépris affiché du politique envers les gardiens du temple des sciences statistiques ces empêcheurs denfumer en paix, ces esprits mesquins sans cesse rappelant larbitraire des hypothèses, la sensibilité aux conditions initiales, la non homogénéité des populations observées et autres billevesées dintellectuels qui fatiguent la ménagère de 30 à 50 ans impatiente de voter aux élections de la StarAc. Les données, les études ne sont pas présentées pour convaincre mais pour illustrer, dans le sens dornementer, le discours politique ou managérial. Il sagit de faire joli dans le sens de la beauté kitch et superficielle de la société divertissement (belle courbes aux couleurs vives, chiffres Arial police 75 en rose fuchsia pour faire comprendre la baisse de la hausse tendancielle. Lesthétique dune étude bien conçue, c'est-à-dire la beauté dune démonstration rigoureuse est sacrifiée à lautel du décoratif de mauvais gout du téléspectateur moyen souffrant de dépendance télévisuelle.
Cette approche de vulgarisation linformation prémâchée pour faciliter sa digestion est très bien traduite par Patrick Le Lay, PDG de TF1 :
" Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, cest daider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...).Or pour quun message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : cest-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, cest du temps de cerveau humain disponible (...). Rien nest plus difficile que dobtenir cette disponibilité. Cest là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où linformation saccélère, se multiplie et se banalise."
Pour le dirigeant, les sciences du traitement de linformation ne sont pas des moyens pour comprendre le collectif mais des leviers pour modeler les esprits en proie à de longs ennuis. Alors oui, frères dirigeants, lapidons ces esprits mesquins qui encombrent lesprit humain de théories, de concepts, de sciences et systèmes si austères et si peu divertissants. Haro sur les statisticiens, les informaticiens, les rationnels de tout poil et leurs outils sataniques qui voudraient nous dicter la voie. Lintellectuel pervertit nos organisations, séduit nos secrétaires et flétrit notre gloire. Reprenons en cur l'Éloge des intellectuels de François Fillon ou « Ballade des perdus ».
« Frères humains, qui après des informaticiens vivez,
N'ayez les curs contre les statisticiens endurcis,
Car, si pitié de ces pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis. »
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Du coté des technostructures, directeurs et autres managers opérationnels
Linformatique : le cookie proustien du manager
A lincompréhension latente de linformatique peut succéder la fausse compréhension dit contresens émotionnel à lévocation de souvenirs évanescents.
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Ainsi vous avez eu la bonne idée de personnaliser vos applications informatiques en choisissant de préférence un prénom féminin annonciateur de futures catastrophes ou de comportements erratiques cycliques. Katrina, Jeanne feront largement laffaire mais aujourdhui nous allons revoir les attentes et demandes autour de lapplication Diane. En choisissant un nom approprié on pourra ainsi susciter lintérêt et lémotion de certains managers et décideurs. Le premier groupe accordera des budgets pharaoniques avec le regard attendri des souvenirs juvéniles de cabrioles champêtres, leurs petits yeux brillants dune lubricité discrète à lévocation de leurs premiers émois pré pubère. Le second groupe refusera obstinément toute extension budgétaire en souvenir dune panne automobile mémorable un soir dhiver 70 au fin fond du Larzac. Dautres encore formuleront des attentes abyssales en souhaitant laccouplement de la carpe et du lapin, de Diane et du Workflow, du décisionnel opérationnel à quatre temps et son plan de versionnage, sa « roadmap » (Phase1 on livre le WorkFlou, phase 2 le WorkFou et on finira par une phase de stabilisation du WorkFaux qui deviendra stratégique si les petits cochons ne le mange pas).
Léchiquier de Machiavel à usage des technostructures :
A qui profite la fumée sans feu
Lentreprise cest dabord dans le meilleur des cas « lanarchie organisée pour reprendre la pensée de James March ou lempire des 6 royaumes combattants pour reprendre Sun Tzu. Cette balkanisation se traduit par des SI organisés par silos autour des centres de pouvoirs, les frontières et marches (référentiels, interfaces, processus transverses
) constituant les lieux daffrontement des logiques supportées par de puissantes technostructures. Dans le théâtre de Pirandello où le pastiche des potentiels en devenir côtoie le gang des postiches, lexamen des styles de direction suivant le cycle de vie de lorganisation apporte un éclairage puissant pour comprendre les enjeux autour des systèmes dinformation. Suivant ces différentes ères, le SI sera marqué au fer rouge par la pensée managériale dominante du moment allant de la pensée magique à la pensée cléricale. La pensée magique sappuie sur les arguments dautorité et est adossée à la puissance déiste de lactionnaire matérialisée par le conseil dadministration force occulte mais omniprésente. Le style de management issu dune telle configuration est une soumission par la résignation collective. Le management opérationnel ne possède plus dans sa main invisible la destinée de lorganisation. Le destin de lorganisation se joue en dehors de sa vie réelle. Ce style sapparente à une main mise complète sur lorganisation (souvent issue de prédation ou OPA hostile). Du coté main visible des managers, la pensée cléricale des Directions financières est souvent couplée à la pensée sécuritaire qui impose à chacun par un management basé sur la terreur, les principes de prudence et de précaution, en justifiant linaction par lincertitude en stigmatisant la peur du vide et du chaos pour mieux renforcer les rentes à avantages du pouvoir en place. Les critères de légitimité du pouvoir en entreprise passent du trépied politique classique Raison Droit - Justice au quadripode Politique Administratif Métier Informatique. Cest ce dernier point qui pose problème. La réalité tend à démontrer que ce dernier volet de légitimité est lobjet de toutes les convoitises et son caractère indispensable masqué. Ainsi quoi de plus facile pour contester le pouvoir établi que de critiquer le fonctionnement chaotique dune informatisation dans lenfance de lart. Quoi de plus efficace que le poujadisme fédérateur emportant ladhésion des foules incultes malmenées qui stigmatise lordinateur et les techniciens qui sactivent autour du malade sans dévoiler la racine du mal qui nest souvent que le résultat des guerres intestines larvées entre des technostructures qui saffrontent pour les postes de directeurs exécutifs marquant le fossé entre les simples salariés et les très rares élus ayant gagné au loto. La Direction exécutive nest plus le résultat de la maturité ou du pourrissement de lentreprise mais plutôt lexpression de léquilibre très instable de la lutte des castes, des corporations ou des orientations nationalistes des technostructures en conflit. La baronnie féodale, la balkanisation pointilleuse, le coup de main, le retour dascenseur ne sont que les expressions de limaginaire des possibles de ses cadres qui délimitent en retour le champ des possibles, le champ du politiquement correct dans une perspective dévolution de carrière ou même de recherche dune tranquillité paisible. Cette emprise de lorganisation, du diktat de lorganigramme est imprimée dans les gènes de lentreprise au fin fond de son système dinformation. A celui qui doit décrypter la double hélice de lADN informatique du patient, les causes profondes des scléroses apparaissent être les pathologies inavouées du renoncement à lexplication, à la modélisation, à la compréhension, signe la victoire du pragmatisme mal compris loué par lesprit courtisan.
Dans cette lutte pour le pouvoir le DSI nest quun pion à affaiblir en choisissant un esprit influençable (pour éviter le syndrome Bonaparte) et en focalisant les frustrations collectives sur « le problème informatique » (dénigrer, dénigrer il en restera toujours quelque chose) et les dysfonctionnements résultant du chaos organisé. A qui profite le crime ?. A qui profite la fumée alors quil ny a pas de feu ? . Pour devenir Prince, il faudra tout dabord conquérir la DSI avec un rattachement direct, ajoutant à son sceptre et sa marotte numérique, un fou du roi inoffensif chargé de contrôler le seul levier efficace de transformation de lorganisation quest son SI avec sa force de police que sont les informaticiens. Contrôler le SI cest connaitre le comportement des toutes les autres directions, le taux de dysfonctionnements des entités les plus lointaines, les heures et la quantité de travail produites par le moindre département le plus éloigné enfin davoir une vision à peu près pertinente sur les résultats financiers de la moindre filiale. Pour reprendre Spinoza le Pouvoir nest pas la Puissance. Dans lorganisation moderne, seule linformatique confère la puissance. Comment mettre lexpertise technique au service dIznogood, cet archétype du cadre carriériste, le Rastignac moderne.
Les différentes natures du SI et les théories organisationnelles supportant les innovations en termes dinformatique ne peuvent se comprendre sans analyser la pensée technocratique qui sous-tend son déploiement. On ne peut pas parler dinformatisation homogène des organisations mais en comparera les innovations et orientations de linformatique de gestion, linformatique de production, le décisionnel, les systèmes danalyse et de support à la vente
en substituera au terme SI dentreprise les termes de SIs Métiers interdépendants. Les directions métiers de lentreprise ont un prisme danalyse du SI très structuré par les modèles et les idéologies dominantes dans leur spécialité professionnelle. Par contre tous saccord sur le formidable levier en terme de réduction deffectifs que représente le SI ce qui tombe bien car souvent ça résume leur pensée stratégique et çà fait plaisir à la corbeille Lincertitude et lasymétrie des positions des acteurs (dotations initiale des expertises, capacités de traitement des informations
) sont les essences même du pouvoir. Lentreprise est perçue comme un vaste système de négociation où le SI est la matière du contrat managérial qui unit ou désunit les alliances. Il est le centre de toutes les négociations les Yalta inter directions pour aboutir à la détermination dune concentration des pouvoirs aux mains dune oligarchie cooptée agrégeant les coopérations conflictuelles des différentes corporations. Linformatique est alors tour à tour vue comme une carte principale, un territoire à partager, une source dintelligence économique, une monnaie déchange dans un jeu subtile ou la domination hiérarchique directe nest pas nécessairement lunique moyen pour exercer le pouvoir..
Linformatique et le tablier du pouvoir dans lentreprise daprès le tablier des pouvoirs" de Pierre-Frédéric Tenière-Buchot. Ce texte est paru dans HYPERLINK "http://www.edicom.ch/temps/" Le Temps stratégique No 23, hiver 1987-1988. Avant de lire le corps même de cet article, familiarisez-vous avec les pièces du tablier des pouvoirs, et sachez que, dans ce jeu comme dans la vie, il faut savoir d'abord qui l'on est. Êtes-vous l'un des quatre pouvoirs principaux ?
SHAPE \* MERGEFORMAT Le Prince est le pouvoir le plus connu, le plus traditionnel: il a beaucoup d'influence sur les autres pièces du jeu, mais dépend très peu d'elles. Il a les principaux atouts en main: les autres ont beau dire et beau faire, il coupe le jeu quand cela lui chante. Le Prince ne reconnaît aucun autre pouvoir que le sien, ce qui évidemment exaspère les autres pouvoirs. Le Prince même s'il se dit progressiste ou révolutionnaire est par essence conservateur: il tire sa légitimité du passé.
Les Juges, par quoi il faut entendre tous ceux qui portent sur les actions d'autrui, des jugements publics et généraux, les Intellectuels, les Prêtres, essaient au fond de contrôler le Prince, de l'obliger à aller dans une direction qu'ils considèrent meilleure. Le crâne shakespearien utilisé ici pour les symboliser suggère les questions fondamentales que sans cesse ils posent et se posent (alors que le Prince lui décrète), et les lunettes noires, la portée réelle de leurs cogitations! Les Juges décident ce qui restera dans la mémoire collective; le Prince, pour entrer dans l'Histoire, a donc besoin d'eux. Ils négocient ensemble.
Le troisième pouvoir est celui des enjeux: la masse, le nombre, le peuple, le territoire. Enjeux, parce que convoités par le Prince, qui va exercer son autorité sur eux, et par les Juges, les Prêtres et autres Intellectuels, dont ils sont la clientèle nécessaire. Les enjeux, qui n'aspirent qu'à vivre en paix, en ont parfois assez d'être traités d'enjeux! Ils se révoltent alors renversent les pouvoirs qui les oppriment, et les remplacent aussi sec par des pouvoirs identiques, au nom près.
Le quatrième pouvoir est celui des représentations, de l'imaginaire, du signe, du fugace, du futile parfois, du rêve aussi: le pouvoir des Politiciens, des Journalistes, des Publicitaires, des Artistes. C'est un pouvoir qui reflète (et révèle, c'est pourquoi il est craint) les activités des autres pouvoirs; lui même ne crée matériellement rien, raison pour laquelle il est le plus libre des pouvoirs.
Ou l'un des six pouvoirs intermédiaires?
Les pouvoirs intermédiaires sont au service des pouvoirs principaux:
L'assassin a un pouvoir de liaison entre le Prince et les Enjeux: services spéciaux du gouvernement, contrôleur de gestion dans un groupe industriel, inspecteur général d'une administration, etc. L'Assassin terrorise les Enjeux, mais les tue rarement; son rôle est bien plutôt de les rançonner. L'Assassin assure aussi une information réciproque entre le Prince et les Enjeux: il joue d'autant plus facilement ce rôle d'ombre qu'il est en position d'intercéder pour les uns et les autres.
