Fiabilité de l'information comptable entre la qualité d'audit externe et ...
l'examen, le contrôle des comptes et leur validation, ... Il peut également être
chargé de clientèle ou conseiller (cabinets d'audit et de conseil) ; .... Les métiers
évoluent, avec notamment le passage d'une fonction comptable considérée
comme .... Réalisation des rapprochements bancaires (comptabilité de trésorerie
). 1.6.1.
part of the document
ltat comptable en se basant sur les apports de la théorie de lagence et les réflexions sur le gouvernement des entreprises.
A coté des hypothèses classiques de la théorie positive, les coûts politiques, la richesse des dirigeants et les clauses contractuelles, nous postulons que la gestion du résultat comptable est associée conjointement à la qualité daudit externe et à des mécanismes de contrôle des dirigeants notamment la structure de propriété, le conseil dadministration et linvestissement institutionnel.
Pour la détection de la gestion des résultats comptables, nous avons retenu lapproche des accruals discrétionnaires estimés selon deux versions différentes du modèle de flux de trésorerie. Les résultats obtenus sur un échantillon de 136 firmes tunisiennes observées sur la période 1997-2000, suggèrent que ni les auditeurs « big six » ni lancienneté du mandat de lauditeur réduisent lampleur des manipulations comptables. Par contre, nous avons trouvé que les grands cabinets daudit nationaux limitent significativement lexercice de la discrétion comptable par les dirigeants. Par ailleurs, nous avons enregistré que la propriété managériale et la taille du conseil sont de nature à influencer sensiblement la gestion du résultat comptable.
Mots clés
Gestion du résultat, qualité daudit et gouvernance des entreprises.
Abstract
In this study, we have attempted to test empirically, a model of earnings management, based on the concepts of agency theory and suggestions in corporate governance. We hypothesize that earnings management is associated simultaneously to audit quality, agency costs and control management system. To detect earnings management we used two different versions of cash-flows model.
The findings obtained over a sample of 136 Tunisian firms observed during 1997-2000 suggest that neither big six auditor nor experience of the auditor reduce the earnings management. Although, we found that grants nationals auditors limits sensibly earnings management.
Keywords
Earnings management, audit quality and corporate governance.
* Je remercie pour son aide précieuse Mr YVES DUPUY, professeur à lIAE Montpellier, qui ma assisté dans la conduite de mes recherches doctorales et dans la réalisation de ce papier.
INTRODUCTION
Il est couramment admis que linformation financière diffusée par les sociétés bénéficie dune portée de taille dans la mesure où elle nourrit de très nombreuses décisions économiques et politiques. De nos jours, la place croissante prise par les investisseurs institutionnels a renforcé considérablement le rôle de la communication financière en matière dallocation des ressources. Par ailleurs, il a été établi par nombreux économistes que tout développement fondé sur une libéralisation économique et une ouverture internationale nécessite une transparence des comptes des entreprises. Cependant, il paraît que cette transparence requise au niveau des processus de communication financière demeure le souci majeur des différents organismes de normalisation pris à léchelle internationale.
Linquiétude éprouvée par les normalisateurs trouve toute sa légitimité face à laccroissement du nombre des états financiers fallacieux, des fraudes significatives, des faillites spectaculaires voire même des scandales dordre économiques (nous citons en particulier laffaire Enron, le cas Xerox, le crédit lyonnais, Pechiney, Shneider
.). Ces évènements répétitifs ont soulevé nombreuses interrogations quant à la finalité et lefficacité de certains mécanismes de contrôle de la latitude discrétionnaire des gestionnaires (Charreaux, 1995). Les écrits en ce sujet se sont multipliés notamment dans des contextes dabus de confiance de la part des dirigeants ou dun défaut de confiance à légard des mécanismes mis en place pour les contrôler. Désormais, la confiance qui est sensée exister entre lentreprise et ses différents partenaires, se voit considérablement altérer.
Dans le cadre de cette étude, nous nous intéressons à la question de la confiance dans linformation financière que pose lexistence des manipulations comptables à travers les éléments discrétionnaires. En effet, les dirigeants, qui en principe occupent des postes de confiance, peuvent falsifier, dissimuler ou déformer certains éléments des documents comptables. Dans ce cas, lintervention dun auditeur pour contrôler la régularité, la sincérité et la fidélité de linformation comptable diffusée par les dirigeants, devrait restaurer la confiance entre lentreprise et ses partenaires. Face à tout déficit de confiance vis à vis de linformation divulguée, les auditeurs légaux se trouvent sur le devant de la scène. La disparition dun réseau des «big six» comme Arthur et Anderson a donné naissance à un réel besoin dévaluation de la qualité des services des auditeurs externes.
Devant ces actualités, nombreux chercheurs ont essayé didentifier la nature de lassociation entre la qualité de laudit externe et la gestion des résultats comptables. La plupart des études conclue en faveur dune réduction des manipulations comptables chez les firmes auditées par des cabinets prestigieux comme les « big six ». Subramanyam et al. (1998), par exemple, parviennent à la conclusion que les clients des « big six » gèrent moins leurs résultats à travers les accruals discrétionnaires. Létude de Francis et al. (1999) constitue une extension du travail de Subramanayam et al.(1998) et vient confirmer le rôle de la qualité daudit externe sur la réduction des ajustements comptables discrétionnaires. Dans un contexte de rachat dentreprises par ses propres dirigeants et en présence dune rémunération manageriale selon un plan dintéressement, Hirst(1994) a établi que les auditeurs externes sont sensibles à la détection de la gestion des résultats en fonction de la nature des motivations sous-jacentes à ce comportement de la part de la direction. Dans lensemble, les résultats attestant lassociation positive entre la qualité daudit et la fiabilité des états financiers ont été validés dans le contexte Américain. Toutefois, les réalités économiques tel que libellées à travers les cas Enron, WorldCom, Adelphia
.contredisent les résultats de ces travaux de recherches.
Lhypothèse de la réduction des manipulations comptables en fonction de la qualité daudit na pas été confirmée systématiquement dans les milieux outre-Atlantiques en particulier en France (Piot et Janin, 2004 et Mard ,2005).
Eu égard à ces divergences contextuelles, nous proposons dans ce papier une extension de ce courant de recherche au contexte tunisien. Cette extension sapprécie à deux niveaux :
Dabord, le cas de la Tunisie reflète les réalités institutionnelles et culturelles des pays émergents. Ainsi, nous estimons que la culture de la gouvernance des firmes tunisiennes semble être représentative de celle des pays en voie de développement et qui nest aucunement similaire à celle des firmes implantées dans des pays développés. Une confrontation du contexte tunisien aux autres environnements savère assez intéressante. Ensuite, nous suggérons une approche outre que la simple dichotomie «big six» versus «non big six» pour lévaluation de la qualité daudit externe. Nous proposons une typologie de la qualité daudit évaluée à travers la réputation et la taille du cabinet tout en tenant compte des spécificités du marché daudit tunisien.
