Introduction - TEL (thèses
Le concept d'homosexualité, c'est- à-dire de celui qui s'identifie ou que l'on
identifie .... Une infamie est un acte illégal à corriger et donc l'infâme devient un
individu à ...... C'est en ce sens que l'on peut dire que le système du sodomite
Sade est un ...... Cette manière d'appréhender les homosexuels se comprend
chez des ...
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au long de mon travail de doctorat avec exigence et bienveillance. Je veux quil sache que jai pour lui un profond respect et une grande admiration.
Un grand merci aussi à mon amie Madame Catherine Lefebvre, conservateur en chef des bibliothèques pour les lectures de mes travaux et ses conseils en matière de rédaction. Elle fut un soutien précieux tout au long de ce difficile, mais passionnant travail.
Un merci également à Monique Calinon pour la lecture critique de mes travaux.
Un merci aussi à mon ami Didier Godard qui ma aidé de ses conseils dhistorien de lhomosexualité et qui a accepté de faire partie de mon jury et à mon ami Bruno Auer pour son indispensable aide dans la langue de Shakespeare.
Merci aussi à ma collègue Madame Florida Bonnard pour son aide en matière de bureautique.
Merci aussi à mes amis : ceux de lassociation Les Sybarites, ainsi que Gilles Lacombe, Frank Fiacre, Catherine Serres, Moufida Labsir et bien dautres amis pour leur soutien et leurs encouragements.
Merci à ma famille et particulièrement à ma mère qui a toujours cru en mon projet et à mon très cher frère Pierre Pastorello qui ma aidé avec toute sa générosité.
Merci aussi à tous ceux que je nai pas pensé à citer dans cette liste. Jespère quils ne men tiendront pas rigueur.
TABLE DES MATIERES
TOC \o "1-3" \h \z \u HYPERLINK \l "_Toc229674256" PAGES LIMINAIRES PAGEREF _Toc229674256 \h 8
HYPERLINK \l "_Toc229674257" INTRODUCTION PAGEREF _Toc229674257 \h 10
HYPERLINK \l "_Toc229674258" CHAPITRE I : LES PERCEPTIONS DE LHOMOSEXUALITE MASCULINE AU COURS DU XVIIIe SIECLE PAGEREF _Toc229674258 \h 26
HYPERLINK \l "_Toc229674259" I Les perceptions usuelles de lhomosexualité au cours du XVIIIe siècle PAGEREF _Toc229674259 \h 28
HYPERLINK \l "_Toc229674260" II Les perceptions de lhomosexualité masculine dans la littérature PAGEREF _Toc229674260 \h 43
HYPERLINK \l "_Toc229674261" A/ Les débats sur la nature et la présence de lhomosexualité dans certaines civilisations antiques et non européennes PAGEREF _Toc229674261 \h 45
HYPERLINK \l "_Toc229674262" B/ La description des plaisirs et des pratiques sexuelles PAGEREF _Toc229674262 \h 53
HYPERLINK \l "_Toc229674263" III La perception de lhomosexualité dans les études sadiennes. PAGEREF _Toc229674263 \h 62
HYPERLINK \l "_Toc229674264" A/ Une vision polymorphique extrême de la nature PAGEREF _Toc229674264 \h 63
HYPERLINK \l "_Toc229674265" B/ La sodomie entre hommes dans les textes sadiens PAGEREF _Toc229674265 \h 66
HYPERLINK \l "_Toc229674266" CHAPITRE II : LA SOCIETE HOMOSEXUELLE AU XVIIIe SIECLE ? PAGEREF _Toc229674266 \h 72
HYPERLINK \l "_Toc229674267" I Peut-on parler de marquage social ? PAGEREF _Toc229674267 \h 76
HYPERLINK \l "_Toc229674268" A/ Limportance du couple aristocrate et Tiers état PAGEREF _Toc229674268 \h 77
HYPERLINK \l "_Toc229674269" B/ La place des clercs PAGEREF _Toc229674269 \h 82
HYPERLINK \l "_Toc229674270" C/ Les gens de métiers PAGEREF _Toc229674270 \h 88
HYPERLINK \l "_Toc229674271" II Les lieux de rencontre et les réseaux à Paris PAGEREF _Toc229674271 \h 97
HYPERLINK \l "_Toc229674272" A Géographie des lieux de rencontre PAGEREF _Toc229674272 \h 98
HYPERLINK \l "_Toc229674273" B Lexistence de réseaux PAGEREF _Toc229674273 \h 109
HYPERLINK \l "_Toc229674274" III Peut-on parler au XVIIIe siècle dune affirmation de la subculture homosexuelle ? PAGEREF _Toc229674274 \h 112
HYPERLINK \l "_Toc229674275" A/ Intentionnelle PAGEREF _Toc229674275 \h 113
HYPERLINK \l "_Toc229674276" B/ Existentielle PAGEREF _Toc229674276 \h 123
HYPERLINK \l "_Toc229674277" CHAPITRE III : LA REPRESSION DE LA SODOMIE A LA FIN DE LANCIEN REGIME PAGEREF _Toc229674277 \h 131
HYPERLINK \l "_Toc229674278" I / Le droit en matière dhomosexualité a la fin de lancien régime PAGEREF _Toc229674278 \h 132
HYPERLINK \l "_Toc229674279" A/ La définition du crime de sodomie à la fin de lAncien régime PAGEREF _Toc229674279 \h 132
HYPERLINK \l "_Toc229674280" B/ Une analyse traditionnelle de lhomosexualité PAGEREF _Toc229674280 \h 134
HYPERLINK \l "_Toc229674281" II Lapplication du droit PAGEREF _Toc229674281 \h 137
HYPERLINK \l "_Toc229674282" A/ Les dernières exécutions pour sodomie PAGEREF _Toc229674282 \h 137
HYPERLINK \l "_Toc229674283" B/ La place de plus en plus croissante de la répression policière PAGEREF _Toc229674283 \h 141
HYPERLINK \l "_Toc229674284" CHAPITRE IV : LES PERCEPTIONS DE LHOMOSEXUALITE MASCULINE DANS LA SOCIETE FRANCAISE DE LA REVOLUTION A LA PREMIERE PARTIE DU XIXe SIECLE PAGEREF _Toc229674284 \h 163
HYPERLINK \l "_Toc229674285" I Les représentations de lhomosexuel masculin : du vice des anciennes élites jusqu'au danger a lordre social PAGEREF _Toc229674285 \h 169
HYPERLINK \l "_Toc229674286" A/ Libelles et pamphlets révolutionnaires PAGEREF _Toc229674286 \h 170
HYPERLINK \l "_Toc229674287" B/ Les représentations de lhomosexualité dans la littérature et à travers les discours de plusieurs réformateurs sociaux PAGEREF _Toc229674287 \h 184
HYPERLINK \l "_Toc229674288" C) Perceptions usuelles PAGEREF _Toc229674288 \h 202
HYPERLINK \l "_Toc229674289" II Lhomosexualité progressivement assimilée à des facteurs de désordres PAGEREF _Toc229674289 \h 215
HYPERLINK \l "_Toc229674290" A / Vagabondage, prostitution, crime et homosexualité PAGEREF _Toc229674290 \h 216
HYPERLINK \l "_Toc229674291" B/ La peur de linvasion de lhomosexualité PAGEREF _Toc229674291 \h 223
HYPERLINK \l "_Toc229674292" III Les raisons profondes de ces représentations de lhomosexualité PAGEREF _Toc229674292 \h 227
HYPERLINK \l "_Toc229674293" A/ Redéfinition de la masculinité au cours de la première partie du XIXe siècle PAGEREF _Toc229674293 \h 227
HYPERLINK \l "_Toc229674294" B/ La mutation de limage du pervers PAGEREF _Toc229674294 \h 230
HYPERLINK \l "_Toc229674295" CHAPITRE V : LA TRANSFORMATION DE LA MEDECINE DE LIMPREGNATION THEOLOGIQUE AUX ENQUETES MEDICO-LEGALES PAGEREF _Toc229674295 \h 236
HYPERLINK \l "_Toc229674296" I Le sexe pervers dans le discours médical : des perceptions morales à la médecine légale PAGEREF _Toc229674296 \h 240
HYPERLINK \l "_Toc229674297" A/ Un discours moral qui reprend une phraséologie religieuse classique PAGEREF _Toc229674297 \h 240
HYPERLINK \l "_Toc229674298" B/ Lhomosexualité masculine dans le discours de la médecine légale PAGEREF _Toc229674298 \h 250
HYPERLINK \l "_Toc229674299" C/ Masturbation et homosexualité PAGEREF _Toc229674299 \h 272
HYPERLINK \l "_Toc229674300" II Les pratiques médicales PAGEREF _Toc229674300 \h 283
HYPERLINK \l "_Toc229674301" A/ Quelques cas examinés à lépoque de la médecine légale PAGEREF _Toc229674301 \h 283
HYPERLINK \l "_Toc229674302" B) Lenfermement ? PAGEREF _Toc229674302 \h 296
HYPERLINK \l "_Toc229674303" CHAPITRE VI : LARSENAL JURIDIQUE EN MATIERE DHOMOSEXUALITE DANS LA PREMIERE PARTIE DU XIXe SIECLE : DE LABOLITION DU CRIME DE SODOMIE A LOUTRAGE AUX MOEURS PAGEREF _Toc229674303 \h 307
HYPERLINK \l "_Toc229674304" I La signification de labolition du crime de sodomie PAGEREF _Toc229674304 \h 309
HYPERLINK \l "_Toc229674305" A/ Une abolition dans le cadre de luvre de laïcisation du droit PAGEREF _Toc229674305 \h 312
HYPERLINK \l "_Toc229674306" B/ La notion de victime et le souci déviter toute forme de publicité scandaleuse PAGEREF _Toc229674306 \h 315
HYPERLINK \l "_Toc229674307" C/ Une nouvelle conception du pouvoir PAGEREF _Toc229674307 \h 317
HYPERLINK \l "_Toc229674308" D/ Louis Michel Le Peletier de Saint-Fargeau PAGEREF _Toc229674308 \h 320
HYPERLINK \l "_Toc229674309" II La définition des « bonnes murs » dans deux textes révolutionnaires PAGEREF _Toc229674309 \h 321
HYPERLINK \l "_Toc229674310" A/ Les « bonnes murs » dans la loi sur la police municipale de 1791 PAGEREF _Toc229674310 \h 321
HYPERLINK \l "_Toc229674311" B/ Les bonnes murs dans le décret de 1792 sur le divorce PAGEREF _Toc229674311 \h 324
HYPERLINK \l "_Toc229674312" III Le contrôle des murs depuis la mise en place du Code pénal de 1810 jusquà la réforme de 1832. PAGEREF _Toc229674312 \h 326
HYPERLINK \l "_Toc229674313" A/ Loutrage public à la pudeur dans le cadre de larticle 330 du Code pénal PAGEREF _Toc229674313 \h 328
HYPERLINK \l "_Toc229674314" B/ La notion de bonnes murs dans dautres textes de loi PAGEREF _Toc229674314 \h 332
HYPERLINK \l "_Toc229674315" C/ Le contrôle des murs dans certaines ordonnances de police PAGEREF _Toc229674315 \h 333
HYPERLINK \l "_Toc229674316" D/ La protection de la jeunesse des articles du Code pénal jusquà la réforme de 1832 PAGEREF _Toc229674316 \h 336
HYPERLINK \l "_Toc229674317" CHAPITRE VII : LA REPRESSION EN PRATIQUE PAGEREF _Toc229674317 \h 340
HYPERLINK \l "_Toc229674318" I La répression de lhomosexualité de 1789 à la première partie du XIXe siècle : un durcissement progressif PAGEREF _Toc229674318 \h 340
HYPERLINK \l "_Toc229674319" A/ Quelques procès pendant la Révolution PAGEREF _Toc229674319 \h 340
HYPERLINK \l "_Toc229674320" B/ Une accélération de lEmpire à la Monarchie de juillet PAGEREF _Toc229674320 \h 344
HYPERLINK \l "_Toc229674321" II Laction répressive de la police PAGEREF _Toc229674321 \h 354
HYPERLINK \l "_Toc229674322" A/ Surveillance des lieux de rencontre, des théâtres et des cabarets PAGEREF _Toc229674322 \h 355
HYPERLINK \l "_Toc229674323" B/ La répression diffuse du voisinage auxiliaire des policiers PAGEREF _Toc229674323 \h 369
HYPERLINK \l "_Toc229674324" C / Répression des écrits licencieux PAGEREF _Toc229674324 \h 371
HYPERLINK \l "_Toc229674325" D/ Le rôle moteur de certaines affaires criminelles PAGEREF _Toc229674325 \h 373
HYPERLINK \l "_Toc229674326" CHAPITRE VIII : LES PRATIQUES HOMOSEXUELLES DE 1789 A LA PREMIERE PARTIE DU XIXe SIECLE PAGEREF _Toc229674326 \h 380
HYPERLINK \l "_Toc229674327" I Les mutations de la sociabilité homosexuelle PAGEREF _Toc229674327 \h 381
HYPERLINK \l "_Toc229674328" A/ Les lieux de rencontre : évolution et fréquentation PAGEREF _Toc229674328 \h 383
HYPERLINK \l "_Toc229674329" B/ Les réseaux quen est il de leur évolution ? PAGEREF _Toc229674329 \h 397
HYPERLINK \l "_Toc229674330" II Homosexualité et classes sociales : quelles évolutions ? PAGEREF _Toc229674330 \h 407
HYPERLINK \l "_Toc229674331" A/ Lhomosexualité dans les classes populaires PAGEREF _Toc229674331 \h 408
HYPERLINK \l "_Toc229674332" B/ Lhomosexualité des élites : quelques personnages connus PAGEREF _Toc229674332 \h 416
HYPERLINK \l "_Toc229674333" CONCLUSION PAGEREF _Toc229674333 \h 442
HYPERLINK \l "_Toc229674334" ETAT DES SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE PAGEREF _Toc229674334 \h 454
HYPERLINK \l "_Toc229674335" Sources PAGEREF _Toc229674335 \h 454
HYPERLINK \l "_Toc229674336" A/ Archives PAGEREF _Toc229674336 \h 454
HYPERLINK \l "_Toc229674337" B/ Sources imprimées PAGEREF _Toc229674337 \h 459
HYPERLINK \l "_Toc229674338" Bibliographie PAGEREF _Toc229674338 \h 496
HYPERLINK \l "_Toc229674339" A/ usuels et ouvrages généraux sur des sujets autres que lhistoire de la sexualité PAGEREF _Toc229674339 \h 496
HYPERLINK \l "_Toc229674340" B/ ouvrages généraux sur lhistoire de la sexualité et de la conjugalité et du genre PAGEREF _Toc229674340 \h 503
HYPERLINK \l "_Toc229674341" C/ Ouvrages généraux sur lhomosexualité et ouvrages sur lhomosexualité avant le XVIIIe siècle ou après le XIXe siècle PAGEREF _Toc229674341 \h 509
HYPERLINK \l "_Toc229674342" D/ Ouvrages sur lhomosexualité aux XVIIIe et XIXe siècles PAGEREF _Toc229674342 \h 516
HYPERLINK \l "_Toc229674343" E/ Biographies PAGEREF _Toc229674343 \h 520
HYPERLINK \l "_Toc229674344" F/ Outils méthodologiques PAGEREF _Toc229674344 \h 521
HYPERLINK \l "_Toc229674345" G/ articles de périodiques PAGEREF _Toc229674345 \h 522
HYPERLINK \l "_Toc229674346" H/ documents électroniques PAGEREF _Toc229674346 \h 528
TABLE DES ILLUSTRATIONS
TOC \h \z \c "CARTE" HYPERLINK \l "_Toc229846555" CARTE 1 : LES LIEUX DE RENCONTRE AU COURS DU XVIIIème SIECLE PAGEREF _Toc229846555 \h 100
HYPERLINK \l "_Toc229846556" CARTE 2: LES LIEUX DE RENCONTRE AU COURS DU XIXème SIECLE PAGEREF _Toc229846556 \h 385
PAGES LIMINAIRES
Résumé en français :
Au cours dune période que lon peut situer entre la dernière partie du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècle lhomosexualité masculine en tant que fait spécifique est en cours de construction en prenant en exemple une ville comme Paris. On assiste à un foisonnement de discours et de perceptions autour des pratiques sexuelles et amoureuses entre hommes et le développement dune subculture sodomite. Au fur et à mesure que le juridique évolue entre des textes qui condamnent la sodomie au bûcher et une pratique qui privilégie la répression policière, lhomosexualité masculine est stigmatisée comme particulière et asociale. Une nouvelle forme de discours médical émerge grâce au concours quil doit apporter à lhomme de loi. Lhomosexualité est atteinte principalement par la répression des outrages aux murs et par laction répressive de la police. Si des subcultures homosexuelles existent, les discours sur lhomosexualité paraissent avoir peu dinfluence sur les pratiques en prenant comme exemple certains éléments des classes populaires urbaines et des hommes notoires. Lhomosexualité reste au terme de cette période en cours de construction. Alors que ce fut un nouveau moment dans la construction de lhomosexualité, des analyses en termes de genre persistaient.
Résumé en anglais :
Over a period stretching from the latter part of the eighteenth century to the first half of the nineteenth century, a specific male homosexual identity was developing in cities such as Paris. This period saw a proliferation of writings about and views on sexual practices and same-sex relations between men, and the development of a subculture of sodomites. As the judicial sphere evolved between death sentences and an increasingly repressive attitude on the part of the police, male homosexuality was singled out as asocial behaviour. A new form of medical discourse emerged in order to support the police statements and legal judgments of the time. In order to clamp down on homosexuality, the authorities made widespread use of the charge of affront to public decency, and of police raids. Yet homosexual subcultures thrived, and public condemnations of homosexuality had relatively little influence on peoples behaviour, as the numerous police records involving urban, working-class young men and older gentlemen demonstrate. Whilst this was a new moment in the social construction of homosexuality, it was profoundly anchored in traditional gender stereotypes.
Titre en anglais :
Sodom in Paris : protohistory of male homosexuality end XVIIIe - mid nineteenth century
Proposition de mots clefs :
Homosexualité masculine France Paris 1700-1799
Homosexualité masculine France Paris 1800-1899
INTRODUCTION
La sexualité humaine est un phénomène complexe qui est régi par une variété de lois et de normes sociales. Elle constitue un domaine denjeux sociaux où se croisent des préoccupations liées à la santé, à la procréation, à la démographie, aux tabous et aux lois. Lhistoire des pratiques sexuelles se comprend dans le cadre de lévolution des murs et des représentations. Au plan historiographique cest-à-dire au niveau de lécriture de lhistoire, la sexualité est abordée assez récemment et il a fallu attendre les années 1960-1970 pour que se développe un réel intérêt pour l'histoire de cette thématique. Il faut, à ce propos, souligner lapport énorme de Michel Foucault notamment avec son uvre en trois tomes Histoire de la sexualité, dont le premier tome La volonté de savoir sinscrivait en faux contre lidée quà lâge classique on ne parlait pas de sexe. Depuis, lhistoriographie et la recherche historique sintéressent de plus en plus au thème de la sexualité. Lhistoire de la sexualité se situe au croisement de plusieurs domaines : histoire, sociologie, médecine, histoire des croyances et des représentations, histoire de la famille, anthropologie, droit
Elle doit explorer ces différentes disciplines. Lhistorien qui étudie la sexualité doit toujours préciser sous quel angle il entend létudier. Les études sur le genre sont majeures. Elles vont donner une impulsion à lhistoire de lhomosexualité. Le genre, au niveau social, est lidentité qui est construite par lenvironnement social ; de ce point de vue la virilité ou la féminité sont des constructions ou des représentations sociales et non des données naturelles : quest ce qui doit caractériser un homme dans une époque donnée ? Quest-ce-qui différencie le domaine du masculin et du féminin au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle ? Le travail de Thomas Laqueur La fabrique du sexe analyse le passage dune conception héritée de Galien à une idée de deux sexes séparés et distincts dans leur nature profonde. Dès la fin du XVIIIe siècle, des auteurs remettent en cause certaines conceptions. Ils jugent que les sexes sont fondamentalement divergents. La vision de ce quest la masculinité va en être profondément changée. Pierre Bourdieu estime que lon ne naît pas homme, mais quon le devient, et cest à travers tout un ensemble de rituels qui se mettent en place progressivement au XIXe siècle, que va se façonner lidentité masculine. Ceci implique que certains comportements ne cadrent pas avec lidentité de lhomme et sont des déviations du genre. Les études anglo-saxonnes sur le genre Gender studies portent sur un vaste domaine détude et de controverses portant sur la notion de genre sexuel. Le sexe signifie lorgane sexuel et le genre masculin ou féminin. Cependant en posant une équivalence entre sexe et genre on sous-estime la dimension sociale de lidentité sexuelle. La philosophe américaine Judith Butler, une des principales protagonistes de ce courant, montre que genre et désir sont les effets dune certaine formation du pouvoir et quels sont les enjeux politiques à désigner ces catégories de lidentité ? Lhistoire du genre est donc un angle essentiel pour comprendre et envisager les discours et le questionnement sur les pratiques sexuelles entre hommes au cours de la période étudiée.
La sexualité entre hommes est perçue dans un premier temps à travers la sodomie. Pendant longtemps la sodomie est vue comme une pratique sexuelle plus que comme un état définissant certaines personnes. La sodomie désignait certes au départ tout un ensemble décarts sexuels, mais cétait essentiellement les relations amoureuses entre hommes qui étaient stigmatisées à travers ce terme. Comme le note Elisabeth Roudinesco « être sodomite cétait refuser la différence dite naturelle des sexes. La sodomie fut regardée comme le versant le plus noir de lactivité perverse et le sodomite regardé comme un être satanique était ainsi voué au bûcher. Le terme sodomie renvoyait à un épisode de la Bible « lhistoire de la ville de Sodome ». Lhomosexualité fait référence à une stigmatisation médicale. Ce terme est le reflet de la médicalisation des pratiques amoureuses entre hommes. Il est une création de la seconde partie du XIXe siècle. On attribue à un médecin hongrois, en 1869, la création de ce terme dans le cadre dun échange avec le ministre de la justice de Prusse et visant à demander la levée des sanctions contre les personnes homosexuelles. Cest dans le contexte dune définition du sentiment sexuel contraire quil faut replacer la naissance de ce mot. Par opposition, le terme hétérosexualité dans le sens de sexualité normale ou conforme est apparu en 1893 dans la première publication en anglais de Psychopathia sexualis de Richard Von Krafft-Ebing (1840-1902) ; en français, le terme dhétérosexualité semble être apparu en 1894. Donc, par commodité, nous utiliserons le terme dhomosexualité créé par le médecin hongrois Karoly Maria Kertbeny (1824-1882) ; ce terme, et il faut dire avec fermeté, nexiste pas dans les archives consultées pour ce travail, et les relations sexuelles entre hommes sont définies par plusieurs adjectifs. Il y aurait bien un foisonnement de discours sur les relations sexuelles entre hommes mais nullement une idée dhomosexualité au sens dune personne avec une nature particulière. Cependant à partir de la fin du XVIIIe siècle et au cours de la période étudiée, les évolutions dans la perception du genre, la découverte de la nature et de ce qui lui est conforme ou non, redéfinissent- et ceci dans un contexte de relative sécularisation -la représentation de lhomosexualité ou de la sexualité entre hommes. Cest à partir de la définition des plaisirs naturels et contraires que va se définir plus tard lhomosexuel. Cest dans des ouvrages de médecins mais également de théologiens et de pornographes, que lon va scruter, déterminer, analyser les plaisirs naturels, excessifs et factices. Cette définition des plaisirs naturels et antinaturels est létape qui conduira plus tard à la définition du personnage de lhomosexuel. Cette période qui va des dernières décennies du XVIIIe siècle à la première partie du XIXe siècle voit la France se chercher politiquement à travers des régimes qui se succèdent : Ière république, Empire, Restauration, Monarchie de juillet. La France va progressivement se moderniser par les sciences et par lévolution des murs, ce qui va induire de nouvelles approches juridiques dautant plus que le poids du catholicisme va diminuer. Ces faits auront des incidences directes dans la façon de percevoir les relations sexuelles entre hommes.
Lhistoire de lhomosexualité doit donc être posée en termes dexclusion, de différence et de discrimination. Lexclusion sociale est avant tout la marginalisation de personnes qui ne correspondent pas au modèle social dominant. Pour être exclu, il faut avoir été désigné comme exclu, et lexclusion est toujours au départ construite et définie à partir de normes quil convient de respecter pour être inclus. Cest dans le cadre de la définition de la déviance telle quelle a été définie par lécole américaine de sociologie de Chicago que doit être comprise lexclusion. Un individu est défini comme déviant car son comportement contrevient à des règles émises par des entrepreneurs de morale. Le concept dentrepreneur de morale est à situer dans les thèses de lEcole de Chicago. Lentrepreneur de morale est celui qui contribue à définir les normes et à les faire appliquer. On peut distinguer deux types dentrepreneurs de morale : ceux qui cherchent à supprimer certains comportements en créant des règles de manière conséquente et ceux qui, une fois la norme édictée, sont chargés de la faire appliquer. Donc lexclu réagira contre la stigmatisation qui le frappe et les personnes intégrées réagiront à sa présence jugée trop visible. De même que lexclusion de lhomosexuel vise aussi à renforcer la cohésion du groupe : lhomosexuel constitue en quelque sorte un contre modèle qui renforce la cohésion du modèle. Lhistoire de lhomosexuel pose donc le problème de son exclusion, des processus de discrimination.
Au plan historiographique et pour dresser un panorama non exhaustif, les études sur les homosexualités dans le domaine historique posent un problème spécifique en France où les recherches sur les homosexualités ne bénéficient pas comme aux Etats-Unis dassises comme les Gays studies. Les gays studies situent lhistoire ou létude de lhomosexualité dans lhistoire du genre et de sa déconstruction, et il faut aussi souligner limportance de la théorie Queer qui entend remettre en cause lessentialisme de notre vision des sexes analysée avec la notion de nature. En France, des forums sont organisés, des rencontres, mais les institutions de recherche restent encore assez timides. Globalement, dans les années 70, des travaux sont produits dans le domaine historique et ils ont pour auteurs souvent des militants de la cause homosexuelle : il faut citer de Guy Hocquenghem (1946-1988) Race dep en 1979 qui connut une adaptation au cinéma et qui est consacrée à lhistoire de lhomosexualité. Il faut citer également au plan scientifique, en 1976, le premier tome de Lhistoire de la sexualité de Michel Foucault (1926-1984), La volonté de savoir. Lhistorien et épistémologue Jean Paul Aron et le philosophe et ethnologue Roger Kempf publient aussi une étude, Le Pénis et la démoralisation de lOccident en 1978, et enfin, Pierre Hahn réalise une étude consacrée exclusivement à lhomosexualité masculine sous le Second empire, Nos ancêtres les pervers. Dans les années 1980 la production intellectuelle sur les homosexualités sest déplacée notamment dans le domaine historique vers les rangs universitaires et nous pouvons citer dans lordre chronologique létude de Bernard Sergent (1946- ) sur lhomosexualité initiatique dans la mythologie grecque, les recherches de Michel Rey (1953-1993) sur les sodomites parisiens au XVIIIe siècle de 1982 à 1989, louvrage de Maurice Lever (1935-2006) Les bûchers de Sodome en 1985. La période plus contemporaine fut bien abordée, notamment la déportation homosexuelle avec un ouvrage de Jean Boisson, Le Triangle rose 1988. Enfin deux colloques doivent être cités : en 1986, à la Sorbonne, sur les études et recherches sur les homosexuels et sur les lesbiennes et, enfin, à la même Sorbonne le colloque Homosexualité et lesbianisme en décembre 1989. En dehors de la France, il faut aussi signaler les études de John Boswell (1947-1994) sur lhomosexualité au Moyen âge notamment Christianisme, tolérance sociale et homosexualité en 1985. Depuis les années 1990, des travaux dérudits et duniversitaires ont été produits en France : Les études de Didier Godard sur lhistoire des sodomites des origines du Christianisme à lEurope des Lumières, les contributions dOlivier Blanc notamment son ouvrage sur Lamour à Paris au temps de Louis XVI en 2002, les travaux de Regis Revenin sur Lhomosexualité et la prostitution masculine 1870 à 1918 en 2005, la thèse de Florence Tamagne Histoire de l'homosexualité en Europe: Berlin, Londres, Paris, 1919-1939 en 1998, et son ouvrage intitulé Mauvais genre sur lhistoire des représentations de lhomosexualité. Louvrage de Laure Murat intitulé La loi du genre en 2006 et qui porte sur les représentations de ce que lon nommait le troisième sexe. En dehors de la France, il faut aussi citer les travaux de Michael Sibalis sur lhomosexualité à lépoque napoléonienne. Luvre de luniversitaire américain Georges Chauncey intitulée Gay New York sur les homosexuels à New York de 1890 à 1940. Pour la période actuelle, en France, il faut aussi mentionner plusieurs études ou lhomosexualité est abordée : Lharmonie des plaisirs de lhistorien Alain Corbin : ce dernier étudie lhomosexualité dans le cadre plus globale de lémergence dun discours sur les variantes du plaisir sexuel ; létude dElisabeth Roudinesco La part obscure de nous mêmes où lhomosexualité est replacée dans une réflexion globale sur le monde de la perversion. Les travaux de lhistorien et universitaire André Rauch sur la masculinité permettent de situer lémergence de la représentation de lhomosexuel dans le cadre de la construction de la masculinité et luvre de Robert Muchembled, notamment Lorgasme et lOccident, permet de replacer lhistoire de lhomosexualité dans le cadre plus global de lhistoire des plaisirs sexuels et de la morale.
Au plan méthodologique, quentend-on par faire lhistoire de lhomosexualité ? Sagit-il détudier dans une période donnée un groupe dhommes réunis par une même pratique de la sexualité en supposant quils avaient conscience de constituer un groupe ? Sagit-il plutôt détudier la façon dont sont perçues les relations amoureuses entre personnes de même sexe ? Sagit-il de percevoir les manières de vivre la sexualité entre personnes de même sexe et son évolution dans le temps ? On le voit, lhistoire de lhomosexualité nécessite un éclaircissement sur les approches utilisées. On peut affirmer que lhistoire de lhomosexualité fait appel tout comme lhistoire de la sexualité à lhistoire des mentalités et des représentations : lhistoire des représentations de lhomosexualité participe donc à la fois dune interrogation sur les différentes conceptions de lamour et de la sexualité qui recoupent notamment lhistoire de la famille, lhistoire de la vie privée et lhistoire des femmes
Elle fait appel aussi plus globalement à lhistoire sociale et lhistoire des modes de vie : la pratique de lhomosexualité si elle est liée à lévolution des représentations, est aussi liée à lévolution des modes de vie et de perception de la sexualité en général. Lhistoire de lhomosexualité nécessite dutiliser aussi lhistoire du droit, de la médecine, de la police, de la justice, de la littérature et de la pensée. Elle nécessite pour lhistorien qui choisit de sy employer, de croiser des sources de natures diverses : médicales, juridiques, judiciaires, policières, littéraires, mémoires et souvenirs personnels. Cest le croisement subtil de ces sources variées qui permettra de dégager une histoire de lhomosexualité suffisamment riche et intégrant toute la diversité de cette même histoire. Une autre difficulté est de définir ce que nous entendons par homosexuel dans le cadre de notre recherche historique. Certains entendent définir homosexuel celui qui sassume et se pense comme homosexuel. Cette vision est forcément restrictive et elle peut tendre aussi parfois à une certaine forme danachronisme, car elle consiste à transposer des problématiques qui étaient absentes dans lépoque que nous étudions. Faut-il penser et intégrer comme homosexuel celui qui ne lassumant pas et menant une vie classique avait sans doute une sensibilité assez clairement homosexuelle ? Le choix est difficile car le problème est que lhomosexualité fut rarement assumée pleinement par les intéressés : on doit se baser souvent sur des témoignages qui sont parfois à prendre avec précaution car ils sont sujets à caution. Cette opposition entre vision restrictive de ce quest un homosexuel et une vision plus diluée correspond à, soit faire lhistoire de lidentité homosexuelle, soit lhistoire du comportement homosexuel. Pour notre part nous faisons le choix dadopter la seconde posture car la première limiterait les exemples que nous pourrions prendre à un ou deux cas dhommes célèbres et assumant pleinement leur homosexualité. Par ailleurs elle présenterait des risques danachronisme pour létude dune époque où lhomosexualité en tant que telle nest pas théorisée. Lhomosexualité doit aussi être envisagée plus globalement que lhistoire des conceptions juridiques la concernant : parallèlement à la définition du crime de sodomie notamment dans les milieux aristocratiques, une certaine forme de tolérance était de mise. En étudiant simplement lhistoire de lhomosexualité par rapport aux doctrines juridiques, cest tout un pan de la vie homosexuelle qui risquerait déchapper à lhistorien. Au XVIIe siècle, suivant le contexte, certains pouvaient vivre assez librement leurs amours masculines quand dautres pouvaient se retrouver sur un bûcher. Les situations se révélaient parfois très hétérogènes. Pourquoi avoir choisi létude de lhomosexualité du milieu du XVIIIe siècle jusquà la première moitié du XIXe siècle ? Pourquoi avoir choisi comme cadre Paris ? La période choisie est stratégique car il sagit dune période de bouleversements politiques importants. Ces bouleversements touchent la France dabord, mais ils vont sétendre en Europe avec lépopée révolutionnaire et napoléonienne. Ces changements vont occasionner la disparition dun ordre économique et social sur lequel reposait le crime de sodomie. Le crime de sodomie était limage dun ordre social où il y avait osmose entre lEglise et lEtat. La fin de cet ordre remettait en cause de manière directe cet état de fait. Les bouleversements politiques avaient donc une conséquence directe sur la vision que la société avait de lhomosexualité et sur son traitement juridique. Nous passons ainsi au cours de cette période dune perception théologique à une perception laïcisée de lhomosexualité : au début de la période étudiée, la vision de la sodomie, crime dessence théologique, domine encore des pans entiers de la société, un peu après la moitié du XIXe siècle le Docteur Ambroise Tardieu publiera Etude médico-légale sur les attentats aux murs qui fustige lhomosexualité en tant que perversion sexuelle. Cette étude de médecine légale constitue létude la plus aboutie en la matière et elle se veut scientifique. Donc elle constitue un tournant dans lhistoire des pratiques sexuelles entre hommes. A travers ce passage dune vision théologique à une vision laïque, lhomosexualité devient-elle ainsi le révélateur dun nouvel ordre politique comme le notait Eric Fassin. Lordre sexuel apparaît-il comme une clé de lordre social. Jean Paul Aron et Roger Kempf situaient linstallation de cet ordre sexuel nouveau entre 1820 et 1850. Les représentations et la vision de lhomosexualité qui se mettront en place dans la première partie du XIXe siècle ont pour origine les évolutions que lon peut détecter à partir du XVIIIe siècle dans divers domaines : les discours sur la pertinence de la condamnation au bûcher pour les cas de sodomie, le rôle croissant de la police, les discours sur les différentes variantes des plaisirs : la période de la Révolution française et la première partie du XIXe siècle constituent une période de transition : on assiste à la mise en place dun nouvel ordre juridique, à lémergence de nouveaux types de discours et à de nouveaux types de problématisation des relations sexuelles entre hommes. Les discours scientifiques sur lhomosexualité iront en se développant au XIXe siècle. Ils prendraient leurs racines dans cette nouvelle attitude décrite par Michel Foucault : à partir de la Contre-réforme dans les pays catholiques, le rythme de la confession annuelle saccélère. Elle occasionnerait un nouveau type dapproche plus analytique et moins basé sur les péchés concrètement commis, mais également sur les désirs. Linjonction particulière à dire tout ce qui concerne les plaisirs a son origine dans cette nouvelle attitude. La vérité du sexe va être désormais prise comme pratique technique de plaisir. Il sagit dun savoir pratique qui doit être réinvesti dans les pratiques sexuelles. La sciencia sexualis correspond à une forme de savoir pouvoir. Elle vise à produire un discours de vérité sur le sexe. Il faut chercher le rapport au vrai sur soi-même et dans lexamen de soi-même. La vérité est donc du côté de celui qui écoute et qui est chargé de délivrer un jugement. Ces nouvelles approches vont se pérenniser et mettre en place un ordre social et juridique durable. Ces nouvelles approches au XVIIIe siècle semblent perceptibles dans le domaine des discours sur lhomosexualité et sur les plaisirs qui se veulent plus descriptifs et sur la perception du plaisir homosexuel qui devient de plus en plus un plaisir ou une attitude propre. Cette nouvelle attitude est perceptible dans lévolution de la répression de lhomosexualité qui intervient de plus en plus si elle fait irruption dans le domaine public. Ainsi la police des murs a un rôle croissant à Paris, ce qui indique que désormais il sagit moins de punir un comportement interdit que de contrôler et de punir une intrusion dans le domaine publique de comportements jugés pervers. Cest en percevant et analysant ces nouvelles conceptions que nous discernerons cette évolution longue. Plus globalement, nous situons la mutation de la représentation de lhomosexualité masculine dans la problématique plus globale de la mutation de la masculinité et de la redéfinition de la virilité. Il faut aussi souligner combien la France fait figure à cette époque dexception. Cest, en quelque sorte, le premier pays à supprimer toute répression en soit en ce qui concerne le comportement homosexuel. La Grande Bretagne continue dans les années 1830 à exécuter les homosexuels. La France est le premier pays à ne réprimer lhomosexualité que par le biais des outrages aux murs et du détournement de la jeunesse et par le biais de la médecine. Le poids de la pensée des Lumières et des idées de réformes juridiques et pénitentiaires quelle a drainées, peut certainement expliquer en partie cette innovation. De plus, le cadre parisien est également intéressant car lhomosexualité est un phénomène qui prend toute son ampleur dans le cadre de la vie urbaine. Nous nous sommes limités à étudier lhomosexualité masculine et avons fait limpasse sur lhomosexualité féminine. Nous avions beaucoup plus de sources sur lhomosexualité masculine, sur laquelle on a eu tendance à sexprimer davantage, que sur lhomosexualité féminine : Lhomosexualité masculine est bien présente dans les archives de police tandis que lhomosexualité féminine est absente. Les médecins et réformateurs sociaux se préoccupent en premier lieu de lhomosexualité masculine. Cette préoccupation première sur lhomosexualité masculine sexplique par le fait que lhomme qui pratique lhomosexualité est vu de plus en plus comme quelquun qui déroge à sa masculinité qui implique son rôle de chef de famille. Comme nous voulions situer létude de lhomosexualité masculine dans le cadre de la redéfinition de la masculinité, nous nous sommes limités strictement à lhomosexualité de lhomme. Lhomosexualité de la femme pose moins de problème car elle renvoie à la vision de la femme qui est vue comme une mineure au plan du droit. Dailleurs, à partir des années 1820, une certaine représentation de lhomosexualité féminine émergera dans lart. Dans un article intitulé Tu seras un homme mon fils ? André Rauch démontre quà partir du XIXe siècle la masculinité est progressivement redéfinie. Elle sera précisément structurée entre autre par la caserne et lécole. Parallèlement vont émerger limage et lidée du troisième sexe qui simposeront plutôt vers la fin du XIXe siècle. Dans le cadre de la redéfinition de ce nouveau visage de la masculinité, il faut signaler à nouveau les travaux de lhistorien américain Thomas Laqueur et notamment son travail : La fabrique du sexe où il aborde le passage dune vision dun sexe dorigine unique à lidée de deux sexes biologiques et complémentaires.
Cest pourquoi létude de lhomosexualité masculine est stratégiquement importante dans le cadre de cette nouvelle perception de la masculinité.
Donc, si la sodomie était le reflet dun ordre où lEtat vivait en osmose avec lEglise, toute la singularité et lintérêt dune étude dans le cadre parisien est dobserver parallèlement lémergence de nouvelles approches sur les relations sexuelles entre hommes. Ces nouvelles approches seraient perceptibles à travers de nouveaux discours sur les plaisirs sexuels : ceux jugés naturels, ceux estimés factices et contre naturels. Parallèlement on assisterait chez les entrepreneurs de morale à de nouvelles approches dans la manière de gérer et réprimer les relations homosexuelles : la répression interviendra quand il y a trouble à lordre social, c'est-à-dire quand le phénomène deviendra visible. Cest principalement pour ceci que lhomosexualité serait de plus en plus liée aux désordres de la ville : cest cette homosexualité intentionnelle qui se remarquera dans une ville comme Paris. Enfin on pourrait observer la naissance de subcultures sodomites propres. Ce terme au plan sociologique signifie une culture propre à un groupe social donné. Cette attitude émerge dans linteraction dun ensemble dindividus expérimentant les mêmes problèmes dintégration. Une subculture spécifique possède ses propres caractéristiques. Elle peut se réactiver par un certain prosélytisme. Paradoxalement et dans un contexte de progression du phénomène de lintimité notamment dans la bourgeoisie, le phénomène de séparation de la sphère très privée et de la sphère publique permettrait à certains de vivre leur singularité dans une société qui la stigmatise. On assiste à lémergence de nouvelles conceptions juridiques et médicales ou sociales, en même temps quà la naissance de subcultures observées dans le cadre parisien. Ces conceptions et ces processus sociaux possèderaient des interactions spécifiques. Elles seraient porteuses de nouveaux types de comportements et de nouvelles pratiques répressives. On pourrait alors percevoir toute la singularité de cette période. Un personnage stigmatisé va progressivement émerger. Il deviendra plus tard lhomosexuel. En même temps la protection de lintimité, permettra des espaces de liberté autant pour des hommes que pour des groupes informels. Le paradoxe, et en même temps la particularité de lhomosexualité dans une ville comme Paris, se situent donc entre ces nouvelles approches des relations sexuelles entre hommes. Elles induiraient une mutation profonde de la répression de lhomosexualité en même temps autoriseraient des espaces de liberté dans le cadre du respect de lintimité.
Pour scruter ces nouvelles approches il faut, dans le premier chapitre, les analyser dans le cadre dun Ancien régime finissant. On découvre un XVIIIe siècle où la sexualité entre hommes est abordée franchement par certains hommes de lettres et dans une certaine littérature licencieuse, et plus globalement, dans la culture classique. Les rapports sexuels entre hommes seront de plus en plus entrevus comme particuliers et on voit poindre un discours sur la nature et ses lois et donc sur ce type de sexualité. Lévolution du vocabulaire paraît dailleurs refléter ces évolutions. Ces représentations seront perceptibles en mettant en parallèle les perceptions usuelles et certains éléments de la culture classique, la littérature licencieuse et notamment les études sadiennes. La réalité dune vie sodomite à Paris, développée dans un deuxième chapitre, paraît comme certaine à la lumière des sources disponibles et la capitale paraît posséder ses lieux dédiés aux plaisirs homosexuels. On peut aussi émettre lhypothèse de la présence de subcultures informelles dans Paris. Ces subcultures paraissent posséder leurs propres rites ; enfin on pourrait aussi observer une nette divergence dans la manière de vivre lhomosexualité dans les milieux sociaux divers. La manière de vivre lhomosexualité dans laristocratie et le haut clergé est fort différente de la manière de lassumer chez les gens de métiers et petits bourgeois ; la domesticité paraît jouer un rôle non négligeable dans laristocratie.
La répression juridique envisagée dans un troisième chapitre évolue aussi et nous pouvons observer le poids croissant de la répression plus spécifiquement policière. Il y a de ce point de vue une nette différence à la fin de lAncien régime entre des textes qui restent fidèles à la définition du crime de Sodome et une répression qui évolue autrement. La différence entre les textes et la pratique exista dès le XVIIe siècle : En 1678, quelques grands seigneurs furent impliqués dans la création dune société secrète sodomite, aucun deux ne passa en justice. Au XVIIIe siècle, cette différence entre la pratique réelle de la justice et les textes est une réalité quil faut cerner.
Elle est importante pour comprendre ce qui va motiver lattitude des hommes de 1789. Le bilan général à la fin du XVIIIe siècle permettrait de percevoir des pratiques, des comportements qui annoncent les évolutions que nous entendons percevoir au cours de la première partie du XIXe siècle : le poids de plus en plus important de la répression policière courante prépare ce que sera la réalité de la répression de lhomosexualité au cours du XIXe siècle : répression par loutrage aux murs.
A partir de la Révolution et au début du XIXe siècle, les évolutions sur la perception de lhomosexualité développées dans un quatrième chapitre sont observables dans un premier temps dans les discours et les représentations de la société et on observerait à ce sujet des évolutions profondes et qui, dune certaine façon, prolongent des évolutions en cours au XVIIIe siècle : lassimilation de la pratique de lhomosexualité masculine aux fléaux sociaux divers. Les représentations de la société sont plus spécifiques, dans un premier temps, que le discours médical. Ce dernier envisagé dans un cinquième chapitre, ne se détache que progressivement dun discours réprobateur moral sans spécificité propre. Lapparition dun discours médical autonome et propre sur la pratique de lhomosexualité semblerait sélaborer au cours de la première partie du XIXe siècle. Le choix de souligner plus particulièrement la nouveauté et loriginalité de certaines perceptions ou de certains discours : sociaux, médicaux, nous a conduit à ne pas aborder le discours religieux sur lhomosexualité qui ne nous semblait pas suffisamment caractéristique par rapport à ce quil était au XVIIIe siècle. Pour le XVIIIe siècle, le discours religieux est entrevu dune certaine façon à travers le crime de sodomie dans le cadre dune société où lEglise et lEtat vivent en osmose. Pour le reste nous pouvons observer que nous ne disposons pas de sources sur les prêtres sodomites comme nous en disposions pour le XVIIIe siècle. Est-ce un problème de sources ? Est-ce le reflet dune plus grande discrétion qui reflète une adaptation vis-à-vis des « murs victoriennes » pour reprendre une expression de Robert Muchembled ? Ce dernier situe à partir de 1800 le début de cette période qui se caractérise par un message de modération, déconomie et de gestion des instincts. Bourgeoisie et classes moyennes se dotent dun état dâme original et marquent nettement leur différence par rapport à une noblesse oisive et les mondes populaires réputés rudes. Parallèlement, Lhistorien américain Peter Gay caractérise la culture bourgeoise sur léros par la domestication des passions et des pulsions. Lanalyse des perceptions de la société au cours de la première partie du XIXe siècle débouche sur la mise en place dun discours propre à la médecine, et enfin, nous pouvons envisager les évolutions juridiques et répressives au cours des chapitres VI et VII. Ces évolutions juridiques et répressives peuvent parfois être liées à lévolution du discours médical. Dans le domaine juridique (chapitre VI), les évolutions sont conséquentes et elles posent parfois un problème dinterprétation ou de sens. La disparition du crime de sodomie en 1790-1791 pose le problème des causes et des motivations de cette disparition. Les raisons de cette réforme expliqueraient lévolution du cadre juridique au cours de la première partie du XIXe siècle et notamment la refonte juridique napoléonienne. Désormais lhomosexualité est réprimée seulement si elle porte atteinte à lordre social et si elle fait irruption dans le domaine public. Elle est hors datteinte quand elle se situe dans un cadre strictement intime. La mise en parallèle des textes juridiques et de la répression (chapitre VII) permet de cerner linterprétation des textes. Ces textes réprimant les outrages aux murs ou lincitation des mineurs à la débauche ne précisent pas nommément lhomosexualité. Donc il y a une interprétation à loccasion de procès ou poursuites judiciaires qui tendent à faire de la pratique de lhomosexualité loutrage aux bonnes murs par excellence. Enfin cette analyse juridique et répressive permet de percevoir ou dentrevoir au cours dun huitième chapitre la réalité de la sociabilité homosexuelle. Elle continue à perdurer à travers des lieux de prédilection. Ces lieux sont dabord encore les lieux de rencontre dans Paris et les lieux privés clos. Il serait possible aussi à travers les archives de police de déceler des réseaux similaires de ceux qui existaient à la fin du XVIIIe siècle. Une subculture homosexuelle perdurerait dans le Paris de la première moitié du XIXe siècle. Il y aurait une adaptation des intéressés à ce nouveau cadre répressif. La réalité de lhomosexualité dans les classes populaires des villes permettrait de cerner lintériorisation des discours des réformateurs sociaux et des médecins. Lexamen du vécu de lhomosexualité des élites conduit à prendre lexemple de quelques personnages connus pour leur homosexualité. La difficulté est toujours importante car les principaux intéressés ne parlent pas souvent, publiquement, de cet aspect de leur vie privée dans le cadre dune société répressive. Il faut donc agir par recoupement et croiser plusieurs témoignages. Cest pourquoi nous navons cité que quelques personnes sur lesquelles les témoignages et les sources étaient suffisamment solides.
CHAPITRE I : LES PERCEPTIONS DE LHOMOSEXUALITE MASCULINE AU COURS DU XVIIIe SIECLE
Lhomosexualité dans les croyances et les perceptions les plus traditionnelles est englobée, au cours du XVIIIe siècle, sous le vocable sodomie qui rassemble les pratiques sexuelles jugées interdites et naboutissant pas à la génération. La pratique de lhomosexualité est aussi vue comme une habitude de seigneurs libertins à travers le vice aristocratique. Le concept de culture englobe au sens large la croyance, le savoir, le droit, la morale, la coutume et les habitudes acquises par chacun de nous en tant que membre de la société. Ce concept est abordé dans ce travail de manière plus étroite. Il se limite à travers la sémantique et le vocabulaire à certaines représentations issues de la coutume ou des habitudes acquises, aux perceptions de la littérature et des écrits licencieux et aux études sadiennes. Globalement, nous pouvons soutenir quil y a des débats sur la sodomie au sens de pratiques homosexuelles. Ces débats peuvent être la marque dune mise à nu du plaisir et plus largement dun questionnement sur les différentes facettes des plaisirs vénériens pour reprendre une thématique que développe Alain Corbin. Cette liberté de débat est ambiguë de ce point de vue, car elle paraît être lemblème dune liberté apparente dans le domaine des plaisirs des sens, mais elle contribue à définir des plaisirs particuliers qui restent du domaine du fortement transgressif. Ils seront analysés pour être plus facilement circonscrits. Cependant, dans le même temps et de manière minoritaire il y a parfois dans cette volonté de définir le plaisir homosexuel, une volonté de le justifier pour certains. Le plaisir sexuel entre hommes va ainsi commencer à être ressenti comme quelque chose de particulier dans une volonté de mieux réprimer pour beaucoup, et de se justifier pour quelques-uns. Cette liberté de parole semble être de ce point de vue à double sens. Le concept dhomosexualité, cest- à-dire de celui qui sidentifie ou que lon identifie par sa manière dassumer sa sexualité n'est pas à lordre du jour au cours du XVIIIe siècle, mais il peut apparaître en devenir dans certains écrits.
On pourrait déjà percevoir dans des écrits littéraires un début didentification du sodomite qui deviendra plus tard lhomosexuel. Dailleurs lhomosexuel serait pour les historiens constructivistes une création de la répression qui, à partir dune stigmatisation, enferme chacun dans son identité, et, en retour, une identité se mettrait à exister et à revendiquer le droit à son existence. On désigne par ce terme de constructivistes, des chercheurs qui, dans la continuation des travaux de Michel Foucault, soulignent que lidentification sexuelle est le résultat dun processus historique détiquetage social et dauto reconnaissance. Ils sopposent aux essentialistes qui considèrent que lidentité sexuelle résulte, par-delà les représentations, dune vérité biologique fondamentale. Lidentification des homosexuels à travers une nature et des pratiques spécifiques sera en cours au sein de la médecine légale dans la première partie du XIXe siècle et elle apparaîtra pleinement dans la seconde moitié du XIXe siècle. Cependant on pourrait percevoir dans les rapports de police de la fin de lAncien régime un début didentification à travers le terme de pédéraste. Le Magazine littéraire consacra un dossier sur la littérature et lhomosexualité et ce dossier situe lémergence dune culture homosexuelle à la fin du XIXe siècle. : Bien avant lapparition du terme homosexuel, il y a déjà un début didentification de ce quest un sodomite ou un pédéraste par certains entrepreneurs de morale ou dans cette analyse des plaisirs perceptible dans la littérature et les écrits licencieux. Donc il y aurait, au cours du XVIIIe siècle, un passage dune vision théologique à une perception plus laïque des relations sexuelles entre hommes. Cette mutation serait perceptible autant dans lévolution des perceptions usuelles que dans les discours sur les plaisirs dans le domaine littéraire et dans le domaine de la littérature licencieuse. Il faut donc cerner la réalité et la subtilité de cette mutation. Celle-ci, dans un contexte de mise à nu des plaisirs, voit un début de définition dune spécificité propre des relations sexuelles entre hommes. Nous examinerons donc la réalité et la teneur de ces débats à travers les perceptions usuelles de lhomosexualité pour déboucher sur la littérature et les études sadiennes. A ce stade, nous reprendrons une réflexion dAnne F Garreta : si, pour les héritiers de Foucault avant linvention de la sexualité comme forme de savoir pouvoir, les sociétés occidentales nont connu que des actes prohibés, la littérature du XVIIIe siècle laisse transparaître un érotisme articulé en termes dactes et aussi en termes de penchants, dhérésies professées, de goût subjectif.Il y aurait bien là une problématique qui contient en germe la volonté de définir la sexualité.
I Les perceptions usuelles de lhomosexualité au cours du XVIIIe siècle
Pour cerner lévolution de la perception des relations sexuelles entre hommes, le premier élément de cette analyse est constitué par ce que nous appelons les perceptions usuelles. Le terme usuel désigne quelque chose qui sert quotidiennement ou fréquemment. Le mot de perception désigne un processus par lequel lesprit se représente les objets et lenvironnement. Les perceptions usuelles sont donc les représentations les plus courantes, véhiculées par la présence de ces comportements sexuels. Est usuel ce qui est du domaine des usages. Ce sont en fait les représentations qui paraissent ressortir le plus fréquemment à partir de diverses sources. Ces perceptions peuvent être analysées en observant lévolution du vocabulaire concernant lhomosexualité masculine. Pour cerner les termes définissant les relations sexuelles entre personnes de même sexe et leur évolution nous avons dans un premier temps rassemblé les termes qui semblaient ressortir les plus souvent des sources consultées : archives et rapports de police, sources judiciaires. Les mots relevés dans les archives de la Bastille et, plus globalement, dans les sources diverses présentes aux Archives nationales sont primordiales. Ces sources contiennent des lettres et rapports de police qui parfois retranscrivent des interrogatoires et certains termes sont employés régulièrement. Ils permettent de cerner lévolution du vocabulaire. Nous nous sommes servis ensuite de louvrage de Claude Courouve, Vocabulaire de lhomosexualité masculine. Cet ouvrage recense tous les termes utilisés pour définir lhomosexuel et, pour chaque terme, il y a un historique et une contextualisation. Louvrage de Jean Claude Feray, Grecques, les murs du hanneton ? : Histoire du mot pédérastie et ses dérivés en langue française nous fut également utile. Enfin les manuels juridiques du XVIIIe siècle nous auront permis dexaminer le vocabulaire juridique utilisé. Parallèlement, nous avons aussi consulté les définitions de lhomosexualité masculine au sein des dictionnaires et encyclopédies du XVIIIe siècle. Ces sources donnent une vision plus académique de lhomosexualité. Cependant, il est utile de confronter les définitions qui sont données dans ces sources avec ce que nous pouvons percevoir dans les sources archivistiques pour en cerner les divergences et parfois certaines analogies. Un certain nombre dencyclopédies et dictionnaires du XVIIIe siècle seront mentionnés parmi lesquels : lEncyclopédie, le Dictionnaire universel français- latin , dit de Trévoux qui sera réédité cinq fois de 1721 à 1771, Dictionnaire de lAcadémie française édition de 1740 et 1762, le Dictionnaire de Furetière qui possède deux éditions de 1690 et de 1702, Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle dont la première édition date de 1697, le Dictionnaire comique et satirique, critique, burlesque, libre et proverbial de Philibert Joseph Le Roux qui a comme premier noyau luvre de César Pierre Richelet.Sa première édition date de 1718. Il fut réédité en 1735. Enfin en 1750, paraît à Amsterdam une nouvelle édition, lédition hollandaise. Il y eut aussi une réédition en 1786. Ce dernier donnera de lhomosexualité masculine une représentation beaucoup moins dramatisante que dautres dictionnaires
Chacun de ces ouvrages donne une vision, une analyse propre.
Globalement le vocabulaire définissant lamour au masculin comprend trois types de termes : ceux ayant trait à la nature de lhomosexualité, ceux faisant référence aux types de rapport et damour homosexuel et les amours pour les adolescents, ceux définissant une société ou contre- société pédérastique. Ces termes relèvent de différents niveaux de langage. Certains termes relèveraient plutôt dun niveau de langue académique et sont surtout employés dans les dictionnaires. Dautres termes relèvent dun langage plus courant car ils sont davantage présents dans les rapports de police comme le terme « pédéraste ». Nous analyserons dans un premier temps, les termes qui relèvent dun langage courant même sils sont employés dans un contexte académique et, dans un deuxième temps, ceux qui nous semblent employés dans un contexte plus académique
A/ Des termes définissant lhomosexualité masculine employés dans un contexte plus courant
Certains qualificatifs paraissent être utilisés dans un contexte plus courant car ils apparaissent plus fréquemment dans les archives que nous avons consultées.
Le premier terme utilisé fréquemment dans les archives est : « chevalier ou gens de la manchette ». Ce terme de « manchette » fut surtout appliqué au XVIIIe siècle. Lordre de la manchette fait penser à un ordre de chevalerie. Le terme manchette possède une connotation aristocratique certaine. Dans le cadre des pratiques sociales, « lordre de la manchette » est une confrérie homosexuelle. En même temps, lutilisation du mot chevalier indique la perception de lhomosexualité comme vice aristocratique. De même limitation de la société aristocratique était une attitude pratiquée dans les milieux sodomites parisiens où lon se donnait des titres fictifs. Cette contre-société que sous-tend ce qualificatif posséderait ses rites dinitiation comme dans un ordre de chevalerie. La prise de conscience par des entrepreneurs de morale de la présence dune contre-société sodomite à Paris possédant ses propres caractéristiques et ses codes, explique ce terme qui est utilisé dans les milieux policiers, mais pas seulement. On trouve effectivement cette expression employée dans les rapports de police se trouvant dans les archives de la Bastille pour les années 1720, et 1750 et assez peu dans les sources datant des années 1780. Dans le cas des pratiques sociales comme dans le cas de la littérature pamphlétaire, ce terme est donc employé pour désigner la société des sodomites parisiens. La fréquence dutilisation de ce terme dans les archives de la Bastille le fait paraître comme dun emploi relativement courant. Il semble un terme plutôt péjoratif, mais il ne semble pas posséder une charge aussi dévalorisante que dautres qualificatifs.
Deux autres adjectifs sont abondamment utilisés au XVIIIe siècle pour désigner les homosexuels : « infâme, infamie ». Ces termes, par rapport aux précédents, sont abondamment employés par les policiers pour définir le milieu du racolage homosexuel. Le terme « infâme » est parallèlement employé par Sade notamment dans son uvre intitulée Justine ou les malheurs de la vertu. Cependant ces adjectifs paraissent employés abondamment par les policiers dans les interrogatoires et par les indicateurs de police. Ils semblent dun usage assez commun : les termes « dinfâme, infamie, passion infâme » sont les expressions les plus usitées dans les Archives de la Bastille pour les années 1725-1750. Ce terme dinfâme serait un néologisme car il désignerait à la source toute action mauvaise, celui qui est infâme se livre aux plaisirs infâmes donc pervers. Par glissement il désignera les homosexuels masculins qui fréquentaient les promenades publiques. Ce terme est employé dès le XVIIe siècle : Claude Courouve cite un texte de 1680, mais le sens homosexuel culmine dans le second quart du XVIIIe siècle. Ce terme servirait donc plutôt à parler du milieu du racolage et de la prostitution. : « Jean Fleury 41 ans, abbé ma accosté, ma tenu des discours infâmes en tendant à linfamie
» Les rapports des indicateurs de police détenus dans les Archives de la Bastille utilisent les termes dinfâme ou infamie pour désigner telle ou telle situation de racolage observée ou que lindicateur de police a subi. On le trouve aussi employé dans les rapports de ces mêmes archives où lindividu confesse avoir été « débauché à linfamie » : Jacques Boudin, revendeur de hardes, a déclaré à Framboisier, « il avait dix neuf ans quand il a été débauché à linfamie
» Dans ce cadre là, le mot a plus une connotation détat dans lequel lindividu est tombé. Il possède une charge péjorative et négative certaine car le terme signifie une action ou un état mauvais : être débauché à linfamie signifie être tombé dans un état mauvais. Ces termes dinfâme et dinfamie seraient des termes emblématiques dans le second quart du XVIIIe siècle, des actes homosexuels qui se font dans les promenades publiques, dans un contexte de nuisance ressentie. Ce qualificatif paraît beaucoup moins utilisé vers la fin du XVIIIe siècle dans les rapports du commissaire Convert-Désormeaux qui couvrent les années 1770-1780. On pourrait, à ce stade, faire référence aux travaux de Michel Foucault sur la naissance de la prison. Une infamie est un acte illégal à corriger et donc linfâme devient un individu à corriger et non plus un individu ayant transgressé un interdit religieux et qui, de ce fait, doit être châtié. Dailleurs ce terme apparaît aussi dans les dictionnaires et encyclopédies et est utilisé dans le sens dun acte ou dun individu mauvais et à corriger. Il est utilisé ainsi dans le Dictionnaire de Trévoux, dans le Dictionnaire de Furetière.
Le terme « pédéraste » va devenir le terme le plus courant vers la fin du XVIIIe siècle et il va devenir, de plus en plus, le terme emblématique dans le langage courant qui signifiera homosexuel masculin. Ce vocable semble avoir existé dès la fin du XVIe siècle chez le philosophe Jean Bodin. Cependant, au cours du XVIIIe siècle, il devient le mot le plus usité dans les rapports de police pour désigner les adeptes des amours au masculin. Ce terme désignait dabord la proximité qui est faite entre lhomosexualité masculine et lattirance pour des adolescents. Il fait aussi référence à lorigine à la pédérastie grecque, institution éducative de la Grèce antique, bâtie autour de la relation dun homme mûr et dun jeune garçon ; le Dictionnaire universel français latin soulignait que le mot était grec. Cependant, en termes de représentation, ce qualificatif personnifie à partir de la fin du XVIIIe siècle lhomosexuel masculin qui fréquente régulièrement les promenades publiques dans lespoir de rencontres et daventures.
Il semblerait que ce terme soit un terme identificateur : les lieux de pédérastie, les pédérastes. Dans certains dictionnaires le terme de pédéraste est aussi utilisé dans un sens identificateur. Ainsi dans le Dictionnaire de Trévoux et dans le Dictionnaire de Pierre Richelet, si la définition donnée à ce terme mentionne la pédérastie grecque, elle renvoie aussi à sodomie ce qui semble indiquer que pédérastie signifie homosexualité masculine. De même, dans lédition de 1762 du Dictionnaire de lAcadémie française, lutilisation de ce terme paraît signifier homosexualité masculine. Ce terme est donc signifiant. Il devient le qualificatif qui dans la langue courante représente le mieux lhomosexuel masculin. LEncyclopédie méthodique éditée par Panckoucke en 1791 mentionnait que la police distinguait deux classes : ceux qui se livrent à ce genre de prostitution et ceux qui lalimentent par leur goût pour cette dépravation monstrueuse. Ce terme de pédéraste est le plus communément employé pour désigner les homosexuels masculins. Il représente donc aussi cette volonté de savoir et didentification qui va caractériser de plus en plus la société française et que souligne Michel Foucault.
Les termes de « sodomie » et « sodomite » ou « sodomiste » sont utilisés dans le langage courant. On les retrouve dans certaines sources et ils semblent moins utilisés vers la fin du XVIIIe siècle. Ils sont chargés de symbolique, dabord de celle de la destruction de la ville de Sodome. Les termes de sodomie, sodomite à lorigine désigneraient des pratiques teintées de paganisme et qui sont extérieures au monde chrétien. Nous pouvons affirmer que lorsque ces qualificatifs sont appliqués dans le langage plus courant ils paraissent signifier largement homosexualité masculine : cest aussi lemploi qui en est fait dans le domaine juridique. Le sodomite est lhomosexuel masculin. Cependant il y a encore une distinction qui est faite dans le langage policier et dans le langage judiciaire entre celui qui aurait pratiqué la sodomie pure et celui qui pratique la masturbation ou fellation et qui a commis le péché de mollesse jugé moins grave car il y a absence de sodomie : le crime de sodomie rassemblait aux siècles précédents toute pratique qui nétait pas conforme au coït conjugal. Ce qui voulait dire que celui qui avait des rapports de nature sodomite avec son épouse pouvait être considéré comme sodomite. Pour le théologien franciscain Jean Benedicti mort en 1593, est un sodomite celui qui tient le rôle actif, celui qui est le passif ne commet que le péché de mollesse. Dans les archives de police du XVIIIe siècle plusieurs personnes interpellées déclarent navoir pas pratiqué la sodomie mais la masturbation seule. Le terme sodomite au XVIIIe siècle désigne globalement lhomosexuel masculin et non plus uniquement lacte, cest ce qui ressort de lutilisation de ce terme au XVIIIe siècle dans différents niveaux dutilisation. Globalement ces termes de sodomie et sodomite sont utilisés dans les dictionnaires et encyclopédies du XVIIIe siècle. Plusieurs dictionnaires et encyclopédies donnent comme définition à sodomie : crime de Sodome : Dictionnaire de Trévoux, Dictionnaire de Richelet, Dictionnaire de droit et pratique de Claude Joseph Ferrière (1680-1748) et lEncyclopédie de DAlembert et Diderot. Dans lEncyclopédie larticle qui concerne la sodomie a pour auteur Antoine-Gaspard Boucher DArgis (1708-1791). Cet auteur semble avoir été un juriste. Ceci explique les affirmations les plus traditionnelles quil emprunte à la théologie. Le dictionnaire de lAcadémie française donne comme définition « péché contre-nature » et donc il utilise ce terme pour définir lhomosexualité masculine. Ces termes de sodomie et sodomite paraissent signifier, quand ils sont utilisés dans un contexte plus courant, homosexualité masculine plus que crime de Sodome quils signifient dans le cadre juridique. On assisterait ainsi à une forme de sécularisation de ce terme dans un certain contexte.
B/ Des termes définissant lhomosexualité masculine employés dans un contexte plus académique
Parallèlement, dautres adjectifs apparaissent davantage dans un contexte académique. Ils semblent peu employés dans les sources consultées aux Archives nationales et ils semblent peu usités par les indicateurs de police. Par contre, ils apparaissent dans les dictionnaires et encyclopédies, dans les sources judiciaires et semblent plus employés dans un contexte globalement académique.
Le terme d »antiphysique » est particulièrement employé au XVIIIe siècle dans un contexte académique. Son emploi est lié au concept de contre-nature et il reflète le débat sur laspect contre-nature de lhomosexualité. Le Dictionnaire de Trévoux le mentionnait comme ce qui est contre-nature. La littérature pamphlétaire utilise ce terme : le pamphlet Les enfants de Sodome à lAssemblée lemploie : « Lantiphysique, que ses détracteurs ont appelé dérisoirement bougrerie, que lignorance des siècles avait fait envisager comme un jeu illicite de la lubricité
Ce terme est peu utilisé par les policiers. Nous le retrouvons en revanche employés dans la philosophie des Lumières. Le terme antiphysique est lié à son contraire physique au XVIIIe siècle : on parlera de lamour antiphysique pour parler de lhomosexualité et de lamour physique pour parler de lamour conjugal. Il signifie un comportement jugé contraire aux lois de la nature et qui soppose à un comportement, lui, conforme aux lois de la nature car aboutissant à la vie. Cest un terme identificateur. Le fait que ce qualificatif fut employé particulièrement chez les philosophes des Lumières est un signe certain des débats intellectuels autour de lidée de nature et de contre-nature. En même temps, antiphysique, et du fait quon loppose à physique indique la propension à opposer deux comportements sexuels : un naturel et lautre non naturel. Il est aussi un signe de cette fermentation discursive sur les plaisirs. Le terme dantiphysique par sa connotation de contre-nature ou de comportement inversé par rapport à un ordre naturel a déjà en germe le concept dinversion que nous retrouverons de manière plus élaborée, bien plus tard. Son emploi conséquent au XVIIIe siècle indique quen termes de représentation, lhomosexualité est déjà analysée, comme un comportement particulier, contraire à un comportement naturel. Antiphysique est peu utilisé dans un contexte courant et reste un terme essentiellement académique à partir de nos sources.
Les termes « amour socratique » et « amour ou péché philosophique » sont également usités dans un contexte académique. Ces qualificatifs sont surtout utilisés dans le langage littéraire et quasiment jamais dans un langage plus courant. Voltaire emploie ce terme dans son Dictionnaire philosophique : amour socratique. « Si lamour quon a nommé socratique et platonique nétait quun sentiment honnête il y faut applaudir : si cétait une débauche il faut en rougir pour la Grèce. Comment sest-il pu faire quun vice destructeur du genre humain, sil était général, quun attentat infâme contre la nature soit pourtant si naturel ? » Lutilisation de ce terme indique le lien fait avec la pédérastie grecque. Il fait référence au philosophe Socrate. Lorigine en est Socrate à qui lon prêtait des amours masculines. Lutilisation de ce terme démontre également le débat qui a lieu sur la présence de lhomosexualité dans lhistoire de lAntiquité, dans la littérature et ceci expliquerait pourquoi ce terme est utilisé globalement dans la culture classique, certains tentant de démontrer par-là la relativité de la morale, puisquun comportement jugé amoral a pu être jugé parfaitement conforme des siècles auparavant dans certaines conditions. Lutilisation de ce terme sera à rapprocher dun autre terme, l « amour philosophique » qui exprime lidée aussi dune présence de lhomosexualité dans lhistoire ancienne. Amour socratique na pas, du fait de replacer lorigine de lhomosexualité dans lhistoire de lAntiquité grecque, de connotation péjorative et négative.
Le « péché » ou « amour philosophique » est aussi une expression utilisée au XVIIIe siècle pour désigner les adeptes des amours entre personnes de même sexe. Lorigine de ce terme est assez proche du précédent : le terme philosophique se réfère aux philosophes grecs à qui, bien sûr, on prêtait des murs homosexuelles. Cest aussi un mot qui fait référence à la présence de lhomosexualité dans lhistoire et notamment lhistoire de la Grèce antique dans un contexte de débats littéraires et philosophiques. Lavocat Barbier, dans un texte datant doctobre 1726, utilise ce qualificatif : « On me contait ces jours-ci en parlant du maréchal dHuxelles quil avait toujours été fort entiché du péché philosophique
»On trouve ce terme utilisé également par Voltaire : « Lorsque Deschauffours on brûla pour le péché philosophique
»Montesquieu lemploie aussi. Il faut stipuler que ce terme ne comporte pas de connotation très dévalorisante, à limage dautres termes puisquil fait le lien avec les philosophes de la Grèce ancienne. Ces deux termes sont utilisés dans un contexte académique.
Le terme « bardache » est aussi employé dans un contexte académique. Il apparaît dans les dictionnaires et encyclopédies et dans certains écrits pamphlétaires. Lorigine du terme viendrait du terme « bardassa » qui signifie jeune garçon et du terme « bardag » qui signifie jeune esclave, en arabe. Létymologie de ce terme fait clairement référence à un jeune homme qui est passif sexuellement avec un homme plus âgé. Au XVIIIe siècle, il est dit quun bardache est celui qui sert de succube. Il désigne celui qui se soumet au désir de lactif, le bougre. Le bardache se doit dêtre toujours plus jeune que le bougre et ceci répond bien sûr au rapport de domination, de soumission. Il est utilisé dans ce sens dans le Dictionnaire de Trévoux, ainsi que dans le Dictionnaire de la langue française de Pierre Richelet. Ce terme montre la stigmatisation toute particulière de lhomosexualité passive : celui qui pratique lhomosexualité passive se soumet au désir de quelquun au même titre quun esclave. Donc, au XVIIIe siècle, ce terme reflèterait des rapports homosexuels basés sur une séparation très stricte entre celui qui est actif et celui qui est passif. Ce terme pourrait représenter les rapports homosexuels que lon rencontre dans certains milieux aristocratiques entre dominants et dominés.
Il relève plutôt de la langue académique. On le retrouve dans le langage juridique mais plus rarement dans lutilisation courante.
Le terme de « bougre » semble plutôt employé dans les dictionnaires et encyclopédies et dans les sources juridiques. Dans certains écrits pamphlétaires il désigne lhomosexuel actif. Le bougre est un homosexuel actif et qui est amateur de jeunes gens. Il désigne un type de rapport homosexuel basé sur un rapport de domination : le bougre a des bardaches quil utilise pour son plaisir. Ce terme exprime lamalgame qui était fait entre les hérésies et les pratiques homosexuelles. Il désignait au Moyen âge les bogomiles. Ce mouvement hérétique naquit en Bulgarie au Xe siècle. Il sétendit au XIIe siècle dans les pays balkaniques. Ce mouvement fut à lorigine du développement du mouvement cathare. Ce terme désignait donc ceux, qui de fait, sétaient mis hors de la communauté chrétienne. Il en vint donc à désigner ceux qui pratiquaient des actes sexuels contre-nature, car on accusait souvent les hérétiques de pratiquer des actes sexuels infâmes pour la raison quils étaient extérieurs à lEglise. En effet il est cité dans le Dictionnaire de Trévoux. Or ce dictionnaire universel français-latin dit dictionnaire de Trévoux qui est capital dans lhistoire de la lexicographie du XVIIIe siècle fut édité par les pères jésuites à Trévoux, près de Lyon. Il emploie ce terme de Bougre avec un sens de sodomite non-conformiste en amour. Ce même terme est utilisé dans le Dictionnaire de la langue française de Pierre Richelet. La définition qui est donnée pour ce terme est sensiblement la même que dans le Dictionnaire de Trévoux. Dans le domaine judiciaire, il est aussi utilisé pour désigner le péché de bougrerie qui est un synonyme du péché de sodomie et possède quasiment la même signification. Le seul dictionnaire qui utilise ce terme dans un contexte différent est Le dictionnaire comique et satirique, critique, burlesque, libre et proverbial de Philibert Joseph Le Roux. Le terme de bougre comporte comme définition dans ce dictionnaire : « qui a des jeunes garçons à sa dévotion avec lesquels il commet la sodomie. Ce mot dans notre langue est fort insolent et fort libre, de manière que lon ne voie guère un honnête homme le prononcer. »
Donc globalement ce terme de bougre est employé dans un contexte plutôt académique et il semble indiquer que, dans ce cas, la vision des pratiques homosexuelles serait plutôt traditionnelle : le péché de Sodome.
Deux autres qualificatifs sont usités dans un contexte académique pour désigner la société homosexuelle au XVIIIe siècle : les termes « confrère » et « confrérie ». Ces deux termes font référence à une franc-maçonnerie du sexe et renvoient à une société avec ses rites et ses codes. Le terme confrérie fait aussi référence à un ordre sur le modèle dun ordre religieux. Nous le trouvons employé dans certains écrits, par exemple dans Les intrigues amoureuses de la France de Sandras de Courtilz (1644-1712) à propos dune réunion dhomosexuels à la cour de Louis XIV. Nous le trouvons employé par le duc de Richelieu, maréchal de France (1696-1788) à propos davances dont il fut lobjet lors dun rendez-vous dans un jardin. Il parle dune confrérie dont les actions sont hardies et de confrères protégés par des puissants.Nous trouvons le terme confrère employé dans le texte anonyme Lombre de Deschauffours datant de 1739 où lon fait mention de « nos confrères les bougres. » Ce mot fait référence à des réunions ou assemblées de sodomites. Ce terme semble peu employé dans le langage plus courant
Deux autres termes sont aussi utilisés au XVIIIe siècle et on les retrouve dans la pièce de théâtre anonyme Lombre de Deschauffours du nom de Benjamin Deschauffours brûlé pour fait de sodomie en 1726 : ce sont les termes de « coniste » et « anticoniste ». Ces termes sont aussi significatifs, car ils opposent un comportement sexuel : « coniste » pour les femmes à un comportement sexuel dit « anticoniste » pour les hommes. Il y a lidée de deux pratiques sexuelles distinctes. On trouve dans des vers anonymes « Il nest à présent que des sots qui se « conistes, les philosophes et les héros ont tous été culistes
» Cependant lutilisation de ces termes dans la littérature pamphlétaire et notamment dans des textes comme LOmbre de Deschauffours indiquent quils ne sont pas employés pour exprimer lidée dun comportement antinaturel. Ils nindiquent pas lidée dune opposition du sain au malsain. Lutilisation de ces termes semble refléter la volonté dune identification entre deux pratiques sexuelles. Il y a dans lemploi de ces termes une recherche sur la variété des plaisirs. Ils rejoindraient la représentation dune nature polymorphe car, par delà ces deux comportements, ils impliquent la diversité des goûts sexuels. Ils semblent plutôt utilisés dans un contexte académique.
On peut aussi identifier lemploi de termes comme « giton » ou « Ganymède » qui définissent un type de rapport sexuel, lattrait pour les adolescents. On les trouve parfois utilisés dans la littérature et notamment la littérature licencieuse. Le terme Ganymède est assez proche de celui de giton. Le Dictionnaire érotique Delvau pour le XIXe siècle fait un clair amalgame entre les deux termes, giton et Ganymède. Au XVIIIe siècle, ils sont plutôt employés pour définir une relation homosexuelle entre un dominant et dautres dominés servant à son plaisir. Lemploi de ces termes au XVIIIe siècle semble démontrer le lien fait entre homosexualité et une forme de relations de dépendance financière et sociale car le giton ou le Ganymède sont des jeunes gens qui sont entretenus par des plus âgés queux et ayant des situations sociales très supérieures. Ces termes ne semblent pas utilisés au XVIIIe siècle dans un contexte plus courant et ils semblent apparaître surtout dans la littérature et notamment la littérature licencieuse. De même, un autre terme voisin a la même signification, le terme « mignon ». Ces trois termes font références aux relations entre grands seigneurs ou aristocrates et personnes inférieures : le giton, le Ganymède, le mignon sont sous la dépendance de personnages ayant des goûts sodomites et qui les utilisent pour leurs plaisirs. Nous pouvons certes remarquer les nuances entre les trois termes et noter que le terme giton possède davantage un caractère de relations sexuelles vénales. Cependant ces représentations ne peuvent être assimilées à la relation entre homosexualité et prostitution telle quelle sera stigmatisée au XIXe siècle dans le cadre du développement de la vie urbaine et des lieux de rencontre. Les représentations de ces termes au XVIIIe siècle renvoient plutôt à une société dordre où des nobles, dans le cadre privé, utilisent certaines personnes sous leur dépendance pour des plaisirs sexuels. Lutilisation de ces trois termes dans la littérature et la littérature licencieuse est produite dans le sens de ces relations dominants-dominés, propres à une société dordre. Le terme de « non-conformiste » est aussi utilisé dans un contexte plus académique : le Dictionnaire de Trévoux le mentionne comme péché de non-conformité. Ce terme, qui a désigné au départ la non-conformité par rapport au religieux, a pris une connotation sexuelle dès la fin du XVIIe siècle. Il a été en usage au XVIIIe siècle et on le trouve employé chez lavocat Mathieu Marais En terme de représentation, ce terme pourrait paraître voisin du terme « antiphysique » avec comme différence un lien avec lhétérodoxie religieuse comme le terme de bougre. Cependant si « lantiphysique » porte en lui lidée dun comportement antinaturel, dun comportement inversé, le « non-conformiste » ne lexprime pas. Il exprime lidée dun comportement non conforme au plan social. Un comportement contraire aux usages sociaux. Il est moins radical car il nexprime pas cette idée dopposition à la nature. Son utilisation par rapport au terme antiphysique indique une représentation moins radicale.
Après lanalyse des termes utilisés plutôt dans le langage courant et ceux utilisés dans le langage académique, quelle analyse peut-on-faire de la confrontation de ces termes ? Dans le langage courant, les termes utilisés paraissent davantage identifier un certain type dhommes : ces hommes se caractérisent par des pratiques sexuelles entre eux car même le terme de sodomite tend à définir lhomosexuel masculin et non plus le pratiquant de la sodomie uniquement. Il y aurait déjà une volonté didentification de pratiques sexuelles spécifiques. Le langage académique tend aussi de plus en plus à lidentification de pratiques sexuelles spécifiques. Il fait référence plutôt à des débats sur les origines du comportement homosexuel. Certains termes font allusion à la présence de pratiques homosexuelles dans lAntiquité : « amour philosophique ». Le terme d « antiphysique » paraît emblématique du débat sur laspect contre-nature des pratiques homosexuelles tel quil apparaît au XVIIIe siècle. Dautres qualificatifs font plutôt mention du péché de nature théologique. La variété de ces termes dans le domaine académique paraît être le signe de débats sur les plaisirs. Alain Corbin souligne combien, quand il sagit de désigner les hommes qui pratiquent des relations charnelles avec des individus de même sexe, le vocabulaire des pamphlets est très étendu. Il note également combien la sodomie alimente la réflexion des philosophes.Cette variété de qualificatifs dans le domaine académique semble bien la marque de cette réflexion et de cette parole sur les pratiques sexuelles entre hommes. A Paris il existe au XVIIIe siècle une prise de conscience de la part dindividus qui vont sidentifier par leur sexualité. Les termes dans le langage courant semblent bien signifier cette volonté didentification et en même temps ils marquent le lent déclin de la vision théologique et lavènement dune perception plus laïque. Ces perceptions usuelles ont été analysées à la lumière de lévolution du vocabulaire désignant les pratiques homosexuelles. Dans le domaine littéraire, peut-on-dire que les hommes qui pratiquent la sexualité avec dautres hommes font débat ? Les termes utilisés dans le domaine académique semblent refléter des débats sur lorigine de lhomosexualité. Ces termes sont précisément utilisés pour certains dentre eux dans des textes littéraires.
II Les perceptions de lhomosexualité masculine dans la littérature
Dans les domaines littéraires et philosophiques, le siècle des Lumières semble bien animé dune volonté de description des plaisirs. Le plaisir est décrit, parfois revendiqué : il participe à la constitution de nouveaux réseaux. Il entretient le nouveau lien social. Sociabilité, libertinage, littérature, philosophie : on les verra solidaires et complices, créant de nouvelles règles inédites qui débordent lautorité. Globalement, le XVIIIe siècle est traversé dans le domaine de la littérature par une atmosphère de libertinage. Il y a une apologie du plaisir et de la jouissance qui semble devenir une sorte de dépassement de soi. La sodomie est évoquée à la fois dans la littérature ordinaire et libertine sur un plan divergent : dans la littérature philosophique, la sodomie est analysée à travers le débat sur la présence de la sodomie dans la nature et certaines civilisations antiques ou non européennes, alors que la sodomie est évoquée dans la littérature libertine sous la forme de la description des plaisirs.
Le courant libertin fut, au XVIIe siècle, constitué par un groupe desprits qui sappuyaient sur lidée de nature, rejetaient le dogmatisme religieux et professaient une philosophie proche de lEpicurisme. Il mêla contestation de lautorité religieuse et contestation de la morale sexuelle du catholicisme. Au XVIIIe siècle, le style libertin va connaitre son apogée et lapologie de lhomosexualité sera le plus souvent faite sous forme érotique. Le courant libertin au XVIIIe siècle est très présent et le libertinage repose sur une révolte sociale et religieuse contre les formes traditionnelles de lamour. Il y défie les conventions et la norme morale par la description dun plaisir mis à nu et souvent polymorphe. Il va sans dire quil irriguera le thème, voire la parole de lhomosexualité.
Les libertins du XVIIe siècle utilisaient eux aussi la portée transgressive de la sodomie pour contester certains aspects de la société. Didier Godard fait le lien entre libertins et homosexualité au XVIIe siècle à travers plusieurs membres de ce courant.Au XVIIIe siècle, les représentants de ce courant utilisent eux aussi la sodomie dans leurs écrits selon diverses modalités. Ce climat de mise à nu des plaisirs et de description des plaisirs dans un langage parfois cru, car il est important de mettre la langue à nu, la langue obscène possédant une force de frappe certaine, constitue un climat favorable pour une description ou une mise en avant de la sodomie entre hommes. Dans quelle mesure le courant libertin a-t-il eu un impact sur certains pans de la littérature française du XVIIIe siècle ? Les auteurs qui traitent de lhomosexualité appartiennent pour certains au courant libertin et nous nous sommes aidés de travaux faisant état des uvres traitant ou abordant lhomosexualité pour sélectionner les auteurs que nous avons choisis : louvrage de Michel Larivière Pour tout lamour des hommes : anthologie de lhomosexualité dans la littérature nous fut très utile, de même que louvrage de Daniel Borrillo et Dominique Colas Lhomosexualité de Platon à Foucault ainsi que dautres travaux moins connus. Nous avons eu recours également à la base FRANTEXT. Plus globalement on constate quau cours du XVIIIe siècle, la chasse au plaisir gagne certains pans de la société et on peut prendre pour preuve latmosphère de liberté sexuelle que lon retrouve dans des romans que nous allons aborder. On met à nu le désir et on expose la jouissance sexuelle dans toutes ces variantes. La description du plaisir pour lhomme des Lumières vise à effacer la frontière entre libertinage de lesprit et du corps, et donc le libertin peut se faire philosophe et la description du plaisir peut avoir un sens parfois plus large que la description des actes vénériens.Cest également une donnée quil faut prendre en compte pour examiner les discours sur la sodomie entre hommes.
Nous examinerons deux thèmes : les débats sur la nature de lhomosexualité et sa présence dans certaines civilisations antiques et non européennes et la description de la sodomie comme pratique dans le cadre de la description des plaisirs et pratiques sexuelles.
A/ Les débats sur la nature et la présence de lhomosexualité dans certaines civilisations antiques et non européennes
La thématique de la nature des pratiques sodomites entre hommes et de leur présence dans certaines civilisations antiques et non européennes ressort abondamment au XVIIIe siècle et elle indiquerait que ces pratiques font débat. Il y a dabord chez les philosophes un débat sur la nature de lhomosexualité autour du concept ou de lidée de nature. Elle regroupe deux sens parallèles : la nature est ce qui existe en général ; elle est aussi ce qui caractérise un être. Le concept de nature est évoqué par les philosophes des Lumières. Il en découlera chez certains le concept de contre-nature qui se fondera précisément sur lanalyse de ce qui est de la nature propre dun homme et de ce qui a été acquis par une mauvaise habitude. De lanalyse de la complexité de la nature et du vivant se développera parallèlement le concept normatif de la nature humaine.Ce phénomène résulte de la rupture avec la pensée théocratique absolutiste dun ordre voulu par Dieu. La pensée critique va se développer et népargnera aucun domaine de la réflexion. Dans le cadre de ce concept, la nature va posséder ses propres lois et sémanciper de la tutelle de Dieu. De même la nature rend compte de tout ce qui existe : de là, les lois de la nature. Comme la nature est diverse, il faut nécessairement en découvrir lunité, affirme Denis Diderot (1713-1784) dans De linterprétation de la nature datant de 1753. Il faut en quelque sorte renouer la chaîne. De cette idée de nature, puis de nature humaine, découlera la sociabilité, le contrat social qui implique pour chacun, par-delà ses capacités propres, des droits et des devoirs communs : lidée du droit naturel. Ce concept nest pas propre au siècle des Lumières et on le trouve déjà formulé dans lAntiquité, notamment chez Platon (427-347 av J.-C.) Il va voir son épanouissement du XVIIe siècle jusquau XVIIIe siècle. Il résulte dune profonde mutation des modes de pensée qui critiquent les conceptions théologiques du droit naturel et les lois humaines qui ne doivent plus être conçues selon un ordre divin. Ainsi Montesquieu (1689-1755), Jean Jacques Rousseau (1712-1778) vont-ils lui consacrer dimportantes réflexions. Les analyses du fonctionnement de sociétés extra-européennes, notamment en ce qui concerne les murs sexuelles, participent de cette idée de rechercher le lien entre lorigine des sociétés et la nature, tout comme le débat sur la présence de lhomosexualité dans les civilisations anciennes. Lidéologie naturalisante explique ce renouveau du droit naturel. Selon le philosophe Paul Henri DHolbach (1723-1789) : « Il ny a pas de liberté, il ny a quun ordre, intégralement déterminé et nécessaire, que nous enseignent la raison et lexpérience. » Dans le domaine de la sexualité, un intérêt nouveau sera porté aux comportements sexuels qui seront vus sous langle public : Le sexe devient une problématique nouvelle, car il conditionne la natalité, le mariage ; de là découlera la médicalisation du plaisir pervers. Ce qui définira lhomosexualité, cest la transgression dune altérité symbole de cet ordre naturel, dont on débat dans ces textes littéraires et philosophiques.A partir de la définition dun ordre de la nature, les relations sexuelles entre hommes vont être analysées à partir de deux conceptions : le naturalisme descriptif et la théorie du sentiment naturel et, de là, du sentiment antinaturel. Ces deux approches sont importantes car elles impliqueront deux types de réaction par rapport au concept de contre-nature que nous allons examiner. Le naturalisme descriptif implique dobserver le polymorphisme de la nature. La théorie du sentiment naturel implique un sentiment conforme aux lois naturelles et un qui ne lest pas : le grand promoteur de cette idée est Jean Jacques Rousseau car cette idée du sentiment naturel réhabilite largument ancien de contre-nature. Le naturalisme descriptif évacue le concept de contre-nature : la nature étant polymorphe par la diversité des phénomènes que lon peut y observer, lensemble des phénomènes en fait parti. Nous ne pouvons donc qualifier de contre-nature ce quelle laisse exister. De là découle une unité par delà ce polymorphisme. Diderot prône un naturalisme descriptif : la nature est une unité, mais elle comporte des polymorphismes et on doit y intégrer lensemble des manifestations. Ce type dapproche éclaire la position de Denis Diderot sur lhomosexualité. Dans le quatrième tome de ses mémoires publiées en 1830, il semble remettre en cause le concept de contre- nature. Ce naturalisme descriptif est porteur de relativisme quant à une loi naturelle qui simposerait à tous et qui condamnerait certains qui ne sy conformeraient pas.
La théorie du sentiment naturel a une approche très différente. Les naturalistes descriptifs situaient la nature dans une loi empiriquement naturelle qui était déduite de lobservation de la diversité et de lhétérogénéité des phénomènes naturels. Jean Jacques Rousseau définit ce quil appelle le sentiment naturel. Il est placé au cur de toute décision politique et déducation morale. Il implique donc que par opposition certains sentiments ne le sont pas et sont donc antinaturels. La théorie du sentiment naturel de Rousseau part de son analyse de lhomme à létat de nature par rapport à létat social : son diagnostic était que lhomme a été dénaturé par la société et quelle lui a enlevé son aptitude au bonheur naturel. Il faut donc trouver des remèdes à travers l éducation des enfants, le mariage monogame et la volonté générale. A partir de cette analyse densemble, il en résultera que des comportements sexuels ne peuvent être le produit de la nature mais du dévoiement des sociétés. Les théories sur lhomosexualité acquise trouvent là une de leurs origines doctrinales.
Ces théories sur la nature ont des conséquences directes sur les perceptions de lhomosexualité masculine que lon peut observer dans la culture classique du XVIIIe siècle. Certains affirment que lhomosexualité est contre-nature et quelle est le fruit de mauvaises coutumes ou du dévoiement des sociétés. Jean Jacques Rousseau souscrit pleinement à ce concept et ceci est dans la logique de sa conception du sentiment naturel. Le sentiment antinaturel ne peut être le produit de la nature et il ne peut être que le produit dune société dévoyée. Lapplication de la loi naturelle évite ces sentiments contraires aux lois naturelles. Il faut donc chercher ce qui peut conduire à ce type de sentiments dans certaines coutumes, ce que Montesquieu fera et, Voltaire également, mais en émettant des jugements moins radicaux. Lidée de lhomosexualité issue de problèmes éducatifs ou de disfonctionnements trouve dans cette théorie une de ses racines : puisque la nature a ses lois immuables et que le sentiment homosexuel y est contraire, il est nécessaire détablir sa provenance dans des problèmes sociaux ou psychologiques
Cette théorie de Rousseau laïcise le concept ancien de péché contre-nature mais en lui donnant des bases scientifiques. Le concept dordre symbolique est dans la continuation de ces thèses rousseauistes. Il est basé sur la prise en compte de laltérité des sexes. Le XVIIIe siècle voit lapparition dune nouvelle approche biologique des sexes : lidée dun sexe unique à lorigine à lidée de deux sexes complémentaires et différents. Cette conception radicale sera pondérée par dautres. Montesquieu souscrit pleinement à ce concept de contre-nature. De même que chez Rousseau, le sentiment homosexuel est toujours le fruit de coutumes déplacées. Il place donc lhomosexualité dans les erreurs commises dans les coutumes et donc dans le domaine de léducatif. De saines habitudes et une bonne police sont de nature à éviter le problème. A partir de cette théorie, le problème devrait être géré à laide de méthodes policières en évitant la publicité. Il faudrait aussi veiller aux problèmes éducatifs pour limiter le phénomène. Pour Rousseau lhomosexualité est antinaturelle, pour Montesquieu elle provient de problèmes sociaux. Dantinaturelle, lévolution sera vers lhomosexualité maladie ou dégénérescence, et, de problèmes de coutumes déplacées, elle deviendra fléau social. La position de Voltaire sapparente à celle de Montesquieu. Cependant Voltaire tolère le sentiment homosexuel chez les adolescents : « Souvent les jeunes mâles de notre espèce, élevés ensemble, sentant cette force que la nature commence à déployer en eux, et ne trouvant point lobjet naturel de leurs instincts, se jettent sur ce qui leur ressemble. Souvent un jeune garçon, par la fraîcheur de son teint, par léclat de ses couleurs et par la douceur de ces yeux, ressemble pendant deux ou trois ans à une belle fille
» Cette approche de lhomosexualité est importante à souligner car elle sera appelée après évolution scientifique à une postérité certaine. Elle est une des sources sur laquelle va se greffer lidée de lhomosexualité, forme régressive de sexualité liée à une fixation autoérotique : lhomosexualité sexplique dans une phase infantile où le garçon na pas pris pleinement conscience de laltérité des sexes. Elle est une anomalie contre-naturelle quand elle se poursuit à lâge adulte. Cest ce que veut dire Voltaire quand il décrit un âge où un jeune garçon ressemble à une jeune fille. Le sentiment homosexuel est explicable dans ce cadre là ; il est antinaturel quand le sujet ne parvient pas à le dépasser. Voltaire situe donc lhomosexualité dans les problèmes éducatifs à surveiller. Ces jugements sont à lier à une thématique que lon retrouve dans la culture classique et qui est source de débats : pourquoi lhomosexualité apparaît dans certaines civilisations? Voltaire nie que certaines sociétés aient pu encourager la pratique de lhomosexualité. Dans plusieurs de ses écrits, il démontre que les sociétés anciennes nont pu édicter de mauvaises coutumes : « Je ne croirai pas davantage Sextus Empiricus, qui prétend que chez les Perses la pédérastie était ordonnée. Quelle pitié ! Comment imaginer que les hommes eussent fait une loi qui, si elle avait été exécutée, aurait détruit la race des hommes. » On retrouve dans dautres écrits une réaction contre cette présence de lhomosexualité masculine dans certaines civilisations anciennes. Un écrit datant de 1767 et intitulé Supplément à la philosophie de lhistoire de feu M labbé Bazin, contient une discussion de cet argument historique, notamment ce qui concerne la pédérastie chez les Perses et les Grecs. Il reprend un argument dont Voltaire usa dans son Dictionnaire philosophique quune civilisation ne peut édicter une loi qui, dans le cas de son application intégrale, aboutirait à la disparition de toute civilisation. Labbé Augustin Barruel (1741-1820) affirme dans ses lettres intitulées Les Helvétiennes ou Lettres provinciales philosophiques rédigées en 1781: « Non je ne crains pas de le dire : quand vous montrez Platon et Socrate lui-même à lécole de la pédérastie, je ne vois plus quun monstre dans Platon et Socrate
»Un autre texte ayant pour auteur Jean Bouhier (1673-1746), président du Parlement de Dijon, est aussi manifestement une réaction contre les arguments historiques. Il tente de démontrer que les Anciens condamnaient les pratiques sexuelles entre hommes et les regardaient comme le fruit dune maladie : « Les médecins anciens regardaient même tellement cela comme une maladie corporelle quils simaginaient peut-être quelle pouvait passer des pères aux enfants. » Ces débats induisent aussi que, si ces civilisations permettaient la visibilité de lhomosexualité, elles peuvent être regardées comme inférieures. On retrouve effectivement un lien qui est fait entre efféminement, orient et civilisations anciennes dans plusieurs textes littéraires en faisant une recherche dans la base FRANTEXT. Le message global est que, si des civilisations ont pu encourager involontairement ces pratiques, ces dernières furent la cause de la décadence de ces mêmes civilisations ou quelles sont la marque tangible de leur infériorité. Ces perceptions de lhomosexualité masculine sont à replacer dans le jugement global qui veut que si les pratiques homosexuelles sont contre-nature alors aucune civilisation ne peut les avoir favorisées.
Parallèlement à ces positions, dautres hommes de lettres ou philosophes bien moins nombreux affirment que la nature est polymorphe et donc on ne peut condamner des comportements quelle autorise. Vauvenargues (1715-1747) conteste la notion de contre- nature. Il insiste sur la relativité de toute morale qui correspond à une époque et qui a été instituée. : « Le problème vient de ce que les gens ne pensent pas par eux-mêmes : la plupart des hommes vieillissent dans un petit cercle didées » « Il ny a point de siècle ni de peuple qui nait institué des vertus et des vices imaginaires. » « Les hommes se défient moins de la coutume et de la tradition de leurs ancêtres, que de leur raison. »Ainsi Vauvenargues insiste sur le caractère conjoncturel, temporel et social de toute morale. Il insiste sur le caractère polymorphe de la nature : « Il ny a donc rien contre le sentiment ou la nature. » « Il ne faut pas croire aisément que ce que la nature a fait aimable soit vicieux.» « La coutume fait tout jusquen amour. »Vauvenargues insiste sur le caractère neutre et polymorphe de la nature, qui na institué ni des choses bonnes ou vicieuses. Dans le même temps, il insiste sur le fait que la morale sexuelle est du domaine du social et non du naturel. De même, Jean Baptiste Boyer DArgens (1704-1771), qui fut homme de lettres et philosophe, rejoint cette idée du polymorphisme de la nature. Il défend lidée quil y a un Dieu créateur de tout ce qui existe ; toute action fait partie du plan divin. Denis Diderot également a une vision polymorphe et descriptive de la nature. Cest précisément le sens quil faut donner à son affirmation : « Tout ce qui est dans la nature ne peut être ni contre-nature, ni hors-nature, je nen excepte pas même la chasteté et la continence volontaire. ». Il a une idée utilitaire du plaisir sexuel qui est basée sur la pensée que lhomme est un animal social et que le cloître conduit à la folie : pour Diderot, la chasteté et la continence volontaire sont contre-nature ; il justifie les plaisirs solitaires et indirectement lhomosexualité au nom de cette théorie utilitaire du plaisir. Il pointe aussi la force du préjugé « On saccuserait peut-être plus aisément du projet dun grand crime, que dun petit sentiment obscur vil et bas. Il en coûterait peut-être moins pour écrire sur son registre : « Jai désiré le trône aux dépens de la vie de celui qui loccupe » que pour écrire : « Un jour que jétais au bain parmi un grand nombre de jeunes gens jen remarquais un dune beauté surprenante et je ne pus mempêcher de mapprocher de lui. »Il indique la force du préjugé en usant dune comparaison forte et, par-là, critique laberration de la peine prévue. Comme Vauvenargues, il montre aussi le caractère temporel et relatif de toute morale liée à une époque et à un contexte. : Lorsquil décrit les goûts antiphysiques des américains, il explique ceci par le climat, les coutumes. De même, dans Jacques le fataliste, lorsquil affirme quil ne se sent pas plus coupable quand il décrit les sottises de Jacques le fataliste que Suétone quand il nous transmet les débauches de Tibère. Il démontre par ces exemples que la morale sexuelle est le fruit des sociétés et non de la nature et ici, également, son argumentation se rapproche de Vauvenargues. Donc, en se basant sur ces perceptions, plusieurs hommes de lettres semblent justifier et comprendre que la pratique de lhomosexualité ait pu être une pratique admise dans certaines civilisations. Le marquis dArgens note dans ses écrits Lettres juives que les Egyptiens et les Turcs regardent comme saints des personnes que lon brûlerait chez les Nazaréens avec raison.Henri Joseph Dulaurens (1719-1793), poète et romancier, dans un texte intitulé Le Compère Mathieu ou les bigarrures de lesprit humain note que la pédérastie est tolérée chez les Grecs et les Romains. Enfin Mirabeau (1749-1791) juge lhomosexualité explicable dans la jeunesse où les passions sont fortes. Dans son texte Erotika biblion, il dresse un tableau des murs sexuelles de lAntiquité et, dans le même ouvrage, il déclare que la pédérastie a été connue sur tout le globe. Cette approche du comportement homosexuel exclut donc que celui-ci fût le produit dun sentiment contraire ou de mauvaises coutumes. Elle le replace dans le domaine des faits naturels. Donc le débat sur la nature du comportement homosexuel autant que les débats sur sa tolérance dans certaines civilisations anciennes ou chez certains peuples sont loccasion de deux types de perceptions opposées. Parallèlement à ces débats, la sodomie comme pratique sexuelle va être décrite et commentée. Elle sera perçue parfois comme une pratique sexuelle spécifique des clercs.
B/ La description des plaisirs et des pratiques sexuelles
Deuxième caractéristique qui ressort de certains écrits littéraires français du XVIIIe siècle : la sodomie devient une pratique sexuelle décrite. La sodomie comme pratique sexuelle est abordée dans des textes littéraires et notamment dans une littérature licencieuse. Cette littérature doit être distinguée, car le roman libertin est traversé par une impatience de mettre la langue à nu. Le roman libertin vise aussi à former son lecteur et ceci explique ces descriptions si crues et presque archéologiques des plaisirs de la chair. On se trouve donc face à un langage libre et à une vision accentuée des plaisirs de la sodomie masculine. Les auteurs que nous allons aborder traitent de lhomosexualité dans des écrits que lon peut qualifier de licencieux. En les prenant chronologiquement, nous avons distingué : Antoine Ferrand (1678-1719), Alexis Piron (1689-1773,) Charles Collé (1709-1783), Julien Offray de la Mettrie (1709-1751,) Giacomo Casanova (1725-1798), Nicolas Edmé Restif de la Bretonne (1734-1806,) Andréa de Nerciat (1739-1801) et le Chansonnier historique du XVIIIe siècle publié en 1882 principalement. Quelle est limportance de ces écrits et quel est leur statut ? Ceci est important pour cerner à quel niveau est abordée lhomosexualité. Certains de ces textes furent jugés obscènes, dautres sont des textes qui manient la satire, et nous verrons quau début de la Révolution française, lhomosexualité sera abordée dans des textes pamphlétaires, donc il sagirait plutôt dune littérature de transgression, de contestation. Lhomosexualité dans ce cas ne sortirait pas, bien quabordée, du domaine du scandale et de linterdit et elle constitue une forme de transgression extrême que certains utilisent. Le sodomite reste dans le domaine du proscrit et du scandaleux. Lhomosexualité, si elle nest pas abordée plus amplement dans des textes ayant un statut plus important, mis à part pour discuter de sa nature, resterait-elle au niveau du délit, du scandale ?
Plusieurs thèmes se dégagent de ces textes licencieux : le désir mis à nu, la sodomie vue comme une pratique sexuelle parmi d'autres, lhomosexualité des clercs. Le ton est volontiers très cru pour aborder ces différentes problématiques et on a limpression dune vocation presque pédagogique dans la manière archéologique que certains de ces auteurs ont de décrire les plaisirs de la sodomie.
Le désir est effectivement mis à nu dans cette littérature licencieuse avec une particulière crudité des propos. La description directe du désir homosexuel ressort de plusieurs textes : lanalyse lexicologique de certains textes laisse apparaître une grande verdeur des propos. Les termes employés et qui reviennent : « enculer », « décharger » sont notamment présents dans un texte intitulé Les Caractères de lamour dAntoine Ferrand qui fut Conseiller à la cour des aides de Paris ; lédition de cette uvre date de 1738. On relève aussi des termes tels que « couilles », « cuisses fermes », « foutu », « vits » dans Ode à Priape dAlexis Piron » texte daté des environs de 1710, car il écrit ce texte jugé obscène vers lâge de 20 ans ; « con », « foutre en cul » dans Les Chansons de Charles Collé datant de 1784, « branlotte », « engin », « limer », dans Le Diable au corps dAndréa de Nerciat texte datant de 1786, « four », « culs », « con », « fouteurs », « coccis », « fourgonner les anus » dans un écrit La foutromanie de Gabriel Sénac de Meillan datant de 1780. La sodomie est aussi décrite parallèlement au plaisir sexuel avec la femme. Tous avec des variantes diverses traitent de la sodomie comme une pratique sexuelle parallèlement à celui des femmes. Ce qui est le plus significatif est de constater dans lanalyse lexicologique de ces textes la mise en parallèle de termes « con » désignant le sexe féminin « cul » désignant le plaisir sodomite et « vit » désignant le sexe masculin. « Le con est fort bonne personne. Je ne dis pas quon labandonne, mais le cul nest-il pas bonhomme. Faut-il le réserver pour Rome ? Foutons en cu, foutons en cu. » Cet extrait issu des chansons de Charles Collé datant de 1784 est caractéristique. Plusieurs autres écrits paraissent mettre en parallèle les deux plaisirs sexuels : « Socrate direz-vous ce sage, dont on vante lesprit divin, a vomi peste et rage contre le sexe féminin : mais pour cela le bon apôtre, nen a pas moins foutu quun autre, interprétons mieux ses leçons : contre le sexe il persuade. Mais sans le cul dAlcibiade il neut pas médit les cons. »Cet extrait est issu de LOde à Priape, dAlexis Piron et datant des environs de 1710. Lanalyse de ces textes montre une opposition qui est faite assez fréquemment entre les deux plaisirs sexuels : « le con », « le cul », « les conistes », « les culistes ». On découvre aussi lemploi de termes stigmatisant : « fourgonner les anus », « bougre hideux », « canaux empestés », « putains », « ribauds », « goût », « goût horrible », « goût bizarre », « viole les droits de la nature », « gitons », « fantaisie », « chien.» Ces textes mettent clairement en parallèle le goût de la sodomie et un goût dit conforme à la nature. En même temps les termes qui ressortent démontrent tout de même une certaine stigmatisation du comportement homosexuel. Mettre à nu le plaisir et mettre à nu le plaisir homosexuel ne sont-ils pas des procédés visant aussi à démontrer lexcès, le désordre de ces pratiques et ne cachent-ils pas une volonté de remise en ordre ? Le texte de Gabriel Senac de Meillan (1736-1803) emploie un langage direct, cru pour parler du plaisir sexuel. Cependant le texte comporte une attaque contre la progression des murs homosexuelles et contre la pratique de lhomosexualité au sein du clergé. Le goût homosexuel est souvent présenté comme un comportement particulier, pratiqué dans certaines situations : cloître, clergé, entre valet et noble
A lépoque de la Révolution, une littérature pamphlétaire utilisera la parole du sexe pour stigmatiser le désordre des anciennes élites, de lancien ordre de choses. Certains de ces textes ne relèvent-ils pas de la même analyse ? Dautant que plusieurs mots employés paraissent indiquer une volonté de stigmatisation : « ribaud » qui signifie la débauche, la pratique de la débauche, un « ribaud » et une « ribaude » sont un homme et une femme de mauvaise vie.De même, le terme « chien » employé par Charles Collé (1709-1783) signifie accouplement bestial et le terme « les chiens qui ont des os » une femme qui se donne pour peu. Ces termes rabaissent la pratique de la sodomie à une forme de débauche désordonnée. Elle est la phase la plus extrême de la jouissance vénérienne. Ces constatations faites à partir de ce lexique fortement transgressif pourraient indiquer que cette volonté de mettre à nu le plaisir homosexuel correspond à une volonté de décrire des excès. Certains textes comportent des jugements clairement négatifs. Il faut aussi ajouter pour plusieurs dentre eux, le lien qui est fait entre ces plaisirs homosexuels décrits et une relation basée sur largent, en dautres termes se rapprochant de la prostitution comme la relation entre le Comte et Félix dans le roman Le Diable au corps dAndréa de Nerciat.Des relations basées sur une relation de dominant à dominé : maître-domestique dans plusieurs textes. Tous ces indices pourraient donc indiquer que cette mise à nu du plaisir dans plusieurs cas correspondrait, certes, à la volonté de transgresser les normes de la société dAncien régime, mais surtout à dénoncer, en employant des termes forts, les excès dune société que lon estime malade. Dans le texte intitulé Les enfants de Sodome à lAssemblée nationale datant de 1790, la société homosexuelle parisienne est présentée comme une franc-maçonnerie pratiquant le prosélytisme et qui veut imposer son mode de vie. Ce texte emploie un ton excessif dans sa manière de présenter lhomosexualité parisienne et ceci probablement dans le but de démontrer les progrès de la sodomie. Il pourrait indiquer que débattre des relations homosexuelles directement et de manière très crue pourrait être pour une bonne part une façon de dénoncer le progrès et la visibilité de ces pratiques sexuelles. Dautant plus que lanalyse lexicologique de ce texte laisse aussi apparaître comme les textes érotiques cités précédemment, un emploi notable des qualificatifs « postérieurs », « culs » qui font apparaître lhomme adepte de ces plaisirs comme préoccupé uniquement par la pratique de la sodomie. La dernière partie du texte comporte une description de personnes avec mention daffaires les concernant : « Le sieur Rémy ci-devant sergent darmes, au régiment des gardes françaises. Ce digne soutien de la manchette est généralement connu pour avoir débauché la majeure partie des jeunes gens de sa compagnie. »Il y aurait bien ici une volonté à travers lexcès, de dénoncer les progrès de la sodomie.
De même, Nicolas Edmé Restif de la Bretonne évoque lhomosexualité au sein de son uvre dans le cadre de la débauche et de lexcès : dans Les nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, qui sont un tableau des débauches parisiennes, lauteur fait une description des plaisirs à Paris et lhomosexualité intervient à trois reprises. Dans un passage intitulé « bal payé » il décrit des efféminés dont il avait entendu parler mais quil navait jamais rencontrés. Il les décrit dans toutes leurs turpitudes. Il observe leur comportement. En note, il signifie que le terme efféminé correspond à un homme mol et voluptueux, qui est devenu semblable à la femme. Dans un autre passage, il fait intervenir une jeune fille qui se révèle être un jeune garçon. Enfin dans un troisième passage, intitulé « suite du café : espions » il affirme avoir remarqué deux êtres immoraux et antiphysiques et, en notes, il est spécifié quantiphysique signifie antinaturel.. Un autre roman est attribué à Restif de la Bretonne, Dom bougre aux Etats généraux ; un passage de ce texte est caractéristique : « Il y a trois espèces de gens qui foutent en cul
La première espèce est composée de ceux qui enculent les putains. La seconde espèce est de ceux qui enculent leurs propres femmes. La troisième espèce est de ceux qui enculent les mâles. » Il met les différentes variantes du plaisir sexuel en parallèle. « Tout est femme dans ce que lon aime ; lempire de lamour ne connaît pas dautres bornes que celle du plaisir » comme laffirmait Julien Offray de la Mettrie. Ce dernier, dans un texte intitulé Lart de jouir qui fut rédigé en 1751 et où il fait lapologie du plaisir, semble mettre en parallèle le plaisir de la femme et celui des garçons. « Pétrone a moins voulu, dans lexcès de son raffinement, vous causer des inquiétudes que vous ménager des ressources contre lennuyeuse uniformité des plaisirs. »
Cette mise en parallèle des plaisirs sexuels, que signifie-t-elle ? Le fait de mettre à nu le plaisir sexuel, que cache-t-il ? Il faut y voir sans doute une volonté plus claire didentification des relations sexuelles entre hommes par la mise en parallèle de deux plaisirs distincts et, de ce point de vue, cette liberté de parole est ambiguë car elle participe également dun débat sur des plaisirs qui deviennent davantage visibles. Dailleurs Restif de la Bretonne parle de la perte de ses murs à propos du jeune homme efféminé. Mirabeau parle, lui aussi, dun goût bizarre qui viole les lois de la nature et se demande pourquoi il est si répandu. Il réserve la sodomie passive à ceux qui sont privés dérection. Lauteur du texte Dom bougre aux Etats généraux considère que la sodomie passive est affaire dargent et quil ny a aucun plaisir à en attendre. Il y a donc à travers cette visibilité de parole, le fruit dune interpellation ou dun débat.
Une autre thématique qui vise aussi à démontrer la pratique des débauches et des excès, dont la sodomie semble la variante la plus excessive, est la dénonciation de lhomosexualité des clercs. Antoine Ferrand fait intervenir dans ses pièces libres dont lédition date de 1738 « un moine napolitain qui fut pris en sondant son prieur dom Jérôme
» Les textes de Charles Collé et particulièrement ses chansons joyeuses font intervenir les jésuites. Ils sont souvent cités. On trouve parfois des chansons sur des clercs connus pour leurs murs et ces textes peuvent être parfois assez violents : « Auteur escroc, infâme prêtre quel noir démon trouble tes sens
» Lhomosexualité est fréquemment présentée comme une spécialité du clergé : le texte La Foutromanie de Gabriel Sénac de Meillan fait aussi allusion aux murs pédérastiques de certains clercs « Le cardinal Borghese cherche des culs
Les monsignores imprudentes vermines dont Rome abonde, ennuyeux prestolets, lâches gitons, fouteurs à bas violets
» On retrouve cette assimilation entre sodomie et clergé chez Mirabeau et aussi chez Diderot. Il faut aussi replacer ces assimilations dans le cadre dattaques dont pourrait faire lobjet un des deux ordres privilégiés de lAncien régime. On retrouve cette collusion dans un texte de Mirabeau intitulé Le libertin de qualité ou ma conversion datant de 1783. Dans un passage de ce texte, lauteur fait une claire assimilation entre cloître et pratique de lhomosexualité Diderot fait le lien entre la pratique de lhomosexualité et le clergé dans son roman La religieuse quil commença en 1760, repris en 1780 et édité après sa mort en 1796. Alain Corbin souligne que parfois les scènes de jouissances se transforment en fallacieuses scènes sacramentelles et il y a confusion entre désordre de la dévotion et celui provoqué par le trouble du désir. Cet argument peut-il intervenir et expliquer aussi cette mode qui mélange clergé et pratique de lhomosexualité ?
La désignation du clergé comme corps pratiquant particulièrement lhomosexualité dans les exagérations et outrances de certains textes, participe de cette volonté de montrer le progrès de la sodomie. Ces descriptions visent aussi à décrire et instruire le lecteur sur les différentes conjonctions vénériennes.
Quelle analyse globale peut-on faire sur les perceptions de ces textes ? Il faut rapprocher la verdeur du ton de ces textes de celle des textes qui, à lépoque révolutionnaire, font usage dun langage cru pour dénoncer les excès des anciennes classes dirigeantes et qui visent à informer dans un but pédagogique. Plus généralement cette utilisation de qualificatifs fortement transgressifs pose le problème de sa signification. Il faut replacer, dans un premier temps, ces textes dans leur contexte. Plusieurs de ces textes sont des textes érotiques scandaleux et un de ces auteurs, Alexis Piron, se vit même refuser lAcadémie française par Louis XV à cause de son érotisme débridé. Cette uvre fut écrite alors que cet auteur avait vingt ans et devait asseoir sa réputation dauteur licencieux. Luvre Le Diable au corps dAndréa de Nerciat fut publié en 1786 sous un pseudonyme. Pourtant, pornographie et philosophie ne se distinguent pas catégoriquement à lère des Lumières. Parler du sexe, cest parler de beaucoup plus et les désordres du sexe trahissent ceux du corps social. Lemploi de termes qui font référence aux techniques du plaisir à létat pur marque une volonté de transgresser les bienséances et les interdits. Elle marque visiblement une volonté de frapper fort au niveau du langage. La littérature érotique vise à exciter le lecteur. Le lecteur doit jouir de contempler des modèles et il doit être surpris. Dans ce cadre, la description de lexcès corporel devient une nécessité. Il nest pas de plaisir modéré et le récit respecte une progression jusquau paroxysme de lardeur et du délire. Il faut dire que cette littérature érotique va acquérir un statut culturel dans les milieux savants et intellectuels. Le ton de ces textes semblent bien correspondre à ce type danalyse car on a limpression dune progression des propos jusquau paroxysme de la crudité. Dautre part, il faut souligner quau plan de la philosophie de ces textes, on y discerne une primauté de la nature. La nature comme dans la philosophie des lumières est devenue toute puissante et donc il y a valorisation de la jouissance et de lindépendance de lindividu. Le plaisir sexuel est en quelque sorte une manifestation de lautonomie de lhomme. On peut y voir une contestation virulente de la morale des théologiens que lon remplace par une esthétique et une psychologie du plaisir : on a une laïcisation du plaisir sexuel. Le plaisir nest que de la consommation pure et le corps de lautre nintervient que comme un pourvoyeur de plaisir.