Le Diplomate est un personnage brillant au contraire. Il va trouver les Juges pour les convaincre des vertus du Prince, puis revient vers le Prince indiquant le prix qu'il doit payer pour le soutien des Juges. Dans ces allers et retours le Juge acquerra une personnalité double, et on finira par ne plus savoir pour qui il travaille. Talleyrand, Chamberlain, Kissinger.
Le Conformiste a pour rôle de rendre les choses conformes à l'ordre établi: en général au service du Prince, au titre de porte parole officiel, il s'évertue à juguler l'imagination malveillante des Journalistes et autres spécialistes des Représentations en leur communiquant avec autorité des informations aussi vides d'information que possible. Paradoxalement, en censurant les nouvelles vraies, il censure aussi les nouvelles fausses.
Reliant les Enjeux et les Représentations, le transmetteur émeut, étonne, pique des broutilles chez les uns pour épater les autres. Acteur léger, chroniqueur de l'inessentiel, il fait et défait le monde Spécialiste en relations publiques, en publicité, "conseiller en look", il est le maître à danser du réel, et l'indispensable accessoiriste du théâtre des Journalistes.
Le Déstabilisateur sème le doute dans l'imaginaire des Juges et des Journalistes, entre lesquels il navigue. Mélangeant réalité et fiction il proclame des demi-vérités fait courir des rumeurs, attise la propagande. Il cherche à rendre folles les autres pièces du tablier et y parvient parfois.
Le Terroriste est le pouvoir le plus violent du tablier. Il est l'exécuteur passionné des idéologies construites par les Juges et autres Intellectuels, contre la tiédeur desquels il se retourne d'ailleurs parfois. Au contraire des Assassins, il agit de manière gratuite et aveugle. Curieusement le Terroriste est le pouvoir le plus dépendant du système, pour lequel il nourrit une passion mauvaise qui le dévore
Du coté des intellectuels, organisateurs et autres sociologues :
Intelligence, artificiel, culture et confiture numérique
Lordinateur et ses capacités dapprentissage ont redonné vie à un grand nombre de fantasmes de lhumanité. Parlant dintelligence artificielle, de nombreux penseurs, philosophes et scientifiques se sont bercés dillusion par méconnaissance de la nature de lordinateur et du logiciel.
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Combien de thèses, douvrages qui dans la lignée des travaux de Von Neumann et de Turing autour de lintelligence artificielle ont exalté les métaphores biologiques avec le cerveau humain, ont humanisé les golems modernes pour terroriser le travailleur posté en fournissant un second souffle et une crédibilité nouvelle à son représentant syndical en mal de reconnaissance. Parler dintelligence artificielle cest tout dabord ouvrir les voies à une approche poétique ( « Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » Philip K. Dick) suivie dune réfutation cinglante du milieu scientifique (Popper) : à linterrogation de Turing « Est-ce que les machines peuvent-elles penser ? », Einstein répondra positivement de la même manière que « mon stylo est plus intelligent que moi ». Lordinateur possède moins « dintelligence » en propre que le vivant. Lhuître avec ses capacités dadaptation possède une forme dintelligence cognitive bien supérieure au silicium.
Lévolution selon Darwin
Le travail assisté par lordinateur (DAO, CFAO
) renouvelle lexpression du « rêve américain » ou le Prométhée moderne marquant lultime évolution de lhumanité : le cyborg fusion ultime du robot et de lhomme entre lêtre organique et la machine.
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Passée la mode des thèmes si nobles en soi que lintelligence et la pensée, force est de constater que le discours élitiste ambiant dévalorise le monde du matériel, de la technique, de la production pour ne promouvoir que les artistes des claquettes, managers et businessmen en tous genres. Penser la technologie ne mobilise plus lintelligentsia fascinée par la réussite économique et le monde des communicants. Ainsi trop souvent linformatique est employé de manière péjorative pour désigner de manière extrêmement réductrice son coté technique (on pourra à ce titre employer la terminologie de « technologie » pour être en phase avec lair du temps).
Alors que le Dr. Ian Malcolm beau gosse intéressé par la HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_chaos" \o "Théorie du chaos" théorie du chaos papillonne avec le flou et que la charmante HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Pal%C3%A9obotanique" \o "Paléobotanique" paléo botaniste Ellie Sattler est toute en émoi devant tant de Science, linformaticien de base, ce technicien autiste obèse nourri de pizzas, à lhumour douteux de potache dégénéré gère la plate-forme opérationnelle du gigantesque « Jurassic Park » que sont devenus nos organisations modernes et nos grands systèmes techniques.
Du coté des informaticiens et des ingénieurs :
Abordons ce monde si étrange des gardiens des organisations que sont devenus les informaticiens
Du rififi chez les linuxiens et les lillicomputiens : Chronique des guerres picrocholines
La direction générale vous a enfin trouvé un nouveau travail. Depuis des mois vous attendiez quun placard se libère. Cest fait vous êtes nommé DSI en récompense pour lensemble de votre uvre. Vous allez faire une grande découverte, vous pour qui linformatique était synonyme de bureautique et décrans bleus de Windows. En effet, linformatique pour son plus grand malheur cest aussi des informaticiens à gérer, avec leurs cultures, leurs rites étranges, leurs humeurs et leur humour.
Comprendre la dynamique, la cohérence, les incohérences de nos SI cest assimiler la sociologie des tribus informaticiennes, ses profils psychologiques si typiques, ses héros de village gaulois.
Tout un microcosme peuple nos systèmes dinformations, des dilluminati bavarois se réclamant des lumières et des systèmes Linux adorateurs de Minerve la déesse à la chouette et au pingouin, des gnomes de Zurich amassant leur rente à Redmond, des servants de Cthulhu le Grand Ancien maitre mainframien. Si la sociologie de linformatique est en crise, si nombreux sont ceux qui se demandent où peut nous mener la démarche actuelle, les informaticiens ont gardé en eux lévocation dun paradis perdu, une nostalgie mêlée damertume où les grands systèmes centraux dominaient sans partage le royaume des TIC splendides architectures tels les jardins suspendus de Babylone surpassant de plusieurs toises le monde brumeux et flous des sous bois peuplés de PC, portables, mobiles, et autres gobelins ténébreux. Là où règne la bonne galette, où la vente de fougasses explose, les fervents partisans du grand architecte, le gargantuesque chevalier blanc et bleu (traduction libre de laméricain big-blue and white knight) à lappétit insatiable, combattent les hordes fanatiques Picrocholines du lillicomputing cette micro délinquance où les groupies de Micromou et autres amateurs de pommes fustigent le méchant Léviathan.
Heureusement dans le vacarme des combats, lEglise de la science informatique a pu imposer la Paix de Dieu un mouvement spirituel de pacification du monde IT permettant de maîtriser l'usage de la violence dans la société de linformation. Un nouvel cuménisme est né tendant à promouvoir des actions communes entre les divers courants hérétiques IT qui affichent des différences doctrinales fondamentales.
SHAPE \* MERGEFORMAT Lobjectif visé est de sceller « lunité visible de lEglise technologique » (relation du Père et au Fils plus trivialement résumée sous le principe dinteropérabilité) et de rallier les différents grands gourous qui rivalisent dadresse pour obtenir le titre de Pape de lEglise IT (le célèbre « bozo le clown » award mensuel de la revue Infoworld). Le premier HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Concile" \o "Concile" concile HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/%C5%92cum%C3%A9nisme" \o "cuménisme" cuménique se tint donc à HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Nic%C3%A9e" \o "Nicée" Nice. Lensemble des canons et des crédos de lEglise unifiée furent regroupés dans un texte fondateur plus connu sous le terme de ISO HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/325" \o "325" 325 et ses annexes. Les grands prêtres de lISO furent très célèbres par le culte et le catéchisme absolutistes de la normalisation dogmatique aboutissant à de très agréables usines à gaz donnant lieu à des usines à gags en cas dimplémentation dans les systèmes dinformations réels. Ils diffusèrent tels des hosties dominicales, les bugs et les reboots de la nouvelle eucharistie technologique et tout plein de standards en veux-tu en voila qui font si savant devant la ménagère de 30 à 50 ans pour expliquer les difficultés à installer son tout dernier scanner au bifidus actif.
Malgré les intentions pacifiques, les guerres picrocholines perdurent et les positions des grands Bozo ne varient pas d'un iota. Nessayez jamais, simples mortels, de connecter la pomme de votre Ipod et la fenêtre de votre PC. Certains ont essayé mais ils ont eu des problèmes. Les plus tenaces errent toujours comme des âmes en peine dans les sous-sols de Surcouf armés de leur pince à sertir et rabâchant des formules incantatoires incompréhensibles «le fil rouge sur la pomme verte, le fil vert sur la fenêtre rouge».
Grandeur et servitude de lingénieur système
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Dans le vacarme des combats, dans ce Clochemerle hyper médiatisé, comme il est difficile pour lesthète du SI, lamoureux les langues formelles et rigoureuses, lamateur dhorlogerie suisse de faire sereinement la synthèse de sa discipline naissante et si transverse quest la science des SI et dendiguer les forces centrifuges véhiculées par le verbiage rhétorique ambiant, les besoins dusage flous, les spécialistes de la communication en entreprise qui subordonnent toute réflexion à limage du publicitaire et des marchands du temple. Pour comprendre la psychologie de notre valeureux esthète reprenons un témoignage anonyme publié sur Internet depuis quelques années et très révélateur du vague à lâme des professionnels de linformatique.
« Je suis ingénieur système »
« Je suis ingénieur système, je sais je ne devrais pas m'en vanter. Lorsqu'on me demande quel est mon métier il m'arrive de plus en plus souvent de répondre «je suis dans l'informatique». Cette vague formulation a au moins le mérite de m'éviter la lueur de haine méprisante qui apparaît instantanément dans l'oeil de l'interlocuteur le mieux disposé au simple énoncé de mes coupables occupations. Je suis lâche. La prochaine fois je répondrai tueur à gages, le relâchement des moeurs étant ce qu'il est, cela devrait moins choquer.
C'est un métier gratifiant à bien des points de vue, c'est vraisemblablement le seul où le néophyte total, celui qui vient d'ouvrir son premier carton d'ordinateur se sent en mesure de vous expliquer votre métier dans le quart d'heure qui suit le montage de sa bécane.
À ma connaissance conduire une voiture ne transforme personne en mécanicien, pas plus que raboter une porte ne fait de vous un ébéniste, mais taper sur un clavier fait de tout un chacun un informaticien. On n'arrête pas le progrès.
N'allez surtout pas croire que je veux garder pour moi les clés du savoir et en tenir éloigné le vulgum. Que je regrette le temps ou les ingénieurs système détenaient le pouvoir abrités derrière leurs incantations absconses. Nenni. Bien au contraire, étant d'un naturel assez paresseux, pour ne pas dire d'une fainéantise crasse, je préfère de très loin un utilisateur qui se débrouille sans moi. Mais je reste persuadé qu'informaticien c'est aussi un métier.
Par contre je regrette - parfois - le temps où le métier consistait à surveiller un Vax, ceux qui ont connu cela savent à quel point c'était reposant, ou alors à rebooter une station Unix tous les trente six du mois pour justifier son existence.
Avec l'arrivée des PC et surtout de Windows nous sommes entrés de plain-pied dans ce que l'on pourrait appeler l'ère du Chapelier Fou, c'est à dire l'irruption de l'irrationnel dans ce qu'il a de plus poétique et de moins maîtrisable au beau milieu d'un monde jusque là bien tenu. En vertu d'un darwinisme élémentaire il a bien fallu s'adapter. Aujourd'hui être IS dans le monde merveilleux de PetitMou, c'est être un hybride monstrueux, un mélange aussi subtil qu'indéfinissable de chaman, de Ménie Grégoire, de Dédé la Bricole, de Bobologue, de charlatan et de psychopathe.
Je ne remercierai jamais assez Bill Gates pour avoir transformé un métier relativement terne et basé sur une approche bêtement technique et rigoureuse des faits, en challenge quotidien, nécessitant une remise en question permanente à l'échelle du quart d'heure.
Quoi de plus stimulant sinon de savoir que résoudre un problème ne viendra en aucune façon enrichir ce qu'il est convenu d'appeler l'expérience, puisque le même problème nécessitera lorsqu'il se posera à nouveau une solution radicalement différente. On évite ainsi la sclérose intellectuelle consécutive aux automatismes.
Résoudre un problème nécessite une imagination à côté de laquelle le récit d'un trip sous champignons hallucinogènes pourrait passer pour le compte-rendu de l'assemblée générale des actionnaires de la Société Nouvelle des Aciéries Mouchabeuf. Le cartésianisme n'est pas un atout mais un grave handicap vous empêchant d'aborder les hypothèses les plus farfelues. Et il faut bien cela quand après avoir éliminé les causes raisonnables de dysfonctionnement vous êtes amené à envisager le reste, qui se situe généralement tout de suite entre les histoires de petit lutin et la quatrième dimension. La seule chose que je me refuse encore à pratiquer c'est l'imposition des mains et le voyage à Lourdes, plus par réaction de mécréant que par doute quant à l'efficacité des méthodes en question. Je sens qu'avec l'arrivée de Windows 98 il va me falloir opérer une révision déchirante quant à mes convictions profondes.