Lobjectif principal de ce travail est danalyser en profondeur la gestion des résultats comptables en fonction de la qualité daudit externe dans le contexte tunisien. Dautres facteurs de contrôle liés essentiellement au gouvernement dentreprises (le conseil dadministration, la structure de propriété et la présence des investisseurs institutionnels) et des coûts dagence (le niveau dendettement, la taille de lentreprise et la forme de rémunération des dirigeants) ont été intégrés dans notre analyse. Les principales hypothèses qui ont été défendues dans cette recherche expliquent la gestion du résultat à travers deux indicateurs de la qualité daudit : la réputation du cabinet et lancienneté du mandat de lauditeur. Pour tester ces hypothèses, nous avons mené à la fois des tests univariés et une analyse multi variée à travers un modèle intégrant lensemble des facteurs affectant la gestion des résultats.
Ce papier est organisé de la manière suivante :
Dans une première section, nous présenterons les spécificités de la profession et du marché daudit en tunisie. Ceci se justifie par notre vive conviction que toute discussion ayant trait à la gouvernance des entreprises devrait tenir compte des aspects institutionnels propres à chaque pays. La deuxième section traite de la qualité daudit dun point de vue théorique et sa perception dans le contexte tunisien. Les hypothèses de cette recherche feront lobjet de la troisième section. Les deux dernières sections seront consacrées respectivement à la présentation des aspects méthodologiques et des principaux résultats issus de notre analyse empirique.
1. LE MARCHE DAUDIT EN TUNISIE
En Tunisie, la fonction du commissariat aux comptes a été instaurée et réglementée en premier lieu par le code de commerce de 1959 dont le règne en matière de droit des sociétés sest prolongé jusquà lannée 2000. La profession comptable comporte principalement quatre corps professionnels: Les experts comptables, les comptables, les conseillés fiscaux et les bureaux dencadrement et dassistance fiscale. Les comptables et les experts comptables ont le monopole des métiers de tenue et dassistance comptable ainsi que le commissariat aux comptes.
Pendant de nombreuses années, le régime professionnel du commissariat aux comptes était sous le monopole des experts comptables et est contrôlé par un organisme relevant de la tutelle du ministère des finances à savoir lOrdre des Experts Comptables de Tunisie. Ce nest quavec la promulgation de la loi n°2002-16 que le commissariat aux comptes a été étendu aux techniciens de la comptabilité réunis sous une deuxième corporation professionnelle dite la Compagnie des Comptables de Tunisie.
Quil sagit de techniciens de comptabilité ou dexperts comptables, les commissaires aux comptes exercent soit à titre individuel soit dans le cadre dune société. Toutefois, lexamen du tableau de lordre prouve que la majorité des professionnels sont des cabinets individuels dun coté et quune minorité est constituée de grands cabinets qui sont essentiellement soit des représentants des «big six » («big four») soit des sociétés dexpertise comptable. Ces dernières années, il a été enregistré un accroissement sans cesse des groupements de professionnels sous forme de sociétés à responsabilité limitée.
Nous présentons dans le tableau suivant lévolution de leffectif des experts comptables durant les cinq années passées.
TABLEAU 1
Lévolution de leffectif des experts comptables en tunisie.
20002001200220032004Personne physique 284311337362388Nouveaux inscrits2127262526Sociétés inscrites88104111115125Stagiaires inscrits445603769656643Source : La Revue de Lexpert spécial loi de finance 2005.
De la lecture de ces statistiques et en comparaison avec dautres pays, nous pouvons dire que la profession comptable en Tunisie demeure insignifiante. En effet, depuis 1983 jusquà lannée 2004 le nombre de professionnels na augmenté que de 356 membres. Toutefois, ce paysage comptable caractérisé par un effectif réduit des professionnels ne doit pas dissimuler lévolution considérable connue en particulier durant les années 90.
Comme dans les autres pays du monde, les grands cabinets daudit internationaux depuis quils étaient au nombre de huit «big eight», ont été représentés et dominent le marché daudit en Tunisie. Ces cabinets appartenant au « club des big » disposent dun nombre de collaborateurs entre 20 et 49, jouissent de la personnalité morale et ont été inscrits à lordre avant 1990 avec une forte concentration géographique au capital.
A coté des représentants des cabinets internationaux, le reste du marché daudit est partagé entre des grands cabinets nationaux employant un nombre de collaborateurs situé entre 10 et 19 et des petites structures de professionnels comptables dont la plupart exerce à titre individuel.
Quant au cadre juridique régissant le commissariat aux comptes, nous précisons que la Tunisie vient dentreprendre nombreuses réformes dordre économique et comptable dont nous citons essentiellement deux évènements :
-La réforme du code de commerce par la promulgation du code des sociétés commerciales en 2000.
- La promulgation de la loi 2005-96 relative à la sécurité des relations financières.
Laxe principal de ces deux réformes entreprises cest daccroître la transparence de linformation financière, objectif qui ne peut être atteint si le contrôle légal des comptes nest pas présent comme il se doit. Ainsi, le rôle des commissaires aux comptes vient dêtre renforcé à différents niveaux :
Désormais le contrôle légal des comptes est étendu aux SARL dune certaine taille alors quauparavant lintervention de lauditeur était limitée aux sociétés anonymes. Par ailleurs, le commissaire aux comptes tunisien en vertu de la loi du 17 avril 1995 relative au redressement des entreprises en difficultés et post lamendement du 29 décembre 2003, est chargé davertir des prémisses des difficultés de leurs clients. Enfin, le contrôleur légal est devenu un soutien à la justice pour dévoiler les crimes dans le cadre des activités entreprises. Doù, on devrait sattendre à ce que le commissaire aux comptes coopère et interagisse de plus en plus avec les organes de contrôle statutaire comme le conseil dadministration, le conseil de surveillance et le comité daudit. En réalité, les réformes législatives touchant laudit externe sintègrent dans un cadre plus vaste lié à une restructuration des pratiques de gouvernance des entreprises tunisiennes. Ces dernières se rapprochent de plus en plus des modèles internationaux et en particulier du modèle français.
2. LA QUALITE DAUDIT : ASPECTS THEORIQUES ET PERCEPTION DANS LE CONTEXTE TUNISIEN
2.1 Cadre conceptuel de la qualité daudit
Selon loptique de lagence, laudit est considéré comme étant une activité réductrice des coûts classiques dagence et dont lauditeur est une partie prenante des liens dagence. Toutefois, cette relation dagence est un peu complexe en mettant lauditeur dans la position du mandataire de plusieurs mandants, les actionnaires, les dirigeants et les autres stakeholders. Pour remplir convenablement sa mission, lauditeur doit bénéficier de certains critères qualitatifs. A ce niveau, nous faisons la distinction entre la qualité daudit en tant que processus et la qualité de lauditeur en tant que professionnel, bien que les deux conjointement doivent aboutir à lamélioration du service daudit.