Ces descriptions ne portent-elles pas un aussi un regard nouveau sur la sodomie entre hommes ? Le XVIIe siècle connaissait en matière décrits sur lhomosexualité, la satire ou lapologie. Alain Corbin souligne que ces romans obscènes en viennent par nature à diviser les sexes afin de mieux parler de leurs rapports et le roman obscène aboutit finalement à un triomphe de la conjugalité.Il faudrait replacer cette description de la sodomie dans cette optique. Cette description des plaisirs homosexuels est faite dans le contexte de description des plaisirs sexuels, certes, mais on perçoit très clairement une opposition entre ce type de plaisir et le plaisir pour le sexe féminin. La pratique de lhomosexualité est analysée en termes de plaisir anal, sodomite, de goût particulier et, parfois, de relations de domination. Finalement ces analyses pourraient laisser entrevoir une volonté de dénoncer un phénomène que lon pense prendre de lampleur. Au plan du désordre, nous pourrions soutenir que la pratique de la sodomie par les clercs pourrait à ce propos être un exemple emblématique de désordre qui viserait à démontrer, par soucis danticléricalisme létat, jugé mauvais, du clergé. Nous pourrions entrevoir que si la nature devient toute puissante dans ces textes et que la jouissance est devenue primordiale, les pratiques homosexuelles pourraient être analysées dans ce contexte et ceci pourrait bien expliquer la propension de ces textes à opposer les plaisirs dit naturels aux plaisirs de la sodomie. Cette primauté de la nature qui ressort de ces textes doit nous faire aborder les textes sadiens qui, par leur intensité et leur spécificité, devaient être envisagés indépendamment.
III La perception de lhomosexualité dans les études sadiennes.
Les textes sadiens doivent être envisagés indépendamment, tant ils sont complexes et intenses. François Alphonse Donatien de Sade (1740-1814) pourrait être emblématique du roué qui se sent au-dessus de toutes les règles. Le héros sadien sautorise, par un ultime renversement des valeurs, de saccager lhonneur et les bienséances jusquà leur extrême limite. Les écrits sadiens constituent la phase la plus extrême des écrits libertins. Sade préconise une inversion radicale et, si lon prend en exemple la préface de son uvre La philosophie dans le boudoir, la passion ne doit souffrir aucun frein. On se trouve face à une vision polymorphique extrême de la nature : cest ainsi quil faut comprendre cette apologie des passions. Daprès la philosophie des textes sadiens, la nature ne peut condamner ce quelle laisse exister. Cette philosophie sadienne nie les prétendues lois de la nature : à propos de linceste, Sade souligne le fait que ces pratiques existent dans plusieurs parties du globe et que donc une loi que lon prétend naturelle est en fait le produit de la politique. Les textes sadiens mettent en parallèle les notions de bien et de mal, car la nature autorise lun et lautre et est indifférente à toute forme de hiérarchie. Les goûts dit les plus monstrueux sont plaisants à la nature comme il le souligne dans un texte nommé La vérité et datant de 1787. Cette vision polymorphique extrême est prônée parallèlement à une violente opposition au concept du Dieu chrétien. Sade blâme et attaque le concept du Dieu chrétien dans lequel il voit visiblement la source de tous les mensonges. Il pose donc des principes qui sont une inversion des valeurs prônées par le Christianisme. Nous avons donc dans ce cas affaire à des principes radicaux. Nous envisagerons les textes sadiens autour de deux thématiques : dans un premier temps, une vision polymorphique extrême de la nature. Ensuite, au sein de ce cadre, comment et dans quelle mesure est envisagée la sodomie entre hommes dans les textes sadiens ?
A/ Une vision polymorphique extrême de la nature
Les textes sadiens présentent une vision parfaitement polymorphique de la nature, où toutes les perversions sont décrites. Le texte qui semble emblématique de cette vision dune nature polymorphique est Les 120 journées de Sodome. Ce texte fut écrit à la Bastille en 1785. Ce texte est dune crudité extrême et la langue de lauteur est brute. Louvrage se compose de quatre parties incarnant les passions simples, doubles, criminelles et meurtrières. Cet ouvrage est un catalogue de toutes les perversions les plus inimaginables. Elles sont décrites de manière très détaillée. Les quatre protagonistes de base sont des libertins : le duc de Blangis, son frère lévêque, le président de Curval et le financier Durcet. La description des quatre personnages fait apparaître leur nature perverse. Le duc de Blangis est le réceptacle de tous les vices. Il est fait comme un satyre. Il est doué dun membre monstrueux. Lévêque est un adepte de la sodomie active et passive. Il est fourbe. Il a une vilaine bouche. La description du président de Curval fait apparaître un physique usé par la débauche effrénée. Il a un membre très volumineux. Il boit. Durcet est présenté comme un monstre de perversité. Il est taillé comme une femme. Il a commis beaucoup de crimes et il a même empoisonné sa mère. La description de ces personnages est parfaitement analytique. Ces descriptions pourraient être vues, par certains côtés, comme similaires de celles que feront les médecins légistes de certains hommes inculpés doutrages aux murs dans la première partie du XIXe siècle. Ces descriptions font apparaître ces hommes pervers de toutes les façons. Certains ont vu dailleurs dans le texte des 120 journées de Sodome un caractère psychiatrique avant lheure et ont perçu ce texte comme un écrit qui anticiperait Richard Von Krafft Ebing (1840-1902) avec son ouvrage sur les perversions sexuelles Psychopathiae sexualis datant de 1886. Cette revendication de la liberté intégrale des plaisirs semble destinée à certains et pas à dautres. Dune part, on trouve dans le texte que le plus fort trouve toujours juste ce que le plus faible trouve injuste. Donc la liberté sexuelle est vue comme un privilège de puissants. Dautre part, il est significatif que, mis à part ces quatre personnages, les multiples compagnes et compagnons de débauche ne sont présents que comme objets de plaisir. Ils sont présents pour les plaisirs des quatre personnages principaux. Ceci est important à souligner car laffranchissement sadien vis-à-vis de la morale est visiblement un privilège de noble. Ces parties de débauches se passent à loccasion de repas. On peut y discerner un enchevêtrement de plaisirs et perversions sexuelles de plus en plus marqués. On peut y discerner la masturbation, le goût des petites filles, la sodomie, les perversions telles quurophilie et coprophagie. On peut aussi y discerner la pratique de linceste : père avec fille, car il est spécifié que la fille aînée du duc de Blangis va épouser le président de Curval. Elle aurait eu des familiarités avec son père et elle continuera ses relations avec son père. Dans le cours du texte, on voit apparaître un frère qui a une relation avec sa sur. La philosophie de cette description de débauches toujours plus extrêmes est que la nature ninterdit rien et que le mal a autant le droit de cité que le bien. Les textes sadiens nabolissent pas le mal. Ils le prônent. Le mal fait parti dun plan global de lhumanité et il ne faut pas lexclure. Cependant on discerne malgré tout une frontière qui est celle du bien et du mal. Toute la philosophie de ces descriptions de perversions les plus audacieuses est dans cette idée dune nature polymorphe. Dailleurs le texte des 120 journées de Sodome fait une place aux passions les plus criminelles notamment les relations imposées à des enfants impubères et les passions meurtrières qui consistent à faire souffrir par plaisir jusquà la mort. Ces textes sadiens nabolissent pas le mal : nous discernons bien une volonté de décrire des passions de plus en plus violentes dans les textes sadiens et il semble y avoir une échelle de valeurs à travers ces descriptions, et notamment dans le texte Les 120 journées de Sodome, les passions sont divisées en passions simples, doubles, criminelles et meurtrières. Finalement les passions bonnes et mauvaises sont intégrées dans un plan global de la nature. La jouissance du mal est lexpression dune sorte de pulsion inhérente à lhomme et elle fait partie de lui. Ces textes sadiens doivent être replacés dans le courant libertin, même si la vision extrême quils présentent en fait des textes uniques. Le blasphème et la pratique dune sexualité extrême et polymorphe visent à saffranchir de la religion. Cest cet affranchissement qui est le but de cette manière de décrire et de prôner le mal aussi exemplairement. La nature telle quelle est décrite dans les textes sadiens est meurtrière, excessive et les passions les plus violentes constituent des manifestations naturelles. Il faut suivre ses lois. Pour le marquis de Sade, il est essentiel pour le maintien de léquilibre quil y ait autant de bons que de méchants. et que, d'après cela, il devient égal au plan général que tel ou tel soit bon ou méchant de préférence ; que si le malheur persécute la vertu, et que la prospérité accompagne presque toujours le vice, la chose étant égale aux vues de la nature, il vaut infiniment mieux prendre parti parmi les méchants qui prospèrent que parmi les vertueux qui périssent ?Les victimes ne sont pas importantes dans lacte sexuel sadien, puisque léventuel partenaire est entrevu comme un pur objet et on a limpression quun objet en vaut un autre. Cest dans cette vision de la nature quil faut replacer la pratique de la sodomie entre hommes dans ces textes. Le sadisme ne se comprend pas en dehors de codes dont il prône la violation. Cependant ces codes existent et cest pourquoi il faut les violer. De même la notion de Dieu, et les principes qui vont avec, ne sont pas niés, les textes sadiens encouragent den violer les principes. Sade prône une inversion de la nature et cest pourquoi ces textes prônent la perversion et elle seule. Cest précisément ainsi que peut-être comprise toute la démarche sadienne. Donc une nature polymorphe qui comprend le bien et le mal à égalité, une culture de linversion et de la perversion au nom de cette même polymorphie, cest dans ce cadre-ci que doit se comprendre la perception de la sodomie entre hommes dans ces textes.
B/ La sodomie entre hommes dans les textes sadiens
Cest dans le cadre de cette réflexion sur une nature plurielle que Sade replace la sodomie. La sodomie est pour le divin marquis lacte sexuel par excellence. Il y a une volonté dabolition de la différence des sexes. Dautre part rien nest laid dans le libertinage. Dans un premier temps, Sade insiste sur la relativité de la morale au nom de la présence de la sodomie dans lespace et dans le temps. Dans son roman La philosophie dans le boudoir datant de 1795, Sade affirme que les pratiques homosexuelles entre hommes sont présentes dans toutes les civilisations « Il n'y a pas un seul coin sur la terre où ce prétendu crime de sodomie n'ait eu des temples et des sectateurs. Les Grecs, qui en faisaient pour ainsi dire une vertu, lui érigèrent une statue sous le nom de Vénus Callipyge ; Rome envoya chercher des lois à Athènes, et elle en rapporta ce goût divin. Quel progrès ne lui voyons-nous pas faire sous les empereurs ! A l'abri des aigles romains, il s'étend d'un bout de la terre à l'autre ; à la destruction de l'empire, il se réfugie près de la tiare, il suit les arts en Italie, il nous parvient quand nous nous poliçons. Découvrons-nous un hémisphère, nous y trouvons la sodomie. Cook mouille dans un nouveau monde : elle y règne. Si nos ballons eussent été dans la lune elle s'y serait trouvée tout de même. Goût délicieux, enfant de la nature et du plaisir, vous devez être partout où se trouveront les hommes, et partout où l'on vous aura connu l'on vous érigera des autels ! Ô mes amis, peut-il être une extravagance pareille à celle d'imaginer qu'un homme doit être un monstre digne de perdre la vie parce qu'il a préféré dans sa jouissance le trou d'un cul à celui d'un con, parce qu'un jeune homme avec lequel il trouve deux plaisirs, celui d'être à la fois amant et maîtresse, lui a paru préférable à une fille, qui ne lui promet qu'une jouissance ! Il sera un scélérat, un monstre, pour avoir voulu jouer le rôle d'un sexe qui n'est pas le sien ! Eh ! Pourquoi la nature l'a-t-elle créé sensible à ce plaisir ? » Il entend démontrer que la répression de la sodomie est une aberration. Le raisonnement de Sade consiste à démontrer, par la présence de la sodomie entre hommes dans plusieurs civilisations passées, son aspect parfaitement naturel. Dans ce sens il prend un argument que dautres ont émis, la condamnation de la sodomie est relative car des civilisations nont pas cru utile de la condamner. De même la destruction des antiques cités de Sodome et Gomorrhe pour cause de pratique de la sodomie est niée et il est affirmé que ces villes furent détruites par des volcans. Donc puisque la nature ninterdit rien, il est logique que la sodomie fût présente dans toutes les civilisations, cest un fait naturel. Il est aberrant de chercher à combattre un phénomène qui, par sa présence dans lespace et dans le temps, est parfaitement naturel.
Le deuxième argument est que les adeptes de cette pratique ont des prédispositions particulières qui les poussent vers ces pratiques sexuelles. Il met en avant une conformation particulière « Examinez sa conformation ; vous y observerez des différences totales avec celle des hommes qui n'ont pas reçu ce goût en partage ; ses fesses seront plus blanches, plus potelées ; pas un poil n'ombragera l'autel du plaisir, dont l'intérieur, tapissé d'une membrane plus délicate, plus sensuelle, plus chatouilleuse, se trouvera positivement du même genre que l'intérieur du vagin d'une femme ; le caractère de cet homme, encore différent de celui des autres, aura plus de mollesse, plus de flexibilité ; vous lui trouverez presque tous les vices et toutes les vertus des femmes ; vous y reconnaîtrez jusqu'à leur faiblesse ; tous auront leurs manies et quelques-uns de leurs traits. Serait-il donc possible que la nature, en les assimilant de cette manière à des femmes, pût s'irriter de ce qu'ils ont leurs goûts ? N'est-il pas clair que c'est une classe d'hommes différente de l'autre et que la nature créa ainsi pour diminuer cette propagation, dont la trop grande étendue lui nuirait infailliblement ? » A travers ces analyses, on a lidée dune innéité de ces goûts qui marquent certaines personnes. En même temps il y a déjà une idée dinversion des sentiments, car les hommes qui sont sujets à ces pratiques ont une conformation qui les rapproche des femmes. Cette conformation particulière explique leurs goûts sexuels. Cette manière dexpliquer le goût de la sodomie masculine par une conformation particulière est encore à replacer dans la thèse du polymorphisme de la nature qui a créé des types différents dindividus par les goûts et la conformation. Cependant la sodomie dans ce cadre ci devient une particularité inhérente à certains individus. La sodomie serait non naturelle car elle naboutit pas à la génération et elle nuirait à la population. La réflexion sadienne prend le contrepied de ce jugement. La nature crée, certes, mais elle détruit autant. La création comme la destruction rentre dans ses plans au même titre que le bien et le mal. La destruction est donc aussi naturelle que la création. Le sodomite qui pratique la sexualité avec des personnes de son sexe ne détruit pas, il se contente de ne pas créer. Le sodomite sert la nature en se refusant opiniâtrement à une conjonction dont il ne résulte quune progéniture fastidieuse pour elle. Cette propagation ne fut jamais une de ses lois mais une tolérance. Cette partie prend le contrepied du « croissez multipliez » que lon peut voir dans la Bible. Cette affirmation doit être replacée dans le cadre dune nature où le bien et le mal font partie dun plan global et cest pourquoi la destruction ou labsence de postérité sont perçues comme naturelles au même titre que la croissance de la population. Pour appuyer cette hypothèse, on met en avant le fait que la femme nest en mesure de procréer que pendant un nombre limité dannées par rapport à son espérance de vie. De ce fait si la procréation était primordiale le délai pendant lequel une femme est féconde serait plus étendu. Parallèlement, largumentation récuse laccusation que la liqueur spermatique ne peut aller que dans le vase prévu à cet effet dans le but de la procréation car si tel était le cas, la nature interdirait que lécoulement de ce liquide se fasse en dehors de cette circonstance. Donc par cette argumentation autour de la procréation qui nest plus entrevue comme un impératif naturel, le texte sadien évacue un des principaux griefs qui sont reprochés aux pratiques homosexuelles. Si on synthétise largumentaire sadien sur la sodomie entre hommes, la sodomie est naturelle car la nature étant polymorphe on ne peut désigner contre-nature des faits que celle-ci laisse exister. La preuve en est que si lon observe les civilisations dans le temps et dans lespace, on peut y observer assez fréquemment la présence des pratiques sodomites entre hommes. Enfin les pratiques homosexuelles sont naturelles car la nature étant autant destructrice que créatrice, la procréation nest nullement un impératif. Cette vision des pratiques homosexuelles est parfaitement originale et unique et on ne peut retrouver par ailleurs une vision aussi radicale et aussi en opposition avec la vision traditionnelle de la sodomie telle quelle fut prônée par la société dAncien régime. Cependant, cette vision fait de la sodomie une pure pratique sexuelle et le sodomite est le pratiquant de la sodomie. Dautre part si on prend son uvre La philosophie dans le boudoir, la sodomie reste du domaine de la perversion : le personnage de Dolmancé qui est sodomite ouvertement, ce qui est une manière de prôner aussi linnéité de ces goûts, est un personnage noir et cynique rejetant toutes les valeurs de bonté et de charité. Le sodomite à travers ce personnage est sulfureux et incarne en quelque sorte le mal absolu. La sodomie dautre part est un pur plaisir sexuel qui fait parti dun catalogue de pratiques sexuelles toujours plus excessives. La sodomie sadienne est une pure sexualité, une pratique sexuelle parmi dautres. En ce sens, de manière plus radicale, Sade peut être situé dans le cadre des auteurs licencieux du XVIIIe siècle qui décrivent la sodomie parmi dautres plaisirs. Cependant le texte sadien y émet un jugement plus radical en nhésitant pas à prôner la pratique de la sodomie qui rentre dans les vues de la nature. Il faut replacer les points de vue sadiens sur la sodomie dans le cadre plus global dun système qui se veut en total dichotomie avec une vision de la nature qui privilégie le bien et fait échec au mal et donc qui demande à lhomme de créer et de procréer. Cest en ce sens que lon peut dire que le système du sodomite Sade est un système inversé. Ce système érige la perversion en norme. Le pervers ne se contente pas de transformer lautre en instrument de plaisir, ce qui le fait jouir, c'est la réduction, le passage du sujet à lobjet, et la contemplation de ce mouvement.
Cest en ce sens que le système sadien est un système authentiquement pervers. Au cours du XVIIIe siècle, on peut observer une diversification des perceptions de lhomosexualité masculine suivant que lon se place du point de vue des perceptions usuelles, de la littérature ou des écrits sadiens. Nous pourrions même parler de perceptions multiples. Dans le domaine des perceptions usuelles, la diversité des qualificatifs notamment dans le domaine du langage académique reflèterait une diversité des approches du comportement homosexuel masculin. Cette diversité se reflète aussi dans les débats qui sont perceptibles dans le domaine de la littérature. On y observe un vrai questionnement sur la nature des pratiques sexuelles entre hommes à travers les débats sur la notion de contre-nature ou sur la présence de ces amours dans certaines civilisations passées ou dans certaines contrées extra européennes. Nous constatons aussi dans les écrits licencieux une volonté de description des plaisirs de la sodomie entre hommes. Cette volonté saccompagnerait progressivement dune mise en opposition très caractéristique entre ces plaisirs homosexuels et les plaisirs dits naturels. Les seuls écrits qui paraissent refléter une opinion parfaitement claire et nette sur la pratique de lhomosexualité masculine sont les écrits sadiens qui replacent ces pratiques au milieu dautres pratiques autorisées par la nature. Nous avons affaire, au cours du XVIIIe siècle, à un vrai questionnement sur les plaisirs pour reprendre Alain Corbin, et à un vrai débat sur la pratique de lhomosexualité masculine. Cette multiplicité de débats, ces opinions divergentes reflètent des perceptions parcellisées et parfois complémentaires, mais nous ne pourrions affirmer que lon peut discerner une parfaite unité de ces perceptions multiples. Le XVIIIe siècle semble être un moment où le débat semble assez libre sur la question et on ne peut parler dune définition claire de ce quest lhomosexualité masculine. On a un chevauchement de perceptions théologiques et laïques au cours de cette période.
Cette parole riche a-t-elle une incidence sur le développement dune contre-société homosexuelle à Paris ? Cette volonté didentification du plaisir homosexuel discernable dans le domaine des discours salimenterait autant quelle alimenterait le développement dune contre-société homosexuelle. Lidentification du comportement homosexuel comme plaisir particulier pousserait en retour les hommes qui sy adonnent à constituer une sorte de contre-société avec ses règles pour reprendre une thématique sociologique propre à Howard Becker.
CHAPITRE II : LA SOCIETE HOMOSEXUELLE AU XVIIIe SIECLE ?
On peut observer, au cours du XVIIIe siècle, la constitution dune contre-société « sodomite » dans le cadre parisien, parallèlement à la naissance de discours sur lhomosexualité. Cette « contre-société » semblerait déjà bien structurée et elle serait marquée par une certaine hétérogénéité sociale : nobles et domestiques, clercs, gens de métiers. Dautre part, cette contre-société paraîtrait également marquée par des lieux de sociabilité déjà suffisamment hétérogènes. Des indices certains et des sources diverses permettraient aussi dobserver la naissance dune subculture à travers la présence certaine de réunions informelles et des signes ou des modes qui peuvent être perçus comme des marques de laffirmation dune forme de subculture sodomite. Dailleurs ce monde sodomite parisien compterait en son sein déjà des personnes, qui, par la liberté de leurs comportements, marqueraient encore davantage cette sociabilité naissante. Cette hétérogénéité sociale dépasse largement le domaine « du vice aristocratique ». Parallèlement, cette structuration autour de lieux et la naissance dune subculture serait la marque « dun monde sodomite » qui est en voie didentification. Il commence à se regrouper autour de la spécificité dun goût sexuel. Cette problématique pose donc le problème de la caractéristique et des signes de cette subculture : attitudes, modes de pensée, et de ses liens avec la culture plus globale du temps et du lieu dans laquelle elle se développe. Dans son travail sur les marginaux, Howard Becker soulignait que la marginalité est un concept construit par des groupes dominants qui désigne lautre comme marginal et les déviants ne le deviennent vraiment quau moment où ils se regroupent et considèrent la société comme étrangère et ne sappuient que sur eux-mêmes. Ils produisent ainsi des caractéristiques et des manières dêtre et de penser qui définissent leur subculture. Beaucoup de groupes déviants et, parmi eux, les musiciens de danse sont stables sur une longue période.
Comme tous les groupes stables, ils développent un genre de vie qui leur est propre. Le cadre principal pris est Paris au XVIIIe siècle : la présence de ces subcultures sodomites occasionnent des réactions de la part des personnes et des institutions notamment la police et cela aboutit à des processus répressifs. A partir de la répression, comment la société homosexuelle réagit-elle ? La naissance dune contre-société basée sur la spécificité homosexuelle aboutirait aussi à la naissance dattitudes et de modes de pensées spécifiques et ces facteurs aboutiront dans un second temps à la naissance dune expression de lhomosexualité. Quels sont les liens que lon peut faire entre la subculture homosexuelle et la société dominante ? Pour comprendre ce rapport entre ces subcultures sodomites et la société plus globale, nous ferons mention des concepts de marginalité intentionnelle et existentielle.
Le concept de marginalité intentionnelle fut développé par Hans Mayer. : Dans le cadre dune société chrétienne, le sodomite est marginal par son acte de sodomie. Il est donc un marginal intentionnel, car cest son acte qui est vu et non sa personne. Il a ainsi réalisé son acte en toute connaissance de cause. Le monothéisme chrétien ne connaît le marginal que par rapport à lorthodoxie. La chrétienté médiévale représentera le marginal sous la figure dhérétiques qui refusent de se soumettre à lorthodoxie et qui sont donc rejetés dans le péché. Dans ce cadre-ci, seule la marginalité intentionnelle est envisageable car ces marginaux à lordre le sont en pleine connaissance de cause, car ils ont, par leurs actes, assumé le chemin vers la marginalité. Ceux qui sont monstres par leurs actes et leurs pensées sont des pêcheurs. Les héros des comédies dAristophane sont des solitaires et des originaux qui ont décidé de lêtre. Lintentionnel franchit la frontière de la marginalité de sa pleine volonté. Il sisole délibérément. Il décide de vivre et dassumer sa marginalité en pleine connaissance de cause. Les représentations du marginal doit également viser à cerner les rapports qui unissent le personnage du marginal et son environnement culturel : Le marginal est représenté dans le cadre de lenvironnement géographique et social dans lequel il vit. Hans Mayer pensait quà la fin du XVIIe siècle, lélite nobiliaire prônait la tolérance vis-à-vis des différences de race, religion et murs : pour Mayer, la société bourgeoise va remplacer cette tolérance par une injonction à lintégration, qui va effacer les différences. Légalité va désormais signifier la norme et prendre pour point de départ une apparente régularité du monde humain. Alors que le monde féodal et nobiliaire cultivait la singularité à lintérieur dune hiérarchie : le fou possédait une fonction intégrée. Cette attitude permettait ainsi à des marginaux sexuels de cultiver leur différence dans une société qui, juridiquement, condamnait ces attitudes. Avec lépoque bourgeoise tout ce qui ne correspond pas à une régularité se trouve rejeté. Pour lhomosexuel, celui qui, intentionnellement, assume sa particularité et sa différence, est un marginal intentionnel car il choisit la transgression dun ordre en toute connaissance de cause. Lhomosexuel se rend ainsi volontairement indépendant de limage que la société répressive veut lui imposer. Sa marginalité dans ce cas précis est lexpression dune démarche consciente. En même temps, le personnage de lhomosexuel est lié à son environnement social qui le représente dune certaine façon.
Lexistentiel est celui dont la marginalité est imposée par des particularités physiques ou psychologiques. Hans Mayer stipulait que les héros dun monde sécularisé qui ignore la malédiction divine et la tendance au péché du Christianisme sont enfermés dans les limites de leur corps, dans leur origine et leur structure pulsionnelle. Lexistentiel subit son image et est tributaire de limage que lautre donne de lui. Il peut être contraint à mener une double vie, à employer un langage codé : Hans Mayer cite le cas de la mort de lhistorien de lart, Winckelmann, tué par un homme de rencontre. Il fut contraint par la société bourgeoise à garder une certaine façade et de jouer double jeu. Le cas de Hans Christian Andersen est aussi un cas dhomosexuel existentiel, déchiré entre la nécessité de se protéger de possibles révélations scandaleuses et ses pulsions véritables. Pour le XIXe siècle, Hans Mayer cite également le cas de Tchaïkovski qui, ayant redouté le scandale, sétait marié par peur daller à contre-courant. Lhomosexuel existentiel voit sa vie tributaire dune image qui pèse sur lui. Il essaie de se faire tout petit ou, dans certains cas comme ceux cités, il se crée une identité sociale virtuelle pour reprendre une théorie du sociologue Erwin Goffmann. De ce fait, il se trouve fragilisé et à la merci des maîtres-chanteurs. Linconscient homosexuel est structuré selon les règles du langage hétérosexuel. Lhomosexuel existentiel est celui qui est plus que lintentionnel structuré et dépendant de ce langage qui pèse sur lui. Howard Becker note quil est faux que tous ceux qui ont des relations homosexuelles participent à une sous-culture homosexuelle. Certains ne se considèrent pas du tout homosexuels et nassument pas cette étiquette.
Ces concepts seront judicieux pour analyser la subculture homosexuelle. La condamnation de Wilde, comme dit Neil Barnett, fit prendre conscience aux homosexuels quils nétaient pas seuls au monde. Elle faisait entrer lhomosexualité sur la scène publique et la faisait accéder à la visibilité même si cétait par le discours de lordre et de la répression. La répression qui commence à sorganiser sur le plan policier fait prendre conscience aux homosexuels de la réalité de leur état social. Cependant, il ne faudrait pas faire de la subculture homosexuelle un aboutissement de la répression. La subculture se constitue certes, à partir dune stigmatisation et de la répression mais, à un certain stade, elle sautonomise pour se constituer autour de valeurs qui lui sont propres. Une contre-culture tend à sopposer à un système dominant et en se constituant notamment des valeurs qui lui sont propres. Nous entendons donc répondre à une question centrale : est-ce-que nous assistons à la naissance de subcultures homosexuelles ou sodomites à Paris à la fin du XVIIIe siècle ? Quel est le rapport que ces contre-sociétés entretiennent avec la société plus globale ? Pour répondre à cette problématique, nous examinerons dans une première partie si des catégories sociales paraissent caractéristiques et donc il nous faudra entrevoir le couple aristocrate-domestique, les clercs et ce que nous appellerons par commodité les gens de métiers : artisans, boutiquiers
Dans une seconde partie, nous analyserons les caractéristiques de cette sociabilité homosexuelle dans Paris, notamment les lieux de rencontre, les cabarets et les réseaux. Enfin dans une troisième partie, nous examinerons ce qui nous semble relever dune subculture intentionnelle et existentielle ; ceci nous permettra de percevoir les codes de références qui se mettent en place au sein de ces groupes dhommes autant que de cerner la manière dont certains se percevaient eux-mêmes.
I Peut-on parler de marquage social ?
Cette contre-société sodomite paraît marquée dune certaine hétérogénéité sociale. Le marquage social permet dexaminer si des catégories sociales paraissent être signifiantes de ces mondes sodomites : la présence de certaines catégories sociales marque-t-elle cette contre-société? Ne faut-il pas relier la présence de certaines catégories sociales à la société dominante du temps ? La présence du couple aristocrate et domestique est aussi la marque dune société dordre et de formes de domination spécifique, de même, pour la présence de certains clercs. Les catégories sociales rencontrées sont donc variées : aristocrates et tiers Etat, clercs, gens de métiers. Ces catégories sociales ne se retrouvent pas dans les mêmes endroits et à ces catégories il faudrait ajouter les marginaux sociaux : vagabonds et voleurs que lon retrouve dans certains lieux de rencontre.
A/ Limportance du couple aristocrate et Tiers état
Limportance du couple aristocrate et domestique apparaît à travers plusieurs sources : Le grand mémoire rédigé par un policier du XVIIIe siècle, fait partie des Archives de la Bastille. Il regroupe des nobles sodomites et leur domesticité. Il offre un miroir intéressant. A ceci il faut ajouter le retentissement de certaines affaires et la présence des domestiques dans les lieux de rencontre qui apparaît dans les archives de police. Limportance du couple aristocrate et domestique pose deux questions : la question des rapports de domination maître-valet et la signification du poids du tandem aristocrate et domestique. Le grand mémoire est mentionné par Claude Courouve. Ce document offre un regard sur le monde des aristocrates sodomites et leur domesticité. Ce mémoire regroupe 113 noms regroupés en 55 articles. Ce document signale des nobles connus comme sodomites et, parallèlement, certains membres de leur domesticité. Ils sont signalés comme partageant les mêmes goûts sexuels. Cette source donne une photographie dhommes organisés autour de leur goût sexuel. Laffaire Benjamin Deschauffours, du nom de cet homme brûlé en mai 1726 à Paris, comporte des indices sur la présence des nobles et de leur domesticité dans le monde sodomite parisien au XVIIIe siècle. Le déroulement de linstruction de cette affaire et les protagonistes qui interviennent comportent des éléments qui semblent aller dans ce sens : cette affaire met à jour des réseaux de connaissances dont laccusé paraît être le centre. Le point de départ de laffaire est une plainte dun jeune homme qui aurait été victime dun abus sexuel au domicile de laccusé. Précisément, lors de cette agression, il y avait en compagnie de Deschauffours deux hommes qui paraissaient être des gentilshommes et qui semblaient connaître parfaitement laccusé. Dans le cours de linstruction de cette affaire, il est spécifié que ce dernier qui se faisait appeler marquis de Préau, tenait une véritable agence pédérastique. Il mettait en rapport des garçons ramassés dans les rues, de très humble milieu, avec de grands seigneurs. Linstruction note que lon paraissait venir de partout se fournir chez lui et que des rencontres avaient lieu tous les après-midis dans sa maison de la rue Poupée. Maurice Lever parle aussi autour de cette affaire dune clique nommée Lefèvre, du nom dun de ses membres, organisée autour des goûts sodomitiques. Nous voyons intervenir des nobles sodomites qui, par lintermédiaire de Deschauffours, comptaient assumer leur goût et rencontrer des garçons. Dans le cours de linstruction, des seigneurs que fréquente Deschauffours apparaissent tel le marquis de Sautereau, tel ce gentilhomme écossais qui jouit dune grande fortune et qui finira littéralement par acheter le jeune homme dont il est épris. Le seigneur de Montizelli ne parviendra pas, lui, à acheter Thomas Vaupinesque, dit Chambery.Au cours de linstruction du procès, il est bien indiqué que Deschauffours pratiquait le commerce de garçons pour le compte de riches seigneurs. Cette notion dachat implique que les nobles en question entrevoyaient les personnes convoitées comme des objets. Ces dernières nont pas dexistence propre et sont seulement des objets au service du plaisir des nobles concernés. Les nobles dans ce cas estiment sans doute que leur plaisir est un privilège qui ne saurait souffrir dentrave. Globalement linstruction de laffaire Deschauffours laisserait donc apparaître de forts indices de lhomosexualité de certains gentilshommes et parfois de leur domesticité. Lintérêt pour notre propos est que laccusé paraissait assumer un rôle de tenancier dune maison de débauche pour nobles sodomites. Parallèlement, nous avons plusieurs exemples de lintervention de la domesticité de certains de ces nobles.
Le poids de la domesticité dans la société homosexuelle parisienne se mesure aussi grâce aux fichiers de police. A partir des fichiers de police, il est possible de faire une statistique : les archives de la Bastille comportent le plus de rapports dans les années 1723, 1737-1738, 1749. On totaliserait environ 26 % de domestiques avec une poussée de 40,5 % en 1737-1738. Dans les séries Y que jai pu dépouiller, le chiffre est sensiblement moindre : 35 domestiques sur 228 cas recensés, à cela il faudrait ajouter ceux qui sont notés aide de cuisine, certains cuisiniers qui font parfois partie de la domesticité. Globalement, au niveau des sources utilisées pour le XVIIIe siècle, archives de la Bastille et Séries Y : sur un total de 335 hommes comportant la profession, nous avons pu dénombrer 71 domestiques, ce qui correspond à 21% du panel. Dans ce poids de la domesticité, il faut souligner le phénomène des domestiques sans état. Ces personnes qui couraient les rues de la Capitale se prostituaient parfois. Dans les archives, série Y, nous découvrons des détails intéressants et qui vont dans le sens dun lien entre une certaine partie de cette population et la prostitution : « Nicolas Dumoulin domestique. Il est sorti du Palais Royal, Dumoulin maquereau dhommes et de femmes
2 janvier 1781. » ; « Pierre Chauvat, dit la jeunesse, domestique sans condition. Il a déjà été au Grand Châtelet. Il reconnaît la détention à cause dune dispute. Il est accusé davoir volé une montre. » ; « François Barbançon, 15 ans domestique sans condition. Il a été vu depuis plusieurs jours aux Tuileries et au Palais Royal. »Ces quelques exemples semblent illustrer la présence de certains éléments dune population de domestiques assez instable.
Les pamphlets publiés à la veille de la Révolution font aussi état « de nobles sodomites." Dans le pamphlet Les enfants de Sodome à lAssemblée, le duc de Noailles est mentionné. Le pamphlet La vie du ci derrière marquis de Villette est construit sur la personnalité « dun sodomite » très célèbre dans Paris : le marquis de Villette. A partir de ces sources nous avons limage dune complicité de certains nobles et de leurs domestiques. Cet élément pose le problème de la solidarité maîtres et valets dans le cas dun goût sexuel partagé. Il faut également mettre en avant la société dordre qui est propre à lAncien régime et se demander si ce facteur maître-valet nest pas tout simplement la marque de ces rapports de pouvoir plus globaux. A ce stade pourrait-on donc entrevoir une certaine forme de solidarité entre maîtres et valets qui va au-delà des rapports sociaux classiques pour le XVIIIe siècle? Examinons quelques exemples qui ne se sont pas uniques : « En septembre 1748 un tapissier et un garçon jardinier nommé Gaverelle sadressèrent à un cordonnier Pierre la France. Celui ci les emmena rue Saint Dominique au couvent de Saint Joseph où lévêque de Fréjus avait résidence. La France assura ses compères que sils faisaient quelque chose avec monseigneur, le prélat leur donnerait de largent. »Cet exemple est caractéristique de lattitude du grand seigneur vis-à-vis dun serviteur partageant ses goûts. Il compte sur son serviteur pour lui offrir des occasions de rencontre sans sexposer directement. Nous pouvons aussi citer un autre cas de la solidarité entre un noble et son domestique homosexuel comme lui « Le marquis de Thibouville et son domestique nommé Valois. Ce domestique fut enfermé quinze jours à Bicêtre et son maître fit beaucoup pour le faire libérer ».
Le grand mémoire offre aussi une image de la solidarité entre le noble et son domestique : à chaque nom de noble cité, il y a mention de son domestique ou même de plusieurs domestiques avec pour mention : est du commerce infâme. Ce type de rapport maître-valet ressort aussi dans certains termes tels que bardache qui fait référence à un rapport de domination sexuelle et bougre qui fait référence à celui qui domine. Comme nous lavons remarqué, le noble reste convaincu que son plaisir ne doit pas souffrir de contraintes et ceci quelles que soient ses pratiques sexuelles. Ceci pourrait éclairer certaines attitudes. : « En 1724 le marquis de Liembrune, interpellé aux Tuileries embrassant un jeune homme, nest pas inquiété lorsquil se nomme ». Cette mentalité explique le rôle que la domesticité jouait dans la recherche du plaisir. Ces rapports de domination maître-domestique rappellent de loin le rapport homosexuel à Rome entre un citoyen romain qui se devait dêtre actif et lesclave qui était tenu de lui rendre ce service : le rapport de dominant à dominé propre à une société dordre ; on ne peut parler dans ce cadre-ci de solidarité maître-valet. Cependant au XVIIIe siècle les liens maîtres-domestiques sont, certes, marqués par des rapports de domination, mais il transparaît aussi, dans certains cas, un rapport de complicité entre le maître sodomite et son domestique, qui crée une forme de solidarité qui, elle, pourrait transcender quelque peu ces rapports de domination. Dabord, le domestique semble selon certaines sources, participer, dans certains cas aux orgies du maître. Les écrits du marquis de Sade contiennent des indices de la participation de domestiques aux orgies des maîtres et notamment Les 120 journées de Sodome. Les archives de police comportent aussi des traces de cette solidarité. Nous pouvons citer également en illustration le cas des rapports du Marquis de Liembrune et de son domestique Jacques Bouclan. Le grand mémoire également dans sa manière de présenter un noble et sa domesticité partageant les mêmes goûts sexuels, induit parfois une forme de solidarité. Certains nobles paraissent aussi présents dans des salons ou des sociétés secrètes libertines : Il existait des sociétés secrètes libertines ou des rites dentrée étaient pratiqués, par exemple lordre des chevaliers et nymphes de la rose de Leray. La littérature pamphlétaire compte des exemples également de solidarité entre partisans de lamour au masculin transcendant les hiérarchies sociales de lAncien régime. La spécificité du rapport maître-domestique pour ce qui est des amours masculines est assez marquante pour être soulignée : plusieurs sources nous donnent des indices. Cependant cette spécificité nest pas réservée aux amours masculines. Comme le remarque Olivier Blanc, la tradition du libertinage sétait étendue au XVIIIe siècle et le fait de vouloir acheter une personne de rang inférieur sur laquelle on avait des vues, se retrouvait chez les nobles non partisans de lamour homosexuel. Néanmoins une forme de solidarité paraît visible dans certaines sources et celle-ci semble sorganiser autour des mêmes goûts sexuels. Il rend alors complice le maître et son valet par-delà les hiérarchies sociales qui les séparent. La complicité du domestique vis-à-vis du maître paraît bien dans certains cas dépasser les classiques rapports de maître à domestique. Donc à travers les sources citées, on pourrait peut-être entrevoir une certaine forme de solidarité entre maîtres et valets partageant les mêmes murs. Cependant cette forme de solidarité devrait être pondérée car la notion dachat de lobjet sexuel citée dans des sources fait référence à des nobles représentant la classe dominante et privilégiée de lAncien régime et ceux-ci semblent envisager leurs désirs sexuels comme des impératifs quels que soient ces désirs. Dans ce cas, cest le bon vouloir du privilégié qui devient un impératif et non le fait quil partage des goûts sexuels semblables avec certains éléments de sa domesticité. Le poids démographique des domestiques dans les lieux de rencontre nest pas négligeable. Il nest pas en soi une spécificité du monde homosexuel parisien mais plutôt il est lié à la structure sociale de Paris au XVIIIe siècle. Il est aussi le reflet de la société de lépoque avec la surreprésentation de la domesticité.
B/ La place des clercs
Si le poids des domestiques dans ces contre-sociétés sodomites nest pas une spécificité du monde homosexuel parisien, une autre catégorie sociale apparaît dans les sources et pose la question de la signification éventuelle de son poids au sein de ces subcultures : le monde des clercs. Les clercs au XVIIIe siècle sont désignés comme partisans de lamour au masculin. La thématique du clerc sodomite est apparue dans la littérature pamphlétaire et licencieuse. Michel Rey parle également du cas des clercs, qui tiennent une grande place dans les fantasmes érotiques de lépoque car ils sont célibataires par force. Ils seraient beaucoup plus ardents. Il y a aussi le mythe des rapports troubles entre élèves et enseignants. Les jésuites sont particulièrement accusés dêtre des partisans de lamour homosexuel : quand ils furent expulsés de France en 1761-62, le président De Brosses déclara : « On prétend quils sont bien aise parce que chacun leur tourne le cul »Nous trouvons aussi dans dautres sources des traces daccusation dhomosexualité à lencontre des jésuites : dans les fonds de lEnfer de la Bibliothèque nationale de France se trouve un écrit datant de 1782 et sintitulant Les aventures galantes de quelques enfants de Loyola . Le public français associe aussi lhomosexualité chez les clercs aux jésuites, car leur vocation pédagogique favorisait cet amalgame qui fut aussi renforcé par les confessions de sodomites qui avouaient avoir été initiés au collège. Cependant ces accusations contre les jésuites sont à replacer dans le contexte des attaques dont ils furent lobjet : les jésuites défenseurs de la papauté dans une France acquise pour une grande partie à la doctrine gallicane de lautonomie de lEglise de France étaient lobjet dattaques. En 1762 le Parlement de Paris déclarait la compagnie inadmissible par sa nature, blâmait sa richesse, sa morale et sa théologie destructrice. Il faut faire rentrer en ligne de compte ce contexte pour expliquer ces accusations concernant les murs des jésuites. Plusieurs sources permettent dappréhender cette présence des clercs dans le monde homosexuel parisien au XVIIIe siècle. Les archives de la Bastille et louvrage Prêtres et moines non conformistes en amour permettent dévaluer le poids des clercs dans les milieux sodomites. Cet ouvrage comporte des sources issues elles-mêmes des archives de la Bastille et contenant des rapports sur des clercs arrêtés dans les promenades publiques connues pour être fréquentées par des sodomites. Sur un panel pour le XVIIIe siècle de 335 hommes comportant leur profession nous comptons 63 hommes notés comme clercs ce qui correspond à 19% du total. Peut-être aussi faut-il prendre en compte pour expliquer ces chiffres que ces archives ne comptabilisent que les clercs qui sont voyants ?
Ils ne constituent que la partie visible de ces clercs homosexuels. Néanmoins nous pourrions citer plusieurs fiches darrestation comme par exemple : « Labbé François prêtre de Saint Nicolas des Champs qui fut accusé le 12 septembre 1735 par quelquun dattouchement. » Nous avons aussi des indices dans la littérature pamphlétaire : le pamphlet Les enfants de Sodome à lAssemblée nationale contient des noms de clercs sodomites ou présumés, tel labbé Viennet, le plus zélé partisan de la bougrerie ou encore comme il est mentionné dans le pamphlet « celui de tous les boug
.mîtrés et crossés même celui de Chastenet de Puy Ségur évêque de Carcassonne ; celui de Beaupoil de Saint Aulaire, évêque de Poitiers, et celui de Le Franc de Pompignan, archevêque de Vienne » Histoire de Dom bougre, écrit pamphlétaire, comporte des passages intéressants, tel celui sur le père Casimir dont le regard farouche ne sattendrissait quà la vue dun joli garçon. Sa passion pour le cas antiphysique était si bien établie quil était redoutable aux savoyards même. Toutes ces sources comportent de forts indices de la présence notable de clercs sodomites au sein de ces mondes sodomites parisiens. Ces sources sont concordantes dautant plus que certaines concernent la fréquentation des promenades publiques et la littérature pamphlétaire traite de lorganisation informelle des sodomites parisiens. Le poids des clercs dans certains lieux de rencontre paraît modeste, il semble plus important dans dautres lieux : jardin des Tuileries et Luxembourg. La littérature pamphlétaire paraît refléter une présence des clercs dans certaine réunions informelles. Nous avons la trace de clercs présents dans ces mondes homosexuels. Ils étaient connus pour leurs murs et ceci ne paraît pas avoir gêné leur carrière ecclésiastique. Maurice Lever, pour le tout début du XVIIIe siècle, citait Maxime Du Camps secrétaire dHyacinthe Serroni, prélat homosexuel et qui devint chanoine puis évêque de Glandèves. Labbé dAuvergne connu pour ses murs et qui fut nommé à larchevêché de Tours. Laffiteau, jésuite qui fut nommé évêque de Sisteron et qui fut aussi connu pour ses penchants.Citons aussi cet abbé de Sesmaisons qui avait dû quitter la Compagnie de Jésus pour ses murs et qui, en 1730, fut fait évêque de Soissons par Fleury. Il faut aussi mentionner Monseigneur du Bellay évêque de Fréjus qui a recours au cordonnier La France pour faire des rencontres.Nous pourrions encore citer lAbbé Dumay syndic du diocèse de Toulouse qui a accosté une mouche et qui fut relâché sur intervention de lévêque de Narbonne en 1724. Les mouches étaient souvent danciens prostitués ou hommes surpris dans les lieux publics et qui furent contraints de travailler comme indicateurs de police. Dans certains cas, ils exerçaient ces fonctions de leur plein gré. Mouche vient dailleurs étymologiquement de mouchard. Ces hommes tentaient de raccrocher un homme en quête dune aventure. Ils devaient lattirer en dehors du jardin où les policiers lattendaient pour linterpeller. Nous pouvons aussi citer labbé de Labbatye, doyen de léglise-cathédrale de Metz qui apparaît à la suite de son interpellation pour avoir accosté deux écoliers. Il dut signer une mercuriale. Il ne se présenta pas au lieutenant dOmbreval et reçut sa liberté le 20 mai 1725.Au fil des rapports, nous rencontrons également lAbbé de Stéphanel chapelain des pages de la duchesse de Berry. Il fut arrêté et détenu ; pour éviter de rester à Bicêtre, il écrivit et finit par être libéré sous condition déloignement de trente lieues de Paris. Ces trente lieues devinrent dix puis six lieues. Labbé de Longpré doit aussi être mentionné. Il fut accosté aux Tuileries le 13 juin 1725, alors quil occupait la charge daumônier du roi et pour ceci il fut libéré. Ces clercs paraissent être des exemples notables et ils ont des rangs honorables dans la hiérarchie ecclésiastique. Quen est-il des clercs ayant une position plus modeste dans la hiérarchie ecclésiastique ? Louvrage de Gaston Dubois-Desaulles permet didentifier un certain nombre de ces clercs de condition plus modeste et qui sont dénoncés à la police ou accostés dans les promenades publiques.
« Labbé Deslile arrêté le 18 juillet 1727 au Luxembourg et qui avoua son goût et finit par être libéré. »
« Labbé François prêtre de Saint Nicolas des Champs et qui fût dénoncé par un individu arrêté à la Demi Lune. »
Ce qui frappe à la lecture de ces rapports de police : ces clercs paraissent vivre au grand jour leurs penchants sans que cela leur pose problème par rapport à leur état de clerc. Nous avons une liste assez importante de clercs arrêtés et mentionnés comme homosexuels. Lhomosexualité des clercs nest pas une spécificité du XVIIIe siècle. Au XVIIe siècle, des clercs furent aussi connus notoirement pour leurs murs tel labbé de Choisy.Cependant au XVIIIe siècle, les archives de police nous donnent une image plus importante de cette présence des clercs dans le monde homosexuel parisien où ils semblent avoir eu une place non négligeable. La présence de ces clercs dans ces mondes sodomites parisiens est-elle le fruit de laffaiblissement de la religion et de la morale chrétienne ? Ces clercs paraissent particulièrement à laise dans le monde sodomite et y évoluer sans difficulté. Ils paraissent assumer leur vie sexuelle quasiment au grand jour. Certains peuvent être classés parmi les sodomites endurcis. On trouve de semblables cas parmi des membres ayant un rang tout à fait honorable dans la hiérarchie religieuse. Ces comportements sont parfaitement en contradiction avec la morale chrétienne et avec la doctrine prônée par lEglise. Dans les cas notés par Gaston Dubois Desaulles on peut évaluer à 20 % environ ceux que lon pourrait classer parmi les homosexuels endurcis. Comment expliquer un comportement aussi dénué de toute gêne vis-à-vis de son homosexualité de la part dhommes qui étaient chargés denseigner le contraire de ce quils affichaient sans complexe ? Faut-il replacer ces comportements et cette place des clercs dans la société homosexuelle, dans une révolution du désir propre au XVIIIe siècle et qui assouplit les anciennes contraintes ? Ces hommes nont-ils pas un comportement dhommes du XVIIIe siècle vis-à-vis de la morale sexuelle ? Nous avons des affirmations qui sont tout à fait caractéristique : LAbbé de Boisrenault déclara en 1724 : « on a plus à perdre avec les femmes. On peut attraper avec elles de vilaines maladies. Il avoua quil aimait les plaisirs infâmes. » Labbé Clisson déclarait « quil ny avait pas plus mystère à coucher avec un garçon. »Ne faut-il pas également mettre en avant le rôle prédominant au plan social que tient le clergé avec la noblesse dans la société dAncien régime et qui lui donne une plus grande latitude de liberté ? Ces clercs semblent parfaitement connaître les autres endroits à fréquentation homosexuelle : ils se retrouvent parfois dans des cabarets connus pour être fréquentés par des sodomites. La littérature pamphlétaire de la fin du XVIIIe siècle et ceci jusquà la Révolution fera assez souvent allusion à lhomosexualité de certains clercs : Gabriel Sénac de Meillan fait allusion aux murs du cardinal Borghese. Les enfants de Sodome à lassemblée (1789) Dom bougre aux états généraux (1792), font allusion à lhomosexualité de certains clercs. Didier Godard cite des cas dabbés assumant parfaitement bien leur vie privée et il note que les rapports de police nous font entrevoir tout un réseau déchanges entre le petit monde des abbés et celui de la prostitution masculine. Tous ces indices croisés tendraient à démontrer que lhomosexualité pour certains membres du clergé est assez bien vécue même si certains qui font particulièrement scandale peuvent être enfermés à Bicêtre. Ce contexte explique la pénétration et la présence notable de certains clercs dans le monde homosexuel parisien : cest parce que lon sassume et que ceci ne paraît pas nous poser trop de problème que lon saffiche dans les lieux de sociabilité homosexuelle. Cette homosexualité affichée de certains clercs parallèlement à leurs charges ecclésiastiques est à replacer dans la mutation propre au XVIIIe siècle avec notamment le développement des villes comme Paris. Dans ce cadre, la sexualité sy déploie avec moins de contraintes morales. Par ailleurs on assiste à une lente sécularisation de la pensée qui aboutit à une relative déchristianisation, ce qui pourrait aussi expliquer ces comportements de clercs face à leur homosexualité. Ce marquage social des clercs dans le monde homosexuel est aussi la marque dun monde homosexuel masculin qui est en voie didentification et qui sorganise, comme le mentionne Robert Muchembled. Pourquoi penser que la présence des clercs a cette signification plus que pour dautres catégories sociales ? Les clercs sont tout de même dans ce cas en contradiction avec la morale quils doivent porter : cette présence dans le monde homosexuel de certains clercs ne signifie-t-elle pas que pour certains le fait de sidentifier dans ses choix sexuels est plus fort que son appartenance au clergé, même si le contexte de la mutation propre au XVIIIe siècle comme de laffaiblissement du Christianisme doit être pris en compte pour expliquer leurs comportements ? Dans le cas des nobles, la tradition du libertinage existait déjà au XVIIe siècle. De ce fait le cas des clercs dans le monde homosexuel peut être vu comme emblématique dun monde homosexuel en cours didentification.
C/ Les gens de métiers
Si le cas des clercs pourrait être perçu dune certaine façon emblématique dun monde sodomite en voie didentification, comment peut être perçu le cas de ce que nous appellerons les gens de métiers ? Cette catégorie sociale nous plonge au cur du petit peuple parisien. Il nous conduira à entrevoir les rapports du peuple à lhomosexualité et pourquoi pas à la morale sexuelle : dimportants groupes sociaux nont dailleurs jamais réellement adhéré au discours répressif. Tel est le cas des masses paysannes ou citadines, pour lesquelles la masturbation et la prostitution sont choses assez banales. Pour aborder les gens de métiers, il est nécessaire de se replacer dans la sociologie du Paris de la fin du XVIIIe siècle. Un tableau de la population à Paris vers 1750 donne 10,5 % de gens de condition, 27 % de salariés et artisans et boutiques, 15 % de domestiques. Toujours pour notre panel disponible de 335 hommes, cette catégorie sociale correspond à 155 hommes soit plus de 46%. Cette catégorie des gens de métiers rassemble, à la lecture de ces fichiers de police, les artisans, employés et ouvriers, à ceux-ci, il faut aussi comptabiliser les marchands ambulants et enfin les filous et voleurs. Les fichiers de police permettent de dresser un tableau des catégories sociales que nous rencontrons dans les jardins : il apparaît une forte représentation de certaines catégories sociales : compagnons, ouvriers et garçons, employés, artisans. Dabord les archives de la Bastille concernent les années antérieures jusquà lannée 1749 : nous y constatons que la sociologie homosexuelle qui sobserve dans ces sources comporte une prépondérance de ces catégories sociales citées précédemment. Dans une contribution lhistorien américain Jeffrey Merrick à propos des papiers du commissaire Foucault parle de 250 hommes dont 50 domestiques, 20 clercs, 10 soldats, 10 marchands, 12 ouvriers et quelques cuisiniers, perruquiers, coiffeurs, bijoutiers, peintres, sculpteurs, vitriers, donc une sociologie de lhomosexualité des jardins et lieux publics qui recoupe assez bien le constat que nous avons fait personnellement à la consultation de ces sources. Pour lâge il constate que sur 250 hommes, on a : 37 de 15 à 19 ans, 59 de 20 à 24 ans, 43 de 25 à 29 ans, 49 de 30 à 34 ans, 21 de 35 à 39 ans, 15 de 40 à 44 ans, 6 de 45 à 49 ans, 8 de plus de 50 ans donc une moyenne dâge entre 15 et 35 ans. Pour le XVIIIe siècle, nous avons pu constater 216 hommes comportant leur âge et les 10 à 29 ans sont au nombre de 113 ce qui fait 52% du panel. Globalement, la typologie sociale de lhomosexualité dans les jardins et lieux publics, ce serait lhomme jeune de condition sociale modeste, homme du peuple. Cependant il faut tenir compte que dans les lieux publics de rencontre on y surprendrait davantage les gens modestes que les gens de condition et on y interpellerait davantage aussi les premiers, ce qui nous amène à pondérer ces chiffres. Globalement, les gens de métiers constituent la petite bourgeoisie : artisans, boutiquiers, maîtres ouvriers. Ce sont des gens qui ont une surface sociale, un statut et qui sopposent aux manouvriers. La sociologie homosexuelle parisienne au XVIIIe siècle semble comporter en nombre certain ces catégories sociales. Jeffry Kaplow soulignait que les maîtres artisans qui dirigeaient leur atelier nappartenaient pas à la catégorie des classes laborieuses. Peut-on parler de marquage social pour ces gens de métiers ? Pourquoi sont-ils présents assez visiblement dans le monde homosexuel le cas échéant ? A partir de nos sources nous serions tentés de dire quil y a bien un marquage social de ces gens de métiers dans le Paris homosexuel du XVIIIe siècle : les statistiques effectuées par Michel Rey, les rapports des patrouilles de pédérastie, les travaux de Jeffrey Merrick paraissent globalement coïncider. Pour lexplication de ce marquage, Michel Rey soutient un argument dans son mémoire de maîtrise : à Paris, se créait ou se développait une conscience de classe chez une petite bourgeoisie composée des artisans et commerçants qui ont atteint une certaine stabilité sociale. Il constatait parallèlement que cest précisément ces catégories sociales que lon retrouve dans les réunions dinfâmes. Cest au sein de cette bourgeoisie que va se mettre en place une nouvelle structure familiale fondée sur lémergence de lamour conjugal et lémergence de lamour maternel ainsi que limportance de lenfant. Au XVIIIe siècle, la cellule familiale avait pour la bourgeoisie une plus grande importance que pour les autres classes.A lintérieur de la famille, la bourgeoisie réclamait ordre et stabilité. Ainsi pris naissance le sens de la famille, la conscience du chez soi. Il y a, parallèlement, lémergence dune nouvelle façon denvisager lenfant. Vers le milieu du XVIIIe siècle, la famille devait subir un changement important : grâce à limportance de la cellule familiale, linfluence pédagogique des parents sur les enfants va devenir plus importante. Nous allons voir apparaître la lente influence du syndrome antisexuel dans léducation de lenfant comme le note Jos Van Ussel dans son travail sur la répression sexuelle. Michel Rey émettait lhypothèse que ces groupements dhommes célibataires qui fonctionnaient comme des structures de solidarité se seraient mis à fonctionner comme des lieux dévitement de ce nouveau modèle familial incarné par une nouvelle façon daborder la maternité et qui symbolisera pour certains, une mise sous contrôle historique de la sexualité. Il est vrai que la sociologie que nous avons pu dégager pour cette fin XVIIIe siècle fait apparaître le poids de cette petite bourgeoisie. Cependant, cette hypothèse dexplication comporte ces limites car il faudrait affiner cette périodisation et la lier avec la montée de la bourgeoisie. Il faudrait étayer lhypothèse que lémergence de lhomosexualité est liée au refus de ce nouveau modèle familial qui déplace progressivement le contrôle social du village vers la femme. De plus, les analyses sociales sont limitées à la ville de Paris et ne sont pas assez importantes pour développer plus amplement cette explication. Il faudrait en outre prouver que ce phénomène se vérifie dans divers milieux sociaux : Elisabeth Badinter notait que ce nouvel amour maternel ou cet intérêt pour léducation des enfants nest pas uniforme dans toutes les classes sociales. Les femmes de la bourgeoisie seront celles qui se conformeront massivement au modèle rousseauiste. Car si la femme aisée commence à garder ses enfants près delle, louvrière ou lépouse du petit artisan ont besoin denvoyer les leurs à la campagne.
Un facteur peut être indiqué : les classes sociales que lon retrouve au XVIIIe siècle dans lanalyse sociale de lhomosexualité parisienne sont assez proches de celles qui se retrouvent en tête des populations révolutionnaires, notamment la sans-culotterie parisienne. La sans-culotterie reflète la condition sociale et culturelle du petit peuple de Paris. Les fonctionnaires des sections comptent beaucoup de boutiquiers et dartisans. Le sans-culotte type est lartisan compagnon, petit patron. On retrouve aussi dans la sans-culotterie une allégeance au groupe notamment par le port dun vêtement distinctif. Ce parallèle dans la structure sociale et dans un certain type de comportement crée une possible similitude avec la forme de sociabilité observée dans les réunions de sodomites de la fin du XVIIIe siècle. La sodomie était un crime dans la société dAncien régime où lEtat vit en osmose avec lEglise. Ceci pourrait nous faire penser à un comportement similaire de contestation de lordre existant par ces catégories sociales. Cependant, cette hypothèse au plan comportemental demanderait à être étudiée plus spécifiquement et plus profondément et ne peut être affirmée en tout état de cause. Dautant plus que sil y a une similitude des catégories sociales et dune certaine forme de sociabilité nous avons affaire à des vécus et des motivations très différents. Les gens darmes et autres soldats semblent peu présents car sur 127 cas dépouillés dans les archives de la Bastille nous navons localisé que 10 hommes notés comme soldats. Dans les rapports des patrouilles de pédérastie, nous navons seulement identifié que neuf hommes notés comme soldats. Il faudrait aussi mentionner dans ce monde sodomite plus populaire, la population de délinquants souteneurs et prostitués que lon ne devait pas retrouver dans les réseaux de sodomites. Alexandre Mericskay cite dans son travail Le Châtelet et la répression de la criminalité à Paris en 1770, des affaires crapuleuses qui mêlent la prostitution masculine et le chantage. Deux bandes touchant au milieu homosexuel sont successivement démantelées par les soins de lofficier de robe courte Henry. Il sagit dans les deux cas de jeunes gens de 15 à 30 ans, assistés pour les manuvres de chantage par quelques femmes. Certains sont liés par le travail : Ils se sont rencontrés au travail et dans des lieux de plaisir. Certains sont liés par des liaisons homosexuelles. Joseph De Guerre et François Lambert vivent ensemble. Dans un autre groupe, on trouve de mauvais garçons et des garçons de boutique quils entraînent dans leur sillage. Des sociétés de jeunesse spontanément constituées qui basculent vers la bande homosexuelle par goût ou par défi aux règles sociales. Il y en a qui se livrent à la prostitution, tel ce domestique Carton qui se vante de pouvoir payer à boire à ses amis parce quun Monsieur avec lequel il sétait amusé aux Tuileries lui avait donné de largent. A partir de la prostitution, certains évoluent vers le chantage. On va dans les promenades publiques pour provoquer les hommes et les rançonner ensuite : cest-à-dire que chaque fois que lon est accosté par quelquun, on proteste et on menace de se rendre au commissariat et la victime pour éviter un scandale donne de largent. Parfois on travaille en groupe : un se laisse accoster et dautres interviennent pour réclamer de largent. Ainsi un groupe constitué par deux individus nommés Dor et Maréchal sévit : un monsieur accosté aux Tuileries est rançonné, on laccompagne chez lui et on lui vole ses bijoux. La même bande rançonne un marchand de lEnclos de labbaye. Ce marchand a deux fils qui sétonnent de voir chaque jour une inconnue venue réclamer une robe ou le paiement dune dette. Jeffry Kaplow parle de Louis Frémont, voleur souteneur et pédéraste. Dans les archives de police, nous avons la trace de ces personnages louches vivant visiblement dans la délinquance et qui hantent les lieux de rencontre homosexuelle : « tel Viller domestique ayant demeuré chez Guillemin, il raccrochait aux Champs Elysées et avait des femmes du monde qui travaillaient pour lui. », « Charles Vaudeville allumeur de réverbères, reconnaît connaître Bucquet, mouchard. Il est connu comme pédéraste sous le nom de la Cassette de la reine, ne fait dautre métier que de raccrocher. On lui parle dun vol de couverts dargent. On lui mentionne Chiffon et Griffon. », « Emmanuel Soyer 26 ans garçon perruquier, pédéraste connu pour raccrocher même avec violence, procure des jeunes gens à des gens riches. On lui demande sil connaît Chiffon et Lescardel. », « J.B. Roussel 23 ans marié, dit la belle parfumeuse. Il a fait connaissance de Bucquet. Ce Bucquet navait-il pas le surnom de Chiffon. », « Lescardel Louis 22 ans, chirurgien vit avec une femme de débauche, procure des jeunes gens, arrêté pour vol et mauvaise réputation. », « Pierre Chauvat, dit la jeunesse 24 à 28 ans domestique sans condition, accusé davoir volé une montre. », « Bucquet dit Chiffon associé à Mouchard dit Griffon se prostituant déjà interné à Bicêtre. »
Cette liste est intéressante, car il semblerait quil sagisse dune bande dont le cur semble être ces deux personnages Chiffon et Griffon qui nont dautre activité connue que la prostitution. Plusieurs autres personnages paraissent graviter autour deux car les deux personnages cités sont mentionnés dans presque tous les rapports de police : Charles Vaudeville, Emmanuel Soyer, J.B. Roussel, Louis Lescardel connaissent visiblement les deux personnages centraux et ils sont tous soupçonnés de vols ou de violences. Les délinquants, rançonnant et se prostituant ou vivant entre les promenades publiques et le milieu de la prostitution féminine, semblent être donc une des réalités de la typologie sociale de lhomosexualité. Il faut prendre en compte aussi ce type de population. La prostitution masculine paraît dailleurs être une réalité du Paris de la fin du XVIIIe siècle, Olivier Blanc mentionne que les maisons de passe comptent toujours quelques prostitués mâles.
Plus généralement, la présence des gens de métiers dans la société homosexuelle pose aussi le problème du rapport des classes populaires à la morale sexuelle et plus particulièrement la perception quelles ont du comportement homosexuel. Un premier indice est manifestement cette absence de pudeur qui rend tabou la nudité de lautre, même si le manque de tabou devant la nudité ne signifie pas quil ny ait pas de problème face à des relations sexuelles entre hommes. De fait, la vision dun sexe masculin dans les rues de Paris na rien dinhabituel. Il faut aussi rappeler que lon se baignait nu dans la Seine encore au XVIIIe siècle. Nous avons des témoignages caractéristiques : « en mai 1736, un certain Bauger sextasie avec imprudence devant la nudité de certains baigneurs « Oh les beaux derrières tout blancs ! » et il propose à son interlocuteur qui nest autre quun mouche de lemmener dans un cabaret ». On parle aussi volontiers directement de sexe et sans détour. Nous avons les témoignages de lexpression directe et parfois très crue du désir sur les lieux de rencontre. « Dautoncour un cuisinier propose ainsi à un mouche et de manière directe sil ne voulait pas se branler », « François Maure aubergiste de 35 ans amène un mouche après rencontre dans un bar. Le mouche affirme quils parlèrent de leurs aventures et que le dit Maure a voulu lui mettre sa langue dans sa bouche et sa main dans sa culotte »
Les archives de la Bastille fourmillent de rapports montrant la crudité des propos. Ce qui tendrait à démontrer que le tabou de parler de désir homosexuel ou de désir sexuel tout court nexiste pas encore dans les milieux populaires. Ces témoignages rejoindraient celui que nous avons de Jacques Ménétra qui nest pas un témoignage faisant référence à des relations homosexuelles. Ce compagnon vitrier narre ses relations féminines et cette source constitue un exemple du rapport dun homme appartenant à la catégorie de ces gens de métiers à la sexualité en générale. Il y a dans le témoignage de Ménétra le souffle dune transformation profonde des murs dont le site serait à la fois Paris et les villes de province et les acteurs, les célibataires des classes boutiquières et artisanales.La liberté sexuelle semble être de mise. On note la place accordée aux aventures sexuelles dans le journal de Jacques Ménétra. Des lieux de plaisir sont identifiés, guinguettes où lon va chercher son plaisir. On a, avec laffaiblissement de la religion, limage dun peuple pas déchristianisé mais avec des libertés nouvelles. Ce témoignage plaiderait également pour une relative liberté de la parole du sexe chez ces gens de métiers. Jos Van Ussel souligne ladmission précoce dans le monde des adultes, des enfants des ouvriers des petites villes doù la précocité sexuelle. Les réactions des familles ou du voisinage constituent encore une mesure du rapport de ces milieux sociaux au désir homosexuel. Certaines familles demandent une incarcération plus rigoureuse du fautif. Cependant le sodomite est souvent rangé dans le rang des libertins et des débauchés, des pratiques qui sont de lordre de lexcès, mais sans plus. Le sodomite nest donc pas un individu à isoler. La communication nest pas coupée entre celui qui faute et la communauté. Nous pouvons prendre comme exemple les injures que professent ceux qui sont lobjet de sollicitations sexuelles de la part dindividu de leur sexe. Ces injures sont certes méprisantes : chien, vilain, mais elles ne sont pas spécifiques au comportement homosexuel.Ceci sexplique aussi par le fait que la personne en question nest pas encore complètement structurée par son goût. Au total, un lien à la nudité sans beaucoup de tabou, un parler et une attitude sur le sexe parfois crus, une absence de claire distinction du comportement homosexuel : lhomosexuel est le libertin ; ces attitudes constitueraient le socle de la mentalité de ces gens de métiers sur la sexualité en général. Ce qui pourrait expliquer aussi la présence assez conséquente de ces classes sociales dans le monde homosexuel parisien au XVIIIe siècle. Il ny aurait pas dintériorisation dune hostilité spécifique et particulière autre que celle envers un libertin ou un débauché. Robert Muchembled observe que les pratiques populaires et paysannes sont relativement libres et amorales notamment dans le Somerset au XVIIe siècle. Il note quà lépoque de lérotisme des Lumières, cette tradition ne disparaît pas. Elle continue à produire à Paris comme à Londres une sous-culture bien vivante : le petit peuple urbain immigré de fraîche date et parfois astreint à des amours rapides ou furtifs. Le petit peuple des villes aurait gardé la pratique des amours furtifs et ceci serait une des clefs du poids des gens de métiers dans le monde homosexuel. Comme lindique Robert Muchembled, deux traditions cohabitent, incitation à jouir sans entrave des nobles et des pratiques paysannes relativement libre vis-à-vis de la sexualité qui, elles, seraient une des clefs de cette présence conséquente des gens de métiers dans la société homosexuelle. Alain Corbin souligne que lhomme dans cette atmosphère danalyse des manières de jouir doit exhiber sa virilité, la qualité de son érection. Cette atmosphère peut aussi expliquer cette liberté vis-à-vis du désir sexuel que lon peut observer chez certains de ces hommes. Car de fait la jouissance et le désir sexuel deviennent au plan global des faits naturels. Il faut aussi faire référence pour examiner lattitude de ces gens de métiers vis-à-vis de la sexualité plus globalement et de la sodomie en particulier, au fait que les murs de ces jeunes hommes ne parvinrent jamais à être censurées quimparfaitement. Robert Muchembled note que dans certains diocèses les jours de fêtes sont réduits pour éviter des débordements. Il y a visiblement une tradition de pratiques parfois très libres et notamment vis-à-vis de la sexualité qui peut être un facteur qui explique cette forme de liberté que lon peut percevoir dans certaines sources. Au-delà de cette explication le marquage social de lhomosexualité à Paris reflète dans sa globalité la société dans son ensemble avec le poids de la domesticité, celui des artisans et gens de métiers que lon retrouve dans une proportion peu différente dans la population parisienne, le rôle prédominant de la noblesse et du clergé dans une société dordres.
II Les lieux de rencontre et les réseaux à Paris
Le marquage social de lhomosexualité à Paris au XVIIIe siècle paraît refléter dans son ensemble la population parisienne. Certes des facteurs globaux et certains particuliers à chaque catégorie sociale peuvent expliquer les attitudes observées vis-à-vis de la sexualité et plus particulièrement des relations sexuelles entre hommes. Ces hommes se retrouvaient dans un certains nombre de lieux spécifiques où on peut observer des formes de sociabilité. La sociabilité est le fait de vivre en société et dans notre cas avec dautres sodomites. Cette question est au cur de la problématique centrale de ce chapitre : peut-on parler de contre- société sodomite au XVIIIe siècle dans une ville telle que Paris ? Les rapports avec dautres homosexuels se rencontrent dans plusieurs endroits : les lieux de rencontre extérieurs comme les parcs et jardins, les cabarets ou lon peut observer une fréquentation majoritaire dune population homosexuelle et enfin des réseaux de connaissance. Les archives policières permettent de cerner cette sociabilité homosexuelle. Lhistorien Michael Sibalis dans une contribution intitulée : «Les espaces des homosexuels dans le Paris avant Haussmann » observe que beaucoup dhistoriens et de sociologues qui étudient lhomosexualité sont convaincus que lhomosexuel est un être fabriqué au sein de la vie urbaine créée par le capitalisme moderne. Il souligne que ces hommes fréquentaient et fréquentent trois sortes despaces homosexuels dans Paris : 1/ les lieux de rencontre extérieurs, tels parcs, les jardins et les rues, où lon recherche des partenaires
2/ les lieux fermés, comme les bars, les boîtes et les bains publics qui offrent un espace à moitié privé.Robert Muchembled souligne que parallèlement au tabou que constitue lhomosexualité masculine une minorité sodomite apparaît à Londres au début du XVIIIe siècle et il souligne également que les homosexuels mâles à Paris possèdent leurs signes de reconnaissance, leurs lieux préférés.La sociabilité homosexuelle se développerait parallèlement au processus didentification de lhomosexuel masculin comme individu à mettre au ban de la société.
A Géographie des lieux de rencontre
Parcs et jardins
Le Paris au XVIIIe siècle compte un certain nombre de lieux où se retrouvent des hommes en quête daventures homosexuelles. Il est possible den dresser la géographie grâce aux rapports contenus dans les archives policières.
Le jardin des Tuileries qui appartenait au domaine royal fut dès le début du XVIIIe siècle un lieu où se retrouvaient « les chevaliers de la manchette. » Au jardin des Tuileries, il était possible de rencontrer quelquun et daller derrière les allées obscures du fer à cheval ou dans les bosquets dIf. Le jardin des Tuileries était aussi parallèlement un lieu de prostitution féminine : dans certaines archives de police, nous identifions des arrestations de prostituées. Le jardin des Tuileries faisant parti des jardins royaux, il fallait une certaine tenue pour y accéder et donc on rencontrait des gens de qualité et des domestiques.
On pouvait faire des rencontres sans crainte dêtre arrêté car la police ne pouvait y entrer, cependant les mouches y opéraient. Des arrestations sont opérées aux abords des Tuileries en nombre conséquent. Cependant certaines arrestations pouvaient se solder par une relâche immédiate, vu la condition sociale de ceux que la police appréhendait : en 1725 un policier doit relâcher le prince Emmanuel de Lorraine quil a appréhendé en train doffrir de largent à un jeune homme. Nous pouvons prendre quelques exemples dactivités de rencontres aux Tuileries : « Jean Baptiste Bonnetier le Page présente des attitudes de racolage et il propose à un mouche de se divertir selon le terme usité. », « René Laroche est un garçon perruquier de 28 ans. Le mouche décrit ses démarches et ses gestes infâmes », « En 1784 un rapport issu des services du commissaire Convers Désormeaux stipule larrestation de trois particuliers qui rodaient séparément au jardin des Tuileries sans doute dans le but de faire des rencontres on peut identifier un garçon tailleur et un soldat de 23 ans et un autre de 21 ans»
A partir des sources : archives de la Bastille, patrouilles de pédérastie des années 1780, le jardin des Tuileries est un lieu de rencontre homosexuelle visible. Il semble relativement bien fréquenté. Il est un lieu notoire de rassemblement des sodomites.
Le jardin du Luxembourg
Le jardin du Luxembourg est aussi un lieu notoire de rencontres homosexuelles au XVIIIe siècle. Deux sources nous permettent de le vérifier : les archives de la Bastille et louvrage Prêtres et moines non-conformistes en amour.
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Le Luxembourg faisait également parti des jardins royaux. Les mouches opéraient donc de la même manière. « En 1727 déjà, labbé Delisle, prêtre du diocèse de Paris est arrêté au Luxembourg par Symonnet », « En 1735 labbé de Sève est interpellé car il voulut faire des attouchements à un mouche au jardin du Luxembourg », « En 1736 labbé de Fleury fut arrêté car il accosta un mouche au Luxembourg », « Dans les années 1736-1740 un rapport stipule que Pierre Guevy cherchait à raccrocher au Luxembourg »
Le jardin du Palais Royal
Il constitue un lieu notoire de rencontres homosexuelles. Il est aussi un lieu de prostitution masculine. En 1798 Picquenard enverra au citoyen Merlin un rapport horrifié où il déclare que le Palais-Egalité est le théâtre de la débauche la plus honteuse. Les pédérastes sy sont installés et vers dix heures du soir, ils exécutent les actes odieux de leurs infâmes turpitudes.Il dénonce la prostitution dadolescents. Les patrouilles de pédérastie font visiblement des arrestations au Palais Royal : « François Barbançon 15 ans domestique sans condition, arrêté le 29 avril 1786 près du jardin du Palais Royal. », « Le 8 avril 1786 trois particuliers sont arrêtés à la sortie du jardin du Palais Royal : un compagnon imprimeur de 30 ans et deux domestiques de 20 et 40 ans », « Le 20 novembre 1780 J.B. Roussel, 23 ans marié est arrêté au Palais Royal car connu comme pédéraste. »Le Palais Royal sera aussi plus tard le lieu de la prostitution masculine et un lieu de rencontres homosexuelles, réputé encore en plein XIXe siècle.
Les Champs Elysées
Les Champs Elysées sont à partir du XVIIe siècle un prolongement de la perspective des Tuileries. Cétait une longue promenade boisée qui prolongeait la perspective des Tuileries dans une zone peu urbanisée. Les Champs Elysées par leurs boisements offraient ainsi des endroits plus discrets pour les rencontres homosexuelles. Les rapports des patrouilles de pédérastie des années 1780 font souvent mention parmi les lieux surveillés des Champs Elysées : « Le 26 juillet 1784 le rapport note : aux Champs Elysées, Cours de la Reine
endroits où se trouvent les rassemblements ordinaires des pédérastes et gens adonnés à ce vice. Ainsi Nicolas Louis Laguillon, 37 ans cuisinier est arrêté aux Champs Elysées. », « Le 14 août 1784 la patrouille interpelle aux Champs Elysées à 22h30 deux particuliers rôdant de manière suspecte : un inspecteur des bâtiments de 23 ans et un ancien marchand limonadier de 24 ans. », « Le 26 juillet 1782 la patrouille arrête aux Champs Elysées Abraham Garnier 50 ans maître boulanger qui était avec deux autres qui eux, ont pris la fuite »
Les quais de Seine
Ils sont aussi des lieux de rencontre assez prospères où de nombreuses interpellations sont effectuées. Les sources de police comportent des contrôles sur les quais de la Seine. Ces lieux paraissent contrôlés régulièrement par les patrouilles de pédérastie dans les années 1780, plusieurs quais de Seine sont cités : quais des Tuileries, des Augustins, des Orfèvres, du Louvre. Les fiches de police contiennent des interpellations sur les quais de Seine : « 24 août 1784, arrestation à 21h15 quai des Augustins de François Sterky, 42 ans garçon horloger et de Gabriel Pan, garçon perruquier », « 14 août 1784 à 1 heures du matin, arrestation quai des Tuileries de Henry Marais 28 ans cuisinier
»
Les boulevards, Foire Saint Germain, marais de la Charbonnière
Ces lieux sont également des lieux de fréquentation homosexuelle. La foire Saint Germain, quant à elle, était un grand marché public. Elle tenait dans la vie parisienne une place importante. Elle se déroulait de février à Pâques. Elle se tenait au départ autour de labbaye de Saint Germain-des-prés. Le marais de la Charbonnière nest pas mentionné dans les archives de la Bastille mais il est signalé dans les rapports des patrouilles de pédérastie des années 1780.
Les Boulevards sont surveillés par ces mêmes patrouilles. On cite les boulevards de la porte Saint Antoine jusquà la porte Saint Denis ou la Chaussée dAntin. Des arrestations sont opérées dans ces lieux : « Jean Fayolle 27 ans, arrêté boulevard Montmartre le 24 juillet 1784 vers 10 heures du soir
», « Rapport de pédérastie du 28 août 1784 à 10h30 du soir : arrestation de deux individus qui se rendaient à la Charbonnière, un sculpteur en bois de 42 ans et un portefaix de 41 ans. Ils avaient la culotte déboutonnée. », « Le 28 avril 1786 est arrêté Jean Le Cardonnel 23 ans, apprenti paveur et Germain Cherlant 37 ans, ouvrier en gaze marié. »
La foire Saint Germain est notée dans les archives de la Bastille et dans les patrouilles des années 1780. A la foire Saint Germain toute sorte de gens sy pressait et il était aisé de faire des rencontres si lon en juge par les rapports de police concernant ce lieu. Les marais de la Charbonnière semblent être assez fréquentés dans les années 1780. Ils sont notés systématiquement parmi les lieux visités et de nombreuses interpellations y sont opérées : « Rapport de patrouille du 24 juillet 1784, arrêté à 10 heures ¼ du soir, marais de la Charbonnière Louis Bard 33 ans sculpteur. », « Rapport de patrouille du 20 juillet 1784, arrêté à 10 heures du soir à la Charbonnière, Antoine François Jolly 24 ans avocat au Parlement », « Rapport de patrouille du 12 juillet 1784, arrêté à 10 heures du soir à la Charbonnière Pierre Bellanger, dit marin 42 ans, domestique sans condition et deux autres particuliers pris en flagrant délit et à 10 heures et un quart, un autre particulier. »
La Demi-lune de la porte Saint Antoine
Ce lieu apparaît dans les archives de la Bastille. En 1723 un prêtre déclare à un mouche quil va quelquefois à la Demi-lune pour avoir le plaisir dobserver tous les beaux garçons du faubourg Saint Antoine qui viennent jouer à la paume. Nous pourrions aussi citer dautres lieux moins fréquentés si on en croit les rapports de police : Bois de Boulogne, Porcherons, Arcanes Saint Louis
Tous les lieux cités paraissent être des territoires qui définissent déjà géographiquement lhomosexualité dans Paris, même si pour beaucoup dentre eux, ils sont aussi des lieux de prostitution féminine. On peut observer une grande diversité de lieux de rencontres parmi les promenades et lieux publics et une grande dispersion de ces lieux de rencontres. Cette prolifération peut aussi sexpliquer par le fait que la rue, comme lobserve Arlette Farge « était un lieu de relative liberté, daction et de loisirs, plus satisfaisant que linévitable mansarde aux odeurs nauséabondes, mal protégée de malfaiteurs plus pauvres encore que les locataires ».Dans ces lieux ouverts quel type de population y rencontrait-on ? Dune manière générale on y rencontrait une population diversifiée suivant le lieu : dans les jardins des Tuileries et du Luxembourg on rencontrait davantage des gens de qualités, des clercs. Sur les quais et les boulevards, on retrouvait des compagnons ouvriers, marchands ambulants et domestiques.
Cabarets
Parallèlement à ces lieux publics de rencontre, quen est-il des lieux fermés dans le Paris de la deuxième moitié du XVIIIe siècle ? Par lieux fermés, nous entendons les cabarets, marchands de vin et établissements où les sodomites se retrouvent. Pouvons-nous dire que ces endroits existaient et constituaient des lieux de sociabilité ?
Les lieux fermés à fréquentation homosexuelle étaient une réalité dans le Paris de la fin du XVIIIe siècle, pour le vérifier nous pouvons faire référence à Maurice Lever, ce dernier citant des cabarets connus dans le Paris du XVIIIe siècle pour être fréquentés par les sodomites : « A lenseigne de la Tour dargent, A lenseigne de la Croix dor rue de la Roquette, Au soleil dor, rue de Lappe, Au Saint Claude au bas de la rue des postes, Au franc bourguignon rue des Tournelles, A lOrangerie rue de Grenelle, A lenseigne du Coq rue de la Tixandrerie, Au jardin des curs rue de Popincourt ». Certains de ces lieux sont cités dans les rapports de police. Olivier Blanc cite également des cafés connus comme des établissements à fréquentation homosexuelle dans le Paris de la fin du XVIIIe siècle : « le café Yon sur le boulevard du Temple, le café Maunoury et le café Devertu quai de la Mégisserie. » Il existait donc certainement un réseau détablissements fréquentés par les sodomites dans le Paris de la fin du XVIIIe siècle. : « La Grande pinte est un cabaret aux Porcherons, vaste enclos entre la rue de Clichy, la rue Saint Lazare et la rue des martyrs et où, dès le XVIe siècle, se trouvaient de nombreuses guinguettes ; dans ce cabaret il y avait des assemblées dhomosexuels. Dans plusieurs rapports de police il est spécifié que lindividu arrêté a retrouvé au cabaret plusieurs de ses amis, ils se parlent au féminin et se traitent de catins : dans les rapports du commissaire Convers Desormeaux nous avons parfois avec le nom de la personne, un surnom féminin : « Maillard dit la Joséphine 29 septembre 1784 ». Alexandre Mericskay stipule « quau XVIIIe siècle la police tolère le fait en ne se souciant que des conséquences sur lordre social et que ceci est une évolution constante. » Cette donnée peut plaider pour lexistence de cabarets et établissements sodomites sur Paris. En 1783 Mouffle de Gerville disait que le beau vice était à la mode.Le libertinage, au sens des relations amoureuses hors mariage semble sêtre banalisé. Tolérance de fait de la police mis à part les atteintes à lordre social, atmosphère de banalisation du libertinage peuvent être des données qui expliquent en partie la présence de lieux, type cabarets à fréquentation sodomite. Des témoignages ou des rapports mentionnent cette activité sodomite dans les cabarets. Pour les années 1736-1740 : « René Laroche 28 ans est garçon perruquier et il a visiblement voulu, après avoir rencontré lindicateur de la police au Luxembourg, le conduire dans un cabaret », de même « Jean Baptiste Le Page est arrêté aux Tuileries. Il a proposé au déclarant daller se divertir au Fer à cheval » idem pour « Pierre Bunel soldat, 25 ans repéré au Luxembourg et qui était allé au cabaret de la Roche. ». Nous retrouvons dans les rapports de police des noms de cabarets cités par Maurice Lever : le cabaret La Tête noire, rue de la Harpe, LEnseigne du Fer à cheval.
Certains cabarets semblent comporter même des lieux pour y trouver plus de discrétion : « Joseph Melchior Béné 15 ans, relieur de livres a été conduit par un abbé inconnu au cabaret déjà cité plusieurs fois, la Tête noire en 1741. Là, ils montèrent dans une chambre du premier étage où il a subi des attouchements.»
Parallèlement aux cabarets et complétant ceux ci, il existe dautres lieux complémentaires : Olivier Blanc souligne quil existait des hôtels susceptibles de recevoir un couple dhommes ou de femmes. Il en est un au Palais Royal exclusivement réservé aux hommes : « au Palais Royal dans une galerie voisine les homosexuels peuvent louer à 1 louis de lheure, un appartement pour avoir une aventure. »Les bains également sont des lieux de rencontres homosexuelles car ils ne sont pas mixtes. Les bains à Paris étaient des établissements à vocation hygiénique mais ils favorisaient le libertinage. « Les bains poitevins (qui se trouvent à lemplacement de la piscine Deligny) ont la faveur des homosexuels. » Les maisons de jeu étaient aussi un espace de sociabilité et une maison de jeu située au Palais Royal est fréquentée par une clientèle homosexuelle. « Cest le rendez-vous de tous les bougres du Palais royal et on y joue toute la nuit dit-on. »
Quel type de population retrouvait-on dans ces cabarets et lieux clos par rapport aux jardins et promenades publiques ?
Le cabaret est le prolongement évident du boulevard, laboutissement normal de cette vie dehors où lintime na pas de place reconnue.Les cabarets sont, comme lobserve Arlette Farge, très surveillés par la police et sont souvent remplis de mouchards. Dautre part nous avons constaté à partir des sources que plusieurs hommes se rendaient dans un cabaret avec un autre homme quils avaient rencontré. Il y aurait donc une circulation de ces hommes entre ces cabarets et les promenades publiques.
Quels types de comportement pouvait-on observer dans ces lieux fermés ? Au cabaret on vient pour discuter avec quelquun après une rencontre : les rapports de police qui mentionnent ce type de comportement pourraient indiquer quil sagissait là dune habitude sans doute plus générale. Certains rapports de police font état de lieux dans des cabarets ou certains se seraient rendus pour être plus tranquille. Il semblerait bien que certains établissements possédaient des endroits qui permettaient de sisoler et avoir plus dintimité. Cest dans ce sens quil faut comprendre certaines annotations faisant état, de gestes ou attouchements, qui se sont produits dans certains endroits plus discrets dun cabaret. Dans les cabarets on peut également retrouver des semblables pour discuter et certains cabarets peuvent être des lieux de sociabilité entre homosexuels déjà spécifiques. : On est allé dans un cabaret ou tel a rencontré dautres hommes. On a parlé parfois de ses aventures sans beaucoup de discrétion
Ces faits sont dautant plus à mentionner que comme le note Arlette Farge, les cabarets étaient par nature visités par des indicateurs de police.Dans certains cas on peut constater des comportements encore plus audacieux « François Maure aubergiste, 35 ans a amené le mouche au Coq place Dauphine. Dans cet établissement, il a voulu mettre sa langue dans sa bouche », « Martin De Lalonde 35 ans marié a été aperçu à la foire Saint Germain. Il se retrouve avec quelques autres dans un cabaret. Ils se font la révérence en femmes et se traitent de catin. Lalonde est visiblement au centre dun réseau de connaissances homosexuelles. Ils se retrouvent au cabaret Le poirier rue des Marmousets. » « Jean Baptiste Gaverelle garçon jardinier, il est question dun cabaret rue de Lappe où il se serait « masturbé avec quelquun dautre. », « Idem pour un domestique du nom de Braillard, le 20 mai 1749 dans un cabaret rue de légout. »
Il semblerait donc que le cabaret pour les homosexuels de la fin du XVIIIe siècle joue un rôle de sociabilité plus caractéristique que le jardin ou parc public. Ces hommes se rendent dans ces lieux pour être plus libre et rencontrer à loccasion, des semblables. Le cabaret est un secteur indocile et mouvant. Cest un lieu de loisirs populaires et furtifs comme le remarque Daniel Roche. La culture populaire dans les cabarets parisiens consiste à ruser avec les interdits. Pendant tout le siècle la police des murs a multiplié les ordonnances. Globalement si les personnes sautorisaient des gestes osés, cest quils pensaient pouvoir le faire sans risque et donc être dans un milieu propice. Sils sautorisaient à le faire dans tel cabaret ou tel autre cest peut-être que ceci se faisait. Ces attitudes démontrent que les cabarets où lon pouvait se divertir étaient une réalité. Ces cabarets étaient les lieux dune sociabilité déjà affirmée avec ses codes de comportement et probablement ses habitués.
B Lexistence de réseaux
Si la géographie des lieux de sociabilité homosexuelle peut être observée ; peut-on percevoir des réseaux et associations informelles qui pouvaient exister dans Paris au cours du XVIIIe siècle ? Un réseau est un ensemble structuré par des liens. Un réseau sous-entend des liens de connaissance fondés sur le fait davoir un intérêt commun, de vivre quelque chose de commun. Dans notre cadre il sagirait de diverses réunions informelles et qui semble se répéter, et qui pourraient marquer ou être basées sur une solidarité entre gens possédant les mêmes goûts sexuels. Par rapport à des établissements fréquentés par une clientèle possédant les mêmes particularités, un réseau constitue un niveau supérieur de lorganisation ou de la structuration car dans ce cas, la volonté des personnes est supérieure. On qualifie ces réseaux comme des sociabilités informelles car Ils sont du domaine de linformel donc du non reconnu officiellement. Ils sont basés sur des intérêts communs et on peut aussi les qualifier de micro-cultures.
Comment peut-on cerner les réseaux dans ce monde sodomite parisien au XVIIIe siècle ? De quels moyens disposons-nous ? Les archives de police notent, sur chaque individu arrêté, des renseignements. Parfois des annotations apparaissent concernant ses connaissances dans le milieu sodomite parisien. Elles semblent parfois importantes. Ainsi nous pouvons en confrontant les fichiers de police retisser certains réseaux de connaissances. La littérature pamphlétaire constitue un autre moyen de cerner ces réseaux Plusieurs de ces pamphlets font état de véritables réseaux, on pourrait parler dans certains cas dune véritable « francmaçonnerie homosexuelle ». A loccasion de certaines affaires comme laffaire Deschauffours, des chaînes de connaissances homosexuelles apparaissent au fil de linstruction de laffaire. Olivier Blanc souligne quil y avait de nombreux salons à la fin du XVIIIe siècle et lidée de sociétés secrètes basée sur une préférence sexuelle, comme il est souligné dans certains pamphlets, nest pas complètement fortuit. Il existait des sociétés secrètes libertines ou des rites dentrée étaient pratiqués. Quelles sont les formes que prennent ces réseaux ? Nous observerons deux formes : les assemblées de sodomites et lexamen des fréquentations de certains de ces hommes : Le texte pamphlétaire Les enfants de Sodome à lAssemblée fait allusion directement à des assemblées de sodomites. Il date de 1790 : lordre fameux de la manchette était resté seul jusquà ce jour dans linaction, et cependant sassemblait de temps à autres, aux Tuileries, dans lallée des soupirs, dans le cloître des Chartreux, et chez labbé Viennet, le plus zélé partisan de la bougrerie. Il y a ici une claire allusion à des rassemblements de sodomites. Dautres textes pamphlétaires de cette époque font mention de telles assemblées. Les réseaux basés sur lanalyse des connaissances des intéressés peuvent être assez aisément cernés dans les archives de police. : « Ce rapport du commissaire Convers Desormeaux, datant du 29 septembre 1784 sur Maillart, dit la Joséphine, où il est décrit certaines de ses relations. », « Ce rapport du même commissaire datant lui aussi du 29 septembre 1784 sur le dénommé Moreau, dit la menteuse, le rapport dit quil loge chez un dénommé Blondel chez lequel ils tiennent des orgies dhommes. Il cite des noms, un domestique du nom de Roussel et un conseiller au parlement du nom de Brisson. », « Ce rapport de capture datant du 10 décembre 1780 dun certain Villard et dun certain Félix. Le rapport note que Félix fut pourvoyeur du comte de Buterling ayant vécu avec un limonadier du nom de Le Roux et cite des connaissances diverses. », « Roussel, dit la belle parfumeuse, le rapport datant du 20 novembre 1780, mentionne que ce personnage est connu parmi les pédérastes. »
Les confessions de sodomites arrêtés permettent de soupçonner ces chaînes de relations car beaucoup de ces rapports font un état des relations de chacun de ces hommes ; on peut voir ou percevoir les fréquentations déjà développées de certains. Certaines de ces confessions se trouvent dans les archives de la Bastille. Elles semblent construites. On a affaire à un langage convenu : « il a été débauché à linfamie
» Ces histoires paraissent parfois similaires si on met en parallèle une dizaine de cas de confession. On ne peut voir dans ces confessions les discours de ces hommes sans voix car ces discours construits révèlent que ces hommes adoptent dans ces occasions un langage conventionnel qui semblent plus celui de lentrepreneur de morale. Cependant ces confessions permettent de cerner les relations que ces hommes entretiennent dans ce monde sodomite. De même les rapports des années 1780 citent certains personnages qui paraissent organiser des relations à caractère intime à leur domicile : « Ce rapport sur Joseph Jacquemard, compagnon doreur où il est mentionné quil est allé plusieurs fois chez le père Fraire, portier pour trouver des domestiques. »
Certains personnages semblent au centre de groupes ; lorsque la police arrête des suspects de pédérastie, des personnages connus sont cités et ils permettent de prouver que la personne arrêtée est homosexuelle. : Une arrestation qui a lieu le 8 mars 1783 est aussi intéressante comme cas de sociabilité informelle homosexuelle : Jérôme Picart de Saint Hilaire, 36 ans, bourgeois de Paris est arrêté à son domicile. Le rapport stipule quen 1764, il a connu un abbé par lintermédiaire dun nommé Courtois, dit la Religieuse, associé de Forgeot, cocher de labbé. Le rapport mentionne que Courtois aurait voulu faire du tort à labbé et ce même Courtois résidait en Picardie chez un comte dHerevart qui lenvoyait à Versailles débaucher des jeunes gens. » Nous avons là affaire à un réseau de connaissances qui illustre bien une certaine forme de sociabilité homosexuelle, qui transcende quelque peu les clivages sociaux.
Ces exemples, correspondent à des cas précis ; cependant les sources complémentaires et les travaux dautres historiens tendraient à démontrer que des réseaux informels sodomites existaient bien dans le Paris du XVIIIe siècle, ce sont précisément les sous-cultures érotiques que citent Robert Muchembled à propos de Paris et de Londres
La sociabilité homosexuelle parisienne au XVIIIe siècle semble être donc assez diverse et est faite sans doute de lieux de rencontre furtifs, détablissements déjà connotés et de réseaux de connaissances. Il faudrait analyser désormais ce que signifie cette structuration déjà fort bien affirmée du goût homosexuel dans lespace urbain dune ville telle que Paris.
III Peut-on parler au XVIIIe siècle dune affirmation de la subculture homosexuelle ?
Laffirmation dune subculture homosexuelle doit être replacée dans le cadre de la naissance de lhomosexualité. Michel Foucault affirmait que la chasse nouvelle aux sexualités périphériques entraînait une incorporation des perversions et, de fait, de la sodomie acte réprouvé nous passions à lhomosexuel individu identifiable.Cette évolution pour Michel Foucault se situe au XVIIIe et XIXe siècle. Cette théorie de Foucault peut parfaitement être utilisée pour analyser certains débats des philosophes français sur le concept de contre-nature. Cette évolution pousse les intéressés à sidentifier par leur goût. Elisabeth Roudinesco note quavec lapparition de la notion dhomosexualité disparaîtra lidée dune qualification fondée sur linégalité entre les partenaires. Lhomosexualité nouvelle sera définie non plus par la hiérarchie des êtres ni par lacte contre-nature mais parce que lhomosexuel transgresse une différence et une altérité emblèmes dun ordre naturel. Cette vision nouvelle des relations sexuelles entre hommes est en cours de construction même si lon peut penser quelle ne sera pleinement élaborée que dans la seconde partie du XIXe siècle. Ce questionnement autour des plaisirs utiles ou inutiles ou factices auxquels fait référence Alain Corbin en constitue une étape. Robert Muchembled note lintensification de la lutte contre le phénomène de lhomosexualité même si le châtiment nest plus de mise. Il affirme que parallèlement, une minorité sodomite apparaît.Lapparition de cette subculture sodomite serait la réponse ou une adaptation des intéressés à cette nouvelle donne. Nous analyserons donc cette subculture en séparant ce qui nous semble relever de comportements intentionnels et existentiels
A/ Intentionnelle
Comment peut-on cerner les signes de cette homosexualité qui sassume volontairement en cette deuxième moitié du XVIIIe siècle ? Au XVIIIe siècle nous assistons au début de lémergence de lhomosexualité comme sexualité particulière. Nous pouvons en examiner les traces dans la littérature. Les fichiers de police comportent des rapports sur des sodomites qui paraissent sassumer clairement. Enfin il faut aussi analyser lapparition dune attitude et de rites propres aux pédérastes parisiens qui constituent des marques tangibles dune contre-société sodomite qui assume ce quelle est.
Le XVIIIe siècle voit donc la naissance progressive dune homosexualité qui sidentifie et qui revendique ce quelle est. Certaines uvres littéraires au XVIIIe siècle paraissent emblématiques de sodomites qui assument ce quils sont. Une pièce anonyme est fortement intéressante à ce sujet Lombre de Deschauffours. Elle date de 1739, elle met en scène le feu Benjamin Deschauffours et Ravot DOmbreval. La scène se passe en enfer. La première scène est un dialogue entre Deschauffours et Ravot dOmbreval. Deschauffours déclare quici (en enfer), on ne pourra pas le juger et le lieutenant de police essaie de se justifier. Nous pouvons y voir une critique de la répression judiciaire de la sodomie. Dautres passages de cette uvre sont intéressants. Dans la scène 3, Belleville déclare : « Les bougres et les conistes nont-ils pas leur plaisir dans leur amour ? Dans la scène 5 Deschauffours déclare : « Vous êtes drôle de vouloir réformer le goût du genre humain. Moi qui naie jamais aimé la garce, ni le con, faut-il pour cela que je naime point les bardaches ? » Dans la même scène Constantin déclare : « Notre ami a raison. Pourquoi diable vouloir disputer des goûts et des couleurs ? Linclination a son penchant dans le moment de sa naissance. Nous avons ici une claire revendication dêtre volontairement de son goût. Il y a dans cette uvre anonyme lexpression dune homosexualité qui sassume, se revendique. Les enfants de Sodome à lassemblée datant de 1790 que nous avons déjà cité, laisse apparaître une homosexualité qui ne craint pas de se revendiquer. Elle fustige la répression dont elle est lobjet. Au détour de la lecture de ce pamphlet des affirmations font résonance à certaines déclamations de la pièce LOmbre de Deschauffours, « les goûts sont dans la nature, le meilleur est celui quon a »Nous pourrions aussi prendre le texte intitulé Les petits bougres au manège datant de 1790 où apparaît également la revendication dêtre ce que lon est, dans son goût. Un éloge de la liberté sexuelle apparaît à la lecture du texte. Ces sources littéraires montrent des sodomites qui assument leurs goûts et donc déjà, on peut entrevoir les prémices dune subculture homosexuelle intentionnelle.
Parallèlement à ces sources littéraires, les archives de police comportent des témoignages dhommes interpellés. Ces derniers semblent sétonner quon leur pose des problèmes et parfois réagissent vivement. Cette manière de soffusquer et de réagir est une manière aussi dassumer ses propres actes. Ces comportements se retrouvaient aux Tuileries au cours du XVIIIe siècle chez des grands seigneurs : nous pouvons citer le cas du prince Emmanuel de Lorraine en 1725, le marquis de Bessey.. Les cas observés dans les autres archives policières concernent des hommes de condition plus modeste et visiblement les comportements paraissent être similaires : ces personnes paraissent assumer leur goût. Ils soffusquent de rencontrer des problèmes. Dans une ville telle que Paris si certains sodomites se permettaient dassumer leur goût dans une société qui au moins théoriquement considérait le comportement homosexuel comme un crime, cétait peut-être le signe quils se sentaient suffisamment assurés pour le faire ? Ces comportements caractéristiques tendraient à démontrer quune subculture homosexuelle intentionnelle est bien présente car ces comportements intentionnels se retrouvent chez des personnes plus modestes et cela voudrait dire que par delà les nobles, une sociabilité intentionnelle se crée chez certains sodomites au XVIIIe siècle à Paris.
Cette subculture homosexuelle intentionnelle apparaît également à travers lapparition dattitudes propres aux sodomites et enfin à travers lapparition de rites et de coutumes volontairement assumés. Dans les archives de police, au détour des rapports de police, des remarques apparaissent telles que « il avait toutes les attitudes propres aux infâmes. » Dans les lieux ouverts semblent apparaître au cours du XVIIIe siècle une sociabilité caractéristique. La structuration déjà affirmée de lespace urbain aboutit à ce que les sodomites créent une sociabilité déjà caractéristique. On peut identifier des attitudes de racolage propres « aux infâmes » pour prendre la terminologie des rapports des mouches. « Il faisait toutes les démonstrations ordinaires des infâmes Antoine Brousse laquais au service de Monsieur aux Arcanes Saint Louis ». Nous observons de plus en plus de références dans ces archives sur des gestes infâmes, des postures infâmes, des manières infâmes. Ces constatations peuvent indiquer que des codes déjà sobservaient dans ces lieux dans les attitudes à avoir pour se reconnaître. Il pourrait sagir dune forme de langage visuel entre « pédérastes » : le comte de Bussy déclarait à un mouche « Je vois bien que vous nêtes pas au fait de ce métier.. » Le mot métier ne semble pas indiquer la prostitution mais plutôt un savoir spécifique à lart de raccrocher dont il faut faire lapprentissage afin de ne plus être novice.Cette forme dattitudes que lon observe dans les lieux publics de la capitale indique clairement que le fait dêtre sodomite nous conduit à prendre ces attitudes car elles symbolisent des comportements types propres aux homosexuels. Adopter ces comportements, cest assumer le fait dêtre sodomite. Cest le sens que nous donnons à des affirmations sur le fait de nêtre pas de ce métier. Etre de ce métier, cest posséder des comportements et des attitudes clairement assumés et qui marquent une appartenance volontaire au monde de lhomosexualité parisienne.
Parallèlement à ces attitudes propres nous pouvons également observer lapparition de rites et coutumes propres au monde homosexuel parisien. Ces coutumes sarticulent autour de limitation dune mode aristocratique et de limitation de la féminité. Les rites sont des coutumes et des usages pratiqués notamment dans une communauté donnée. Ils font référence à une communauté donnée qui possède sa forme dexistence, dorganisation et donc de sociabilité. Chaque groupe social se construit et fonctionne sur des valeurs, des codes que chacun se doit de respecter comme lécrit le sociologue canadien Erwin Goffman. Donc lexistence de rites ou de coutumes est la marque dune communauté ou dun groupe déjà organisé au moins informellement. Quels sont ces rites chez les sodomites parisiens de cette fin du XVIIIe siècle ? « En 1748 un nommé Pinson valet de chambre, avoue à la police que cet été dernier, il sest trouvé dans plusieurs assemblées de la manchette. Dans ces assemblées la conversation est presque toujours de ce goût là. Il y en a qui mettent des serviettes sur leurs têtes et contrefont les femmes, faisant des minauderies et des révérences comme elles. »
Michel Rey cite des cérémonies spécifiques où on incite un garçon à faire des infamies pour la première fois. Lassistance varie entre quinze et trente participants et chacun peut caresser le garçon. On célèbre par-là son entrée dans le groupe. Ces rites se caractérisent par un habillement spécial, une nourriture spéciale et un comportement spécial. Ces cérémonies ressemblent à des rites de passage.
Limitation de la mode aristocratique ressortait déjà de termes sémantiques que nous avons explicités : lordre de la manchette. Il sobserve aussi dans les réunions populaires, lidentité homosexuelle influencée par le modèle aristocratique se concrétise essentiellement par des surnoms, des gestes et attitudes. Parmi les sobriquets que lon attribue à chacun on trouve Monsieur le Grand maître, La mère des novices, puis Madame de Nemours, La duchesse de Duras et plus parodique la Baronne aux épingles.Dans les archives policières apparaissent parfois également des personnages qui saffublent de surnoms aristocratiques. Pourquoi imiter et mettre en avant une mode aristocratique ? Quel est le lien entre cette mode aristocratique et la subculture homosexuelle intentionnelle ? Laristocratie dans une société dAncien régime représente la classe dirigeante, lordre existant. Il est caractéristique que des assemblées de sodomites contrefassent lordre existant dans leurs réunions. Ils jouent à être une sorte de cour aristocratique. L ordre social de lancien régime reste une référence mentale et contrefaire lordre social existant en se mettant dans la situation dune élite dirigeante, cest reconnaître son importance. Norbert Elias soulignait que dans la bourgeoisie les concepts et les idées se cristallisent autour de certains concepts aristocratiques de cour tels quétat civilisé. La bourgeoisie française restait attachée dans son comportement et son affectivité à la tradition de cour. Contrefaire laristocratie est dans notre cas, de la part dindividus qui assument leur différence sexuelle, un moyen de se singulariser des autres en se croyant, même un temps, faire parti dune sorte délite. Laristocratie pourrait symboliser une liberté, des plaisirs. Contrefaire ce monde cest vouloir symboliquement assumer sa liberté sexuelle : la noblesse au XVIIIe siècle possède des valeurs de liberté sexuelle. Nous avons vu que certains nobles surpris au jardin des Tuileries en essayant daborder un garçon prenaient très mal leur interpellation. « La société noble na jamais admis la censure des passions pour conditions de la valeur humaine. »Cest cette valeur de liberté sexuelle propre à laristocratie que ces hommes assumant volontairement leur sexualité veulent prôner. A cela, sajoute que la noblesse renvoie à une caste, fermée à ceux qui ne sont pas nobles. On peut voir là lidée de constituer une sorte de franc-maçonnerie du sexe. Pour compléter cet argument, lhistorien Daniel Roche soulignait également, du moment où on se mettait à contrefaire et à jouer avec les apparences, on remettait en cause lordre du monde. Le fait de contrefaire une aristocratie auquel nous nappartenons pas, peut aussi être la marque dun ordre social ancien qui se défait. Enfin le dernier trait de ces réunions dhomosexuels qui sassument est de se parler au féminin. Nous avons des traces de ceci dans les archives policières, dans ces sources nous avons les surnoms féminins de certains homosexuels. Contrefaire une certaine forme de féminité semble être un des traits de la subculture homosexuelle. Se parler au féminin est aussi assumer volontairement sa différence. Ce trait est dautant plus caractéristique quau XVIIIe siècle à priori limage de lhomosexuel efféminé ne ferait pas globalement parti des représentations générales de lhomosexualité. Ces types de représentations se généraliseront plutôt au XIXe siècle avec lémergence de la tante, de linverti. Elle sera liée à la redéfinition de la masculinité. Cette mode féminine est aussi une manière de se singulariser. Ces hommes affirment et assument une particularité. On pourrait aussi peut-être parler dune influence plus précoce de linversion. Nous avons vu que certains termes comme le terme antiphysique anticipaient quelque peu linversion telle quelle sera définie dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
Après avoir examiné les traits globaux de la subculture homosexuelle, nous allons aborder des cas particuliers de personnages qui assumèrent leur façon de vivre intentionnellement :
Charles Marquis de Villette est né à Paris en 1736. Il mourut en 1793. La Convention devait nommer une députation pour assister à ses funérailles. Il fut dabord officier de cavalerie et fit la guerre de sept ans. Il fut promu au grade de maréchal général des logis de la cavalerie. Il fut lié à Voltaire, alla séjourner à Ferney et entretint une correspondance suivie avec le philosophe. Villette montra toujours une profonde admiration pour Voltaire et ses idées. Il soccupa de littérature et sattira beaucoup dhostilité pour le mépris quil affichait scandaleusement envers les murs.
La Révolution lui fit encore de nouveaux ennemis car il en adopta les principes du moins jusquen 1792 : il rédigea les cahiers du bailliage de Senlis. Il venait dêtre nommé député à la Convention mais les massacres de septembre lindignèrent.
Le pamphlet « La vie privée et publique du ci-derrière marquis de Villette » présente le marquis comme un sodomite de toujours. Il aurait eu dès son plus jeune âge le goût des amours masculines : il portait en lui-même le germe du vice affreux, quil affiche actuellement.Le pamphlet mentionne linnéité de la nature sodomite du marquis : il ne fut plus occupé quà courir les rues voisines pour chercher des petits bardaches. Le pamphlet insiste aussi sur le fait quil cacha un temps son jeu mais ne put arrêter de courir pour satisfaire sa passion. Le pamphlet mentionne que Villette se maria avec une ravissante et fortunée personne. Il sen lassa pour retourner vers sa nature pédérastique. Enfin il est stipulé que Villette, qui par son exécrable conduite, avait été voué au mépris public, afficha son goût pour la démocratie. Nous avons ici affaire à un pamphlet contre-révolutionnaire : le fléau le plus terrible dont la France pût être affligée. Cependant nous sommes face à un personnage important. Il joua un rôle non négligeable pendant la Révolution. Il assume assez bien et assez ouvertement ses préférences sexuelles. Villette fut le plus emblématique des homosexuels de lépoque car le plus vilipendé, ne craignant pas dafficher publiquement ses penchants. : Un personnage inéluctablement sodomite et qui le vit visiblement assez bien. Nous avons affaire à un type dhomosexuel intentionnel assez caractéristique même si la nature de la source doit nous amener à une certaine prudence. Il sagit dun homosexuel clairement connu, un personnage public, qui connaissait et fréquentait la haute société de la fin du XVIIIe siècle et qui ne paraissait pas être gêné des indiscrétions qui circulaient sur lui. Sa carrière politique ne parait pas avoir souffert de sa réputation. Cette manière dafficher ses penchants est sans doute à lorigine de la littérature pamphlétaire dont il fait lobjet. Le marquis de Villette fut sans doute un cas de sodomite qui saffirma comme tel et qui affirma sa singularité.
Un autre personnage paraît être un libertin qui assume intentionnellement ses penchants : François Alphonse Donatien Marquis de Sade. Sade paraît une exception tant il prône les droits sexuels globaux. Le personnage paraît unique par son aspect extrême dans le domaine de la sexualité. Cependant sa façon dassumer le libertinage et les excès sexuels peut le classer parmi lintentionnel qui assume parfaitement ses actes. Il est aussi nécessaire daborder Sade en fonction de sa vision polymorphique extrême de la nature humaine que nous avons examinée et qui lincita à faire lapologie de la sodomie masculine au milieu dautres plaisirs sexuels : le sodomite Sade ne peut être vu comme un homosexuel. La nature au sens sadienne est meurtrière, passionnelle, excessive et la meilleure façon de la servir est de suivre son exemple. Sade ainsi prescrit une rigoureuse pédagogie de la jouissance illimitée. Sade préconise une inversion radicale de la loi qui régit les sociétés humaines. Il naît à Paris en 1740. Il fait une carrière militaire : fait capitaine de cavalerie pendant la guerre de sept ans, il se marie en mai 1763. Il passera presque trente années de sa vie en prison : emprisonné quelques mois à Vincennes pour violences sexuelles, en 1768 incarcéré à Saumur pour avoir violenté Rose Keller une jeune mendiante. En 1769 il sera condamné à mort par contumace et brûlé en effigie pour orgie, suite à la plainte dune prostituée. Arrêté à Chambéry et incarcéré en 1773, puis à Vincennes jusquen 1784 et à la Bastille, libéré en 1790, arrêté en 1801 comme auteur de romans scandaleux. Il meurt en 1824. Le marquis de Sade assume ses goûts sexuels. Il met en avant la sodomie masculine, même si ce nest pas sans doute son seul goût sexuel. Sade assume ses goûts et ses variétés sexuelles : cela lui coûta cher. Le marquis de Sade serait plutôt un libertin ou un sodomite dAncien régime. Il assume ses goûts quil ne croît regarder que lui-même. Cest un noble conscient de ses privilèges. Il ne supporte aucun frein à ceux-ci. Le marquis de Villette pourrait être présenté aussi comme « un militant de lhomosexualité » ce qui lui donnerait presque un côté plus contemporain pourtant il est nécessaire de sinscrire en faux contre cette vision qui pourrait friser lanachronisme. Le marquis de Villette est un noble, cest aussi pendant la Révolution un personnage public à la différence de Sade et la liberté sexuelle quil assume dans ses pratiques homosexuelles est une attitude dun noble qui pense quil a droit en tant quaristocrate à sa liberté sexuelle. Ils sont différents dans le sens que Sade est surtout un écrivain qui assuma plutôt par ses écrits que par ses actes ses fantaisies sexuelles. Villette fut à la différence de Sade, un homme politique et qui assuma ostensiblement si on se base sur certaines sources son comportement ce qui ne lempêcha pas dassumer un rôle politique au début de la Révolution. On retrouve ici des cas qui illustrent ce que Hans Mayer indiquait quand il notait que le monde féodal tendait à cultiver la singularité à lintérieur dune hiérarchie figée. Olivier Blanc cite dans son travail sur Lamour au temps de Louis XVI, dautres personnages qui paraissent assumer leur liberté sexuelle à visage découvert : tel le marquis de Brunoy qui faisait étalage de ses préférences sexuelles. Son épouse vivait dans leur hôtel particulier à Paris. Le marquis séjournait à Brunoy sur sa terre où il recevait des beaux paysans. Le maréchal de Mouchy, de la maison de Noailles gouverneur de Versailles, qui après avoir fait toutes les campagnes ne pouvait se priver de la compagnie des soldats.Les deux personnages que jai pris en exemple correspondraient par leurs attitudes à cette mentalité aristocratique de liberté vis-à-vis de ses propres plaisirs. Cest aussi une attitude propre à des hommes du XVIIIe siècle. Cette attitude soppose à la morale bourgeoise en matière de murs. Laristocratie pratiquait sa propre morale et ne cherchait pas à luniversaliser. La bourgeoisie pensera très rapidement que sa morale est universelle et tentera de létendre aux autres classes sociales. Cette différence pourrait expliquer les attitudes intentionnelles de ces hommes assumant leur liberté sexuelle alors quà lépoque bourgeoise la régularité du monde humain deviendra un principe à appliquer.
A travers la naissance dune affirmation, dont les traces sobservent dans la littérature, les témoignages de certains fichiers de police et les habitudes observées dans les assemblées de sodomites, une subculture homosexuelle intentionnelle déjà affirmée se profile. Il sagirait de sodomites déjà conscients de leur différence parfaitement affirmée dans plusieurs cas. Nous pouvons y déceler laffirmation dune subculture homosexuelle déjà globalement caractéristique. Howard Becker affirmait que lindividu étiqueté comme étranger peut ne pas accepter la norme avec laquelle on le juge. Le transgresseur peut estimer que ses juges sont étrangers à son univers. Il dénie à ceux qui le jugent la capacité pour le faire.Nous serions tentés dutiliser cette théorie pour analyser la pièce de théâtre : « Lombre de Deschauffours » Il y a bien lexpression que ceux qui lont jugé navaient pas qualité pour le faire. Les cas que lon a décelés dans les archives policières relèveraient aussi de ce cadre-là. Ces hommes se sentent offusqués que des policiers soccupent de leur vie sexuelle. Nestiment-ils pas aussi que ceux ci nont pas qualité pour juger de leurs pratiques sexuelles ? Howard Becker aussi affirme que la plupart des groupes déviants avaient un système dautojustification (une idéologie), les groupes déviants rationalisent plus que les autres leur position. Ils élaborent des justifications compliquées de leur activité déviante.La naissance dune particularité, dune justification relève aussi de cette analyse. Nous sommes dans le domaine de lautojustification de sa différence. Le stigmatisé comme le mentionne Erwin Goffman peut aussi aborder les contacts mixtes avec un air de bravade agressive. Il est aussi fréquent que les stigmatisés financent une publication qui expriment leur sentiment commun. Ils y expriment leur idéologie, leurs revendications.Cette subculture homosexuelle intentionnelle qui sobserve dans une ville telle que Paris peut être analysée ainsi. On assiste à la naissance dun groupe stigmatisé qui a conscience de ce quil est et qui exprime dune certaine façon les prémisses dune forme daffirmation caractéristique.