Quand je pense que certains recherchent les paradis artificiels, et que l'on me paye pour être en état perpétuel d'hallucination. La vie est bien injuste, allez.
Tout cela serait finalement bien monotone s'il n'y avait l'utilisateur, car il existe l'utilisateur, c'est vous et moi. Victime d'une intoxication à l'échelle planétaire, d'un gigantesque et collectif lavage de cerveau il s'imagine qu'il va pouvoir tirer quelque chose de sa bécane, être productif, voire même dans les cas les plus graves envisager un retour sur investissement.
Aujourd'hui l'utilisateur perverti par des slogans pernicieux du style «Jusqu'où irez vous ?» exige que ça marche, et c'est bien là où tout se gâte, le décalage entre cette légitime attente et ce que l'illuminé de Redmond est capable d'apporter me déprime. «Jusqu'où irez vous ?», jusqu'à l'asile le plus proche sans doute.
Comment voulez vous qu'un truc qui est à un système d'exploitation ce que Mireille Mathieu est à Edith Piaf, ce bricolage improbable écrit avec les pieds par une nuée de pervers schizoïdes puisse fonctionner.
Le mensonge le plus grossier colporté par les sectateurs microsoftiens est celui selon lequel un PC convenablement équipé de l'inénarrable Windows et du fourbi Office dont j'ai oublié le millésime car il change en permanence, fonctionnerait seul et sans assistance. Le récit d'une journée ordinaire au royaume du Chapelier Fou contredit quelque peu cette idyllique vision du meilleur des mondes possible. Ce doit être une question de numéro de version, sans doute.
Mardi 8 heures
Le calme avant la tempête, je peux l'esprit en repos me consacrer à un projet qui me tient à coeur; émuler une calculette quatre opérations sur un Vax de la série 8000. Je tenterai l'inverse dès que j'aurai mené à bien cette partie.
Mardi 9 heures
Un premier coup de téléphone laconique, «Tu peux venir jeter un coup d'oeil, mon PC est bloqué», sous cette apparence anodine peut se dissimuler le cauchemar le plus absolu, les raisons qui peuvent amener un PC à se bloquer sont légions, la première étant d'appuyer sur le bouton marche. Je suis d'autant plus inquiet que mon client est un dingue de la vitesse. C'est un peu l'équivalent du chauffard, il parle de bus AGP là où les autres parlent de carburateur double corps, mais la démarche est la même, aller le plus vite possible en semant la terreur sur son passage. Profitant d'un instant d'égarement de son chef de service il a réussi à se faire payer le dernier Pentium à 333 Mhz, ce qui lui permet de gagner cinq secondes sur la mise en page de sa feuille de calcul. C'est comme on le voit une avancée considérable à la mesure de l'investissement consenti. Je le trouve un peu déprimé car on annonce déjà le Pentium à 400 Mhz ou plus et il contemple avec amertume ce qu'il considère déjà comme l'équivalent d'une caisse à savon.
J'essaye de le réconforter en lui disant qu'avec la bête qu'il possède il devrait éviter d'ouvrir deux fenêtres en même temps pour ne pas faire de courants d'air. Une boutade bien innocente, c'est le côté Ménie Grégoire de la profession, mais je sens bien qu'il n'y croit pas. Les grandes douleurs sont souvent au delà des mots.
Mais revenons à nos moutons, PC bloqué. Effectivement passé le démarrage tout ce que nous obtenons c'est un sablier désespérément figé, je suis tenté de répondre que c'est parfait pour faire des oeufs à la coque mais quelque chose dans son air égaré me dit que je ferais aussi bien de me taire. C'est alors que j'envisage du coin de l'oeil un CD-ROM offert par PC truc «Mesurez les performances de votre PC», eh oui ça ne sert à rien d'aller vite encore faut-il pouvoir l'exprimer en Business Graphics, WinMark 98, High End Disk WinMark 98 et autres CPUMark32, c'est requis pour humilier à l'heure du café les ploucs avec leurs Pentium 133.
Je lui demande si par le plus grand des hasards il n'aurait pas monté ce truc là sur sa machine, je connais la réponse. Il est d'ailleurs mentionné en tout petit sur le CD que l'installation de cette suite de tests devrait être effectuée sur une machine quasi vierge et pas sur un système normalement opérationnel, «cela pouvant provoquer des dysfonctionnements». Des «dysfonctionnements», tu l'as dit bouffi. Diagnostic; je t'envoie quelqu'un pour te remettre un système d'équerre celui-ci étant parti en villégiature à la campagne, pour une durée indéterminée. Rendez-vous est pris pour la parution du prochain CD de tests de PC machin. Au suivant.
Mardi 10 heures
Juste le temps de constater le plantage d'un serveur NT. Quelqu'un a vraisemblablement éternué devant, c'est très sensible comme système. Bon, reset, redémarrage, la routine quoi. Deuxième coup de téléphone «Tu n'aurais pas cinq minutes des fois, il se passe parfois des choses curieuses sur ma machine». Connaissant mon correspondant la seule chose curieuse dans tout cela c'est le parfois, il est stupéfiant que ce ne soit pas toujours.
C'est qu'il s'agit de la variété dite de «l'esthète taquin», épouvanté par l'uniformité il a installé sur sa machine tous les thèmes possibles, le pointeur de souris est un calamar, le sablier une horloge Comtoise, l'économiseur d'écran qui se déclenche toutes les minutes est un jeu de baston intergalactique avec force sifflements et explosions. Car il a bien évidemment une carte son.
C'est indispensable pour reproduire le rire de Johnny Hallyday selon les Guignols de l'info, rire qui accompagne les messages d'avertissement. Tout cela est un peu perturbant. Ayant de surcroît accès à l'Internet il a récupéré et installé tous les sharewares possibles, il n'y a plus aucune pièce d'origine sur sa machine, il a tout remplacé et il est seul à pouvoir s'en servir. Il est assez surprenant qu'il ne soit obligé de rebooter sa machine qu'une fois par heure. Je suis peut-être injuste envers PetitMou.
A l'intérieur de tout grand logiciel il en existe plusieurs petits qui ne demandent qu'à sortir, là c'est la grande évasion, il suffit de coller l'oreille contre le boîtier pour les entendre se carapater. Tout ce joli monde doit se battre en permanence pour prendre le contrôle du système. C'est un cas désespéré. Je m'en sort lâchement en lui disant d'aller récupérer sur www.crap.com la dernière version de son anti-virus/gestionnaire de fichiers/explorateur/compacteur/logiciel de sauvegarde/éditeur de textes/navigateur internet, et me tire vite fait sans toucher à la souris de peur de déclencher un Tchernobyl dans sa machine. Au suivant.
Mardi 11 heures
De retour dans mon bureau je constate le plantage d'un autre serveur NT, par solidarité avec le premier sans doute. L'instinct grégaire ou le début d'un mouvement de revendications. À surveiller. Autre coup de téléphone, en provenance d'une espèce bien particulière, la variété qui se shoote à la presse informatique, on ne dira jamais assez les ravages que cela peut provoquer. Stratège planétaire, il m'explique comment l'introduction de Java dans les entreprises va révolutionner la façon dont nous envisageons l'informatique. Comment Sun va bouffer Microsoft à condition qu'Oracle s'allie avec Apple et que Compaq ne vienne pas jouer les trouble-fête. Il me prédit la mort prochaine d'Intel victime de ses challengers, et écrasé sous son gigantisme. Au bout d'un moment atterré par toutes ces apocalypses à venir, je ne sais plus très bien où j'habite et c'est légèrement comateux que je raccroche en espérant ardemment que tout cela voudra bien patienter jusqu'à ma retraite.
Mardi 13 heures
Coup de téléphone angoissée en provenance d'une secrétaire, «Quand je lance mon Word avec un document que j'ai tapé hier, j'ai le message suivant; cette application va s'arrêter car elle a effectuée une opération non conforme», je suis tenté de lui répondre qu'il s'agit là d'un fonctionnement normal de l'application, mais je m'abstiens. Son désarroi est sincère et la perte de plusieurs heures de travail ne porte pas à rire.
Bon en route vers de nouvelles aventures. Cette charmante personne au demeurant, appartient à la catégorie de ceux qui considèrent l'introduction de l'informatique dans leur quotidien comme une calamité. L'espèce de truc ronronnant qu'on lui a posé sur son bureau est pour elle, visiblement habité par un esprit hostile et rebelle à toute collaboration avec le genre humain. Elle a bien essayé de l'apprivoiser en le banalisant, en installant un pot de fleurs sur le boîtier et la photo de ses gosses sur l'écran, mais rien n'y fait, habité d'une vie propre il s'ingénie à lui pourrir l'existence.
Elle serait je crois soulagée, si je suspendais des gousses d'ail et des crucifix au plafond et aspergeait sa machine d'eau bénite, c'est le côté chaman de la profession.
À la vingtième tentative je réussis à charger son document sans déclencher l'infâmant message de vacances pour cause de non conformité des opérations effectuées par l'application, il s'agissait d'un tableau coupé par un saut de section, quelque chose de tellement grave selon Microsoft que cela méritait un plantage radical. Peut-être qu'une destruction totale de la machine aurait été plus appropriée, je les trouve un peu laxistes ces temps ci. Problème corrigé. Au suivant.
Mardi 15 heures
De suivant il n'y en eu point ce jour là, je terminais ma journée tranquillement entre deux reboot de serveur NT, et mes travaux sur la reconversion d'un Vax en calculette. J'en étais à la soustraction, je ne désespérais pas d'arriver à la division à l'horizon 2005. J'aurai certainement besoin de 512 mégas de mémoire vive supplémentaire pour l'implémenter, c'est le directeur financier qui va encore râler.
C'est une certitude demain amènera son nouveau lot de victimes. Si tous ces gens savaient qu'au fond je ne maîtrise guère plus qu'eux tout cela, que le métier est de bien peu de secours quand Word ou Excel ou que sais-je se bauge lamentablement, que le temps ou une entreprise vivait sur des applications maisons est définitivement révolu.
Bah je fais comme si je dominais, c'est ce qu'ils attendent de moi, c'est le côté charlatan du métier. Et puis ils ont au moins quelqu'un d'identifié à engueuler.
Quant à moi je m'endors tous les soirs en rêvant aux tortures que je ferais subir à Bill Gates s'il venait à me tomber sous la main. C'est le côté psychopathe du métier. »
La question dimportance est de savoir si Dieu créa les informaticiens pour nettoyer les écrans, dégraisser les claviers, démonter les clavettes des souris ankylosées, dépanner les PCs, rebrancher les câbles électriques et épousseter les fauteuils des directions métiers ? Il est certain que changer le toner dune imprimante implique un effort intellectuel et un sens pratique hors de portée du commun des mortels. De plus quand le système sengorge et devient très lent il est certain que cliquer sur toutes les fenêtres à lhorizon permet dobtenir de meilleures performances. On peut également saluer les efforts de précision dans le diagnostic utilisateur sans lequel le dépannage perdrait tout son charme « Cest intolérable le bidule a encore planté le mois dernier sur le poste de certains utilisateurs ! ». Il est toujours de bon aloi pour les managers en mal de reconnaissance technologique de fustiger lefficacité des informaticiens : « Linformatique livre toujours à la date prévue, le seul problème est de savoir lannée ! ». La remarque est dautant plus cinglante que généralement celui qui lémet passe pour un spécialiste de linformatique dans sa direction, il est lutilisateur pilote, le geek connaissant par cur toutes les stratégies à venir, les acteurs du secteur informatique grâce à sa formation de base très pointue son BTS « fruits et légumes » dans la distribution, « Meccano vis et écrous » dans lindustrie mécanique, « Chimie 2000 » pour la pharmacie et son esprit forgé sur le tas par le biais des meilleures lectures « Sciences et vie micro » pour la technologie et « Mickey$soft parade » pour lintelligence sociale. Sa pratique assidue du dénigrement systématique lui confére même un réel prestige auprès de décideurs métiers ce qui lui permettra de simposer comme le dépositaire dune mission messianique de traduction du langage métier dans le dialecte compréhensible par les sous neuronés surdiplômés du service informatique. Avec un peu dadresse et un zeste de mauvaise foi systématique notre correspondant métier pourra même envisagé si les conditions politiques lui sont favorables de devenir DSI. Bien évidemment il est plus valorisant de clamer haut et fort « Moi lordinateur jy comprends rien » plutôt que dexprimer simplement son inadaptation chronique à travailler dans lentreprise et de reconnaitre que son expertise métier commence un peu à dater.