Dabord, le processus daudit doit être efficace. Ici, lefficacité sentend avoir une portée multidimensionnelle (respect des normes et des diligences professionnelles, recours à des technologies performantes, structuration du cabinet ...). Ensuite, certains requis incombent à la personnalité même de lauditeur, qui doit être techniquement compétent et moralement indépendant. Il sagit, des deux composantes classiques de la qualité daudit tel que prévu par De Angelo (1981a, 1981b).
A coté de la compétence et de lindépendance, nous jugeons utile de prendre en considération un autre facteur qui peut affecter sensiblement la qualité de laudit à savoir lopportunisme de lauditeur. En effet, il a été établi au niveau de la théorie de lagence et la théorie des jeux que lauditeur est un agent qui, à linstar des dirigeants, peut adopter un comportement opportuniste (Fellingham et Newman, 1985 et Fellingham, Newman et Paterson, 1989). Selon ces travaux, lauditeur ne choisira jamais spontanément et constamment une stratégie pure qui implique un effort daudit maximal. Le comportement de lauditeur sera affecté par la stratégie de lautre partie au jeu (le dirigeant). Dans ce cas, le cadre réglementaire et les normes professionnelles, qui sont variables dun pays à lautre, sont de nature à influencer le niveau deffort engagé par lauditeur et qui sera déterminant de la qualité daudit. Aux Etats Unis, le Public Company Accounting Oversight Board prend désormais en charge la surveillance du respect des règles dindépendance des auditeurs. Au Canada, ce rôle vient dêtre confié au Conseil Canadien sur la reddition des comptes. Des nouvelles lois ont été ainsi promulguées notamment Sarban Oxley Act (2000). Cependant, il paraît que la réglementation ne pourrait pas être une panacée efficace à tout les maux sociaux et économiques.
Ceci semble être confirmée à travers lessor dun vaste bassin de recherches qualitatives qui établit linfluence de plus en plus marquée du mercantilisme au niveau des grands cabinets daudit internationaux (Covaleski et al.,1998). Ces travaux
Un besoin réel de la nécessité de la réévaluation de la qualité daudit externe et de renforcement de certaines pratiques de gouvernance dentreprises a été ainsi justifié aussi bien à travers les recherches quantitatives que celles qualitatives.
2.2 La perception de la qualité daudit dans le contexte tunisien
A lencontre des actualités précitées, la Tunisie nétait pas à labri des scandales économiques et de la remise en cause de la profession des contrôleurs légaux. Laffaire Batam en constitue une illustration. En effet, le leader de la grande distribution coté à la bourse de Tunis et exemple d réussite dans une Tunisie entreprenanteBATAM, constitue aujourdhui un cas spectaculaire dentreprises en difficulté ayant frôlé la faillite avec des engagements financiers sélevant à 300 millions de dinars. Le groupe BATAM, similaire au cas Parmalat en Italie, a bénéficié des dispositions de la loi de 17 avril 1995 relative au sauvetage des entreprises en difficultés. Cette affaire a déclenché la sonnette dalarme pour une première crise du capitalisme tunisien et qui a mis en évidence une pluralité de responsabilité en particulier celle du commissaire aux comptes qui a été emprisonné pour ne pas avoir décelé les irrégularités comptables.
Depuis, nombreux colloques sur la gouvernance ont été organisés et plusieurs réformes législatives viennent dêtre promulguées notamment la loi 2005-96 relative à la sécurité financière. Dans son rapport annuel de 2002, le gouverneur de la banque Centrale de Tunisie a bien insisté sur la nécessité dune revalorisation de la fonction daudit à travers un renforcement des règles dindépendance des contrôleurs légaux.
Selon une approche traditionnelle, lanalyse de la qualité daudit en Tunisie nous conduit à examiner la codification de lindépendance et la compétence des commissaires aux comptes dans ce pays émergent.
Lindépendance des commissaires aux comptes, semble être fortement réglementée avec un mandat de trois exercices renouvelable indéfiniment et des incompatibilités légales prévues par larticle 262 du code des sociétés commerciales. Avec la loi 96-2005, les règles dindépendance se trouvent renforcées. Nous pouvons résumer les nouvelles grandes dispositions relatives à lindépendance des auditeurs en trois catégories: celles portant sur la séparation des services consentis par les professionnels, celles relatives au mandat daudit et enfin celles régissant les honoraires. Deux dispositions majeures méritent dêtre signalées : celle de la rotation des auditeurs ainsi que celle relatives au co-commissariat.
Le législateur tunisien a enfin reconnu limportance de changer lauditeur au niveau de larticle 13 bis de la loi 2005-96. Par ailleurs, il a instauré le co-commissariat en Tunisie pour les établissements de crédit, les sociétés faisant appel public à lépargne et les sociétés anonymes exerçant un contrôle sur dautres sociétés et ayant lobligation de présenter des comptes consolidés. Sans prétendre à une revue exhaustive des nouveaux textes légaux, nous avançons que dans lensemble la législation tunisienne en la matière se rapproche de plus en plus de celle française en particulier le rapport BOUTON.
Toutefois, il va sans dire que lindépendance ne saurait être codifiée. Il sagit dun état desprit véhiculé par des principes généraux dont les plus importants sont la moralité, la liberté et les obligations personnelles non transférables.
Eu égard aux principes de la culture arabo-islamique et à la structure financière de la majorité des entreprises tunisiennes, la relation personnelle entre lauditeur et son client est souvent très étroite. Ceci favorise le climat pour une confiance mutuelle faisant que les dirigeants ne considèrent plus les auditeurs comme des contrôleurs de la régularité et de la sincérité des états financiers mais plutôt comme des conseillés. Ici, il y a de raison de sinquiéter quun abus de cette confiance naffecte pas défavorablement lindépendance de lauditeur.
Quant à la compétence, outre le diplôme et le stage de trois ans chez un professionnel indépendant qui lui confèrent la possibilité de sinscrire au tableau de lordre, lauditeur doit se tenir continuellement au courant de lévolution de la profession notamment en ce qui concerne les prises de position officielles en comptabilité ou en audit. En Tunisie, le règlement interne de lordre des experts comptables ne prévoit aucune mesure de suivi de la formation des professionnels après leur inscription. La seule inscription parmi les membres de lordre, à notre sens ne peut être une garantie de la compétence professionnelle.
Pour la responsabilité judiciaire des commissaires aux comptes, larticle 272 du nouveau code des sociétés prévoit que le professionnel est responsable à légard des tiers des conséquences dommageables des négligences et faits commis dans lexercice de ses professions. Il sagit dune responsabilité régie par les règles générales du mandat. De ce fait, les poursuites judiciaires à lencontre des auditeurs sont peu courantes en Tunisie et ne sont pas aussi endommageables et effectives que celles aux Etats Unis.