B/ Existentielle
Parallèlement à ces attitudes intentionnelles nous pouvons discerner des comportements qui pourraient relever dattitudes existentielles. Il est certain que lexistence de groupes sodomites structurés oblige chacun à se positionner : assumer cette étiquette ou ne pas lassumer dans ce cas-ci. Nous avons plusieurs cas dans les fichiers de police. Il faut aussi souligner que si certains que lon retrouve dans les jardins, ne fréquentent pas les rassemblements de sodomites, cest aussi parfois une façon de ne pas assumer cette étiquette de pédéraste.
Il faut aborder des cas concrets dhomosexuels existentiels à la fin du XVIIIe siècle. Peut-on penser que certains domestiques sodomites qui ne paraissent pas assumer leur goût et qui parfois vivent avec des prostituées sont à classer comme des cas dhomosexuels existentiels ? Les archives de police contiennent des témoignages qui correspondent à quelques cas. Certains ne paraissent pas assumer létiquette de pédéraste et vivent dans le milieu de la prostitution féminine : « Pierre Louis Paillot 20 ans, domestique. Le rapport datant du 13 décembre 1780 stipule quil est connu pour raccrocher hommes et femmes. « Pierre Simon Pascal Barbier, 13 décembre 1780, 40 ans, maintenant domestique, connu pour raccrocher homme et femme. Il est marié et déclare quil va comme tout le monde dans les promenades publiques. »
Ces cas dhommes cités semblent plus des sodomites par nécessité. Ils sont des prostitués occasionnels. Il sagirait dune forme de sous-culture célibataire. Certains se défendent de pratiquer la sodomie. La non-pratique de la sodomie ne permet-il pas de ne pas se penser comme pédéraste intentionnellement assumé ? Ces hommes identifiés paraissent assumer une double vie : pour la police chargée de surveiller les sodomites, ils sont classés comme pédérastes car ils appartiennent pour certains à une catégorie identifiée les prostitués. Ces hommes eux, ne paraissent pas assumer intentionnellement cette caractéristique. Ils ont plutôt un comportement existentiel. Lhomosexuel existentiel mène un double jeu : désir dassimilation dune part et des promenades en solitaire dans des endroits discrets, dautre part. Les individus cités paraissent correspondre globalement à ce type de comportement. Certains nient dailleurs et parfois même en étant pris sur le fait : « le 16 juillet 1782, Louis Lafosse, dit Pierre, 53 ans est surpris aux Champs Elysées en compagnie dun autre qui demeurait à Chaillot. Louis Lafosse loge chez la femme Bertrand, aubergiste faubourg Saint Honoré. Ils sont surpris par un garde suisse culotte déboutonnée. Louis Lafosse dit quil avait déboutonne sa culotte car celle-ci le serrait trop. Ils se sont endormis en sasseyant en passant par les Champs Elysées. Il ne voulait rien faire de mal. »
Nous avons donc dans ces exemples des cas de double jeu : ces hommes pratiquent leur sexualité en cachette et nient lorsquils sont pris sur le fait, et dun autre côté ils pourraient être très bien assimilés dans la vie de leur quartier. Ces cas identifiés pourraient correspondre à des homosexuels stigmatisés et inventoriés comme tels mais ils ne sembleraient pas lassumer. Il y a aussi comme le mentionne Arlette Farge, le poids de la vie de quartier. Le quartier devient un lieu de contrôle social. Dautant plus quil est rare de pouvoir garder un secret dans ces maisons aux cloisons trop minces, aux portes qui laissent passer les bruits et les courants dair. La rumeur naît de cette perméabilité et circule rapidement à lextérieur.Les cas que nous avons cités sont issus des archives de police et ne représentent que quelques cas de personnes qui correspondent à des cas dhomosexuels existentiels. Peut-on trouver des cas de personnages notables qui paraissent être des homosexuels existentiels? Qui à linverse dun personnage comme le marquis de Villette, ne paraissent pas assumer cette étiquette et qui se cachent?
Jai choisi de parler de Paul Barras 1755-1829 qui paraît correspondre à la définition dhomosexuel existentiel. Les dates chronologiques de Paul Barras dépassent 1789. Cependant Barras est un homme du XVIIIe siècle, son cas est assez similaire à dautres homosexuels connus pour le XVIIIe siècle.
Sa carrière politique prend fin avec le Consulat. Il semble complètement oublié à partir du Consulat et devra sexiler. Paul François Jean Nicolas comte de Barras était né à Fox-Amphoux dans le Var le 30 juin 1755. Il était issu dune famille de la petite noblesse provençale. Il eut une carrière militaire dès lâge de 16 ans et jusquen 1783. De cette date jusquà 1789 il mena une vie assez dissipée. Il connut la cantatrice Sophie Arnould. Il fit la connaissance de Mirabeau chez Sophie Arnould. Il est élu délégué du Var pour la législative. Il est élu député suppléant de ce même département à la Convention et siégera avec les montagnards. Il votera la mort de Louis XVI. Il jouera un rôle capital dans la journée du 9 thermidor. Il réprimera linsurrection royaliste, sera directeur sous le Directoire. Sa carrière politique sachève avec le coup détat du 18 brumaire. Barras avait la réputation de sentourer de belles femmes et spirituelles quil ne touchait jamais. Il avait épousé dans sa jeunesse Marie-Pélagie Templier, de Fort-Amphoux dont il neut pas denfant et quil délaissa.
Les indices qui touchent à son homosexualité sont certes, moins importants que ceux qui concernent un personnage notoirement sodomite comme Villette ou comme Cambacérès que nous aborderons ultérieurement. Il y a tout de même des indices certains. Michel Larivière note que Barras a la réputation daimer les garçons et notamment Talleyrand racontait lépisode de la noyade de Raymond Valz le 15 juillet 1797, or celui-ci nétait autre que le jeune amant de Barras. Raymond Valz se noie sous les yeux de Barras qui aurait montré de si grands signes de douleur que lon aurait dit quil venait de perdre sa maîtresse.Olivier Blanc indique lui aussi, quen 1793 Barras se trouvant à Draguignan, rencontra un jeune barbier quil trouva à son goût, Victor Grand. Il note également que malgré sa liaison avec Joséphine de Beauharnais, sa réputation ne fut par pour autant moins grande et il cite les vers du général Danican : et même en plein jour il est homme à vilétiser les garçons.Michel Missoffe note également que Barras vivait en labsence de toute société féminine avec son homme de confiance, François Roland ; son piqueur Louis Copillon, son jeune aide de camp Raymond Valz. Il note aussi le drame de la mort de ce dernier et le chagrin manifesté par Barras. Il note aussi que Barras (était), ce séducteur sans maîtresse, ce mari sans foyer.Barras était homosexuel et connu mais il navait certes pas la notoriété dun marquis de Villette. Il était certainement beaucoup plus discret. Quels sont les indices qui nous permettent de penser que Barras fut plutôt un homosexuel existentiel ? Dabord même si certains secrets se disaient parfois sur lui, on trouve, somme toute, assez peu de sources notamment du côté de la littérature pamphlétaire qui parle de son goût pour les garçons. Nous avons affaire peut-être à un homme qui naffichait pas son penchant avec la liberté dun marquis de Villette. La vie de Barras de 1783 à 1789 ressemble à la vie dun libertin au sens classique du terme. Un autre indice qui est parlant : sa fréquentation assidue des femmes. Etait-il un adepte de cette bisexualité propre à laristocratie ? Tous ces indices plaident pour une certaine discrétion de la part de Paul Barras. Il faut comparer Barras à un autre homosexuel, qui lui est connu et dont la vie privée est mentionnée dans une majorité décrits et y compris dans la caricature, sous lEmpire, Cambacérès. On peut cerner la différence de comportement de lun et lautre vis-à-vis de leurs penchants. Cambacérès nous le verrons tout comme Fiévée, sassument pleinement et ne semblent pas se cacher à la différence de Paul Barras qui maintient une certaine forme de discrétion.
On assiste dans le cours du XVIIIe siècle à Paris à la naissance de subcultures homosexuelles caractérisées par des lieux, des codes de comportement et des personnages qui paraissent assumer leurs penchants. On peut dire que lon se situe au commencement de la constitution dune contre-société homosexuelle ou sodomite parisienne. Au début, car on ne peut pas affirmer que lhomosexualité est construite à cette époque mais cependant il y a déjà la conscience dun goût spécifique. Le « Paris sodomite » du XVIIIe siècle semble posséder ses lieux ouverts assez conséquents et présents dans plusieurs quartiers de la capitale, des établissements présents dans lespace urbain comme à la Courtille et certains réseaux de sodomites informels.
La subculture homosexuelle saffirme visiblement. Cette population sadapte dans lespace, au niveau social et par sa spécificité au mouvement répressif : les réseaux informels, la naissance dune subculture plus visible pourraient être les signes de ladaptation dindividus stigmatisés. Comment expliquer au-delà de cette adaptation, cette émergence dans le Paris du XVIIIe siècle ? Peut-on parler de climat de relative liberté sexuelle dans le cadre parisien, qui expliquerait cette émergence ? Eward Shorter dans son travail Naissance de la famille moderne parle de révolution sexuelle à la fin du XVIIIe siècle. Il prend trois indices : laugmentation des naissances illégitimes, la hausse des grossesses préconjugales, les témoignages des observateurs appartenant aux classes moyennes. Il prend aussi pour preuve lapparition de la littérature anti-masturbatoire. Olivier Blanc mentionne que dans les années 1770, le libertinage au sens des relations amoureuses hors mariage, paraît sêtre banalisé dans lopinion publique et de façon générale dans les grandes agglomérations urbaines moins strictement soumises à linfluence de la hiérarchie catholique Il note aussi que le Paris de Louis XVI comptait un certain nombre de salons libéraux, toutes classes sociales confondues, qui passaient pour libertins.Le cadre de cette liberté de murs ou de cette révolution sexuelle, peut être le cadre dans lequel il faut replacer lémergence de cette « société homosexuelle ». Cest ainsi quil faudrait peut-être interpréter les plaintes de certains sur le fait que ce vice prenait une proportion nouvelle dans Paris : « nous croyons en effet avoir suffisamment démontré, par lexamen de cas ou par des vues densemble, avec quelle intensité limmonde et démoralisant fléau sévissait dans tous les rangs de la population. »Cette nouvelle liberté est sans doute à replacer dans le cadre de laffaiblissement des dogmes religieux et du progrès de la philosophie des Lumières. Ce contexte explique certainement aussi le développement de la subculture homosexuelle. Cette nouvelle façon daborder son homosexualité pourrait aussi être replacée en partie dans le cadre de ce quEdward Shorter appelait la nouvelle sentimentalité. Nous assistons parallèlement à un déclin de lamitié et à une valorisation de lamour conjugal. Maurice Daumas dans son travail Le mariage amoureux démontre comment lamour conjugal sest imposé à lhomme des Lumières. Auparavant la culture traditionnelle condamnait le mariage damour Certains ecclésiastiques au XVIIe siècle assignaient comme but au mariage : glorifier Dieu, faire son salut, générer les enfants et faire échec à la concupiscence. Ce qui indique bien que le but premier du mariage nétait pas lamour. Maurice Daumas souligne que si les époux amoureux se rencontrent à toutes les époques, au XVIe siècle ils passent pour une anomalie. A partir du XVIIIe siècle, le lien conjugal va simposer. Avant les liens damitiés comptaient autant que les liens avec la famille proche. Le lien affectif conjugal nouveau, avec ses implications sur lenfant va supplanter ceci. De cette évolution la forme de bisexualité décline, car cette révolution sentimentale implique la fidélité conjugale et une survalorisation de la famille. Cette mentalité de minoritaires apparaît à la lecture de ces rapports de police mais également de certains pamphlets. Elle semble aussi transparaître à travers le développement dune forme de sociabilité homosexuelle. Le nouveau modèle de relations conjugales qui se développe a comme conséquence que les pratiques amoureuses et sexuelles entre hommes deviennent progressivement un goût spécifique que les intéressés assument. On assiste de ce fait à lémergence de cette « société homosexuelle. » Le développement de la « société homosexuelle » pose le problème de linfluence du contexte général sur ce monde homosexuel. Ce monde homosexuel sadapte aux conditions dexistence quon lui fait. Il subit et profite des évolutions plus générales. Le bilan de lhomosexualité à la fin du XVIIIe siècle offre limage dun monde, certes informel, mais tout de même assez visible et qui effectue un processus didentification. On assiste donc à Paris en cette fin du XVIIIe siècle à la naissance dune minorité homosexuelle organisée comme une sorte de contre-société et qui va sadapter au cadre répressif. On pourrait discerner une évolution longue qui va se poursuivre avec la Révolution. Face à cette évolution profonde, comment le cadre juridique et répressif va-t-il sadapter ? Cette réalité sociale nouvelle implique certainement une évolution nécessaire dans le cadre répressif car le policier se trouve désormais face à une subculture homosexuelle bien présente. Linteraction entre le social et la loi entamera une évolution juridique qui sera appelée à se concrétiser avec la Révolution.
CHAPITRE III : LA REPRESSION DE LA SODOMIE A LA FIN DE LANCIEN REGIME
Le développement dune contre-société homosexuelle aurait-elle une incidence certaine sur la façon daborder pénalement lhomosexualité ? Ne va-t-elle pas obliger le répressif à sadapter à ces nouveaux facteurs ? Au plan légal pur la sodomie en vertu des coutumes juridiques anciennes pouvait entraîner lapplication de la peine du feu. Les textes juridiques qui puisaient leurs sources dans des coutumes datant du Moyen âge prescrivaient cette sanction. Elisabeth Roudinesco note que lhomosexuel de lépoque chrétienne était devenu à travers la figure du sodomite le pervers par excellence. Il refusait que le coït saccomplisse à des fins procréatrices et de ce fait il était le pervers des pervers voué au bûcher. Au XVIIIe siècle nous sommes face à des textes qui restent classiques dans linterprétation du crime de sodomie et qui font effectivement référence à des coutumiers du Moyen âge. Cependant le développement de subcultures homosexuelles dans Paris entraînerait une évolution dans la manière de traiter pénalement les actes homosexuels. En témoignent lapplication parcimonieuse de la peine du feu autant que lexamen des derniers condamnés au bûcher qui dépassent des simples cas de sodomie : en fait après 1750 il ny a plus aucune exécution pour simple pratique de la sodomie. Parallèlement on observe le développement dune police des murs à Paris. Ce facteur implique de prévenir les actes de sodomie que sils portent atteinte à lordre public et non plus le « sodomite » en lui-même. Lexamen du droit conduira à examiner lessence de la loi et ses fondements religieux pour déboucher sur lapplication, de manière à mettre en parallèle textes et pratiques judiciaires. Nous pourrons percevoir la divergence entre les textes juridiques et la pratique. Cette dernière semble sadapter progressivement à ce nouveau facteur que constitue le développement dune contre-société homosexuelle.
I / Le droit en matière dhomosexualité a la fin de lancien régime
Pour examiner le droit nous avons eu recours à des manuels juridiques datant du XVIIIe siècle. Ces différents manuels de droit semblent réaffirmer une position juridique classique pour lépoque en prescrivant lapplication de la peine du feu pour crime de sodomie et en réaffirmant ses racines religieuses.
A/ La définition du crime de sodomie à la fin de lAncien régime
Ces manuels réaffirment une position traditionnelle : la sodomie est un crime et elle rend le coupable passible de la peine du feu. Plusieurs de ces manuels donnent une définition et une interprétation du crime de sodomie. Ils développent des analyses sur ce même crime. Deux manuels : « Les lois criminelles de France » de Pierre François Muyart de Vouglans (1713-1791) et « Institutes au droit criminel ou principes généraux en ces matières » du même Muyart de Vouglans datent de 1757 pour le dernier et 1780 pour le premier. Le chapitre VI du premier traite des crimes contre la nature ou de la sodomie et de la bestialité : « Ce crime est connu autrement sous le nom de pédérastie, on lappelle aussi contre-nature parce quil tend à violer les règles prescrites par la nature. Il tire son nom de cette ville infâme de Sodome. Le droit canonique répute ce crime plus grave que linceste. Les lois romaines prononcent la peine de mort. Cette peine est celle du feu. »
Le chapitre X du deuxième manuel traite de la sodomie : « ce crime abominable qui tire son nom de cette ville abominable, dont il est fait mention dans lhistoire sacrée, se commet par un homme avec un homme, ou par une femme avec une femme. Il se commet aussi par un homme avec une femme, lorsquils ne se servent pas de la voie ordinaire pour la génération. La peine dun si grand crime ne peut être moindre que celle de la mort. La vengeance terrible que la justice divine a tirée de ces villes impies, où ce crime était familier, fait assez voir que lon ne peut le punir par des supplices trop rigoureux. Le texte fait allusion au chapitre XX du Lévitique qui dit que quiconque couche avec un homme comme on couche avec une femme doit être mis à mort. Il mentionne que la loi Cum vir 31 veut que ceux qui tombent dans ce crime soient punis par le feu vif. Il y a un passage consacré aux clercs homosexuels. »
Le Traité de la justice criminelle de France de Daniel Jousse (1704-1781) comporte quatre volumes. Le volume quatre, chapitre quarante quatre est consacré à la sodomie et autres crimes contre la nature : « le péché contre-nature se fait principalement de trois manières. La seconde espèce est la sodomie qui se commet lorsquun mâle est avec un mâle ou avec une femme pas par la voie naturelle. La sodomie est de toutes les impudicités la plus abominable et qui de tout temps a été punie de la manière la plus sévère. Cest ce crime qui a fait périr par le feu les villes de Sodome et Gomorrhe. La peine de ce crime suivant la loi divine au chapitre vingt du Lévitique était la mort contre les deux coupables. Le texte cite la loi Scantinia pour les romains qui prévoyait une amende de 10 000 sesterces. Les empereurs chrétiens établirent la peine de mort contre ce crime. Le texte cite la loi de Charles Quint pour lAllemagne datée de 1532 qui condamne à la peine du feu. Il fait mention de la loi française. Celle-ci condamnait les coupables à la castration et en cas de récidive à la peine du feu. Le texte pour le XVIIIe siècle fait référence à lexécution de Benjamin Deschauffours en 1726 et Bruno Lenoir et Jean Diot en 1750. Il souligne que les ecclésiastiques coupables de ce crime sont soumis comme les autres à la peine de mort. »
Le Répertoire universel et raisonné de jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéficiaire de Pierre - Jean- Jacques- Guillaume Guyot (1719-1784) date de 1784-1785. Il comprend 17 volumes. Le volume 16 consacre un article à la sodomie. Larticle fait référence à un crime de débauchés. Au niveau juridique il fait référence aux établissements de Louis IX datant de 1270 et à la Nouvelle coutume de Bretagne article 633. Il rappelle, pour jurisprudence, les procès et condamnations de Benjamin Deschauffours en 1726, celles de Bruno Lenoir et Jean Diot en 1750 et enfin celle de Jacques François Paschal en 1783.
Le Dictionnaire de droit et pratique de Claude Joseph de Ferrière (1680-1748) date de 1769. Le tome deux consacre un court article à la sodomie. Il est stipulé : « crime abominable et contre-nature qui a été ainsi appelé du nom de la ville de Sodome, qui périt par le feu à cause de cet exécrable péché. »
B/ Une analyse traditionnelle de lhomosexualité
A lanalyse de ces quelques manuels de droit de la seconde moitié du XVIIIe siècle, plusieurs constatations simposent. Le crime de sodomie fait dabord référence à lhistoire de Sodome contenue dans le chapitre XIX de la Genèse. Tous ces manuels citent lhistoire de cette ville de lAncien testament qui demeure la source importante de la condamnation de la pratique de lhomosexualité. En effet le chapitre XIX de la Genèse fait la description du crime des habitants de Sodome et de la destruction de la ville par Dieu. : « Deux anges rencontrant Loth et sur son insistance acceptant lhospitalité de Loth. La maison fut cernée par les gens de la ville et ils demandèrent à Loth de faire sortir les deux hommes pour quils les connaissent. Loth offrit ses filles mais les sodomites insistèrent et furent frappés de cécité par les anges. Loth fut prévenu par les anges de fuir la ville que Dieu allait détruire sous un déluge de feu. »
« Pour que nous les connaissions » fut traduit par : pour que nous ayons des relations sexuelles avec eux. Le verbe hébreu « connaître » (yadhà), est utilisé dans la Bible pour un certain nombre de cas sous la signification dacte sexuel. Depuis des siècles le monde chrétien interpréta cet épisode de la Genèse en termes de pratiques homosexuelles : les sodomites voulaient pratiquer lhomosexualité avec les deux anges. Dieu a donc détruit la ville. Cet épisode reste au moins dans ces manuels de droit, la source principale sur laquelle est construit tout le discours juridique. Le manuel de Pierre Muyart de Vouglans Institutes au droit criminel ou principes généraux en ces matières de 1757 de même que le Traité de la justice criminelle de France de Daniel Jousse de 1771 font références au chapitre XX du Lévitique pour justifier lapplication de la peine de mort pour sodomie. Le chapitre XX du Lévitique stipule : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils font tous deux une chose abominable, ils seront punis de mort et leur sang retombera sur eux. » Ce chapitre reste donc une source pour réclamer la peine du feu pour celui qui pratique la sodomie. Le Répertoire universel et raisonné de jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéficiaire de Pierre - Jean- Jacques- Guillaume Guyot de 1784-1785 mentionne les établissements de Louis IX datant de 1270 et la Nouvelle coutume de Bretagne article 633. Le droit coutumier régissait dans lancienne France tous les domaines de la vie publique et notamment les interdits sexuels. Les différentes coutumes locales ont fait lobjet dune codification. Les Etablissements de Saint Louis furent un recueil de règlements. Ils furent publiés sous le règne du même roi et ils sappliquaient à lIle de France. Ils prescrivaient lapplication de la peine du feu quand il était prouvé que laccusé avait pratiqué la sodomie. Ils restent une des sources pour ce manuel de droit rédigé en 1784-1785. La Coutume de Bretagne rassemblait les règles et usages reconnus en Bretagne sous lAncien régime. Larticle 633 stipule que celui qui sera condamné pour sodomie sera brûlé.
Plus globalement ces manuels renvoient tous à la notion de crime contre-nature au sens traditionnel, c'est-à-dire comportement extérieur au plan divin. Lhomosexualité est contre-nature car elle transgresse la nature voulue par Dieu. Elle est vue comme non reconnaissance plénière et existentielle de la différence des sexes et de laltérité divine. Ces textes font tous référence à cette notion de contre-nature dans le sens opposé au plan divin qui dailleurs est très bien exprimée dans une épître de Paul dans le Nouveau testament : Chapitre I, 26-28 « Et même les hommes abandonnant lusage naturelle de la femme se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres, et recevant en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement ». Ces textes appuient donc toute leur argumentation sur des sources religieuses : Bible et coutumes qui sinspiraient pour la définition du crime de sodomie des condamnations bibliques. Ils donnent une approche traditionnelle de lhomosexualité : crime de sodomie défini par les textes bibliques et les anciennes coutumes. Il faut confronter ces textes avec la pratique juridique et pénale au XVIIIe siècle.
II Lapplication du droit
Dans quelle proportion le crime de sodomie fut-il effectivement appliqué ? Comment ces principes définis dans ces manuels précités furent appliqués dans la réalité ? Claude Courouve a comptabilisé ceux qui furent poursuivis pour crime de sodomie depuis le XIVe siècle jusquau XVIIIe siècle. On saperçoit que cette application fut modérée dans la réalité. Les dernières recherches indiquent quentre ces deux siècles 73 personnes furent persécutées pour sodomie, dont deux femmes et 36 hommes condamnés à mort.Claude Courouve mentionne que les premières applications du crime de sodomie se situent au XIVe siècle. Il mentionne en outre que parmi ces condamnations à mort 32 % furent convaincus dautres crimes : viol ou meurtre.
A/ Les dernières exécutions pour sodomie
Pour le XVIIIe siècle, les dernières condamnations à mort pour sodomie sur Paris sont celles de Benjamin Deschauffours brûlé en 1725, Bruno Lenoir et Jean Diot en 1750 brûlés vifs, Jacques François Paschal brûlé en 1783. Par rapport aux siècles précédents nous remarquons une diminution notamment au grès de lavancée du siècle des Lumières : le fait que les penseurs des Lumières sélèveront de plus en plus contre le fait dexécuter les sodomites doit être pris en compte dans la diminution de ces condamnations à mort. Quelles sont les raisons qui motivèrent ces condamnations à mort : la simple sodomie ou dautres faits qui se surajoutèrent ? Dans laffaire Chausson et Paulmier en 1661, la condamnation déjà dépassait la simple sodomie : Jacques Chausson et Jacques Paulmier étaient accusés de viol sur des jeunes garçons et dun rapt dun adolescent de quatorze ans. Ils fournissaient des garçons à des grands seigneurs. Ils furent brûlés en Place de grève le 29 décembre 1661. Ils faisaient pratiquer la sodomie et ceci constituait sans doute un facteur aggravant. Ils pratiquaient le trafic de jeunes garçons. Ces deux cas sont à mettre en parallèle avec laffaire Deschauffours en 1725. Tout comme Chausson et Paulmier, laffaire débuta par une tentative dabus sexuel sur un jeune adolescent du nom dHenri Hilaire Finet. Dans le cas de Deschauffours comme dans le cas de Chausson et Paulmier lenquête révèle des cas dabus sexuels, des trafics de jeunes garçons et une volonté de faire pratiquer la sodomie. Benjamin Deschauffours est soupçonné de plus denlèvement et de crime sur la personne dun jeune garçon, fils dun savetier. Le cas de Benjamin Deschauffours nest donc pas à priori un cas de simple sodomie mais la sentence stipule : « Benjamin Deschauffours accusé du crime de sodomie et péché contre-nature et davoir fait commettre le crime de sodomie et autres énormes et détestables crimes.. » Cette sentence mentionne le fait davoir fait commettre la sodomie. Cest en quelque sorte le fait de faire du prosélytisme qui semble motiver en partie cette condamnation. Il mentionne certes sans les spécifier les autres faits reprochés au condamné. Il sagit dun cas de violeur, trafiquant dadolescents et ayant commis un crime et faisant du proxénétisme La sodomie ne serait quun aspect de cette affaire. Elle semble cependant constituer un des aspects essentiels de la condamnation à lexamen de la sentence. La pratique de la sodomie semble être laccusation majeure qui envoya Deschauffours au bûcher. Cette condamnation fut elle un exemple qui doit être placé dans le cadre dune réaction contre la licence des murs sous la Régence ? Jean Pierre Lécrivain en 1741 à Paris bénéficia dun non lieu. Bruno Lenoir et Jean Diot en 1750 furent brûlés vifs et pour un acte de sodomie simple. Ce sont les deux seuls derniers cas qui neurent comme charge contre eux que la simple pratique de la sodomie et non dautres faits annexes : le 4 janvier 1750 ils furent surpris par un sergent du guet en posture indécente. Le procès de Bruno Lenoir garçon cordonnier de 20 à 25 ans et Jean Diot garçon domestique de 40 ans eut lieu le 11 avril 1750 : la sentence est rendue le 27 mai ; ils furent condamnés à être brûlés vifs. Lexécution eut lieu le 6 juillet 1750.
Cette sentence étonna par sa sévérité car elle ne concernait que la simple pratique de la sodomie. Les réactions de certains contemporains montrent la perplexité et létonnement devant cette condamnation. Lavocat EJF Barbier (1689-1771) dans son « journal historique et anecdotique » mentionne en juin 1750 à propos de cette condamnation : « Le fait est fort singulier, mais on a dit quon a commué la peine par prudence et quils seront enfermés le reste de leur vie à Bicêtre. »Un article mentionne également le jour de lexécution : « on dit que cest une contestation entre le lieutenant criminel et le rapporteur
bref lexécution a été faite pour faire un exemple, dautant que lon dit que ce crime devient très commun et quil y a beaucoup de gens à Bicêtre pour ce crime. »Ces réactions semblent montrer que pour les contemporains les exécutions pour sodomie simple étaient devenues une singularité. Ceci explique létonnement devant lissue de cette affaire. En tout état de cause, ces deux hommes furent les derniers condamnés pour une affaire de simple sodomie à la peine du feu. Cette date de 1750 pourrait être vue comme la date de la fin de lapplication pratique du crime de sodomie. Elle est donc une date clef à retenir. Le dernier exécuté sous lAncien régime au bûcher était autant assassin que sodomite : Jacques François Paschal avait commis un meurtre. Le 3 octobre 1783 il tenta dabuser dun garçon de 14 ans. Ce dernier se débattit. Il le frappa de plusieurs coups de couteau et il senfuit. Il fut arrêté à la suite de lintervention de la concierge de limmeuble. Le 8 octobre le lieutenant criminel au Châtelet le condamna au bûcher après voir été rompu vif. Le 10 octobre 1783 le parlement de Paris confirme la sentence et il fut exécuté le même jour. Il fut condamné pour sodomie et violences. Cette condamnation semble avoir été motivée autant pour lacte de violence et de meurtre que laccusé pratiqua que pour la tentative de pratique de la sodomie.
Quelle analyse globale peut-on faire de ces différentes affaires ? La sodomie est elle le motif majeur de ces condamnations ? Georges Vigarello dans son travail : Histoire du viol XVIe-XXe siècle indique que pour le crime de sodomie celui qui subit est demblée perverti : « on focalise sur la luxure et on entretient lignorance sur la violence possible. »La sodomie est avant tout crime moral. Il cite la condamnation dIsaac du Tremble en 1667 jeune garçon de 13 ans victime dun acte de sodomie. Il fut mis dans une maison de force pendant deux mois. La condamnation dHonoré Pandelle en 1678 qui subit un acte de violence sexuelle qui fut prouvé. Son effigie est brûlée sur la place de lhôtel de ville. Dans les affaires que nous avons citées la sodomie justifie t-elle à elle seule la sentence du feu et non les violences et autres méfaits notamment pour Deschauffours, Paschal ? Laffaire Lenoir et Diot est la seule et dernière affaire où la simple sodomie conduit à la peine du feu : Jean Pierre Lécrivain en 1741 pour une affaire de simple sodomie obtint un non-lieu. De même François Fyot en 1764-65 fut acquitté. La simple sodomie pouvait donc conduire au bûcher mais était devenue une éventualité rare : le procès et la sentence condamnant Deschauffours mentionnent bien le viol, le proxénétisme et les violences mais la sentence insiste sur la sodomie. Cette affaire se passe pendant la régence de Philippe dOrléans. Celle-ci fut une époque de permissivité. Assiste-t-on à une réaction devant cette permissivité ? La sentence déclare quil a fait commettre ce crime. Par contre la condamnation de Jacques François Paschal fait référence aux violences commises sur le jeune commissionnaire. Au total deux seuls cas relèvent pratiquement de la simple sodomie ce sont les cas de Bruno Lenoir et Jean Diot. Donc si les textes furent très clairs dans la condamnation de la sodomie et sur la gravité de ce crime en terme juridique et théologique, dans la pratique la condamnation à mort pour simple sodomie était donc de plus en plus rare. En tout état de cause elle nest plus appliquée après 1750. La raréfaction des bûchers est aussi à mettre en parallèle avec le processus de déchristianisation. Ce dernier est à replacer dans le contexte de la philosophie des Lumières qui va conduire à la naissance dun droit public religieusement neutre. Cette évolution entamait un processus qui se conclut par labolition du crime de sodomie qui allait avoir lieu avec la Révolution française.
B/ La place de plus en plus croissante de la répression policière
Le crime de sodomie est très peu appliqué au XVIIIe siècle. Cependant la répression de lhomosexualité sexerçait dans le Paris de la fin du XVIIIe siècle par le biais de la police et du contrôle des actes homosexuels. Cette police parisienne est déjà fort bien organisée.
Les objectifs de la répression policière
Cette répression ne visait pas à faire disparaître le monde homosexuel. Elle visait la protection de la jeunesse et de la famille. Il fallait empêcher la débauche des jeunes gens par des adultes séducteurs. Le souci de la protection de la jeunesse et de la famille est important pour la police. Cette peur de la contagion de la jeunesse repose sur une réalité sociale. Très tôt les jeunes garçons circulent dans Paris croisant des prostituées et pouvant aussi croiser les lieux tels que le parc des Tuileries, Luxembourg ou quais de la Seine
. Ils sont aussi soumis à des employeurs, maîtres, professeurs qui peuvent leur imposer des relations. Il faut également prévenir le désordre social : le désordre social se manifeste notamment par la rencontre de gens de conditions différentes. Il faut empêcher que le vice aristocratique ne sétende. La police à effectivement limpression que le vice aristocratique sétend de plus en plus aux classes populaires. Le sentiment du policier du XVIIIe siècle tel que peut lexprimer le lieutenant général Lenoir de 1775 à 1785 est que le « vice infâme » progresse inexorablement dans la population. Il faut que la « pédérastie » reste un vice de grand seigneur. Il faut circonscrire lhomosexualité dans les limites où elle ne porte pas atteinte à la société. Dans lesprit des policiers il y a déjà lidée du fléau social et incitation à la débauche, délits qui permettront aux policiers aux XIXe et XXe siècle de réprimer lhomosexualité. Au XVIIIe siècle dans les grandes villes, la religion perd du terrain et les policiers vont reprendre le langage moral de lEglise avant de trouver un appui parmi les médecins et les aliénistes. Il y a aussi une autre assimilation que pratiquent ces policiers et qui ira en samplifiant au cours du XIXe siècle : cest lassimilation entre la prostitution et lhomosexualité. Deux phénomènes que ces hommes perçoivent en contrôlant parcs et jardins publics. Dans le volume 112 du dictionnaire Panckoucke intitulé Jurisprudence plusieurs annotations sont significatives : larticle jardin comporte lannotation « Il narrive que trop souvent que nos jardins publics deviennent les lieux de prostitution. La nuit y prête souvent son voile à des amours mercenaires, des tantes errantes y offrent des conquêtes faciles
Les ordonnances multipliées contre cette prostitution nocturne. » Larticle prostitution parle de cet amour des garçons qui a fait naître un genre particulier de prostitution. Avec le développement de la sociabilité homosexuelle et des lieux de rencontre, les rencontres homosexuelles sont progressivement perçues comme du racolage au même titre que la prostitution, par les policiers opérant dans une ville comme Paris.
2) Organisation et techniques répressives à Paris au XVIIIe siècle
La pratique répressive à lencontre des homosexuels dans le Paris du XVIIIe siècle peut être observée à laide des archives de police. La Lieutenance générale de police de Paris inaugure en quelque sorte la répression contemporaine de lhomosexualité que connaîtra le XIXe siècle et le XXe siècle. La Lieutenance générale de police est créée en 1667. Cette création répondait au besoin de centraliser la gestion de tous les problèmes de sécurité dans la capitale : auparavant les différentes fonctions étaient réparties entre le prévôt, le lieutenant civil, le lieutenant criminel de robe longue, le lieutenant criminel de robe courte, chevalier du guet toujours en conflit les uns avec les autres. Le premier titulaire de la charge de lieutenant général de police fut Nicolas de La Reynie (1625-1709.) Le lieutenant général de police était un magistrat, qui pouvait suppléer aux insuffisances des textes légaux et parlementaires en prenant des ordonnances. Il résidait au Châtelet. Il tenait régulièrement des audiences et rendait des sentences exécutoires. Il cumulait sous sa seule responsabilité toutes les charges de police : sécurité publique, surveillance des tavernes, maisons de jeu, prostitution, censure, murs
Il sagissait déjà dune fonction de police au sens moderne ; il préfigure ce que sera le préfet de police. En dessous du lieutenant général, il y avait les cinquante cinq commissaires enquêteurs répartis dans les quartiers de Paris. Lordonnance de 1702 avait divisé Paris en vingt quartiers. Les commissaires exerçaient leurs attributions dans les vingt quartiers de Paris. Le commissaire était le correspondant du lieutenant de police pour toutes les affaires du quartier. Il lui rendait compte des événements du quartier. Il devait faire respecter la religion, lordre public et les murs. Il recevait les plaintes, dressait les procès verbaux et surveillait les filles de débauche et dans notre cas, les lieux de rencontre. Parallèlement aux commissaires se trouvent les inspecteurs de police. Ils sont distribués dans les vingt quartiers de la capitale. Ils ne sont pas des magistrats. Ils veillaient au respect des règlements. Ils étaient chargés des enquêtes, devaient veiller à la propreté et aux murs et donc surveillaient concrètement les lieux de sodomie. Chacun deux avait la responsabilité dune question ressortissant aux responsabilités du lieutenant général : filles galantes, étrangers, « pédérastes » dans notre cas. En dessous il y avait les espions de police ou agents de renseignement ou provocateurs : Ce sont ceux que lon nommait les mouches. Il faut aussi parler du guet de Paris. Lordre nocturne dans Paris était assuré sous la responsabilité du chevalier du guet. En 1776 le chevalier du guet se trouvait à la tête dune unité de cavalerie et dinfanterie. Enfin en 1725 le lieutenant général Nicolas Ravot dOmbreval créa une police des murs à lintérieur de la lieutenance de police afin de gérer plus spécifiquement les actes dhomosexualité. Deux policiers furent chargés de la poursuite et de larrestation des sodomites.
Ces exempts ont pour chacun deux sous leurs ordres une brigade de douze archers. Simonnet fut le premier de ces exempts ainsi que Haymier. En 1740 Simonnet fut remplacé par Louis Alexandre Framboisier et il est nommé en 1747 inspecteur chargé de lexécution du roi contre les sodomites. En 1748 le nouveau lieutenant général Nicolas René Berryer (1703-1762) réforme le système policier dans un sens plus administratif. Cest pourquoi nous trouvons plus de récits mais des listes de noms avec des renseignements sur les fréquentations de la personne, pratique-t-elle la sodomie depuis longtemps ? Deux exempts inspecteurs soccupaient des sodomites et donc recrutaient et payaient les mouches. Un exempt étendait son autorité sur tout Paris sauf les domaines royaux comme les Tuileries. Lautre exempt nexerçait quaux Tuileries. Ces deux services dépendaient directement du lieutenant général et les flagrants délits ne passaient pas au Châtelet mais la décision était prise directement par le lieutenant général ou un de ses subordonnés. Cette organisation est déjà très moderne et elle préfigure ce que sera la gestion de lhomosexualité au XIXe siècle et au XXe siècle jusquaux années 70 avec la brigade de contrôle des homosexuels qui dépendait de la préfecture de police de Paris. Cest déjà la gestion de lhomosexualité par les mesures de police et parallèlement à la rareté de lapplication du crime de sodomie, cest toute une évolution de la gestion de lhomosexualité qui se préfigure. Au XIXe siècle les mesures de renvoi dans la province dorigine des intéressés sera prise par le préfet de police également successeur du lieutenant général de police. Les décisions sont donc prises par le lieutenant général ou un subordonné pour les mesures de répression de la sodomie à Paris.
Quels furent les techniques de répression quutilisa cette police parisienne pour pourchasser les adeptes des amours masculines ? Comment ces policiers de la fin du XVIIIe siècle sy prenaient-ils pour pourchasser les sodomites parisiens ?
3) Laction des patrouilles de pédérastie
A la fin du XVIIIe siècle apparaît dans les archives lactivité des patrouilles de pédérastie. Lhistorien Jeffrey Merrick dans une contribution intitulée « Commissioner Foucault, inspector Noël, and the « pederasts » of Paris, 1780-3 » analyse les manières que ces patrouilles employaient pour réprimer lhomosexualité. Nous pouvons suivre lactivité de ces patrouilles de pédérastie dans les papiers des commissaires Foucault et Convers Desormeaux contenus dans les séries Y des Archives nationales pour les années 1770-1780. Ces patrouilles avaient lieu le soir sous la responsabilité dun commissaire avec un inspecteur de police. Les activités de deux commissaires Pierre Louis Foucault et puis Charles Convers Desormeaux et de linspecteur Noël apparaissent dans ces sources. Ces patrouilles parcouraient les lieux connus pour être des lieux de rencontre et procédaient le cas échéant à des arrestations. : « 12 juillet 1784 Charles Convers Desormeaux avocat au parlement et commissaire du roi avec linspecteur de police JF Royer de Stirbois. Lieu : boulevards depuis la porte Saint Antoine jusquau Temple, Marais adjacent différents quartiers où se rassemblent ordinairement les pédérastes
»
Des lieux reviennent assez fréquemment dans les rapports et savèrent être connus de ces policiers pour être des lieux à fréquentation homosexuelle. Les interpellations ont lieu souvent le soir tard, 22h voir plus. Les policiers se tiennent visiblement en observation discrètement. Ils repèrent des individus rôdant. Ces techniques de surveillance des jardins préfigurent les techniques de surveillance des lieux de rencontre au XIXe siècle. Lhomosexualité en cette fin du XVIIIe siècle est déjà traitée par le biais de lattentat à la pudeur et de lincitation à la débauche. Ce sont donc les actes homosexuels et non le fait que certaines personnes soient homosexuelles qui posent problèmes, car les actes portent atteinte à lordre social et à la tranquillité des familles. Ces patrouilles opéraient visiblement seules. Dans les années 1723-1747 les informations provenaient des provocateurs, les mouches, qui se trouvaient dans les lieux de rencontre. Les policiers attendaient à un endroit donné et au passage du mouche plus du pédéraste, sur un signe les policiers procédaient à son arrestation. Certaines fois le mouche revoyait la personne dans un jardin ou lieu de rencontre plusieurs fois ou dans dautres lieux, dautres parcs ou chez un marchand de vin avant de le faire arrêter par la police. Les patrouilles de pédérastie opéraient seules et les arrestations étaient directes : la patrouille se trouve dans tel lieu et opère une arrestation après avoir observé un suspect dans ce même lieu. Les rapports contiennent la phrase conduit au lieu de destination.
Les policiers ne se contentaient pas de contrôler les parcs et promenades publiques et autres lieux de rencontre. Ils contrôlaient aussi les lieux fermés que lon soupçonnait dêtre fréquentés par des homosexuels : marchands de vin, jeux et hôtel. Les archives de police concernant les patrouilles de pédérastie et les travaux dOlivier Blanc ou de Maurice Lever contiennent des exemples de ces contrôles détablissements. Les lieux de sociabilité homosexuelle type cabarets et autres parviennent ainsi à notre connaissance parce quils sont mentionnés par les policiers chargés de contrôler ces lieux : Olivier Blanc cite un jeu, des bains et un hôtel connus pour être des lieux de fréquentation homosexuelle : une maison de jeu fréquentée par les homosexuels qui forment lessentiel de la clientèle
un rapport de police nous apprend quelle reçoit les petits bardaches
Les rapports de patrouilles de pédérastie comportent aussi des indices des contrôles de certains établissements :
« Le 14 décembre 1780 Jean Cruyebert, 19 ans, garçon de cuisine est sorti du café Alexandre, est allé à la Demie-lune. Le policier sest informé sil venait souvent dans ce café. Il est revenu avec dautres particuliers. » « Le 12 octobre 1780 Jean Sébastien dOrléans peintre dit la duchesse dOrléans. Le policier a vu entrer dans un cabaret trois particuliers dont deux connus
» « Le 9 octobre 1780 arrestation de Jean François Herque tenant le café de la victoire rue des vieux augustins et tenant orgie dans le dit café
Son café occasionnait des désordres, il est arrêté pour ceci
»
Certaines tavernes sont ainsi regardées comme des sources de troubles pour le voisinage. Elles sont donc sous le regard des policiers. « Une visite est ainsi effectuée par linspecteur Noël et ses agents les 12 janvier et février 1781 au Grand salon se trouvant aux Porcherons où ils appréhendèrent une douzaine dhommes. » Les archives de la Bastille comportent aussi des mentions dhommes se rendant dans des cabarets avec un indicateur de police ou étant remarqués chez des marchands de vin. Maurice Lever cite lui aussi un certain nombre détablissements fréquentés par les homosexuels. Ils sont aussi connus des services de police. Le patron de létablissement « A lenseigne de la tour dargent » faubourg Saint Antoine fut plusieurs fois interpellé pour avoir offert refuge à ses semblables. Les indicateurs devaient être des pourvoyeurs de renseignements sur les marchands de vin recevant une clientèle homosexuelle : « Donc les établissements étaient sans doute connus des services de police pour un certain nombre dentre eux. Ils étaient le cas échéant contrôlés, soit directement, soit infiltrés par les mouches. On assiste à de nombreux contrôles de police dans les cabarets disposant de petits cabinets. »
Une autre technique de répression apparaît à lexamen des dossiers de police : des individus connus des services de police pour être des « sodomites notoires » sont surveillés et permettent dappréhender dautres hommes non connus. Parfois pour vérifier si quelquun arrêté est homosexuel, les policiers lui citent des noms de personnages connus notoirement fréquentant les divers endroits de rencontre. Parfois deux individus sont arrêtés. Un des deux est connu notoirement par les policiers. Les policiers appréhendent les deux car celui qui fréquente un pédéraste connu est forcément pédéraste pour ces policiers : certains individus sont surveillés manifestement depuis longtemps car il y a des annotations : adonné depuis trois ans à la pédérastie et la précision des renseignements sur certains individus connus : surnom, fréquentation, laissent à penser quils furent surveillés un certain temps avant dêtre appréhendés : nous avons des renseignements dune telle précision sur la personne, un éventuel rapport intime quelle aurait entretenue avec tel ou tel, que la surveillance de la personne devait être effectuée avec méthode. Nous avons ainsi plusieurs cas dhommes arrêtés à leur domicile car connu comme homosexuels. Certains de ces personnages connus furent sans doute des fréquentations et des connaissances à risque : ils étaient sans doute un peu trop sous lil de la police. Ils étaient des individus à éviter pour des hommes inconnus des services de police. « Un rapport du 5 février 1781 note quau Grand Jallon un policier en observation a vu un particulier surnommé La Grande cocotte et connu pour être pédéraste, lié avec Lambert
Lindividu interpellé nie connaître la grande cocotte mais les policiers pensent que la Grande cocotte est cet individu interpellé. »
La police connaissait par le surnom certains individus du monde homosexuel parisien mais narrivait pas à poser sur ce surnom une identité précise. En tout état de cause ces personnages connus permettaient aux policiers dappréhender dautres hommes. Dans les archives de la Bastille des individus connus sont également mentionnés. Les aveux ou confession permettent aussi aux policiers dagrandir leur connaissance du monde homosexuel parisien. Des individus confessent être enclins à linfamie. Dans leur confession ils citent la personne qui les a débauchés, les personnes avec lesquelles ils ont eu des relations intimes.
Parallèlement aux aveux et indépendamment de ceux-ci les policiers ont visiblement recours parfois aux dénonciations de lentourage et du voisinage. Arlette Farge dans son travail « Vivre à Paris au XVIIIe siècle » souligne la promiscuité des logements et le fait que les familles vivent les unes sur les autres et donc il est difficile, dit-elle, de garder un secret. Dans ces conditions, la possibilité de tout savoir ou de percevoir les amours de quelquun est aisée et cela peut ouvrir la porte à la dénonciation dans certains cas. Quelques cas dhommes dénoncés par le voisinage apparaissent dans les patrouilles de pédérastie. Parallèlement dans les archives de la Bastille apparaissent des dénonciations faites à loccasion de confessions : un homme arrêté confesse être enclin à linfamie et donne aux policiers des identités dhommes avec lesquels il a eu des relations sexuelles. Les archives de la Bastille contiennent ainsi un certain nombre de témoignages. « Siméon Stroupe déclare quil y a cinq ou six ans quil est enclin à linfamie
Il a fait plusieurs fois des infamies avec différentes personnes, avec le nommé Bousté boulanger
» « Pierre Henry garçon sellier déclare quil y a très longtemps quil a eu le malheur de sêtre adonné au goût de linfamie, il sest manualisé avec beaucoup de personnes
Il a eu très souvent affaire avec le nommé Bruxelles sculpteur » « Laurent Poulain garçon marchand de vin déclare que cest le nommé Latour, marchand de vin qui la mis dans le goût de linfamie
Il la aussi amené chez le père François portier
»
Ces dénonciations répondent à deux motivations différentes et elles ne doivent pas être mises sous le même plan. Les dénonciations du voisinage peuvent constituer dans certains cas une forme de répression directe. Les dénonciations lors daveux sont sans doute le fruit de la peur des principaux intéressés et aussi de la conscience dêtre des individus stigmatisés car lexpression « avoue être tombé dans linfamie » est caractéristique. Ils semblent être des exclus existentiels : ils avouent leur faute et sont près à coopérer. En quelque sorte ces hommes semblent se couler dans le rôle ou le moule que leur attribuent les dominants. Les rapports de patrouille de pédérastie contiennent quelques unes de ces dénonciations du voisinage qui font ainsi entrer en ligne de compte, la répression diffuse du voisinage : « JF Levasseur, arrêté le 31 août 1784 car dénoncé par une voisine à linspecteur de police. »
Dautres parts les connaissances très précises que les policiers semblent détenir sur certains de ces hommes ne les auraient-ils pas obtenues également par des renseignements soutirés à dautres gens ? Certains dénoncent assez volontairement les suspects tel cet abbé Théru régent au Collège des Quatre-Nations qui pratique la dénonciation de ceux quil pense être des adeptes de lamour masculin. Dans ce schéma nous voyons intervenir lentrepreneur de morale qui est le policier, la réaction des intégrés, ceux qui dénoncent les agissements des exclus et la réaction des exclus. Dailleurs la peine parfois appliquée est le renvoi de lintéressé dans la province dorigine ; dans ce cas la surveillance de lentourage ou plutôt laction des intégrés fait sans doute pleinement effet pour observer et surveiller les comportements de la personne incriminée ou stigmatisée. Ce type de condamnation tend à accroître la stigmatisation. Cest sans doute un des buts recherchés de ce type de condamnation. Dailleurs le poids de lopinion publique sur celui qui est condamné pour ce fait est important. Cest le quen-dira-t-on, certaines familles demandent ainsi parfois une prolongation ou aggravation de la peine dincarcération. Ainsi la personne sortira plus tard et le quartier aura oublié laffaire. Parfois on demande que lindividu en question soit envoyé dans les îles pour ne pas créer de déshonneur supplémentaire. Ces indices indiqueraient que parfois lentourage peut agir de manière active dans le cadre de ce type de répression. Les activités des patrouilles de pédérastie semblent assez riches et elles semblent inaugurer par ses techniques une répression de lhomosexualité par loutrage aux murs et la répression des atteintes à lordre social.
4) Les peines encourues par la justice
Les techniques de répression étaient donc variées : surveillance des lieux, dénonciations, surveillance de certains individus. A la suite de ces arrestations, de cette activité de la police, le lieutenant de police de Paris pouvait prononcer plusieurs types de peines. Quelles étaient les principales peines que risquaient ces hommes à la veille de la Révolution française ? Les peines encourues nétaient pas les même selon la position sociale de la personne, selon la notoriété que la personne avait dans le monde homosexuel. Un individu connu et jugé comme un danger pour la jeunesse risquait plus quune personne qui était surprise pour la première fois dans une promenade publique. Plusieurs types de condamnations pouvaient être appliqués : ces hommes pratiquement risquaient diverses peines outre le relâchement immédiat dans le cas le plus chanceux, ils pouvaient être libérés avec une injonction de ne plus fréquenter les promenades publiques. Ils pouvaient être placés en détention de quelques jours à plusieurs mois voir plus. Ils pouvaient être enfermés à Bicêtre ou déportés dans les colonies.
Les tribunaux pouvaient prononcer des peines qui se situent parmi une échelle de gradation : Lhomosexuel pouvait être relâché. Ainsi un certain nombre de personnes surpris dans les lieux de rencontre étaient relâchées. Le nombre de ces cas fut bien moins important que le nombre de personnes arrêtées. Ceci semble signifier que le contrôle des actes homosexuels en cette fin du XVIIIe siècle était une réalité que nul ne peut contester. Lanalyse des patrouilles de pédérastie et des archives de la Bastille donnent une photographie de cette répression pratique. Les motifs de relaxe sont variés : certains sont relâchés car ils ne sont pas connus des services de police. Certains autres sont relâchés car ils refusent davoués être dans le lieu pour faire des rencontres. Certains autres sont relâchés, car ils ont avoués, ce qui peut être liés aux cas avec admonestation : avouer cest peut-être reconnaître sa faute pour ne plus la reproduire. Nous avons aussi très rarement des personnes remises en liberté parce que jeunes et jugées non responsables.
« Le 23 novembre 1780 EA De La Rue est arrêté car soupçonné de pédérastie. Il est relâché car il paraît être de bonne foi. » « Le 12 octobre 1780 Sont arrêtés Jean Sébastien DOrléans et Claude François Lebeau et Nicolas Devisaeu. Les deux premiers connus pour être pédérastes sont arrêtés et le dernier Nicolas Devisaeu est relaxé » « Le 5 février 1781 sont arrêtés rue croix des petits champs Marie Gabriel de Gasparin et JLJ de Valoux. De Valoux, connu comme pédéraste est arrêté et De Gasparin est relaxé » La non notoriété permettait de bénéficier de plus dindulgence car elle rendait lhomme concerné moins dangereux.
La deuxième éventualité était ladmonestation ou mercuriale. Cétait une déclaration que celui qui était surpris dans les promenades signait. Il sengageait par cette déclaration à ne plus fréquenter les promenades publiques. De ce fait il se trouvait sans doute sous le regard des policiers. Les rapports de patrouille dépouillés contiennent environ sur les cas de relaxe, environ 30 % qui le sont avec une admonestation ou mercuriale. Deux types de mercuriales apparaissent dans ces sources : il y a des confessions suivies de promesse de se corriger. Dans ce cas la mercuriale était sans doute un moyen dappréhender dautres hommes et de surveiller celui qui avait produit cette confession car s'il était surpris une autre fois, il risquait larrestation. Ceci explique que certains individus arrêtés, ont comme mention « déjà vu dans les lieux de pédérastie ». Pourquoi les policiers faisaient signer une mercuriale à certains et pas à dautres ? Il y a peut- être encore dans ce cas, une notion dancienneté dans la fréquentation des lieux de rencontre : des hommes relâchés sans mercuriale se trouvaient être des jeunes gens inconnu. Il y avait lidée dune faute passagère ou de linnocence de la jeunesse. Dautres jugés plus engagés dans ce milieu devaient être surveillés. Certains par ces déclarations exprimaient leurs regrets dêtre tombés dans cet état et à loccasion, ils promettaient de se corriger : « François Bruxelles, sculpteur demeurant grande rue du faubourg Saint Antoine, déclare à Framboisier quil y a très longtemps quil a le malheur dêtre adonné au crime de linfamie
Il a promis de se corriger et il a été renvoyé. » « Jean Baillet Fallancier en 1748 reconnaît avoir fait plusieurs fois des infamies avec Lécrivain
Il est repentant dêtre tombé dans un tel crime. » « Pierre Henry garçon sellier déclare quil y a très longtemps quil a le malheur dêtre adonné au goût de linfamie
Il est repentant dêtre tombé dans le vice. »
Dans dautres admonestations lhomme interpellé, est sommé de ne plus se retrouver dans les promenades publiques proprement et simplement sans confession particulière : « Le 11 mai 1741 Laroche fourbisseur est interpellé quai Conty et au Luxembourg. La seconde fois au Luxembourg, il doit signer une mercuriale le 25 juillet 1741 » « Le 31 mai 1782 au Champs Elysées, F. Sauvé est interpellé avec trois autres hommes. F. Sauvé reçoit une injonction de ne plus se trouver dans ces lieux. » « Le 28 août 1784 au Marais de la Charbonnière est interpellé Thomas Pascal 28 ans ouvrier gazier. Il lui est enjoint de ne plus fréquenter les lieux. »
La troisième éventualité dans lordre croissant des peines étaient lemprisonnement. Dabord toute personne arrêtée doit subir un temps demprisonnement au secret pour plusieurs raisons : il faut instruire laffaire et rechercher si la personne appréhendée est déjà connue des services de police. A-t-elle déjà été emprisonnée pour le même motif ? Qui était susceptible dêtre emprisonné le plus facilement ? Les rapports de police disponibles permettent de faire plusieurs constatations. Ceux qui étaient connus comme « pédérastes endurcis » et qui sassumaient, étaient susceptibles dêtre incarcérés plus facilement. En faisant une comptabilité des hommes arrêtés par ces patrouilles nous constatons que dans plus de 45% des cas darrestation, il est mentionné pédéraste connu. A cela il faudrait ajouter ceux qui ont la mention « débaucheurs de jeunes gens » connus et donc ce chiffre est au delà de 50% du total.
La notoriété dans la fréquentation des lieux de rencontre ou le fait dêtre connu comme un sodomite notoire vous faisait apparaître comme un individu dangereux pour la société. Larrestation était par conséquent plus probable. Elle consistait en une mesure prophylactique au même titre que la relégation à Bicêtre. Le principe de la menace pour la collectivité qui apparaît dans les sources du droit français dAncien régime par rapport à la sodomie est ici appliqué. Ainsi lévolution au XVIIIe siècle conduit celui que lon juge à être emprisonné et non plus brûlé. On passe dans le cas de lemprisonnement, pleinement dun pouvoir qui pouvait donner la mort, à un pouvoir qui gère la vie. Il permet aussi dexpliquer ce passage de la peine du feu qui se raréfie à lenfermement. Cette évolution pénale rentre assez bien dans le cadre de la naissance de la prison qui vise à redresser lindividu qui a fauté et non plus à le mettre à mort pour rétablir le pouvoir quil a enfreint pour reprendre une approche foucaldienne. Il faut donc redresser celui qui est déviant : « L Bertzelot tailleur de 18 ans est appréhendé aux Champs Elysées le 11 avril 1782. Il est annoté connu de la police pour être pédéraste et conduit à la Force. » « Le 15 décembre 1780 Pierre Pujol 36 ans marchand de fruit est arrêté. Le rapport de police mentionne que Pujol a déjà été arrêté quai des orfèvres. Il a déjà été mis au Châtelet parce quil raccrochait. »
Ces deux cas illustrent limportance de la notoriété comme homosexuel. Nous avons parfois plusieurs individus appréhendés. Un seul est connu et donc il est arrêté et les autres non. « Le 6 février 1781 à la foire Saint Germain les policiers interpellent Germain Brissac 30 ans domestique et JF Lebrun 20 ans garçon perruquier. Le premier est connu pour raccrocher publiquement des jeunes gens. Ils reconnaissent lun et lautre. Cependant Brissac est arrêté et Le Brun relaxé car considéré comme victime. » « Le 11 février 1781 Christophe Laurent 35 ans apprêteur de bal de foire et Charles Poutrel 21 ans domestique sont interpellés. Le premier connu comme incitant la jeunesse à la débauche est arrêté et le second est relaxé. » « Le 10 juillet 1784 à 22 heures 30 sur le boulevard Poissonnière les policiers interpellent deux particuliers François De Cardozette 30 ans et Frédéric Buche 23 ans. De Cardozette est connu comme pédéraste et amateur de jeunes gens tous les soirs sur les boulevards. Il est arrêté. Frédéric Buche est relaxé. »
Nous avons aussi dautres exemples dans louvrage Prêtres et moines non conformistes en amour. Les prêtres qui sont enfermés sont plutôt des hommes qui font scandale par rapport à leur comportement. Ces cas ne sont pas exhaustifs.
Le deuxième motif dincarcération semble être le fait dêtre considéré comme mauvais sujet. Globalement avec une comptabilité sommaire effectuée à partir des rapports des patrouilles de pédérastie, 20 % environ des personnes arrêtées sont notées mauvais sujet. Ce qualificatif identifie des hommes connus comme voleurs ou délinquants en plus dêtre connus comme pédérastes. Nous trouvons aussi des hommes notés comme des proxénètes. : « Le 17 octobre 1751 un particulier est arrêté par Louis Girard mouche de linspecteur Framboisier. Il est noté que ce particulier exerçait des manuvres répréhensibles pour tirer de largent des libertins et de ceux qui se livrent à linfâme crime de sodomie. » « Le 17 juin 1782 rue Saint Nicolas on arrête quatre hommes un dentre eux JB Chatelard 31 ans est connu comme « mauvais sujet et pédéraste » et est conduit à la Force. Les autres sont relaxés. » Le qualificatif mauvais sujet regroupe des individus soupçonnés de vol sur dautres ou chez dautres hommes, souvent homosexuels. Ils portent en quelque sorte un double stigmate. Il sagit dans lesprit des policiers dun second degré de la délinquance. Cette image de lhomosexualité liée à la délinquance inaugure le temps des « pédérastes » et lon sort du temps des sodomites : nous passons du temps de la condamnation religieuse au temps du délit fait à la société. François Carlier bien plus tard fera un lien entre la pédérastie et le vol.
Nous observons souvent comme annotation « est connu comme mauvais sujet et pédéraste. » Il y a dans ce propos lidée que lun découle de lautre. Le fait dêtre mauvais sujet ou pédéraste est mis sur le même plan. Lun peut conduire à lautre. Cette manière dappréhender les homosexuels se comprend chez des policiers qui en tant quentrepreneur de morale sont chargés du contrôle des parcs, boulevards, autres lieux publics. Ces lieux sont autant des lieux de rencontre homosexuelle que pour certains des lieux de prostitution ou des lieux fréquentés par des personnages louches. Il y a donc un amalgame que ces policiers finiront par faire parmi ces exclus. Car si une société produit des normes, les exclus sont ceux qui ne se conforment pas à ces normes ce qui est le cas des sodomites au XVIIIe siècle et de ces personnages stigmatisés comme mauvais sujets. Howard Saül Becker souligne que le fait de la déviance et de lexclusion dépasse de loin cette attitude de ne pas se conformer aux normes et dêtre des symptômes de désorganisation sociale. Pour Becker le fait de lexclusion, dépend davantage dans ce cas de normes transgressées, de lapplication par les autres de normes et de sanctions à un transgresseur.
Dautres motifs dincarcération apparaissent plus marginalement : pris en flagrant délit, dénoncé, a reconnu. Le fait dêtre pris en flagrant délit est un motif dincarcération. « Le 31 mai 1782 JH Foulard 20 ans vitrier est pris en flagrant délit aux Champs Elysées. Il est conduit à lhôtel de la Force. » « Le 26 janvier 1781 au Grands Jallon les policiers interpellent en flagrant délit Jean Lané huissier et JB Chaulon garçon boulanger. Ils sont tous deux arrêtés. » Le flagrant délit constituait une cause darrestation immédiate.
Plus rarement des arrestations de personnes ont lieu car dénoncés par le voisinage. Cette cause darrestation est plus difficile à appréhender et elle doit être sans doute sous évaluée : il nous échappe les dénonciations orales et les renseignements précis qui apparaissent dans les archives sur certains, peuvent aussi être le fruit de dénonciations. Des arrestations sont aussi effectuées à la suite de perquisitions faites aux domiciles des personnes dans le but de prouver que ces personnes sont des sodomites. Il y a aussi des arrestations faites pour des actes de violence verbale et physique. Ces personnes étaient conduites dans des prisons tel le Châtelet ou lhôtel de la Force. En principe le lieutenant général prenait la décision. Il rendait des sentences exécutoires. Ces hommes étaient gardés en détention quelques temps et en sortant on leur faisait signer une soumission. Ils sengageaient par cet acte à ne plus fréquenter les promenades publiques. Quelle était la durée moyenne de cet emprisonnement ? Michel Rey note que lemprisonnement est de huit jours au début du XVIIIe siècle. Il sera de deux mois en 1737-1738 quand il sagira de démanteler des bandes.Ceci explique le fait que vers la fin du XVIIIe siècle les hommes que lon arrête, on leurs demande sils ne connaissent pas tel ou tel personnage connu. Ceci explique aussi le fait darrêter quasiment systématiquement les hommes notés « pédéraste connu ». Un homosexuel qui sassume, fréquente dautres hommes tels que lui, est susceptible de faire parti dune bande. Ceci est aussi à mettre en parallèle avec le développement au cours du XVIIIe siècle de la sociabilité homosexuelle : ces policiers contrôlaient et tentaient de contrer lorganisation de réseaux homosexuels. Ces réseaux rendaient visibles dautant plus lhomosexualité. Lhomosexuel devait rester un personnage isolé, exclu face à lui même. Nous retrouvons encore là le principe de lhomosexuel menace pour la collectivité, impur dont il faut masquer lexistence.
Une autre peine demprisonnement plus grave et plus dure était la relégation à lhôpital de Bicêtre. La peine la plus crainte était sans doute celle-ci. Cette institution fut dabord une forteresse puis un hospice puis une prison. Les registres darchive de Bicêtre mentionne la maison de force la première fois en 1729. Au XVIIIe siècle Bicêtre accueille aliénés, syphilitiques, vagabonds, assassins et homosexuels. Lhôpital est une pièce maîtresse dans larsenal répressif et dans léchelle des peines celle qui paraît la plus dure avant la condamnation au bûcher. Cest un lieu dexclusion officiel qui vise à mettre à lécart de la société les exclus jugés les plus dangereux, les plus endurcis. Lhôpital prison comprenait les cabanons qui étaient réservés aux prisonniers qui payaient une pension entre 150 et 400 livres par an. Les bâtiments des cabanons comptaient 248 cellules. Les prisonniers détenus dans ces cabanons nen sortaient que pour aller à linfirmerie. Les cabanons apparaissaient comme relativement supportables en comparaison des salles de force. Là sentassaient outre les homosexuels, vagabonds, déserteurs et délinquants sexuels en tout genre. Comme le souligne un protagoniste de lépoque, ces salles ne représentent quun lieu affreux où tous les crimes fermentent.Ainsi loisiveté et la promiscuité constituaient un cocktail qui ne contribuait pas à arranger celui qui y était enfermé. Les cachots noirs et blancs étaient encore pires. On y conduisait les prisonniers punis. Les cachots étaient humides, sombres (cachots noirs). En plein hiver cétait difficilement supportable pour celui qui sy trouvait relégué. Les détenus essayaient dobtenir une sortie le plus rapidement possible de Bicêtre car on y mourrait beaucoup. Lendroit était réputé comme particulièrement dure. Dans louvrage Prêtres et moines non conformistes en amour de Gaston Dubois Desaulle, les personnes reléguées à Bicêtre sont des hommes ayant eu une conduite jugée provocante ; ils font généralement des scandales ou sont susceptibles de débaucher des jeunes gens. : « Le père Monnier est enfermé à Bicêtre sur demande de la famille de 1747 à 1748. Des informations dénonçaient sa conduite qui faisait scandale. Il allait dans un cabaret, fréquentait une prostituée et on dénonce les infamies du père et de ses compagnons. »
De manière générale, les internements à Bicêtre sont réservés aux endurcis, à ceux qui débauchent les jeunes et à ceux qui font particulièrement scandale. Dans les rapports des patrouilles de pédérastie les individus qui sont placés à Bicêtre ou qui y ont été internés, répondent à ces catégories : « Joseph Lafosse a été interné à Bicêtre. Le rapport datant de 1782 note que lindividu a pratiqué le crime de pédérastie différentes fois » « Jacques Langlois est arrêté le 27 novembre 1780. Le rapport note quil connaît un domestique nommé la jeunesse et déjà cité. J Langlois a été déjà trois fois à Bicêtre. Il paraît connu comme pédéraste notoire. »
Tous les gens qui paraissent disséminer le vice en débauchant des jeunes gens ou en organisant des réseaux de prostitution sont susceptibles daller à Bicêtre. Nous avons également plusieurs individus notés enfermés à Bicêtre dans dautres séries darchives car ils étaient connus comme homosexuels ou libertins : Jean François Le Roux le 24 janvier 1751, Jacques Faure le 3 janvier 1751, Paul Petit le 23 octobre 1752, Bartolomé Léonard 22 décembre 1754
Donc Bicêtre est un lieu dexclusion où on place ceux qui portent atteinte particulièrement à lordre public.
Quelques hommes pouvaient subir la déportation dans les colonies : Martinique, Guadeloupe, Saint Domingue ou Mississipi. Celle-ci était très rare et dans les archives de police consultées, un seul cas : un nommé Buquet, dit la chiffon interpellé le 23 décembre 1782 aux Tuileries. Il demande de ne pas aller à Bicêtre mais daller dans les colonies. Ce personnage tient autant si ce nest plus du délinquant.
Enfin la peine la plus radicale et la plus dure était la peine du feu. Elle sappliqua très rarement. Pour plusieurs cas elle dépasse la simple sodomie mais touchait le crime voir le proxénétisme. Pour résumer si lon se faisait interpeler dans un lieu pour la première fois et que lon était inconnu, on pouvait être libéré sur le champ. Celui qui avait été déjà vu et sur lequel des soupçons pesaient, risquait souvent une mercuriale. Cette dernière le plaçait sous la surveillance des policiers. Lhomosexuel endurci inclus dans des réseaux et qui était susceptible de faire des adeptes pouvait être emprisonné ; pour un cas plus grave, plus scandaleux, il pouvait être placé à Bicêtre. Lanalyse de la répression policière et judiciaire de lhomosexualité a été effectuée grâce à des archives de police qui concernent les années 1730-1750 et 1770-1780 pour les patrouilles de pédérastie.
Ces archives permettent de distinguer des cas darrestation et de suivre les éventuelles condamnations par la lieutenance de police. A laide des patrouilles de pédérastie jai pu identifier plus de 220 hommes notés dans ces sources et à laide des archives de la Bastille près de 150 hommes notés. A partir de ces cas et de ces sources, la répression policière ou du moins le contrôle des actes homosexuels est une réalité incontestable dans le Paris de la fin du XVIIIe siècle même si des indices permettent de penser que les dernières années de lAncien régime vinrent la répression se relâcher : le développement de la sociabilité homosexuelle en constitue un indice fort. Les rondes de police dans les lieux de rencontre paraissent avoir été tout de même assez régulières, notamment pour les années 1780-1785. Ces rondes de police donnaient lieu à des arrestations suivies de mesures diverses contre les personnes. A lanalyse des formes de la répression de la pédérastie dans une ville comme Paris, une évolution qui va se confirmer plus tard se dessine : lhomosexuel nest plus celui qui transgresse un ordre voulu par Dieu ou il lest de moins en moins mais les actes homosexuels publics sont du domaine de la délinquance ordinaire. Cest surtout le prosélytisme que les policiers répriment. Donc ceux qui sont connus notoirement, ceux qui sassument ou sont notés comme endurcis, sont visiblement les plus visés par la répression. Nous entrons dans le temps des mesures de haute police, que lon verra se pérenniser au cours du XIXe siècle à lencontre des plus susceptibles de propager lhomosexualité. Le discours et la pratique des policiers tentent désormais dappréhender de plus en plus une réalité urbaine pour la limiter. Cette nouvelle approche tient à une évolution des mentalités. La sodomie résulte de la société qui corrompt lhomme pour prendre un principe rousseauiste et donc en retour la sodomie corrompt la société, donc les mesures de police et léducation sont à même de répondre au problème : cest pourquoi lhomosexuel doit être conscient de sa faute. Ce changement tient aussi à lévolution économique et sociale et à lapparition de la grande ville. Au cours du XIXe siècle, certains textes notamment à propos des personnes incarcérées feront mention au fait que les hommes issus de la grande ville notamment Paris, sont plus enclins à lhomosexualité que ceux issus de la campagne. Comme le disait lhistorien Michael Wilson, la pédérastie est découverte et perçue en tant que phénomène de la modernité urbaine. La sexualité entre personnes de même sexe est envisagée comme un danger de la ville surpeuplée.
La loi et la jurisprudence au XVIIIe siècle paraissent être conformes à la définition de ce quétait le crime de sodomie selon les sources juridico-théologiques. Cependant, en examinant la pratique répressive de la police et les éventuelles condamnations de la justice qui en sont les aboutissements, on perçoit une évolution. Celle-ci séloigne de ces mêmes sources. Laction de la lieutenance de police correspond à une évolution longue dans la gestion de lhomosexualité. Il faut affirmer que les flagrants délits constatés par les policiers ne passent pas au Chatelet et cest le lieutenant de police de Paris ou son secrétaire qui décide de la peine. Globalement cest ce cas de figure qui sapplique. La loi est encore textuellement ce quelle était quelques siècles plus tôt : le crime de sodomie est de nature théologique et juridique et mérite la peine du feu. Lapplication de ces principes est toujours nominalement possible mais se fait très rare. Il y a une réelle et franche dichotomie entre le discours juridique et des textes qui restent traditionnels et une pratique répressive qui évolue. Finalement, le XVIIIe siècle dans le domaine du juridique et du répressif entame une évolution longue. Cette mutation profonde sur le plan de la pratique pénale inaugure une évolution qui se poursuivra au cours de la première partie du XIXe siècle. Lhomosexualité devra être régulée car assimilée à des fléaux sociaux propres à la ville. Cette perception de lhomosexualité comme fléau social propre à la ville va se développer plus amplement au cours de la première partie du XIXe siècle.
CHAPITRE IV : LES PERCEPTIONS DE LHOMOSEXUALITE MASCULINE DANS LA SOCIETE FRANCAISE DE LA REVOLUTION A LA PREMIERE PARTIE DU XIXe SIECLE
Lhomosexualité va être effectivement perçue au cours du XIXe siècle comme une nuisance occasionnant des désordres publics variés. Elle devient progressivement un comportement particulier pour des réformateurs sociaux. Cette évolution doit dabord être replacée dans le cadre de lévolution de la réflexion sur la morale sexuelle. Michel Foucault dans le premier tome de son Histoire de la sexualité, La volonté de savoir et plus globalement dans ses travaux a démontré que depuis la fin du XVIIIe siècle, une fermentation discursive a cours sur le sexe ; dès la littérature pamphlétaire que lon voit fleurir à partir de la Révolution française, elle est perceptible. A partir du XVIIIe siècle, la population est envisagée comme problème économique et politique. Au cur de ce problème il y a le sexe : comment chacun fait usage de sa sexualité ? Il y a une explosion discursive sur le sexe et notamment sur les sexualités parallèles. Il faut replacer la définition progressive de lhomosexualité dans ce contexte. Le siècle des Lumières avait vu la naissance dune réflexion sur les problèmes de la population : vers 1750 le vocable population remplaçait le vocable peuplement. La naissance officielle de lEtat civil pendant la Révolution française va constituer le premier moyen de contrôle de la population. Ensuite le recensement se mettra en place : le premier recensement français a lieu en 1801. Il faut faire intervenir la notion foucaldienne de bio pouvoir, c'est-à-dire une multiplicité de rapport de force, en fait les instances diverses chargées de produire des analyses sur la population et le sexe. Robert Muchembled indique que lérotisme des Lumières était caractérisé par le refus dune sexualité trop contrôlée, une plus grande importance du Moi et un modèle par rapport au plaisir qui est divergent suivant que lon est dans les classes urbaines montantes, le peuple ou laristocratie. Parallèlement, il note que lon assistait à un développement de la pornographie. Enfin, on pouvait voir apparaître lidée dun contrôle des plaisirs, dune économie sexuelle. La période qui débute en 1800 est qualifiée de victorienne.
Robert Muchembled qualifie ainsi cette période, qui dépasse largement le règne de la reine Victoria et lAngleterre, Il sagirait plutôt dune époque où les normes pèsent sur lensemble des populations anglaises et françaises. Cest dans ce sens que nous utilisons ce terme. La caractéristique de cette période est une bourgeoisie triomphante. Cette conception victorienne des plaisirs est basée sur une retenue et une modération du corps, un contrôle de la sexualité notamment par le biais de la religion médicale, une répression du corps et une proscription de la nudité.Dans ce cadre il faut replacer la réflexion sur la famille. Il est également nécessaire de mentionner linfluence de lindustrialisation et de la révolution industrielle sur lévolution des structures familiales avec des modalités diverses suivant le type dindustrialisation. La pensée française sur la famille est importante dans la France du XIXe siècle. Pour les penseurs libéraux allant de Germaine de Staël à Tocqueville, la famille est, par excellence, la communauté naturelle. Elle est la clef du bonheur individuel et du bien public. Elle est aussi le gage dune séparation stricte entre public et privé et de ce fait, elle est susceptible de garantir les libertés individuelles et les intérêts privés. Les traditionalistes veulent restaurer la famille et on assiste dès la Restauration à une ascension du familialisme. Il faut replacer ceci dans le contexte politique propre à 1815 avec ce que René Rémond nomme lultracisme. On critique le relâchement des murs et la perversion des rôles sexuels. Ainsi on supprime le divorce en 1816. Louis De Bonald (1754-1840) fut une des figures marquantes des ultras légitimistes sous la Restauration. Bonald pense que le pouvoir vient de Dieu et il est hostile à toutes les conquêtes et nouveautés de la Révolution. Lindividu doit être subordonné au corps social et donc le thème familial est un des thèmes majeurs de cette pensée ultraciste. Limportance accordée à la cellule familiale sera un des pivots de cette pensée de la conservation politique et sociale. Louis de Bonald fut également lagent dune moralisation de laristocratie. Le divorce est mauvais, souligne t-il.
Il reconnaît le droit à la passion et il est demandé souvent par les femmes, il affaiblit en outre lautorité paternelle. Frédéric Le Play (1806-1882) appartient aussi à la tradition contre-révolutionnaire mais il se réclame du positivisme dAuguste Comte. Sa pensée est à la fois conservatrice et paternaliste. Frédéric Le Play veut revigorer la société civile par le bonheur des familles. Il sélève contre le laisser faire. Il attribue la misère « aux faux dogmes de 1789 ». Le mal a été apporté par loubli de la morale. Il prône le retour de la famille souche qui est marquée par la cohabitation de plusieurs générations et la perpétuation des valeurs morales. Dans ce modèle de famille un seul fils succède au père et fait fructifier le patrimoine. Les penseurs socialistes, notamment saint-simoniens ainsi que les socialistes dinspiration chrétienne et les communistes, dont la doctrine place léconomie avant la politique, soutiennent que lindustrialisation est facteur de progrès social. Ils se prononcent pour une évolution de linstitution familiale, mais le mariage monogame reste la base de la famille. Un courant traditionaliste parmi les socialistes regroupant notamment les socialistes chrétiens de lAtelier, Buchez, Proudhon soutenaient linégalité irréductible des sexes, fondée sur la nature et donc la nécessaire soumission de la femme. Proudhon aura dailleurs des discours particulièrement offensifs envers les relations homosexuelles. Cette redécouverte de la famille est majeure pour les discours et les attitudes vis-à-vis de lhomosexualité. Enfin, on assiste, et dès la Révolution française, à la naissance dune préoccupation vis-à-vis des célibataires. Des mesures fiscales et militaires visent à défavoriser le célibat. Certains essaient dimaginer des solutions pour remédier à ce phénomène. Pierre Paul Alexandre Bouchotte (1754-1821) qui fut député de lAube en 1789 pense que lindissolubilité du mariage pousse au célibat. Il encourage à considérer le mariage comme un contrat civil. Guillaume Poncet de la Grave (1725-1800), dans ses considérations sur le célibat, sen prend au célibat des prêtres. Il dénonce ceux qui se complaisent dans un voluptueux célibat. Il nenvisage létat de célibataire que volontaire quil juge engendré par une paresse de lâme.Plus globalement le XIXe siècle met en marge célibataires et solitaires et les institutions de célibataires reposeront sur la discipline militaire ou ecclésiastique. On observe une surveillance panoptique destinée à empêcher toute communication horizontale génératrice de perversion.Nous constaterons combien vis-à-vis des prisons la hantise des relations homosexuelles entre prisonniers occupera bien des esprits au cours de lépoque que nous étudions et comment certains se proposeront dy apporter des solutions.
On peut aussi observer une préoccupation croissante sur les maux de la ville et sur les fléaux sociaux en particulier. Ce contexte est aussi important pour analyser les rapports de lhomosexualité à la société française au cours de la période étudiée. Cette préoccupation ressortira de certaines sources à notre disposition : notamment certains rapports de directeurs de prison qui font état du fait que les détenus venant de la ville sont plus corrompus que ceux issus de la campagne. Cest à Paris que deux groupes sociaux apparaissent et vont devenir emblématiques des dysfonctionnements de la ville : les prostituées et les homosexuels.La notion de classes dangereuses va apparaître. Elle sera liée au caractère pathogène de la ville et à la présence des différents fléaux sociaux. Les classes dangereuses sont les classes pauvres des villes qui vivent dans la misère. Elles sont perçues comme voisinant avec divers fléaux sociaux. Cette population pauvre des villes est censée vivre en marge de la morale.
Ce souci des dysfonctionnements sociaux de la grande ville est assez important. Nous observerons que des facteurs comme la prostitution, les maladies vénériennes, le vol et plus globalement le fait que lon perçoive certaines couches de la population urbaine comme immorales et dangereuses ne sont pas des idées isolées au cours de notre période. Notons que les rapports des policiers vers la fin de lAncien régime laissent paraître aussi ce souci. Cette inquiétude apparaîtra aussi dans les lettres de certains habitants de Paris auxquelles nous avons pu avoir accès dans les séries DA 230 des archives de la police. Louis Chevalier dans son ouvrage : Classes laborieuses classes dangereuses à Paris dans la première partie du XIXe siècle indique combien la prolifération des classes dangereuses savérait être lune des grandes préoccupations de tous, une angoisse sociale. Le crime prend une place particulière dans les préoccupations quotidiennes des gens. Certaines grandes affaires ont des résonances particulières notamment les crimes de Lacenaire. Enfin un média comme La Gazette des tribunaux contribue à entretenir la psychose du crime. La criminalité est en hausse dans Paris dans la première moitié du XIXe siècle. On a limpression dune ville malade. Limportance du thème criminel se vérifie aussi à travers laction du docteur Parent Duchatelet (1790-1836.) Ce dernier siégea au Conseil de salubrité et il sintéressa particulièrement au phénomène de la prostitution qui devint emblématique des conséquences matérielles et morales de lexpansion urbaine. Le crime devient la conséquence de la pathologie urbaine et on mêle les aspects moraux et biologiques. « On pense que les classes dangereuses possèdent leurs propres caractéristiques, des traits qui les rendent différents des gens honnêtes. » Cette préoccupation vis-à-vis du phénomène de la criminalité est importante à souligner avant de rentrer plus spécifiquement dans les rapports et les perceptions de la société française vis-à-vis de lhomosexualité. Elle constitue un contexte global sur lequel va se développer la vision de lhomosexualité. La présence de lhomosexualité dans la ville va participer de cette peur des désordres occasionnés par la vie urbaine. De plus le lien qui est fait entre classes dangereuses et classes laborieuses, est aussi un facteur global à souligner lorsque nous aborderons lanalyse qui est faite de certains milieux homosexuels, notamment lanalyse du milieu homosexuel par des hommes comme le policier Louis Canler (1797-1865). Donc, les principaux traits qui constituent le contexte social global sont une morale victorienne qui simpose et une préoccupation particulière des fléaux sociaux occasionnés par la ville et une survalorisation de la famille.
A partir de ce contexte global, lhomosexualité est de plus en plus définie comme un facteur particulier et elle sera liée aux fléaux sociaux. Il semblerait que pour certains réformateurs sociaux, aucun qualificatif ne paraisse assez fort pour définir cette perversion abominable. Parallèlement, on pourrait trouver plus de retenue et même parfois une forme de compréhension ou de mise en scène chez certains écrivains. Le contexte global de la ville expliquerait le lien entre lhomosexualité et les fléaux sociaux. Cependant cette définition de lhomosexualité comme perversion par excellence pourrait être replacée dans le contexte de la redéfinition de la virilité telle que la définit André Rauch.Car ce qui semble préoccuper particulièrement est lhomosexualité masculine qui déroge à la masculinité. Le pervers était celui qui autrefois dérangeait lordre naturel du monde.Or, lhomosexuel dérange lordre qui veut quun homme soit défini à travers un comportement que lhomosexuel enfreint. La perversion nexiste que comme un arrachement de lêtre à lordre de la nature. Donc en fait la cause directe de cette préoccupation vis-à-vis de lhomosexualité serait certainement la ville, car lhomosexualité intentionnelle sobserve dans le cadre urbain. La cause profonde est bien cette redéfinition de la virilité. Elle puiserait également dans lévolution de la notion de perversion dans la société occidentale. Cependant la pensée de la décadence intervient aussi. Elle a émergé au XVIIIe siècle et se développe au cours du XIXe siècle. A cette époque va apparaître progressivement lobsession de la décadence. Lassociation entre décadence et homosexualité fut souvent réalisée.
Pour examiner ce rapport de lhomosexualité à la société française dans la première moitié du XIXe siècle et en prenant appui sur cette hypothèse, nous allons examiner dans un premier temps la vision de lhomosexuel masculin de la Révolution à la première partie du XIXe siècle à travers les libelles et pamphlets révolutionnaires, les représentations de certains réformateurs sociaux et les images véhiculées dans la littérature et dans quelques écrits licencieux et les perceptions plus usuelles de lhomosexualité à travers les dénonciations ou lettres du voisinage et des exemples de réactions spontanées. Nous traiterons dans un second temps de lassimilation de lhomosexualité aux fléaux sociaux de la ville notamment à travers son assimilation au crime et vagabondage et la hantise de son expansion. Enfin nous aborderons les raisons plus profondes de ces évolutions dans un troisième temps à travers la redéfinition de la masculinité et ce, dès la Révolution et limage du pervers qui draine des représentations plus anciennes dans les sociétés occidentales.
I Les représentations de lhomosexuel masculin : du vice des anciennes élites jusqu'au danger a lordre social
Pour comprendre les représentations de lhomosexualité, il nous faut examiner trois types de perceptions. Ces perceptions font intervenir la culture des élites et la culture populaire : les libelles et pamphlets révolutionnaires, le point de vue de certains réformateurs sociaux, lécriture littéraire mais aussi les perceptions plus usuelles que lon peut cerner dans les archives de police. Ces dernières contiennent des courriers de dénonciation. Il est commode dans un premier temps de séparer la Révolution et la première moitié du XIXe siècle. Au-delà de cette division, il faudra examiner la question : peut-on observer une unité, une continuité entre les perceptions à lépoque révolutionnaire et celles qui ont cours à la période postérieure ? Limage de lhomosexualité, certes évoluerait mais ne pourrait-on pas discerner une forme de continuité logique dans ces perceptions ?
A/ Libelles et pamphlets révolutionnaires
Les libelles et pamphlets sont originaux car ils véhiculent des images sur lhomosexualité que lon retrouvera plus tard. Ils définissent limage de ce que doit être un homme et ce quil ne doit pas être et ceci nous renverra aux ressorts plus profonds de ce type de discours. Les cotes Enfer de la Bibliothèque nationale de France contiennent ces textes datant de lépoque révolutionnaire. Ces écrits explosent et apparaissent avec les évènements révolutionnaires et ils constituent des réactions à ces mêmes évènements. Ils se situent dans ce temps précis. Nous en avons identifié une vingtaine, correspondant à ce type de littérature. Dans une contribution parue dans Le Magazine littéraire Patrick Wald Lasowski soulignait combien la langue érotique sous la Révolution est prospère et comment elle affirme une virilité révolutionnaire ; comment elle marque une volonté de régénérescence, comment dans ce cadre-ci, lhomosexualité est abordée ? Quatre thèmes se dégagent de l examen de ces pamphlets : usage politique de la sexualité et de lhomosexualité en particulier. Lhomosexualité est ainsi décrite comme un plaisir antinaturel que lon oppose au plaisir sain et comme un plaisir purement hédoniste et égoïste. Enfin lhomosexualité est vue comme facteur de désordre.
Lusage politique de la sexualité vise à déconsidérer ses adversaires et à les accuser de dépravation. Plusieurs de ces pamphlets font une analogie entre les anciennes élites : noblesse et clergé et la dépravation sexuelle dans laquelle lhomosexualité est incluse. Les prétendues orgies sexuelles de ces élites sont dénoncées : et ceci savère être la marque de leur dégénérescence. Le fait de flétrir le clergé à travers laccusation dhomosexualité a plusieurs causes. Celles-ci tiennent autant à la perception de lhomosexualité quà la position du clergé. Le clergé est constitué dhommes célibataires en raison de lobligation du célibat des prêtres. Ce sont des hommes qui vivent entre eux.
Nous avons observé que dès la Révolution une préoccupation se fait jour à lencontre des célibataires. Certains sen prirent au célibat des prêtres. Ces attaques à légard du clergé sont à mettre dans ce que René Rémond nomme un premier type danticléricaux. Ces anticléricaux reprennent la morale chrétienne quils transforment en morale naturelle. Cest au nom de celle-ci quils attaquent les clercs. Ils reprochent à ces derniers de ne pas observer les préceptes quils sont chargés de professer. Ainsi on prête au membre du clergé un comportement immoral. Les religieux falsifieraient la vérité et pratiqueraient la duplicité et lhypocrisie et on attaque particulièrement les jésuites. Ces libelles contre les prêtres pourraient correspondre à ce type danticléricalisme. Cette montée de lanticléricalisme est due au fait que le clergé est lun des deux ordres anciennement privilégiés. Cet anticléricalisme sera exacerbé par les évènements qui accompagneront la Constitution civile du clergé en 1790 et qui peut expliquer ces liens entre clergé et homosexualité. Le pape Pie VI (1717-1799) condamnera à la suite de cette réforme, les principes de la Révolution française en mars 1791. Ce contexte politique global permet de situer ces libelles contre les murs du clergé. Les libelles qui attaquent le clergé vont tous dans le sens de la dénonciation des murs corrompues des clercs. : Le Bordel apostolique institué par Pie VI date de 1790, il brocarde les murs prétendument libres du clergé et il est à replacer dans le contexte des tensions religieuses à la suite du vote de la Constitution civile du clergé. Il conte les prétendues murs pédérastes du clergé et fait passer le clergé français pour un repaire de pédérastes. « Il ne serait point question de fouterie naturelle ; Quon ny occuperait ses forces et son temps, quà soulager les ardeurs de la bougrerie, de la pédérastie et de la bardacherie, que pour interdire toute jouissance toute manipulation des cons, des tétons, les femmes, les filles seraient exclues de ce lieu de délices » Le clerc est présenté dans ce libelle comme adepte dun comportement qui viole les principes de la morale, que ces hommes devraient faire respecter. Lhomosexualité est assimilée à linutilité sociale car les clercs sont célibataires. Ce sont aussi des hommes qui ne sont pas astreints au travail et ils vivraient du travail dautrui, ce qui expliquerait ces représentations. Par opposition, la sexualité naturelle est facteur dutilité. Comme le clergé est parasite et quil ne soccupe que de ses plaisirs et que les clercs sont célibataires, lhomosexualité a toute sa place. On retrouve dans cet écrit le procès de plaisir antisocial fait à lhomosexualité car ces plaisirs naboutissent pas à la vie. Nous pouvons aussi citer dautres écrits véhiculant de semblables représentations. : Lécrit intitulé Le Courrier extraordinaire des fouteurs ecclésiastiques ou correspondance secrète et libertine associe le clergé à la débauche sexuelle et des passages concernent lhomosexualité. « Le plus grand bougre du monde, ah ! Cest bien notre curé ; et loin de foutre Raimonde, un garçon est préféré ; La philosophie profonde dit à tous ah ! Ce quil est ; ne dérangez pas le monde, laissez chacun comme il est. » Dautres écrits tentent encore de faire passer le clergé pour dépravé sexuellement : le texte Lécho foutromane ou recueil de plusieurs scènes lubriques sans faire mention directement de lhomosexualité mêle plus globalement les clercs à la débauche sexuelle. Un autre pamphlet Etrennes aux fouleurs ou le calendrier des trois sexes datant de 1793 associe la pratique de la sodomie au clergé. Dans ces autres textes lhomosexualité est aussi associée à la débauche sexuelle prétendue de certains clercs. Elle est en dernier ressort un plaisir excessif et inutile. Ces textes datent de 1790 pour les deux premiers et 1793 pour le dernier. Il faut bien sûr les replacer dans la montée de lanticléricalisme suite à la déclaration du pape condamnant les principes de la Révolution française et aux tensions religieuses qui ont comme résultats de diviser le clergé entre clergé constitutionnel approuvant la Constitution civile du clergé et clergé réfractaire rejetant cette réforme et ses implications idéologiques.
Parallèlement certains pamphlets attaquent lancienne noblesse, lancienne cour de France et les plus hauts personnages de lEtat. Ces élites sont affublées de pratiques sexuelles sodomites pour montrer leur dépravation. En premier lieu nous trouvons les pamphlets contre la reine de France. Les fureurs utérines de Marie Antoinette femme de Louis XVI abordent les prétendues murs dépravées de la reine de France. Ce pamphlet date de 1791 et il faut le replacer dans les évènements politique de lépoque : 1791 est lannée de la fuite à Varennes. Cest lannée où un sentiment violent se développe contre la Cour et ne fera que saccroître après Varennes. Ce pamphlet prête à la souveraine des prétendues murs dépravées pour la déconsidérer un peu plus dans lopinion. Un autre pamphlet touche un personnage proche de la souveraine, la comtesse Jules de Polignac. Il sintitule La Messaline française. Le préambule de cette source indique : « Je vais te dévoiler les intrigues avec une femme altière, aussi honteusement célèbre par ses prostitutions ». Au fil du document lauteur écrit : On perçoit un tableau fait de plaisirs et dorgies sexuelles. Un autre pamphlet attaque directement la reine de France : LAutrichienne en goguettes qui date de 1789. On y voit des allusions à des prétendus rapports intimes quauraient entretenus le comte dArtois et la reine ainsi que des allusions sur des possibles rapports homosexuels entre la comtesse de Polignac et la reine. Parallèlement on perçoit une accusation contre la prétendue faiblesse de Louis XVI au milieu de cette prétendue débauche. Ces libelles atteignent de hauts personnages pour les déconsidérer à travers leur sexualité supposée. Ceci dans un contexte qui est celui des années 1790-1791 où la pratique de lhomosexualité semble constituer un des principaux sujets qui visent à déconsidérer ces hauts personnages. Dautres libelles attaquent laristocratie dancien régime. Le libelle Les délices de Coblentz ou anecdotes libertines des émigrés français date de 1792. Au fil des pages de ce texte des attaques sont portées contres danciens personnages importants de la cour qui ont fui la France révolutionnaire. Le prince de Condé est défini comme lâme de la noblesse française. Son hôtel est qualifié de réduit de tous les plaisirs, festins, bals, parties nocturnes. Le prince est qualifié de fouteur et pédéraste.
Des anecdotes sur le futur Louis XVIII soulignent son peu dempressement auprès des femmes et parallèlement des rapports homosexuels quil aurait entretenus avec Condé. Une scène damour lesbien est aussi présente.On découvre le thème de la prétendue déformation des organes génitaux lorsquils sont utilisés pour des rapports homosexuels : ce thème se retrouvera plus tard dans la médecine légale. Lanalyse des termes employés dans ce texte est parlante : lâme de la noblesse française est associée à « ce réduit de tous les plaisirs. » La pratique de la sodomie est associée aux quartiers de noblesse : « six degrés de noblesse pour être enculé par ces princes. » Le pamphlet intitulé Le bordel patriotique institué par la reine des français pour les plaisirs des députés à la nouvelle législature se situe en 1791. Il met en scène la reine de France et les députés de lAssemblée. La reine instaure un bordel pour les députés. On peut lire des passages significatifs pour notre propos. « Et quand vous serez rassasiés de lune ou de lautre, vous trouverez pour réveiller vos sens assoupis des ganymèdes modernes qui rallumeront vos feux amortis
Tous les suppôts de Priape, quel que soit leur caractère seront admis dans le bordel patriotique
Accourez, ribauds, fouteurs de tout genre, arrivez, maquerelles et putains de toutes les conditions, recevoir les instructions.» On peut lire encore : « Pour prévenir les désirs de tous les sacrificateurs, pour procurer du plaisir à tout le monde, elle na pas oublié de recevoir dans ses déduits amoureux, des ganymèdes, des bardaches, des pédérastes, des gamahucheurs, des gamahucheuses, des tribades, des sodomites, des enculeurs
» Des personnages notables apparaissent : La Fayette qui avoue avoir auparavant donné dans le péché antiphysique. Bailly qui fait lapologie de lhomosexualité en parlant des plus grands hommes de lAntiquité et de Frédéric II. Danton et Marat qui sapprêtent à avoir une relation homosexuelle. Ce pamphlet veut visiblement faire paraître les élites politiques comme dépravées et ne pensant quà leurs plaisirs purement hédonistes. Nous sommes en 1791 et les difficultés, les dangers samoncellent sur la France révolutionnaire : difficultés financières et le 20 juin 1791 la fuite de la famille royale à Varennes. Au retour des souverains dans Paris, lAssemblée constituante émit lhypothèse que le souverain avait été enlevé. Du coup il y eut divorce entre lAssemblée, qui de fait innocentait Louis XVI, et une partie de lopinion qui le condamnait. Ces pamphlets relient ainsi lhomosexualité à la décadence danciennes élites. La pratique de lhomosexualité est présentée, comme dans la littérature licencieuse dAncien régime comme la résultante de lexcès et de la dépravation sexuelle. Lhomosexualité fait partie dans ces pamphlets, des plaisirs inutiles dans une époque de régénération et ils sont antisociaux.
Ces textes cités utilisent politiquement la sexualité pour discréditer les anciennes élites noblesse et clergé. Parfois, de nouvelles élites révolutionnaires sont également déconsidérées. Lhomosexualité sert de principale accusation pour mettre hors du jeu social et politique celui que lon vise. Lhomosexualité est aussi présentée comme incompatible avec le nouvel ordre social. On oppose ainsi à ces représentations, lépoque de régénérescence qui nécessite des élites en opposition avec ces descriptions. Pourquoi semble-t-on utiliser à ce point le ressort de la vie intime et de la sexualité ? La Révolution française entre 1789 et 1794 na cessé détendre le domaine de la vie publique et cela va préparer le mouvement romantique du retour sur soi.Ceci explique peut-être la façon dutiliser la vie privée de manière si caractéristique que nous observons dans ces années ? Dans ces pamphlets, lhomosexualité est assez systématiquement utilisée pour déconsidérer ceux que lon souhaitait atteindre. Les fureurs utérines de Marie Antoinette vont jusquà accuser la souveraine de lesbianisme, Etrennes aux fouleurs ou le Bordel apostolique font référence aux murs pédérastiques du clergé ; dans dautres écrits : Bordel national ou bordel patriotique lhomosexualité est intégrée aux excès vénériens commis. Il y a un ton de moralisme très prononcé puisque ces textes décrivent ce que font danciennes élites chassées parce que décadentes, dévergondées et donc ce quun révolutionnaire ne doit pas faire. Ceci est à souligner outre le fait de replacer ces écrits dans le contexte de tensions politiques de lépoque, ils indiquent bien un climat général et une image de lhomosexualité. Dune part, au cours du XVIIIe siècle il y eut le développement dune société sodomite parisienne et certains grands seigneurs ou certains clercs jouèrent un rôle dans ces milieux homosexuels parisiens. Dautre part, peu avant la réunion des Etats généraux qui virent le déclenchement des bouleversements politiques que la France allait connaître, certains écrits faisaient mention dune société homosexuelle et on y mentionnait grands seigneurs et clercs que lon soupçonnait den faire partie. Cette dénonciation des murs des anciennes élites a pu se nourrir de ce contexte. La sodomie en tant que crime disparaît en 1791. Cependant dautres dispositions iront dans le sens dune préoccupation à légard de la vie familiale. Ceci pourrait signifier un climat de moralisme. Cela coïnciderait assez bien avec la notion de morale naturelle. Le fait de dénoncer les murs dépravées voir homosexuelles des anciennes élites nest pas nouveau, à lorée de la Révolution on trouve déjà la trace dans des textes tel que La foutromanie de Gabriel Sénac de Meillan (1780.) Lauteur y attaque lhomosexualité qui va progresser et on peut y découvrir des propos assez violents contre le clergé. Dans ce texte comme dans ceux que lon a cité pour les années 1790 clergé rime avec pratique de la sodomie. Lutilisation politique de la dépravation sexuelle et de lhomosexualité en particulier est le premier facteur observé à lanalyse de cette littérature révolutionnaire. Elle démontre une volonté de rigorisme des murs : le révolutionnaire parfait se construit au moins idéologiquement en opposition à ce qui est décrit dans ces libelles. Il est non dépravé. Il pratique la sexualité conjugale. Il fait preuve de ce fait daltruiste car ces plaisirs des anciennes élites ne sont décrits que pour démontrer leur égoïsme face aux défis auxquels la France révolutionnaire doit faire face. Lintérêt de ces pamphlets révolutionnaires est de voir combien lhomosexualité est associée à un contre modèle. Cest une image faite dinutilité sociale et de plaisirs stériles que donnent ces libelles révolutionnaires. Cependant lhomosexualité est encore intégrée au libertinage dans lequel chacun peut tomber : plusieurs de ces pamphlets font état de hauts personnages étant passés des débauches dites naturelles à celles antinaturelles. Lhomosexualité est une débauche particulière mais pas encore totalement isolée dautres débauches.
Dautres images tout aussi, sinon encore plus violemment négatives vis-à-vis de lhomosexualité apparaissent : elle est désignée comme un plaisir antinaturel que lon oppose au « plaisir sain, naturel » et elle est vue comme un facteur de désordre. Il faudra mettre aussi en parallèle certaines dispositions de la Révolution visant à encourager le mariage et la famille et défavorisant ceux qui ny souscrivent pas.
Plusieurs libelles de lépoque révolutionnaire définissent lhomosexualité comme un plaisir antinaturel répugnant avec en parallèle la définition « dun plaisir sain » conjugal. Ce type de discours pourrait signifier que lon se trouve engagé dans un processus dévolution qui conduira à opposer deux comportements sexuels jugés incompatibles. Cette opposition et cette vision transparaissent dans plusieurs écrits. Il y a là par rapport au thème précédent une volonté de définir et circonscrire le plaisir homosexuel. Le texte Requête en faveur des putains, des fouteuses, des maquerelles et des branleuses contre les bougres, les bardaches et les brûleurs de paillasses date de lan II. Ce texte exalte la virilité et rabaisse lhomosexualité avec des images fortement répugnantes. La pratique de lhomosexualité est mise en parallèle avec les excréments. Il y a également une volonté de pénaliser à nouveau lhomosexualité en soi : « Jai présenté à nos fouteurs de lAssemblée une requête en votre faveur pour que tout bougre et bardache soit puni comme il le mérite »On perçoit à travers ce type décrits combien la disparition du crime de sodomie nallait pas de soi pour certains. Au fil de ce texte, on oppose le comportement du patriote viril, sain sexuellement aux pratiques homosexuelles prêtées aux nobles, par une analyse qui met en avant lhomme tombé dans le péché et la colère des dieux. Ce qui est une claire allusion à lhistoire biblique de Sodome. Enfin ce texte développe lidée que le goût homosexuel provient de lOrient, idée que nous retrouverons dans dautres écrits au cours du XIXe siècle : lhomosexuel cest lautre, létranger, le traître. Donc ce texte oppose un « plaisir sain propre » du bon patriote à un « plaisir malsain », antinaturel, répugnant qui provient de lextérieur. Par comportement sain on entend le comportement du patriote, père de famille dévoué à son épouse et utile socialement. Par malsain, ces écrits veulent signifier le comportement « du bougre ou bardache » préoccupé de ses plaisirs nayant pas de famille et donc socialement inutile. Certains textes, sans parler directement de lhomosexualité font léloge du bon comportement sexuel et par contrecoup, un comportement sexuel marginal se trouve par contraste un mauvais comportement. Le texte Les fouteurs de bon goût à lAssemblée nationale correspond à ceci. Il fait léloge des beautés et du charme du sexe féminin. Lamour et la sexualité conjugale deviennent visiblement un service dû à la nation. Ceci par contrecoup, fait de celui qui pratique lhomosexualité quelquun qui refuse un service dû à la nation donc un anti-patriote : cest précisément ce qui peut expliquer autant le lien entre homosexualité et anciennes élites dans cette littérature. Un autre libelle qui sintitule Lart de se reproduire est attribué à Alexandre-Jacques Du Coudray (1744-1790) Léloge de la sexualité conjugale y est fait en employant une langue très verte. On peut y lire parallèlement des propos sur lhomosexualité avec une reprise de lidée que lhomosexualité provient de létranger : le vice italien et donc le comportement est anti-patriote. Dautres textes font clairement lopposition entre un comportement sexuel normal et un comportement jugé anormal et indigne dun homme tel quil doit être : dans Trois petits poèmes érotiques de Gabriel Sénac de Meillan, Lode aux bougres, on peint celui qui sadonne à lhomosexualité comme un ennemi des femmes et donc de la procréation et de la vie. Les descriptions des bardaches fort beaux et leurs visages peints des plus belles couleurs dessinent déjà un personnage passif féminin. Cette image préfigure linverti, représentation qui simposera dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ces textes cités sont significatifs car ils opposent deux comportements sexuels irréductiblement dissemblables. Ceci est dautant plus intéressant que dans un chapitre précédent nous avons fait état de la tradition de bisexualité aristocratique. Ils montrent que le comportement homosexuel dans la suite de ce que nous avons perçu au XVIIIe siècle est bien lobjet dun débat et il commence à être perçu dans certains écrits comme un comportement sexuel particulier opposé à un comportement normal. Le comportement homosexuel est donc présenté à laune de ces textes comme un comportement particulier qui semble exclure la sexualité conjugale et qui porte atteinte à la société, car certains de ces textes utilisent des images qui font allusion à la ruine de la ville de Sodome. Quand ces textes dessinent un comportement utile pour propager lespèce, ils sous-entendent de manière directe quun autre est inutile et donc antisocial.
Une autre image se dégage de ces libelles et pamphlets de lépoque révolutionnaire : lhomosexualité y apparaît comme un plaisir purement hédoniste, égoïste et lié à la décadence dun monde ancien. Le fait dattribuer le comportement homosexuel aux clercs qui sont célibataires et qui ne procréent pas est significatif. Le fait dattribuer aussi le comportement homosexuel à lancienne aristocratie dAncien régime est encore une manière dassimiler lhomosexualité à un comportement purement hédoniste. Ce comportement est pratiqué par une ancienne aristocratie qui vivait auparavant en parasite et ne soccupait que de ses plaisirs égoïstes, donc lhomosexualité est rabaissée au niveau dun plaisir pur et donc égoïste par essence. Dans le libelle « Le bordel apostolique » le lien entre le parasitisme supposé du clergé en matière économique et lhomosexualité est clairement établi : lhomosexualité est un comportement dindividus parasites et donc, par excellence, un plaisir purement hédoniste. Des termes tel que désirs antiphysiques, ardeur de la bougrerie voisinent avec fruits de nos rapines, secret dêtre opulents. La pratique de lhomosexualité est mise en parallèle avec le désir dargent facile. Il est nécessaire de mettre en parallèle ces images opposant un comportement sexuel sain à un comportement sexuel malsain avec les mesures prises contre le célibat pendant la Révolution. Dès 1791 on établit une contribution annuelle mobilière, en partie commune à tous les habitants, et en partie proportionnelle aux revenus. Des classes sont définies en fonction des revenus. En jouant sur ces classes qui définissent le montant de la contribution, on peut pénaliser arbitrairement ceux qui ne sont pas mariés. Les pères de plus de trois enfants sont placés dans une classe inférieure à celle quils auraient du occuper ; en revanche les célibataires seront placés dans une classe supérieure à celles où leurs loyers les plaçaient. Sous le Directoire on surhausse le loyer des célibataires.
En 1795 une contribution personnelle de cinq livres par an est demandée à tous les Français. On y ajoute une taxe somptuaire calculée, entre autres, sur le nombre de cheminées et lon envisage aussi dans ce cas le problème des personnes seules. Des mesures militaires pénalisent les célibataires.Il faut mettre en parallèle cette présentation de lhomosexualité comme plaisir purement égoïste et ces mesures visant à décourager ceux qui ne fonderaient pas une famille car ainsi on peut percevoir un climat qui est celui de la période révolutionnaire où le comportement sexuel et la vie privée doivent être analysés à travers leur utilité pour la vie publique.
Une dernière image se dégage de ces pamphlets, lhomosexualité paraît associée à des facteurs de désordres : prostitution, détournement de la jeunesse, maladies vénériennes. Lassociation avec la prostitution apparaît en faisant une analyse lexicale. Les termes ribauds, bordel sont employés parallèlement aux termes bougres, bardaches. Le rapprochement de ces termes associe clairement la pratique de lhomosexualité à une forme de prostitution. De même dautres termes apparaissent dans ces textes parallèlement à ceux désignant lamour masculin : réduits de tous les plaisirs, putains. Ces termes font mention à un lieu de prostitution et ils mettent également en parallèle homosexualité et prostitution. Le lien entre lhomosexualité et la débauche de la jeunesse est aussi établi. Des termes tel que jeune garçon, écolier, petit satyre, petit ganymède, petit bardache font référence à lattirance pour les adolescents. La pédérastie en soi est aussi pour ces textes un danger de corruption de la jeunesse. Enfin plusieurs de ces sources font mention de la cristalline et plus globalement des maladies vénériennes. Pour synthétiser lhomosexualité est assimilée à des excès vénériens, à la débauche. Le fait dassimiler lhomosexualité à la débauche relève encore des représentations propres au XVIIIe siècle.
Cependant le fait dopposer le comportement homosexuel antinaturel et exclusif au comportement « conjugal » sain et productif socialement avec une telle clarté est nouveau, de même que de faire allusion au fait démographique. Lhomosexualité est identifiée déjà dans ces sources comme un comportement particulier, unique et ceux qui sy adonnent des individus à part. Il y a bien la mise en place, du moins dans ces libelles, dun discours sur lhomosexualité que lon pense comme comportement à part. Nous serions déjà dans les prémices de lhomosexuel pervers, être à part, présentant un danger pour la société. Ce discours va samplifier et saccentuer au cours du XIXe siècle. Il est déjà en germe dans ces libelles, quoique de manière moins élaborée. A lorée de la Révolution une catégorie décrivains surnommés bohème littéraire utilisait des images similaires vis-à-vis de lhomosexualité. La déferlante de ces pamphlets est sans doute la continuation et laccentuation de ce type de discours. Jacques Solé indique que les auteurs de ces écrits à lorée de la Révolution étaient ceux qui allaient constituer le personnel révolutionnaire. Jacques Solé cite Marat, Brissot, Cara. Le but était de déconsidérer par des calomnies fangeuses. Cest, souligne Jacques Solé, tout un monde de journalistes frondeurs.Ces pamphlets visaient à toucher directement le public et à linfluencer. Ils rejetaient violemment un monde qui les rejetait. La méthode était de déverser des torrents de calomnies sur la noblesse dévoyée. Ces attitudes se sont aussi construites sur lidée de régénération qui est une idée forte à lépoque de la Révolution. Cette idée de régénération partait sur lidée que le passé comporte un soupçon de corruption. Elle avait aussi pour racine lidée rousseauiste que la rupture révolutionnaire ouvre la voie à la régénération. Un peuple régénéré, et notamment dans ses murs ne dégénère pas. On retrouve ici limportance de la régénération des murs. Il faut détruire le passé et compter avec ceux qui veulent le maintenir. Il faut donc replacer ces discours sur lhomosexualité dans ce cadre. Le contenu de ces pamphlets et libelles sont assez proches des thèses rousseauistes ; or nous savons linfluence des thèses de Rousseau sur le personnel révolutionnaire. La dénonciation de lhomosexualité des anciennes élites pourrait bien rentrer dans le cadre de la régénération révolutionnaire.Lhomosexualité, dans ce type décrits frondeurs, entrait dans le domaine de la dégénérescence : si la régénération signifiait secouer les obstacles et affronter ceux qui sopposaient à la régénération alors, dans ces pamphlets lhomosexualité semble bien un obstacle majeur à la régénération et elle semble rejetée du côté de la dégénérescence. Cette idée de régénération porte en elle une dimension dordre moral certain. En outre lapparition de létat moderne voit lapparition dun poncif qui associe baisse de la population, décadence morale et décadence nationale. Laccroissement de la population est associé à laccroissement de la force du peuple. Cest la base des théories natalistes et nationalistes qui vont se développer avec lEtat moderne. Ces pamphlets ont aussi une vocation pédagogique comme les écrits licencieux. Ils utilisent le même langage volontiers cru. Les idées développées dans ces libelles sur lhomosexualité et sur la sexualité plus globalement sont à replacer aussi dans cette problématique de la création de lEtat moderne qui au cours du XIXe siècle va de plus en plus intégrer les problèmes de la population et de son accroissement. Il va donc sintéresser à lhomosexualité. Ces idées développées dans ces écrits révolutionnaires sont lexpression de lembourgeoisement des murs comme le souligne Jos Van Ussel. Il y a donc bien dans ces libelles et pamphlets le développement de discours sur lhomosexualité basés sur une situation politique propre à la Révolution française. Ils vont néanmoins se poursuivre pendant tout le XIXe siècle et nous pourrons en trouver des traces chez certains socialistes eux-mêmes. Tout comme les idées de Jean Jacques Rousseau allaient influencer la pensée française au XIXe siècle sur la pédagogie et léducation de lenfant. Il faut replacer ceci dans le cadre de limage du pervertisseur de la jeunesse que lon va faire tenir à lhomosexuel : la distance augmente entre les générations, les jeunes doivent être retirés de la société. Lenfant moderne est étranger à la sexualité. Si celle-ci se manifeste, elle provient de lextérieur. Lhomosexuel devient ainsi le meilleur candidat au rôle de perturbateur, de pervertisseur. Nous avons fait mention pour la période révolutionnaire essentiellement de cette littérature pamphlétaire. Parallèlement nous avions mentionné la littérature du XVIIIe siècle et certains écrits licencieux du XVIIIe siècle dans un précédent chapitre. Nous pourrions aussi faire mention des positions de certains membres du personnel politique révolutionnaire qui rejoignent ces représentations comme la position de Condorcet (1743-1794) pour qui lhomosexualité est un vice bas et dégoûtant qui ne mérite que le mépris. Ou encore la position de Jean Paul Marat qui va dans le même sens. Globalement lidée pour le conventionnel est que lhomosexualité est un vice ou un crime rare. Il faut ne pas en faire de la publicité par des procès. On retrouve une position proche de celle de Montesquieu. Le conventionnel Jean Paul Brissot de Warville (1754-1793) aborde le problème dans sa Théorie des lois criminelles en 1793. Pour Brissot de Warville lhomosexualité nuit à la population et doit être pourchassée. Les crimes contre les murs doivent être punis par lopinion publique. Le principal crime que commet lhomosexuel est de porter atteinte à la population donc à la natalité, on retrouvait des jugements similaires dans certains pamphlets. On retrouve dans certains écrits de Sébastien Mercier (1740 1814) qui fut romancier, journaliste et membre de la Convention et du Conseil des cinq-cents, et notamment dans son texte Le nouveau Paris datant de 1798, époque du Directoire, des représentations de lhomosexualité qui rejoignent celles de certains écrits pamphlétaires : lhomosexualité supposée de certains clercs et en même temps le lien qui est fait entre le célibat forcé des prêtres et lhomosexualité de même que laccusation de préjudice à lespèce fait à lhomosexualité. De même, Sébastien Mercier fait aussi visiblement comme dans certains écrits pamphlétaires, le lien entre la corruption au plan global et la visibilité de lhomosexualité. Cependant, parallèlement à ces positions de certains membres du personnel révolutionnaire et celle de Sébastien Mercier, ce qui nous apparut le plus marquant dans les représentations de lhomosexualité sur ces dix années de révolution est le langage de ces pamphlets révolutionnaires, qui par certaines de leurs représentations, anticipent les opinions que nous allons retrouver plus tard au XIXe siècle.
B/ Les représentations de lhomosexualité dans la littérature et à travers les discours de plusieurs réformateurs sociaux
Au cours de la première partie du XIXe siècle, lhomosexualité masculine est représentée dans luvre de plusieurs écrivains. Elle est souvent traitée de manière allusive. Parallèlement plusieurs ouvrages classés comme licencieux abordent lhomosexualité masculine. Cependant on ne retrouve pas labondance que lon pouvait percevoir dans les pamphlets révolutionnaires. Lhomosexualité masculine est très peu décrite et elle apparaît comme un des grands tabous de cette littérature. Parallèlement dautres intellectuels que lon peut qualifier pour certains de réformateurs sociaux, traitent de lhomosexualité masculine. Ils paraissent continuer et développer certains discours observés dans les libelles révolutionnaires. Nous aborderons donc le discours de plusieurs hommes de lettres et en parallèle, les quelques ouvrages licencieux. Nous observerons enfin, la parole de plus en plus foisonnante et directe de certains réformateurs sociaux.
Lhomosexualité dans la littérature
Afin didentifier les textes littéraires et les écrits plus globaux abordant lhomosexualité nous avons eu recours à des ouvrages de synthèse comme louvrage de Michel Larivière Pour tout lamour des hommes : anthologie de lhomosexualité dans la littérature ou louvrage de Claude Courouve Bibliographie des homosexualités. Nous avons aussi utilisé la base FRANTEXT.
En faisant une recherche sur les textes grâce à des expressions ou au vocabulaire spécifique il est possible didentifier des écrits traitant de lhomosexualité masculine : Par exemple en recherchant la présence du mot pédéraste dans les textes de la première partie du XIXe siècle répertoriés dans cette base.
A partir de ces sources, la représentation de lhomosexualité chez plusieurs grands hommes de lettres de cette époque est voilée. Le désir homosexuel et même le désir sexuel tout cour nest exprimé de manière quindirecte. Les représentations sont toujours voilées mais les discours réprobateurs eux sont directs et parfois assez violents. Néanmoins même voilés, ces jugements et ces représentations pour certaines dentre elles, tranchent avec le caractère réprobateur et moralisateur du monde intellectuel en général. Il y a bien à ce niveau une dichotomie entre ces textes littéraires et les réformateurs sociaux.