La boite à outils de linformaticien
Discours de la Méthode, des cartes et autres sciences divinatoires
Lessence du métier dinformaticien nest pas uniquement dans lassistance à des utilisateurs en mal de support. Bien évidemment il ne faut pas négliger cette mission dévangélisation et de vulgarisation de lordinateur mais le cur du savoir-faire de linformaticien est la conception et la réalisation de systèmes techniques complexes allant dapplications spécialisées (logiciels de pilotage dateliers flexibles, application comptables
) pour aboutir à la définition dune véritable entreprise virtuelle numérique interconnectant activités humaines et automates. En fonction des différents problèmes rencontrées se posent la question épineuse de la méthode dinformatisation adéquate au contexte. En guise dintroduction à la science des SI, voici un extrait de la substantifique moelle de la méthode dinformatisation la plus utilisée dans nos organisations (pour plus ample information le site de la-rache est accessible à ladresse suivante HYPERLINK "http://www.cafenware.com/la-rache/" http://www.cafenware.com/la-rache/).
Bienvenue sur le site de lIILaR (lInternational Institute of La RACHE)
Le but de lIILaR est de promouvoir la méthodologie de La RACHE. La RACHE, solution globale de génie logiciel, est un ensemble de techniques, de méthodes et de bonnes pratiques décrivant - des spécification à la maintenance - comment produire du logiciel dans des conditions à peu près satisfaisantes et approximativement optimales. Nous ne prétendons certes pas quil sagisse dune nouvelle méthode révolutionnaire, bien au contraire : La RACHE est mise en pratique depuis les débuts de linformatique par de nombreux particuliers, étudiants et entreprises. Il semblerait même que la métempsychose récurrente du concept de la Rache soit intrinsèquement axiomal chez certains grands éditeurs. Cependant, nous considérons que cette méthode nécessitait une formalisation ainsi quune normalisation rigoureuse afin dêtre enfin utilisée fièrement et officiellement.Cependant, même si La RACHE est très liée à l'informatique, elle est relativement adaptable à de nombreux autres domaines. Vous pouvez nous contacter : jean[point]cive[gnath]gmail[doteux]com
La méthode R.A.C.H.E :
RapidApplicationConception andHeuristicExtreme-programming INCLUDEPICTURE "http://www.cafenware.com/la-rache/zfiles/kro.jpg" \* MERGEFORMATINET
La Rache sappuie sur deux concepts aussi important lun que lautre. Dune part la «Rapid Application Conception » correspond conceptuellement à une accélération importante dans la phase de conception de l'application par rapport aux méthodes classiques. Pour bien débuter avec La RACHE il faut soigner la phase d'étude et la rédaction du cahier des charges. Il faut ici produire un travail de synthèse important en résumant le cahier de charges en un post-it de 8 mots maximum. Puis la mission est dextrapoler de ce post-it un sujet de développement vaseux, mais pas trop. A partir de là, en règle générale, la multiplication du nombre de mot sur le post-it par un chiffre tiré au sort entre 20 et 200 donne la durée du projet en jours/homme. On prendra soin de ne rien planifier dans cette phase. D'autre part « Lextrême programming heuristique » est un concept assez prometteur. En effet lheuristique est une technique consistant à apprendre petit à petit, en tenant compte de ce que l'on a fait précédemment pour tendre vers la solution d'un problème. Opposé à lalgorithmique l'heuristique ne garantit pas du tout qu'on arrive à une solution quelconque en un temps fini. Ceci sous entend dune part une démarche pédagogique globale dapprentissage et de capitalisation des acquis, mais aussi que les échéances annoncées le sont dans une pure otique de déconnade symbolique. Et cest précisément le plus produit de la méthode RACHE.
Cycle typique d'utilisation de La RACHE
INCLUDEPICTURE "http://www.cafenware.com/la-rache/zfiles/cycle.jpg" \* MERGEFORMATINET
Exemple de process conforme à La RACHE
INCLUDEPICTURE "http://www.cafenware.com/la-rache/zfiles/process.jpg" \* MERGEFORMATINET Copyright (C)2006-2008 The International Institute of La RACHE - Site motorisé par HYPERLINK "http://www.cafenware.org/cafenware/index.php?z=5" \t "_blank" EtizCMS 0.3.0
Pour ceux que les sciences exactes passionnent quelques sites pour renforcer leur culture générale :
Sites complémentaires :
Plaidoyer pour lE-économie
HYPERLINK "http://tulklut.berlios.de/" http://tulklut.berlios.de/
HYPERLINK "http://www.kasskooye.com" http://www.kasskooye.com nouvelle E-conomie
HYPERLINK "http://www.bernardbelanger.com/computing/NaDa/index.php" http://www.bernardbelanger.com/computing/NaDa/index.php
et la cerise sur le cookie
Lart de la programmation
HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Brainfuck" http://fr.wikipedia.org/wiki/Brainfuck
HYPERLINK "http://www.gotopp.org//index.html" http://www.gotopp.org//index.html
Du coté des directeurs et managers de la DSI :
Eloge de la fuite
SHAPE \* MERGEFORMAT
Devant tant dadversité, les difficultés à stabiliser la plate-forme technique, le rôle de bouc émissaire responsable des mauvais résultats de lensemble des Directions opérationnelles, le sentiment dêtre une proie permanente menacée de prédation constante par de solides clans et technostructures avides de pouvoir, notre DSI se trouve bien seul au monde. La direction générale le voudrait entrepreneur et volontaire mais il est émasculé à la moindre initiative qui si elle réussissait ferait de lui le principal concurrent des technostructures historiquement établies ou du prince en place. En effet qui plus que lui ne serait capable de comprendre et danalyser le réel fonctionnement opérationnel de lorganisation alors que les autres directeurs nont la vision de leur activité que par le prisme déformé de leurs tableaux de bord partiaux ou leur management courtisan.
Cette solitude née de sollicitations trop fortes saccompagne du syndrome dincommunicabilité de la réelle nature du SI. Ainsi il est très difficile voire quasi impossible dexpliquer la fragilité, la dynamique mais aussi linertie dun SI sans passer pour un timoré inhibé. Alors la position de nombreux DSI est de faire profil bas, de déployer une politique du renoncement en acceptant baisse des effectifs, dégradation du SI, déqualification de ses collaborateurs avec la ferme intention « de ne pas faire de vague », «de ne jamais sopposer » « être toujours daccord avec la hiérarchie même lorsque les décisions prises sont aberrantes. Lobjectif final nest plus alors que de survivre en gagnant du temps et en faisant siennes les maximes de Louis XV « Après moi le déluge ». Le manque de courage des DSI (le courage fuyons) et la démarche de lautruche sont aussi dommageables pour le SI morcelé, écartelé, sans cohérence que les prises de décision des dirigeants incompétents en terme dinformatisation. Mais comme aurait dit le Maréchal Lyautey « dans la position du garde-à-vous les talons se joignent et les cervelles se vident »
Les tentations du DSI
SHAPE \* MERGEFORMAT
Avant de passer du chaos au néant, le risque est élevé de voir notre « poor lonesome » DSI, fortement décrié par ses collègues mais si attirant par son budget important, rechercher le réconfort des incompris ; Le pays où tous ses fournisseurs le trouvent génial, où la basse flatterie aboutit à la flagornerie des élites oubliées. Le chant des sirènes amène notre Saint Antoine à cultiver lamour immodéré des solutions compliquées et onéreuses (ou plutôt compliquée à souhait pour justifier le caractère plus onéreux que nécessaire), à accepter la corruption passive des bons procédés qui aboutissent à linflation démesurée des coûts des projets, et pour les cas les plus pathologiques à rechercher, pour oublier son entreprise ce monde de brutes ingrates, le doux réconfort sentimental apporté par des forces commerciales fortement féminisées. Le DSI tel le Saint Antoine flaubertien est hanté par des tentations démoniaques des visions de luxe, la séduction du pouvoir, la volupté de lartiste romantique incompris.
Toutes les fins de trimestre (lorsque les gnomes de Zurich évaluent le trésor accumulé), Hilarion son consultant en SI lui présente « tous les dieux, tous les rites, toutes les prières, tous les oracles », toutes les technologies. Sous le nom de Sciences de linformation, le démon dévoile à Antoine les secrets de l'univers, Fasciné le DSI tel un anachorète rejeté du comité exécutif, adorateur solitaire des abstractions, aspire un moment à dissoudre son organisation dans une Thébaïde délocalisée idyllique à bas coûts.
Du coté des utilisateurs : le rôle social de lordinateur
Un monde plus transparent : une approche « loft story » du management
Si linformatique et les statistiques ne sont pas vues par les cadres et utilisateurs comme des outils permettant dappréhender une réalité collective toujours difficile à cerner, quel est pour eux le rôle de lordinateur dans lorganisation et la société ?
Le management moderne tend à supprimer la frontière entre vie privée et vie professionnelle. A la recherche de lefficacité absolue, les managers appuyés par des approches matricielles et un outillage informatique des plus sophistiqué visent à traquer lintimité du salarié et en prenant en charge son affectif et son identité dans le but non avoué de le rendre plus malléable et corvéable à merci voire plus si affinités en lui imposant des astreintes permanentes jugées acceptables car réalisées à domicile en offrant par un atavisme débonnaire téléphones mobile et ordinateurs portables qui sont autant des signes de reconnaissance sociale que symbole daliénation. Les managers les plus efficaces favorisent la femme au foyer non par égard pour celle ci mais pour permettre à son mari de se consacrer entièrement à son employeur, Dans ce contexte les qualités personnelles dabnégation et de docilité « le savoir être » priment pour faire carrière sur les talents professionnels et le savoir-faire technique. Cette approche managériale totalement subjective nie les expériences et le savoir-faire professionnel attesté par lexpérience et les diplômes au profit de profils bien typés correspondant aux compétences comportementales dociles remplaçant une excellence opérationnelle démontrable par lexcellence relationnelle subjective.
Fiche dévaluation des collaborateurs
Bilan annuel 2010
Nom : Bigchief
Prénom : Edvige
Compétences managériales (Savoir être)
Docilité Disponibilité & corvéabilité
Adhésion hiérarchique
Sens politique et esprit courtisan
Capacité de culpabilisation
Compétences professionnelles (Savoir-faire)
Optionnelles
SHAPE \* MERGEFORMAT
La stratégie est simple, le management consiste à « mettre les individus au travail, les contrôler, les prendre au piège de leurs propres désirs, les manipuler et les séduire ». Les pseudos sciences du recrutement et autres tests psychométriques avec leur gueuleduclientelo-scientifique prêtent à sourire. Ainsi de nombreux films et ouvrages ont ridiculisé ces stages de motivation partant de la randonnée, en passant au saut en élastique pour finir par des parcours plus christique tels la traversée sur des braises ardentes. Néanmoins il faut constater que lanalyse transactionnelle, la programmation neurolinguistique PNL lannéagramme (les neufs types de structure de la personnalité), les tests psychométriques MBTI (Myers Briggs Type Indicator), forment encore le gros des bataillons en terme de méthode dévaluation des hauts potentiels dans nos organisations. Comment outiller cette psycho-culture ce psycho-management ? Comment assurer la traçabilité des sentiments et la fidélité à lentreprise en partant de la barquette de vache folle pour finir au chauffeur routier ? Heureusement linformatique est là pour justifier et outiller toutes les démarches, assurer la rigueur par des synthèses informatisées et autres ennéagrammes numériques, débusquer les points de faiblesse des collaborateurs grâce à des simulations informatiques qui sont à la neuroscience ce que la laisse canine est au pilotage de satellites.
Bienvenue ces temps nouveaux si proches où linnovation technologie (GPS, RFID, technologies mobiles, E-textile, emballages intelligents
) permettra à lhomme de résoudre son dilemme éternel : comprendre la psychologie féminine. Rien de plus facile que déviter tout impair avec la gente féminine grâce au couplage des innovations e-textile et emballage intelligent. Deux ou trois étiquettes électroniques bien disposées et nous voila renseigné sur lévolution de la qualité microbiologique et organoleptique de lélue de votre cur, une potentielle rupture de la chaîne du froid, la présence de bactéries et même un petit changement de coloration pourra indiquer un cas de dépassement de la DLC (Date Limite de Consommation) ou les périodes dhumeur contrariée.
Tout, tout, tout vous saurez tout sur leutectique des Miss
Leur température de fusion .Leur seuil de glaciation
Leur Ph matinal . Leur état intestinal
Leur taux denzymes pancréatiques
Les séquelles de leur sciatique
Tout, tout, tout vous saurez tout sur leutectique des Miss
Madame naura plus aucun secret concernant son niveau de murissement et son taux de ramollissement grâce au E-wonderbra qui doté dune coque thermoformée en polymères qui non seulement affinera sa silhouette mais sera du plus bel effet en société lorsquil virera du jaune-citron au vert-pastèque rendant vertes de jalousie ses collègues de bureau. Sans compter lélégance et le charme du scanning discret qui remplacera avantageusement les pratiques ancestrales détablissement des premiers contacts (le métropolitain speed dating plus communément nommée technique de la main baladeuse). Comble du raffinement les grands timides pourront même sinformer sans contact via leur mobile grâce aux technologies NFT ou par Internet via des biocapteurs programmables.