Enfin, nous précisons quil été crée au sein de lordre des experts comptables de Tunisie une commission de contrôle de qualité. Cette cellule, composée de trois membres de lordre, veille au contrôle du respect des diligences professionnelles par les experts comptables lors de laccomplissement de leurs missions de commissariat aux comptes. Sur le plan pratique, lefficacité de cette commission parait assez limitée et sujette à plusieurs réserves faute dindépendance de ces membres.
3. LES HYPOTHESES DE RECHERCHE
La gestion des résultats comptables peut répondre à plusieurs objectifs en particulier la minimisation des coûts politiques, la minimisation des coûts de la dette et la maximisation de la richesse des dirigeants. Ces facteurs explicatifs de la gestion du résultat issus de la théorie politico-contractuelle ont été libellés comme étant des catalyseurs de lexercice de la discrétion comptable. Ces dernières années, un intérêt particulier a été adressé à létude des facteurs de contrôle qui sont susceptibles de limiter la gestion des résultats. Il sagit, essentiellement des facteurs liés au gouvernement des entreprises comme par exemple, le conseil dadministration, la structure de propriété et les investisseurs institutionnels.
Dans le cadre de cette étude, nous nous intéressons à lexamen de la gestion du résultat en fonction de la qualité daudit externe. Pour cela, nous nous limitons à la formulation de deux principales hypothèses ayant trait à la qualité daudit:
3.1 La réputation et la taille du cabinet daudit
Une littérature abondante aussi bien théorique quempirique a mis en exergue les attributs multiples liés à la qualité de la vérification externe des comptes en particulier au niveau de lamélioration de la fiabilité de linformation financière publiée.
Selon une optique théorique, Wallace(1980) a démontré que la demande de lintervention dun auditeur émane des «outsiders» qui cherchent à réduire le bruit et les biais dans le processus de communication financière des entreprises. La conclusion de Wallace(1980) a été confirmée ultérieurement par le travail de Kinney et Martin(1994). A partir de lobservation de 1500 cas daudit liés à des erreurs et des irrégularités détectées et corrigées par les auditeurs, les auteurs ont pu conclure que lintervention dun auditeur indépendant dans le contrôle des comptes sociaux réduit considérablement les biais au niveau de linformation divulguée.
Sur le plan empirique, Becker, DeFond, Jiambalvo et Subramanyam(1998), après avoir contrôler leffet de certaines variables, ont établi que les accruals discrétionnaires des sociétés auditées par des cabinets «big six» sont largement inférieurs aux autres sociétés. Sur un échantillon denvirons de 74390 firmes cotées à la bourse de NASDAQ entre la période 1975-1994, Francis et al. (1999), en estimant les accruals discrétionnaires par le modèle de Jones (1991), ont également trouvé que lampleur des manipulations comptables est moindre chez les firmes clientes des « big six ». En Grande Bretagne, se situe létude de Gore et al.(2001). Les auteurs ont trouvé que les grands cabinets daudit internationaux sont plus conservateurs vis à vis des manipulations comptables confirmant ainsi les conclusions des études menées aux Etats-Unis.
Plus récemment, lhypothèse liée à limpact de la qualité daudit sur la gestion des résultats comptables vient dêtre testée dans des environnements outre quAnglo-américain. En particulier, nous citons Piot et Janin(2004) et Mard(2005) dans le contexte français, H.Vander Bauwhede et al. (2003) dans le contexte belge, Jeong et Rho(2004) au Korréa.
Dans lensemble, les résultats de ces études sont peu concluants et ne confirment pas la pertinence de la qualité daudit dans la réduction de la gestion des résultats comptables. Ces divergences par rapport aux conclusions issues des études dans le contexte Américain ont été souvent attribuées aux spécificités institutionnelles de ces pays et qui ne sont pas forcément identiques aux données anglo-saxonnes.
En dépit des divergences des résultats obtenus, un propos commun à lensemble de travaux menés dans ce cadre cest la nécessité de traiter différemment les cabinets daudit en fonction de la qualité de leur service. En effet, aussi bien dans la pratique quau niveau académique, on assiste à une nette différenciation des cabinets selon leurs réputations basées essentiellement sur la taille du cabinet. Divers indicateurs et attributs ont été utilisés dans la littérature comptable pour apprécier la qualité daudit, les plus utilisées sont la taille du cabinet corollaire de sa réputation et lappartenance à un grand réseau international «big four». Doù, nous suggérons tester lhypothèse suivante :
La gestion des résultats comptables est négativement associée à la taille et à la réputation du cabinet daudit.
3.2 Lancienneté du mandat daudit
La durée du mandat est la période pendant laquelle est maintenue la relation entre une société et ses vérificateurs de comptes. Bon nombres détudes ont démontré que les vérificateurs ont tendance à fournir un travail légèrement moins efficace au cours de deux premières années de leur mandat quau cours des années subséquentes.
Shockley et Holt (1983); De Angelo(1981a) et Knapp(1991) ont démontré que la probabilité de détection des irrégularités et des anomalies dans les états financiers est positivement associée à la durée de la relation de lauditeur avec son client. Ceci sexplique par le fait que lavancement du temps dans laccomplissement dun mandat permet à lauditeur une meilleure connaissance et maîtrise des caractéristiques de son client et par voie de conséquence une meilleure qualité des services offerts. Il paraît donc que lancienneté des relations entre lauditeur et laudité sont de nature à influencer la qualité daudit. Dans ce sens, nous formulons lhypothèse suivante :
La gestion des résultats comptables est négativement associée à lancienneté du mandat de lauditeur.
Toutefois, nous soulignons que dautres arguments ont été avancés au niveau de la littérature en défaveur de lancienneté des relations entre le vérificateur et son client. A ce titre, Johnson et al.(2002) prévoient que plus lauditeur accumule une expérience en travaillant auprès du client , moins il est sensible au risque de litige ou de préjudice à la réputation et plus ses motivations sorientent vers la fidélisation du client. Ceci entraîne le risque que le vérificateur devient moins vigilant dans la détection des inexactitudes en raison de la confiance quil a cultivé au fil des années de relation avec son client. En revanche et contrairement aux prédictions des auteurs, les tests ne relèvent aucune évidence quant à la diminution de la qualité de linformation financière pour des mandats de longue durée.
Dans un objectif daccroissement de la crédibilité de nos conclusions, nous précisons quà coté de ces deux hypothèses principales nous avons essayé de tenir compte de limpact dautres facteurs concurrents explicatifs de la gestion du résultat. Certains de ces facteurs de contrôle constituent des motivations aux manipulations comptables discrétionnaires (comme par exemple le niveau dendettement) alors que dautres facteurs représentent des contraintes à la gestion du résultat.