Henri Marie Beyle, dit Stendhal, est né à Grenoble en 1783. Il mourra en 1842 à Paris. Stendhal fait des allusions plutôt discrètes mais certaines à lhomosexualité. En 1827, dans un roman assez peu connu Armance, il aurait dépeint, selon certains, lhomosexualité à travers le personnage dOctave qui refuse lamour féminin par impuissance mais plusieurs ont émis lhypothèse que pour éviter de transgresser les tabous, il aurait remplacé lhomosexualité par limpuissance. Cette interprétation semble assez discutée. On peut voir des liens entre puissance sexuelle et pouvoir politique notamment pendant la Révolution. André Rauch souligne le parallèle fait entre impuissance politique et la faiblesse sexuelle supposée de Louis XVI. On ne trouve pas de lien direct entre impuissance et homosexualité au cours de la première partie du XIXe siècle. Limpuissance serait liée à la perte de la puissance et de la virilité peut- être. En ce qui est du personnage dOctave de Malivert le héros principal du roman Armance, certains traits de son caractère semblent marqués de singularité. Il est décrit comme un être à part. Les termes de dissimulation ou étrange dessein apparaissent. Octave de Malivert semble mélancolique, particulier. Il paraît vivre cette particularité comme une tragédie. Il paraît fuir les femmes et particulièrement Armance. Au chapitre XXIX du roman il est question de son fatal secret. Les traits du personnage sont peut-être une manière déguisée pour parler dhomosexualité. On se trouve face à un homme vivant sa personnalité comme une sorte de malédiction. Certains termes employés nous le démontrent : cette âme désorganisée, la douleur de vivre, accès de désespoir, être à part, monomanie, caractère singulier, il na pas le sens intime. Il sagit bien de quelquun vivant comme une tragédie un état faisant son malheur. Il y a une compassion pour le personnage dOctave qui paraît en lutte contre lui même. Dans un autre roman Lucien Leuwen, Stendhal fait plusieurs allusions à lhomosexualité. Le personnage principal est un garçon affublé dune certaine mollesse de caractère et subissant quelque peu son destin. Ceci fait penser au personnage dOctave dans Armance. Il y a une scène discrète, mais tout de même assez claire, de séduction homosexuelle : « Dans ses promenades autour de Nancy, Lucien remarqua un magnifique cheval anglais
.Lhomme qui le montait était fort à cheval mais la tournure était celle dun palefrenier qui a gagné un gros lot à une loterie de Vienne en Autriche
A la seconde ou à la troisième fois que Lucien vit ce cheval, il se trouva plus près et remarqua la figure du cavalier qui était mis avec une recherche extraordinaire
Il y a dans ce passage lallusion à peine voilée à une séduction de nature homosexuelle, surtout lorsquil indique la figure du cavalier. Dans un autre passage, il fait une allusion encore plus directe à lhomosexualité à travers le personnage de lord Link. Il indique quil mène parfaitement les femmes parce quelles ne produisent sur lui pas dautres effets que celui denfants de sept ans. Il y a allusion au peu dattrait physique que ce personnage a pour le sexe féminin. Plus loin il indique que : « ce jeune français (Lucien Leuwen) dont il voit les belles cuisses avec plaisir comme je voyais les beaux bras de lady Clémentine. » Un peu plus haut il indique que Link est évêque de Clogher et dans les notes il est indiqué quévêque de Clogher signifie avoir des murs spéciales.Stendhal note la vanité féminine de Link : ce qui fait penser déjà au personnage de linverti. Par rapport au personnage dOctave de Malivert, lallusion à lhomosexualité est directe et le personnage de Link à la différence dOctave ne paraît pas vivre sa différence comme une tragédie. Dans sa correspondance, il fait référence directement à la bisexualité. « Lidée dominante que je rapporte de Paris, cest que chacun a raison dans son trou, et quil est absurde dêtre à la fois dans deux trous. Quelle belle chose dêtre ambidextre, cest-à-dire à la Florentine et à la Française à la fois. » Il y a dans ce passage une apologie directe de la bisexualité. Il déclare aussi : « Le vulgaire en France ne donne le titre de beau quà ce qui est féminin le plaisant cest que nous prétendons avoir le goût grec dans les arts, manquant de la passion qui rendait les Grecs sensibles aux arts » Dans une autre de ses uvres Stendhal va encore plus loin envisageant quil aurait pu être séduit par un bel officier : « Cet aimable officier, si javais été femme, maurait inspiré la passion la plus violente, un amour à lHermione. Jen sentais les mouvements naissants ; jétais déjà timide. Je nosais le regarder que je laurais désiré
»Si nous rapprochons ces différentes images stendhaliennes sur lhomosexualité, il sagit dun désir entrevu sans condamnation et avec une certaine compréhension : lauteur envisage même quil aurait pu éprouver une attirance pour un autre homme. Cependant il faut tout de même souligner le poids ressenti par celui qui est affublé dune particularité dissonante : le personnage dOctave pourrait constituer un exemple. Il est un personnage parfaitement existentiel. La représentation de lhomosexuel masculin semble celle de personnages manquant de vigueur. Cependant au niveau du désir pur, Stendhal ne semble pas porter de condamnation virulente.
Honoré de Balzac (1799-1850) aborde lhomosexualité à plusieurs reprises dans son uvre La Comédie humaine. Balzac traite de lhomosexualité dans le cadre dune exploration plus globale des sexualités. Il ne faut pas considérer lhomosexualité chez Balzac comme une identité sexuelle comme le remarque Michael Lucey. Dans le roman Louis Lambert, lauteur conte ses souvenirs du collège oratorien de Vendôme de 1807 à 1813. Son héros a un caractère féminin. Le personnage de Louis Lambert parait délicat, fluet et il insiste sur sa différence avec les autres garçons : il ne supportait pas la fatigue, il était dune maladive délicatesse
Il vit à lécart des autres garçons. On entrevoit une amitié qui liait Balzac au héros de cette histoire. Au fil des pages, cette liaison paraît très forte et les deux garçons paraissent vivre en osmose. « Louis minspira dautant mieux sa passion pour lespèce de sommeil dans lequel les contemplations profondes plongent le corps que jétais plus jeune et plus imprévisible, Nous nous habituâmes comme deux amants à penser ensemble, à nous communiquer nos rêveries
» Et Balzac conte la séparation avec Louis Lambert : « A lannonce de mon départ, Lambert devint dune tristesse effrayante. Nous nous cachâmes pour pleurer. « Ne te reverrais jamais ? » Dit-il de sa voix douce en me serrant dans ses bras. »Il y a une claire expression dans ce texte dune passion entre Balzac et Louis Lambert. Dans un autre roman, La maison de Nucingen, il met en scène un joker et il indique lusage que certains aristocrates faisaient des garçons. Dans un passage il dépeint un petit irlandais efféminé, monstre de perversité et dit qui plus est, quil était une tigresse apprivoisée, ce qui renforce le côté féminin du personnage. Le personnage nommé Paddy ferait penser à une sorte de ganymède ou de giton par la description de ses traits et des rapports qui le lient au Lord. Enfin le personnage de Vautrin est important pour cette exploration balzacienne des sexualités marginales. Vautrin apparaît dans trois romans de Balzac : Le père Goriot, les Illusions perdues, Splendeur et misère des courtisanes. Il entretient visiblement des relations très proches avec Eugène de Rastignac (Père Goriot) et il nourrit visiblement une affection particulière pour Lucien de Rubempré (Splendeurs et misères des courtisanes). Il y a un véritable amour entre Vautrin et Lucien de Rubempré. Le personnage de Vautrin nourrit la représentation du criminel homosexuel. Cet homme est un hors la loi. Le monde des prisons fut à la mode vers 1820-1825 et Balzac sétait renseigné. Il connaissait largot des prisons. Le personnage de Vautrin personnifie le désir homosexuel en prison. Dans Splendeur et misère des courtisanes, il dépeint le milieu de lhomosexualité carcérale et montre lintensité de ces amours entre hommes. Il y a des passages dans ce roman ou lexistence de lhomosexualité est clairement exprimée : « Je ne mène pas là votre seigneurie cest le quartier des tantes.. » Les relations de Vautrin avec Théodore sont lillustration parfaite de ces amours carcérales. Théodore, cest en même temps Madeleine, il est voué du coup à un amour fait de soumission. Balzac décrit ces amours de prison sans aucun moralisme. La relation de Vautrin et Théodore est limage dun amour spécifique, un amour fait de tendresse et cette image tranche avec certaines images de lhomosexualité qui la lie à la prostitution et nie dans cette attirance tout sentiment amoureux.Dans Le Père Goriot, Vautrin séduit Rastignac : « Ah ! Ah ! Vous faites meilleure mine à votre petit papa Vautrin. En entendant ce mot là, vous êtes comme une jeune fille à qui lon dit à ce soir et qui se toilette en se pourléchant
»Nous entrevoyons des rapports faits de soumission. Un chapitre des Illusions perdues est encore plus explicite : Vautrin sauve Lucien de Rubempré du suicide : « Enfant, dit lEspagnol en prenant Lucien par le bras, as-tu médité la Venise sauvée dOtway ? As-tu compris cette amitié profonde, dhomme à homme, qui lie Pierre à Jaffier, qui fait pour eux dune femme une bagatelle et qui change entre eux tous les termes sociaux. ». Dans Le cousin Pons, Balzac met en scène lamitié de deux hommes qui ferait penser à une vie de couple. Cependant cette interprétation semble fortement discutable. Michael Lucey souligne la nature atypique des deux hommes. Certaines expressions pourraient paraître équivoques « Pons et Schmucke avaient en abondance lun comme lautre, dans le cur et dans le caractère, ces enfantillages de sentimentalité.. » « Schmucke en ramenant le soir, vers minuit, Pons, au logis, le tenait sous le bras ; et comme un amant fait pour une maîtresse adorée
» La relation entre les deux hommes semble donc particulièrement ambiguë, dautant plus que les femmes paraissent absentes de la vie des deux protagonistes. Il y a entre ces deux hommes une affection en dehors des cadres de la famille. Michael Lucey souligne à propos de la volonté de Pons de léguer sa collection à Schmucke quelle serait le symbole de la déviance qui par rapport à la famille ferait peser une menace de protocole imprévu de redistribution des richesses. Balzac aborde donc franchement les relations sentimentales et sexuelles entre hommes de plusieurs façons : à travers une relation de collège voilée dans Louis Lambert, à travers la relation de certains aristocrates avec leurs domestiques dans La maison de Nucingen, à travers des amours carcérales autour du personnage de Vautrin. Balzac ne parait pas porter de jugement manichéen sur les amours masculines. Il les évoque de manière voilée ou plus directe sans émettre de jugement tranché. Il décrit des vraies relations amoureuses notamment Vautrin et Lucien de Rubempré. Etre en dissonance par rapport à la sexualité peut déboucher sur une vulnérabilité sociale mais aussi sur une lucidité plus grande. Cependant notons que le personnage de Vautrin en assimilant hors la loi et homosexualité paraît correspondre à certains discours que nous découvrirons ultérieurement.
Au cours de la première partie du XIXe siècle lhomosexualité allait être aussi abordée par Pierre Jean de Béranger (1780-1857) dans une chanson intitulée Les Hermaphrodites datant de 1831 et par Théophile Gauthier (1811-1872) dans son roman Mademoiselle de Maupin, datant de 1836. Pierre Jean de Béranger fut chansonnier et poète. Il fut un partisan de lEmpire et son activité de pourfendeur du régime sous la Restauration devait lui valoir trois mois de prison.
Il composa des poésies et des chansons. Un texte aborde lhomosexualité Les hermaphrodites. Ce texte est intéressant car limage de lhomosexualité est différente de celle quont laissée percevoir Balzac ou Stendhal. Le personnage décrit dans cette chanson est un être efféminé. Les termes employés : petit être, joli, fade, poli, mignon, cheveux bouclés, coquette font références à un être profondément féminin qui tranche par rapport au personnage de Vautrin dans luvre de Balzac. Le titre de cette chanson fait déjà en soi le lien de manière plus directe entre homosexualité et caractère efféminé. Le refrain de cette chanson comporte la phrase : mâle ou femelle, je sais ton nom. Théophile Gauthier aborde franchement lhomosexualité dans son roman Mademoiselle de Maupin. Le chapitre neuf comporte la confession dune parfaite clarté du personnage dAlbert. Le personnage quil croit être un garçon efféminé se révèlera être une héroïne. Cependant le ton de la confession est intéressant : « Jaime ce jeune homme, non damitié mais damour » « Jamais aucune femme ne ma troublé aussi singulièrement »Ce qui est intéressant dans cette confession, cest quil sagit dun sentiment amoureux profond. La description de lêtre aimé est là pour le confirmer. Il faut aussi souligner que le personnage de Mademoiselle Maupin pourrait être perçu comme représentatif de la transgression du genre. Dans la suite de ce roman de Théophile Gauthier, on trouve plus loin une allusion à la place que tenait lhomosexualité dans les sociétés antiques : « ces amours étranges dont sont pleines les élégies des poètes anciens, qui nous surprenaient tant et que nous ne pouvions concevoir, sont donc vraisemblables et possibles. »Le ton de ce passage est plutôt complaisant sur les amours masculines : il sagit dune passion amoureuse qui se croit un temps homosexuelle. Le lien est fait avec lAntiquité. Ce qui permet de relativiser la morale. Dautant plus que lauteur se livre à un plaidoyer sur la culture antique « Je suis aussi païen quAlcibiade et Philias »Il y aurait donc une vision plutôt tolérante sur les amours masculines de la part de Théophile Gauthier dans ce roman. Dautres textes littéraires dans la première partie du XIXe siècle abordent lhomosexualité. Une pièce de théâtre intitulée Le Bouillon de Saint Megrin, aborde lhomosexualité du roi Henri III. Cette pièce date de 1828. La pièce conte laventure dHenri III qui, sous le coup dun chagrin damour pour la princesse de Condé, se prend damour pour lenvoyé de sa mère, Monsieur de Saint Megrin. Limage de lhomosexualité est celle dune inversion des sentiments due à un traumatisme. Nous sommes déjà dans le registre de lanomalie psychologique. Parallèlement lhomosexualité est brièvement abordée par dautres auteurs sur le mode de la condamnation ou de lanecdote. François René de Chateaubriand (1768-1848), dans un texte intitulé Analyse raisonnée de lhistoire de France, fait mention brièvement du feu réservé aux sodomites. Jules Michelet dans son journal fait mention de lhomosexualité « Est- il vrai comme le dit le Dr Eichtel que la sodomie et lavortement détruisent peu à peu la population ? Oui, dans les villes dit M Desgranges, non dans les campagnes
». Lhomosexualité sera beaucoup plus abordée au cours de la seconde partie du XIXe siècle notamment par Gustave Flaubert (1821-1880). Au cours de cette première partie du XIXe siècle certains hommes de lettres abordent donc lhomosexualité même sils la traitent avec la plus grande prudence. A travers les cas de Balzac, Stendhal et Théophile Gauthier, lhomosexualité parait abordée avec une certaine compréhension. On nobserve pas une condamnation excessive des amours masculines à limage de ce que sera le discours dautres intellectuels. Dans le domaine strictement littéraire, la vision des amours masculines est beaucoup plus neutre.
Lhomosexualité dans la littérature licencieuse
Dans le domaine de la littérature licencieuse lhomosexualité masculine est très peu abordée, cependant nous possédons quelques textes entre 1800 et 1832. Nous observons deux attitudes dans ces quelques écrits : certains abordent les relations homosexuelles dans le cadre de débauches plus globales et dexcès sexuels plus généraux. En ce sens, ils véhiculent la vision propre au XVIIIe siècle et ce sont des écrits qui se situent en 1800 1815 cest-à-dire sous lEmpire : le roman Les aventures de Cherubin lenfant du bordel est attribué à Charles-Antoine Guillaume Pigault de l'Épinoy, dit Pigault-Lebrun (1753 1835), romancier et dramaturge, et il date du tout début du XIXe siècle. Dans ce roman lhomosexualité est encore pratiquée dans le cadre de débauches plus globales, le cadre plus général est la prostitution. Le principal protagoniste Cherubin en vient à séduire des hommes car la fille qui lui tient compagnie est une jeune prostituée Félicité. Celle-ci le déguise en femme. Dans le cours du roman on voit apparaître un certain frère Ange avec qui Cherubin a des relations. Lhomosexualité est intégrée aux excès sexuels et à travers frère Ange on aborde lhomosexualité des clercs. Nous percevons dans ce roman une vision globalement proche de certaines représentations du XVIIIe siècle : lhomosexualité assimilée à la débauche en général. La représentation de lhomosexualité est également similaire dans un écrit anonyme datant de 1801 Antonin ou le fils capucin par un religieux de lordre. La pratique de lhomosexualité est englobée dans la pratique de la débauche plus globale. Antonin a des relations sexuelles avec des amantes. Il est envoyé chez un certain monsieur M. pour faire son éducation ; ce dernier voulait en faire un théologien, rhétoricien et philosophe. Un matin lhomme essaie dabuser de son élève. Lhomosexualité est ici encore liée à des rapports de maître à élève : celui qui a la responsabilité essaie dabuser de son protégé. Donc lhomosexualité est mêlée à la débauche plus globale, au clergé et à léducation dispensée par des clercs. Ces représentations sont similaires aux représentations propres au XVIIIe siècle. On retrouve dans un autre écrit anonyme La volupté prise sur le fait ou les nuits de Paris, datant de 1815 la personne dun beau jeune homme sous un accoutrement de femme et empreint dune beauté délicate et on le désigne sous le nom de mignon. Le cadre général est le Palais Royal. Dans ces écrits lhomosexualité ne paraît pas encore détachée pleinement des débauches diverses. Un autre ouvrage est répertorié dans lEnfer de la Bibliothèque nationale de France ; il présente une autre image de lhomosexualité. Daté de 1832, il sagit de : Peintures, bronzes et statues érotiques formant la collection du cabinet secret du musée royale de Naples. Dans cet ouvrage qui est une description duvres antiques particulières, lhomosexualité apparaît représentée à travers des hermaphrodites cest-à-dire dhommes femmes. On quitte dans cet ouvrage la représentation de lhomosexualité phase extrême de la débauche pour faire de celle-ci un comportement particulier, attribué à des êtres singuliers, en fait un problème de genre. Hormis ces quelques écrits, le discours sur lhomosexualité masculine dans ce type de textes semble plutôt rare.
Les représentations de lhomosexualité dans les écrits de Jacques Antoine Dulaure, Charles Schmidt, Maurice La Châtre, Etienne de Senancour, Honoré Antoine Frégier
Dans le domaine strictement littéraire, une certaine compréhension semble évidente chez plusieurs grands écrivains. La parole sur lhomosexualité dans la littérature licencieuse paraît plutôt discrète et ne se dégage que lentement dans ces quelques écrits, dune vision propre au XVIIIe siècle. En examinant des penseurs qui ne relèvent pas du domaine de la littérature pure, la condamnation morale et lindignation est évidente .Elle reste largement, dans un premier temps, au niveau de limprécation morale. Il ny a pas une analyse des causes « de la pédérastie » comme cela apparaîtra dans la seconde moitié du XIXe siècle. Cependant, progressivement le lien sera fait avec les fléaux sociaux. Plusieurs types de jugement apparaissent : lhomosexualité est un crime, un outrage fait à la nature. Elle relève de la dépravation et de la débauche. Lhomosexualité est assimilée à létranger, lautre celui qui a des coutumes étrangères voir étranges. La pédérastie fut tolérée dans certaines civilisations antiques et cest ici encore le fruit de mauvaises coutumes. Lhomosexualité est replacée dans la thématique des classes dangereuses des villes.
Le premier type de jugement relève de lanathème moral : lhomosexualité est un crime monstrueux, une atteinte à la nature et la pratique de lhomosexualité relève de la débauche. Cette attitude mêlant débauche et homosexualité se fera beaucoup plus rare avec lemprise du discours médical. Ce type de jugement se vérifie dans divers écrits et dans les définitions que plusieurs usuels donnent de lhomosexualité. Etienne de Senancour (1770-1846) envisage la nature de lhomosexualité comme dépravation la plus extrême car lhomosexualité est vue comme la cause de recherche excessive de plaisir. « Ce qui est difficile à comprendre, cest quau milieu de désirs semblables, on ait quelque chose de gracieux à se dire
»
Plus globalement lanalyse lexicologique de ces textes laissent apparaître des termes spécifiques : outrage à la nature, vice honteux, venin, peste, goût honteux, désordres infâmes, hideux péché, vice monstrueux, vice contre-nature, sujet odieux et dégoûtant. Ces termes relèvent dune thématique de linfection : venin, peste font référence à des épidémies ou poisons qui menacent la santé des populations. Ils expriment un souci de lordre ou une crainte du désordre quentrainerait la pratique de lhomosexualité. Dautres termes font référence à des excès vénériens dont la pratique de lhomosexualité semble être que la phase la plus extrême. Certains adjectifs font référence à une pratique contraire à lordre naturel. Dautre part, plusieurs types danalyses peuvent être portés à partir des jugements que lon retrouve dans ces écrits. Lhomosexualité était pratiquée par des sociétés ou religions païennes ; ceci permet de démontrer que ces sociétés étaient inférieures car elles autorisaient de telles pratiques. Ce type de jugement se retrouve chez ceux qui dénoncent la pratique de lhomosexualité dans des civilisations extra européennes. La pratique de lhomosexualité renvoie aux usages de sociétés disparues : la pédérastie est un vice lié à la société féodale et la pédérastie apparaît comme un vice de grands seigneurs. Ce jugement se vérifie dans les écrits de Jacques Antoine Dulaure (1755-1835), Charles Schmidt (1812-1895), Maurice La Châtre (1814-1900). Jacques Antoine Dulaure était fils de commerçant. Franc-maçon, historien, il fut député à la Convention. Il aborde lhomosexualité dans une de ses uvres, intitulée Histoire physique, civile et morale de Paris depuis les premiers temps historiques jusquà nos jours (1829). Pour ce faire il reprend un texte du clerc Jacques de Vitry (v1160-1240). Ce dernier décrivait les aspects dun Paris quil voyait livré à la débauche. Le crime de sodomie apparaît comme une pratique de seigneurs et de prélats qui établissent de mauvaises coutumes. La pratique de la pédérastie nest quune preuve de plus de limmoralité de ces seigneurs qui volent les églises. La reprise de ce texte de Jacques de Vitry permet de démontrer les désordres de lancienne société à travers la pratique de débauches dont lhomosexualité semble la phase la plus extrême. Un amalgame entre puissants et vices est effectué. On retrouve dans cet écrit de Jacques De Vitry quAntoine Dulaure reprend pour son analyse, des amalgames propres aux pamphlets révolutionnaires. Le message proposé en arrière fond semble : sous lAncien Régime, la corruption des murs des élites était chose avérée. « Ce vice honteux et abominable est tellement en vigueur dans cette ville, ce venin, cette peste y sont incurables.. » . Charles Schmidt, historien, théologien et bibliographe, écrivit Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois en 1848. Dans un passage de ce texte, il insiste sur la condamnation du mariage par les cathares. Le message est que des coutumes issues de mouvements religieux particuliers encouragent par leur aspect contre- nature le développement de la sodomie. Un autre auteur Maurice La Châtre (1814-1900) qui fut baron dEmpire utilise le même type darguments. Dans son ouvrage, Histoire des papes : crimes, meurtres, empoisonnements, parricides datant de 1842 1843, il narre lhistoire dun antipape du début du XVe siècle Jean XXII (1370-1419). Le cadre de la pratique de la sodomie est la cour pontificale et les prélats qui la constituent. Il sagit sans doute danticléricalisme de la part de cet auteur. La pratique de lhomosexualité est liée à la pratique danciennes élites jugées dévoyées. Il mêle lhomosexualité à tout un ensemble de débordements. Nous pouvons faire un lien avec la dénonciation de la pratique de la pédérastie par le clergé dans les pamphlets révolutionnaires. Ce premier type darguments rattache la présence de lhomosexualité à danciennes sociétés et danciennes élites. Le message global semble être que désormais cela ne doit plus être le cas. Un autre argument est mis en avant : lhomosexualité est particulièrement développée dans des civilisations extra européennes. Il y a ici lutilisation dun argument assez classique qui tend à faire de la pratique de lhomosexualité, la pratique de lautre, de celui qui est étranger. Dans ces discours la pratique de lhomosexualité provient des pays chauds. Il serait judicieux détablir un lien entre ces discours et le début de la conquête de lAlgérie en 1830. Ces arguments qui assimilent lhomosexualité aux pratiques de lautre ne sont pas nouveaux : on retrouvait déjà cette thématique dans le Christianisme.
Honoré Antoine Frégier (1789-1860), fut directeur des fortifications de Paris. On retrouve dans cet écrit plus que dans les précédents, le discours dun entrepreneur de morale soucieux de faire régner lordre public. Frégier écrivit Des classes dangereuses de la population dans les villes et des moyens de les rendre meilleures en 1840. Dans lavant-propos de cet ouvrage lauteur indique que le but de cet ouvrage est de déterminer la partie de la population réputée dangereuse par ses vices, son ignorance et sa misère et les moyens de la rendre meilleure. Il définit cet ouvrage comme une uvre dadministration et de morale de manière à pouvoir notamment prendre les moyens répressifs nécessaires. Le fil conducteur de cet ouvrage est que les classes populaires des villes présentent un danger pour lordre. Ces classes sociales se révèlent, pour lauteur, un terreau plus particulièrement propice à la prostitution. Il fait aussi de lhomosexualité une aberration enfantée par la dépravation de lesprit. De la débauche la plus extrême, « la pédérastie » va être rapidement liée aux maladies vénériennes. La débauche la plus outrageante pour la nature ne peut conduire quà la maladie vénérienne qui menace la population des villes. Les représentations de lhomosexualité danger pour la société sont réaffirmées à travers cet amalgame. La menace, le désordre qui pointe semble être la maladie vénérienne et la dépopulation quoccasionnerait la généralisation de la pratique de lhomosexualité.
Les prés socialistes : Charles Fourier et Pierre Joseph Proudhon
Ces discours sapparentent à des discours dentrepreneur de morale au sens le plus classique : ils visent à dénoncer la transgression de normes et ses possibles conséquences. Les deux penseurs que nous allons abordés appartiennent au courant pré socialiste. Fourier analyse lhomosexualité dans le cadre de constructions utopiques et intellectuelles et Proudhon produit un discours purement moraliste.
Charles Fourier (1772-1837) est philosophe et économiste. Il se distingue de Proudhon autant que des intellectuels et réformateurs sociaux cités précédemment par loriginalité de ses positions. Il est issu de cette bourgeoisie : son père était un riche négociant en drap. Fourier applique le principe de la gravitation universelle de Newton au monde des passions. Les passions ne sont pas mauvaises ou dangereuses mais un moteur positif. Elles furent placées dans lhomme par Dieu. Charles Fourier présente une vision polymorphique de la nature qui était celle de certains penseurs des Lumières. Les passions ne peuvent être mauvaises car elles sont le produit de la volonté divine. Il distingue douze passions dont le sentiment paternel, linstinct grégaire, les passions sexuelles, affectives, distributives. Ces passions ne doivent pas être réfrénées pour parvenir à létat de lharmonie parfaite. Fourrier pense que les malheurs de lhumanité proviennent de la répression et du refoulement des passions. Les passions doivent être organisées et disciplinées afin de devenir profitable à tous et parvenir à lharmonie. Elles doivent être utilisées pour aboutir à une organisation rationnelle et logique de la cité. Le but des passions doit être de parvenir à des associations. Il y a ici encore lidée que chaque passion fait partie dun tout utile. On retrouve certaines connexions avec certains penseurs des Lumières, notamment Vauvenargues. Fourrier aborde largement le problème des murs sexuelles. Il brocarde les moralistes de son temps en pointant labîme quil y a entre leurs préceptes et la réalité de la pratique amoureuse. Notamment il condamne la situation faite à la femme et brocarde linstitution du mariage. Dans ce cadre il apparaît comme à contre courant de son époque. Il ignore la notion de péché. Il voit dailleurs Dieu partout dans la création.
Comment condamner ce que Dieu permet ? Pour Fourier lamour spirituel et lamour physique sont liés et le premier sépanouit mieux si lautre est assouvi. Il y a une vision utilitaire de la sexualité. Fourier prône ainsi une révolution sexuelle qui paraît bien audacieuse, voire scandaleuse pour lépoque. Cette révolution prend en compte lutilité de facteurs dans la sexualité humaine qui paraissent révoltants pour de nombreux penseurs de son époque. Il se préoccupe de la misère sexuelle et il propose dorganiser un service sexuel gratuit. Il encourage lamour collectif car lamour à deux paraît égoïste à Fourier. Enfin il aborde avec les ambigus lamour unisexuel à mi-chemin entre lamitié et lamour, le sadomasochisme, le fétichisme. Fourier souligne que ces comportements ne nuisent pas à autrui. Donc il ny a aucune raison de les condamner. Fourier fait tenir à lamour unisexuel : saphisme et homosexualité masculine, une fonction de transition entre amitié et amour. Il est indulgent à lamour des garçons. Il fait dailleurs référence à la Grèce pour noter que tous les penseurs de la Grèce auraient tous été brûlés. La morale sexuelle est conjoncturelle. Ce qui était permis à une époque ne lest plus aujourdhui mais pourrait lêtre à nouveau. Sur lambigu qui comprend la « pédérastie » il déclare : « Il faut se garder de la mutiler, la laisser incomplète par une sotte complaisance pour quelques préjugés. »Il pointe ici les jugements de ses contemporains. Dans sa théorie des passions, lhomosexualité joue un rôle et il indique que lharmonie sait changer en sources de vertu, les ressorts les plus infâmes de la civilisation.Comme la théorie de Fourier sur les passions ambiguës et minoritaires, fait partie dun plan plus global, elle évacue du coup laspect contre- nature de lhomosexualité : même si ces passions ne concernent quune minorité de personnes, elles existent et font parties de ce quil appelle lharmonie. En conséquence ces goûts minoritaires devront être tolérés et même encensés. Cette pensée est particulièrement marginale pour lépoque. La pensée de Fourier sur les minorités sexuelles, ne devait pas avoir dinfluence sur son temps. Charles Fourier apparaît en contradiction totale avec les autres penseurs de son époque et il paraît bien isolé. Sa pensée paraît trop en avance sur son temps et elle naura dinfluence que bien plus tard. René Scherer soulignait comment Fourier en nommant les passions soppose au langage des Lumières qui tend à luniformisation. Fourier refuse duniformiser lhomme et invente un ordre où les passions trouveront pleinement leur place.Cette attitude de Fourier loppose au raisonnement qui veut que certaines passions soient contre-nature au nom dune vision uniforme de la nature humaine.
Cette pensée semble particulièrement originale si on la compare aux représentations dun autre penseur postérieur à Charles Fourier : Pierre Joseph Proudhon (1809-1865). Pierre Joseph Proudhon était déiste. Il appartenait à un courant plutôt traditionnaliste qui regroupait notamment des socialistes dinspiration chrétienne notamment ceux du journal LAtelier fondé par le socialiste utopique et socialiste chrétien Philippe Buchez (1796-1865). Pierre Joseph Proudhon considère lhomosexualité comme la phase la plus extrême de la débauche. Elle est liée au péril vénérien. Proudhon aborde le problème de la morale sexuelle et particulièrement celui de la pédérastie. Il mentionne lhomosexualité dans son texte Quest ce que la propriété ? Datant de 1840. La sodomie est pour Pierre Joseph Proudhon le dernier degré de la dépravation humaine. Elle est comparée au cannibalisme. Lhomosexualité apparaît comme dernier degré de la dépravation car elle est une sexualité pure : « Si la sexualité était totalement libre pour le plaisir, cest à dire célibataire, non conjugale, il n y aurait aucune raison daimer les femmes. Une sexualité libre serait donc tout naturellement une homosexualité » au-delà de lhomosexualité cest toute la sexualité pratiquée en dehors du devoir de génération qui est condamnée par Proudhon. A partir de cette constatation, lauteur de Quest ce que la propriété ? se lance dans des comparaisons de plus en plus dévalorisantes quand il traite de la pratique de la pédérastie. La sodomie est un monstre que toute société doit poursuivre. Elle est comparée à lanthropophagie.
Elle est comparée aussi à la bestialité. La vraie homosexualité se révèle être la marque dune nature irrémédiablement mauvaise. Proudhon est un des plus virulents pour dénoncer lhomosexualité. Il faut souligner que cette opinion va de pair avec une solide misogynie de sa part. De son point de vue, sans la procréation lhomme serait homosexuel car la femme possèderait de nombreux défauts. Ce jugement radical ira jusquà envisager que par voie de conséquence, le meurtre dun « pédéraste » est excusable car il procède dune forme extrême de défense contre celui qui menace la société. La pensée de Proudhon semblerait à ce sujet influencée par celle de Jean Jacques Rousseau.
Quels étaient ces intellectuels qui sexprimèrent sur la pratique de lhomosexualité ? De quels milieux sociaux étaient-ils issus ? Ces écrits datent tous des années 1820 -1850. Cest lépoque de la Restauration et de la Monarchie de juillet. La bourgeoisie prend son essor. Cette bourgeoisie va donner des entrepreneurs et le problème de lhéritage va devenir important. Le travail et lépargne deviennent des valeurs sûres, ce qui nétait pas le cas dans la société aristocratique. La famille devient la clef de voûte de la production, elle assure le fonctionnement économique et la transmission des patrimoines. Lhistorien Jean Paul Aron (1925-1988) et le philosophe et ethnologue de la littérature Roger Kemft notent que la bourgeoisie entre 1820 et 1850 met en place un appareil idéologique. Ils indiquent que sous la Restauration, la faillite de ses ambitions incite la nouvelle société à reconsidérer ses priorités. A la morale, elle confie le soin de lennoblir. Les bourgeois sefforcent à la respectabilité. Lanalyse des auteurs de ces écrits fait ressortir leur appartenance à la bourgeoisie : Jacques Antoine Dulaure, Maurice La Châtre, Honoré Antoine Frégier, Etienne de Senancour, pour nen citer que quelques-uns, paraissent appartenir à cette bourgeoisie urbaine animée par les principes issus de la Révolution française. On retrouve dailleurs dans leurs idées sur la pédérastie, des représentations propres à certains pamphlets révolutionnaires qui furent, eux aussi, rédigés par des journalistes et des écrivains.
Cependant on pourrait percevoir une différence avec le discours de Fourier qui replace les passions sexuelles dans un plan ou une construction plus globale. Les premiers auteurs cités : Dulaure, La Châtre
semblent avoir un discours moins analytique et plus basé sur la préoccupation des désordres dont lhomosexualité paraît être emblématique. On a une représentation axée sur lanathème le plus pur. Globalement il y aurait bien la mise en place de discours qui par rapport à lhomosexualité, nont certes pas laspect scientifique quils prendront avec la médecine. Cependant il y a bien la mise en place dun discours moral caractéristique sur la question des relations homosexuelles masculines au cours de cette période 1820-1850.
Globalement ces penseurs quils soient historiens, écrivains, hommes publiques ou réformateurs sociaux portent un jugement sévère sur lhomosexualité qui est jugée étrangère à toute société bien organisée et saine. Elle est entrevue comme une débauche sexuelle purement gratuite car naboutissant pas à la génération. Cette assimilation à la débauche fait de cette période, une période de transition entre la vision du XVIIIe siècle et limage de la dégénérescence qui simposera avec le discours médical. Parallèlement à cette vision des élites, il faut mettre en parallèle les perceptions plus usuelles, plus courantes qui laissent entrevoir la vision populaire de lhomosexualité masculine
C) Perceptions usuelles
Ces perceptions usuelles peuvent être cernées en utilisant les définitions de lhomosexualité contenues dans des dictionnaires et encyclopédies du XIXe siècle et les lettres et dénonciations du voisinage. Comme pour le premier chapitre nous définissons ces perceptions comme usuelles car ce sont celles qui apparaissent le plus couramment, tant soit au niveau des dictionnaires que dans les sources de police.
Sur les dictionnaires et encyclopédies nous trouvons deux définitions de lhomosexualité : pédérastie et sodomie, la première correspond à un terme usuel qui est de plus en plus employé pour qualifier les homosexuels masculins.
Le dictionnaire érotique de Delvau date de 1864, époque postérieure à celle de cette étude. Cependant selon les termes mêmes de lauteur, le journaliste et écrivain Alfred Delvau 1825-1867, ce dictionnaire se veut un recueil pornographique pour servir à lhistoire des murs au XIXe siècle. Il était donc nécessaire de le citer car il reprend des termes usités dès le XVIIIe siècle. Cependant il est à mettre à part car les définitions de lhomosexualité sont plus riches. Du côté de la réaction du voisinage, deux types dattitudes se dégagent à partir des sources utilisées : la réaction et les dénonciations du voisinage. De ce point de vue les archives de police contiennent un certain nombre déléments et des réactions directes face à la présence de ces hommes dans un endroit donné. On en décèle des traces tant dans La Gazette des tribunaux que dans les archives de police. Ces lettres de dénonciation et ces réactions directes permettent de cerner lattitude de lhomme de la rue face à lhomosexualité et de voir en quoi elle est différente de lattitude des intellectuels. Ceci permet également daborder ce quil convient dappeler la répression diffuse de lhomosexualité par le voisinage et lentourage. La répression diffuse semble bien une réalité dans le cadre parisien au cours des années 1820-1840. La proximité de lieux de rencontre paraît bien faire réagir lentourage : une grande partie de ce que contiennent les archives est constituée par des lettres de dénonciation. Ces dernières confirmeraient bien la préoccupation ou la nuisance que semble constituer ce type de voisinage
Académisme et homosexualité au cours de la première partie du XIXe siècle
Nous avons choisis de traiter des perceptions usuelles et des définitions de lhomosexualité contenues dans certains dictionnaires et encyclopédies du XIXe siècle. Nous avons défini cette partie de notre travail sous le titre académisme et homosexualité. Nous avons choisi dans un souci de cohérence de lensemble de notre travail de lintégrer dans le domaine de ce que nous appelons les perceptions usuelles au sens des perceptions véhiculées ordinairement et que lon peut observer assez régulièrement. Comme pour le XVIIIe siècle, les définitions de lhomosexualité sont dans ces ouvrages plus conformes et relatent que de manière atténuée les débats que lon pourrait remarquer chez certains réformateurs sociaux et chez les médecins. Cependant ces représentations démontrent lévolution des perceptions de lhomosexualité. Ces dictionnaires donnent une information synthétique. Ils résument les représentations les plus convenues. Nous avons utilisé Le Dictionnaire de lAcadémie française la 5ème édition de 1798 et la 6ème édition de 1832-1835, Le nouveaux dictionnaire de la langue française de Jean-Charles Laveaux 1749-1827 datant de 1828, le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, Enfin nous ferons aussi référence au Dictionnaire érotique dAlfred Delvau.
Le grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse est une bibliothèque des connaissances et des murs du XIXe siècle. Cette immense uvre encyclopédique sinscrit dans la lignée de lEncyclopédie. Il fut rédigé sous la direction de Pierre Larousse 1817-1875 qui fut pédagogue et éditeur. Cest une uvre qui se situe dans le contexte du développement des idées républicaines, libérales et laïques. Sa publication est à replacer dans le contexte de la fin du Second empire et de la naissance de la IIIe république. Elle sest effectivement étalée de 1866 à 1877 donc elle est postérieure à la période étudiée. Cependant les représentations de lhomosexualité qui sont dans ce dictionnaire résument celles que nous avons pu percevoir chez certains réformateurs sociaux. Larticle pédérastie offre dabord un historique de lhomosexualité dans les sociétés antiques. Lauteur déplore quune telle permissivité ait pu être la règle. Il aborde aussi les causes de la pédérastie. Certains arguments observés par ailleurs dans dautres sources sont affirmés : climat trop chaud, labus des femmes qui amène à chercher dautres plaisirs. Les thèses de la médecine légale sont soulignées. Il est fait mention de certains établissements recevant une clientèle homosexuelle. Cet article est un condensé de représentations diverses observées par ailleurs. Un des problèmes préoccupant lauteur de cet article est le fait que lhomosexualité draine la criminalité dans son entourage. Enfin lhomosexuel apparaît comme un personnage particulier et enclin à la féminité, ce qui semble la logique de sa personnalité. Une autre entrée est faite à sodomie. Lauteur se cantonne à lépisode de Sodome et aux condamnations pauliniennes. Cet article a un ton plus religieux par rapport aux analyses contenues dans larticle pédérastie qui est plus laïc dans sa manière daborder le problème.
Les définitions contenues dans le Nouveau dictionnaire de la langue française de Jean-Charles Laveaux et celles contenues dans le Dictionnaire de lAcadémie française édition de 1798 et de 1832-1835 sont similaires : les deux seules expressions employées sont « pédérastie, pédéraste », « sodomie, sodomite ». Le vocabulaire « pédérastie » comporte comme explication dans les deux cas « amour honteux dhomme à homme, pour sodomie et sodomite, le dictionnaire de Jean-Charles Laveaux donne comme définition : crime de lhomme avec un autre homme. Parallèlement lauteur de larticle fait référence à lorigine du mot dans lhistoire de la ville biblique de Sodome. Lexplication bien que plus courte ressemble à celle du Grand dictionnaire du XIXe siècle. Les deux éditions du Dictionnaire de lAcadémie française se bornent pour sodomie et sodomite à donner comme définition péché contre-nature. La synthèse globale qui peut être faite de ces quelques dictionnaires du XIXe siècle par rapport à ceux du XVIIIe siècle : lhomosexualité masculine semble définie selon un vocabulaire plus restreint : bougre, socratique
ont disparus. Est-ce le signe que le débat au XVIIIe siècle était plus ouvert ? Est-ce une indication du fait que lhomosexualité est définie de manière assez uniforme : péché contre-nature, vice ? Nest ce pas aussi une conséquence de lirruption de la morale ? Parallèlement à ces dictionnaires de langue nous faisons mention au Dictionnaire érotique moderne dAlfred Delvau. Alfred Delvau sintéressa à Paris et à son histoire. Il devait rédiger un dictionnaire de la langue verte ou de largot parisien. Cet aspect peut expliquer les définitions plus importantes et plus pittoresques que son Dictionnaire érotique moderne contient. Il est postérieur à notre période : il fut édité au tout début des années 1860. Cependant il nous est apparu important de le mentionner car nous retrouvons dans ce dictionnaire des expressions qui étaient présentes dans les dictionnaires du XVIIIe siècle et qui sont absentes des dictionnaires du XIXe siècle consultés. Ainsi on trouve dans le dictionnaire dAlfred Delvau lemploi des mots comme bougre et bougrerie, bardache, amour socratique, socratiser. Sodome, sodomisé comporte comme définition deux expression de deux auteurs de littérature licencieuse du XVIIIe siècle Charles Collé et Alexis Piron. Il n y a aucune mention à lhistoire de Sodome et le mot pédérastie nest pas mentionné. Le ton de ce dictionnaire fait penser au ton du Dictionnaire comique et satirique, critique, burlesque, libre et proverbial de Philibert Joseph Le Roux pour le XVIIIe siècle. On y constate une même liberté de langage et une même dédramatisation de lhomosexualité. Globalement mis à part le Dictionnaire dAlfred Delvau on constate que la définition de lhomosexualité, vu les similitudes dexplication dun dictionnaire à lautre, ne semble plus faire lobjet de débats intenses ou de grosses divergences. Parallèlement quelles sont les perceptions usuelles qui peuvent être observées à travers les réactions du voisinage ? Ces perceptions sont elles également uniformes ou peut-on discerner des divergences dappréciation ?
Les perceptions usuelles à la lumière des dénonciations et lettres du voisinage
Les réactions du voisinage sont mesurables par les dénonciations contenues dans les archives de police. Ces lettres ou dénonciations proviennent des archives DA 230. Ces dossiers contiennent près dune trentaine de lettres ou dénonciations « dactes de pédérastie » et plusieurs rapports de police paraissent avoir des plaintes pour origine. Toutes ces lettres sont écrites au cours des années 1820-1840. Elles semblent exprimer une sensibilité particulière due à la présence de ces hommes dans le voisinage ou dans les promenades publiques
Le premier type de plainte est celle du voisinage dun lieu de rencontre homosexuelle. Les archives de police contiennent un certain nombre de lettres de voisinage réclamant une intervention contre un lieu qui est « infesté de pédérastes », ou « jeunes gens provoquant à la débauche ». Ce type de formule revient souvent. Des indices démontrant la réaction du voisinage sont contenus aussi dans des rapports de police qui mentionnent la plainte de riverains. Le jugement de certaines affaires laisse entrevoir lintervention du voisinage. Ces lettres expriment, dans un premier temps, le sentiment de trop plein. On estime que le phénomène envahi le lieu et quil porte atteinte aux honnêtes gens. Il y a la crainte que des gens innocents et particulièrement des adolescents se laissent entraîner. Ainsi, cette lettre datant du 14 août 1820 « La pédérastie fait des progrès scandaleux pour ne pas dire plus. Chaque soir ses sectateurs se rassemblent en grand nombre, soit aux Champs Elysées dans la partie avoisinant le Jeu de paume, soit dans quelques rues construites sur le terrain du Colisée
Si les lois ne peuvent atteindre une pareille dépravation, ne pourrait-on pas par quelques mesures de police, obliger les individus que je signale à se renfermer pour se livrer à leurs jouissances illicites ? » Ou cette autre lettre des habitants du quartier neuf des Champs Elysées en date du 4 août 1834 « qui viennent de faire connaître que la partie du Cours de la reine qui sétend de lallée dAntin au quai de Billy est infestée de pédérastes qui sy livrent à la débauche la plus dégoûtante
» Ces lettres expriment le sentiment de dégoût davoir à subir ce type de voisinage. Elles soulignent le problème de tranquillité inhérent à un tel voisinage. La cohabitation avec ces hommes semble vécue comme une atteinte à lordre public. Les lieux de rencontre homosexuelle sont vécus comme des foyers de désordre au même titre que la délinquance. Des liens sont opérés entre homosexualité, vol et banditisme. Dans ces plaintes il y a parfois aussi la plainte de voisins dun établissement soupçonné de servir de lieu de débauche homosexuelle : comme celles qui concernent le café de lEtoile en 1819 aux Champs Elysées. Le voisinage soupçonne fortement cet endroit dêtre un lieu de fréquentation homosexuelle. Il est noté que de jeunes soldats de la garde sy prostitueraient. Il semblerait que la fréquentation assidue des militaires soit le problème principal de ces plaintes du voisinage. Dans ce type daffaire, lincitation à la débauche semble être le rôle moteur des plaintes et non lobservation de faits comme dans le cas de lieux ouverts. Le voisinage dun lieu de fréquentation homosexuelle est très peu toléré et les lettres peuvent parfois exprimer une certaine violence. Le terme « infesté » qui fait référence à infection et donc à une sorte dépidémie est utilisé. De même lexpression « brutale passion » est aussi employée. Elle fait référence à une passion violente qui ne peut sexercer que dans la violence. Elle sous-entend que ce type de passion fait courir un danger à la société, à cause de ce caractère brutal et dangereux. Les termes de ces lettres parlent datteinte à lordre public, doutrage à la nature et de danger de corruption de la jeunesse. Ce sont ces trois thèmes qui reviennent globalement dans ces textes dénonçant les lieux de rencontre fréquentés par des « pédérastes. » Certaines affaires laissent aussi entrevoir les problèmes de voisinage qui sont à lorigine de laffaire. Le compte rendu dun jugement concernant trois hommes en 1847 prévenus de vagabondage et doutrages à la pudeur mentionne la plainte incessante des négociants établis dans les galeries et passages. Les riverains semblent percevoir sur le même plan le vagabondage et lhomosexualité
Des dénonciations directes dhommes connus ou soupçonnés dhomosexualité illustrent que du point du vue du voisinage, la présence dhomosexuels est vécue comme une sorte de désordre et cette crainte motive ces dénonciations. Ainsi les hommes qui sont cités nommément sont des hommes qui se remarquent particulièrement. Cette visibilité parait inadmissible car elle constitue une atteinte ou une offense à la morale publique. Nous avons plusieurs exemples qui illustrent cette réaction du voisinage : « le 24 décembre 1844 un anonyme signale divers individus se livrant à la pédérastie dont Bornstedt. Il fait ordinairement ses promenades sur le boulevard
»Outre les dénonciations directes, certains rapports de police sur un individu mentionnent le rôle joué par le voisinage. « Vicomte de Sully 38 rue Monthabon, pédéraste honteux, daprès les informations pris dans la maison et le voisinage. Il passe pour être artiste et écrivain. » Ces exemples démontreraient que les discours des réformateurs sociaux pourraient être influencés par ces perceptions plus usuelles, car ce qui ressort comme perceptions de lhomosexuel masculin est son intégration aux fléaux sociaux propres à la ville. Cest également la marginalité de ces hommes qui posent problème à lentourage. Ils vivent en marge et en dehors des règles morales. Leurs pratiques, leurs habitudes les distinguent du modèle social dominant, en loccurrence de la morale bourgeoise. Il y a la crainte quils cherchent à nuire ou quils nuisent à la société. Il y a la volonté dans ces plaintes et dénonciations de rejeter ces hommes hors du lieu où ils sont. Le cas cité du Vicomte de Sully illustre ce double stigmate « pédéraste » donc marginal sexuellement et artiste donc improductif au sens des valeurs bourgeoises qui se mettent en place. Ce refus des marginaux nest pas en soit un phénomène propre au XIXe siècle.
La présence trop voyante dhomosexuels dans des lieux publics est aussi ressentie comme une perturbation intolérable. Au cours des années 1837 1845 une série dévènements paraissent inquiéter fortement lopinion publique : la présence dhomosexuels dans certains théâtres parisiens. On compte environ six courriers concernant ces théâtres parisiens. Deux motifs dinquiétude paraissent motiver les plaintes et dénonciations : le voisinage dhomosexuels jugé comme perturbant et les craintes pour la jeunesse. Plusieurs courriers signalent que ces hommes sattaquent à des jeunes gens et le danger de corruption de la jeunesse paraît la première crainte de cet ensemble de lettres. A travers ces courriers ces hommes semblent tout naturellement portés à sen prendre aux plus jeunes car plus fragiles et plus malléables. Certaines de ces dénonciations comportent des détails qui paraissent volontiers grossis : « jai vu un vieillard forcer par ses manuvres un enfant de 13-14 ans à quitter le spectacle. Cest cet exemple qui ma donné léveil. Jai été au théâtre plusieurs fois pour me dérober à tout attouchement, jai été obligé de menacer den souffleter les auteurs. »Ces missives semblent toutes prendre un ton dramatique. Elles dénoncent la débauche quon laisserait saccroître. A la lecture de ces lettres limpression serait celui dun phénomène de grande ampleur. Lhomosexuel paraît être celui qui à tout moment cherche à assouvir ses désirs, de préférence en détournant de jeunes garçons.
La réaction du voisinage est une réalité assez bien perceptible à partir de ces archives de police. Les archives de police du XVIIIe siècle comportaient des dénonciations des mouches qui étaient employés par la police pour dénoncer les fauteurs. Elles comportaient des comptes rendus de patrouille de police. Parallèlement elles ne comportaient que quelques dénonciations directes de personnes extérieures à la police. Les rapports de police ne comportaient que quelques mentions de dénonciations de voisinage. Ces archives de police qui recouvrent les années 1815-1848 paraissent comporter un nombre notable de lettres de riverains. Parallèlement plusieurs rapports font mention de la plainte de riverains. Ceci traduit-il une prise de conscience de lhomosexuel comme personnage à part ? A la lumière de ces réactions spontanées et des problèmes de voisinage, il semblerait que lhomosexuel est de plus en plus considéré comme un personnage à part et menaçant la société. Il semble devenir dans ces perceptions plus courantes le pervers type comme il le devient dans les écrits de certains réformateurs sociaux. Cependant quels sont les auteurs de ces dénonciations ? Certaines de ces lettres sont assez bien écrites. Elles ne comportent aucune faute. Il faudrait à ce stade évoquer le taux dalphabétisation pour cerner quels sont ceux qui écrivaient ces lettres. A ce propos nous pouvons faire référence à lenquête conduite par Louis Maggiolo. Recteur de lAcadémie de Nancy ; en 1877 il lance auprès des instituteurs une enquête sur la proportion dépoux ayant signé leur acte de mariage entre 1686-1690 et 1876. Les résultats pour les années 1816-1820 donnent environ 80 hommes sur 100 et 70 femmes sur 100 ayant signé leur acte de mariage. Le fait de signer ne correspond quà un niveau précis de maniement de lécriture. Donc ces lettres de dénonciation traduiraient probablement lexpression dun certain type de classes sociales. Elles concerneraient certainement des personnes bénéficiant dun bon niveau culturel. Elles exprimeraient plus la vision de certains membres de la moyenne bourgeoisie parisienne. La réaction du voisinage est perceptible dans Paris. Elle exprime le sentiment que la pratique de lhomosexualité masculine se développe et devient trop visible. Cest le problème central qui est posé par ces réactions. On réagit physiquement ou par lettre car on estime que le phénomène devient anormalement visible. Ce problème de la visibilité est bien moins mis en avant dans les archives de police du XVIIIe siècle. En comparant la vision de lhomosexuel qui ressort de ces courriers et parallèlement celle de plusieurs réformateurs sociaux, il semble avoir des points de convergence : lhomosexualité débauche extrême ou dernier degré de dépravation ressort de ces lettres tout comme il apparaît dans le discours des réformateurs sociaux. Même si ces lettres se bornent à dénoncer un voisinage ou une visibilité que les auteurs de ces lettres ne peuvent admettre. Elles expriment un sentiment dexaspération devant ce type de cohabitation. On ne retrouve pas damalgame fait entre coutumes étrangères et homosexualité dans ces lettres comme le faisaient certains réformateurs sociaux ou intellectuels au sens large. Dans ces lettres et dénonciations de voisinage la représentation de lhomosexualité est celle dun fléau social qui affecte les lieux publics. Mis à part ces lettres et dénonciations du voisinage, la réaction commune vis-à-vis de lhomosexualité masculine peut être mesurée par ce que nous appelons les exemples de justice distributive.
Les perceptions usuelles à lexamen des exemples de justice distributive
Le terme de justice distributive incarne une conception judiciaire entendant rétribuer chacun selon les mérites de la personne. La notion de justice distributive est appliquée dans ce travail pour ce qui est du domaine de la réaction physique de certains devant la présence dactes homosexuels dans un lieu donné : devant certains agissements certains croient devoir appliquer des corrections qui correspondent à lacte produit. Les exemples de justice distributive sont de plusieurs sortes : il y a les réactions de ceux qui croient être victime dune tentative de séduction de la part dun homme. Plusieurs cas sont disponibles et ils révèlent une attitude nette et directe. Le voisinage de lieux fréquentés par des hommes en quête de relations homosexuelles occasionne des réactions et elles sont motivées principalement par un phénomène que lon estime trop voyant. Il faut faire référence aux règles de la violence sévissant dans la rue comme le remarque Arlette Farge. La violence obéit à une logique rigoureuse. Elle a ses règles et ses motifs.
Il semblerait que ces réactions soient justement assez violentes et certaines paraissent même organisées comme des règles. Ainsi La Gazette des tribunaux du 7 octobre 1831 relate le cas dEsprit Chatenay, écroué comme prévenu doutrages publics à la pudeur sur la personne dun jeune homme de 16 ans. Dans cette affaire le jeune Doré qui avait des doutes se fit suivre au rendez-vous par des camarades qui menacèrent Chatenay de le livrer à la police. Il y aurait bien eu lintention de rendre justice dun acte jugé répréhensible. La suite aboutit à larrestation. En date du 26 novembre 1836 La Gazette des tribunaux fait part dun cas plus significatif. Un étudiant en droit fut accosté au jardin du Luxembourg par un ecclésiastique, il sagissait de traduire un texte latin. Le jeune homme à la vue de gravures obscènes comprit la cause véritable de cette demande. Il fixa rendez-vous au clerc. Il fit venir des camarades pour lui infliger une correction qui devait se poursuivre dans la rue avec les passants. Cette réaction est intéressante car dans ce cas, létudiant fixa un rendez-vous dans le but de corriger le clerc. Il y a bien là une volonté réfléchie de corriger et donner une leçon au coupable. En dehors de la volonté réfléchie de rendre justice, il se présente des cas de réactions spontanées parfois violentes. Le 2 octobre 1826 au Jardin du Luxembourg, un libraire du nom de Sassène est provoqué par un « pédéraste ». Il conduisit ce dernier à coups de canne au corps de garde. Le 14 novembre 1835, une affaire est jugée au 2e conseil de guerre de Paris. Elle concerne la plainte dun certain Lot contre le soldat Venot du 43e régiment. Lot se plaint dune tentative dassassinat et de vol avec violence. Il déclare ne pas connaître laccusé. Daprès le soldat Venot, ils se connaissaient et Lot lui fit visiblement des propositions et le soldat voulut lemmener au poste. Lot se serait enfui en laissant son sac.Enfin nous avons des témoignages indiquant que des individus ayant voulu faire des propositions se sont trouvés bastonnés ou celui qui reçu les propositions voulut larrêter : rue Grange batelière une personne provoquée par un « pédéraste » a voulu larrêter sans succès. Nous trouvons également dautres témoignages de justice sommaire exercée à lencontre dune personne faisant un peu trop étalage de ses désirs à un autre. Ces cas montrent que les réactions spontanées peuvent être directes et violentes à lencontre de ceux ayant malencontreusement affiché leurs désirs.
Mise à part ces réactions individuelles nous avons des exemples de réactions plus collectives dans des lieux publics. Nous avons quelques cas au cours des années 1820 1840. Dans ce cas précis, la réaction est celle de personnes qui se sentent submergées par une présence quils jugent offensante. Cette réaction rejoint les sentiments qui sexpriment dans les lettres de voisinage. Ainsi La Presse en date du 21 juillet 1845 fait le compte rendu dun contrôle de police au jardin des Tuileries : « Au moment où vers neuf heures ils (les pédérastes) se trouvaient réunis au nombre de vingt ou trente chantant dimpurs refrains, dansant en rond et se livrant à tout le cynisme de leurs habitudes, une brigade dagents fondit sur eux. La foule ayant su de quoi il sagissait et à quelle sorte de gens la police avait affaire pris parti pour elle et arrêtant les fugitifs au passage leur administra à coups de canne une correction extra-légale et dont plus dun, sans doute, porteront longtemps les marques. »Dautres réactions de ce type sont perceptibles à propos de gens qui ont usé de cannes ou autres pour exercer une justice sommaire envers ce quils considèrent comme un outrage insupportable. Ces diverses réactions ou ces actes de justice sommaire ne sont pas des réactions nouvelles en soi : on trouvait à travers les charivaris dans les campagnes sous lAncien régime, des réactions analogues contre ceux dont on estimait quils troublaient ou portaient atteintes à lordre moral. Ces charivaris pouvaient occasionner beaucoup de violence contre ceux qui les subissaient. Jean François Soulet souligne sur les campagnes pyrénéennes au XIXe siècle « la force dissuasive des charivaris sur ceux qui transgressent la morale : Mariage, non-conformisme
» Ces cas de justice sommaire se sont passés à Paris. Ils se révèlent parfois assez violents. Ils paraissent être la réaction devant ce que lon considère être par trop librement développé : on paraît craindre que ce qui se développe et ce qui se remarque finisse par être du domaine de la tolérance de fait. Cest principalement pourquoi, beaucoup de ces réactions ont pour cause la trop grande visibilité de la « pédérastie ». Ces réactions qui ne peuvent être généralisées révèleraient une sensibilité vis-à-vis de lhomosexualité masculine. Ces réactions directes peuvent être analysées de plusieurs manières. La réaction de quelquun devant une proposition quil juge blessante pour lui, peut être liée à la mutation de la masculinité et la redéfinition de la virilité. Ce cas de figure paraît applicable dans le cas de létudiant au jardin du Luxembourg. Le fait de fixer un autre rendez-vous pour exercer une justice sommaire pourrait indiquer quil aurait vécu cet épisode comme un outrage à sa personne. De plus le fait de faire intervenir dautres hommes pour administrer collectivement une correction physique relèverait bien dun acte qui exprimerait une manifestation de virilité. Ce type de réaction semble illustrer une virilité revancharde qui sestime outragée. Il semble bien que ces réactions, autant que les lettres, révèlent la conscience dun acte outrageant et mauvais. Cependant ce qui semble principalement poser problème à travers ces courriers et ces réactions, est la visibilité et la proximité trop voyante de lieux fréquentés par ces mêmes hommes. A travers les pamphlets révolutionnaires, les représentations de certains réformateurs sociaux ou élites au sens large, lhomosexualité est progressivement vue comme un comportement à part. Celui qui sy livre devient le pervers par excellence, même si dans le cas de certains hommes de lettres, il semble y avoir une plus grande compréhension. Un type de personnage est de plus en plus identifié, même sil ne lest pas comme il le sera à partir des théories sur la dégénérescence et la définition de lhomosexuel à partir des années 1860. Enfin ces comportements vont être progressivement assimilés aux fléaux sociaux dans le cadre dune société qui surbanise et ce sentiment semble exprimé par les perceptions usuelles.
II Lhomosexualité progressivement assimilée à des facteurs de désordres
La définition dun type de personnage pervers par excellence et le développement de la ville vont occasionner létablissement dun lien direct entre lhomosexualité dans la ville et divers fléaux sociaux ressentis comme inhérents au monde urbain. Plusieurs désordres seront liés à lhomosexualité masculine. Dabord la prostitution, ce qui nest pas nouveau, car nous pouvions préalablement observer ce facteur à la fin du XVIIIe siècle. On établit aussi un lien entre lhomosexualité, le crime et le vagabondage vécus comme des faits urbains par excellence : les premiers experts à parler dhomosexualité sont des policiers et des réformateurs sociaux et ils tendent à confondre crime et homosexualité. La hantise de linvasion de lhomosexualité devient de plus en plus présente. Lhomosexualité au cours de la première partie du XIXe siècle devient emblématique des dysfonctionnements de la ville. : « Pour beaucoup dobservateurs, les villes menacent les valeurs traditionnelles et constituent un terreau pour le renversement de lordre établi »La grande ville va apparaître progressivement comme le lieu de tous les dangers sociaux, où la dépravation et les maladies vénériennes se développent ; cest dans ce cadre que seffectuent les perceptions de lhomosexualité. Dans un premier temps, lhomosexualité masculine est assimilée aux nuisances et fléaux de la ville. Enfin la perception de ces types de nuisance entraîne un sentiment dextension du fait homosexuel dans la ville.
A / Vagabondage, prostitution, crime et homosexualité
Dabord lhomosexualité est perçue voisine avec la prostitution. Lexamen de certains écrits dintellectuels, les rapports des policiers et les lettres de certains riverains présents dans certaines archives de police des années 1820 1840 en rendent compte. Les écrits de certains intellectuels font le lien entre homosexualité et prostitution : Pierre Joseph Proudhon que nous avons déjà cité fait le lien entre la pratique de lhomosexualité et la prostitution dans son texte Quest ce que la propriété datant de 1840. Un texte datant de 1826, Paris tableau moral et philosophique attribué à Vincent Fournier Verneuil (1792-18 ??) établit un lien entre homosexualité et prostitution des enfants. « SAR le Duc dOrléans ignore que la débauche la plus honteuse, scandaleuse qui se pratique à la nuit tombante dans son jardin
»Dautres insèrent lhomosexualité dans une histoire de la prostitution. Alexandre Parent Duchâtelet (1790-1836) dans un texte intitulé De la prostitution dans la ville de Paris, associe le problème de lhomosexualité masculine à la prostitution au sein dune étude sur certains fléaux de la ville et dans le cadre dune vague hygiéniste qui transforme ces fléaux en objets de peur. Dans le chapitre consacré à lHôpital du midi, il souligne que quelques-uns sont amenés à lhôpital pour les suites du vice le plus honteux. La nature et le siège de leur affection ne permettent pas den dissimuler la cause. Il désigne ces individus sous le vocabulaire de « tante » et souligne quils tiennent le même langage que les femmes galantes. Lexpression « tante » sert à définir un homme qui tient le rôle de femme avec des pédérastes actifs. Ce qui fait un lien direct avec la prostitution féminine. Plus globalement lhomosexualité est liée à la prostitution car elle est perçue comme une débauche désordonnée. Au niveau des représentations, lhomosexualité est perçue sur un plan relationnel à travers des hommes adonnés à la « pédérastie » et qui ont recours à dautres qui exploitent leur vice et qui se prostituent. Les écrits des policiers font encore avec plus dévidence ce lien entre les amours socratiques et la prostitution. Le texte dun policier datant de 1797 fait une analyse de ce qui se passe au Palais Royal qui est décrit comme le rendez-vous de la plus audacieuse obscénité. Louis Canler (1797-1865) est ancien chef de la sûreté et fut membre de la police dès 1820. Il consacre un chapitre de ses Mémoires aux homosexuels sous le titre Les antiphysiques et les chanteurs. Lidée centrale est que lhomosexualité est fille de la prostitution et du crime. A partir de cette idée, il classe les homosexuels en plusieurs catégories : les honteuses, les rivettes, les persilleuses, les travailleuses. Les honteuses cachent leur vice et ne souhaitent pas se faire reconnaître. Les rivettes sadressent à la jeunesse pour satisfaire leurs penchants. Les persilleuses appartiennent à la classe ouvrière et ont le goût du luxe et de la fainéantise. Ils sont efféminés et se prostituent. Les travailleuses sont reconnaissables par rapport aux honteuses mais ces hommes ne se prostituent pas. Ce policier analyse les rapports homosexuels masculins à travers deux types dhommes : certaines personnes de rang ne peuvent se passer de ce vice et des personnes de milieu populaire les exploitent en se prostituant. Un autre problème étant que la pratique de lhomosexualité transgresse les classes sociales. Les rapports de police datant des années 1820 1840 comportent souvent des amalgames entre lhomosexualité dans les lieux publics et la prostitution. On parle de prostitution en tout genreDes rapports signalent des arrestations dindividus nayant visiblement que la prostitution comme moyens dexistence. Les archives de police BB4 et BB5 comportent des notes sur des personnes fichées « fait son commerce comme une fille publique ». Lhomosexualité paraît se développer : certains rapports parlent « des pédérastes qui infestent tel lieu. » « La pédérastie » est surtout perçue comme un échange de plaisir qui nest que du plaisir excluant de fait tout type de sentiment ; à ce titre ce pur plaisir est lié à cet autre pur plaisir quest la fréquentation des prostituées. Une plainte écrite datant du 2 février 1846 et émanant dun riverain des Champs Elysées parle de maisons de prostitution de jeunes garçons, de honteuse prostitution.Plusieurs rapports de police comportent des remarques sur des hommes connus pour fréquenter les lieux publics et qui se donnent comme des prostituées. Ces amalgames entre prostitution et homosexualité deviennent de plus en plus nombreux dans les rapports datant des années 1820-1840 : un certain nombre de rapports de police de ces années produisent systématiquement cette confusion. Cette perception est beaucoup plus fréquente que dans les rapports de police datant de la fin du XVIIIe siècle. Pour les policiers du XIXe siècle, la prostitution masculine se révélait être lantichambre du crime. Lamalgame est aussi systématiquement fait entre prostitution et homosexualité car elle est vue comme la prostitution non encadrée, vecteur de désordres sociaux ou de gêne pour les familles. La confusion entre la prostitution et lhomosexualité ressort aussi à lexamen de certains termes désignant les adeptes des amours masculines. Le terme Jésus est usité dès la première partie du XIXe siècle. Il fait référence à un jeune homme qui vend ses charmes à de plus âgés. De même le terme de môme employé dans les années 1840 fait aussi référence au même type dindividus. Le premier fléau social auquel on assimile lhomosexualité est la prostitution. Cette assimilation part de lanalyse quun tel vice, une telle débauche ne peut occasionner que des situations dégradantes. Cette confusion doit aussi être replacée dans le cadre des débats que lon observe dans la médecine sur la concordance entre le physique et le moral dun homme. Il trouve des débouchés dans lobservation de la déviance et de la criminalité. Il va séduire des réformateurs sociaux.
Lhomosexualité va être aussi de plus en plus liée à la délinquance et au crime. Cette tendance apparaît dans des écrits de contemporains et dans des rapports de policiers. Lhomosexualité masculine est englobée dans une réflexion globale sur les dysfonctionnements sociaux. Ces désordres identifiés parmi lesquels figurent la délinquance et lhomosexualité sont vus comme les produits de ces dysfonctionnements. Cette assimilation de lhomosexualité à la délinquance est le fait de réformateurs sociaux et surtout des policiers. Elle ressort de lanalyse des rapports de police. Les policiers perçoivent ces relations à travers la surveillance de certains lieux publics. Parfois ceux-ci sont fréquentés par des personnages malhonnêtes. Ces hommes sont principalement les chanteurs. Ils parcourent ces lieux pour piéger et faire chanter ceux qui se laisseraient prendre. « La pédérastie » est donc assimilée à la délinquance quil convient de réprimer car sa pratique occasionne la présence de personnages peu recommandables. Plusieurs rapports contiennent des rapprochements tels que filous, pédérastes. Ces amalgames sont aussi effectués de manière encore plus systématique dans les rapports des années 1820-1840 et dans certaines lettres contenues dans ces dossiers de police. Des termes comme scélérats, mauvais sujets, individus de mauvaise mine font référence à des délinquants. Ils expriment le sentiment dinsécurité quoccasionne la présence de ces lieux. Certains rapports soulignent des faits de vagabondage et de vols. Cette confusion est aussi explicable par le fait que lhomosexualité intentionnelle qui est la plus visible est celle qui apparaît dans des faits délictueux. Lhomosexualité masculine sobserve aussi dans le cadre dactivités de racolage dans les lieux publics. Lassimilation de lhomosexualité à la délinquance et au vol est aussi réalisée à loccasion de certaines affaires criminelles qui ont pour protagonistes des personnes homosexuelles. Plusieurs de ces affaires délictueuses mettent en scène en toile de fond, le milieu de lhomosexualité et elles sont loccasion damalgames divers. Laffaire Antonio Bracchetti que nous aborderons plus tard est loccasion de faire un parallèle entre tendances criminelles et tendances homosexuelles. On parle de la nature dépravée de ce condamné à mort comme si ses instincts sexuels devaient le conduire à ce crime quil commit sur un surveillant de prison. En 1826 aussi lexécution de Virgilio Malaguti et Gaetano Rotta, coupables dun vol de rouleaux dor et dune tentative dhomicide est aussi loccasion de souligner que leur vie, leurs murs les prédisposaient à finir ainsi. En décembre 1834, un assassinat commis à Paris rue Saint Martin est loccasion détablir un lien entre homosexualité et criminalité. Deux personnes sont retrouvées mortes : la mère et le fils Chardon. Le fils Chardon était connu comme homosexuel et le policier Canler note que cest sur des êtres abjects comme lui que les soupçons se sont portés.Cette affaire fait partie de laffaire Lacenaire du nom de Pierre François Lacenaire 1800-1836 qui fut condamné à mort et exécuté et qui fut inculpé de ce crime. Lacenaire avait connu le fils Chardon en prison. Lacenaire était soupçonné davoir eu des relations homosexuelles. Dans ses mémoires Canler semble affirmer que ledit Chardon fut lamant de Lacenaire. En juillet 1845 Laffaire dite « laffaire de la rue des remparts » met en cause un groupe de « 28 pédérastes » se réunissant rue des remparts. Des parallèles entre délinquance et pratique de lhomosexualité seront effectués. La Gazette des tribunaux du 14 août 1845 parle dune association de malfaiteurs et de « cette bande qui au vol, au recel, aux murs les plus immondes ajoutait la plus coupable des escroqueries, celle vulgairement connue sous le nom de chantage. »Le même journal insiste sur un des protagonistes, Blondel, qui est accusé de plusieurs vols. Le vol est vu comme le comportement logique dune personne qui a des murs corrompues. Ces affaires judiciaires sont loccasion de démontrer que lhomosexualité masculine intentionnelle de la ville est souvent lantichambre de la délinquance.
Un autre thème de préoccupation dans ces années 1820-1840 est la pratique de lhomosexualité dans les prisons. Il permet aussi de faire un amalgame entre homosexualité et criminalité Au-delà du problème moral lhomosexualité finit par être décrite comme une pratique inhérente aux prisonniers et à leur nature criminelle et donc corrompue. Lidée est que la corruption des prisonniers conduisait inéluctablement vers la corruption des murs. La pratique de la « pédérastie » devenait le débouché naturel dune nature criminelle. Ainsi, les criminels les plus endurcis devenaient- ils susceptibles de pratiquer ce vice et de le faire pratiquer : « Les vieux forçats que lhabitude du mal, le vice, la débauche ont achevés de pervertir. »Ainsi la dénonciation de lhomosexualité en prison fait-elle apparaître les relations sexuelles entre hommes comme un facteur voisinant avec le monde de la délinquance et de la criminalité. Lhomosexualité devient un des traits des rapports de domination entre criminels incarcérés. Ainsi de 1819 jusquen 1845 plusieurs sources expriment cette préoccupation de la pratique de lhomosexualité en prison : un texte dElie Decazes (1780-1860) : rapport au Roi sur les prisons et pièces à lappui du rapport datant de 1819 fait mention du danger de voir la pratique de lhomosexualité en prison se répandre. « Il était dailleurs désirable pour la santé comme pour les murs des détenus, quils fussent couchés seuls. En conséquence, on a commencé à établir dans plusieurs maisons, des lits à une place... »Outre que lassimilation de lhomosexualité au problème des prisons permet de lier encore davantage lhomosexualité au crime, la préoccupation de la pratique de lhomosexualité entre prisonniers participe de cette crainte de voir « la pédérastie » sétendre. Au cours de la première moitié du XIXe siècle des solutions furent envisagées pour lutter contre ce phénomène. Des circulaires en portent témoignage. Dans le règlement général de certaines prisons, des sanctions sont prévues : le Règlement général pour la maison centrale de Fontevrault 20 mars1829, en son article 23 stipule que les actions contraires aux bonnes murs seront punies de 5 à 15 jours de cachot selon leur gravité. Un rapport du directeur de la maison centrale de Clairvaux en date du 6 juin 1834 salarme de la pratique de lhomosexualité en prison. Le directeur évalue les individus atteints de ce vice à 20e/100 pour ceux provenant des villes et 8e/100 pour ceux provenant des campagnes. Il envisage des solutions : les détenus peuvent faire la police entre eux, surveillance des individus suspectés, séparation de ceux que lon soupçonne damitiés suspectes. Dans le code des prisons en date du 1 août 1838 une circulaire prescrit la suppression des dortoirs et lintroduction du régime de lemprisonnement individuel. Le régime de la vie en commun entraîne des conséquences funestes et la morale en gémit.Une circulaire en date du 1er février 1837 soulignait les dangers moraux attachés au coucher en commun. A partir de là on envisage lisolement pendant la nuit, le travail
diverses solutions sont proposées pour lutter contre le phénomène de « la pédérastie » en prison. Ces comptes rendus et ces circulaires semblent animés de la hantise majeure de voir la pratique de lhomosexualité se généraliser en prison. La promiscuité dans une maison darrêt selon ses sources ne semble conduire quà la pratique de lhomosexualité. Il y a une image de la nature humaine qui se révèlerait particulièrement fragile et faillible. Au cours de la première moitié du XIXe siècle les prisons semblent perçues comme des lieux de pratiques de lhomosexualité. La prison semblait bien être ressentie comme le lieu de propagation par excellence des déviances sexuelles de fait de la nature criminelle des prisonniers. La sodomie était devenue la plaie des maisons centrales.On peut trouver dans la Revue pénitentiaire des institutions préventives en date de 1845 la préoccupation des liaisons homosexuelles et des violences entre détenus quelles entraînent. Cette préoccupation de lhomosexualité en prison renforce donc le lien entre homosexualité et fléaux sociaux et criminalité au sens large.
Au cours de la première partie du XIXe siècle lhomosexualité est globalement assimilée aux fléaux sociaux comme la prostitution et le crime. Ce parallèle est le fruit de la peur de la ville et de la criminalité quelle occasionne, et à ce sujet, les lieux de rencontre sont perçus comme des foyers de délinquance ordinaire. Lhomosexualité masculine va être assimilée aux pathologies urbaines car cest dans ce cadre-ci quelle apparaît visible. En ville les pathologies urbaines sont la prostitution, la criminalité et la délinquance ordinaire. Surtout la marginalité homosexuelle va être perçue tout comme la prostitution féminine comme lantithèse des valeurs bourgeoises : instabilité de la marginalité homosexuelle comme de la prostitution, excès sexuels et donc désordres inhérents à la marginalité homosexuelle comme à la prostitution. Elles deviennent la marque de la maladie du corps social pour faire un parallèle avec le discours médical.
B/ La peur de linvasion de lhomosexualité
Si lhomosexualité est assimilée aux fléaux sociaux, sa visibilité dans certains endroits favorise lapparition dun sentiment de peur de sa progression. Ce phénomène est notablement renforcé par la présence dhomosexuels dans les promenades publiques de la capitale et de la difficile cohabitation avec le voisinage. Ce phénomène est aussi encouragé par la publicité faite autour de certaines affaires par la presse et notamment La Gazette des tribunaux. Ce journal fait le compte rendu daffaires judiciaires. Il tend à employer un ton tragique pour commenter des affaires judiciaires notamment celles qui impliquent des affaires de murs. Il a été fondé en 1825 et il tire à la fin de la Restauration à près de 2500 exemplaires. Il devient rapidement le principal pourvoyeur de récits de crimes et délits. Il contribue sans doute à entretenir la peur des fléaux sociaux et le sentiment quils se développent. Il entretient aussi la psychose du crime car les parisiens trouvaient dans ce journal une masse de faits quils apprenaient auparavant en ordre dispersé. Dans des affaires impliquant des faits dhomosexualité comme dans laffaire de la rue des remparts, ce journal commente les faits en dramatisant. Ceci a pu contribuer à entretenir lidée dune progression des murs homosexuelles dans Paris. Les archives de police pour les années 18201840 expriment aussi le sentiment que les murs homosexuelles croissent inexorablement dans Paris. Les lettres de riverains expriment lidée que lhomosexualité progresse et quelle bénéficie dune grande tolérance de fait.
Dabord, comme lhomosexualité est perçue parallèlement aux dysfonctionnements de la ville, ceci explique une mesure préfectorale qui sera appliquée lors de délits doutrage aux murs : lexil dans la province dorigine avec surveillance des autorités locales. Cette peine sera appliquée de manière administrative et judiciaire pour plusieurs cas. Elle part de lidée quà la campagne la personne aura moins de possibilité de retomber dans le vice et pourra être surveillée plus efficacement.
Cette idée de la trop grande visibilité des amours masculines nest pas nouvelle : les pamphlets révolutionnaires exprimaient déjà à leur façon ce sentiment. Cependant les lettres et rapports contenus dans les archives de police semblent démontrer une plus grande préoccupation pour les années 1830-1850 : en analysant le contenu des archives de police sur la période de 1790 à 1850 on constate que la préoccupation de la trop grande présence de lhomosexualité et de la débauche de la jeunesse quelle peut occasionner croît sensiblement. Certaines dénonciations contenues dans les rapports de police paraissent salarmer grandement de la progression de lhomosexualité. La publicité faite autour de certaines affaires entretient lidée dune visibilité intolérable de ces murs. Ainsi des comptes rendus parlent dexemples déplorables. Ils soulignent que la publicité pour ce style daffaires nest pas souhaitable. On suppose que certaines personnes pourraient suivre ces comportements et donc, il y a bien une volonté dentretenir une vigilance. La Gazette des tribunaux met laccent sur ces préoccupations et notamment sur la débauche de la jeunesse, ce qui permet dentretenir lidée que le danger est là. La publicité faite à ces affaires semble encourager lidée dindividus qui veulent porter sciemment atteinte à la société. Parfois les rapports de police expriment le regret que lhomosexualité ne soit plus criminalisée en soi. Certains nhésitent pas à y voir lorigine de cette progression ressentie de ces murs. Cette hantise alimente la peur de la débauche de la jeunesse. Elle est constante et se vérifie dans diverses sources. On retrouve cette crainte dans les archives de police, dans le compte rendu de procès et dans des écrits divers. Dans une étude intitulée La construction de lidentité homosexuelle aux Etats unis et en France Scott Gunther notait combien la confusion entre la pédophilie et lhomosexualité en France semblait être un facteur plus important dans la construction de lidentité homosexuelle. Cette confusion apparaît dans le discours et dans le langage argotique car « pédé » est un dérivé de pédéraste qui en grec veut dire aimer les enfants. Les mots argotiques américains font référence au bois utilisé pour brûler les homosexuels « Faggot ».En généralisant on pourrait trouver dautres termes dans le langage courant français qui font référence à lamour des adolescents ou lattirance envers les plus jeunes : les termes jésus, môme, calicot, qui font références à de jeunes prostitués masculins font aussi référence à lattirance pour les adolescents. Ils peuvent aussi prêter à un amalgame entre attirance pour les adolescents et homosexualité. Cette préoccupation envers la débauche de la jeunesse sobserve fréquemment dans les archives de police. Le parallèle est assez systématiquement fait entre détournement dadolescents et homosexualité. Les comptes rendus de procès contenus dans La Gazette des tribunaux expriment aussi, au cours de plusieurs affaires, une crainte de la corruption de la jeunesse. Au cours des années 1830-1840, plusieurs comptes rendus de procès concernent des délits de détournement de mineurs sur des garçons. Ils mettent laccent sur la gravité de laccusation et le danger pour les adolescents abusés dans leur innocence. Le 22 mai 1831 le compte rendu du jugement du tribunal correctionnel de la Seine contre Irénée Perrachon, dit frère Irénée permet de mettre en évidence que le dit Perrachon était instituteur et que plusieurs jeunes garçons, élèves de lécole où travaillait le prévenu sont venus déposer. Ceci met en évidence le danger pour des personnes comme Perrachon dêtre en contact avec les adolescents. Le 7 octobre 1831 un article à propos de laffaire concernant un nommé Chartenay accusé davoir voulu abuser dun jeune homme de 16 ans met en évidence le dérèglement de sa conduite, sa volonté de détourner le jeune Doré.. Tous ces comptes rendus sont intéressants car ils font un amalgame parfait entre homosexualité et débauche de la jeunesse. Lhomosexuel devient par sa présence même, un danger pour les plus jeunes. A la lecture de ces articles, il ne paraît avoir comme unique dessein que de faire des adeptes. A travers ces affaires, il est présenté comme un individu dépourvu de tout sens moral. Cette crainte de la corruption de la jeunesse semble donc saccompagner de la crainte de la corruption de la classe ouvrière. Pourquoi cette crainte est-elle manifestement si présente dans ces années ? Les craintes exprimées dans ces comptes rendus daffaire rejoignent dailleurs les craintes exprimées par certains. Il faut purifier de ses gangrènes lespace public. Lhomosexualité assimilée à la débauche de la jeunesse semble être la principale gangrène pour cette bourgeoisie. Dailleurs les termes souvent employés dans les comptes rendus de police sont les termes infection ou infecté. Au cours de ces années 1830 et 1840 le crime de détournement de mineurs paraît préoccuper tout particulièrement. A partir de cet amalgame, lhomosexualité devient un phénomène qui menace la société. Il est susceptible datteindre particulièrement les plus vulnérables. A ce propos, la préoccupation de certains par rapport aux jeunes ouvriers innocents est emblématique de cette crainte de voir des innocents devenir à leur insu adepte de la « pédérastie. »
Donc au cours de la première partie du XIXe siècle on assiste progressivement à un foisonnement de discours sur lhomosexualité masculine et ces discours occasionnent dans un second temps un amalgame entre lhomosexualité masculine et les fléaux sociaux de la ville. Enfin nous remarquons lapparition de la peur de linexorable développement des murs homosexuelles avec la crainte pour la jeunesse. Ces représentations et ces amalgames ont certainement des causes plus profondes qui tiennent autant à la redéfinition de la masculinité au cours du XIXe siècle et enfin, à la redéfinition de limage du pervers.
III Les raisons profondes de ces représentations de lhomosexualité
Ces représentations de lhomosexualité masculine ont comme conséquence directe lamalgame avec les fléaux sociaux. Elles ont des causes plus profondes quil nous faut examiner : la redéfinition de la masculinité et la nouvelle image du pervers.
A/ Redéfinition de la masculinité au cours de la première partie du XIXe siècle
Dans ses travaux, André Rauch démontre que la virilité est un concept qui se construit progressivement au XIXe siècle. Avec la Révolution et lEmpire, on assiste à une mâle empoignade et ainsi va se construire progressivement le mythe du soldat, homme incarnant par excellence la virilité. Il doit incarner bravoure, altruisme, honneur et faire preuve de puissance. Dans plusieurs sources lacte sexuel avec la femme est censé incarner la régénération des temps nouveaux : dans les pamphlets de lépoque révolutionnaire, on voit apparaître une représentation du patriote « viril, puissant, adepte de la sexualité conjugale. » Dans certains de ces textes il y a une opposition dun plaisir dit « sain » à un plaisir dit « malsain » La sexualité conjugale est présentée comme un service du à la nation et symbole de la régénérescence des temps nouveaux. Le patriote est présenté comme viril, sain. Par opposition il y a des descriptions dans certains de ces pamphlets de « bardaches » beaux et avec des belles couleurs : on pourrait percevoir déjà limage de lhomosexuel efféminé qui deviendra le contre modèle du patriote viril et puissant. Dans les archives de police, lors de la description qui est faite de certains de ces hommes, laccent est volontairement mis sur laspect féminin de certains. Le genre féminin est employé pour parler de quelques uns dentre eux. Certaines de ces descriptions mises en parallèle avec les vertus qui doivent correspondre à la virilité se révèlent être lantithèse de ces mêmes vertus : certaines sources décrivent des hommes vêtus avec des couleurs voyantes comme des femmes. Ces hommes sont maniérés. On discerne donc la construction dun personnage opposé à ce quun homme doit être. Lhomosexuel devient celui qui nest pas viril et qui ne possède pas les vertus de lhomme. De même dans la description que fait le policier Louis Canler de certains homosexuels il met laccent sur laspect féminin, le manque de courage car certains sont tombés dans ce vice par goût de largent facile et donc par fainéantise et manque de courage. Lhomme dans la France bourgeoise, doit être actif et si possible comme lindique André Rauch, avoir un métier avec des responsabilités. Dès lors on perçoit comment ces personnes décrites par ce policier se révèlent en opposition à la représentation de lhomme tel quelle se construit. Même dans la littérature où une certaine compréhension semble de mise, les personnages dhomosexuels se révèlent être souvent des personnages manquant de certaines qualités identifiées à la virilité. Ce sont soit des personnages présentant une fragilité psychologique ou une sensibilité particulière comme le personnage de Louis Lambert (Balzac) qui se laisse aller aux larmes ou le personnage dOctave (Armance Stendhal) : or au XIXe siècle un homme, même sil est sensible, ne doit pas se laisser aller aux larmes. Parfois lorsque sont représentés deux hommes ayant une possible relation intime, un des deux est peint sous des traits féminins assez prononcés : le personnage de Rastignac vis-à-vis de Vautrin. Quelquefois nous avons affaire à des personnages présentés comme des femmes avec les travers supposés. Cela pourrait indiquer que même chez ceux qui font preuve dans leurs écrits de plus de compréhension on perçoit bien lassociation entre une certaine homosexualité et le manque de virilité.
Globalement cette construction du personnage de lhomosexuel paraît évoluer parallèlement à la construction ou lémergence de la virilité. Au XVIIIe siècle, la pratique de lhomosexualité était intégrée à la débauche et lexcès mais pas au manque de masculinité. A partir de la Révolution, lhomosexualité masculine devient un comportement antinomique de la sexualité conjugale dans certaines sources.
La construction dun certain type de « pédéraste », personnage féminin et manquant des qualités de lhomme, soppose à la construction de lhomme père de famille et pratiquant la sexualité conjugale. La bisexualité paraît disparaître au niveau des représentations. Au XVIIe et XVIIIe siècle les frontières entre les sexes se révélaient bien moins tranchées : au niveau vestimentaire les hommes de cour étaient vêtus de rubans et pommadés. Il était admis quun homme puisse pleurer.Parallèlement limage du sodomite nest pas globalement celle dun individu efféminé. A partir de la Révolution française, on assiste à une mutation de la masculinité qui va devenir distincte de la féminité pendant quémerge progressivement limage de lhomosexuel efféminé. Globalement le lieu de convivialité masculine par excellence va devenir le café et la bagarre va devenir lexpression de la masculinité. Dans certaines affaires judiciaires comme dans laffaire de lagression du marquis de Custine, le fait dadministrer une correction à un homme qui vous a fait une proposition est aussi une manière de prouver sa virilité qui a été offensée par un homme manquant de cette même virilité. On perçoit davantage des assimilations faites entre homosexuels masculins et personnages efféminés dans les fonds BB4 que dans les fonds DA 230 des archives de police qui eux couvrent les années 1820 1830 ; or les fonds BB4 couvrent la période après 1840. Le terme de tante est assez systématiquement employé. Il y aurait bien une accentuation de la représentation de la tante, antithèse de lhomme viril. Parallèlement on semble parfois sindigner que des hommes ayant une famille se trouvent dans certains milieux. André Rauch souligne quavoir femme et enfants représentait lessentiel pour un homme. Le fait dêtre interpellé, quun homme ayant femme et enfants soit incriminé dans une affaire dhomosexualité est aussi un signe de cette opposition qui est faite entre lhomme ayant une vie conjugale et la « tante» qui en devient lantithèse.
Nous pourrions donc dire que cette construction de lhomosexuel comme personnage à part doit être intégré dans cette redéfinition de la masculinité qui va progressivement construire un type dhommes comme un individu à part et forcément étranger à un homme comme il doit être. Cependant cette représentation de lhomosexuel est aussi à intégrer dans la mutation de limage du pervers qui, criminel contre la nature va devenir criminel à lordre social.
B/ La mutation de limage du pervers
Elisabeth Roudinesco dans une étude sur le monde des pervers démontre que si la notion de perversion est universelle, chaque époque la perçoit de manière particulière ainsi chaque époque à sa propre représentation du pervers. Dans la conception classique, le pervers était celui qui refusait les lois de la filiation.La racine latine du mot perversion signifie retourner, renverser, donc il y a une idée dopposition à une loi naturelle ou divine. La perversion était une façon particulière de déranger lordre du monde. Le pervertisseur était autant tourmenté par la figure du Diable mais habité par un idéal du bien quil ne cessait danéantir. Le sodomite sous lAncien régime était pervers car il refusait le fait que le coït saccomplisse à des fins procréatrices. Ainsi sous lAncien régime tout acte sexuel qui contrevenait à cette règle était considéré comme pervers. Celui qui pratiquait un tel acte dérangeait lordre du monde. Cest pourquoi certaines sources qui abordent des procès de sodomie au XVIIe siècle contiennent des affaires concernant des actes de bestialités ou des rapports sexuels conjugaux nayant pas eu lieu selon la terminologie de lépoque par la voie naturelle. La sodomie était un acte pervers, mais le sodomite nétait pas assimilé à un personnage parfaitement déterminé.
Lidentité du sodomite était donc constituée principalement par le fait de déranger la loi naturelle et non de préférer un individu de son sexe : cétait lacte par lui-même qui déterminait le sodomite. De même le masturbateur, ou celui qui pratiquait une sexualité qui détournait du but de la génération était pervers, même sil nétait pas perçu selon la même échelle de gravité que le sodomite. Avec les Lumières, la référence aux lois de la nature va remplacer la référence aux lois divines. Linterrogation sur les perversions va tenter de cerner si la perversion est lexpression dune nature barbare de lhomme à domestiquer. Est-elle le fruit dune mauvaise éducation? Est-elle la perte nécessaire des innocences? Nous pourrions dire que les débats chez les penseurs des Lumières, entre une vision polymorphique de la nature défendue par certains penseurs des Lumières, la théorie du sentiment naturel et de ce qui ne lest pas, de même que la position sur lhomosexualité due à un problème éducatif participent de ce débat sur lorigine de la perversion abordée par Elisabeth Roudinesco dans son travail sur les pervers. Le mal provenait-il dune nature forcément polymorphique ou résultait-il de la culture et donc de coutumes déplacées ? Ce débat est important car on retrouve des clivages vis-à-vis de lhomosexualité qui seront durables. A partir du XIXe siècle la gestion et la qualification des perversions quittent le domaine de la loi même si par dautres biais nous verrons que lhomme de loi ou le policier continueront à sintéresser à lhomosexuel. Les perversions rentrent progressivement dans le domaine médical. Elles sont progressivement affublées de qualificatifs savants : postérieurement à la période étudiée, la notion dhomosexualité sous-entend que lhomosexuel nest plus un pervers qualifié par son acte mais par le fait quil cherche son semblable et porte ainsi atteinte à laltérité des sexes. Ainsi lhomosexuel devient un personnage identifiable. Le pervers devient donc un personnage construit, particulier. Il est en dehors de lordre social. Il y porte atteinte. Le discours des réformateurs sociaux est à replacer dans ce contexte. Comment qualifient-ils lhomosexuel ? Cest un criminel monstrueux, dernier avatar du débauché et enfin lhomosexualité provient également de coutumes étrangères déplacées.
Nous pourrions suggérer que limage de lhomosexuel individu le plus débauché est une représentation qui provient encore du XVIIIe siècle qui englobait les comportements jugés pervers dans la notion de débauche. Cette notion limitait lanalyse de la perversion sur un plan purement comportemental. Les deux autres représentations participent de cette nouvelle représentation des pervers. Elle va progressivement donner lieu à la détermination despèces de pervers. Cette analyse dépassera le plan purement comportemental pour envisager une analyse sur la base de la nature même de ces personnes. La définition, même si elle reste vague dans le discours des réformateurs sociaux, vise à désigner des hommes qui portent atteintes à la société. Ils pourraient entraîner des maux sur la population. Il y a là encore une laïcisation de la notion de pervers car dans la conception judéo-chrétienne le sodomite menaçait la collectivité de maux notamment la colère divine. Il menace la société de maux, ou plutôt de fléaux sociaux : maladies vénériennes, délinquance à laquelle lhomosexualité est assez volontairement assimilée. Lhomosexualité provenant de coutumes étrangères forcément déplacées puisquelles sont censées encourager la pratique de lhomosexualité masculine, participe de cette nouvelle image du pervers qui est pervers à lordre social. Lhomosexuel devient par ce fait, un être parfaitement étranger à la société dans laquelle il vit et dont il ne respecte pas les coutumes. Ce type de classification de lhomosexualité comme comportement provenant dun autre dévoyé participe de cette volonté de rationaliser les perversions qui vont devenir pathologiques.
La question centrale de ce chapitre était : quelle est la vision que la société française au cours de la première partie du XIXe siècle a sur lhomosexualité ? Lhomosexualité masculine est considérée comme une débauche globalement révoltante. Aucun mot nest assez fort pour exprimer son dégoût. On a limpression dun rituel obligé. Depuis les pamphlets de lépoque révolutionnaire jusquaux écrits des années 1840 et aux lettres des années 1830-1840, lhomosexualité masculine est vue comme un phénomène à part. « Le pédéraste » devient progressivement un personnage particulier. Il ny a pas de volonté danalyser scientifiquement le comportement du « pédéraste. » Néanmoins le pédéraste est cet individu particulier qui menace le bon fonctionnement de la société notamment dans la ville.
Auparavant le sodomite par son acte transgressait la volonté divine. Lhomosexualité masculine va devenir progressivement un phénomène particulier, lié à la délinquance et aux fléaux sociaux de la ville. Florence Tamagne situe la formation de limage de lhomosexuel en lien avec les théories médicales dans la seconde partie du XIXe siècle. Dans les écrits de ces réformateurs sociaux et écrivains de la première partie du XIXe siècle, dans les descriptions que lon peut extraire de ces lettres, on perçoit bien que la problématisation particulière de la pratique de lhomosexualité masculine constitue déjà une évolution vers la personnification de lhomosexuel par la médecine à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Florence Tamagne indique aussi quà partir de la fin du XIXe siècle, la mise en place dans les capitales européennes dune subculture homosexuelle entretint dans lopinion publique la peur de la contagion, le mythe du complot. De là naît limage de lhomosexuel corrupteur de la jeunesse Le terme contagion assimile lhomosexualité pleinement à un fléau social comme le vol ou la prostitution. En même temps ce terme assimile lhomosexualité masculine à une forme dépidémie au niveau des représentations car dans limagerie mentale le vocable contagion fait souvenance des contagions qui constituèrent des fléaux : lépidémie de choléra
. Pour lépoque étudiée nous pouvons penser que des formes de subculture homosexuelle étaient déjà largement en formation dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle. La peur de la contagion est déjà réellement présente dans certaines sources dès la première partie du XIXe siècle. Limage du corrupteur de la jeunesse apparaît aussi globalement. Il y a donc bien dans certaines classes de la société française de cette première moitié du XIXe siècle, une problématisation spécifique de lhomosexualité qui va se confirmer et sétendre par la suite. Afin de discerner quels étaient ceux qui partageaient ces représentations de lhomosexualité masculine, il fallait tenter de cerner les auteurs de ces écrits.
Globalement ces auteurs appartenaient à la petite et moyenne bourgeoisie des villes. Il sagirait bien dune morale propre à certaines classes.
Cette morale qui se dégage nest elle pas aussi destinée à sétendre ? Ny a t il pas un souci de sensibilisation ? Plusieurs indices peuvent donner des éléments de réponse. Plusieurs éléments font penser à des rites : les expressions communes de certains de ces textes, la dramatisation volontaire. On a limpression quil faut sensibiliser à la gravité du phénomène. Il y a presque une vocation pédagogique dans certains de ces textes. Ils indiquent donc que le débat est vif sur ce sujet. Il y a une réelle volonté de réforme des murs qui se profile derrière ces textes.
Lhomosexualité est progressivement problématisée comme un comportement qui menace la société urbaine. Ces préoccupations ont certainement comme ressort un sentiment ancien. Ces représentations peuvent être perçues comme les mutations dune préoccupation plus ancienne sur ce qui personnifie le mal. Cette vision de lhomosexualité va telle être complétée par le milieu médical ? Quel va être son discours et sa pratique ?
CHAPITRE V : LA TRANSFORMATION DE LA MEDECINE DE LIMPREGNATION THEOLOGIQUE AUX ENQUETES MEDICO-LEGALES
Progressivement lhomosexualité fut perçue comme un comportement menaçant la société et étrangère aux principes déconomie bourgeoise. Dans ce contexte, le pouvoir médical par son originalité va prendre de limportance, au cours du XIXe siècle dans le domaine des discours sur lhomosexualité. Il va progressivement se dégager dune approche théologique et sautonomiser dans le cadre des analyses médico-légales. Cest au cours du XIXe siècle que le pouvoir médical en tant que bio pouvoir, pour reprendre une expression foucaldienne, va simposer comme la discipline faisant autorité pour parler dhomosexualité. Dans la littérature, nous avons souligné avec quelle discrétion, certains auteurs abordaient cette question. Parallèlement, certains réformateurs sociaux employaient un langage direct et un rituel volontairement dramatique. Cette habitude du rituel dramatique pour aborder les relations homosexuelles se vérifie aussi dans la médecine. Cette dernière va reprendre à son compte la conception théologique de lhomosexualité en laïcisant le concept. Lhomosexuel va devenir un infirme ou un malade. Cet accroissement du pouvoir médical se vérifie dans limportance numérique grandissante des médecins. Le nombre des médecins saccroît : vers 1844 on compte en France un médecin pour 1700 habitants environ.Ces médecins investissent les questions sociales et notamment celles qui concernent lhygiène publique. La parution des Annales dhygiène publique à partir de 1829 en témoigne. Ces médecins sont dorigine bourgeoise. Ils sont souvent propriétaires fonciers ou délégués cantonaux. Ils se soucient de développer linstruction du peuple vis-à-vis des questions dhygiène publique.
Le contexte général est marqué par le poids grandissant des classes moyennes commerciales et bourgeoises des villes. Elles sont porteuses dun message de modération et déconomie des instincts.
Lusage du corps et la sexualité devront désormais répondre aux principes de retenue, de pudeur et de sobriété. La bourgeoisie soppose ainsi au système de gaspillage des nobles : ce nest pas un hasard si les pamphlets révolutionnaires dénonçaient les murs des anciennes élites. La classe montante se différencie des classes populaires quelles jugent dangereuses et inquiétantes. Cette volonté de modération des instincts sexuels va déboucher sur la mise sous contrôle de la sexualité. Les médecins mettent en garde contre les dépenses sexuelles excessives. Ils sécularisent la crainte du péché. La sexualité devient une force dangereuse si elle est employée trop ou de mauvaise façon. La médecine va donc devenir la discipline et linstitution qui aura pour charge toutes les questions qui traitent des populations et de leur accroissement et de leur santé. Il faut favoriser laccroissement de la population et donc le développement économique. Par conséquent, il est important de mettre à lindex ce qui serait susceptible dentraver cet objectif. Désormais, seul le médecin va pouvoir tenir un discours sur les maladies. Il sera appelé à cerner les signes extérieurs qui indiquent une pathologie ; nous examinerons la détermination de stigmates propres à la « pédérastie » par ces praticiens dans le cadre des enquêtes médico-légales. Ces enquêtes font passer lhomosexualité pleinement dans le domaine du pathologique.
Ce poids de la médecine va se développer dans le cadre de ce que lhistorien belge Jos Van Ussel nomme lembourgeoisement des murs. Comment la médecine va-t-elle sériger progressivement en spécialiste de la question homosexuelle ? Elle va reprendre à son compte le rôle de gardienne de la morale que détenait la religion. Elle emploie une phraséologie morale et on pourra observer des termes qui reviennent souvent en introduction de tout discours sur lhomosexualité. La médecine fonctionne sur le rituel de laveu comme le note Michel Foucault : les enquêtes médicales visant à déceler les marques de pédérastie sont construites sur ce modèle.
Le style et la forme qui sont employés par les autorités médicales sont assez caractéristiques de ce climat. Les symptômes sont codifiés cliniquement. Le sexe devient ainsi la cause directe ou indirecte des maladies et des troubles. La sexualité est difficile à dire pour des raisons de pudeur et aussi, parce que son fonctionnement est obscur. Une information sexuelle pour les adolescents apparaît et ceci dès le XVIIIe siècle. Elle vise à expliquer aux adolescents la vraie signification de la sexualité et les dangers de la masturbation. Linformateur doit être un spécialiste et posséder le langage adéquat. Ainsi parler de sexe est désormais dévolu seulement aux spécialistes et dans un but pédagogique. Plusieurs historiens et philosophes ont abordé dans leurs travaux lapparition de la médecine dans la problématique de lhomosexualité. Une date importante est le fameux article de Westphal en 1870 sur les sensations sexuelles contraires, car il pose le principe dune inversion des rôles sexuels. Pierre Hahn également, situe la naissance du pervers dans la seconde moitié du XIXe siècle avec les travaux du Dr Ambroise Tardieu sur les attentats aux murs en 1873. Vernon A. Ronsario est un psychiatre américain. Dans une étude Lirrésistible ascension du pervers entre littérature et psychiatrie, il indique que le pervers est une invention qui apparaît dans les tensions sociales issues du Second empire. Cette image du pervers fut préparée par la dénonciation de la masturbation et la stigmatisation croissante des « pédérastes
» Cependant, la notion de pervers apparaît dans la seconde partie du XIXe siècle dans le domaine de la psychiatrie. Ainsi va être défini le concept de dégénérescence mentale, et il englobera sous le vocable de perversion toutes les pratiques sexuelles qui sécartent de la reproduction : cette notion de perversion sexuelle se finalisera dans la seconde moitié du XIXe siècle. La première partie du XIXe siècle prépare cette évolution notamment à travers la notion de débauche qui signifie un usage excessif et déréglé des plaisirs.
Cette notion de débauche était perceptible, aussi bien dans les pamphlets révolutionnaires que chez certains réformateurs sociaux et écrivains. Elle sera aussi perceptible chez les médecins de la première partie du XIXe siècle. Elle correspond à une notion, certes, moins élaborée que la notion de pervers sexuel. Cependant elle constitue un stade qui conduira plus tard à la définition du pervers car le débauché anticipe le pervers sexuel dans le sens quil utilise de manière inconsidérée la sexualité. Or celle-ci est censée être utilisée à des fins procréatrices. Au cours de la première partie du XIXe siècle la médecine sessaie à parler de sexe, et notamment des pratiques sexuelles contre-nature. Elle installe lentement son emprise et son pouvoir. Elle na pas encore le discours scientifique quelle va prendre dans la seconde partie du siècle. Il faut avant tout cerner cette évolution du discours médical. Il va progressivement devenir autonome et spécifique, spécificité quil na pas au tout début du XIXe siècle. Ainsi dans cette progressive spécialisation, le discours médical va sintéresser aux sexualités périphériques et le discours sur la masturbation parallèlement au discours sur lhomosexualité en fait partie. Globalement les pratiques médicales envisageront surtout lanalyse de cas, et très peu la résolution du problème : la médecine légale qui est prédominante dans lanalyse des cas dhomosexualité nenvisage que les conséquences de lhomosexualité sur la personne concernée et non la cause.
Il est donc nécessaire de percevoir la spécificité de cette période dans la mise en place dun discours médical sur lhomosexualité. Cette spécificité fut au total bien moins explorée que la spécificité du sexe pervers dans la seconde moitié du XIXe siècle. Dans cette analyse, nous séparerons volontairement le discours médical pur pour en cerner lévolution plus spécifique et les pratiques de la médecine qui sont la conséquence et la cause de ce discours, car les enquêtes ou analyses de cas par les médecins légistes produisent un discours sur lhomosexualité qui nourrit ces études de cas.
I Le sexe pervers dans le discours médical : des perceptions morales à la médecine légale
Le discours médical est dabord marqué par une phraséologie morale qui le rapproche du discours théologique. Il va évoluer progressivement vers les perceptions propres à la médecine légale. Ainsi son évolution se fera de plus en plus technique et tendra vers de plus en plus de scientificité.
A/ Un discours moral qui reprend une phraséologie religieuse classique
Dans un premier temps, le discours de la médecine ne se démarque pas du discours religieux. Il utilise souvent le même vocabulaire. Le Dictionnaire des sciences médicales édité par Panckoucke date de 1819. Charles Louis Fleury Panckoucke (1780-1844) est imprimeur. Son premier travail fut le Dictionnaire des sciences médicales. Ce dictionnaire des sciences médicales est composé de 60 volumes. Dans cette uvre, toutes les misères de la nature humaine sont abordées et également les moyens dy remédier. Plusieurs grands médecins de lépoque y travaillèrent : JL Alibert, Pinel, Larrey
. Deux articles sont consacrés à lhomosexualité. Larticle Pédérastie est rédigé par le Dr Reydellet. Larticle sodomie est rédigé par le Dr François Fournier Pescay (1771-1833).Ces deux articles ont un contenu presque exclusivement moraliste. Ils font une distinction entre la pédérastie qui est, pour reprendre lexpression, le penchant criminel de lhomme pour un individu de son sexe de la sodomie qui est lacte qui peut se pratiquer entre deux mâles ou un homme et un individu de lautre sexe. Cette distinction reprend celle des théologiens qui singularisaient la sodomie parfaite du péché de mollesse. En même temps, le terme pédérastie indique que le pédéraste est défini comme celui qui a une attirance particulière pour un individu de son sexe.
On perçoit à travers ce terme que désormais, ce ne sera plus un acte interdit qui sera dénoncé, mais des individus qui se caractériseront par une attirance pour leur propre sexe. Il y a donc un début dévolution avec cette distinction. Au plan de la lexicologie, ces articles restent liés à une structure de pensée proche de la théologie. Les mots employés en introduction sont caractéristiques : coït infâme, vice infâme, profonde dépravation, goûts vils et impétueux, goût abominable, vilaine action. Ces qualificatifs se retrouvent parfaitement dans les manuels de jurisprudence au XVIIIe siècle. Nous sommes là dans le domaine de limprécation morale la plus pure. Il est dailleurs significatif que certains de ces termes soient employés dans la Bible. Dans le Lévitique on trouve à propos de relations sexuelles entre deux hommes le terme abomination. On constate de même dans le Deutéronome 22.5 à propos du travestissement le mot abomination. De même, dans lépître de Paul aux romains 2 26-27, des termes similaires « passions avilissantes » « commettant linfamie dhomme à homme ». Ces termes employés par le milieu médical sont assez caractéristiques de perceptions qui, dans un premier temps, restent au niveau de la condamnation morale la plus classique. Dailleurs, presque tous les textes médicaux de la première moitié du XIXe siècle contiennent des imprécations ou références morales qui sont dorigines religieuses. Une thèse de médecine datée de 1800 Observations sur la pédérastie vénérienne, dun certain Joseph Courrège débute par un discours dimprécation morale pure : Vice de Sodome, origine dans la Grèce ancienne. Un autre texte daté de 1848 La pornologie de J. Morel de Rubempré, médecin parisien, parle de dépravation morale, de goût brutal, du vice de Sodome et de lhistoire de cette même ville. Mêmes expressions dans dautres textes, chez dautres médecins : Jean Baptiste Descuret (1795-1871), Julien Joseph Virey (1775-1846), Léopold Deslandes (1796-18 ??), ou encore dans un texte de 1815 de Michel Friedlander, spécialiste de lonanisme. Tous ces spécialistes produisent les mêmes discours moraux en introduction et ils utilisent des termes assez similaires. Ils font souvent les mêmes références à Sodome. Ces perceptions morales se retrouvent dans lanalyse des causes de la pédérastie. Il ny a pas une tentative danalyse scientifique des causes de lhomosexualité comme le fera le discours médical dans la seconde moitié du siècle. Les causes estimées de la pédérastie sont sensiblement les mêmes dans tous ces textes.
Les mauvaises coutumes ou les coutumes étrangères sont une des principales causes. Cette analyse rejoint le discours de Montesquieu. : Lhomosexualité étant contre-nature ne peut sexpliquer que par des coutumes déplacées la favorisant.
Jean Delumeau mentionnait combien parmi les peurs présentes dans les mentalités, la crainte des mondes étrangers était particulièrement importante. On imagine dans ces pays, des êtres monstrueux et des personnes aux coutumes bizarres.Ce type de pensée qui tend à voir dans les coutumes de lautre les causes de la pédérastie est encore empreint de ce type de préjugé. On invoque diverses causes liées aux coutumes jugées mauvaises et à la géographie. Cette analyse des mauvaises coutumes favorisant la sodomie se poursuit par une analyse des lieux de prédilection de la sodomie, qui fait intervenir des préjugés qui sont liés à des considérations dorigine religieuses. Un certain nombre de ces médecins mettent en avant lOrient comme un lieu de prédilection de lhomosexualité. Les coutumes de ces pays et lambiance générale seraient propices à la progression de ces murs. Sous le vocable Orient, ces médecins veulent parler de la civilisation arabo-musulmane et de lAfrique subsaharienne. Ils désignent également les civilisations précolombiennes dAmérique. En quoi peut-on dire que cette forme danalyse est encore influencée par la pensée théologique ? Plusieurs raisons interviennent. A partir du Moyen âge classique, lhérétique comme linfidèle, qui sont lun et lautre en dehors de la communauté chrétienne, sont progressivement assimilés au sodomite qui, lui, est en dehors de la communauté chrétienne, du fait de son comportement sexuel. Certains écrits, à lépoque des Croisades, indiquaient combien la sodomie était pratiquée dans le monde arabo-musulman. Le clerc Jacques de Vitry (116 ?-1240) dans son Histoire de lOrient déclarait que Mohamed avait introduit le vice de sodomie parmi son peuple. De même, le chroniqueur Guilbert de Nogent (1053-1130) dans son Histoire de la première croisade, relatant le récit du viol mortel dun évêque, souligne les pratiques sexuelles immondes des musulmans.
Didier Godard souligne combien lEglise officielle à partir du XIIIe siècle, fait lamalgame entre hérétiques et pratique de la sodomie. Situer plus particulièrement la sodomie dans des civilisations orientales, qui sont censées leur accorder une plus grande tolérance du fait, entre autres, de leurs coutumes, relève de la même structure de pensée. Le pédéraste cest encore loriental, celui qui est étranger à la civilisation occidentale chrétienne
Larticle sodomie comporte la mention « Grèce, Syrie, Egypte, Afrique terres classiques de la sodomie. » Ce terme classique signifie bien que ces pays par essence, sont perçus dans ces écrits comme des terres qui favorisent les murs homosexuelles. De ce point de vue, la pensée de ces médecins est directement issue des préjugés que lon pouvait voir apparaître en Occident à partir du XIIIe siècle. Tout ceci démontre bien la survivance dans le discours médical au début du XIXe siècle, des préjugés dorigine religieuse et de lhéritage des peurs de lautre bien vivantes quelques siècles plus tôt.
Cette forme de pensée est aussi directement issue de la pensée théologique. Nous pouvons lexaminer en comparant ces écrits médicaux à certains écrits de saint Paul. On en percevra aisément la filiation intellectuelle. Dans lépître aux romains 1 20-29, Paul affirme bien que la pratique de lhomosexualité a pour cause le fait de navoir pas reconnu Dieu. En dautres termes, les païens extérieurs à la communauté chrétienne, pratiquent lhomosexualité du fait même de leur extériorité au Christianisme. La pratique de lhomosexualité devient la marque la plus tangible de leur extériorité par rapport à la parole divine révélée par Jésus Christ. Lhomosexualité devient une pratique de païens et plus tard dinfidèles. La doctrine chrétienne a repris, de ce point de vue, lhéritage judaïque en matière de condamnation de lhomosexualité. La condamnation de la pratique de lhomosexualité permettait, de ce point de vue, dassurer loriginalité du peuple juif par rapport à dautres peuples environnants.
La structure de pensée de ces médecins de la première partie du XIXe siècle est directement issue de cette pensée paulinienne. En quelque sorte, il est normal que des civilisations qui ne sont pas chrétiennes, favorisent lhomosexualité. Le syllogisme dorigine judéo-chrétien, si bien exprimé dans lépître de Paul aux Romains qui voulait que la non-appartenance au Christianisme favorisa la pratique de lhomosexualité et que donc, les Infidèles fussent forcément plus facilement « sodomites » étant étrangers au Verbe divin, fonctionne dans ces écrits dune autre manière. Nous sommes dans le domaine du préjugé dorigine religieuse. Ces médecins, certes, adaptent le préjugé à leur époque : la sodomie devient une pratique propre à lOrient en raison de coutumes et dhabitudes telle que la polygamie ou autre. Le propos est même laïcisé : on ninvoque plus leur infidélité au Christianisme pour expliquer les penchants « sodomites » quon leur prête. On invoque des coutumes sociales. Cette hypothèse est renforcée par le fait que la presque totalité des lieux de prédilection de la sodomie savèrent être des civilisations non chrétiennes : lOrient arabe et turc, lAmérique précolombienne, lInde sont les lieux principalement cités par ces médecins. On perçoit combien ces médecins lorsquils produisaient des analyses de ce type, restaient étroitement apparentés à la pensée religieuse. Ils ne possédaient pas de discours scientifique propre à limage de ce quils feront progressivement plus tard.
Cette analyse des causes de lhomosexualité par le produit de mauvaises coutumes marque tout particulièrement le discours purement moral des médecins du début du XIXe siècle et labsence dun discours autonome par rapport à dautres discours et préjugés dorigine théologique.
La deuxième cause de lhomosexualité masculine découle de la première : lhomosexualité a pour origine linaccessibilité des femmes. Elle est liée à la première cause, car si les femmes sont inaccessibles, cest en raison de mauvaises coutumes : femmes cloîtrées, polygamie. Ce sont principalement les coutumes de lOrient ou danciennes civilisations qui sont brocardées. Ces civilisations regardaient les femmes comme inférieures et de ce fait les rendaient inaccessibles. Donc ils en arrivaient à pratiquer la sexualité entre hommes. En Inde, estime le Dr Morel de Rubempré, lorigine de lhomosexualité est attribuée au fait que les femmes ne pouvaient se permettre dintimité avec une caste inférieure. Lauteur cite la religion des brames. En clair, le fait de surprotéger les femmes conduit les hommes à la pratique de lhomosexualité. On retrouve une préoccupation de Voltaire qui prônait la mixité pour lutter contre lhomosexualité. Dailleurs, certains de ces textes mentionnent la pratique de lhomosexualité dans des sociétés privées de femmes : marins, moines
Cette cause de lhomosexualité par linaccessibilité des femmes permet aussi de faire une opposition entre plaisir naturel et antinaturel, lun excluant lautre. Les hommes pratiquant lhomosexualité, car au départ les femmes étaient inaccessibles, deviennent ainsi les ennemis des femmes. Le Dr Reydellet note « Un peuple dont les goûts avaient pris une direction aussi vicieuse, ne pouvait pas être un admirateur des femmes » Ce même médecin, dans le même article soutient que les Grecs furent trop orgueilleux pour céder aux femmes, et en même temps, ils furent trop dépravés pour échapper à la fougue de leur désir. Dans les épîtres de Saint Paul aux Corinthiens, se trouvent des prescriptions qui vont dans ce sens : « Je dis donc aux célibataires et aux veuves quil est bon de rester ainsi comme moi. Mais sils ne peuvent vivre dans la continence, quils se marient. » Le mariage et la sexualité conjugale empêchent lhomme de pratiquer une sexualité désordonnée. Ce jugement démontre que lon est face à une structure de pensée encore liée à ce type de discours religieux tel quil apparaît dans les textes bibliques. En même temps ces appréciations sur lhomosexualité ayant pour origine, linaccessibilité des femmes révèle une opposition entre sexualité conjugale et toute autre forme de sexualité jugée désordonnée : lhomosexualité masculine est encore dans ce cas une débauche mais pas encore une vraie pathologie identifiée comme spécifique.