Voila qui va révolutionner les pratiques sociales, plus besoin de perdre du temps à lire des tonnes de guides de politesse et de bonnes manières pour séduire votre dulcinée et de risquer lerreur fatale après des heures voire des jours de labeur pour les plus lents, la science est là pour rendre lâme humaine plus transparente. Soyons surs que lindustrie du luxe à la française saura tirer le potentiel délégance et de raffinement de ces nouvelles technologies, créer la silhouette de la femme des années 2020, « plus Colombine quArlequin ayant réussit lamalgame de la technologie et du charme » : la borne Wifi intégrée dans les talons hauts de chez Lacroix, le sac en polymères colorés de chez Vuitton, lesprit Givenchy au service du code barre, la patte dYSL stylisant les indicateurs de fraîcheur. L E-légance pour séduire la fashion victime bio connectée.
Déclaration des droits fondamentaux de lutilisateur : le désert des tartares
Le discours marketing de lindustrie des TIC diffuse à profusion un message émancipateur : lordinateur maîtrisé permettrait de donner forme à tous les dons potentiels, favoriser lépanouissement des artistes en devenir et transformer tout analphabète crasse en génie du clavier.
Au nom du droit à la différence et à luniversalité des droits de lutilisateur de linformatique, les grands du secteur IT ont structuré la charte de qualité en vigueur depuis près de 30 ans et a réaffirmé publiquement les droits fondamentaux du citoyen numérique.
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Art1 Droit aux bugs
Tout homme a le droit inaliénable de rencontrer un bug Windows dans sa vie , de perdre 3 jours à installer en vain une imprimante fraichement acquise sur un PC récalcitrant qui a oublié quil fallait être en XP SP778 pour installer les patches permettant dutiliser les drivers susnommés . Lensemble bien évidemment à condition davoir souscrit le contrat de maintenance annuel auprès de Microsoft ou bien de racheter une nouvelle version de Windows. Pour prendre moins de risque il est dailleurs conseillé de changer son PC, ses logiciels et pour être plus sûr de recabler lensemble de son immeuble.
Heureusement inscrit dans les droits civiques fondamentaux, il existe un monde alternatif où tout citoyen du monde libre sachant courant lire et écrire en langage de programmation peut corriger tout seul et comme un grand les bugs communautaires écrits par les développeurs altermondialistes appointés par les concurrents de Micromou.« Tous les bugs sont égaux mais certains seront plus égaux que dautres » ou comme dirait Queneau « on est toujours trop bon avec les néophytes »
Art2 Droit à voir sa vie privée publique
Les informations concernant la vie privée du citoyen appartiennent à celui qui les collecte et peuvent-être partagées avec quiconque moyennant finance. Pour les utilisateurs passionnés des réseaux Web sociaux, seront considérés comme amis tous ceux qui en font la demande, toutes les références homonymiques.
Les produits censés sécuriser laccès à lordinateur du consommateur de technologies renfermeront 'spyware' et autres assistants qui rapatrieront chez leurs dealers préférés en technologies les données confidentielles figurant sur le disque des postes clients afin de mieux connaitre lutilisateur afin de fournir des services personnalisés payants additionnels. Ainsi il nest plus nécessaire à lutilisateur lambda dhabiter Palerme pour profiter danges gardiens sécurisant moyen finances son activité.
Art3 Droit au support sans frontière
Souvent le support aux utilisateurs (le help desk) est considéré dans léconomie moderne du secteur technologique comme secondaire. Ce service est externalisé et confier à des marchands de voix fraiches (si possible sans accent africain), où lopérateur casqué et surveillé de près opère à la plus grande satisfaction des utilisateurs qui trouvent ainsi au bout du fils des compagnons dinfortune. Ça crée des liens de savoir son malheur partagé. Doù la durée biblique des appels gracieusement refacturés à lutilisateur qui regrette bien souvent davoir lamentablement échoué son doctorat informatique seul sésame permettant dinstaller sans renfort son nouveau PC plug and play (ou plutôt plug and cry).
La vision la plus répandue de linformatique est donc véhiculée par le canal du dysfonctionnement et de la frustration. Le contact avec lutilisateur donc le client potentiel est donc sacrifié à une rentabilité court terme basée sur des appels er un support payant en instituant le dysfonctionnement et le vice de fabrication caché comme source de revenues récurrents. Comment accumuler un savoir-faire, une expérience, favoriser lapprentissage technologique lorsque lensemble du secteur des technologies prospère essentiellement par une obsolescence forcée des matériels et des logiciels ?
Nos progrès et la stabilité des grands systèmes technologiques développés depuis près de 30 ans sont directement menacés par ces approches aberrantes basées sur les dysfonctionnements et lobsolescence comme support dinnovation.
Du coté des consultants : de la pathologie au pathétique
Du coté des analystes et consultants : Entre simonisme et Saint-simonisme
Puisque les dirigeants actuels nont pas la formation permettant dappréhender le SI ce dernier leur semble désagréablement abstrait c'est-à-dire quil est hors de leur schéma de pensée habituel. Comme lobjet technique cet artefact conceptuel pur lui échappe, il a limpression fort désagréable que lexpert informaticien glose et le gruge. Dailleurs lexposé technologique à lusage des décideurs finira souvent soit par un ennui prononcé, une somnolence polie, soit un renvoi brutal et cassant de ces hémiplégiques dinformaticiens incapables de comprendre les enjeux du business. Tout çà fortement dépendant bien évidemment des cycles lunaires, de la périodicité de madame et de lheure de la soupe. Simpose alors le besoin du diplomate pour traduire et façonne lélégant langage de lêtre suprême quest le dirigeant argenté dans le langage tudesque des bouseux mineurs de fond. Là intervient la secte des consultants de Simon le magicien : la caste des archanges, les Saint Michel terrassant le dragon de lincompréhension.
Ainsi « Jésus annonçait le royaume et c'est l'Eglise qui est venue. » (Alfred Loisy).
Simon le magicien
HYPERLINK "http://fr.lyrics-copy.com/catherine-lara.htm" Catherine Lara
Les présages l'ont ditMais ils se sont trompésSimon-le-MagicienN'a pas peur du néantSimon-le-MagicienEtait l'élu de Dieu
Business Card de Simon
SHAPE \* MERGEFORMAT 1. Simon le magicien sa vie son uvre
Pour retrouver lâme du salarié souillée par un individualisme forcené tiraillé par des démiurges venus de Marx, les 7 Elohim qui se partagent le gouvernement du monde ont dépêché sur la terre Simon le magicien pour expliquer aux managers de tout pays comment travailler et faire travailler afin de permettre à leur âme de retrouver un jour son principe créateur.
Simon le magicien donc fut le fondateur dun courant de pensée technocratique très puissant dont linfluence politique, idéologique et social façonna la pensée managériale des entreprises du XXIème siècle. Simon fut lapôtre du saint-simonisme à visage humain. Selon la légende, Simon fut proclamé Dieu de lOlympe et récipiendaire de loscar de la Harvard Business School. Il possédait le don de léviter et de voler à son gré. Il y donna des prédications métaphysiques issues de l'Antiquité la plus obscure et revues à la lumière de son occultisme syncrétique, sur lessence des organisations.
Mage des comités de direction, Simon est source des émerveillements et idolâtries contemporaines qui façonnent nos représentations managériales : puissance de la communication casuistique, fascination pour la technologie qui résous tout, culte de lintelligence mondialisée délocalisée pas chère, adoration de l'enrichissement par la rhétorique sans la sueur qui tâche les chemises sous les bras.
Les grands prodiges de Simon
Déplacer des pans entiers des organigrammes les yeux fermés
Délocaliser des activités sans éveiller le soupçon des salariés
Faire que les fenêtres les plus bugées souvrent sans problème
Transformer le moindre corniaud, le dernier des bourrins du backoffice en élégant coursier racé digne de la direction marketing de LVMH
Transférer des charges sans laisser de trace
Equilibrer des bilans par la méthode « Courant Limpide »
Faire disparaitre des salariés sans bouger les oreilles
Léviter et délocaliser ou lart de laménagement du territoire
Bâtir lEldorado du « cost killing » pour les nuls
Eradiquer définitivement labsentéisme par dématérialisation
Faire disparaitre primes, participations, intéressements par volatilisation des budgets
Se transformer à volonté, court, long, carré léchine toujours souple face aux porteurs de budget (le barbapapa des comités de direction)
Incarner lesprit élitiste Wasp nord-américain
Transformer les vielles recettes éculées de management en solution miracle toute chaude sortie des meilleures business school made in USA
Générer des pratiques managériales à partir didéologies ou de théories populaires issues des folklores ancestraux
La doctrine de Simon possède un prestige inouï dans le monde des idées et sur lesprit grossier des dirigeants Samaritains, auprès desquels elle a acquis une grande influence.se faisant appeler Esprit divin du management ou « la Vertu de Dieu » ou « la Grande Vertu ». Prompt à flatter les héros convulsifs, ces surmales modernes que sont nos dirigeants, Simon et ses apôtres jouissent dun prestige sans faille auprès de ces derniers.
En effet le dirigeant samaritain ébloui par tant de miracles réalisés chez ses concurrents pense que Simon et ses adeptes possèdent une bien grande science et sont bien plus habiles que lui dans lart de manipuler les organisations rétives.
Pour le samaritain, ils possèdent lart des pratiques de théurgie et de très grands secrets acquis dans les lieux les plus mystérieux du fin fond du Texas. Ils distillent moyennant une modeste obole, cette flamme intérieure, cette sorte de sida mental transmissible par imposition des mains, ce prêt à penser du décideur moderne, qui fait de vous un Faust moderne à légal de Neutron Jack lhercule de GE.
Simon vénéré tel un Jupiter contemporain et sa compagne Hélène telle la Minerve des temps modernes, considérés comme des bienfaiteurs de lhumanité, ont vu sélever des statues à leur gloire sur les lieux symboliques de la grandeur du lhomme du XXIème (Barbade, Luxembourg, Lichtenstein
).
Simon, le Merlin lenchanteur de nos contes modernes fut également le fondateur d'écoles de magie ou de sorcellerie dabord en Amérique du Nord mais qui eurent, mondialisation oblige, une diffusion planétaire éblouissante.
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2. Simon et la secte des simoniens
Mais Simon et Hélène ne sont plus seuls pour évangéliser les samaritains mondialisés et formater le monde intelligible et sensible. Dès leur sortie des grandes business school, ces usines à génies apatrides, lécole des Hautes Etudes Chamaniques se charge dancrer les concepts simoniens dans les jeunes esprits imbus de supériorité. Des dizaines de milliers déons gnostiques et endoctrinés professent ensembles la parole de Simon en interrogeant les tables tournantes et les chaises musicales des comités de direction pour faire surgir lesprit Saint et retrouver la pureté du monde organisationnel. Cette secte louanges dithyrambiques des méthodes infaillibles apportant à la science lefficacité du couteau suisse et faisant de lart du management des organisations un produit de grande consommation : la doctrine simonienne est le Procter & Gamble du management : lart du lessiver plus blanc. Ainsi notre simonien en chef travaillant son fond de commerce jettera en pâtures aux samaritains en mal de concepts gagnants des modes et modèles suivant une logique massivement consumériste. A la lessive qui lave plus blanc lorganisation succédera un florilège de demi-vérités pernicieuses tels des yaourts aux bifidus actifs facilitant le transit intestinal, lempowerment au lait entier accélérant le gouvernement d'entreprise au gout sucré, la responsabilité sociétale aux fruits entiers apportant ses 0% de matières grasses à la valeur actionnariale
Plus efficace que les plus puissantes loges maçonniques, ces écoles de pensée unique ont apporté la pitance intellectuelle et financière à de très nombreux cabinets de conseils adhérents, établissements denseignement supérieurement suffisants, éditeurs et journalistes de tous crins. Fort de ces sponsors intéressés, les formules de lexcellence se renouvellent avec une régularité de métronome bombardant les managers en désarroi dune avalanche de concepts, modes et modèles, provocant linflation du prêt à penser support à des injonctions paradoxales déstabilisant les samaritains crédules. Les concepts creux, les métaphores made in Walt Disney, les analogies bling-bling se succèdent à un rythme effréné. Mais tant quil y aura des riches marchands du temple crédules prêt à débourser les fortunes accumulées par leurs prédécesseurs il ny a pas de raison que la déferlante cesse. De plus le culte absolue de la performance aboutit à un culturisme intellectuel à une gonflette cérébrale dopée aux amphétamines administrées sous forme de concepts gélifiés (à prendre par voie orale dans les cas les plus anodins) qui sont ce que le ready made de Duchamp ou le pop art de Warhol sont aux démarches analytiques de Kandinsky ou Braque : établissant la frontière entre lextrapolation systématique, le dogmatisme jusquauboutisme, la demi-vérité pernicieuse, la foutaise institutionnalisée et la progression de lexpérience humaine.
Programme des Hautes Etudes Chamaniques
1ère année : Thème de License: « De la posture des consultants »
2ème année : Thème de Maitrise : « De limposture des consultants »
3ème année : Thème de Doctorat : « Motivation collective & badminton »
3. Les éons de Simon à luvre : lexpérience de grands projets Saint-simonien
Prolégomènes : léblouissement des samaritains
Dans le cadre de linformatique les grands prêtres de la technologie appliquée aux organisations ne sont pas les constructeurs de matériel ou les éditeurs de logiciels. Les grands marchands du temple qui engrangent le gros des dépenses des entreprises en termes de modernisation ou de mise en uvre dERP se sont les cabinets de consultants en organisation de Simon le magicien associés aux cabinets danalystes dAlbert-Simon le prospectiviste. Ces oracles en technologies, qui ne connaissent les besoins des organisations que depuis la profondeur moite de leur fauteuil ministériel, font, telle la grenouille dAlbert, la pluie et le beau temps sur le marché du logiciel.