4. LES ASPECTS METHODOLOGIQUES
4.1 Echantillon et collecte de données
Léchantillon de cette étude est composé de 136 entreprises tunisiennes ayant la forme juridique dune société anonyme opérant dans cinq secteurs dactivité : lindustrie, lagriculture, les services, le commerce et le tourisme. Ces firmes ont été observées durant la période 1997-2000. Faute dune base de données concise, nous étions dans lobligation de faire la collecte des données indispensables à notre analyse empirique à travers une enquête menée auprès de 24 dirigeants et 65 experts comptables.
Les principales caractéristiques des firmes constitutives de notre échantillon sont résumées au niveau du tableau1.
TABLEAU 2
Les statistiques descriptives de léchantillon.
Variablemoyenneécart type MinMaxbénéfice net.0679.7729-.841814.492chiffre daffaires 3.234341.632 0944.962immobilisations1.817123.613.0002551.263Cash-flows dexploitation.15891.118-.74517.822dettes financières CT.889514.776 0341.712dettes financières LT .80399.237 0208.171accruals totaux-.09091.120-17.80514.475Les valeurs figurant sur ce tableau sont calculées sur 544 observations et sont normées par le total des actifs de lannée t-1.
4.2 Estimation des accruals discrétionnaires
Dans notre étude, nous utilisons les accrulas discrétionnaires pour la détection dune manipulation des résultats comptables. Puisque ces composantes du résultat comptable ne sont pas calculables directement, on fait recours à des modèles destimation des accruals discrétionnaires. Pour cela, nous avons dabord calculé les accruals totaux selon lapproche directe qui se présente comme suit:
Accruals totaux it= résultat net it - cash flow dexploitation it.
Collins et Hribar(2002) ont établi la suprématie de cette mesure des accruals totaux par rapport à lapproche du bilan. Ces accruals totaux ont été calculés pour chaque entreprise i et pour chaque année t.
Ensuite, nous avons essayé dappliquer plusieurs modèles pour lestimation des accruals discrétionnaires (Jones,1991, modèle de flux de trésorerie, modèle sectoriel) en utilisant des données de panel et des données en coupe instantanée.
A lissu dune série destimation et danalyses économétriques, nous avons décidé décarter le modèle de Jones(1991) et de retenir le modèle de flux de trésorière. Ce dernier nest autre que le modèle de Jones(1991) auquel on rajoute parmi les variables explicatives les cash-flows dexploitation. De ce fait, le modèle de flux de trésorerie peut sécrire comme suit :
ATi,t /Ai,t-1=(aCAi.t+b IMMOi,t+c CFEi,t+
)/Ai,t-1+µi,t.
Avec :
ATi,t est le montant total des accruals de la firme i pour l année t.
Ai,t-1est le montant total des actifs de la firme i à l année t-1.
CAi.t est la différence entre le chiffre d affaires de l année t et le chiffre d affaires de l année t-1 pour la firme i.
IMMOi,t est égal au montant des immobilisations brutes (hors immobilisations financières) de la firme i pour l année t.
CFEi,t sont les cash-flows d exploitation de la firme i pour l année t.
µi,t est le terme derreur de la régression et qui correspond aux accruals discrétionnaires.
Ce modèle a été estimé selon deux approches :
La première approche en coupe instantanée tout secteur confondu et en retenant uniquement les données de lannée 1998 pour laquelle nous avons obtenu les meilleures estimations des coefficients a, b et c.
La seconde approche sur des données de panel en intégrant des variables sectorielles et en utilisant la méthode des moindres carrés généralisés (MCG).
Dans le tableau 2, nous proposons une description des accruals discrétionnaires issues de deux approches destimation retenues:
TABLEAU 3
Les statistiques descriptives des accruals discrétionnaires mesurées selon deux approches différentes.
Accruals discrétionnairesmoyennemédianeEcart
typeminmaxNullité
(t-test)Différence
(t-test)AD1-.0404.003.143-.902 .872t =14.8862***
t =5.310***AD2-.040-.034.095-.605 .365t =19.1188***
AD1 et AD2 : désignent respectivement les accruals discrétionnaires estimés selon la première(deuxième) approche.
Nullité (t-test) : cest le test paramétrique de student dont lhypothèse nulle est la moyenne des accruals discrétionnaires est nulle. Différence (t-test) : cest le test paramétrique de student de comparaison des moyennes des accruals discrétionnaires entre les deux approches de mesure. Lhypothèse nulle de ce test cest que la différence est nulle. *** désigne un seuil de signification de 1%.
Nous constatons quen moyenne les accruals discrétionnaires sont négatifs pour les deux mesures retenues. Ceci veut dire que la moyenne de la gestion du résultat comptable détectée est à la baisse. Par ailleurs, nous avons mené un test de student de comparaison de moyennes des accruals discrétionnaires estimés selon les deux approches. Les résultats de ce test tel quaffichés sur le tableau 2, confirment que les accruals discrétionnaires issus de deux approches sont significativement différents. Cette différence est en faveur de la seconde mesure cest à dire que les composantes AD2 sont supérieures aux résidus AD1. La différence enregistrée entre les deux mesures des accruals discrétionnaires justifie lintérêt de la rétention de plus quune mesure pour le reste des analyses empiriques. Par ailleurs, nous avons trouvé que les accruals discrétionnaires sont significativement différentes de zéro pour les deux approches ce qui prouvent que les firmes tunisiennes exercent des manipulations comptables discrétionnaires.
4.3 Mesure de la qualité daudit et des autres variables exogènes
4.3.1La qualité daudit
A partir de lenquête que nous avons menée auprès des experts comptables et à la lumière des travaux de lInstitut National des Statistiques figurant dans le répertoire National des Entreprises (2003), nous avons déduit lexistence de grands cabinets daudit nationaux qui sont de nature à concurrencer les cabinets internationaux «big six». En effet, ces grands cabinets nationaux disposent dun nombre de collaborateurs supérieur à dix et allant jusquà 49. De ce fait, nous avons jugé pertinent, dans notre analyse de la taille du cabinet et de la qualité daudit, de tenir compte dune nouvelle classe des auditeurs qui se situe entre les «big six» et les autres cabinets daudit. A ce titre, deux variables muettes ont été mobilisées pour représenter la réputation et la taille du cabinet :
AUDIT I : codée 1 si lentreprise est auditée par un «big six »et 0 sinon.
AUDIT II : codée 1 si lentreprise est auditée par un grand cabinet national (et non auditée par un « big six ») et 0 sinon.
Quant à lancienneté de la relation auditeur-audité, nous lavons saisi à travers une variable quantitative nommée ANCT, qui correspond au nombre dannées régissant la relation de lauditeur avec la société en tant que contrôleur légal et ce depuis la première année du premier mandat jusquà lannée 1999.