La troisième cause de lhomosexualité masculine qui ressort de ces textes médicaux est lexcès de jouissance. Lhomosexualité masculine devient ainsi la résultante dun excès de plaisir, dune jouissance outrée des femmes. Celui qui est blasé va chercher en dehors de la sexualité naturelle son plaisir.
Lhomme blasé cherche de nouvelles jouissances.Ainsi la pratique excessive de la sexualité avec les femmes due à la polygamie conduit à la pratique de lhomosexualité. Elle devient que la résultante la plus extrême de la débauche. Lhomosexualité est la résultante de l excès de libertinage comme le mentionnait le Dr JB Descuret. Le fait de voir lhomosexualité masculine comme la résultante de la jouissance la plus extrême ou de la fornication la plus extrême, a aussi pour origine la pensée religieuse. Ainsi dans la pensée biblique, la débauche est un gaspillage de force. Saint Paul dans lépître aux Corinthiens 6.18 déclare « Fuyez la débauche. Tout autre péché commis par lhomme est extérieur à son corps. Mais le débauché pêche contre son propre corps. » Ou au verset 9-10 de la même épître « Ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les pédérastes nhériteront du royaume de Dieu ». Saint Thomas DAquin pense que la fornication est certes, ladultère mais peut aussi être le péché contre-nature. Dans les sources du Christianisme, lhomosexualité nest que la forme la plus extrême de la fornication et de la débauche, ce quelle est visiblement dans ces textes cités. La débauche porte atteinte au corps qui a été créé à limage de Dieu. Cette vision reste de ce point de vue, liée à ce type de pensée. La débauche la plus outrée est la voie ouverte vers la pédérastie. Cette association débauche et homosexualité masculine, semble encore mise en avant. Elle est encore la marque dune pensée médicale qui reste très attachée au discours religieux dans sa structuration. Elle est encore la marque dune pensée médicale qui est en cours dévolution entre le XVIIIe siècle et ce quelle va devenir dans le cours du XIXe siècle.
Une autre cause est invoquée dans ces textes pour expliquer la trop grande présence de lhomosexualité, cest linfluence des doctrines nouvelles, et de là, le fait que lhomosexualité ne soit plus criminalisée Cette cause était déjà mise en avant dans les pamphlets du début de la Révolution : certains allaient jusquà insinuer que cette réforme avait été réalisée à linstigation « des bougres.»
On comparait volontairement dans certains pamphlets ordre politique, que lon jugeait inversé, et ordre sexuel, lui même inversé.
Dans certains textes médicaux, on retrouve cette idée que lhomosexualité nétant plus criminalisée en soi, ne peut que progresser. Les doctrines nouvelles sont la philosophie qui a contesté la religion et ses dogmes. Dans son texte sur le libertinage datant de 1844, JBF Descuret énumère les causes de la progression de « la pédérastie » : parmi celles-ci apparaissent la liberté, qui ne peut que pousser vers labus inconsidéré des plaisirs des sens. Une autre cause est labsence de religion. Cette forme de pensée est très étroitement influencée par la pensée théologique : lhomme étant naturellement poussé vers le mal par sa nature pécheresse, la liberté doublée du manque de religion ne peut que pousser lhomme vers sa pente naturelle. Lauteur note de plus, que la loi se borne à une peine correctionnelle. Cette constatation est faite pour regretter que lhomosexualité ne soit plus en soi réprimée pour ce quelle est. Alors que seuls les actes qui portent outrage publiquement à la morale le sont. En 1843, dans les Annales médico-psychologiques, paraît une contribution concernant François Roch Férré, 32 ans, accusé dattentats à la pudeur sur ses élèves. Outre le fait de lamalgame parfait qui est effectué entre homosexualité masculine et détournement de mineurs, lauteur note que ces crimes se multiplient sous linfluence des doctrines nouvelles et devant laffaiblissement des principes régulateurs. Les idées nouvelles ont affaibli, voir brisé, les gardes fous qui permettaient à la société de lutter contre ces fléaux et donc dempêcher la progression de lhomosexualité. Les principes régulateurs sont sans doute les lois dAncien régime qui réprimaient la sodomie. Dans le même ordre didées, Eusèbe De Salles (1796-1873), médecin et orientaliste, paraît regretter que les idées nouvelles aient comme résultat la dépénalisation de la sodomie en soi. Il note que la loi canonique punissait la pédérastie par le supplice du feu, lorsquelle était prouvée. Le Code pénal ne punit que la violence : la sodomie toute seule reste dans les délits que la loi na pas voulu poursuivre. Il compare avec lAngleterre qui sanctionne « la pédérastie prouvée », par la peine capitale.
Cette cause avancée de lhomosexualité est aussi la marque dun discours médical qui reste lié au discours religieux.
Il ny a pas danalyse scientifique du comportement homosexuel : le comportement homosexuel progresse car les idées nouvelles et la législation nouvelle, par leur laxisme, ont entraîné son développement. Donc les anciennes lois et les anciennes idées qui la criminalisaient comme crime de sodomie étaient propre à contenir ce fléau. Cest précisément pourquoi on avance comme cause de lhomosexualité le manque de religion.
En analysant plusieurs des causes que ces médecins avancent pour expliquer le comportement homosexuel, le lien étroit avec la pensée religieuse apparaît. Cette forme de pensée constitue le fondement de ces différentes analyses qui relèvent essentiellement dune phraséologie morale. Plus marginalement, certains médecins mettent en avant une pensée rousseauiste. Certains textes nhésitent pas à opposer la nature, bonne, à la société qui, par essence, pervertit, lhomme et ainsi le vice de la pédérastie sen trouve expliqué. La thèse de médecine de Joseph Courrèges : Observation sur la pédérastie vénérienne analyse ainsi de manière très rousseauiste, lorigine de lhomosexualité : « Lhomme blasé sur les plaisirs cherche de nouvelles jouissances lorsquil les a toutes épuisées. » Lauteur de ce travail oppose ainsi la nature : hommes sauvages et animaux qui obéissent aux lois de la reproduction, à lhomme en société, livré au luxe et à la paresse. A partir de ce constat, il explique la présence de « la pédérastie » dans diverses civilisations. Cette pensée de nature rousseauiste rejoint les préjugés dorigine religieuse, car dans ce type de pensée, la nature remplace Dieu. Il sagit certes, dune pensée de base plus laïque mais lopposition qui est faite entre une nature vouée au bien et un homme social ayant chuté dans le mal, relève bien dune structure de pensée dorigine judéo-chrétienne.
Pour expliquer létat du discours médical au début du XIXe siècle on pourrait invoquer un constat mis en avant par Jacques Léonard. Alors la religion catholique enfiévrée de reconquêtes post révolutionnaires fait concurrence aux médecins en donnant une interprétation globale du malheur biologique. Ce sont précisément ce type de discours que lon trouve dans ces textes médicaux.
De plus le gouvernement de la Restauration à partir de 1815 encourage les religieuses qui soignent et le ministre de lintérieur attribue à la Mère supérieure dans le cadre de lhôpital des fonctions de discipline et dautorité sur les infirmiers et le personnel et les étudiants. Ceci concrétise et pourrait expliquer ce manque dautonomie du discours médical du moins en partie.
Au total, ces discours nont rien de scientifique. Toutes ces causes font intervenir des préjugés classiques que nous constatons dans des écrits qui ne sont pas des écrits médicaux. Lanalyse de lhomosexualité est encore très imparfaitement laïcisée chez ces médecins. Ils reprennent globalement le discours que lon pouvait lire chez des hommes dEglise au XVIIIe siècle. Cette période est donc une période transitoire pour le discours médical qui ne se détache que très peu dans un premier temps de ce quétait le discours sur lhomosexualité chez certains un siècle plus tôt. Finalement cest le domaine du droit qui va être un facteur dévolution : les condamnations pour des attentats à la pudeur vont donner lieu à des expertises médicales qui seront la base de la naissance de la médecine légale.
B/ Lhomosexualité masculine dans le discours de la médecine légale
Le discours médical reprenait, dans un premier temps, les anathèmes moraux que lon pouvait retrouver dans des textes religieux ou chez certains réformateurs sociaux. La médecine légale est la première discipline à avoir un discours qui lui soit propre, sur la question homosexuelle. Elle est la première discipline médicale qui porte un intérêt scientifique à lhomosexualité. On peut dire que jusquaux années 1860, cest à partir de cette discipline scientifique que va se construire le discours médical sur lhomosexualité.Le discours de la médecine légale pose le problème de la nature de ce type de discours. Est ce un discours scientifique ? Est ce un discours de scientifiques ? Les deux doivent être distingués au plan épistémologique. Les idéologies scientifiques sont comme le remarque Georges Canguilhem, des systèmes explicatifs. Les idéologies de scientifiques sont des idéologies que les savants engendrent par les discours quils tiennent pour thématiser leurs méthodes de recherche et les replacer dans la culture plus globale. Ces discours seraient plutôt par certains aspects du domaine des idéologies de scientifiques. Ces médecins bâtissent ces théories à partir dobservations. Ils en déduisent à partir des discours quils tiennent, une représentation spécifique de lhomosexuel masculin et de ce fait ils replacent leurs analyses dans le cadre plus global qui est celui de la préoccupation envers lhomosexuel comme image du pervers par excellence. Cependant les discours de ces médecins se veulent scientifiques. Ils entendent définir ce quest lhomosexuel masculin et quelle est sa nature. Dans ce sens ils sont déjà du domaine de lidéologie scientifique. Luniversitaire américain Arnold I Davidson souligne que nous avons affaire successivement à deux systèmes : une analyse de la sexualité par la structure anatomique des organes génitaux auquel va succéder dans la seconde partie du XIXe siècle une analyse par lexamen des pulsions.Les analyses médico-légales seraient à intégrer dans le premier système : analyse de la sexualité par la structure des organes génitaux.
Dabord comme ces médecins relèvent de la médecine légale, quest ce que la médecine légale ? Elle apparaît au début du XIXe siècle. La médecine légale mobilise les médecins pour des expertises judiciaires. Le Code civil (article 81), le code dinstruction criminelle (article 44), le Code pénal (article 475), servent de base à cette coopération de la science et du Droit. Le médecin légiste intervient comme expert pour éclairer le tribunal dans des crimes de sang et également, des abus sexuels. Le domaine de ces experts va saccroître progressivement, et des aliénistes interviendront. Dans ces expertises, la place croissante de la science va donner à ces experts, un poids de plus en plus important. Au plan homosexuel, la médecine légale va intervenir dans le cadre daccusations dattentats ou doutrages aux murs ou encore dabus sexuels dans lexamen des victimes et des accusés afin de prouver le délit. Cest une médecine qui vient comme auxiliaire du juge. Le médecin pratique une expertise médico-légale à loccasion dune affaire doutrage ou dattentat aux murs. Il faut faire aussi intervenir dans le cadre du développement de cette discipline médicale linfluence de la phrénologie. La phrénologie entend reconnaître les instincts et les penchants par la configuration du cerveau et de la tête. La phrénologie a été théorisée par le neurologue viennois Franz Joseph Gall (1757-1828) Le corps est censé démontrer les signes qui reflètent lâme de celui que lon expertise, ainsi que ses tendances profondes. La phrénologie a une grande influence sur les réformateurs sociaux, les médecins et les aliénistes. Ils y voient une analyse rigoureuse de la société. Les enquêtes médico-légales utilisent des analyses et des procédés similaires car le corps des hommes suspectés de pédérastie est censé délivrer la vérité sur lâme viciée de ces mêmes hommes.
Il y a comme dans la phrénologie une association entre le faciès et les murs. Lhomme suspecté se trouve enfermé dans un déterminisme dont il était prédestiné. La phrénologie continue le courant idéologique dans le domaine médical. Au tournant du XVIIIe et XIXe siècle, les idéologues constituaient un groupe décrivains et notamment de médecins. Ils réfléchissent sur un modèle dorganisation scientifique de la société. Cest dans ce contexte quil faut replacer les enquêtes médico-légales.
Nous trouvons des études de médecine légale dès le début du XIXe siècle. Nous pouvons citer létude de Paul-Augustin-Olivier Mahon (1752-1801), datée de 1801 : Médecine légale et police médicale, et celle de François Emmanuel Fodéré (1764-1835), Traité de médecine légale et dhygiène publique ou de police de santé en 1813. Ensuite, et jusquà luvre dAmbroise Tardieu (1818-1879), plusieurs études médicales analysent lhomosexualité à partir des techniques de la médecine légale. Il faut citer notamment deux médecins qui auront une certaine importance dans ce courant médical, Pierre-Jean-Georges Cabanis (1757-1808), qui fut médecin et Ambroise Tardieu déjà cité. Les idéologues entendaient mettre en place une science de lhomme pour aboutir à une société harmonieuse. Il était donc nécessaire de dépasser le stade des observations scientifiques pour découvrir les lois générales du vivant. Pierre-Jean-Georges Cabanis théorise les rapports entre le physique et le mental. Lactivité de Cabanis se situe à lextrême fin du XVIIIe siècle et jusquà la fin de la Révolution. Il entendait que la médecine devienne la pièce maîtresse de cette science de lhomme. Cette dernière permet détablir un parallèle entre fonctionnement du corps humain et du corps social. La médecine est la base de la connaissance de lhomme et elle est une science morale. Pour Cabanis le cerveau secrète la pensée et ceci explique linfluence du moral sur le physique. Il expose ses théories matérialistes sur les liens entre physiologie et psychisme dans son uvre la plus connue Rapport sur la physique et le moral de lhomme en 1795. Il y souligne combien la vie intellectuelle et morale est liée à la vie organique. Ce lien entre vie psychique et vie physiologique aura une influence certaine dans les enquêtes médico-légales. Ambroise Tardieu est aussi important dans le domaine de la médecine légale. Postérieurement à la période étudiée, il fut professeur de médecine légale à Paris et membre de lAcadémie de médecine. Son activité se développe à partir du milieu du XIXe siècle. Il est lauteur dun traité célèbre : Etude médico-légale sur les attentats aux murs. Dans ce traité il étudie plus de 600 cas dabus sexuels et à cette occasion, fait une typologie des marques observées suivant labus sexuel. Au-delà du médical, Ambroise Tardieu fait uvre sociale et cette uvre est une enquête de murs basée sur lidée que le corps est le témoin qui indique le mal. Ce lien entre physique et moral nest pas sans faire penser au docteur Cabanis
La médecine légale est dune grande importance sur la construction du discours sur lhomosexualité au cours de cette période. Ce discours est scientifique a posteriori. Il envisage uniquement les conséquences de « la pédérastie » et ne sintéresse pas aux causes et surtout ne les aborde pas. Toutes les observations faites à loccasion de ces études médico-légales constatent ce que la pratique de la « pédérastie » occasionne. Ce discours tend à définir « les stigmates de la pédérastie.» A partir dun certain nombre de cas il est possible de dresser une typologie des marques observées. Elles sont différentes selon lusage auquel elles se rapportent. Ces stigmates enfin sont la marque dune certaine monstruosité. Ces stigmates sont surtout laboutissement de la déchéance. Ils constituent le triste tableau de lexcès vénérien.
Ce discours lui aussi est basé sur un primat moral : des actes moralement condamnables ne peuvent avoir que des incidences négatives au plan corporel et sur la personnalité. Ces mêmes incidences sont une juste punition pour celui qui en vient à faire usage de sa sexualité de cette façon. Les médecins transposent dans ce cas ce qui constitue un péché selon la théologie morale, quand il sagit selon eux, dune offense faite non pas à Dieu, mais à la nature ; le risque nétant plus la damnation mais la désorganisation de la fonction. Il y a là une même structure de pensée mais dans ce cas, le mal a comme punition des stigmates physiques. Tous les discours de ces médecins débutent par un préambule sur le mal et contiennent des excuses pour aborder un tel sujet. Ils tentent de justifier le fait de devoir faire intrusion dans ce domaine. « Le délit contre-nature qui sans doute est aussi rare quil est honteux, ne devrait pas occuper, je dirais presque salir un ouvrage de médecine légale, si les tribunaux navaient pas à punir quelquefois ceux qui sont surpris à le commettre.. »Ou « Les matières qui forment le sujet de ce chapitre et qui ont rapport aux attentats contre la continence publique, la propriété des personnes et le repos des familles, ne sont du ressort de la médecine que pour ce qui regarde le viol. Cependant ce livre étant autant pour le barreau que pour les médecins
»Ces excuses et ces explications permettent de justifier le fait daborder « la pédérastie ». Certaines études médicales seront en latin car ainsi on évite que des discours réservés à des spécialistes médecins, juges et policiers ne puissent devenir des sources de plaisir. Pierre Jean Corneille Debreyne (1786-1867), qui fut prêtre et docteur de la faculté de médecine de Paris donne pour titre à son ouvrage, daté de 1842 sur la question un titre latin Moechialogie. La conscience du mal ou de lacte intrinsèquement mauvais est lunique et première motivation de ces discours de médecine légale. Par rapport au discours médical qui aura cours dans la seconde partie du XIXe siècle, lautonomie par rapport à des motivations proprement morales est plus réduite. La seconde moitié du XIXe siècle sintéressera aux causes de lhomosexualité et de ce fait, sautonomisera par rapport au discours moral. Cette motivation morale de la médecine légale a pour conséquence que les caractères physiques sont les justificatifs du mal et de la faute commise. Chaque caractère physique attribué au pédéraste est lié à une pratique sexuelle ou une habitude précise. Les caractères physiques quon lui attribue en fonction de ses pratiques sexuelles présumées sont la marque de son immoralité et de sa vie déréglée. Pourquoi cette motivation morale ? Peut-on aller plus loin pour comprendre cette mécanique par laquelle une discipline médicale est la conséquence de jugements moraux purs ? Louis Chevalier indiquait combien les jugements que les groupes portent les uns sur les autres concernent des caractères physiques, considérés comme leur appartenant en propre, aussi spécifiques et aussi permanents que des caractères raciaux.Il suffit de constater le physique qui est attribué au peuple parisien de ce temps pour constater combien le lien est fait entre les habitudes morales et le physique. Louis Chevalier souligne combien le peuple apparaît hideux. Honoré Daumier (1808-1879), sest particulièrement employé à dessiner le peuple et à le faire apparaître comme repoussant dans sa vie quotidienne, de même que le bourgeois dépeignait le peuple comme repoussant, le peuple voit le bourgeois à travers des caractères moraux quil lui prête également. Honoré Daumier a représenté limage que les classes populaires ont du bourgeois : il est représenté comme ventripotent, hypocrite
Cette habitude dattribuer des traits physiques qui sont révélateurs de traits moraux est ancienne. Dans les siècles antérieurs, on en trouvait des exemples. Dans la représentation des sorcières lors de la répression de la sorcellerie aux XVIe et XVIIe siècles, on pourrait trouver des représentations qui sont révélateurs de traits moraux quon prêtait à ces femmes. Cest dire que cette habitude de lier le physique et le moral nest pas nouvelle. Cependant, ces théories sont récupérées par la médecine légale car elles étaient sans doute ancrées dans la mentalité du temps, comme lobserve Louis Chevalier, et elles correspondaient à un courant influent dans le domaine médical. Les discours sur lhomosexualité répandus dans certaines civilisations extra européennes procédaient aussi en partie de ce type de croyance, dattribuer des caractères particuliers à des peuples particuliers. Ils procédaient aussi des mêmes mécanismes mentaux, par lesquels le bourgeois dépeignait le prolétaire et vice versa.
Il est important de voir, même si les démonstrations peuvent paraître séloigner de la représentation de lhomosexualité par la médecine légale, doù proviennent ces mécanismes mentaux. Ceci nous aide à comprendre les motivations profondes de ces études médicales. Lanalyse de ces motivations nous permet de replacer le discours médical au cur de la société. Mis à part le docteur Cabanis, dautres médecins se sont intéressés aux rapports entre le mental et le physique. Franz Joseph Gall, déjà cité, est mort en France.
Il arrive à Paris en 1807 et il sintéressa plus particulièrement au cerveau humain. Il pensait que la forme de la tête permettait de découvrir les facultés de la personne. La physionomie dévoilait en quelque sorte la personne. Quelques décennies plus tard, Ambroise Tardieu fera une description du physique quil pense être celui du pédéraste type. Il y a ici une description presque animale de lhomosexuel pour bien montrer combien son vice la fait redescendre dans lanimalité. Cest donc dans cette tendance à lattention aux caractères physiques que lon retrouvera pour la signification dautres groupes sociaux, quil faut expliquer cette mécanique de la médecine légale qui part de la condamnation morale pour aller vers les traits physiques de la pédérastie. Cest donc également dans le cadre de cette médecine qui lie étroitement vie organique et vie morale, quil faut replacer les études de médecine légale sur ces hommes soupçonnés dattentats aux murs. Cest pourquoi ce type de discours se borne essentiellement aux conséquences de la pédérastie. Dune manière plus générale, de part son rôle dauxiliaire du juge ou du policier, la médecine légale contribuera à légitimer certaines représentations de lhomosexualité et son lien avec les fléaux sociaux. Cette médecine intervenant dans des affaires criminelles, donne à voir une homosexualité liée au milieu du crime, de la délinquance et de la prostitution. Elle renforce les représentations de la société française que nous avons abordées au précédent chapitre. Quels sont les stigmates attribués à lhomosexualité ? Comment ces médecins caractérisent-ils physiquement et moralement ces hommes? Quels sont les types de stigmates quils attribuent à telle ou telle pratique ? Ces praticiens définissent des stigmates physiques de type monstrueux et également des stigmates moraux marques de tares de personnalité. Il y a bien, au second plan, construction dune idéologie et théorisation des stigmates de lhomosexuel : à partir des différents écrits on perçoit bien au second plan une définition de ce quest lhomosexuel masculin en tant que personne à part. Il y a bien, à partir de cette discipline médicale, la mise en place dun discours type. Ce discours devient plus précis, et se targue de la caution scientifique. Dabord il y a la volonté de démontrer que la pratique de lhomosexualité entraîne au niveau du corps, lapparition de déformations caractéristiques, tout comme les maladies du corps social entraînent des fléaux sociaux perceptibles. Ces déformations sont différentes suivant les habitudes de pédérastie active ou passive. Il y a ensuite la définition de stigmates de caractère et dattitude. Le pédéraste se voit affubler dattitudes propres et de manies caractéristiques. Il y a déjà dans ce tableau, la définition de tares de caractère qui anticipent les théories sur la dégénérescence qui apparaîtront dans la seconde moitié du siècle. Il y a aussi parmi ces stigmates des risques sanitaires censés être liés à la pratique du vice contre-nature : le risque vénérien. Parmi les stigmates qui caractérisent lhomosexuel, on trouve dabord et en plus grand nombre, les stigmates physiques qui caractérisent la pédérastie passive. Les monstruosités entraînées par la pédérastie passive paraissent plus alarmantes et plus nombreuses. La stigmatisation plus grande de lhomosexuel passif ne fait-il pas intervenir une plus grande intolérance devant celui qui se prête au rôle dévolu normalement à la femme ? Ny a-t-il pas, de ce point de vue, une mentalité qui vient de loin ? : La première loi criminalisant les rapports homosexuels sous le Bas-empire romain atteignait les sodomites passifs. Il y a aussi une donnée propre au XIXe siècle dans le cadre de la discrimination sexuelle qui saccroît. Luniversitaire Yannick Ripa insiste sur la dévalorisation de limage de la femme par rapport à lhomme, à travers la discrimination sexuelle dans léducation des enfants au XIXe siècle. Elle souligne combien la sexualisation des jouets cantonne la fille au monde étriqué du domestique et ouvre lesprit du garçon sur le monde Ainsi lhomosexuel passif est celui qui se fait femme, alors que la nature la comblé en le rendant homme. Il faut aussi lier cette stigmatisation particulière du pédéraste passif à la redéfinition de la virilité abordée dans le précédent chapitre.
Il y a dabord lidée dun acte qui conduit à se rabaisser, à se soumettre. Faire ceci conduit à ces stigmates et enfin à une mort douloureuse qui est le châtiment dune nature outragée. Les stigmates sont décrits comme une forme de malédiction contre celui qui offense la nature. Dans sa thèse de médecine, Joseph Courrège décrit les conséquences quentraîne la pédérastie vénérienne et emploie certains termes : « perdus, victimes malheureuses, commerce infâme
» Il y a lidée dune chute. Les termes employés pour décrire les stigmates de lhomosexualité passive par un autre médecin, Hubert Lauvergne (1797-1859), sont également empruntés à un répertoire purement moraliste et peu scientifique : nous trouvons des termes comme génies du mal, dégoût, honteux, pitié. Cependant, ce médecin qui analyse la pédérastie au bagne fait davantage le lien avec la criminalité.
Les premiers types de stigmates qui sont entraînés par la pratique de lhomosexualité se révèlent être des maux caractéristiques. : Excroissances, raghades, fistules, crêtes, hémorroïdes, végétations. Il y a aussi le mal vénérien résultant de lusage non naturel de certaines parties du corps de lhomme. La plupart des descriptions paraissent vouloir inquiéter voire alarmer sur le danger, la menace qui sévit. Il y a une graduation des maux dont souffrent les personnes adonnées à la pédérastie passive, qui va jusquà la crainte de la mort. La sodomie passive entraîne de plus en plus des déformations du rectum, des excroissances et autres vésicules, des problèmes tels que les hémorroïdes ou les végétations. Tous ces maux décrits contribuent à dresser un tableau effrayant presque cauchemardesque des conséquences liées à cette habitude sexuelle.
Parallèlement à ces stigmates physiques, ces médecins définissent des stigmates comportementaux qui caractérisent lhomosexuel passif. Il est important de voir comment limage de linverti qui simposera dans la seconde partie du XIXe siècle commence à se construire.
Pour ces médecins, lhomosexuel passif est forcément un individu au caractère efféminé. Dans la pensée de ces médecins, comme cet homme occupe le rôle sexuel qui est dévolu à la femme, celui-ci en adopte ou en singe forcément les manières, le caractère. Plusieurs de ces médecins associent manières féminines de certains hommes et habitudes sexuelles. Il faut, pour analyser cet aspect du discours médical, mentionner les études sur le genre. Il faut souligner que le genre est une identité construite, car la féminité et la virilité sont du domaine des constructions et des reproductions sociales. Chaque personne doit correspondre au genre que lui assigne son sexe, dans un contexte de redéfinition de la masculinité depuis la Révolution. La personne qui a un genre non - conforme à son sexe biologique a un mauvais genre. Les discours de ces médecins soulignent que ces hommes adoptent les habitudes de lautre sexe puisquils sont passifs sexuellement ; or avec lapparition de la polarité et de lopposition masculin / féminin, des individus qui ne correspondaient pas, par leur sexualité ou leurs comportements aux cadres définis, devinrent des anormaux et donc lhomosexualité masculine fut progressivement entrevue comme un défaut de masculinisation.Ce qui semble bien le cas dans ces discours. Il existe une vérité sur le genre, et ces hommes portent atteinte à cette vérité. Il faut aussi souligner combien certains médecins déjà cités, comme Cabanis, soulignaient les limites biologiques de la femme ; donc si un homme se fait femme on a affaire de ce point de vue à une anomalie caractéristique. Un tel homme enfreint les principes de la masculinité. Le citoyen, homme actif et producteur, voit son pouvoir fondé sur son statut de père de famille et sa puissance sexuelle. Limpuissance et la passivité sont donc des signes de manque de virilitéCest la signification profonde du discours de ces médecins sur lhomosexuel passif qui porte atteinte à la vérité sur le genre masculin, tel quil se construit socialement.
Cette différenciation marquée qui identifie ce qui dans le domaine du comportement nest pas masculin, est aussi à rapprocher de ce que Yannick Ripa soulignait sur la discrimination sexuelle : Le garçon qui persistait au-delà dun âge tendre dans des goûts féminins était perçu comme manquant de virilité. La peur dune homosexualité latente était présente. Hubert Lauvergne fait la description dun jeune homme quil nomme Frédéric. Lauteur insiste sur les habitudes féminines du personnage.
Cette description veut prouver ou démontrer que les pratiques sexuelles de ce jeune homme impliquent une inversion des genres. En même temps, elle est significative de limage dévalorisante de la femme.
Nous trouvons chez dautres médecins lamalgame entre inversion des genres et pratique de lhomosexualité. « Les individus portés à la sodomie ont en général un caractère efféminé qui les fait recourir à la séduction plutôt quà la violence. Si la violence est employée, cest par des hommes chez qui ce penchant nest pas naturel mais chez qui il se développe par la privation des femmes.»Cette analyse est à souligner car elle définit la vraie homosexualité qui est celle de lhomme féminin souffrant dune inversion des genres, dune homosexualité de circonstance ou fausse homosexualité qui est celle dun homme privé de femmes. Dans ce dernier cas lhomme est masculin. Ceci permet de percevoir que son comportement homosexuel est uniquement de circonstance. De même, le Dr Léopold Deslandes dans son analyse de la différence des organes génitaux prend comme exemple les hermaphrodites. « Ces êtres douteux que lon a nommé les hermaphrodites androgynes. Chez ces individus les organes génitaux, troublés dans leur développement régulier présentent des apparences équivoques
»Lhomosexualité va être progressivement assimilée à un hermaphrodisme mental et on fera la différence entre lhomosexuel féminin qui est affublé dune tare et celui qui est masculin qui est pervers dans son comportement mais qui nest pas affublé dune tare. A partir de cette considération, lhermaphrodisme devient une perversion. Linversion des genres devient un des traits du discours sur la pratique de lhomosexualité. Plus tard Ambroise Tardieu décrira les pédérastes passifs sous les traits dhommes efféminés, fardés, frisés, couverts de bijoux. On perçoit déjà la naissance de limage de la folle. Pourquoi le discours de ces médecins fait-il lamalgame entre passivité sexuelle et inversion des genres? Ce type de discours est-il nouveau? Peut-on en situer les racines ou les prémices?
Dabord ce discours apparaît à travers les représentations de lhermaphrodite. Lhomme est dun seul sexe, par opposition à certains mollusques, et donc les hermaphrodites sont des monstres. On admet de plus en plus difficilement lidée quil puisse exister naturellement des hermaphrodites. La nature ayant créé lhomme et la femme, les modèles intermédiaires deviennent inadmissibles. Lhermaphrodisme est désormais analysé comme une monstruosité relevant dune perversion du caractère. Ce facteur est le produit dune évolution de ce quest la masculinité par rapport à la féminité. Cest à partir de 1760 que les savants ont commencé à remettre en cause la conception métaphysique et cosmologique du genre, et à définir la différence des sexes dans une conception biologique.
Dans le modèle des deux sexes, les différences biologiques et sexuelles deviennent plus significatives. Les attributs du corps masculin deviennent plus opposés à ceux du corps féminin. La sexualité de lhomme est définie par rapport à celle de la femme.Son comportement est aussi distinct : Didier Godard définit cette révolution à travers trois interdictions : celle des larmes, celle de la tendresse, celle du baiser entre hommes. Elle sinscrit, souligne-t-il, dans le réaménagement de la sexualité occidentale. Ce contexte global explique le lien qui est fait entre caractère efféminé et habitudes de sodomie passive. Lhomme digne de ce nom, se définit désormais par un caractère et une sexualité bien précise. Ceux qui ne coïncident pas à ce modèle sont des monstres et leurs corps en portent les stigmates autant que leur caractère. Lhomme mâle devient un conquérant, autoritaire, ultime juge arbitre de la morale.Cette image de valorisation de la masculinité était aussi perceptible dans la peinture néoclassique notamment dans certains tableaux de Jacques Louis David. Dans la description des hommes efféminés on retrouve des traits qui semblent dévalorisants pour la féminité : ces hommes sont trop bavards comme les femmes.
Le qualificatif efféminé dans les écrits de ces médecins paraît bien relever de la caricature et du stigmate.
Si les traces de la pédérastie passive sont largement abordées dans ces écrits médicaux, ceux de la pédérastie active se font beaucoup plus rares par opposition. Ceci peut être vu comme lexpression dune époque qui nenvisage pas encore lhomosexuel dans son ensemble. Il sagit encore danalyses qui sont faites à partir de pratiques sexuelles distinctes et non à partir du fait de désirer dans son ensemble une personne de son sexe. Plus tard Ambroise Tardieu et Louis Pénard (1819-1890) mentionneront des particularités physiques que lon pense être celles des pédérastes actifs. Pourquoi, au cours de cette première partie du XIXe siècle, ces médecins semblent-ils moins sintéresser aux signes de pédérastie active? Quelle en est la signification? Ne peut-on pas percevoir une moins grande stigmatisation à lencontre de lhomosexuel actif? Il semble bien que la plus grande partie de la réflexion de ces médecins soit dirigée vers la détection des traces de pédérastie passive. Lhomosexuel actif garde un comportement sexuel dominateur. Il est débauché simplement. Ceci explique que ces médecins ny portent pas le même intérêt. Dans la seconde partie du siècle, lintérêt porté aux caractères de la pédérastie active sera plus important. Il sera la marque dune homosexualité qui est médicalisée dans son ensemble. Cette première partie du XIXe siècle paraît, tout au moins dans la divergence que lon perçoit chez ces médecins, continuer à faire une différence entre lhomosexualité passive beaucoup plus stigmatisée et lhomosexualité active. Visiblement ce sont les comportements qui dérogent à la norme sur le genre qui sont vécus comme davantage problématiques.
Ces médecins décrivent aussi un certain nombre de maladies qui sont provoquées par la pratique de lhomosexualité. Il y a dabord le péril vénérien. Dès le début du XIXe siècle on perçoit un amalgame qui est assez souvent réalisé entre la pratique de lhomosexualité et les maladies vénériennes. Le mal vénérien est présenté comme une conséquence possible de la pratique de lhomosexualité. Le Dr Reydellet note : « Les hospices des vénériens de Paris et des autres villes de France ont pu voir de ces malheureux infectés du virus vénérien. » Cette assimilation entre homosexualité et mal vénérien est aussi effectué dans la thèse de Joseph Courrège qui sintitule précisément Observations sur la pédérastie vénérienne. Lassemblage de ces deux termes démontre le lien qui est fait. Plusieurs autres médecins abordent dans leurs descriptions des traces dhomosexualité ou font intervenir dune manière ou dune autre le péril vénérien. Ainsi le Dr Mahon souligne, à propos des traces de sodomie passive, « quelles peuvent avoir pour origine ou pour cause la maladie vénérienne. »Il y a amalgame entre traces de sodomie passive et traces de mal vénérien. De même, le Dr Jean Baptiste Félix Descuret fait une analyse du libertinage à partir des statistiques de lhôpital des vénériens. Il fait plusieurs fois allusion à ce mal. La pratique de la sodomie est liée dans ce discours assez étroitement au mal vénérien. Le Dr E de Salles souligne aussi parmi les principales conséquences de la pratique de la pédérastie passive : ce même mal qui par cette voie illicite peut progresser.Les conséquences du commerce de la pédérastie sont des chancres qui peuvent devenir des symptômes de mal vénérien.Tous ces discours démontrent bien combien le lien entre homosexualité et maladies vénériennes est réalisé et ceci dès la première partie du XIXe siècle. Le mal vénérien devient un stigmate, une punition possible dune pratique sexuelle contre-nature. A partir du XVIIIe siècle les maladies vénériennes apparaissent comme le châtiment dune faute personnelle. La médecine tentait de soigner, mais avant tout de punir et dailleurs avant de commencer un traitement contre les maladies vénériennes le malade était fouetté ainsi quà la fin de son traitement. Il faut relier cette préoccupation du mal vénérien à la préoccupation grandissante sur lhygiène.
A partir du XIXe siècle, en effet, les médecins sont convaincus du lien étroit entre hygiène et santé. Les lieux dentassement des hommes focalisent tout particulièrement les hygiénistes. Dans ce cadre, lhomosexuel devient le symbole de lanalité. Il participe de la fétidité animale. Le lien entre le mal vénérien et la pratique de lhomosexualité devient à partir de ce contexte un lien automatique et que beaucoup produiront. Parallèlement au mal vénérien ces médecins définissent aussi dautres maux que peuvent engendrer la pratique de la pédérastie. Il y a dabord des maladies physiques telles que les maux gastriques, troubles digestifs, phtisie, les maladies de cur. Il y a aussi des maladies mentales : maladies cérébrales, convulsions, folie, suicide, aliénation mentale, affection du cerveau. La liste est impressionnante de ces maux que peuvent engendrer la pratique de lhomosexualité, selon ces médecins. La maladie ne devient que la résultante dune mauvaise vie. Il ny a pas une analyse scientifique fine derrière la litanie de ces maux auxquels celui qui tombe dans ce mal semble sexposer. On a limpression plutôt dune mise en garde, dune volonté de faire peur. Certaines études ajoutent aussi des traits sur la propreté. Le débauché est malpropre. La malpropreté physique est un signe de démoralisation et de dérèglements des murs. En même temps, la propreté trop excessive est un signe de luxure et de volupté. Alexandre Parent Duchatelet insistera sur la saleté des prostituées et en même temps indiquera que lexcès de propreté indique un état dévalorisant. Certaines études médico-légales insisteront sur la malpropreté de certains homosexuels expertisés, ou sur lexcès de propreté qui indique une tendance au vice et à lindolence.
Ces médecins définissent tout un ensemble de traits physiques et moraux qui caractérisent ces hommes. Ces derniers deviennent, selon les écrits de ces médecins, une espèce à part. Ces médecins assument un magistère moral à travers la description de ces êtres quasi monstrueux. Michel Foucault souligne que les années qui précèdent et suivent la Révolution voient le mythe dune profession médicale nationalisée, organisée sur le mode du Clergé, et investie au niveau de la santé, de pouvoirs semblables à ceux que le clergé exerçait sur les âmes. Il y a le mythe dune disparition totale de la maladie. Dès le XVIIIe siècle, les médecins vont interpréter tout trouble psychique comme un mauvais fonctionnement de lensemble de lorganisme. A partir du XVIIIe siècle, le médecin doit repérer la maladie, la situer dans un ensemble. Au XIXe siècle, les médecins se réfèrent à une certaine normalité. Ils partent dun fonctionnement régulier du corps humain ; ainsi le malade devient un contre modèle ou un anti-modèle, ce qui peut parfaitement sappliquer dans ces enquêtes médicales. Tout ceci peut aussi expliquer cette propension à vouloir trouver sur le corps et plus généralement chez la personne, les signes de son mal. Un individu qui fonctionne mal dans sa sexualité à partir de ces principes, doit obligatoirement présenter sur son corps même, des traces qui indiquent son état pathologique, puisquil est entendu que son fonctionnement est anormal. Ces études de médecine légales font pleinement entrer lhomosexualité par le biais des conséquences, dans un premier temps, dans le domaine du médical et du pathologique. Ce qui est également frappant, est de voir comment l analyse du corps des « pédérastes », la régularité et la similitude des stigmates décrits, font analyser ces faits comme une sorte dépidémie. La manière dobserver « les pédérastes » avec cette volonté de détecter des symptômes communs qui ont été théorisés, cette volonté de détecter le processus quentraîne « la pédérastie » sur le corps comme une épidémie le ferait, et enfin cette individualité historique propre au début du XIXe siècle : on peut délimiter ce fait dans le temps. Enfin, dans le cas de la médecine des épidémies, celle-ci se double toujours dune police qui est chargée de faire appliquer les mesures. Chez les « pédérastes » le médecin est aussi auxiliaire du policier : ces expertises médicales visent à détecter le mal pour prendre les mesures qui simposent. Cette façon danalyser lhomosexualité est importante à souligner car il sagit bien dun cap qui est franchi et qui fait que le médecin va remplacer lecclésiastique dans son rôle de magistère moral sur le sexe.
Les médecins deviennent ainsi les prêtres du corps pour reprendre une expression de Michel Foucault dans son ouvrage La naissance de la clinique. Ils deviennent les auxiliaires dun projet politique plus global. Ce rôle des médecins qui éclaire lactivité de la médecine légale, est à replacer dans lapparition dun savoir médical indépendant et souverain, qui est encouragé par la réforme des études médicales à partir de la Révolution. A partir du XIXe siècle, la parole médicale devient effectivement indépendante et souveraine et délivre une certaine vérité y compris sur la sexualité. Lexcellence de sa parole va remplacer lexcellence de la parole du prêtre en lui enlevant son rôle de gardien de la morale. Cela peut aussi expliquer la ressemblance au début du XIXe siècle entre la parole du médecin et celle du prêtre.
Un autre aspect des enquêtes médico-légales est de présenter ces hommes expertisés comme des demi-monstres. Il y a une préoccupation à propos des fous qui dès le début du XIXe siècle deviennent des malades à soigner. Dans la littérature se développe la figure du criminel monstre notamment chez Maxime Du Camp (1822-1894.) Certains rapports médicaux, tel celui du docteur Fournier Pescay, décrivent des êtres douteux, hybrides, où les aspects masculins et féminins les font passer pour des êtres à mi-chemin entre le masculin et féminin. Ceci donne un aspect monstrueux des personnes décrites. Anne Emmanuelle Demartini souligne à propos de Pierre François Lacenaire et de la figure de monstre qui se dégage de la masse des discours, combien le premier registre est centré sur la figure du monstre comme être mixte, entre identité et altérité. La description « du sodomite » ou « du débauché » comprend toujours une litanie de maux qui atteignent ces personnages. Les descriptions faites de ces hommes expertisés tendent à les présenter comme des êtres mixtes. Le mélange de maux quils auraient, contribue aussi à les représenter comme des êtres à demi monstrueux. Dautant plus que la description des infirmités physiques se double dune description du système nerveux ou des manies qui tend à les faire passer pour des êtres presque difformes avec un mental détraqué.
Le docteur Hubert Lauvergne décrit un pédéraste qui se trouve à lhôpital. La description mélange les aspects féminins et masculins du personnage et les problèmes physiques que sa débauche lui a occasionnés. La représentation est celle dun être quasi hybride et physiquement malsain. Plus loin il décrit des personnages quil assimile aux prostituées et qui fréquentent les bagnards. Ils seraient atteints de paralysie. Les personnages décrits par ces médecins sont des êtres qui, par la multiplication des infirmités, paraissent toujours plus repoussants. Parfois, la monstruosité peut aller beaucoup plus loin dans la description. En 1849 LUnion médicale publie un article dun médecin nommé Michéa. Cet article porte sur le cas du sergent Bertrand et larticle sintitule Des déviations maladives de lappétit vénérien. Le sergent Bertrand est atteint de nécrophilie et larticle conte ses méfaits dans plusieurs cimetières dans les années 1847, 1848. La description de son personnage assimile le sergent Bertrand à un monstre : on parle de vampirisme. Le docteur se livre ensuite à une description des déviations de lappétit vénérien dont le premier est lamour grec, en dautres termes lhomosexualité. Il cite la thèse dun professeur danatomie de luniversité de Leipzig qui aurait remarqué un rudiment dutérus chez lhomme, et lauteur fait le lien entre tendances féminines et développement de ce rudiment dutérus. Cette description fait paraître certains homosexuels comme des êtres hybrides, quasiment monstrueux. Dautant plus que lamour grec est associé dans cette description à la perversion nécrophile du sergent Bertrand. Les descriptions de ces cas de « pédérastes » affublés dinfirmités qui les font paraître comme des monstres posent la question de lorigine et des racines de ces représentations monstrueuses. Le monstre est toujours quelquun qui, par son cas, défie lordre naturel. Il sort de la rationalité. Michel Foucault dans une série de cours donné au Collège de France ayant pour titre Les anormaux a défini trois figures danormaux : le monstre humain qui comprend lhermaphrodite et qui apparaît au Moyen âge, lindividu à corriger, lonaniste. Le monstre humain est dans son existence violation des lois humaines et de la nature. Il est une notion juridique. Il est la forme naturelle de la contre-nature comme souligne Michel Foucault.
Il donne un visage et une consistance concrète à la contre-nature. Dans ces travaux de médecine légale il y a bien la volonté de présenter une image concrète et palpable de la transgression sexuelle et de montrer en quoi elle devient violation des lois humaines et naturelles. La notion de monstre se retrouve bien présente dans les techniques juridico-médicales autour de lanomalie. On peut dire que les représentations de ces médecins puisent leurs sources dabord, dans cette notion de monstruosité humaine. Lindividu à corriger est différent du monstre car son taux de fréquence est plus élevé.Il doit être corrigé dans la mesure où toutes les tentatives ont échoué précédemment. La notion de monstre a quelque chose dexemplaire, par contre la notion dindividu à corriger est quelque chose de plus banal. A partir de cette notion, va naître les institutions pour corriger les anormaux. La notion dindividu à corriger est certes plus ténue que la notion même atténuée de monstre dans ces enquêtes médicales. Cependant, en arrière fond, ces enquêtes visent à reconnaître les transgresseurs pour y apporter une solution. Cette notion dindividus à corriger sera certes plus évidente dans la seconde partie du XIXe siècle quand la psychiatrie semparera du problème.
Le masturbateur est la troisième figure qui apparaît au XIXe siècle. La masturbation relève du secret que tout le monde connaît mais que personne ne communique. Elle devient la racine de tous les maux : maladies corporelles, nerveuses et psychiques. Cette troisième image est directement transposable dans ces enquêtes médicales. La pédérastie aussi, est le péché que beaucoup connaissent mais dont on ne doit pas parler. Ces médecins en font par la description des maux physiques, psychiques et nerveux qui atteignent les pédérastes, lorigine de maux divers. Ces différentes figures interviennent à des degrés divers dans ces enquêtes de médecine légale. La figure du déviant sexuel telle quelle apparaît chez ces médecins relève de ces notions. La notion de monstre sexuel est parfaitement appropriée pour définir limage-type qui se dégage de ces enquêtes. Cependant lorsque lon aborde cette première figure de monstre on se trouve renvoyé vers la notion ancienne du mal et de sa représentation. La recherche des stigmates « de la pédérastie » fait penser à la recherche des stigmates de la sorcellerie. Guy Bechtel démontre comment, dans les procès de sorcellerie de lépoque classique, la recherche des stigmates du mal dans un contexte également juridique était un moment essentiel.A partir dun moment donné, à la fin du XVIe siècle, la chasse aux sorcières sest professionnalisée. Elle sest rationalisée. Il faut rechercher sur le corps de la sorcière la marque du mal au même titre que ces médecins chercheront les traces de pédérastie sur les corps de ces hommes inculpés dattentat aux murs. A cette occasion, comme dans ces enquêtes de médecine légale les enquêteurs détermineront à partir de leurs expériences, les stigmates physiques corporels de la sorcellerie. Ils établissent des parallèles au même titre que les rapports médico-légaux. Ainsi la marque de sorcellerie peut être une tâche précise qui signe le pacte avec le démon. On trouve aussi des inspections qui concernent les parties intimes des accusés. Ainsi le procès verbal de visitation de Magdeleine de Demandolx en 1611 contient une visitation des parties honteuses de laccusée avec une description complète.On perçoit lanalogie entre ces enquêtes de médecine légale et ces procès verbaux dexamen dans les enquêtes de sorcellerie même si le contexte historique et les motivations sont parfaitement divergents. A la base, une volonté de déceler le mal dans un but de condamnation juridique. Ensuite on trouve une volonté de définir à partir dun moment donné et ceci dans un but de rationaliser la répression, les stigmates du mal. Il y a enfin une théorisation de ce que doit être le mal dans le cas du « pédéraste » comme dans le cas de la sorcière de lâge classique. Les enquêtes et les cas permettent une meilleure connaissance du mal et de la monstruosité. Ils permettent de déceler la nature de la monstruosité dans un cas comme dans lautre. Ensuite dans les deux cas, on trouve un catalogue de signes à trouver pour être sûr que la personne « est bien atteinte par le mal. » Cette analogie démontre bien les liens que lon peut faire entre les deux phénomènes.
La vision du « pédéraste » par la médecine légale tire ses racines dune représentation du mal que lon retrouve dans ces procès de sorcellerie.
Cette analogie nest pas étonnante si lon songe que la répression des minorités jugées dangereuses pour lordre alla souvent de pair. Les spécialistes du démon au XVIe siècle même, attribuent sans cesse au Diable et à ces comparses des perversités contre-nature.Le lien qui est fait, dès lépoque classique, entre le prince du mal et la perversité sexuelle constitue lorigine lointaine de la démarche de ces enquêtes de médecine légale. Il y a bien lidée dun mal à combattre. Il y a bien la volonté dune personnification du mal à pourchasser même si dans le second cas les méthodes relèvent ou prétendent relever davantage de la rationalité scientifique. Cette personnification du mal puise ses racines dans les représentations plus anciennes du mal dans la culture occidentale. La représentation du mal et du Diable prit en compte très rapidement des préoccupations qui concernaient le fonctionnement du corps : le discours sur le Diable se mit de plus en plus à parler du corps humain tel quil ne devait pas fonctionner. »A partir du XIIe siècle, se développe lidée que les incubes et succubes peuvent réellement séduire les vivants.Satan prenait lapparence dun être insaisissable et hybride. Ce côté hybride mi-homme et mi-femme se retrouve dans ces rapports médicaux. Dans ces rapports, le mal est représenté aussi par des êtres hybrides douteux. Il nest pas invraisemblable de faire un lien dans ces deux images. Robert Muchembled remarque que le XIXe siècle voit larrivée dune vision plus intériorisée du démon. Le démon devient uni à lhomme et il devient sa face cachée. Le discours de ces médecins au plan général puisait sa source dans un discours moral dorigine plutôt religieuse. A mesure que le démon devient plus intérieur à lhomme, et donc le mal devient plus diffus ne peut-on pas voir dans ce processus une origine profonde et lointaine de ces discours propres à la médecine légale qui visent à détecter le mal ? Lapparition de ces discours médicaux sur lhomosexualité au XIXe siècle va de pair avec une mutation de limage du démon. Le Diable séloigne de lêtre terrifiant quil fut pour devenir ce que chacun porte en son for intérieur. Il y a en quelque sorte une laïcisation et une banalisation de son image. Ne peut-on pas faire le lien entre les deux phénomènes ? Le Diable est celui qui se met en dehors de la communauté. Satan est lange déchu. Lhomosexuel est celui qui par son comportement se met en dehors de la société. La recherche des stigmates du mal dans ces rapports médicaux et le souci de mettre en avant les maux quencourent ceux qui tombent dans ce vice caractérisent la personnification du mal représentée par le corps du « pédéraste. » Il devient lélément repoussoir. Il devient un contre modèle. Il y a une structure mentale qui puise ses racines dans la représentation du mal et du prince des ténèbres depuis lépoque classique. Ceci démontre donc la motivation intrinsèquement moraliste de la médecine légale. Les motivations morales profondes de ces analyses ne sont pas très différentes des motivations de certains religieux qui visaient à représenter le mal et à faire peur pour dissuader autrui dy tomber. Ces enquêtes obéissent donc à des motivations morales classiques. Ces enquêtes de médecine légale vont contribuer comme dautres médecins ensuite, à définir lhomosexuel comme être à part. A travers son corps particulier, les stigmates qui lui sont propres, lhomosexuel va progressivement devenir un être, une espèce à part. Cette image se mettra en place plus tard. Cependant on peut voir cette doctrine médicale comme la première à avoir eu le souci de définir lhomosexuel comme un être particulier. On séloigne de limage du libertin ou du débauché. Le libertin ou le débauché pratiquait des excès que tout un chacun pouvait pratiquer. Lhomosexuel pour reprendre un terme de Michel Foucault devient un passé, une histoire, un corps, et ceci à partir des écrits de la médecine légale.
C/ Masturbation et homosexualité
Il est nécessaire daborder parallèlement lémergence du discours sur la masturbation. Pourquoi le masturbateur ou lonaniste doit il être envisagé parallèlement à lhomosexuel ?
Tout dabord, comme le mentionne Elisabeth Roudinesco la masturbation est regardée avec lhomosexualité comme la plus grande des perversions car elle supplée à la nature. Elle impose une culture du sexe en rupture avec lordre naturel du monde.En premier lieu, la pratique de la masturbation semble ressentie comme un problème médical voisin de lhomosexualité : le masturbateur et le « pédéraste » deviendront deux individus stigmatisés reconnaissables par des signes distincts. La masturbation sera définie comme une pratique contre-nature entraînant des maladies. Elle constitue une tromperie à la nature qui détruit le désir vénérien. La masturbation est étroitement liée au discours sur lhomosexualité car si le corps de la femme est susceptible dans le domaine des représentations à couler davantage dès le XVIIIe siècle. Lhomme doit savoir contenir ses écoulements. Cette maîtrise atteste sa virilité. Il doit au XIXe siècle sabstenir de pleurer et de se masturber. Donc la masturbation est vue en tant que comportement comme une pratique altérant la virilité au même titre que lhomosexualité. Enfin la masturbation comme lhomosexualité sont des sexualités qui naboutissent pas à la procréation. Ce sont des pertes de substance qui suppléent à la nature et entendent agir à sa place. La masturbation comme lhomosexualité vont faire parties des pratiques sexuelles qui sont de lordre de la pathologie. A partir des lumières allait sinstaurer lidée que les états modernes avaient le devoir de gouverner lensemble des pratiques sexuelles en séparant la norme de la pathologie. La bourgeoisie au cours du XIXe siècle allait imposer une morale sexuelle fondée sur la prévalence de la famille. Dailleurs très vite les médecins feront un lien entre les deux pratiques et nhésiteront pas à affirmer que la pratique de la masturbation peut conduire à lhomosexualité. La condamnation a pour point de départ, comme lhomosexualité des sources religieuses : lhistoire dOnan. Onan doit prendre Tamar pour épouse. Onan refuse. Il préfère laisser sa semence se perdre dans la terre et il est puni de mort. Tout comme lhistoire de Sodome pour lhomosexualité, cet épisode fut interprété au Moyen âge comme une condamnation de la masturbation car le refus de procréer dOnan fut interprété comme un symbole dautosatisfaction sexuelle. A lépoque classique, la pollution volontaire est considérée comme un péché contre lordre naturel. Cest précisément ce quaffirmait le franciscain Benedicti. Les pénitentiels du Moyen âge dévoilent les pénitences qui sont appliquées aux masturbateurs et la sévérité varie. Jean Benedicti définit la masturbation comme un péché mortel au même titre que la sodomie. La masturbation est condamnée à partir de textes bibliques : le récit du crime dOnan (Genèse, XXXVIII, 6-10) et la première épître aux Corinthiens de Saint Paul (VI, 9-10). Cependant pour être condamnable la pollution doit être volontaire. Ces sources religieuses sont importantes pour comprendre pourquoi la médecine définira le fléau de la masturbation, tout comme elle stigmatisera la « pédérastie. » Comme pour lhomosexualité, une littérature médicale va progressivement semparer du problème et construire un personnage type de lonaniste. Le premier ouvrage connu, Onania, parut en Angleterre ; il est attribué à un certain docteur Bekkers et il ouvre lépoque de la médicalisation de la masturbation. Cette médicalisation apparaît au cours du XVIIIe siècle en France. Théodore Tarczylo définit louvrage écrit selon certaines sources par le Dr Bekker comme un exposé juridico théologique hâtif et brouillon.
Il situe lémergence dune véritable pensée anti-masturbatoire en 1743 et surtout en 1758 avec lentrée en scène de Samuel Tissot (1728-1797). Cet ouvrage démontre que le discours anti-masturbatoire, à ses débuts tout comme celui sur lhomosexualité, nest pas autonome de ses sources religieuses et quil sen détachera plus tard. En France, le discours anti-masturbatoire débute vers le milieu du XVIIIe siècle et il samplifie dans la première partie du XIXe siècle. Le texte de Samuel Tissot est un exposé sur le corps tout comme les théories de la médecine légale. Pourquoi, a un moment donné, ce médecin se lança t-il dans une croisade anti-masturbatoire? Deux évènements entre en jeu : sa lecture dOnania et sa rencontre avec un jeune horloger masturbateur quil prendra en exemple dans son ouvrage.Samuel Tissot décrit les tourments physiques de ce jeune horloger qui se masturbait jusquà trois fois par jour. Ce dernier était en bonne santé avant de tomber dans ce vice. Son vice le fit entrer dans un état de faiblesse tel quon craignit pour sa vie. Comme pour le discours sur les stigmates de pédérastie, ces exemples semblent être là pour effrayer lauditoire et pour démontrer quun vice conduit toujours au pire. Samuel Tissot cite aussi dautres cas, tel celui de ce jeune L.D. qui décide de sortir de ce vice. Cependant sa décision arrive trop tard, il est atteint de spasmes et saffaiblit progressivement.La théorie de Tissot est fondée sur la théorie des humeurs et donc, perdre une liqueur cest affaiblir le corps. Enfin ces théories ont pour origine lidée que la luxure égoïste met en péril lespèce. Il faut donc par un travail pédagogique, éviter que ces expériences dénaturantes se répandent. Le livre de Tissot se présente en quatre parties : la première est consacrée aux symptômes de masturbation ou aux stigmates pour faire une comparaison avec la médecine légale. La seconde partie est consacrée aux causes, la troisième, aux remèdes et enfin une dernière partie aux maladies analogues. Dans sa description du malheureux horloger, Tissot fait une description de létat physique du malade. Ces descriptions sont analogues à celles de la médecine légale au sujet des « pédérastes. » Cette description est dramatisante à lexcès, même si Tissot sempresse dajouter que tous les cas ne sont pas aussi graves.
On peut dire que Tissot est le premier médecin qui a eu un regard médical sur la sexualité. Il a une énorme postérité et il est le premier à définir la masturbation comme pathologique et criminelle. La description de certains cas relève, comme pour les cas dhomosexuels cités par la médecine légale, de la pédagogie propre au tableau. : Au départ les ouvrages médicaux sont écrits pour des spécialistes et il y a toujours la crainte quils servent à développer, par une lecture concupiscente, le mal que lon veut combattre. Le tableau permet dillustrer concrètement une prise de position morale et de la rendre intelligible par le lecteur. Le parallèle avec le discours sur lhomosexualité masculine est aussi fondé sur le fait que ces deux formes de sexualité portent atteinte à la génération. « Désormais incapables de défendre la patrie ou de la servir par dhonorables et utiles travaux, ils traînent au milieu de la société qui les méprise, une vie quils ont rendue nulle pour les autres
» Les deux questions sont souvent abordées ensemble par plusieurs médecins. Tout comme pour lhomosexualité, la masturbation est censée entraîner des maux selon le principe quune sexualité antinaturelle a forcément des conséquences sur lorganisme de celui qui sy livre. Cependant la masturbation, en plus dêtre antinaturelle comme lhomosexualité, est vue comme antisociale car elle est solitaire et secrète. Déjà les philosophes des Lumières sétaient intéressés à ce problème, car cette sexualité solitaire ne saccordait pas avec la vie sociale. Jean Jacques Rousseau définit la masturbation comme une habitude funeste. Cette vision dune sexualité qui doit être reproductrice et utile socialement, est en arrière-fond, ce qui occasionne les discours sur la masturbation, tout comme ceux sur lhomosexualité. Il y a dans lun comme dans lautre cas, le passage dun acte sexuel simple à la définition dun personnage pervers type. Il faut dans lun, comme dans lautre cas, démasquer le pervers pour empêcher le fléau de progresser. Il est aussi significatif que la masturbation sera traitée comme lhomosexualité, comme une sorte dépidémie : comme dans le cas de lhomosexuel, il y a une régularité et une similitude des stigmates.
Le deuxième argument qui permet de lier étroitement ces discours médicaux sur lhomosexualité et la masturbation : ces sexualités sont des sexualités portant atteinte à lordre social basé sur la primauté de la famille et sa croissance. Elles sont deux sexualités perçues comme des contre modèles, de ce modèle de sexualité conjugale qui va simposer. La figure du masturbateur va aussi personnifier le pervers sexuel. Il faut donc traquer le masturbateur comme on traque le « pédéraste.» Pour traquer le masturbateur, il faut savoir le reconnaître en connaissant ses habitudes. Il faut savoir où se pratique le plus la masturbation : « Cest principalement dans les établissements publics, où sont réunis en grand nombre les jeunes gens de lun ou lautre sexe, que se développe avec facilité lhabitude de la masturbation
»Il faut donc connaître le pervers dans un cas comme dans lautre, pour le combattre. Ainsi lutilisation de descriptions donanistes permet de dresser auprès de lopinion, le visage dun pervers type. Le masturbateur est affublé lui aussi de signes physiques. Ces stigmates touchent dabord lappareil génital. « Ainsi les enfants qui se livrent à la funeste habitude de la masturbation sont remarquables par le développement prématuré des parties extérieures de la génération
» « Chez les masturbateurs les organes génitaux sont le foyer de symptômes divers et le point de départ dune foule de maladies. »Certains parlent dune déformation propre à ceux qui se livrent à la masturbation. Les parties intimes tout comme dans la pratique de lhomosexualité sont censées subir des altérations visibles du fait de leur utilisation, à des usages pour lesquels elles ne sont pas prévues. En dehors des parties intimes, le masturbateur, tout comme le « pédéraste », se voient affubler de stigmates au niveau de lallure générale. « Seront surveillés les enfants qui recherchent la solitude, qui ont la figure pâle et maigre, les yeux caves et cernés, la physionomie triste et honteuse, le dos un peu voûté, la tête un peu baissée et comme détachée du cou, la voix prématurément grave, le menton et les organes sexuels garnis de poils avant le temps marqué par la nature. » « Les yeux enfoncés, ternes et abattus, le visage étiolé, le front couvert de rides, le corps réduit à ne plus présenter quune charpente osseuse et décharnée »Les signes du masturbateur comme pervers, rejoignent ceux du « pédéraste » et dailleurs, certains praticiens traitent parallèlement des deux formes de stigmates. Le docteur Léopold Deslandes en 1835 mélange lanalyse des hermaphrodites et des masturbateurs et traite des symptômes caractérisant les deux types dindividus, et notamment, lamaigrissement et laspect du visage. Jean Baptiste Felix Descuret mêle également pédérastie et masturbation : « La perversion dont les formes principales sont lonanisme, la pédérastie ou sodomie, la bestialité ne saurait avoir un but capable de la justifier »Il regroupe toutes ces perversions sous le vocable libertinage et pour les stigmates physiques, il mentionne aussi le regard, la bouche, le teint, la démarche et lhaleine. Un ouvrage intitulé Le livre sans titre et paru en 1844 contient un certain nombre de gravures sur lévolution dun jeune homme qui se masturbe. Au départ, on le voit jeune et en pleine forme. Ensuite, il est voûté sous le poids de la faute. Puis, suivent une série de particularités que ces gravures reproduisent. Ses yeux se sont éteints, ses dents se gâtent et tombent, ses cheveux tombent et il devient presque chauve. Limpression densemble, est que la vieillesse apparaît avant lâge. Ces descriptions ou ces tableaux font entrer la masturbation dans la catégorie des maladies. Il y aurait donc bien par ce fait même, une entrée de la masturbation parallèlement à lhomosexualité masculine, dans le domaine des maladies. Elles sont pleinement intégrées dans le domaine du pathologique : les stigmates du pédéraste ou du masturbateur correspondent à ce que Michel Foucault désignait sous le vocable symptôme et signe, comme des marques de maladies que la médecine clinique était chargée danalyser. Le symptôme comme le stigmate soppose au non-pathologique.
Il désigne un état pathologique. Le signe devient pleinement un signe quand une analogie est faite, et elle vise à comparer un individu à lautre. Donc la masturbation comme lhomosexualité deviennent des fléaux, des maladies voir des épidémies quil faut déceler. Le masturbateur comme le pédéraste deviennent reconnaissables par des traits qui leurs sont propres et ils sont des pervers types. Dans le cas du masturbateur comme dans celui de lhomosexuel, il y a aussi la description des maladies quentraîne une telle pratique sexuelle. Le masturbateur court le risque davoir toute une série de maladies physiques et mentales. La liste de ces maladies dressée par ces médecins est impressionnante. Dabord la masturbation conduit à la maladie mentale. Plusieurs praticiens citent les dérangements mentaux parmi les conséquences de lonanisme. En 1840, paraît un ouvrage intitulé Traité de laliénation mentale de William Charles Ellis ; louvrage est annoté par Etienne Esquirol (1772-1840), psychiatre célèbre et qui prit la succession dun autre aliéniste, le docteur Philippe Pinel (1745-1826) Cet ouvrage aborde la masturbation comme une cause de démence : « Lhabitude de la masturbation commence souvent dès lenfance ; jai donné des soins à un enfant qui, à lâge de dix ans, était presque tombé dans un état de démence par cette seule cause. » Plus loin, lauteur affirme : « indépendamment de cette terrible maladie (la démence) dont la masturbation est fréquemment la seule cause
. » Lauteur ajoute que la masturbation au plan plus général, conduit à une langueur et à une inaptitude pour toute sorte dexercices, soit mentaux, soit physiques. Derrière ces considérations générales, nous voyons poindre la théorie des humeurs qui veut que, quand une humeur est en déséquilibre par rapport à une autre, alors elle est la cause de toute une série de maux. Le docteur Pierre-Jean-Georges Cabanis dans un ouvrage dont la première édition est de 1802 considère que lacte de masturbation peut conduire à lapoplexie du cerveau, et enfin peut conduire à des accès nerveux chez ceux qui sont fragiles. Traitant de lapoplexie par lacte de la génération et par la masturbation il stipule : « La masturbation chez les hommes et la nymphomanie chez les femmes, le sont encore davantage : mais parmi les organes que cet acte affecte le plus, quand il prend sur les forces de lindividu, ce sont le cerveau et les nerfs, quon considère ses effets sur ceux qui sy livrent.. »Lanalyse de ce médecin est encore visiblement influencée par la théorie des humeurs. Dautres médecins citent une série de maladies physiques et mentales susceptibles datteindre les adeptes de lonanisme. « Quelles difficultés la digestion éprouve pour ce faire, quels dérangements, quelles altérations surviennent dans les facultés intellectuelles ! Ajouterons-nous que limbécillité, lidiotisme, labrutissement, la folie, le rachitisme, le mal de Pott, lépilepsie, la phtisie,
» La litanie des maux est assez impressionnante et effrayante. Les autres médecins avancent souvent les mêmes maux : apoplexie du cerveau et du cervelet, affection chronique du cerveau, perte de louïe et de la vue et aliénation mentale, détérioration des races pour le docteur Léopold Deslandes. Le docteur JBF Descuret met en avant des maladies cérébrales, maladies gastriques, cur, phtisie, folie, épilepsie, convulsions
Derrière tous ces maux il y a la volonté de faire travailler limagination du lecteur par ces tableaux, afin de le dissuader de tomber dans ce mal.
La masturbation et lhomosexualité sont également liées car elles rejoignent la peur de la débauche de la jeunesse. Les habitudes des masturbateurs peuvent être particulières et il faut les connaître : « Faut-il parler des instruments variés et des procédés bizarres quune imagination dépravée a souvent mis en usage pour se procurer de honteux plaisirs ? ».
Enfin la masturbation occasionne une mollesse générale et une perte de masculinité pour celui qui tombe dans ce mal. Un homme qui se masturbe perd son énergie et sa faculté dêtre actif. Il devient apathique, honteux
La plupart des tableaux paraissent faire ce constat. Cest pourquoi la masturbation semble perçue chez certains de ces médecins comme le premier pas vers lhomosexualité. Ceux qui traitent des deux problèmes pratiquent un amalgame qui fait paraître les deux pratiques comme voisines. Le fait de mêler la masturbation et lhomosexualité jusquà en déduire une possibilité de passage de lune vers lautre, semble bien marquer que la masturbation comme lhomosexualité sont toutes deux ressenties comme le produit dune faillite de la masculinité. La masturbation, au même titre que lhomosexualité, éloigne de la seule sexualité véritable : la sexualité conjugale. Elle éloigne lhomme de la femme. Elle est susceptible de le rendre inaccessible à la femme. « Lonanisme et autres vices dont la naissance appartient à lépoque de la puberté, où le sang est porté vers les organes de la génération
» Masturbation et homosexualité apparaissent comme des déficiences de la masculinité représentée en arrière-fond par la sexualité conjugale. Cest précisément cette peur qui est en toile de fond. La problématique de la masturbation paraît liée à celle de lhomosexualité car elle semble perçue comme une forme de pratique sexuelle perverse qui peut être exclusive. La seule divergence par rapport aux textes médicaux sur la pédérastie est que des solutions sont proposées pour guérir de la masturbation ou bien léviter : on prescrit déviter certains aliments, on encourage lactivité physique
Sur ce plan, la réflexion médicale sur la masturbation ne se borne pas à un discours sur les conséquences et les causes. Des solutions sont envisagées. Au niveau de la chronologie et de lhistoriographie des textes abordant la masturbation on constate quils se situent globalement dans une période allant de 1815 à la fin des années 1840 pour la plupart dentre eux, certains sont antérieurs mais il semble bien que ce créneau soit celui ou se situe lessentiel de ces discours. Si on veut affiner la chronologie et lévolution, une majorité de ces textes semblent se situer entre les années 1830 et 1840, précisément sous la Monarchie de juillet.
Plus globalement comment peut-on expliquer cette problématisation progressive de la masturbation en rapport avec celle de lhomosexualité ? Plusieurs explications peuvent être mises en avant. La nouvelle conception de la masculinité et de la conjugalité peuvent expliquer quau début du XIXe siècle, un certain nombre de travaux médicaux posent le problème de ces deux sexualités parallèles. En élargissant encore plus le contexte, on peut émettre comme origine le nouvel ordre social. Kant déclarait que les Lumières se définissaient comme la sortie de lhomme hors de létat de minorité. Il devient adulte et doit se gérer. Il est nécessaire quil ait de la retenue. Or, lonanisme est la négation de cette nouvelle éthique. Lhomme cède et ne se contrôle plus. Il gaspille son énergie, dans une pratique sexuelle qui est une pratique sexuelle pure. Lonanisme, comme le note Thomas Laqueur fait appel à des qualités utiles dans des domaines divers comme imagination, solitude, et excès utilisées dans ce cas à mauvais escient. Ce contexte du nouvel ordre social rejoint la définition de Robert Muchembled sur la civilisation victorienne. A partir de ce contexte le contrôle du sexe sen trouve justifié et les discours médicaux sur la masturbation et lhomosexualité peuvent prendre place. Cependant nous pouvons encore élargir lanalyse. Le nouvel ordre social qui se met en place progressivement est caractérisé par les échanges et le capitalisme. La société civile a créé des nouvelles activités économiques. Désormais les échanges impliquent certaines qualités à utiliser correctement. On met en avant la productivité et lutilité sociale. La masturbation et lhomosexualité sont gratuites et stériles. Elles apparaissent comme des actes inutiles et improductifs et pires, elles peuvent se révéler contre-productifs au niveau de la démographie sur laquelle repose toute la croissance économique. Thomas Laqueur fait un parallèle intéressant entre la dénonciation du crédit et de la dépense, qui est un acte gratuit propre à détruire la nouvelle économie, et la dénonciation de la masturbation, qui est une dépense gratuite et inutile de sperme. Ainsi, la mauvaise sorte de crédit comportait un mépris de la réalité comme la masturbation. On pourrait faire une analyse similaire de lhomosexualité qui peut être perçue par des médecins comme un gaspillage improductif de sperme. Le vrai sexe stimule la manufacture et la sociabilité et, par contre, le mauvais sexe à leffet opposé. Ce cadre densemble permet de replacer lenjeu global de ces discours alarmistes sur lhomosexualité comme sur la masturbation. Il permet de comprendre lenjeu éducatif de ces discours qui visent à éduquer et qui visent aussi à faire adopter ces nouveaux principes. Cette dernière explication serait valable pour tout le XIXe siècle. La masturbation comme lhomosexualité allaient au-delà de la discipline du marché et étaient en quelque sorte des antithèses des valeurs bourgeoises et cest pourquoi il fut nécessaire de les faire gérer par des spécialistes, qui eux seuls avaient le droit et le devoir de parler de ces sexualités parallèles, qui posaient un problème éthique densemble à ce nouvel ordre social. Lanalyse que lon peut faire et les hypothèses que lon peut avancer sur la cause de la problématisation de ces deux sexualités se rejoignent, et ceci rend pertinent lanalyse parallèle de ces deux types de discours médicaux. Ce sont des anciennes problématiques propres à la théologie chrétienne, qui sont progressivement laïcisées dans les propos. Après le discours général de la médecine, il faut examiner comment fut traité les cas concrets dhommes expertisés à partir de ces discours densemble.
II Les pratiques médicales
Les pratiques médicales sur lhomosexualité prendront leur pleine dimension dans la seconde moitié du XIXe siècle. Nous pouvons citer les cas que soulignera Alexandre Lacassagne (1843-1924). La médecine légale poursuivra et amplifiera ses travaux et les cas examinés seront plus nombreux. Dans la première partie du XIXe siècle, la médecine nest quau début dun processus. Les discours médicaux, durant cette époque, restent généraux, et les cas particuliers sont bien moins nombreux. Cependant nous disposons de quelques cas. Ces cas sont souvent des cas dévoilés à propos daffaires de justice et notamment de détournement de mineurs. Ces cas sont autant des cas judiciaires que médicaux. Cependant, le regard qui est porté sur eux se veut analytique et interrogateur sur le pourquoi dune telle perversion. Les enquêtes plus proprement de médecine légale nous permettent de mettre en lumière quelques cas, notamment des cas que cite Ambroise Tardieu et quil examina aux alentours de 1848-1850. Enfin il faudra se poser la question de lenfermement.
A/ Quelques cas examinés à lépoque de la médecine légale
Dans les écrits médicaux notamment ceux de la médecine légale nous avons la description de plusieurs cas. Dans le texte du docteur Hubert Lauvergne un jeune homme est cité. Lauteur le nomme le forçat Frédéric. Il consacre deux pages à ce personnage. Le docteur insiste, dès le départ, sur son aspect féminin en affirmant que le nom de demoiselle lui eût mieux convenu, et il note certaines de ses habitudes de toilette : « Il crêpait, lissait et parfumait ses cheveux, lavait sa figure et nettoyait ses dents... Cet aspect féminin du personnage illustre le problème de genre auquel était liée lhomosexualité. Il y a aussi dans ce type de description une volonté de montrer une obsession de la propreté qui est vue comme un signe de débauche. Le docteur Lauvergne fait également une étroite assimilation entre ce personnage et une prostituée. « Toute sa journée était remplie comme celle dune femme coquette.» Il insiste sur le caractère indolent du personnage : « Frédéric à son lever, commençait par sasseoir mollement sur son lit. » Il y a dans cette description un parallèle avec la description des prostituées que fait Alexandre Parent-Duchatelet. Le docteur Lauvergne nous décrit un individu indolent, ne soccupant que de sa toilette comme une coquette et attendant les autres forçats. Dailleurs, plus loin, il note que cet individu avait tous les vices et les faiblesses des femmes corrompues. Il y a déjà la description dun personnage inverti sexuellement et en même temps lassimilation des relations homosexuelles à la prostitution ou à un commerce pur. Le médecin insiste sur laspect particulier du personnage, sur les stigmates de comportement. Il insiste aussi sur la forme de sa tête, et on peut faire un lien direct avec les théories de la phrénologie. Toute la description est là pour montrer chez cet homme les stigmates de sa nature quelque peu monstrueuse, et lauteur emploie à propos de cet homme le terme « hideuse enveloppe dhomme douteux». On a affaire à un individu particulier, à une espèce particulière dhommes. Après avoir décrit le forçat Frédéric, Hubert Lauvergne vient à décrire un autre cas quil a ausculté et quil nomme le forçat Paulin. Il sagit dun jeune homme de vingt quatre ans. Concernant ce forçat, lauteur insiste sur les maux de ce personnage. Ils notent quils sont la résultante de sa vie. Paulin a des battements de cur rapides. Il est hystérique. Enfin il stigmatise sa physionomie particulière. « Paulin avait une petite tête, une tête de linotte »Il insiste sur le front étroit et nuque large. Il insiste aussi sur le caractère féminin du personnage en décrivant sa figure mignonne et indécise. La forme de sa tête paraît refléter un individu aux capacités intellectuelles limitées. Cest dailleurs ce que laisse entendre lauteur en insistant sur le fait que de tels individus ont peu denvergure intellectuelle. Le côté féminin et inverti du personnage est mis en avant, ainsi que la comparaison avec la femme adonnée ou livrée à la débauche.
Dans les deux cas quanalysent le docteur Lauvergne, les personnages décrits semblent être un résumé « des défauts que lon peut trouver chez la femme corrompue.» Ils sont des femmes par les défauts mais pas par les qualités. Lauteur ne dit pas expressément, que ces deux personnages se livrent à la sodomie passive avec dautres forçats. Dautant plus quavant de rentrer dans lanalyse de ces deux cas, lauteur décrit létendue des murs pédérastiques au bagne. La description de ces deux cas appelle plusieurs réflexions. Ces deux cas se situent dans un milieu criminel car il sagit du bagne. Il ramène la pratique homosexuelle dans les sphères du crime, comme le faisaient certains réformateurs sociaux. Dautant plus que louvrage est consacré au bagne. Le chapitre comportant la description des murs homosexuelles au bagne sintitule : Du vol des grands et petits voleurs, murs du bagne. Les deux cas décrits paraissent typiques de la description de ce quau XIXe siècle, on désignait sous le vocable de tante. François Vidocq (1775-1857) désignait sous le vocable tante, lhomme qui a des goûts de femme, en dautres termes, la femme des prisons dhommes. La description de ces deux cas enferme lhomosexualité dans ce type de rapport et ce type de personnage. Les cas que décrit la médecine légale sont souvent des cas de personnages extrêmes, suivis par la justice et qui cantonnent lanalyse de lhomosexualité masculine dans des personnages à la fois criminels et pathologiques. Surtout ce médecin insiste dans sa conclusion sur les stigmates comportementaux que montrent les deux personnages décrits : « ces deux caractères phrénologiques sont typiques des femmes de mauvaise vie, incarnées pour toutes les dépravations de la chair qui sont, quoi quelles fassent, mauvaises mères, indignes épouses et infâmes maîtresses ; qui trafiquent des hommes et oublient un enfant le lendemain. » Ce médecin affirme que chez les forçats de cette trempe on a observé la paralysie des membres inférieurs et il cite un cas de folie érotique. Il y a à travers la description de ces deux cas, une description de deux cas pathologiques. De plus, la mention sur un cas atteint de folie érotique et ces deux descriptions font rentrer pleinement lhomosexualité dans des cas daliénation mentale. Il y a véritablement la description de manies à travers les habitudes des deux forçats. Le docteur Etienne Esquirol, qui fut médecin chef de la maison des aliénés de Charenton, a défini le terme de lypémanie qui correspond à mélancolie et état dépressif et il a définit au niveau psychiatrique le terme de monomanie. Il citait le cas dun jeune homme de 26 ans qui aimait à se revêtir des habits de femme et qui se persuadait dêtre une femme.Ce terme de monomanie fait entrer ces comportements décrits, dans le registre de la folie car la monomanie exprimerait une sorte de trouble mental dans lequel lintelligence est absorbée par une seule idée et la manie dans son étymologie grecque désigne un état de démence. Il y a dans la description de ces deux cas, qui datent des années 1840, une analyse voisine de celle des différentes manies définies par le Docteur Etienne Esquirol.
Le docteur Jean Louis Alibert cite le cas dun jeune homme, qui illustre parfaitement la croyance selon laquelle la pratique de la masturbation est propre à éloigner du sexe opposé et peut conduire à lhomosexualité. Ce cas est également important car le médecin affirme que le patient finit par en guérir. Il illustre plus que les deux autres cas, lentrée de la masturbation et de lhomosexualité dans le domaine des pathologies à soigner. Dans les deux cas précédents, le médecin se bornait à constater le comportement et les caractéristiques des deux hommes décrits, sans y apporter de solutions. Dans ce cas précis le médecin prétend apporter une solution au problème de ce jeune homme. Il sagit dun jeune homme qui se livrait à la masturbation. La conséquence est quil finit par ne plus éprouver aucune attirance pour le sexe opposé. Ce médecin diagnostique des fantasmes issus dune imagination déréglée. Ces constatations font rentrer le comportement de ce jeune homme dans une pathologie psychologique. Ceci est intéressant car le texte date de 1808, et quà cette date, la médecine légale se bornait à constater les traces de pédérastie. Cette description de cas constitue même sommairement une recherche sur les causes de ce type de comportement. Le médecin note que son patient avait étudié le dessin, que la beauté des formes de lhomme le frappa et finit par lui inspirer une passion extraordinaire, une passion vague et bizarre, même si le médecin sempressait de préciser, que cette passion bizarre navait aucun rapport avec les goûts des sodomites et quelle ne pouvait être provoquée par aucun homme vivant. Le praticien fait ici une différence entre celui qui pratique lhomosexualité, qui sassume, et celui qui reste au niveau du fantasme quil paraît juger récupérable. Dautant plus quil dit bien que le patient était désireux de sortir de cette situation. Le praticien analyse la situation de ce jeune homme comme une perversion de lappétit vénérien et son but était de le replacer dans sa «vrai nature.» Il lui demande de faire une étude approfondie du sexe féminin. « Il lui en coûta de renoncer à lApollon du Belvédère pour la Vénus de Médicis. » Dans cette annotation, il indique bien que dans ce cas précis, il sagit, en fait, dune attirance homosexuelle que son patient na jamais assumée. Ensuite lauteur indique, que peu à peu la nature reprend ses droits, et que le patient se rétablit entièrement. Il y a dans lanalyse de ce cas une grande différence par rapport aux cas cités par la médecine légale. Toute lanalyse est fondée sur une anomalie du comportement que le médecin prétend soigner et quil déclare finir par guérir. Il y a dans ce cas, une recherche de solution au problème. Faut-il prendre en compte pour cette divergence par rapport aux cas précédents, le fait que la personne nassuma pas concrètement lhomosexualité et quil resta au niveau du fantasme ? Faut-il prendre en considération la divergence des situations au plan social ? : Dans les deux cas précédents, il sagissait de forçats, de gens qui présentaient deux stigmates : « pédérastes » et délinquants. Dans le cas cité par le docteur Alibert il sagit en fait dun jeune homme étudiant le dessin. Il sagit donc de quelquun qui ne possède aucun autre stigmate. Les cas cités par la médecine légale sont des cas de gens ayant des problèmes avec la justice donc qui sont deux fois stigmatisés, ce qui les rend dautant plus monstrueux. Ils sont de ce fait jugés irrécupérables. Cette donnée sociologique fondamentale est à prendre en considération pour expliquer la forme que prend lanalyse de ce cas. Ce cas se révèle très différent des cas cités par la médecine légale. Lauteur note que même si lindividu jouit dune bonne santé, les organes sexuels peuvent être affectés dune aberration singulière qui les prive de la faculté dengendrer.
La médecine légale basait son analyse sur le fait que le mauvais emploi des organes sexuels aboutissait à des stigmates physiques et à des maladies diverses. Dans ce cas précis, lauteur note que le jeune homme en question jouit dune bonne santé donc il ne possède visiblement pas de stigmates physiques. Cet homme est donc présenté comme un cas de comportement psychologique parfaitement anormal. A partir de ce constat, il faut bâtir une thérapeutique de modification du comportement. Cette analyse paraît de ce fait étonnamment moderne et presque précurseur de ce que sera lanalyse du comportement homosexuel à partir de la fin du XIXe siècle. Ce cas souligne la divergence de point de vue que lon peut observer au niveau de lanalyse des cas à une époque où la perception de lhomosexualité est dominée par les travaux de la médecine légale. En même temps, ce cas illustre aussi lopposition qui est de plus en plus marquée entre les tendances homosexuelles et la sexualité conjugale. Les tendances homosexuelles sont propres à éloigner la personne concernée de la sexualité conjugale : lorsque ce médecin note que le jeune homme devait renoncer à lApollon pour la Vénus, il sous entend quun goût particulier est propre à éloigner du goût « naturel.» Idem quand le médecin note quil nétait pas attiré par les femmes à trente ans, lhomosexualité est envisagée comme une disposition sexuelle tendant à lexclusivité. Il y a bien lillustration de lhomosexualité qui devient dans lesprit de ces médecins, une disposition particulière qui exclut le sujet de la sexualité conjugale.
Si le cas de ce jeune homme paraît se détacher de la manière denvisager lhomosexualité propre à la médecine légale, nous pouvons observer des cas traités dans les années 1848 par le docteur Ambroise Tardieu. En avril 1848, le docteur Tardieu examine un jeune homme de 19 ans qui aurait été victime, depuis lâge de 15 ans et demi, des actes de débauche dun dentiste.Cette expertise a lieu à la suite dune plainte dirigée contre lhomme accusé davoir abusé de ce jeune homme. Lanalyse clinique fait ressortir les stigmates physiques et moraux que lon prêtait à ceux qui se livraient à la pédérastie passive. Au plan des stigmates moraux, le praticien note la constitution exagérément lymphatique du personnage et le système musculaire peu développé. Ces traits font paraître le personnage comme manquant de virilité. Le côté lymphatique et le manque de muscles donnent au personnage un air de mollesse qui est lantithèse de la virilité. Au niveau des stigmates physiques, le rapport insiste sur les stigmates dhabitudes passives de sodomie. On retrouve dans cette description les stigmates types du pédéraste passif. De plus, un autre stigmate apparaît dans ce cas : la maladie vénérienne. Le jeune homme expertisé est atteint de syphilis. Le médecin décrit en détail les manifestations de cette maladie. Enfin un autre stigmate apparaît : la phtisie pulmonaire. Toute lexpertise consiste à découvrir, par la recherche des traces caractéristiques de pédérastie, que lindividu a pratiqué des actes contre-nature. Dailleurs, le rapport sintitule Habitudes passives invétérées de pédérastie. Par rapport au cas précédent cité par le docteur Alibert, ce cas est classique dune expertise médico-légale. On a face à soi un individu soupçonné davoir pratiqué la pédérastie passive de gré ou de force. Il faut donc discerner les signes prouvant cette pratique sexuelle. La personne qui visiblement se dit victime de sévices de la part dun autre, et ce depuis plusieurs années puisque le rapport note quil a eu les premiers symptômes dune affection syphilitique en mars 1816, est expertisée avec suspicion : il lui est demandé sil a eu des rapports avec dautres. La pratique de la pédérastie est entrevue de manière toujours suspicieuse et il y a toujours un doute que les rapports naient pas été consentants. Jean Paul Aron et Roger Kempf soulignaient le lien qui était fait entre linverti et la bête, entre le masturbateur et les bêtes. Un lien direct est fait entre la débauche et lanimalité Dans ce même rapport, on peut observer la mention du pénis assez volumineux. La débauche est bien considérée comme une animalité qui soppose au contrôle de soi. La même année le docteur Ambroise Tardieu expertise deux cas qui semblent similaires au cas précédent. Il sagit de deux saltimbanques, un de treize ans et un de trente quatre ans. Le jeune homme de treize ans aurait eu des rapports passifs avec celui qui est plus âgé.
Il faut souligner dailleurs dans ces deux cas comme dans le précédent, lhomosexuel apparaît comme un corrupteur de la jeunesse tout désigné. Le schéma est le même, quelquun de plus âgé qui cherche à avoir un rapport actif avec un plus jeune pas forcément consentant. Le rapport contient la description des signes constatés de pédérastie passive chez le plus jeune. Du côté de lhomme plus âgé, le rapport indique les traces de sodomie active sur son pénis. La médecine légale identifiait le pénis du pédéraste actif comme soit trop grêle ou soit trop volumineux. La maladie vénérienne comme dans le cas précédent est perçue comme une marque qui signe la pratique de la sodomie : la syphilis est notée chez lun comme chez lautre et est considérée comme une conséquence visible et directe de lacte de « pédérastie.» Lexpertise de ces deux hommes est une expertise médico-légale assez classique. Cette expertise, comme la précédente, offre un luxe de détails précis sur lanatomie et lintimité de ces hommes. L écriture du docteur Tardieu utilise laspect scientifique pour saventurer dans la boue. Derrière la description scientifique et clinique de ces cas de « pédérastie », il y a bien une description volontairement minutieuse et presque horrible du corps de ces hommes. Il y a véritablement une volonté dinsister et den rajouter avec la caution scientifique « sur la nature intrinsèquement monstrueuse des pédérastes. » Dans le cas mentionné par le docteur Alibert, le cas relevait dune anomalie mentale. Dans ces cas décrits par Ambroise Tardieu, les pédérastes relèvent encore des tribunaux et sont perçus comme des aberrations de la nature. Lhomosexuel à travers ces cas devient un individu intrinsèquement anormal. Dans ces années 1848-1850, Le docteur Ambroise Tardieu analyse dautres cas avec le même regard. Nous pouvons noter le cas dun anglais de 37 ans, arrêté dans un lieu de rencontre. Le rapport mentionne que son extérieur na rien de particulier. Ce qui signifie quil ne présente pas de manière apparente, les stigmates que lon attribue aux homosexuels. La description des parties intimes de cet homme révèle quil ne présente pas les stigmates attribués aux homosexuels passifs. Le médecin ne note aucune déchirure, aucun écorchement pas de trace de maladie vénérienne. Le rapport contient tout de même la forme particulière de son pénis qui démontre que lindividu se livrerait à la « pédérastie active. » Dans ce cas précis, le rapport doit prouver les habitudes de sodomie sans doute pour prouver que la personne était dans le lieu où elle fut appréhendée pour faire du racolage homosexuel. Les traces définies par la médecine légale deviennent dans ce cas la preuve que le délit a été commis ou peut avoir été commis. Ce type de rapport médical peut être rapproché des rapports qui étaient effectués par les tribunaux de lInquisition car, dans ce cas, pour prouver que la personne était bien adonnée à la sorcellerie, on cherchait sur son corps des marques indélébiles de son commerce avec le démon. Il fallait aussi chercher les marques du mal : en 1652 Michée, fille de Bernard Chaudron, une savoyarde est jugée à Genève. A loccasion de son jugement des maîtres chirurgiens sont chargés de déceler ces marques. Ils rédigent un rapport dexpertise complet. Dans ces analyses médico-légales, il y a une manière déshumanisée daborder la personne que lon analyse : on lui introduit le doigt dans le rectum. Lanalyse est à la fois mécanique et minutieuse. En fait, le style et la teneur de ce type de rapports rapprochent toujours plus la personne inspectée dun délinquant. Deux autres rapports du docteur Tardieu ont pour titre : visite de trois pédérastes et habitudes actives et passives de pédérastie. Le premier concerne trois hommes : lun est âgé de onze ans et pour les deux autres, sans doute bien plus âgés, le rapport ne mentionne pas leurs âges. Les deux plus âgés sont qualifiés comme étant sales. « Le nommé J B dont lair hypocrite, le visage imberbe, les cheveux frisés et lextrême saleté ont quelque chose de caractéristique », « Le nommé L
grand, vigoureux, se prétend étranger aux actes quon lui reproche, présente dans sa physionomie une coquetterie affectée. Cheveux noirs bouclés, chemise très sale, dissimulée par une pièce blanche sur la poitrine. »Il y a toujours cette opposition dans les deux cas entre une coquetterie dapparence et qui cache en faite une malpropreté qui est symbole de vice par excellence au XIXe siècle. Le débauché, le vicieux sont toujours malpropres et leurs tenues en apparence soignées cachent souvent un manque dhygiène, qui constitue ou marque leur vraie nature. Le reste du rapport est consacré à la recherche des traces de « pratiques sexuelles infâmes » sur les corps de ces hommes. Le premier a, pour son âge, des organes sexuels assez développés qui attestent de sa pratique de la débauche et notamment de la masturbation. Le second a une forme de pénis et des marques caractéristiques au niveau du rectum qui marquent sa pratique de la « pédérastie.» Le troisième a des marques caractéristiques de « pédérastie active.» En même temps, le médecin tente de déceler des traces de maladie vénérienne. Le deuxième rapport concerne deux hommes, un architecte de trente à trente cinq ans et un tourneur de seize à dix sept ans. Le premier comporte des traces dhabitudes actives et passives de pédérastie, bien que sa physionomie ne présente rien de particulier. «Il existe une disposition infundibuliforme des plus prononcées et une dilatation manifeste de lorifice anal, très visible lorsquon exerce une traction transversale sur ces parties ; dun autre côté, le pénis qui est grêle, est en quelque sorte tordu sur lui-même et son extrémité amincie et effilée. » Le second a des habitudes passives de « pédérastie » et est de plus atteint dune syphilis constitutionnelle. Les expertises du docteur Ambroise Tardieu révèlent les progrès de la médecine légale au XIXe siècle et on remarque que ces expertises par rapport à celle des deux forçats du docteur Hubert Lauvergne sont plus précises, plus approfondies. Ambroise Tardieu sintéresse aussi aux traits que peuvent présenter les homosexuels actifs : ceci est nouveau car auparavant ce sont surtout les homosexuels passifs que lon stigmatisait. Nous sommes vers le milieu du XIXe siècle et progressivement cest la pratique homosexuelle dans son ensemble qui va interpeller et non plus seulement ceux qui présentent une inversion de caractère. Avec Tardieu, le corps de lhomosexuel est devenu le seul témoin de son mal, lui seul doit dire la vérité. Il doit témoigner sur un homme qui est sorti de la norme. Ce qui est frappant, dailleurs, dans les rapports du docteur Tardieu, est labsence de parole des personnes expertisées. Les corps de ces hommes sont seuls chargés de délivrer leur verdict. Cet aspect est propre aux enquêtes médico-légales, car avec la psychiatrisation de lhomosexualité, les personnes retrouveront la parole : le cas du docteur Alibert par lanalyse pratiquée ne relève pas de la médecine légale. Elle relève dune analyse du personnage faisant preuve dune anomalie du comportement et sa parole est davantage retranscrite. Lenquête de médecine légale ne sintéresse pas à la parole de lhomme expertisé car cette parole est jugée peu fiable. Seul les signes précis et qui sont des marques à partir danalogies observées deviennent parlants du fait dindices de convergence. Ils sont censés délivrer la vérité Michel Foucault remarque que le regard clinique est un regard armé dune armature logique. La logique de ces expertises de cas du docteur Ambroise Tardieu est bien la répétition de marques convergentes chez ces hommes qui signent leur identité de « pédérastes » devant le médecin. Ils marquent leur anormalité.
La médecine légale tentait de déterminer les signes dhomosexualité. Durant lannée 1842, une affaire éclate, laffaire Roch François Ferré, dont les Annales médico-psychologiques en date de 1843 font un compte rendu. A proprement parler et aujourdhui laffaire François Roch Ferré serait plutôt une affaire de pédophilie. Cette affaire dépasse le cadre parisien. Cependant cette affaire eut un retentissement quil est possible de mesurer dans les Annales médico-psychologiques et il était de ce fait intéressant de la mentionner. Le cas de cet instituteur illustre aussi de manière emblématique, du fait de son retentissement, les amalgames entre homosexualité et débauche des plus jeunes que nous avons décelés et soulignés dans dautres sources. Lexpertise de linstituteur donne loccasion danalyser son état uniquement en cherchant dans sa personnalité une anomalie mentale, ce qui est une différence par rapport aux méthodes médico-légales. François Roch Ferré est instituteur. Dès avril 1842, des enfants le voient commettre des outrages publics à la pudeur sur des jeunes gens qui fréquentent son école. Les victimes sont entendues par le juge dinstruction de Châteaudun. Le rapport sur le cas Ferré se rapproche plus de lanalyse psychologique que du rapport de médecine légale. Lexpertise médicale fut effectuée par un médecin de Châteaudun et consista en un interrogatoire ; ceci est une nette différence avec les expertises du docteur Ambroise Tardieu car ici, Ferré a la parole. Dès le début du rapport, lanalyse porte sur le comportement et létat psychologique du prévenu. Le rapport stipule que Ferré prétendit justifier les actes odieux dont il se reconnaissait lauteur. « Je ne comprends pas que vous minculpiez des faits qui me semblent tout naturels. La raison peut approuver ce que la philosophie et la morale condamnent. Je me suis, il est vrai, caché quelquefois pour commettre les actes que vous me reprochez. Cétait dans la crainte que lon interpréta mal ma conduite. Si je navais pas eu ces relations avec mes élèves, je me serais éloigné deux. » Tout de suite, laccent est mis sur le fait que lintéressé nest même pas conscient davoir commis des actes moralement graves. Cependant dans le rapport du médecin, on peut observer une légère influence de la médecine légale : « Monsieur Meunier médecin distingué de Châteaudun déclara que la constitution physique de Ferré annonçait la passion violente révélée par les actes auxquels il sétait livré. Il y a dans ces analyses un lien direct qui est fait entre sa constitution et son comportement sexuel. A la suite de sa condamnation et de lappel de laccusé, un rapport fut effectué par le Docteur Ferrus, inspecteur général des établissements daliénés, et par Fouille médecin en chef de la maison de Charenton, ainsi que Brierre de Boismont, directeur dun établissement privé pour les aliénés. Ces trois médecins sont des aliénistes. L analyse soriente vers lanomalie psychologique. Le rapport consiste en un constat sur létat mental de François Roch Ferré. Les trois médecins soulignent tout de suite le côté amoral militant de linstituteur : il encourage ses élèves à lonanisme et ne voit pas le mal, le rapport stipulant que Ferré considère lonanisme comme naturel. Il reconnaît les attouchements quil a pratiqués sur certains de ces élèves. Il accuse la méchanceté de ceux qui lont dénoncé. Ce trait de caractère volontairement amoral et inconscient de la gravité de ses actes est appuyé et semble constituer la première preuve de son anomalie psychologique. Le rapport affirme ensuite que linstituteur est dune intelligence bornée et prédisposée à la folie par la tournure de son esprit. Toute la suite du rapport tente de prouver la folie de François Roch Ferré par la bizarrerie de ses jugements : le rapport mentionne que laccusé cite Alcibiade et Socrate. Il soutient que son système déducation civiliserait les campagnes. Ce rapport insiste sur labsence de toute référence morale, ce qui semble prouver la déficience mentale de linstituteur.
Ensuite le rapport fait référence au passé de linstituteur afin dy chercher, ce qui pourrait visiblement prouver la folie mentale. Le rapport fait mention à des hallucinations de nature religieuse dont aurait été sujet linstituteur, sur son passé à lécole et à larmée. Enfin le comportement de Ferré semble avoir toujours été singulier. Ce rapport sur linstituteur dEure et Loir tente de découvrir lorigine de son comportement sexuel. Il travaille sur le postulat de laliénation mentale. Le comportement de Ferré est assimilé à une maladie mentale et dailleurs linstituteur fut déclaré dément. Le cas de Ferré qui relèverait de la pédophilie est tout de même intéressant à souligner en raison de cet amalgame qui faisait de chaque homosexuel quelquun susceptible de sattaquer à la jeunesse. Le cas de Ferré illustre cet amalgame entre le comportement homosexuel et le danger de détournement de la jeunesse entre lesquels on ne faisait pas dans ce cas de différence. Le cas de François Roch Ferré est aussi à replacer au-delà des amalgames entre homosexualité et détournement de la jeunesse, dans le cadre de la prise de conscience des crimes sexuels sur enfants. La différence avec les précédents cas est de faire basculer lanomalie du comportement sexuel de linstituteur du côté de la maladie mentale. Nous avons examiné huit rapports de médecins correspondant à onze cas examinés ; parmi ces cas lanalyse par les méthodes de la médecine légale domine et par contre, deux cas sont présentés différemment : le cas expertisé par le docteur Alibert et le cas François Roch Ferré, les médecins font une analyse sur les origines de leurs comportements quils situent dans une éventuelle déficience mentale. Les autres cas sont des analyses médico-légales dhommes poursuivis par la justice pour des attentats aux murs et pour lesquels le but du médecin est de prouver que les actes ont bien été commis. La médecine légale va être dominante dans toute la première partie du XIXe siècle, et même ensuite au cours du Second empire et dans les années 1870.Après cette analyse de quelques cas expertisés par des médecins, car dautres cas ne relèveront, eux, que de la justice et cest pourquoi il sera nécessaire de les aborder au plan purement juridique, il est nécessaire de se poser la question de lenfermement des « pédérastes » dans des asiles daliénés
B) Lenfermement ?
Lenfermement nest pas un concept et une pratique nouvelle au XIXe siècle. Au XVIIIe siècle nous avons identifié des hommes enfermés à lhôpital-prison de Bicêtre pour cause de « pédérastie. » Nous avons souligné quil sagissait souvent dhommes faisant particulièrement scandale et qui étaient surpris plusieurs fois dans les promenades publiques. La notion dindividus susceptibles de débaucher des jeunes gens « à la pédérastie » commençait à intervenir au XVIIIe siècle. Bicêtre était vu comme le réceptacle de tout ce que la société avait de plus immonde et de répugnant.Cétait un ramassis de gens asociaux et marginaux que lon enfermait ensemble, les homosexuels qui faisaient particulièrement scandale en faisaient partie. Dans la décision denfermement, la notion de scandale public intervenait tout particulièrement au XVIIIe siècle tout comme au XIXe siècle. Au XVIIIe siècle cette décision denfermement à lhôpital-prison de Bicêtre ne constituait en rien une décision médicale. Le sodomite nétait pas enfermé car considéré comme un malade mental. La décision était purement une décision de justice. Lhomosexuel occasionnant des scandales était enfermé parce quil portait atteinte à lordre public et à la tranquillité des quartiers. Dautre part ses extravagances menaçaient parfois lhonneur de sa famille. Cest donc une décision qui ne relevait en rien dun classement du sodomite parmi les fous. Au XVIIIe siècle Bicêtre était plus une prison quun hôpital. La question de lenfermement nous amène à faire encore référence à Michel Foucault. Dans Histoire de la folie à lâge classique il fait une histoire de lexclusion et de lenfermement des fous. Il fait dailleurs plusieurs fois référence aux homosexuels. Michel Foucault souligne quà partir du XVIIe siècle, le fou est rejeté hors de la raison et tenu à lécart : ce qui nétait pas le cas auparavant.
A partir de lâge classique, simpose la pratique du renfermement des fous et des asociaux dont les sodomites font partis. Il sagit denfermer pour corriger ces insensés. Michel Foucault retient deux dates clefs dans son travail. Dabord avril 1657, date à laquelle un édit est promulgué par le roi, qui prescrit la création de lhôpital général pour le renfermement des pauvres mendiants de la ville et des faubourgs de Paris. Ensuite le 7 septembre 1660, un arrêt du parlement de Paris prescrit quun lieu sera prévu pour enfermer les fous et les folles. La deuxième date clef est 1838 car lors de cette année fut promulguée une loi sur linternement psychiatrique. Cette loi va régir les internements jusquà sa rénovation en 1990. La loi de 1838 régissait notamment les internements sous contrainte : internements doffice entre autres. Cette idée du grand enfermement va de pair avec ce que Foucault nommait les institutions disciplinaires, c'est-à-dire les lieux tels les asiles et les prisons. Ces lieux sont à replacer dans le principe dune économie générale du pouvoir : les libertés dans le monde moderne vont de pair selon Foucault avec une normalisation. La folie et le crime trouvent leur raison dêtre dans ces lieux. Cette thèse du grand enfermement est à prendre en compte pour lanalyse des enfermements à lhôpital prison de Bicêtre au XVIIIe siècle. Il y a bien une volonté de mettre à lécart des gens qui font particulièrement scandale par leur comportement. Il ny a pas une volonté de thérapie mais seulement de mise à lécart. Le cas François Roch Ferré mentionné précédemment relèverait dune volonté de mise à lécart mais aussi de correction. Ce qui est une différence par rapport aux internements à Bicêtre. Ce qui est visiblement le plus souligné par les médecins experts désignés est le système dautojustification de cet instituteur. Ferré nest pas conscient de sa faute. Cest la raison qui explique son classement parmi les aliénés. Lobjectif est denfermer Ferré pour le corriger et le mettre à la place dans le lieu ou il a sa raison dêtre. La loi de 1838 instituait deux modes de placement : le placement volontaire et le placement doffice. Or, comme le remarque Yannick Ripa le placement doffice fait intervenir lautorité préfectorale. Il faut protéger la société et laliéniste devient le gardien de lordre.. Yannick Ripa souligne également combien la prostitution et les mauvaises murs deviennent des tares et plusieurs femmes sont internées sous linculpation de vie de débauche. Nous avons plusieurs cas dhommes visiblement enfermés pour des motifs dactes contraires à la pudeur, ce qui pourrait coïncider avec laccusation de mauvaises murs. Lenfermement fait intervenir également la relation entre une personne celle que lon enferme et lautorité judiciaire ou médicale qui décide de lenfermer. Lenfermement est une contrainte par corps et dans ce cas elle pourrait relever des atteintes à lintégrité physique. Depuis le début du XIXe siècle latteinte à lintégrité physique nest pas constitutive dune infraction à condition quelle soit réalisée dans lintérêt strictement personnel de celui ou celle quils soignent.Lenfermement de Ferré peut relever de ce cas de figure car la décision denfermement est prise dans le but de le corriger, donc pour les médecins qui prennent cette décision, il sagit sans doute de son intérêt comme de celui de la société. Lenfermement comme thérapeutique est donc vu comme lintérêt de la personne que lon va priver de sa liberté.
A partir de ce contexte densemble, quelle analyse peut-on faire de la situation des homosexuels face à cette idée denfermement dans la première moitié du XIXe siècle ? Dabord nous pouvons souligner le cas de lenfermement du marquis de Sade. Celui-ci fut interné en 1801 à Sainte Pélagie avant dêtre placé en 1803 à la suite de plaintes à Bicêtre puis à lasile de Charenton. Il sera régulièrement surveillé et sa chambre sera visitée par les services de police pour y saisir tout manuscrit licencieux. Il est enfermé pour cause de morale publique car susceptible de répandre le désordre et limmoralité. Ceci explique que lon prête attention durant son séjour à Charenton, sur ses écrits. Lenfermement de Sade nest pas à proprement parlé un enfermement thérapeutique. Cest encore un enfermement pour cause de scandale sur le même modèle que les placements à Bicêtre au XVIIIe siècle.
En 1808 les autorités penseront le transférer dans une prison détat notamment le château de Ham car il est jugé ne pas pouvoir sans danger, rentrer dans la société. Sade ne serait pas fou mais il serait de nature à corrompre la morale publique. Parallèlement les archives de lAssistance publique et hôpitaux de Paris contiennent des listes de personnes enfermées dans les années 1790 et 1791 au même hôpital de Bicêtre. Le motif du renfermement nest pas mentionné mais des indices sont présents tout de même : ce sont dans la plupart des cas des hommes notés célibataires plutôt jeunes. Ils sont placés à Bicêtre par décision du tribunal de police et ceci à la suite dopérations de police. Ce sont aussi des enfermements pour cause de troubles à lordre public. Les mêmes archives hospitalières contiennent des listes de personnes notées comme des aliénés doffice. Les motifs ne sont pas clairement indiqués et on peut retenir quelques cas à partir de plusieurs indices croisés. Enfin il y a aussi les enfermements à lhôpital des vénériens et il est nécessaire devant limprécision et labsence de motif clairement indiqué, de procéder au croisement de certains indices. Dans les archives 1Q2 82 des archives de lAssistance publique de Paris, un certain nombre de cas apparaissent, dhommes jeunes, presque tous célibataires et placés à lhôpital de Bicêtre à la suite dune décision du tribunal de police. Ces décisions, de prime abord, relèvent de décisions disciplinaires. Ces cas sont cependant intéressants pour notre propos car ils semblent correspondre à ce type denfermement disciplinaire de personnes occasionnant des scandales. Sur 109 cas trouvés, on trouve 93 hommes notés comme célibataires. 40 hommes ont de 15 à 20 ans, 41 ont de 21 à 30 ans et 17 ont plus de trente ans. Ces cas se situent dans les années 1790 et 1791. Plusieurs indices permettent de nous demander sil ne sagirait pas dhomosexuels rodant dans les jardins publics pour une partie dentre eux ou de prostitués masculins pour certains. Le 18 décembre 1790 sont transférés à lhôpital de Bicêtre Jean Baptiste Dumont ainsi que Pierre Gauthier, François Aubert, Joseph La Course et François Grand et JP Clarice, Etienne Sevin, Joseph Clamont, Augustin Desmarets, Claude Laurent Renaud. Le plus jeune de ces hommes, notés tous comme garçons (célibataires), est âgé de 14 ans et le plus vieux est âgé de 33 ans. Cette décision intervient en vertu dun jugement du tribunal de police en date du 18 décembre 1790. Le profil de ces hommes nous permet de nous demander si nous navons pas affaire à une opération policière dans les milieux homosexuels : les profils paraissent correspondre aux profils que nous retrouvons dans les comptes rendus des patrouilles de pédérastie dans les années 1780, âge, situation de famille. Au cours des années 1790 et 1791, nous avons pu identifier plusieurs décisions dinternement de ce type : le 23 décembre 1790, dix hommes sont transférés de la Force jusquà Bicêtre par un jugement du tribunal de police. Les profils des hommes sont les mêmes que dans le précédent compte rendu. Idem le 29 décembre 1790, trois hommes sont transférés à Bicêtre. Nous avons pu identifier vingt autres décisions de ce type au cours de lannée 1791 pour des hommes présentant le même profil. Au-delà, ces enfermements correspondent davantage à des décisions judiciaires que de décisions médicales. La pratique des enfermements à Bicêtre paraît se poursuivre comme elle se pratiquait dans les années précédant la Révolution pour des cas faisant scandale. Nous sommes avant 1838 et lenfermement na pas un contenu médical quil aura avec la loi de 1838. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle lenfermement est de plus en plus utilisé pour linternement administratif des mendiants, mais aussi des prostituées, des fous et des vénériens.Cette pratique de lenfermement des déviants semblerait se poursuivre dans les cas que nous avons cités comme dans le cas de Sade. Ces pratiques sont répressives et prophylactiques mais elles correspondent aussi à une volonté de réformer les déviants. Ainsi pour le XVIIIe siècle, Gwénaël Murphy étudie lenfermement des prostituées à Poitiers et à la Rochelle dans des institutions de pénitentes.
Ces décisions visent à ramener ces femmes sur le chemin de la vertu et cest pourquoi les autorités font appel à des religieuses.
Ces pratiques denfermement qui se retrouvent dans ces décisions à propos de ces hommes dans les années 1790-1791 sont une décision dun pouvoir central qui cherchait à exercer un contrôle plus rigoureux sur lensemble des marginaux, des fous et des délinquants.Dans les archives concernant lhôpital de Bicêtre plusieurs cas peuvent correspondre à des personnes faisant particulièrement scandale. Le 26 février 1840 Jean Baptiste Joseph Charbonnel 39 ans, employé, est interné à Bicêtre. Le motif évoqué pour cette décision est que lintéressé sest livré à des scènes scandaleuses. Dans le dossier de cette personne, on peut observer quun homme qui est désigné comme son logeur et ami réclame sa sortie. Il sera de nouveau interné à Bicêtre le 13 mai 1840 et déclaré atteint de manies.Dautres cas dinternement peuvent être pris en considération. Il ny a pas de mention directe de pratiques homosexuelles. Cependant il est fait allusion à des actes contraires à la pudeur ou des outrages publics à la pudeur. Cest par ce délit que lhomosexualité pouvait pénalement parlant être réprimée. Le 19 novembre 1841, Edme Sonnier est interné à Bicêtre pour des discours incohérents et des actes contraires à la pudeur. Claude Haudou, journalier de 39 ans, est interné à Bicêtre le 30 avril 1845 pour actes extravagants et outrages publics à la pudeur.Dans ces cas, la raison défaillante de ces hommes semble mise en avant et nous sommes dans les années 1840 après la loi de 1838. Pour être interné à Bicêtre, il faut avoir commis des actes jugés gravement attentatoires à lordre public ou au voisinage. La notion de scandale peut donc intervenir dans le cas dhomosexuels : il faut faire particulièrement scandale et indisposer le voisinage pour être susceptible de se retrouver à Bicêtre. Dans ce cas se sont les homosexuels qui sont trop voyants qui pourraient être touchés par des mesures dinternement. Michel Foucault indique combien la sanction du scandale, commençait à punir lhomosexualité dans ses expressions sociales et littéraires. Désormais, souligne t-il, de nouveaux rapports sétablissent entre lamour et la déraison, lâge moderne fixe un choix différent : lamour de raison et celui de la déraison. Lhomosexualité appartient au second. Elle prend peu à peu place parmi les stratifications de la folie. Effectivement, à partir du XVIIIe siècle la relégation en province est un type de peine qui touche les « pédérastes » ou encore la relégation à lhôpital. Les cas cités indiquent que la relégation à lhôpital paraît se poursuivre dans la première partie du XIXe siècle. Mis à part linternement à Bicêtre, nous avons le cas de lhôpital des vénériens. En examinant les archives de cet hôpital nous constatons que plusieurs de ces hommes ont séjournés à Bicêtre avant de rejoindre lhôpital des vénériens. Sans être désignés comme homosexuels, le croisement de certains indices peut donner des pistes. Certaines sources contiennent un nombre dhommes fichés comme célibataires. Nous avons affaire à des hommes souvent jeunes : la proportion des moins de 30 ans paraît importante. Certains semblent sévader. Lhôpital des vénériens serait-il vu également comme un lieu dinternement ? En examinant certaines affaires traitées par la justice, on peut identifier des hommes désignés spécifiquement comme des « pédérastes » et internés à Bicêtre : Philippe Jacques Bergerat, 28 ans domestique, est amené à la Préfecture comme pédéraste et mauvais sujet avec Henry Duhem, 35 ans, également domestique. Philippe Jacques Bergerat est placé à Bicêtre le 12 brumaire an XIII (3 novembre 1804). De même, dans un rapport du 13 juin 1811, le ministère de la police générale prescrit linternement à Bicêtre pour Julien Pierre, garçon tailleur de 48 ans et Jean Sticken, garçon tabletier car ils se livrent publiquement à la pédérastie. Ce qui semble important dans cette décision de placement à lhôpital de Bicêtre est ladjectif publiquement.
Cette notion de publiquement en fait rejoint la notion de scandale ou datteinte à la tranquillité des familles. En rapprochant ces diverses données : placement à Bicêtre pour les années 1790-1791, archives de lhôpital des vénériens et les placements à lhôpital de Bicêtre pour certaines affaires, on peut faire un certain nombre de déductions. Comme le placement à lhôpital de Bicêtre intervient souvent à la suite de situations jugées scandaleuses les homosexuels plutôt discrets et ne faisant pas scandale, avaient la possibilité déchapper à ce type de mesure. La même analyse peut être faite pour la première partie du XIXe siècle. Ces placements tiennent autant du classement de lhomosexualité parmi les faits de délinquance et de pathologies diverses occasionnées par la ville quau classement de lhomosexualité parmi les pathologies mentales. Cela ne veut pas dire que des liens ne sont pas effectués entre des comportements psychiquement jugés anormaux ou des pathologies mentales et lhomosexualité. La médecine légale, au moins dans les conséquences de la pédérastie, en usait parfois. Nous pouvons dire que les cas que lon peut retrouver dhomosexuels placés à Bicêtre, tout comme les cas traités par la médecine légale sont des cas extrêmes : Des hommes poursuivis par la justice, des hommes cumulant souvent dautres handicaps sociaux et dans le cas de la médecine légale des cas dhommes détenus parfois. On peut émettre lhypothèse que des hommes devaient vraisemblablement bien être internés à lhôpital de Bicêtre dans la première partie du XIXe siècle et également à lhôpital des vénériens pour des causes dhomosexualité jugées scandaleuses : les quelques dossiers daliénés internés doffice suite à des scandales dordre sexuel du type actes contraires à la pudeur et aux murs de même que le jugement de certaines affaires pourraient le démontrer. Ces placements constituaient une forme directe et concrète de répression en même temps quun classement de lhomosexualité dans les pathologies diverses. Au XVIIIe siècle un homme pouvait être placé de deux façons à lhôpital de Bicêtre : sur demande de la famille et la demande était signée de toute la famille. Le placement par ordre direct du roi était demandé par les autorités policières et judiciaires. La loi de 1838 nous lavons vu concernait les placements doffice. Dans les méthodes, on retrouvait donc les mêmes processus, qui pouvaient conduire un type dhomosexuels faisant particulièrement scandale à lhôpital de Bicêtre. Cette fonction de lhôpital de Bicêtre devait se survivre jusquen 1836.