Ils revendiquent posséder la puissance de lesprit Saint qui par simple imposition des mains transforment les âmes des salariés, emprisonnées dans le carcan stérile du monde matérialiste tissé par quelques démiurges marxisants, en collaborateurs fanatisés kamikazes modernes des organisations, hypnotisés par la connaissance ésotérique distillée à prix dor par des organisateurs hors pairs qui ont puisé la connaissance sans faille au fond du leur cabinet dincubation. Pragmatiquement lexpertise réelle du métier et de lorganisation a été acquise la veille à la lecture « des échos financiers » pour la formation, du dernier ouvrage de management à la mode publié aux éditions Dunod pour lexpertise et du complément illustré de léquipe magasine pour renforcer laspect collectif du management.
Là commence le premier miracle de Simon et Hélène.
Cest cette capacité à transformer leurs adeptes néophytes tout justes sortis des usines à élites en redoutable spécialistes mondiaux dun sujet qui leur était encore inconnu la veille.
Mais leur prestige ne sarrête pas à la capacité dassimiler rapidement une pratique ésotérique mais sexprime par lemprise et la fascination quils exercent sur lesprit grossier des samaritains béotiens peuplant les directions. Les pratiques théurgiques et les incantations chamaniques permettent la guérison de toutes les maladies de toutes les pathologies de lorganisation. Grace à cet esprit Saint à cette « Grande Vertu », les éons simoniens acquièrent une position indétrônable auprès des dirigeants en mal de direction. Ils convainquent les DSI de rejoindre leurs disciples au sein du club très select des ébionites, la jet set des managers qui nont plus de soucis ni budgétaires et ni sociaux. Hélène, délaissant sa chouette, adaptera tour à tour et suivant les circonstances et son mark-up, le pingouin, le petit démon rouge, la fenêtre à courant dair, léléphant bleu ou tout autre artefact technologique faisant actuellement la une « de mode et travaux ».
Lesprit grégaire pousse le dirigeant samaritain à penser que si son voisin délocalise, supprime des emplois, vend ses actifs et dilapide le patrimoine de son entreprise alors il ny a pas de raison quil ne puisse en faire autant à condition dêtre bien secondé et là il pourra toujours compter sur Simon et ses adeptes. Pour lui ils réaliseront des grands prodiges dans les organisations infidèles, fomentant des luttes fratricides, excitant les antagonistes, préparant les complots, diffusant la calomnie et préparant le feu grégeois qui détruira Troie (Hélènes Phd).
Le mystère de la création des applications informatiques
Durant tout le projet, ladepte de Simon va déployer sa science de linformatique, sa maitrise des méthodes et techniques les plus pointues :
La science de lintégration des systèmes ou la transmutation des bouts de codes ramassés çà et là en programmes performant
Le reporting davancement (on voit le bout de leffet tunnel)
Lhypnose de la boite noire applicative (cest tout dedans)
La technique du tapis (ou lalgorithme du ramasse-bugs)
Lautosatisfaction par effet Coué (au pays des simleys verts)
Mais notre ami de lhumanité montrera sa pleine mesure lors des cérémonies liturgiques ses hymnes à lesprit créateur que sont les « steering committee ». Il se transformera en Janus en réussissant le dédoublement du discours et de la personnalité durant la même homélie. Puis grâce à un powerpoint audacieux, il dévoilera une partie charnelle de la « Killing Application », celle qui est au décideur européen ce que la force nucléaire made in US est à lOTAN. Même en difficulté, notre simonien adroit sera en mesure de diriger le projet suivant ses souhaits, en menaçant de retards ou de surcoûts le moindre refus à ses lubies, proférant anathèmes et excommunication à lévocation dun moindre doute sur la faisabilité de ses délires, ou dans les cas les plus tendus il brandira largument dautorité suprême en interrogeant, grâce aux techniques des tables tournantes et chaises musicales, lâme et les intentions des dirigeants depuis longtemps disparus ou ayant eu la mauvaises idées de sabsenter momentanément pour satisfaire des besoins bien naturels.
La fin des grands projets saint-simoniens
Lorsque le projet arrivera à terme, que les applications seront livrées (voir méthode de larache) avec des mois de retard et des surcouts de 200%, lapocalypse annoncée par les Cassandres mal intentionnés pointeront le bout du nez. Les miracles promis se transformeront en cauchemars opérationnels quotidiens, en nuits sans sommeil pour stabiliser le système livré, en complainte dutilisateurs désemparés devant le désastre, en directions métiers ulcérées qui accableront le pauvre DSI ébionite accusé de tous les maux « Heureux les simples d'esprit, ils seront les premiers au royaume des cieux ». Il y a peu de chance que ladepte de Simon, cause des immenses désillusions et des frustrations générées, ne se suicide de honte. Foudroyé en pleine ascension christique et chutant des azurs célestes, il ouvrira depuis son chariot de feu, son parachute dor, se dédouanant de ses responsabilités en accusant les mécréants, le contrat mal compris et les vents contraires. Heureusement le simonien zélé tel le phénix ressuscitera 3 jours après de ses cendres et se présentera à des nouveaux samaritains comme spécialiste en redressement dentreprises au bord du gouffre.
Références bibliographiques
Apophasis megale ou loccultisme ancestral au service du management participatif
Epitre aux ébionites « Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous ! »
Les Homélies de Simon « Cest par ma grâce et non par leur mérite que les hommes sont sauvés. Pour lêtre, il suffit de croire en moi et en Hélène. »
Lart de la lévitation des budgets
Prédications métaphysiques ou lart de manager léger
Du coté des analystes et consultants : Du Docteur Diafoirus au Docteur Petiot
Les pratiques de Diafoirus dans lorganisation vont de la simple hygiène organisationnelle aux traitements chirurgicaux lourds pour les pathologies les plus critiques. On passe ainsi de la version aerobique de lorganisation (lagilité par la pratique du yoga), le fitness des topEx, aux pratiques de motivation collective (« Robert c'est pas zizou, Youri c'est pas zizou, Petit bonhomme là c'est pas zizou, Beber c'est pas zizou »), au coaching individuel (« Muscle ton jeu Robert , si tu muscles pas ton jeu, fais attention, je t'assure, tu vas voir, tu vas avoir des déconvenues parce que t'es trop gentil. »). Les citations sont issues de louvrage le plus prestigieux sur le coaching en entreprise « Les yeux dans les bufs ou le traitement des pathologies des ruminants cavicornes» du Docteur Diafoirus aux Editions Organisations 2020.
Les cas pathologies plus graves ou moins rentables sont traités par les techniques de dégraissage social (ou liposuccion des excédants pondéraux de masse salariale) suivi selon lexpression consacrée du Docteur Diafoirus, le célèbre médecin de Molière : « La saignée ! La saignée, vous dis-je ! Encore la saignée ! » Son diagnostic social est toujours dune très grande précision : « La fièvre managériale est due à une vapeur fuligineuse et mordicante qui picote les membranes du cerveau du top management ». Les traitements associés sont teintés dun très grand bon sens : ce sont des clystères participatifs, des saignées prophylactiques répétées, des purgatifs opérationnels, des tisanes qui guérissent les descentes dorganigrammes. Quelle que soit lissue de la maladie Diafoirus aura toujours raison
"Le médecin tant pis allait voir un malade Que visitait aussi son confrère tant mieux Ce dernier espérait quoique son camarade Soutint que le gisant irait voir ses aïeux Tous deux sétant trouvés différents pour la cure Leur malade paya le tribut à sa nature Après quen ses conseils Tant pis eut été cru Ils triomphaient encore sur cette maladie Lun disait : il est mort je lavais bien prévu Sil meut cru disait lautre, il serait plein de vie"
SHAPE \* MERGEFORMAT Mais en maquignon roublard, le praticien en organisation ne souhaite pas achever sa victime, il faut garder en vie la poule aux ufs dor et donc distiller la bonne parole venimeuse par dose homéopathiques car on nest jamais à labri de réactions inattendus du patient. Larme fatale du Diafoirus moderne sapparente alors au supplice de Tantale ou le diagnostic de ni fait ni à faire. Comme la poule aux ufs dor fait vivre son médecin, lespoir fait vivre la poule. Les fruits de léden doivent toujours être à portée de main juste à une mission de consulting à venir. Mais mêmes les meilleures vaches à lait finissent par tarir. Alors attendri par tant de bons et loyaux services, lil de léquarisseur sémeut et Maitre Diafoirus devient Dr Petiot inscrit sur le bottin rouge de la profession « Mieux vaut mourir dans les règles que de réchapper contre les règles. »
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"Les Pages Rouges du Bottin" "Los Carayos" et professeur Choron
l'assassin fait un dur métier à l'heure du crime il faut s'lever et pour tuer prestement par la lame qui saigne à blanc il étudie l'anatomie il sait par où s'en va la vie et qu'on peut pas saigner la vieille en lui tranchant le gros orteil l'assassin doit se cultiver lire des revues spécialisées apprendre le geste du semeur du semeur qui sème la peur et que planté dans la poitrine le couteau ne prend pas racine mais qu'un couteau planté dans l'dos devient un joli porte manteau
refrain :
y a assassin et assassin y en a des moches y en a des biens se faire assassiner c'est rien si on n'tombe pas sur un sagouin y a assassin et assassin pour trouver un bon assassin voir les pages rouges du bottin
la chair humaine c'est pas du lard le dépeçage est tout un art l'assassin véritable artiste avec un doigté de pianiste ne découpe pas monsieur Dupont comme on découpe le cochon pour obtenir de beaux jambons faut suivre le contour du caleçon
Contrairement aux idées fausses largement répandues, lart du consultant et autres vendeurs d'idées et de méthodes nest pas de soigner les pathologies de lentreprise cliente mais plutôt de décrocher une nouvelle mission en résolvant en partie la face visible du dysfonctionnement. Lart du management fait plutôt bien vivre les cabinets de conseils, les maisons dédition et les établissements denseignement supérieurs en accumulant les paradigmes contradictoires, des aphorismes dignes de lalmanach Vermot plus issus de la versatilité du marché des organisations que du raisonnement scientifique. Ainsi « Tout flatteur vit aux dépends de celui qui l'écoute ».
Ainsi la logique dingénierie est souvent trahie par des commerciaux hâbleurs et des professionnels peu scrupuleux où la virtuosité des mots-valises creux fait office de rigueur et déthique. Le séducteur en TIC est souvent un trompeur choisissant ses dupes ou ses complices dans les comités de direction où les dirigeants sous la terreur des résultats à court terme sacrifient le bon sens au profit de la pensée magique, hypnotique et grégaire des grands cabinets spécialistes amplifiant le désarroi ambiant, distillant leffroi, le FUD (Fear Uncertainty and Doubt) puis rassurant lignorant vassalisé.
Quelle est alors la nature des relations entre les pôles de légitimité ? Si le dirigeant lopérationnel méprise la connaissance et le modèle, comment éviter la Némésis technologique fournissant en retour un secteur informatique organisé en système dextorsion de fonds, instituant le péage sur les autoroutes numériques, des coûts de maintenance sans fondements, des bugs et virus en réponse aux attentes des consommateurs fragilisant ainsi les grands systèmes techniques dont dépendent nos organisations.
. Jespère que le lecteur aura pris quelques plaisirs à lire ces modestes truismes et me pardonnera un ton qui quelques fois rappelle le potache attardé.
8- ACTUALITE DE LA QUESTION
Depuis que linformatisation nest plus le domaine réservé dinformaticiens hermétiques, le problème de la compréhension entre directions métiers représentées par la MOA et le génie informatique représentée par la MOE na cessé dêtre la cause principale des échecs des projets dinformatisation et la source des dysfonctionnements observés après le déploiement de technologies. Le gouffre dincompréhension mutuelle structurelle entre les attentes des utilisateurs dune part et la volonté des réalisateurs du SI dautre part une ne cesse de sétendre. Du coté des dirigeants, linformatique est perçue comme un problème, des contraintes physiques nouvelles. Le souhait est dutiliser sans comprendre sans sinvestir dans une discipline ingrate. De lautre coté linformaticien exprime le besoin dêtre compris, dexpliciter le fonctionnement interne, étaler sa force de conviction de sa culture dingénierie en quelque sorte dimposer sa rigueur scientifique et sa passion pour la technologique engageant non seulement la participation active de lutilisateur mais son appropriation de la démarche en fait sa volonté dimposer lesthétique de lingénieur. De là découlent les nombreux échecs pour mettre en uvre des langues, sorte de volapuk contemporain, entre la MAO et la MOE basés sur des langages semi formels, des notations plus proches des schémas dingénierie que des représentations organisationnelles des directions métiers. A-t-on déjà vu des utilisateurs spécifier leurs besoins et leurs souhaits en terme de SI en utilisant le langage UML ? Les techniques de conception fonctionnelle sont-elles adaptées au traitement de la connaissance ? Les modèles objets issus du génie logiciel, qui devaient rendre le monde réel des organisations plus palpable et plus naturel, ont-ils réussi à combler les incompréhensions et à remplacer les démarches et méthodes de conception laborieusement mises en place à la fin des années 70 ?