4.3.2 Les autres variables de contrôle
Afin de rendre opérationnelle les autres variables explicatives de la gestion des résultats comptables, nous avons utilisé conjointement, les résultats de notre enquête et les rapports annuels de quelques sociétés. Les mesures et le contenu des autres variables de contrôle sont résumés dans le tableau3.
TABLEAU 4
Les variables de contrôle de la gestion des résultats comptables.
Variables
explicativesconstruitModalités dintégration ou de calculVariables dincitation
à la gestion des
résultats.REMDIRRémunération du dirigeantVariable binaire codée 1 si le dirigeant est rémunéré
en fonction du résultat comptable et 0 sinon.TAILLELa taille de lentreprise.Ln (Total actif+chiffre daffaires)/2
ENDLe niveau dendettementDettes financières/capitaux propres.
Variables contraignant la
gestion des résultatsTAILLECALa taille du conseil dadministrationNombre dadministrateurs au sein du conseil.ADMEXTLa présence dadministrateurs
externes.Variable binaire codée 1 sil existe des administrateurs
externes au sein du conseil et 0 sinon.ADMINCAPLe contrôle des administrateursPourcentage du capital détenu par les quatre
premiers administrateursMANGCAPLe contrôle des dirigeantsPourcentage du capital détenu par les trois premiers
dirigeants.INSTINVESTLa présence dinvestisseurs
institutionnels au niveau de la
structure de propriété de lentreprise.Variable binaire codée1 sil existe des
investisseurs institutionnels et 0 sinon.
5. LES PRINCIPAUX RESULTATS
Pour tester les hypothèses de cette étude et bien mener notre étude empirique, deux types doutils statistiques sont utilisés. Le premier est lANOVA envisageant leffet individuel de chacune des variables explicatives de la gestion des résultats comptables. Le second consiste au développement dun modèle intégrateur de leffet conjoint des différentes variables sensées avoir un lien avec la gestion du résultat comptable. Il sagit de lanalyse multivariée.
5.1 Les tests univariés
Nous reportons dans le tableau 4 lanalyse de variance à un seul facteur des variables représentatives de la qualité daudit à savoir la typologie du vérificateur et lancienneté de la relation auditeur-audité.
Il ressort du tableau ci-dessous que, pour les deux mesures retenues pour lestimation des accruals discrétionnaires, les différences entre les trois typologies de la qualité daudit ne sont pas significatives. Dans un souci daffiner les différences intergroupes, nous avons mené des tests de comparaison des moyennes des accruals discrétionnaires entre les trois typologies de la qualité daudit prises deux à deux. Les résultats de ces tests sont également non significatifs sauf une unique différence significative entre les accruals discrétionnaires, mesurés selon la deuxième approche, des firmes auditées par des « big six » et celles auditées par les grands cabinets daudit nationaux. Cette différence est significative à un seuil de 5% et en faveur des « big six ». Cest à dire que les clients des « big six » gèrent moins que ceux des grands cabinets nationaux leurs résultats comptables mesurés selon la deuxième approche.
De la même manière lANOVA naffiche aucune différence significative de la gestion des résultats comptables selon lancienneté des fonctions du commissaire aux comptes. Ce résultat a été confirmé par les deux approches de mesure des accruals.
TABLEAU 5
Les statistiques univariées de la gestion des résultats comptables en fonction de la qualité daudit.
La qualité daudit externe et la gestion des résultats comptablesTYPOLOGIE DE LAUDITEURANCIENNETE DU MANDATAUDITI
(n=144)
AUDITII
(n=192)AUTRES
(n=180)F-test
(p-value)1
(n=191)0
(n=325)F-test
(p-value)AD1 .06704 .0722 .08974 1.74
(0.1761).07972.07521 0.18
(0.6739)AD2.10645 .0831.10135 2.03
(0.1327).10550.09042 2.11
(0.1471)
Les valeurs reportées dans ce tableau sont respectivement les moyennes des accruals discrétionnaires et le test de lANOVA.
AUDITI: les big six ; AUDIT II: les grands cabinets daudit nationaux. 1 correspond aux observations pour lesquelles lancienneté de la relation auditeur-audité dépasse 3 ans (la médiane de la variable ANCT calculée sur les quatre années de létude) et 0 correspond aux cas contraires.
Pour linfluence des coûts dagence, nous avons trouvé des différences significatives de la gestion des résultats selon le niveau dendettement et la forme de rémunération des dirigeants. En effet, les entreprises fortement endettées et dont les dirigeants sont rémunérées en fonction du résultat comptable gèrent plus que les autres les accruals discrétionnaires. Par contre la variable TAILLE semble afficher des différences significatives uniquement avec la première mesure des accruals discrétionnaires.
Quant à lefficacité du conseil dadministration, les résultats obtenus démontrent que la taille du conseil ainsi que la propriété appartenant aux administrateurs sont significatives dans la détermination de létendue des manipulations comptables selon la première approche de mesure des accruals discrétionnaires. Ainsi, nous avons trouvé que les conseils de taille réduites et dont les membres sont les principaux actionnaires sont plus efficaces. Aucune différence significative na été enregistrée entre les conseils avec des administrateurs externes et ceux qui en sont dépourvus. Enfin, des différences significatives ont été enregistrées entre les firmes selon la propriété managériale et linvestissement institutionnel et ce en retenant la première approche de mesure des accruals discrétionnaires.
5.2 Lanalyse multivariée
Pour mieux fonder les résultats des tests univariés, nous avons mené une analyse multivariée.
Il s agit d estimer les coefficients des variables de la régression suivante :
ADit=±0+±1AUDITIit +±2AUDITIIit+ ±3ANCTit +±4TAILLEit +±5ENDit+ ±6REMDIRit +±7 TAILLECAit +±8 ADMINCAPit+±9ADMEXTit +±10MANGCAPit+±11INSTINVESTit +µit.
Cette régression a été estimée en utilisant plusieurs combinaisons de notre base de données (données en coupe instantanée, données de panel, données sectorielles). Dans l ensemble, les résultats obtenus sont très modestes.
A la suite de plusieurs corrections économétriques, nous étions dans lobligation déliminer plusieurs observations de notre échantillon de départ pour ne garder que 280 firmes-années. A la lumière des résultats obtenus des différentes combinaisons des données, nous avons gardé les estimations obtenues selon la méthode des moindres carrés généralisés sur des données de panel. Les résultats de ces estimations figurent dans le panel A.
Panel A: Cross-sectional time-series FGLS regression
Nombre dobservations = 280.
Nombre de groupes = 70.