La médecine dans la première moitié du XIXe siècle nest pas sans discours sur lhomosexualité. Son discours na certes pas la scientificité dont elle devait faire preuve à partir de la seconde partie du XIXe siècle, notamment avec lémergence des théories sur la dégénérescence. Le discours médical prendra certes, à cette époque, sa pleine dimension. Cependant on ne peut pas nier le discours médical sur lhomosexualité dans la première moitié du siècle ou dire quil était inexistant. Cest un discours qui dans un premier temps ne se détache que lentement de la condamnation morale issue du religieux. Il en garde les mêmes manières dapproche ou danalyse de ce quil nomme « le crime de pédérastie.» Cependant il va subtilement sen détacher par le concours que le monde médical doit prêter aux hommes de lois, pour prouver quun délit dattentat aux murs a bien été commis. La médecine légale va, à partir de là, définir ce quelle pense être un pédéraste tant au plan de son physique que de ses habitudes. Ce type danalyse va saffiner et se confirmer dans la seconde moitié du siècle. Cependant il se met déjà en place dans la première moitié du siècle. Certaines analyses, certaines habitudes de la médecine légale peuvent plonger leurs racines bien loin dans le passé : les stigmates de la sorcière étaient là pour la différencier des individus « dits sains.» Cependant lattitude de ces médecins ouvre bien une ère nouvelle qui fait passer lhomosexuel de la répression purement juridique à la répression sociale : la médecine légale constitue bien un moment clef pour ce basculement qui devait se poursuivre. En faisant du « pédéraste » un être à part, défini dans ses habitudes et sa physionomie, elle en faisait un individu dautant plus dangereux pour la société que sa spécificité profonde le rendait assez difficilement réformable. La solution logique devait être des mesures de prophylaxie pour éviter quil contamine « la partie saine de la population.» Dans ce cadre il faut replacer le souci de la débauche de la jeunesse. La jeunesse était vue comme la proie idéale de ce type de personnage par le manque de discernement, que lon attribuait à la jeunesse. En ce qui concerne linternement ou le placement à Bicêtre on ne peut parler dinternement psychiatrique mais de placement pour cause de scandale. Cependant ces processus contribuent à faire rentrer lhomosexuel dans la catégorie des individus à mettre à lécart pour cause de scandale et, ensuite dans un second temps, à réformer. La première moitié du XIXe siècle est une période de transition dans le domaine des discours et des pratiques médicales : un discours et des pratiques médicales se mettent lentement en place. Elles prendront leur vitesse de croisière ultérieurement. Parallèlement à cette répression par la médecine quelle est lévolution juridique et pénale par rapport au comportement homosexuel ? Le médecin fut souvent lauxiliaire du juge et ces rapports visaient un but de répression pénale. La répression pénale était le but de ces enquêtes médico-légales. Quels outils juridiques pouvaient utiliser ces entrepreneurs de morale ?
CHAPITRE VI : LARSENAL JURIDIQUE EN MATIERE DHOMOSEXUALITE DANS LA PREMIERE PARTIE DU XIXe SIECLE : DE LABOLITION DU CRIME DE SODOMIE A LOUTRAGE AUX MOEURS
Lhomosexualité masculine fut progressivement assimilée aux fléaux sociaux de la ville. Au plan médical, lautonomisation du regard et du discours du médecin vient de ce que ce dernier est appelé à produire des expertises médico-légales à lencontre dhommes accusés doutrages ou dattentats aux murs. Face à lévolution de ces représentations, face à lémergence de ce discours médical autonome, quel va être ladaptation de larsenal juridique vis-à-vis dun comportement homosexuel perçu comme partie intégrante des fléaux sociaux divers? Larsenal juridique va être profondément bouleversé de la Révolution à la première partie du XIXe siècle et nous pouvons distinguer plusieurs étapes.
Dabord la première étape, et elle se révèle la plus importante, est labolition du crime de sodomie en 1791. Cette abolition est à replacer dans le cadre de la mise en place du nouveau Code pénal, et des bouleversements juridico-politiques qui suivent les débuts de la Révolution française. La deuxième étape est la mise en place du Code pénal de 1810. Il comportait pour les délits contre les murs plusieurs articles sur lattentat aux murs et la protection des mineurs. Ces articles avaient une portée générale et ne mentionnaient plus lhomosexualité. En quelque sorte, les dispositions du Code pénal de 1810 confirment labolition de 1791. La troisième date importante est la mise en place dune législation renforcée sur la protection des mineurs en 1832. Cette loi criminalise les attentats à la pudeur sans violence à lencontre denfants. Auparavant seuls les attentats à la pudeur avec violence étaient criminalisés.
Nous avons déjà fait mention de lamalgame pratiqué par des réformateurs sociaux et des médecins entre homosexualité et débauche des mineurs. Cest dire toute la symbolique et limportance de cette législation.
Ces étapes ont pour origine les bouleversements politiques, qui dès la Révolution, occasionnent une nouvelle organisation de lEtat et de la société. Le cadre juridique de lAncien régime était marqué par losmose entre lEglise et lEtat : La sodomie était condamnée car elle se trouvait condamnée par les textes religieux et les Pères de lEglise. La nouvelle société qui se met en place à partir de la Révolution française va être fondée sur une progressive séparation du religieux et du politique. Il y a au cours du XVIIIe siècle, un processus de laïcisation de la société et une volonté de dégager certaines sphères de lemprise du pouvoir religieux. Dans ce nouveau cadre, les anciennes lois anti-sodomies se trouvaient forcément contradictoires avec la nouvelle organisation politique et juridique, puisquelles procédaient dune vision confessionnelle : La transgression de la morale ne doit plus constituer un crime en soi. Pour quil y ait crime, il faut quil y ait une victime. Le flou des incriminations disparaît. Le cadre juridique et les lois vis-à-vis des relations homosexuelles devaient subir, de ce fait, un changement profond au cours de la première partie du XIXe siècle. Le nouveau Code pénal français allait subir linfluence de la philosophie libérale. Les articles 4 et 5 de la Déclaration des droits de lhomme et du citoyen en sont lexpression parfaite : toute activité humaine est licite sauf à ce quelle soit susceptible de causer du tort à autrui. Le premier bouleversement est dabolir la criminalisation en soi des relations homosexuelles. Il sera nécessaire de se demander quelle est la signification profonde de ce changement ? Quelles sont les motivations profondes ayant permises cette évolution qui est rare en Europe? : En Angleterre, lhomosexualité est encore passible de la peine de mort pendant toute la première moitié du XIXe siècle. Il faut dabord réfléchir sur le fait que la condamnation au bûcher sétait raréfiée au XVIIIe siècle et pourquoi? Car cette donnée éclaire le sens de labolition de 1791.
Cette date est capitale car aucun régime en France ne reviendra sur cet état de fait. Cependant même si le nouveau cadre juridique ignore la spécificité homosexuelle, la répression juridique continuera sous une autre forme. Parallèlement à la répression sociale et par le biais des médecins, la répression judiciaire de lhomosexualité se poursuit. Elle va utiliser des textes plus généraux sur lattentat à la pudeur, lincitation des mineurs à la débauche : la protection de la jeunesse prendra de plus en plus dimportance. Ce sont ces étapes successives quil nous faut aborder dans ce chapitre en partant de labolition de 1791 qui, répétons-le, est une date importante et majeure.
I La signification de labolition du crime de sodomie
La situation de la loi vis-à-vis de lhomosexualité ou des sodomites pour employer un terme approprié à lépoque est paradoxale. Les textes et coutumes qui régissent le droit français prescrivent toujours la peine du feu pour crime de sodomie. Dans les faits cette condamnation à mort était appliquée parcimonieusement. La peine du feu pour les sodomites avait pour origine cet amalgame entre homosexualité et hérésie effectué dès le tournant répressif du Moyen âge à partir du XIIIe siècle. Il avait pour fondement certains passages de la Bible. Lapplication de cette loi devint de plus en plus rare au XVIIIe siècle, et plusieurs cas dépassaient largement le seul délit de sodomie. Cette évolution tient dabord aux idées nouvelles. La peine du feu était rejetée, car elle se révélait, dans certains cas peu efficace et même contre productive, car elle révélait au grand jour ce quil ne fallait pas révéler. Les discours sur la nature, ce qui en relève et ce qui lui est contraire, replaçaient la problématique homosexuelle dans le cadre de léducation. Elle appelait à des mesures de police. Ces idées rendaient caduques le crime de sodomie basé sur un acte proscrit car condamné par des textes sacrés. En fait, de plus en plus, lhomosexualité était réprimée dans la capitale, principalement par le biais des contrôles de police : on réprimait surtout la visibilité de ces comportements. Cest dans la pratique, une évolution que les réformes de la Révolution et de lEmpire devaient consacrer : la répression de lhomosexualité par des mesures de haute police. Les mesures de haute police étaient prises par lautorité administrative à lencontre de celui qui portait atteinte à lordre public. Lapplication de ces mesures à lencontre de certains hommes participait pleinement de cet amalgame entre fléaux sociaux et pratique de lhomosexualité trop ostentatoire.
Avant de tenter dexpliquer ou de comprendre le sens de la disparition du crime de sodomie dans la loi du 25 septembre-6 octobre 1791 contenant le Code pénal, il est utile de procéder à un rappel historique. Les événements du début de la Révolution française amènent, au cours de lannée 1789, leffondrement de lAncien régime et de ses assises juridiques et politiques. Désormais lAssemblée constituante allait devoir semployer à mettre en place une nouvelle société fondée sur la liberté et légalité. Cest dans le cadre de ces changements radicaux que le nouveau Code des délits et des peines allait être mis en place. Les institutions judiciaires de lAncien régime seffacèrent une à une. Les parlements disparaissent à la suite du décret du 4 novembre 1789. Tous les tribunaux sont supprimés par les décrets des 16 et 24 août 1790 et 6-7 septembre 1790. Le décret des 8 octobre-3 novembre 1789 abroge une grande partie de lordonnance criminelle de 1670. La loi des 16-24 août 1790 établit trois types de juridictions : Le tribunal de police pour les petites infractions, le tribunal de police correctionnelle pour les infractions contre les personnes et le tribunal criminel départemental pour les infractions les plus graves. On institue le principe du jury. Cest donc dans ce contexte de réforme du code criminel quil faut replacer la disparition du crime de sodomie. Il sagit plus dune disparition que dune abrogation.
Le nouveau code pénal date du 25 septembre-6 octobre 1791 et ne comporte plus le crime de sodomie qui a disparu, de même que le blasphème, la magie ou le sacrilège.
Cette date de 1791 marque donc la fin de la condamnation à mort pour sodomie ou homosexualité. Lévènement paraît être passé presque inaperçu : nous avons consultés les archives parlementaires présentes dans les collections patrimoniales de la Bibliothèque nationale de France. Elles ne semblent comporter aucun débat sur cette abolition du crime de sodomie. En consultant le rapport sur le projet de Code pénal présenté le 23 mai 1791 à lAssemblée nationale dit rapport Le Pelletier de Saint-Fargeau, du nom du rapporteur de cette réforme, on trouve comme unique mention la disparition de crimes imaginaires qui englobent la sodomie avec lhérésie, la lèse majesté
Peut-être faut-il y voir une forme de censure de la parole ? Par ailleurs on peut identifier un décret de lAssemblée nationale en date du 16 août 1790 sur lorganisation de la justice et qui prescrit au titre XI intitulé des juges en matière de police, le souci de réprimer les attroupements nocturnes et de veiller au bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements dhommesCe type de formulation peut aussi avoir comme préoccupation, les activités la nuit dans certains lieux de rencontre de la capitale. Dans les sources présentes aux archives nationales on ne trouve pas de déclaration plus prolixe sur cette disparition du crime de sodomie. Cependant faudrait-il encore prendre en compte la littérature pamphlétaire du début de la Révolution qui montre que lévènement ne passa tout de même pas complètement inaperçu : à lanalyse de certains pamphlets déjà cités comme Les enfants de Sodome à lAssemblée ou Les petits bougres au manège, on pourrait penser que certaines affirmations contenues dans ces écrits peuvent constituer des réactions à cette disparition du crime de sodomie. Nous pouvons aussi citer postérieurement la réaction de certains policiers.
Cette disparition du crime de sodomie dans le cadre du grand bouleversement révolutionnaire, quel sens faut-il lui donner ? Comment peut-on interpréter sa disparition?
A/ Une abolition dans le cadre de luvre de laïcisation du droit
La première raison est laction de laïcisation du droit et de la société ; et en particulier, la remise en cause des fondements religieux sur lesquels reposaient plusieurs éléments du droit, et notamment le crime de sodomie. Cette laïcisation du droit est préparée par le mouvement des Lumières qui discute le poids de la tradition et de lautorité. Désormais, tout doit être soumis à la critique, cest ainsi que les élites des Lumières se détachent de la tradition. La laïcisation de la question homosexuelle permet de retirer la sodomie des hérésies et de replacer son traitement dans le contexte des lois positives dont elle relèvera. Ainsi, la sodomie cessera dêtre un crime en soi, sauf si elle crée un tort au niveau social. Dans ce cas, elle relèvera de latteinte à la pudeur ou de lincitation de la jeunesse à la débauche. Cesare Beccaria (1738-1794) devait avoir une influence dans ce mouvement de laïcisation du droit. Il est italien mais son uvre eut une grande influence sur la réforme pénale et il est, de ce fait, nécessaire de le citer. Ses idées furent vulgarisées en France par labbé André Morellet (1727-1819), et par Voltaire qui publia en 1766 un commentaire sur louvrage Des délits et des peines. Dans son uvre Des délits et des peines, Cesare Beccaria pose le principe de la séparation des pouvoirs religieux et judiciaires et donc, de la laïcisation du Code pénal. Il tente de définir les limites du droit de punir. Ces deux principes sont de nature à remettre en cause le crime de sodomie. On retrouve des idées similaires à celles de Montesquieu sur la pédérastie. « La pédérastie que les lois punissent avec tant de sévérité et contre laquelle on recourt si facilement aux tortures qui triomphent de linnocence même, dérive moins des besoins de lhomme isolé et libre que des passions serviles de celui qui vit en société. Elle peut être causée par la satiété des plaisirs, mais provient plus souvent dune éducation qui pour rendre les hommes utiles aux autres, commence par les rendre inutiles à eux-mêmes
»On retrouve dans cette analyse, lidée que la « pédérastie » est souvent encouragée par des mauvaises coutumes et donc, que les supplices qui sont infligés à quelques-uns sont, de fait, largement inefficaces pour résoudre le problème. Beccaria replace lhomosexualité dans le contexte des lois sociales qui doivent avoir la charge du problème. Il rend de fait dépassé la résolution du problème par la tradition religieuse. Laction de laïcisation du droit est aussi à lorigine de la définition de lidéologie des droits de lhomme dans les principes de 1789. Désormais, lhomme est placé au centre de toute la réflexion philosophique et juridique. Lhomme est pensé comme individu au sein de la nation à laquelle il appartient. Les lois doivent favoriser laction de sa liberté et les rapports des hommes. Replacer lhomme au centre de la réflexion juridique conduisait inévitablement à évacuer la tradition religieuse de la réflexion juridique globale et de lévacuer de la réflexion faite sur les lois pénales. Dieu cessait dêtre la référence en matière de droit. En toute logique, les crimes comme lhérésie, la sorcellerie, la sodomie devenaient caduques ou rentraient en contradiction avec ces nouveaux principes. Ce contexte de laïcisation du droit est la première explication pour comprendre cette abolition du crime de sodomie. Elle relevait dune vision nouvelle des crimes et des délits. Lhomosexualité bien que jugée tout aussi sévèrement que par le passé, était envisagée de manière différente. Cette laïcisation du droit eut pour principale conséquence la réforme pénale de 1791. Dans cette réforme du droit pénal, il faut aussi souligner linfluence de Joseph Michel Antoine Servan (1737-1807). En 1766 alors quil exerce la charge davocat au Parlement de Grenoble, il publie un discours sur la justice criminelle dont il critique les abus. En matière de murs, il souligne que pour les bonnes murs, les lois humaines doivent imiter les lois naturelles. Il note limpuissance des lois sur les murs. Il met en avant le rôle de léducation et des usages sociaux. : Parallèlement à lexistence du crime de sodomie, une contre-société homosexuelle est fort bien développée à Paris.
Dans sa réflexion sur la réforme des lois pénales, Servan axe sa réflexion sur la surveillance et la prévention pour assurer lobéissance aux lois, sur le droit de punir et sur la sécurité des citoyens.La notion de prévention implique pour lhomosexualité, et surtout si on fait le lien avec son discours sur les murs, de réformer les usages qui encouragent la sodomie et non dappliquer une peine exemplaire qui se révèle inefficace. Jean Paul Marat (1743-1793) définira plusieurs délits parmi lesquels ceux blessant les murs ou crimes contre les murs avec des peines proportionnées à la nature des délits. La réforme des lois pénales implique aussi de classer les infractions et les peines en fonction de leur gravité. Condorcet (1743-1794), un des acteurs majeurs de la Révolution soulignait en 1777 : « La sodomie lorsquil ny a point de violence ne peut être du ressort des lois criminelles. Elle ne viole le droit daucun autre homme. Elle na, sur le bon ordre de la société, quune influence indirecte comme livrognerie ou lamour du jeu. Cest un vice bas, dégoûtant dont la véritable punition est le mépris. La peine du feu est atroce
il ne faut pas oublier de remarquer que cest à la superstition que lon doit lusage barbare du supplice du feu. » Cette pensée de Condorcet comporte la réflexion globale inspirant les réformateurs du Code pénal en 1790 et 1791. La sodomie ne fait de tort à personne mais elle contrevient, dans lidée de ces hommes, à la loi morale. Elle ne constitue une atteinte à la société que lorsque sa pratique est susceptible de blesser ou doutrager une personne. Cependant, la sodomie dans lesprit de ces hommes contrevient à la loi morale. Il faut donc que les usages sociaux et léducation agissent en amont. Cette réflexion densemble explique la disparition définitive du crime de sodomie. Il est dailleurs assez caractéristique de constater que cette abolition se fit sans publicité. Cette abolition relevait dune réflexion densemble sur les lois pénales et sur ce qui relevait du pénal en matière de murs. La sodomie devait disparaître des crimes poursuivis en soi, car les nouveaux principes qui présidèrent à la réforme des lois pénales faisaient entrer ce même crime en contradiction avec ces mêmes principes.
B/ La notion de victime et le souci déviter toute forme de publicité scandaleuse
La réforme du Code pénal rend nécessaire lidentification dune victime du préjudice. Auparavant, un comportement pouvait être jugé criminel sil sopposait à la morale officielle.Désormais, pour être pénalisée, une action même si elle se révélait en soi immorale, devait comporter une victime. Pour être pénalisée, lhomosexualité devait comporter une victime : dans le cas de lattentat à la pudeur, la victime est la personne susceptible dassister à la scène. Dans le cas dun détournement de mineur, la victime sera celui subissant cet acte. Cest précisément ce que préconisait Condorcet, lorsquil soulignait que la sodomie ne pouvait être passible de la justice en labsence de victime. La victime était la personne ayant subi une atteinte à son intégrité physique ou morale. Il y a de ce fait une séparation entre la loi morale et la loi pénale : cette dernière réclame un préjudice concret pour intervenir. Dans le cas dun attentat à la pudeur le simple fait dêtre dans un lieu public où une ou des personnes auraient pu assister à la scène est parfois suffisant pour tomber sous le coup dune procédure pénale. Cette notion de victime nécessaire pour atteindre la pédérastie au niveau pénal était reprise par Jeremy Bentham (1748-1832), dont les théories eurent une influence certaine en France. La pratique de lhomosexualité dans un lieu strictement privé entre deux personnes consentantes était une recherche de plaisir. Dans ce cas de figure, il n y a pas de victime car les deux sont consentantes et de plus la nature du lieu strictement privé rend la vue de la scène impossible pour un tiers. Cest ce principe quappliqua la Constituante. Elle séparait très strictement la loi morale de la loi pénale, même si nous observons dans les textes des références à la loi morale.
Cette nouvelle notion de droit pénal évacuait donc toute infraction, qui dans lancien droit, était infraction par la nature même de lacte. Ces infractions à lancien droit, condamnables par nature entraient ainsi en contradiction avec la notion de liberté individuelle et de la protection de la sphère très privée de chacun. Cest pourquoi aussi cette notion de tierce personne faisait son apparition.
Un autre facteur qui intervient dans labolition du crime de sodomie est lidée répandue au XVIIIe siècle dans certains milieux, que parler dhomosexualité et révéler celle-ci, suffirait pour susciter des curiosités morbides. Le premier indice est le déroulement de cette réforme. Il ny eut visiblement aucun débat. Le crime de sodomie disparut sans bruit du Code pénal. Dans le processus de rédaction du Code des délits et des peines, ce même crime disparut tout simplement. Ce contexte illustre bien la volonté de ne pas parler de certains sujets. Cette conviction intervint certainement. Le révolutionnaire Jean Paul Marat note en 1780 dans son Plan de législation criminelle dans le cadre dune réflexion globale sur la réforme de la législation criminelle, dans la seconde partie section 5 intitulée « des crimes contre les murs » et à propos de la peine appliquée pour sodomie que, comme ces crimes sont rares, il ne faut pas les tirer des ténèbres où ils se trouvent.On retrouve la même opinion chez un autre protagoniste de la Révolution, le conventionnel Jean-Paul Brissot de Warville (1754-1793).Ces deux conventionnels ont la même vision : lhomosexualité est autant condamnable moralement que rare et sa condamnation relève de la loi morale. Il faut éviter de parler dun sujet ne concernant que très peu de gens et les exécutions sont propres à familiariser le peuple à ces pratiques et à lui donner la curiosité de les pratiquer. On retrouve cette idée chez dautres. Le romancier et journaliste Louis Sébastien Mercier (1740-1814) exprime des idées très voisines de celles des deux conventionnels dans le quatrième tome de son uvre Tableau de Paris publiée de 1782 à 1788 En dautres termes la punition par le feu nétait pas une punition adaptée puisque lon était amené à parler dhomosexualité. Cette opinion est certainement intervenue pour expliquer labolition de ce même crime. Dans quelle proportion, ce souci de masquer un acte considéré comme honteux intervint dans la volonté de suppression du crime de sodomie ? Il est difficile de répondre avec précision et de mesurer avec exactitude, de quel poids, ces arguments ont pu peser. Cependant cette préoccupation au XVIIIe siècle, et chez des personnes qui jouèrent un rôle important est certaine. Donc on peut penser que cette argumentation joua son rôle dans cette volonté de faire disparaître ce crime du nouveau Code pénal. Le processus qui vit la suppression du crime de sodomie sans aucune discussion et dans le silence est un indice certain de cette mentalité qui voulait que moins on parla dhomosexualité mieux cela valait.
C/ Une nouvelle conception du pouvoir
Après cette argumentation sur limportance de ne pas faire de publicité à un comportement honteux et rare, Il faut aussi faire intervenir dans les causes de cette abolition la théorie de Michel Foucault sur le passage dun pouvoir qui donnait la mort à un pouvoir qui vise à gérer la vie et à la nouvelle approche répressive que cela implique. Désormais la prison est là pour corriger celui qui a fauté. Dans son ouvrage Surveiller et punir Michel Foucault constate lapparition dune nouvelle conception du pouvoir judiciaire entre le XVIIIe siècle et le XIXe siècle. Dans lancienne conception politico-judiciaire, le supplice était un élément de la manifestation de la vérité. Celui qui avait commis un crime avait remis en cause le pouvoir royal. Le supplice constituait aussi le rétablissement du pouvoir royal bafoué. Ceci explique la variété des supplices en fonction de la nature du crime : les individus parricides avaient le poing coupé, les sodomites étaient brûlés
Par ces supplices, le pouvoir royal manifestait publiquement et clairement son autorité. Michel Foucault prend pour exemple lexécution de Robert François Damien (1715-1757). Il démontre comment lexemplarité des supplices correspondait à un cérémonial précis. La peine de mort pour sodomie peut rentrer dans ce cadre danalyse. Lexécution dun sodomite est là, aussi, pour rétablir le droit bafoué par la faute. Il manifeste le rétablissement du pouvoir royal mis en cause. Ce système sessouffle au cours du XVIIIe siècle. Progressivement, un nouveau système politico-judiciaire se met en place. Ce nouveau système politico-judiciaire est dominé par un pouvoir gérant la vie. Désormais, les peines doivent avoir une visée correctrice. La naissance de la prison rentre dans ce cadre. La prison vise à redresser celui qui a fauté. Ce nest plus sur le corps de celui qui a fauté que lon va agir mais sur son âme. Le nouveau pouvoir politico-judiciaire va évaluer la moralité du prévenu, lanalyser et voir ainsi comment et dans quelle mesure cette personne peut être récupérée par la société. Le déviant homosexuel par son comportement contrevient aux règles morales et sociales. Il doit donc être analysé et redressé. Lhomosexuel occasionnant des scandales par son comportement doit être enfermé dans un but de redressement et afin de le remettre, comme but ultime, dans le droit chemin. Désormais, la prison ou lhôpital sont des institutions qui visent à le surveiller et le corriger dans ce quil est. Donc cette nouvelle problématique exclut la peine du feu à son encontre mais va y substituer la médicalisation. Laction de la médecine légale rentre dans ce cadre. Lanalyse par les médecins légistes de la moralité et de la personnalité du pédéraste vise à prendre une mesure disolement de la société. Elle vise aussi à redresser et remettre dans le droit chemin celui qui sen est écarté. Désormais on ne châtie plus le corps mais on punit lâme par lemprisonnement. Ce contexte global peut aussi aider à saisir le sens de la disparition du crime de sodomie. Cest une nouvelle technique de pouvoir global qui va sexercer sur la personne de lhomosexuel. Michel Foucault replaçait ses réflexions sur ce nouveau pouvoir judiciaire dans le cadre dun changement dans lexercice du pouvoir politique : le déclin du pouvoir royal qui avait ce droit de vie et de mort. Il replaçait également sa réflexion dans le cadre de la montée de la bourgeoisie et dune mutation des structures économiques et sociales : désormais ce nest plus lhérédité qui est source de la richesse mais le travail ; il faut donc contrôler la classe ouvrière pour quelle soit plus efficace dans le travail. Il est donc plus aisé dans ce contexte de surveiller que de punir. Le discours sur lhomosexualité viserait à identifier le pervers et à faire en sorte que la classe ouvrière ne dépense plus inutilement sa force dans des activités sexuelles stériles. Dans ce cadre de pensée, le crime traditionnel de sodomie se montrait par trop inefficace. Exécuter un sodomite nempêchait en rien dautres hommes de se livrer à cette pratique. Dans la mesure où on se limitait à lacte concret. Le nouveau pouvoir en analysant le déviant homosexuel dans ce quil est, le débusquait de manière générale pour circonscrire son action. On peut faire référence de manière globale à ces théories de Michel Foucault, pour expliquer les causes profondes de cette réforme. Celle-ci semblerait rentrer globalement dans le cadre de ces processus juridiques et politiques, même si en cette fin du XVIIIe siècle, nous sommes au début dun processus qui va se poursuivre et se développer au cours du XIXe siècle. On peut dire dailleurs que le processus était déjà entamé dans la dernière moitié du XVIIIe siècle et avant cette abolition concrète. Des indices sont là : raréfaction des exécutions et développement de la police contre les sodomites à Paris. Labolition de la peine du feu en 1791 nest que laboutissement de ce processus à long terme. Dans chaque événement historique, il est nécessaire de rechercher les causes profondes et immédiates de lévénement. Pour labolition du crime de sodomie, on pourrait utiliser ce cadre et admettre que les nouvelles conceptions juridiques et politiques constitueraient une des causes profondes de labolition de la peine du feu. Elles rendaient indispensables cette évolution de la loi pénale. Finalement cette réforme de 1791 instaurait une vision différente, plus analytique du problème. Elle était basée sur le fait quil fallait avant tout limiter une sexualité perçue comme un fléau social.
D/ Louis Michel Le Peletier de Saint-Fargeau
Il faut également évoquer la personne de Louis Michel Le Peletier de Saint-Fargeau (1760-1793). Ce juriste devint président de lAssemblée constituante le 21 juin 1790. Il fut rapporteur pour la réforme du Code pénal.Il prescrivit dabolir un grand nombre de crimes jugés imaginaires : hérésie, magie, suicide et la sodomie en fait partie. Il faut aussi noter quil fut rapporteur dun projet de loi en date du 30 mai 1791, visant à abolir la peine de mort. Ceci pourrait aussi éclairer son empressement à abolir certains crimes dont la sodomie. Il souhaitait que la loi soit humaine et quelle rende le coupable meilleur par un système pénal qui rompt avec la tradition de lAncien régime. Ce jugement de Le Peletier de Saint-Fargeau éclaire sur sa motivation à abolir le crime de sodomie qui pour lui, navait pas plus de justification que celui de magie, car ces actes étaient condamnés au nom de principes moraux dorigine purement religieux. En fait Le Peletier de Saint-Fargeau était dans le droit fil de la pensée des Lumières et le crime de sodomie lui apparaissait comme non justifié dans le cadre dune réflexion plus générale sur la loi pénale.
Ce contexte global et ces débats permettent déclairer ce qui va être la suite de lhistoire pénale de lhomosexualité pendant la Révolution, lEmpire et la monarchie constitutionnelle. Cette abolition se situait dans un contexte et des débats intellectuels abordés précédemment. Ils permettent de comprendre les nouveaux textes qui sans atteindre directement lhomosexualité essayèrent tout de même de la tenir hors du domaine public.
II La définition des « bonnes murs » dans deux textes révolutionnaires
A/ Les « bonnes murs » dans la loi sur la police municipale de 1791
Le premier de ces textes, qui sans nommer précisément lhomosexualité, fait appel à des notions suffisamment générales pour que la jurisprudence sy infiltre, est la loi sur la police municipale et correctionnelle. Cette loi fut votée à Paris le 22 juillet 1791 daprès celle du 19 juillet 1791. Il faut replacer lélaboration et le vote de cette loi dans le contexte de la réforme du Code pénal en 1791. Lentreprise plus globale est lunification des lois qui était déjà un rêve de lancienne monarchie et une volonté des philosophes, des physiocrates et de ladministration. Le but était de reconstruire le droit pour que dans lesprit, il soit conforme à la nature de lhomme. Cette loi naturelle avait pour conséquence de distinguer ce qui est moral de ce qui est immoral. Pour Kant un comportement ne pouvait être qualifié de juste que sil est à vocation universaliste. Cette conception du droit naturel nous permet de situer certaines notions générales transparaissant dans ce texte notamment celle de bonnes murs. La notion de droit naturel est basée sur des valeurs propres à toute personne dotée de sens moral. Cette loi sur la police municipale et correctionnelle est composée de deux titres, un consacré à la police municipale, et un deuxième titre consacré à la police correctionnelle. Ce titre deux comporte deux articles VII et VIII qui sont intéressants pour le cas de lhomosexualité. Larticle 7 Titre II stipule que « les délits punissables par la voie de police correctionnelle seront au premier chef les délits contre les bonnes murs. Larticle VIII stipule « Ceux qui seraient prévenus davoir attenté publiquement aux murs, par outrage à la pudeur des femmes, par actions déshonnêtes, par exposition ou vente dimages obscènes, davoir favorisé la débauche ou corrompu des jeunes gens de lun ou lautre sexe, pourront être saisis sur-le-champ, et conduit devant le juge de paix. » Nous voyons apparaître cette notion de bonnes murs qui est un concept directement issu de la notion de droit naturel. Les bonnes murs sont celles qui sont conformes précisément à la nature de lhomme et les mauvaises murs sont celles qui ny sont pas conformes. Il faut faire un lien entre cette notion de bonnes murs et la notion de contre-nature. Comme nous lavons examiné, la notion de contre-nature est réactivée par cette découverte de la nature et de ses lois au XVIIIe siècle. La notion de bonnes murs est à relier directement à ces notions de nature et de contre-nature qui visent à définir des comportements qui sont conformes à la nature de lhomme et des comportements mauvais qui ny sont pas conformes. Il nest pas anodin que cette notion apparaisse dans ce texte de 1791. Il vise à définir des comportements qui peuvent être visibles et dautres qui ne doivent pas lêtre.
Il est nécessaire, à ce stade danalyse de ce texte, de sarrêter et de réfléchir sur cette notion de bonnes murs que nous allons rencontrer dans dautres textes. Globalement la notion de bonnes murs signifie un idéal moral. Elle peut aussi faire référence aux murs de la majeure partie de la population du pays. Elle peut aussi renvoyer à des murs définies par la loi. Cependant, dans la vision libérale du droit qui va simposer, il ne sera plus possible ni souhaitable que lEtat contrôle la moralité des actes commis dans un lieu privé. Tout état de droit démocratique doit définir un espace de liberté pour lindividu. Au contraire, les systèmes totalitaires tendent à supprimer toute sphère privée. Cette notion était déjà définie par ceux qui stipulaient que la sodomie pratiquée dans un lieu privé ne relevait pas de la loi. La loi, dans le sens où on lentendait, ne pouvait en aucun cas obliger une personne à agir dans sa vie sexuelle dune façon jugée morale. Cest le sens profond de labolition du crime de sodomie. La loi doit se limiter à réprimer toute atteinte à la morale dans le domaine public, surtout si elle occasionne des désordres. Cest pourquoi cette notion de bonnes murs, au sens où ce texte juridique lentend, dépend de la notion de morale publique. La morale publique fait référence aux comportements extériorisés qui ont des incidences sociales. Dans ce cas, il sagit de lattentat à la pudeur. La morale individuelle fait référence à des valeurs universelles. Cependant, cette notion de morale publique est forcément liée à cette notion de morale individuelle. Précisément ces comportements sont réprimés en public au nom dun système de valeurs qui les rend condamnables au nom de leur nature qui est contraire à une éthique. Les bonnes murs au plan public sont un ensemble de comportements fondés sur des valeurs partagées. Les bonnes murs font directement référence à la sexualité : lorsque lon parle de bonnes murs, il est sous-entendu bonnes murs sexuelles. Il y a des comportements sexuels qui doivent être et dautres qui existent. Toute la notion de bonnes murs est dans ce dilemme. La notion de bonnes murs sous-tend une vision normative de la sexualité. Un dictionnaire de police administrative en 1816 donne une définition assez concise : « Toutes mauvaises murs étant destructrices de lordre social et de la tranquillité publique, cest aux magistrats et officiers de police quil appartient de les réprimer
. » Chacun peut porter atteinte aux bonnes murs sil diffuse un message à contenu immoral ; il nest pas contraire aux bonnes murs sil reste caché. Il est contraire aux bonnes murs sil est entendu, vu, diffusé et visible. Cette notion est donc bien à situer dans ce cadre-ci au sein de ce texte juridique. Il pose des limites : labolition du crime de sodomie permet à tout un chacun, dans le cadre très strictement privé, davoir le comportement sexuel quil souhaite. Cependant, ce type de référence aux bonnes murs signifie quil y a néanmoins un code ou une loi morale qui définit les comportements visibles. Les comportements homosexuels dans ce cadre public, tombent sous le coup de la loi car ils sont contraires à la loi morale. Ce texte préfigure lattentat à la pudeur qui apparaîtra avec la réforme du Code pénal par Napoléon Ier.
La loi du 25 septembre-6 octobre 1791 contenant le Code pénal votée à Paris le 6 octobre 1791, ne contient plus aucun article sur la sodomie ou pédérastie ou mauvaises murs par rapport à la loi sur la police municipale, qui en faisant mention aux bonnes murs, induisent indirectement une définition juridique de la notion de mauvaises murs. On trouve cependant au titre II, crime contre les particuliers, article XXXI, une référence sur le viol dune fille. Ceci est intéressant car les deux textes sont contemporains. Ils datent de 1791. Cependant le texte de loi sur la police municipale a pour but de régler les problèmes dordre public dans les villes et les campagnes. La notion de bonnes murs prend donc une signification particulière dans ce texte : à Paris, une vie homosexuelle était développée à la fin de lAncien régime. Il nest pas invraisemblable de penser que cette référence qui apparaît dans ce texte vise en partie à répondre à cette préoccupation. La notion de bonnes murs dans le texte de police municipale, et son absence dans la loi contenant le Code pénal, signifie que lhomosexualité nest plus un crime en soi : cest ce que signifie sa disparition dans le nouveau Code pénal. Cependant, elle reste un délit contre les bonnes murs quand elle devient visible : cest le sens que lon peut donner à cette présence de la notion de bonnes murs dans le texte de loi sur la police municipale. Lhomosexualité intègre les délits ordinaires contre lordre public comme le vol ou la prostitution.
B/ Les bonnes murs dans le décret de 1792 sur le divorce
La notion de bonnes et mauvaises murs apparaît aussi dans un texte de 1792. Il sagit du décret du 20 septembre 1792 qui propose un mode dexécution et donne un développement au principe adapté sur le divorce. Larticle 4 stipule « Chacun des époux peut faire prononcer le divorce sur des motifs déterminés et le quatrième motif est sur le dérèglement de murs notoires. Ce motif est intéressant car il semble se différencier de labandon par la femme du mari et du mari par la femme qui intervient comme le cinquième motif de divorce. Ladjectif notoire induit un facteur de publicité et de visibilité de ce dérèglement des murs qui, dans ce cas, porte préjudice. Ladjectif dérèglement des murs induit une notion presque médicale. Il sous-entend un comportement anormal et désordonné au plan des murs. Cette notion induit aussi une notion de débauche.
La notion de débauche désigne un usage déréglé et excessif de la sexualité. Le fait que cette notion apparaisse dans ce texte sur le divorce est intéressant : la bisexualité aristocratique régnait dans la société dAncien régime où le mariage, qui était rarement un mariage damour, nempêchait pas la personne concernée davoir un mignon ou une maîtresse. Il est possible de faire un lien et de voir dans cette notion, une réponse à cet ancien ordre de choses que lon rejette. Désormais, le mariage implique la fidélité ; il nest plus toléré davoir des mignons. Cette notion de murs déréglées est suffisamment vague pour pouvoir être complétée lors de procès de divorce par des précisions juridiques qui peuvent faire jurisprudence. Les hommes qui rédigèrent ces textes sont des hommes du XVIIIe siècle qui étaient certainement réceptifs à cet amalgame entre débauche et homosexualité masculine et il est possible quils aient voulu faire allusion aussi aux comportements homosexuels de certains hommes mariés à travers cette notion. Cette notion de bonnes murs ou de murs déréglées est donc présent dans deux textes au moins de ces années 1791 et 1792. Cette notion pourrait atteindre directement lhomosexualité masculine qui est par excellence le comportement qui cadre avec ce que lon peut qualifier de mauvaises murs ou de murs déréglées. Ces notions juridiques peuvent paraître, à première vue, comme peu importantes. Cependant ces notions furent utilisées lors de certains procès intentés contre des homosexuels lors de la période révolutionnaire. On ne peut donc les considérer comme anodines. Elles font passer concrètement le comportement homosexuel du crime quil était dans lancien droit à la notion de délit public contre les bonnes murs. Mis à part ces deux textes, il ny a aucune autre référence notoire dans la législation révolutionnaire par rapport aux bonnes murs. Ce cadre juridique devait rester inchangé jusquà lépoque napoléonienne. Les notions dattentat à la pudeur, de bonnes et de mauvaises murs, vont se préciser ensuite.
III Le contrôle des murs depuis la mise en place du Code pénal de 1810 jusquà la réforme de 1832.
Avec lépoque napoléonienne, on assiste à la mise en place du Code pénal le 12 février 1810 remplaçant le Code pénal de 1791. A cette occasion, plusieurs délits sont définis comme loutrage public à la pudeur et lincitation des mineurs à la débauche, loutrage aux murs par voie de presse. A travers ces notions, lhomosexuel masculin va devenir susceptible en premier dêtre visé.
Le Code civil est promulgué le 21 mars 1804. Il détermine et codifie le statut des personnes et des biens ainsi que les rapports entre des personnes privées, alors que le Code pénal est une codification des crimes et des délits et des peines encourues. Le Code civil se situe donc au niveau du statut des personnes indépendamment de tout délit. Dans le Code civil, on retrouve également cette notion de bonnes murs, présente dans la loi sur la police municipale de 1791. Pourquoi la législation se précise-t-elle à partir du Consulat ? Pourquoi, visiblement, la préoccupation de lordre moral se fait-elle plus insistante ? Un indice de cette reprise en main au niveau de lordre moral est que la plupart des procès identifiés qui furent intentés à des homosexuels sont postérieurs au Consulat. Le Directoire avait été une période de plaisir et de relâchement des murs. Plusieurs rapports de police de cette époque semblent salarmer du développement de la pédérastie. Nous possédons notamment plusieurs rapports datant de lan VII (1798-1799) et ayant pour cadre le département de la Seine. Les auteurs de ces textes déplorent que la pédérastie fasse de considérables progrès. Le Consulat ouvre après cette période de relâchement, une ère de reprise en main et de réorganisation politico-juridique menant à une reprise en main au plan de lordre moral. Ladministration se réorganise et prend de plus en plus dimportance pour lencadrement des hommes. Les périodes de renforcement de lEtat et du droit sont souvent les périodes où la répression se renforce contre les anticonformistes en général : la répression de lhomosexualité à partir du XIIIe siècle correspondait à une période de renaissance du droit romain. A partir du Consulat un vaste travail dunification juridique qui va aboutir au Code civil se précise. Le Code civil au plan du droit va établir la supériorité du mari sur la femme dans le ménage : larticle 213 stipule que le mari doit protection à sa femme et la femme obéissance à son mari. La femme devient, à bien des égards, une mineure et lautorité du père dans la famille est consacrée. Ces caractéristiques démontrent la volonté de rétablissement de lordre moral dans le cadre du Code civil. Il se montre très traditionnel en matière de droit familial. La notion dinterdit du Code civil repose sur la notion dordre public et sur le concept de bonnes murs. Dans ce cadre-ci, lhomosexualité devient, par excellence, un outrage aux bonnes murs. LEmpire marque parallèlement au retour à lordre politique, un retour à lordre moral. Le relâchement des murs du Directoire est sévèrement condamné. La première victime sera le marquis de Sade enfermé à Charenton.Nous constaterons que néanmoins certains homosexuels bien connus firent des carrières politiques et administratives importantes. Néanmoins la période voit une réorganisation juridique qui exprime une volonté dencadrement des hommes et de réaffirmation des règles morales ; cest dans ce contexte-ci quil faut placer les articles du Code pénal concernant lattentat à la pudeur ou la débauche de la jeunesse. Certaines notions ou règles qui avaient pu apparaître de manière modérée dans les textes révolutionnaires font lobjet dune codification plus précise.
A/ Loutrage public à la pudeur dans le cadre de larticle 330 du Code pénal
Parmi ces textes qui codifient de façon plus précise des notions qui avaient pu apparaître dans le texte de loi sur la police municipale de 1791, il y a les articles du Code pénal de 1810 : articles 330, 331, 332, 333, 334. Ces articles concernent loutrage public ou lattentat à la pudeur et cette notion correspond à lattentat contre les bonnes murs, le crime de viol, qui est aggravé lorsquil est exercé sur la personne dun enfant, et la débauche de la jeunesse. Nous reviendrons ultérieurement sur les articles concernant la corruption de la jeunesse au niveau judiciaire. Il faut dabord se pencher sur larticle 330, le plus important pour la répression de lhomosexualité au sein de cet arsenal juridique.
Larticle 330 stipule : « Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur sera punie dun emprisonnement de trois mois à un an et dune amende de 16 à 200 francs. » Cette notion doutrage public à la pudeur est voisine de la notion de bonnes murs. Elle invente la pudeur publique. Elle fait de lespace public un lieu où certains comportements sont bannis : un comportement sexuel théoriquement était jugé par le fait quil était public ou privé. Cet article divise lespace en un espace public où des comportements sont proscrits et un espace privée où ils sont permis. Il faut souligner également que la somme de 16 à 200 francs est une somme relativement conséquente car Jean Michel Gourden donne le salaire dun ouvrier en 1838 qui est de 3 francs par jour à la ville donc la somme de 16 francs équivaudrait à plus de 5 jours de travail pour ce dernier. Globalement la notion doutrage public à la pudeur était de nature à atteindre par excellence les homosexuels fréquentant les jardins, il sera possible de le constater à travers plusieurs affaires. Il va devenir le principal outil pour réprimer les rencontres homosexuelles furtives dans les parcs et jardins de Paris.
Rose de Saint Projet démontre à propos de cet article 330, à travers des cas concrets, lutilisation extensive de la notion dattentat à la pudeur que va faire la jurisprudence. Ainsi, le simple fait de se trouver dans un lieu où il aurait été possible dêtre vu, suffira parfois à tomber sous le coup de cet article du Code pénal. Marcella Iacub indique combien certains juges allaient faire un usage extensif de cette notion de lieu public pour atteindre des comportements jugés moralement condamnables. Ainsi un lieu privé pouvant être accessible par une ouverture était assimilé à un lieu public. Un arrêt de 1813 va dans le sens dune vision extensive de la notion dattentat à la pudeur. « Larticle 330 du Code pénal a pour objet de réprimer les faits qui sans constituer une violence à la volonté ou aux personnes, ne blessent que lhonnêteté publique, noutragent la pudeur que sous les rapports des bonnes murs. La circonstance de la nuit ne détruit pas la publicité parce quil peut y avoir la nuit, dans la rue, circulation de personnes, et par conséquent scandale et outrage à la pudeur. » Parallèlement la Cour de cassation par arrêt du 28 nivôse an XI (7 décembre 1802) jugeait que loutrage à la pudeur sentendait par des actions offensant publiquement la pudeur et les bonnes murs. Rédigé tel quil est, cet arrêt de 1802 lie le délit doutrage à la pudeur à une circonstance offensante pour les bonnes murs. Cela signifie a contrario que toute situation nétant pas de nature à outrager les bonnes murs est par nature moins grave. Cette formulation est propre à être une arme contre les homosexuels. Dautant plus que larrêt précise bien que la nuit nest pas propre à détruire la publicité. Cet arrêt est un outil parfait pour les policiers et les juges soccupant de réprimer les actes de « pédérastie » dans les lieux publics : jardins, mais également, il peut sappliquer à un établissement de type cabaret. La notion extensive dattentat à la pudeur peut désigner et atteindre plusieurs types de lieux. Ainsi peut-on on tomber sous le coup de cet article si on est dans une voiture, même si celle-ci étant fermée, personne pratiquement nétait en mesure de voir quoi que ce soit. De même, si on se trouve dans une auberge, même si pratiquement personne nest en mesure dapercevoir une scène.
Cette notion de possibilité dêtre aperçu et non dêtre aperçu concrètement est propre à rendre cet article redoutable. Dautre part, il faut en complément de cet article du Code pénal, se pencher sur la jurisprudence dans la première moitié du XIXe siècle qui ne reste pas indifférente à la nature homosexuelle de loutrage à la pudeur. Les magistrats, à cette époque, nont de cesse de qualifier cet acte avec un vocabulaire emprunté au vocabulaire moral : honteuse passion, acte immoral, faits qui révoltent la nature. Ces termes aggravent la situation juridique de ceux quils incriminent. Ces qualificatifs sont encouragés par le développement, au cours du XIXe siècle, de la parole sur le sexe notamment dans la médecine. La jurisprudence va se nourrir de ces discours pour alimenter ses propres réflexions. Grâce à lanalyse de la jurisprudence, on découvre une première partie du XIXe siècle employée à définir les perversions et la seconde sintéressant au caractère public de lacte homosexuel. Il est normal que ce contexte influe sur lapplication de cet article 330. Un manuel de droit est assez clair sur cette question. Il fait lhistorique des peines infligées depuis Charlemagne à ceux qui pratiquaient la sodomie. Il note que désormais (ce manuel date de 1840), le législateur se borne à condamner les actes contraires à la décence. Lauteur précise que laccusé sera puni avec plus de rigueur si lattentat aux murs concerne un des actes infâmes que les anciens regardaient comme un crime. Un arrêt de la Cour de cassation datant de 1813 relate une affaire qui semble bien être une illustration de ce que soulignaient Chauveau et Faustin. A la base, il sagit dune affaire se déroulant à Arheim, un agent de police faisant une ronde surprit un homme et une femme en pleine copulation... En vertu de larticle 330, les deux personnes furent poursuivies en police correctionnelle. Cependant, le tribunal de première instance de larrondissement dArheim relaxa les prévenus. Cette instance juridique jugeait que les faits commis par les appelés ne pouvaient être regardés comme un outrage public à la pudeur.
Le tribunal de première instance stipulait que l acte constituait un scandale public mais pas un outrage à la pudeur. Le caractère de lacte ne le faisait visiblement pas rentrer dans le cadre dun outrage public à la pudeur. La Cour de cassation nira pas dans ce sens et jugera lacte comme un outrage public à la pudeur. Cependant la décision du tribunal de première instance de larrondissement dArheim est caractéristique. Un manuel de droit fait référence à cette décision de ce tribunal de première instance en notant que lon avait jugé quun tel acte nétait pas constitutif de loutrage public à la pudeur. Dans certains dictionnaires de police, se trouvent des annotations sur les mauvaises murs, qui peuvent aussi faire, dune certaine manière jurisprudence. Cette notion de mauvaises murs peut être juridiquement parfaitement adaptée pour les cas dattentat à la pudeur homosexuelle. Cela peut concerner aussi bien les rencontres dans les promenades publiques, quun écrit jugé contraire à la morale publique. Ils sont contraires à la morale publique, dans la mesure où ils sont entendus, diffusés ou visibles. A partir du fait où ils sont cachés et non visibles, ils ne sont pas constitutifs du délit datteinte aux bonnes murs. Ce concept datteinte à la morale publique allié au contenu de larticle 330 du Code pénal sur lattentat à la pudeur est propre à faire de cet article du Code pénal, une arme contre le développement public de lhomosexualité. On peut dire que cet article 330 sera, de loin, la première arme quutiliseront policiers et magistrats contre le développement des murs homosexuelles dans les grandes villes et notamment à Paris.
B/ La notion de bonnes murs dans dautres textes de loi
Parallèlement à cet article 330 du Code pénal, il faut aussi voir, si dans les autres textes juridiques, des articles comportent des notions qui peuvent atteindre lhomosexuel au plan du droit. Plusieurs éléments dans le droit français dans la première partie du XIXe siècle sont de nature à pouvoir atteindre ou viser lhomosexuel.
Dans le Code civil précisément, la notion de bonnes murs que lon vit apparaître dans dautres textes est également présente : Larticle 6 du Code civil stipule que lon ne peut déroger par des conventions particulières aux lois qui intéressent lordre public et les bonnes murs. Larticle 1133 stipule que la cause est illicite quand elle est prohibée par la loi et quand elle est contraire aux bonnes murs ou à lordre public. Toujours cette notion de bonnes murs qui est suffisamment élastique, et en même temps, suffisamment explicite pour atteindre lhomosexuel.
Parallèlement à ces textes faisant référence aux bonnes murs il y a dans la législation des textes de lois réprimant les outrages aux bonnes murs et à la morale publique par voie de presse. Larticle 287 du Code pénal de 1810 stipule : « Toute exposition ou distribution de chansons pamphlets, figures ou images contraires aux bonnes murs sera punie dune amende de 16 à 500 FR, dun emprisonnement dun mois à un an, de la confiscation des planches et exemplaires imprimés ou gravés de chansons »Parallèlement à cet article, la loi 6444 du 17 mai 1819 concerne la répression des crimes et délits par voie de presse ou par tout autre moyen de publication. Larticle 8 de ce texte de loi stipule : « tout outrage à la morale publique et religieuse ou aux bonnes murs par lun des moyens énoncés en larticle 1e, sera puni dun emprisonnement de 1 mois à un an et dune amende de 16 à 500 FR, larticle 1er définit les moyens du crime par réunions, écrits, affiches, gravures. »Le concept de morale publique concerne toute manifestation publique qui est de nature à nêtre pas conforme à la morale et cette conception rejoint la notion de bonnes murs car elle signifie une norme à ne pas transgresser. Ces textes reprennent la notion doutrage public qui divise lespace entre le public où certains actes sont prohibés et lespace privée où ils sont licites. Cette notion datteinte à la morale publique par voie de presse se retrouve dans des sources policières : en date du 6 octobre 1830, une circulaire de police constate que la vente et le colportage de livres et de gravures contraires à la morale publique se pratiquent dans la capitale dune manière scandaleuse ; on craint que ce phénomène natteigne les campagnes et il est donc ordonné la plus grande surveillance pour, en vertu de larticle 287 du Code pénal, arrêter les contrevenants. Un rapport de police datant du 24 septembre1830 fait état, rue de Rivoli, dun étalage présentant des ouvrages contenant les accouplements les plus lascifs, et dans une caisse, des documents présentant des scènes de débauche les plus scandaleuses. Au cours des années 1830 1842 on trouve plusieurs rapports sur la présence de livres scandaleux dans des quartiers de Paris.Cest dire que la préoccupation de latteinte à la morale par voie décrit est une réalité.
C/ Le contrôle des murs dans certaines ordonnances de police
Parallèlement aux textes de loi qui peuvent être utilisés pour réprimer, le cas échéant, lhomosexualité sous une forme ou une autre, il y a des ordonnances de police. Ces ordonnances sont prises par lautorité administrative et donc le préfet de police de Paris sous lautorité du ministre de lintérieur. Elles sont inférieures à la loi mais elles sont prises par le pouvoir administratif et ont une valeur juridique certaine. Plusieurs ordonnances de police comportent des éléments importants pour notre propos. Lordonnance n° 1476 concernait les bals et réunions publiques. Elle date du 31 mai 1833. Elle fut promulguée par le Préfet de police Henri Gisquet (1792-1866), qui fut en poste de 1831 à 1836. Cette ordonnance stipule dans son article 7 : « Chaque entrepreneur de bals publics devra interdire dans son établissement toutes danses indécentes et requérir les officiers de police à leffet den expulser les auteurs ainsi que toutes les personnes qui commettraient des outrages publics à la pudeur. Cette ordonnance interprète la notion doutrage public définie par larticle 330 du Code pénal. Cette ordonnance atteignant les établissements fermés doit être soulignée : dans les archives de police entre 1819 et 1823 nous avons plusieurs rapports sur des établissements fréquentés par des « pédérastes » et dans lesquels on déplore des outrages à la morale publique. La préoccupation de la police parisienne envers ce type détablissement paraît certaine et il est pertinent de faire le rapprochement entre cette ordonnance de police et la préoccupation des policiers parisiens sur des établissements fréquentés par une clientèle de « pédérastes », où des atteintes aux bonnes murs seraient monnaie courante. Dailleurs le 13 décembre 1843, une nouvelle ordonnance de police n° 1864 du Préfet de police Gabriel Delessert (1786-1858), confirme lordonnance du préfet Gisquet. Des ordonnances règlementent les masques et déguisements. Des éléments font aussi référence aux bonnes murs. Lordonnance n° 1232 en date du 10 février 1828 concerne les masques. Larticle 2 stipule que nul ne pourra prendre de déguisements qui seraient de nature à troubler lordre public, ni qui pourraient de quelque manière, blesser la décence et les murs. Une ordonnance de police concernant encore les masques et qui date du 10 février 1830 stipule en son article 3 quil est défendu à toute personne masquée, déguisée ou travestie de provoquer les passants par des gestes et paroles contraires à la pudeur et de nature à blesser la morale publique et les bonnes murs. Ces ordonnances sur le travestissement sont à rapprocher de certaines sollicitations de la police envers certaines personnes qui se travestissent : le 15 juillet 1845 un rapport de police concerne un certain Jacques François Renaudin qui se travestit en femme.
En juillet 1846, un rapport de police fait référence à Claude Gilbert, porteur de vêtements de femme et qui est traduit pour outrage à la pudeur devant le tribunal correctionnel de la Seine.
Enfin, le 13 novembre 1843, Gabriel Delessert Préfet de police de Paris, publie une instruction réglementaire. Cette instruction ordonne la surveillance toute particulière des actes de sodomie pour saisir le flagrant délit. Ce chapitre sintitule « outrage public à la pudeur sodomie » Linstruction du préfet Delessert indique que le fait de pédérastie tenté ou consommé est dans un cas comme dans lautre le délit doutrage public à la pudeur. Cette définition « tenté ou consommé » permet une extension du délit doutrage à la pudeur. Cette précision de Gabriel Delessert fait peut-être écho à plusieurs dénonciations et rapports de police présents dans les archives. Ces rapports de police stipulent quil est parfois difficile de surprendre en flagrant délit les intéressés. Ils soulignent de ce fait que les lieux de rencontre sont fréquentés par les mêmes individus malgré les surveillances de la police. Estimer que le fait de tenter tombe sous le coup de lattentat à la pudeur, permet de réprimer un de ces hommes du seul fait quil se trouve dans certains endroits, du coup cela facilite le travail de la police. Il nest pas fortuit de voir dans cette précision de lautorité préfectorale une réponse à ces nombreuses remontées. Cela autorise les entrepreneurs de morale à avoir une vision extensive de loutrage public à la pudeur.
Loutrage public à la pudeur qui pose problème est lacte de sodomie. Tous ces textes de loi cités et ces circulaires de police comportent des notions globales. Cependant ils peuvent comporter suffisamment déléments pour être des outils au service de la répression pratique de lhomosexualité qui fut une réalité concrète. Ils seront complétés par le discours des juges.
D/ La protection de la jeunesse des articles du Code pénal jusquà la réforme de 1832
La préoccupation de la protection juridique de la jeunesse sinstalla progressivement. Une confusion entre homosexualité et détournement de mineurs apparaît dabord dans le discours de ceux qui souhaitaient criminaliser lhomosexualité. Progressivement, au cours de la première moitié du XIXe siècle, le législateur va se soucier de plus en plus de la protection de la jeunesse. On peut penser que les discours amalgamant homosexualité et débauche la jeunesse eurent un écho, de même que le discours de certains policiers.
Plusieurs articles du Code pénal concernent la protection de la jeunesse. Larticle 331 du Code pénal réprimait tout attentat à la pudeur consommé avec violence sur la personne dun enfant de lun ou lautre sexe de moins de 11 ans. Larticle 333c stipulait que si les coupables étaient les ascendants de la personne sur laquelle a été commis lattentat, sils sont de la classe de ceux qui ont autorité sur elle, sils sont ses instituteurs, ses serviteurs à gage, sils sont fonctionnaires ou ministre dun culte, la peine sera les travaux forcés à temps. Larticle 333 c vise notamment linstituteur qui a autorité sur ses élèves ou le prêtre qui a la responsabilité des enfants dans le cadre du catéchisme. Il pointe particulièrement les risques dans ce domaine.
Larticle 334 doit être particulièrement souligné. Il peut constituer une arme redoutable contre lhomosexuel, surtout quand il est confirmé par la jurisprudence. Cet article stipule que, quiconque aura attenté aux murs en excitant, favorisant ou facilitant la débauche ou la corruption de la jeunesse de lun ou lautre sexe au-dessous de lâge de 21 ans sera puni dun emprisonnement de six mois à deux ans et dune amende de cinquante à cinq cent francs. Pourquoi cet article peut-il être une arme contre les homosexuels ? Cet article doit être encore lié aux discours mêlant homosexualité et corruption de la jeunesse. On ne peut pas ne pas faire le lien entre ce texte et les discours sur lhomosexuel corrupteur de la jeunesse. Dautant plus que ce texte par sa formulation laisse encore à la jurisprudence une assez grande latitude dinterprétation. Ce que les juges au cours de certaines affaires feront.
Cependant en 1832, un tournant important sera franchi pour le renforcement de la protection de la jeunesse. Le 28 avril 1832, un projet de loi modifiait un très grand nombre darticles du Code pénal. Sur le plan des crimes et délits sexuels, cette réforme juridique était plus sévère. Jusquà cette réforme de 1832, la loi ne punissait que lattentat à la pudeur commis avec violence. Après cette réforme, lattentat à la pudeur sans violence sur la personne dun enfant de moins de 11 ans tombe sous le coup de la loi.La loi de 1832 trahit un souci accru de protection de la jeunesse. Le sentiment de la protection de lenfance se développe. « Le fait que les enfants dès leur plus jeune âge sont au travail dans les ateliers et quils ne reçoivent pas une bonne éducation est stigmatisé par les médecins et les sociétés philanthropiques qui jugent néfastes la promiscuité entre les adultes et les enfants. »
Larsenal juridique comporte des textes qui, sans citer nommément les homosexuels, sont suffisamment explicites pour les atteindre. Certains de ces textes par leurs caractères plus généraux laissent une marge dinterprétation aux juges mais en même temps, ils usent de termes clairement significatifs comme bonnes murs, morale publique, débauche de la jeunesse. Ces notions parlent certainement à des hommes de loi, qui peuvent aussi saider des discours médicaux et de ceux des réformateurs sociaux. Lhomosexualité est désormais susceptible dêtre réprimée quand elle devient visible et quelle offense les « bonnes murs » et occasionne des scandales.
Ce contexte de visibilité est important car il semble être le premier motif de répression de lhomosexualité. Cet arsenal juridique, dans quelle mesure va-t-il être utilisé au cours de poursuites judiciaires ?
CHAPITRE VII : LA REPRESSION EN PRATIQUE
Les textes de loi offrent donc des dispositions susceptibles datteindre lhomosexuel masculin. Dans quelle mesure et comment va-t-il être atteint ? La principale cause de délit qui semble susceptible de sappliquer aux homosexuels masculins sur Paris est la visibilité de lhomosexualité sous plusieurs formes à ceci sajoute le détournement de mineur. La répression de lhomosexualité prendrait un caractère multiforme. Elle progresserait dès lépoque de lEmpire et jusquaux années de la monarchie de juillet.
I La répression de lhomosexualité de 1789 à la première partie du XIXe siècle : un durcissement progressif
A partir de la Révolution et au début du XIXe siècle, nous disposons de plusieurs procès qui nous permettent dapprécier lévolution de la répression de lhomosexualité. Les déroulements de certains de ces procès permettent de comprendre comment larsenal juridique est utilisé. Nous pouvons observer un durcissement progressif apparent à partir de lEmpire : nous avons pu identifier un plus grand nombre daffaires. Cependant nous pouvons mentionner des procès intentés à des homosexuels dès la Révolution.
A/ Quelques procès pendant la Révolution
Dès la Révolution, on peut observer que des poursuites judiciaires ont cours pour des causes dhomosexualité, et ceci malgré labolition du crime de sodomie. Il sagit parfois dhommes surpris dans des endroits de rencontre ou connus comme « pédérastes. »
Le premier cas débute par un contrôle au jardin des Tuileries. Un rapport de police du 25 mars 1792 indique que plusieurs canonniers volontaires du bataillon de lArsenal, savent que tous les jours dans les Tuileries, des hommes se livrent entre eux à une débauche infâme. Ils se sont rendus au jardin des Tuileries et ils ont voulu prendre quelques-uns de ces hommes en flagrant délit. Plusieurs se sont enfuis et lun dentre eux à été conduit au corps de garde des volontaires. La personne nie : il sagit dun domestique de 27 ans Alexandre Coindé. Le rapport stipule quil a été incarcéré à la Conciergerie jusquà sa comparution devant le tribunal criminel. Cette affaire ressemble fort à un contrôle opéré par les brigades de pédérastie dans les années 1780. Le rapport souligne quil est suspecté du crime de sodomie, crime qui nexiste plus. Il y a visiblement différence entre une réforme qui abolit le crime de sodomie et son assimilation pratique par ceux qui sont chargés de faire régner lordre.
Deux autres hommes sont poursuivis en lAn II (1793-1794) : il sagit de Jacques Friès, commis de vin et Jean Louis Le Noir, horloger. Ils sont au départ soupçonnés dun vol et ensuite, vient le soupçon dhomosexualité. Les conclusions de lenquête indiquent que les deux hommes sont prévenus de vol mais également dun crime dont lhorreur quil inspire
Le rapport indique que le délit se trouve défini par les articles 7, 8, 9 titre II de la loi du 22 juillet 1791. Un deuxième rapport indique que le crime de sodomie dont les deux hommes sont prévenus nest pas littéralement exprimé à moins que lon ne fasse application des articles 7, 8, 9 de la loi du 22 juillet 1791. La loi du 22 juillet 1791 sur la police municipale et notamment les articles contenant les délits contre les bonnes murs sont utilisés. Lensemble du dossier est construit de manière à prouver que les deux hommes sont « sodomites ». Ensuite la loi du 22 juillet 1791 est évoquée : comme la pratique ostentatoire de lhomosexualité fait partie des mauvaises murs, elle tombe, pour le tribunal de police de Paris, sous la définition de délit contre les bonnes murs. Le tribunal correctionnel de Paris et le tribunal dappel cherchent donc à établir la véracité de leurs murs et proposent dutiliser ces fameux articles. Cependant devant lembarras juridique, car le crime sodomie nest plus explicitement cité, ils font appel à la Convention nationale. Les deux hommes seront enfermés à La Force.
Deux autres cas sont disponibles en lan II. Il sagit des cas dEtienne Remy et Jean Malleranges. Ils sont surpris aux Champs Elysées lors dun contrôle de police. Jean Malleranges a 50 ans, il est poêlier de son état, est marié et a des enfants. Etienne Rémy a 22 ans, il est militaire. Lors du contrôle de police, Etienne Rémy avait visiblement le vêtement défait. Les accusés semblent nier ce dont on les accuse. Le tribunal de police correctionnelle considère que, compte tenu de linstruction des témoins, les deux hommes doivent être déclarés coupables davoir attenté aux bonnes murs par des actions déshonnêtes et contre-nature. En conséquence des articles 8, 9, 10, titre II de la loi du 22 juillet 1791, ils doivent être détenus un an à la maison de correction pour y être soumis à des travaux.Largument du tribunal de police correctionnel est de faire entrer le fait reproché dans le délit dattentat aux bonnes murs spécifié dans la loi de 1791 sur la police municipale. Le tribunal dappel de la police de Paris a une autre interprétation. Il prend acte que les deux hommes sont visiblement coupables dun crime dont lhorreur quil inspire a empêché lénonciation dans les lois. Il prend acte que la loi na pas clairement stipulée une punition précise de ce crime. Il ne rejette pas lutilisation de la loi sur la police municipale de 1791. Cependant, embarrassé, il demande lintervention de la Convention nationale et du ministre de la justice. Visiblement ces deux instances tentent de voir comment on peut réprimer les actes dhomosexualité, mais constatent que rien nest prévu. On a limpression que labolition du crime de sodomie est passée largement inaperçue. Enfin le ministre de la justice répond que les deux accusés sont bien prévenus du crime contre-nature. Par-là, il reconnaît ce crime. Cependant, il déplore que la loi ne se soit point exprimée sur la punition de ce délit. Il déclare que sil ny a rien dans les lois, cest parce que les Constituants ont jugé quil valait mieux oublier lexistence de telles horreurs. En fait, il emploie un argument que dautres emploieront par la suite : la publicité qui est donnée à ces affaires fait plus de tort et donc il vaut mieux les étouffer. On le voit, ces deux cas, comme les deux précédents dans une moindre mesure, donnent loccasion de débats sur la pertinence dutilisation de la loi sur la police municipale concernant latteinte aux bonnes murs. Dans ce dernier cas on a une instance qui estime que les deux cas tombent sous le coup de ces articles alors quune autre se pose la question de la pertinence dutilisation de ce texte et souhaite y recourir ; enfin lautorité politique qui constate que plus rien nest prévu pour réprimer la sodomie et qui explique pourquoi et dans quelle logique.
A la lumière de ces affaires, on a limpression dune justice qui à lépoque révolutionnaire, se cherche au niveau de la répression de lhomosexualité. Il y a une volonté de réprimer et de contenir « les actes de pédérastie » que lautorité policière constate dans la capitale, mais on paraît chercher désespérément les outils de répression. Les débats autour de lutilisation de la loi du 22 juillet 1791 en sont la manifestation. La différence avec les procès de lAncien régime, cest que le crime de sodomie a changé de nature et demande aux hommes de loi une adaptation. Il faudrait évoquer des formes de réminiscence du passé, ces entrepreneurs de morale ne parviennent pas à admettre et à sadapter au fait que ce crime ait disparu du Code pénal. Le recours possible au délit datteinte aux bonnes murs range « le délit de pédérastie » dans les délits doutrage public à la pudeur. Car pour quil y ait atteinte aux bonnes murs, il faut que lacte ait été public. Tous ces cas de répression interviennent, soit dans le cas de contrôle dans des jardins, soit dans le cas dune publicité scandaleuse. La pratique juridique qui se met en place progressivement dans ces années de révolution sera celle qui saffirmera avec lEmpire. Nous navons pas pour lépoque révolutionnaire proprement dite, dautres cas de répression juridique de lhomosexualité. Les autres cas que nous allons examiner sont des cas de répression qui se situent après lavènement de lEmpire. Ces cas de répression de lhomosexualité sous la Révolution démontrent que la pratique répressive contre lhomosexualité tente de se poursuivre. Elle peine à sadapter à la nouvelle législation.
B/ Une accélération de lEmpire à la Monarchie de juillet
A partir de lEmpire, la répression juridique de lhomosexualité parait croître. Les procès que nous avons identifiés sont de diverse nature : pour certains la corruption de la jeunesse est mise en avant. Certains autres concernent des affaires doutrage aux murs dans des lieux publics et dautres enfin font intervenir la visibilité et le scandale que celles-ci occasionnent. Globalement nous avons plusieurs cas de figure : nous avons des hommes condamnés pour outrages aux murs dans les années 1810 et dans les années 1830 et 1840. Nous avons des affaires plus graves et plus retentissantes comme lAffaire de la rue des remparts et nous avons des cas de criminels et dans ce cas lhomosexualité constitue un facteur aggravant pour ces hommes.
Nous avons localisé neuf hommes sur Paris pendant lEmpire qui ont eu des condamnations pour cause dhomosexualité. Ces cas se situent entre lannée 1804 et lannée 1811. On trouve globalement trois cas de figure qui motivent ces condamnations, la notoriété en tant quhomosexuel parfois doublée dune situation sociale précaire, le détournement dadolescents et loutrage public à la pudeur. Cinq de ces hommes ont des problèmes avec la justice car ils sont connus notoirement pour leurs murs. On trouve dans les dossiers concernant ces hommes quils sont connus comme pédérastes ou se livrent notoirement à la pédérastie. Dans lordre chronologique, en lan XIII (1804 -1805) Henry Duhem, 28 ans, domestique et Philippe Bergerat, 28 ans, domestique sont soupçonnés de vol puis vient la connaissance de la nature de leur relation. Ils sont poursuivis car leur immoralité nécessite de les séquestrer. Les trois autres hommes condamnés le sont aussi pour être connus notoirement pour leurs murs. Casimir Lesaine un cordonnier est dénoncé en 1806 au préfet de police de Paris « comme pédéraste » par lettre. Il a, de plus, la malchance dêtre sans ouvrage ou sans travail. Les deux autres hommes Pierre Vincent et de Bastien Tréguet sont poursuivis car notoirement connus comme homosexuels. Le rapport du ministre de la police générale fait clairement mention que les deux hommes étant notoirement « pédérastes » font scandale dans tout le voisinage.
Dans ces affaires on retient comme charges contre ces hommes quils portent atteintes à la morale publique et de ce fait font scandales car lhomosexualité dans ces cas apparait dans la sphère publique. Il y a dans ces cas-ci, application de la notion de pudeur publique telle que la définit Marcela Iacub. Les condamnations ou peines prononcées contre ces cinq hommes sont aussi significatives de cette notion de pudeur publique et du fait de mettre fin au scandale de la visibilité de la vie de ces hommes. Ce sont ainsi dans ces cas des mesures administratives de police qui frappent ces hommes. Un est placé à Bicêtre et les autres sont tous renvoyés à la campagne sous la surveillance des autorités locales.
Le deuxième cas de figure est constitué par des hommes qui ont abusé dadolescents. Cest le cas de deux hommes : lun, Tumerel un maître aux écritures a abusé de deux de ses clercs et il est enfermé un mois à Sainte Pélagie et le deuxième Pierre Henry 29 ans, ouvrier horloger qui est accusé davoir abusé dun adolescent de 13 ans. Cet homme a, selon le rapport du préfet de police en date 23 juin 1809, une mauvaise réputation et il est sans ressource. Il est exilé à Vesoul. Cest aussi une mesure administrative qui le frappe.
Le troisième cas de figure est constitué par loutrage public à la pudeur. Il sagit du cas de deux hommes surpris en plein Paris le 13 juin 1811 en plein rapport sexuel. Il sagit de Julien Pierre et Jean Stickens. Ils sont enfermés à Bicêtre tous deux pour un mois. Il sagit également dans ces deux cas dune mesure administrative prise par le préfet de police.
Pour les années 1830 et 1840 nous disposons de vingt cas de poursuites judiciaires, ce sont tous des cas doutrage public à la pudeur, trois cas sont condamnés pour vagabondage également. On peut observer que pour ces cas les mesures de police administrative ne sont pas utilisées mais que la justice utilise davantage larticle 330 du Code pénal de 1810. La répression semble se faire plutôt par la loi et les tribunaux au cours de ces années 1830 et 1840 que par le biais des mesures administratives.
Dans lordre, en 1831 le marquis de Boufflers est condamné à 6 mois de prison. En 1835, une affaire part dune plainte pour vol. Laccusé est un soldat du 43e régiment du nom de Venot. Le plaignant aurait proposé à Venot un verre de vin dans un bar. Après la sortie du bar, lhomme lui aurait fait des propositions malhonnêtes en lui demandant : « Est-ce que vous aimez les femmes ? » Le soldat comprenant de quoi il sagissait, laurait menacé de le conduire au poste de police. Lhomme aurait alors pris la fuite en abandonnant ses effets personnels. En fin de compte, le tribunal de police déclarera Venot coupable de vol et le condamnera à cinq années de prison. Parfois des affaires se retournèrent contre les plaignants suite à des accusations dhomosexualité ce qui ne fut pas le cas au bout du compte pour cette affaire. Le fait de retourner des plaintes en accusation dhomosexualité montre combien lhomosexualité en soi et même sans des accusations de détournement de mineurs, pouvait vous conduire devant un tribunal. Ce type daffaire démontre létat de fragilité juridique qui pouvait être celui de lhomosexuel masculin. Au cours des années 1840 nous disposons de quatorze cas de poursuites judiciaires pour outrage public à la pudeur. Il semblerait que la répression augmente au vu du plus grande nombre de poursuites judiciaires. Ces hommes sont, pour huit dentre eux condamnés à plusieurs mois de prison, un est acquitté et un autre est condamné à une simple amende ; pour quatre autres, la peine nest pas mentionnée. Les peines de prison varient entre trois à six mois environ. Il sagit de Gustave Manget condamné à quatre mois de prison pour pédérastie. Egalement en 1842 un boulanger nommé Potier arrêté aux Champs Elysées en flagrant délit de pédérastie, ce qui semble indiquer que lhomme a sans doute été pris sur le fait, est condamné à six mois de prison.En 1844 un homme dénommé Chopart est condamné à 6 mois de prison pour recel et pédérastie. De même en 1844 un prêtre nommé Pesé est surpris par des chanteurs et est détenu à Sainte Pélagie. Idem pour un dénommé Rossignol de Blainville condamné à six mois de prison pour pédérastie. Georges Charlel arrêté avec le précédent dans les mêmes circonstances règle 50 francs damende. Est ce lâge de laccusé qui explique cette clémence plus grande ? : Cet homme a 18 ans au moment des faits. Est ce de ce fait que lon considéra ceci comme une faute passagère de sa part ? Au cours de cette même année 1844 un logeur nommé Dantan est poursuivi « pour avoir facilité la débauche des pédérastes », il sagirait peut-être du fait de sa qualité de logeur, dun homme qui organisait des rencontres ou soirées à son domicile ou qui les favorisait. Nous navons pas la sentence pour ce cas mais cette affaire indiquerait ce que nous pressentions : le fait de faciliter la pratique de lhomosexualité est jugée comme plus grave que la faute passagère. En 1845 un homme nommé Camard est arrêté à Saint Roch le 23 mars 1845 pour attentat à la pudeur envers un jeune homme. Lhomme est acquitté alors que sa fiche comporte « pédéraste bien connu ». Il est noté également « appartient à une famille honorable ». Au cours de la même année 1845 un homme subit une accusation dattentat à la pudeur au sein même du tribunal de police correctionnelle. Il se trouvait dans ce même tribunal de police correctionnelle et il passera de la situation de spectateur à celle daccusé. Cette mésaventure incarne le risque juridique auquel pouvait faire face lhomosexuel masculin qui avait la malencontreuse idée de se faire remarquer. Ce jeune homme est accusé par quatre témoins davoir commis un attentat à la pudeur au sein même de cette institution. Lhomme en question avait une heure à perdre et serait allé au tribunal de police correctionnelle. Lavocat du roi oriente le prévenu vers le juge dinstruction.Cest ce quindique larticle paru dans La Gazette des tribunaux du 21 décembre 1845. Il était également possible dêtre poursuivi pour attentat à la pudeur ou outrage aux murs dans un lieu qui ne fût pas à priori un lieu public. Ce fait constitue une illustration concrète de cette notion extensive dattentat à la pudeur que pouvaient appliquer certains entrepreneurs de morale. Cest précisément le cas pour trois hommes interpellés dans un garni et poursuivis comme prévenus dattentat aux murs. Nous navons pas la sentence de cette affaire mais ces trois cas sont intéressants car un garni nest pas a priori un lieu public. Il faut tout de même signaler que ces hommes sont aussi accusés de vol Au cours de cette même année 1845 un contrôle de police au jardin des Tuileries qui se déroule en juillet, se solde par larrestation de quatorze hommes qui, pour la plupart, sont connus de la police et sont donc déférés à la justice.En 1846, nous avons deux condamnations de trois et quatre mois de prison pour outrage public à la pudeur. Enfin en 1847 trois hommes, Boisnouvel, Rousseau et Hodiesne, comparaissent devant le tribunal de police correctionnelle. Les deux premiers, sous laccusation de vagabondage, seront condamnés à trois mois de prison et le dernier, sous laccusation doutrage à la pudeur sera condamné à six mois de prison. Il est précisé que ces hommes fréquentaient les passages et galeries connus pour être, des lieux de fréquentation homosexuelle, et cette affaire semble partie dune plainte des commerçants de ces galeries.
A travers ces cas, nous pouvons observer que dans le cas parisien, les cas dhomosexualité doublés de situation de vagabondage ou dabsence de travail aboutissent globalement à une mesure de police administrative sans jugement sous lEmpire. Il est à noter que cette mesure était appliquée également aux vagabonds et délinquants. Nous retrouvons au niveau juridique le lien observable dans les discours de certains réformateurs sociaux, entre lhomosexualité et les fléaux sociaux de la ville. Cest précisément le sens des mesures de haute police que certains préconisaient contre les mesures juridiques redoutées pour les scandales quelles pouvaient occasionner. Il y a visiblement la volonté à travers ces cas de réprimer la visibilité et le scandale de ces comportements par des mesures qui évitent de faire de la publicité. Ces hommes se voient appliquer une peine principale qui est une mesure de haute police car prise par lautorité administrative : lexil dans la province dorigine avec surveillance. Cette mesure vise à éloigner le prévenu de ses habitudes et relations et en quelque sorte, le changer : cest tout le sens de cette mesure dexil avec surveillance. Pour les années 1830 et 1840 la répression judiciaire se fait davantage par des condamnations à de la prison pour outrage public à la pudeur. On pourrait y voir un durcissement de la répression judiciaire dautant plus que les cas semblent plus importants pour les années 1840 au vu de nos sources.
Enfin nous avons dautres affaires qui paraissent beaucoup plus graves et aboutissent à une répression plus importante : cest le cas de laffaire de la rue des remparts. Au cours de cette année 1845 ce procès met en cause un réseau dhomosexuels, selon les comptes-rendus de La Gazette des tribunaux et il va bénéficier dune grande publicité. Cette affaire grave a eu de grands retentissements en termes de répression de lhomosexualité. Elle se passe en 1845. Laccusation concerne 28 personnes toutes prévenues de « pédérastie ». Cest à la suite dun assassinat que la police découvrit ce quelle nomma une association de malfaiteurs. Ces derniers se réunissaient dans la rue des remparts. Il est dit que cette troupe joignait au vol, les murs les plus immorales et des escroqueries. Ces prévenus sont accusés doutrage public à la pudeur et dincitation de mineurs à la débauche. Cette affaire donna lieu à plus de quarante arrestations. Le tribunal devait utiliser les articles 58, 334, 335, 401 du Code pénal. Cette affaire mêle le vol à laccusation « de pédérastie » et donc contribue à entretenir lidée du lien entre la criminalité et la pratique de lhomosexualité. Cependant laccusation paraît essentiellement construite autour de la pratique de lhomosexualité. Lutilisation de larticle 334 du Code pénal donne lieu à une précision qui peut tenir lieu de jurisprudence. Il est stipulé que larticle 334 était applicable, non seulement au proxénétisme, mais à tout acte qui avait pour résultat de corrompre la jeunesse. Nous savons quun débat jurisprudentiel avait lieu, à savoir que pour certains, cet article ainsi que certains articles de la loi du 22 juillet 1791 nétait applicable que pour des cas de proxénétisme, alors que pour dautres, ces textes sappliquaient pour tout acte dincitation de mineurs à la débauche. Les principaux protagonistes de cette affaire judiciaire furent lourdement condamnés. Le principal accusé, qui joignait lattentat à la pudeur, loutrage public à la pudeur, lincitation de jeunes gens mineurs à la débauche et le vol fut condamné à cinq années demprisonnement, cinq années de surveillance et deux années dinterdiction des droits civiques, en vertu des articles 58, 334, 335, 401 du Code pénal. Un autre protagoniste fut condamné à 8 mois de prison et deux années de privation des droits civiques en vertu des articles 334 et 335 du Code pénal. Deux autres furent plus légèrement condamnés car larticle 330 du Code pénal seulement fut invoqué. Cette affaire est présentée comme la répression dune association dhomosexuels. Ce procès semble un des plus grave car La Gazette des tribunaux y consacre plusieurs articles. On insiste bien sur lamalgame entre recel, escroquerie et murs homosexuelles (les plus immorales) des prévenus. On insiste aussi sur la corruption de la jeunesse. Cette affaire est encore une illustration parfaite que certains entrepreneurs de morale font entre le crime, banditisme et lhomosexualité masculine.
Enfin nous avons des cas dhommes condamnés à mort pour des crimes ou délits graves mais pour qui lhomosexualité constitue un facteur aggravant. Ces condamnations aboutissent à des sentences de mort et lhomosexualité nest pas le motif de ces condamnations. Cependant elle aggrave le cas de ces hommes. Christian Gury fait référence à ces deux affaires dans son ouvrage « L'honneur professionnel d'un bourreau homosexuel en 1847 » Elles sont intéressantes car elles sont une illustration de lamalgame entre homosexualité et crime. La première affaire concerne un dénommé Antonio Bracchetti condamné à mort le 17 mai 1824 pour avoir tenté dassassiner son gardien de prison qui entendait contrarier « son vice italien.» Lhomme était détenu à la prison de Bicêtre pour une condamnation aux travaux forcés à perpétuité pour un crime commis sur un prêtre. Le rapport parle de ses instincts ignobles apportés de son pays. Le gardien a voulu contrarier son habitude et Bracchetti la donc agressé. Cette affaire mêle la pratique de lhomosexualité au milieu du crime. Les instincts homosexuels de Bracchetti ne sont vus que comme la manifestation dune nature malsaine qui se surajoute naturellement dans son cas à ses instincts criminels. Lautre affaire mêle également le milieu du crime et lhomosexualité : le 26 mai 1826, Virgillo Malaguti et Gaetano Rotta qui sont connus comme un couple, sont guillotinés. Ils sont reconnus coupables dun vol de rouleau dor et dune tentative dhomicide avec préméditation sur la personne dun changeur du Palais Royal. Dans cette affaire encore, leurs murs ne sont vues que comme une suite naturelle pour des natures perdues dans loisiveté et la débauche. Il est souligné que les deux hommes passaient leur temps au Palais Royal, lieu de rencontre connu, et comment ils se prostituaient. Leur condamnation à mort nest entraperçue que comme le débouché inéluctable de leur vie désordonnée.Deux affaires en somme qui lient lhomosexualité aux milieux des voleurs et des assassins. Lhomosexualité ne constitue pas en elle-même la raison de leur condamnation mais elle se surajoute et aggrave le jugement qui est porté sur ces hommes. Ces cas seraient à rapprocher du cas de Pierre François Lacenaire qui fut exécuté le 9 janvier 1836 à Paris pour assassinat mais des soupçons dhomosexualité ont pesé sur Lacenaire. Louis Canler semble penser quil eut des rapports homosexuels et Lacenaire aurait reconnu que ce goût lui était venu en prison. Daprès un contemporain Lacenaire aurait entretenu avec un dénommé Baton à Poissy des relations plus quintimes.Le cas de Lacenaire et les soupçons dhomosexualité qui auraient pesé sur lui, produisent comme dans les cas cités précédemment des représentations qui amalgament le crime et lhomosexualité masculine.
Quelle synthèse peut-on faire de ce panel de poursuites judiciaires sur Paris sétendant entre 1804 et 1847? Dans le cas parisien, la répression de lhomosexualité répond davantage au souci de réprimer des actes que lon estime relever de latteinte à lordre publique parce que ces situations rendent visible lhomosexualité. A travers cet ensemble de poursuites judiciaires sur Paris concernant des personnes homosexuelles, que peut-on déduire en ce qui concerne la répression judiciaire de lhomosexualité masculine ? Lhomosexualité est réprimée à travers loutrage public à la pudeur et lattentat à la pudeur. Lattentat à la pudeur concerne les cas dhommes surpris dans des lieux de rencontre parisien mais les cas dhommes poursuivis pour scandale dans le voisinage, peuvent être assimilés à des cas indirects doutrage à la morale publique : il sagit de réprimer des hommes qui, par létalage un peu trop ostentatoire de leurs murs, font scandale dans le voisinage. Lincitation des mineurs à la débauche est un autre angle qui permet datteindre juridiquement lhomosexuel. Enfin, lhomosexualité est aussi réprimée dans le cadre daffaires criminelles plus globales : dans ce cadre lhomosexualité se surajoute à la nature criminelle de laccusé. Elle aggrave les accusations. Elle démontre le lien que certains produisent entre homosexualité masculine et fléaux sociaux. Dans le cas daffaires criminelles plus globales, lhomosexualité devrait être indifférente pour lhomme de loi, mais dans ce cas précis, les hommes de loi désignent cette particularité avec des termes du domaine moral comme « actes immoraux » « nature immorale » « perversité ». Ces discours permettent de replacer lhomosexualité de la personne au cur de lexplication de sa nature criminelle. La personne est criminelle car elle a des murs qui ne peuvent que la prédisposer à être criminelle. Lhomosexualité se voit traitée et réprimée comme nimporte quel fléau social. La principale sanction utilisée sous lEmpire par lautorité préfectorale parisienne est lexil dans la province dorigine. Elle peut être une peine complémentaire ou principale et elle est arbitraire car cest une peine administrative. La mise sous surveillance, selon les juristes Pierre Lascoumes et Pierrette Poncela Pierre Lenoël, est une entorse à la légalité des délits car cette mesure est prise par le pouvoir discrétionnaire administratif qui détermine lui seul les conditions dapplications. Sous lEmpire, deux conceptions saffrontent : Les uns (Comte Réal), pensent que cette mesure sapplique dans le cas de suspicion dun individu sans réelle preuve (peut-on prouver lhomosexualité?). Les autres (Berlier), pensent que la mise sous surveillance est complémentaire dune condamnation. Cette mesure place donc les intéressés à la discrétion du pouvoir administratif et notamment des pouvoirs administratifs (préfecture de police de Paris et Ministère de la justice) ; ils peuvent être à tout moment frappés de cette mesure par le jeu de la répression diffuse de lentourage, du voisinage
Elle illustre encore la fragilité juridique des intéressés. Cette mesure fait partie de ce que lon nomme les mesures de haute police.
Il est nécessaire de faire une synthèse des usages de la justice dans le cadre de la répression pratique de lhomosexualité à Paris.
Dans le cadre de simples délits doutrage aux murs ou de scandale de voisinage, les mesures de haute police semblent préférées sous lEmpire et elles paraissent aboutir au cours des années 1830 et 1840 à des condamnations à plusieurs mois de prison. Lhomosexualité est aussi abordée dans le cadre daffaires criminelles plus larges et elle semble bien constituer un cas manifestement aggravant. Ce panel daffaires judiciaires semble démontrer que lhomosexualité fut une cause de poursuites judiciaires, notamment quand elle se faisait trop voyante et quelle occasionnait des scandales. A ces accusations on peut voir aussi apparaître dans certains cas lincitation des mineurs à la débauche ou lamalgame entre débauche de la jeunesse et homosexualité. Le cas de Pierre Henry en 1809 lillustre bien car le rapport de police en date du 23 juin 1809 semble faire un parfait amalgame entre le fait dabuser dun enfant de 13 ans et ses gouts honteux. Une autre pièce du dossier fait encore cet amalgame. Mais cest laffaire de la rue des remparts qui donne loccasion de faire cet amalgame avec plus de notoriété. Larticle 334 du Code pénal est utilisé dans cette affaire. En examinant la situation en province nous aurions encore plus loccasion de constater cet amalgame et de voir comment la notion dincitation de mineurs à la débauche peut constituer une arme répressive contre lhomosexualité masculine.
Après avoir abordé la répression judiciaire globale de lhomosexualité sur Paris il faut entrevoir ce qui constitue laction répressive principale de lhomosexualité à Paris : laction de la police.
II Laction répressive de la police
Nous disposons pour apprécier la répression policière dans Paris darchives de police incomplètes du fait des destructions sous la Commune de 1871. Cependant celles dont nous disposons nous permettent dappréhender la répression policière de lhomosexualité dans Paris, dans la première moitié du XIXe siècle. Sous lAncien régime, la Lieutenance générale de police de Paris était chargée depuis 1661, du maintien de lordre. Les patrouilles de police surveillaient les endroits jugés suspects pour prendre sur le fait des « pédérastes. » Cette police parisienne disparaît avec la chute de lAncien régime. Le rôle qui était assumé par le lieutenant général de police va être dévolu au Maire. Le Directoire va créer le ministère de la police générale mais cette dernière dépend toujours des autorités locales. La police pendant la Révolution paraît plutôt mal organisée. Cest probablement dans ce cadre quil faut replacer plusieurs rapports du département de la Seine datant de lan VII qui se désolent des progrès de la « pédérastie » à Paris. De même la lettre de Picquenard salarmant de la pédérastie qui sest développée au Palais Royal en 1795 peut être également replacée dans ce contexte. Cependant en 1800, Bonaparte crée la fonction de Préfet de police de Paris par la loi du 12 Messidor an VIII (1er juillet 1800.) Cette fonction est directement inspirée de la fonction de Lieutenant général de Paris sous lAncien régime. Le préfet de police de Paris reprend les mêmes fonctions. Bonaparte va donner au Préfet de police de Paris les attributions assumées par la Commune à lépoque révolutionnaire.
Ainsi désormais, Paris va disposer dune police bien organisée et structurée. En 1790 48 commissaires de police furent créés dans la Capitale. Ils étaient placés sous lautorité du maire.
Avec Bonaparte, les commissaires nommés par le gouvernement sont placés sous lautorité du Préfet de police de Paris. Enfin, la Préfecture de police de Paris va compter en son sein le corps des sergents de ville qui sont chargés de la tranquillité des parisiens. Ils seront entre autre chargés de la surveillance des lieux publics fréquentés par les homosexuels. Laction de la police va sorganiser en plusieurs points : dune part, la surveillance des lieux de rencontres, dautre part, les cabarets ou établissements jugés suspects par leurs fréquentations ou à cause dun propriétaire soupçonné dêtre homosexuel sont surveillés. Ces deux activités étaient déjà les activités principales de la police parisienne sous lAncien régime. La police parisienne au XIXe siècle comme au XVIIIe siècle fiche et surveille des individus quelle connaît comme homosexuels. Enfin nous verrons que certaines affaires donnent lieu à des regains de répression.
A/ Surveillance des lieux de rencontre, des théâtres et des cabarets
Pour appréhender la surveillance des lieux de rencontre et des cabarets nous disposons darchives de police permettant dappréhender lactivité des policiers. Nous possédons aussi les écrits de policiers célèbres comme Louis Canler déjà cité. Dautres témoignages de policiers plus épars sont disponibles. Louis Canler narre avec une grande précision le monde homosexuel parisien quil appréhende et cette connaissance démontre laction de la police parisienne. Il fait notamment une classification des différentes sortes dhomosexuels, les uns exploitant pécuniairement les passions des autres. La précision de ces analyses et de ces descriptions démontrent une connaissance assez bonne des hommes quil décrit. Il aborde des cas daffaires concernant des maîtres-chanteurs. Ces derniers soutirent de largent à dautres hommes sous la menace de révéler leurs penchants avec le cas échéant tout le scandale occasionné. Dans une ville comme Paris avec lanonymat propre à la grande ville on aurait pu penser que laction de ces maîtres chanteurs pourrait être contradictoire. Cependant il y aurait le poids de la répression sociale et la position des victimes de ces maîtres chanteurs entre en jeu pour expliquer les nuisances que peuvent occasionner ce type de comportement. En tout état de cause, Louis Canler conte plusieurs de ces affaires en nommant les maîtres-chanteurs et leurs victimes, en livrant des faits dune précision particulière comme ce maître-chanteur nommé L
dit S
un soir se promenant aux Champs-Elysées en compagnie dun de ses complices que Canler désigne comme ancien secrétaire de commissaire de police ; ils aperçurent deux hommes en conversation antiphysique et les surprirent en flagrant délit. Il se trouve que lun appartenait à une grande famille de lancienne noblesse. La victime devait être rançonnée jusquà quelle quitte la France et se réfugie à Londres ou les deux compères devaient la poursuivre. Sur plusieurs pages, Louis Canler fait état avec précision de faits concernant des homosexuels et des maîtres-chanteurs. Il cite des personnes, des lieux, des faits. Ce témoignage démontre autant une connaissance que la surveillance de ces milieux considérés comme rassemblant souvent des gens instables, voir malhonnêtes. Ce témoignage de Louis Canler est particulièrement précieux car, outre quil reflète lanalyse dun policier parisien dune notoriété certaine, sur la présence dune subculture homosexuelle dans le Paris de la première moitié du XIXe siècle ; il démontre par son exactitude, que la police surveillait particulièrement les « pédérastes » et le monde qui évoluait dans certains lieux de rencontres de la Capitale. De plus, dans ses mémoires, Louis Canler cite plusieurs endroits connus comme étant notoirement des lieux de rencontre comme les bords de Seine ou le quai des Invalides. Le témoignage de Louis Canler est une source capitale pour connaître laction de la police. Dautres témoignages sont présents et ils sont plus épars comme le témoignage du commissaire Picquenard dont nous avons déjà fait mention.
Parallèlement à ces témoignages, nous avons dans les archives de police à côté des rapports darrestation, des contrôles de lieux comme jardin et promenades publiques à fréquentation homosexuelle et des notes et rapports de policiers dénonçant les progrès de lhomosexualité dans divers quartiers de Paris. Ces rapports sont assez précis et décrivent certains endroits de Paris. Ils démontrent la sollicitation de la police vis-à-vis de ce qui est vu comme un désordre ou des faits de délinquance. A partir de la chronologie il est possible de cibler des moments de répression ou percevoir des préoccupations plus pressantes. On peut aussi parfois faire le lien avec la conjoncture politique. Parfois les cycles de répressions ne concernent que quelques endroits précis et il faudrait faire le lien avec lentourage de ces lieux : riverains
En prenant dans lordre chronologique, dès lépoque du Directoire nous possédons des traces, certes fragmentaires, de laction de la police sur des lieux connus pour être fréquentés par des hommes en quête de relations homosexuelles. Un rapport de police du 27 Ventôse an VII (17 mars 1799), note le rassemblement de mauvais sujet dans les galeries du Palais Royal. « On voit des jeunes gens se livrer à la débauche et au libertinage ». Un autre rapport du 2 ou 3 Nivôse an VII (22 décembre 1798) déclare que rue Saint Fiacre près du boulevard du Temple se rassemblent tous les soirs une classe dhommes qui insultent aux murs. Un autre rapport du 27 Frimaire an VIII (18 décembre1799) souligne pour le Ministre de la police, le rassemblement des filous et pédérastes dans le quartier du Faubourg du Temple et la plainte des habitants. Cette sollicitation qui apparaît en lan VII et VIII (1798-1799) peut être reliée à la conjoncture politique car les rapports du département de la Seine qui expriment une crainte de voir la «pédérastie » se répandre datent de lan VII. Nous sommes sous le Directoire où une grande liberté de murs semble avoir été le cas. Cest dans cette conjoncture politique quil faudrait replacer ces préoccupations sur la progression de lhomosexualité. Maurice Lever soulignait que le Directoire allait inaugurer une période de relâchement moral telle que lon nen avait pas vu depuis la Régence.
Les fêtes, les bals, le jeu et la prostitution se donnaient libre court. Un autre rapport encore, du 5e jour complémentaire an 12 (22 septembre 1800), se situant à la fin du Consulat, fait mention de la promenade des Champs Elysées où se retrouvent « filles publiques, filous et pédérastes » et le rapport mentionne larrestation de prostituées et dhomosexuels ; il « déplore que seuls un petit nombre dentre eux puissent être traduits devant les tribunaux » Donc la sollicitation de la police semble être réelle dès le Directoire. Elle paraît déplorer une certaine impuissance qui peut être replacée dans cette liberté de murs propre à lépoque du Directoire.
Dès les années 1820, nous possédons dautres rapports qui démontrent la continuité de la répression policière. Nous pouvons à laide de ces rapports déterminer des moments dintense répression. Ainsi pour les années 1820, nous disposons dune trentaine de rapports de police. Lannée comptant le plus de rapports est lannée 1825. Nous avons parfois plusieurs rapports plusieurs jours de suite pour un même lieu par exemple en août 1820 pour le quartier des Tuileries. Ceci pourrait indiquer une préoccupation conjoncturelle à un lieu. Le Jardin des Tuileries est voisin du palais du même nom, siège du pouvoir. Cette situation ne peut elle pas être la source dune sollicitation particulière ?
Le 5 août 1820 un rapport du commissariat des Tuileries fait état des « pédérastes » arrêtés ce même jour dans le quartier des Tuileries et contient une liste de quarante noms. Les rapports suivants pour les Tuileries semblent salarmer de la trop grande présence des pédérastes, de lhétérogénéité des personnes qui semblerait être la marque de la progression des murs homosexuelles pour ces policiers. Ces sources contiennent la description des personnes interpellées en flagrant délit avec précision. Globalement pour les années 1820 ce sont les années 1825-1829 qui contiennent la majorité des rapports de police. Ce sont les années du règne de Charles X. Le pouvoir est aux mains des ultras royalistes. Charles X qui a renoué avec lantique tradition du sacre que son frère avait évité, confie le pouvoir au chef des ultras Jean Baptiste Villèle (1773-1854.) Ce dernier fait voter entre autre, une loi sur le sacrilège qui rend passible de la peine de mort toute personne ayant commis un sacrilège. Ne peut-on pas replacer dans cette conjoncture politique le fait que ces années semblent comporter une relative plus grande sollicitation envers les actes homosexuels dans les lieux publics de par les rapports de police plus conséquents ? Surtout que par rapport à lannée 1820 où plusieurs rapports concernaient un lieu : le quartier des Tuileries, ces rapports semblent concerner divers quartiers de Paris et donc on aurait affaire à une répression plus globale. Tous les rapports pour ces années indiquent une inquiétude certaine de la police devant le développement des lieux de rencontre dans Paris : lhomosexualité est ressentie comme un phénomène qui croît progressivement. Cette croissance ressentie de lhomosexualité et ce plus grand nombre de rapports indiquent-ils une croissance de la population homosexuelle ou plutôt une plus grande répression de la police ? Ce qui serait le plus vraisemblable.
Les années 1830 semblent voir une croissance de la répression policière car elles comportent un nombre plus important de rapports de police : 30 rapports de police pour les années 1820 et près de 60 rapports pour les années 1830. Ce sont les années de la monarchie de juillet. Cette période verrait une croissance de la répression policière car si on compte les années 1840, les rapports de police semblent conséquents par rapport à la période de la Restauration. La Monarchie de juillet voit le triomphe de la bourgeoisie et à partir des années 1831-1832, le régime va devoir affronter tout un ensemble de révoltes et notamment à Paris lémeute parisienne du cloitre Saint Merry en juin 1832 et celle de la rue Transnonain en 1834. Ce contexte encourage un durcissement de la répression. Pour lannée 1838 on dispose de 35 rapports et cest visiblement le quartier des Invalides et les quais de Seine qui paraissent poser problème aux services de police. Il faut aussi faire intervenir le contexte plus proprement parisien car au cours de cette période se succèdent au poste de préfet de police de Paris Henri Gisquet (1792-1866 ) qui fut préfet de police de Paris du 15 octobre 1831 au 6 septembre 1836 et Gabriel Delessert (1786-1858), qui exerça cette même fonction du 6 septembre 1836 jusquà la Révolution de 1848. Le premier Henri Gisquet fit preuve dun souci particulier de lordre. Il fit preuve dun grand zèle répressif. Il augmenta notamment les effectifs des sergents de ville. Le deuxième Gabriel Delessert diffusa une instruction réglementaire en 1843, précédemment citée qui enjoignait à surveiller tout particulièrement les lieux de sodomie. En tout état de cause il semblerait que la répression des faits de sodomie dans les lieux publics de Paris seffectuait par à-coup. On a le sentiment en face de ces rapports de police, de vagues de répression qui frappent de manière irrégulière les lieux publics de la capitale : pour les années 1838-1839 nous avons simultanément et dans plusieurs endroits des rapports de contrôle de police ce qui pourrait indiquer quune vague de répression sabat sur les lieux de rencontre parisiens. Pour les années 1840 ce sont les années 1844 à 1846 qui comportent la majorité des rapports de police. On aurait affaire dans ces années à une recrudescence de la répression policière. Peut-on y voir une conséquence de ce souci dont linstruction réglementaire du préfet Delessert semblait vouloir sensibiliser vis-à- vis de lhomosexualité ? Peut-on faire intervenir le retentissement daffaires comme laffaire de la rue des Remparts, celles-ci occasionnant un regain de répression ?
A ce contexte global parisien il peut aussi se surajouter la problématique propre à certains endroits ou des problèmes de voisinage ou des problématique spécifiques incitent à un regain de contrôle dans ces lieux. Par exemple pour les galeries du Palais Royal pour lannée 1832, 1844 et 1846 : un rapport de surveillance du Palais Royal en date du 9 octobre 1832 et concernant ses environs, note dix huit hommes arrêtés qui nont comme seul moyen dexistence que« les goûts infâmes de la pédérastie.» Il semble que la préoccupation soit le développement dans ce lieu de la prostitution qui pose problème : beaucoup dhommes arrêtés semblent correspondre à des prostitués. On peut identifier des annotations comme « fait son commerce au Palais Royal » que lon ne constate pas dans dautres cas. Aux Champs Elysées également nous avons plusieurs rapports successifs pour les années 1843 et 1844 et pour lannée 1848 : notamment un rapport du 20 décembre 1848 note la surveillance effectuée tous les soirs par les services de police sur les Champs Elysées.
Lauteur de ce rapport salarme de ce que « la corruption de la pédérastie » gagne les militaires et ceci pour de largent. Il est suggéré denvoyer incognito des policiers en civil. Ils seront lobjet des sollicitations de ces hommes. Ils conduiront ces derniers dans un endroit discret pour leur administrer une bastonnade, afin de voir leur nombre se restreindre. Idem pour les quais de Seine, des rapports de contrôle successifs sont présents pour les années 1842 et 1846 : Un rapport de police municipale en date du 19 avril 1845 sur une surveillance spéciale quais Voltaire, Malaquais, pont des Saints pères donne lieu ainsi à larrestation de treize hommes.
Parallèlement les archives BB4 de la préfecture de police contiennent des listes de noms dhomosexuels. Certains dossiers sont postérieurs à 1850 mais un certain nombre sont antérieurs et se situent dans les années 1844-1845. Ils pourraient aussi démontrer une sollicitation croissante de la police à mesure que lon arrive vers la fin de la monarchie de juillet. Ces fichiers contiennent surtout des listes de noms avec pour chacun de ces hommes, des renseignements précis, par exemple, sur les lieux fréquentés: « jeune pédéraste qui fait son commerce au Palais Royal »
On voit donc, grâce à ces archives de police que la surveillance des jardins et parcs était une technique de répression régulière. Elle sexerçait avec des moments de plus grande intensité. Les méthodes de surveillance de ces lieux semblent identiques à celles des policiers de la fin du XVIIIe siècle. Parfois ces contrôles donnent lieu à des arrestations en nombre important.
Cependant on peut observer parallèlement à ces parcs et jardins et promenades publique une répression aussi conjoncturelle dans certains théâtres parisiens. Nous avons déjà évoqué dans un précédent chapitre le problème de ces théâtres. Des personnes réagissaient personnellement et auprès de la police.
Notons que cette préoccupation semble avoir occupée les services de police plusieurs années. Les rapports sétalent des années 1838 à 1848
Ces contrôles dans les promenades publiques et ces théâtres se soldaient par des arrestations. A ce titre des listes de noms étaient transmises à la Préfecture de police de Paris. Dune manière générale on peut observer que la répression policière semble croître entre les décennies 1820 et 1840 car nous observons une croissance des rapports de police. Globalement en faisant un tableau rassemblant les motifs darrestation et dintervention de la police pour les archives contenant les années 1820 1840 nous trouvons comme principaux motifs dintervention ou darrestation : connu ou soupçonner ou prévenu de pédérastie et intervention suite à la plainte du voisinage. Ce qui semblerait indiquer que larrestation se produisait sur des intentions ou parfois une notoriété en tant quhomosexuel plus que sur le fait dêtre pris en flagrant délit.
Tableau : Motifs dintervention ou darrestation de la police : DA 230 (archives de la police) F7/9546 (Archives Nationales)
Motifs darrestationnombreConnus pour se livrer à pédérastie
Ou prévenu ou Soupçonner de 46Intervention suite à plainte
Ou dénonciation du voisinage 42Prévenus doutrages aux murs 9Se livraient à la pédérastie Ou atteintes aux bonnes murs
8
Arrêté au bal de tantes7Sans mention 3Malfaiteur 2Arrêté dans lieux daisance 2Provoquant par ses regards 1Total 120
Les personnes arrêtées étaient conduites devant le commissaire de police du quartier. Ces arrestations et ces surveillances permettaient aux services de police de connaître le monde homosexuel et de cerner les hommes qui sy trouvaient.
Ainsi, dans les listes de personnes arrêtées, nous avons parfois des annotations sur certains éléments connus préalablement de la vie de tel ou tel homme. Sur certains rapports, la mention : bien connu comme pédéraste, indique que la personne interpellée était déjà connue pour ses murs. Par moment, les rapports donnent limpression de personnes connues pour leurs murs. Manifestement on attendait de pouvoir les prendre en flagrant délit.
Quelles étaient le résultat de ces arrestations ? Plusieurs des fiches ont comme annotations « envoyé au dépôt de la préfecture de police. » Alexandre Parent Duchatelet aborde le problème de ce lieu nommé dépôt de la préfecture de police de Paris. Il en note laspect hideux et repoussant. Il fait allusion à la construction dun nouveau dépôt en 1828.On conduisait dans ce dépôt les individus arrêtés par la police et pris en flagrant délit en attendant une décision judiciaire. A la suite de ces arrestations ces hommes étaient conduits au poste de police ou au commissariat. Les rapports de police contiennent les traces de ces arrestations : le 26 février 1825 un ouvrier du nom de Dominique Petit est arrêté et conduit au poste de police de la place de la Madeleine comme prévenu de pédérastie. Le 20 juillet 1842 un valet de chambre et un marchand ambulant sont envoyés au dépôt de la préfecture de police. Ils ont été surpris « dans les lieux daisance publique » de la place de la Madeleine par un sergent de ville.Le 5 juillet 1842 deux autres hommes sont arrêtés et amenés au poste de police. Ils ont été surpris aussi « dans les lieux daisance » de la place de la Madeleine. Ces archives contiennent aussi des autres rapports sur des particuliers arrêtés pour avoir été surpris en position indécente.
Il semblerait quils fussent pris quasiment en flagrant délit. Dautres rapports indiquent que les intéressés furent arrêtés car ils avaient des regards provocants. Des rapports datant des années 1845 indiquent que des hommes sont arrêtés pour le fait unique dêtre présent dans des lieux que lon sait fréquenter par « les pédérastes » et dans ce cas les arrestations contiennent les mentions « prévenus ou soupçonnés de pédérastie ». Ce qui indique dans ce cas la répression non pas de lacte mais de lintention de le commettre. Ces cas ne sont pas exhaustifs et ils ne représentent que des illustrations concrètes de cette répression policière. La répression des actes homosexuels dans les lieux de rencontre de la capitale constituait la première mesure de répression policière de lhomosexualité. Elle ne fut pas la seule. Cependant elle constitua la technique de répression la plus utilisée par les services de police. Elle permettait datteindre ces hommes sous laccusation dattentat aux murs ou dattentat à la pudeur. Même si cette répression paraît avoir eu ses limites, à la lumière de certains rapports de police et de plusieurs dénonciations, elle fut réelle.
Cependant la répression policière ne se bornait pas à la surveillance de jours comme de nuits des lieux publics de la capitale. Elle concernait aussi la surveillance de certains cabarets suspectés dêtre fréquentés par une clientèle homosexuelle. Elle avait aussi recours à la répression diffuse par le voisinage et se manifestant par des dénonciations. Dabord la police surveillait des débits de boisson soupçonnés daccueillir complaisamment une clientèle homosexuelle. Ceci nest pas une nouveauté. Les services de la lieutenance de police de Paris au XVIIIe siècle pratiquaient déjà parallèlement à la surveillance des jardins, ce type de répression. Au début du XIXe siècle ce type de répression se poursuit : au cours de la période allant de 1818 à 1850 plusieurs bars sont notés comment étant des lieux de débauche homosexuelle et de ce fait provoquant le scandale dans les environs. Certains rapports notent les allées et venues, des précisions qui indiquent une surveillance accrue de la part des services de police.
Dans certains dossiers la réaction du voisinage est indiquée clairement. Au cours de lannée 1819 un café nommé le Café de lEtoile semble faire lobjet des préoccupations de la police. Le propriétaire est un certain Charles de Bordeaux. Cet homme est qualifié comme favorisant la débauche dans son établissement. Ce cabaret est désigné comme le lieu de débauches infâmes. Ce qui paraît poser un problème particulièrement important dans le dossier concernant cet établissement, est la présence incessante de militaires qui viendraient sy prostituer. Il sagit de militaires appartenant à la garde royale : une des pièces du dossier stigmatise la contamination de la garde royale et donc de lurgence de prendre des mesures. Au cours de lannée 1819 le dossier comprend sept rapports qui vont de mars à octobre. Visiblement cet établissement a préoccupé au cours de cette année les services de police concernés. Il semble quil y ait eu des contrôles au sein de cet établissement : un rapport du 1 octobre 1819 renvoie à un rapport du 22 juillet 1818 signalant que trois individus furent punis car deux furent arrêtés dans cet endroit et un autre dans les environs. Une lettre du 30 juin 1819 indique que les militaires vont dans des cabinets avec dautres hommes. Ce type de précision indique peut-être une surveillance accrue et précise, comme semble lindiquer lensemble du dossier. Un rapport du 23 avril 1819 signale la visite de ce lieu par des agents de police. Le rapport indique quavec moins de précipitation les policiers auraient mieux travaillé ; ils auraient surpris des flagrants délits. Enfin un autre rapport du 1er octobre 1819 indique la résiliation du bail du propriétaire et le fait que le lieu doit être évacué sous trois jours.
Au cours de lannée 1822, un autre établissement fait lobjet des sollicitations de la police. Il sagit dun café se trouvant à lentrée des Champs Elysées et se nommant le Café Dupetit du nom de son propriétaire. Le propriétaire a acheté cet établissement il y a dix sept ans, note un rapport datant du 13 septembre 1822. Ce lieu est désigné aussi comme un lieu dinfâmes débauches par un rapport du 28 août 1822. Au total ce café donne lieu à quatre rapports entre les mois de juillet et août 1822. Le dernier rapport prescrit la fermeture de ce lieu et demande quel est le bureau qui a autorisé louverture de cet établissement. Le rapport du 8 juillet 1822 indique que le propriétaire reçoit dans un cabinet particulier des hommes dépravés qui sy livrent en toute sécurité au genre de débauche le plus honteux. Il y a longtemps quil favoriserait ces rendez-vous. Ces précisions indiquent aussi dans le cas de ce cabaret comme du cas précédent, une surveillance assez précise. Dans ce cas comme dans le cas précédent, les services concernés craignent que des policiers complaisants aient autorisé louverture de ce lieu ou aient fermé discrètement les yeux. Le rapport du 10 juillet 1822 indique que la permission accordée porte quà la première réquisition le locataire du café évacue les lieux. Le même rapport note quil faut intimer le propriétaire de quitter les lieux dans les plus brefs délais.Ces deux cas aboutissent à la fermeture respective de ces établissements comme moyen de répression. Entre 1825 et 1848 nous avons plusieurs débits de boisson qui sont signalés comme renfermant ou favorisant une clientèle homosexuelle. Au total entre 1826 et 1847 nous avons huit établissements surveillés et parfois contrôlés par les services de police. Les motifs dintervention sont les mêmes qui motivèrent lintervention pour les deux établissements précédent. Il y a dabord des rixes et des voies de fait qui se passent tardivement et ils constituent des troubles à lordre public : cest le cas pour un marchand de vin rue Montpensier en 1826 ou pour une table dhôte de la rue Saint Honoré dénommée maison de M Terrier en 1834. Le rapport note que chaque nuit il y a des réunions qui se terminent fort tard et par des voies de fait et des rixes. Le rapport sur la table dHôte de la rue Saint honoré le 8 avril 1834 dénonce des bruits des postures indécentes aux fenêtres et des passants pris à partis de diverses façons. Le deuxième motif dintervention et qui fut aussi important dans le cas du Café de létoile et du Café Dupetit est la présence de lieux favorisant des outrages à la pudeur : cest le cas de trois bars en septembre 1830 situé lun rue Saint Anne, lautre dénommé LEnseigne de la coquille rue clos Georges et dun bar au coin de la rue de Bourbon et dun cabaret rue du Portier en décembre 1839. Dans ce dernier cas on prescrit dutiliser si cela est possible larticle 334 du Code pénal sur lincitation des mineurs à la débaucheDautres établissements préoccupent la police car des hommes signalés comme voleurs, pédérastes y ont été vus : cest le cas de trois établissements : un en 1826 dénommé le café de la chaumière, un autre en février 1839 et un autre le 30 mars 1847. Ce qui motive lintervention de la police est toujours les atteintes à la morale publique dune manière ou dune autre : voies de fait troublant la tranquillité, outrages publiques à la pudeur car effectués dans des lieux fréquentés par du public, présence de personnes susceptibles de troubler la morale publique.
Ces cas pourraient aussi démontrer une surveillance accrue soit de manière directe ou soit de manière indirecte par les dénonciations du voisinage. La surveillance et la dénonciation de certains cabarets ou débits de boisson fréquentés par une clientèle homosexuelle nallait certes pas sans laide de la répression diffuse du voisinage, ce que certains dossiers paraissent indiqués.
B/ La répression diffuse du voisinage auxiliaire des policiers
Cest pourquoi il faut aborder une des origines directes et non la plus négligeable de la répression policière, les dénonciations et la répression diffuse. Nous avons abordé dans lanalyse des perceptions usuelles ces courriers de dénonciation pour voir ce quils véhiculaient en termes de représentation. Ici elle est entrevue uniquement sous son aspect dauxiliaire et partie prenante de la répression policière. La répression diffuse doit être mise en parallèle avec lévolution culturelle dont nous avons fait état précédemment. Les manifestations publiques de lhomosexualité masculine dans la ville sont assimilées à des fléaux sociaux. Ces plaintes visent à dénoncer un trouble à lordre publique. A partir du début du XIXe siècle médecins et démographes attisent les craintes de la dégénérescence et lhomosexualité est plus durement stigmatisée que par le passé et va prendre la figure du bouc émissaire. Il y a donc un climat général dans lequel il faut replacer ces dénonciations. Ce qui motive cette répression diffuse est la visibilité de lhomosexualité dans certains lieux. Désormais lhomosexualité masculine doit être invisible car si elle devient visible, elle est vécue comme un trouble à lordre public. Dans les archives de police du XVIIIe siècle, cette forme de répression était parfois perceptible mais elle était manifestement peu importante. Au cours du XIXe siècle, les archives laissent apparaître dune manière plus conséquente ce type de répression. On peut affirmer quune bonne partie de la répression policière a pour source des dénonciations ou des plaintes de voisinage sur un lieu ou des personnes. Ces dénonciations apparaissent clairement directement dans les archives de police pour les années 1820 à 1840 et elles apparaissent indirectement dans les dossiers de police qui font référence à des plaintes ou des renseignements pris dans le voisinage. La connaissance de plusieurs hommes par la police a certainement comme origine cette répression diffuse de lentourage en prenant appui sur les sources consultées, tout comme lintervention directe de la police dans certains lieux de Paris.