En nous plaçant au cur de larticulation MOA MOE, nous introduiront les concepts de lingénierie organisationnelle dans le cadre de la conception puis la réalisation des SI. Il sagit de dresser un état des lieux sur lensemble des méthodes, outils et modèles à la disposition du concepteur en prenant en compte non seulement les innovations du génie logiciel (technologies, méthodologies
) mais aussi les apports des sciences humaines et de gestion et les progrès réalisés par les sciences cognitives et en particulier de la psychologie cognitive expérimentale. Pour traiter des pathologies des SI, nous allons analyser les causes congénitales de malformation en germe dès les phases danalyse du besoin et de spécification en focalisant notre analyse non pas sur les SI réalisés mais sur les objets intermédiaires, les modèles porteurs de sens, dintention et même dorganisation nécessaire pour réaliser le système. Les objets de conception, les maquettes symbolisent lesquisse de la conception au moment où lembryon est suffisamment formé pour simposer aux décideurs comme une évidence mais avant que lensemble des choix et détails structurant soient complètement fixés, analyser le potentiel prospectif avant que les déterminismes ne soient figés.
Nous aborderont donc lanalyse de la puissance et limites des outils, langages, méthodes, annotations à notre disposition en partant de ladage populaire quun bon dessin faut mieux quun long discours et en démontrant la force de limage pour forger limaginaire collectif, la force de conviction portée par les arts graphiques pour reprendre les termes de Blainville dans « Histoire des sciences : de l'organisation et de leurs progrès comme base de la philosophie » analysant létat des sciences avant Lamarck fondé sur les sciences de lintelligence du langage de la logique, lanalyse numérique et les mathématiques, la méthode et enfin lart graphique ou « lart de formuler les faits matériels et leurs phénomènes, soit par le langage ordinaire, ce qui constitue la description ; soit par un langage convenu, particulier et général, ce qui sappelle nomenclature ; soit par la délinéation et les ressources de la peinture, liconographie ; cet art, disons-nous , était déjà avancé et se perfectionnait tous les jours ». « Au secours de ces instruments essentiels, qui s'adressent au premier de tous les sens, vient s'adjoindre l'art graphique, qui doit parler aux yeux et fortifier dans- l'esprit l'impression de la parole.».
Ainsi lArt de la cartographie peut nous permettre daborder lindicible organisationnel. Carte objet descriptif incarnation des intentions et de la dynamique créatrice de lépure permettant de visualiser globalement pour agir localement . Rétablir la puissance de la carte symbolique pour décrire un état des lieux multidimensionnels pour repenser le support à une épistémologie (dans le sens dune théorie de la connaissance) mais aussi pour passer dune représentation statique, une perspective centrale des informations manipulées par lorganisation à la perspective atmosphérique représentant les archétypes organisationnels caractérisant les informations sur lorganisation.
La puissance esthétique du virtuel :
De la beauté de la conception au sublime de lunivers géré
Entre modélisation, représentations et force dabstraction des organisations
Une crise de représentation
Au delà des pamphlets ou des critiques au vitriol qui permettent souvent de reposer les bonnes questions, parfois de samuser des traits desprit de leur auteur et quelque fois de sénerver du style racoleur et poujadiste, de lécriture bâclée de textes qui ne sont à la pensée quune la caricature grossière et facile (pour illustrer mon propos je conseille de tenter de lire « Bonjour Paresse » de Corinne Maier où le titre résume bien leffort intellectuel fourni par lauteur). Au-delà du constat de carence de nos élites, nos dirigeants et décideurs face à linformatisation de la société et au-delà de la satire souvent drôle et parfois féroce, il convient de sinterroger sur les fondements de la crise des représentations dont souffre lentreprise comme de nombreuses institutions. Ce défaut très répandu que les praticiens du SI ressentent cruellement est le reflet de notre manque de recul marqué par un défaut doutils analytiques et de formalisation dont pâtissent les sciences de lorganisation du travail, sciences molles qui peinent à sortir des limbes de lenfance et de la casuistique descriptive dialectique pour mettre à disposition une connaissance structurée et des outils intellectuels permettant danalyser les pathologies des entreprises et de concevoir les prothèses permettant daméliorer nos performances collectives. Cest une démarche maïeutique socratique moderne et adaptée aux systèmes techniques quil est nécessaire de formaliser.
Besoin détablir le référentiel organisationnel
Les organisations contemporaines sont de plus en plus complexes et dynamiques. De plus la fréquence des réorganisations fragilise les informations organisationnelles si difficilement collectées et souvent obsolètes avant même dêtre consolidées. Quels sont les schémas fondamentaux permettant dévaluer la richesse cognitive de nos organisations et des individus qui les composent ? Comment décrire, prescrire puis agir pour gagner en compétence et éviter que nos organisations se vident de leur substance à loccasion de plans de restructurations successifs qui altèrent plus quils ne dynamisent. Pouvoir disposer dune description exhaustive, synthétique, fiable et partagée de lorganisation devient une nécessite absolue à la fois pour mieux comprendre la structure actuelle mais également pour préparer le futur. Il est alors nécessaire dhomogénéiser la description de lorganisation mais aussi les concepts métiers (réseaux dagences, organigrammes hiérarchique, plan de comptes
) au sein dun référentiel organisationnel qui deviendra le socle sémantique commun pour lensemble des métiers de lentreprise assurant la cohérence et les interdépendances de manière explicite entre les différentes représentations et descriptions de lorganisation.
Franchir nos caps de Bojador
Michel Volle donne peu de piste pour percevoir la structure intime, le paradigme essentiel de linformatisation des sociétés humaines (impact famille, société civile, le politique) de cette révolution numérique, de ces nouveaux territoires mentaux à découvrir, cette « endless frontier » chère à Vanevar Bush, Mais que sont ces nouveaux territoires à découvrir. Pour un français former par la vision de la 3ème république le territoire est lintersection dune géographie, dune topologie et dune histoire, des peuples). Quen est-il dans le cas du virtuel, notre monde est-il entouré dune mer de Ténèbres ou pouvons-nous sortir de la caverne platonicienne et nous libérer du monde dillusions idéologiques dans lequel nous travaillons ? Franchir les courants et les vents des désillusions, de la prédation, de lillusion démocratique et de la propagande au quotidien qui tant à imposer la brutalité managériale comme la forme defficacité absolue ?
Lévolution des techniques picturales ne peuvent être dissociées des limites du représentables et de limaginable, elles sont directement modifiées la vie de lhomme de la renaissance de la même manière que les progrès de la cartographie ont permis aux hommes du XVIème siècle de franchir les limites des terra incognita et repousser les confins des connaissances encore peuplés de monstres marins mythiques et autres krakens,
Crise de linformatique et limites de la rationalité cartésienne
Le problème dincompréhension entre décideurs et MOA dune part et ingénieurs et MOE dautres parts nest ni une problème uniquement rencontré dans le secteur informatique (cas de larchitecture, de la peinture de commande
) mais néanmoins reste irrésolu depuis plus de 40 ans. Peut-on espérer le voir résolu par la formation, la sensibilisation lexplication la nécessité impérative de comprendre les contraintes du concepteur et lapprentissage longue et difficile de ses langages. Peut-on espérer voir les décideurs comprendre et apprendre le langage UML ce volapuk technicien ? Jen doute fort. La solution du paradoxe est à chercher ailleurs car le mal est plus profond. Lingénieur peine à admettre que sa rationalité, son cartésianisme, sa culture scientifique qui lui est si chère, si sublime soit-elle puisse être refusée par le pouvoir politique ou économique. Il sagit pour lui dun problème dexplication, de convaincre, dévangéliser. Peut-il accepter que lon souhaite uniquement conduire son véhicule, son institution, son entreprise sans connaître la mécanique (ce qui est communément admis) mais surtout en considérant la théorie du moteur à explosion comme sans intérêt. Ultime outrage à la science à la technologie car même si tout le monde est daccord sur le fait que sans moteur pas de véhicule certains sont convaincus que la connaissance liée à la technologie est inutile voire nuisible. Il nest pas pour moi question dapprouver cette démarche entre laxisme intellectuel et limite barjavelienne, ni den étudier les ravages mais plutôt de trouver une autre voie une autre dimension de compréhension et dintérêt permettant un dialogue constructif entre rationalité et sensibilité en évitant les positions dexcommunication et danathèmes proférés par des Torquemada positivistes. Faut-il tenter de convaincre les esprits réfractaires à la démarche scientifique, ces hérétiques à la raison aristotélicienne ? « Lingénieur veut mexpliquer comment ça marche (ou pourquoi çà marche mal) mais je ne souhaite pas ni savoir ni comprendre mais seulement utiliser ». Expliquer, vulgariser, évangéliser cest déjà imposer une approche inquisitoriale et culpabilisante. Ne faut-il pas plutôt abandonner le discours rationnel pour parler aux sens. Opposer à la passion de lingénieur pour son art le désir né de la séduction. Ne pas provoquer le choix « la science, linformatique aimez la ou quittez la ». Pour humaniser par linformatisation le monde des non-A une nouvelle maïeutique socratique est nécessaire. Pour éviter le désespoir Kantien lié au mirage de la connaissance absolue il faut penser laction pour avoir une prise sur le réel sans chercher à le restituer intégralement. Le mieux est souvent lennemi du bien en effet là où la Renaissance a apporté la démarche expérimentale heuristique, la pensée scientiste a aboutit à un positivisme doctrinaire. Il faut donc se contenter dévaluer nos représentations selon leur adéquation à laction. La conception de nos SI nous ramène à une pensée symbolique ancestrale à revenir à une conscience pré conceptuelle unifiant Sciences Poppériennes réfutables, cabale symbolique et pensée confucéenne dans une dynamique initiatique alliant le monde de la création au monde de la connaissance et des intentions dans une dynamique régénérant de laction et linnovation. Face à Sartre pour lequel le concept est la forme achevée de la pensée et souhaitant extirper limage, « la folle du logis » de tout concept se dresse Camus et son désarroi devant la science, linfaillibilité de la raison et du signe (Mythe de Sisyphe).
La clarté conceptuelle de Sartre réduit la puissance culturelle du symbole à des signes extérieurs c'est-à-dire à des systèmes de signes et des discours explicatifs fades multipliant les codes, les aspects formels en oubliant le sens et donc la puissance énergétique de limaginaire symbolique.
Espaces géométriques et cartographies
Pour reprendre la position de Husserl, tout système sappuie sur deux domaines distincts : un système formel ou syntaxique caractérisant la structure du système et les relations entre éléments et une dimension sémantique ou transcendantale référençant tous les éléments avec le monde vécu (Lebenswelt). Husserl indique le début de la crise de la science moderne à la fin de la géométrie classique du Lebenswelt au profit de géométries non euclidiennes, des sciences techniques, mécanistes et fonctionnalistes imprégnées de règles prescriptives, de processus déterministes et de formalismes excessifs.
Ce positivisme technologique minimise le contexte existentiel, lidéalisme et lintentionnel husserlien c'est-à-dire le domaine de la perception qui est la principale forme de connaissance humaine c'est-à-dire lexpérience de la temporalité et la spatialité de lunivers. La géométrie comme apprentissage harmonique dorientation de lhomme dans ses espaces physiques ou mentaux est notre principal instrument de signification.
SHAPE \* MERGEFORMAT
Les limites de du modèle en couches
Le modèle en couches permet de construire des tours de Babel opérationnelles mais la démarche ne permet pas de convaincre ni de synthétiser. En effet les accumulations de couches, de concepts, de spécialités en informatique rendent le dialogue entre professionnels de linformatique très difficile et ne facilitent pas la conception collective de lédifice. Pire le mille-feuille des niveaux conceptuels accumulés et de langages ésotériques pour le profane décourage les néophytes. La fulgurance créatrice de lépure nest-elle pas supérieure à laccumulation de concepts de niveaux, de méta niveaux ? Plus les démarches dinformatisation traditionnelles sont de type « bottom-up » en partant de la connaissance eet des technologies nécessaires pour construire les systèmes (de type « technology push ») alors que pour assurer un développement conformes aux attentes des approches basées sur lindentification des attentes (de type top-down) deviennent indispensables. Il faut donc construire une ingénierie perceptive des attentes, des intentions et du non-dit. Aux perspectives géométriques rationnelles apportées par les peintres de la Renaissance, il faut ajouter la dimension cachée, ce que Leonard de Vinci appelait la perspective atmosphérique c'est-à-dire le sfumato, le flou artistique.