Nombre dannées = 4.
variables dépendantes
AD1
Coef.(Std. Err)
AD2
Coef.(Std. Err)TAILLE
END
ANCT
ADMINCAP
TAILLECA
ADMEXT
MANGCAP
INSTINVEST
REMDIR
AUDITI
AUDIT II
CONS
-.0130***(00269)
-8.21e-06*(.00001)
.0034***(.00125)
-.0129(.0176)
.0043*** (.0015)
.0140** (.0069)
.0241* (.01250)
.0231*** ( .0060)
.0053*( .0071)
.0071 (.0111)
-.0165***( .0095)
-.6769** (.5493)-.0045(.0028)
-8.63e-06(.00001)
.0014 (.00157)
-.1022*** (.0227)
-.0065*** (.0011)
-.0065 ( .0011)
.0548***(.0158)
.0068(.00645)
.0001 (.0063)
.0322***(.0088)
-.0545*** (.0073)
-.5116***(.0725)Log likelihood = 425.2403
Wald chi2(15) = 90.83***Log likelihood = 381.4788
Wald chi2(15) = 578.19***
***significatif à 1%,** significatif à 5% et * significatif à 10%.
Lexamen des coefficients associés aux différentes variables explicatives de la gestion des résultats comptables fait ressortir que TAILLECA, MANAGCAP et AUDIT II sont les seules variables significatives quelque soit lapproche de mesure des accruals discrétionnaires.
La variable AUDIT II affecte considérablement la gestion du résultat comptable. En effet, nous avons enregistré que les grands cabinets daudit nationaux réduisent considérablement lampleur des manipulations comptables. Par contre, la variable AUDITI qui représente les «big six» nest pas significative selon la première approche alors quavec la seconde approche elle paraît significative mais de signe contraire à nos prédictions. Cest à dire que les accruals discrétionnaires des firmes auditées par des « big six » sont plus élevés que les autres. Bien que ce résultat soit un peu surprenant et contredit la littérature antérieure, il saligne avec les résultats de Dammak(2005) dans le contexte tunisien, Mard(2005) dans le contexte français et Bauwhede(2003) sur le marché belge.
Linefficacité des auditeurs « big six » dans la réduction des manipulations comptables par les dirigeants à notre sens peut sexpliquer par deux raisons. Dabord, le risque judiciaire que peuvent encourir ces auditeurs en cas de détection des anomalies dans le processus de divulgation financière est largement faible en tunisie. Ensuite, la réalité des affaires économiques prouve que des liens damitié se nouent entre les dirigeants et les auditeurs externes. Ces derniers deviennent ainsi des véritables affiliés des dirigeants et peuvent même être une source de leur enracinement dans lentreprise. En effet, lauditeur comme tout autre agent économique fera un arbitrage entre les avantages quil retire de la non-révélation des stratégies discrétionnaires des dirigeants et les inconvénients à subir en cas dune perte de sa crédibilité sur le marché du travail. Daprès les données institutionnelles de lenvironnement tunisien, il semble que lobjectif de renouvellement de son mandat, importe énormément dans le raisonnement de lauditeur et dans la fixation de leffort optimal à fournir dans lexécution de sa mission. Nous justifions cette conclusion par la neutralité de la pression concurrentielle que peut exercer le marché des biens et services sur les agents peu performants. Selon, létude de Shabou (2003), les mécanismes du marché sont dune efficacité très réduite dans la discipline des acteurs économiques. Par contre, nous pouvons expliquer la pertinence des grands cabinets nationaux dans la promotion de la fiabilité de linformation comptable par la volonté de ces cabinets de concurrencer les grands réseaux internationaux notamment les « big six » en faisant preuve dune qualité de travail distinguée. De la même manière, lancienneté de la relation auditeur-audité nest significative quavec une estimation des accruals discrétionnaires selon la première approche et affecte positivement la gestion du résultat comptable. Ce résultat confirme nos interprétations précédentes à savoir que lancienneté de la relation entre lauditeur et laudité ne fait quapprofondir les liens personnels entre les deux parties, ce qui peut affecter nuisiblement lindépendance de lauditeur externe. Ce dernier peut beaucoup perdre en sopposant aux stratégies de communication financière suivies par leurs clients.
Quant à la taille du conseil dadministration, les résultats trouvés semblent confirmer les avis mitigés de la littérature concernant lefficacité de cette variable. En fait, selon la première approche de mesure des accruals discrétionnaires, les conseils de grande taille paraissent gérer plus leurs résultats comptables par contre selon la deuxième mesure la gestion du résultat est sensiblement moindre pour ces conseils. Doù, nous pouvons conclure que la taille du conseil, toute choses égales ailleurs ne peut pas renseigner de lefficacité du conseil dadministration. Pour les autres indicateurs de lefficacité du conseil dadministration, les résultats trouvés vont à lencontre de la pertinence de ce noyau dans le contrôle des dirigeants. Ce dernier résultat saligne avec celui de létude de Omri (2001) menée sur les entreprises tunisiennes cotées et se justifie par le fait que la structure de direction moniste et la concentration du pouvoir entre les mains du Président Directeur général joue contre lefficacité du conseil.
Selon les résultats du panel A et contrairement à nos prédictions la propriété managériale joue en faveur des manipulations comptables. Cest à dire que les firmes à structure actionnariale gèrent davantage leurs résultats. Enfin, pour le reste des variables les coefficients obtenus sont soit non significatifs soit non concluants cest à dire changeant de signe dune mesure daccruals à lautre. Globalement, les résultats obtenus rejettent en grande partie les propos de la théorie de lagence dans le contexte tunisien et dénuent certains mécanismes de gouvernance de toute efficacité dans le contrôle de la latitude discrétionnaire des gestionnaires. Ces résultats sont identiques à ceux trouvés par Shaou(2003) en examinant limpact de certains facteurs dagence et de contrôle sur la performance des dirigeants dans le contexte tunisien. Ce dernier a établi que les systèmes de contrôle des dirigeants en général sont dune efficacité limitée dans les sociétés de petite taille. Or, comme nous lavons déjà précisé le tissu économique tunisien est dominé par les PME de type familial. Des résultats similaires ont été validés par létude de PAQUEROT M (1996) dans le contexte Français.
Nos résultats pourraient donc trouver leurs explications au niveau de la théorie denracinement. Ce cadre théorique tente dexpliquer comment des mécanismes supposés renforcés lefficience du comportement des gestionnaires sont exploités par ces derniers pour senraciner dans leurs postes. Dans ce sens, la manipulation de linformation comptable peut bien représenter un vecteur privilégié denracinement des dirigeants.
CONCLUSION
Lobjectif principal de cette recherche était dexpliquer lampleur de la gestion des résultats comptables en fonction de la qualité daudit. Ainsi, nous avons essayé de tester si la quantité des accruals discrétionnaires est réduite en présence dun audit de qualité. Deux indicateurs ont été retenus pour lappréciation de la qualité de laudit à savoir la réputation de lauditeur et lancienneté de la relation entre lauditeur et son client.