Pour les personnes nous en avons des illustrations dans les archives du bureau des murs : « que des fils dhommes haut placés auxquels jai prouvé quils étaient des lâches et des débauchés contre-nature intriguent auprès des gens du bureau des murs pour obtenir contre moi des notes calomniatrices et cherchent à me nuire. Ils leurs donnent de largent. Ils occupent des emplois distingués » Cette note non datée mais que lon peut évaluée vers 1836 car une autre note faisant référence à cette affaire date de 1836, est de quelquun qui a été dénoncé et qui retourne cette dénonciation contre leurs auteurs. Une autre note, qui fait référence à cette affaire informe les employés du bureau des murs que deux pédérastes haut-placés désignent le nom dune personne qui elle-même se plaint que son nom soit à la police. Cette note déplore que la police prenne en compte ces dénonciations et ces individus. Une autre lettre contenue dans ces dossiers traite de la même affaire. Lauteur déclare que deux foutus polissons, fils dun homme parvenu à un rang élevé se permettent de me diffamer. Lhomme retourne les accusations de pédérastie contre leurs auteursDeux autres lettres ou notes traitent de la même affaire. Ces lettres dénoncent des procédés malveillants. Cet exemple est une illustration des situations que la dénonciation de lentourage pouvait occasionner. Les fichiers de police contiennent bien dautres fiches dhommes qui indiquent que la personne en question est connue car dénoncée par son entourage quel quil soit. Pour les promenades publiques, nous pouvons constater que des interventions directes des policiers ont comme origine des plaintes du voisinage comme les promenades des Champs Elysées par exemple ou les théâtres parisiens dans les années 1838-1844. La répression diffuse comptera probablement au vu des sources dun poids croissant sur les interventions de la police.
C / Répression des écrits licencieux
Un autre aspect de la répression policière et qui apparaît dans certaines archives est la répression des écrits jugés licencieux. Dès le début du XIXe siècle la réglementation punissait loutrage aux bonnes murs par voie de presse et la censure se met en place. Il faut noter comme lindique louvrage dAnnie Stora-Lamarre que lEnfer lieu de mémoire qui symbolise linterdit, naît à la Bibliothèque nationale en 1836. Cest dans ces années 1830 que les ouvrages réputés attentatoire aux bonnes murs sont séparés des autres pour être placés dans cette collection spéciale. Cette préoccupation de censurer les ouvrages attentatoires aux bonnes murs est visible dès la Révolution, mais elle va saccentuer dès les années 1830 et nous pouvons le constater dans les sources consultées. Le 17 novembre 1790 un rapport de police signale au Palais Royal la confiscation de brochures dites obscènes parmi lesquelles « Les enfants de Sodome ». Le 22 décembre 1790 un rapport signale la confiscation à un particulier du Palais Royal de brochures obscènes dont Les petits bougres au manège» Ces réquisitions de brochures jugées contraire aux bonnes murs semblent être sinon régulières du moins être une préoccupation qui revient dans le temps : on a des confiscations dans lannée 1790, 1791, an V. Le 6 octobre 1830 une circulaire de police indique que le colportage et la vente des livres et gravures contraires aux bonnes murs se pratiquent depuis quelques temps dans la capitale et dune manière scandaleuse. La circulaire invite à la plus grande vigilance pour procéder à larrestation de personnes qui seraient en possession dobjets de cette nature conformément à larticle 287 du Code pénal.Dans ce cas ci également le dossier comporte des dénonciations de passants, comme cette lettre adressée au préfet de police qui déplore quen se promenant rue de Rivoli, un garçon de seize ou dix sept ans lui a proposé des gravures comprenant selon ses termes « les saletés les plus capables de perdre les jeunes gens. » Lauteur déclare quil fut indigné que lon ait pu proposer à ces enfants de telles scènes de débauche.Un nouveau rapport de police en date du 24 juillet 1830 note que lexposition de livres et gravures contraire aux bonnes murs progresse sur la voie publique.Dautres courriers apparaissent dans le dossier comme cette lettre au préfet de police le 18 juillet 1830.
Dautres rapports de confiscation sont présents. Ils vont de lannée 1840 à lannée 1842. Le 9 octobre 1841 la police municipale confisque chez un libraire du boulevard de la Madeleine La religieuse de Diderot. Le 9 juillet 1840 cest la confiscation de louvrage Divinités génératrices ou du culte du phallus chez les anciens .Une nouvelle circulaire de police de Gabriel Delessert et datant du 18 juillet 1841 prescrit la surveillance des étalages pour y retrouver gravures et statuettes licencieuses.Cette circulaire fait référence à la loi du 9 septembre 1835 qui restreint la liberté de la presse et du théâtre. Comment cette répression des gravures licencieuses atteint-elle lhomosexualité ? Dabord le contenu de certaines confiscations a trait de manière directe ou indirecte à lhomosexualité : La religieuse de Diderot parle ouvertement de désirs lesbiens et des ouvrages traitant du culte du phallus chez les anciens amènent à entrevoir le rapport différent que les sociétés anciennes avaient vis-à-vis de lhomosexualité. On trouve aussi dans une confiscation La vie amoureuse de Lord Byron On sait que lord Byron mena un temps une vie licencieuse où lhomosexualité ne fut pas absente. Cette répression des écrits jugés licencieux atteignait certainement des écrits abordant lhomosexualité par le biais détudes sur lAntiquité ou duvres littéraires où le thème de lhomosexualité était abordé Dailleurs la première circulaire de police fait référence à des uvres contraires aux bonnes murs or nous savons que ce concept de bonnes et mauvaises murs fut utilisé particulièrement pour la répression de lhomosexualité. Cette forme de répression visait dans le cas de lhomosexualité à faire en sorte que tout ouvrage qui aborde la question de façon trop directe et qui ne sautocensurait pas soit proscrit.
La parole sur le sexe et notamment sur le sexe non-conformiste devait être réservée aux spécialistes et en dehors de ceux-ci ne devait pas apparaître. Cette donnée peut expliquer la préoccupation de la préfecture de police pour surveiller et réprimer toute possession ou communication décrits jugés contraires aux bonnes murs. Les techniques de répression quotidienne de lhomosexualité étaient donc diverses : surveillance des jardins, des cabarets, utilisation des dénonciations et répression des écrits jugés licencieux. Ces méthodes paraissent sêtre diversifiées par rapport à celles que lon constatait au cours du XVIIIe siècle.
D/ Le rôle moteur de certaines affaires criminelles
Parallèlement à cette répression dans les lieux publics, les cabarets et la répression des écrits licencieux, certaines affaires criminelles jouent un rôle moteur dans la répression de lhomosexualité. Elles donnent loccasion aux policiers de procéder à des arrestations dans le monde homosexuel. Laffaire de la rue des remparts, qui fut déjà abordée, semble avoir donné lieu entre avril et mai 1845 à plusieurs arrestations successives liées à cette affaire ; ces arrestations sont identifiées dans les archives concernées indépendamment des protagonistes principaux : Amiot arrêté en avril 1845 dans le cadre de cette affaire, ainsi que Gallard, Goujon, Menzel, Pernaux, Sternaux. En mai 1845 sont arrêtés également dans le cadre de cette même affaire judiciaire Pierre Charles Dequem arrêté le 1 mai 1845 par le commissaire de police Lalmont. Le 2 mai 1845 Auguste Demaire est arrêté également par le même commissaire. Le 2 mai est arrêté également Hubert Bertrand toujours par le même commissaire.Au total on peut identifier neuf hommes interpellés dans le monde homosexuel. Une autre affaire donne lieu à plusieurs interpellations dans le monde homosexuel parisien au vue de ces fichiers de police : laffaire Woart
Woart est un anglais qui est identifié au fichier des pédérastes. Il est assassiné en avril 1844 rue de Londres au numéro 40. Cet assassinat donne lieu à des arrestations dans le monde homosexuel parisien. Nous pouvons reconnaître sur ces fichiers plusieurs personnes identifiées par rapport à cette affaire. Dautres affaires criminelles autour du monde homosexuel parisien donnent loccasion dun surcroît de répression policière : laffaire Chardon donne aussi lieu à des arrestations. A partir du moment où un crime était commis et que la victime se révélait être connue pour « ses murs antiphysiques » les arrestations et suspicions sorientaient vers les milieux homosexuels et donnaient lieu à une accentuation momentanée de la répression policière. Au delà de ces affaires célèbres on peut noter plusieurs fiches de police où les intéressés furent arrêtés à la suite de vols ou daffaires délictueuses. Les affaires de chantage permettent aussi à la police parisienne de connaître plus facilement le monde homosexuel parisien : Maillet, italien, domestique fiché dans les dossiers de pédérastes car impliqué dans un vol de diamants et la fiche fait un renvoi vers un article du Journal du droit du 21 septembre 1844. Les affaires de chantage étaient les affaires criminelles les plus communes dans le monde homosexuel parisien, surtout quand les personnes se révélaient être des personnes aisées. Plusieurs fiches de police nous le confirment. Ainsi ces différentes affaires criminelles donnaient lieu sans doute à des pics de répression policière dans le monde homosexuel parisien. A cette occasion, les fréquentations des prévenus ou des victimes avaient tout à craindre. Ce lien entre affaires judiciaires et répression policière de lhomosexualité est aussi à lier directement aux conséquences du classement de lhomosexualité comme un fait de délinquance ordinaire au même titre que le vol ou la prostitution. Il y a un lien direct à faire entre ces représentations dune part, et cette répression policière dautre part. Les pratiques policières ont aussi comme origine ces représentations « du pédéraste comme personnage délinquant.» Laccentuation de la répression policière dans le cadre daffaires judiciaires mettant en cause les milieux homosexuels nest pas un fait propre au XIXe siècle. Ce type daccentuation de la répression lors daffaires judiciaires peut aussi se constater pour le XVIIIe siècle. Cependant les liens entre lhomosexualité et les fléaux sociaux paraissent une plus grande évidence au cours de notre période.
Tableau : Préfecture de police de Paris pendant la première moitié du XIXe siècle
1e Division : Etat civil, théâtres, maisons de jeux2e Division vols et assassinats3e vie économique et salubrité4e division créée en 1828 approvisionnement de la capitaleBureau surveillance des ouvriersBureau fausse monnaieBureau pour lillumination, balayageBureau des passeportsBureau prisonsBureau navigation de la Seine, halles et marchésBureau cultes, état civil, théâtres, maisons de jeuBureau interrogatoires des prévenusBureau problèmes de la voirieBureau interrogatoire
La répression pratique de lhomosexualité est une réalité et une constance que lon peut cerner à laide des sources policières et judiciaires. La répression judiciaire de lhomosexualité dans Paris seffectue par le biais de loutrage aux murs et larticle 330 du Code pénal abordé précédemment semble devenir larme principale de la répression de lhomosexualité masculine dans une ville comme Paris : il semble utilisé davantage dans les années 1830 et 1840 que dans les années 1810 où les mesures administratives de police semblent plus couramment utilisées. Enfin, laction répressive de la police qui survient en amont de la répression judiciaire, constitue laction répressive la plus courante et la plus perceptible des activités homosexuelles dans Paris. Elle semblerait régulière mais paraît croître avec les années 1830 et 1840 en se basant sur le plus grand nombre de rapports. Enfin il semble que le rôle de la répression diffuse du voisinage paraît intervenir plus fréquemment. Globalement, les actes homosexuels sont à réprimer car ils occasionnent des désordres et des désagréments ; dans ce cas ils sont perçus comme des manifestations doutrage aux bonnes murs et cest aussi en suivant ce raisonnement que lon réprime les personnes divulguant des écrits jugés outrageants pour les murs. Cependant cette partie du XIXe siècle paraît être une période intermédiaire : la volonté de réprimer et contenir par la répression policière les actes dhomosexualité est certaine. Cependant lorganisation de la répression ne parait pas posséder la méthode quelle prendra dans la seconde moitié du XIXe siècle : la répression de lhomosexualité y sera effectuée par un service particulier. Au plan global nous serions tentés de soutenir que la répression de lhomosexualité prend un caractère nettement plus multiforme au plan de la répression juridique et policière quelle navait dans les périodes précédentes. On pouvait déjà percevoir cette diversification et cette mutation même dans les dernières décennies du XVIIIe siècle. Elle est plus évidente encore dans la première partie du XIXe siècle. Il faudrait replacer cette évolution dans le cadre dune profonde mutation sociale et économique et de la découverte de la ville et de ses dysfonctionnements. Néanmoins, comme pour les perceptions de la société française, nous pensons que le personnage de lhomosexuel nest pas défini comme il le sera à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.
Cependant il y a, au plan juridique et répressif de la part des entrepreneurs de morale, une définition déjà assez élaborée à travers le personnage du « pédéraste », de ce quest lhomosexuel masculin. Cette perception du personnage de lhomosexuel masculin à travers la répression va avoir une traduction dans lexpression même de lhomosexualité masculine à Paris. Nous devons faire le lien entre cette construction progressif de lhomosexuel masculin par les entrepreneurs de morale et les comportements et les perceptions que certains de ces hommes ont deux-mêmes. Cest pourquoi, après lanalyse du phénomène de répression de lhomosexualité, il faut examiner comment ces hommes sadaptent à cette nouvelle donne. Comment évolue la sociabilité homosexuelle ? Comment évolue le rapport entre classes sociales et homosexualité par rapport au XVIIIe siècle ?
CHAPITRE VIII : LES PRATIQUES HOMOSEXUELLES DE 1789 A LA PREMIERE PARTIE DU XIXe SIECLE
Dans le chapitre II, nous avions étudié la société homosexuelle dans le contexte du XVIIIe siècle sous forme de bilan. Après les perceptions de lhomosexualité au XVIIIe siècle et lévolution juridique, quelles étaient les conséquences que lon pouvait observer dans la « société homosexuelle » au niveau de la sociabilité et la subculture homosexuelle ? Il fallait aussi tenter de percevoir la sociologie spécifique ou non de cette « société homosexuelle. » Dans la première partie du XIXe siècle nous avons perçu une diversification des discours à propos de lhomosexualité : discours des réformateurs sociaux, progression du discours de la médecine légale, discours de la littérature. Ces différents discours nagissaient pas dans le même domaine : le médecin légiste stigmatise le « pédéraste » comme un être affublé de stigmates quasi monstrueux du seul fait de ses pratiques sexuelles, le réformateur social lie homosexualité et fléaux sociaux, lhomme de lettres est parfois compréhensif. Cependant tous ces discours, du moins ceux de la médecine légale comme ceux des réformateurs sociaux, vont dans le sens dune définition dun personnage-type. Ce personnage doit être cerné et reconnu. Lévolution juridique est marquée, dans un premier temps, par la suppression du crime de sodomie. Cependant nous avons vu que lhomosexualité peut être réprimée par le biais de lattentat à la pudeur ou par le biais de la notion de débauche de la jeunesse. Le panel de procès pris en exemple, de même que la répression policière, nous incitait à penser que nous étions face à une répression différente, plus multiforme : répression judiciaire, policière, médicale également dans une large mesure. Une répression qui tend, elle aussi, à réprimer davantage un personnage-type quun acte.
En fonction de ces évolutions : discours, évolutions juridiques nous percevons des mutations dans les pratiques homosexuelles. Les lieux de rencontre se diversifient et certains deviendraient plus fréquentés que dautres. A partir des sources disponibles les lieux fermés deviendraient moins importants.
Nous avons également la trace de réseaux informels bien établis comme pour le XVIIIe siècle. Enfin au niveau social, on observerait une évolution dans la sociologie de lhomosexualité parisienne, et en même temps, des permanences. Parallèlement aux discours et actions des entrepreneurs de morale, les classes populaires ne paraissaient pas intérioriser ces discours et de même à travers plusieurs cas, on découvre une surprenante liberté chez plusieurs personnages connus. Les subcultures homosexuelles évoluent mais nous pouvons observer une certaine continuité. Lanalyse de la perception de lhomosexualité, tant dans les milieux populaires que parmi les élites pourrait démontrer les limites de laction des entrepreneurs de morale. On pourrait cerner à travers ces subcultures homosexuelles la conscience de constituer un groupe distinct des autres ; de la même façon, la présence de réseaux pourrait indiquer une subtile adaptation à la répression.
Cette problématique densemble sera divisée dune part entre lanalyse de la mutation de la sociabilité homosexuelle par rapport au XVIIIe siècle notamment les lieux de rencontre et les réseaux. Dautre part, cette partie permet de cerner les évolutions densemble et les éventuelles adaptations à la répression. Lexamen du rapport de lhomosexualité et des classes sociales mesurera le rapport entre les discours des entrepreneurs de morale et la réalité de la perception de ces mêmes discours par les intéressés : les classes populaires avaient-elles intégré la morale sexuelle que dispensaient certaines élites ? Que signifie la relative liberté observée dans certains cas chez des élites ?
I Les mutations de la sociabilité homosexuelle
La sociabilité homosexuelle était déjà fort bien développée au XVIIIe siècle dans une ville comme Paris. Elle se caractérisait par sa relative diversité. Les lieux publics et les cabarets étaient déjà des lieux de sociabilité bien présents dans la ville. On pouvait distinguer également des réseaux de connaissance. Il semble quune sous-culture sodomite fût déjà relativement bien affirmée. Par rapport au XVIIIe siècle, comment évolue la vie homosexuelle à Paris ? La société bourgeoise qui se met en place prône la retenue en matière de sexualité. Parallèlement elle développe une volonté de contrôle du sexe et le développement de la parole des médecins. Quelles implications ces facteurs peuvent-ils avoir sur la sociabilité homosexuelle ? Celle-ci, tout comme au XVIIIe siècle, peut être appréhendée à travers les archives de police disponibles. Ces sources donnent nécessairement une vision incomplète de ces lieux homosexuels, car pour quun lieu soit connu, il faut quil ait été remarqué par la police. Nous navons pu appréhender la vie homosexuelle quà travers le prisme de la répression policière. Cet impératif au niveau des sources serait susceptible de nous faire percevoir la sociabilité homosexuelle à travers un prisme déformant. Il est important de souligner cette limite imposée par les sources qui pose un nécessaire problème épistémologique. Pour le XVIIIe siècle nous disposions de travaux ainsi que, pour la connaissance des réseaux homosexuels, décrits satiriques ou pamphlétaires dont nous navons pu disposer pour cette partie du XIXe siècle. Il est nécessaire de pointer ces différences de sources, ce qui devrait nous conduire à pondérer certaines évolutions. Cette première partie du XIXe siècle, dans le domaine de la sociabilité homosexuelle, a fait lobjet dune attention moindre que le XVIIIe siècle ou la seconde partie du XIXe siècle pour lesquels nous disposons darchives de police plus complètes pour évaluer la vie homosexuelle. Cependant certaines de ces archives donnent un aperçu dune sociabilité fort bien présente et permettent, par des rapprochements, de dresser des réseaux de connaissance qui existaient certainement. Dans les archives du XVIIIe siècle, les réactions de certains appréhendés par la police indiquaient parfois déjà la conscience dappartenir à une minorité à part. Peut-on observer la même chose pour la première partie du XIXe siècle ?
A/ Les lieux de rencontre : évolution et fréquentation
Nous disposons darchives de police qui nous permettent de faire un état des lieux de rencontre. Nous pouvons distinguer des lieux pérennes et des lieux nouveaux par rapport au XVIIIe siècle. On voit apparaître dautres types de lieux qui napparaissaient pas au XVIIIe siècle : certains théâtres parisiens qui semblent des lieux de rencontre actifs à certains moments.
Pour appréhender les lieux publics de rencontre dans le Paris de la première moitié du XIXe siècle et cerner lévolution par rapport au XVIIIe siècle nous avons comptabilisé les lieux cités dans les rapports de police. Nous avons calculé pour chaque lieu le nombre de fois ou il est cité. Cette méthode nous indique les lieux qui furent les plus contrôlés par les policiers. De cette manière, nous pouvons déterminer la notoriété de chaque lieu de rencontre et voir quels sont ceux qui étaient les plus notoires. Cette comptabilité fait apparaître une hiérarchie des lieux publics de rencontre et certains lieux se détachent dautres car ils sont cités assez souvent dans les archives de police. Il faudrait aussi nous poser la question sur le taux de fréquentation de ces lieux publics de rencontre, les confronter à celui des lieux fermés. Une plus grande fréquentation de ces lieux ouverts par rapport aux lieux fermés pourrait indiquer que la société devenant plus répressive ces hommes ont davantage recours à ce type de stratégie. Alors que dans une société plus ouverte, les lieux fermés type cabarets sont peut-être plus fréquentés. Il faudra faire une comparaison avec le Paris de la fin du XVIIIe siècle pour percevoir la différence. Ainsi, il nous sera possible de discerner un élément dadaptation des principaux intéressés à une société devenue plus diversement répressive.
Lieux pérennes
Parmi les lieux les plus fréquentés au cours de la première partie du XIXe siècle un lieu qui paraît particulièrement emblématique des rencontres entre hommes paraît être la promenade des Champs-Elysées. Dès les années 1780, les Champs-Elysées étaient déjà un lieu de rencontre notoire, même sil navait pas la notoriété du jardin des Tuileries ou le jardin du Luxembourg. Ce lieu est particulièrement cité dans les archives de police pour les années 1830 et 1840. Il semble fréquenté régulièrement par des hommes en quête de rencontres homosexuelles. On trouve ce lieu cité aussi sous la Révolution et lEmpire. Un rapport de police de lan 12 (1803-1804) signale la promenade des Champs Elysées. Le rapport indique que plusieurs arrestations y ont été effectuées.Au cours de cette même année, trois autres rapports de police salarment des plaintes qui sélèvent contre ce qui sy passe. Deux autres rapports signalent, toujours en lan XII, les Champs Elysées comme un lieu, qui dès cette époque, semble emblématique pour les rencontres homosexuelles. Dans ces rapports de lan XII, ce lieu paraît être autant un lieu de prostitution féminine quun lieu de rencontres homosexuelles. On le retrouve cité dans les années 1820 : un rapport de police en date du 14 août 1820 indique que ce lieu est fréquenté chaque soir et en nombre conséquent par la gent pédéraste. La teneur de ce rapport dépeint un lieu de rencontre assez vivant selon les termes du rapport. Une lettre adressée au préfet de police de Paris en 1825, semble faire le même constat. A la lecture de ce courrier, on note que le lieu est fréquenté assez régulièrement par les partisans de lamour au masculin. On peut donc estimer que les Champs Elysées furent fréquentés assez régulièrement dès les années de la Révolution et dans les années 1820. Cependant, cest dans les années 1830 et 1840 que la promenade des Champs Elysées apparaît le plus souvent dans les archives de police. Ce lieu est cité près de 25 fois au cours de ces deux décennies.
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Ceci pourrait indiquer une hausse de fréquentation ces années là. Certains courriers dénonçant les pédérastes semblent indiquer une fréquentation conséquente au cours de ces années : ce courrier de février 1846 ou encore cette note de police datée de décembre 1848. Il semblerait dailleurs que les Champs Elysées ne fussent pas seulement un lieu de rencontre mais que lon pratiquât la sexualité dans le lieu même. Certains courriers paraissent lindiquer, comme ils suggèrent que de la prostitution masculine y était présente. Nous pouvons prendre en exemple ce courrier en date de décembre 1848 et ayant pour auteur un brigadier et qui stipule : « La corruption a gagné des militaires qui pour de largent se prêtèrent à cette vile passion contractée par ce funeste voisinage »On peut penser que le quartier des Champs Elysées dans ces années 1830-1840, compte tenu du matériel plus important que nous possédons sur ce lieu, était un lieu de rencontre important et pour faire une comparaison un lieu aussi notoire que le jardin des Tuileries au XVIIIe siècle. La notoriété des Champs Elysées comme lieu de sociabilité et de rencontres homosexuelles semble donc plus importante dans la première moitié du XIXe siècle que par le passé.
Dautres lieux qui apparaissaient aussi au XVIIIe siècle semblent encore emblématiques : les quais de Seine et les Invalides. Les quais de Seine apparaissaient déjà au XVIIIe siècle comme des lieux de rencontre importants. Globalement ces lieux apparaissent dans les archives de police dès années 1820, notamment les quais du Louvre et des Augustins. Dans les années 1830 et 1840, ils sont plus fréquemment cités, notamment le quai dOrsay, Quai Malaquais et la place des Invalides. Au cours de lannée 1838, le quai dOrsay, le quai Malaquais et les Invalides sont cités une quarantaine de fois dans les archives de la préfecture de police. Les quais du Louvre et des Augustins sont également cités pour les années 1830 et 1840. La tonalité de certains rapports de police paraît indiquer que ces lieux étaient parfois assez fréquentés. Comparé aux Champs Elysées nous navons pas de plaintes de riverains concernant les quais de Seine et nous navons pas non plus dindication signalant des activités sexuelles dans ces lieux. On peut penser quils restent donc, pour la première moitié du XIXe siècle, des lieux de rencontre emblématiques pour les rencontres homosexuelles à Paris.
Le Palais Royal, est lui aussi dans la première moitié du XIXe siècle, un lieu de rencontre homosexuelle notoire. Au XVIIIe siècle, il était déjà un lieu assez connu. Il apparaît dans les rapports de police de manière assez conséquente pour les années 1820 tout comme pour les années 1830 et 1840. Sa notoriété et sa fréquentation paraissent se poursuivre. Il semblerait que ce lieu fût aussi un lieu de prostitution masculine. Ce lieu paraît rester un lieu de rencontre emblématique.
Les boulevards apparaissent aussi comme des lieux de rencontre. Ils semblent certes moins importants en sappuyant sur les archives de police. Les boulevards apparaissaient déjà à la fin du XVIIIe siècle. Dans les années 1830 et 1840, les boulevards Beaumarchais et boulevard des Italiens ainsi que le boulevard du Temple sont cités. La rue Amelot est citée dans les années 1820, 1830 et 1840. La teneur de certains rapports indiquent également que de la prostitution masculine était présente sur ces boulevards.
Au XVIIIe siècle, le jardin des Tuileries était un haut-lieu de sociabilité homosexuelle. Il constitue par excellence un lieu pérenne pour lhomosexualité parisienne. Dans la première partie du XIXe siècle, il apparaît encore dans les archives de police et reste sans doute encore un lieu de rencontre assez notoire. Il semble encore bien fréquenté car deux rapports de police datant des 5 et 12 août 1820 citent une liste dhommes notés comme pédérastes, arrêtés dans le quartier des Tuileries. La liste de noms est importante. Elle pourrait indiquer une fréquentation importante de ce lieu à certains moments. Cependant, plus largement que le jardin des Tuileries, cest le quartier des Tuileries qui est mentionné dans un des rapports : donc le jardin et les rues avoisinantes. Sur cette base, on peut dire que le quartier des Tuileries restait un lieu notable de sociabilité homosexuelle.
Le jardin du Luxembourg était aussi important au XVIIIe siècle. Dans les archives dont nous disposons pour la première partie du XIXe siècle, il semble moins cité. En se basant sur ces archives de police on peut émettre lhypothèse que ce lieu reste un lieu de sociabilité homosexuelle mais quil fait lobjet de moins de sollicitations. Un rapport du 2 octobre 1826 mentionne au jardin du Luxembourg un grand nombre de pédérastes.
2) Lieux nouveaux
Parallèlement à ces lieux pérennes dautres lieux apparaissent et qui nétaient pas mentionnés au XVIIIe siècle.
Les théâtres des boulevards apparaissent seulement dans ces années 1830 et 1840. Ils semblent être des lieux de rencontre assez pratiqués dans ces années-là, vue la sollicitation des services de police. En même temps les rencontres dans ces théâtres paraissent étroitement liées aux rencontres sur les boulevards : des rapports de police signalent des activités homosexuelles sur les boulevards à proximité des théâtres.
La place de la Madeleine est citée plusieurs fois dans les années 1830 et 1840 et paraît être aussi un lieu de rencontre. Au cours de cette partie du XIXe siècle, les Passages sont également cités plusieurs fois dans les années 1830 et 1840. Ils paraissent aussi être des lieux de prostitution masculine car certains rapports de police les signalent comme des lieux de prostitution de jeunes gens. Ils paraissent assez fréquentés le soir. Ces lieux napparaissaient pas dans les sources concernant le XVIIIe siècle et pour cause : ils furent construits dans la première moitié du XIXe siècle. Le plus ancien est le passage du Caire. Il fut ouvert en 1798 lors de la campagne dEgypte. Un autre nouveau lieu qui est cité dans les années 1830 et 1840 est lîle Louviers qui se trouvait près de lîle Saint louis. Elle fut appelée aussi île aux Javiaux. Elle fut acquise par la ville en 1700. Elle fut affermée à des marchands de bois. Il sagissait dune zone à demi campagnarde et qui sera rattachée à Sully Morland en 1847. Il sagissait donc dune zone encore extérieure à la ville propice pour les rencontres.
Dautres lieux qui sont soit des lieux pérennes ou des lieux nouveaux apparaissent épisodiquement comme lieux de rencontre dans les archives de police : le bois de Boulogne est signalé en 1825 dans une note de police et il est indiqué que des hommes se livraient en public au «crime de pédérastie.», la place de lArchevêché, la place de la Halle, la place de la Butte Chaumont, la place Royale, la place du Carrousel, le Jardin des plantes. Ces lieux étaient-ils des lieux de rencontre réguliers ? Ils sont signalés du moins dans les archives de police comme des lieux ayant été épisodiquement contrôlés et où des hommes suspects ont pu être vus.
Par rapport au XVIIIe siècle on peut constater la permanence de lieux de rencontre comme les boulevards ou le jardin des Tuileries
Cependant on peut voir aussi apparaître des lieux qui ne semblaient pas mentionnés dans les archives du XVIIIe siècle. On pourrait faire le constat dune plus grande diversité des lieux de rencontre par rapport au XVIIIe siècle. Dautre part certains lieux qui apparaissaient au XVIIIe siècle semblent dans certaines de ces années des lieux de rencontre fréquentés davantage : les Champs-Elysées par exemple. Il y a donc une plus grande hétérogénéité des lieux de rencontre type jardins et promenades publiques.
Peut-on parler de concentration ou déparpillement de ces lieux par rapport au XVIIIe siècle ? La question de la concentration ou de léparpillement des lieux publics de rencontre nous conduit à la question quaborde Robert Muchembled : « Lépoque victorienne se caractérise par une accentuation de la spécialisation des lieux de sexe »La multiplication des lieux publics de rencontre par rapport au XVIIIe siècle est peut-être le signe dune société qui devenant plus répressive et les lieux privés devenant de ce fait plus rare, ces hommes sont poussés vers ces lieux publics de rencontre. Cette forme de pratique de la sexualité peut aussi être le signe de lhomosexuel qui est renvoyé vers une extrême marginalité dans sa sexualité : comme je suis un marginal et que la société a fait de moi un hérétique, il faut que je vive ainsi ma sexualité. Par rapport au XVIIIe siècle, nous avons bien un net sentiment déparpillement encore plus croissant des lieux publics de rencontre. Il semblerait sur cette base que les lieux publics de rencontre dans Paris, dans la première partie du XIXe siècle soient plus divers géographiquement parlant quau XVIIIe siècle. Il y aurait un léger accroissement de ces lieux par rapport au XVIIIe siècle. Donc on observe bien un marquage et une diversification dans lespace urbain des lieux de sexe. En même temps, ces lieux ne sont pas toujours des lieux spécifiquement de fréquentation homosexuelle. Il faudra comparer ces lieux avec les éventuels établissements type cabaret et mettre en parallèle la situation par rapport à ce quelle était au XVIIIe siècle où les cabarets étaient particulièrement florissants pour prendre la pleine signification de cet accroissement des lieux publics de rencontre au cours de la première partie du XIXe siècle.
Quels étaient ces hommes que lon rencontrait dans ces lieux publics de rencontre? A partir des fichiers de police nous pouvons faire une analyse des catégories sociales et des âges que nous retrouvions dans ces lieux de rencontre. Au XVIIIe siècle, nous avions abordé dans la société homosexuelle parisienne le poids de la domesticité à travers le couple aristocrate et domestique. Nous avions aussi vu le poids des clercs dans la société homosexuelle parisienne et enfin le poids de ce que nous appelions les gens de métiers.
Il semblerait avoir une présence notable des moins de vingt ans dans les lieux publics de rencontre : la présence des 10 à 19 ans représente sur un total de 236 hommes comportant leur âge 58 hommes. Le poids des clercs ne paraît pas important dans la fréquentation de ces lieux de rencontre : pour le XVIIIe siècle nous disposions de fichiers spécifiques consacrés aux clercs sodomites. Nous ne disposons pas de ce matériel pour la première partie du XIXe siècle. Cependant, à travers les archives de police, nous pouvons constater que le poids des clercs notés dans les fichiers de police nest pas significatif. Dans les fichiers de police du XIXe siècle consultés, nous avons 403 hommes interpellés dont la profession est mentionnée. Sur ce total de 403, nous avons seulement 19 clercs. Il faut noter que les données sociales sur lesquelles nous nous appuyons ne concernent que les personnes fréquentant les promenades publiques. Comment interpréter cette éventuelle faible proportion des clercs? Cette évolution est-elle le fruit des bouleversements sociaux occasionnés par la Révolution française?
La Révolution française a affaibli la puissance et les privilèges dont bénéficiait lEglise en France. Cette ancienne puissance permettait au XVIIIe siècle à des clercs importants de vivre assez librement leurs penchants. Cette situation a disparue avec la Révolution. Ce nouvel état de chose peut-il expliquer au moins en partie cette moindre présence des clercs. Avec la réorganisation de lEglise suite au Concordat napoléonien, lEglise nest-elle pas plus rigoureuse par rapport aux clercs qui se distingueraient dans les milieux homosexuels? Peut-on parler de linfluence du discours médical sur lhomosexualité au sein de linstitution ecclésiastique ; cette influence pousserait linstitution à être plus sévère ? Peut-on y voir une influence de ces valeurs de retenu par rapport à la sexualité propre à la bourgeoisie ? La dernière hypothèse nous paraît assez plausible et cette faible présence du poids des clercs dans ces lieux de rencontre est peut-être une conséquence de linstallation de cette morale bourgeoise. Ce facteur inciterait à plus de prudence. Il faut noter que ceci ne concerne que les jardins publics et quil faut donc relativiser ces analyses. Les nobles et hommes importants sont 36 par rapport à un total de 403 hommes comportant leur situation sociale, ce qui représente moins de 10% du panel. Nous navons certes pas à notre disposition des sources telles que le Grand mémoire qui nous permettait dapprécier plus spécifiquement le poids de la noblesse dans la société homosexuelle parisienne pour le XVIIIe siècle et nous ne pouvons faire de constatations plus approfondies. Nous ne pouvons pas remarquer cette solidarité entre maître et domestiques que nous avons pu par certains aspects souligner pour le XVIIIe siècle. Faut-il y voir encore une conséquence sociale de la Révolution qui a enlevé à la noblesse les privilèges sociaux dont elle bénéficiait dans la société dAncien régime? Dans les fichiers de police, les personnages importants qui sont signalés, le sont rarement en mentionnant la complicité de la domesticité, comme on pouvait le voir au XVIIIe siècle. A quelques exceptions près, comme lambassadeur de Turquie, Mustapha Rachid Pacha signalé comme pédéraste ainsi que tout son entourage.Cette différence par rapport au XVIIIe siècle est le produit sans doute de la disparition de la société dordre.
Peut-être faut-il voir dans ce facteur, une influence de la morale ambiante propre à la bourgeoisie qui simpose dans laristocratie et qui lui fait perdre ce qui constituait son indépendance et sa spécificité par rapport aux plaisirs sexuels? Dautre part lanalyse du poids et de la présence des classes supérieures dans les lieux parisiens ne peut se faire sans aborder le problème de la montée de lintimité. En effet lidée de vie privée et dintimité atteignit dabord les classes supérieures.La maison bourgeoise fut découpée en espaces : lespace où lon se donne en spectacle et lespace intime notamment la chambre conjugale. La maisonnée abritait les relations sexuelles privées, elle réservait une place à labri de la promiscuité.Le développement de lespace public et la politisation de la vie quotidienne sous la Révolution prépara le mouvement romantique du retour sur soi et de retour sur la famille.Dans quelle mesure cette donnée qui sobserve dans les classes supérieures peut-elle influer sur la présence de ces mêmes classes dans les lieux de rencontre? Car les catégories que nous rencontrons le plus dans cette première partie du XIXe siècle dans ces lieux de rencontre, est ce que nous avons appelé les gens de métiers pour le XVIIIe siècle. Cette catégorie sociale regroupe les artisans, boutiquiers, ouvriers qualifiés et employés. Ils constituent les catégories les plus importantes que nous observons. Ces catégories sociales regroupent les classes populaires proprement dites. Cette notion rassemble des positions sociales situées globalement dans les sphères inférieures de la stratification sociale. Elle rassemble des situations parfois hétérogènes. Cependant elle soppose au concept délites qui rassemble des personnes qui se distinguent par leurs valeurs et leurs activités. Il y aurait visiblement comme nous lavions constaté, une présence caractéristique de ces catégories dans ces lieux de rencontre : sur un panel de 403 hommes ceux répondant à ces catégories sociales sont 153 sur le total du panel. Comment peut-on analyser cette présence caractéristique dans le cadre du XIXe siècle avec toutes les limites à souligner pour des fichiers qui restent lacunaires ?
Les classes populaires ne seraient-elles pas moins sensibles à cette montée de lintimité? Ne peuvent-elles pas moins se cacher que les classes supérieures? La notion dintérieur est à peine perceptible dans ces logis surpeuplés dont les enquêteurs de la réforme sociale dressent procès verbal.Cet aspect des logements populaires peut expliquer que certaines classes se retrouvent plus particulièrement dans les lieux de rencontre.
Cependant au XIXe siècle également, la question posée par cette présence de ces gens de métiers dans ces lieux de rencontre pose le problème de la morale sexuelle des classes populaires et de son lien avec la morale qui ressort du discours des élites, médecins ou réformateurs sociaux. Cette question est importante car elle pose le problème de luniversalisation de la morale dite victorienne et de son intériorisation. Nous reviendrons sur ces questions de manière plus approfondie ultérieurement il sagit pour lheure de constater la présence notable que lon pouvait constater dans ces lieux publics de rencontre car nous ne pouvons sur la base des sources consultées lévaluer pour les cabarets.
Les archives de police comportent des noms de cabarets signalés comme recevant une clientèle « pédéraste ». Nous possédons la trace de dix établissements ou cabarets susceptibles de recevoir une clientèle homosexuelle. Ce chiffre paraît très modeste et il semblerait que par rapport au XVIIIe siècle ces établissements paraissent moins florissants. Cependant il faut encore souligner les limites des sources et le fait que napparaît dans ces sources que les cabarets connus de la police et qui ont soulevé des problèmes de voisinage. Ceci pourrait permettre de relativiser ce petit nombre de cabarets qui semble apparaître dans ces sources policières et il faudra contrebalancer ce chiffre peu important par les traces de réseaux de connaissances qui pourrait apporter une correction à la faiblesse de ce chiffre.
Les pratiques homosexuelles dans ces bars et cabarets identifiés paraissent être de plusieurs sortes. Nous avons des lieux qui servent de lieu de rencontre et qui comportent à cet effet des cabinets prévus pour ces usages. On trouvait déjà ce type détablissement au XVIIIe siècle. Le café de lEtoile en 1819 et le café Dupetit en 1822 tous deux situés dans le quartier des Champs-Elysées paraissent correspondre à ce type de lieu. Il faut noter quils se situent tous deux dans ce quartier des Champs Elysée qui semble un lieu de rencontre assez fréquenté. De même dans le cas du Café de létoile on voit apparaître le problème de la fréquentation de ce lieu par des militaires comme dans le cas de la promenade dans un rapport de 1848. Ce quartier de Paris pourrait être perçu comme un quartier bien fréquenté par les homosexuels masculins. Dautres bars paraissent relever du même cas de figure : le bar au coin de la rue de Bourbon et le bar rue Sainte Anne au coin de celle du Hasard, de même que le bar « Enseigne de la coquille », rue Clos Georges et le cabaret rue du Portier en décembre 1839. Donc cinq de ces lieux paraissent favoriser des rencontres intimes dans les lieux mêmes sur un total de dix cabarets identifiés dans ces sources. Cela pourrait indiquer que ce type de lieux nétait pas un cas rare. Nous avons des bars qui paraissent des lieux de convivialité sans quil fût possible dy distinguer des cabinets servant à des rencontres plus intimes. Ce sont visiblement des lieux de convivialité plus classique ce qui correspond à cinq des établissements identifiés. On trouve aussi des lieux notés favorisant des rencontres homosexuelles et qui se révèlent être des garnis que les propriétaires utilisent pour favoriser ce type de rencontre. Cest le cas en 1839 pour un lieu signalé dans les archives BB4, dénommé « La maison Cottin ». Ce nest pas, à proprement parlé, un cabaret mais il semble que ce lieu soit assez fréquenté en 1839. Des bals privés sont aussi signalés, comme le bal que donnait un dénommé Wikowski en 1845.
Par rapport au XVIIIe siècle, nous possédons moins déléments. Cette présence plus faible de cabarets ou débits de boisson à fréquentation homosexuelle correspond t-elle à une conséquence dune répression plus diverse que par le passé ? Correspond t-elle à une adaptation des principaux intéressés à une répression plus multiforme : les soirées ou bals privés pourraient en constituer un des signes ? On peut toutefois localiser en mettant en parallèle certains de ces bars et les lieux publics un quartier qui paraît comporter une vie homosexuelle importante dans les années 1820-1840 : les Champs Elysées.
Parallèlement à ces bars il faudrait ajouter les Bains, certains policiers dénoncent des établissements de bains comme étant complaisants envers les homosexuels. Au cours de la première partie du XIXe siècle, des établissements de bains se développent dans Paris, notamment sur les berges de la Seine dans le cadre des progrès de lhygiène corporelle. Il faudrait replacer ce souci de lhygiène corporelle dans le cadre de la préoccupation des hygiénistes. Alain Corbin note que le XIXe siècle marque un tournant dans les perceptions olfactives et dans le premier tiers du XIXe siècle, la nécessité de lhygiène publique saffirme. Ces lieux semblent soupçonner pour certains dêtre des lieux de rencontre. Il semblerait que ces lieux soient aussi prévus pour selon la terminologie adoptée « donner libre cours à des murs dépravés. »Les archives concernant ces établissements comportent des indices certains que des rencontres y avaient cours. Une circulaire préfectorale en date du 21 mai 1811 comporte : « Je suis informé, messieurs, que sans égard à mon ordonnance concernant les bains et écoles de natation, des individus se baignent en pleine rivière et insultent aux murs. »On trouve aussi sur plusieurs arrêtés allant de lan IV (1795-1796) à 1830 concernant les bains, la défense de sortir des bains nu ou de se montrer nu. Il semblerait que des rencontres entre hommes aient lieu dans les bains de vapeur car les hommes sy promènent presque nus et les flagrants délits sont difficiles à établir, car les agents se trouvent eux-mêmes en tenue de bains.La préfecture de police autorise certains à tenir des établissements de bains et nous trouvons régulièrement des recommandations : « que personne ne sorte nu du bain et empêcher tout ce qui serait contraire au bon ordre et à la décence ».En rapprochant tous les indices présents dans ces sources on peut penser que les bains étaient aussi parfois des lieux de rencontre.
Le monde de lhomosexualité parisienne dans la première partie du XIXe siècle posséderait des lieux publics de rencontre, certains cabarets où lon pouvait faire des rencontres et parfois trouver plus dintimité. Il comporterait aussi parfois des soirées privées, comme les bals signalés dans les archives de police. Ce serait une société assez structurée comme au XVIIIe siècle autour de ses lieux de prédilection et détablissements. Cependant, pour les établissements, nous ne percevons pas la diversité qui était visible au XVIIIe siècle à travers les sources et les travaux de plusieurs historiens. Doit-on en tirer la conclusion que la répression sociale de lhomosexualité qui est plus multiforme au XIXe siècle est une des causes directes de cette moindre diversité? Létat de nos sources ne nous permet pas de laffirmer même si ce facteur pourrait constituer une hypothèse. Faudrait-il, le cas échéant, faire intervenir cette montée de lintimité, notamment dans la bourgeoisie, pour expliquer cette éventuelle moindre diversité par rapport au XVIIIe siècle ? Dans ce cas, il faudrait voir si cette moindre diversité est compensée par les réseaux. Effectivement après les lieux de rencontre il faut examiner les réseaux homosexuels, qui étaient importants au XVIIIe siècle. Comment évoluent-ils dans la première partie du XIXe siècle?
B/ Les réseaux quen est il de leur évolution ?
Les fiches de tel ou tel homme comportent parfois des renseignements sur leurs connaissances. A la fin du XVIIIe siècle nous avions affaire à des réseaux déjà forts bien développés qui dénotaient déjà une subculture homosexuelle bien présente dans une ville comme Paris. Quen est-il pour la première partie du XIXe siècle? Les réseaux de connaissance ont- ils limportance quils avaient à la fin du XVIIIe siècle? Une subculture homosexuelle est-elle présente au sens de comportements et de références partagées par un groupe social comme le définissait Howard BeckerComme il le souligne, la délinquance se construit à travers une carrière. Le délinquant apprend à pratiquer une activité marginale ou délinquante et il reconstruit sa représentation de cette activité pour présenter une image valorisante de lui-même. A partir de là, il construit avec dautres semblables des subcultures marginales qui dans notre cas, peuvent prendre le visage de réseaux. Les pratiques liées à la subculture homosexuelle au XVIIIe siècle avaient trait aux surnoms féminins : limitation de la mode aristocratique. Peut-on cerner de semblables pratiques dans la première partie du XIXe siècle? Il serait nécessaire de distinguer ce qui semble perdurer et ce qui est nouveau par rapport au XVIIIe siècle. Au XVIIIe siècle les assemblées de sodomites étaient une des manifestations de la subculture homosexuelle. Il sagissait de réunions spécifiques qui avaient lieu dans des cabarets. On pouvait discerner des réseaux de relation construits autour de personnages centraux et où des attitudes propres étaient observées. De plus certains pamphlets semblaient parfois une affirmation et presque une revendication de ce que lon est. Peut-on cerner des facteurs semblables dans la première partie du XIXe siècle? Peut-on discerner des divergences?
Au-delà de lexistence des réseaux dans le Paris de cette époque, cest donc lexistence dune relative subculture homosexuelle qui est posée. Nous disposons de plusieurs moyens pour cerner ces réseaux.
Les archives de police pour les années 1820-1830 et 1840 nous permettent de déceler des réseaux de connaissances à travers les rapports que certains hommes ont entre eux. Nous disposons également des comptes rendus de certaines affaires qui laissent transparaître divers réseaux de connaissances. Nous possédons enfin des documents annexes, qui par leur contenu, posent la question de la présence dune subculture homosexuelle. Au XVIIIe siècle nous disposions de pamphlets pour la fin du siècle et qui laissaient transparaître des réseaux de connaissances parmi les sodomites parisiens. Nous ne possédons pas de semblables sources pour le XIXe siècle où lessentiel de nos sources sont des archives de justice et de police. Cest donc avec le prisme de la justice quil nous faudra explorer les tréfonds de la société homosexuelle parisienne avec toutes les limites et les prudences que nous devrons respecter dans linterprétation des termes de policiers ou dhommes de loi qui sont avant tout des entrepreneurs de morale. Nous examinerons donc les facteurs qui nous paraissent similaires par rapport au XVIIIe siècle, ceux qui se sont modifiés et ceux qui ont disparus.
On peut dans ces sources de la première partie du XIXe siècle discerner des réseaux de connaissances qui paraissent similaires à ceux que nous avons discernés au XVIIIe siècle.
Les annotations des policiers dans des fiches concernant certains hommes constituent des premiers indices. Deux annotations reviennent parfois « fréquente toutes les tantes » ou « connu de toutes les tantes ». Ces formules reviennent dans les fiches de plusieurs hommes : quindiquent t-elles? Elles indiquent que la personne en question connaît assez bien les gens qui gravitent dans ce monde homosexuel. Elles impliquent lidée dhommes vivant au sein de subcultures déjà définies. Les exemples sont caractéristiques « Guillemetot. Il fréquente toutes les tantes » « Bizot. Il est connu de toutes les tantes » « Bonhomme joli jeune homme, il connaît les tantes et les lorettes » « Bilden Cesar. Etudiant de 20 à 22 ans il est connu des tantes vieilles et jeunes » « Combette. Il est connu dans le monde pédéraste »
Ces annotations tendraient à prouver lexistence de réseaux au sein de la société homosexuelle : Ces annotations sous-entendent des réseaux de connaissances auquel la personne en question appartient car lexpression « connu de toutes les tantes et des pédérastes
» Indique un monde fait dhommes partageant les mêmes goûts sexuels, qui se connaissent fort bien et qui se fréquentent dune manière ou dune autre. Ces annotations sont portées sur certaines fiches de police et pas sur dautres. Elles sembleraient indiquer que la personne possède une certaine notoriété au sein de ce monde, de par son relationnel plus développé ou parce quelle évolue particulièrement dans ce monde là. Lexistence de ces personnes possédant une notoriété plus grande que dautres au sein du monde homosexuel nest pas nouvelle, et nous avions trouvé de semblables personnes à la fin du XVIIIe siècle. Il y a de ce fait une continuité.
La description des rapports humains que certains de ces hommes ont entre eux est un deuxième indice. Ceci est similaire au XVIIIe siècle. A partir des archives BB4 nous pouvons suivre les liens que certains hommes ont entre eux et on peut distinguer des hommes qui semblent au centre de réseaux : par exemple un homme surnommé La Tottin se trouve cité dans les connaissances de huit de ces hommes. De même on trouve mention sur ces archives dun bal de tantes organisé par un certain Mayeur Chaussée du Maine. On peut à partir de cet homme tisser des relations entre neuf hommes cités : Cesar Bilden, un dénommé La bayonnaise, un dénommé La Elie, Barbet dit Léon, et cinq autres connus sous des surnoms. Idem on peut aussi établir un lien de connaissance entre six hommes cités dans ces archives. Sept autres hommes paraissent avoir des relations entre eux. Ces exemples ne sont pas exhaustifs. Ces réseaux de relation sont certainement incomplètement décrits car dans ces archives apparaissent de ces réseaux que ce que les policiers pouvaient en connaître, donc ils étaient peut-être plus important que ce que nous pouvons en cerner. Ainsi, si des annotations mentionnent les relations supposées intimes de certains de ces hommes avec certains autres ; certaines autres annotations indiquent des relations qui visiblement sont des relations de simple connaissance.
Ces dernières laissent transparaître ainsi des réseaux de connaissances. Nous pouvons ainsi distinguer des annotations telles « Bonhomme. Joli jeune homme qui a des relations avec Chertier dit La Bayère » « Georgina. Il a des relations avec lItalienne » « Morel André dit la cantatrice. Il est ami dAchille de Venne et de DArville
» Ainsi des personnages particulièrement connus de certains de ces hommes apparaissent « André Drombé dit la belle André ou Léonie est un exemple de personnes qui paraissent au cur de réseaux de relations. « Dutoyat Victor. Il vit avec Colibri un jeune homme de quinze ans ; plus loin un nommé Poisson qui aurait vécu chez le même Dutoyat » « Delahaie, pédéraste connu. Il a procuré des mineurs à Dutoyat (cité précédemment) Il a procuré des mineurs aussi à Lagaray, cité plus loin» Ces rapports mettent en avant les relations que certains de ces hommes auraient avec des mineurs. Au début du XIXe siècle on assiste à la prise de conscience de la spécificité des crimes sexuels sur mineurs par des médecins. Ceci est à replacer dans le cadre de la prise en compte de la spécificité de lenfance : dans des siècles antérieurs lenfant fut longtemps perçu comme un adulte en miniature. Cependant, cette conscience est lente à émerger car il faut noter que jusquen 1832, la loi ne punissait que lattentat avec violence sur la personne dun enfant. Cette particularité pourrait expliquer pourquoi le crime sexuel sur enfant nétait pas pris en compte avec la gravité qui le fera envisager plus tard. La présence notable de ces jeunes prostitués masculins pose le problème dune forme de tolérance envers ce type de relations. Il faut bien prendre en compte que lidée de linnocence enfantine est une idée propre aux philosophes, et quauparavant lenfant, en vertu du péché originel, était vu comme naturellement faillible au même titre que ladulte. Cest cette spécificité de linnocence de lenfant qui va faire envisager de manière particulière lagression sexuelle commise sur un enfant. Ces idées mettent un certain temps à se concrétiser, et cest pourquoi, pendant longtemps les relations sexuelles avec des mineurs ne sont pas envisagées avec la même gravité quultérieurement. Cest pourquoi sans doute les relations de certains de ces hommes avec des mineurs sont particulièrement visibles.
Nous avons aussi des personnes qui semblent graviter autour de personnes connues comme Astolphe De Custine (1790-1857.) Ainsi à travers ces indices, pouvons-nous déceler des réseaux informels de connaissances organisés sur la base dune solidarité entre partisans de lamour non-conformiste. Ces archives signalent des personnes qui pour certaines, sont le cur de réseaux de relations. Les exemples pris ne sont bien sûr pas exhaustifs et ils ne sont que lillustration de ce que nous pouvons retrouver dans ces sources.
Certaines affaires judiciaires dévoilent aussi des réseaux de connaissance dans le monde homosexuel parisien. Elles impliquent autour de personnages centraux dautres hommes et ainsi dévoilent des réseaux informels. Ces réseaux sont centrés sur laffirmation dun goût sexuel qui en constitue lunité. Laffaire dite de la rue des remparts est emblématique dune affaire qui dévoile des réseaux informels au sein du monde homosexuel parisien. Le compte-rendu du procès semble indiquer que ces hommes se connaissaient. Certains hommes sont aussi désignés par des surnoms qui les caractérisaient au sein du groupe comme Pierre Louis Roux dit Coco, Henri Victor Planchon dit Paletot, Augustin Coulon dit Pistolet
Ces surnoms semblent aussi être la marque dun groupe constitué et qui a ses propres règles de fonctionnement. Les surnoms distinguent chacun de ces hommes au sein du groupe. La situation sociale et professionnelle de chacun de ces hommes paraît assez hétérogène : un ouvrier orfèvre, un prêtre, un avocat
Cette diversité semble démontrer que ce qui réunit ces hommes est le fait davoir des murs sexuelles semblables. Cette affaire paraît dévoiler un réseau informel parfaitement constitué, basé sur la satisfaction dun goût sexuel commun. Ces hommes semblaient se connaître. Ils semblaient se réunir régulièrement dans un lieu donné. Ceci pourrait indiquer que ces réunions étaient en fait des soirées ou une grande liberté en matière de murs régnait. Des personnes centrales paraissent être au centre de ce réseau de connaissances. Ces indices semblent plaider en faveur dune association informelle regroupant des homosexuels qui organisent des réunions dans le but de faire des rencontres et dassumer leurs goûts sexuels. Il semblerait que lon attirait des recrues dans le but de proposer des rencontres à certains de ces hommes. Ce type de réseau informel de sociabilité paraît similaire aux soirées organisées par certains hommes propriétaires de garnis par exemple. Il démontre que parallèlement à certains cabarets et lieux de rencontre existaient probablement des réseaux de connaissance qui permettaient dassumer sa sexualité autrement que par le biais des lieux de rencontre classique et des cabarets.
Une autre affaire judiciaire révèle dune autre manière les réseaux informel existants dans le monde homosexuel parisien : laffaire Woart. Cette affaire, comme la précédente, a déjà été abordée dun point de vue purement judiciaire ; ici, cest le réseau relationnel quelle laisse entrevoir qui nous intéresse. A loccasion de lassassinat de cet homme jouissant visiblement dune notoriété dans le monde homosexuel parisien, plusieurs hommes sont notés comme ayant été arrêtés car ils connaissaient le défunt auquel ils étaient liés dune manière ou dune autre. Il est à noter que, visiblement, certains de ces hommes se connaissaient également. On semble bien avoir limage dun réseau de connaissances dont le centre est le dénommé Woart. On a encore dans ce cas-ci, lillustration dun réseau informel. Ces deux affaires révèlent des réseaux dhomosexuels évoluant en circuit fermé. Ils paraissent parfaitement bien structurés si lon en juge daprès les sources consultées. Ces réseaux de connaissances paraissent donner limage dun monde homosexuel conscient de lui-même et organisé pour sadapter à la répression. Nous avions vu que pour la fin du XVIIIe siècle, la conscience dêtre différent et dappartenir à une minorité distincte transparaissait des sources auxquelles nous avions eu accès. Nous faisons une analyse similaire pour cette période. La principale adaptation à la répression et qui constitue aussi un signe de ces réseaux de connaissances est lexistence de soirées particulières.
Lexistence de soirées particulières organisées souvent dans des domiciles est aussi un trait de ces réseaux informels. En même temps, elles sont sans doute une des manifestations dune adaptation à la répression : nous avons vu combien les cabarets étaient lobjet de surveillance. Nous avons la trace de soirées ou de rencontres particulières organisées par des personnes. Ces soirées pourraient être comparées aux assemblées de sodomites pour le XVIIIe siècle qui transparaissaient de certaines sources. Cependant les assemblées de sodomites semblaient avoir lieu dans des cabarets. Ces soirées dont nous avons la trace pour le XIXe siècle paraissent se dérouler dans des lieux privés type garnis ou logements. Il y a de ce point de vue une divergence. Il faudrait lier ce phénomène à la moindre présence des bars et cabarets et faire intervenir ce concept de pudeur publique pour expliquer cette forme visible de privatisation de ces soirées : lapplication de la notion de morale publique ninciterait-elle pas au développement de ces formes de soirées privatives ? Les archives donnent des indices clairs sur des soirées organisées ou sur des hommes favorisant des rencontres à leur domicile. « Leclerc. Il recevait chez lui toutes les tantes et favorisait la prostitution » « Dantan (logeur) : Il favorisait la débauche des pédérastes » « Cottin (ancien logeur.) : Il favorisait la débauche dans son garni, connu de toute la gente pédéraste ». Dautre part, on a des notes dans certaines fiches sur des « bals de tantes » organisés par des particuliers.Ces sources indiquent donc que certains de ces hommes organisaient des soirées particulières à leur domicile. Visiblement, un certain nombre de personnes sy rendaient. Lexistence de ces soirées homosexuelles chez des particuliers pose plusieurs questions. Dabord la société devenait plus diversement répressive. De ce fait lorganisation de ces soirées dans des logements privatifs posait nécessairement le problème de la discrétion face à un voisinage qui aurait pu dénoncer de telles soirées à la police. Donc ce facteur sous-entendait préalablement la présence dun réseau de connaissance. Elles impliquaient aussi la confiance accordée aux participants de ces soirées. A la base de ces soirées particulières, il y avait sans doute un réseau de connaissances bien établi et un homme au centre de ce réseau qui avait suffisamment confiance pour sengager à prendre le risque dorganiser une soirée à son domicile. Lexistence de ces soirées chez des particuliers peuvent constituer la marque dune société homosexuelle parisienne assez bien organisée au plan informel pour faire front à la répression et sadapter aux conditions dexistence que celle-ci implique. Lexistence de ces soirées particulières est un signe supplémentaire sur ces réseaux homosexuels probablement existant dans Paris. Elles ne sont pas le seul, car un autre indice apparaît dans ces archives : lexistence de surnoms féminins que prennent visiblement certains de ces hommes et qui est encore une pratique similaire au XVIIIe siècle.
Lexistence de surnoms féminins se retrouvait déjà au XVIIIe siècle comme marque de sociabilité particulière. Dans les fichiers de police du XIXe siècle cette mode apparaît similairement et certains hommes ne sont dailleurs connus que sous leur surnom féminin. « LAlsacienne » ou « Elie (la) » ou « Georgina (la) »Certains autres sont connus sous leur vrai nom mais leur surnom est rajouté « Martin dit la badigeonneuse » « Droubay dit la belle André » « La pujade dit la Zerbine » Cette marque comme pour le XVIIIe siècle indique comme le remarque Howard Saül Becker un processus de redéfinition de son identité sociale par le déviant. Le déviant apprend à pratiquer son activité déviante et il reconstruit la représentation de son activité. Chaque groupe déviant construit ses modes dautojustification et ses codes de référence. Cest pourquoi ce phénomène se poursuivrait dans le contexte dune progressive construction du personnage de lhomosexuel. Regis Revenin souligne que lefféminement réel ou supposé des homosexuels est peut-être une des conséquences de lhomosexualité car ainsi ces hommes se conformeraient à un modèle de représentations sociales. Par là même ces hommes se conforment à un modèle dhomosexualité. Ceci serait donc une adaptation à un modèle de représentation sociale qui serait en vigueur parmi les subcultures homosexuelles. Il souligne la mode de lefféminement depuis le milieu du XIXe siècle. Or la mode des surnoms féminins déjà présente au XVIIIe siècle pourrait démontrer que cette mode de lefféminement était présente au sein des subcultures homosexuelles avant le milieu du XIXe siècle.
Enfin il ressort de ces archives, une pratique que nous décelions pour le XVIIIe siècle : la complicité entre des personnes socialement aisées et leur entourage de condition plus modeste. Ces personnes aisées ont parfois recours à des personnes proches de conditions plus humbles pour faire des rencontres. Cet aspect de la sociabilité homosexuelle sobservait déjà au XVIIIe siècle. Il marquait une forme de solidarité entre partisans de lamour non-conformiste. Au cours de la première partie du XIXe siècle ce facteur se vérifie aussi.
Dans les sources, nous avons plusieurs hommes appartenant à laristocratie ou à lélite ayant recours à dautres hommes pour faire des rencontres. « Le Comte de Caux. La Magloire lui procurait des jeunes gens » « Ivert : substitut du procureur de la république. Il a des relations avec plusieurs pédérastes et un tapissier lui procure des jeunes gens. » « Baron Pylade : Son domestique lui procure des mômes. » « Baron Malapert : Il paie des pourvoyeurs de garçons. » « Bacquaire, naturaliste et médecin. Les domestiques lui amènent des jeunes gens. »Pourquoi peut-on penser que cet aspect est une marque supplémentaire de lexistence de réseaux? Comme pour le XVIIIe siècle, il pourrait être la marque dune forme de solidarité qui transcende les hiérarchies sociales ? Il pourrait être aussi la marque comme pour le XVIIIe siècle dhommes qui vu leur rang social estiment quils ont le droit de posséder un garçon sur lequel ils ont des vus ? Ce serait donc une caractéristique qui perdurerait par rapport au XVIIIe siècle : le supérieur peut dune certaine façon acheter linférieur. Lhomosexualité peut paraître transcender dans ce cadre-ci les catégories sociales à travers une forme de solidarité fondée sur des goûts sexuels communs. Mais cette forme de solidarité dans ce cas-ci est encore basée sur un intérêt purement égoïste et donc elle paraît très limitée. De plus, avoir recours à dautres pour faire des rencontres présuppose un réseau relationnel qui permet cette éventualité. Les personnes rendant ce type de service connaissaient sans doute les demandeurs. Ils connaissaient sans doute dautres personnes pour offrir des rencontres aux intéressés. Ce mode de fonctionnement sobservait au XVIIIe siècle et on a vu quà travers certaines affaires, nous pouvions observer ce type de fonctionnement.
Un facteur que nous avons décelé au XVIIIe siècle paraît être devenu plus rare. Au XVIIIe siècle, on pouvait discerner à travers certains pamphlets et certaines sources une forme daffirmation volontaire et directe de soi. Ce facteur paraît plus invisible ou moins directement affirmé au vu des sources consultées.
Un autre facteur spécifique au XVIIIe siècle est absent. Au XVIIIe siècle on pouvait distinguer une volonté de contrefaire la mode aristocratique chez certains de ces hommes. Nous navons pas distingué de semblables rites dans ces sources au XIXe siècle. Globalement nous pouvons soutenir que des indices suffisamment solides dans ces archives de police laissent transparaître un monde homosexuel comportant ses réseaux de connaissances. Par rapport au XVIIIe siècle on distingue des permanences qui indiquent lexistence de subcultures homosexuelles : réseaux de connaissance, soirées ou assemblées, parfois solidarité de ces hommes. On se trouverait parfois face à des réseaux informels qui tendraient à révéler que des nids de plaisir sexuels existaient et étaient complètement contradictoires avec le discours et lidéologie de la morale sexuelle ambiante. Cet aspect pose plus globalement le problème de lintériorisation de cette morale sexuelle. Il y a bien une morale et un discours distinct sur la morale sexuelle. Cependant cette morale laisse des nids de liberté sexuelle exister et lexistence des réseaux après celui des lieux de rencontres et cabarets en sont la démonstration concrète. Cependant une des marques de cette morale et notamment de la notion de morale publique serait bien la quasi absence de formes daffirmation claire et directe de soi. Il y a de ce point de vue une nette divergence par rapport au XVIIIe siècle. On a limpression que ces réseaux sont parfaitement indépendants vis-à- vis de la morale. Cependant il y aurait bien une adaptation de ces groupes dhommes à la notion de morale publique et elle se révèle à travers deux facteurs : les soirées privées et la quasi disparition de parole sur la revendication du plaisir homosexuel. Donc les sources consultées tendraient à prouver quexistaient, dans la première partie du XIXe siècle à Paris, des subcultures homosexuelles. La présence de subcultures homosexuelles, amènerait dans un second temps, à cerner de quelle manière était vécue le comportement homosexuel dans les divers milieux sociaux de la capitale. Lhomosexualité dans les classes populaires urbaines conduira à discuter la vision que ces groupes sociaux avaient de lexistence de subcultures homosexuelles. Lhomosexualité chez les élites sera envisagée à travers plusieurs cas dhommes connus pour leurs murs. Nous examinerons de quelle façon ils assumèrent leur différence dans une société de plus en plus virulente.
Il faudrait percevoir lhomosexualité intentionnelle ou existentielle qui pose la question de lindépendance par rapport à la morale victorienne ambiante. Dans quelle mesure cette idéologie morale est-elle intériorisée ?
II Homosexualité et classes sociales : quelles évolutions ?
Comment peut-on discerner la présence de lhomosexualité dans les différentes classes sociales : classes populaires et élites ? A travers cette présence, comment est perçue lhomosexualité dans les classes populaires et les élites ? Lexistence de poches de liberté sexuelle et la présence de lhomosexualité dans les différentes classes sociales posent le problème de lintériorisation de la morale. La présence de lhomosexualité dans les classes populaires peut être perçue de plusieurs manières. Dabord nous pouvons examiner la situation sociale des hommes qui apparaissent dans les fichiers de police. La présence de la prostitution masculine également permet dévaluer la pratique de lhomosexualité dans les classes populaires des villes. Le phénomène de la prostitution masculine peut aussi permettre de poser le problème de la perception de lhomosexualité dans les classes populaires : lhomosexualité occasionnelle est-elle vue comme quelque chose dune gravité irrémédiable ? Enfin le discours de certains réformateurs sociaux sur les murs des classes populaires des villes, avec toute la prudence et la critique quil convient davoir vis-à-vis de sources quexpriment la vision de contemporains précis et non la réalité, permet dévaluer aussi lattitude des classes populaires des villes devant lidéologie morale. Lhomosexualité chez les élites sera abordée essentiellement par lexemple de plusieurs personnages importants connus pour leur homosexualité : Cambacérès, Fiévée, Custine, Villemain, Henri Clément Sanson. Certains de ces personnages vécurent parfaitement bien leur homosexualité et ont eu des carrières non moins intéressantes. Certains homosexuels célèbres ont- ils contribué à faire accepter lhomosexualité ?
Leur manière dassumer leur homosexualité est-elle révélatrice dune forme de liberté dans certains milieux ? Parallèlement nous examinerons le cas de deux de ces hommes qui vécurent assez mal leur homosexualité et qui virent leur vie brisée à cause de celle-ci. Par rapport au deux autres hommes, leur carrière se situe à une date un peu postérieure : Leurs cas sont-ils révélateurs dune évolution de la morale ambiante donc dun durcissement de la morale ? Ces cas différents comme la présence de lhomosexualité dans les milieux populaires permettent dévaluer et de cerner limpact de la répression de lhomosexualité sur la vie des intéressés : quel impact a visiblement sur ces hommes, cette répression? Comment sadaptent-ils ?
A/ Lhomosexualité dans les classes populaires
La première manière dévaluer la présence de lhomosexualité dans les classes populaires des villes sont les fichiers de police. Les professions et statuts sociaux des hommes contrôlés dans les lieux de rencontres sont mentionnés dans un grand nombre de cas. Ils permettent dévaluer, à partir dune analyse statistique, le pourcentage des classes populaires des villes. Si on fait une analyse des fichiers de police concernant la première partie du XIXe siècle, les ouvriers et employés sont 176 pour un total de 403 hommes ayant leur état social renseigné. A ceci il faudrait ajouter la proportion des artisans et commerçants qui sont de 34 sur un panel de 403 hommes. Cependant Jeffry Kaplow pour le XVIIIe siècle nintègre pas dans la notion de classes laborieuses, les maîtres artisans qui dirigeaient leur entreprise. Cependant, on pourrait dans le cadre de ce travail, émettre lhypothèse dune certaine unité culturelle de ces classes populaires urbaines. Les pratiques culturelles de ces couches présenteraient des similitudes. Ces fichiers paraissent indiquer une présence notable de ces classes populaires dans les lieux de rencontre parisiens.
Cette présence réelle des classes populaires dans les lieux de rencontres est un premier indice qui conduit à poser la question de linterdit de lhomosexualité dans les milieux populaires. Lhomosexualité est-elle vraiment un tabou dans les classes populaires ? Quelles sont les retombées des théories sociales et médicales sur lhomosexualité ? Régis Revenin souligne que les cas étudiés par la médecine sont des cas extrêmement minoritaires et donc, à la suite des travaux de Georges Chauncey, nous pouvons faire lhypothèse que les théories médicales ont peu touché les homosexuels des classes populaires. En effet, nous possédons des indices au sein même des sources consultées. Nous avons remarqué que dans deux cas de répression de lhomosexualité : Champs-Elysées en 1848 et le Café de lEtoile en 1819, des militaires paraissaient pratiquer lhomosexualité contre rémunération (à en croire les sources consultées). Il semblerait quune pratique occasionnelle de lhomosexualité ne poserait pas de problème à certains militaires. De plus, en croisant ces données sociales avec la moyenne des âges des hommes inscrits dans ces fichiers on découvre par rapport au XVIIIe siècle une hausse de la proportion des moins de 20 ans. Ces données poseraient la question de linfluence limitée dans les couches populaires, des théories intellectuelles sur lhomosexualité masculine. De plus, Laure Murat souligne que dans les années 1830, le personnage de la tante est un objet détude tant dans les archives de police que dans La Comédie humaine de Balzac. La tante désigne celui dont le sexe biologique ne remplit pas le rôle supposé inhérent.Le pervers est donc celui qui est féminin car il transgresse les normes du genre. Celui qui reste conforme à son sexe ne paraît donc pas poser le même problème : il est, au mieux, quelquun qui se trompe dobjet mais il reste conforme à son sexe biologique. Peut-être que ceci peut expliquer le comportement des militaires dans les deux cas que nous avons soulignés ? De plus les statistiques révèlent une pratique de lhomosexualité dans une frange de la population des villes. Cette pratique de lhomosexualité doit être mise en parallèle avec le phénomène de la prostitution masculine. On pourrait lappréhender en croisant les statistiques démontrant une hausse des moins de vingt ans et les fichiers de police. Enfin, il faut confronter ces facteurs au discours de plusieurs réformateurs sociaux sur les murs des classes populaires des villes. Par ailleurs lanalyse de plusieurs fichiers de police tendrait à révéler que certains assumaient assez bien leur différence sexuelle dans une société au discours très répressif. Lattitude de certains de ces hommes révèle une liberté dans leur comportement. Certains rapports comportent des indices précis : comme celui du 20 février 1827 déplorant que tous les jours « chez un marchand de vin rue de la licorne, des individus viennent commettre en public les caresses les plus dégoûtantes et se prostituer aux scélérats. » Ce type de rapport semble indiquer un comportement fait de bravades. Ces attitudes pourraient démontrer une certaine indépendance par rapport à la répression de lhomosexualité. Une forme de pratique de lhomosexualité ne posant pas de problème au niveau du genre nest-elle pas plus ou moins tolérée ou ignorée dans les milieux populaires? Dans les fichiers BB4 de la police, on peut cerner deux catégories dindividus dissemblables : ceux qualifiés de tantes affublés de surnoms féminins et ceux qui ne sont pas désignés ainsi et qui paraissent masculins. Les premiers paraissent stigmatisés davantage. Ce qui tendrait à prouver que le tabou majeur est bien celui de la transgression du genre. Georges Chauncey dans son travail sur New York produisait les mêmes analyses : lhomme qui répondait à la tante nétait pas vu comme anormal.Donc celui qui poserait problème est la tante qui par son efféminement transgresse la représentation de la masculinité. Lhomme viril dans son attitude qui répond occasionnellement aux sollicitations de la « tante » ne serait pas stigmatisé de la même façon. Ce type dattitude révèlerait peut-être quil ny a pas de perception de la gravité dun comportement dans le cas où les normes du genre ne sont pas transgressées ? Si dans les fichiers BB4, les hommes qualifiés de « tante » sont désignés par des surnoms féminins, dautres sont décrits comme « pédérastes ». Ils ne sont pas décrits comme féminins, mais plutôt comme des débauchés. On peut identifier des hommes issus des milieux populaires : ils sont coiffeurs, cordonniers, domestiques
: on percevait des hommes semblables dans les fichiers concernant le XVIIIe siècle. Certains de ces hommes semblent évoluer entre le milieu des prostituées et des « tantes » et la délinquance. Ils semblent amateurs de jésus ou de tantes et par leur description paraissent virils. Ne sommes nous pas face à une catégorie de jeunes hommes célibataires de milieu populaire ? Ils fréquenteraient des homosexuels féminins. Ils ne se considèrent pas comme homosexuels mais comme des hommes virils car probablement actifs sexuellement daprès les descriptions. Il sagirait dune sous culture célibataire. En 1830 les quartiers centraux de la rive droite comportaient une population vivant en garni. Ces populations sont originaires des régions agricoles du Bassin parisien, du Nord, de la Lorraine, du Massif Central. Ils sont portefaix, manuvres
il sagit dune population mouvante. Ce type de population pourrait constituer la base sociale de cette sous culture célibataire. Par ailleurs nous avons examiné comment certains médecins abordaient des cas dhomosexuels efféminés dans lunivers carcéral. Ils les décrivaient comme des prostituées. Ils induisaient des relations entre ces hommes et dautres prisonniers, probablement actifs. Ceci permet aussi de poser cette question de la relative tolérance dune relation homosexuelle dans ces milieux populaires envers celui qui ne pose pas de problème au niveau du genre. De même que ce facteur pose la question de lexistence de cette sous culture célibataire. Ny-a- til pas, pour ces classes populaires, lidée que lhomosexuel véritable qui est dans lanormalité est la « tante » efféminée qui est passif sexuellement ?
Le phénomène de la prostitution masculine permet aussi de cerner la présence de lhomosexualité dans les classes populaires et la perception quelles en ont, de même que cette relative imperméabilité vis-à-vis du discours des élites. La prostitution masculine dépend aussi de la répression policière et de son degré defficacité. Le poids numérique de la prostitution masculine est un facteur qui implique directement le degré de la répression policière. Cependant elle constitue un facteur permettant de mesurer le rapport des classes populaires à une certaine pratique de lhomosexualité. Elle peut aussi indiquer le rapport à une pratique, au moins occasionnelle, de lhomosexualité de la part dhommes qui, peut- être, ne se définissaient pas comme différents sexuellement. Nous avons pour le XVIIIe siècle rencontré des cas similaires. Des hommes qui visiblement, évoluaient dans le domaine de la prostitution et même de la délinquance, et qui fréquentaient les lieux de rencontre homosexuelle.
Nous avons appréhendé la prostitution masculine à travers deux sources principales : les mémoires de certains policiers comme Louis Canler. Ce dernier fait référence dans ses écrits aux prostitués masculins et enfin les fichiers de police qui aussi font état du phénomène. Le policier Louis Canler décrit assez bien lexistence de la prostitution masculine. Il classe les homosexuels en plusieurs catégories bien distinctes. Nous avons abordé précédemment ces sources dans le cadre damalgames entre homosexualité et fléaux sociaux. Cependant deux de ces catégories paraissent concerner lhomosexualité et la prostitution masculine dans les milieux populaires : les persilleuses et les travailleuses. Les persilleuses paraissent correspondre à des hommes issus des milieux populaires. Ils semblent se prostituer pour échapper au travail. Le but premier de la pratique de lhomosexualité pour ces hommes semble lappât du gain. Le plaisir ne semble pas leur première motivation. Ceci paraît dautant plus vraisemblable que parallèlement ce policier aborde une catégorie quil nomme les rivettes ne se distinguant pas des autres hommes. Ils se trouvent dans toutes les classes de la société. Ils ont recours aux persilleuses pour assouvir leur plaisir. Ces hommes désignés sous le surnom de persilleuse paraissent être des prostitués masculins de milieu populaire. Ils vivraient grâce au plaisir quils procurent à dautres hommes de milieu plus aisé. Ce témoignage semblerait corroborer la présence claire et nette, dans les classes populaires, dune pratique occasionnelle de lhomosexualité vécue comme assez banale, car non basée sur la définition dune identification homosexuelle nexistant pas pour ces cas. En plus, ces affirmations indiquent parfaitement que ces hommes nont pas détat dâme pour demander à la prostitution de leur assurer des moyens dexistence. Ceci démontrerait quune pratique occasionnelle de lhomosexualité dans un certain contexte nest pas vue par ces hommes comme un comportement dune irrémédiable gravité. Ces prostitués masculins paraissent assumer très clairement le rôle quils ont choisi. Les attitudes qui sont décrites paraissent caractériser des hommes parfaitement libres dans leur comportement et quils ne tentent pas de cacher. Louis Canler souligne aussi les lieux où ces hommes peuvent être croisés : passages, Palais Royal. Les fichiers de police paraissent confirmer les propos du policier. Parallèlement à ces prostitués masculins dénommés les persilleuses, ce policier fait référence également à une autre catégorie « dantiphysiques » quil situe dans la classe ouvrière : les travailleuses. Ces hommes sont caractérisés par la spécificité de leur habillement. Ce qui semble intéressant est labsence du sentiment de honte chez ces hommes. Ce qui tendrait à prouver que cette catégorie dhommes assume parfaitement bien une certaine pratique de lhomosexualité. Cette partie des mémoires de ce policier paraît accréditer le fait que des éléments des classes populaires des villes pratiquent, pour certains, lhomosexualité. Dans les rapports de médecine légale, la plupart des cas examinés étaient souvent montrés comme pétris de honte et écrasés par la culpabilité. La culpabilité doit être de ce point de vue liée à la christianisation, car la culpabilité est liée au sentiment de la faute ou du péché commis. Ce sentiment ne semble pas ressortir de lanalyse du policier Louis Canler. Faut-il faire intervenir dans ce facteur une déchristianisation des classes populaires ? Ce poids de la prostitution masculine peut-il être évalué ? Est-il un signe du rapport des classes populaires face au tabou de lhomosexualité ? En dautres termes, lhomosexualité pratiquée de manière épisodique était-elle jugée comme une chose grave ? Dans les archives de police notamment les archives BB4, nous avons plusieurs indices pouvant nous indiquer le poids de la prostitution masculine. Nous avons des fiches dhommes qui portent spécifiquement lindication « fait son commerce
» Ce type de mention nest mentionné que pour certains et elle pourrait indiquer que lindividu noté se livre à la prostitution. Nous avons aussi dautres indications comme « il se fournit des jésus » ou « il entretient des jésus». On compte plusieurs fiches qui contiennent ce type dannotation. Ces indices semblent indiquer une présence non négligeable de la prostitution masculine.
Lallusion à la prostitution masculine est faite également dans certains rapports sur les rencontres dans plusieurs théâtres parisiens. Ce sont aussi manifestement des jeunes gens appartenant aux classes populaires urbaines. Dautres rapports de police font aussi allusion à la prostitution de jeunes gens appartenant aux classes populaires, ceux-ci feraient des propositions ignobles à des étrangers contre de largent. Toutes ces sources paraissent nous indiquer que la prostitution masculine dans les classes populaires, quelle soit occasionnelle ou non, est pratiquée. Ces cas ne paraissent-ils pas indiquer une attitude visant à banaliser une certaine pratique occasionnelle de lhomosexualité ? Parallèlement, nous avons, pour plusieurs de ces hommes, des annotations qui pourraient indiquer une pratique occasionnelle de lhomosexualité. Par exemple Victor Chivot « a fait longtemps le jésus se livrant aux pédérastes pour peu de chose. Pédéraste connu, bien quayant vécu avec une fille publique » ou Félicien Doboszynski réfugié polonais « pédéraste, il sest fait entretenir par des femmes car il est joli garçon » ou encore, Louis dit Louise Ledoux, domestique, « a été à Londres où il y place des filles publiques. Sa principale industrie est la pédérastie
» Ou Alfred, dit le porteur deau « souteneur et chanteur relations avec pédérastes, vit avec fille publique
»En fait, on peut observer des hommes vivant entre lhomosexualité et le milieu des prostituées femmes. Une pratique occasionnelle de lhomosexualité ne paraît pas, dans ce cas, constituer un interdit absolu. Les attitudes de ces hommes paraissent complètement différentes, par rapport à la dramatisation de lhomosexualité dans les écrits de la médecine légale. Enfin des comportements audacieux semblent démontrer une liberté relative face à soi même : plusieurs de ces hommes sont arrêtés pour sêtre masturbés avec un autre homme en public. De même, les rapports sur les théâtres parisiens indiquent que certains hommes nhésitaient pas à avoir des attitudes assez libres même en public. Ces attitudes ne sont- elles pas un nouvel indice dun comportement assez indépendant. Cette même liberté sobserve dans le langage de certains de ces hommes : certains rapports comportent des annotations sur certains propos qualifiés de « révoltants » qui auraient été tenus par certains dentre eux, et parfois même à des policiers.
Tous ces indices pourraient indiquer une certaine dédramatisation vis-à-vis dune certaine pratique de lhomosexualité chez ces hommes. Un autre indice encore, semble aller dans le même sens : les rapports du directeur de la prison de Clairvaux datés du 6 juin 1834. Le directeur de cette maison darrêt indique que quelques honteuses que soient les relations qui font lobjet de ce paragraphe, elles ne sont pas extraordinairement rares. » Et le directeur indique « Les individus atteints de ce vice sont dans la proportion de 20% pour ceux habitants la ville et 8% ceux habitants la campagne. »Dautres rapports, sans aborder lorigine urbaine de certains détenus notent la progression de lhomosexualité en prison. Les rapports de ces directeurs de maisons darrêt semblent refléter chez les hommes dénoncés, une certaine indifférence vis-à-vis de linterdit de lhomosexualité. Peut-on dire que la présence de ces classes populaires dans le monde de lhomosexualité, de même quune relative dédramatisation, indique une assimilation limitée des discours stigmatisant lhomosexualité masculine ? Les indices cités semblent le confirmer : le poids de la culpabilité ne semble pas ressortir des rapports de police concernant plusieurs de ces hommes. Ces hommes ne se sentaient pas coupables parce quils navaient pas limpression de faire quelque chose de grave. Tous ces indices indiquent tout de même une pratique certaine de lhomosexualité chez certains éléments des milieux populaires urbains. Certains réformateurs sociaux narrent les murs de la classe ouvrière des villes : Honoré Antoine Frégier, déjà cité dans un chapitre précédent, analyse des aspects des murs des classes pauvres des villes en soulignant que le vice y est présent. Il souligne que le vice est un danger dans les villes. Ce type de rapport, rapproché des indices précédemment rassemblés, conforte lhypothèse dune relative indifférence des classes ouvrières des villes devant lidéologie morale qui sinstalle progressivement, car cest précisément de cette indifférence que ce réformateur social salarme. Les classes populaires des villes côtoyaient sans doute lhomosexualité et les indices que nous avons rassemblés nous font plaider pour une relative imperméabilité vis-à-vis de certains discours.
Nous avons identifié des rapports comportant des plaintes sur les promenades des Champs Elysées. Cependant ces rapports sont relativement bien écrits et donc, il faut prendre en compte le taux danalphabétisme des classes populaires en ce début du XIXe siècle et souligner que ces quelques courriers ne provenaient probablement pas de membres des classes populaires des villes.
B/ Lhomosexualité des élites : quelques personnages connus
Parallèlement aux classes populaires des villes, comment fut vécue et ressentie lhomosexualité chez les élites ? Afin de mesurer ce vécu et cette perception nous avons choisi de prendre le cas de quelques grands personnages connus pour être notoirement homosexuels : Jean Jacques Régis de Cambacérès (1753-1824), Joseph Fiévée (1767-1839), Astolphe de Custine (1790-1857), Abel-François Villemain (1790-1867), Henri Clément Sanson (1799-1889). Ils ont vécu différemment leur condition : certains sen sont fort bien accommodés, dautres ont éprouvé des difficultés. Si les facteurs dexclusion sont réels, toute forme dexclusion comporte son inclusion. Ne peut-on pas expliquer ainsi la manière dont certains ont vécu relativement bien leur condition ? Les sociétés même les plus répressives comportent toujours leurs exceptions. Peut-on analyser le cas de certains de ces hommes ainsi ? Peut-on faire une analyse micro-historique de ces hommes ? : Leur histoire personnelle explique-t-elle à elle seule, cette relative aisance que mettent certains à assumer leurs penchants ? Enfin lexemple de certains de ces hommes, dont deux au moins jouèrent un rôle politique de premier plan, fut-elle de nature à faire accepter lhomosexualité, dune certaine manière ? Le cas de certains de ces hommes fut-il de nature à contrebalancer la vision très négative de certains discours. Dautre part, il faudrait aussi faire intervenir la naissance de lintimité qui implique que les comportements dans la sphère très privée ne sont pas condamnables. Ceci permettrait dexpliquer chez certains de ces hommes la séparation de la sphère publique et privée.
Jean Jacques Régis de Cambacérès
Le premier homme dont lhomosexualité fut assez bien connue fut Cambacérès. Il sagit dun homme politique de premier plan sous le Premier empire. Nous allons analyser Cambacérès au niveau de son milieu social et familial de son attitude vis-à-vis de son homosexualité et lattitude de ses contemporains.
Jean Jacques Régis de Cambacérès naît le 18 octobre 1753 dans une famille de magistrats. Il est le fils de Jean Antoine de Cambacérès qui est maire de Montpellier. Sa mère, Marie Rose de Vassal, appartient à une famille de banquiers. Il est issu de la noblesse de robe. Il fait ses études à Aix en Provence et commencera une carrière davocat à Montpellier. Il est initié à la Franc-maçonnerie. Il exerce la fonction de conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier. Cette charge demeure dans sa famille depuis 1640. Il semble actif au sein de la maçonnerie et partisan des idées nouvelles. Il faut souligner, afin davoir une vue claire du milieu familial dont est issu Cambacérès, quun de ces frères fut archevêque de Rouen, cardinal et sénateur et quun autre de ses frères fut général et que ce même général eut un fils qui fut pair de France et sénateur. Nous avons affaire à une famille de serviteurs de lEtat. Le milieu familial dont est issu Cambacérès aurait pu poser problème à ce dernier du point de vue de ses murs ; elles auraient pu logiquement limiter sa carrière notamment avec la moralisation des murs de laristocratie au XIXe siècle. Il faut souligner quil nen fut rien, et que malgré les calomnies qui circulèrent, sa carrière se poursuivit sous le Premier empire, et sil quitta la vie politique après la fin du Premier empire, ce fut en raison de sa fidélité à Napoléon Ier. La Révolution arrive et Cambacérès ne sera pas élu aux Etats Généraux de 1789. Il participera néanmoins aux évènements de la Révolution dans lHérault : Conseil municipal et Procureur syndic du district. Il sera élu à la Convention en 1792 pour le département de lHérault. De par le milieu familial, son cas se rapproche de celui de Paul Barras. Il devait voter la mort de Louis XVI. Il fut membre du Comité de sûreté général et fut chargé de la classification des lois en 1793.
Cest donc un homme actif et exerçant des charges importantes sous la Révolution. Son uvre principale est la rédaction du Code civil des français. Il fut membre du Conseil des Cinq-cents sous le Directoire. Il devint deuxième consul sous le Consulat et fut fait archichancelier sous lEmpire. On a donc un personnage politique de premier plan et qui ne fut aucunement gêné par ses murs sur lesquelles circulaient des indiscrétions et dont Napoléon Ier avait sans doute connaissance.
Son attitude vis-à-vis de ses murs est celle dune relative aisance. Cette attitude semble démontrer que ce qui fut marquant pour Cambacérès fut son milieu social dorigine et son parcours professionnel rassurant et conforme ? Cet aspect de sa personnalité na t-il pas contrecarré sa vie privée ? Cet homme qui fut célibataire navait pas hésité à inscrire le célibat comme vice que le législateur doit poursuivre dans son projet de Code civil de 1794. Cette forme de duplicité est-elle étonnante de la part de Cambacérès ? Nest-elle pas une adaptation aux codes de la société ? Ce type de comportement est-il une illustration de ce que soulignait Jean Paul Aron et Roger Kempf sur la duplicité de la bourgeoisie : celle-ci parvenue au pouvoir avec la Révolution de 1789 met en place un discours une morale, qui régit ses discours mais pas sa conduite. Plusieurs indices nous indiquent que Cambacérès vivait son homosexualité dans une relative liberté : létendue des caricatures sur cet aspect de sa personnalité est un indice, car visiblement ses murs étaient fort bien connues. Plusieurs caricatures sont assez directes. Dans certaines, larchichancelier est dabord représenté comme un ennemi des femmes : une caricature est une double tête, la tête de Napoléon porte en exergue haine des hommes, et celle de Cambacérès, haine aux femmes et comme conclusion avec eux, la fin du monde. On représente larchichancelier indifférent au milieu dun groupe de jeunes femmes ou « Cambacérès de son côté, enchérit encore sur les crapules de la famille corse, mais ce ne sont point des femmes quil lui faut
» « On ségaye toujours aux dépens de Cambacérès. On prétend quen racontant les plaisirs de sa jeunesse, il disait dernièrement jallais voir les filles comme un autre, mais je ny restais pas longtemps ; dès que mon affaire était finie, je leur disais : adieu, messieurs! Et je men allais. » Ce type de caricature rejoint la crainte que les murs dhommes comme larchichancelier portent atteinte à la démographie. Cest peut-être le sens de lexpression « fin du monde » à son égard ? De même les caricatures qui le présentent comme ennemi des femmes ont la même signification. Elles semblent aussi induire que la pratique de lhomosexualité éloigne forcément ceux qui la pratiquent du sexe opposé. On trouve un deuxième type de caricatures. Les thèmes de ces caricatures ont trait à son goût pour la sodomie : la caricature Le retour de la chasse aux culs-blancs ou les bons chiens darrêt, la caricature La petite loge ou larchifou, où lactrice Mademoiselle Cuizot quil fréquenta un temps pour calmer les critiques à son égard, revêtue dun travesti suggestif lui tourne le dos. Certaines caricatures insistent sur sa gourmandise comme pour démontrer que le ministre de lEmpereur est adonné à tous les plaisirs les plus hédonistes et stériles. Enfin, une caricature représente sa fin. Cambacérès est en costume féminin avec une robe à volant et on retrouve donc la crainte, dans ce type de caricature, de la transgression des genres. Lempereur lui-même, aurait demandé à Cambacérès de prendre une maîtresse pour faire cesser toutes ces calomnies. Toutes ces caricatures ne semblent pas le déstabiliser. Il paraît même avoir été assez imperméable à toutes les attaques. Ceci semble le fruit de cette stricte séparation que nous remarquions entre sa vie privée et sa vie publique. Il faut dailleurs souligner que Napoléon Ier lui garda toujours sa confiance malgré ce quil savait de son ministre. De même ses promenades au Palais Royal sous lEmpire, en compagnie de deux de ses amis, de ses secrétaires et de ses valets, tous des hommes prêtaient à amusement. Ses promenades pourraient aussi démontrer une certaine liberté de la part de Cambacérès vis-à-vis de ce qui circulait sur son compte.
Nous avons limpression, de sa part, dune séparation stricte entre sa vie dhomme public et sa vie privée. Nous avons le sentiment dun comportement, celui qui caractérisait lhomme public Cambacérès, et dun autre comportement caractérisant lhomme privé. Jean Louis Bory semble démontrer cette opposition entre lhomme privé et lhomme public. Sur lhomme public, il note que lhomme fit preuve dune particulière prudence à lépoque de la Révolution, et notamment si on compare son attitude avec un homme du XVIIIe siècle comme le marquis de Villette. En ce qui concerne le Code civil, il ne fit rien pour éviter de classer le célibat comme un vice et même, avec la même indifférence, il laissa sinstaurer la mise en tutelle de lépouse incapable dadministrer la famille et ses biens. On aurait tendance à penser à travers cette analyse, que Cambacérès ne laissa pas lhomme privé interférer sur laction de lhomme public. Plusieurs ont souligné que le fait que le Code civil, dont Cambacérès fut un des principaux rédacteurs, ne mentionna pas explicitement lhomosexualité, nest pas fortuit. Nous ne souscrivons pas à cette analyse car nous avons montré combien des textes généraux et une pratique policière pouvaient suffire à la répression de lhomosexualité. De plus les analyses que nous pouvions faire sur la disparition du crime de sodomie en 1790 peuvent être faites aussi par rapport à la rédaction du Code civil. La laïcisation du droit et le fait que désormais tout crime réclamait une victime, fut-elle la morale outragée, interdisaient tout retour de la pédérastie ou de la sodomie comme crime en soi. Cest pourquoi les analyses de cette absence de mention de lhomosexualité dans le Code civil par rapport à la vie privée de larchichancelier de lEmpire ne sont pas pertinentes et de fait, elles nous paraissent invérifiables. Ce type de comportement serait en contradiction avec la stricte séparation que nous analysons entre le Cambacérès public et le Cambacérès privé. Dailleurs un de ces biographes soulignait, pour contrebalancer ses murs, le fait que lon ne peut rien reprocher à sa carrière politique. Cette stricte séparation quil faisait entre son action dhomme public et son goût de collège nest-elle pas le principal secret dune vie privée parfaitement assumée ? Cambacérès gardait-il des murs dessence aristocratiques ? : Ma morale ne regarde que moi et je nai la prétention de limposer à quiconque.
Par rapport à un personnage que nous présenterons postérieurement Joseph Fiévée, Cambacérès fit preuve de plus de recul par rapport à sa vie privée tout en assumant ouvertement ce qui faisait sa vie personnelle. Il faudrait voir si le cas de Cambacérès fut de nature à faire admettre lhomosexualité. Afin de juger si le cas de larchichancelier de lEmpire fut de nature à faire tolérer lhomosexualité nous avons étudié un ouvrage qui fut publié à sa mort en 1824 « Vie de Cambacérès archi-chancelier par MA Aubriet. ». Dabord son biographe souligne, au sujet de la carrière politique de Cambacérès, que lon ne peut reprocher au ministre de Napoléon Ier aucun abus de pouvoir. Cest une manière de défendre son action politique, dautant plus que son biographe souligne en même temps la longévité de sa carrière politique. Son goût de collège, lauteur de sa biographie ne le nie pas franchement. Néanmoins il le minimise en mettant en parallèle sa carrière politique pour indiquer quil fallait juger lhomme sur le bilan positif de sa carrière politique et non sur des rumeurs et des caricatures. Lauteur essaie de démontrer que rien ne peut prouver sa vie privée mais en même temps, il ne nie pas le fait. Cette biographie minimise plutôt les questions sur la vie privée de lArchichancelier dEmpire. Ce message est intéressant car tout en nessayant pas daccumuler les arguments pour démentir les goûts intimes de Cambacérès, il essaie de contrebalancer par des considérations sur sa carrière d homme public. Ces arguments sont effectivement de nature à faire admettre que lhomme ait pu être honorable, indépendamment des questions sur sa vie privée. Il faut souligner quen mai 1818 une ordonnance royale lui rendra sa légion dhonneur, son titre de duc et plus tard ses biens. Il faut souligner aussi que lors de ses obsèques le 12 mars 1824, Decazes, principal ministre de Louis XVIII, fut présent ainsi que dautres, et que plus de cent cinquante voitures laccompagnèrent au cimetière du Père Lachaise. Au total sa vie privée qui était fort bien connue ne la pas empêché de bénéficier des honneurs dus à son importance politique. Le fait que son biographe cherche à minimiser sa vie privée au dépend de sa qualité dhomme politique est propre à faire admettre quun homme homosexuel ait pu être un homme public de talent et qui servit honorablement lEtat.
Dune certaine façon, cest un point de vue qui est de nature à faire tolérer lhomosexualité et à sopposer à la vision de lhomosexualité forcément associée aux fléaux sociaux. Le cas de Cambacérès est un cas susceptible de faire admettre lhomosexualité parce quil ne fut lobjet daucun scandale. Le journal Le Moniteur universel, à sa mort, rendit compte de ses obsèques et des honneurs qui lui furent rendus. Lindex de ce journal comporte une notice complète sur Cambacérès qui rassemble des articles sur le ministre de Napoléon Ier. Il est question exclusivement de son action dhomme dEtat. Cest une manière aussi de souligner son importance et de minimiser par là sa vie privée et les rumeurs auxquelles elle donna lieu. Au total nous pouvons émettre lhypothèse que le cas de Cambacérès fut bien susceptible de faire admettre lexistence de lhomosexualité chez un grand personnage qui navait pas démérité au cours de sa vie publique.
Joseph Fiévée
Le cas de Joseph Fiévée (1767-1839) correspond encore davantage à un cas dhomme public qui assuma encore plus ouvertement son homosexualité. Par rapport à Cambacérès, il appartient par son origine à la bourgeoisie parisienne daisance modeste : son père tenait un restaurant réputé. Joseph Fiévée fut imprimeur à lépoque révolutionnaire. Il édita, entre autres, La Chronique de Paris où il débuta comme journaliste. Il fut membre dun réseau royaliste. Il fut ensuite chroniqueur à La Gazette de France. Il fut emprisonné et, une fois libéré, il deviendra lagent secret de Bonaparte. Il linformera de la situation du pays. Il devient rédacteur en chef au Journal des débats qui sera Journal dEmpire de 1804 à 1807. Lempereur lanoblit et il devient Maître de requêtes au Conseil détat. Il sera Préfet de la Nièvre de 1813 à 1815.
Sous la Restauration, il sera un des penseurs des ultras royalistes. Il évoluera progressivement vers le libéralisme après 1818. Il faut souligner également quil fut chevalier de la Légion dhonneur en 1812. Cest donc un homme qui eut une carrière publique qui, sans être aussi prestigieuse que celle de Cambacérès, est tout de même importante. Il joua un rôle non négligeable sous le Premier Empire. Il faut aussi souligner que Joseph Fiévée rédigea deux romans, trois pièces de théâtre, des essais et quil laisse une correspondance. Il eut un parcours qui partit du journalisme vers la haute fonction publique. Il faut indiquer quil fut marié en 1790 mais que sa femme mourut en couches et lui laissa un enfant. Il laissa entre autre des écrits politiques : Correspondance politique et administrative, Du dix-huit Brumaire opposé au système de la terreur, histoire de la session de 1815, Histoire de la session de 1820.
Jean Tulard soulignait combien le personnage fut indépendant et combien cette indépendance lui coûta cher car il connut trois emprisonnements, sous trois régimes différents. Cette indépendance se retrouve dans sa vie privée. Le préfet de la Nièvre de Napoléon Ier assume ouvertement sa liaison homosexuelle avec son ami Théodore Leclerq. Dailleurs il nhésitera pas à transformer ce dernier en maîtresse de maison. Il peut être classé parmi ceux assumant intentionnellement leurs penchants, encore plus intentionnellement que Cambacérès car il saffiche ouvertement dans une liaison homosexuelle notoire lorsquil fut préfet de la Nièvre. Jean Tulard souligne que les Nivernais sont surpris par ce couple mais que lon ne trouve aucune trace de plaintes tant il sait se faire respecter.Dans le cas de Joseph Fiévée comme dans le cas de Cambacérès, la fonction quils exercent et la notoriété quils acquièrent dans lexercice de leurs charges respectives leurs permettent de faire accepter dune certaine manière leur façon de vivre ; si des bruits circulent, ceux-ci ne sont pas susceptibles de les atteindre. Cette analyse peut être faite notamment pendant le temps où Joseph Fiévée exerça sa charge de préfet de la Nièvre. Sil eut à faire face à trois emprisonnements ce fut son indépendance politique qui en fut la cause. Il assuma toute sa vie sa relation avec son ami et à sa mort, il sera inhumé au côté de son cher Leclerq. Sa liberté dans sa façon dafficher sa particularité et les fonctions quil exerça furent-ils de nature à faire admettre lhomosexualité ? Sa carrière politique et administrative ne fut pas gênée par son intentionnalité à afficher sa liaison homosexuelle. De même, sous la Restauration, il fut un des penseurs des ultras avant dévoluer vers le libéralisme et son homosexualité ne fut en rien la cause de ses ennuis politiques. Il faut souligner que lon a affaire à un homme qui fut, certes indépendant, mais parfaitement intégré à la société politique de son temps. Dans le domaine politique il sut se montrer un préfet correspondant au préfet napoléonien. Il sera partisan de la monarchie rétablie sous la Restauration. Ne peut-on pas émettre lhypothèse que sa conformité politique et sociale compense largement la non-conformité de sa vie sexuelle ? De ce point de vue, son cas se rapproche donc de Cambacérès. Faut-il penser que cet aspect explique que son homosexualité ne lui causa pas de déboires comme elle devait en causer à dautres hommes ? Une société où lordre moral sinstallait et qui excluait largement par le discours et la répression les anticonformistes du sexe pouvait parfaitement inclure certains dentres-eux qui, par ailleurs, ne semblaient pas menacer la société car ils en respectaient les codes et quils la servaient honnêtement. Le cas de Joseph Fiévée fut-il de nature à faire admettre lhomosexualité ? Son exemple constitue une forme de liberté largement inédite et interdite au commun des mortels. Comme pour Cambacérès, le cas de Fiévée peut être aussi analysé en prenant en compte le phénomène de la naissance de lintimité. Son exemple contrebalance les images négatives de lhomosexualité. De ce point de vue lexemple de Joseph Fiévée par la parfaite intégration à la société dont il fit preuve fut bien de nature à faire admettre davantage lhomosexualité. Nous pouvons émettre cette hypothèse, dautant plus quil ny aura à son encontre, aucun scandale à limage de celui qui frappera Astolphe De Custine. Sa manière dassumer sa liaison avec Théodore Leclerq habitua ses administrés étonnés à prendre en compte cette particularité de leur préfet. Par cette attitude, il permit certainement une plus grande prise en compte de lhomosexualité : on pouvait être parfaitement intégré à la société de son temps et servir lordre existant, tout en affichant des penchants parfaitement vilipendés. Sa position lui permettait de se faire accepter tel quil vivait. Joseph Fiévée affirmait certainement plus ouvertement ses goûts sexuels que Cambacérès. Ceci lui donne un côté inédit dans le contexte de lépoque. Il faut souligner que Cambacérès comme Fiévée sont des hommes qui ont fait leur carrière sous le Premier empire. Ce sont encore des hommes du XVIIIe siècle. De ce fait ils nont pas intégré le discours répressif. Il est important de le souligner en vue dune comparaison avec les trois autres cas étudiés. Il faudrait sans doute faire intervenir une question de génération. On pourrait aussi se demander si lEmpire ne fut pas une période plus ouverte, dune certaine manière, que la Restauration ou la Monarchie de juillet, où la morale Victorienne était plus parfaitement installée. Ne se trouvait-on pas dans une époque transitoire dans le sillage du XVIIIe siècle, qui nempêcha pas le marquis de Villette de réaliser une carrière notable sous la Révolution malgré la notoriété de ses penchants ? LEmpire peut-il être considéré comme une période de transition de ce point de vue ? Le cas de Joseph Fiévée constituerait le cas célèbre de lhomosexuel le plus libre et le plus parfaitement intentionnel dans la société de son temps. Il vivait librement son homosexualité dans une époque où la répression policière était une réalité ; dans un contexte où les discours liaient lhomosexualité à tout un ensemble de fléaux sociaux. Cette liberté paraît étonnante. Cependant elle constitue la liberté dun homme qui fut un bourgeois parfaitement intégré à la société de son temps. Il nen remettait pas en cause les principes par son comportement. Cest peut-être ainsi quil faut analyser cette liberté ?
Astolphe de Custine
Le personnage dAstolphe de Custine (1790-1857) est sensiblement différent dhommes comme Joseph Fiévée ou Jacques Regis de Cambacérès. Lhomme est plus un voyageur et un homme de lettres quun homme public comme les deux précédents. Il paraît assumer au départ bien moins aisément son homosexualité. : « Je suis malheureux dun mal impossible à confier » affirmait-il à un ami. De plus par rapport aux deux précédents cas, Custine eut des problèmes par rapport à son homosexualité à la suite dune mésaventure à Saint Denis en 1824, qui devait lui coûter cher et mettre fin à une carrière publique.
Cependant, avant de rentrer dans le cur du rapport du marquis de Custine avec son homosexualité, quel était son milieu familial dorigine ? Astolphe Louis Léonor de Custine est né le 18 mars 1790 dans une famille de la noblesse. Il est le petit-fils dAdam Philippe De Custine (1740-1793), général français qui mourut guillotiné le 28 août 1793 et qui siégea à la Constituante. Le père dAstolphe de Custine mourut aussi sur léchafaud en janvier 1794. Sa mère Delphine, eut pour amant François René de Chateaubriand (1768-1848). Cest donc au sein dune famille issue de la meilleure noblesse quAstolphe de Custine vit le jour. Astolphe de Custine appartient par sa mère à une illustre famille provençale la famille Sabran qui a donné au Moyen âge, quatre épouses à quatre souverains dont Marguerite de Provence (1221-1295) à Louis IX (1214-1270). La famille Custine était une vieille famille noble du Hainaut. En 1821 Astolphe de Custine épousera Léontine de Saint Simon dont il eut un fils, Enguerrand. Il faut aussi souligner quAstolphe de Custine partageait une foi catholique certaine. Pour reprendre Hans Mayer, lhistoire de Custine pourrait lidentifier plus facilement à un homosexuel existentiel quà un homosexuel intentionnel comme Joseph Fiévée. Pourtant Astolphe De Custine prend assez bien conscience de son état et ne semble pas le nier. Olivier Gassoin souligne que tout en étant conscient de son homosexualité et en ne la rejetant pas, Custine cherche des accommodements avec le ciel et essaie de concilier sa foi religieuse et les tentations de la chair.Custine dans un premier temps entra dans larmée et Chateaubriand lintégra à la délégation française au Congrès de Vienne (1814) chargé de réorganiser lEurope après lépopée napoléonienne. A cette occasion il montra ses désillusions et fit preuve dune attitude critique qui le distingue des préjugés de sa caste. Il eut de même un temps, une attitude critique par rapport à la Restauration. Globalement, il se désole de lincompréhension de certains face au monde qui a changé : « Les peuples ont eu trop part aux sacrifices pour redevenir étrangers à leurs propres intérêts et laisser disposer deux comme des troupeaux
» En juillet 1823 Custine perd son épouse à la suite dune angine de poitrine. Il perdra de même son fils, emporté par une méningite en janvier 1826. Custine convoitait un titre de pair de France avec lappui de Chateaubriand. Tout ceci devait être remis en cause à la suite dune mésaventure qui allait constituer un tournant dans sa vie.
Ce fait se déroule à Saint Denis où Custine se rend le 28 octobre 1824 sous le motif dexaminer les dispositions en vue des obsèques de Louis XVIII. En fait, il rejoint un jeune canonnier. Des militaires se précipitèrent sur le marquis. Ils lui rasèrent la tête, le frappèrent, le détroussèrent, lui dérobèrent une chevalière en or et le laissèrent nu et à demi-inconscient sur les lieux. Il était blessé, et affirma dans un premier temps avoir été agressé par des voleurs. Il porta plainte et les militaires furent arrêtés. Les agresseurs du marquis déclarèrent que leur attitude visait à corriger un pédéraste qui avait lintention dabuser de leur camarade. Le préfet de police Franchey dEsperey était visiblement informé des murs du marquis. Il devait confirmer les dires des hommes et ces derniers furent acquittés. La réaction du marquis devant ces affirmations fut dassumer et de ne pas contredire ces affirmations. Par cet acte, il choisit la vérité sur lui-même et donc la conséquence fut que laccusation se retournait contre lui-même. Cette affaire eut comme principale conséquence de lui faire perdre la pairie quil convoitait. Charles X tint à préserver lhonneur dune famille illustre et fit détruire les pièces du procès. La presse relata lévénement et en date du 7 novembre 1824, La Gazette nationale ou le moniteur universel de même que Le Journal de Paris indique « Monsieur le marquis de Custine se rendant seul à pied il y a quelques jours, de Saint Denis à Epinay, a été attaqué par quatre hommes contre lesquels il a voulu se défendre. Ayant reçu plusieurs blessures à la tête, il est tombé sans connaissance, et quand il est revenu à lui, il sest trouvé étendu dans un champ voisin de la route, dépouillé de son argent. Il est revenu avec peine. La gendarmerie est à la recherche des malfaiteurs.» Ces deux articles semblent neutres. Cependant un témoignage donne la teneur des réactions une fois que lon connut de quelle affaire il sagissait. Il sagit du témoignage de Sophie Swetchine (1782-1857), femme de lettres russe, qui tenait un salon célèbre à Paris à lhôtel de Tavannes, rue de Bellechasse. Elle affirme : « Jamais je nai vu un déchaînement plus général, une indignation plus vive et plus verbeuse ; la société en masse est en colère, comme on le serait dune perfidie personnelle. On lui demande compte surtout de lestime quon avait pour lui ; et le dépit davoir été trompé nest pas pour peu de chose dans lhommage quon rend à la morale.» Cest ce que cette femme de lettres affirme dans une lettre du 30 juillet 1825 adressée au marquis Edouard Lelièvre de La Grange. On peut, à travers ce témoignage, mesurer létendue de la réprobation que dut subir Astolphe de Custine. Une des conséquences fut de lui fermer les portes de laristocratie parisienne, hormis les amis qui lui restèrent fidèles : « mais beaucoup sindignèrent dune telle mésaventure et les portes devaient se fermer sur un personnage jugé sulfureux. » Dans sa correspondance on trouve une lettre en date du 21 juillet 1829 quil envoie à Rahel Varnhagen von Ense (1771-1833), femme de lettres allemande et célèbre pour son salon littéraire à Berlin. Il y exprime la douleur quil vient de subir. Finalement sur les conseils de sa famille il séloigna de Paris et sen alla se réfugier à la campagne dans le domaine familial. Cet épisode constitue un tournant dans la vie et la carrière de Custine. Désormais lhomme public disparaît et cest lhomme de lettres qui devient prédominant. Custine devient plus authentique par rapport à son milieu qui le rejette largement et par rapport à lui-même : il devient plus intentionnel, par rapport à son homosexualité. : En 1827 il partira en Italie en compagnie de son ami Edouard Sainte Barbe. Il y a, à partir de ce moment, une rupture avec sa famille. En 1829 il est à Berlin. En 1832 il fait édifier un château à Saint Gratien dans le Val dOise où il recevra de nombreux écrivains et artistes. Il fera un voyage en Russie en 1839 et à la suite de ce voyage, il publiera en 1843 Les lettres de Russie qui devaient avoir un grand succès. Dans ces lettres il y juge sans complaisance la Russie de Nicolas Ier. Il dénonce notamment dans certaines lettres la servilité et le manque dauthenticité de laristocratie russe.Il dénonce la servilité, lautocratie et la peur entre autre. Notamment à propos de la peur, il écrit : « la peur dun homme tout puissant est ce quil y a de plus terrible dans ce monde, aussi napproche t-on du Kremlin quen frémissant » Cette liberté dans ses jugements peut être un signe de lhomme quil est devenu après 1824. Son uvre littéraire présente des allusions à son homosexualité : dans son roman Aloys, paru en 1829, un jeune homme fuit lamour dune jeune fille car il croit aimer la mère de cette même jeune fille. Il échappe aux deux femmes et trouve la paix dans un monastère. Cet épisode peut constituer une manière allusive et indirecte daborder son homosexualité car il rentre dans un monastère pour fuir les deux femmes. Le personnage de ce jeune homme paraît être similaire au personnage principal du roman de Stendhal Armance. Il y a peut-être également dans cet épisode une manière déguisée daborder son homosexualité. Ce type de récit constituait un moyen pour un homosexuel dexorciser un tabou. Dans Aloys, Custine dit sa particulière solitude et souligne le secret qui léloigne de la femme.Il publiera deux romans Le monde comme il est en 1835, et Ethel en 1839. Il sen prend à la morale. Il paraît se livrer même de manière indirecte à travers des points de son uvre. En 1835, un jeune comte polonais de vingt trois ans entre dans sa vie, Ignace Gurowski.
Lexemple du marquis de Custine est-il susceptible de faire admettre dune certaine manière lhomosexualité ? Pour répondre à cette question il faut faire une analyse immédiate de certains évènements de sa vie, et une analyse plus lointaine. Au plan immédiat, laffaire de Saint Denis serait propre au contraire à accroître lanimosité envers les partisans de lamour au masculin. On a limpression dun cordon sanitaire à ce moment là. Du point de vue de cette analyse, Custine ne permit pas de faire admettre lhomosexualité et laffaire de Saint Denis pourrait même aller dans le sens de conforter limage du pédéraste, corrupteur de la jeunesse. Si on observe Custine avec le recul de lhistoire, on a limage dun homme qui a eu dans une époque difficile le courage dêtre soi-même. Cette attitude est certainement plus authentique que lattitude de Cambacérès dont les murs étaient connues, mais qui du fait de son importance politique, devait nécessairement composer avec les usages de la société dans laquelle il vivait. La vie sentimentale dAstolphe de Custine offre aussi limage globale dune certaine forme de stabilité. Son ami Edouard de Sainte Barbe séteignit un an après Custine. Avant de mourir, il soulignait combien il ne pouvait vivre sans son ami Sainte Barbe. De ce point de vue sa vie privée porte témoignage dun sentiment amoureux stable entre deux hommes alors que la pratique de lhomosexualité était souvent envisagée comme une pratique sexuelle pure et qui excluait tout type de sentiment.
Abel-François Villemain
Par rapport à Astolphe de Custine Abel François Villemain (1790-1867) nest pas à proprement parler un homosexuel qui assume ses penchants. Il est dun milieu bourgeois : son père était marchand de soieries. Abel-François Villemain poursuivit des études au Lycée Louis Le Grand. Il fut écrivain et universitaire à la Sorbonne où il enseignait lhistoire moderne. Il laisse de très nombreux écrits, à la fois des uvres de critique littéraire et des écrits historiques. Il fut en outre, élu à trente ans membre de lAcadémie française le 24 avril 1821. Il fut deux fois ministre de lInstruction publique en 1839 et de 1840 à 1844. Il se maria en 1832 et il donne limage dun notable classique pour lépoque de la Monarchie de juillet. Cependant Villemain fut visiblement incapable dassumer son désir des hommes et ceci le rendit fou. : Cest ce que note Alain Corbin dans le tome 4 de lHistoire de la vie privée. Effectivement, Eugène de Mirecourt (1812-1880), dans un ouvrage qui lui est consacré, note que « les jésuites à lentendre faisaient courir les bruits les plus infâmes sur ses actes, sur ses sentiments, sur ses murs. Il éloignait de sa maison tous les jeunes gens et nosait plus donner le bras en public à un jeune homme, parce que les jésuites laccusaient, disait-il, dentretenir des mignons. »Eugène de Mirecourt lie étroitement son état mental et ces ragots réels ou supposés. Victor de Balabine (1813-1864), secrétaire de lambassade de Russie souligne « Villemain le ministre de lInstruction publique, le grand maître de lUniversité est fou. Depuis trois jours, il donnait des signes daliénation mentale »Visiblement lhomme vécut prisonnier des tabous de la société. Il semble selon les sources précitées avoir vécu avec la crainte de limage que certains dressaient de sa personne. Cest précisément ce que semble signifier quil ne parvint pas à assumer son désir des hommes.
Il eut aussi à faire face à une mésaventure. Il fut visiblement pris en flagrant délit à la Madeleine en 1844 avec un jeune homme. Il devint la victime des chanteurs. Il devait leurs donner de largent et fut victime deux à plusieurs reprises. Il dut les menacer de recourir au préfet de police de Paris. Ce qui le contraignit à se plaindre au préfet de police au risque de voir révéler son secret. Cette mésaventure éclairerait la manière dont Abel François Villemain assumait ses tendances homosexuelles. Il les assumait en cachette et il peut être vu comme un homosexuel parfaitement existentiel. Il bénéficiait dune façade sociale parfaitement conforme. En même temps il était contraint dassumer ses penchants sexuels de manière cachée au risque de se voir démasquer. La mésaventure précédemment décrite en constitue un témoignage. Il fut incapable dassumer ses penchants homosexuels. Ce cas résume la tragédie de certains homosexuels existentiels de cette époque. Le cas Villemain était intéressant à souligner car il est parfaitement contradictoire par rapport aux cas de Custine, de Fiévée et de Cambacérès. Custine dut traverser une crise dans sa vie et ses relations. Cependant il finit par assumer ses désirs homosexuels. Fiévée et Cambacérès sassumèrent sans difficulté. Villemain ne parvint pas à assumer ses propres désirs. Il fut contraint de se masquer de manière implacable. Il assuma une image qui ne correspondait pas à ses désirs profonds. Cette dichotomie entre sa vie et ses tendances pourrait expliquer ses problèmes mentaux. Cest dans ce sens que le cas dAbel François Villemain est important à souligner car nous sommes dans le cas dun homme qui ne parvint pas à se rendre autonome de la répression sociale ambiante et qui en fut victime au plan de sa santé mentale.