La puissance de limage symbolique
Nous nous proposons dévaluer les méthodes et démarches actuelles de construction des SI et de mettre en avant les possibilités graphiques et dynamiques apportées par les TIC dans le cadre de représentation et de modélisation des organisations. Depuis les temps immémoriaux lhomme a chercher des langages adaptés aux besoins de communication. Les sociétés traditionnels ont trouvé des images et des symboles pour réduire à lessentiel des réalités pourtant extrêmement complexes et abstraites. Le langage symboliques des figures géométriques, des formes et des couleurs ont véhiculé les relations structurelles entre lhomme et son environnement, lhomme et le divin. Malgré les technologies actuelles (Internet
) il semble impossible à lhomme de mémoriser la bibliothèque de Babel par contre quelques symboles permettent de résumer lessence de la vérité par la révélation du beau.
Lesthétique comme catalyseur dempathie
Il faut remettre au centre de nos construits sociaux limportance des considérations esthétiques, les associations didées, les analogies, images suggestives et autres figures de sémiotique car « viser nest pas toucher » tout en décryptant les démarches totalitaires, propagandistes et grégaires issus des archétypes jungiens distillés dans nos inconscients collectifs. Le dirigeant, le décideur, le cadre sont confrontés à détranges paradoxes des attracteurs étranges. Comment sortir de ces injonctions paradoxales. Alors que les progrès sont phénoménaux au niveau des matériels, des langages de programmation, des capacités dinteractions avec lutilisateur, nous assistons à la fois à la banalisation de lusage de lordinateur et une modifications structurelles et profondes des organisations en crises. Cette remise en cause des liens collectifs et du rôle des automates dans notre société influence directement notre perception du rapports capital/travail auquel sajoute une incompréhension croissante entre informaticiens et utilisateurs matérialisant une crise des représentations de la technologie et de lorganisation du travail. Comprendre la manière dont un sujet est affecté par la représentation de son univers ambiant permet de passer de lautre coté du miroir, de passer dun point de vue personnel subjectif à une position communicable matérialisée par le SI et ainsi donnant une dimension objective, analytique formulée en quelque sorte une expérience sensorielle de lorganisation sur lequel un jugement esthétique permet de compléter de réflexions purement fonctionnelles, instrumentales ou utilitaires à une dimension symbolique, sensible et spirituelle (pour ne pas dire mystique) indispensable à létablissement de valeurs collectives nécessaires à toute vie en société.
La modélisation cartographique des SI doit-elle rester la description statique de lorganisation ou devenir la représentation symbolique, prescriptive et spéculative de sa plasticité permettant de définir une épistémologie constructiviste de lingénierie des processus organisationnels.
Informatiser un processus de changement de paradigme
Intégrer la dimension SI dans la stratégie générale de lentreprise cest développer une vision analytique pertinente du rôle de linformatique dans les organisations en comprenant le processus dinformatisation c'est-à-dire laccouplement entre lhomme organisé et lautomate : la beauté de la Matrice. Linformatisation des organisations vue comme une continuité de la démarche de mécanisation et dautomatisation du début du XXème siècle nest plus satisfaisant pour comprendre le changement de paradigme que vivent les sociétés contemporaines. Ainsi la révolution communicationnelle et esthétique que constituent les réseaux sociaux et plus particulièrement lattrait des réseaux technologiques de communautés en ligne (World Of Warcraft
) est complètement passée sous silence. Pire encore les grands médias supportés par des cohortes dintellectuels en mal de reconnaissance facile fustigent cette recherche démerveillement et de fuite dune réalité sans âme qui désespère une jeunesse en quête de formation et de mythes. Il faut absolument sortir de cette vision infantile des jeux numériques comme source de violence gratuite ou de drogue addictive pour adolescents complexés par leur apparence physique et fuyant leur réalité difficile à assumer pour endosser larmure du jeune et preux chevalier au corps parfait ou les crampons virtuels de Zinedine Zidane. Il faut introduire le virtuel comme une pratique fondamentale modelant à la fois lavenir des arts et des organisations humaines (nen déplaise aux théoriciens de lhistoire des arts sacralisés hémiplégiques à force de discourir sur la puissance de labstraction en peinture sur surfaces planes tout en rejetant le multi-dimensionnalité du virtuel couplant beauté plastique et sublime des mathématiques). La question nest pas uniquement de concevoir lordinateur comme support des arts plastiques contemporains assurant par la puissance du multimédia la convergence vidéo, graphisme, et du son mais plutôt sa puissance fédératrice sa force de catalyseur dempathie que je traduirai par son esthétisme. Ces univers virtuels déjà en place sur lInternet, force dagrégation et de cohésion à travers ses guildes, ce tribalisme numérique est également à luvre dans les organisations, façonnant lidentité narrative investit dans la formation et la personnalisation de son avatar, bouleversant les structures de pouvoir entre créateur et acteur. Malheureusement le capitalisme contemporain, par lintermédiaire de la société de consommation, a assuré la standardisation du désir formatant les goûts et diffusant lindustrie culturelle entre kitch et pédantisme.
Le pouvoir du désir
Si les jeux de pouvoir et lanalyse structurelle ont été pleinement intégrés dans la problématique du management stratégique, les désirs individuels et collectifs comme support de la volonté de lorganisation demeurent très largement ignorés. Pour autant, il est incontestable que la subjectivité, laffectivité, le symbolique, le désir en un mot lesthétique sont présents en tout lieu dans laction organisationnelle et dans tout processus de décision. Il me semble donc indispensable de dépasser le concept de lacteur manipulateur de linformation de plus en plus numérisée pour aborder à linstar de James March les jeux de représentations incarnés par les systèmes dinformation .
Influence du média sur la pensée
Il convient dinsister sur linfluence du support et des médias de mémorisation et de description sur nos représentations mentales de notre univers. Linformatisation se traduit également par une révolution du support passant du statique du tableau ou du codex au dynamique de lécran numérique et du e-papier. Lhypertexte ouvrent de nouvelles dimensions à lécriture et à la lecture, restructure nos façons de penser la connaissance et permet détablir de nouveaux réseaux sémantiques incarnés dans de nos supports de représentations graphiques. Le traitement graphique de linformation permettant le passage données, informations, connaissance (au sens stock /fluide statique/dynamique ). Au même titre que la chimie des pigments, des liants et huiles ont directement influencées lexpressivité picturale des peintures depuis laube des temps, les nouvelles technologies (écrans numériques, programmation dynamique
) offrent une recomposition de lespace temps. Le beau nest pas lennemi du pauvre même si notre société favorise la vulgarisation de léducation publique et la marchandisation de lArt ordinaire en diffusant une vulgarité de masse réservant le privilège de léducation, du « bon goût » et « du raffinement » aux classes dirigeantes. Lécole ayant sombrée dans sa vision contemporaine des « arts plastiques » alliant le bricolage du plombier au nimporte quoi du peintre en bâtiment sans forger le sens du beau et de lesthétique source dharmonie et de bonheur dans une société pacifiée. Pour illustrer cette vocation « messianique » porteuse despoir et de renouveau de lentreprise moderne nous emploieront les adjectifs déconomie contemporaine ou ultramoderne en opposition à la société moderne issue de léconomie industrielle et mécanisée ou de son pendant postmoderne symbole du désenchantement et dune vision négative et rétrograde post 68. A travers le prisme médiateur de nos écrans numériques, fenêtres planes de nos représentations collectives, modelé et modelant lexpression de nos archétypes et inconscients collectifs, exprimant le concept de synchronicité jungienne des évènements affectant nos organisations au même titre que lart moderne a servi dexutoire aux angoisses dun XXème siècle traumatisé par ses guerres mondiales..
Comprendre lunivers du concepteur
Comprendre la logique et les motivations du bâtisseur cest le premier pas pour appréhender luvre Comprendre les contraintes, le contexte économique et social, les procédés et les techniques à la disposition du maçon médiéval cest compléter notre approche sensible et esthétique de lArt monumentale des cathédrales par une empathie pour lartisan cest sapproprier une partie du génie lhumain cest faire acte dhumanisme. Comment définir ce « blueprint » qui structure limmense chantier naval que sont devenues nos organisations. Comment à partir de nos schémas de pensée dessinés à lencre bleue de nos espoirs supporter la conception et la réalisation dune société améliorée par le travail assistée par ses automates pilotés par un SI idéal. Pour reprendre une image chère à Leonard de Vinci et aux autres ingénieurs-artistes de la Renaissance comment passer du dessein (designo), au dessin pour aboutir à luvre. A limage du monde de lArt et de la peinture qui eut besoin de centaines dannées pour se formaliser et se structurer, passer dune activité manuelle dartisan au statut envié dintellectuel et dabstrait de la poésie et mettre en place les bases fragiles de sa cohérence, de sa grammaire et sa symbolique et de son institutionnalisation académique (déjà dissoute par lArt contemporain asséché par des discours auto référents creux et orphelin de principes structurants fédérateurs). Quelles sont les connaissances et savoirs essentielles sur lesquelles bâtir uns système de représentation permettant à la fois une approche descriptive de lentreprise tout en offrant un leviers de transformation.
Plan proposé
Partie 1 : Système dinformation et processus dinformatisation des organisations
Le concept de Système dinformation:
Les formes dassistance par ordinateur :informatiser nest pas automatiser
Les fondements dune science de la conception des SI
Représenter la connaissance
Partie 2 : Informatisation et assistance à la conception des systèmes techniques.
Du dessin industriel au maquette numérique. Simulation et design
Petite histoire du maquettage : conception navale et Blueprint
Designo : du dessin au dessein vision prospective téléologique
Les objets de communication de la conception.
Le schéma technique comme support à la communication entre métiers
Lesthétique de lartefact technique pour convaincre & vendre (web design)
Partie 3 : Lunivers esthétique des SI et démarche cognitive
Petite histoire de lEsthétisme
Le beau, lutile et le fonctionnel
Pensée symbolique et pensée conceptuelle
Dimension sensuelle et affective des SI
Limage et lécran esthétique de surface (web design) et ergonomie
Représentation de lespace et des systèmes multidimensionnelles
Voyage au pays des cubes et hyperplans organisationnels : limites expressives des chiffres, tableaux et camembert pour matérialiser des concepts abstraits.
Esthétique visuelle vecteur didée/sens/valeur puissance expressive de la courbe formes couleurs.
Lart de raconter un projet ou un processus : la simulation numérique au service de la narration organisationnel
La dimension cachée de lesthétique visuel des SI : de la contemplation à laction
Exemple de la supervision des grands systèmes et contrôle visuel.
Partie 4 : Méthodes et outils de modélisation de lentreprise et de son SI Métaphore du génie civil et état de lart
Modélisation et langages de lentreprise
Petit traité de boxologie (organigrammes, grafcet, UML, schéma, arbres de décision)
Méthodes de modélisation des processus
Les langages formalisés de description des structures et de transformation des modèles
Limite des langages formels : annotation & connotation
Représentation des SI et cadres de référence (Zachman, Togaf
)
Plasticité, flexibilité organisationnelle et langage de transformation des modèles
Le virtuel et le réel : images et métaphores (architecture des SI, urbanisation et aménagement de lespace virtuel, transformation et grands travaux dinfrastructure)
Comparaison des école française et nord américaines (urbanisation, Architecture dEntreprise, Model Driven Architecture, SOA)
Phase 4 Art de cartographier/modéliser/informatiser les organisations
Représenter et mémoriser les compétences et les savoir-faire individuels et collectifs. Intelligence collective de lentreprise et ses métiers
La frontière du possible : histoire de la cartographie
Du microscope au macroscope : du portulans à la cartographie sémantique ( une typologie des cartes : cartographie cadastrale, topologique, sémantique, cartogrammes anamorphiques, prospective)
Cartographie et représentation symbolique temps durée distances et perspectives
Cartographier la connaissance dans lentreprise (arbres de compétences
)
La Geographie, le territoire, les frontières après GoogleMap
Restituer la connaissance : esthétique des TB et dashboards
Pouvoir symbolique des icônes et logos
Géométrie symbolique et organisation spatio-temporelle
Du diagnostic à la prophylaxie : cartographier la voie
Partie 5 Lire le SI pour décrypter lorganisation : La démarche artistique comme modèle dabstraction des organisations ou la conception des SI comme lun des Beaux Arts
Usage des méthodes et théories de lhistoire de lart pour déchiffrer les SI
Artiste technique commanditaire destinataires lil externe
Contexte / dénotation / connotation / langage formel de lartiste / décodage Modèles picturaux de référence du SI
Modèle et vue académique
Modèle et vue impressionniste culturel
Modèle et vue expressionniste pouvoir stratégie
Modèle et vue cubiste analytique
Modèle et vue ready made et ERP
Modèle et vue abstrait conceptuel
Modèle et vue Pop Art Cheap & Kitch
Modèle et vue futuriste dynamique
Les technologies numériques pour décrypter lart
La palette numérique au service de lexplication de luvre
Le modèle de Zachman comme cadre de référence pour analyser l'évolution de la peinture moderne
Univers numérique et esthétique de limage de synthèse
Jeux et univers virtuels
LArt numérique : (uvre-système invisible, esthétique relationnelle, esthétique de la communication, le sublime technologique, esthétique des flux)
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