A coté de la qualité daudit et à linstar des études antérieures, nous avons jugé intéressant dintégrer dans notre analyse empirique des variables de contrôle liées essentiellement aux coûts dagence et des mécanismes de contrôle des dirigeants comme par exemple le conseil dadministration, la structure de propriété et linvestissement institutionnel.
A partir de notre travail empirique réalisé sur un échantillon représentatif des firmes tunisiennes, nous avons pu dégager trois conclusions principales :
Dabord, contrairement à notre première hypothèse, les auditeurs «big six» ne réduisent pas la latitude discrétionnaire des dirigeants exercée à travers la gestion des résultats comptables. Ensuite, les grands cabinets daudit nationaux que nous avons pu identifier sur le marché tunisien savèrent plus vigilants dans la réduction de la gestion du résultat comptable. Enfin, la propriété managériale contrairement aux propos de la théorie de lagence joue en faveur de la gestion du résultat comptable. Quant aux facteurs de contrôle que nous avons intégré dans cette étude, notamment lendettement, la forme de rémunération du dirigeant, la taille de la firme et linvestissement institutionnel, les résultats sont un peu mitigés selon la mesure adoptée pour la détection de la gestion du résultat comptable.
Les résultats obtenus à lissu de cette étude viennent enrichir le fonds croissant des travaux sur la qualité daudit et augmentent simultanément la documentation relative à la qualité de linformation financière. Par ailleurs, ce papier constitue une contribution à la littérature limitée traitant de la corrélation entre le gouvernement des entreprises et la fiabilité de linformation financière dans un contexte de pays émergent comme la tunisie. Toutefois et comme tout travail de recherche, notre étude présente plusieurs limites. Dabord, la limite habituelle liée à toute collecte de données par voie denquête à savoir la validité externe des conclusions établies. Ceci sexplique par labsence dune base de données sur la gouvernance des entreprises en Tunisie. Ensuite, nous pouvons mentionner lapproximation retenue pour appréhender la qualité daudit sur le marché tunisien et qui peut ne pas être aussi précise. Là également, nous soulignons que la non-disponibilité de certaines informations, comme par exemple des statistiques sur le chiffre daffaires des cabinets daudit, était une entrave à plusieurs de nos ambitions notamment lévaluation de la qualité daudit. Enfin, les résultats de cette étude confirment la sensibilité de nos conclusions par rapport aux modèles destimation des accruals discrétionnaires. Ceci, exige une extrême prudence dans linterprétation des résultats trouvés dun coté et nous incitent à la recherche dun modèle destimation des accruals discrétionnaires qui tient compte des aspirations du contexte économique tunisien ou du moins des données des pays émergents similaires.
Dans lensemble, les résultats obtenus semblent rejeter le cadre de la théorie de lagence dont les propos ne collent pas avec les données des pays en voie de développement en loccurrence lenvironnement tunisien. En substitution, il parait que les suggestions de la théorie denracinement pourraient expliquer en grande partie les résultats enregistrés dans cette recherche. En particulier, linefficacité de certains mécanismes de contrôle comme la qualité daudit externe et le conseil dadministration, peut être expliquée par le fait que ces leviers de contrôle sont exploités pour faciliter lenracinement des dirigeants dans lentreprise. Doù, nous pouvons envisager pour les futures recherches lexploit du cadre théorique de lenracinement pour mieux expliquer le comportement des dirigeants dun coté et tester lefficacité des outils de contrôle de lautre coté. En guise de conclusion, nous signalons lintérêt pour les futures recherches de réexaminer ce sujet en se situant dans lère après-Enron ou après BATAM pour des données tunisiennes, où les contrôleurs légaux dune manière générale et les «big four» en particulier pourraient être davantage sensibilisés à limportance de la qualité daudit.
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Ce souci a été exprimé par Arthur Levitt, lex- président de la SEC dans son discours du 28 décembre 1998 intitulé « the numbers game », dans lequel il a dénoncé la non fiabilité des états financiers dûe principalement à des pratiques de lissage et de gestion des résultats comptables.
Larticle premier de la loi n°2002-16 du 4 février 2002, portant organisation de la profession des comptables dispose « nul ne peut exercer les fonctions de comptable au sens de larticle premier de la présente loi sil nest pas inscrit au tableau de la compagnie des comptables de Tunisie prévue par le chapitre 2 de cette loi. Toutefois, les experts comptables inscrits au tableau de lordre des experts comptables de Tunisie et soumis aux dispositions de la loi n°88-108 du 18 aout1988, portant refonte de la législation relative à la profession dexpert comptable, sont autorisés à exercer ces fonctions ».
A titre dexemple le nombre des membres au royaume Uni en 2002 est de 245712 alors quil est de 340 en Tunisie, le nombre moyen de partners par structure est de 123 au royaume uni contre 2.72 en tunisie.
Ainsi, 37 % des membres de lordre et 33% des sociétés dexpertise comptables se sont inscrits au tableau de lordre après 1995.
Daprès le répertoire national des entreprises (2003) élaboré par lInstitut National des Statistiques de Tunisie.
Certaines dispositions de ce code viennent dêtre reformulées par la loi n° 2005-65 du 27 juillet 2005.
Coûts de surveillance, coûts de dédouanement et la perte résiduelle.
Selon lauteur, la qualité daudit veut dire que lauditeur découvre déventuelles fraudes ou irrégularités dans les états financiers (capacité de détection) et quil soit en mesure de les divulguer (capacité de révélation).
9 En particulier, nous citons le cinquième colloque international de lITEC (Institut tunisien des experts comptables) qui a eu lieu le 13 et 14 mai 2005.
10 Cet article interdit les fonctions du commissaire aux comptes aux administrateurs, membres du directoire, apporteurs en nature et tout leurs parents et alliés jusquau quatrième degré inclusivement.
La date deffet de ces dispositions est retardée au premier janvier 2009.
Voir Sutton, S.G( 1991) et Behn B.K.(1997).
En Tunisie, les sociétés anonymes sont celles qui répondent aux critères prévus par larticle 160 et 161 du code des sociétés commerciales. Une société anonyme peut être cotée à la bourse de valeurs mobilière et ouverte au public comme elle peut ne pas lêtre.
Au-delà, dune définition juridique dun dirigeant social, nous avons considéré dirigeant toute personne occupant des fonctions clefs et assumant de très haute responsabilité comme par exemple des postes de directeur financier, dauditeur interne, de directeur commercial&
Selon cette approche on aura : Accruals it= BFRit+produits calculés it- dotationsit.
Pour tenir compte de l effet sectoriel, nous avons intégré cinq variables muettes sectorielles représentatives des secteurs dactivités auxquels appartiennent les firmes de notre échantillon.
Association Francophone de Comptabilité Tunis 2006
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