Henri-Clément Sanson
Le personnage qui suit et dont nous allons évoquer la vie, assuma assez bien son homosexualité même sil fit preuve de duplicité dans ses paroles. Sa vie devait dailleurs lui coûter sa profession dexécuteur des Hautes uvres. Pourquoi parler dHenri Clément Sanson (1799-1889) ? En quoi son cas est-il intéressant pour relater et comprendre la relation que des personnes notables pouvaient entretenir avec leur propre homosexualité ? Dabord, Henri Clément Sanson appartient à une famille notable, exerçant certes une charge en quelque sorte marquée du sceau de linfamie, mais une famille qui donna plusieurs de ceux qui exerçaient la profession de traduire concrètement les condamnations de la justice. Ils sont le glaive de la justice. En fait, six générations de Sanson opérèrent à Paris de 1688 jusquà 1847, date de la destitution dHenri Clément. Son ancêtre Charles Sanson (1681-1726) présida en 1726 à lexécution de Deschauffours, célèbre sodomite. Charles Jean Baptiste Sanson (1719-1778) procéda à lexécution de Lenoir et Diot, brûlés pour acte de sodomie, et il procéda à lexécution de Jacques François Paschal pour assassinat et sodomie. Charles Henri Sanson (1739-1804) procéda à lexécution de Louis XVI et de Marie Antoinette. Henri Clément est le dernier de cette lignée de serviteurs un peu particuliers de la machine judiciaire. Cest donc une famille dune notabilité certaine même si celle-ci est particulière. Il faut mentionner que les familles dexécuteur des hautes uvres concoctaient souvent des unions matrimoniales entre eux : Charles Jean Baptiste Sanson épouse en 1741, Jeanne Gabrielle Berger, elle-même fille du bourreau de HYPERLINK "http://fr.wikipedia.org/wiki/Sens_(Yonne)" \o "Sens (Yonne)" Sens et petite-fille du bourreau dÉtampes. Henri Clément Sanson est un homme qui exerce donc une charge qui lui donne une certaine notoriété. Il exerce une fonction qui est essentielle dans la machine judiciaire. Cest pourquoi, sans faire partie à proprement parlé de lélite, sa notoriété et la fonction quil exerce en fait un personnage notable et intéressant à étudier par rapport à son homosexualité.
Ses tendances homosexuelles apparaissent dans certains extraits de ses Mémoires citées par Christian Gury.Ces sources laissent transparaître des tendances homosexuelles qui apparaissent à la lecture de certaines liaisons amicales qui le lia temporairement à certains de ces camarades. En filigrane, des liaisons se dessinent qui paraissent être plus que des liaisons de pure camaraderie. « Je me liai avec deux ou trois de mes condisciples et surtout avec un nommé
Nous nous étions juré une amitié éternelle, nous mettions en commun nos peines et nos plaisirs
Cette description nest pas sans rappeler certains passages de Louis Lambert dHonoré De Balzac où lécrivain décrit lamitié proche qui le lia à un certain Louis Lambert. Il y a véritablement dans ces souvenirs dHenri Clément Sanson presque un aveu damitiés particulières. Les indices relatant lhomosexualité dHenri Clément Sanson apparaissent dans plusieurs sources policières. Dans les fichiers BB4, une fiche de police est présente au nom dHenri Sanson fils, exécuteur des hautes uvres, pédéraste effréné. Il vit avec un jeune homme, Hubert dit petit jean, qui est son aide-exécuteur.Dautre part dans ses mémoires Canler signale les murs de lexécuteur des hautes uvres. « Le jour de lexécution de Poullmann japerçus parmi les charpentiers et les charretiers qui entouraient léchafaud, un jeune et beau garçon aux manières délicates et en quelque sorte féminines
Ce personnage, dit La belle J, nest autre quHubert dit la petite Jean, qui avant de côtoyer le bourreau, opérait au Palais Royal.Il faut souligner quHenri Clément Sanson est marié et est père de deux filles. Il semble assumer assez bien son homosexualité « Racoleur de garçons des rues et des promenoirs, entouré dune petite cour daides à sa totale convenance, concubinant avec Hubert, dit la Petite Jean, Henri Clément Sanson se révèle sensible à la beauté masculine. »
Ces différents indices semblent démontrer une certaine liberté du bourreau pour assumer ses désirs homosexuels. Il semble que le dernier des bourreaux Sanson affichait avec une égale habitude son homosexualité et sa passion pour le jeu. Il semble avoir donc vécu son homosexualité sans se cacher et en affichant ses conquêtes masculines jusquà les faire travailler avec lui. On peut dire que globalement, il fut relativement libre dans ce domaine vis-à-vis des discours et de la répression qui pouvait sexercer. Cependant, cette liberté dans ses amours masculines est contradictoire avec des jugements quil a pu porter lorsquil sest agi dexécuter des « pédérastes.» Les jugements quil émet sont antinomiques par rapport à la liberté quil se permet dafficher dans ses amours masculines. Le 17 mai 1824, Henri Clément Sanson doit exécuter Antonio Brochetti qui, détenu à Bicêtre, à tué le gardien qui voulait lempêcher de pratiquer lhomosexualité : « Brochetti avait bien satisfait une haine inspirée par une de ces passions immondes qui naissent dans ces sortes détablissement
»De même, le 26 mai 1826, deux italiens, Virgilio Malaguti et Gaetano Ratta, accusés davoir dérober des rouleaux dor sont exécutés ; Ils sont tous deux homosexuels et voici, à cette occasion, le jugement que profère Henri Clément Sanson : «Malaguti et Rotta âgés pour le premier de 23 ans et le second de 19 ans, étaient deux jeunes gens perdus de murs, passant leur vie dans loisiveté et la débauche, bien quils eussent lun et lautre un état qui leur aurait permis de vivre de leur travail
» Le 30 août 1832 il doit procéder à lexécution de Nicolas Théodore Frédéric Benoît. Ce jeune homme avait tué sa mère pour 4000 pièces dor et plus tard il devait égorger son compagnon, Joseph Formage, qui connaissait son secret et qui tenta de le faire chanter car Benoît voulait le quitter. A loccasion de son exécution, voici ce que dit de lui le bourreau, lui-même adepte des mêmes amours : « Ceux qui voudront connaître les détails de cette affaire, une de celles qui mirent en relief les monstruosités de certaines natures dépravées. Il nous suffira de dire que le premier des meurtres imputés à Benoît était celui de sa propre mère
» « Ce malheureux était atteint dun vice qui outrage les lois de la nature. Il y avait alors à Paris, « une maison clandestine » ouverte à ces immondes orgies de la lubricité
» Ou « Si les affections naturelles ne résistent pas toujours à lépreuve du temps et de la société, que sera-ce de celles qui nont pris leur source que dans le délire le plus monstrueux des sens, Benoît fut rassasié de linstrument de ses ignobles lascivités. » Ces différents jugements semblent parfaitement dans le droit fil du discours répressif des réformateurs sociaux ou des médecins légistes. Dans le premier cas cité, celui de litalien Antonio Brachetti, Sanson reprend la préoccupation classique de la pratique de lhomosexualité dans les prisons. Dans le cas des deux italiens exécutés pour vol, il lie lhomosexualité et le crime car il fait un lien direct entre leur homosexualité et le fait dêtre devenus des criminels. Dans le cas de Benoît, il lie étroitement sa nature homosexuelle et sa nature criminelle lune dépendante de lautre. Il signifie aussi que les relations homosexuelles ne sont basées que sur le vice et sur rien dautre. Dans ces différents jugements cités, Sanson qui est homosexuel reprend vis-à-vis dun comportement sexuel quil pratique lui-même, les poncifs les plus classiques de lépoque sur le comportement homosexuel. Faut-il voir ceci comme une banale hypocrisie de sa part ? Il se croit obligé par conformisme de proférer ce type de jugement qui le vise lui-même. Faut-il y voir une intériorisation de la répression vis-à-vis de lhomosexualité ? Il est convaincu au fond dêtre dune nature perverse car telle est la réalité de lhomosexualité ? A-t-il de ce fait une haine profonde de lui-même et de sa propre vie ? Ces interrogations sont pertinentes car il faut souligner que de semblables jugements nont pas été proférés par des hommes tels que Cambacérès, Fiévée ou même Custine. Henri Clément Sanson navait t-il finalement quune liberté apparente vis- à-vis de son homosexualité. De ce fait sa personnalité portait le poids de la répression ? Quoi quil en soit, Henri Clément Sanson devait payer pour son homosexualité au niveau de sa charge. Sa destitution doit être replacée dans le cadre de la destitution du ministre de la justice de Louis Philippe Ier, Nicolas Martin dit Martin du Nord (1790-1847). Ce dernier avait été démis de ses fonctions le 15 janvier 1847. Il fut démis officiellement pour raison de santé. En fait daprès certaines sources, Martin du Nord fut démis de ses fonctions pour dautres raisons.
Le ministre de la justice était en conflit avec son collègue de lIntérieur qui le menaça de révéler un rapport de police le concernant. Une autre source parle du ministre de lIntérieur qui aurait menacé de produire un rapport de police qui révèlerait de biens vilaines choses sur le Garde des sceaux.Le dictionnaire des parlementaires français semble aller dans le même sens pour expliquer la destitution du ministre de la justice. Le 12 mars 1847, lancien ministre devait mourir dune attaque dapoplexie, certains dirent quil se serait suicidé. Martin du Nord serait en fait homosexuel et aurait payé pour ses murs. Le roi Louis Philippe Ier remplace le ministre de la justice par un procureur général du nom dHébert et celui ci révoque Henri Clément Sanson le 18 mars 1847. Cest pourquoi le sort du bourreau est lié au sort du ministre. Le bourreau faisait scandale comme le remarque Jacques Delarue dans son étude Le métier de Bourreau. A son homosexualité le bourreau ajoutait la passion du jeu. Il alla jusquà mettre en gage la guillotine. On disait quil était couvert par le Garde des sceaux Martin du Nord. On peut donc dire que son homosexualité un peu trop connue lui valut la révocation de sa charge dexécuteur des hautes uvres. Cependant, le cas de la destitution dHenri Clément Sanson comme le cas du Garde des sceaux pose le problème de la société du temps de Louis Philippe Ier par rapport à lhomosexualité. On peut noter que lhomosexualité dun Joseph Fiévée comme celle dun Jean Jacques Regis de Cambacérès était connue aussi bien que celle du dernier des Sanson. On ne peut pas dire que cette notoriété eut des conséquences sur leur carrière. Dautres causes intervinrent. Dans le cas du dernier des Sanson comme de celui du ministre de la justice du roi Louis Philippe Ier, il semblerait que lhomosexualité notoire fut la conséquence de la destitution de lun comme de lautre. Faut-il y voir une preuve de plus dun regain de répression sous la Monarchie de Juillet ? Après sa destitution le dernier des Sanson continua à mener la même vie. Il ne mourra que bien des années plus tard en 1889. Il écrivit notamment les mémoires de sa famille. Henri Clément Sanson vécut donc assez ouvertement son homosexualité et latmosphère puritaine ne lempêcha pas de vivre assez librement son amour des garçons jusquà faire travailler ses amants à ses côtés. Il apparaît globalement comme un homosexuel assez largement intentionnel même si certains jugements à lencontre de certains homosexuels quil a exécutés peuvent poser des questions.
Nous avons pris comme exemple des hommes dont plusieurs sources concordantes nous permettaient de parler de leur homosexualité avec suffisamment de certitude. Une synthèse globale appelle à une réflexion densemble. Les deux premiers sont encore des hommes marqués par la mentalité propre au XVIIIe siècle et ceci pourrait expliquer leur attitude vis-à-vis deux-mêmes. Les trois derniers sont des hommes du XIXe siècle et ils ont intégrés la répression sociale de lhomosexualité propre au XIXe siècle. Nous aurions pu prendre comme exemple aussi le roi Louis XVIII 1755-1824 dont plusieurs sources attestent de lhomosexualité. Ceci pourrait aussi permettre daborder le problème des cadets royaux. Plusieurs frères de roi furent homosexuels : Gaston DOrléans 1608-1660, Philippe DOrléans 1640-1701. On pourrait aborder le thème du roi incarnant lordre et dont il faut cacher léventuelle homosexualité. Le frère du roi incarne plus facilement le désordre et donc on aborderait plus facilement lhomosexualité dans son cas. Parallèlement à ces hommes notables dautres personnages importants du règne de Louis Philippe Ier apparaissent dans des fichiers de police. Il en est ainsi de Narcisse Achille de Salvandy (1795-1856) qui fut ministre de lInstruction publique de 1837 à 1839 et de 1845 à 1848 où il succéda à Abel-François Villemain. Dans un fichier de police on trouve une annotation : « Salvandy ministre de linstruction publique est signalé comme pédéraste. Il aurait entretenu des relations contre-nature avec M Salandin préfet. On dit que leur correspondance est déposée entre les mains dun certain M Ledoux ou Blanc architectes à la ville (1845) » et à la suite nous pouvons observer la fiche suivante Saladin « ancien préfet. Il aurait eu des relations contre-nature avec M Salvandi (1848) »Cependant nous navions pas assez de sources pour parler plus longuement de ces deux hommes.
La vie homosexuelle dans le Paris de la première moitié du XIXe siècle possèderait des lieux de rencontre, certains cabarets dont nous pouvons trouver la trace dans les archives de police, des réseaux informels qui apparaissent subtilement également dans les archives policières et probablement dautres lieux comme des bains. La répression sociale a certainement un impact sur la subculture homosexuelle. Les réseaux et les soirées qui apparaissent dans les sources policières sont peut-être aussi une subtile adaptation à la répression. La disparition de toute forme dexpression directe sur lhomosexualité serait aussi la marque dune adaptation de ces subcultures à la répression sociale. Dans une étude sur lhomosexualité dans la ville de New York au cours des années 1890-1940, à partir de 1930 au moment où une répression plus insistante se met en place, Georges Chauncey souligne une adaptation dans les pratiques homosexuelles. Pour le début du XIXe siècle à partir des sources consultées nous avons limpression, tout de même, dune relative liberté en dépit de la répression. Certains lieux publics paraissent assez bien fréquentés. Nous avons limpression dune répression qui ne paraît pas empêcher une vie homosexuelle tout de même développée : certains cabarets apparaissent dans certaines archives de police et dautres formes de sociabilité sy trouvent également. Il y aurait une adaptation à la répression sociale mais certains comportements privés fait de bravades agressives ne démontreraient pas chez ces hommes une intériorisation de la morale. Une époque met en place une répression diversifiée à travers le discours et lautorité médicale, judiciaire et policière mais nempêche pas quune vie homosexuelle paraît sobserver dans ces sources consultées. Il faut aussi faire intervenir la duplicité de la morale victorienne qui est forcée comme dans le cas de la prostitution féminine dautoriser des espaces nécessaires de défoulement. En ce qui concerne la perception de lhomosexualité par les classes sociales, nous sommes fondés à poser la question de la perception des classes populaires. Ce discours ou cette idéologie répressive était-elle bien intégrée par les classes populaires des villes? La présence de la prostitution masculine permet de poser la question : la pratique occasionnelle de lhomosexualité était-elle vue comme un acte dune gravité identique à la manière dont elle est envisagée dans certains rapports de médecine légale ? En ce qui concerne les élites, nous pouvons observer la relative facilitée avec laquelle certains, comme Cambacérès, Fiévée, Custine ou même Henri Clément Sanson assumèrent leur homosexualité même si dans les cas dAstolphe de Custine et Henri Clément Sanson, celle- ci devait leurs valoir des déboires au niveau de leurs carrières respectives. Il apparaît en outre chez Fiévée et Cambacérès une séparation totale entre lhomme privé qui assume sa différence et lhomme public qui sert lordre social. On peut voir aussi apparaître un véritable amour entre deux hommes à travers les cas de Fiévée et son ami Théodore Leclerc et de Custine avec son compagnon Edouard de Sainte Barbe. Ces relations amoureuses stables entre deux hommes paraissent exister dans une société où un tabou important sur lhomosexualité masculine se met en place. Un seul cas apparaît marqué voir écrasé du poids de la répression, cest celui dAbel François Villemain.
CONCLUSION
Lhistoire des pratiques sexuelles et notamment de lhomosexualité doit tenter de mettre en parallèle discours et pratiques. Les discours peuvent avoir une implication directe sur les pratiques. On ne doit pas les dissocier pour une compréhension globale. Cest ce que nous avons tenté de réaliser par létude de cette période que nous avons qualifiée de protohistorique pour lhistoire de lhomosexualité masculine. Auparavant il sagissait dun temps où dominait une perception théologique basée sur un acte, la sodomie. Nous allons voir émerger des perceptions laïques qui vont aller en sunifiant pour cerner un type dhommes. Les principaux acquis de cette thèse est de démontrer que lhomosexualité reste en devenir. Au XVIIIe siècle les pratiques homosexuelles furent présentes dans certaines parties de la littérature. Les différents thèmes que ces auteurs abordaient leurs permettaient de traiter du plaisir sodomite et de le replacer dune certaine manière dans le contexte des plaisirs sexuels plus globaux. Nous sommes dans une exploration globale du désir dont la sodomie fait partie intégrante. Robert Muchembled note pour la période des Lumières linvasion pornographique et il souligne comme analyse le refus dune sexualité trop contrôlée ou trop sublimée. Le moi prend plus dimportance et une nouvelle économie morale, plus personnelle, se met en place.Au plan juridique, si textuellement la sodomie reste un crime passible de la peine du feu, on perçoit bien une évolution dans les pratiques répressives qui annoncent dune certaine façon la disparition du crime de sodomie. On peut soutenir que lapplication du crime de sodomie a disparu dans les faits en 1750 avec la dernière exécution pour sodomie pure : Lenoir et Diot. Cette date semble primordiale pour lhistoire pénale de lhomosexualité masculine. Robert Muchembled note quauparavant nous étions dans un univers qui exprimait des valeurs collectives et la loi de la honte régit cet univers.
Par la suite nous rentrons dans des cultures de culpabilité personnelle. Cette donnée peut permettre de comprendre le passage de la condamnation exemplaire dun acte la sodomie transgressant un ordre et apportant lopprobre à une forme de répression plus multiforme et notamment par le biais de la médecine.
Au cours de la période englobant la fin du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècle il y a progressivement une conceptualisation dun plaisir particulier. Dans la littérature pamphlétaire de la Révolution on entrevoyait déjà une spécification autant quune comptabilité des plaisirs dits « naturels » ou « antinaturels ». Il y a bien déjà une conceptualisation progressive de la personne du « pédéraste » qui nest pas encore lhomosexuel de la fin du XIXe siècle. On a donc dans le domaine discursif le sentiment de perceptions qui restent parcellaires. Elles entament un processus qui sera appelé à se poursuivre. Il en est ainsi notamment, du discours médical qui reste encore sur les pratiques sexuelles à létat plutôt embryonnaire, tributaire dautres perceptions et encore insuffisamment indépendant pour lheure. Plus globalement cette période paraît demeurer dans des analyses basées sur le genre et la hiérarchie, celui qui domine et celui qui est dominé : le modèle du sodomite sadien correspond, de notre point de vue, à ce cas de figure. Lacte de sodomie ne cadrait pas au plan épistémologique avec la notion de ce que nous appellerions homosexualité. Le chercheur américain David Halperin distingue dans une analyse sur la généalogie de ce quil nomme les catégories pré homosexuelles quatre catégories : lefféminement, la sodomie active, lamitié entre hommes, la passivité. Ces quatre catégories sont basées sur une notion de hiérarchie et de genre : le sodomite actif reste dominateur. Il y a le dominant et le dominé et ceux-ci ne sont pas perçus de la même manière. On semblerait rester encore de manière globale dans ce cas de figure : lactif et le passif ne semblent pas encore stigmatisés de la même façon.
De même au plan discursif, si on peut discerner plusieurs types de discours ne répondant pas à des préoccupations identiques. Il ne semble pas avoir encore une unité des discours sur lhomosexualité masculine. On a encore un chevauchement de discours agissant dans des domaines respectifs et des représentations plus anciennes qui persistent. Surtout, ce qui semble structurer la dramatisation du discours sur lhomosexualité est la crainte de la transgression de comportements qui doivent caractériser lhomme de plus en plus. La peur des fléaux sociaux que lon pense être propre à la ville intervient aussi. Cest ce qui fait que les perceptions de lhomosexualité restent encore incomplètement achevées car elles demeurent encore dépendantes dautres préoccupations. Alain Corbin démontre de quelle façon les discours visent à démontrer les dangers des excès sexuels. Notamment la masturbation est vue comme susceptible de poser des problèmes dérection et daltérer la masculinité. En arrière fond, cette crainte au niveau du genre est bien ce qui structure le discours sur le plaisir pervers. Il ny a donc pas encore dans cette période une conceptualisation de lhomosexualité telle quelle se précisera à partir de la fin du XIXe siècle.
Pour lanalyse des vécus et des expériences de lhomosexualité masculine il faut souligner toute la difficulté que présente le fait danalyser un phénomène à partir de sources tronquées : témoignages fragmentaires, romancés, marqués socialement, des discours comme le discours médical qui ne relate quune partie de la réalité et enfin des discours littéraires qui peuvent apparaître comme fantasmatiques et réinventés.En dépit de ceci, les vécus et les expériences seraient marqués par une relative indépendance vis-à-vis des discours et de laction des entrepreneurs de morale. Des subcultures sodomites sont développées à Paris au cours du XVIIIe siècle et semblent florissantes en dépit de la répression. Elles possèdent des lieux emblématiques, des cabarets et des réseaux. Elles se caractérisent déjà par des codes et des habitudes propres à des hommes partageant les mêmes pratiques sexuelles et affectives et par une hétérogénéité des vécus. Au cours de la première partie du XIXe siècle nous avons voulu démontrer quil y avait probablement une relative dédramatisation de certains comportements homosexuels dans les milieux plus populaires. Anne Marie Sohn signale pour la seconde partie du XIXe siècle que le prolétariat urbain est plus enclin à des relations extraconjugales.Ce qui pourrait démontrer que la morale sexuelle qui se met en place au niveau discursif nest pas encore intégrée par les classes populaires. De même en examinant le cas de certains hommes notoires pris en exemple, nous navons pas limpression chez plusieurs dune implication des discours sur leur façon dassumer leur homosexualité. Nous pourrions faire entrer en jeu la notoriété pour certains dentre eux. Il faut aussi faire intervenir pour la séparation de lhomme privé et public que lon peut observer chez deux dentre eux, la naissance de lintimité. Celle-ci va opérer progressivement une séparation entre la sphère privée et publique. Lintimité est une condition nécessaire cependant il faut que les perceptions intimes fassent bouger la société. Alain Corbin souligne combien la littérature érotique du XVIIIe siècle affectionne le couvent, la cellule, lieux dintimité par excellence. Dans ces lieux se déroulent les pratiques masturbatoires, saphiques et pour notre part nous ajouterons homosexuelles au sens large. Dans ces espaces de lintime, ces pratiques focalisent lattention alors quailleurs elles sont reléguées aux couches inférieures du plaisir.Plus globalement lintimité se constitue autour de la propriété privée mais aussi de la propriété de son corps, de soi à labri de la vue. Ainsi il y aura dès le XVIIIe siècle, une séparation entre lhomme privé et lhomme public. Il y aura de ce fait une dichotomie entre lhomme public, qui doit faire et dire certaines choses et lhomme privé à lintérieur de ses cercles affectifs, qui peut se comporter différemment. Cest dans le milieu de la bourgeoisie que ceci sinstalle dabord. Cette donnée explique sans doute la manière que des hommes comme Jean Jacques Régis de Cambacérès, Joseph Fiévée ou même Astolphe de Custine vécurent leur condition.
Cette donnée peut aussi éclairer pourquoi ils vécurent avec une relative facilitée cette condition. Le développement de lintime a une autre conséquence qui nous intéresse car comme lobserve Michel Foucault, lintime, le silence a comme corrélation le mécanisme de lénonciation. Les cas que nous avons pu entrevoir dans les études médico-légales ne possèdent plus dintimité : on doit découvrir tous les secrets de leur corps. Ils sont dépourvus dintimité et leur corps doit produire une vérité sur eux-mêmes. La montée de lintime pourrait aussi avoir des conséquences sur le développement des réseaux et sociabilités homosexuelles. Parce que lhomme devient par le développement de lintime maître de son propre corps, ne devient-il pas aussi maître de ses plaisirs ? A lintérieur de son intimité, un homme peut désormais produire des actes qui nont pas de conséquences sociales. Il peut revendiquer de cette manière son originalité dans sa sphère privée. Les réseaux et la sociabilité sont du domaine du privé. Le développement de ceux-ci procède de cette séparation du privé et du public et du développement de lintime. Cette intervention du phénomène de lintimité explique donc lattitude de certains hommes. Elle intervient aussi dans cette influence limitée que les discours ont sur les pratiques. Car au XIXe siècle, le désir va certes vivre au temps de la morale puritaine et du scientisme mais aussi à lheure du romantisme qui va occasionner un retour sur soi. En même temps et parallèlement à ce faible impact quaurait les discours sur les pratiques, on peut tout de même percevoir chez certains le poids de la répression sociale et plus globalement, des adaptations à une répression devenue plus multiforme. Cependant on ne peut parler dunité des expériences et des vécus sur lhomosexualité : il y a encore des vécus divers selon les classes sociales. Il y a bien la présence de subcultures qui se construisent et existent. Cependant on ne peut parler dun monde homosexuel parisien car ces subcultures semblent encore parcellaires.
Il y a de ce fait un sentiment chez certains de ces hommes davoir un vécu commun mais on ne pourrait parler avec certitude dune unité des vécus sur lhomosexualité masculine.
Enfin pour aborder lhistoire de lhomosexualité, il est nécessaire de la lier à lhistoire des sociétés urbaines et de la ville. Pour reprendre des arguments avancés par lhistorien Michael Sibalis, au cours dun congrès consacré précisément aux formes de lespace urbain à Paris de 1801 à 1853, la pédérastie est découverte en tant que phénomène de la modernité urbaine. Cest donc dans la ville que sobserve la vie homosexuelle et les principaux traits de celle-ci. Cest pourquoi lhomosexualité intentionnelle à Paris au cours des XVIIIe et XIXe siècle est aussi liée étroitement au développement de la société urbaine. Il fallait aussi replacer lhistoire de lhomosexualité masculine dans le cadre de lhistoire de la marginalité et de lexclusion. Comme nous avons tenté de le démontrer, les discours ont souvent pour objectif de discerner un fait qui occasionne des désordres et le pratiquant de lhomosexualité est donc pleinement un marginal quand il intervient dans ce contexte. De ce point de vue on ne peut faire lhistoire de lhomosexualité masculine sans la replacer dans lhistoire de lexclusion et de la marginalité. Comme le note André Gueslin pour le handicapé, mais cette analyse vaut aussi pour lhomosexuel masculin au XIXe siècle : le handicapé comme lhomosexuel masculin du XIXe siècle sont des outsiders pour reprendre le sociologue américain Howard Saül Becker. La déviance est dans ces cas-ci application de normes et de sanctions aux transgresseurs.De plus, comme dans le cas du pauvre, lhomosexuel masculin du XIXe siècle va apparaître comme un paria, un rejeté présentant des stigmates physiques et comportementaux caractéristiques.
Globalement le personnage de lhomosexuel masculin demeure donc au terme de la période étudiée encore inachevé. Même sil y a déjà les prémices dun personnage qui nest pas encore pleinement conceptualisé. On observe encore un chevauchement de perceptions anciennes et nouvelles et des vécus divergents. Cependant nous ne dirions pas que lhomosexualité existe que lorsquelle est désignée, car cette approche nous paraît trop nominaliste. Antérieurement à ces classifications opérées par la sexologie, les sentiments entre hommes paraissent exister : le fait que lon ne nomme pas lhomosexualité ninterdit en rien lamour entre hommes et nous avons des exemples au cours de la période étudiée. De même Michel Foucault situait la naissance de lhomosexualité en 1869 car le terme homosexuel surgit précisément cette année-ci. Cependant on peut apporter une nuance car antérieurement à lapparition de ce terme, et nous lavons démontré, les vécus homosexuels existent et de même la construction sociale des rapports sexuels et amoureux entre hommes.
Lémergence dune répression multiforme pose le problème de ce que Michel Foucault appelait lapparition du bio pouvoir c'est-à-dire un certain nombre de préoccupations autour du phénomène vital. Ces préoccupations sont liées aux phénomènes de la fécondité, de la longévité et de la mortalité. Pour Foucault, le changement vis-à-vis de lhomosexualité est à replacer dans ce cadre-ci. Il est vrai que lapparition du pouvoir médical sous la forme des enquêtes de médecine légale, les discours de réformateurs sociaux, la sollicitation accrue de la police est propre à accréditer cette thèse. Il y a notamment dans la médecine légale tout un discours sur les risques que fait courir à lorganisme la pratique dune sexualité déviante. Les discours sur les dangers de la masturbation répondent aussi à ces préoccupations. Cependant, nous émettrions des réserves pour lapplication de cette théorie dans le cadre de la répression juridique et policière. Cette explication semble plausible pour lémergence du pouvoir médical. Elle nous paraît bien moins plausible pour le cas de la répression judiciaire et policière. La répression de lhomosexualité reste dans un cadre global qui est celui de la lutte contre les faits de délinquance et de désordre dans la ville. Elle répond à un souci dordre pur.
Nous avons choisi darrêter cette étude à partir de la moitié du XIXe siècle. Une date clef nous semblait au niveau des discours luvre du Docteur Ambroise Tardieu. Nous aurions pu choisir détudier lhomosexualité masculine jusquà la mise en place de la IIIe république et notamment englober le Second empire qui semble similaire à la monarchie de juillet sur ce point. De fait la mise en place de la IIIe république donnerait lieu à un tournant dans le domaine de lhomosexualité masculine. Cette option aurait pu parfaitement être pertinente.
Parallèlement au cas parisien et plus globalement français comment fut perçue et traitée lhomosexualité masculine dans les autres pays européens ? Nous pourrions prendre en exemple trois pays voisins de la France : Angleterre, Allemagne, Italie
En Angleterre on assiste à une modification des représentations et au contraire de la France à un durcissement de la répression dès le XVIIIe siècle, parallèlement à une dénonciation virulente de lhomosexualité notamment dans la littérature, même si certains philosophes dont Jeremy Bentham plaidèrent pour la décriminalisation de lhomosexualité. Dès le XVIIIe siècle de nombreuses pendaisons et mises au pilori eurent lieu.De même au début du XIXe siècle il y eut une série de pendaisons. Notamment en 1806, les Assises de Lancaster condamnent au gibet cinq hommes pour sodomie. Cest donc une évolution très différente de la France qui sobserve en Angleterre. Il faut noter que lhomosexualité restera un délit en soi en Grande Bretagne jusquen 1967 et la peine de mort pour sodomie restera en vigueur dans les textes jusquen 1861 ; elle fut remplacée par une peine de prison pouvant aller jusquà la perpétuité. Lexil semble être de ce fait une des solutions pour ceux qui souhaitent vivre leur sexualité avec moins de contraintes. Parallèlement on assiste à la mise en place dès le XVIIIe siècle à une culture spécifique autour des molly houses qui présente une analogie avec les subcultures parisiennes.
En Allemagne linfluence des Lumières a comme conséquence que la peine de mort pour sodomie est progressivement abandonnée : en 1794 la loi prussienne punit la sodomie par les travaux forcés. De même, linfluence du modèle français a comme conséquence labolition de la peine de mort pour sodomie en Bavière en 1813, dans le Wurtemberg en 1839 et enfin dans le Brunswick et le Hanovre en 1840. Pourtant cest finalement le code prussien de 1851 qui va influencer le code allemand et celui-ci est plus répressif. Il aboutira à la mise en place du paragraphe 175 qui stipulait que les relations contre-nature étaient passibles de prison. Il faut parallèlement signaler quen Allemagne Heinrich Hossli (1784-1864) publie "Eros, die Mannerliebe der Griechen", qui défend sans détour l'amour entre hommes en 1836 et enfin en 1864 Karl-Heinrich Ulrichs (1825-1895), juriste allemand, publiera des "Recherches sur l'énigme de l'amour entre hommes".
En Italie, linfluence du modèle français aboutit à une dépénalisation progressive : la Toscane puis toute lItalie du nord dépénalise lhomosexualité sous linfluence napoléonienne. De fait en 1810 le code des délits et des peines du royaume dItaliene comporte aucune peine spécifique pour homosexualité. La corruption des mineurs est punie indépendamment de son caractère. Parallèlement le code du royaume lombard vénitien sous linfluence autrichienne prévoit des peines de prison pour homosexualité. Les codes du royaume des Deux-Siciles de 1819 et celui du duché de Parme et Plaisance, sous linfluence française, ne prévoient pas de mention spécifique par rapport à lhomosexualité. Par contre, le code du royaume de Sardaigne de 1839 prévoit une punition pour les actes contre-nature, même entre adultes consentants. Il semblerait que le climat social en Italie soit moins répressif que par ailleurs. Il faut souligner que lItalie fut perçue pendant longtemps comme le lieu dune bisexualité méditerranéenne et quau tout début du XXe siècle plusieurs intellectuels notoirement homosexuels se réfugièrent dans le sud de la péninsule. On pourrait donc observer dans ces principaux pays européens deux modèles : un modèle français qui ne réprime lhomosexualité que lorsquelle se pratique dans le cadre doutrage public à la pudeur et de corruption des mineurs et un modèle anglais et prussien qui lui, maintient une condamnation en soi de lhomosexualité et qui est de fait plus répressif.
A lissue de la période étudiée, quel va être lévolution de lhomosexualité masculine en France et à Paris ?
A partir de la seconde moitié du XIXe siècle nous allons entrer dans ce que nous appelons lhistoire de lhomosexualité, car lhomosexualité va être progressivement et pleinement conceptualisée et on va assister à la naissance dune subculture homosexuelle plus développée à Paris. Dans un premier temps, le discours de lexpert, du médecin va se poursuivre et en 1873 paraîtra la sixième édition de létude du Docteur Ambroise Tardieu sur les attentats aux murs. Cette étude constituera létude de médecine légale la plus aboutie et le docteur Tardieu y revient sur les stigmates physiques et comportementaux des « pédérastes » et les risques liés à la pratique de lhomosexualité. Dautre part, il aborde les stigmates de lhomosexualité active, ce qui montre la pleine prise en compte du fait de lhomosexualité masculine. La médicalisation des pratiques homosexuelles sera la cause directe de la création du vocable homosexuel. Enfin, vers la fin du XIXe siècle apparaîtront de nouvelles études médicales sur lhomosexualité où elle sera envisagée comme une marque ou un stigmate fonctionnel de dégénérescence, notamment selon le médecin allemand Richard Von Krafft-Ebing (1840-1902). Les origines globales de lhomosexualité sont envisagées et donc le discours médical devient plus scientifique et pleinement autonome au niveau discursif. Au plan répressif aussi, on assistera autant à une croissance de la répression que dune spécialisation de cette même répression de lhomosexualité masculine : une sous-brigade des pédérastes sera créée à la Préfecture de police de Paris en 1873. On bénéficie à ce propos du témoignage de François Carlier, chef de la brigade des murs de 1850 à 1870. Ce dernier reviendra sur le cas des prostitués homosexuels. On peut aussi accéder à des archives de police plus complète. Anne Marie Sohn note que sopère sous la IIIe république une rupture éthique qui ouvre la voie à la liberté sexuelle.
Elle note notamment que la honte de parler des plaisirs de la chair est surmontée sur le plan verbal. Le sexe peut se dire. Nest-il pas significatif que cette conceptualisation pleine et entière de lhomosexualité apparaisse dans un contexte de mise en discours plus global des plaisirs de la chair. Ne faut-il pas replacer cette conceptualisation de lhomosexualité, et puis de son contraire qui se définira plus tard par opposition, lhétérosexualité, dans le cadre de cette mise en discours plus globale de la sexualité ? Au plan des pratiques homosexuelles on assistera à la fin du XIXe siècle, à lapparition dune subculture homosexuelle très visible à Paris. Cette subculture se caractérisera dans le contexte parisien par une concentration, une diversification et une multiplication des lieux commerciaux dans un contexte de visibilité croissante.Il y aura à partir de là, la naissance dune vie homosexuelle plus globale qui ouvrira la voie à des vécus et des expériences de lhomosexualité plus unitaires. On rentre aussi au plan des expériences dans la pleine histoire de lhomosexualité.
ETAT DES SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
Sources
A/ Archives
Archives nationales
BB3 89 Compte décadaire du canton de Paris an VII
BB3 90 Compte décadaire du canton de Paris an VII
BB18 212 dossier A4 1320 Affaire Menant 1811
BB18 309 dossier c 4610 affaire Millet Cassegrain An XIII
BB18 384 C2-1394 affaire Courant et Godefroy 1806
BB18 899 Affaire Almery 1809
BB18 945 C3-298 poursuite contre des caricaturistes 1814
C/77 dossier 775 réforme du Code pénal en 1791
C/654 Décret de lAssemblée nationale sur lorganisation judiciaire 16-8-1790
D/III/266 Affaire Friès et Lenoir An II
D/III/266 Affaire Remy Malleranges An II
F1CIII Seine 20 Tableau analytique de la situation du département de la Seine An VII
F7 3002 Affaire Almery 1808
F7 3119 Rapport sur la promenade des Champs Elysées An VIII
F7 3120 Affaire Bergerat Duhem et Affaire Tumerel An XIII
F7 3130 affaire Sébastien Tréquet Pierre Vincent1809
F7 3131 Affaire Pierre Henry 1809
F7 3136 Affaire Pierre et Stickens 1811
F7 3275 Etat des détenus par mesure de haute police 1812
F7 3766 Affaire Pierre Barbier 1810
F7 6174 Rapport sur le quartier du faubourg du Temple An VIII
F7 6443 Promenade des Champs Elysées 1804
F7 7579 A dossier 25 Rapport sur le quartier du Palais égalité An VII
F7 8136 Dossier 7809 R Affaire Casimir Lesaine 1806
F7 8158 dossier 10 666 R Affaire des pédérastes dIssoudun 1810
F7 8215 Dossier 5473 Affaire Vigneron bestialité
F7 8231 Dossier 6791 R2 affaire Sébastien Tréquet Pierre Vincent1809
F7 8291 dossier 10563 R2 affaire Clisson 1811
F7 8432 Affaire Almery 1809
F7 8526 affaire Sébastien Tréquet Pierre Vincent 1809
F7 8539 dossier 9494 P2 Affaire Pierre Frémont 1809
F7 8615 Affaire Pierre Henry 1809
F7 9546 Affaires pédérastes 1820-1830
F7 12162 Bureau central du canton de Paris Moeurs
F/16/107Règlement maison centrale de Fontevrault 20/03/1839, Rapport de Directeur de Clairvaux à Ministre de lintérieur 6/06/1834
F/16/361/A Rapports sur le service médecine des maisons centrales de Embrun, Ensisheim, Melun, Poissy, 1834-1835
F/16/585 dossier frères germains
F/16/602/B Etats détenues petite force an 8 et 9
W 251 Rafle aux Tuileries en 1792
Y 13407
Y 13408
Y 13409
Y 11724 Convers Désormeaux papiers pédérastes 1780-1789
Y 11727 Convers Désormeaux papiers pédérastes 1784-1786
Archives de la Police 1 bis rue des carmes Paris 75005
BB4 fichier pédéraste
BB5 fichier pédéraste
DA 221 Service des murs An X 1879
DA 223 Service des murs 1810-1876
DA 229 Service des murs 1823-1873
DA230 Service des murs An X 1889
DB 58 travestissement
DB 227 Bains publics et médicinaux
EB 85 Prisons dont Bicêtre
EB 87 Dépôt de la préfecture de police de Paris
Série Aa carton III ordre du roi 1721-1789 liste de prisonniers enfermés dans divers lieux de détention entre 1750 et 1775
Série Aa carton 8 documents relatifs aux prisonniers 1781-1789 contient rapport sur Sade
Série Aa procès verbaux des commissaires de police carton 48 à 266 contient des états de confiscation de libelles jugés dangereux par des commissaires de police parmi ces libelles
Archives de lassistance publique Hôpitaux de Paris
1 Q2 82
6Q2 1 Aliénés doffice 1839-1840
6Q2 3 Aliénés doffice 1841
6Q2 4 Aliénés doffice 1842-1843
6Q2 5 Aliénés doffice 1843-1844
6Q2 6 Aliénés doffice 1844/1845
7 61 Vénériens 1791-1792
7 62 Vénériens 1793 an II
Bibliothèque de lArsenal
Ms 10254 à 10260 mémoires de police concernant des sodomites arrêtés à Paris de 1723 à 1750
10918 affaire Deschauffours f 173
Département des manuscrits occidentaux de la Bibliothèque nationale de France
Nafr 3533 p 351 Rapport de Picquenard commissaire du pouvoir exécutif au citoyen Merlin
BN MSS 10289 f° 152, BN MSS 11717 f° 247 affaire Lenoir et Diot brûlé en place de Grève 1750
F fr 10970 procès criminel de Benjamin Deschauffours 530 p.
F fr. 6680-6687 Mes loisirs ou journal dévénements tels quils parviennent à ma connaissance » par le libraire parisien S.P. Hardy 1764-1789 fr 6684 affaire JF Pascal
Collection Clairambault 983-986 extraits dinterrogatoires faits par la police de gens vivant dans le désordre et de mauvaises murs enfermés à Saint Lazare, Vincennes, la Bastille, Bicêtre, Charenton
Bibliothèque historique de la ville de Paris
Ms 2928 dossiers Vidocq dossier Prieur marchand de vin
Biographie des commissaires de police et des officiers de paix de la ville de Paris, Paris, Gaillet : 1826, cote BHVP 940999. Voir p. 6, p. 217-218
B/ Sources imprimées
Bibliothèque nationale de France : imprimés ayant caractère de sources
Dictionnaires et encyclopédies du XVIIIe et du XIXe siècle
ACADEMIE FRANCAISE, Dictionnaire de lAcadémie françoise, Paris : J.B. Coignart, 1740, 2 vol., 904-898 p. Gallica.fr
ACADEMIE FRANCAISE, Dictionnaire de lAcadémie françoise, Paris : Vve B. Brunet, 1762, 2 vol., 864-967 p. Gallica.fr
ACADEMIE FRANCAISE, Dictionnaire de lAcadémie française, 5eme édition, Paris : J.-J. Smits, 1798, 2 vol.
ACADEMIE FRANCAISE, Dictionnaire de lAcadémie française, 6eme édition, Paris : Firmint-Didot, 1835, 2 vol.
Auguste (Ott.), Dictionnaire des sciences politiques et sociales comprenant la politique, la diplomatie, le droit naturel, le droit ds gens, les rapports de l'Eglise et de l'Etat, l'administration, les finances, la police, la force armée, l'économie politique et la statistique : avec le texte ou le résumé des traités les plus importants, des constitutions et lois fondamentales des peuples anciens et modernes, et l'analyse des principaux ouvrages sur la politique et les autres sciences sociales, Paris : JP Migne, 1854
Pris sur Gallica.fr
Bayle (Pierre), Dictionnaire historique et critique, Amsterdam : chez P. Brunel, P. Humbert, J Westein et C. Smith, 1740, 4 vol.
DAlembert, Diderot (Denis), Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751-1772, Genève : Pellet, 1777-1779, 45 vol.
tome 15 (1765), page 266 article sodomie
Delvau (Alfred), Dictionnaire érotique moderne, Neuchatel : impr. De la société des bibliophile, 1874, XXIV-402 p.
Dictionnaire universel françois latin, Paris : Trevoux, sn, 1721, 5 vol.
Voir tome 1 p. 871, 1150 ; tome 4, p. 1773
Furetière (Antoine), Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots français, tant vieux que modernes, et les termes des sciences et des arts, La Haye : chez Armout & Reinier Leers, 1690, 2 vol.
Voir article infâme p. 1094
Larousse (Pierre), Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Paris : administration du grand dictionnaire universel, 1866-1877
LAVEAUX (Jean-Charles), Nouveau dictionnaire de la langue française, 2ème édition, Paris : Deterville, 1828, 2 vol.
Le Roux (Philibert Joseph), Dictionnaire comique, satirique, critique, burlesque, libre et proverbial 1718-1786, Paris : H. Champion, 2003, CLXXXVII-718 p.
RICHELET (Pierre), Dictionnaire de la langue françoise ancienne et moderne, Amsterdam : aux dépens de la compagnie, 1732, 2 vol.
Essais et dictionnaires médicaux
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Astruc (J.), Traité des maladies vénériennes, Paris, G. Cavelier : 1740, 3 vol.
Voir Tome 1 p. 292, Tome II chapitre X p.450-474 des crêtes, des fics, et des rhagades ou fentes de lanus
Le texte aborde lorigine de ces maux parfois dans la pratique infâme et dans un commerce honteux
Beaude (Dr.) (Dir.), Dictionnaire de médecine usuelle Tome II I-Z, Paris, Didier : 1849, 991 p.
Brierre de Boismont (A.J.F.), Manuel de médecine légale l'usage des jurés, des avocats et des officiers de santé, Paris, G. Baillière : 1835, XVI-355 p.
CABANIS (P.J.G.) Rapports du physique et du moral de l'homme, Paris : Caille et Ravier, 1815, 2 vol. (CIV, 471 p.)
Carlier (François), Tardieu (Ambroise), La prostitution antiphysique, (précédé de) La Pédérastie, Paris, Le sycomore : 1981, IX-250 p.
Courrège (Joseph), Observations sur la pédérastie vénérienne, Montpellier, 18 thermidor an VIII, 1800
Deslandes (Leopold), De lonanisme et des autres abus vénériens considérés dans leurs rapports avec la santé, Paris :A Lelarge, 1835, 563 p.
Descuret (Jean-Baptiste-Felix), La médecine des passions ou les passions considérées dans leurs rapports avec les maladies les lois la religion, Paris : Béchet jeune et Labé, 1841, XVI-783 p.
Depau, De l'éducation, système théorique et pratique d'émulation et de discipline, suivi d'un aperçu sur la discipline des prisons dédié aux instituteurs et pères de famille, Paris, Vve Maire-Nyon : 1852, 143 p.
Dictionnaire des sciences médicales, tome trente-unième, Mar-Mer, Paris : C.L.F. Panckoucke, 1819, 591 p., Article Masturbation de Fournier et Bégin
Dictionnaire des sciences médicales, tome quarantième, Pec-Pero, Paris : C.L.F. Panckoucke, 1819, 589 p., article pédérastie du Dr. Reydellet
Dictionnaire des sciences médicales, tome quarante-cinquième, Pour-Pru, Paris : C.L.F. Panckoucke, 1820, 582 p., article prison de Villermé
Dictionnaire des sciences médicales, tome cinquante-unième, Sen-Sol, Paris : C.L.F. Panckoucke, 1821, 583 p., article sodomie du Dr. Fournier Pescay
Diderot (Denis), Eidous, Toussaint (James), (Trad.), Dictionnaire universel de médecine, à Paris : Briasson, 1746-1748, 6 vol.
Voir Homme efféminé colonne 1324 vol. 1.Masturbation colonne 1186 vol. 4 vice que la pudeur ne permet pas de nommer, ses suites terribles
Encyclopédie des sciences médicales, 2eme division, Tome 9, Paris : Au bureau de lencyclopédie, 1835, 403 p., chapitre XLI, p. 224-225
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Expertise psychiatrique dun instituteur pédéraste
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Voir p. 30-34 sur disposition et composition des lits
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CUSTINE (Astolphe de), Lettres de Russie, Paris, Gallimard, 1990, 408 p.
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Diderot (Denis), Mémoires, correspondance et ouvrages inédits publ. Daprès les manuscrits confiés en mourant par lauteur à Grimm, Paris : Paulin, 1830-1831, 4 vol.
Voir Tome 4 p 225-239
GAUTIER (Théophile), Mademoiselle de Maupin, Paris : Gallimard, 1973, 440 p.
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Michelet (Jules), Journal. I, 1828-1848, texte établi... par Paul Viallaneix, Num. BNF de l'éd. de, Paris : INALF, 1961,Reprod. de l'éd. de, Paris : Gallimard, 1959. Base Frantexte
Mirabeau (Honoré-Gabriel de Riqueti, Cte de), Erotika biblion,A Rome : impr. du Vatican, 1783, IV-192 p. Voir chapitre Kadesh
Montesquieu (Charles Louis de Secondat), Lesprit des lois, Paris : Larousse, 1995, 303 p. Voir Livre XII, chapitre VI du crime contre la nature
Rétif de La Bretonne (Nicola-Edme), Les nuits de Paris ou le spectateur nocturne, Londres et Paris, 1788-1794, 16 part. en 8 vol. Voir Tome I p 374-380,
Rousseau (Jean Jacques), Discours sur lorigine et les fondements de linégalité parmi les hommes, Dresde : M M. Rey, 1755, XLVI-206 p.
Voir notes de la première partie
Rousseau (Jean Jacques), Emile ou de léducation, Genève : 1780, 4 vol.
Voir livre 4
SADE (Donatien Alphonse François de), Français encore un effort si vous voulez être républicain, Paris : Ed. mille et une nuits 1995, 95 p.
SADE (Donatien Alphonse François de), La philosophie dans le boudoir, Paris : La Musardine, 1997, 254 p.
STENDHAL, Correspondance générale, tome III, 1917-1830, Paris : H. Champion, 1999, XIV-890 p.
STENDHAL, Lettres à Pauline, Paris : Seuil, 1994, 645 p.
STENDHAL, Lucien Leuwen, Monaco : Ed. du Rocher, 1945, 2 vol.
VAUVENARGUES (Luc de Clapiers Marquis de), uvres Complètes, Paris : Hachette, 1968, 2 vol., 656 p.
Voltaire (François Marie Arouet), Moureaux José-Michel, (Ed.), La Défense de mon oncle : 1767 ; (suivie de) À Warburton, Oxford : The Voltaire foundation, 1984, XVII-504 p., (uvres complètes de Voltaire, 64.)
Voltaire (François Marie Arouet), Dictionnaire philosophique, ou la Raison par alphabet, Septième édition revue, corrigée & augmentée par l'auteur. Première partie A-I [-Seconde partie L-V], , A Londres, M.DCC.LXX, 2 t. en 1 vol.
Voltaire (François Marie Arouet), Dictionnaire philosophique, Paris : Garnier, 1987, XL-632 p.
Voltaire (François Marie Arouet), uvres de M Voltaire, Dresde, Georges Conrad Walther, 1752, 7 vol. voir Tome III p. 98-100 pris sur Gallica.fr
Voltaire (François Marie Arouet), uvres de M Voltaire. Tome XVII, Essai sur les moeurs, num. de léd de Paris : Werdet et Lequien, 1829, 535 p. Voir p. 407 pris sur Gallica.fr
Voltaire (François Marie Arouet), Prix de la justice et de lhumanité, A Londres (Neuchâtel), 1777, IV-120 p. Voir Article XIX
Littérature licencieuse et pamphlétaire
Antonin ou le fils capucin par un religieux de lordre, Paris : Chez Simon, 1801, 102 p.
L'Autrichienne en goguettes. Ou l'Orgie royale. Opéra proverbe. Veni vidi. Composé par un garde-du-corps , & publié depuis la liberté de la presse; & mis en musique par la Reine, S.l. : s.n., 1789
Le bordel apostolique institué par Pie VI pape en faveur du clergé de France, à Paris : impr. De labbé Grossier, 1790
Le bordel patriotique institué par la reine des françois pour les plaisirs des députés à la nouvelle législature, Aux Tuileries : et chez les marchands d'ouvrages galants, 1791
Chansonniers historiques du XVIIIe siècle, Paris : A Quantin, 1879-1884, 10 vol.
Voir p 151 Vol VI, voir vol. V, p. 110, vol. IX, p. 80
Collé (Charles), Chansons qui nont pu être imprimées et que mon censeur na point dû me passer, s.l. : sn., 1784, 212 p.
Collé (Charles), Chansons joyeuses,, mises au jour par un anonyme, onissime. Nouvelle édition, considérablement augmentée, & avec de grands changemens qu'il faudroit encore changer, A Paris : à Londres, et à Ispahan, de l'imprimerie de l'Académie de Troyes. [i.e. M.DCC.LXV], VXL.CCD.M.-2 t. en 1 vol.
La Confédération de la nature ou lart de se reproduire, Londres, Paris, 1790, 48 p.
Le courrier extraordinaire des fouteurs ecclésiastiques : pièce révolutionnaire réimprimée textuellement sur l'édition originale publiée en 1790 et devenue très rare, précédée d'une notice bibliographique, Neuchâtel : impr. par les presses de la Société des bibliophiles cosmopolites, 1872, VII-39 p.
Les délices de Coblentz ou anecdotes libertines des émigrés français, imprimé à Coblentz, 1792, 72 p.
Dom bougre aux états généraux ou doléances du portier des chartreux par lauteur de la foutromanie, A Foutropolis : chez Braquemart : Librairie à la couille dor, CA 1792, 16 p.
LEcho foutromane ou recueil de plusieurs scènes lubriques et libertines contenant les épreuves de l'abbé Dru ; le secret de madame Conlêché ; l'entrevue de mademoiselle Pinelli avec Arlequin et Pierrot ; la solitude de madame Convergeais ; etc., Sur l'imprimé à Démocratis : aux dépens des fauteurs démagogues, 1792
Enfants de Sodome à lassemblée nationale ou députation de lordre de la manchette aux représentants de tous les ordres, Lille : Association GKC, 1989, VIII-48 p.
Etrennes aux fouteurs ou le calendrier des trois sexes, A Sodome et à Cythère, 1793
Les Fouteurs de bon goût à l'Assemblée Nationale, S. l., s. d.
Les fureurs utérines de Marie Antoinette femme de Louis XVI : la mère en proscrira la lecture à sa fille, Paris : au manège et dans tous les bordels de Paris, 1791
Histoire de Dom B
portier des chartreux écrite par lui même, A Francfort : J.J. Trotener, 1748, 288 p.
La Messaline françoise, ou les Nuits de la Duc..... de Pol.... Et Aventures mystérieuses de la Pr.....se d'He.... et de la ..... ... Par l'Abbé compagnon de la fuite de la Duch.... de Pol.... Suivi du Voyage découvert (Par M. Destrin), A Tribaldis : de l'Imp. de Priape, 1790
Ode aux bougres, Sl., 1789, pièce
Les petits bougres au manège ou réponse de M***, grand maître des enc
. Et de ses adhérents, défendeurs, à la requête des f
ses, des macq
et des br
. Ses, d emanderesses.- a Enc
ns : chez Pierre pousse fort ; et se trouve au Palais-Royal, Tuileries et Luxembourg lan second du rêve de la liberté.- Pièce « pamphlet qui revendique la libre disposition du corps
PIGAULT LEBRUN, Les aventures de Cherubin, lenfant du bordel, Cythère : à lenseigne de la volupté, s.d., 183 p.
Requête en faveur des putains, des fouteuses, des macquerelles et des branleuses ; contre les bougres, les bardaches et les bruleurs de paillasses, a Gamahuchon, et se trouve toutes les fouteuses nationales, lan second de la régénération foutative
SENAC DE MEILLAN (Gabriel) La foutromanie, poème lubrique, A Sardanapalis, aux dépens des amateurs, 1780, 108 p.
Vie privée et publique du ci-derrière Marquis De Villette, s.l., s.d, In-18. Pièce
Vingt ans de la vie dun jeune homme, A Vito-cono-cuno-clytoropolis, (Bâle) : chez Bandefort imprimeur libraire rue de la Couille au Fouteur libéral, 1789
La volupté prise sur le fait ou les nuits de Paris, folie érotique mêlée danecdotes et aventures galantes du Palais Royal, Paris : Roux, 1815, XII-126 p.
Lois, jurisprudence et affaires judiciaires
Archives parlementaires de 1787 à 1860 : recueil complet des débats législatifs et politiques des Chambres françaises. Première série, 1787 à 1799. Tome XXXI, Du 17 septembre au 30 septembre 1791 / impr. par ordre du Sénat et de la Chambre des députés ; sous la dir. de M. J. Mavidal,... et de M. E. Laurent, Loi du 25-septembre-6 octobre 1791 loi contenant le code pénal donné à Paris le 6 octobre 1791 (décret de lAssemblée nationale du 26 septembre 1791) titre II crime contre les particuliers art XXXI violence viol dune fille il ny a aucune référence à la sodomie, pédérastie bonnes ou mauvaises murs
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Voir Loi n° 6444 loi sur la répression des crimes et délits commis par la voie de la presse ou par tout autre moyen de publication, 17 mai 1819 Chapitre II p 467 des outrages à la morale publique et religieuse ou aux bonnes murs
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Voir Article 6 du code civil de 1804 On ne peut déroger par des conventions particulières aux lois qui intéressent lordre public et les bonnes murs, Article 1133 du code civil de 1804 La cause est illicite quand elle est prohibée par la loi quand elle est contraire aux bonnes murs ou à lordre public (capacité des parties contractantes
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Canler (Louis), Mémoires de Canler, ancien chef du service de Sûreté, Paris : F. Roy, 1882, 2 vol.
Guyon (Louis), Biographie des commissaires de police et des officiers de paix de la ville de Paris, suivie d'un essai sur l'art de conspirer et d'une notice sur la police, Paris : 1826, IV-238 p.
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Vidocq (François), Les voleurs, physiologie de leurs murs et de leur langage. Ouvrage qui dévoile les ruses de tous les fripons et destiné à devenir le vade mecum de tous les honnètes gens, Paris : lauteur, 1837, 2 vol. in-8°
Voir les mots tantes et pédérastes
Presse du XIXe siècle
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La Gazette nationale ou le moniteur universel, 23 mai 1791, 30 mai 1791, 6 juillet 1791
La Gazette nationale ou le moniteur universel, 13 mars 1824 novembre 1824
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Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires, Paris, s.n., 1825-1955, 20 mars 1836, BNF Micr D-426
Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires, Paris, s.n., 1825-1955, 13-14 mai 1836, BNF Micr D-426
Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires, Paris, s.n., 1825-1955, 20 août 1836, BNF Micr D-426
Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires, Paris, s.n., 1825-1955, 23 octobre 1836, BNF Micr D-426
Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires, Paris, s.n., 1825-1955, 26 novembre 1836, BNF Micr D-426
Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires, Paris, s.n., 1825-1955, 3 juillet 1845, BNF Micr D-426
Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires, Paris, s.n., 1825-1955, 14 août 1845, BNF Micr D-426
Le Gymnase : recueil de morale et de littérature, Paris, imprimerie de H. Balzac, 1828, 10e cahier, 4e volume
Le Journal de Paris, 7 novembre 1824
La Presse, Paris, s.n., 1836-1952 BNF Micr. D-100
Le Réformateur : journal quotidien des nouveaux intérêts matériels et moraux, industriels et politiques, littéraires et scientifiques, Paris, s.n., 1934-1835
voir jeudi 11 décembre 1834 n 64 Micr D-278
Revue de linstruction publique de la littérature et des sciences en France et dans les pays étrangers, Paris, L. Hachette, sd.
Voir n° 24, 13 septembre 1855 BNF LC5-60
Revue de linstruction publique de la littérature et des sciences en France et dans les pays étrangers, Paris, L. Hachette, sd.
Voir n° 29, 18 octobre 1855 LC5-60
Union médicale : journal des intérêts scientifiques et pratiques, moraux et professionnels, Paris, S.n., sd. BNF Fol-T33-202 Voir mardi 17 juillet 1849
Réformateurs sociaux, témoignages, hommes publics et penseurs divers, anthologies
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APPERT (Benjamin), Bagnes, prisons et criminels, Paris : Guilbert, 1836, 4. vol.
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Aubriet (Antoine), Vie de Cambacérès, ex-archi-chancelier, Paris : Tourneux, 1824
AULARD (Alphonse), Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire, recueil de documents pour lhistoire et lesprit public à Paris, tome V du 3 thermidor an VI au 19 brumaire an VIII, Paris : L. Cerf, 1900, voir p. 578-579
BALABINE (Victor de), Journal de Victor de Balabine, secrétaire de lambassade de Russie : Paris de 1842 à 1852, la cour, la société, les murs, 1842-1847, Paris : Emile-Paul frères, 1914, XII-317 p. voir p. 169-170
BENTHAM (Jeremy), Essai sur la pédérastie, trad. Par Jean-Claude Bouyard, Lille : Question de genre-GKC, 2003, 237 p.
Blanchet, Les funestes effets de la vertu de chasteté dans les prêtres ou mémoire de M Blanchet, Paris : Impr. De labbé de Saint Pierre, 1791, 42 p.
Bossu (Jean Bernard), Nouveaux voyages aux Indes occidentales : document électronique, Paris : Le Jay, 1768, 2 part. en 1 vol.
Voir p. 160 sur les hommes de cette nation sadonnant à la sodomie
Borie (Jean), Le Célibataire français, Paris : le Sagittaire, 1976, 190 p.
voir nombreuses citations de Pierre Proudhon sur l'homosexualité
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Bouhier (Président), Recherches et dissertations sur Hérodote, par M. le président Bouhier, avec des Mémoires sur la vie de l'auteur, A Dijon : chez P. De Saint, 1746, Voir Chapitre XX p 207-212
CERFBERR DE MEDELSHEIM (Alphonse), La vérité sur les prisons, Paris : Mansut, 1844, 76 p. Voir p. 29, p. 41
Chronique arétine ou recherches pour servir à lhistoire des murs du 18 e siècle, S.l. : Caprée, 1789, 1 vol.
Cloots (Anarchasis), Lorateur du genre humain ou dépêche du prussien Cloots du prussien Hertzberg , Paris : Desenne, 1791, 177 p.
voir p. 57-58, 59-61 des lignes indulgentes à légard du penchant homosexuel
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Dulaure (Jacques-Antoine), Histoire physique civile et morale de Paris depuis les premiers temps historiques jusquà nos jours, Paris, Guillaume, 1829, 10 tomes
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Lintérieur des prisons, réforme pénitentiaire, système cellulaire, emprisonnement en commun, suivi dun dictionnaire renfermant les mots les plus usités dans le langage des prisons par un détenu, Paris : J. Labitte, 1846, 249 p. Voir p. 27, p. 53, p. 245-246
La Châtre (Maurice), Histoire des papes : crimes, meurtres, empoisonnements, parricides, adultères, incestes depuis saint Pierre jusqu'à Grégoire XVI. Histoire des saints, des martyrs, des Pères de l'Église, des ordres religieux, des conciles, des cardinaux, de l'Inquisition, des schismes, des grands réformateurs. Crimes des rois, des reines et des empereurs... Paris : Administration de librairie, 1842-1843 10 t,
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Voir Tome IV p. 239, Tome XI p. 314
Mercier (Sébastien), Le nouveau Paris, Paris : Fuchs, C. Pougens et C.-F. Cramer, an VII, 1798, 6 vol. Voir Tome II p. 35-38, tome III p. 91, 114, tome V p. 180
MIRECOURT (Eugène de), Villemain, Paris : G. Havard, 1856, 96 p. voir p. 79
Perrin Du Lac (F.M.), Voyage dans les deux Louisianes et chez les nations sauvages du Missouri, par les Etats-Unis, l'Ohio et les provinces qui le bordent, en 1801, 1802 et 1803..., Paris : Capelle et Renand, 1805, X-479 p. Voir p. 318, 352
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Voir p. 101, 110, 195, 271, 359
SANSON (Henri Clément), Sept générations dexécuteurs, mémoires des Sanson, Num de léd. de Paris : Dupray de la Mahérie, 1863, 544 p.
Schmidt (Charles Guillaume Adolphe), Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, Paris : J. Cherbuliez, 1848-1849, 2 vol.
TUETEY (Alexandre), Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, Paris : Impr. Nouvelle (Association ouvrière), 1890-1914, vol. II
VILLERME (Louis René), Des prisons telles qu'elles sont et telles qu'elles devraient être... : par rapport à l'hygiène, à la morale et à la morale politique, Paris : Méquignon-Marvis, 1820, VI-192 p.
voir chapitre XI murs des prisonniers, p. 95-100
WALD LASOWSKI (Patrick) (Ed.), Romanciers libertins du XVIIIe siècle. 1, Paris, Gallimard, 2000, CVIII-1341 p.
Sources théologiques et religieuses
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BERGIER (Nicolas), Dictionnaire de théologie dogmatique, liturgique, canonique et disciplinaire, Paris : Ateliers catholiques au Petit Montrouge, 1850-1851, 4 vol.
Voir Tome 3 p. 893 et tome 4 p. 500
Bible : Ed. bilingue, texte hébraïque daprès la version massorétique / trad. Française sous la dir. Du grand rabbin Zadoc Kahn, Paris : Colbo, 1983, 3vol.
Voir Lévitique 20 13, Déteuronome 22 5
Bible [2] Nouveau Testament/ introd. par Jean Grosjean ; textes, trad., présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Leturny ; avec la collab. De Jean Grosjean, Paris : Gallimard, 1994, XX-1055 p. (Bibliothèque de la Pléiade ; 226)
Voir épîtres de Paul aux romains 2 26-27, Apocalypse 21 8
DEBREYNE (Pierre Jean Corneille), Essai sur la théologie morale dans ses rapports avec la physiologie et la médecine ouvrage spécialement destiné au clergé, Paris : Poussielgue-Rusand, 1842, XV-544 p.
DEBREYNE (Pierre Jean Corneille), Moechialogie, traité des péchés contre le sixième et neuvième commandements du Décalogue et de toutes les questions matrimoniales qui sy rattachent, Paris : Poussielgue-Rusand, 1846, XII-492 p.
Sinistrati (Ludovico Maria) (1632-1701), De sodomia Tractatus in quo exponitur doctrina nova de sodomia foeminarum a tribadismo distincta, Paris : apud I. Liseux, 1879 (trad. Française)
Sinistrati (Ludovico Maria) (1632-1701), De la sodomie des femmes, Paris : Diachroniques, 1992, 60 p.
Théologie amoureuse des peuples dOccident : morale matrimoniale par un ancien chanoine, SL. : sn., 18 ??, 466 p.
Travaux universitaires présents dans des bibliothèques universitaires parisiennes
BERTHOLLIER (C), La population de lhospice des vénériens entre 1792 et 1794, mémoire de maîtrise, Paris I, 1973-1974
BONELLO (Christian), Discours médical sur lhomosexualité en France au XIXe siècle, Paris, : sn., 1984, 3 vol. 421, 93 f., Thèse 3eme cycle, Paris 7, 1984
COURTRAY (François), Normes sociales, droit et homosexualité, Aix en Provence, Université de droit, déconomie et des sciences dAix-Marseille, 1996, LV-214 p., Thèse pour le doctorat en droit sous la dir. de Norbert Rouland, Décembre 1996
GUNTHER (Scott), La construction de lidentité homosexuelle dans les lois aux Etats unis et en France, Paris : EHESS, 1995, 65 p. DEA de sciences sociales sous la direction de Marie Elisabeth Handman, Ecole des hautes études en sciences sociales
MERICSKAY (Alexandre), Le Châtelet et la répression de la criminalité à Paris en 1770, S.l., sn., 1970, 512 f., Th. 3e cycle, Hist. mod., Paris-Sorbonne, [ca 1970]
REY (Michel), Les sodomites parisiens au XVIIIe siècle, Paris : Paris VIII Vincennes, 1980, Maîtrise dhistoire sous la dir. de Jean Louis Flandrin, 1979-1980
Bibliographie
A/ usuels et ouvrages généraux sur des sujets autres que lhistoire de la sexualité
Nous indiquons ici les usuels et les ouvrages dont la lecture ou létude permettent de dresser le cadre historique global et le contexte de certains faits que nous avons relatés. Ils permettent aussi de replacer certaines analyses dans des problématiques plus globales
ANTONETTI (Guy), Louis-Philippe, Paris : Fayard, 1994, 992 p.
Ariès (Phillipe), (Dir.), Georges Duby, (Dir.), Michèle Perrot, (Dir.), Histoire de la vie privée, 4. De la Révolution à la Grande guerre, Paris : Seuil, 1987, 636 p.-[16] p. de pl. en coul. (Lunivers historique)
BADINTER (Elisabeth), Lamour en plus : histoire de lamour maternel, XVII-XXe siècle, Paris : Le livre de poche, 1982, 471 p. (Le livre de poche, 5636)
BECHTEL (Guy), La sorcière et lOccident : la destruction de la sorcellerie des origines aux grands bûchers, Paris : Plon, 1997, 941 p. (Agora)
BeckeR Howard (Saül), Outsiders : études de sociologie de la déviance, Paris : A.-M. Métailié, 1985, 247 p.
BERLIERE (JeanMarc), Le monde des polices en France, XIXe XXe siècles, Bruxelles, Paris : Ed. Complexe, 1996, 275 p. (Le monde de, 2)
BOLOGNE (JeanClaude), Histoire du célibat et des célibataires, Paris : Fayard, 2004, 525 p.
BRU (Paul), Histoire de Bicêtre : hospice, prison, asile : daprès des documents historiques, Paris : Bureaux du progrès médical, Lecrosnier et Babé, 1890, XVIII-480 p.
CAMP (Maxime Du), Paris : ses organes, ses fonctions et sa vie jusqu'en 1870, Monaco : G. Rondeau, 1993, 762 p.
CAPITAN (Colette), La nature à lordre du jour : 1789-1793, Paris : Kimé, 1993, 178 p. (Le sens de lhistoire)
CARROT (Georges), Histoire de la police française : tableaux, chronologie, iconographie, Paris : Tallandier, 1992, 252 p. (Approches)
Chartier (Roger), (Dir.), Ariès (Philippe), (Dir.), Duby (Georges), (Dir.), Histoire de la vie privée 3, De la Renaissance aux lumières, Paris : Seuil, 1986, 634 p.-[16] p. (Lunivers historique)
CHAUVAUD (Frédéric), Les experts du crime : la médecine légale en France au XIXe siècle, Paris : Aubier, 2000, 301 p. (Collection historique)
CHEVALIER (Louis), Classes laborieuses et classes dangereuses : à Paris pendant la première moitié du XIXe siècle, Paris : Perrin, 2002, 566 p. (Pour lhistoire)
CORBIN (Alain) (Dir.), COURTINE (Jean Jacques) (Dir.), VIGARELLO (George) (Dir.), Histoire du corps. 2, De la Révolution à la Grande guerre, Paris : Ed. du Seuil, 2005, 442 p. (Lunivers historique)
CORBIN, (Alain), Le miasme et la jonquille : lodorat et limaginaire social XVIIIe-XIXe siècles, Paris, Aubier Montaigne, 1982, 334 p. (Collection historique)
CSERGO (Julia), Liberté, égalité, propreté : la morale de lhygiène au XIXe siècle, Paris : Albin Michel, 1988, 361 p. (Laventure humaine)
DELAMARE (Jean), Le Grand renfermement : histoire de l'hospice de Bicêtre 1657-1974, Paris : Maloine, 1990, 179 p. (Le Vécu et le vivant)
DELARUE (Jacques), Le métier de bourreau, Paris : Fayard,1979, 413 p.
Delon (Michel) (Dir.), Dictionnaire européen des lumières, Paris : PUF, 1997, XXII-1128 p.,
Delon (Michel), Le savoir vivre libertin, Paris : Hachette littérature, 2000, 347 p.
DELUMEAU (Jean), La Peur en Occident : XIV -XVIII' siècles, une cité assiégée, Paris : Fayard, 1978, 486 p.
Dupâquier (Jacques), Cabarin (Guy), Lepetit (Bernard), Histoire de la population française. T2 de la Renaissance à 1789, Paris : PUF, 1988, 601. -[48] p. de pl.
Dupâquier (Jacques), (Dir.), Garden (Maurice), (postfacier), Histoire de la population française. T3 de 1789 à 1914, Paris : PUF, 1988, 554 [54] p.
FARGE (Arlette), Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, Paris : Gallimard, Julliard, 1979, 248 p. (Collection Archives, 76)
FOUCAULT (Michel), Les anormaux : cours au collège de France 1974-1975, Paris : Gallimard, Le Seuil, 1999, XI-351 p. (Hautes études)
FOUCAULT (Michel), Dits et écrits : 1954-1988, Paris : Gallimard, 1994, 4 vol. (854, 837, 835, 901 p.) (Bibliothèque des sciences humaines)
FOUCAULT (Michel), Histoire de la folie à lâge classique, Paris : Gallimard, 1976, 583 p. (Collection "Tel" , 9)
FOUCAULT (Michel), Naissance de la clinique, Paris : Presses universitaires de France, 1988, 214 p. (Quadrige, 100)
FOUCAULT (Michel), Surveiller et punir : naissance de la prison, Paris : Gallimard, 1994, 318 p.[24] p. de pl. (Bibliothèque des histoires)
FURET (François), OZOUF (Mona), Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris : Flammarion, 1988, 1122 p.
GOFFMAN (Erving), Stigmate, Paris : ed. de Minuit, 1975, 175 p. (Collection Le Sens commun)
GUESLIN (André) (Dir.) KALIFA (Dominique) (Dir.), Les exclus en Europe : 1830-1930, Paris : Les éditions de latelier-éditions ouvrières, 1999, 480 p. (Patrimoine)
HALPERIN (David) M, Saint Foucault, Paris : EPEL, 2000, 160 p. (Les grands classiques de l'érotologie moderne)
Histoire de la famille, 3, Le choc des modernités, sous la dir. De André Burguière
[et al.], Paris : A. Colin, 1986, 736 p.
KAPLOW (Jeffry), Les Noms des rois : les pauvres de Paris à la veille de la Révolution, Paris : F. Maspero, 1974, 285 p. (Textes à l'appui. Série Histoire)
LASCOUMES (Pierre), PONCELA (Pierrette), Au nom de lordre : une histoire politique du Code pénal, Paris : Hachette, 1989, 404 p.
LEONARD (Jacques), La médecine entre les savoirs et les pouvoirs : histoire intellectuelle et politique de la médecine française au XIXe siècle, Paris : Aubier Montaigne, 1981, 384 p. (Collection historique)
MARTIN-FUGIER (Anne), La vie quotidienne de Louis-Philippe et de sa famille : 1830-1848, Paris : Hachette, 1992, 338 p. (La vie quotidienne)
MISSOFLE (Michel), Le cur secret de Talleyrand, Paris : Perrin, 1956, 280 p.
MUCHEMBLED (Robert), Une histoire du Diable : XIIe XXe siècle, Paris : ed. du Seuil, 2000, 403 p.
MUCHEMBLED (Robert), Une histoire de la violence, Paris : ed. du Seuil, 2008, 498 p. (Lunivers historique)
OBRIEN (Patricia), Correction ou châtiment : histoire des prisons en France au XIXe siècle, Paris : Presses universitaires de France, 1988, 342 p. (Les Chemins de l'histoire)
PETIT (JacquesGuy), Ces peines obscures : la prison pénale en France, 1780-1875, Paris : Fayard, 1990, 749 p.
PINOL (Jean-Luc), Le monde des villes au XIXe siècle, Paris : Hachette, 1991, 230 p. (Carré histoire, 7)
REMOND, (René), Lanticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Bruxelles, Ed. Complexe, 1992, 378 p. (Historiques, 20)
REMOND, (René), Les droites en France, Paris, Aubier-Montaigne, 1982, 544 p. (Collection historique)
RENAUT (MarieHélène), Histoire du droit pénal : du Xe siècle au XXIe siècle, Paris : Ellipses, impr. 2005, 127 p. (Mise au point)
RIPA (Yannick), La ronde des folles : femmes, folie et enfermement au XIXe siècle 1838-1870, Paris : Aubier, 1986, 216 p.
ROCHE (Daniel), La culture des apparences : une histoire du vêtement, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris : Fayard, 1989, 549 p.
ROCHE (Daniel), [La] France des Lumières, Paris : Fayard, 1993, VII-651 p., Index
SHORTER (Edward), Naissance de la famille moderne : XVIIIe XXe siècle, Paris : ed. du Seuil, 1981, 379 p. (Points. Histoire, 47)
SOLE (Jacques), La Révolution en question, Paris : ed. du Seuil, 1988, 413 p. (Points. Histoire, 98)
SOULET (JeanFrançois), Les Pyrénées au XIXe siècle, Toulouse : Eché, 1987, 2 vol. (478, 713 p.)
STORA-LAMARRE (Annie), Lenfer de la IIIe république : censeurs et pornographes, 1881-1914, Paris, Imago, 1989, IV-248 p.
STORA-LAMARRE (Annie) (Dir.), Incontournable morale : colloque international de Besançon, 9-10 octobre 1997, Paris : Les belles lettres, 1998, 306 p. (Annales littéraires de l'Université de Franche-Comté. Série Historiques, 14)
TULARD (Jean), Dictionnaire Napoléon, Paris : Fayard, 1989, 1866 p.
TULARD (Jean), Paris et son administration : 1800-1830, Paris : ville de Paris, Commission des travaux historiques, 1976, 572 p. (Ville de Paris, Commission des travaux historiques, Sous-commission de recherches d'histoire municipale contemporaine, 13)
VINCENT-BUFFAULT (Anne), Histoire des larmes : XVIIIe-XIXe siècle, Paris, Payot et Rivage, 2001, 390 p. (Petite bibliothèque Payot, 415)
B/ ouvrages généraux sur lhistoire de la sexualité et de la conjugalité et du genre
Ces ouvrages permettent de replacer lhistoire de lhomosexualité dans le cadre densemble de lhistoire de la sexualité et de la conjugalité et du genre.
ARIES (Philippe), (Dir.), BEIJIN (André), (Dir.), Sexualités occidentales, Paris : Ed. du Seuil, 1984, 245 p. (Points)
ARON (Jean Paul), KEMPF (Roger), Le pénis et la démoralisation de lOccident, Paris : B. Grasset, 1978, 306 p. (Figures)
BENABOU (Erica Maria), GOUBERT (Pierre), (Ed.), La prostitution et la police des murs au XVIIIe siècle, Paris : Perrin, 1987, 547 p.
BLANC (Olivier), Lamour à Paris : au temps de Louis XVI, Paris : Perrin, 2002, 355 p. (Pour l'histoire)
BREMMER (Jan Nicolas) (Ed), From Sappho to Sade : moments in the history of sexuality, London, New York : Routledge, 1989, X-213 p.
BUTLER (Judith), Défaire le genre, Paris : Editions Amsterdam, 2006, 311 p.
COPLEY (Antony) R. H., Sexual moralities in France, 1780-1980 : new ideas on the family, divorce and homosexuality: an essay on moral change, London : Routledge, 1989, XI-283 p.
CORBIN (Alain), Lharmonie des plaisirs : les manières de jouir du siècle des lumières à lavènement de la sexologie, Paris : Perrin, 2007, 542 p.
DANET (Jean) (Red.), Discours juridique et perversions sexuelles, XIXe et XXe siècle, Nantes : Faculté de droit et de sciences politiques, 1977, 105-V p. (Centre de recherche politique, 6)
DAVIDSON, (Arnold I.), Lémergence de la sexualité : épistémologie historique et formation des concepts, Paris, Albin Michel, 2005, 365 p. (Bibliothèque Albin Michel. Idées)
DAUMAS (Maurice), Le mariage amoureux : histoire du lien conjugal sous lAncien régime, Paris : A. Colin, 2004, 335 p.
DUBY (Georges) (Introd.), Amour et sexualité en Occident, Paris : Seuil, 1991, 335 p. (Points. Histoire, 140)
Farge (Arlette), (Ed.), Foucault (Michel) (Ed.), Le désordre des familles : lettres de cachet des archives de la Bastille, Paris : Gallimard Julliard, 1982, 362 p. (Collection Archives, 91)
FLANDRIN (Jean Louis), Les amours paysannes, XVIe-XIXe siècle, Paris : Gallimard, 1993, 334 p. (Collection Folio. Histoire, 53)
FLANDRIN (Jean Louis), Familles : parenté, maison, sexualité dans lancienne société, Paris : Ed. du Seuil, 1984, 285 p. (L'Univers historique)
FLANDRIN (Jean Louis), Le sexe et lOccident : évolution des attitudes et des comportements, Paris : Ed. du Seuil, 1981, 375 p. (Lunivers historique)
FLANDRIN (Jean Louis), Un temps pour embrasser : aux origines de la morale sexuelle occidentale : VIe-XIe siècle, Paris : Éditions du Seuil, 1983, 249 p. (Lunivers historique)
Foucault (Michel), Histoire de la sexualité. Tome 1 La volonté de savoir, Paris : Gallimard, 1994, 211 p. (Collection Tel, 248)
GAY (Peter), Leducazione dei sensi : lesperienza borghese dalla regina Vittoria a Freud, Milano : Feltrinelli, 1986, 404 p.
GAY (Peter), Une culture bourgeoise : Londres, Paris, Berlin : biographie d'une classe sociale, 1815-1914, Paris, Ed. Autrement, 2005, 375 p. (Collection mémoires, 113)
GUILLEBAUD (Jean-Claude), La tyrannie du plaisir, Paris : Ed. du seuil, 1999, 463 p. (Points, 668)
HOUBRE (Gabrielle), La discipline de lamour : léducation des filles et des garçons à lâge du Romantisme, Paris : Plon, 1997, 454 p. (Civilisations et mentalités)
IACUB, (Marcella), Par le trou de la serrure :une histoire de la pudeur publique XIXe-XXIe siècle, Paris, Fayard, 2008, 352 p. (Histoire de la pensée)
JASPARD (Maryse), La sexualité en France, Paris : Ed. La découverte, 1997, 124 p. (Repères, 221)
LAQUEUR (Thomas Walter), GAUTIER (Michel), (Trad.), La fabrique du sexe : essai sur le corps et le genre en Occident, Paris : Gallimard, 1992, 355 p.-[24] p. de pl. (NRF essais)
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LAVAUD-LEGENDRE (Bénédicte), Où sont passées les bonnes moeurs?, Paris : Presses universitaires de France, "Le Monde", 2005, XI-248 p. (Partage du savoir)
Mosse (Georges L.), Sessualità e nazionalismo : mentalità borghese e rispettabilità, Roma : Laterza, 1996, VI-254 p. (EL, 73)
Muchembled (Robert), Lorgasme et lOccident : une histoire du plaisir du XVIe siècle à nos jours, Paris : éd. du Seuil, 2005, 382 p.
NED-KATZ (Jonathan), Linvention de lhétérosexualité, Paris : EPEL, 2001, 236 p. ( Les grands classiques de l'érotologie moderne)
RAUCH (André), Crise de lidentité masculine : 1789-1914, Paris : Hachette littératures, 2000, 297 p. (Pluriel, 940)
RAUCH (André), Le premier sexe : mutations et crise de lidentité masculine, Paris : Hachette littératures, 2000, 297 p. (Histoires)
RAUCH (André), Lidentité masculine à lombre des femmes : de la Grande guerre à la Gay pride, Paris : Hachette littératures, 2004, 358 p.
REVENIN (Regis) (Coord.), Hommes et masculinités de 1789 à nos jours : contribution à lhistoire du genre et de la sexualité en France, Paris : Autrement, 2007, 293 p. (Collection mémoires, 132)
RICHARD (GUY), Histoire de lamour en France : du Moyen âge à la Belle époque, Paris : J.C. Lattès, 1985, 340 p.
SAINT PROJET (Rose de), Les lois sexuelles : essai sur une idée de lordre moral au XIXe siècle, Penne-dAgenais : Frénésie éd., 2003, 325 p. (Insania)
SOLE (Jacques), Lamour en Occident à lépoque moderne, Bruxelles, Complexe, Paris : diffusion Presses universitaires de France, 1984, 311 p. (Historiques, 9)
STENGERS (Jean), VAN NECK (Anne), Histoire dune grande peur la masturbation, Le Plessis-Robinson : Institut Synthélabo pour le progrès de la connaissance, 1998, 233 p. (Les empêcheurs de penser en rond)
TARCZYLO (Théodore), Sexe et liberté au siècle des lumières, Paris : Presses de la Renaissance, 1983, 310 p. (Histoire des hommes)
VAN USSEL (Jos), CHEVALOT (Catherine), (Trad.), Histoire de la répression sexuelle, Paris : R. Laffont, 1972, 351 p.
Vigarello (Georges), Histoire du viol, XVIe - XXe siècle, Paris : éd. Du Seuil, 1998, 357 p. (Lunivers historique)
WEEKS (Jeffrey), Making sexual history, Malden mass : Cambridge, Polity press, 2000, X-256 p.
C/ Ouvrages généraux sur lhomosexualité et ouvrages sur lhomosexualité avant le XVIIIe siècle ou après le XIXe siècle
Il est nécessaire davoir une perspective longue sur lhistoire et la problématique de lhomosexualité dans les sociétés occidentales et en France en particulier. Cest ce que nous permettent ces ouvrages. Il faut dire que si lhistoire de lhomosexualité en est encore à ses débuts, les études densemble sont déjà importantes.
ALDRICH (Robert) (Dir.), Une histoire de lhomosexualité, Paris : Seuil, 2006, 383 p.
BECKER (Raymond de), Lérotisme den face, Paris : JJ Pauvert, 1963, 253 p. (Bibliothèque internationale d'érotologie, 12)
BEURDELEY (Cecile), Beau petit ami, Fribourg : Office du libre, Paris, Vilo, 1977, 307 p.
BORRILLO (Daniel), Lhomophobie, Paris : Presse universitaire de France, 2000, 127 p., (Que sais-je ?, 3563)
BORRILLO (Daniel) (Dir.), Homosexualités et droit : de la tolérance sociale à la reconnaissance juridique, Paris : Presses universitaires de France, 1999, 335 p. (Les voies du droit)
BOSWELL (John), Christianisme tolérance sociale et homosexualité : les homosexuels en Europe Occidentale des débuts de lère chrétienne au XIVe siècle, Paris : Gallimard, 1985, 521 p. (Bibliothèque des histoires)
BOSWELL (John), Les unions de même sexe dans lEurope antique et médiévale, Paris : Fayard, 1996, 540 p.
Brown (Judith C.), Immodest acts : the life of a lesbian nun in Renaissance Italy, New York : Oxford university press, 1986, VIII-214 p. (Studies in the history of sexuality)
Bullough (Vern L.), Homosexuality, a history, New York : New American library, 1979, IX-196 p. (A meridian book)
CANOSA (Romano), Storia di una grande paura : la sodomia a Firenze e a Venezia nel Quattrocento, Milano : Feltrinelli, 1991, 199 p. (Saggi)
CANTARELLA (Eva), Selon la nature, lusage et la loi : la bisexualité dans le monde antique, Paris : Ed. la découverte, 1991, 341 p. (Textes à l'appui. Histoire classique)
Centre Georges Pompidou, (Organisateur), MAURIES (Patrick), Les gais savoirs : colloque, Paris, 25-26 juin 1997, Paris : le Promeneur, Centre Georges Pompidou, 1998, 232 p.
CHARDANS (Jean Louis), Histoire et anthologie de lhomosexualité, Paris : Centre détudes et de documentation pédagogiques, British group of sexological research, 1970, 381 p.
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COUROUVE (Claude), Bibliographie des homosexualités, Paris : C. Courouve, 1978, 28 p.
COUROUVE (Claude), Contre nature : étude sur lincrimination pénale de lhomosexualité, Paris : C. Courouve, 1981, 16 p. (collection archives unisexuelles)
COUROUVE (Claude), Les flammes de Sodome : opinions variées sur lamour homosexuel masculin, La Ciotat : C. Courouve, 2001, 24 p.
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D/ Ouvrages sur lhomosexualité aux XVIIIe et XIXe siècles
Les études sur lhistoire de lhomosexualité au cours du XVIIIe siècle et du XIXe siècle sont bien moins importantes pour cette période que pour laprès seconde guerre mondiale. Néanmoins nous citons les travaux consultés traitant de cette période. Certains de ces ouvrages ne portent pas sur la France. Cependant il nous est apparu important de comparer la France avec dautres sociétés occidentales proches. Dautres part certains de ces ouvrages dépassent la période mais sont importants dans le cadre de la période étudiée
ALDRICH (Robert), Colonialism and homosexuality, London : Routledge, 2003, XII-436 p.
BONNET (Marie Jo), Les relations amoureuses entre les femmes : XVIe XXe siècle, Paris : O. Jacob, 2001, 413 p. (Poches Odile Jacob)
CHAUNCEY (Georges), Gay New York : 1890-1940, Paris : Fayard, 2003, 554 p. (Histoire de la pensée)
COUROUVE (Claude), Les assemblées de la manchette : documents sur l'amour au masculin au XVIIIe siècle et pendant la Révolution, Paris : C. Courouve, 1987, 34 p.
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COUROUVE (Claude), KOZERAWSKI (R.), « Bibliographie des homosexualités : 1478-1881 » in Fragments.4, Paris : C. Courouve, 1981, 24 p. (Collection Archives unisexuelles)
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GODARD (Didier), Lamour philosophique : lhomosexualité masculine au siècle des lumières, Béziers : H&O, 2005, 255 p.
GURY (Christian), Lhonneur perdu dun politicien homosexuel en 1876 : des clés pour Flaubert, Maupassant et Proust, Paris : Ed. Kimé, c1999, 262 p. (Le déshonneur des homosexuels, 1)
HAHN (Pierre), (Ed.), Français encore un effort, lhomosexualité et sa répression, Paris : J. Martineau, 1970, 216 p.
HAHN (Pierre), Nos ancêtres les pervers : la vie des homosexuels sous le Second empire, Paris : O. Orban, 1979, 335 p.
HERVEZ (Jean), Les sociétés damour au XVIIIe siècle : les sociétés où lon cause damour, académies galantes, le code de Cythère, les sociétés où lon fait lamour, le culte dAphrodite et de Lesbos, les « arracheurs de palissades », brevets damour, Paris : H. Daragon, 1906, 358 p. (Bibliothèque du vieux Paris)
Minorités et marginaux en France méridionale et dans la péninsule Ibérique : VIIe-XVIIIe siècles) : actes du colloque de Pau, 27-29 mai 1984, Paris, ed. du CNRS, 1986, 503 p., (Collection de la Maison des pays ibériques, 23) P. 429-442 voir Les infâmes en Roussillon du XIIIe au XVIIIe siècle
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MURAT (Laure), La loi du genre: une histoire culturelle du troisième sexe, Paris : Fayard, 2006, 459 p. (Histoire de la pensée)
PASTEUR (Claude), Le beau vice ou les homosexuels à la cour de France, Paris : Balland, 1999, 203 p. (Le rayon gay)
Les procès de sodomie aux XVIe, XVIIe, XVIIIe siècle : publ. Daprès les documents judiciaires conservés à la Bibliothèque nationale, Paris : Bibliothèque des curieux, 1920, 191 p.
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E/ Biographies
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GASSOIN (Olivier), MARSAN (Hugo), Préf.), Le marquis De Custine : le courage dêtre soi même, Paris : Lumière & justice, 1987, 93 p.
GURY (Christian), L'honneur professionnel d'un bourreau homosexuel en 1847 ; suivi de L'honneur suicidé d'un général homosexuel en 1903 ; et de L'honneur assassiné d'un homosexuel ordinaire en 1909, Paris : Kimé, 1999, 125 p.
LUPPE (Albert Marquis de), Astolphe de Custine, Monaco : ed. du Rocher, 1957, 328 p.
MUHLSTEIN, (Anka), Astolphe de Custine (1790-1857) : le dernier marquis, Paris : B. Grasset, 1996, 349 p.
PINAUD (PierreFrançois), Cambacérès : 1753-1824, Paris : Perrin, 1996, 271 p.
TARN (JulienFrédéric), Le marquis de Custine ou les malheurs de lexactitude, Paris : Fayard, 1985, 815 p.
TULARD (Jean), Joseph Fiévée conseiller secret de Napoléon, Paris : Fayard, 1985, 247 p. (Les inconnus de lhistoire)
VIALLES (Pierre), Larchichancelier Cambacérès (1753-1824), Paris : Perrin, 1908, 441 p.
F/ Outils méthodologiques
Quelques outils méthodologiques qui nous ont permis didentifier des sources et préciser notre méthode de recherche et qui nous ont aider pour la cartographie
BEAUD (Michel), Lart de la thèse : comment préparer et rédiger une thèse de doctorat, un mémoire de DEA ou de maîtrise, ou tout autre travail universitaire..., Paris : Éd. la Découverte, 1994, 174 p. (Guides repères)
Bibliographie annuelle de lhistoire de France publié par le CNRS de 1981-1997
DELSALLE (F.), La recherche historique en archive XIXe XXe siècle : de 1789 à nos jours, Gap, Paris, Orphys, 1996, 312 p. (Documents histoire)
TULARD, (Jean) (Dir.) FIERRO, (Alfred) (Collab.), Almanach de Paris. Second volume, de 1789 à nos jours, Paris, Encyclopaedia universalis, 1990, 335 p.
G/ articles de périodiques
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BARD (Christine) (dir.) PELLEGRIN, (Nicole) (dir.), « dossier : Femmes travesties un mauvais genre », Clio : histoire femmes et sociétés, 10, 1999
BENABOU (Erica Marie), « Un mythe collectif Le péril vénérien à Paris au XVIIIe siècle », Temps modernes, a 42, n° 484, p. 31-61
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cité dans C. COUROUVE, op. cit., p. 183
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Vauvenargues, op. cit. maxime 122 p. 412
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voir A. FERRAND, Pièces libres de M. Ferrand, et poésies de quelques autres auteurs sur divers sujets, Londres, 1744 cité dans M. LARIVIERE, Pour tout lamour des hommes, op. cit., p. 99
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M LEVER, op. cit., p. 343, p. 313
voir M. LEVER, op. cit., p. 344
M LEVER, op. cit., p. 345
pour ces statistiques des archives de la Bastille voir P. DESTREE, Les infâmes sous lAncien régime, Paris, 1902, p. XXVII statistiques citées dans le mémoire de M. REY
Archives nationales Y 13408
Archives nationales Y 13407
Archives nationales Y 11727
voir G DUBOIS DESAULLE,op. cit. fiche évêque de Fréjus 1748
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voir G DUBOIS DESAULLE, « Les mignons du marquis de Liembrune », GCK, n° 24, p. 133-134
voir Les mignons du marquis de Liembrune, in P DESTREE, Les infâmes sous lAncien régime, Paris, 1902, p. 121-136
O BLANC, op. Cit., p. 92-93
Selon Jean-Joseph Expilly 1719-1793 (abbé), les rôles de capitation pour 1764 donneraient 37457 personnes employées comme domestiques à Paris, et 17657 familles inscrites au rôle des impôts employaient un ou plusieurs domestiques. Ces chiffres sont cités dans J. KAPLOW, Le nom des rois, Paris, 1974, p. 91-92
voir mémoire de maîtrise de M. REY, Les sodomites parisiens au XVIIIe siècle, Paris VIII, 1980
cité par M. REY, op. cit., p. 61
D GODARD, op. Cit., p. 58
voir M. DENIS N. BLAYAU, Le XVIIIe siècle, Paris, 1970, p. 223
Les enfants de Sodome à lassemblée nationale, Lille, 1989, p. 10
Histoire de Dom bougre portier des chartreux, Francfort, 1748, p. 193
M. LEVER, op. Cit., op. cit. p. 179
M. LEVER, op. Cit., op. cit., p. 179
G. DUBOIS DESAULLES, op. cit., évêque de Fréjus 1748
G. DUBOIS DESAULLES, op. cit., Abbé de Labbatye
G. DUBOIS DESAULLES, op. cit., Abbé Delisle 1727
La Demi lune est un lieu qui se trouvait aux alentours de la porte Saint Antoine vers le quartier de lArsenal
G. DUBOIS DESAULLES, op. cit., Abbé François
voir D. GODARD, Le goût de Monsieur : lhomosexualité masculine au XVIIe siècle, Montblanc, 2002, p. 196-197
G. DUBOIS DESAULLES, op. cit., Abbé De Boisrenault 1724
G. DUBOIS DESAULLES, op. cit., Abbé Clisson 1737
voir G SENAC DE MEILLAN, La foutromanie, 1780
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Archives nationales Y 11727
Archives nationales Y 13409
Archives nationales Y 11724
Archives nationales Y 13409
Archives nationales Y 11724
voir Archives nationales Y 11724 patrouille de pédérastie 24-07-1784
voir Archives nationales Y 11724 patrouille de pédérastie 28-8-1784
Archives nationales Y 11727
voir Archives nationales Y 11724 patrouille de pédérastie 24-07-1784
voir Archives nationales Y 11724 patrouille de pédérastie 12-07-1784
voir A. FARGE, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, Paris,1979, p. 33
M. LEVER, op. cit., P. 304
O. BLANC, op. cit., p. 99-100
Archives nationales Y11724
A. MERICSKAY, op. Cit., p. 494
O. BLANC, op. cit., p. 65
Archives de la Bastille Ms 10259 année 1748
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Voir A. TUETEY, Répertoire général des sources manuscrites de lhistoire de Paris pendant la Révolution française, II, n° 2453 et V, n° 3263
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A. FARGE, op cit, p. 72
Archives de la Bastille Ms 10258
Archives de la Bastille Ms 10260 année 1749
D. ROCHE, Le peuple de Paris, Paris, 1998, p. 339
D. ROCHE, op. Cit., p. 347
O. BLANC, op. cit., p. 92-93
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voir Archives nationales Y 11407 rapport Villars et Félix 10-12-1780
Archives nationales Y 13407
Archives DE LA BASTILLE, Ms 10259
Archives nationales Y 13 409
R. MUCHEMBLED, op. cit., p. 161
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Pour le texte de cette pièce voir in C COUROUVE, Les gens de la manchette, Paris, 1978, annexe IV
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La vie privée et publique du ci derrière marquis de Villette , op. cit. p. 4
La vie privée et publique du ci derrière marquis de Villette , op. cit., p. 23
O. BLANC, op. cit., p. 174
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E. ROUDINESCO, op. Cit., p. 52
E. ROUDINESCO, op. Cit., p. 49
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Archives nationales Y 13407
Archives nationales Y 13 409
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AN Y 13407
AN Y 13408
Archives de la Bastille MS 10259
op. cit.
AN Y13409
AN Y 11724
AN Y 13409
AN Y. 13409
AN Y 13408
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voir M. LUCEY, Les ratés de la famille, op. cit., p. 28-29
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Voir J. STENGERS, A. VAN NECK, Histoire dune grande peur la masturbation, op. cit., p. 77
Voir J. STENGERS, A. VAN NECK, Histoire dune grande peur la masturbation, op. cit., p., 77
voir A. WENGER, « Lire lonanisme », Clio, n° 22, 2005, p. 227-243
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H. Lauvergne, Les forçats, op. cit., p. 293
H. Lauvergne, Les forçats, op. cit., p. 295
H. LAUVERGNE, Les forçats, op. cit., p. 296
Voir E. ESQUIROL, Des maladies mentales, Paris, 1989 (fac-sim. 1838), p. 258
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G. BECHTEL, La sorcière et lOccident, Paris, 2000, p. 501-502
A TARDIEU, Etude médico-légale sur les attentats aux murs, op. cit., p. 176
A TARDIEU, Etude médico-légale sur les attentats aux murs, op. cit., p. 179
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Annales médico-psychologiques, op. cit., 1843, t.1, p. 289-299
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Pour ceci voir P. HAHN, Nos ancêtres les pervers, Paris, 1979, passim
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Lhôpital des vénériens de Paris rentra en service en 1792 dans lactuel XIVe arrondissement précisément à l'emplacement de l'ancien noviciat des Capucins du faubourg Saint-Jacques. En 1836 il devint hôpital du midi. En 1902 il devait être annexé à lhôpital Cochin.
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Archives de lassistance publique et des hôpitaux de Paris, 6Q2 3 cas de Edme Sonnier
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Le Code pénal de 1810 restera valable jusquà son remplacement par le nouveau code pénal en 1994
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Cette indifférence juridique vis-à-vis de lhomosexualité en soit sera celle de la législation jusquà que le gouvernement de Vichy en 1942 choisisse de définir plus précisément le délit dhomosexualité pour le détournement de mineur de moins de 21 ans. Désormais le détournement de mineur de nature homosexuelle se trouvait puni plus sévèrement en vertu de la spécificité contre-nature des relations homosexuelles
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J DANET,Discours juridiques et perversions sexuelles : XIXe et XX e siècle, Nantes, 1977,passim
A CHAUVEAU H. FAUSTIN, Théorie du Code pénal, Paris, 1840, p. 109-112
Bulletin de la Cour de cassation, Tome XVIII, année 1813, Paris, 1814, p. 144
J.F.C. CARNOT, Commentaire sur le Code pénal, Paris, 1823-1824, p. 91
M. LEOPOLD, Dictionnaire général de police administrative et judiciaire de la France, Paris, 1816, p. 464
Bien avant lalinéa que Vichy rajoutera à larticle 330 du Code pénal, et qui définira spécifiquement le délit dhomosexualité pour le réprimer plus sévèrement, nous pouvons penser que cette définition datteinte à la morale publique ou doutrage aux bonnes murs que lon retrouve dans ces textes anticipent lorigine de cet alinéa.
DUVERGIE, JB, Code pénal annoté, édition de 1832, Paris, A Guyot, 1833 MFICHE F-34479 voir article 287
Bulletin des lois du royaume de France 7e série tome 8, Paris, impr. Royale, 1819, p. 465-471
ARCHIVES DE LA POLICE, DA 229
pour les ordonnances de police voir G. DELESSERT, Collection officielle des ordonnances de police depuis 1800 jusquà 1844, Paris, 1845
voir ARCHIVES DE LA POLICE, DB58 travestissement
ARCHIVES DE LA POLICE, DA223 instruction réglementaire du 13-11-1843
J.B. DUVERGIE, Code pénal annoté, édition de 1832, Paris, 1833, p. 53
50 francs équivaut globalement à trois semaines du salaire dun ouvrier (3 fr par jour environ à partir de Jean Michel Gourden)
voir M. DANIEL, Histoire de la législation pénale française concernant lhomosexualité, « Arcadie », janvier 1962, p. 15
R. TEBOUL, article Pédophilie, Dictionnaire de lhomophobie, Paris, 2003, p. 308
ARCHIVES NATIONALES, W251 rapport 25 mars 1792
ARCHIVES NATIONALES, D/III/266 Affaire Philippe Jacques Friès et Jean Louis Le Noir
ARCHIVES NATIONALES, D/III/266 Affaire Rémy Malleranges
voir M. IACUB, op. cit., p. 41-45
ARCHIVES DE LA POLICE, BB4 Pédérastes,, Fiche du Marquis de Boufflers condamnation en 09-1831
ARCHIVES DE LA POLICE, BB4, Pédérastes, Fiche de Gustave Manget condamné le 27-09-1842
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, Cas Potier 1842
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, Cas Chopart 1844
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, Cas Pesé 1844
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, voir Cas Charlel Georges 12-08-1844
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, voir Cas Dantan 1844
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, voir Cas Camard 23-03-1845
Gazette des Tribunaux, 21-12-1845
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, voir Cas Perrier Auguste, Robrau Joseph et Lansard Aimé 12-03-1845
Gazette des Tribunaux, 31-07-1845
voir C. GURY, L'honneur professionnel d'un bourreau homosexuel en 1847 ; suivi de L'honneur suicidé d'un général homosexuel en 1903 ; et de L'honneur assassiné d'un homosexuel ordinaire en 1909, Paris, 1999, p. 24-25
C. GURY, op. cit., p. 24-25
voir M. LEBAILLY, Lacenaire, Paris, 1968, note 55 p. 330
P. LASCOUMES P PONCELA, Au nom de lordre : une histoire politique du Code pénal, Paris, Denoël, 1989 passim
voir ARCHIVES NATIONALES, F7/3131, Rapport de M Dubois au Ministre de la police générale en date du 23 juin 1809
Après consultation des arrêtés de la Cour de cassation sur près de 50 années de 1800 à 1850, nous pourrions faire le constat que les outrages aux murs sur mineurs quand ils concernaient un mineur du sexe opposé au prévenu semblent avoir été traités avec plus dindulgence que lorsquil sagit dun mineur de même sexe
Voir L. Canler, Mémoires de Canler, Paris, 1882, p. 276
ARCHIVES NATIONALES, F7/7579/A rapport du 27 ventôse an VII
ARCHIVES NATIONALES, F7/3120 rapport du 2 ou 3 nivôse an 7
ARCHIVES NATIONALES, F7/6174 rapport du 27 frimaire an VIII
Voir A. THIERS, Histoire du Consulat et de lEmpire faisant suite à lhistoire de la Révolution française, Paris, 1845-1862, tome premier, p. 226 A Thiers fait mention à la dissolution des murs qui régnait sous le Directoire
voir M. LEVER, Les bûchers de Sodome, op. cit., p. 397-398
Archives de la préfecture de police, DA230, rapport darrestation du 12 août 1820 commissariat du quartier des Tuileries
Archives de la préfecture de police, DA230, rapport du 9 octobre 1832 2e division police de sûreté
ARCHIVES DE LA POLICE, DA 230, rapport de police municipale du 19 avril 1845
Le milieu du XIXe siècle verra un durcissement de la répression voir à cet effet P. ALBERTINI, « France », L.G TIN, Dictionnaire de lhomophobie, op. cit., p. 179
Voir Archives de la préfecture de police, BB4 pédérastes, fiche sur Modeste Goutorbe
Voir tableau ci après (nous navons pas intégré les archives BB4 car celles ci ne comportent pas les motifs darrestation mais comportent surtout des renseignements sur les personnes et leurs habitudes. Le fichier BB4 est plus un fichier des pédérastes par opposition les archives DA230 des archives de la police et les archives F7/9546 des Archives nationales contiennent les rapports darrestations et de contrôles.)
A. PARENT-DUCHATELET, De la prostitution dans la ville de Paris, Paris, 1971, p. 10-105
ARCHIVES NATIONALES, F/7/9546 affaires pédérastie 1820/1830, cas Lepetit
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, Cas Adam William et Boyer Leger 20/07/1842
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, Cas Ammot François et Aveline Jean Baptiste 5/07/1842
ARCHIVES NATIONALES, F/7/9546 affaires pédérastie 1820/1830, dossier café de létoile
ARCHIVES NATIONALES, F/7/9546 affaires pédérastie 1820/1830, dossier café Dupetit
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, rapport du 13 août 1826 maison Jules Magloire
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, rapport du 8 avril 1834 Table dhôte rue Saint Honoré
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, rapport de juillet 1830
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, rapport de décembre 1839
ARCHIVES NATIONALES, F7/9546, Rapport Café de la chaumière le 4 avril 1826
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, rapport du 14 février 1839
A. STORA-LAMARRE, Lenfer de la IIIe république, Paris, 1989, p. IV
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, note
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, lettre au préfet de police
ARCHIVES DE LA POLICE, Série Aa, carton 81
ARCHIVES DE LA POLICE, DA 229, circulaire de police du 6-10-1830
ARCHIVES DE LA POLICE, DA 229, lettre du 24-9-1830
ARCHIVES DE LA POLICE, DA 229, 2e division, 1er bureau, 2e section, 24-7-1830
ARCHIVES DE LA POLICE, DA 229, circulaire de police du 18-7-1841
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, fiches de Amiot, Gallard, Goujon, Menzel, Pernaux, Sternaux
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, fiches de Dequem, Demaire, Hubert
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, BB4 Pédérastes, fiche maillet
Voir J TULARD, Paris et son administration : 1800-1830, Paris, 1976, p. 432
En se basant sur les archives de police la surveillance des lieux de rencontre paraît dépendre de cette division car plusieurs rapports de police ont comme entête « première division »
Certains dossiers de police portent comme entête « deuxième division Le fait de faire dépendre les actes homosexuels de cette division illustre bien lassimilation au crime et aux fléaux sociaux que pratique la préfecture de police vis-à-vis des activités homosexuelles.
Voir à ce propos F TAMAGNE, « Homosexualités, le difficile passage des discours à létude des pratiques », Histoire & sociétés : revue européenne dhistoire sociale, p 6-21
ARCHIVES NATIONALES, F/7/3119 travail avec son excellence le sénateur ministre de la police générale 5 jour complémentaire an 12
ARCHIVES DE LA POLICE DA230, op. cit. Lettre du 14 août 1820
ARCHIVES DE LA POLICE DA 223, rapport du brigadier Mazart du 20-12-1848
voir T. LAVALLEE, Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusquà nos jours, Paris, 1857, vol. 2, p. 7-8
R. MUCHEMLBLED, Lorgasme et lOccident, op. cit., p. 220-221
ARCHIVES DE LA POLICE, BB4, fiche Moustapha Rachid Pacha
E. SHORER, Naissance de la famille moderne, Paris, 1981, p. 57
E SHORTER, op. cit., p. 52
Voir ARIES, Philippe DUBY, Georges, Histoire de la vie privée. Tome 4 De la Révolution à la Grande guerre, Paris, 1999, p. 19
ARIES Philippe DUBY, Georges, op. cit., p. 292
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, rapport de juillet 1830
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, rapport de décembre 1839
J CSERGO, Liberté, égalité, propreté, Paris, 1988, p. 201-203
A. CORBIN, Le Miasme et la jonquille, Paris, 1982, passim
J. CSERGO, op. cit., p. 201
ARCHIVES DE LA POLICE, DB/227 Bains publics et médicinaux, Circulaire du 21 mai 1811 3ème division, 2ème bureau
J CSERGO, op. cit., p. 201-203
ARCHIVES DE LA POLICE, DB/227 Bains publics et médicinaux, préfecture de police 15 juin 1821 permission de tenir un bain dans lIsle Saint Denis
H.S. BECKER, Outsiders, Paris, 1985, passim
Archives de la police. BB4
Archives de la police. BB4
Archives de la police. BB4
Archives de la police. BB4
Archives de la police. BB4
R. REVENIN, « Conceptions et théories savants de lhomosexualité masculine de la monarchie de juillet à la Première guerre mondiale », Revue dhistoire des sciences humaines, 2007, 2, n°17, p. 37-38
Archives de la police. BB4
J. KAPLOW, Les noms des rois, op. cit., p. 61
voir à ce propos F. BENSIMON, « La culture populaire au Royaume uni 1800-1914 », Revue dhistoire moderne et contemporaine, 2001-5, p. 75-91
R. REVENIN, « Conceptions et théories savantes de lhomosexualité masculine en France de la monarchie de juillet à la Première guerre mondiale », Revue dhistoire des sciences humaines, n° 17, 2007, p. 38-39
L. MURAT, « La tante, le policier et lécrivain pour une protosexologie de commissariat et de romans », Revue dhistoire des sciences humaines, n° 17, 2007, p. 47-61
ARCHIVES DE LA PREFECTURE DE POLICE, DA230 service des murs an X-1889, rapport spécial du 20-02-1827
G CHAUNCEY, Gay New York 1890-1940, Paris, 2003, Passim
E. HAZAN, Linvention de Paris, Paris, Seuil, 2002, p. 369-371
ARCHIVES DE LA POLICE, BB4 pédérastes
ARCHIVES NATIONALES, F/16/107 Maison centrale de Clairvaux, rapport 6 juin 1834
voir P. ARIES, G. DUBY, Histoire de la vie privée, tome 4 De la Révolution à la Grande guerre, p. 86
M. DANIEL, « A propos de Cambacérès », Arcadie revue littéraire et scientifique, n° 8, 1961, p. 559-568
J.P. ARON, R. KEMPF, Le pénis et la démoralisation de lOccident, Paris, 1978, p. 11-18
P. VIALLES, Larchichancelier Cambacérès 1753-1824, Paris, 1908, p. 375-376
CTE REMACLE, Bonaparte et les Bourbons, relation secrète des agents de Louis XVIII à Paris sous le Consulat 1802-1803, Paris, 1899, p. 101, p. 195
P VIALLES, op. Cit., p. 372-373
J.L. BORY, Les cinq girouettes ou servitudes et souplesses de son Altesse Sérénissime le prince archichancelier de lEmpire, Jean-Jacques Régis de Cambacérès, Montréal, 2002, p. 69, p. 184
M.A. AUBRIET, Vie de Cambacérès ex archichancelier, Paris, 1824, passim
Voir La Gazette nationale ou le moniteur universel, 13 mars 1824
J. TULARD, Joseph Fiévée conseiller secret de Napoléon, Paris, 1985, p. 13
J TULARD, op. cit., p. 225
J TULARD, op. cit., p. 164-165
C. BEURDELEY, Beau petit ami, Fribourg, Paris, 1977, p. 161
O. GASSOIN, Le Marquis De Custine, Paris, 187, p. 27
J.F. TARN, Le marquis de Custine ou les malheurs de lexactitude, Paris, 1985, p. 51
O GASSOIN, op. cit., p. 40
voir Gazette nationale ou le moniteur universel, 7 novembre 1824 ou Le journal de Paris, 7 novembre 1824
cité dans J.F. TARN, Le marquis de Custine ou les malheurs de lexactitude, Paris, 1985, p. 69, p. 737
A. MUHLSTEIN, Astolphe de Custine, Paris, 1996, p. 173
A. De CUSTINE, Lettres à Varnhagen, Paris, Genève, 1979, lettre du 21 juillet 1829, p. 315
A. DE CUSTINE, Lettres de Russie, Paris, 1990, p. 37-38
A DE CUSTINE, op. cit., p. 292
O GASSOIN, op. cit., p. 8
O. GASSOIN, op. cit., p. 8
voir O. GASSOIN, op. cit., p. 70
voir Histoire de la vie privée.4. De la Révolution à la Grande guerre, Paris, 1999, p. 542
E. DE MIRECOURT,Villemain, Paris, 1856, p. 79
V DE BALABINE, Journal de Victor De Balabine secrétaire de lambassade de Russie, Paris, 1914, p. 169
L. MURAT, « La tante, le policier et lécrivain : pour une protosexologie de commissariats et de romans », Revue dhistoire des sciences humaines, 17, p. 53 ou voir ARCHIVES DE LA POLICE, BB4, feuillet 151
voir C. GURY, Lhonneur professionnel dun bourreau homosexuel en 1847, Paris, 1999, p. 21
voir C. GURY, Lhonneur professionnel dun bourreau homosexuel en 1847, op. cit., p. 22
voir C. GURY, op. Cit., p. 22
ARCHIVES DE LA POLICE, BB4, fiche Sanson Henri
L. CANLER, mémoires, Paris, 1882, p. 289
C. GURY, op. Cit., p. 32
J DELARUE, Le métier de bourreau, Paris, 1979, p. 273
H.C. SANSON, Sept générations dexécuteurs : mémoires des Sanson. Tome 6, Paris, 1863, p. 421
H.C. SANSON, Sept générations dexécuteurs : mémoires des Sanson. Tome 6, op. cit., p. 439
H.C. SANSON, op. cit., p. 477, 478, 479, 480
voir A.M. FUGIER, La vie quotidienne de Louis Philippe et de sa famille, Paris, 1992, .p. 303
G. ANTONETTI, Louis Philippe, Paris, 1994, p. 889
C. GURY, op. Cit., p. 36-37
H. C. SANSON, Sept générations d'exécuteurs, 1688-1847 : mémoires des Sanson, Paris, 1862-1863
Voir à ce propos la notice sur Louis XVIII de D. GODARD, Dictionnaires des chefs détat homosexuels ou bisexuels, Béziers, 2004
ARCHIVES DE LA POLICE, BB4, fiches Salvandi et Saladin
voir R. MUCHEMBLED, Lorgasme et lOccident, op. cit., p. 163
voir R. MUCHEMBLED, Une histoire de la violence, op. cit., p. 48
voir D. HALPERIN, « Comment faire lhistoire de lhomosexualité masculine ? », Histoire & sociétés : revue européenne dhistoire sociale, n° 3, juin 2002, « Dossier lhomosexualité à lépreuve des représentations », p. 22-38.
voir A CORBIN, op. cit., p. 178
voir article F. TAMAGNE, « Homosexualités, le difficile passage de lanalyse des discours à létude des pratiques », Histoire & sociétés : revue européenne dhistoire sociale, n° 3 3e trimestre 2002, p. 6-21
A.M. SOHN, Du premier baiser à lalcôve : la sexualité des français au quotidien, 1850-1950, Paris, 1996, p. 239
A CORBIN, op. cit., p.354
voir article J.F. LAE, « Lintimité une histoire longue de la propriété de soi », http:// www.erudit.org/revue/socsoc/2003/v35/n2/008527ar.pdf
voir ARIES, P DUBY, G, Histoire de la vie privée. Tome 4 De la Révolution à la Grande guerre, op. cit., p. 19
voir M. SIBALIS, « Les espaces des homosexuels dans le Paris avant Haussmann », in La modernité avant Haussmann, Paris, 2001, p. 231
A. GUESLIN, H.J. STIKER, Handicaps, pauvreté et exclusion dans la France du XIXe siècle, Paris, 2003, p. 13
A. GUESLIN, Gens pauvres, pauvres gens dans la France du XIXe siècle, Paris, 1997, passim
voir F. TAMAGNE, « Angleterre » in L.G. TIN, Dictionnaire de lhomophobie, Paris, 2003, p. 30-31
voir C. SPENCER, Histoire de lhomosexualité, Paris, 1999, p. 289
voir F. TAMAGNE, « Allemagne » in L.G. TIN, Dictionnaire de lhomophobie, op. cit. p. 15-16
Royaume qui comprenait la Lombardie, Vénétie, Emilie Romagne et Marches
voir P. ALBERTINI, « Police », Dictionnaire de lhomophobie, Paris, 2003, p. 322-326
A.M. SOHN, Du premier baiser à lalcôve, op. cit., p. 307
R. REVENIN, « Lémergence dun monde homosexuel dans le Paris de la belle époque », Revue dhistoire moderne et contemporaine, 53-4, octobre-décembre 2006, p. 74-86
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